Texte n°1 : Manon Lescaut, le portrait de Manon
J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas ! que ne
le marquais-je un jour plus tôt ! J'aurais porté chez mon père toute mon
innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant
à me promener avec mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver
le coche d'Arras, et nous le suivîmes jusqu'à l'hôtellerie où ces voitures
descendent. Nous n'avions point d'autre motif que la curiosité. Il en sortit
quelques femmes qui se retirèrent aussitôt ; mais, il n'en resta une fort
jeune, qui s'arrêta seule dans la cour, pendant qu'un homme d'un âge
avancé, qui paraissait lui servir de conducteur, s'empressait pour faire
tirer son équipage des paniers. Elle me parut si charmante, que moi, qui
n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec
un peu d’attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et
la retenue, je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport.
J'avais le défaut d'être excessivement timide et facile à déconcerter ;
mais, loin d'être arrêté alors par cette faiblesse, je m'avançai vers la
maîtresse de mon cœur.
Quoiqu'elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes
politesses sans paraitre embarrassée. Je lui demandai ce qui l'amenait à
Amiens, et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me
répondit ingénument qu'elle y était envoyée par ses parents pour être
religieuse. L'amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu'il
était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel
pour mes désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit comprendre mes
sentiments ; car elle était bien plus expérimentée que moi ; c'était malgré
elle qu'on l'envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant
au plaisir, qui s'était déjà déclaré, et qui a causé dans la suite tous ses
malheurs et les miens
Texte n°2 : Manon Lescaut, les retrouvailles au
parloir de Saint Sulpice
Elle s'assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné, n'osant
l'envisager directement. Je commençai plusieurs fois une réponse, que
je n'eus pas la force d'achever. Enfin, je fis un effort pour m'écrier
douloureusement : Perfide Manon ! Ah ! perfide ! perfide ! Elle me
répéta, en pleurant à chaudes larmes, qu'elle ne prétendait point justifier
sa perfidie. Que prétendez-vous donc ? m'écriai-je encore. Je prétends
mourir, répondit-elle, si vous ne me rendez votre cœur, sans lequel il est
impossible que je vive. Demande donc ma vie, infidèle ! repris-je en
versant moi-même des pleurs, que je m'efforçai en vain de retenir.
Demande ma vie, qui est l'unique chose qui me reste à te sacrifier ; car
mon cœur n'a jamais cessé d'être à toi. A peine eus-je achevé ces
derniers mots, qu'elle se leva avec transport pour venir m'embrasser.
Elle m'accabla de mille caresses passionnées. Elle m'appela par tous les
noms que l'amour invente pour exprimer ses plus vives tendresses. Je
n'y répondais encore qu'avec langueur. Quel passage, en effet, de la
situation tranquille où j'avais été, aux mouvements tumultueux que je
sentais renaître ! J'en étais épouvanté. Je frémissais, comme il arrive
lorsqu'on se trouve la nuit dans une campagne écartée : on se croit
transporté dans un nouvel ordre de choses ; on y est saisi d'une horreur
secrète, dont on ne se remet qu'après avoir considéré longtemps tous
les environs.
Texte n°3 : Manon Lescaut, Le prince italien
Manon ne lui donna pas le temps d’ouvrir la bouche ; elle lui
présenta son miroir : « Voyez, monsieur, lui dit-elle, regardez-vous bien,
et rendez-moi justice. Vous me demandez de l’amour : voici l’homme que
j’aime et que j’ai juré d’aimer toute ma vie. Faites la comparaison vous-
même : si vous croyez pouvoir lui disputer mon cœur, apprenez-moi
donc sur quel fondement, car je vous déclare qu’aux yeux de votre
servante très-humble, tous les princes de l’Italie ne valent pas un des
cheveux que je tiens. »
Pendant cette folle harangue, qu’elle avait apparemment méditée,
je faisais des efforts inutiles pour me dégager, et, prenant pitié d’un
homme de considération, je me sentais porté à réparer ce petit outrage
par mes politesses. Mais, s’étant remis assez facilement, sa réponse,
que je trouvai un peu grossière, me fit perdre cette disposition.
« Mademoiselle, mademoiselle, lui dit-il avec un sourire forcé, j’ouvre en
effet les yeux, et je vous trouve bien moins novice que je ne me l’étais
figuré. »
Il se retira aussitôt sans jeter les yeux sur elle, en ajoutant, d’une
voix plus basse, que les femmes de France ne valent pas mieux que
celles d’Italie. Rien ne m’invitait, dans cette occasion, à lui faire prendre
une meilleure idée du beau sexe.
Manon quitta mes cheveux, se jeta dans un fauteuil, et fit retentir la
chambre de longs éclats de rire. Je ne dissimulerai pas que je fus touché
jusqu’au fond du cœur d’un sacrifice que je ne pouvais attribuer qu’à
l’amour. Cependant la plaisanterie me parut excessive. Je lui en fis des
reproches : elle me raconta que mon rival, après l’avoir obsédée pendant
plusieurs jours au bois de Boulogne, et lui avoir fait deviner ses
sentiments par des grimaces, avait pris le parti de lui en faire une
déclaration ouverte, accompagnée de son nom et de tous ses titres,
dans une lettre qu’il lui avait fait remettre par le cocher qui la conduisait
avec ses compagnes ; qu’il lui promettait, au-delà des monts, une
brillante fortune et des adorations éternelles ; qu’elle était revenue à
Chaillot dans la résolution de me communiquer cette aventure ; mais
qu’ayant conçu que nous en pouvions tirer de l’amusement, elle n’avait
pu résister à son imagination ; qu’elle avait offert au prince italien, par
une réponse flatteuse, la liberté de la voir chez elle ; et qu’elle s’était fait
un second plaisir de me faire entrer dans son plan sans m’en avoir fait
naître le moindre soupçon. Je ne lui dis pas un mot des lumières qui
m’étaient venues par une autre voie, et l’ivresse de l’amour triomphant
me fit tout approuver.
Analyse linéaire : Manon Lescaut, texte n°1
L'abbé Prévost (1697-1763) est un romancier qui a vécu une vie
movementée, avant de devenir prêtre. En 1731, il a rédigé l'Histoire de
chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, qui a par la suite été jugé
scandaleux puis condamné en 1733. Ce roman met en scene la
passion naissante du chevalier DG pour ML, et la marginalisation
sociale progressive de ces 2 personnages. C'est également l'occasion
pour l'abbé Prévost de réaliser un traité de morale sur les dangers de la
passion. Nous allons étudier la rencontre entre DG et ML, dans le cadre
du parcours associé "personnage en marge et plaisirs du romanesque".
Après avoir rencontré une seconde fois DG à Calais, le marquis de
Renoncour demande au jeune homme de lui raconter ses aventures qui
commencent à Amiens. Il n'a alors que 17 ans et vient de terminer ses
études de philosophie. Alors qu'il s'appête à retourner chez son père, il
aperçoit une jeune fille, ML, dont la vue le séduit immédiatement
Problématique : Comment DG fait-il sa rencontre avec Manon une
élement fondateur de son destin ?
Plan :
I – Une rencontre amoureuse soudaine : la naissance de l’amour de DG
A) Les sentiments d’un coup de foudre classique
B) Le cadre qui renforce le contexte exceptionnel de la rencontre
C) Un amour raconté comme une impression assez floue
II – Le portrait de deux jeunes personnages
A) Manon une femme à la beauté et au passé intriguant
B) DG un jeune amoureux naïf
III – Une rencontre racontée d’un point de vue subjectif
A) L’absence de responsabilité chez DG
B) La volonté de « dénoncer » Manon pour mieux se mettre en valeur
Analyse linéaire texte n°1 Manon Lescaut
I - Une rencontre amoureuse soudaine : la naissance de l’amour de DG
→ « J’avais marqué » : plus-que-parfait + l’interjection « Hélas ! », DG
mêle souvenirs et récit
→ « Hélas ! » ici le récit est narré par DG du futur à Renoncour, exprime
le regret
→ « Amiens » + « Arras » / « la veille » + « un jour plus tôt » : DG
place un cadre spatio-temporel précis
→ « j’aurais porté chez mon père toute mon innocence » : emploi du
passé conditionnel + père = figure d’ordre et de bienséance, DG montre
alors que cette rencontre va lui faire perdre sa naïveté + se présente
comme innocent comme s’il était victime de cette rencontre : souligne le
regret
→ « […] je devais quitter cette ville » exprime une fois de plus le regret
et renforce l’idée que cette rencontre était conduite par le destin
→ « vîmes » + « suivîmes » passé simple incise dans le récit rentré en
scène de ML
→ « coche d’Arras » + « voitures » + « hôtellerie » : détails de la
scène et « descendent » : présent de vérité générale = montre
l’authenticité de la scène
→ « nous n’avions pas d’autre motifs que la curiosité » curiosité +
négation restrictive « ne…que » DG se justifie se dédouane
→ « il en sorti quelques femmes qui se retirèrent aussitôt » forme
impersonnel présenté donc comme une remarque anodine +
« sorti » / « retirèrent » : passé simple + « aussitôt » : adverbe crée un
effet de curiosité face à ML en marge de cette masse de femme + mise
en valeur
֍ Le narrateur place alors le décor dans ce premier mouvement +
installe progressivement la rencontre et attise la curiosité du lecteur
II – Le portrait de deux jeunes personnages
→ « Mais il en resta une fort jeune qui s’arrêta seule dans la cour »
« mais » : conjonction de coordination d’opposition incise dans le récit
fait émerger 1 femme (ML) + opposition « quelque/une » mise en relief +
« s’arrêta » passé simple qui illustre la rupture dans le récit de cette
première apparition en contraste « se retirèrent » l’immobilité de ML la
met en relief / a part face au mouvement des autre femmes
→ « pendant qu’un homme d’un âge avancé, qui paraissait … »
proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de temps : rallonge
la scène de rencontre laisse planer le suspense + « paraissait » DG est
passif et spectateur de la scène qu’il scrute en détail + incite au
questionnement sur la véritable identité de l’homme (son amant ?)
→ « charmante » relève de l’envoutement presque de la magie
→ « …que moi, qui n’avait jamais pensé à la différence des sexes,
ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi dis-je dont tout le
monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvait enflammé
tout d’un coup jusqu’au transport » répétition du moi / je : focus sur
DG comme un questionnement intérieur sur sa propre personne (ne
comprends pas ce qu’il ressent) + longueur de la phrase :
métamorphose de DG + la rencontre qui fait basculer le registre
élégiaque dans le registre lyrique (« enflammé » la flamme de l’amour :
allégorie) + « me » devient COD comme si DG était malgré lui soumis à
la passion + « n’… jamais » négation partielle DG se décrit comme qqun
jusque là innocent, dresse un portrait mélioratif et sage de DG
→ « j’avais le défaut d’être excessivement timide et facile à
déconcerter » souligne une fois de plus sa personnalité réservée
présentée ici comme un défaut (« cette faiblesse »)
→ « je m’avançais vers la maitresse de mon cœur » contraste avec
sa timidité DG fait preuve d’audace et brise alors avec sa vie chaste
passée et fait le premier pas vers elle + « maitresse de mon cœur » :
périphrase de ML placée sur un piédestal et montre cet aspect de
domination que ML a sur lui en confirmant par la même occasion ses
sentiments
֍ Passage de DG d’un état passif à une position active. A la vue de ML il
se transforme physiquement et moralement, enfin sans même lui avoir
parlé il se place sous sa domination.
III – Une rencontre racontée d’un point de vue subjectif
→ « Quoiqu’elle fût … » proposition subordonnée conjonctive
circonstancielle de concession + formulation antithétique entre son jeune
age (« moins âgée ») et le fait qu’elle ne paraisse pas
« embarrassée » : souligne le caractère exceptionnel de cette aisance
et renforce la curiosité portée à ML
→ « je lui demandai » / « elle me répondit » discours indirect : rapidité
de l’échange + on ne connait ML que par les paroles rapportées de DG
→ « ingénument » ML se montre naïve en contradiction avec « sans
paraitre embarrassée » : DG brosse alors un portrait ambivalent de ML
→ « religieuse » 1er obstacle à leur amour comme prémonitoire de leur
histoire impossible parsemée d’embûches
→ « L’amour me rendait déjà si éclairé depuis un moment qu’il était
dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel
pour mes désirs » DG met un mot sur le sentiment qui l’envahit :
l’amour + topos du fatum « coup mortel » formule hyperbolique +
« éclairé » ironique car cet amour va par la suite l’aveugler + champ
lexical de l’amour lyrique + « désirs » = attraction charnelle, en
contradiction avec les vrais sentiments
→ « bien plus expérimenté que moi » comparatif ici DG posteriori
place Manon au-dessus comme responsable et remarque dès lors sa
marginalité
→ « c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent » discours indirect
libre, achève le dialogue et montre que sa propre volonté est contraire à
celle de ses parents : on perçoit alors les prémices de sa personnalité
rebelle
→ « pour arrêter sans doute son penchant au plaisir qui s’était déjà
déclaré, et qui a causé dans la suite tous ses malheurs et les
miens»
« Pour » préposition : introduit le but de son entrée au couvent +
proposition subordonnée relative : montre qu’elle a dévié de la morale /
un passé sulfureux + « par la suite […] miens » prolepse : clôt de façon
tragique cet extrait tout en plaçant le lecteur dans un effet d’attente
֍ Dans ce dernier mouvement on assiste à un premier échange qui
scellera le destin des personnages, notamment celui de DG qui le
raconte de manière subjective comme racine même de ces malheurs.
Conclusion :
Cette rencontre abolit l’idée de l’ancienne vie de DG : l’amitié pour
Tiberge s’éloigne, et son ancienne personnalité (sagesse, innocence,
timidité) s’efface. La vue de ML fait surgir un désir amoureux, mais le
narrateur, DG du futur, place cette rencontre sous des accents tragiques
comme le montre notamment l’interjection du début et la prolepse finale.
Le plaisir du romanesque est ainsi créé, le lecteur a envie de savoir ou
va mener cette passion fatale. Et cette scène exploite le thème de la
rencontre amoureuse de manière romanesque et originale car en
quelque mots le destin du couple semble être scellé.
Analyse linéaire : Manon Lescaut, texte n°2
L'abbé Prévost (1697-1763) est un romancier qui a vécu une vie
movementée, avant de devenir prêtre. En 1731, il a rédigé l'Histoire de
chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, qui a par la suite été jugé
scandaleux puis condamné en 1733. Ce roman met en scene la
passion naissante du chevalier DG pour ML, et la marginalisation
sociale progressive de ces 2 personnages. C'est également l'occasion
pour l'abbé Prévost de réaliser un traité de morale sur les dangers de la
passion. Nous allons étudier la rencontre entre DG et ML, dans le cadre
du parcours associé "personnage en marge et plaisirs du romanesque".
Après avoir vécu une histoire d’amour passionnée avec Manon, le
Chevalier découvre son infidélité. Pendant deux ans, il retourne seul à
ses études de théologie et soutient un exercice public en Sorbonne. Un
soir, Manon vient à sa rencontre à Saint-Sulpice. Cette scène de
retrouvailles est cruciale dans le roman car il s’agit de la première
réconciliation entre les deux amants elle annonce également la rupture
sans retour du chevalier avec le vie morale et réglée attendue de lui.
Problématique : Comment l’Abbé Prevost narre-t-il le moment où le
personnage de DG passe de la vertue à la passion et retombe dans la
marginalité ?
Plan :
I – Les reproches de Des Grieux (l.1 à l.4)
II – Les aveux de Manon et Des Grieux (l.4 à l.11)
III – Des réactions contrastées (l.11 à l.20)
Analyse linéaire texte n°2 Manon Lescaut
I – Les reproches de Des Grieux
→ « Elle s’assit. Je demeurai debout, le corps à demi tourné »
parallélisme qui illustre une opposition dans leurs postures, ML dont la
posture suggère l’aise répond à celle debout et contorsionné de DG
matérialisant son inconfort
→ « n’osant pas l’envisager directement » DG à peur des effets de
ML sur lui, il sait que en la regardant il retomberas sous l’emprise de son
charme
→ « je n’eus pas la force » négation totale : illustre l’incapacité de DG
→ « Enfin, je fis un effort pour m’écrier » l’adverbe « enfin » resonne
comme un soulagement, DG expie ses tourments intérieurs de manière
presque animale + il explose contrastant avec le silence ambiant
→ « Perfide Manon ! Ah perfide ! Perfide » paroles accusatrices
dénuées de raison + seuls mots que DG parviens à exprimer + aspect
théâtrale qui annonce la tragédie
NB : Perfide (per/fides en latin) indique la perte de confiance
֍ Dans ce premier mouvement on voit DG tel un homme blessé, à terre,
qui lutte pour ne pas retomber dans le vice de la passion qui unie ces
deux protagonistes.
II – Les aveux de Manon et Des Grieux
→ « pleurant […] cœur […] larmes » champs lexical de la tristesse qui
montre la douleur de DG face à cette passion destructrice
→ « Que prétendez-vous donc ? » + « m’écriai-je » question
rhétorique exprimée douloureusement : DG souffre
→ « Je prétends mourir […] si vous ne me rendez votre cœur » Ici le
récit prends un tournant tragique + le rapport entre la proposition
principale et la proposition subordonnée conjonctive circonstancielle de
condition hypothétique, établit un lien fort : la vie de ML dépends de
l’amour inconditionnel de DG
→ « chaudes larmes » attitude pathétique de ML le cpl est en détresse
→ La scène est théâtralisé (topos lyrique/tragique) cet effet est amplifié
par le discours directe, cette mise en scène peut alors nous laisser
douter de la sincérité des sentiments de ML
→ « Demande ma vie » x 2 : l’impératif montre que DG est prêts à se
sacrifier (amour courtois / chevaleresque), sa réaction est à la hauteur
de son amour
→ « en versant moi-même des pleurs » le torrent de larmes
matérialise les sentiments intenses et contradictoires de DG
→ « infidèle ! » l’apostrophe avoue malgré sa blessure l’amour
inconditionnel que DG porte à Manon
→ « mon cœur n’a jamais cessé d’être à toi » la métonymie « mon
cœur » désigne le chevalier au travers de ses sentiments amoureux
→ Transition du « vous » au « tu » qui symbolise le rapprochement des
personnages + passage du vocabulaire tragique au vocabulaire
sentimental
֍ Dans cet extrait DG livre toute sa souffrance et s’avoue vaincu face à
Manon.
III – Des réactions contrastées
→ « elle se leva » ML se met au niveau de DG il n’y a plus de
contrastes dans leurs postures
→ « A peine eus-je achevé ces derniers mots… » proposition
subordonnée conjonctive circonstancielle de temps qui montre la
précipitation de ses manifestations physiques d’amour. Le passage
soudain des pleurs à la joie laisse planer un doute sur la sincérité des
pleurs de ML
→ « se leva […] m’accabla […] m’appela » verbes au passé qui
traduisent la fougue de la scène + compléments circonstanciels de
manière « avec transport […] de milles caresses passionnées […]
par tous les noms … »
→ « m’embrasser », dans le séminaire, appuie le caractère libertin du
roman
→ Manon initie le mouvement, les barrières sont abolies, elle est donc
responsable de toute action et devient sujet, lui objet.
→ « Je n’y répondais encore qu’avec langueur » négation restrictive,
DG établit une distance avec l’emploi de l’imparfait et de phrases
courtes, soulignant la retenue qu’il tente de conserver mais également
qu’il va céder
→ « Quel […] ! » exclamation, DG délivre un discours plus rationnel car
il est alors face à Renoncour
→ « la situation tranquille où j’avais été, au mouvement
tumultueux » antithèse, se construit l’image d’un homme vacillant entre
répulsion et attraction, comme celle d’une personne qui ne cède pas
facilement, paradoxal, en justification + emploi du plus-que parfait afin de
mettre une distance entre sa vie d’homme rangé au séminaire avec celle
débutant ainsi avec ML
→ « J’en était épouvanté […] environs » Emploi d’un présent de vérité
générale + dresse un tableau d’un registre romanesque gothique de ses
sentiment (hypotypose), la comparaison avec la nuit créé une image
glaçante qui indique la perte de repères de DG. Sa propre passion lui fait
peur il y voit qqchose de monstrueux, depeint alors la lucidité avec
laquelle il narre cet émoi à Renoncour.
֍ Dans ce dernier mouvement ML cède la première et replonge alors
DG dans cette passion destructrice à tout jamais. Cet évènement
marque un point de rupture dans le récit car il cèle le destin des
personnages et DG du future semble raconté cela en en conservant une
certaine amertume.
Conclusion :
Ainsi cette scène rétrospective est essentielle dans le parcours de DG.
Ces retrouvailles marquent une rupture définitive avec sa vie réglée. Des
Grieux met en scène sa chute et la présente comme une conséquence
inéluctable de la passion, dont la seule responsable est Manon, il se
dédouane.
L’attitude adoptée est totalement différente de celle de la première
rencontre, où il se lançait sans précaution dans la passion, ici il porte un
regard plus lucide sur ce qui lui arrive. Ce passage est bien conforme au
projet affirmé par L’Homme de qualité dans sa préface : « un exemple
terrible de la force des passions »
En explorant cet extrait on y trouve des résonance avec une Maxime de
La Rochefoucauld (un écrivain français du XVIIème siècle) : « Si on juge
de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’a
l’amitié »
Analyse linéaire : Manon Lescaut, texte n°3
L'abbé Prévost (1697-1763) est un romancier qui a vécu une vie
movementée, avant de devenir prêtre. En 1731, il a rédigé l'Histoire de
chevalier des Grieux et de Manon Lescaut, qui a par la suite été jugé
scandaleux puis condamné en 1733. Ce roman met en scene la
passion naissante du chevalier DG pour ML, et la marginalisation
sociale progressive de ces 2 personnages. C'est également l'occasion
pour l'abbé Prévost de réaliser un traité de morale sur les dangers de la
passion. Nous allons étudier la rencontre entre DG et ML, dans le cadre
du parcours associé "personnage en marge et plaisirs du romanesque".
Ce passage est situé dans la deuxième partie du récit. DG vit avec
Manon une période heureuse mais un valet apprend à D G qu'un
seigneur étranger s'intéresse à Manon et la rencontre au Bois de
Boulogne. Le soir de cette révélation, lorsque Manon rentre DG est
furieux, mais Manon apaise sa colère par des caresses et s'engage à
rester dans l'appartement de Chaillot, le lendemain. La matinée se passe
en badinages amoureux, D G oublie sa suspicion. Manon a prémédité
l'une des plus notoires perfidies de leur histoire. C’est une scène
particulièrement théâtrale où se révèle le caractère perfide de Manon.
Problématique : En quoi l’intervention du prince peut faire douter le
lecteur sur la sincérité des sentiments de Manon tout en faisant basculer
DG dans la posture d’anti-héros ?