Maurice CUSSON
CRIMINOLOGUE, ÉCOLE DE CRIMINOLOGIE,
UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL
(2007)
“Comment prévenir ?
Les techniques et la méthode de
la prévention situationnelle.”
Un document produit en version numérique par Jean-Marie Tremblay, bénévole,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Courriel: jean-marie_tremblay@[Link]
Site web pédagogique : [Link]
Dans le cadre de: "Les classiques des sciences sociales"
Une bibliothèque numérique fondée et dirigée par Jean-Marie Tremblay,
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi
Site web: [Link]
Une collection développée en collaboration avec la Bibliothèque
Paul-Émile-Boulet de l'Université du Québec à Chicoutimi
Site web: [Link]
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 2
Politique d'utilisation
de la bibliothèque des Classiques
Toute reproduction et rediffusion de nos fichiers est interdite,
même avec la mention de leur provenance, sans l’autorisation for-
melle, écrite, du fondateur des Classiques des sciences sociales,
Jean-Marie Tremblay, sociologue.
Les fichiers des Classiques des sciences sociales ne peuvent
sans autorisation formelle:
- être hébergés (en fichier ou page web, en totalité ou en partie)
sur un serveur autre que celui des Classiques.
- servir de base de travail à un autre fichier modifié ensuite par
tout autre moyen (couleur, police, mise en page, extraits, support,
etc...),
Les fichiers (.html, .doc, .pdf, .rtf, .jpg, .gif) disponibles sur le site
Les Classiques des sciences sociales sont la propriété des Classi-
ques des sciences sociales, un organisme à but non lucratif com-
posé exclusivement de bénévoles.
Ils sont disponibles pour une utilisation intellectuelle et personnel-
le et, en aucun cas, commerciale. Toute utilisation à des fins com-
merciales des fichiers sur ce site est strictement interdite et toute
rediffusion est également strictement interdite.
L'accès à notre travail est libre et gratuit à tous les utilisa-
teurs. C'est notre mission.
Jean-Marie Tremblay, sociologue
Fondateur et Président-directeur général,
LES CLASSIQUES DES SCIENCES SOCIALES.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 3
Cette édition électronique a été réalisée par Jean-Marie Tremblay, bénévole, pro-
fesseur de sociologie au Cégep de Chicoutimi à partir de :
Maurice CUSSON
“Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention si-
tuationnelle.”
Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Maurice CUSSON, Be-
noît DUPONT, Frédéric LEMIEUX, Traité de sécurité intérieure, pp. 413-428.
Montréal : Hurtubise HMH, 2007, 712 pp. Collection : Cahiers du Québec – Droit
et criminologie. (Réédition aux Presses de polytechniques et universitaires ro-
mandes, 2008)
L’auteur nous a accordé le 30 mars 2014 son autorisation de diffuser électro-
niquement cet article dans Les Classiques des sciences sociales.
Courriel : Maurice Cusson: [Link]@[Link].
Polices de caractères utilisée : Times New Roman, 14 points.
Édition électronique réalisée avec le traitement de textes Microsoft Word
2008 pour Macintosh.
Mise en page sur papier format : LETTRE US, 8.5’’ x 11’’.
Édition numérique réalisée le 31 mars 2014 à Chicoutimi, Ville
de Saguenay, Québec.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 4
Maurice CUSSON
“Comment prévenir ?
Les techniques et la méthode de la prévention situationnelle.”
Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Maurice CUSSON, Be-
noît DUPONT, Frédéric LEMIEUX, Traité de sécurité intérieure, pp. 413-428.
Montréal : Hurtubise HMH, 2007, 712 pp. Collection : Cahiers du Québec – Droit
et criminologie. (Réédition aux Presses de polytechniques et universitaires ro-
mandes, 2008)
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 5
Table des matières
I. L'éventail des obstacles situationnels
1. Les surveillances et les vérifications
2- Les protections physiques
3- Les contrôles d’accès et de sortie
4- Les contrôles des moyens et de l'information
5- Les détournements
6- Les désintéressements
7. Les alternatives
8. Les apaisements
II. Intégration et synergie
III. Questions de méthode
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 6
Maurice CUSSON
“Comment prévenir ?
Les techniques et la méthode de la prévention situationnelle.”
Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Maurice CUSSON, Be-
noît DUPONT, Frédéric LEMIEUX, Traité de sécurité intérieure, pp. 413-428.
Montréal : Hurtubise HMH, 2007, 712 pp. Collection : Cahiers du Québec – Droit
et criminologie. (Réédition aux Presses de polytechniques et universitaires ro-
mandes, 2008)
À la question « Comment fait-on de la prévention situationnelle ? »
on peut répondre de trois manières. La première porte sur l'éventail
des mesures concrètes visant à faire obstacle au délinquant en situa-
tion. Tel est l'objet de la première et plus importante partie de ce cha-
pitre. Le lecteur y trouvera toute une gamme de techniques potentiel-
lement efficaces. La deuxième se rapporte à la manière dont diverses
mesures pourraient être intégrées et combinées pour maximiser leur
efficacité préventive. C'est le propos de la section deux du chapitre.
La troisième réponse porte sur la méthode à suivre quand un profes-
sionnel cherche une solution préventive adéquate au problème particu-
lier qu'il rencontre. C'est ce dont il sera question dans la dernière par-
tie du chapitre.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 7
I. L'éventail des obstacles situationnels
Retour à la table des matières
Dorénavant les professionnels de la sécurité ont le choix parmi un
grand nombre d’actions et de techniques qui présentent des chances
raisonnables de fait reculer la criminalité si elles sont utilisées selon
les règles de l'art. Mais comment distinguer les mesures efficaces de
celles qui ne le sont pas ? En tenant compte du corpus des évaluations
scientifiques. Ces recherches nous apprennent que certains moyens
n'atteignent pas le résultat visé alors que d'autres font reculer la délin-
quance quand ils sont correctement appliqués (Voir Clarke dir. 1997 ;
Clarke 2005 et les chapitres xxxx du présent traité). En l'absence
d'évaluation scientifique, certaines mesures of paraissent prometteuses
sur la foi de raisons donnant à penser qu'elles peuvent augmenter les
coûts et diminuer les bénéfices des délinquants. Par exemple, même si
nous manquons d'évaluations vraiment scientifiques, il est permis de
croire que l'arbitrage des conflits pourrait empêcher l'aggravation des
violences.
Dans sa plus récente mouture, la classification de Clarke et de ses
collègues ne compte pas moins de 25 techniques de préventions situa-
tionnelles illustrées par 75 exemples précis (Clarke et Eck 2003 ;
Clarke 2005). Nous nous inspirons de cette classification pour en pro-
poser une autre qui compte huit grandes catégories de techniques et
une quarantaine de sous-catégories illustrées par une centaine d'exem-
ples concrets. Le principe organisateur de notre classification est pré-
senté dans le schéma qui suit. Il repose sur l'idée que la probabilité du
renoncement à une infraction sera accrue par l'augmentation des ris-
ques ou des difficultés de l'entreprise, par la réduction des bénéfices
escomptés ou des provocations et, enfin, par l'offre de solutions de
rechange à l'acte délictueux.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 8
Dans ce qui suit, ces 8 catégories d’actions seront définies, com-
mentées, accompagnées d'une liste d'exemples concrets ; enfin, des
évaluations relatives à l'efficacité de chacune des catégories de mesu-
res seront présentées.
1. Les surveillances et les vérifications visent à faire savoir au dé-
linquant potentiel qu'il s'expose à être vu, contrôlé ou détecté s'il passe
à l'acte. Se sentant surveillé, il hésitera devant le risque d'être arrêté ou
la honte d'être vu.
La surveillance n'est qu'un élément d'un dispositif de contrôle so-
cial classique qui comporte, en outre, la règle et la sanction. Une auto-
rité édicte une règle ; elle s'assure de son respect par la surveillance et
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 9
sanctionne les individus surpris à violer la règle. Ces trois éléments
sont complémentaires : sans règle, la surveillance n'a pas d'objet et la
sanction est injuste ; sans surveillance, les infractions ne seront pas
détectées et, sans sanction, la règle cessera d'être prise au sérieux. Il
arrive qu’une surveillance sans sanction fasse temporairement reculer
les contrevenants, mais des surveillants qui se contenteraient de
contempler passivement des contrevenants en action finiraient par
laisser croire que la règle n'est plus en vigueur.
1. LES SURVEILLANCES ET LES VÉRIFICATIONS
1) La surveillance par les personnes
Agent de sécurité
Patrouilleur de la police
Surveillance policière des débits de boissons
Portier, videur
Concierge
Préposé au stationnement
Chauffeur d’autobus
Vendeur dans les magasins
Voisins organisés en « cocon »
2) Les équipements de surveillance
Télésurveillance
Radars photographiques
Alcootest
Rayons X
Centres de télésurveillance
Miroirs
3) Les mesures de détection
Systèmes d’alarme
Détecteurs de métaux
Détecteurs électromagnétiques de livres
Étiquettes électroniques
Chiens de garde
Alarmes portatives
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 10
4) L’amélioration de la visibilité des cibles potentielles et des accès
Éclairage
Installation de fenêtres et de portes vitrées donnant sur des lieux à
risque
Élimination des recoins et cachettes
Installation des caisses et des marchandises précieuses dans le sec-
teur le plus visible
du magasin
Installation des guichets de distributeurs de billets automatiques
dans des lieux fréquentés
Suppression des haies dissimulant les entrées de la vue des voisins
et passants
Aménagement d’un champ de vision dégagé
5) Systèmes de localisation des délinquants et des objets volés
Localisation des véhicules par G.P.S. ou réseau cellulaire (Lojack,
Boomerang)
Utilisation du réseau cellulaire pour localiser les téléphones volés
Afficheurs sur les téléphones
6) Les vérifications et contrôles
Inventaire
Comptabilité
Évaluations des surveillances
En Angleterre, les vols d’automobile ont baissé dans un parking
après qu’on eut recruté des préposés qui le surveillaient durant les
heures de pointe (Laycock et Austin, 1992 ; Clarke 2002 ; Clarke,
1997). En Iowa, dans un groupe d’écoles équipées de systèmes
d’alarme, les chercheurs enregistrent une baisse de 75% du nombre
des cambriolages contre une baisse de 25% dans les écoles dépour-
vues de tels systèmes. (Rosenbaum et coll., 1998 : 134). Un sondage
de victimisation récent établit que les systèmes d’alarme protègent les
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 11
résidences contre les introductions par effraction (Budd 2001).
L’efficacité de ces systèmes augmente avec les technologies modernes
qui minimisent les fausses alarmes (Shapland 1995 p. 314).
Le système de repérage connu aux États-Unis sous le nom de Lo-
jack et de Boomerang au Québec est un transmetteur radio dissimulé
dans un véhicule. En cas de vol, l'appareil émet un signal permettant
de localiser et de récupérer le véhicule en utilisant le réseau de télé-
communications cellulaires. Le dispositif ne protège pas du vol le
propriétaire du véhicule dans lequel il est installé, mais il lui offre de
bonnes chances de récupérer son bien. Ayres et Levitt (1998) ont me-
né une analyse économétrique de l'effet de l'introduction sur le marché
de Lojack dans 13 villes américaines comparées à 44 autres où l'appa-
reil n’était pas vendu. Leurs calculs établissent que la diffusion du
dispositif de repérage produit un important effet de prévention généra-
le. Chaque fois que trois appareils sont installés au cours d'une année
dans une ville, un vol de voiture est prévenu. À Boston, la réduction
consécutive à l'introduction graduelle de Lojack a été suivie d'une
baisse des vols de 50 %. Cet impact découle d'une forte augmentation
des taux d'élucidation de ces vols. En Californie, le dispositif fait tri-
pler les risques d'arrestation qui passent de 10 % à 30 %. Ayres et Le-
vitt rapportent aussi qu'à Los Angeles, l'appareil de repérage a conduit
les policiers à localiser 53 « chop-chops » (ateliers dans lesquels on
démonte les voitures volées pour y prendre les pièces qui seront ven-
dues sur le marché noir). De semblables dispositifs de localisation
peuvent être installés dans toutes sortes de véhicules, dans des ordina-
teurs portables, etc. et présentent un potentiel de prévention non né-
gligeable. (Le lecteur est aussi invité à consulter les chapitres xx sur la
surveillance et le chapitre xx sur la télé surveillance et le chapitre inti-
tulé que savons-nous sur l'efficacité de l'action de sécurité ? qui pré-
sentent plusieurs évaluations.)
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 12
2- Les protections physiques sont des dispositifs matériels conçus pour
mettre les personnes et les biens à l’abri des attaques ou des vols.
2. LES PROTECTIONS PHYSIQUES
1) Les obstacles à la pénétration :
Portes renforcées,
clôtures,
barrières,
serrures,
grilles
Vitres anti-balles pour protéger les caissiers, les chauffeurs d’autobus et
de taxi
Réceptacles à monnaie d’acier dans les cabines téléphoniques
2) L’immobilisation des cibles
Antivol dans les automobiles
Neutralisation des démarreurs
Coffres-forts
Attaches
Fixations (pour ordinateurs)
3) Le ralentissement du délinquant lors de sa fuite
Doubles portes à la sortie des banques qui fonctionnent comme un sas
4) Améliorations des protections physiques résidentielles suite à des inspec-
tions de sécurité
Évaluations des protections physiques
À Ottawa, un projet de prévention fut lancé en 1986 dans cinq im-
meubles à logements de 8 à 20 étages. Il fut ensuite évalué par Mere-
dith et Paquette (1992). Ce projet comportait plusieurs éléments parmi
lesquels se trouvait une opération de renforcement des cibles visant à
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 13
lutter contre le vol par effraction. Toutes les portes des appartements
furent équipées de serrures à pêne dormant ; les cadres de ces portes
furent renforcés ; les systèmes de verrouillage des entrées principales
des immeubles furent améliorés. Si les locataires en faisaient la de-
mande, les portes des balcons des appartements des étages inférieurs
étaient dotées de serrures à pêne dormant et les fenêtres équipées de
meilleurs loquets. Les objets de valeur des locataires furent burinés
pour fins d'identification. À l'extérieur des immeubles, l'éclairage fut
amélioré. L'évaluation menée par Meredith et Paquette compare le
nombre des introductions par effraction durant l'année suivant l'opéra-
tion au nombre correspondant durant l'année précédente. Il en ressort
que le chiffre des cambriolages passa de 44 à 8 : une réduction de
82 %. Par ailleurs les autres catégories d'infractions, notamment, les
vols liés à l'automobile, n'évoluèrent ni à la hausse ni à la baisse.
En Angleterre, les vols de monnaie dans les téléphones publics ont
pratiquement disparu quand la compagnie de téléphone fit remplacer
les réceptacles à monnaie en aluminium par des réceptacles en acier
plus résistants (Clarke, 1983 ; Bridgeman, 1997).
L’installation d’antivols sur la colonne de direction des véhicules
automobiles au cours des années 1970 eut pour effet de faire baisser le
nombre des vols de véhicules, singulièrement en Allemagne où la loi
obligeait l’installation d’un antivol sur tous les véhicules, y compris
les anciens modèles (Webb, 1997).
Au Royaume-Uni, l’installation d’écrans de plastique transparent a
protégé efficacement des chauffeurs d’autobus contre les agressions
(Poyner et coll., 1988). Dans des banques et des bureaux de poste, les
vitres pare-balles ont fait chuter le nombre de braquage (Ekblom,
1987 ; Grandjean, 1988).
Quand on souhaite améliorer le dispositif de protection physique
d'une résidence ou d'un établissement, il est souhaitable de commen-
cer par une inspection de sécurité. Le bâtiment est soigneusement
examiné dans le but d’en identifier les vulnérabilités. Ensuite, la situa-
tion est corrigée : une porte est renforcée, des fenêtres sont équipées
de verrous, etc. Plusieurs évaluations anglaises et américaines ont éta-
bli que ces améliorations étaient suivies de baisses significatives du
nombre des cambriolages. (Tien et Cahn 1986 ; voir aussi Budd
2001). En Angleterre, Tilley (1993 in Farrell 2005) enregistre une
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 14
baisse de 40% des cambriolages suite à l'amélioration des protections
physiques dans les résidences cambriolées une première fois.
3- Les contrôles d’accès et de sortie laissent entrer les gens autori-
sés et interdisent l'accès aux autres (suspects, bagarreurs connus, in-
trus, gens armés, hooligans...). Ils coupent la fuite des individus qui au-
raient commis un délit dans un lieu fermé. Ces contrôles rendent les
crimes et les délits plus difficiles et plus risqués en empêchant les
malfaiteurs d'avoir accès à leurs cibles, en les désarmant, en les empê-
chant de fuir et en facilitant les enquêtes. Le pont-levis du château fort
d'antan témoigne du fait qu'un strict contrôle des accès s'impose depuis toujours
comme moyen de sécuriser un lieu.
3. LES CONTRÔLES D’ACCÈS
1) Les postes de garde à l’entrée des sites
Gardiens
Clôtures
2) Les contrôles d’entrée dans les immeubles
Téléphones à l’entrée
Portiers ou concierges
Système d’entrée par carte magnétique, carte de proximité, à puce, etc.
3) Les codes d’accès
Numéro personnel d’identification dans les guichets automatiques des
banques
Mot de passe dans les ordinateurs
4) Fouilles
Examens des bagages dans les aéroports
Fouilles aux frontières
5) Marquages
Etiquettes électroniques sur des vêtements
Détecteurs dans les livres.
6) La fermeture des rues et des ruelles
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 15
Il est utile de distinguer deux éléments dans un système de contrôle
d'accès.
1. L'identification permet de discriminer entre les individus qui
sont autorisés à entrer ou à sortir et les autres. L'identification est di-
recte et personnelle quand le préposé à l'entrée connaît bien les gens
qui fréquentent l'établissement. Elle peut se faire par la présentation
de la carte d'identité ou d'un passeport. Ensuite viennent les technolo-
gies de plus en plus sophistiquées : les clés, les codes entrés sur un
clavier, les cartes magnétiques, les cartes à code barre, les cartes mu-
nies de circuits intégrés dont la mémoire contient des informations sur
le porteur, les cartes de proximité contenant un émetteur passif (trans-
pondeur) qu’un capteur peut lire à distance (le transpondeur réfléchit
le signal émis par un émetteur-récepteur qui reconnaît la fréquence
radio et identifie le porteur de la carte) (Walsh 1995 ; Leman- Lan-
glois et Brodeur 2005). Comme les cartes dont il vient d'être question
peuvent être volées, perdues, prêtées, falsifiées ou copiées, on peut
avoir recours à la biométrie. L'identification, dans ce cas, repose sur
les particularités physiques propres d'une personne : ses empreintes
digitales, la géométrie de sa main, son iris, sa rétine, sa voix, son visa-
ge. Un appareil « lit » l'empreinte des doigts, l'iris, etc. et en numérise
la configuration. Ensuite un ordinateur équipé du logiciel approprié
compare l'empreinte de l'individu avec celles qui ont été accumulées
dans une banque de données à la recherche d'une correspondance.
Comme cette technique est difficile à déjouer, elle est utilisée dans les
sites à haute sécurité comme dans les centrales nucléaires.
2. L'autorisation ou l'interdiction d'entrer ou de sortir est le
deuxième élément du système de contrôle d'accès et la conséquence
de l'identification. Cette autorisation peut se traduira par le déclen-
chement automatique d'une entrée ou par une action humaine. La pro-
cédure peut être effectuée sur place ou commandée à distance, à partir
d'une centrale de contrôle.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 16
Évaluations des contrôles d'accès
L'efficacité des contrôles d'accès est indubitable comme en témoi-
gne les évaluations suivantes.
À partir de 1972, les autorités de l'aviation civile ont remarqua-
blement bien réussi à tenir la piraterie aérienne en échec par le filtrage
et la fouille des passagers avant l’embarquement. Ce succès est une
illustration du fait qu’un obstacle situationnel peut agir même sur les
criminels les plus déterminés (Wilkinson, 1986 ; Clarke et Newman
2006).
L’installation à la sortie d’une bibliothèque de détecteurs qui dé-
clenchent un signal quand on tente de sortir avec un livre qui n’a pas
été démagnétisé occasionne une forte baisse des vols (Scherdin
1992).
Dans le commerce de détail, la mise en place de systèmes
d’étiquettes électroniques s’accompagne de substantielles réductions
du nombre de vols à l’étalage (Farrington et Coll. 1993 ; Bamfield
1994 ; DiLonardo 1997).
Au Royaume-Uni (à Liverpool), plus de 3000 barrières sont éri-
gées aux entrées de ruelles donnant accès à l'arrière de maisons en
rangée. Ces barrières sont munies de serrures et les résidents reçoivent
la clef. Ce contrôle d'accès un peu spécial fait l'objet d'une évaluation
fouillée par Bowers et Coll. (2004). Il en ressort que, au cours des
trois ans suivants le début de l'implantation de la mesure, le nombre
des cambriolages chute de 37 % dans la zone expérimentale comparée
à la zone témoin. Cette mesure rend difficile l'accès à l'arrière des
maisons tout en compromettant la fuite des voleurs. Bowers et ses col-
laborateurs enregistrent un effet de diffusion des bénéfices préventifs
de la mesure dans la zone adjacente jusqu'à rayon de deux cents
mètres et un léger effet de déplacement dans la zone située à plus de
huit cents mètres.
À Los Angeles, la police installe des barrières pour contrôler
l’accès à quatorze rues où sévissait un intense trafic de drogue et des
« drive-by shooting » (fusillade contre une bande ennemie à partir
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 17
d’une voiture en marche). Après quoi, le nombre des homicides y
baisse de 65%. (Eck, 2002 : 277).
Dans des HLM de Londres, l’installation de clôtures autour des
immeubles, de téléphones aux entrées et de contrôles électroniques à
l’entrée des garages se solda par des baisses importantes du nombre
de vols et d’actes de vandalisme. Dans une tour d’habitations, l’ajout
d’un réceptionniste a fait aussi reculer le vandalisme (Clarke dir.
1997, p. 17).
4- Les contrôles des moyens et de l'information sont destinés à rédui-
re l'accessibilité des armes, des substances, des outils, ou des informations qui
facilitent l’exécution du délit.
4. LES CONTRÔLES DES MOYENS ET DE L'INFORMATION
1) Les contrôles des armes
Interdiction du port d’armes dans les lieux à risque
Détecteurs de métaux
Fouilles et confiscations des armes à feu
Réglementation de la vente et du port des armes à feu
2) Élimination des objets pouvant servir d’arme
Dans les bars, les parcs, les stades, remplacement des bouteilles en verre
par des contenants en plastique
3) Photographie sur les cartes de crédit ou d’assurance maladie
4) Réglementation de la vente d’instruments pouvant servir aux vandales,
comme les cannettes de peinture munies d’un vaporisateur
5) Contrôles d’alcool
Réglementation et contrôle des débits de boisson
Interdiction des réductions qui encouragent les beuveries dans les bars
Anti-démarreur contrôlé par l’alcootest.
6) Contrôle des informations
Dissimulation des objets qui excitent la convoitise des voleurs
Secret sur les trajets de fourgons blindés
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 18
Évaluations des contrôles des moyens et de l'information
Homel et ses collaborateurs (1997) ont démontré que la violence
recule dans les débits de boisson quand on cesse d’encourager les
consommateurs à boire trop d’alcool et trop vite.
Dans un quartier très violent de Philadelphie où les homicides et
les blessures par balles étaient fréquents, une intervention policière
qui consistait à fouiller systématiquement tout individu suspect et à
confisquer l’arme à feu trouvée en sa possession fit baisser le nombre
des crimes commis avec une telle arme (Ludwig 2005).
5- Les détournements empêchent les délinquants potentiels d’entrer en
contact avec leurs victimes ou leurs cibles. On modifie les trajets pour que deux
groupes ennemis n’aient pas l'occasion de se rencontrer et d'en découdre. On
maintient une bonne distance entre les voleurs et les objets qu'ils convoitent.
5. LES DÉTOURNEMENTS
1) Aménagements des trajets pour éviter la convergence des délinquants po-
tentiels et de leurs cibles (ou de leurs victimes)
Aménagement urbain utilisant les culs-de-sac (obligeant les cambrioleurs
à faire un effort supplémentaire pour repérer leurs cibles).
Sens uniques (secteur moins perméable)
Arrêts d’autobus situés pour que des groupes de sujets à risque
(ex. habitués d’une taverne) ne convergent spontanément vers des cibles
intéressantes
2) Élimination des objets pouvant servir d’arme
Dans les bars, les parcs, les stades, remplacement des bouteilles en verre
par des contenants en plastique
3) Séparer physiquement les adversaires ou l’agresseur et la victime
Cloisons, dans les stades, séparant les supporters de clubs adverses
Ordonnances d’interdiction du domicile conjugal à un conjoint violent
Hébergements sûrs pour femmes battues
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 19
4) Gestion des horaires pour limiter les convergences des délinquants vers
leurs cibles ou leurs victimes
Horaires d’autobus ajusté aux heures de fermeture des débits de boisson
Raccourcissement des périodes d’attente aux arrêts d’autobus
Aménagements, dans les stades, des arrivées et les départs pour que les
adversaires ne se rencontrent pas
Évaluations des détournements
En Angleterre, la police enregistrait un nombre élevé de violences
après l’heure de fermeture des bars. En attendant l’arrivée de
l’autobus, des groupes de jeunes gens ivres trouvaient le temps de se
provoquer et de se battre. La solution trouvée consistait à faire arriver
les autobus immédiatement après le moment de fermeture du bar
(Hope 1985).
La fréquence des cambriolages est plus élevée quand une maison
est située sur un coin de rue ou sur une rue passante ; inversement les
cambriolages sont peu fréquents dans les culs-de-sac (Fowler et Man-
gione 1982 ; Felson 1998 : 60).
6- Les désintéressements sont des actions conduisant les individus
à perdre intérêt à commettre un délit. Il s'agit de réduire ou d’annuler
les gains espérés par les contrevenants. Ils renonceront s’ils n’ont rien
ou pas grand chose à tirer de leurs délits.
6. LES DÉSINTÉRESSEMENTS
1) Paiements sans argent comptant
Paiement par tarif exact, tickets ou carte dans les autobus
Téléphones publics fonctionnant avec une carte
Paiement par carte de crédit
2) Réduction des sommes d’argent conservées dans les caisses
Dépôts fréquents dans les « drop-box », les coffres-forts ou à la banque
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 20
3) Nettoyage rapide des graffitis et réparation de la propriété détruite pour en-
lever aux vandales le plaisir de revoir le fruit de leur « travail »
4) Marquage et burinage des objets de valeur et des pièces d’automobile
(« opération identification »)
5) Arrestation des receleurs
6) Désactivation des appareils volés
Appareils (téléphones portables, ordinateurs, véhicules, radios…) activés
par un code
7) Étiquettes d’encre fixée aux vêtements dans les magasins
Évaluations des désintéressements
À partir du moment où les chauffeurs d’autobus de New York ont
cessé de vendre des tickets aux passagers, ils n’ont plus été victimes
de braquage (Chaiken et coll., 1974).
Volkswagen a installé dans ses produits des appareils radio contrô-
lés par un code de sécurité. Quand la radio est retirée de son boîtier,
elle cesse de fonctionner tant que son code secret n’a pas été repro-
grammé. Cette mesure a fait baisser les vols de radio (Braga et Clarke,
1994).
Les autorités du Métro de New York ont mis fin à une épidémie de
graffitis en les faisant effacer dès leur apparition (Sloan-Howitt et
Kelling 1992).
On connaît ces étiquettes contenant de l’encre indélébile fixées aux
vêtements en vente au magasin. Si l’étiquette est arrachée sans
l’instrument approprié, l’encre se répand et souille irrémédiablement
le vêtement. Di Lonardo et Clarke (1996) ont établi que ce moyen fait
baisser la fréquence des vols à l’étalage.
Quand une opération-identification est menée avec suffisamment
de vigueur pour susciter un taux élevé de participation, il est possible
de faire baisser les taux agrégés de cambriolages. Ainsi une vigoureu-
se campagne en faveur du marquage menée à grand renfort de publici-
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 21
té dans trois villages du Pays de Galles fut suivie d’une baisse de 40%
des taux de cambriolages. La clef du succès : les biens avaient été
marqués dans 72% des ménages (Laycock 1991).
Aux États-Unis où la loi a rendu obligatoire le marquage des piè-
ces d'automobiles, l'analyse menée par Rhodes et Kling (2003) établit
que cette mesure conduit à de substantielles réductions des vols de
véhicules.
7. Les alternatives sont des solutions de rechange à l’infraction.
On offre aux gens un moyen légitime de satisfaire leur désir ou leur
besoin.
7. LES ALTERNATIVES
1) Substituts à l'autodéfense et à la vengeance
Réponses rapides de la police aux appels 911
Accueil de plaintes pour agression et intervention appropriée
2) Offre de prix avantageux pour des biens exposés au vol
Réductions pour l'employé qui achète la marchandise de son magasin
3) Dépôts d'ordures
Toilettes publiques
Poubelles
L'arrivée rapide de la police à la suite d'un appel d’urgence, offre
une alternative à l'autodéfense et à la vengeance. Imaginons, à la cam-
pagne, une personne inquiétée par un rôdeur qui tourne autour de sa
maison. Elle préférera appeler la police plutôt que de le chasser à
coups de fusil. De la même manière, une femme battue préférera ap-
peler la police plutôt que de se défendre avec un couteau de cuisine.
Et les victimes de taxage porteront plainte plutôt que de recourir à
l'autodéfense ou à la vengeance si les autorités scolaires interviennent
fermement dans de tels cas.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 22
Nous ne connaissons pas d'évaluation de cette catégorie de mesu-
res. Cependant un fait historique majeur justifie de penser que les al-
ternatives sont des moyens de prévenir le crime. Les historiens qui ont
étudié l’évolution des homicides depuis le XIIIe siècle ont démontré
que les hommes du Moyen Âge s'entre-tuaient au moins vingt fois
plus souvent que nous : aux XIIIe, XIVe et XVe siècles, les taux
d'homicides moyens étaient de l'ordre de 30 ou 40 par 100 000 habi-
tants, puis la décroissance est nette : 11 par 100 000 habitants au
XVIIe siècle, 3 au XVIIIe siècle, 1,4 au XXe (Eisner 2003). Pour-
quoi ? En partie parce que, au fil des siècles, L'État prend en charge la
vendetta tout en interdisant aux victimes de l'exercer : la peine est de-
venu un substitut de la vengeance.
8. Les apaisements visent à rétablir la concorde en cas de conflit et
à réduire les provocations, les offenses, les iniquités ou les frustrations
qui déclenchent des réflexes de peur ou de colère (Clarke et Eck
2003). À Montréal, les policiers sont souvent appelés par le système
911 (équivalent du 17 en France) pour s'interposer lors d'altercations.
La plupart du temps, ils réussissent à faire cesser, au moins pour un
temps, le combat. Ils jouent alors le rôle de pacificateur. Ils commen-
cent par séparer les adversaires ; ils les empêchent de s'invectiver et de
se frapper. Ensuite, ils ouvrent les négociations et recherchent un ter-
rain d'entente (Cusson 2002 : 152-156).
8. LES APAISEMENTS
1) Pacifications
Interventions pacificatrices rapides de la police lors d'altercations
Arbitrages des conflits
2) Politesse
Politesse et courtoisie de la part des policiers, gardiens, videurs et ven-
deurs
Respect des règles de la civilité
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 23
3) Réduction des frustrations
Circulation fluide au cours de rassemblements et d’attroupements
Contrôle du tapage nocturne
Sièges pour éviter la fatigue et l'énervement
Réduction des encombrements dans les discothèques
Évaluation des mesures d’apaisements
Felson et ses collaborateurs (2005) analysent des sondages de vic-
timisation successifs et démontrent que la répétition d'épisodes de vio-
lence conjugale est moins fréquente, toutes choses égales par ailleurs,
quand la police a été appelée que quand elle ne l’a pas été (voir le
chapitre XX de ce traité portant sur la prévention de la violence fami-
liale grave).
II. Intégration et synergie
Retour à la table des matières
Que nous apprennent les recherches évaluatives sur l'efficacité
d'une seule mesure préventive comparée à un ensemble intégré de mé-
thodes différentes ? Dans certains cas, une seule intervention bien
adaptée suffit (voir par exemple, Webb 1997 ; DiLonardo 1997 ; Bar-
clay et coll. 1997 Masuda 1997). D'autres fois, cela prend une combi-
naison de mesures complémentaires pour avoir raison d'un problème
criminel (Forrester et coll. 1988 ; Meredith et Paquette 1992 ; Pease
1997 ; Tilley 1993 ; Anderson et coll. 1997 ; Hanmer et coll. 1999 ;
Farrell 2005 ; Webb 2005). Quand vient le moment de protéger un
établissement important et exposé à une diversité de menaces, une
seule mesure paraît insuffisante ; il vaut mieux intégrer une brochette
de moyens.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 24
L'intégration, c'est la coordination de plusieurs mesures complé-
mentaires et coordonnées les une aux autres. La figure qui suit illustre
la manière dont cette intégration peut-être réalisée au sein d'une orga-
nisation ou d’un établissement dans lequel des contrôles d'accès peu-
vent être imposés.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 25
La centrale de contrôle a une fonction d’intégration. On y reçoit les
signaux qui émanent des systèmes de détection et des observations
faites par le personnel. Une opération peut être commandée à distance,
par exemple en déclenchant une sonnerie, ou en ouvrant ou renfer-
mant une porte. Il est aussi possible que, de la centrale, un intervenant
soit dépêché pour faire évacuer les lieux, expulser un intrus, l'arrêter,
le désarmer, prodiguer les premiers soins à une victime, appeler la po-
lice, les pompiers, un médecin...
Il paraît utile de distinguer trois niveaux d'intégration. Première-
ment, l'intégration des mesures préventives. La télésurveillance, la
surveillance humaine, les contrôles d'accès, les systèmes d'alarmes, les
opérations commandées à distance etc. sont combinées et coordonnées
les une avec les autres. La figure en fournit une illustration. Deuxiè-
mement, l'intégration des fonctions de sécurité. À elle seule, la pré-
vention ne suffit pas à assurer la sécurité d'une organisation. Le ren-
seignement paraît indispensable pour connaître les problèmes et orien-
ter la recherche de solutions. La répression s'avère nécessaire, par
exemple, quand un individu passe outre aux mesures de prévention et
commet un délit. Enfin, les mesures d'urgence s’imposent pour éviter
qu'une crise ne s'aggrave ou dégénère. Troisièmement, l'intégration de
la sécurité aux autres activités et finalités non sécuritaires d'une or-
ganisation. Dans une usine, les ouvriers apprécient de se sentir en sé-
curité, mais leur tâche première, c'est de produire. Dans un hôpital,
l'essentiel pour les patients, c'est d'être soignés. Il importe donc de dis-
tinguer, d'une part, les fonctions principales d'une organisation et,
d'autre part, la sécurité pour ensuite subordonner et harmoniser cette
dernière aux premières.
Pourquoi un éventail intégré de mesures sécurise-t-il mieux un site
qu'une mesure isolée ? Quatre raisons viennent à l'esprit.
1. L'intensité. En combinant plusieurs mesures, l'action de sécurité
peut atteindre un niveau d'intensité suffisant pour faire reculer
la grande majorité des délinquants potentiels.
2. La diversité. Contre plusieurs menaces différentes, on oppose
des parades variées.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 26
3. L'étanchéité. Plusieurs mesures combinées assurent une protec-
tion plus étanche qu'une seule.
4. La discrimination et l'adaptation fine des réponses aux problè-
mes. Des détecteurs d'alarme couplés à des caméras de surveil-
lance permettent à un préposé de vérifier visuellement si l'ano-
malie détectée appelle une réponse et laquelle. La nature exacte
d'un incident est mieux saisie en combinant des informations de
sources différentes.
III. Questions de méthode
Retour à la table des matières
Toute action préventive particulière doit être une réponse adaptée à
un problème singulier. Pour réussir à faire reculer la délinquance, il ne
suffit pas de recourir à des mesures qui se sont révélées efficaces ail-
leurs. Encore faut-il découvrir la solution taillée sur mesure qui s'ajus-
terait au problème et à sa configuration particulière. La prévention est
un art qui consiste à traduire des connaissances générales et abstraites
en une action particulière et concrète. Impossible d'y parvenir sans
poser un diagnostic. S'impose donc un travail d'analyse. À cette étape,
le danger est de s'éparpiller dans une interminable collecte de données
déconnectées des préoccupations préventives. Le diagnostic et l'analy-
se devraient plutôt être menés en gardant à l'esprit d'éventuelles solu-
tions. La méthode pourrait être de jumeler les questions sur le problè-
me à d’autres questions sur des hypothèses de solution. Les interroga-
tions plus pertinentes et les plus fécondes portent sur trois points :
premièrement, les tactiques délinquantes ; deuxièmement, les cibles et
les victimes ; troisièmement, le lieu et ses vulnérabilités. (Dans le pré-
sent traité, les chapitres de la section « Renseignement et analyse »
contiennent de nombreuses indications utiles. Nous y envoyons le lec-
teur).
Les tactiques délinquantes. Il n’est pas rare d'un professionnel de
la sécurité soit confronté à une série de délits qui présentent sensible-
ment les mêmes caractéristiques et la même structure. Plusieurs ter-
mes servent à désigner le fait qu’une tactique criminelle ait tendance à
se répéter : modus operandi, pattern, script, système de délinquance.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 27
Par exemple, aux Etats-Unis, le schéma typique d'un braquage perpé-
tré à proximité d'un guichet de distributeur automatique de billets de
banque se présente comme suit. Un agresseur armé opérant seul abor-
de une victime seule qui sort du guichet après avoir retiré de l'argent.
Sous la menace, il l'oblige à donner son argent (perte moyenne : entre
100 et 200 $). Cela se passe la nuit et le guichet est situé non loin d’un
marché de cocaïne (Scott 2001). Il importe d'être attentif aux caracté-
ristiques distinctes du crime auquel on a affaire afin de découvrir
quelles sont les occasions qui la facilitent et qu'elles seraient les
contre-mesures efficaces. Clarke et Newman (2006) proposent d'ana-
lyser les étapes de réalisation d’un tel pattern criminel pour découvrir
les moyens d'y faire obstacle à chacune de ces étapes. Voici quelques-
unes des questions sur les tactiques délinquantes qui pourraient mettre
sur la piste de solution.
-- Quels sont les gains des voleurs et comment les en priver ?
-- Quelles armes ou instruments utilisent-ils et comment les ren-
dre moins accessibles ?
-- Comment choisissent-ils leurs cibles ?
-- Comment ont-ils accès à leurs cibles et comment les empêcher
d'y accéder ?
-- Comment échappent-ils à la surveillance et comment les empê-
cher d'y échapper ?
-- Comment prennent-ils la fuite et comment les empêcher de
fuir ?
-- Quelles mesures contre préventives ont-ils imaginé et quelles
actions contre-contre préventives les déjoueraient ?
Les victimes et les cibles. L'expérience de la victimisation n'est pas
de distribuée au hasard. De plus, les criminologues observent fré-
quemment des victimisations répétées, c'est-à-dire, le fait que la même
personne (ou la même résidence en cas de cambriolage) subit deux ou
plusieurs victimisations successives au cours d'une période donnée.
Une personne qui a été victime une fois présente un risque anormale-
ment élevé de l'être de nouveau. La fréquence des victimisations répé-
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 28
tées est plus élevée dans les crimes contre la personne que contre la
propriété. (Farrell 2005). Le fait que les mêmes personnes, biens ou
établissements risquent, à brève échéance, d’être de nouveau frappés
est une information utile pour fixer les priorités de l'action préventive.
De plus, nous savons que les principales caractéristiques des produits
les plus exposés au vol sont les suivantes : 1) valeur monétaire élevée,
2) facilité de revente, 3) objets faciles à déplacer (soit parce qu'ils sont
petits soit parce qu'ils sont mobiles comme des voitures), 4) faciles à
dissimuler (Clarke et Eck 2003). On en déduit que les questions sui-
vantes peuvent éclairer la recherche de solutions préventives.
-- Les mêmes personnes ou cibles sont-elles frappées à répétition
et, si oui, comment les mieux protéger ?
-- Quels sont les biens qui présentent les caractéristiques des ob-
jets les plus souvent volés et comment les protéger ?
-- Quelles précautions les gens qui risquent d'être victimisés pren-
nent-ils ? Lesquelles pourraient-ils adopter ?
-- Par qui ou par quoi l'agresseur est-il provoqué ? Comment ré-
duire ces provocations ?
-- Telle catégorie de crime violent résulte-t-elle d’un mouvement
d'ascension aux extrêmes ? Quel en est le déclencheur ? La po-
lice dispose-t-elle du temps nécessaire pour intervenir ? Com-
ment peut-elle stopper l'escalade ?
Le lieu et ses vulnérabilités. Le lieu dans lequel se pose un pro-
blème de sécurité peut être défini comme un espace circonscrit ayant
un nombre limité de fonctions. Il est souvent sous la responsabilité
d’un propriétaire ou d’un gestionnaire. Un tel lieu peut être un maga-
sin, une usine, un bar, une station de métro, un parc, un parking, un
hôpital, un HLM… La criminalité a tendance à se concentrer dans cer-
tains lieux. Selon un calcul américain, 10 % des lieux sont le site de
60 % des infractions (Eck 2002). Les lieux sont généralement proté-
gés par un ensemble de mesures de prévention allant des portes ver-
rouillées jusqu'au système de sécurité très élaboré. Voici quelques
questions qui se posent à propos d'un lieu.
M. Cusson, “Comment prévenir ? Les techniques et la méthode de la prévention…” (2007) 29
-- Qui est le garant du lieu ? Comment prend-il ses responsabilités
et comment devrait-il mieux les assumer ?
-- Quel est l'état du dispositif de sécurité actuellement en place ?
Quelles sont ses vulnérabilités et comment corriger la situa-
tion ?
-- Dans quel coin précis du lieu et à quel moment les délits sont-
ils commis et comment modifier la situation ?
-- Comment les gens ont-ils accès au lieu ? Les intrus peuvent-ils
y pénétrer ? Les accès pourraient-ils être mieux contrôlés ?
-- Comment le lieu est-il surveillé ? Y trouve-t-on des recoins, ca-
chettes ou coins sombres ?
-- Comment améliorer la visibilité et la surveillance du lieu ?
-- Trouve-t-on dans ce lieu un repère dans lequel les membres
d'une bande se réunissent, s'amusent et complotent en toute
quiétude ? Comment les en déloger et reprendre le contrôle de
l'endroit ?
Fin du texte