Dossiers Du CRISP - Négociation Politique
Dossiers Du CRISP - Négociation Politique
Renaud Witmeur
2015/2 N° 85 | pages 11 à 98
ISSN 2736-2280
ISBN 9782870751282
DOI 10.3917/dscrisp.085.0011
Article disponible en ligne à l'adresse :
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Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
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III. Les types de négociation. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
L’influence de la théorie des jeux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
Les types de négociation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
La négociation compétitive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
La négociation coopérative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30
IV. Les facteurs qui influencent la prise de décision en politique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Le régime majoritaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33
Le régime de consensus. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
Les mécanismes de démocratie directe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
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Adopter une attitude ouverte . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Argumenter en ne retenant que les meilleurs arguments . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Savoir se taire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
Être capable de demander une pause . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84
Ne pas céder sans contrepartie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Maîtriser ses émotions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85
Prendre la plume . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Les qualités d’un bon négociateur politique. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 86
Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 89
Notes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 93
Orientation bibliographique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95
Glossaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97
Introduction
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La négociation semble partout… Le mot est en bauche. La plupart des négociateurs ont appris
effet utilisé pour renvoyer à des réalités parfois très « sur le tas » et disposent d’un savoir qu’ils gardent
différentes. Chacun négocie à longueur de jour- bien souvent pour eux ou dont, à l’inverse, ils se
née : au sein de sa famille, avec ses voisins, avec son vantent jusqu’à l’excès. Il existe donc un décalage
employeur, avec des clients ou des fournisseurs. entre les besoins et l’offre qui devrait y répondre,
On négocie dans sa vie privée, au travail et, d’une décalage qui ne peut manquer d’interpeller 2.
manière plus générale, dans son environnement Il n’en va pas autrement au niveau politique. La
social et économique. Nous sommes ainsi, tous, négociation y joue un rôle majeur, mais ses ressorts
amenés à rechercher des accords – des arrange- demeurent méconnus et peu enseignés.
ments, diront les plus pessimistes – acceptables Au niveau international, la négociation renvoie
par l’ensemble des parties. d’abord à des moments exceptionnels de l’histoire,
Être capable de négocier est aussi devenu une qu’il s’agisse du traité de Versailles au lendemain
compétence essentielle dans le cadre professionnel. de la Première Guerre mondiale, des accords de
La négociation n’est certainement plus aujourd’hui Yalta au lendemain de la Seconde, des accords de
l’apanage de quelques professionnels (avocat, Camp David, du traité de Maastricht ou, plus
médiateur, spécialiste des relations sociales, ser- récemment, de l’accord sur le nucléaire iranien.
vice commercial…), mais une qualité fréquem- En Belgique, la négociation est un outil de pre-
ment recherchée, en particulier dans les fonctions mière importance dans les relations entre acteurs
à responsabilité. politiques ou sociaux. Elle permet de régler paci-
Étonnamment, les processus de négociation et fiquement des différends ou des conflits liés à la
les techniques qu’ils impliquent restent relative- coexistence de nombreux groupes sociaux distincts,
ment peu enseignés en Belgique et cette compé- aux intérêts divergents, s’opposant notamment sur
tence est rarement testée lors des examens d’em- des fractures profondes de la société : les clivages.
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vité peut apparaître. Le conflit est souvent précédé mis à la belge » 3 illustre leur capacité à surpasser
d’une tension ou d’un climat difficile. L’entame des différences qui apparaissent a priori insurmon-
d’une négociation devient ainsi le premier pas pour tables et à demeurer dans la sphère du dialogue et
tenter de régler la situation de manière pacifique, du respect mutuel pour sortir d’une crise.
alors que les relations entre les acteurs peuvent Il peut donc exister un énorme écart entre la
être particulièrement tendues et empreintes réalité de la négociation politique et sa perception
d’émotion. Ainsi, la fermeture du site de l’usine par le citoyen qui n’y accède que par les médias
Renault à Vilvorde, ville du Premier ministre ou, en direct, par la narration qu’en font les acteurs
belge de l’époque, Jean-Luc Dehaene, avait été eux-mêmes, souvent à des fins de positionnement
annoncée de manière soudaine, ce qui a constitué ou dans le but de vendre le résultat obtenu. En
un exemple marquant dans l’histoire des relations réalité, cette présentation est le fruit d’un second
sociales en Belgique. Elle a cependant été suivie travail, distinct, qui ne donne jamais un compte
d’une véritable négociation sociale et politique qui rendu intégral de la négociation en tant que telle,
a profondément marqué le cadre législatif. tandis que certains éléments de celle-ci ne sont
Sauf si elle s’inscrit dans un mode particuliè- simplement pas dévoilés ou le seront seulement
rement conflictuel et asymétrique dans lequel une ultérieurement.
partie a la capacité d’imposer ses vues à l’autre, la Cette perception est aussi alimentée par la lit-
négociation aboutit à un compromis. Cette notion térature et les récits historiques qui foisonnent de
de compromis est cardinale lorsque l’on traite de références à ces tactiques mobilisant sans vergogne
la négociation, et elle a évidemment une saveur la ruse, la violence, la déloyauté ou le mensonge.
particulière en Belgique. Dans un célèbre discours aux Nations unies,
La négociation politique est une forme spé- Nikita Khrouchtchev affirma ainsi : « Ce qui est à
cifique de négociation. Elle véhicule souvent nous est à nous, ce qui est à vous est négociable ».
des images éloignées de la réalité vécue par ses Plus loin dans l’histoire, Machiavel – véritable
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est donné par le responsable politique (président faut choisir l’une ou l’autre. » 4
de parti ou ministre). Ce travail de l’ombre, où Pour éclairer cette thématique, ce Dossier se
une grosse partie des décisions sont préparées, est fixe trois objectifs, qui déterminent sa structure.
d’abord un travail technique, qui réunit les experts La première partie trace le cadre théorique de
des différents ministres. Ensuite, il faut noter que la négociation, en particulier de la négociation
différents niveaux de négociation existent pour en politique. Après avoir défini le concept de
arbitrer les différends et intégrer les sensibilités négociation, les composantes de celle-ci et ses dif-
politiques des partenaires. férents types sont exposés. Ensuite sont abordés
L’importance et la particularité de ce travail les facteurs qui influencent la prise de décision en
de l’ombre est joliment illustrée dans le roman politique. La deuxième partie montre comment
de Francis Walder Saint-Germain ou la négociation : la négociation se déroule au niveau politique dans
« Il m’a toujours semblé que j’avais mené une le contexte belge. Cette partie analyse les carac-
existence falote. Rien dans ces courses, dans ces téristiques du régime belge, la préparation de la
multiples démarches qui m’ont occupé plus que négociation et son déroulement. Enfin, la troisième
mes charges officielles, ne m’a conduit au premier partie donne des clés utiles pour mener une négo-
rang. Et pourtant le contraste m’a saisi, de tant de ciation et s’y préparer au mieux.
I. Définition
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Sous l’effet d’une évolution du langage, l’usage du mot « négo- Le terme négociation a perdu de
ciation » s’est développé et a peu à peu perdu de sa clarté. Comme sa substance à la suite d’un usage
l’écrit Christian Thuderoz, en mettant à toutes les sauces le terme accru dans le langage.
négociation, les analystes le vident peu à peu de sa substance 5.
Cette inflation a dès lors conduit à des études spécifiques tendant à
le définir avec précision 6.
On privilégiera ici une vision classique et plus restrictive de la Dans ce Dossier, on entend par
négociation. Dans cette acception, la négociation consiste à concilier négociation la conciliation de
des positions différentes pour adopter une seule décision conjointe et positions différentes en vue
d’adopter une décision conjointe
consensuelle. C’est un processus qui permet de prendre une décision
et consensuelle.
en l’absence de règles mécaniques qui s’imposeraient. La négociation
se distingue des autres processus de dialogue, comme la concertation
ou la consultation, en ce qu’elle est un processus décisionnel. Il peut
s’agir soit d’un mode de décision obligatoire en raison des règles de
droit en vigueur, soit d’un mode décisionnel choisi par les parties.
Il y a négociation dès que surgit une question sur la solution de
laquelle des parties dépendantes l’une de l’autre s’opposent d’une
manière ouverte ou feutrée, que celles-ci décident de bonne foi de
rechercher un accord entre elles et que cet accord fera office de
décision qui les liera.
À l’inverse, la vente, par exemple, n’est pas la négociation. Il convient de distinguer les notions
L’objectif premier, qui est de régler un différend via une négocia- de vente et de négociation : attirer
tion, est l’un des éléments qui distingue celle-ci de la vente. Avec ou convaincre un acheteur n’est pas
régler un conflit ou l’anticiper.
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condition suffisante. En effet, lorsqu’un désaccord existe, plusieurs
attitudes sont généralement possibles.
Une première attitude possible est l’attentisme. Celui-ci peut D’autres attitudes que la négo-
être une tactique qui permet de se donner le temps nécessaire pour ciation sont possibles face à un
mieux étudier la question. Cela peut s’avérer d’autant plus utile que différend : l’attentisme…
le monde actuel impose souvent de devoir travailler dans l’urgence,
en étant soumis à la pression des autres acteurs pour une prise de
décision très rapide, voire immédiate. Si l’autre partie n’est pas en
mesure d’imposer son point de vue et que la situation actuelle
n’est pas désavantageuse en soi, l’attentisme permet de s’afficher
comme n’étant pas demandeur sur le point à trancher et de reporter
une certaine pression sur l’autre partie. De même, l’écoulement du
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pour que ces dernières tranchent le litige. Dans certains cas, la
saisine de la justice peut aussi s’inscrire dans une stratégie plus large
qui permet notamment de gagner du temps dans un contexte tendu,
en espérant que la durée de la procédure en justice soit mise à profit
pour convaincre les parties de rechercher un accord. Il s’agit là, en
quelque sorte, d’appliquer l’adage selon lequel un mauvais arran-
gement vaut mieux qu’un bon procès. Dans la pratique, on observe
que certains négociateurs aiment rappeler cette sentence qui est
assez surprenante dans la mesure où elle sous-entend que l’accord
négocié est appelé à ne pas être bon alors que, par essence, il sera le
fruit de ce que les parties jugeront ensemble comme le résultat le
plus adéquat au regard de la situation à laquelle elles sont confron-
tées. Il reste que l’usage de cet adage est souvent un signe intéressant
car il est toujours utilisé par une partie qui, ce faisant, témoigne
de sa volonté de rechercher un accord par la voie de la négociation.
Bien sûr, les parties peuvent décider de recourir à la négocia-
tion proprement dite. Sur le plan institutionnel, cette procédure est
légalement requise dans certains cas. Dans le domaine des relations
collectives de travail et de la concertation sociale dans les entre-
prises, l’Allemagne est souvent citée en exemple pour la qualité des
relations entre les employeurs et les représentants des travailleurs
avec, en conséquence, un nombre important d’accords conclus entre
ces parties, entretenant un climat propice au développement éco-
nomique et social.
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question d’en réduire le nombre.
Enfin, la concertation vise à associer les acteurs à la discussion et … et la concertation.
à entrer avec eux dans une phase de dialogue constructif, si possible
pour aboutir à une décision commune, mais la conclusion peut
être un constat de divergence, assumé comme tel par chacune des
parties. Dans ce cas, l’autorité publique impliquée dans la concer-
tation doit alors prendre elle-même une décision. L’obligation de
concertation, parfois même de négociation, est quasiment généra-
lisée lorsqu’il s’agit de régler le statut de la fonction publique. Il en
va de même dans le cadre de la sécurité sociale en général, et des
soins de santé en particulier, où des procédures de concertation et
de négociation sont légalement prévues. En Belgique, on nomme
également concertation les discussions tripartites au cours desquelles
une autorité publique se concerte avec les représentants patronaux et
syndicaux ou encore avec des représentants de la société civile, telles
les organisations de consommateurs. Une concertation fructueuse
est, même si elle résulte d’une obligation formelle, le résultat d’un
état d’esprit par lequel l’autorité montre qu’elle souhaite entendre
l’opinion des acteurs concernés et qu’elle est disposée à modifier sa
position afin de rapprocher les points de vue. La concertation pré-
sente ainsi des points communs avec la négociation dans la mesure
où elle peut se conclure par un protocole d’accord qui sera assumé
et défendu par chacun des interlocuteurs. Toutefois, en cas d’absence
d’accord, l’autorité publique prend, seule, la décision finale.
Des acteurs
Une négociation implique plusieurs acteurs (au minimum deux) La négociation met en présence au
qui sont dans une relation d’interdépendance et qui ont des intérêts moins deux acteurs, interdépen-
distincts. Il peut s’agir d’intérêts propres ou de ceux d’un groupe dants mais aux intérêts distincts.
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qu’ils représentent.
Le nombre d’acteurs n’est pas limité et le principal facteur de
variation est, le cas échéant, le caractère bilatéral ou collectif des
négociations
Dans une négociation à plusieurs parties aux intérêts distincts, Quand elles sont nombreuses,
il arrive fréquemment que certaines parties s’allient sur l’un ou certaines parties peuvent s’allier
l’autre point, si un intérêt objectif ou subjectif les réunit, au moins entre elles.
temporairement.
Logiquement, plus le nombre d’interlocuteurs est élevé, plus la
négociation est complexe. De même, il arrive que les négociations
se déroulent en présence de témoins, d’experts ou de médiateurs. Il
n’existe donc pas un paysage-type de négociation et celui-ci peut
être très diversifié.
Si le nombre d’interlocuteurs est élevé, il n’est pas rare que cer- Dans certains cas, des porte-
tains négociateurs soient désignés comme porte-parole des diffé- parole constituent un comité de
rents groupes qui se sont constitués, afin de permettre la création négociation restreint.
d’un comité de négociation plus restreint. Ce comité n’a, en règle
générale, pas le pouvoir de conclure un accord, mais a seulement
pour tâche de le préparer afin qu’il soit ensuite soumis à l’assemblée
plénière des négociateurs.
Au niveau du gouvernement fédéral belge, l’importance du rôle
joué par le comité ministériel restreint (le « kern ») en est une
parfaite illustration. Il en va aussi souvent de même au niveau euro-
péen, comme l’ont montré les négociations de l’été 2015 entre les
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L’existence d’un désaccord à trancher entre les parties est un La négociation porte sur un dif-
élément nécessaire pour qu’on puisse parler d’une négociation. Pour férend que les parties veulent
qu’il y ait une négociation, il faut donc un différend de départ résoudre par la discussion.
entre au moins deux personnes et il faut que celles-ci décident de
le résoudre par la voie d’une discussion à mener entre elles. Ce
différend peut avoir diverses formes. Il peut s’agir d’un désaccord,
d’un litige pendant, d’un conflit ouvert ou encore d’un conflit larvé.
Classiquement, les auteurs distinguent la négociation liée à Il convient de ne pas confondre
l’existence d’un différend et « l’ajustement immédiat ». Pour illus- une négociation liée à un diffé-
trer cette distinction, Christian Thuderoz 9 et Catherine Kerbrat- rend et un ajustement immédiat.
Orecchioni 10 prennent l’exemple trivial du passage d’une porte
(trop) étroite par deux personnes (un homme et une femme) qui
doivent y passer en même temps pour se rendre dans une pièce
contiguë. A priori, dans une telle situation, on pourrait considérer
que les conditions d’une négociation seraient réunies pour autant
que les personnes concernées conviennent entre elles de régler ce
différend par la voie de la discussion. En réalité, ce type de situa-
tion se règle immédiatement dès le moment où l’une des personnes
décidera spontanément de laisser passer l’autre, et ce sans que l’on
puisse alors parler de négociation.
Certains auteurs contestent cette analyse et considèrent que ce
type de situation correspond aussi à une négociation 11. Il est en effet
exact qu’on y retrouve des éléments caractéristiques de la négocia-
tion : une divergence, la nécessité de s’entendre, l’interdépendance
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La recherche et la construction
d’un compromis
La négociation implique, c’est essentiel, que les parties aient Il est nécessaire que l’ensemble
confiance et croient réellement dans le fait qu’elles peuvent régler des interlocuteurs croient dans le
leur divergence par la voie du dialogue. Il n’y a pas de négociation règlement de leur différend par
le dialogue.
s’il n’y a pas la recherche sincère d’un accord par l’ensemble des
interlocuteurs.
Comme le résume Lionel Bellenger, « la négociation est donc une
communication spécifique en ce sens qu’elle est une épreuve dans
laquelle chaque partie s’engage à discuter, tout en acceptant une
dépendance mutuelle vis-à-vis d’une décision devant se construire
progressivement ou devant intervenir plus ou moins brutalement à
l’issue de la confrontation » 12.
Même s’il peut exister entre eux un rapport de force, les dif- Ils doivent disposer d’un mandat
férents interlocuteurs actifs dans la négociation doivent disposer à et d’une marge de manœuvre,
la fois d’un mandat et d’une marge de manœuvre. Ils doivent avoir tout en sachant que le résultat ne
correspondra pas à leur position
la volonté et la capacité de construire un compromis qui, par défini-
de départ.
tion, ne correspondra pas à leur position de départ qui a été refusée
par une autre partie. Cela suppose que les parties aient préparé la
négociation avant que celle-ci ne démarre. Il faut notamment avoir
mesuré le rapport de force, avoir réfléchi aux solutions possibles,
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Figure 2. Faire le diagnostic de la situation de négociation 13
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Plusieurs types de négociation peuvent être distingués. Dans Il existe plusieurs types de négo-
l’étude de cette pratique, une école s’est nettement singularisée : la ciation.
théorie des jeux est présentée dans un premier temps. Ensuite seront
différenciées la négociation compétitive et la négociation coopérative.
Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que la négocia- Une approche théorique : la théo-
tion est réellement devenue un sujet d’études et que des approches rie des jeux.
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théoriques de celle-ci ont été élaborées. L’une des principales est la
théorie des jeux.
L’auteur le plus connu dans ce domaine est John Forbes Nash, La théorie des jeux vise à pro-
qui a développé à partir de 1950 un programme recherchant une poser une prédiction du résultat
prédiction claire de l’issue de la négociation, fondé sur les préfé- d’une négociation à partir des
préférences des négociateurs…
rences des négociateurs définies sur l’ensemble des accords réali-
sables et leurs attitudes envers le risque 14.
Les travaux de J. F. Nash ont été complétés par de nombreux … de la notion de temps…
auteurs, comme Ariel Rubinstein, qui y a ajouté différents éléments
dont la notion du temps. Dans ce cas précis, l’idée dominante est
qu’un joueur plus patient (ou moins impatient) que son opposant
sera en position d’avoir un pouvoir de négociation plus élevé. La
patience est donc une notion relative et il suffirait d’être plus patient
que son interlocuteur pour obtenir des gains supplémentaires.
À la suite de ces auteurs, la littérature a continué à s’enrichir, en … ou en fonction d ’autres
distinguant les jeux à somme nulle, les jeux à somme croissante, les éléments.
jeux répétés et les jeux mixtes. L’idée de base de ces études – et sans
aucun doute leur côté séduisant – est de proposer une prédiction du
résultat d’une négociation en fonction d’éléments qui sont classés
dans les catégories suivantes :
– l’ensemble des accords réalisables ;
– les points de désaccord ;
– les préférences des négociateurs et leurs attitudes envers le
risque.
Le dilemme du prisonnier
Le dilemme du prisonnier est souvent utilisé à titre d’exemple dans le cadre de la théorie
des jeux pour illustrer une situation dans laquelle un résultat « win-win » est possible mais où,
en l’absence de communication entre les deux joueurs, chacun choisira de trahir l’autre. Si l’un
coopère et l’autre trahit, le coopérateur est fortement pénalisé. Pourtant, si les deux joueurs
trahissent, le résultat leur est moins favorable que si tous deux avaient choisi de coopérer. Au
final, c’est donc un résultat « lose-lose ». Le dilemme du prisonnier fournit un cadre général pour
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penser les situations où deux ou plusieurs acteurs ont un intérêt à coopérer, mais un intérêt encore
plus fort à ne pas le faire si l’autre le fait, et aucun moyen de contraindre l’autre.
Le scénario est le suivant 15 : deux suspects sont arrêtés par la police. Mais les agents n’ont pas
assez de preuves pour les inculper. Ils les interrogent séparément en leur faisant la même offre.
« Si tu dénonces ton complice et qu’il ne te dénonce pas, tu seras remis en liberté et l’autre éco-
pera de dix ans de prison. Si tu le dénonces et lui aussi, vous écoperez tous les deux de cinq ans
de prison. Si personne ne dénonce l’autre, vous aurez tous deux six mois de prison. »
Chacun des prisonniers réfléchit de son côté en considérant les deux cas possibles de réaction
de son complice.
– « Dans le cas où il me dénoncerait : soit je me tais et je ferai dix ans de prison, tandis que,
si je le dénonce, je n’en ferai que cinq. »
– « Dans le cas où il ne me dénoncerait pas : si je me tais, je ferai six mois de prison, tandis
que, si je le dénonce, je serai libéré. »
Il en déduit que, quel que soit son choix, il a intérêt à dénoncer l’autre prisonnier.
Si chacun des complices fait ce raisonnement, les deux vont probablement choisir de se
dénoncer mutuellement, ce choix étant le plus rationnel. Conformément à l’énoncé, ils écoperont
dès lors de cinq ans de prison chacun. Or, s’ils étaient tous deux restés silencieux, ils n’auraient
écopé que de six mois chacun.
Ainsi, lorsque chacun poursuit son intérêt individuel, le résultat obtenu n’est pas optimal.
Dans la théorie des jeux, ce dilemme est à somme non nulle, c’est-à-dire que la somme des gains
pour les participants n’est pas toujours la même : il soulève une question de coopération et de
confiance.
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leurs modèles théoriques s’avèrent souvent difficiles, voire impos-
sibles à transposer en pratique. Ainsi, quelle est la définition du
comportement rationnel des négociateurs ? Quiconque a une expé-
rience de négociation aura souvent été frappé par le fait que ce qui
lui semble rationnel ne l’est pas forcément pour l’autre, en particu-
lier en raison des valeurs et des cultures différentes dont sont issus
les différents interlocuteurs.
En outre, le modèle de J. F. Nash suppose une information Outre les différences de valeurs
complète des interlocuteurs, dès l’entame des négociations. Or, est-il et de cultures des interlocuteurs,
réellement possible de modéliser les données propres aux négocia- il y a une inégalité entre eux en
ce qui concerne la détention et le
teurs, d’autant que ceux-ci ne se présentent naturellement pas à
partage de l’information.
livre ouvert et que certaines informations sont autant d’inconnues,
à tout le moins au départ ? Il est en effet très fréquent que les
négociateurs acquièrent de l’information lors des premiers tours de
table ou qu’une partie ne partage pas avec les autres l’ensemble de
l’information dont elle dispose.
De même, est-il crédible de penser modéliser le goût du risque À côté des méthodes et des tech-
ou l’aversion pour celui-ci, la réaction face à un élément imprévu, niques qu’elle suit, la négociation
l’attitude adoptée face à des contraintes (réelles ou artificielles), par est un processus dynamique qui
dépend des individus en présence.
exemple liées au calendrier et au rythme de la négociation, à la
fatigue ou à l’agressivité d’un intervenant ? Comment modéliser
la réaction du mandant qui se trouve souvent derrière le négocia-
teur et qui aura à valider le résultat des discussions ? En d’autres
termes, si la négociation suit souvent certaines méthodes et répond à
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l’inverse, dans le cadre d’une négociation, l’intuition, par exemple,
est un facteur clé. Il paraît pourtant vain de vouloir l’insérer dans
une formule mathématique universelle.
La pratique de la négociation permet parfois d’anticiper quelque Le caractère prédictible des
peu le résultat d’une négociation déterminée. Toutefois, bien sou- négociations opérées selon la
vent, les modèles théoriques n’offrent pas réellement de techniques, théorie des jeux demeure un
sujet d’études.
trucs ou astuces susceptibles d’offrir un avantage particulier dans
de telles circonstances. La littérature scientifique continue néan-
moins à enrichir le débat et tente d’améliorer les modèles. À ce stade
cependant, le caractère prédictible des négociations opérées selon la
théorie des jeux demeure un important sujet d’études.
Assertivité
Approche agressive
Compromis
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Lose-Lose Lose-Win
Faible Approche passive
Source : G. Cox, Negotiations. How to achieve win-win outcomes, Harlow, Pearson, coll. FT Publishing,
2012, p. 25.
La négociation compétitive
Le mode compétitif ou conflictuel inscrit le négociateur dans une Le mode compétitif ou conflic-
perspective du type « win-lose », avec un gain maximal pour l’un, tuel se caractérise par le gain
correspondant à une perte directe pour l’autre. Ce type de négocia- pour l’un et la perte pour l’autre
perçu comme un adversaire.
tion se caractérise par l’existence d’une compétition et d’une méfiance
entre les protagonistes qui se perçoivent comme des adversaires.
Cette vision concurrentielle amène les négociateurs à privilégier Dans ce mode, chaque négocia-
leurs intérêts personnels au détriment des intérêts de leurs inter- teur privilégie ses intérêts per-
locuteurs. Ces intérêts personnels correspondent souvent à des gains sonnels au détriment de ceux de
son interlocuteur.
économiques et financiers à court terme ou, à tout le moins, à des
aspects très concrets des discussions entre les parties 19.
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dans les faits, le plus souvent en raison de contraintes extérieures.
Celles-ci peuvent être liées à une pression exercée par un tiers. Il en
va souvent ainsi dans le cadre des relations internationales lorsqu’un
pays, un groupe de pays ou une organisation internationale exerce
une pression sur un gouvernement pour le forcer à négocier avec
une autre partie. Cela se manifeste également en politique inté-
rieure quand un gouvernement peut être contraint de négocier un
projet avec des groupes représentatifs (organisations syndicales ou
patronales, organisations non gouvernementales…) en raison d’une
forte opposition, de blocages sociaux ou économiques, ou encore de
la pression médiatique que ces acteurs sont ou seraient capables de
créer ou d’exercer.
Les négociations conflictuelles peuvent aussi exister dans le On la retrouve notamment dans
monde des affaires, où nombre de négociations restent basées sur le monde des affaires.
une logique d’un gagnant et d’un perdant. C’est en particulier le
cas des départements achats des grosses industries qui, forts de
leur puissance industrielle et économique, imposent des prix bas à
leurs sous-traitants et fournisseurs, notamment par la menace d’une
rupture de leurs relations avec ces entreprises, si elles ne consentent
pas, d’une année à l’autre, une réduction linéaire de leur prix selon
un pourcentage qui leur est imposé.
Ce mode de relation peut conduire à des situations « lose-lose » Ce mode conflictuel peut débou-
dans la mesure où, au final, la qualité du produit qui sera livré cher sur une situation où chaque
est mise en péril, tant la marge bénéficiaire du co-contractant est partie sort perdante.
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En d’autres termes, à côté de ces éléments concrets, comportant La négociation sur un différend
un objectif économique ou social de court terme, les acteurs d’une ponctuel poursuit des objectifs
négociation poursuivent, au travers de leurs discussions sur un dif- à court terme, mais également à
long terme.
férend ponctuel, d’autres objectifs dont l’intérêt et les conséquences
se mesurent généralement à plus longue échéance. Ces objectifs
correspondent généralement à des motivations liées à la qualité des
relations entre les parties, aux procédures, à l’image de soi et au
respect de celle de l’autre. Prendre en compte ces objectifs contraint
à adopter une démarche d’évaluation des accords sur le moyen et le
long terme, et non uniquement à brève échéance.
La négociation conflictuelle peut toutefois avoir du sens au- La négociation conflictuelle peut
delà du contexte d’une négociation unique avec une partie. À titre avoir pour objectif d’affaiblir ou
d’exemple, lorsque l’objectif d’une partie à long terme est précisé- de faire disparaître l’autre partie.
ment d’affaiblir, voire de tenter de faire disparaître une autre partie,
il y a une cohérence à adopter systématiquement, à chaque fois que
les conditions sont favorables, le mode de négociation qui causera
le plus de pertes possible à cette partie.
On pourrait a priori penser que ce type de négociation corres- En Belgique, la négociation poli-
pond à celui qui existe au niveau politique si l’on pense aux conflits tique ne suit pas cette voie en
existant entre les partis politiques ou entre certains ministres. raison des caractéristiques du
système politique.
Cependant, dans notre régime proportionnel, tel n’est pas le cas.
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clairement, d’une des spécificités de ce type de négociation. Elle ne
peut en effet aboutir que si les interlocuteurs se voient, au moins en
partie, comme des partenaires ; ils admettent ainsi avoir un intérêt
commun à aboutir à une solution équilibrée.
Cela ne signifie nullement que le rapport de force disparaît. Bien que chaque partie vise la
Chaque partie cherche naturellement à satisfaire ses intérêts, mais poursuite de ses intérêts propres,
elle recherche aussi une solution équilibrée. Cela implique qu’il n’y elle est aussi à la recherche d’une
solution équilibrée.
a a priori pas de passage en force, pas d’usage d’arguments d’autorité
ni de coercition. Une négociation coopérative requiert une forte
crédibilité, une confiance mutuelle, une forme de savoir-vivre et
une capacité à créer un esprit de groupe malgré le différend et les
tensions liées au besoin de le résoudre. Elle implique également de
susciter le respect, notamment par des propos qui restent mesurés
et, surtout, crédibles. En d’autres termes, pour reprendre la formule
de L. Bellenger, « l’histoire de leur relation est là pour leur rappeler
que “le dire et le faire” sont liés » 21.
Ainsi, au-delà de la défense de ses intérêts, chaque partie recon- Chaque partie doit reconnaître
naît la légitimité de l’autre partie à défendre les siens, pour autant la légitimité de l’autre et mon-
que chacune confirme et démontre sa volonté de participer à un trer son attachement à un projet
commun.
projet commun plus large, qui réunit les interlocuteurs au-delà du
différend qui fait l’objet de la négociation.
En somme, négocier sur le mode coopératif implique plusieurs Contrairement au mode conflic-
types de motivation qui ne sont pas toujours d’ordre économique tuel, on n’est pas ici en présence
ou de court terme. En répondant aux motivations de chacune des d’une motivation économique ou
de court terme.
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Charles Heckscher 22 présente un modèle qui s’inscrit dans le Une variante, la négociation de
mode coopératif mais qu’il veut distinguer de la négociation « win- projet, se distingue par le fait que
win ». Il l’appelle la « purposive negotiation » ou « négociation de les parties sont liées par un pro-
jet commun malgré le caractère
projet ». Ce type de négociation serait différent dans la mesure où,
inconciliable de leurs intérêts et
outre la recherche d’un résultat qui satisfait au mieux chacune des de leurs valeurs.
parties, ces dernières sont unies par un projet. La nuance est subtile
mais réelle. L’élément particulier est, dans cette approche, que les
parties assument que les valeurs qu’elles défendent sont irrémédia-
blement inconciliables, et ce même après des années de débat au
sujet des valeurs fondamentales. Néanmoins, elles sont unies car
elles essaient d’envisager collectivement un objectif ou un projet
qu’elles souhaitent atteindre ensemble. Cela ne signifie pas que leurs
intérêts sont identiques ou qu’il n’y aurait plus de désaccord, mais
le fait qu’elles tentent de construire un projet ensemble est central.
Elles sont unies par ce projet, qui les oriente vers l’avenir.
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ritaires et, d’autre part, les démocraties de consensus. Au sein de ces consensus. Le type et la pratique
de la négociation varient forte-
modèles, les procédés de démocratie directe, tels le référendum ou
ment selon ces modèles.
la consultation populaire, peuvent venir renforcer ou, au contraire,
atténuer le caractère majoritaire du processus décisionnel. Le mode
de décision au sein de ces modèles est fondamentalement différent
et, par voie de conséquence, la pratique de la négociation et le type
de négociation dépendent de ces choix fondamentaux qui ont été
fixés, à l’origine, dans la Constitution du pays concerné.
Le régime majoritaire
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tion présidentielle américaine – illustre parfaitement cette situa-
tion qui aboutit à devoir distinguer la composition de la majorité
parlementaire et la majorité des voix exprimées lors du scrutin au
niveau national.
Dans les États qui adoptent ce mode de scrutin, le parlement Le parti ou la tendance au pou-
(composé d’une ou de deux chambres législatives) dispose de leviers voir dispose de leviers d’action
de pouvoir plus importants que dans les systèmes de consensus, en plus importants. Il y a fréquem-
ment alternance entre les partis
particulier en raison de la plus grande liberté d’action et de parole
dominants, souvent au nombre
dont disposent les élus. L’équilibre du pouvoir est également assuré de deux.
par l’alternance, dans la mesure où ce type de régime est souvent
constitué de deux partis dominants qui occupent successivement
le pouvoir.
Idéalement, dans une logique d’équilibre des pouvoirs, ce type Des garde-fous sont institués :
de régime dispose d’un parlement constitué de deux assemblées règles de composition des assem-
dont la composition répond à des principes différents. De même, blées, cour constitutionnelle,
juridiction administrative.
une cour constitutionnelle existe pour s’assurer de la conformité
des lois à la charte fondamentale du pays et une haute juridiction
administrative est compétente pour contrôler la régularité des actes
posés par la branche exécutive du pouvoir.
Dans ce type de régime, la négociation est souvent de type On observe généralement dans ce
compétitif et conflictuel dès le moment où un seul parti est à même type de régime un mode de négo-
d’imposer son point de vue. Cela signifie qu’il est possible qu’il n’y ciation compétitif et conflictuel,
voire l’absence de négociation.
ait tout simplement pas de négociation. Celle-ci n’aura lieu que si
une partie parvient à créer un rapport de force tel qu’il est de l’inté-
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la présidence de la Chambre des représentants des États-Unis et la
difficulté à élire son successeur s’expliquaient, elles aussi, par des
tensions à l’intérieur de son parti (le Parti républicain).
Le régime de consensus
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dont cette dernière dispose au sein de l’assemblée parlementaire ou minorités.
du pouvoir exécutif n’ont alors pas d’équivalent. C’est en particulier
le cas lorsque les questions posées aux citoyens se résument à une
alternative entre le oui et le non.
Il existe une grande variété de référendums. Ceux-ci peuvent Il existe une grande diversité de
porter sur une question constitutionnelle, avoir une vocation légis- référendums.
lative ou encore être relatifs à une question de politique interna-
tionale. Plusieurs pays ont ainsi organisé des référendums avant
d’intégrer l’Union européenne ou de ratifier un traité modifiant
les textes en vigueur jusqu’alors. À titre d’exemple, l’Irlande et le
Danemark ont organisé un référendum en 1972 avant de rejoindre
la Communauté économique européenne (CEE), puis ont utilisé la
même procédure vingt ans plus tard dans le cadre de la ratification
du traité de Maastricht. Par référendum également, les Norvégiens
ont refusé en 1972 de rallier la CEE et en 1994 d’adhérer à l’Union
européenne. Un référendum peut aussi être organisé à un échelon
local sur des questions concernant spécifiquement un territoire.
Selon les cas, un référendum peut être organisé sur la base d’une L’initiative d’un référendum
initiative citoyenne ou être d’initiative parlementaire, voire présiden- revient à des citoyens, à des par-
tielle, comme le permet notamment la constitution de la cinquième lementaires, voire au président
de la République. Dans certains
République française. En Suisse, le référendum est souvent initié
cas, le référendum d’initiative
à la demande d’un nombre limité de citoyens qui profitent ainsi citoyenne peut contrecarrer un
d’une tribune et peuvent tenter d’inverser une décision qui aurait projet de la majorité gouverne-
été prise par la majorité parlementaire. Le référendum devient dans mentale.
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sion de celui-ci. En 1993, les Danois ont été invités à se prononcer
une seconde fois sur le traité de Maastricht qu’ils avaient refusé de
ratifier l’année précédente, en ayant obtenu dans l’intervalle l’appli-
cation de clauses d’exception pour leur pays.
La seule consultation populaire organisée au niveau national en La seule consultation populaire
Belgique a porté, le 12 mars 1950, sur la reprise par le roi Léopold III nationale organisée en Belgique
de ses pouvoirs constitutionnels 23. Cette consultation a mis en évi- date de 1950, dans le contexte de
la Question royale.
dence la forte division du pays : si 57,68 % des Belges étaient favo-
rables au retour du roi, dont 72 % des Flamands, en revanche, 52 %
des Bruxellois et 58 % des Wallons s’y opposaient. La Question royale,
qui s’est dénouée à l’été suivant dans un climat pré-insurrectionnel,
notamment émaillé par la mort de plusieurs manifestants wallons
abattus par la gendarmerie, a profondément marqué l’histoire poli-
tique belge, faisant pendant longtemps de la consultation populaire
nationale et du référendum des tabous. Néanmoins, diverses initia-
tives en faveur de processus de démocratie directe ont été avancées ces
derniers temps pour lutter contre le fossé qui existe entre les citoyens
et les mandataires politiques.
Ce cas mis à part, la consultation populaire est employée en La consultation populaire est
Belgique uniquement au niveau local, même si la Constitution la aujourd’hui organisée au niveau
prévoit aussi aux niveaux provincial, supracommunal et régional. local.
La Ville de Namur a ainsi recouru à cette procédure par deux fois
au cours des vingt dernières années. La consultation de 1996 por-
tant sur l’implantation du Parlement wallon a sonné le glas de la
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groupes aux intérêts parfois anta-
circonstances, qui débordent très largement les sphères strictement
goniques.
gouvernementales. Ainsi, les mutualités et les organisations repré-
sentatives des médecins (ou, selon les cas, des kinésithérapeutes, des
logopèdes…) concluent régulièrement des accords, qui déterminent
l’évolution de l’assurance maladie-invalidité et ont un impact sur la
gestion paritaire de la sécurité sociale ; ces accords lient les autorités
gouvernementales. Par les négociations qu’ils mènent au niveau des
entreprises, des secteurs d’activité ou à l’échelon interprofessionnel,
les syndicats et les employeurs (ou leurs organisations) créent des
règles, dont certaines ont une portée réglementaire ou légale. Dans
la fonction publique, l’acteur gouvernemental négocie directement
avec les représentants syndicaux l’évolution des conditions de travail
et de rémunération des agents. Enfin, dans de très nombreux cas,
un gouvernement est amené, en vertu de dispositions légales ou en
raison des circonstances (sous la pression d’un mouvement de grève,
de grève de la faim, d’un blocage du trafic par des camionneurs ou
des agriculteurs…), à négocier avec les représentants d’une catégorie
socio-économique spécifique, ce qui aura un impact sur la politique
qu’il mène.
Au sein des sphères strictement politiques également, la négocia- Dans le domaine politique, la
tion est un mode courant de résolution des différends. Dans un par- négociation vise à résoudre les
lement, des négociations interviennent entre les groupes politiques différends au sein du parlement
ou du gouvernement, voire entre
qui forment la majorité, entre ces groupes et ceux de l’opposition
les différents niveaux de pouvoir.
(notamment dans l’établissement de l’ordre du jour des travaux ou
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les enseignements sont trans-
négociation. Le deuxième chapitre envisage la préparation de la
posables à d’autres cas.
négociation politique et le troisième son déroulement. Par souci
de concision et de clarté, tous deux se centrent sur la négociation
telle qu’elle s’opère au niveau gouvernemental, entre les partenaires
de la coalition. L’étude de ce type de négociation offre des clés de
compréhension que le lecteur pourra appliquer à d’autres cas de
négociation politique.
La représentation proportionnelle
L’article 62 de la Constitution établit que les élections se font Les élections en Belgique se
selon le système de la représentation proportionnelle. Celui-ci a déroulent selon le système de la
remplacé en 1899 le scrutin majoritaire afin d’éviter la bipolarisation représentation proportionnelle.
de la vie politique entre le Parti catholique et le Parti ouvrier belge,
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au détriment du Parti libéral.
L’utilisation du scrutin proportionnel a tendance à favoriser la Ce système favorise la fragmenta-
fragmentation des forces politiques car le pourcentage de voix qu’il tion politique.
faut recueillir pour remporter un siège est peu élevé, surtout si les
circonscriptions électorales sont grandes et peu nombreuses. Ainsi,
à la suite des élections législatives fédérales de 2014, les 150 sièges
de la Chambre des représentants ont été répartis entre des élus
issus de 13 partis différents, qui ont recueilli chacun entre 1,5 %
et 20,3 % du total national des votes valablement émis. Basé sur le
principe du scrutin de liste, ce système donne aux partis politiques,
et particulièrement à leurs états-majors, un rôle déterminant dans
la désignation des représentants de la Nation.
Dans un tel régime et dans un pays aussi divisé que la Belgique, Une seule force politique n’est
les élections ne permettent quasiment jamais à une seule force poli- quasi jamais en mesure de gou-
tique de remporter la majorité absolue des sièges dans une assemblée verner seule.
parlementaire. Comme il n’existe plus de parti national au niveau
des principales familles politiques, un gouvernement fédéral en
Belgique est généralement constitué d’au moins quatre partis. Pour
les mêmes raisons, le gouvernement de la Région de Bruxelles-
Capitale compte souvent six partis (trois dans chaque groupe
linguistique).
Vu la fragmentation politique et le nombre de partis à asso- Des négociations entre partis
cier, plusieurs coalitions peuvent généralement être formées et, sans conduisent alors à la formation
indication limpide et univoque des électeurs, les partis disposent d’une coalition.
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Au niveau fédéral, dans les jours qui suivent le scrutin, il appar- Le roi joue un rôle au niveau
tient au roi de désigner, sur la base des résultats électoraux, les per- fédéral mais pas dans les entités
sonnalités (informateur, formateur…) dont le rôle est de consulter fédérées.
les différents partis en vue de proposer ceux qui pourraient former
la nouvelle coalition gouvernementale, puis de mettre celle-ci sur
pied. Dans les entités fédérées, dès lors que le roi ne joue aucun rôle
dans le processus de formation des gouvernements, il est d’usage
que le parti qui arrive en tête prenne la main en vue de former le
nouveau gouvernement, mais il peut en aller autrement.
La négociation qui s’entame alors s’appuie bien entendu sur les De nombreuses variables inter-
résultats électoraux. Déterminants dans la distribution des cartes et viennent dans le déroulement de
dans le premier rapport de force entre les partenaires, ils s’inscrivent la négociation, la première étant
le résultat de l’élection.
cependant dans un cadre global et complexe intégrant de multiples
variables, dont notamment des discussions qui peuvent intervenir
dès avant le scrutin. À titre d’exemple, en 1999, la première par-
ticipation d’Écolo et d’Agalev aux gouvernements (tant au niveau
fédéral que régional et communautaire) était la conséquence de la
forte progression électorale de ces formations. Le « message » des
électeurs était clair et aucun parti n’imaginait constituer un exécutif
sans inviter au moins les partis verts à participer aux négociations.
De même, alors qu’à la veille des élections de 1987, les composantes
libérales et sociales-chrétiennes du gouvernement avaient annoncé
leur souhait de reconduire leur coalition, le vote des électeurs a eu
pour conséquence, du côté francophone, de rendre le PS « incontour-
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et après concertation, un troisième partenaire de coalition parmi
ces deux grands partis et lui ont imposé des éléments clés du futur
accord de gouvernement. Cela alors que, à eux deux, ils disposaient
de moins de sièges que le PS seul.
Le caractère proportionnel du mode de scrutin et l’ouverture du Scrutin proportionnel et ouver-
jeu politique qu’il engendre constituent donc un élément cardinal à ture du jeu politique vont de pair.
considérer lorsque l’on aborde la question de la négociation politique
belge. Ce n’est toutefois pas le seul.
La société belge est également marquée par des divisions pro- La société belge reste divisée par
fondes, qui s’expriment tant dans la structuration des organisations des clivages historiques.
sociales (mutualités, syndicats, organisations féminines…) que dans
les luttes politiques. Apparus dès le 19e siècle, ces clivages, qui
s’additionnent et s’entrecroisent, sont de nature philosophique (ou
religieuse), économique (ou de classe) et linguistique (et régionale) 25.
Ces clivages ont conduit à la structuration de la société belge Ils ont conduit à sa structuration
en différents « piliers » : chrétien, socialiste et, dans une moindre en différents piliers.
mesure, libéral. Un tissu associatif et politique s’est développé à
partir du 19e siècle dans ces trois ensembles idéologiques. Pour gérer
une société ainsi fragmentée et ses conflits de manière pacifique, la
négociation s’est avérée indispensable, favorisant le développement
Le clivage philosophique
Le clivage philosophique a opposé les partisans, libéraux d’abord, À l’origine, le clivage philoso-
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socialistes ensuite, d’une séparation nette de l’Église catholique et phique oppose les anticléricaux
de l’État (les anticléricaux) aux catholiques, qui préconisaient une aux catholiques.
intervention de l’Église dans la gestion politique de la société (les
cléricaux). L’un des symboles forts de ce premier clivage a été les
deux guerres scolaires qui ont marqué les deux derniers siècles et
qui ont finalement conduit à la conclusion du Pacte scolaire en 1958.
Trente ans après ce pacte, l’enseignement a été communauta- L’enseignement illustre les ten-
risé dans un contexte empreint d’une forte méfiance qui a abouti à sions au sein de ce clivage…
consacrer un certain nombre de principes dans la Constitution et à
instaurer, au sein des parlements communautaires, une procédure
dite de la sonnette d’alarme.
Les débats survenus au sein des institutions politiques de la … toujours à l’œuvre aujourd’hui,
Communauté française à propos de l’encadrement pédagogique particulièrement dans ce secteur
alternatif (EPA) et du cours de citoyenneté illustrent la persistance et dans celui de la santé.
du clivage philosophique dans la société belge, particulièrement au
sein du paysage de l’enseignement et de celui de la santé. Celui-ci
reste fortement marqué par la « pilarisation », qui se traduit par
l’existence de différents réseaux d’enseignement et d’institutions
hospitalières.
Le clivage économique
Le clivage économique naît de l’existence de différentes classes Le clivage économique est consé-
sociales, aux intérêts divergents, sinon opposés. Au 19e siècle, le cutif à l’existence de classes
Parti ouvrier belge a été créé pour défendre les intérêts de la classe sociales aux intérêts divergents.
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Le clivage économique ne s’est pas développé de manière uni- Les paysages politiques flamand
forme dans tout le pays et les paysages politiques flamand et franco- et francophone sont sensiblement
phone sont marqués par des différences de sensibilité qui présentent différents.
un caractère durable. Classiquement, la majorité des voix flamandes
est captée par des partis qui se situent au centre ou à droite du
paysage politique, et les personnalités et les partis qui incarnent
une sensibilité nationaliste flamande obtiennent souvent des scores
importants, tandis que le Parti socialiste est, sauf cas exception-
nel, celui qui obtient le plus de voix en Wallonie ; la situation
est plus partagée à Bruxelles. Au sein des trois familles politiques
traditionnelles, le parti francophone est généralement situé plus à
gauche (ou moins à droite) que son homologue flamand (le PS par
rapport au SP.A, le CDH par rapport au CD&V, le MR par rapport
à l’Open VLD). Ces différences de sensibilité jouent un rôle lors de
la formation d’un gouvernement fédéral qui, de ce fait, n’émerge
généralement qu’après une longue période de négociation.
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nomie accrue ou d’une indépendance de l’une ou l’autre composante crée deux types d’opposition…
de l’État aux partisans du maintien d’un État centralisé, ou à tout
le moins doté d’une structure fédérale forte. Mais le clivage com-
munautaire, tel qu’on le qualifie en Belgique, oppose également
entre eux les différents mouvements désireux de plus d’autonomie,
les intérêts des différentes communautés ou régions apparaissant
parfois comme divergents ou opposés. Ainsi, le FDF et la Volksunie
ont participé ensemble au gouvernement à la fin des années 1970,
afin de faire avancer des réformes institutionnelles qu’ils appelaient
tous deux de leurs vœux, et alors que l’un défend les intérêts des
francophones, tandis que l’autre défendait les intérêts flamands, ce
qui les a également souvent mis en opposition.
Les six réformes de l’État que la Belgique a connues depuis 1970 … et est à l ’origine des six
résultent clairement du clivage linguistique et régional. Toutes sont réformes de l’État.
le produit d’une confrontation entre différentes demandes, d’un rap-
port de force entre différents acteurs, arbitrés en fin de compte par
une négociation, parfois très longue.
La transformation de la Belgique en un État fédéral a conduit Des mécanismes ont été créés pour
à une large autonomie des Communautés et des Régions. Elle s’est protéger les minorités linguistiques.
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tuellement excepté ou le ministre-président excepté, le gouverne- des négociations politiques.
ment fédéral et celui de la Région de Bruxelles-Capitale comptent
un nombre identique de ministres francophones et de ministres
néerlandophones. Les secrétaires d’État (dont le nombre et la répar-
tition linguistique sont réglés par la loi en ce qui concerne le gou-
vernement bruxellois) ne sont pas inclus dans ce calcul. À Bruxelles,
il en va de même au sein du Collège réuni de la Commission com-
munautaire commune (la COCOM).
Au sein de chacune des deux assemblées du Parlement fédéral La « sonnette d’alarme » peut
et au sein du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, les être actionnée au sein des assem-
parlementaires sont répartis en deux groupes linguistiques. À cer- blées parlementaires fédérales et
régionale bruxelloise.
taines conditions, un groupe linguistique qui estime que les intérêts
d’une communauté linguistique ou d’une minorité idéologique et
philosophique sont menacés par un texte législatif en discussion à
l’assemblée peuvent suspendre pour un certain temps l’examen de
ce texte. La « sonnette d’alarme » doit être actionnée par le dépôt
d’une motion signée par au moins trois quarts des parlementaires
de ce groupe linguistique.
Tant à Bruxelles qu’au niveau fédéral, une communauté linguis- Cela empêche une communauté
tique ne peut donc pas imposer unilatéralement ses vues à l’autre, linguistique d’imposer ses vues
que ce soit au sein du pouvoir législatif ou au sein du pouvoir exécu- à l’autre. Des dispositifs existent
aussi au niveau des gouverne-
tif. Les décisions envisagées doivent donc faire l’objet d’un consensus
ments.
ou, au minimum, rallier une partie au moins des représentants de
chaque communauté linguistique.
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blée de la Commission communautaire française (la COCOF) adopte une même motion (9 mai
2008). Puis vient le tour du Parlement wallon (14 janvier 2009), et enfin celui du Parlement de
la Communauté germanophone (26 octobre 2009).
Au printemps 2010, les négociations institutionnelles sont dans l’impasse. Le 22 avril, les
libéraux flamands de l’Open VLD décident par conséquent de quitter le gouvernement fédéral,
entraînant la chute de celui-ci. Une semaine plus tard, les députés fédéraux néerlandophones
demandent la mise à l’agenda de la séance plénière de la Chambre de la proposition de loi scindant
BHV. Tous les députés fédéraux francophones membres d’un parti dit démocratique signent une
motion afin d’actionner la sonnette d’alarme, ce qui suspend à nouveau l’examen du texte de loi.
C’est finalement de manière négociée entre les francophones et les néerlandophones que sera
opérée la scission de la circonscription électorale de BHV. Cette négociation prévoit des compen-
sations pour les francophones. L’accord intervient le 14 septembre 2011, est inclus dans l’accord du
11 octobre relatif à la sixième réforme de l’État et est traduit en dispositions légales promulguées
le 19 juillet 2012.
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tions entre les différents niveaux de pouvoir.
Le mécanisme de la sonnette d’alarme n’est pas limité à la La « sonnette d’alarme » protège
protection des intérêts d’une communauté linguistique ou d’une également les intérêts des mino-
région. Il protège également les intérêts d’une minorité idéologique rités idéologiques ou philoso-
phiques.
ou philosophique. De même, le Pacte scolaire de 1958 et le Pacte
culturel de 1972 prévoient différentes garanties qui peuvent rendre
nécessaire une négociation ou influencer les paramètres de celle-ci.
Si la négociation politique implique une confrontation entre les Une fois l’accord de gouverne-
partenaires gouvernementaux, et l’existence d’un rapport de force ment conclu, le consensus est la
entre ceux-ci, cette négociation se déroule cependant entre des par- seule règle entre les partenaires
gouvernementaux…
tenaires qui se sont d’abord choisis et qui ont conclu une sorte de
contrat de mariage (l’accord de gouvernement) qui doit les réunir
pour la durée de la législature. Dès ce moment, mais seulement à
partir de ce moment, la règle du consensus prévaut. La négociation
est par conséquent l’unique mode de décision possible, et ce tant à
l’échelon fédéral que dans les entités fédérées.
Un constat s’impose toutefois : la négociation entre les membres … et la négociation l’unique
d’un gouvernement s’inscrit difficilement dans la définition clas- mode de décision.
sique de la négociation qui retient l’existence d’un différend. Non
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l’organe exécutif.
Cette coutume constitutionnelle est née dans un contexte lié La règle du consensus complète
au mode de scrutin proportionnel qui aboutit nécessairement à la les mécanismes de protection des
formation d’un gouvernement de coalition. Elle est également très minorités.
importante en raison de l’existence des différentes communautés
linguistiques. Dans ce cadre, la règle du consensus complète les
mécanismes de protection de la minorité.
Consensus et négociation occupent donc une place centrale en Chaque partenaire peut refuser
politique belge. Cela a des conséquences importantes sur le mode de ou bloquer une décision. Globa-
négociation qui prévaut dans les enceintes gouvernementales. Ainsi, liser la négociation de plusieurs
dossiers facilite la conclusion
chaque partenaire a le droit de refuser et de bloquer une décision.
d’un accord.
Y compris pour des raisons qui ne seraient pas liées au point qui
est en discussion, et ce même si cette décision porte sur un point
jugé essentiel par un autre membre du gouvernement. Bien souvent,
les partenaires d’une coalition recherchent des accords dont l’objet
dépasse le sujet premier qui a créé les difficultés entre les partenaires.
En mettant dans la balance plusieurs dossiers, y compris sans lien
apparent entre eux, les partenaires de coalition facilitent la conclu-
sion d’un accord : chacun obtient satisfaction sur l’un ou l’autre volet
de la négociation et la volonté d’aboutir à un accord global permet à
chacun de ne pas céder sur les points qu’il considère essentiels tout
en étant enclin à faire des concessions sur d’autres aspects. Enfin,
cette obligation de négociation empêche le recours aux autres modes
de résolution du différend (médiation, recours à la justice…).
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également être employée de manière plus ou moins consciente et
délibérée pour ne pas régler un dossier sans réelle intention d’y
revenir : on parle alors d’encommissionnement ou de mise au frigo.
Enfin, le gouvernement peut décider… de ne pas décider, et choisir
d’évacuer le dossier pour le restant de la législature. Bien entendu,
tous les dossiers ne se prêtent pas à ces stratégies d’évitement, cer-
tains requérant nécessairement une décision (tel le vote de la loi
contenant le budget des voies et moyens de l’État).
Sans que les acteurs s’en rendent toujours compte, la culture dont La culture des interlocuteurs
ils sont issus influence les modes et techniques de la négociation. La inf luence la négociation, en
place plus ou moins grande laissée aux émotions, la manière d’accé- particulier dans le domaine
international.
der aux informations ou l’importance des discussions préliminaires
peuvent ainsi avoir un impact sur la préparation et le déroulement
de la négociation 26. Ce n’est souvent que lorsqu’un négociateur
est confronté à une autre culture qu’il prend conscience de cette
influence, qui peut aboutir à ce que certaines techniques ou usages
habituels se révèlent inefficaces, voire contreproductifs. La connais-
sance de cet élément et, corollairement, la capacité de comprendre le
contexte culturel des autres acteurs, sont donc importants à maîtri-
ser, en particulier dans les négociations internationales 27.
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ci-dessus des dossiers dans une même négociation participe de ce
processus.
On pourrait a priori être tenté de penser que le monde politique Les négociations politiques
est régi par des négociations de type compétitives ou conflictuelles. sont-elles de type compétitif ou
Les médias relaient en effet quasi quotidiennement l’existence de conflictuel ?
divergences, parfois très importantes, entre certains partis membres
d’une coalition gouvernementale ou entre certains mandataires
politiques, qu’ils soient dans l’opposition ou dans la majorité.
Or tel n’est pas le cas. Ce qui caractérise la négociation conflic- La négociation de type conflic-
tuelle, c’est que les protagonistes sont prisonniers de leur inté- tuel est caractérisée par la pres-
rêt propre et ne craignent pas d’agir au détriment de leurs inter- sion et peut conduire à une situa-
tion ingérable.
locuteurs. Ce type de négociation est caractérisé par des phénomènes
de pression et il n’est pas rare que la situation devienne quasi ingé-
rable, tant une partie peut avoir le sentiment profond d’un irrespect
de la part de l’« adversaire ».
La règle du consensus, mais aussi le fait que d’importants acteurs Pour diverses raisons, les inter-
politiques sont des acteurs de premier plan durant de nombreuses locuteurs ont intérêt à ne pas
années ont pour conséquence que les principaux acteurs ne peuvent négocier sur un mode conflictuel.
pas imaginer réussir un « bon coup » – ou un « sale coup » – sans
songer en même temps aux conséquences potentiellement graves
de celui-ci sur l’avenir, dans la mesure où le partenaire ou l’adver-
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que les relations entre certains présidents de parti ou entre certains
ministres peuvent jouer un rôle dans le choix des coalitions retenues
pour former un gouvernement.
Au niveau francophone, par exemple, on sait que les relations Des exemples récents le montrent
personnelles entre Louis Michel, à l’époque président de la Fédéra- au niveau francophone.
tion PRL FDF MCC, et Philippe Busquin, alors président du PS,
étaient très bonnes. On ne peut évidemment pas résumer à ce seul
élément l’alliance que ces deux formations ont nouée en 1999 à tous
les niveaux de pouvoir. Mais il est clair que cela a été un élément
nécessaire pour que de telles coalitions se forment. L’inverse a sans
doute été vrai également quelques années plus tard. En 2009, les
bonnes relations entre Joëlle Milquet, présidente du CDH, et Elio
Di Rupo, président du PS, ont sans doute favorisé les accords entre
leurs partis pour former les gouvernements des entités fédérées, au
détriment d’ententes avec le MR, alors dirigé par Didier Reynders,
dont les relations étaient notoirement difficiles avec ses deux homo-
logues. La longévité des acteurs doit donc conduire les principaux
responsables politiques à ne jamais manquer de respect à un adver-
saire important ou à le mépriser.
Le système belge de consensus a tendance à pousser les acteurs Préserver de bonnes relations
politiques à préserver de bonnes relations car, même si celles-ci est une condition dictée par le
peuvent connaître de fortes tensions à certains moments clés, ces système de consensus.
acteurs savent qu’il est de leur intérêt, et surtout de celui de leur
parti, de renouer le dialogue et de respecter l’autre partie dès le
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nition, un contrat à durée déterminée. L’approche de la fin de la
législature et, donc, de son terme naturel nourrit dès lors les craintes
qu’après les élections, l’un des partenaires soit tenté par une autre
alliance. En outre, l’approche des élections conduit les différents par-
tis politiques à se concentrer davantage sur leur propre programme
et sur leur propre identité plutôt que sur le projet commun que
constituait l’accord d’un gouvernement déterminé dont le terme
est proche. La publication de sondages d’opinion peut aussi jouer
un rôle catalyseur dans l’attitude de certains partis, soit qu’ils se
sentent portés par eux, soit, au contraire, qu’ils les inquiètent et les
conduisent à affirmer plus fort les éléments qui les distinguent des
autres formations politiques.
Au-delà de ces éléments, il convient de ne jamais perdre de vue La négociation en politique com-
que l’essentiel de la négociation en politique démarre dans la foulée mence à la suite des élections.
des élections avec, tout d’abord, le choix des partenaires pressentis
pour former le nouveau gouvernement.
Lorsque ce choix est arrêté, il convient de négocier l’accord de Le choix des partenaires de la
gouvernement. Une fois celui-ci formé, les parties concernées ont coalition intervient en premier
presque l’obligation (malgré l’existence de la motion de méfiance lieu. Après, il s’agit de réussir et
de tenir jusqu’à la fin de la légis-
constructive 28) de réussir et de tenir jusqu’à la fin de la législa-
lature, le parti responsable de la
ture. Cette nécessité, renforcée au niveau des Communautés et des chute du gouvernement risquant
Régions (où des élections anticipées ne sont pas possibles), de faire d’être sanctionné électoralement.
tenir le gouvernement jusqu’à la date prévue pour les prochaines
élections tient notamment au fait que les partis redoutent généra-
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En d’autres termes, à ce stade, un partenaire de cette négociation
qui se montrerait intraitable peut encore relativement facilement
être remplacé par un autre.
Cette phase répond à une série de codes et de coutumes, qui Les codes et coutumes liés à cette
évoluent avec le temps et qui sont différentes au niveau fédéral phase de formation évoluent avec
(en particulier en raison du rôle qu’y joue le roi) et au niveau des le temps et varient selon le niveau
de pouvoir.
entités fédérées.
La préparation d’une négociation est sans conteste l’un des Une bonne préparation de la
éléments les plus importants. Un bon négociateur est avant tout négociation est essentielle.
celui qui consacre plus de temps que les autres à la préparation de
la négociation. La préparation d’une négociation ne consiste donc
certainement pas en une simple lecture des documents qui seront
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discutés, même si cela est évidemment nécessaire.
Le négociateur « performant » passe aussi plus de temps que les Préparer, c’est se mettre à la place
autres négociateurs à se mettre dans la situation des autres parties, des interlocuteurs et anticiper
pour appréhender et comprendre le mieux possible ce que ces der- leur position, leur attitude et leurs
réactions.
nières peuvent légitiment attendre de la négociation qui va débuter.
Dès la préparation de la négociation, il importe donc d’anticiper la
position, l’attitude et, si possible, les réactions de ses interlocuteurs.
Dans une coalition, c’est évidemment un processus dynamique Dans une coalition, la négocia-
d’enrichissement réciproque. Chacun des groupes de négociation tion est un processus d’enrichis-
(réunions intercabinets, réunions des chefs de cabinet, comité sement réciproque.
ministériel restreint et membres du gouvernement) constitue un
microcosme qui apprend rapidement à connaître et à maîtriser les
dossiers, ainsi qu’à se connaître de mieux en mieux sur un plan
plus personnel.
Pratiquement, les connaissances préalables permettent de gagner La connaissance mutuelle permet
du temps et d’amener la négociation sur les vrais enjeux et sur les une plus grande efficacité, une
objets précis qui doivent faire l’objet d’une tractation. Cette connais- perception des concessions pos-
sibles et la prise en compte des
sance mutuelle permet de ne pas se disperser dans la confirmation
attentes de l’autre.
d’évidences partagées ou dans l’opposition dure ou bornée sur des
sujets inconciliables mais secondaires. La connaissance de l’autre et
de ses antécédents, comme les manifestations d’empathie active,
débouchent aussi sur une perception plus fine des concessions aux-
quelles le partenaire est prêt. Inversement, connaître l’autre, c’est
aussi, dès le départ, le prendre en compte et respecter ses attentes.
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tériel, chargé de préparer une négociation intercabinets.
L’une des difficultés de la négociation politique, en particulier Les délais, souvent très courts,
dans le premier lieu de négociation qu’est la réunion intercabinets, constituent une difficulté de la
est que les délais dont on dispose sont souvent très courts. Il n’est négociation politique, en parti-
culier en intercabinets.
en effet pas rare qu’en application de l’arrêté de fonctionnement
du gouvernement, un délai strict de 48 heures sépare l’envoi des
documents qui constituent la base de la négociation et le démarrage
effectif de celle-ci.
Au-delà de son expertise et de sa connaissance propre des dos- Le négociateur doit pouvoir s’ap-
siers, le négociateur ministériel doit donc pouvoir s’appuyer sur un puyer sur un réseau d’experts et
réseau d’experts qu’il peut contacter facilement et qu’il peut mobi- de personnes ressources.
liser dans un délai très bref pour l’aider à cerner au mieux le projet
de réforme qu’il va être amené à négocier. Il doit aussi disposer de
personnes ressources dans le secteur concerné pour appréhender le
plus finement possible les réactions que le projet pourrait susciter
s’il devait aboutir.
La consultation de ce réseau est importante pour se forger une Consulter ce réseau permet de se
opinion, mais aussi pour ne pas devoir faire face, après la négocia- forger une opinion et d’éviter un
tion, à des réactions qui n’auraient pas été anticipées et qui pour- effet boomerang après la négo-
ciation.
raient conduire le ministre à devoir désavouer son collaborateur afin
de tenir compte du mécontentement des acteurs concernés.
Celui qui négocie en politique doit avant toute chose obtenir du Le négociateur doit disposer d’un
ministre qu’il représente une marge de manœuvre qui lui permette mandat.
de réellement négocier. Ce mandat est généralement obtenu du chef
de cabinet qui peut soit le donner immédiatement, soit, si le sujet
est délicat, le donner après s’être concerté avec son ministre.
L’idéal est de disposer d’un mandat dans le cadre duquel est fixé Le mandat idéal contient un pla-
un plafond – accessible de façon réaliste – et un plancher en dessous fond et un plancher et, entre les
duquel on ne peut descendre. En effet, si le mandat du collaborateur deux, la marge de négociation.
ministériel est impératif, il ne pourra pas réellement négocier et la
réunion intercabinets se limitera largement à un exercice dans le
cadre duquel chaque partie ne fera que se positionner. Sans marge,
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il n’y a tout simplement pas de négociation possible.
La précision de l’objectif est capitale. Il faut savoir quel est l’objet L’objectif doit être défini précisé-
de la négociation et quel est l’objectif poursuivi. Cet objectif doit ment, sans être trop rigide.
être précis, sans être trop rigide.
La tentation de certains négociateurs est de placer au départ Une entrée en matière avec des
des demandes maximales, de manière à produire, ensuite, une demandes disproportionnées
impression de concessions importantes. Cela étant, quand il s’agit n’est pas souhaitable.
d’un partenariat suivi – comme une coalition gouvernementale –,
le risque est souvent d’accréditer l’idée que les positions de départ
– en l’occurrence entre partis – sont très éloignées. Ce n’est pas une
technique à recommander. Un négociateur expérimenté ne sera pas
impressionné par le fait que la proposition de départ est inacceptable
et cette (mauvaise) technique aura pour effet de faire débuter la
négociation d’une manière tendue et de ralentir le processus déci-
sionnel. Une approche plus objective, plus rationnelle, avec une Une approche plus raisonnable
position de départ plus raisonnable, sera plus porteuse, même si est plus porteuse.
elle impliquera forcément une plus forte résistance aux concessions
puisque les négociateurs arriveront plus vite aux limites de ce qu’ils
sont prêts à négocier.
L’étape suivante est l’entame de la discussion du problème. C’est La discussion comprend quatre
la phase dans laquelle le négociateur « descend dans l’arène » pour moments.
entrer en interaction avec les autres acteurs de la négociation. Cette
phase peut être illustrée par le modèle OPEC (acronyme forgé sur
les mots anglais opening, positionning, exploring et closing).
Recherche Conclusion de
Ouverture Positionnement
de solutions l’accord
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Source : G. Cox, Negotiations. How to achieve win-win outcomes, op. cit., p. 37.
Le positionnement
La phase de positionnement est celle durant laquelle on peut Le positionnement de chaque
comprendre la position de chacune des parties. C’est durant cette partie, qui requiert une écoute
phase que se parachève la compréhension des objectifs de chacune, active.
cette pleine compréhension étant indispensable pour proposer des
solutions.
« Il faut écouter beaucoup et parler peu pour bien agir au gou-
vernement d’un État », écrivait Richelieu. L’erreur classique du
débutant est de se concentrer exclusivement sur ce qu’il pense devoir
dire lorsque l’autre aura fini de parler. En réalité, les moments où
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La recherche de solutions
Si l’on suit Machiavel, « en politique le choix est rarement entre La recherche d’une solution, qui
le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal ». Un peu requiert une attitude ouverte
moins sombre, Richelieu considérait que « les choses ne sont jamais et la capacité d’évoluer vers un
consensus…
si bonnes ni si mauvaises qu’on le croit ». Lorsque l’on recherche une
solution, il ne faut pas raisonner en termes de bien et de mal, de
bonnes ou de mauvaises solutions. Dès qu’on entre en négociation,
on doit sortir d’un raisonnement binaire ou manichéen. Il est impor-
tant d’avoir une attitude ouverte, de la présence d’esprit et d’être
capable d’évoluer vers un consensus sans se limiter à la recherche
d’une solution unique.
Cela implique à la fois une capacité de résumer ce qui s’est dit,
qui permet aussi de mettre en exergue ce qui réunit les parties. En
effet, une négociation « win-win » se construit sur la base de points
communs. Il y a toujours moyen de se concentrer sur eux, pour les
amplifier, plutôt que sur les points de divergence.
On identifie généralement quatre obstacles principaux qui … en évitant les obstacles à la
empêchent d’imaginer des solutions créatives permettant de recherche de solutions créatives.
résoudre un problème :
– les parties choisissent une solution trop tôt et ne considèrent
donc pas d’alternative ;
– elles ont tendance à limiter les options possibles pour essayer
de trouver une solution unique ;
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souvent amené à adopter une position plus neutre sur les ques- attitude plus neutre et émet des
tions conflictuelles et à se positionner comme celui qui recherche propositions pour parvenir à un
accord.
et propose des solutions pour parvenir à un accord. Au niveau des
gouvernements, ce rôle revient le plus souvent au primus inter pares
de l’exécutif (ou à son représentant), c’est-à-dire au Premier ministre
pour le gouvernement fédéral et au ministre-président au niveau
des entités fédérées, qui sont souvent appelés à prendre une position
« au-dessus de la mêlée ».
Afin de permettre au Premier ministre ou au ministre-président
d’exercer ce rôle de modérateur au sein de l’exécutif, le parti dont il
est issu désigne généralement, comme les autres partis qui forment
la coalition, un vice-Premier ministre (au niveau fédéral) ou un
vice-président (dans les entités fédérées) 30. Cela permet en effet une
répartition des rôles dans laquelle il appartient à celui-ci de défendre
clairement les priorités de sa formation politique, tout en permet-
tant au chef du gouvernement de prendre la hauteur nécessaire pour
pacifier les échanges et faciliter les arbitrages.
La conclusion de l’accord
Comme le précisait Talleyrand : « Si cela va sans dire, cela ira La finalisation de l’accord, qui
encore mieux en le disant. » La finalisation de l’accord requiert requiert sa formalisation.
que celui-ci soit formalisé. Il faut vérifier précisément que tous les
aspects ont été acceptés.
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Préparation de la négociation
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Discussion entre les parties
Ouverture des négociations – Posititonnement des parties – Recherche d’un compromis – Rédaction de l’accord
Réunion intercabinets
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rieur du processus de négociation, ils peuvent disposer d’un certain
recul par rapport aux discussions qui se sont déroulées à l’échelon
inférieur. Ce recul est un élément clé pour faire aboutir une négo-
ciation qui était, par définition, bloquée jusqu’alors.
Ce processus repose sur une distribution des tâches entre les
différents acteurs que sont le ministre, son chef de cabinet et ses
autres collaborateurs.
Cette répartition se fonde, d’abord, sur une unité d’objectifs. Il convient de distinguer les cabi-
Même si la taille des cabinets ministériels est souvent pointée du nets ministériels, qui défendent
doigt, elle s’est restreinte par rapport au passé. Ils conservent toute- une sensibilité politique, et l’ad-
ministration, qui défend l’impar-
fois un rôle important car une partie des fonctions qui y sont exer-
tialité et la continuité de l’État.
cées ne relèvent par définition pas du rôle de l’administration qui,
à la différence des cabinets qui défendent une sensibilité politique,
doit être la gardienne irréprochable de l’impartialité de l’État. Les
principaux membres des cabinets sont en interaction constante et
ils ont souvent participé à l’élaboration du programme de gou-
vernement. Ils sont donc d’emblée bien au fait des positions que
chaque parti a défendues et du compromis qui a été négocié et
consacré dans l’accord de gouvernement. Les objectifs sont donc
clairs et partagés.
Il est tout aussi clair que la décision politique en Belgique La décision finale incombe totale-
incombe pleinement et uniquement au responsable politique, même ment aux responsables politiques
s’il s’appuie sur le conseil de techniciens. Il suffit d’observer les (les ministres, voire les présidents
de parti).
rounds de négociation pour voir que la prise de décision s’effectue,
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niveau, le mandat est de défendre au plus près les positions de sa
formation, dans la volonté d’aboutir à un accord, mais avec une
marge de manœuvre limitée.
Ensuite, de cercle en cercle, la globalisation des dossiers aidant Quand les chefs de cabinet arri-
au besoin (voir le chapitre 1 dans cette partie), le débat gagne en vent à un accord, le point est
souplesse et le champ s’élargit, en vue d’arriver à un accord entre souvent adopté par le Conseil des
ministres sans nouveau débat.
chefs de cabinet, qui sont en relation directe avec leur ministre. Si le
processus aboutit, les points correspondants sont inscrits à l’ordre du
jour du Conseil des ministres, précédés de la lettre A. Un point A
est donc, en principe, un point dont la négociation a été menée à son
terme et que les ministres peuvent approuver sans rouvrir le débat.
Lorsque ce n’est pas le cas – on parle alors d’un point B –, Quand il n’y a pas d’accord,
la négociation reprend directement entre les ministres. Là encore, la la négociation reprend entre
démarche est la même. Il s’agit d’évacuer en amont tout ce qui est ministres.
consensuel ou plus ou moins facilement conciliable, afin de concen-
trer la négociation ministérielle sur les décisions politiques les plus
importantes ou les plus délicates.
Il y a donc bien répartition des rôles techniques, pratiques et Les rôles techniques, pratiques et
stratégiques. La tactique s’apparente parfois à la notion de jeu, et stratégiques sont répartis entre
de jeu de rôle, évoquée précédemment. On n’est alors pas loin de la des acteurs différents.
dialectique du bon et du mauvais policier dans laquelle le collabora-
teur rigide alterne avec le décideur ouvert au compromis… car ayant
le pouvoir d’y consentir. On passe ainsi des arbitrages spécifiques
– dont le nombre et l’importance sont loin d’être à négliger – à ce
Le point de départ
Hors le cas spécifique de la négociation d’un accord de gou- La négociation débute par une
vernement, la négociation politique débute généralement par une proposition de réforme d’un
proposition de réforme portée par un ministre dans le cadre des ministre.
compétences qui sont les siennes. Ce projet de réforme peut avoir
de nombreuses sources. Il peut s’agir d’une réforme qui figure dans
l’accord de gouvernement. Le projet vient alors concrétiser un accord
dont le principe se trouve, plus ou moins clairement, dans le texte
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fondateur qui unit les parties.
Il peut aussi s’agir d’un projet qui ne figure pas dans l’accord de Tous les projets des ministres
gouvernement mais qui est porté par le ministre qui le considère ne relèvent pas de l’accord de
comme nécessaire ou important – et ne contrevenant pas à l’esprit de gouvernement.
l’accord de gouvernement. Il peut s’agir d’un point du programme
politique de son parti ou d’une réforme préparée et discutée au
sein du cabinet du ministre concerné. Les motifs peuvent être liés à
l’actualité. Cet élément n’est pas à négliger dans la mesure où il est
fréquent que des réformes s’imposent à l’agenda politique à la suite
de l’apparition ou de la mise en évidence d’un problème précis ou
d’une problématique plus générale que le gouvernement se sent dans
l’obligation d’aborder. On dit fréquemment que l’accord de majo-
rité constitue la Bible – et, à tout le moins, la feuille de route – du
gouvernement, mais les législatures sont (en principe) longues et les
réalités tant politiques que socio-économiques ne cessent d’évoluer,
parfois à un rythme accéléré. Cela impose donc au gouvernement
d’adapter son agenda en conséquence.
L’exemple le plus marquant aura été l’émotion qui a submergé De nombreuses propositions
la Belgique entière dans le cadre de l’affaire Dutroux et la Marche liées à l’actualité ont été déposées
blanche qui s’en est suivie. Ces événements ont imposé au gouverne- ces dernières années.
ment fédéral de l’époque d’envisager une réforme des polices et une
réforme de la justice. D’autres exemples existent, notamment en lien
avec la lutte contre le terrorisme, la sécurité alimentaire (on pense
à la crise de la dioxine qui marqua la fin du dernier gouvernement
dirigé par Jean-Luc Dehaene), la sécurité sociale et les questions
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auprès de membres du gouvernement qui, selon leur sensibilité,
peuvent décider d’y faire écho.
Enfin, il peut arriver que l’initiative de la réforme émane direc- Parfois, ce sont les acteurs
tement des acteurs d’un secteur. Il peut s’agir tantôt d’une réelle d’un secteur qui prennent une
initiative d’intérêt général, tantôt, au contraire, d’une tentative initiative.
d’une corporation ou d’un secteur en vue de défendre des intérêts
catégoriels qui peuvent s’opposer à des intérêts légitimes d’autres
catégories.
Ainsi, la première tâche du négociateur est de bien comprendre Le négociateur doit bien com-
l’origine de la réforme et, en conséquence, les soutiens et les oppo- prendre l’origine de la réforme.
sitions extérieurs qu’elle suscitera.
La réunion intercabinets met en présence les experts de différents Les experts des différents ministres
ministres sur la matière concernée. se réunissent en intercabinets.
Le nombre de ministres fédéraux étant plus important que dans Au niveau fédéral, seuls les experts
les entités fédérées, il est de coutume que la réunion intercabinets de certains ministres participent
se limite aux experts des ministres qui ont une compétence fonc- aux intercabinets.
tionnelle de la matière, ainsi qu’à un représentant de chacun des
membres du gouvernement qui siègent au comité ministériel res-
treint (qui réunit le Premier ministre et les vice-Premiers ministres).
Au niveau fédéral, on utilise souvent le sigle néerlandais IKW (pour
interkabinetten werkgroep) pour parler d’une réunion intercabinets.
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pendant une même législature, les réunions intercabinets mettent
en présence, sur une matière déterminée, quasi systématiquement
les mêmes experts. Cela signifie que les personnes qui participent à
ces réunions ont généralement appris à se connaître et à se respecter.
Le résultat de la négociation à ce niveau est important. En effet, Si les experts trouvent un accord
lorsqu’un texte fait l’objet d’un accord dans le cadre d’une réunion par consensus, le point est ap-
intercabinets, et que celui-ci n’est pas remis ultérieurement en cause, prouvé par les ministres sans
nouveau débat.
le point qui a fait l’objet de cet accord peut faire l’objet d’une inscrip-
tion en A à l’ordre du jour du gouvernement. Cela signifie que, en
règle générale, il ne sera pas formellement débattu lors de la réunion
du gouvernement et qu’il sera donc automatiquement approuvé par
les ministres réunis en Conseil. Pour cela, il faut que les participants
à la réunion intercabinets atteignent un consensus, comme cela est
de mise pour prendre une décision au sein du gouvernement.
La négociation d’un accord dans les réunions intercabinets est L’échec de la négociation n’est pas
difficile dans la mesure où il s’agit du premier niveau de négocia- rare en intercabinets. Elle repren-
tion. En d’autres termes, l’échec de la négociation y est courant et dra alors au niveau supérieur.
largement admis. Cela ne crée naturellement pas le contexte idéal
pour inciter l’ensemble des participants à y présenter leur ultime
position de compromis. Il en va d’autant plus ainsi que, si elle
échoue, la négociation reprendra à l’échelon supérieur au départ des
concessions déjà faites par les uns et par les autres au niveau de la
réunion intercabinets. Les négociateurs peuvent dès lors être incités
à lâcher le moins de terrain possible.
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au sein de ce groupe dépend non seulement de son expertise et de
ses qualités de négociateur, mais aussi d’autres facteurs qu’il n’est
pas aisé de mesurer. Ainsi, si dans le cadre de dossiers négociés
antérieurement, un ministre n’a pas relayé au niveau du comité
ministériel restreint ou du Conseil des ministres la position de son
collaborateur, ce dernier se retrouvera immanquablement affaibli
lors des discussions ultérieures. Au niveau des réunions intercabi-
nets, l’expert ministériel a « du poids » s’il dispose de compétences
techniques et de bonnes qualités de négociateur, mais aussi s’il est
reconnu par ses pairs comme un collaborateur réellement écouté par
son chef de cabinet et par son ministre. Si le chef de cabinet et le
ministre ne relaient pas les positions qu’il prend, ou que – pire – ils
estiment utile de s’en distancier, le négociateur perd beaucoup de sa
crédibilité et de sa capacité de négociation ultérieure.
Il en va de même si le ministre, tout en relayant les positions de Un ministre gagne à défendre
son collaborateur, sort néanmoins souvent perdant des négociations ses collaborateurs et les positions
au niveau du Conseil des ministres. La force du ministre repose sou- qu’ils ont adoptées.
vent sur la force de son équipe… et réciproquement. C’est la raison
pour laquelle les ministres qui négocient le mieux ont généralement
parfaitement compris ce principe et veillent systématiquement, au
moins dans un premier temps, à défendre leurs collaborateurs et
les positions qu’ils ont adoptées, et ce même quand, au fond d’eux-
mêmes, ils n’y croient guère et ne les suivront pas jusqu’au bout.
Dans les entités fédérées, il est de tradition que l’ensemble des Dans les entités fédérées, les chefs
chefs de cabinet se réunissent chaque semaine la veille ou l’avant- de cabinet se réunissent chaque
veille de la réunion du gouvernement pour passer en revue l’ensemble semaine.
des points qui sont inscrits à l’ordre du jour du gouvernement.
Cette réunion hebdomadaire, désignée dans le jargon sous son Ils reviennent sur les textes qui
sigle néerlandais DAB (pour directeur algemeen beleid) a pour objec- n’ont pas abouti à un accord
tif, non seulement d’essayer de rapprocher les points de vue sur les en intercabinets et pointent les
divergences à trancher par les
textes qui n’ont pas fait l’objet d’un accord au niveau de la réu-
ministres.
nion intercabinets, mais aussi, d’une manière plus pragmatique, de
faire le point sur les divergences qu’il reste à trancher afin que les
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ministres puissent se concentrer sur des points clairement identifiés.
Généralement, cette réunion est précédée, dans chacun des Auparavant, une réunion prépa-
partis, d’une réunion préparatoire dans laquelle les chefs de cabinet ratoire a lieu au sein des partis.
des différents ministres d’une même formation se réunissent en pré-
sence d’un représentant du président de leur parti. C’est à l’occasion
de cette réunion que la stratégie commune des membres d’un même
parti est rappelée ou arrêtée.
L’organisation des travaux des chefs de cabinet est quelque peu Au niveau fédéral, les chefs de
différente au niveau fédéral. À l’instar de la composition différente tous les cabinets ne se réunissent
des réunions intercabinets, il n’existe pas ou peu de réunion plénière pas ensemble, ou rarement.
des chefs de cabinet fédéraux, de même qu’il n’y a souvent pas de
passage en revue systématique des points qui sont inscrits à l’ordre
du jour du Conseil des ministres.
Ce sont les chefs de cabinet du Premier ministre et des vice- Par contre, les chefs de cabinet
Premiers ministres qui se réunissent chaque semaine. Cette réunion du Premier ministre et des vice-
a pour objet d’examiner et de discuter les principaux points qui Premiers ministres tiennent des
réunions hebdomadaires.
posent des difficultés entre les partis qui composent la coalition
gouvernementale. Les points examinés peuvent être des points qui
sont inscrits à l’ordre du jour du Conseil des ministres de cette
semaine-là ou des points qui sont toujours en discussion au niveau
des réunions intercabinets.
Même si le chef de cabinet du ministre fonctionnellement Les chefs de cabinet d’un même
compétent pour le point qui est abordé participe aussi à la réunion parti dialoguent en permanence.
sur les points qui le concernent, il est important que les chefs de
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le respect de l’arrêté et de la circulaire relatifs au fonctionnement du des ministres…
gouvernement, de fixer l’ordre du jour du Conseil des ministres. Cette
tâche, a priori anodine et administrative, est en réalité importante
dans la mesure où elle permet d’influer sur l’agenda des discussions
qui constitue, bien souvent, un élément clé dans une négociation.
Il appartient aussi au secrétaire du gouvernement de notifier … et il notifie les décisions gou-
les décisions gouvernementales, c’est-à-dire d’écrire le contenu de vernementales.
la décision intervenue au Conseil des ministres dans un document
appelé notification. Souvent, l’accord au niveau du gouvernement
ne procède pas d’un processus formel et formalisé. Le contenu de
l’accord n’est donc pas forcément clair ou précis. Il n’est donc pas
toujours aisé de l’écrire formellement, et celui ou celle dont c’est la
tâche joue là un rôle qui peut être crucial dans les dossiers difficiles.
Le comité ministériel restreint est un organe informel. Au niveau Le comité ministériel restreint est
fédéral, il réunit le Premier ministre et les vice-Premiers ministres un organe informel…
auxquels, en fonction des thématiques discutées, sont associés un ou
plusieurs ministres fonctionnels. Dans les entités fédérées, suivant
la même logique, il est composé du ministre-président et des vice-
présidents du gouvernement concerné.
Dans les faits, au niveau fédéral, le comité ministériel restreint, … mais il constitue un lieu
communément appelé « kern », est un lieu de négociation majeur. majeur de négociation.
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et de secrétaires d’État. Cela conduit généralement à atteindre le
nombre maximal de quinze ministres fixé par la Constitution, et
à créer des postes de secrétaires d’État qui ne sont pas toujours
strictement indispensables si on se concentre uniquement sur les
besoins fonctionnels de la gestion d’un État de plus en plus fédéra-
lisé. Par conséquent, le pouvoir exécutif fédéral se compose géné-
ralement d’un groupe de quinze à vingt personnalités. Cette taille
est à l’évidence très grande, souvent trop pour pouvoir négocier
efficacement des sujets complexes.
En outre, la taille du Conseil des ministres ne favorise pas la La discrétion et la confidentialité
discrétion qu’il est nécessaire de garantir lorsqu’on négocie un sujet des négociations sont recherchées,
sensible. Dans les faits, il est certain que si la négociation devait d’où la tenue de comités ministé-
riels restreints au niveau fédéral.
associer les quinze à vingt membres du gouvernement, qui eux-
mêmes s’appuieraient sur leur cabinet, le nombre de personnes infor-
mées des négociations serait trop important pour espérer conserver
la confidentialité de celles-ci. Les discussions feraient quasi systé-
matiquement l’objet de fuites vers la presse, ce qui compliquerait
évidemment leur aboutissement. C’est aussi pour éviter cela qu’il
n’est pas rare que le comité ministériel restreint décide de se réunir
dans un lieu qu’il ne communique pas aux journalistes (même si
ce secret – suggestif en soi – ne tient jamais bien longtemps) ou
dans des enceintes dans lesquelles les journalistes ne sont pas admis.
Les réunions du comité ministériel restreint sont plus rares au La tenue de comités restreints est
niveau des entités fédérées. Cela s’explique par le fait que ces gou- rare dans les entités fédérées.
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la discussion d’un point au niveau du comité ministériel restreint
est une exception.
L’inscription d’un point à l’ordre du jour du gouvernement et Le gouvernement est le seul habi-
sa discussion dans cette enceinte est l’aboutissement du processus lité à prendre une décision.
de négociation. Le gouvernement est le seul organe officiel dans
le cadre de cette procédure. Il est donc le seul qui soit habilité à
prendre une décision à l’égard de laquelle il sera responsable, d’une
part, sur le plan juridique et, d’autre part, sur le plan politique.
Le gouvernement répond de sa responsabilité juridique devant Il en est responsable sur le plan
les cours et tribunaux (tant de l’ordre judiciaire que de l’ordre admi- juridique…
nistratif, tel le Conseil d’État).
Sur le plan politique, au-delà du fait que le gouvernement est … et sur le plan politique.
amené à rendre des comptes aux électeurs, informés notamment par
l’intermédiaire des médias, sa responsabilité est engagée devant la
Chambre des représentants, dans le cas du gouvernement fédéral, ou
de l’assemblée de la Région ou de la Communauté par laquelle il est
élu. À cette fin, une copie des décisions gouvernementales (les « noti-
fications ») est obligatoirement communiquée au parlement concerné
afin de lui permettre d’exercer son pouvoir de contrôle. Parallèlement
à cela, le contrôle du gouvernement par le parlement s’effectue aussi
via les questions parlementaires et par les interpellations.
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son ordre du jour en points A, c’est-à-dire qu’ils font l’objet d’une
approbation formelle sans aucun débat.
Ensuite, c’est au Conseil des ministres que se discutent les S’il n’y a pas eu d’accord en inter-
dossiers B, qui doivent encore faire l’objet d’un accord et, donc, cabinets ou entre chefs de cabinet,
d’une négociation. Dans ce cas, les ministres et, le cas échéant, les le dossier est discuté et négocié au
Conseil des ministres.
secrétaires d’État peuvent s’appuyer sur le travail de préparation
des dossiers et sur les premières négociations déjà intervenues aux
étapes précédentes, en particulier au niveau des réunions interca-
binets, qui font l’objet d’un procès-verbal reprenant les points qui
restent à trancher.
Dans la pratique, il n’est pas rare qu’un dossier sensible ne fasse Faute d’accord sur tous ses
pas d’emblée l’objet d’un accord au sein du gouvernement. Sou- aspects, un dossier peut être ré-
vent, certains points sont tranchés tandis que d’autres requièrent examiné avant d’aboutir une
nouvelle fois devant le Conseil
une prolongation des discussions. Ces points sont alors renvoyés
des ministres.
vers une réunion intercabinets ou, dans les cas les plus compliqués,
directement au niveau des chefs de cabinet ou du comité ministériel
restreint. Lorsque le dossier semble avoir suffisamment évolué, le
point est réinscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres afin
d’essayer d’aboutir à un accord. Il se peut également, comme on l’a
indiqué plus haut, qu’un dossier soit abandonné, faute d’accord entre
les partenaires de gouvernement.
Il est difficile de dresser le profil type du bon négociateur, des Certaines personnes disposent
qualités qu’il possède, de celles qui peuvent s’apprendre et de celles, naturellement de plus grandes
comme l’intuition, qui sont assez personnelles. Il est toutefois clair aptitudes que d’autres pour la
négociation.
que, spontanément, certaines personnes semblent disposer de plus
grandes aptitudes que d’autres pour la négociation.
Néanmoins, on peut tenter de cerner les grands principes de la
négociation de manière à indiquer ce qu’il convient de faire, ou au
contraire d’éviter, afin de réussir au mieux une négociation spécifique.
Il existe beaucoup d’ouvrages qui expliquent les qualités d’un La négociation est un mélange de
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bon négociateur. Plusieurs auteurs se demandent si la négociation science et d’art.
est une science ou un art. C’est probablement un mélange des deux.
Il faut cependant reconnaître que les éléments maîtrisables sont
beaucoup plus importants qu’on pourrait le penser.
Même si la maîtrise de la négociation est souvent acquise « sur Elle répond à des règles, à des
le tas », au fur et à mesure des expériences de chacun, ce serait techniques, à des méthodes.
évidemment une erreur de s’arrêter à cette constatation. La négocia-
tion répond en effet à des règles, à des techniques, à des méthodes.
Certains éléments sont constants, tandis que d’autres varient. Si la
maîtrise de la négociation est (trop) souvent acquise « sur le tas », au
fur et à mesure des expériences de chacun, il semble tout de même
possible d’apprendre certaines bases et de travailler certaines quali-
tés. Bien entendu, la négociation est aussi « un champ d’interactions
entre individus dotés d’affects et de valeurs. Elle offre de ce fait des
opportunités d’improvisation, de créativité et d’inspiration comme
c’est le cas pour la plupart des disciplines d’art » 31.
Préparer la négociation
L’élément le plus important est sans conteste l’étude du dossier La préparation de la négociation
et la préparation de la négociation. Le chapitre deux de la deuxième est l’élément le plus important.
partie expose de manière plus développée ce que cette préparation
implique.
Dans le cadre d’une négociation, faire preuve d’une réelle capa- Il importe de faire preuve de
cité d’écoute des autres intervenants est primordial afin de ne pas capacité d’écoute et d’éviter de
s’engager dans un dialogue de sourds. Monopoliser la parole peut monopoliser la parole.
à l’inverse empêcher les autres parties d’exposer leurs attentes et
compliquer l’obtention d’un consensus. Et ce, tout en leur donnant
éventuellement de précieuses informations sur la stratégie que l’on
entend jouer, au risque de voir cette stratégie trop vite percée et
déjouée.
D’autre part, prêter attention à la communication non verbale Il convient d’être attentif à la
des autres protagonistes peut s’avérer précieux. Cela permet en effet communication non verbale des
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souvent d’en apprendre beaucoup sur l’attitude et sur les attentes interlocuteurs.
des autres négociateurs. Aussi, au-delà des propos tenus par une
partie, la gestuelle, le regard et les expressions faciales d’un négocia-
teur peuvent fournir des informations importantes sur son degré de
sincérité ou de conviction. De ce point de vue, « le rôle du négo-
ciateur est d’apprécier la congruence entre ce qui est dit et la façon
dont les choses sont réellement formulées. C’est le domaine de la
“lecture comportementale” qui permet de déceler et décoder ce que
la partie adverse tente de dissimuler » 32.
Un négociateur ne doit jamais hésiter à poser des questions. Poser des questions présente une
Le fait de poser des questions présente une série d’avantages. Tout série d’avantages.
d’abord, cela permet d’éviter de se positionner sans avoir une
connaissance parfaite du dossier. Ensuite, cette attitude montre à
ses interlocuteurs qu’on se place dans un processus d’écoute et qu’on
essaie de comprendre leurs positions, ce qui est important pour eux.
Cela permet aussi, par la même occasion, de forcer l’autre partie à
s’exposer davantage, à fournir plus d’informations, à exposer une
réponse qui permet de mieux comprendre ses motivations. Dans le
même temps, cela place opportunément l’échange dans le champ du
débat rationnel. L’importance de poser des questions est soulignée
Pour mener à bien une négociation, le début des discussions est Une attitude d’ouverture intel-
un moment auquel il convient d’accorder de l’importance. C’est en lectuelle et personnelle est pro-
effet souvent à ce moment-là que se créent les premières impressions pice à développer un climat
serein.
et le climat de la négociation. Il faut essayer, dès le début, de définir
le style de dialogue que l’on souhaite établir pour la négociation à
venir. Cela passe par l’affirmation d’une attitude d’ouverture sur le
plan intellectuel et personnel, qui permet à l’autre partie d’évoluer
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dans un climat serein, dans lequel il est possible de comprendre
ses attentes.
Argumenter en ne retenant
que les meilleurs arguments
Dans la même logique, il convient d’exposer et de défendre sa L’argumentation doit être ration-
position en argumentant d’une manière rationnelle. Le choix des nelle et forte.
arguments compte et il faut garder à l’esprit que trois bons argu-
ments exposés seuls valent beaucoup plus que ces trois arguments
associés à d’autres plus faibles. En effet, l’énonciation d’un mauvais
argument offre une opportunité à l’autre partie de critiquer facile-
ment la position exprimée, quitte à user de mauvaise foi (c’est un
moyen presque classique parmi ce qu’on nomme dans le jargon de
« dirty tricks ») pour essayer de déstabiliser l’interlocuteur.
Savoir se taire
Dans une négociation, il faut s’assurer que l’on dispose d’un Le négociateur a intérêt à ne pas
maximum d’informations et, dans le même temps, veiller à ne trop parler.
pas en donner trop à l’autre partie qui pourrait alors obtenir de
nouveaux arguments susceptibles de l’aider dans la recherche d’un
résultat optimal pour elle. Il est par conséquent fondamental de ne
Bien souvent, lors de l’entame des négociations, les parties en De nouvelles informations ou
présence vont prendre connaissance d’une série d’éléments nouveaux, des contre-propositions peuvent
conduire à retourner vers la per-
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qu’il s’agisse d’informations techniques ou, plus généralement, des
sonne qui a donné le mandat au
arguments de l’autre partie, des besoins qu’elle exprime et de la posi-
négociateur.
tion qu’elle défend. De même, dans le cadre de cette première dis-
cussion ouverte, une série de contre-propositions vont être formulées.
Certains de ces éléments peuvent être différents de ceux auxquels le
négociateur avait pensé dans le cadre de la préparation de la négo-
ciation. Ces informations peuvent nécessiter un temps de digestion
ou de recherche et de vérification d’informations, qui permet aussi
de retourner vers la personne qui a donné le mandat de négociation
afin de réfléchir à une éventuelle évolution de la position à adopter.
Dans la pratique, il peut arriver que des négociateurs ne récla- Le fait de ne pas demander une
ment pas la suspension des négociations dont ils ont besoin pour pause peut conduire à devoir se
intégrer ces éléments nouveaux. Cela est le plus souvent dû à des fier exagérement à son intuition.
problèmes d’ego qui faussent le jugement en pensant que le fait de
demander un report pourrait être vu comme un signe de faiblesse,
ou à la pression exercée par l’autre partie pour forcer une prise de
position, voire un accord rapide. Vouloir précipiter les choses dans
ce genre de cas est une erreur qui peut conduire à l’adoption d’une
position sur la base d’informations qui ne sont pas correctement
analysées. On passe alors du champ de la négociation rationnelle pré-
parée à une phase dans laquelle l’intuition joue un rôle important.
Si l’intuition de certains négociateurs peut être remarquable, elle
demeure cependant éminemment subjective et ne peut donc certai-
nement pas constituer structurellement une base de décision solide.
Au cours de la discussion, le négociateur doit veiller à ce que La négociation doit évoluer pro-
la négociation évolue progressivement, par des avancées mutuelles gressivement avec des avancées
pour chacune des parties. L’important est de ne jamais penser qu’une pour chaque partie.
concession va a priori calmer les demandes de l’autre partie. Si un
négociateur cède trop rapidement sans obtenir une contrepartie,
il risque bien souvent d’uniquement ouvrir l’appétit de son inter-
locuteur et de se retrouver dans une situation dans laquelle il aura
à gérer une pression trop lourde. Inversement, donner le sentiment
à l’autre partie qu’aucune de ses demandes n’est prise en compte
alors qu’on engrange soi-même des victoires est aussi de nature à
compliquer fortement la conclusion de l’accord final.
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Maîtriser ses émotions
Le négociateur qui contrôle le mieux ses émotions est souvent Garder une parfaite maîtrise de
celui qui parvient à maîtriser la négociation 34. Pour mener une soi est fondamental.
négociation à bien, il est donc fondamental de garder une parfaite
maîtrise de soi. Cela implique de garder une certaine distance par
rapport à ce qui est discuté et de ne pas entrer dans une relation
d’agressivité personnelle ou de fragilité émotionnelle avec les autres
négociateurs. Cet écueil est fréquent dans la négociation politique.
Les négociateurs sont en effet des personnes très engagées sur le plan
idéologique et ils ressentent dès lors certaines concessions comme
un renoncement à leur engagement.
Il n’en reste pas moins vrai qu’une négociation n’est pas un simple Il existe toutefois un lien entre
échange d’arguments exposés à distance ou d’une manière froide et émotions, créativité et processus
toujours rationnelle. Plusieurs études ont ainsi mis en évidence le décisionnels.
lien qui existe entre les émotions, la créativité et les processus déci-
sionnels 35. Dans le cadre de la préparation d’une négociation, chaque
négociateur doit être conscient de cette dimension, et notamment
connaître ses propres sensibilités afin d’être préparé à répondre au
mieux à une situation à laquelle il pourrait être confronté afin de
ne pas se laisser emporter d’une manière irrationnelle.
À l’entame d’une négociation, la question se pose souvent, d’une Pendre en charge la rédaction des
manière implicite ou explicite, de savoir qui rédige le document qui comptes rendus de la négociation
reflètera l’évolution des discussions. Il peut être opportun de prendre présente des avantages.
en charge ce rôle qui présente plusieurs avantages. En effet, cette
fonction permet de faire avancer une négociation en assurant que
le processus est structuré et précis. Cela permet aussi d’influencer le
climat de la négociation dans la mesure où, si ce travail est effectué
avec précision et bonne foi, il est reconnu par tous et participe au
climat de confiance. En outre, cela évite que ce rôle soit assuré par
un autre acteur qui, s’il devait le faire d’une manière partisane,
risque d’ajouter des éléments non convenus ou de rédiger les accords
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d’une manière qui ne les reflète pas avec la précision suffisante. Dans
ce cas, cela contraint les autres parties à revenir systématiquement
sur les points convenus, sans compter la méfiance qu’il est alors
toujours nécessaire de conserver tout au long du processus. Ce type
de situations, qui apparaît souvent dans la pratique, peut être aga-
çant et constituer une source de perte de temps, voire de blocage
dans le cadre d’une négociation complexe. En assurant ce rôle, il
est possible de contrôler ce risque et de contribuer activement à la
réussite de la négociation. Il faut toutefois éviter, en assumant cette
fonction, de se cantonner au rôle de script et d’être ainsi empêché de
développer ses propres arguments et de défendre son point de vue.
Au-delà des principes de négociation qui viennent d’être énon- Un consei l ler politique est
cés, certaines qualités spécifiques sont requises pour être un bon d’abord choisi pour son exper-
négociateur politique. Il est rare qu’un conseiller politique soit choisi tise et pour son attachement aux
valeurs défendues par le ministre
au départ en raison de ses qualités de négociateur. On l’est en effet
pour lequel il travaille.
plutôt en raison de l’expertise dont on peut se prévaloir et de son
attachement sincère aux valeurs qui sont défendues par un parti et
par ses mandataires (notamment les ministres).
Si les cabinets ministériels sont donc composés avant tout de Ces techniciens sont appelés à
techniciens, ceux-ci sont cependant appelés à développer des qualités développer des qualités de négo-
de négociateur, par l’expérience et avec une marge de manœuvre ciateur.
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lui sont soumis. Il doit aussi disposer d’un excellent réseau d’experts
qui peuvent en permanence le conseiller et l’aider à comprendre
les données les plus compliquées ou l’aider à imaginer des positions
de compromis.
Dans l’univers politique, les décisions portent directement sur Un bon négociateur est donc
la situation des citoyens et sur les deniers publics. On ne peut dès souvent un technicien de qualité
lors pas se permettre l’approximation dans les décisions : un bon ayant un « sens politique ».
négociateur est donc souvent un technicien de qualité ayant de
surcroît ce qu’on appelle un « sens politique ». Cette notion de
« sens politique » est difficile à définir même si, dans la pratique,
on repère rapidement ceux qui n’en disposent pas. Pour essayer de
la cerner, on pourrait dire que celui qui la possède est celui qui,
au-delà de sa compétence et de son analyse technique, a d’emblée la
capacité d’analyser le projet dans un contexte plus large. Cela passe
notamment par :
– une compréhension du rapport de force politique, tant d’une
manière générale qu’à chacun des moments particuliers de la
vie d’une coalition gouvernementale, c’est-à-dire tant dans le
contexte général des relations entre les partis de la coalition
qu’en lien avec l’état d’avancement des priorités des uns et
des autres ;
– une connaissance non seulement des acteurs directs de la
négociation, mais aussi des acteurs qui pourraient l’influencer
ou la faire évoluer de l’extérieur ;
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débats et les prises de position au parlement, au travers des
articles de presse…
On le voit, à côté de la maîtrise des principes importants de la
négociation, être un bon négociateur requiert une connaissance fine
du microcosme au sein duquel la négociation se déroule.
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groupes sociaux divers, aux idées différentes et comme entre deux élections.
défendant des intérêts qui peuvent être divergents, Outre le mode de scrutin, l’importance de
voire antagoniques. la négociation dans la vie politique belge est
Les pouvoirs publics sont amenés à prendre des due à la persistance de clivages majeurs qui
décisions qui doivent tenir compte de cette diver- caractérisent la société, en particulier sur le plan
sité et qui ont des effets sur certains de ces groupes philosophique, socio-économique et linguistique.
et de ces intérêts. Parlements et gouvernements Assurer à long terme la coexistence pacifique de
sont eux-mêmes composés de membres apparte- groupes qui s’opposent fortement sur ces lignes
nant à des partis politiques, qui représentent des de fracture requiert des négociations à différents
citoyens aux idées et aux intérêts très différents. niveaux, non seulement entre acteurs politiques,
Afin d’assurer la coexistence pacifique de ces comme ce Dossier s’est attaché à le montrer, mais
groupes et de ces intérêts, et d’éviter une tension également entre ceux-ci et les organisations de la
sociale ou politique permanente ou s’exprimant société dite civile, ou entre ces organisations elles-
par la violence, le recours à la négociation est fon- mêmes, tels les groupes de pression (mutualités et
damental. En Belgique, le recours à la négocia- syndicats de professions médicales, organisations
tion s’impose d’autant plus que l’emploi du scru- patronales et syndicales…), dont les négociations
tin proportionnel et la fragmentation du paysage et les accords peuvent fortement marquer la déci-
politique contraignent les partis à rechercher, dans sion politique ou être transposés telles quelles dans
la foulée des élections, des partenaires avec les- le droit. En Belgique, traditionnellement, la négo-
quels négocier un programme de gouvernement. ciation dépasse donc le strict cadre politique, et
Ce programme commun doit être le résultat d’un beaucoup de négociations n’impliquant pas, ou pas
équilibre et d’un compromis entre les idées et les seulement, des acteurs politiques ont des implica-
positions défendues par les différents partis qui tions politiques majeures.
s’accordent pour gouverner ensemble, sur la base La Belgique se caractérise aussi par une assez
d’une majorité parlementaire. Tout au long de la grande longévité des acteurs politiques. Qu’il
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– le lendemain ou plusieurs années plus tard – des principes fondamentaux de fonctionnement.
pour une autre négociation) et se déroule avec un On rencontre bien sûr de petites entorses et de
nombre limité d’acteurs. De ce fait, en politique grandes trahisons, mais leurs conséquences sont
belge, les principaux intervenants ne peuvent vécues comme suffisamment graves pour qu’elles ne
guère imaginer « réussir un coup » sans réfléchir deviennent jamais une pratique commune ou ano-
en même temps à ses conséquences potentielles, dine. Plus largement, la négociation politique en
dans la mesure où le partenaire ou l’adversaire d’un Belgique repose en bonne partie sur le respect des
jour sera sans doute toujours celui avec lequel on partenaires. L’exigence d’un consensus pour avancer
pourrait avoir besoin de créer des liens, voire une fait en sorte que prévaut ce qu’on a identifié sous
nouvelle alliance un autre jour. En d’autres termes, l’appellation de négociation coopérative, par opposi-
vouloir imposer une défaite cuisante, a fortiori une tion à la négociation compétitive. Cela signifie qu’il
humiliation, se paierait chèrement dans un avenir s’agit d’une négociation dans le cadre de laquelle les
plus ou moins proche, au même titre qu’une vic- parties recherchent une solution « win-win ».
toire acquise par des procédés déloyaux. C’est pour Il ne faudrait pas en déduire que la négociation
cela que les relations entre les principaux respon- politique ressemblerait à un idéal où chacun essaie
sables politiques s’envisagent souvent par-delà un de comprendre l’autre. S’il existe certes une obli-
rapport majorité-opposition toujours réversible. gation de rechercher le consensus, l’autre aspect
Pourtant, les déclarations verbalement fortes, de la réalité est que la négociation repose toujours
dures, voire assassines ou violentes, ou les concep- sur le rapport de force, en particulier celui issu
tions cyniques (« la fin justifie les moyens ») entre- des élections. Il ne faut pas y voir un problème,
tiennent le mythe d’un pouvoir arc-bouté sur les mais plutôt l’indication que, par cette attitude, les
manœuvres occultes et les coups de Jarnac… En partis essaient de défendre au mieux leurs valeurs
réalité, elles ne correspondent qu’à une facette, et le choix des personnes qui, par leur vote, leur
limitée, de la pratique politique belge de realpolitik ont exprimé leur confiance.
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qui accouchent d’accords dont on peut craindre la remise en question d’un élément risque de
qu’ils soient le résultat de l’usure physique d’une compromettre tout l’équilibre et ses bénéfices. Au
partie rendant les armes par épuisement. Ce n’est fond, le plus extraordinaire est que, en général,
en réalité pas le cas, et il est parfois bel et bien cela marche ou que, du moins, dans la pratique,
nécessaire de passer par une telle négociation on se débrouille pour que cela marche.
marathon pour aboutir, comme l’explique l’ancien Ce processus ne présente évidemment pas
ministre et ancien commissaire européen Louis que des avantages. On peut en pointer deux
Michel : « Segmenter une négociation revient à défauts. D’une part, puisque la décision est
prendre le risque de perdre en dix minutes ce que souvent complexe (complexifiée, même, parfois),
l’on a engrangé durant dix heures. On dit qu’il son résultat perd en lisibilité pour le grand public.
faut battre le fer tant qu’il est chaud. C’est aussi D’autre part, la communication de la décision
valable en politique. » 36 peut tendre à la caricature car chaque ministre ou
Pour en arriver là, plusieurs éléments sont chaque parti met en avant des aspects différents
généralement mis en œuvre, voire mis en scène. de l’accord conclu et tous affirment avoir gagné
D’abord, le compromis est souvent précédé d’un – ce qui, par définition, n’est que partiellement
psychodrame, d’une phase de dramatisation. On vrai pour chacun.
crée une histoire dans laquelle l’échec est vrai- En revanche, cette manière de procéder présente
semblable et serait grave. L’histoire politique belge aussi un avantage qui ne doit certainement pas être
regorge de ce type de situations, liées notamment sous-estimé. Via ce processus, et en raison de cette
aux tensions communautaires ou aux consé- nécessité de dégager un consensus entre plusieurs
quences d’une non-gestion d’un dossier aux enjeux partis différents, on aboutit à des décisions moins
économiques importants. Dans l’histoire politique partisanes, qui intègrent un plus grand nombre
récente, la formation du gouvernement Di Rupo d’intérêts. Cela permet d’édicter des règles plus
(qui a finalement émergé après une période de consensuelles et donc, en principe, plus durables.
1 12
D. Anzieu, en préface de H. Touzard, La médiation L. Bellenger, La négociation, Paris, PUF, 2015,
et la résolution des conflits, Paris, PUF, 1977. p. 25.
2 13
Voir notamment R. Bourque, « Négocier est un S. Weiss, C. Marjollet, C. Bouquet, « Perspec-
métier, un vrai métier, et cela s’apprend ! », entretien tive d’analyse en négociation. L’alliance Renault-
avec C. Rioux, Négociations, n° 17, 2012, p. 101-121. Nissan », Revue française de gestion, n° 153, 2004,
À l’inverse, aux États-Unis par exemple, l’enseigne- p. 211-234.
14
ment de la négociation a démarré dès le début des Pour une référence à ce modèle et les évolutions
années 1950 et a connu un réel développement au ultérieures, voir notamment J.-C. Rochet, « Théo-
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début des années 1980. Voir L. Bobot, « Méthodes rie de la négociation : une sélection de quelques
d’enseignement de la négociation », Négociations, résultats récents », Annales d’économie et de statistique,
n° 12, 2009, p. 257-273. n° 12, 1988, p. 2 et s.
3 15
Sur cette notion, voir notamment la définition rete- La première expérience du dilemme du prisonnier
nue par Jean Gandois dans son livre Mission Acier : a été réalisée en 1950 par Melvin Dresher et Merill
mon aventure belge, Gembloux, Duculot, 1986, Flood, qui travaillaient alors pour la RAND Cor-
p. 125-126. poration. Par la suite, Albert W. Tucker la présenta
4
F. Walder, Saint-Germain ou la négociation, Paris, sous la forme du scénario qui a été reproduit dans
Gallimard, 2014 (1re éd. 1958), p. 11-12. cette contribution.
5 16
C. Thuderoz, « Régimes et registres de négocia- S. Hargreaves-Heap, Y. Varoufakis, Game theory:
tions », Négociations, n° 12, 2009, p. 107 et s. a Critical Introduction, Londres/New York, Routledge,
6
Voir notamment C. Kerbrat-Orecchioni, 2004.
17
« Négocier la notion de négociation », Négociations, Voir notamment l’article de J.-C. Pereau, « Ariel
n° 17, 2012, p. 87-99. Rubinstein : le maître de négociation », Négociations,
7
Sur ce sujet, voir notamment P. Audebert- n° 17, 2012, p. 9-16.
18
Lasrochas, « Comment différencier négociation et L. Bellenger, La négociation, op. cit., p. 22.
19
vente », Revue française de gestion, n° 153, 2004, S. Demoulin, P. Namotte, « Négociations au
p. 141 et s. long cours », L’Écho, 2 avril 2015.
8 20
M. Mery, Manuel de négociation complexe, Paris, L. Bellenger, La négociation, op. cit., p. 50-51.
21
Eyrolles, 2015, p. 2. Ibidem, p. 54.
9 22
C. Thuderoz, « Régimes et registres de négocia- C. Heckscher, « Il existe un autre type de négo-
tions », op. cit., p. 108 et s. ciations : quand les parties essaient d’envisager col-
10
C. Kerbrat-Orecchioni, « Négocier la notion de lectivement un objectif qu’elles souhaitent atteindre
négociation », op. cit., p. 92. ensemble », Négociations, n° 23, 2015, p. 23-28.
11 23
L. Fillietaz, « Négociation langagière et prise Notons que, de l’avis unanime des constitution-
de décision dans le travail collectif », Négociations, nalistes, cette consultation était et reste, dans l’état
n° 3, 2005, p. 31 et s. L’auteur y décrit ce qu’il actuel de la Constitution, inconstitutionnelle.
24
appelle le modèle de la négociation comme struc- Les conflits socio-politiques qui ont causé le
ture conversationnelle. plus grand nombre de victimes en Belgique
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d’entre nous travaillent sur ce sujet », Négociations, sement contrôlée (telle une poussée de colère), à un
n° 23, 2015, p. 13-15. Voir aussi J. W. Salacuse, moment choisi et opportun, peut parfois être efficace
« Negociating: The Top Ten Ways that Culture Can pour marquer un point, cela peut aussi complète-
Affect Your Negociation », Ivey Business Journal, ment se retourner contre celui qui y recourt et lui
septembre-octobre 2004 ; J. Y. Ramirez-Marin, coûter sa crédibilité et, finalement, porter atteinte
J. Brett, « Relational Construal in Negotiation: à sa capacité de négociation. C’est donc une carte
Propositions and Examples from Latin and Anglo dangereuse à jouer et elle ne doit pas être utilisée,
Cultures », s.l.n.d. sauf par celui qui serait tout à fait confiant quant à
28
Une motion de méfiance constructive est un texte, l’effet que cela aura ».
35
adopté par la majorité des membres d’une assemblée, Sur ce sujet, voir notamment K. Leary, J. Pillemer,
par lequel ceux-ci retirent leur confiance à l’exécutif M. Wheeler, « Negotiating with Emotion, High-
sur lequel cette assemblée exerce un contrôle poli- stakes deal making is fraught with feeling. Shoud we
tique (par exemple, le conseil communal par rapport really ignore that », Harvard Business Review, janvier-
au collège, ou le parlement par rapport au gouver- février 2013, p. 96 et s.
36
nement) et qui, dans le même temps, propose la Interview dans Le Soir, 14 juillet 2015.
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Heckscher C., « Il existe un autre type de négociations : quand les parties essaient d’envisager
collectivement un objectif qu’elles souhaitent atteindre ensemble », Négociations, n° 23, 2015, p. 23-28.
Lijphart A., « La négociation dans les démocraties majoritaires et de consensus », Négociations, n° 21,
2014, p. 13-19.
Lijphart A., Patterns of Democracy: Government Forms and Performance in Thirty-Six Countries, New Haven,
Yale University Press, 2012.
Mery M, Manuel de négociation complexe, Paris, Eyrolles, 2015.
Mongeau P., Tremblay J., L’impact maximum. Être meilleur en réunion, Paris, Maxima, 1991.
Romano S., L’ordre juridique, Paris, Dalloz, 1975.
Uyttendaele M., Regards sur un système institutionnel paradoxal. Précis de Droit public belge, Bruxelles,
Bruylant, 1997.
Vivet E. (dir.), Négociations d’hier, leçons pour aujourd’hui, Bruxelles, Larcier, 2014.
Walder F., Saint-Germain ou la négociation, Paris, Gallimard, 1958.
Comité ministériel restreint, « Comire » ou « kern » : organe informel qui réunit les principaux
ministres d’une coalition gouvernementale. Au niveau fédéral, il est communément appelé le « kern »
et réunit le Premier ministre et les vice-Premiers ministres auxquels, en fonction des thématiques
discutées, un ou plusieurs ministres fonctionnels sont associés. Dans les entités fédérées, suivant la
même logique, il est composé du ministre-président et des vice-présidents du gouvernement concerné
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et il est alors appelé le « Comire ». Si le « kern » est un lieu de négociation majeur, où sont menées les
négociations les plus délicates, c’est moins le cas au niveau des entités fédérées, au sein desquelles les
réunions du comité ministériel restreint sont plus rares.
Consensus (règle du) : dans les démocraties reposant sur un scrutin proportionnel, les décisions prises
au niveau du pouvoir exécutif doivent reposer sur un accord de l’ensemble des membres du gouverne-
ment. À la différence de la règle de l’unanimité, un consensus ne requiert pas une approbation forma-
lisée. Le consensus peut être tacite et ne requiert pas un vote préalable ou une délibération particulière.
Dilemme du prisonnier : en théorie des jeux, le dilemme du prisonnier caractérise une situation où
deux joueurs auraient intérêt à coopérer mais où, en l’absence de communication et de confiance entre
les deux joueurs, chacun choisira de trahir l’autre si le jeu n’est joué qu’une fois. La raison est que si
l’un coopère et que l’autre trahit, le coopérateur est fortement pénalisé.
Intercabinets, « IC » ou « IKW » : une réunion intercabinets met en présence les experts des diffé-
rents ministres sur une matière concernée. Il s’agit du premier échelon de négociation dans le cadre de
la préparation d’une décision qui doit être soumise à l’approbation du gouvernement. IKW est le sigle
néerlandais de interkabinetten werkgroep.
« Lose-lose » ou « perdant-perdant » : résultat d’une négocation dans laquelle le résultat final mini-
mise l’intérêt de chacune des parties et dans laquelle chacune de celles-ci sort perdante de la négociation.
C’est l’inverse d’une négociation « win-win » ou « gagnant-gagnant ».
Négociation compétitive (ou conflictuelle) : mode de négociation dans lequel le négociateur est dans
une logique de type « win-lose », chaque partie recherchant un gain maximal immédiat qui corresponde
à une perte équivalente pour l’autre partie. La négociation compétitive se caractérise par l’existence
d’une compétition et d’une méfiance entre les protagonistes, qui se perçoivent comme des adversaires.
Négociation coopérative (ou intégrative) : mode de négociation dans lequel les parties se mettent
dans un état d’esprit qui permet de créer un certain degré de confiance entre elles et une forme de
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cabinet est sollicité. Au niveau fédéral, cette réunion rassemble les chefs de cabinet des ministres qui
sont membres du kern. DAB est le sigle néerlandais de directeur algemeen beleid.
Secrétaire du gouvernement : personne désignée par le gouvernement pour assurer son secrétariat.
Cela implique notamment d’arrêter les ordres du jour du gouvernement, ainsi que les notifications des
décisions prises par ce dernier. À cette fin, le secrétaire du gouvernement assiste aux réunions sans
participer aux délibérations. Le plus souvent, le secrétaire du gouvernement est le chef de cabinet du
chef de la coalition (c’est-à-dire le Premier ministre ou le ministre-président).
Scrutin majoritaire : mode de scrutin dans lequel sont élus le ou les candidats qui obtiennent le plus
grand nombre de suffrages. Dans un scrutin majoritaire à un tour, la majorité relative des suffrages
exprimés suffit à l’emporter. Dans un scrutin majoritaire à deux tours, la majorité absolue est nécessaire
pour être élu dès le premier tour et, à défaut, une majorité relative des suffrages suffit lors du second
tour.
Scrutin proportionnel : mode de scrutin qui vise à donner à chaque liste un nombre de sièges pro-
portionnel au total des voix exprimées dans la circonscription électorale considérée.
Sonnette d’alarme : mécanisme permettant de suspendre l’adoption d’une législation portant atteinte
aux intérêts d’une communauté linguistique ou d’une minorité idéologique et philosophique. Un groupe
linguistique de la Chambre des représentants, du Sénat ou du Parlement de la Région de Bruxelles-
Capitale peut ainsi interrompre la procédure parlementaire pour provoquer une phase de négociation
gouvernementale lorsque ce groupe estime que les dispositions du texte à l’examen sont de nature à
porter gravement atteinte aux intérêts d’une communauté. Une procédure similaire existe dans les
parlements des Communautés dans l’objectif de protéger les sensibilités philosophiques.
« Win-win » ou « gagnant-gagnant » : résultat d’une négocation dans laquelle chaque inter-
locuteur obtient une partie de ce qu’il recherche. Un tel résultat est atteint par le fait que chaque partie
se préoccupe aussi de l’intérêt de l’autre partie en recherchant un accord qui augmente les gains
de chacun.