Biophysique 2ème M.D GENERALITES SUR LES RAYONNEMENTS Dr.
Abdellatif CHOKRI
GENERALITES SUR LES RAYONNEMENTS
Introduction
Un rayonnement (ou radiation) est un mode de transfert d'énergie dans le vide ou dans
un milieu matériel sous forme d'ondes électromagnétique sans transport de masse ou de
particules ayant une masse au repos à partir d'une source.
I) Rayonnements électromagnétiques
Les rayonnements électromagnétiques englobent un ensemble de rayonnements de
nature physique identique, mais très hétérogènes par l’énergie qu’ils transportent et par leurs
possibilités d’interaction avec un milieu matériel.
L’étude des rayonnements électromagnétiques utilise deux modèles complémentaires
qui permettent de les décrire comme un phénomène « ondulatoire » (onde électromagnétique)
ou « corpusculaire » (flux de photons).
I.1) Ondes électromagnétiques
Décrit initialement par Maxwell à partir de 1865 pour les ondes lumineuses puis pour
des ondes générées par un dispositif purement électrique, une onde électromagnétique est
l’association d’un champ électrique sinusoïdal E et d’un champ magnétique H de même
période et qui lui est en tout point perpendiculaire. Ces deux champs se propagent dans une
direction perpendiculaire au plan défini par E et H qui sont à tout instant dans un même plan,
il s’agit donc d’une onde plane qui varie de façon sinusoïdale au cours de sa propagation.
I.1.1) Propagation des ondes électromagnétiques
Dans le vide ou l’air, quelle que soit l’onde considérée, la propagation est rectiligne et
se fait à vitesse constante, notée « c » (célérité) qui est de l’ordre de 3.108 m.s-1.
La propagation de l’onde électromagnétique s’accompagne d’une propagation d’énergie
avec un flux de puissance par unité de surface proportionnel au produit des amplitudes de E
etH.
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Dans un milieu matériel transparent, la vitesse « v » de propagation d’une onde
monochromatique est plus faible que celle dans le vide ou l’air. Le rapport c / v toujours
supérieure à 1, définit l’indice de réfraction du milieu transparent pour cette onde
monochromatique.
I.1.2) Caractéristiques d’une onde électromagnétique
Une onde électromagnétique est une onde progressive sinusoïdale de la forme :
Y = A sin (t + ).
Dans cette expression :
A : amplitude maximale, elle dépend des valeurs de E et H ;
ω : pulsation appelée aussi vitesse angulaire (en radians/seconde) est égale à 2π;
phase initiale.
Fréquence : La fréquence « » d'une onde électromagnétique est la fréquence des
champs électrique et magnétique qui la composent, soit le nombre de cycles par
seconde exécutés par le champ électrique ou magnétique ;
Période : T = 1/ c’est la durée d’un cycle. Elle est exprimée en secondes ;
Longueur d’onde : : c’est la distance parcourue par l’onde pendant une période, elle
s’exprime en mètres. Dans le vide (ou l’air), la longueur d’onde d’une onde
électromagnétique est la plus importante. = c.T = c/.
L’aspect ondulatoire des ondes électromagnétiques permet d’expliquer les lois
fondamentales de l’optique géométrique, les propriétés interférentielles et les propriétés liées
à la polarisation.
I.2) Spectre d’un rayonnement électromagnétique
Dans de nombreux cas, les rayonnements électromagnétiques ne sont pas constitués par
des ondes de même fréquence (monochromatique), mais par la superposition d’ondes de
différentes fréquences. Deux cas peuvent se produire :
Cas discret : spectre de raies : le rayonnement électromagnétique est composé d’un
nombre fini de fréquences distinctes, dont on peut définir pour chaque fréquence une
période, une longueur d’onde et une intensité énergétique.
L’intensité du rayonnement est égale à la somme des intensités de chaque onde.
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Cas continu : spectre continu : le rayonnement électromagnétique est composé d’une
infinité de fréquences comprises entre une valeur minimale et une valeur maximale. Dans ce
cas, on peut représenter les variations de l’intensité énergétique « dI » en fonction de la
fréquence « d ».
L’intensité énergétique transportée par le rayonnement dont la fréquence est comprise
entre une valeur minimale min et une valeur maximale Max est égale à l’aire limitée par le
spectre, l’axe des abscisses et les droites d’abscisses min et Max.
I.3) Photon
Certaines interactions des rayonnements électromagnétiques avec la matière (atomes ou
molécules) ne sont pas explicables par le simple modèle ondulatoire. Pour expliquer l’effet
photoélectrique, Einstein a repris en 1905 la notion de quanta proposée par Planck et a pu
démontrer que parallèlement à ses propriétés ondulatoires (interférences et diffraction),
un champ électromagnétique présente simultanément des propriétés corpusculaires. Ainsi, la
lumière est considérée comme un flux discontinu de « paquets » d’énergie électromagnétique
qu’il a appelé « quanta de lumière ». La dénomination photon a été proposée par la suite en
1926 par le chimiste Gilbert.
Le photon (symbole : γ (gamma)) est une particule de masse nulle et de spin égal à 1 qui
se propage dans le vide en lignes droites, avec la même célérité que l’onde électromagnétique
associée. Chaque photon transporte une quantité d’énergie élémentaire « E », appelée
quantum, et a une quantité de mouvement « P », qui ne dépendent que de la fréquence, ou de
façon équivalente de la longueur d’onde λ, et tels que E = c.P.
L’énergie d’un photon est : E = h= hc
Dans cette relation, E est l’énergie exprimée en joules ; est la fréquence exprimée en
hertz et h la constante de Planck : h = 6,62.10-34 j.s.
E peut être exprimée en électronvolts (eV), avec 1 eV = 1,6.10-19 j.
E = 1,24.10-6 / (en m) eV.
La quantité de mouvement est : P = hc= h
L’énergie et la quantité de mouvement (pression de radiation) d'une onde
électromagnétique monochromatique sont égales à un nombre entier de fois celles d'un
photon.
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I.4) Dualité onde-corpuscule
L’absence de représentation plus adéquate de la réalité des phénomènes nous oblige à
adopter, selon le cas, un des deux modèles, Onde ou corpuscule, alors qu'ils semblent
antinomiques, ce sont des manières de voir les choses et non les choses en elles-mêmes.
Métaphore du cylindre : objet ayant à la fois
les propriétés d'un cercle et d'un rectangle.
Les théories scientifiques modernes accordent à tous les objets une nature d'onde et de
particule, bien que ce phénomène ne soit perceptible qu'à des échelles microscopiques.
Cette dualité tente de rendre compte de l'inadéquation des concepts conventionnels de
« particules » ou d'« ondes », pris isolément, à décrire le comportement des objets quantiques.
Pour les rayonnements de faible fréquence, les photons associés ont une énergie
individuelle trop faible pour interagir avec la matière, et pour eux, en général seul l’aspect
ondulatoire est pertinent.
Pour les rayonnements de haute fréquence, les photons associés sont très énergétiques,
les longueurs d’onde sont très faibles (de l’ordre de grandeur des dimensions des atomes) et
les indices de réfractions sont proches de 1, il en résulte que seul l’aspect corpusculaire
(photons) est le plus souvent pris en considération pour expliquer les interactions entre les
rayonnements électromagnétiques et la matière.
I.5) Classification des rayonnements électromagnétiques
I.5.1) Selon la fréquence
Cette classification tient compte de la fréquence des rayonnements électromagnétiques
(réciproquement de leurs longueurs d’onde). Plus la fréquence est élevée, plus les photons
sont énergiques.
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Rayons X et rayons :
≤ 10-8 m (10 nm), ce qui correspond à une énergie E ≥ 1,24.10-6 / 10-8 eV.
La distinction entre les rayons X et les rayons ne porte pas sur leur énergie mais sur
leur origine : les rayons X proviennent des couches électroniques périnucléaires ou des
rayonnements de freinage, alors que les rayons sont d’origine nucléaire.
Rayons UV (Ultraviolet) :
10-8 m (10 nm) ≤ ≤ 3,8.10-7 m (380 nm).
L’énergie correspondante est : 3,26 eV ≤ E ≤ eV.
Ces rayons ont pour origine les atomes et le rayonnement solaire.
En physique, on classe les rayons UV en trois catégories :
Proche UV : 300 nm ≤ ≤ 380 nm ;
UV lointain : 200 nm ≤ ≤ 300 nm ;
UV du vide : ≤ 200 nm : absorbés par l’air.
En médecine, la classification des UV tient compte de leur nocivité par rapport à la
peau. On distingue :
UV A : 315 nm ≤ ≤ 380 nm ;
UV B : 280 nm ≤ ≤315 nm ;
UV C : 200 nm ≤ ≤ 280 nm.
Rayons visibles :
3,8.10-7 m (380 nm) ≤ ≤ 7,8.10-7 m (780 nm).
L’énergie correspondante est :1,59 eV ≤ E ≤ 3,26 eV.
Ces rayons correspondent à la lumière visible par l’œil humain.
Rayons IR (Infrarouge) :
7,8.10-7 m (780 nm) ≤ ≤ 3.10-4 m (0,3 mm).
L’énergie correspondante est : 4,13.10-3 eV ≤ E ≤ 1,59 eV.
Micro-ondes :
0,3 mm ≤ ≤ 30 cm.
Ondes radio, ondes Hertziennes :
30 cm ≤ ≤ plusieurs Km.
Ces ondes ont pour sources principales les circuits électroniques et les antennes.
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I.5.2) Rayonnements ionisants, rayonnements non ionisants
Un photon d’énergie E = h peut interagir avec un système pouvant exister sous deux
états A et B de niveaux d’énergie respectifs EA et EB, à condition d’avoir E ≥ E = EB – EA.
L’interaction du photon avec ce système peut entrainer le passage de l’état A à l’état B,
et s’accompagne de l’absorption de toute ou partie de l’énergie du photon. L’interaction est
d’autant plus probable que E est proche de E.
Lorsque l’état A correspond à un atome non ionisé et l’état B à l’ion correspondant, E
représente l’énergie d’ionisation qui dépend de l’atome considéré.
Dans les tissus biologiques les atomes les plus abondants sont l’hydrogène (H),
l’oxygène (O), le carbone (C) et l’azote (N). Pour ces atomes, les énergies d’ionisation sont
très voisines : 11,24 eV pour C ; 13,54 eV pour H ; 13,57 eV pour O et 14,24 eV pour N.
On appelle rayonnements ionisants ceux qui sont capables d’ioniser H et O, dont
l’énergie est supérieure à 13,6 eV, donc ≤ 150 nm (rayons X et ) et ce, vu l’importance de
l’ionisation de l’eau au cours des interactions des rayonnements avec les tissus biologiques.
Inversement, les rayons dont l’énergie est inférieure à 13,6 eV (ondes radioélectriques,
infrarouges, visibles et une partie des UV) sont dits non ionisants.
II) Rayonnements particulaires
Ils sont constitués de particules matérielles possédant une masse au repos. On distingue
des rayonnements formés de particules légères : électrons (-) ; positons (+) et des
rayonnements formés de particules plus lourdes : protons, neutrons, noyau d’hélium (.
Animées d’une énergie cinétique, ces particules forment un faisceau de particules
caractérisées par :
une charge ;
une masse au repos m0 ;
une vitesse v ;
𝒗𝟐
une masse cinétique : m = m0 / 1 − ( 𝒄𝟐 ) ;
une impulsion (ou quantité de mouvement) : p = m.v ;
Une énergie totale : E = m.c².
La dualité de nature des rayonnements électromagnétiques a été étendue aux
rayonnements particulaires. Louis de Broglie établit qu’à toute particule en mouvement est
h h 𝒗𝟐
associée une onde de longueur d’onde = = 1 − ( 𝒄𝟐 ), (h : constante de Planck).
p m0 v
III) Paramètres énergétiques
On définit cinq paramètres fondamentaux qui caractérisent soit des énergies totales
émises pendant un temps donné et exprimés en joules ou électronvolts, soit des flux d’énergie
dans un angle solide dans une direction u exprimés en watts par stéradian (W.sr-1).
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Angle solide : de même qu’un angle plan désigne une portion de plan limitée par
deux demi-droites issues d’un point, un angle solide désigne une portion de l’espace limitée
par une famille de demi-droites issues d’un point. Il est quantifié par l’aire de sa trace sur la
sphère de rayon l’unité (R = 1), et par homothétie, un ange solide qui intercepte une aire A sur
une sphère de rayon R est : = A / R².
Intensité énergétique : I(𝒖) : c’est le flux d’énergie ddans un angle solide
d, dans la direction 𝑢 . Elle s’exprime en watts par stéradian (W.sr-1).
I(𝐮) = d / d.
Flux énergétique total : : c'est l’énergie totale émise par une source de
rayonnement dans tout l’éspace , soit 4 stéradians. Elle s’exprime en watts.
Energie totale : : c’est l’énergie totale émise par une source pendant une
durée . Elle s’exprime en joules. Si le flux énergétique est constant, alors :
=
Eclairement énergétique : E(P) : c’est le rapport du flux d’énergie dqui
traverse une surface élémentaire d’air dS centrée par un point P et normale à la
direction SP (S : source émettrice) à l’aire dS. Elle s’exprime en watts par
mètres carrés (W.m-2).
E(P) = d / dS.
Fluence énergétique : F(P) : c’est l’énergie totalequi traverse une surface
élémentaire d’air dS centrée par un point P pendant une durée , et rapportée à
l’air dS. Elle s’exprime en joules par mètres carrés (J.m-2).
𝛕
F(P) = 𝟎
𝐄 𝐏 𝐝𝐭.
Si l’éclairement énergétique est constant, alors F(P) = E(p)..
Considérons l’énergie émise par une source dans un angle solide d. L’air dS intercepté
par d sur un plan perpendiculaire à la direction de propagation augmente comme le carré de
la distance R à la source : dS # R². d, donc :
E(P) = d / dS # d/ R². d = I(𝐮) / R².
Il en résulte que l’éclairement et la fluence énergétique décroissent comme le carré de la
distance à la source.
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