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Droit des obligations Licence numérique 2ème année

Année universitaire 2023-2024 Second semestre

Deuxième séance

Le dommage

Le dommage est une condition indispensable à l’existence d’une action en


responsabilité. Il faut aussi un fait générateur et un lien de causalité, conditions qui seront
détaillées dans d’autres fiches de travaux dirigés.

Pour pouvoir être réparé, le dommage doit présenter certains caractères.

De plus, la liste des préjudices pouvant faire l’objet d’une indemnisation n’a cessé de
s’étendre en jurisprudence. La Cour de cassation a créé de nouveaux préjudices
indemnisables, en a précisé la définition, en a redessiné les contours.

Les caractères du dommage :

Tout dommage subi n’ouvre pas droit à réparation Le dommage doit en effet présenter
certains caractères pour être indemnisable. Il doit ainsi être certain, direct et légitime. Nous
reviendrons ici sur deux de ces exigences.

Dommage légitime

Civ. 2ème, 22 février 2007 : n° 06-10131

Dommage direct et dommage par ricochet :

Civ. 2ème, 11 février 2021 : n° 19-23525

RTDciv. 2021.415 obs. P. Jourdain

Civ. 2ème, 11 mars 2021 : n° 19-17385


Les différents types de préjudices :

La jurisprudence, sous l’influence de la doctrine, a multiplié les différents préjudices


indemnisables.

Le préjudice d’anxiété :

Soc., 11 septembre 2019 : n° 17-24879

RTDciv. 2019.873 obs. P. Jourdain

Soc., 15 décembre 2021 : n° 20-11046

Le préjudice d’agrément :

Civ. 2ème, 29 mars 2018 : n° 17-14499

Le préjudice sexuel :

Civ. 2ème, 17 juin 2010 : n° 09-15842

RTDciv. 2011.36 obs. P. Jourdain

La préjudice de dévalorisation sociale

Civ. 2ème, 6 mai 2021 : n° 19-23173

RTDciv. 2021.649 obs. P. Jourdain

Le préjudice moral :

Civ. 2ème, 11 février 2021 n° 19-23525

Mixte, 25 mars 2022 n° 20-15624

Civ. 2ème, 11 mars 2021 n° 19-17384

Absence d’obligation de limiter son préjudice

Com., 23 septembre 2020 n° 15-28898


Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 22 février 2007

Sur le moyen unique, pris en sa troisième branche :

Vu l'article 1382 du code civil ;

Attendu qu'une victime ne peut obtenir la réparation de la perte de ses rémunérations


que si celles-ci sont licites ;

Attendu, selon le jugement attaqué, que M. X... interdit de jeux à sa demande, depuis
1991, a continué à fréquenter le casino de Trouville-sur-Mer, malgré cette
interdiction dont il n'a jamais demandé la levée ; que, le 12 avril 2005, il a gagné une
somme de 4 000 euros en jouant aux machines à sous ; qu'alors qu'il tentait
d'encaisser cette somme par l'intermédiaire d'une tierce personne, le casino,
s'apercevant de cette manoeuvre, a refusé de lui payer ses gains ; qu'il a assigné la
société du Casino de Trouville-sur-mer (la société) en paiement d'une certaine
somme ; que la juridiction de proximité a, par jugement du 1er juillet 2005, ordonné
la réouverture des débats pour que les parties produisent toutes pièces pouvant
attester de la présence de M. X... au casino de Trouville-sur-Mer dans le courant des
années 2002 à 2005 ; que M. X... a versé aux débats des notes d'hôtels qui
établissaient sa présence à Trouville-sur-Mer en 2002, 2004 et 2005 ;

Attendu que, pour condamner la société à payer à M. X... une somme à titre de
dommages-intérêts, le jugement retient qu'il est établi par diverses pièces au dossier
que M. X... avait séjourné plusieurs fois à Trouville-sur-Mer durant ces dernières
années ; que sa présence dans la salle des machines à sous et le fait qu'il ait pu jouer
sont révélateurs d'une faute de la société, celle-ci ayant enfreint l'obligation
d'interdiction de jeux de certaines personnes qui pesait sur lui ;

Qu'en statuant ainsi, après avoir relevé que le contrat de jeu liant M. X... à la société
étant nul, celui-ci devait être débouté de sa demande de paiement de son gain, la
juridiction de proximité, qui n'a pas tiré les conséquences légales qui s'évinçaient de
ses propres constatations, a violé le texte susvisé ;

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres branches du moyen
:

CASSE ET ANNULE, dans toutes ses dispositions, le jugement rendu le 7 novembre


2005, entre les parties, par la juridiction de proximité de Pont-l'Evêque ; remet, en
conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant ledit
jugement et, pour être fait droit, les renvoie devant la juridiction de proximité de
Caen ;

Condamne M. X... aux dépens.


Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 11 février 2021, 19-23.525

Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Bordeaux, 16 mai 2019), K... S... a été tué par arme blanche
le [...] 2014 et l'auteur des faits a été déclaré coupable de meurtre par une cour
d'assises.

2. Agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure Q... E..., née le [...]
, Mme J... S..., fille de K... S..., après avoir obtenu, par un arrêt civil rendu par cette
cour d'assises, une certaine somme à titre de dommages et intérêts, a saisi une
commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) pour voir réparer le
préjudice moral subi par sa fille.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en ses deuxième et quatrième branches, ci-après annexé

3. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas


lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne sont
manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le moyen pris en ses première et troisième branches

Enoncé du moyen

4. Le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions fait


grief à l'arrêt de déclarer Mme S..., es qualités, recevable et fondée en sa demande
alors :

« 1°/ qu'il n'existe pas de lien de causalité entre le décès de la victime et le dommage
moral invoqué par sa petite fille née après le décès de son grand-père ; qu'en
considérant, pour déclarer Q... E... recevable et fondée en sa demande
d'indemnisation d'un préjudice moral, que le préjudice tenant au fait que Q... E... est
définitivement privée de la présence de son grand-père et de la possibilité de le
connaître était dû au décès de son aïeul, lui-même dû à un fait volontaire présentant
le caractère matériel d'une infraction survenus après sa conception, même si elle
n'était pas née, la cour d'appel a violé les articles 1240 du code civil et 706-3 du code
de procédure pénale ;

3°/ qu'en tout état de cause si le fait de naître et de vivre sans père ou sans mère, en
raison de la disparition prématurée de l'un de ces derniers, peut constituer un
préjudice en raison du lien de filiation qui unit l'enfant conçu et à naître à ses parents,
la préjudice à raison du décès d'un autre membre de la famille ne peut être présumé
; qu'en considérant que le fait de ne connaître l'un de ses aïeuls « qu'au travers des
souvenirs évoqués par les autres membres de la famille » faisait « nécessairement »
souffrir Q... E... de l'absence de son grand-père, la cour d'appel, qui n'a pas caractérisé
un préjudice d'affection indemnisable, s'est déterminée par un motif inopérant,
privant ainsi sa décision de base légale au regard de l'article 706-3 du code de
procédure pénale, ensemble le principe de la réparation intégrale sans perte ni profit,
pour la victime. »

Réponse de la Cour

5. L'enfant qui était conçu au moment du décès de la victime directe de faits


présentant le caractère matériel d'une infraction peut demander réparation du
préjudice que lui cause ce décès.

6. Ayant relevé que Q... E... était déjà conçue au moment du décès de son grand-père,
c'est sans encourir les griefs du moyen que la cour d'appel a estimé que Q... E...,
privée par un fait présentant le caractère matériel d'une infraction de la présence de
son grand-père dont elle avait vocation à bénéficier, souffrait nécessairement de son
absence définitive, sans avoir à justifier qu'elle aurait entretenu des liens particuliers
d'affection avec lui si elle l'avait connu, et a déclaré la demande d'indemnisation de
son préjudice moral recevable.

7. Le moyen n'est, dès lors, pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi.

Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 11 mars 2021, 19-17.384

Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Grenoble, 24 avril 2018), et les productions, E... S..., née le
[...] , a disparu le 8 juillet 1987.

2. L'information judiciaire ouverte du chef d'enlèvement de mineur de 15 ans a fait


l'objet d'une ordonnance de non-lieu en janvier 1989. L'information ayant été reprise
des chefs d'enlèvement et séquestration de plus de sept jours, un second non-lieu a
été prononcé en novembre 2014, à la suite duquel la chambre de l'instruction a
ordonné un supplément d'information.

3. Mme U... S..., soeur de E... S..., née le [...] , se prévalant des faits d'enlèvement et
de séquestration qui auraient été commis à l'encontre de cette dernière, a saisi, le 4
décembre 2015, une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, aux fins
de versement d'une provision en réparation de son préjudice moral, sur le fondement
des articles 706-3 et suivants du code de procédure pénale.

Exposé du moyen

Sur le moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

4. Le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions fait


grief à l'arrêt d'allouer à Mme U... S... la somme provisionnelle de 12 000 euros à
valoir sur la réparation de son préjudice moral alors « que n'existe aucun lien de
causalité entre la disparition de la victime et le préjudice prétendument souffert par
sa soeur née plusieurs années après cette disparition ; qu'en allouant néanmoins à
Mme S... la somme provisionnelle de 12 000 euros au titre du préjudice moral
résultant de la disparition de sa soeur, après avoir pourtant constaté que Mme S...
était née près de quatre ans après cette disparition, la cour d'appel a violé l'article
706-3 du code de procédure pénale. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 1240 du code civil et l'article 706-3 du code de procédure pénale :

5. Aux termes du premier de ces textes, tout fait quelconque de l'homme, qui cause
à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer et,
selon le second, sous certaines conditions, toute personne ayant subi un préjudice
résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une
infraction peut obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des
atteintes à la personne.

6. Pour allouer à Mme U... S... une provision au titre de son préjudice moral, l'arrêt
retient qu'en raison de sa naissance au sein d'une famille marquée par la disparition
inexpliquée d'une enfant de 10 ans, Mme U... S... a dû se construire avec le
traumatisme de cette disparition, entretenu en permanence au sein du foyer familial.

7. En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations que Mme U... S... avait
été conçue après la disparition de sa soeur, de sorte qu'il n'existait pas de lien de
causalité entre cette disparition non élucidée et le préjudice invoqué, la cour d'appel
a violé les textes susvisés.

Portée et conséquences de la cassation

8. Après avis donné aux parties, conformément à l'article 1015 du code de procédure
civile, il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 2, du code de l'organisation
judiciaire et 627 du code de procédure civile.

9. L'intérêt d'une bonne administration de la justice justifie, en effet, que la Cour de


cassation statue au fond.

10. En l'absence de lien de causalité entre le fait dommageable et le préjudice allégué,


la demande de provision formée par Mme U... S... doit être rejetée.

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi,
la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 24 avril 2018, entre
les parties, par la cour d'appel de Grenoble ;

DIT n'y avoir lieu à renvoi ;

REJETTE la demande de provision formée par Mme U... S... en réparation du


préjudice allégué.

Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 11 septembre 2019

Faits et procédure

3. Selon les arrêts attaqués M. CU... et les autres demandeurs aux pourvois ont été
employés, en qualité de mineurs de fond et de jour par les Houillères du bassin de
Lorraine (HBL), devenues établissement public à caractère industriel et commercial
Charbonnages de France. Cet établissement a été placé en liquidation le 1er janvier
2008, M. DA... étant désigné en qualité de liquidateur.

4. Les salariés ont saisi la juridiction prud'homale aux fins d'obtenir la condamnation
de leur employeur au paiement de dommages-intérêts en réparation de leur préjudice
d'anxiété et du manquement à une obligation de sécurité. A la suite de la clôture de
la liquidation, les droits et obligations de l'EPIC Charbonnages de France ont été
transférés à l'Etat à compter du 1er janvier 2018. La cour d'appel de Metz a rejeté les
demandes des salariés.

Examen des moyens réunis

Réponse de la Cour
Vu les articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail, le premier dans sa rédaction
antérieure à l'ordonnance n° 2017-1389 du 22 septembre 2017, applicable au litige :

5. En application des règles de droit commun régissant l'obligation de sécurité de


l'employeur, le salarié qui justifie d'une exposition à une substance nocive ou toxique
générant un risque élevé de développer une pathologie grave et d'un préjudice
d'anxiété personnellement subi résultant d'une telle exposition, peut agir contre son
employeur pour manquement de ce dernier à son obligation de sécurité.

6. Il résulte par ailleurs de la jurisprudence de la Cour (Ass. plén., 5 avril 2019,


pourvoi n° 18-17.442, en cours de publication ; Soc. 25 novembre 2015, pourvoi n°
14-24.444, Bull. 2015, V, n° 234) que ne méconnaît pas l'obligation légale lui
imposant de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la
santé physique et mentale des travailleurs, l'employeur qui justifie avoir pris toutes
les mesures prévues par les textes susvisés.

7. Pour rejeter la demande des salariés au titre d'un préjudice d'anxiété, les arrêts
retiennent, d'abord, que la réparation du préjudice spécifique d'anxiété, défini par la
situation d'inquiétude permanente face au risque de déclaration à tout moment d'une
maladie liée à l'amiante, n'est admise, pour les salariés exposés à l'amiante, qu'au
profit de ceux remplissant les conditions prévues par l'article 41 de la loi du 23
décembre 1998 et l'arrêté ministériel pris en application, et que les salariés doivent
être déboutés de leur demande présentée à titre principal en réparation du préjudice
d'anxiété, lequel n'est pas ici indemnisable, même sur le fondement de l'obligation
de sécurité, et ce en l'absence de dispositions légales spécifiques.

8. Les arrêts retiennent, ensuite, que les salariés versent aux débats plusieurs
attestations mettant en cause la qualité, le nombre et le port des masques individuels
fournis par l'employeur ainsi que le système d'arrosage destiné à capter les
poussières. À titre d'exemple, il y est ainsi fait état de ce que "nous n'avions pas de
masque à poussières individuel... la plupart des mineurs ne portait pas de masques à
poussières, certains d'entre nous achetaient des masques en mousse en pharmacie...
nous fermions l'eau pour ne pas être noyés à front... dans les années 90 on portait des
masques jetables ils se colmataient vite avec la respiration et la poussière les
colmatait et on n'en avait pas assez à disposition et ils n'étaient pas adaptés à un
travail physique intense" (M. QTV... UPU...), de ce que "les différentes sortes de
masques présentaient chacun leurs lacunes... distribution limitée au jour ; ...les buses
étaient souvent bouchées voire hors service. Les arrosages sectoriels étaient très vite
hors service" (M. YZ... IV...), de ce que "le port du masque n'était pas obligatoire"
(M. HI... JX..., M. TH... BC..., M. DM... VV..., M. ZO... SA...), de ce que "plus il
fallait de l'eau pour la neutraliser, ce qui provoquait énormément de boue à l'avant
de la machine, celle-ci s'embourbait, conclusion mécanique, il fallait réduire la
quantité d'eau sur l'arrosage. En sachant que les buses d'arrosage étaient souvent
bouchées car la qualité de l'eau était médiocre. Pour nous protéger de toute cette
poussière, il nous fallait des masques de protection, lorsqu'on avait la chance d'en
avoir ce qui était très rare, ils étaient très souvent et rapidement inutilisables ou hors
service..." (M. HG... JH...), ou de ce que "les buses du soutènement machant, les
premières années, étaient inexistantes et ensuite étaient régulièrement bouchées par
les poussières" (M. MRT... KC...) ou de ce qu'il y avait des buses à eau sur les
tambours mais le débit était insuffisant pour éliminer toute la poussière du havage.
Même avec des buses bouchées le havage continuait car le plus important était avant
tout la production' (M. OEF... MB...) ou de ce que "j'ai assisté plusieurs fois à la mise
en place du capteur de poussières qui était toujours placé derrière une toile de jute
mouillée par une buse à eau" (M. ZO... BP...)".

9. Les arrêts retiennent également que l'attestation de M. DM... VJ..., un ancien


salarié des HBL qui après son départ en 1973 a travaillé pour un fournisseur des
HBL, ce qui l'a conduit à faire des essais techniques dans des galeries, fait état de ce
que "nous sommes donc descendus par la tête de taille pour accéder à la haveuse qui
était en plein abattage, la poussière était tellement dense qu'on n'y voyait pas à 2
mètres. Nous avons progressé jusqu'au pied de la taille pour les essais de serrage au
couple en situation réelle, mon masque à poussière était bon à jeter, quand je me suis
mouché, le mouchoir était noir. Au retour, j'ai remarqué qu'un capteur de poussière
était masqué par de la toile de jute arrosée par une buse à eau. Dans la voie de base,
les convoyeurs, les broyeurs dégageaient malgré l'arrosage une énorme poussière et
mon masque était saturé ; un mineur me l'a soufflé à l'air comprimé afin que je puisse
le réutiliser, il m'a précisé qu'il lui faudrait environ quatre ou cinq masques par poste
ce que j'ai tendance à croire, le mien étant colmaté après une petite heure. D'après
ses dires confirmés aussi par l'agent de maîtrise de chantier, il arrivait fréquemment
qu'il n'y ait plus aucun masque de stock".

10. La cour d'appel a toutefois considéré que ces attestations et témoignages faisaient
état de constats qui ne pouvaient être reliés directement à la situation concrète de
chaque salarié demandeur en fonction des différents postes successivement occupés
par eux.

11. La cour d'appel a, par ailleurs, retenu qu'il était démontré que l'employeur avait
pris toutes mesures nécessaires de protection, tant individuelle que collective, et
également d'information, au vu notamment de différents documents relatifs aux taux
d'empoussiérage, de documents relatifs aux systèmes d'aérage, de capteurs et
dispositifs d'arrosage, aux masques individuels, d'attestations - telle celle de M.
ARL... HU... indiquant que ''tant au point de vue des machines d'abattages, des
différents convoyeurs, que du soutènement, et des effets individuels ces différents
moyens de lutte étaient constamment contrôlés et entretenus... les masques à
poussière étaient à la portée de chaque agent avant la descente en quantité suffisante.
Des contrôles de poussière étaient organisés par des appareils individuels portés par
des agents durant tout le poste aux conditions réelles de travail" ou celle de M.
COQ... IB... qui indique avoir constaté sur trente ans l'évolution des méthodes et du
matériel dans tous les services et dans le domaine de la lutte contre les poussières par
la recherche et la mise en oeuvre des moyens les plus efficaces ainsi que leur
adaptation en fonction de l'évolution des techniques et des matériels- de documents
relatifs au suivi par les médecins du travail des nuisances professionnelles et du suivi
médical renforcé du personnel des mines, des nombreux rapports des délégués-
mineurs faisant apparaître que lorsque une observation est formulée sur la sécurité,
il y est donné suite par l'exploitant, par exemple le rapport du 10 avril 1997 où le
délégué mineur indique "lors de l'utilisation de la balayeuse, un nuage de poussière
est créé, le personnel est incommodé. Je demande le retrait immédiat de cet engin
balayeuse inadapté aux conditions du carreau Merlebach nord" avec la réponse
apportée : "le balayage ne sera plus fait par temps sec avec cet engin. Une balayeuse
"humide" d'une société extérieure sera commandée selon les besoins" ; notamment
encore le rapport de M. HY... TC... du 21 août 1958 indiquant "Veine Anna 3 sud +
nord les ouvriers travaillent dans une atmosphère poussiéreuse. Les masques que ces
ouvriers possèdent rendent leur respiration pénible. Je demande à l'exploitant de
revoir pour les masques une meilleure qualité" avec parallèlement la réponse "les
mesures nécessaires sont prises" ou ceux de M. BM... mentionnant le 22 septembre
1982 "visité la 1°NE Aux. Constaté un important empoussiérage du T.B provenant
de la veine Irma, j'ai demandé au secteur concerné l'installation d'une batterie de
buses à eau pour neutraliser les poussières à la tête du montage Irma Sud. Ce travail
fut réalisé en cours de poste" et mentionnant le 17 janvier 1983 "assisté partiellement
au havage du front, j'ai pu constater que la neutralisation des poussières par le
dépoussiéreur était très positive, des comptes-rendus des réunions de la commission
d'hygiène et de sécurité, ainsi que des rapports sur l'activité du service médical du
travail, tel celui de l'année 1986 où il est noté "les effets des nombreuses remarques
faites par les médecins du travail au cours de leurs visites de chantier et d'atelier :
beaucoup ont été prises en compte par la hiérarchie qui a permis tantôt des
améliorations techniques, tantôt la fourniture d'effets de protection individuelle et
dans certains cas une information du personnel" et où il est précisé, au nombre des
constatations faites par les médecins du travail au cours de leurs visites de chantiers
du fond "comme points positifs : l'augmentation du nombre de dépoussiéreurs dans
les chantiers de creusement, l'utilisation croissante des masques antipoussières".

12. En se déterminant ainsi, par des motifs insuffisants à établir que l'employeur
démontrait qu'il avait effectivement mis en oeuvre les mesures nécessaires pour
assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs, telles que
prévues aux articles L. 4121-1 et L. 4121-2 du code du travail, la cour d'appel, qui
devait rechercher si les conditions de mise en oeuvre de la responsabilité de
l'employeur telles que définies aux paragraphes 3 et 4 étaient réunies, n'a pas donné
de base légale à sa décision.

Portée et conséquences de la cassation

13. Il n'y a pas lieu de mettre hors de cause l'Agence nationale de garantie des droits
des mineurs.
PAR CES MOTIFS, la Cour :

CASSE ET ANNULE, en toutes leurs dispositions, les arrêts rendus le 7 juillet 2017,
entre les parties, par la cour d'appel de Metz ;

Remet, en conséquence, la cause et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
lesdits arrêts et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d'appel de Douai ;

Condamne l'Agent judiciaire de l'Etat aux dépens.

Cour de cassation, civile, Chambre sociale, 15 décembre 2021, 20-11.046

Faits et procédure

1. Selon les arrêts attaqués (Besançon, 30 avril 2019 et 26 novembre 2019), M. [G],
salarié jusqu'au 25 avril 1978 de la société Alstom Power Turbomachines, aux droits
de laquelle vient la société Alstom Power Systems (la société), a travaillé au sein de
l'établissement de [Localité 3].

2. En exécution d'un jugement rendu le 26 juin 2007 par le tribunal administratif de


Besançon, cet établissement a, selon arrêté ministériel du 30 octobre 2007, été inscrit
sur la liste des établissements susceptibles d'ouvrir droit à l'allocation de cessation
anticipée d'activité des travailleurs de l'amiante (ACAATA) pour la période de 1965
à 1985. Ce jugement a été annulé par un arrêt prononcé le 22 juin 2009 par la cour
administrative d'appel de Nancy.

3. Le 17 juin 2013, M. [G] a saisi la juridiction prud'homale d'une demande en


paiement de dommages-intérêts au titre du préjudice d'anxiété.

4. Après avoir rejeté la demande en réparation d'un préjudice d'anxiété formée sur le
fondement de l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 modifiée, la cour
d'appel a écarté la fin de non-recevoir tirée de la prescription de la demande du salarié
au titre de la violation de l'obligation de sécurité et a condamné la société au paiement
de dommages-intérêts de ce chef.

Examen des moyens

Sur le premier moyen, pris en sa cinquième branche, et le second moyen, pris en ses
trois premières branches, ci-après annexés
5. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas
lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne sont
manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le premier moyen, pris en ses quatre premières branches

Enoncé du moyen

6. La société fait grief à l'arrêt du 26 novembre 2019 de rejeter « l'exception de


prescription » et de la condamner au paiement de dommages-intérêts au titre de la
violation de l'obligation de sécurité, alors :

« 1°/ que le point de départ du délai de prescription de l'action par laquelle un salarié
demande à son employeur, auquel il reproche un manquement à son obligation de
sécurité, réparation de son préjudice d'anxiété, est la date à laquelle le salarié a eu
connaissance du risque élevé de développer une pathologie grave résultant de son
exposition à l'amiante ; qu'en jugeant, en l'espèce, que "seule l'inscription sur la liste
des établissements permettant la mise en oeuvre du régime général de l'ACAATA
publiée au Journal officiel du 6 novembre 2017, et ce peu importe que cette décision
ait ensuite été remise en cause par la juridiction administrative, a donné à M. [G] une
connaissance des faits lui permettant d'exercer son action", pour en déduire que celle-
ci n'est pas prescrite, quand il lui appartenait de rechercher, in concreto, à quelle date
le salarié a eu connaissance du risque élevé de développer une pathologie grave
résultant de son exposition à l'amiante, la cour d'appel a violé l'article 2224 du code
civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2008-561 du 17 juin 2008 ;

2°/ que le régime du préjudice d'anxiété fondé sur le droit commun de l'obligation de
sécurité de l'employeur ne se confond pas avec le régime du préjudice spécifique
d'anxiété applicable au salarié ayant travaillé dans un des établissements mentionnés
à l'article 41 de la loi n° 98-1194 du 23 décembre 1998 et figurant sur une liste établie
par arrêté ministériel ; qu'en se prononçant de la sorte et en ayant adopté les motifs
de son arrêt précédent du 30 avril 2019 ayant rejeté l'exception de prescription de
l'action en réparation du préjudice spécifique d'anxiété, sans rechercher à quelle date
le salarié avait eu connaissance du risque élevé de développer une pathologie grave
résultant de son exposition à l'amiante, la cour d'appel a privé sa décision de base
légale au regard de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi n°
2008-561 du 17 juin 2008 ;

3°/ que la connaissance qu'a eue le salarié du risque élevé de développer une
pathologie grave résultant de son exposition à l'amiante peut résulter des diverses
mesures mises en oeuvre par l'employeur au cours de l'exécution du contrat de travail
et des réglementations successivement adoptées en matière d'utilisation de l'amiante
jusqu'à son interdiction par le décret n° 96-1133 du 24 décembre 1996 ; qu'en
l'espèce, en décidant de manière péremptoire que "seule l'inscription sur la liste des
établissements permettant la mise en oeuvre du régime général de l'ACAATA
publiée au Journal officiel du 6 novembre 2017 (...) a donné à M. [G] une
connaissance des faits lui permettant d'exercer son action", sans rechercher, comme
il lui était pourtant demandé, si la réglementation de l'amiante dès 1977 et les mesures
mises en oeuvre par l'employeur au cours de la relation de travail, ayant pris fin en
1978, n'étaient de nature à justifier de l'apparition de la situation d'inquiétude
permanente du salarié face au risque de déclaration à tout moment d'une maladie liée
à l'amiante, constitutive du préjudice d'anxiété, antérieurement à la date de
l'inscription sur la liste des établissements permettant la mise en oeuvre du régime
général de l'ACAATA, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au
regard de l'article 2224 du code civil, dans sa rédaction issue de la loi n° 2008-561
du 17 juin 2008 ;

4°/ qu'en considérant que l'employeur ne justifie pas que le salarié avait une
connaissance personnelle des risques liés à l'utilisation de l'amiante au cours de
l'exécution du contrat de travail, lors même qu'il appartenait à ce dernier de justifier
de la date à laquelle il a eu connaissance du dommage dont il demandait réparation,
la cour d'appel a inversé la charge de la preuve, en violation de l'article 1353 du code
civil, ensemble l'article 2224 du même code, dans sa rédaction issue de la loi n° 2008-
561 du 17 juin 2008. »

Réponse de la Cour

7. Le point de départ du délai de prescription de l'action par laquelle un salarié


demande à son employeur, auquel il reproche un manquement à son obligation de
sécurité, réparation de son préjudice d'anxiété, est la date à laquelle le salarié a eu
connaissance du risque élevé de développer une pathologie grave résultant de son
exposition à l'amiante. Ce point de départ ne peut être antérieur à la date à laquelle
cette exposition a pris fin.

8. Appréciant les éléments de fait et de preuve qui lui étaient soumis, la cour d'appel
a constaté que seule l'inscription publiée au Journal officiel du 6 novembre 2007 de
l'établissement de [Localité 3] sur la liste permettant la mise en oeuvre du régime
ACAATA avait, peu important la remise en cause de cet arrêté par la juridiction
administrative, donné au salarié une connaissance des faits lui permettant d'exercer
son action.

9. Par de tels motifs, la cour d'appel, qui a ainsi accompli les recherches prétendument
omises, a légalement justifié sa décision.

Sur le second moyen, pris en sa quatrième branche

Enoncé du moyen

10. La société fait grief à l'arrêt du 26 novembre 2019 de la condamner au paiement


de dommages-intérêts au titre de la violation de l'obligation de sécurité, alors « que
le salarié qui [a] sollicité la réparation d'un préjudice d'anxiété sur le fondement du
droit commun de l'obligation de sécurité doit prouver l'existence de ce préjudice qu'il
a personnellement subi, celui-ci ne se déduisant pas nécessairement de l'exposition
au risque mais devant ressortir d'un trouble dans ses conditions d'existence ; que la
cour d'appel, qui a simplement estimé que la prétendue exposition du salarié à
l'amiante générait un préjudice d'anxiété dont l'existence était établi par des
attestations produites par le salarié desquelles il ne ressortait pourtant qu'une
inquiétude du salarié face au risque de déclaration à tout moment d'une maladie grave
en raison de l'exposition à l'amiante, mais non d'un trouble dans ses conditions
d'existence, n'a pas légalement caractérisé le préjudice d'anxiété et n'a pas donné de
base légale à sa décision au regard de l'article 1231-1 du code civil. »

Réponse de la Cour

11. En application des règles de droit commun régissant l'obligation de sécurité de


l'employeur, le salarié qui justifie d'une exposition à l'amiante, générant un risque
élevé de développer une pathologie grave, peut agir contre son employeur pour
manquement de ce dernier à son obligation de sécurité.

12. Le salarié doit justifier d'un préjudice d'anxiété personnellement subi résultant
d'un tel risque.

13. Le préjudice d'anxiété, qui ne résulte pas de la seule exposition au risque créé par
une substance nocive ou toxique, est constitué par les troubles psychologiques
qu'engendre la connaissance du risque élevé de développer une pathologie grave par
les salariés.

14. Après avoir rappelé que, compte tenu de son exposition avérée à l'amiante et des
délais de latence propres aux maladies liées à l'exposition de ce matériau, le salarié
devait faire face au risque élevé de développer une pathologie grave, la cour d'appel
a constaté qu'il produisait des attestations de proches faisant état de crises d'angoisse
régulières, de peur de se soumettre aux examens médicaux, d'insomnies et d'un état
anxio-dépressif, et en a déduit que l'existence d'un préjudice personnellement subi
était avérée.

15. Par de tels motifs, elle a, sans être tenue de procéder à une recherche que ses
constatations rendaient inopérante, légalement justifié sa décision.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne la société Alstom Power Systems aux dépens.


Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 29 mars 2018

Sur le second moyen :

Attendu, selon l'arrêt attaqué (Fort-de-France, 10 janvier 2017), que, victime d'une
agression, M. Y... a saisi une commission d'indemnisation des victimes d'infractions
d'une demande en réparation de son préjudice corporel ;

Attendu que le Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres
infractions fait grief à l'arrêt d'allouer à M. Y... une certaine somme en réparation de
son préjudice corporel, alors, selon le moyen, que le préjudice d'agrément est
constitué par l'impossibilité pour la victime de continuer à pratiquer régulièrement
une activité spécifique sportive ou de loisir ; qu'en retenant, en l'espèce, que M. Y...
subissait un préjudice d'agrément pour avoir été stoppé dans sa progression en
compétition des sports nautiques qu'il pratiquait avant l'agression, tout en constatant
qu'il en poursuivait régulièrement la pratique, la cour d'appel, qui n'a pas tiré les
conséquences légales de ses propres constatations, a violé l'article 1382 du code civil
dans sa rédaction applicable au litige ;

Mais attendu que le préjudice d'agrément est constitué par l'impossibilité pour la
victime de continuer à pratiquer régulièrement une activité spécifique sportive ou de
loisirs ; que ce poste de préjudice inclut la limitation de la pratique antérieure ;
Qu'ayant retenu, par motifs propres et adoptés, qu'avant l'agression M. Y... pratiquait,
en compétition, un grand nombre d'activités sportives et de loisirs nautiques et que,
depuis les faits, qui l'avaient stoppé dans sa progression, la poursuite, en compétition,
de ces activités ne pouvait plus se faire avec la même intensité, son état physique l'y
autorisant seulement de façon modérée et ne lui permettant plus de viser les podiums,
et relevé que les conditions dans lesquelles il continuait à s'y livrer obéissaient
désormais à un but essentiellement thérapeutique, c'est à juste titre que la cour d'appel
lui a accordé une indemnité au titre d'un préjudice d'agrément ;

D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

Et attendu qu'il n'y a pas lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur le
premier moyen annexé qui n'est manifestement pas de nature à entraîner la cassation
;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Laisse les dépens à la charge du Trésor public.


Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 17 juin 2010

Attendu, selon l'arrêt confirmatif attaqué (Paris, 15 mai 2009), que le 27 octobre
2000, M. X... a été blessé dans un accident de la circulation impliquant un véhicule
dont le conducteur est demeuré inconnu ; que le 28 janvier 2004, M. X... a transigé
avec le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (le Fonds),
certains postes de préjudice ayant été réservés ; que M. X..., ses parents, sa soeur, et
Mme Y..., sa compagne, ont assigné le Fonds en indemnisation devant un tribunal de
grande instance, en présence des organismes sociaux ;

Sur le premier moyen :

Attendu que M. X... et Mme Y... font grief à l'arrêt de rejeter leurs demandes relatives
à l'indemnisation de diverses aides techniques alors, selon le moyen, que les
transactions sont d'interprétation restrictive ; qu'ainsi, en ne justifiant par aucun
motif, en réfutation des conclusions de M. X... et Mme Y..., de ce que M. X..., en
transigeant à hauteur de la somme de 40 000 euros en ce qui concerne l'indemnisation
de son préjudice d'agrément, qui était généralement considéré au jour de la
transaction du 28 janvier 2004, comme réparant l'impossibilité pour la victime de
pratiquer ses sports et activités de loisirs favoris, aurait renoncé de manière claire et
non équivoque à des « aides techniques » lui permettant d'avoir une vie plus normale,
c'est-à-dire d'accéder à des lieux publics de détente et de plaisirs, comme la plage et
les pistes de ski, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard
des articles 1134, 1382 et 2048 du code civil ;

Mais attendu que l'arrêt retient, par motifs propres et adoptés, que M. X... fait valoir
que le quad et ses accessoires et adaptations divers lui permettront d'accéder dans des
lieux tels que les forêts, les plages et les montagnes ; que ces prétentions se rattachent
incontestablement à l'indemnisation du préjudice d'agrément éprouvé par la victime,
et en réparation duquel celle-ci a reçu à titre transactionnel la somme de 40 000 euros
; que la demande au titre du quad pour l'accès en forêt, d'une remorque de transport
pour le quad, des adaptations du quad, d'un dual ski pour faire du ski assis et d'un
fauteuil Tiralo pour accéder à la plage, sont irrecevables ;

Que de ces constatations et énonciations, la cour d'appel a pu déduire que les


demandes indemnitaires formulées au titre de l'impossibilité de pratiquer
régulièrement une activité spécifique sportive ou de loisirs étaient incluses dans le
préjudice d'agrément déjà indemnisé dans la transaction, qu'elle a souverainement
interprétée ;

D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

Sur le second moyen :


Attendu que M. X... et Mme Y... font grief à l'arrêt de rejeter leurs demandes relatives
à l'indemnisation des pilules de Viagra alors, selon le moyen, que les transactions
sont d'interprétation restrictive ; qu'ainsi, en ne justifiant par aucun motif, en
réfutation des conclusions de M. X... et Mme Y..., de ce que M. X..., en transigeant
à hauteur de la somme de 40 000 euros en ce qui concerne l'indemnisation de son
préjudice sexuel aurait renoncé de manière claire et non équivoque à l'indemnisation
de médicaments permettant, à lui et à sa compagne, d'accéder à une vie sexuelle plus
normale, la cour d'appel n'a pas donné de base légale à sa décision au regard des
articles 1134, 1382 et 2048 du code civil ;

Mais attendu que le préjudice sexuel comprend tous les préjudices touchant à la
sphère sexuelle à savoir : le préjudice morphologique lié à l'atteinte aux organes
sexuels primaires et secondaires résultant du dommage subi, le préjudice lié à l'acte
sexuel lui-même qui repose sur la perte du plaisir lié à l'accomplissement de l'acte
sexuel, qu'il s'agisse de la perte de l'envie ou de la libido, de la perte de la capacité
physique de réaliser l'acte, ou de la perte de la capacité à accéder au plaisir, le
préjudice lié à une impossibilité ou une difficulté à procréer ;

Que, par motifs propres et adoptés, l'arrêt retient que M. X... a perçu à titre
transactionnel la somme de 40 000 euros en réparation de son préjudice sexuel, lequel
n'est pas seulement limité à la perte de sensation de plaisir, ainsi que le soutient la
victime, mais concerne l'atteinte, sous toutes ses formes, à la vie sexuelle ;

Que de ces constatations et énonciations, la cour d'appel a pu déduire que la demande


d'indemnisation formulée correspondait à un poste de préjudice déjà indemnisé dans
la transaction, qu'elle a souverainement interprétée ;

D'où il suit que le moyen n'est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :

REJETTE le pourvoi ;

Condamne M. X... et Mme Y... aux dépens.

Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 6 mai 2021, 19-23.173 20-16.428

Faits et procédure

4. Selon les arrêts attaqués (Limoges, 4 avril 2019 et 26 septembre 2019), M. [I] a
été victime, le 3 juillet 2009, d'un accident alors qu'il était passager d'un train, qui a
déraillé à la suite d'une collision avec une remorque agricole immobilisée sur la voie
ferrée.

5. M. [I] a été placé sous le régime de la tutelle par jugement du 21 mai 2014.
6. Représenté par sa tutrice ad hoc, Mme [H], mandataire judiciaire à la protection
du majeur, M. [I] et Mme [R], épouse [I], agissant tant en son nom personnel qu'en
qualité de représentante légale de leurs enfants mineures, [G] et [S] [I] (les consorts
[I]), ont saisi un tribunal de grande instance afin d'obtenir l'indemnisation de leurs
préjudices.

7. Par requête du 3 juin 2019, M. [I], représenté par sa tutrice, a saisi la cour d'appel
d'une demande de rectification de l'arrêt rendu le 4 avril 2019, par lequel cette cour
avait statué sur la demande d'indemnisation des préjudices des consorts [I].

8. Ces derniers ont formé un pourvoi contre l'arrêt du 4 avril 2019 (n° 19-23.173) et
M. [I], représenté par sa tutrice, a formé un pourvoi contre l'arrêt du 26 septembre
2019, ayant rejeté sa requête en rectification d'erreur matérielle (n° 20-16.428).

Examen du moyen du pourvoi dirigé contre l'arrêt du 4 avril 2019

Sur le moyen, pris en sa troisième branche, ci-après annexé

9. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas


lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ce grief qui n'est
manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Mais sur le moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

10. M. [I], représenté par Mme [H], en qualité de tutrice ad hoc, fait grief à l'arrêt de
fixer sa créance, sous l'imputation, poste par poste, de celle de la caisse primaire
d'assurance maladie de la Corrèze (la caisse) à la somme de 160 936 euros et de dire
que, sous déduction de la provision de 200 000 euros allouée par la société SNCF
Mobilités, alors « que sur l'indemnisation des préjudices patrimoniaux temporaires
et permanents, M. [I] a fait valoir que l'indemnisation de la perte de salaire actuelle
devait être évaluée à la date la plus proche de l'accident, et ainsi s'opérer sur la base
du salaire des trois derniers mois, soit une somme mensuelle 3134 euros, base du
salaire qu'il a justifiée en produisant les pièces correspondantes, (n° 6-1 à 6-6 et 3-6
et 3-7 et 3-12) soit les bulletins d'avril à mai 2009, de juillet 2009 et les avis d'impôts
sur les revenus 2009 et 2010, ajoutant que son salaire mensuel n'avait pas vocation à
diminuer d'une année sur l'autre, ce qui imposait de retenir la moyenne sur les années
2007 et 2008, de surcroît trop éloignées de la date de l'accident ; que, pour confirmer
l'évaluation du salaire moyen mensuel à la somme de 2 840 euros, la cour d'appel a
tenu pour inopérants les moyens développés par M. [I], faute de production des
bulletins de salaires, pourtant produits en première instance et en appel, tout en
s'abstenant d'examiner la demande d'évaluation du salaire mensuel en considération
des nouvelles pièces produites devant elle, relatives à l'année 2009, de nature à
évaluer, au jour de l'accident, la perte de revenus ; qu'en statuant ainsi, la cour d'appel
a méconnu les exigences de l'article 455 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 455 du code de procédure civile :

11. Il résulte de ce texte que tout jugement doit comporter les motifs propres à
justifier la décision.

12. Pour rejeter les demandes relatives aux montants des sommes allouées au titre
des pertes de gains professionnels actuels et futurs, l'arrêt retient que le premier juge
a procédé, par des motifs que la cour adopte, à une juste évaluation du salaire mensuel
moyen perçu antérieurement à l'accident à la somme de 2 840 euros et que la critique
formulée par la victime est vaine en l'absence de production en cause d'appel des
bulletins de salaire des mois d'avril, mai et juin 2009.

13. En statuant ainsi, par des motifs insuffisants et sans analyser, fût-ce de façon
sommaire, les pièces nouvelles communiquées par la victime au soutien de ses
moyens, notamment l'avis d'imposition de l'année 2009 et le bulletin de salaire de
juillet 2009, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé.

Et sur le moyen, pris en sa deuxième branche

Enoncé du moyen

14. M. [I], représenté par Mme [H], fait le même grief à l'arrêt alors « qu'en cas
d'inaptitude définitive à toute activité professionnelle, l'indemnisation de l'incidence
professionnelle, distincte du déficit fonctionnel permanent, comprend celle de la
perte d'identité sociale et du préjudice lié au désoeuvrement social qu'entraîne
l'impossibilité d'exercer toute activité professionnelle ; que la cour d'appel, pour
exclure tout préjudice lié à l'incidence professionnelle, s'est déterminée au regard du
maintien de M. [I] dans un emploi de mineur boiseur depuis l'âge de 24 ans, et a
écarté tout préjudice de carrière, perte de chance de progression et en conséquence
de préjudice distinct de la perte de gains professionnels futurs ; qu'en statuant ainsi,
sans rechercher, comme elle y avait été invitée par les conclusions de M. [I], si la
victime, par l'effet de l'accident entraînant l'impossibilité d'exercer une activité
professionnelle, ne subissait pas un préjudice lié à la perte de l'identité sociale que
donne un emploi ou à l'« anomalie sociale », au-delà et en sus de la perte financière
également subie, la cour d'appel a violé les dispositions de l'article 1240 du code
civil. »

Réponse de la Cour

Vu le principe de la réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime :


15. Pour rejeter la demande d'indemnisation au titre de l'incidence professionnelle,
l'arrêt énonce qu'au jour de l'accident, M. [I], qui était âgé de 42 ans et travaillait
toujours dans l'entreprise de travaux publics qu'il avait intégrée à l'âge de 24 ans, y
occupait, en tant que chef d'équipe, un emploi de mineur-boiseur, que l'accident l'a
placé dans l'impossibilité absolue de reprendre une quelconque activité
professionnelle et qu'il ne justifie pas, au titre d'un préjudice de carrière, de la perte
d'une chance de progression professionnelle et donc de l'existence d'un préjudice
distinct de celui déjà indemnisé au titre de la perte de gains professionnels, depuis la
date de l'accident jusqu'à la fin de vie.

16. En se déterminant ainsi, sans rechercher, comme elle y était invitée, si n'était pas
caractérisée l'existence d'un préjudice résultant de la dévalorisation sociale ressentie
par la victime du fait de son exclusion définitive du monde du travail, indemnisable
au titre de l'incidence professionnelle, la cour d'appel a privé sa décision de base
légale.

(…)

PAR CES MOTIFS et sans qu'il y ait lieu de statuer sur l'autre grief du pourvoi n°
19-23.173, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu'il « réforme » le jugement du tribunal


de grande instance de Limoges du 11 janvier 2018 en ce qu'il fixe les indemnités
réparatrices des préjudices à la somme de 158 600,12 euros pour M. [I], statuant à
nouveau de ce chef et sur la répartition de la charge indemnitaire, fixe la créance de
M. [I], sous l'imputation poste par poste de la créance de la caisse primaire
d'assurance maladie de la Corrèze, à la somme de 160 936,12 euros, dit que la Sncf
Mobilités, M. [M], la Sa MMA Iard et la Sa MMA Iard assurance mutuelle sont tenus
in solidum au paiement envers M. [I] de la dite somme de 160 936,12 euros et que,
dans les rapports entre eux, la charge en sera supportée à hauteur de 152 889,12 euros
par la Sncf Mobilités et à hauteur de 8 046,81 euros par M. [M] et son assureur, la
Sa MMA Iard et la Sa MMA Iard assurance mutuelle, dit que, sous déduction de la
provision de 200 000 euros qui lui a déjà été allouée par la Sncf Mobilités, M. [I],
représenté par son tuteur ad hoc, ne peut prétendre à aucune indemnité
complémentaire, condamne in solidum M. [M], la Sa MMA Iard et la Sa MMA Iard
assurance mutuelle à garantir et relever indemne la Sncf Mobilités à concurrence de
la somme de 8 046,81 euros, l'arrêt rendu le 4 avril 2019, entre les parties, par la cour
d'appel de Limoges ;

Met hors de cause la société Groupama Centre Atlantique ;

Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Bordeaux ;
Constate l'annulation de l'arrêt rendu le 26 septembre 2019, entre les parties, par la
cour d'appel de Limoges, sous le numéro RG 19/00470 ;

Condamne la société SNCF Mobilités devenue SNCF Voyageurs aux dépens exposés
au titre de chacun des pourvois.

Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 11 février 2021, 19-23.525

Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Bordeaux, 16 mai 2019), K... S... a été tué par arme blanche
le [...] 2014 et l'auteur des faits a été déclaré coupable de meurtre par une cour
d'assises.

2. Agissant en qualité de représentante légale de sa fille mineure Q... E..., née le [...]
, Mme J... S..., fille de K... S..., après avoir obtenu, par un arrêt civil rendu par cette
cour d'assises, une certaine somme à titre de dommages et intérêts, a saisi une
commission d'indemnisation des victimes d'infractions (CIVI) pour voir réparer le
préjudice moral subi par sa fille.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en ses deuxième et quatrième branches, ci-après annexé

3. En application de l'article 1014, alinéa 2, du code de procédure civile, il n'y a pas


lieu de statuer par une décision spécialement motivée sur ces griefs qui ne sont
manifestement pas de nature à entraîner la cassation.

Sur le moyen pris en ses première et troisième branches

Enoncé du moyen

4. Le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions fait


grief à l'arrêt de déclarer Mme S..., es qualités, recevable et fondée en sa demande
alors :

« 1°/ qu'il n'existe pas de lien de causalité entre le décès de la victime et le dommage
moral invoqué par sa petite fille née après le décès de son grand-père ; qu'en
considérant, pour déclarer Q... E... recevable et fondée en sa demande
d'indemnisation d'un préjudice moral, que le préjudice tenant au fait que Q... E... est
définitivement privée de la présence de son grand-père et de la possibilité de le
connaître était dû au décès de son aïeul, lui-même dû à un fait volontaire présentant
le caractère matériel d'une infraction survenus après sa conception, même si elle
n'était pas née, la cour d'appel a violé les articles 1240 du code civil et 706-3 du code
de procédure pénale ;

3°/ qu'en tout état de cause si le fait de naître et de vivre sans père ou sans mère, en
raison de la disparition prématurée de l'un de ces derniers, peut constituer un
préjudice en raison du lien de filiation qui unit l'enfant conçu et à naître à ses parents,
la préjudice à raison du décès d'un autre membre de la famille ne peut être présumé
; qu'en considérant que le fait de ne connaître l'un de ses aïeuls « qu'au travers des
souvenirs évoqués par les autres membres de la famille » faisait « nécessairement »
souffrir Q... E... de l'absence de son grand-père, la cour d'appel, qui n'a pas caractérisé
un préjudice d'affection indemnisable, s'est déterminée par un motif inopérant,
privant ainsi sa décision de base légale au regard de l'article 706-3 du code de
procédure pénale, ensemble le principe de la réparation intégrale sans perte ni profit,
pour la victime. »

Réponse de la Cour

5. L'enfant qui était conçu au moment du décès de la victime directe de faits


présentant le caractère matériel d'une infraction peut demander réparation du
préjudice que lui cause ce décès.

6. Ayant relevé que Q... E... était déjà conçue au moment du décès de son grand-père,
c'est sans encourir les griefs du moyen que la cour d'appel a estimé que Q... E...,
privée par un fait présentant le caractère matériel d'une infraction de la présence de
son grand-père dont elle avait vocation à bénéficier, souffrait nécessairement de son
absence définitive, sans avoir à justifier qu'elle aurait entretenu des liens particuliers
d'affection avec lui si elle l'avait connu, et a déclaré la demande d'indemnisation de
son préjudice moral recevable.

7. Le moyen n'est, dès lors, pas fondé.

PAR CES MOTIFS, la Cour :

REJETTE le pourvoi ;

LAISSE les dépens à la charge du Trésor public.

Cour de cassation, Chambre Mixte, 25 mars 2022 n° 20-15.624

[...] Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Papeete, 29 août 2019), le 5 juillet 2014, à 22h20, la


gendarmerie a été avisée de ce qu'un individu avait porté plusieurs coups de couteau
à [R] [X]. Ce dernier est décédé le [Date décès 2], à 0h40, à l'hôpital où il avait été
transporté en arrêt cardio-respiratoire.

2. Mme [T] [D] [E], veuve [X], M. [R] [N] [E], Mme [Z] [J] [E], Mme [A] [B] [E],
Mme [T] [H] [X] et [U] [C] [E] ont saisi la commission d'indemnisation des victimes
d'infractions pour obtenir réparation des préjudices. Le Fonds de garantie des
victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI) a contesté
l'indemnisation allouée au titre des préjudices éprouvés par [R] [X].

[...] Examen des moyens

Sur le premier moyen

Enoncé du moyen

6. Le FGTI fait grief à l'arrêt de confirmer la décision entreprise en tant qu'elle a


alloué aux ayants droit de [R] [X], la somme de 1 500 000 FCP au titre de la
souffrance morale liée la conscience de la mort imminente entre le moment de son
agression et son décès, après avoir déjà alloué à l'indivision successorale représentée
en l'état par Mme [T] [E], veuve [X], et Mme [M] [X], la somme de 1 500 000 FCP
au titre des souffrances endurées par [R] [X] avant son décès alors « que les
différentes souffrances psychiques et troubles qui y sont associés sont inclus dans le
poste de préjudice des souffrances endurées ; que ce poste inclut donc le préjudice
moral de mort imminente consistant pour la victime décédée à être demeurée, entre
la survenance du dommage et sa mort, suffisamment consciente pour avoir envisagé
sa propre fin ; qu'en allouant aux ayants droit de la victime, la somme de 150 000
FCP au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente subi par celle-ci, après leur
avoir alloué la même somme de 150 000 FCP au titre des souffrances endurées par
celle-ci avant son décès, la cour d'appel a violé le principe de réparation intégrale
sans perte ni profit pour la victime. »

Réponse de la Cour

7. L'arrêt, par motifs adoptés, après avoir constaté que les lésions consécutives à la
multiplicité des plaies par arme blanche présentes sur le corps de la victime lui
avaient causé une souffrance importante, énonce qu'il convient d'évaluer à 1 500 000
FCP l'indemnisation de l'indivision successorale au titre des souffrances endurées par
la victime entre son agression et son décès.

8. Il précise que, pour caractériser l'existence d'un préjudice distinct « d'angoisse de


mort imminente », il est nécessaire de démontrer l'état de conscience de la victime
en se fondant sur les circonstances de son décès.

9. Il retient que la nature et l'importance des blessures, rapportées au temps de survie


de la victime, âgée de seulement vingt-sept ans, dont l'état de conscience a conduit
sa famille à juger possible son transport en voiture légère jusqu'à l'hôpital,
démontrent que [R] [X] a souffert d'un préjudice spécifique lié à la conscience de sa
mort imminente, du fait de la dégradation progressive et inéluctable de ses fonctions
vitales causée par une hémorragie interne et externe massive, et que le premier juge
a procédé à sa juste évaluation.

10. C'est, dès lors, sans indemniser deux fois le même préjudice que la cour d'appel,
tenue d'assurer la réparation intégrale du dommage sans perte ni profit pour la
victime, a réparé, d'une part, les souffrances endurées du fait des blessures, d'autre
part, de façon autonome, l'angoisse d'une mort imminente.

11. Le moyen n'est, dès lors, pas fondé.

[...]

Cour de cassation, civile, Chambre civile 2, 11 mars 2021, 19-17.384

Audience publique du 11 mars 2021

Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Grenoble, 24 avril 2018), et les productions, E... S..., née le
[...] , a disparu le 8 juillet 1987.

2. L'information judiciaire ouverte du chef d'enlèvement de mineur de 15 ans a fait


l'objet d'une ordonnance de non-lieu en janvier 1989. L'information ayant été reprise
des chefs d'enlèvement et séquestration de plus de sept jours, un second non-lieu a
été prononcé en novembre 2014, à la suite duquel la chambre de l'instruction a
ordonné un supplément d'information.

3. Mme U... S..., soeur de E... S..., née le [...] , se prévalant des faits d'enlèvement et
de séquestration qui auraient été commis à l'encontre de cette dernière, a saisi, le 4
décembre 2015, une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, aux fins
de versement d'une provision en réparation de son préjudice moral, sur le fondement
des articles 706-3 et suivants du code de procédure pénale.

Exposé du moyen

Sur le moyen, pris en sa première branche

Enoncé du moyen

4. Le Fonds de garantie des victimes d'actes de terrorisme et d'autres infractions fait


grief à l'arrêt d'allouer à Mme U... S... la somme provisionnelle de 12 000 euros à
valoir sur la réparation de son préjudice moral alors « que n'existe aucun lien de
causalité entre la disparition de la victime et le préjudice prétendument souffert par
sa soeur née plusieurs années après cette disparition ; qu'en allouant néanmoins à
Mme S... la somme provisionnelle de 12 000 euros au titre du préjudice moral
résultant de la disparition de sa soeur, après avoir pourtant constaté que Mme S...
était née près de quatre ans après cette disparition, la cour d'appel a violé l'article
706-3 du code de procédure pénale. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 1240 du code civil et l'article 706-3 du code de procédure pénale :

5. Aux termes du premier de ces textes, tout fait quelconque de l'homme, qui cause
à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer et,
selon le second, sous certaines conditions, toute personne ayant subi un préjudice
résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une
infraction peut obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des
atteintes à la personne.

6. Pour allouer à Mme U... S... une provision au titre de son préjudice moral, l'arrêt
retient qu'en raison de sa naissance au sein d'une famille marquée par la disparition
inexpliquée d'une enfant de 10 ans, Mme U... S... a dû se construire avec le
traumatisme de cette disparition, entretenu en permanence au sein du foyer familial.

7. En statuant ainsi, alors qu'il résultait de ses constatations que Mme U... S... avait
été conçue après la disparition de sa soeur, de sorte qu'il n'existait pas de lien de
causalité entre cette disparition non élucidée et le préjudice invoqué, la cour d'appel
a violé les textes susvisés.

Portée et conséquences de la cassation

8. Après avis donné aux parties, conformément à l'article 1015 du code de procédure
civile, il est fait application des articles L. 411-3, alinéa 2, du code de l'organisation
judiciaire et 627 du code de procédure civile.

9. L'intérêt d'une bonne administration de la justice justifie, en effet, que la Cour de


cassation statue au fond.

10. En l'absence de lien de causalité entre le fait dommageable et le préjudice allégué,


la demande de provision formée par Mme U... S... doit être rejetée.

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs du pourvoi,
la Cour :
CASSE ET ANNULE, en toutes ses dispositions, l'arrêt rendu le 24 avril 2018, entre
les parties, par la cour d'appel de Grenoble ;

DIT n'y avoir lieu à renvoi ;

REJETTE la demande de provision formée par Mme U... S... en réparation du


préjudice allégué ;

Laisse les dépens exposés, tant devant la cour d'appel que devant la Cour de
cassation, à la charge du Trésor public.

Cour de cassation, civile, Chambre commerciale, 23 septembre 2020, 15-


28.898, Inédit

Faits et procédure

1. Selon l'arrêt attaqué (Paris, 3 juillet 2015), la société SPM Express a fait construire
en 2004 un catamaran de transport de passagers en vue d'assurer, dans le cadre d'une
délégation de service public obtenue le 20 juin 2003, la desserte des îles de l'archipel
de Saint Pierre et Miquelon. Ce bateau était équipé de deux moteurs, fabriqués et
vendus par la société de droit allemand MTU Friedrichshafen (la société MTU
Allemagne). La société MTU France était chargée de leur maintenance. Les
injecteurs de ces moteurs ont été fournis par la société de droit allemand V... M....

2. En mars et en avril 2009, les injecteurs d'origine ont été remplacés par des
injecteurs neufs.

3. Le 27 juin 2009, les deux moteurs, tribord puis bâbord, ont présenté des
dysfonctionnements, auxquels il n'a pas été possible de remédier et qui ont été
imputés par un expert judiciaire à la livraison d'un mauvais lot d'injecteurs.

4. La société SPM Express a assigné les sociétés MTU France et MTU Allemagne
en garantie des vices cachés et indemnisation de son préjudice. L'instance a été
reprise par M. W..., en qualité de liquidateur de la société SPM Express, mise en
liquidation judiciaire simplifiée par un jugement du 10 avril 2019.

Examen du moyen

Sur le moyen, pris en sa troisième branche


Enoncé du moyen

5. M. W..., ès qualités, fait grief à l'arrêt de condamner solidairement les sociétés


MTU France et MTU Allemagne à lui payer la seule somme de 1 227 119,74 euros,
majorée des intérêts au taux légal à compter de la date de l'assignation de première
instance et de la débouter du surplus de ses demandes, alors « que l'acheteur,
bénéficiaire de la garantie des vices cachés, n'est pas tenu de réparer le bien affecté
d'un vice dans l'intérêt du vendeur ; qu'en limitant l'indemnisation de l'immobilisation
du navire à une période de cent cinquante six jours aux motifs qu'il "appartenait à la
société SPM Express d'entreprendre les réparations de son bateau dans le délai le
plus bref possible", quand la société SPM Express n'était pas tenue de procéder à la
réparation des moteurs viciés garantis par les sociétés MTU, la cour d'appel a violé
les articles 1641 et 1645 du code civil. »

Réponse de la Cour

Vu les articles 1641 et 1645 du code civil et le principe de la réparation intégrale du


préjudice :

6. Il résulte de ces textes et principe que l'acheteur peut exercer à l'encontre du


vendeur professionnel une action indemnitaire autonome à raison des vices cachés
de la chose vendue et que l'auteur d'un dommage doit en réparer toutes les
conséquences, la victime n'étant pas tenue de limiter son préjudice dans l'intérêt du
responsable.

7. Pour limiter à la période du 27 juin au 30 novembre 2009 la durée de


l'indemnisation du préjudice subi du fait de l'immobilisation du navire, l'arrêt relève
que la délégation de service public de la société SPM Express devait prendre fin le
30 novembre 2009. Puis il retient qu'il appartenait à celle-ci d'entreprendre les
réparations dans le délai le plus bref possible pour pouvoir reprendre ses activités et
qu'elle ne justifie pas que cette immobilisation lui ait été imposée par des tiers
pendant vingt-huit mois.

8. En statuant ainsi, la cour d'appel qui, dans l'intérêt du responsable du dommage, a


imposé à la SPM Express de faire réparer son navire et d'effectuer ces réparations
dans les meilleurs délais, a violé les textes et principe susvisés.

Sur le moyen, pris en sa quatrième branche

9. M. W..., ès qualités, fait le même grief à l'arrêt, alors « que la contradiction de


motifs équivaut au défaut de motifs ; qu'en jugeant d'une part que la société SPM
Express ne "justifi[ait] pas d'une immobilisation imposée par des tiers pendant vingt-
huit mois et uniquement pour la réparation de l'avarie, puisqu'elle pouvait faire
exécuter la décision du tribunal assortie de l'exécution provisoire" ce dont il résultait
que la durée d'immobilisation imputable à l'avarie s'achevait au jour du jugement
rendu le 27 octobre 2011 et, d'autre part, que « la société SPM Express a[vait] ainsi
perdu une chance de pouvoir le louer [le navire] pendant cent cinquante six jours"
correspondant à la période du 27 juin 2009 au 30 novembre 2009, la cour d'appel
s'est contredite et ainsi violé l'article 455 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 455 du code de procédure civile :

10. Selon ce texte, tout jugement doit être motivé.

11. Pour limiter le préjudice résultant de l'immobilisation du navire à la somme de


280 000 euros pour la période du 27 juin au 30 novembre 2009, l'arrêt retient qu'il
appartenait à la société SPM Express d'entreprendre les réparations dans le délai le
plus bref possible pour pouvoir reprendre ses activités, qu'elle ne justifie pas que
cette immobilisation lui ait été imposée par des tiers pendant vingt-huit mois à
compter de la date de l'avarie et qu'elle pouvait faire exécuter le jugement, assorti de
l'exécution provisoire, qui condamnait la société MTU France à lui payer certaines
sommes.

12. En se déterminant ainsi, par des motifs inopérants dès lors que ce jugement a été
rendu le 27 octobre 2011, la cour d'appel n'a pas satisfait aux exigences de ce texte.

Et sur le moyen, pris en sa cinquième branche

13. M. W..., ès qualités, fait le même grief à l'arrêt, alors « qu'en toute hypothèse, la
société SPM Express faisait valoir, dans ses conclusions, que "le Conseil territorial
de la collectivité locale de Saint-Pierre-et-Miquelon a[vait] tiré prétexte de
l'immobilisation de l'Atlantic Jet pour acheter un nouveau navire et prétendre assurer
la continuité du service public" ; qu'en limitant la période d'indemnisation du
préjudice consécutif à l'immobilisation du navire au motif "qu'il n'[était] pas contesté
que la délégation de service public de la société SPM Express devait prendre fin le
30 novembre 2009", sans répondre à ce moyen déterminant tiré de ce que
l'immobilisation du navire était à l'origine de la reprise en régie de la desserte
maritime, la cour d'appel a entaché sa décision d'un défaut de réponse à conclusions
et a derechef violé l'article 455 du code de procédure civile. »

Réponse de la Cour

Vu l'article 455 du code de procédure civile :

14. Selon ce texte, tout jugement doit être motivé. Un défaut de réponse aux
conclusions constitue un défaut de motifs.
15. Pour limiter le préjudice résultant de l'immobilisation du navire à la somme de
280 000 euros pour la période du 27 juin au 30 novembre 2009, l'arrêt retient qu'il
n'est pas contesté que la délégation de service public devait prendre fin le 30
novembre 2009 et qu'elle n'a plus jamais été octroyée à la société SPM Express,
puisque la collectivité territoriale a repris la régie de la desserte maritime et acquis
un bateau.

16. En se déterminant ainsi, sans répondre aux conclusions par lesquelles la société
SPM Express faisait valoir que l'exploitation de la desserte des îles avait ainsi été
reprise par le Conseil territorial en raison de l'immobilisation de son navire, la cour
d'appel n'a pas satisfait aux exigences du texte susvisé.

PAR CES MOTIFS, et sans qu'il y ait lieu de statuer sur les autres griefs, la Cour :

CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce que, infirmant le jugement, il condamne


solidairement les sociétés MTU France et MTU Friedrichshafen Gmbh à verser à la
société SPM Express la somme globale de 1 227 119,74 euros, majorée des intérêts
au taux légal à compter de la date de l'assignation et dit que la capitalisation des
intérêts sera ordonnée dans les conditions de l'article 1154 du code civil, l'arrêt rendu
le 3 juillet 2015, entre les parties, par la cour d'appel de Paris ;

Remet, sur ces points, l'affaire et les parties dans l'état où elles se trouvaient avant
cet arrêt et les renvoie devant la cour d'appel de Paris autrement composée ;

Condamne les sociétés MTU France et MTU Friedrichshafen Gmbh aux dépens.

Exercice : Dissertation : Le préjudice par ricochet

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