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réussi »
e film Apollo 13 raconte l’expérience qu’ont vécue
Jim Lovell et les membres de son équipage à bord
d’un vaisseau spatial de la NASA. Leur mission visait
à atterrir sur la Lune et à explorer celle-ci ; mais une explosion
en vol, mettant en danger la vie même des astronautes, a
endommagé le vaisseau, de telle sorte que le but de leur mission
a subitement changé. Le Centre de contrôle des missions à
Houston s’est efforcé pendant plusieurs jours de diriger la
réparation du vaisseau spatial moribond et de sauver la vie de
ses trois occupants. En bout de ligne, on a qualifié la missionde réussite, parce que les astronautes sont
revenus sur terre
sains et saufs. Pourtant, on l’a également considérée comme un
échec, étant donné qu’Apollo 13 n’a jamais atteint son but initial
d’atterrir sur la Lune. Disons qu’il s’agissait d’un échec « réussi ».
On pourrait dire la même chose du prophète Jonas. Le livre qui
porte son nom révèle qu’en dépit des nombreux échecs personnels
de Jonas, Dieu a dirigé avec succès une délivrance étonnante.
Paradoxalement, la prophétie de Jonas est souvent considérée
comme une partie de l’Ancien Testament qui reflète le cœur
de Dieu à l’égard des nations du monde. Le mérite n’en revient toutefois pas à Jonas, l’homme. Du
commencement à la fin de
l’histoire, ce dernier a participé à contrecœur à la mission de
miséricorde de Dieu.
Le fait que ces gens, menacés d’une mort certaine et imminente,
étaient les pires ennemis d’Israël revêt une grande importance dans ce récit stupéfiant.
Comprendre le livre de Jonas
Le livre rapporte la mission de Jonas à Ninive, mais il s’adresse
aux Israélites, qui détestaient Ninive. Étant donné que Dieu s’est servi de Jonas pour confronter les
Israélites à leur haine, la prophétie de Jonas traite autant de racisme que de missions.
De même, Jonas n’est pas le personnage principal de son propre
livre – mais Dieu l’est ! Dieu a en effet le premier et le dernier mot dans cette histoire. Il orchestre le
drame du début à la fin pour manifester son amour envers les ennemis d’Israël. À mesure que nous
assistons à des événements extraordinaires, nous ne devons
pas nous laisser accaparer par les effets secondaires et la mise en scène. L’Éternel Dieu, et non Jonas, est
le personnage central de cette histoire.
Quand le Dieu d’Israël ordonne à Jonas de transmettre à une autre nation que la sienne un message
d’avertissement, le prophète s’empresse d’aller en direction opposée.
Le désir de Dieu
La parole de l’Éternel fut adressée à Jonas, fils d’Amitthaï, en ces mots : Lève-toi, va à Ninive, la grande
ville (Jonas 1.1,2a).
Fondée par Nimrod, Ninive était située sur la rive orientale du
Tigre, à environ 800 km de la Samarie, la capitale du Royaume septentrional d’Israël. (Jonas allait mettre
un mois pour s’y rendre à
pied.) À l’apogée de sa gloire, Ninive était une grande ville fortifiée par une muraille extérieure et une
autre intérieure, mesurant alors
environ 18 m de large et 33 m de haut.
[Crie] contre elle ! car sa méchanceté est montée jusqu’à moi (1.2b).
Notez que ce message en est un de jugement et non de miséricorde. Dieu se préparait à juger les
habitants de Ninive à cause de leur méchanceté. Il est « juge de toute la terre »
(Genèse 18.25). Et il doit être reconnu comme tel, car même s’il est Sauveur, il est également Souverain.
En sa qualité de Juge, Dieu a envoyé un messager porter un message de jugement, mais Jonas a refusé
cette mission.
La désertion de Jonas
Et Jonas se leva pour s’enfuir à Tarsis, loin de la face de
l’Éternel (Jonas 1.3a).
Jonas a accueilli la mission que Dieu lui confiait d’une toute autre manière qu’Ésaïe (Ésaïe 6.8). Après
avoir entendu Dieu lui ordonner de se lever et d’aller, Jonas s’est levé et est allé… mais dans la direction
opposée ! Il s’est mis en route pour Tarsis, à
quelque 4000 km à l’ouest de Joppé (Japho), sur la côte ouest de
l’Espagne. Et Jonas a cru à tort pourvoir fuir « loin de la face del’Éternel ». Il comprenait le jugement de
Dieu, mais aussi sa miséricorde.
Jonas ne voulait à aucun prix que Ninive, la capitale d’une nation
ennemie, reçoive le pardon de Dieu et échappe à sa colère. Sachant que Dieu était prêt à pardonner le
péché lorsqu’il y avait un véritable changement de cœur, il s’est enfui au lieu d’avertir les
Ninivites du jugement divin à venir.
Le mal qui sévissait alors à Ninive était devenu légendaire, et les Juifs en avaient souvent été les victimes
(nahum 3.1-5).
La raison du refus de Jonas d’aller vers les habitants de Ninive
était la haine profonde qu’il nourrissait contre eux. Ces ennemis
jurés d’Israël passaient pour des tortionnaires cruels qui s’abattaient
sur les nations rivales telle une invasion de sauterelles, détruisant
tout sur leur passage.
Pour Jonas, se faire demander d’aller à Ninive aurait équivalu à demander à un résidant juif de New York
dans les années 1940
de se rendre à Berlin pour offrir aux nazis la chance de se
faire pardonner. Ce prophète prodigue allait apprendre à ses dépens le prix de la haine. Voici ce que
Frank Gaebelein en a dit :
À une époque où les préjugés et la haine attisent les émotions des hommes et faussent leur capacité de
jugement, Jonas se fait persuasif pour nous convaincre de limiter notre amour et notre sympathie
uniquement à nos compatriotes ou concitoyens et,
par conséquent, d’exclure tous les autres de notre pitié et de notre compassion (Four Minor Prophets,
traduction libre).
Il est plus facile de haïr que d’aimer, et certains d’entre nous risquent souvent de se trouver
dangereusement sur le point de
créer leur propre Ninive.
Il se peut que les gens qui habitent notre « Ninive » soient des
partisans de l’avortement, des homosexuels, des adversaires politiques,
des adeptes d’un culte quelconque ou un groupe ethnique qui nous
met mal à l’aise. La question à nous poser honnêtement est la suivante :
« Nos préjugés nous mèneront-ils au mutisme, comme Jonas, ou bien
à exprimer intentionnellement le cœur de notre Dieu ? » Jonas a
choisi le silence et la haine plutôt que l’obéissance et l’amour.
Comment Jonas s’est-il enfui ?
Il descendit à Japho, et il trouva un navire qui allait à Tarsis ;
il paya le prix du transport, et s’embarqua pour aller avec les
passagers à Tarsis, loin de la face de l’Éternel (Jonas 1.3b).
Quelques fois par année seulement, un bateau faisait la
traversée entre Japho et Tarsis. Comme il y avait de la place pour
lui à bord, Jonas a payé son transport, s’est embarqué et est parti
vers l’ouest. À ce stade, Jonas a pu être conforté dans sa décision,
tout marchait à merveille, les éléments se mettaient en place
mais la triste réalité démontre qu’il était encore et toujours plus
soucieux de lui-même que des autres. Combien il est facile de
justifier ses actions, particulièrement quand on a le vent en poupe.
Comme le vent, la situation peut toutefois vite changer.
Le désespoir des marins
La réaction de Dieu
Mais l’Éternel fit souffler sur la mer un vent impétueux, et il
s’éleva sur la mer une grande tempête. Le navire menaçait de
faire naufrage (Jonas 1.4).
La désobéissance de Jonas lui a causé des problèmes nonJonas se soucie de lui-même 11
seulement à lui, mais également à ses compagnons de voyage.
Après tout, les marins n’étaient que d’innocents spectateurs.
Quelle a été leur réaction ?
Premièrement, ils ont réagi de façon émotionnelle : ils « eurent
peur ». C’est un fait à souligner, car ces hommes étaient des marins
chevronnés habitués à naviguer sur la Méditerranée. Ils savaient
que celle-ci n’était pas une tempête ordinaire.
Deuxièmement, ils ont réagi de façon spirituelle : « [Ils]
implorèrent chacun leur dieu ». On peut bien leur reprocher leurs
prières égocentriques, mais n’empêche que tout le monde à bord
priait, excepté Jonas !
Troisièmement, ils ont réagi de façon pratique : « [Ils] jetèrent
dans la mer les objets qui étaient sur le navire, afin de le rendre plus
léger ». Ils étaient convaincus de leur mort imminente alors leur
désir de survivre l’a emporté sur leur besoin de revenus.
La réaction de Jonas
Jonas descendit au fond du navire, se coucha et s’endormit
profondément (Jonas 1.5b).
Au plus fort de la tempête, pendant que sur le pont se déroulait
une agitation fébrile, Jonas dormait profondément ! Comment était-
ce possible ? Il semblait être en paix, et pourtant, nous le savons
en conflit avec Dieu. Parfois, nous présumons que d’être en paix
justifie une décision que nous avons prise. Toutefois, ce baromètre
spirituel peut en réalité n’être qu’illusion. Le commentateur
Merrill Unger a écrit :
Dans sa condition rétrograde, [Jonas] « s’endormit
profondément », résultat non de sa soumission à Dieu et de sa12 JONAS : L’ÉCHEC DE LA RÉUSSITE
confiance en lui, comme c’était le cas du sommeil paisible du
Seigneur sur le lac démonté de Galilée (marc 4.37-39), mais en
raison d’une torpeur spirituelle due à une conscience émoussée.
La solution des marins
Le pilote s’approcha de lui, et lui dit : Pourquoi dors-tu ? Lève-
toi, invoque ton Dieu ! Peut-être voudra-t-il penser à nous, et
nous ne périrons pas (Jonas 1.6).
En désespoir de cause, le pilote a réveillé Jonas et l’a supplié de
prier. N’est-ce pas ironique de voir un païen demander à un homme
de Dieu de prier ?
Après avoir tout essayé, les matelots en sont venus à penser que
la colère des dieux était déchaînée contre l’un des passagers.
Et ils se dirent l’un à l’autre : Venez, et tirons au sort, pour
savoir qui nous attire ce malheur. Ils tirèrent au sort, et le sort
tomba sur Jonas (v. 7).
Dans l’Antiquité, les gens avaient parfois recours à des pierres
colorées pour les aider à discerner « la volonté des dieux ».
Ici, cela a marché. Le même Dieu qui contrôlait la tempête a
également contrôlé le sort qui avait été jeté (Proverbes 16.33).
Alors ils lui dirent : Dis-nous qui nous attire ce malheur.
Quelles sont tes affaires, et d’où viens-tu ? Quel est ton pays, et
de quel peuple es-tu ? (Jonas 1.8.)
Ils se sont mis à bombarder Jonas de questions qui consistaient
principalement à leur faire savoir qui il était et pourquoi ce
malheur leur arrivait. Jonas leur a répondu :
Je suis Hébreu, et je crains l’Éternel, le Dieu des cieux, qui afait la mer et la terre (v. 9).
Eh bien, ce n’était pas tout à fait vrai, n’est-ce pas ? Si Jonas
avait vraiment craint l’Éternel, il aurait été en route vers l’est pour
se rendre à Ninive et non vers l’ouest pour se rendre à Tarsis.
La détermination de Jonas
Ces hommes eurent une grande frayeur, et ils lui dirent :
Pourquoi as-tu fait cela ? Car ces hommes savaient qu’il fuyait
loin de la face de l’Éternel, parce qu’il le leur avait déclaré. Ils
lui dirent : Que te ferons-nous, pour que la mer se calme envers
nous ? Car la mer était de plus en plus orageuse (v. 10,11).
Au début, ces hommes n’avaient eu peur que de la tempête,
mais maintenant ils craignaient Dieu, qui était à l’origine de
cette tempête. L’élément vital de la crainte de Dieu consiste à
admettre son autorité, à la respecter et à y répondre. C’est ce
qu’ont fait les marins, mais pas Jonas !
Étant donné que Jonas ne donnait aucun signe de repentance,
les marins lui ont demandé comment apaiser la colère de ce Dieu.
[Jonas] leur répondit : Prenez-moi et jetez-moi dans la mer,
et la mer se calmera envers vous ; car je sais que c’est moi qui
attire sur vous cette grande tempête (v. 12).
Que c’est tragique, quand on sait que Jonas aurait pu dire : « Je
me repens et c’est aussi ce que vous devriez faire ! » ou encore :
« Faites demi-tour et conduisez-moi à Ninive. » Au lieu de cela, il
semblait dire à Dieu : « J’aimerais mieux mourir qu’aller à Ninive
avec toi. »
Par contraste avec le refus de Jonas de s’engager à sauver la vie decentaines de milliers de gens à Ninive,
remarquez les grands efforts
qu’ont déployés ces mariniers païens pour sauver la vie d’un seul
homme. Remarquez également le respect qu’ils portaient à Dieu,
par contraste avec l’irrespect que lui portait visiblement Jonas :
Ces hommes ramaient pour gagner la terre, mais ils ne le
purent, parce que la mer s’agitait toujours plus contre eux.
Alors ils invoquèrent l’Éternel, et dirent : Ô Éternel, ne nous
fais pas périr à cause de la vie de cet homme, et ne nous charge
pas du sang innocent ! Car toi, Éternel, tu fais ce que tu veux
(v. 13,14).
L’apaisement spectaculaire de la tempête
Puis ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur
de la mer s’apaisa. Ces hommes furent saisis d’une grande
crainte de l’Éternel, et ils offrirent un sacrifice à l’Éternel, et
firent des vœux (v. 15,16).
Lorsque les flots furieux se sont soudain calmés, le tumulte
qui se déchaînait dans le cœur de ces marins s’est amplifié –
maintenant ils craignaient vraiment Dieu ! Non seulement avait-il
causé la tempête, mais il était aussi capable de l’arrêter.
Ils ont offert des sacrifices d’adoration au vrai Dieu et ont fait
des vœux d’engagement envers lui. Pendant ce temps, Jonas coulait
à pic, persuadé d’avoir réussi à fuir loin de la présence de Dieu.
Mais était-ce le cas ?