Iset djerba
Cours droit de
l’Homme
Enseignante : Ben temellist mariem
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INTRODUCTION GENERALE
La reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la
famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le
fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Préambule, Déclaration universelle des droits de l’homme
La compréhension d’une matière aussi riche et bien structurée que la
matière des droits de l’Homme nécessite une connaissance assez
bonne d’un certain nombre de concepts et de notions qui relèvent à la
fois de la théorie générale du Droit, du Droit constitutionnel et du Droit
International public.
Toutefois et dans le cadre d’une première initiation à la matière, il
convient, dans un premier temps, de connaître le sens juridique des
termes qui en composent le nom ou la dénomination (A) avant d’en
donner la définition (B) et les principales caractéristiques (C).
A : Signification juridique des termes de la matière
Les droits Dans la langue française, le terme « droit » a au moins deux
significations. Ce terme désigne en effet soit le droit objectif, soit le
droit subjectif. Les deux significations font certes partie de la même
discipline, à savoir la discipline juridique, mais ne désignent pas la
même chose. Le droit objectif est en effet généralement défini comme
étant l’ensemble des règles juridiques qui organisent la vie des
personnes1 à l’intérieur d’un Etat (Droit interne) ou dans un cadre
international (Droit international).
Le droit subjectif n’est pas défini comme étant un ensemble de règles
mais comme une faculté de faire ou d’avoir quelque chose, une
prérogative, reconnue et protégée par le Droit (objectif).
Entre les deux significations du même terme « droit », il y a déjà
une première différence de nature ; le droit objectif est un ensemble
de règles alors que le droit subjectif est une prérogative, c’est-à-
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dire un avantage, un privilège dont certaines personnes vont disposer
et qui leur permet de faire ou de s’abstenir de faire quelque chose,
d’avoir ou de refuser quelque chose. Il y a ensuite une différence au
niveau de l’objet de chaque signification : le droit objectif organise
les droits et les obligations des personnes alors que le droit subjectif ne
concerne que les privilèges et ne se rapporte pas aux obligations.
Il importe de signaler à ce propos que si une personne considère ou
affirme qu’elle dispose d’un privilège ou d’un avantage déterminé, ce
dernier ne constitue un droit subjectif que dans le cas où il serait
reconnu par le Droit (objectif) et dans la mesure et les limites de sa
reconnaissance juridique.
Le Pr. Jacques Mourgeon écrit à ce propos que pour qu’une
prérogative soit considérée comme un droit subjectif, elle doit : «
faire l’objet d’un statut particulier : le statut juridique. Il est
nécessaire et suffisant, que la règle y touche de quelque manière : par
l’acceptation, la limitation, l’organisation, la régulation, l’obligation ou
l’interdiction : point de droit sans Droit et point de droit qui ne soit une
prérogative, mais pas nécessairement l’inverse ».
Dans plusieurs sociétés en effet, certains choix personnels liés à
la vie privée des personnes ne sont pas organisés par le Droit et
relèvent de la liberté privée et de la vie intime des personnes, elles ne
sont pas explicitement autorisées ni explicitement interdites.
Ces choix constituent des prérogatives mais ne sont pas des droits
subjectifs, les personnes concernées peuvent en bénéficier ou les
mettre en œuvre selon leur bon vouloir sans encourir de sanction,
à condition que l’usage de ces prérogatives ne porte pas atteinte à
l’ordre public.
C’est le cas par exemple de la liberté de se vêtir, de choisir ses
habitudes alimentaires, de fumer de se marier (mais pas forcément de
choisir son conjoint) ou de disposer de sa vie.
Sur ce dernier point, dans certaines cultures, toute personne a le droit
de mettre fin à sa vie de la manière qu’elle choisit. Il est ainsi permis de
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se suicider ou de pratiquer l’euthanasie lorsque la personne concernée
le veut sans que cela ne soit objet de sanction ou de répression.
En dernier lieu, il importe d’attirer l’attention sur l’une des
caractéristiques principales du droit subjectif, à savoir, la liberté
dont dispose le titulaire d’en faire usage ou pas quand bon lui semble
(dans les conditions fixées par la loi).
Le titulaire d’un droit subjectif est en effet libre d’en faire usage
ou pas et personne ne doit l’obliger à l’utiliser s’il ne le veut pas ou
l’empêcher de l’utiliser s’il en a envie.
Il en résulte que le droit subjectif et l’obligation sont deux faces d’une
même monnaie et qui de ce fait ne se retrouvent jamais, ils sont
l’opposé l’un de l’autre.
Ce qui est en effet un droit pour une personne à un moment
donné ne peut jamais être en même temps et pour la même personne
une obligation. Un même acte est pour la personne soit un droit soit
une obligation, il ne peut jamais être les deux en même temps pour la
même personne (d’un point de vue juridique bien entendu).
a-L’Homme
L’Homme dont il est question dans la matière des droits de
l’Homme s’entend de tout être humain, tout individu humain né
vivant est titulaire des droits prévus dans cette matière sans
nulle autre condition.
Aucune importance n’est donc accordée à son âge ou sexe ou
langue ou nationalité ou religion ou état civil ou psychique ou
son état de santé ou sa situation économique ou sociale ou
ses opinions politiques ou religieuses ou personnelles ou ses
convictions morales ou mœurs privées.
Il s’en suit que tout individu qualifié d’être humain est
titulaire de ces droits même s’il s’agit d’un délinquant ou
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d’un hors la loi et quelle que soit la gravité des actes
criminels qu’il a pu commettre.
Il peut s’agir du plus horrible des criminels, et quelle que soit
l’inhumanité qu’il a su montrer dans les crimes qu’il a
perpétré, il doit cependant bénéficier de ses droits en sa
qualité d’être humain.
Les détenus et les prisonniers bénéficient par conséquent de
ces droits comme tout être humain. Cette définition de
l’Homme, trouve sont fondement juridique dans l’article 2 de
la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui
prévoit que « Chacun peut se prévaloir de tous les droits
et de toutes les libertés proclamés dans la présente
Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race,
de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion
politique ou de toute autre opinion, d'origine nationale ou
sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.
De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut
politique, juridique ou international du pays ou du
territoire dont une personne est ressortissante, que ce
pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non
autonome ou soumis à une limitation quelconque de
souveraineté ».
De même et conformément à l’ article 2 du Pacte international
relatif aux droits civils et politiques et à l’article 2 alinéa 2
du pacte international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels, adoptés tous les deux le 16 décembre 1966, tous les
individus se trouvant sur le territoire des Etats signataires des
deux pactes doivent bénéficier des droits humains qui y figurent
sans distinction aucune. Ce qui rejoint la définition de l’Homme
telle que prévue par la DUDH (Déclaration Universelle des
Droits de l’Homme).
Il importe de signaler que la dénomination « droits
humains » est préférée dans certains ordres juridiques
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comparés, et sous l’impulsion de certaines organisations qui
militent pour l’égalité entre hommes et femmes, à celle de droits
de l’Homme.
b-De
Dans l’expression « droits de l’Homme », le complément
de nom « de » désigne le possessif : des droits que l’Homme
possède et qui lui sont inhérents et naturels, qui naissent avec lui
et sont liés à sa qualité d’être humain. Dire qu’il y a des droits
humains naturels, inhérents à la nature humaine est une idée
ancienne. Elle remonte au Droit naturel et varie dans sa
conception et dans son contenu en fonction des courants
philosophiques et des idéologies.
Elle se retrouve déjà dans les écrits de Platon et d’Aristote où
il y avait l’idée d’une nature universelle de l’Homme. L’école
sophiste présentait pour sa part l’idée que les Hommes étaient
égaux de nature. La conception de ce qu’est un droit naturel de
l’être humain a évolué depuis jusqu’à l’époque moderne.
B :Définition des droits de l’Homme
C’est « l’ensemble des droits qui conditionnent à la fois la liberté
de l’Homme, sa dignité et l’épanouissement de sa personnalité ».
C’est l’ensemble des droits qui permettent de préserver la dignité
de l’Homme et lui permettent de se réaliser et de vivre sa
personne, de s’accomplir.
Leur objet est par conséquent directement et intimement lié à
la liberté des personnes et au respect de leur dignité humaine sans
nulle autre raison ou fondement. Trois remarques doivent être
formulées concernant cette définition :
Premièrement, et malgré la clarté de cette définition, le contenu
des droits de l’Homme ne fait pas l’unanimité car la notion de
dignité humaine varie suivant les époques, les cultures et les
conceptions. Les droits de l’Homme seront envisagés dans ce cours
d’un point de vue déterminé, celui de la conception onusienne.
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Deuxièmement, et du point de vue de leur nature, les droits
de l’Homme se subdivisent en deux grandes catégories :
des « droits à » et des « droits de ». Les « droits de » sont les
droits de faire quelque chose, des droits actifs en quelque sorte
(droit de grève, droit de circuler, droit de s’exprimer, droit de
s’associer, droit de manifester…).
Alors que les « droits à » sont des droits à l’obtention de
quelque chose, des droits passifs d’un certain point de vue (droit à
la santé, droit à l’éducation, droit à l’intégrité physique, droit à la
sûreté…).
Troisièmement, une distinction importante doit être faite entre
droits de l’Homme et libertés publiques. Les libertés publiques
peuvent en effet être définies comme « des pouvoirs
d’autodétermination, reconnus et organisés par l’Etat, par
lesquels l’Homme, …choisit lui-même son comportement »
(leur caractère public faisant référence à leur inscription et à leur
garantie par le Droit positif et non pas à leur utilisation par
plusieurs personnes ; ces libertés peuvent en effet être
individuelles c’est-à-dire exercées par chaque personne
individuellement, ou collectives).
Tel que définis précédemment, les droits de l’Homme ne se
ramènent pas seulement à la revendication ou à l’exercice d’une
liberté ; d’autres droits dont l’être humain jouit lui permettent
d’exiger de la société la satisfaction de ses besoins vitaux tels que
le droit au travail, à la sécurité sociale, à la santé, à la
culture ou à l’instruction…etc.
Dans ces derniers cas par exemple, il s’agit bien de droits faisant
partie des droits de l’Homme sans qu’il ne s’agisse de libertés ; «
leur reconnaissance par le droit positif donne à l’Homme un
pouvoir d’exiger une créance, mais ne fonde pas une liberté
publique ».
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La notion de droits de l’Homme englobe ainsi celle des libertés
publiques qui n’en sont qu’un aspect parmi d’autres. D’autres droits
tels que le droit à la paix, au développement durable, à l’égalité, à
la non discrimination, à un environnement sain et équilibré, font
partie intégrante des droits de l’Homme mais ne sont pas des
libertés.
C- Caractéristiques des droits de l’Homme
Certains éléments permettent de distinguer les droits de l’Homme
de tous les autres droits subjectifs que l’on retrouve en droit
positif, ils permettent donc de les caractériser. En effet, en plus
leur objet, les droits de l’Homme sa caractérisent par trois signes
distinctifs :
a- Ce sont des droits extrapatrimoniaux, ils ne peuvent être évalués
en argent et ne peuvent donc faire partie du patrimoine financier
d’une personne. Par conséquent, ils sont intransmissibles (par
voie d’acquisition ou de leg par exemple), inaliénables, c’est-à-
dire qu’ils ne peuvent être vendus ou échangés ou prêtés ou
faire l’objet d’une transaction ou d’un don.
Ils sont enfin imprescriptibles c’est-à-dire qu’ils n’expirent
pas au bout d’un certain temps, ils sont liés naturellement à
tout être humain depuis sa naissance jusqu’à sa mort même s’il
n’en fait aucun usage.
b- Dans la conception onusienne des droits de l’Homme, ce sont
des droits universels en ce sens que tout être humain doit en
bénéficier du fait de sa qualité d’être humain. Ils doivent donc
être généralisés à tous les peuples et toutes les nations, et
bénéficier à tous sans exception, quelles que soit leur culture ou
leurs traditions.
c- Dans la conception onusienne des droits de l’Homme, ce
sont des droits indivisibles et interdépendants en ce sens qu’il
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n’est pas possible d’en adopter seulement une partie et d’en
rejeter une autre.
Ce sont des droits qui sont liés les uns aux autres, ils sont
indivisibles, ils doivent être adoptés dans leur globalité, sans
distinction car ils sont interdépendants, c’est-à-dire que
l’existence de chacun de ces droits dépend de l’existence des
autres11, ils doivent donc être adoptées comme un package, dans
leur totalité.
Section 1 – contexte historique et évolution des droits
de l’Homme :
L’histoire des droits de l’Homme se confond avec l’histoire de
l’Homme.
En effet, et depuis toujours, les Hommes se sont révoltés au nom de la
liberté pour défendre ou conquérir leurs droits.
Depuis le 16e siècle, la problématique des droits de l’Homme s’est
formée dans un contexte social, économique et culturel précis
:l’occident.
A partir de là, le concept a connu une évolution générale allant jusqu’à
son internationalisation et son universalisation vers la fin du 20 e siècle,
marquée par un souci constant et qui est d’énoncer, promouvoir et
protéger les droits de l’Homme.
Il convient de distinguer entre le concept des droits de l’Homme et les
différents droits de l’Homme. Le premier étant une idée générale et
abstraite des droits de l’Homme, les droits de l’Homme sont très
nombreux et peuvent être classés en trois générations :
1e génération : les droits civils et politiques ;
2e génération : les droits économiques, sociaux et culturels ;
3e génération : les droits de solidarité et de développement.
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L’étude des origines de cette conception montre que chaque
communauté rattache l’institution des droits de l’Homme à des origines
lointaines :
Les européens la font remonter aux penseurs de la Grèce antique ; les
asiatiques au penseur chinois Confucius (551 – 479 A. J-C) ; les
africains à la société traditionnelle africaine d’avant le colonialisme et
les musulmans aux sources de la chariaa.
A vrai dire, l’histoire des droits de l’Homme n’appartient à aucun
peuple bien qu’on a tendance à affirmer que la plus grande clarté dans
la systématisation des droits de l’Homme avait apparu avec les grecs.
En fait, la conception d’Aristote du droit naturel a été le point de
cristallisation de la primauté d’un droit qui résulte de la nature des
choses et qui serait exprimé à travers une loi exigée par une société
donnée. Toutefois, la théorie du droit naturel se réfère ainsi au groupe
plutôt qu’à l’Homme et conduit ainsi à un système inégalitaire.
La société médiévale apparaît, elle aussi comme basant ses principes à
l’opposé des droits de l’Homme. Elle serait donc essentiellement une
société inégalitaire et injuste.
A la fin du Moyen Age, en Europe, il a fallu libérer l’Etat qui allait
s’affirmer contre le pouvoir de l’empire et le pouvoir de l’église. Pour
se faire, il a fallu penser à de nouveaux fondements pour l’évolution
économique, sociale et politique, il s’agit du capitalisme et du
libéralisme .
En parallèle, une nouvelle philosophie politique s’est structurée pour
fonder les premières idées de liberté, d’égalité et de démocratie.
Ainsi, on peut dire, selon certains théoriciens, que même si l’Homme
est universel, la théorie est essentiellement occidentale. Ses bases
juridiques sont nées en Europe (notamment la Grande Bretagne et la
France) et aux Etats Unis.
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1- Les textes anglais :
L’Angleterre avait initié les DHLP par ses institutions, sa pensée et sa
pratique politique.
Les textes relatifs aux droits de l’homme les plus importants sont :
- La Grande charte (Magna Carta) de 1215 ;
- La pétition des droits de 1628 ;
- L’Habeas Corpus de 1676 ;
- Le Bill of rights de 1689.
Cette expérience anglaise va être communiquée à l’ensemble de
l’espace anglo -saxon et va ensuite rayonner sur toute l’Europe pour
devenir universelle.
2- Les textes français :
La révolution française de 1789 a donné lieu à l’adoption de la
Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen le 27 août 1789.
Cette déclaration s’est inspirée des penseurs de la lumière, notamment
Jean Jacques Rousseau et Montesquieu. Elle annonce des principes
généraux et abstraits, ce qui avait participé à son universalité.
Cette déclaration devient alors un modèle universel qui va inspirer la
rédaction de plusieurs autres textes autour des droits de l’Homme dans
le monde.
3- Les textes américains :
Ce sont des textes qui traitent à la fois de la liberté politique et de la
liberté des personnes. Toutefois, il s’agissait essentiellement des
libertés de l’Homme blanc et en sont exclus les indiens et les noirs
américains.
Les principaux textes instituant des droits et des libertés sont :
- La Déclaration d’indépendance des Etats-Unis de 1776 ;
- La Constitution des Etats Unis de 1787 ;
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- Les dix Amendements de 1791.
Bien que l’ensemble de ces textes constitue un acquis très important
dans l’édifice de la réclamation et de la promotion des droits de
l’Homme, plusieurs insuffisances, contradictions et critiques avaient
été adressées à ce modèle des droits de l’Homme classique.
En effet, l’évolution de la société internationale après la 2ème guerre
mondiale, ainsi que la tendance à la libération nationale des peuples
colonisés avaient pour conséquence la consécration de la première
génération des droits de l’Homme, à savoir « les droits civils et
politiques ».
Ensuite, l’expansion de l’idéologie libérale avait transformé les droits
de l’Homme de droits formels en droits concrets. Le résultat était
l’apparition d’une deuxième génération des droits de l’Homme, à
savoir « les droits économiques, sociaux et culturels ».
Les progrès scientifiques et sociologiques qu’avait connus la société
internationale à la fin du XXème siècle avaient largement développé
les droits de l’Homme en donnant lieu à la formation d’un nouveau
type de droits, dits droits de la troisième génération, il s’agit des «
droits de solidarité et de développement ».
Tragiquement, l’état actuel des droits de l’Homme dans le monde
depuis le début de ce XXIème siècle, est plus qu’inquiétant. En effet,
jamais les droits et libertés de l’être humain n’ont été, à ce point,
bafoués. Dans certains pays l’arbitraire et le manque de démocratie
sont devenus chroniques. Il s’agit de l’immense majorité des êtres
humains vivant en Afrique, en Asie, en Amérique latine et qui
subissent des régimes totalitaires et archaïques.
Mais ce qui est encore plus alarmant c’est de voir que même les pays
dits libres et démocratiques, sont désormais affrontés aux problèmes
de discrimination, d’inégalités de traitement, d’abus de pouvoir, de
corruption et de violations graves et systématiques des droits de l’être
humain les plus élémentaires, surtout contre des populations bien
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ciblées (comme les arabes, les musulmans, les noirs, les indigènes, les
minorités ethniques ou religieuses, etc).
Section2 : La proclamation des droits de l’Homme
en Tunisie
Le premier texte qui a proclamé les droits de l’Homme en Tunisie est
élaboré en Janvier 1846, il s’agit du décret d’Ahmed Bey relatif à
l’affranchissement des esclaves.
En effet, ce décret autorise à tout esclave maltraité de demander son
affranchissement qui lui sera accordé par une lettre revêtue du sceau du
Bey.
Par la suite, d’autres droits seront reconnus dans le pacte fondamental
promulgué le 10 septembre 1857 dont on cite : la sûreté et la sécurité à
tous les résidents dans l’Etat Tunisien quelque soit la religion, la
nationalité ou la race ; l’égalité entre eux devant la loi, la liberté du culte
et la liberté du commerce et de l’industrie.
Certains de ces droits ont été requis par la constitution du 26 avril 1861
qui a garantit la sûreté et la sécurité à tous dans l’article 86, l’égalité
devant la loi (article 88), la liberté du culte (article94), le droit de
propriété (article 95), la liberté du commerce et de l’industrie (article 97
et 98).
Il est à noter que malgré l’importance des droits consacrés, les
dispositions de cette constitution étaient destinées aux étrangers
auxquels on a attribué des privilèges et droits plus importants que ceux
accordés aux Tunisiens.
Section 3 :LES SOURCES DES DROITS DE
L’HOMME :
Outre les sources de nature interne (la Constitution, les lois et les décrets
qui peuvent contenir des dispositions relatives aux droits de l’Homme),
il y a aussi des sources de nature internationale.
Parmi ces instruments internationaux, on peut citer les textes suivants:
- La Charte des Nations Unies ;
- La Déclaration universelle des droits de l’Homme ;
- Les Pactes internationaux relatifs aux droits de l’Homme.
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Néanmoins, il faut préciser qu’en dehors de ces textes qui constituent
les instruments généraux relatifs aux droits de l’Homme, il y a aussi
plusieurs autres instruments spécifiques portant sur des types
particuliers de violation des droits de l’Homme, tels que la torture, la
discrimination raciale, l’esclavage, la traite des êtres humains, le travail
forcé, etc.
Les instruments internationaux généraux relatifs aux droits de l’Homme
qui constituent la Charte internationale des droits de l'être humain sont :
A- La Charte des Nations Unies (1945) :
La Charte des Nations Unies est l’instrument essentiel qui a posé les
fondements du droit international et des droits de l’Homme.
En effet, le préambule de la CNU proclame la foi des Nations Unies «
dans les droits fondamentaux de l’Homme, dans la dignité et la
valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droit des hommes
et des femmes ».
L’article 1 de la CNU énonce, parmi les buts des Nations Unies, la
réalisation de la coopération internationale en développant et en
encourageant « le respect des droits de l’Homme et des libertés
fondamentales pour tous, sans distinction de ra ce, de sexe, de
langue ou de religion ».
B- La Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948) :
La DUDH de 1948 a, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité,
donné au monde un code international des droits de l’Homme adoptée le
10 décembre 1948, la DUDH énumère les différents droits reconnus à
l’Homme et qui appartiennent aux deux catégories déjà évoquées, c'est-
à-dire : d’une part les droits civils et politiques et, d’autre part les droits
économiques, sociaux et culturels.
Toutefois, il faut signaler que cette Déclaration est, comme l’indique
son nom, une simple Déclaration prenant la forme d’une Résolution de
l’Assemblée générale de l’ONU. Elle se présente, de ce fait, comme un
idéal à atteindre et non comme un ensemble de règles qui s’imposent
aux gouvernements. Mais la force morale des principes qu’elle contient,
a permis à cette déclaration d’acquérir la dignité de n’importe quel
instrument contraignant.
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C- Les Pactes internationaux des droits de l’Homme (1966) :
Après l’adoption de la DUDH, deux pactes internationaux relatifs aux
droits de l’Homme ont été rédigées pour donner une forme juridique
obligatoire aux droits proclamés dans la Déclaration (DUDH). Il s’agit
du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte
international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Ces
deux textes ont été adoptés par l’Assemblée générale des NU à
l’unanimité, le 19 décembre 1966.
1- Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques :
Il est entré en vigueur le 23 mars 1976. Ce pacte constitue le
développement des idées générales contenues à la fois dans la CNU et la
DUDH. Il reprend, en effet, les différents droits détaillant les
dispositions qui traitent de la question du droit à la vie, à l’interdiction
de la torture et de l’esclavage, le droit à la liberté et à la sécurité, le droit
à la vie privée, le droit à la liberté de la pensée et de l’opinion, droit de
réunion et d’association, droit de famille, etc.
2- Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et
culturels :
Il est entré en vigueur le 3 janvier 1976. Les dispositions de ce pacte
sont relatives notamment au droit de travail et à la sécurité sociale, au
droit syndical, au droit de grève, au droit à la santé, au droit à
l’éducation, etc.
Ledit pacte prévoit le respect de ces droits, sans aucune discrimination.
*L’interdiction de la torture
Tous les textes relatifs aux droits de l’Homme énoncent clairement
l’interdiction de la torture, des peines et traitements cruels, inhumains
ou dégradants.
Cette interdiction est de portée générale, et la torture ne peut en aucun
cas être justifiée par les circonstances, qu’il s’agisse de guerre, de
menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état
d’exception.
En effet, l’article 7 du Pacte relatif aux droits civils et politiques
dispose que : « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou
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traitements cruels inhumains ou dégradants. En particulier, il est
interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à
une expérience médicale ou scientifique. ».
De même, l’article 3 de la Convention européenne des droits de
l’Homme dispose que : « Nul ne peut être soumis à la torture et aux
traitements inhumains et dégradants ».
Ainsi, l’interdiction de la torture a une portée absolue et aucune
exception n’est permise, car il s’agit d’une règle qui fait partie de noyau
dur des droits de l’Homme.
Une Convention particulière lui a été consacrée, en raison de
l’importance de cette interdiction au niveau international ; il s’agit de la
Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou
traitements inhumains ou dégradants adoptée par l’Assemblée
générale de l’ONU le 10 décembre 1984. Cette Convention a été
ratifiée par la Tunisie par la loi n° 88-79 du 11 juillet 1988.
1/ La Notion de Torture :
L’article 1 de la Convention des Nations Unies contre la torture et les
traitements inhumains ou dégradants définit la torture comme « tout
acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou
mentales sont intentionnellement infligées à une personne dans le
but d’obtenir des aveux ou des renseignements, de la punir d’un
acte qu’elle a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de
l’intimider ou de faire pression sur elle ou de faire pression sur une
tierce personne, pour tout autre motif fondé sur une forme de
discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de
telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique
».
La définition de la torture est large, elle ne se limite pas aux actes
susceptibles d’entraîner des douleurs physiques mais aussi des douleurs
morales. Toutefois, les souffrances morales et psychologiques ne
peuvent pas être facilement prouvées, surtout quand elles n’apparaissent
pas immédiatement après le recours à ce genre de torture.
2/La notion de traitement inhumain et dégradant :
Concernant la notion de traitement inhumain, il s’agit de tout traitement
qui provoque volontairement de graves souffrances mentales ou
physiques mais qui ne sont pas justifiées.
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En ce qui concerne la notion de traitement dégradant, il s’agit de tout
traitement appliqué à un individu et qui a pour conséquence de
l’humilier grossièrement devant autrui ou le pousser à agir contre sa
volonté.
Enfin, il est à signaler que l’article 17 de la Convention des Nations
Unies contre la torture et les traitements cruels, inhumains ou
dégradants institue un Comité contre la torture.
Ce Comité est habilité à étudier les rapports présentés par les Etats
parties et peut même charger certains de ces membres de procéder à des
enquêtes confidentielles pouvant comporter des visites sur le territoire
des Etats.
Toutefois, la compétence du Comité est subordonnée à la
reconnaissance des Etats parties. Par ailleurs, certaines organisations
non gouvernementales, comme Amnesty international et le Comité
international de la Croix Rouge, tentent de faire des rapports réguliers
sur la situation des prisons, dans tous les pays du monde, de façon
neutre et objective. Mais les abus ne sont pas à éliminer sur le plan de la
réalité.
En effet, la pratique de la torture est loin d’être complètement éliminée ;
elle-même pratiquée par les pays qui se sont le plus combattus en faveur
de l’interdiction de la torture.
**L’interdiction de l’esclavage
L’interdiction de l’esclavage, de la servitude, du travail forcé et autres
pratiques analogues a été clairement définie par l’article 8 du Pacte des
droits civils et politiques qui dispose : « Nul ne sera tenu en esclavage,
l’esclavage et la traite des esclaves sous toutes formes sont interdits.
Nul ne sera tenu en servitude ».
1/La notion d’esclavage :
L’esclavage est une pratique qui consiste en l’appropriation d’une
personne par une autre et qui conduit à la négation de la personnalité
juridique de la personne appropriée.
Ex : La Convention relative à l’esclavage du 25 septembre 1926. Cette
convention interdit « tout acte de capture, d’acquisition d’un
individu en vu de le réduire en esclave, tout acte d’acquisition d’un
esclave en vue de le vendre ou de l’échanger, tout acte de cession
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par vente ou échange d’un esclave acquis en vu d’être vendu ou
échangé, ainsi que, en général, tout acte de commerce ou de
transport des esclaves ».
2/ La notion de servitude :
La servitude (le serf est un terme qui désigne, dans une société
féodale, la personne attachée à la terre et dépendante d’un seigneur)
est une pratique qui consiste en l’obligation de fournir à autrui un
certain nombre de services en échange de vivre sur la propriété d’autrui
et l’impossibilité de changer ses conditions de vie. Il s’agit, en fait,
d’une forme d’esclavage, c’est pour cette raison qu’une convention
supplémentaire, la Convention relative à l’abolition de l’esclavage, de la
trait e des esclaves et des institutions et pratiques analogues a été
conclue le 30 avril 1956 et entrée en vigueur le 30 avril 1957.
Cette convention interdit toute forme de servitude de la personne
humaine (comme les pratiques en vertu desquelles une femme est
promise ou donnée en mariage contre son gré moyennent une
contre partie en espèce ou en nature, la cession de la femme et sa
transmission à titre successoral, la remise d’un enfant à des tiers
contre paiement ou non, en vue de l’exploiter, etc.).
*** La notion de travail forcé ou obligatoire
Le travail forcé est un terme qui désigne tout travail ou service exigé
d’une personne sous la menace d’une peine quelconque et pour lequel la
dite personne n’a pas consent (par exemple punir une personne au
travail forcé pour avoir participé à des mouvements de protestation ou
de grève).
C’est la Convention du 28 juin 1930 adoptée par l’Organisation
international du travail qui a prescrit à la charge des Etats la suppression
du travail forcé ou obligatoire sous toutes ses formes.
Toutefois, certaines pratiques ne sont pas considérées comme travail
forcé ou obligatoire, selon l’article 8 du Pacte international relatif aux
droits civils et politiques, comme :
1- L’accomplissement d’une peine de travaux forcés infligée par un
tribunal compétent ;
2- Tout service à caractère militaire ;
3- Tout service national exigé en vertu de la loi ;
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Iset djerba
4- Tout service exigé en cas de force majeure ou de sinistre.
**** La notion de toute autre pratique analogue :
Toute autre pratique analogue vise l’interdiction de la traite des êtres
humains ou l’exploitation de la prostitution d’autrui, comme l’avait
prescrit la Convention pour la répression de la traite des êtres humains
ou l’exploitation de la prostitution d’autrui , approuvée par l’Assemblée
générale de l’ONU le 2 décembre 1949.
Cette convention engage les Etats à punir toute personne qui, pour
satisfaire les passions d’autrui, embauche, entraîne ou détourne, en vue
de la prostitution, une autre personne, même si celle-ci est consentante,
ou exploite la prostitution d’une personne, même avec son assentiment.
De même, l’article 3 du Protocole additionnel de la Convention des
Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée (Palerme,
décembre 2000) vise à prévenir, réprimer et punir la traite des personnes,
en particulier des femmes et des enfants.
Toutes ces interdictions formelles par la loi n’ont pas empêché certains
dépassements dans la pratique, à travers certaines formes d’esclavage
moderne pratiquées par les réseaux mafieux et dont les victimes sont
essentiellement des femmes et des enfants pauvres originaires de pays
sous-développés.
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