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Refroidissement d'atomes par laser

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Atomes refroidis par laser : du refroidissement sub-recul

à la recherche d’effets quantiques collectifs


Olivier Morice

To cite this version:


Olivier Morice. Atomes refroidis par laser : du refroidissement sub-recul à la recherche d’effets quan-
tiques collectifs. Physique Atomique [physics.atom-ph]. Université Pierre et Marie Curie - Paris VI,
1995. Français. �NNT : �. �tel-00011902v1�

HAL Id: tel-00011902


https://theses.hal.science/tel-00011902v1
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DÉPARTEMENT DE PHYSIQUE
DE L’ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE

THÈSE DE DOCTORAT DE L’UNIVERSITÉ PARIS VI

spécialité: Physique Quantique

présentée par
Olivier MORICE

pour obtenir le titre de


Docteur de l’Université Paris VI

Sujet de la thèse :
ATOMES REFROIDIS PAR LASER:
DU REFROIDISSEMENT SUB-RECUL À LA
RECHERCHE D’EFFETS QUANTIQUES COLLECTIFS

Soutenue le 19 décembre 1995 devant le jury composé par :

MM. Claude COHEN-TANNOUDJI Président


Christian BORDÉ Rapporteur
Maciej LEWENSTEIN Rapporteur
Jean-Yves COURTOIS Examinateur
Christian MINIATURA Examinateur
Jean-Michel RAIMOND Examinateur
Jean DALIBARD Directeur de Thèse
DÉPARTEMENT DE PHYSIQUE
DE L’ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE

THÈSE DE DOCTORAT DE L’UNIVERSITÉ PARIS VI


spécialité : Physique Quantique

présentée par
Olivier MORICE

pour obtenir le titre de


Docteur de l’Université Paris VI

Sujet de la thèse :
ATOMES REFROIDIS PAR LASER :
DU REFROIDISSEMENT SUB-RECUL À LA
RECHERCHE D’EFFETS QUANTIQUES COLLECTIFS

Soutenue le 19 décembre 1995 devant le jury composé par :

MM. Claude COHEN-TANNOUDJI Président


Christian BORDÉ Rapporteur
Maciej LEWENSTEIN Rapporteur
Jean-Yves COURTOIS Examinateur
Christian MINIATURA Examinateur
Jean-Michel RAIMOND Examinateur
Jean DALIBARD Directeur de Thèse
2
Remerciements

TRAVAIL a été réalisé Laboratoire Kastler Brossel (anciennement Labo-


au

CE ratoire de Spectroscopie Hertzienne de l’Ecole Normale Supérieure). Aussi


je tiens à remercier en tout premier lieu ses directeurs successifs, Jacques Dupont-
Roc et Michèle Leduc, qui m’y ont accueilli et qui m’ont fait bénéficier de condi-
tions de recherche exceptionnelles.
Je voudrais remercier Claude Cohen-Tannoudji de m’avoir accepté dans son
équipe, à laquelle il a su donner à la fois un niveau scientifique exceptionnel et
une excellente atmosphère de travail. J’ai eu la chance, en particulier lors des

réunions d’équipe qui se sont tenues pendant la première année de ma thèse, de


bénéficier directement de ses conseils. J’ai ainsi pu profiter son expérience et de
ses extraordinaires compétences en physique quantique. Je voudrais également le

remercier d’avoir accepté de présider le jury de soutenance de ma thèse.


Jean Dalibard a proposé le sujet de ma thèse et en a assuré la direction.
L’extrême abondance de ses idées originales, tant dans le domaine théorique
qu’expérimental, m’a été d’un très grand secours, en particulier dans les nom-
breux moments où la progression de mes travaux semblait bloquée. J’ai en outre
pu profiter de ses exceptionnelles qualités pédagogiques, et notamment de la ca-
pacité qui est la sienne de remettre en forme mes propres calculs, puis de me
les expliciter. Je voudrais également le remercier pour la patience dont il a fait
preuve lors de la lecture de ce manuscrit, n’hésitant pas à sacrifier ses soirées pour
déchiffrer les passages que j’avais négligé de détailler et d’éclaircir suffisamment.
La partie expérimentale de cette thèse n’aurait pu être réalisée sans l’aide
de Christophe Salomon. Son expérience et ses compétences technologiques et
expérimentales hors du commun m’ont été d’un secours inestimable. C’est lui qui
est venu apporter à nos expériences l’impulsion nécessaire, en particulier pendant
les longues nuits que nous avons passées à la recherche d’un hypothétique signal.
Je voudrais également rendre hommage aux capacités qui sont les siennes de
promouvoir nos sujets de recherche, sans lesquelles les moyens financiers dont
dispose notre équipe ne seraient certainement pas ce qu’ils sont.
Je remercierai également Yvan Castin pour l’assistance qu’il m’a prodiguée
dans la partie théorique de ma thèse. Partageant le même bureau que moi la
plupart du temps, c’est à lui que revenait la lourde charge de répondre à mes
4

questions. A cela il n’a jamais ménagé son temps ni sa peine. Il n’a pas non plus
hésité à se charger des calculs que je trouvais trop difficiles, et à les mener à
bien. Ses exceptionnelles compétences en informatique m’ont également été très
profitables.
Je voudrais aussi remercier ceux qui ont été mes collaborateurs directs sur les
deux expériences auxquelles j’ai participé. Jakob Reichel m’a patiemment initié
aux techniques expérimentales, lesquelles ne m’étaient pas du tout familières.

Ses compétences en électronique et en informatique ont joué un rôle primordial


dans le succès de l’expérience de refroidissement Raman. Je garderai également
un excellent souvenir des moments que j’ai passés avec Pierre Lemonde pour

la mise au point du piège opto-électrique. J’ai bénéficié de l’excellente maîtrise


qu’il possédait du fonctionnement de l’expérience. En particulier sa capacité à
retrouver en quelques minutes un signal que je recherchais en vain depuis deux
heures m’a époustouflé.
Je remercie également Guglielmo Tino, qui a installé une grande partie du
dispositif de l’expérience Raman avec un soin méticuleux, et qui m’a donné l’oc-
casion d’entretenir un minimum mon anglais. Merci également à Ekkehard Peik
pour l’entretien du laser Titane-Saphir, ainsi qu’à Hélène Perrin et à Wolfgang
Hänsel qui ont participé à l’élaboration du piège opto-électrique.
Je suis également reconnaissant à MM. Bordé, Courtois, Lewenstein,
Miniatura et Raimond, pour l’intérêt qu’ils ont voulu apporter à ces recherches
en acceptant de faire partie du jury de soutenance.

Je ne saurais non plus oublier mes autres camarades thésitifs, François Bardou,
Maxime Ben Dahan, Kirstine Berg-Sørensen, Denis Boiron, Philippe Bouyer,
Pierre Desbiolles, Olivier Émile, Peter Grüter, David Guéry-Odelin, Simone
Kulin, Brahim Lounis, Bruno Saubaméa, Pascal Schriftgizer, Pippa Storey, avec
lesquels j’ai pu échanger quelques paroles ou résoudre des problèmes quotidiens.
Merci également aux autres membres de l’équipe, et en particulier à Carl Aminoff,
Markus Arndt, Ralph Dum, John Lawall, Alain Michaud et Andrew Steane.
Enfin, je remercie les personnels du laboratoire pour leur soutien logistique,
dont en particulier André Clouqueur et l’atelier d’électronique, ainsi que Claude
Guillaume et l’atelier de mécanique. Je remercie également Michèle Sanchez, le
secrétariat du LKB et la bibliothèque du département de physique de l’ENS.
Introduction générale
des lasers a été à l’origine de spectaculaires avancées dans le
domaine
L’INVENTION de la physique atomique. Il est maintenant possible d’agir méca-
niquement sur les atomes, de les ralentir à des vitesses de quelques millimètres
par seconde, de les piéger et de les manipuler [1-5]. Le refroidissement d’atomes
par laser est ainsi devenu un domaine de recherche extrêmement vaste, dont les
retombées sont nombreuses, en particulier en physique fondamentale.
Une première mise en évidence expérimentale de l’action mécanique de la lu-
mière sur les atomes a été réalisée par R. Frisch en 1933 [6]; l’auteur a réussi
à dévier un jet atomique de sodium, à l’aide de la lumière résonnante crée par
une lampe à décharge de sodium (une expérience similaire, mais plus perfor-

mante, a ensuite été effectuée en 1972 [7]). Des effets plus spectaculaires, tels le
ralentissement de jets atomiques, n’auraient toutefois pas pu être observés avant
l’apparition de lasers résonnants ; du fait de leurs finesse spectrale et de leur forte
puissance, ces derniers, comparés aux lampes, agissent sur les atomes de façon
beaucoup plus efficace [8].
Le ralentissement par laser de jets atomiques a quant-à lui été mis au point
pendant les années 80 [9-15] (signalons que l’idée de refroidir des particules à
l’aide de lumière avait déjà été introduite en 1950 par Alfred Kastler [16]). On
utilise pour cela un laser quasi-résonnant avec une transition atomique fermée, se
propageant le long du jet, dans le sens opposé à la vitesse des atomes. Un atome
du jet, de vitesse initiale v ~ 1 000 m/s, peut être excité en absorbant un photon
du laser, encaissant du même coup son impulsion 0127k . Ensuite, l’atome retourne
L
dans son état fondamental en émettant spontanément un photon. Cette émission
ayant lieu dans une direction aléatoire, le transfert moyen d’impulsion correspon-
dant est nul. Le cycle absorption/émission spontanée peut ensuite recommencer.
Finalement, l’atome est ralenti (v ~ 10 m/s) au bout de quelques dizaines de
milliers de cycles. La situation est en réalité un peu plus compliquée car il faut
tenir compte de l’effet Doppler : la condition de résonance atome/laser dépend de
la vitesse de l’atome. Par conséquent, si le laser est résonnant pour des atomes
non ralentis, il cesse de l’être dès que la vitesse atomique décroît. Pour contour-
ner cette difficulté, plusieurs techniques (glissement de fréquence accompagnant
8

le ralentissement des atomes, décalage progressif de la fréquence de résonance à


l’aide d’un champ magnétique) ont été mises en 0153uvre.
Dans les expériences de ralentissement de jets, les atomes ne sont décélérés que
selon une seule direction de l’espace. Avec les mélasses optiques, qui sont basées
sur l’effet Doppler, on peut ralentir les atomes dans les 3 directions. Le principe
du refroidissement Doppler a été proposé dès 1975 [17, 18]. La première mélasse
optique utilisant des atomes neutres fut fabriquée en 1985 [19]. Pour réaliser une
mélasse, on utilise 3 paires de faisceaux se propageant en sens opposé (une par
direction de l’espace). Ces faisceaux sont désaccordés sur le rouge de la transition
(i.e. la fréquence des lasers est légèrement inférieure à la fréquence de résonance
atomique). Un atome en mouvement absorbera préférentiellement des photons
du faisceau se propageant dans le sens opposé à sa vitesse, l’effet Doppler venant
dans ce cas compenser le désaccord du faisceau ; il encaissera alors les impulsions
de ces photons et sera donc ralenti.
Les premiers modèles théoriques prévoyaient que les plus basses températures
, où 0393 est la
accessibles à l’aide de mélasses optiques étaient de l’ordre de 0393/k
B
largeur du niveau atomique excité (cette limite est appelée « limite Doppler », et
correspond, dans le cas du césium, à quelques centaines de 03BCK). Pourtant, plu-
sieurs expériences mesurèrent en 1988 des températures bien inférieures à cette
limite Doppler [20-22] (un cas tout à fait exceptionnel puisque des expériences
fonctionnaient mieux que la théorie correspondante), atteignant finalement, dans
le cas du césium, la température de 2,5±0,6 03BCK [23]. Ceci fut interprété grâce à
l’introduction de « nouveaux mécanismes» de refroidissement, qui reposent sur
une combinaison de pompage optique, de déplacements lumineux, et de gradients

de polarisation de la lumière laser [24, 25]. On a pu ainsi montrer et vérifier expé-


rimentalement que les mélasses optiques permettent d’atteindre des températures
légèrement supérieures à la température de recul, définie par k rec
T
B = 2 /M,
L
k
M étant la masse de l’atome et k L le vecteur d’onde d’un laser résonnant (pour
le césium, T rec = 200 nK).
Les mélasses optiques permettent de créer un nuage atomique de très faible
température, mais n’imposent aucune contrainte sur leur extension spatiale. Or,
il est utile, pour certaines applications, de réaliser des nuages atomiques les plus
compacts possible. Il faut pour cela créer, en plus de la force de friction qui
est proportionnelle à la vitesse, une force de rappel proportionnelle au vecteur
position, et donc réaliser un piège à atomes. Or, on peut montrer [26] qu’il est
impossible de confiner les atomes uniquement à l’aide de la force de pression de
radiation, parce que cette force est proportionnelle au vecteur de Poynting, de
divergence nulle (théorème de Gauß optique). Une solution fut néanmoins ima-
ginée par Jean Dalibard, et concrétisée expérimentalement peu de temps après
par une équipe américaine [27] : le piège magnéto-optique (PMO). Ce système
utilise une mélasse optique avec des faisceaux de polarisation circulaire, ainsi
qu’un gradient de champ magnétique statique, le point de confinement se trou-
vant là où ce champ s’annule. Le piégeage est possible parce que la force n’est
9

plus proportionnelle au vecteur de Poynting. Signalons que le PMO réalise à la


fois un confinement et un refroidissement des atomes, et que les « nouveaux mé-
canismes » de refroidissement évoqués plus haut y interviennent aussi [28-30] ; la
température obtenue est donc sub-Doppler. Les premiers pièges magnéto-optiques
furent réalisés en utilisant un jet atomique ralenti par laser, qui jouait le rôle de
« source d’atomes ». Une
spectaculaire simplification du dispositif expérimental
fut ensuite apportée par les pièges magnéto-optiques en cellule [31, 32], qui sont
directement chargés à partir d’une vapeur atomique à température ambiante et
de pression 1 03BCPa (10
-8 Torr). Le piège magnéto-optique constitue désormais le
moyen le plus simple pour obtenir des atomes froids. Plusieurs dizaines de tels
pièges existent aujourd’hui à travers le monde.
Le refroidissement d’atomes par laser a débouché sur un certain nombre d’ap-
plications pratiques (ou plus exactement utiles à d’autres domaines de la phy-
sique). Au premier rang d’entre elles figure l’horloge atomique [33, 34]: le temps
est défini à partir d’une transition hyperfine du césium, que l’on mesure à l’aide
de la méthode des franges de Ramsey. Avec des atomes froids, les temps d’in-
teraction sont plus longs, et par conséquent la résolution des franges est plus
précise. Un autre champ d’application du refroidissement radiatif existe dans le
domaine de l’optique non linéaire [32, 35-40], car la susceptibilité non linéaire
d’un nuage d’atomes froids est bien supérieure à celle d’une vapeur atomique à
température ambiante (pour laquelle on est limité par l’élargissement Doppler
des raies). En particulier, des expériences de réduction du bruit quantique de la
lumière, utilisant un piège magnéto-optique, ont récemment été réalisées [41, 42].
Par ailleurs, les atomes froids ont permis d’étudier précisément les processus de
collisions entre atomes [43, 44].
Parmi les retombées du refroidissement d’atomes par laser, l’optique et l’in-
terférométrie atomique [45, 46] constituent à elles seules un vaste domaine de
recherche. Le principe est d’utiliser des ondes de de Broglie atomiques pour
des expériences similaires aux expériences d’optique traditionnelles (réflexion,
diffraction, interférences) [47-49]. En particulier, des études théoriques [50-52]
ont mis en évidence l’intérêt potentiel des interféromètres à ondes de de Bro-
glie atomiques, qui sont beaucoup plus sensibles que les interféromètres optiques
(des expériences de détection d’ondes gravitationnelles à l’aide d’atomes ont par
exemple été envisagées). Les premières expériences d’interférométrie atomique
(sans atomes froids) ont été réalisées en 1991 [53-57]. L’utilisation d’atomes re-
froidis par laser [58, 59] augmente la longueur d’onde de de Broglie, et permet
ainsi d’accroître encore la précision des interféromètres.
En dépit des retombées technologiques que je viens d’énumérer, la principale
finalité du refroidissement radiatif demeure d’ordre fondamental : le fait de dispo-
ser de particules quasiment au repos, et que l’on peut « manipuler » à volonté, per-

met de tester un certain nombre de théories et de lois de la mécanique quantique.


Ainsi, lorsque la température d’un nuage atomique est de l’ordre de la tempéra-
ture de recul, la longueur d’onde de de Broglie des atomes A DB h/203C0Mk
=
T
B
10

devient du même ordre de grandeur que la longueur d’onde optique. Dans ces
conditions, il est nécessaire de quantifier le mouvement du centre de masse de
l’atome [60]. Par exemple, le mouvement d’atomes dans des potentiels pério-
diques induits par la lumière a été étudié théoriquement [60-62], et l’apparition
de signaux explicitement liés à la quantification du mouvement a été prédite. Les
atomes froids permettent également de rechercher des effets quantiques collectifs,
c’est-à-dire des effets liés à l’indiscernabilité des atomes, qui peuvent apparaître
lorsque la distance moyenne entre deux atomes devient du même ordre de gran-
deur que leur longueur d’onde de de Broglie. Le plus spectaculaire de ces effets
est bien sûr la condensation de Bose-Einstein, qui a tout récemment été observée
sur des atomes froids [63-65].

Prédite dès les années 1920, la condensation de Bose-Einstein [66-69] est une
transition de phase qui, lorsqu’elle se produit, provoque l’accumulation d’un grand
nombre de particules dans l’état de plus basse énergie (à condition bien sûr qu’il
s’agisse de bosons, ce qui est le cas de la plupart des espèces atomiques que l’on
sait refroidir par laser). La condensation de Bose-Einstein a lieu lorsque l’inégalité
DB
3 ~ 2,612 est vérifiée, p étant le nombre de particules par unité de volume.
03C1~
Depuis plusieurs dizaines d’années, deux phénomènes pouvant être assimilés à la
condensation de Bose-Einstein ont été observés en physique : la superfluidité de
l’hélium liquide d’une part, et la supraconductivité d’autre part. Toutefois, les
interactions entre particules y sont tellement fortes qu’il est difficile de reconnaître
les propriétés quantiques macroscopiques prédites par Bose et par Einstein. Plus
récemment, la condensation de Bose-Einstein a été observée sur un gaz d’excitons
dans un semi-conducteur [70]. L’interaction entre particules y est plus faible, mais
il demeure difficile d’en extraire des données suffisamment précises pour tester la
théorie.
Les densités mises en jeu étant nettement moins importantes, les atomes froids
dont on a récemment observé la condensation (et qui sont toujours dans leur état
fondamental) interagissent beaucoup moins que les atomes d’hélium liquéfiés, ou
que les paires de Cooper des supra-conducteurs. Contrairement aux excitons qui
sont des pseudo-particules avec une durée de vie extrêmement brève (typique-
ment 30 ns), les atomes possèdent des durées de vie infinies: on pourra donc
mettre en évidence des phénomènes physiques faisant intervenir des constantes
de temps de l’ordre de la seconde, et par suite être en mesure tester expérimen-
talement un grand nombre de propriétés quantiques spécifiques des condensats.
La condensation des atomes froids ouvre donc de grandes perspectives en ce qui
concerne l’amélioration de notre connaissance des lois fondamentales de la méca-

nique quantique.
Les nuages atomiques produits par un piège magnéto-optique ou par une mé-
lasse permettent pas
ne toutefois d’observer la condensation de Bose-Einstein, et
ce pour deux raisons: d’une part, la distance moyenne entre deux atomes reste

toujours supérieure à la longueur d’onde optique (dans le cas contraire, les atomes
qui sont excités interagissent fortement avec ceux qui sont dans l’état fondamen-
11

tal, perturbe le processus de refroidissement). D’autre part, la longueur


et ceci
d’onde de de Broglie atomique est toujours inférieure à la longueur d’onde op-
tique, ou, ce qui est équivalent, la vitesse quadratique moyenne des atomes reste
supérieure à la vitesse de recul d’un seul photon, définie par V rec=
/M (et
L
0127k
ce parce que les atomes d’un PMO échangent en permanence des photons avec

les faisceaux, ce qui provoque à chaque fois un recul de Mv ). Pour augmen-


rec
ter la densité ou pour diminuer davantage la température des atomes, il faut
recourir à de nouvelles techniques ; les trois expériences de condensation réali-
sées à ce jour ont ainsi utilisé le refroidissement évaporatif. Ce procédé consiste
à éteindre les faisceaux de la mélasse, puis, par un moyen approprié, à chas-
ser du nuage les atomes de plus haute énergie. Grâce aux collisions élastiques

entre atomes, le nuage se rethermalise dans un deuxième temps, la température


moyenne diminuant et la densité augmentant. Le processus peut ensuite être ré-
itéré. Remarquons qu’il ne s’agit plus ici de refroidissement par laser (même si
ce dernier intervient lors de la première étape qui amène les atomes à quelques

températures de recul).
Le refroidissement évaporatif n’est cependant pas la voie que nous avons choi-
sie au laboratoire pour abaisser la température des atomes en-dessous de la tem-
pérature de recul. Nous avons cherché à atteindre ce but en continuant à utiliser
des lasers : il existe en effet deux mécanismes permettant de progresser dans cette
voie (même si leurs résultats sont, pour l’instant du moins, moins spectaculaires
que ceux du refroidissement évaporatif). L’une de ces deux méthodes (le refroi-
dissement Raman) sera décrite en détail dans la première partie de ce manuscrit.
Je présente maintenant le plan de cette thèse : il est constitué de deux par-
ties (la première plutôt expérimentale, la deuxième entièrement théorique) qui
pourront être lues de façon totalement indépendante. Plusieurs compléments et
annexes figurent également ; le lecteur pourra sans inconvénient les sauter lors

d’une première lecture, quitte à y revenir plus tard s’il le souhaite.


La première partie sera consacrée au refroidissement laser sub-recul d’atomes
de césium par la méthode des transitions Raman. Je commencerai par la descrip-
tion d’une expérience de refroidissement d’atomes libres à une dimension. Cette
expérience préliminaire a permis d’obtenir une température 1D de 24 nK, c’est-
à-dire un facteur 10 en-dessous de la température de recul. Les deux chapitres
suivants indiqueront une voie permettant d’envisager la généralisation de cette
expérience à 3D. Une telle généralisation nécessite de confiner préalablement les
atomes dans un piège où les atomes ne diffusent pas de photons. Un nouveau
type de piège, le piège opto-électrique, a été conçu dans ce but, puis réalisé ex-
périmentalement.
Dans la deuxième partie de ce manuscrit, je me pencherai sur les méthodes
de détection de la condensation de Bose-Einstein, ainsi que, plus généralement,
sur l’observation d’effets quantiques collectifs qui pourraient apparaître avant

cette condensation. Les expériences réalisées jusqu’ici utilisent toutes des atomes
confinés dans un piège, une configuration qui facilite la détection du condensat.
12

Pourtant, l’étude qui sera présentée ne se place pas dans ce cas, mais dans celui
plus académique où les atomes ne sont soumis à aucun potentiel extérieur. La
distance moyenne entre atomes sera en outre supposée grande devant la longueur
d’onde optique, et ce afin de faciliter les calculs (ceci permettra également de
discriminer sans ambiguïté les effets vraiment liés à la statistique quantique, de
phénomènes plus classiques de type superradiance, qui résultent de l’accumula-
tion d’un grand nombre d’atomes dans un volume de l’ordre de 03BB , où 03BB
L
3 L est
la longueur d’onde optique). Sous ces hypothèses, nous avons regardé s’il était
possible de mettre en évidence des effets liés à l’indiscernabilité des atomes en
mesurant l’indice de réfraction du nuage, ou encore la diffusion de la lumière sur
les atomes. Nous avons montré que de tels effets devraient effectivement pouvoir
être observés même au-dessus de la température de recul, mais que les signaux
correspondants seront faibles, et qu’il sera difficile de les mettre en évidence ex-
périmentalement.
Première partie
Refroidissement sub-recul
d’atomes de césium
Introduction

QUAND j’ai commencé ma thèse, au début de l’été 1992, le refroidissement


d’atomes par laser était déjà un sujet bien exploré. Plusieurs dizaines
de pièges magnéto-optiques existaient à travers le monde, et les méca-
nismes de refroidissement sub-Doppler (en particulier l’effet Sisyphe) étaient
parfaitement compris. Les températures minimales atteintes (quelques microkel-
vins pour le césium) restaient cependant supérieures à la température de recul
rec B
(T =
/,
k
2
0127
) (Mk k étant le vecteur d’onde d’un laser résonnant et M la masse
de l’atome), qui semblait constituer une limite difficilement franchissable.
Toutefois, des mécanismes de refroidissement laser permettant d’atteindre des
températures sub-recul avaient déjà été proposés, et deux expériences avaient été
réalisées à une dimension. La première expérience, effectuée au laboratoire de
Spectroscopie Hertzienne sur des atomes d’hélium métastable [71], utilisait le
mécanisme du Piégeage Cohérent de Population Sélectif en Vitesse (PCPSV, en-
core appelé méthode des résonances noires) [72]. Elle avait permis d’atteindre une

température 1D de 2 03BCK, soit la moitié de la température de recul (ce résultat a


par la suite été amélioré [73], puis généralisé à 2D [74] et à 3D [75]). Parallèlement,
l’équipe américaine de Mark Kasevich et Steven Chu [76] avait obtenu, avec des
atomes de sodium, une température de 100 nK, soit /20. rec Cette expérience
T
(dont le principe a par la suite été généralisé à 2 et 3 dimensions [77], aboutissant
à une température légèrement sub-recul à 2D, et non sub-recul à 3D) utilisait
le mécanisme du refroidissement Raman, basé sur les idées de Pritchard [78].
Nous avons dans ce contexte décidé de réaliser une expérience de refroidissement
sub-recul sur le césium, qui est l’atome qu’utilisent la plupart des expériences de
notre équipe.
Les deux types d’expériences que je viens d’évoquer (PCPSV et refroidisse-
ment Raman) fonctionnent en fait selon le même principe : on fabrique un système
de faisceaux lumineux excitant les atomes de façon sélective en vitesse (fig. 0.1).
Le profil d’excitation doit pouvoir être choisi de telle sorte qu’il existe une classe
de vitesse (autour d’une vitesse v 0 fixée) pour laquelle les atomes ne « voient » pas
la lumière. Considérons alors un atome de vitesse initiale v, non voisine de v
. Cet
0
atome peut interagir avec la lumière, et être excité. Si c’est le cas, il absorbera
un ou plusieurs photons, et émettra des photons de façon spontanée. Sa vitesse
16

FIG. 0.1 - Principe général du refroidissement laser sub-recul.

sera modifiée d’une quantité 0394v aléatoire. L’atome pourra ensuite effectuer un

nouveau cycle d’absorption/émission spontanée, avec un nouveauchangement


aléatoire de vitesse, etc. On voit donc que l’atome va effectuer une marche au
hasard dans l’espace des vitesses, avec des sauts de l’ordre de la vitesse de recul
rec
v =
0127k/M.
Supposons maintenant qu’au bout d’un certain nombre de sauts, l’atome ar-
rive au voisinage de v . Il ne pourra plus dès lors interagir avec la lumière,
0
v=

et sa vitesse ne changera plus. On va donc observer une accumulation d’atomes


au voisinage de v . La largeur de la distribution en vitesse finale sera la largeur
0
de la zone « noire ». Si l’on est capable de fabriquer une zone noire plus étroite
que ,rec alors la température finale sera sub-recul.
v
La difficulté réside naturellement dans la fabrication du système lumineux et
de son profil d’excitation. La méthode des résonances noires [72, 73] utilise une
transition 1 ~ 1 . On envoie sur les atomes deux faisceaux se propageant en sens
opposé et de polarisation circulaire (fig. 0.2). Lorsque la vitesse de l’atome est
nulle, on peut montrer que, grâce aux choix des polarisations et aux coefficients
de Clebsch-Gordan qui sont opposés, l’état 1/2(|f, +>-|f, ->) n’est pas couplé
à la lumière. Par contre, si la vitesse atomique est non nulle, l’effet Doppler induit
un déséquilibre entre les deux faisceaux, ce qui détruit l’état non couplé. Au terme

de la marche au hasard, les atomes vont donc s’accumuler autour de la vitesse


nulle, dans la superposition linéaire que je viens de citer
.
1
1 La situation est en réalité plus complexe si l’on traite le problème correctement en tenant
compte des termes de recul, on montre que ce sont des atomes dans l’état 1/2(|f, +, P =

+0127k> -|f,-, P = -0127k>) qui n’interagissent pas avec la lumière


17

FIG. 0.2 - Principe des résonances noires.

Le refroidissement Raman consiste à envoyer sur les atomes une série d’im-
pulsions lumineuses de fréquence et de durée bien déterminées. Chacune de ces
impulsions excite une classe de vitesse donnée. En combinant de manière adéquate
les impulsions successives, on peut fabriquer « à la main» un profil d’excitation
convenant au refroidissement sub-recul. Contrairement à la méthode des réso-
nances noires, qui nécessite une transition en A, la méthode Raman fonctionne

sur un atome à trois niveaux dont deux de grande durée de vie, sans autre condi-

tion supplémentaire. C’est pourquoi nous l’avons choisie pour refroidir les atomes
de césium.
En 1993 et 1994, nous avons transposé au césium l’expérience de Kasevich
et Chu, et obtenu une « température 1D» de 23 nK. Je présenterai le principe
et les résultats de cette expérience dans le chapitre 1. Parallèlement, j’ai réfléchi
à la manière de généraliser le refroidissement Raman à 3D. Cette généralisation
n’est en effet pas immédiate du fait de la gravité qui accélère les atomes dans la
direction verticale. J’ai montré (chapitre 2) qu’il était possible de refroidir par la
méthode Raman des atomes préalablement piégés, et ai conçu un nouveau modèle
de piège (le piège opto-électrique) pouvant convenir à ce type de refroidissement.
L’expérience correspondante a débuté fin 1994, et est présentée au chapitre 3. A
ce jour, le piège opto-électrique fonctionne bien et le refroidissement Raman des

atomes confinés est en cours.


18

FIG. 0.3 - Structure et constantes atomiques du césium.


Chapitre 1

Refroidissement Raman 1 D
d’atomes libres

que je vais présenter dans ce chapitre est la transposition au


L’EXPÉRIENCE
césium de l’expérience de refroidissement sub-recul d’atomes de sodium
réalisée en 1992 par Mark Kasevich et Steven Chu [76]. Lorsque nous l’avons
entreprise, nous souhaitions rapidement acquérir la technique du refroidissement
Raman, dont nous avions besoin pour passer au refroidissement sub-recul 3D
d’atomes confinés (dont je présente la théorie dans le chapitre 2) ; le but du
refroidissement 3D d’atomes confinés était (et reste) d’augmenter de façon im-
portante la densité dans l’espace des phases du nuage atomique, par une méthode
différente du refroidissement évaporatif. La réalisation de cette expérience a fi-
nalement pris plus de temps que prévu, et le lecteur pourrait estimer que le fait
de ne pas être les premiers n’était pas quelque chose de très motivant. Toute-
fois, les nouveautés apportées par rapport à l’expérience de Stanford (principa-
lement dues au changement d’atome) sont suffisamment importantes pour nous
permettre de considérer cette expérience comme un résultat à part entière. En
outre, ce travail a constitué le point de départ de l’expérience de refroidissement
au nanokelvin utilisant des impulsions en créneaux
[79], laquelle a donné lieu à
des développements théoriques et expérimentaux extrêmement intéressants, ce
que nous n’aurions absolument pas pu prévoir en 1992.
Le césium est utilisé de façon préférentielle dans un certain nombre d’ex-
périences utilisant les atomes froids : c’est par exemple le cas de l’horloge ato-
mique [33, 34]. C’est également le cas d’expériences où la grande masse de l’atome
constitue un atout parce qu’elle limite l’étalement des distributions en vitesses
(interférométrie atomique, mesure de 0127/M). Disposer d’atomes refroidis sous la
vitesse de recul peut constituer une amélioration importante pour le fonction-
nement de ces expériences. Par conséquent, l’expérience sur le césium que nous
avons réalisée constitue un outil qui pourra s’avérer utile par la suite. En outre, le

césium est l’atome que notre équipe avait choisi dans les années 80 (entre autres
pour développer des horloges atomiques). Le fait de l’utiliser également pour le
20

refroidissement Raman nous a apporté un avantage stratégique non négligeable,


puisque disposions
nous avant de commencer de diodes laser et de miroirs traités
pour la longueur d’onde adéquate.
Le changement d’atome a apporté un certains nombre de modifications tech-
niques par rapport à l’expérience de Kasevich. Le principal changement est lié à
la longueur d’onde des lasers résonnants. Alors que le sodium nécessite des lasers
à colorant à 03BB =589 nm, il existe des diodes laser résonnantes avec la transition
du césium (03BB =852 nm). Ceci constitue une importante simplification. Par contre,
la fréquence de structure hyperfine du césium vaut v shf =9,2 GHz, contre 1,7 GHz
pour le sodium. Par conséquent, il n’est plus possible de fabriquer les fréquences
Raman en utilisant un modulateur électro-optique comme dans l’expérience amé-
ricaine. Nous avons dû recourir à deux lasers asservis en phase à 9 GHz, ce qui
constitue une complication sensible (mais ceci nous a fourni l’occasion d’acquérir
une technique utile et qui fonctionne remarquablement bien). Une autre difficulté

réside dans la compensation du champ magnétique, qui doit être réalisée à une
précision inférieure au mG.
Après un bref exposé du principe du refroidissement Raman (§ 1.1), je présen-
terai au paragraphe 1.2 les principales caractéristiques du dispositif expérimental.

J’évoquerai dans la section 1.3 les étapes de la mise au point de l’expérience en -

particulier la compensation du champ magnétique et l’optimisation de la séquence


d’impulsions Raman. Je terminerai en exposant nos résultats (§ 1.4). Comme
pour toute réalisation expérimentale, les éléments présentés ici sont le fruit d’un
travail d’équipe : j’ai bénéficié de l’appui de Jakob Reichel, de Guglielmo Tino et
de Christophe Salomon. Je renvoie notamment à la thèse de Jakob Reichel [80]
le lecteur qui souhaiterait connaître des détails qui ne sont pas présentés ici. Le
lecteur pourra en outre retrouver dans la référence [81] les résultats présentés
dans ce chapitre.

1. Principe et théorie du refroidissement Ra-


man

a) Les niveaux et les faisceaux utilisés


Le refroidissement Raman fonctionne sur un système atomique à trois niveaux
(fig. 1.1) : deux niveaux ont une grande durée de vie, tandis que le troisième a une
courte durée de vie. Notons que tous les atomes ne possèdent pas a priori une
structure de ce type. Le refroidissement Raman n’est donc pas toujours appli-
cable ; toutefois les
conditions requises sont bien moins draconiennes que pour la
méthode PCPSV. Dans le cas des alcalins, les deux niveaux inférieurs (|1> et |2>)
sont séparés par une fréquence du domaine micro-onde. La fréquence de transi-
tion entre l’un des niveaux inférieurs et le niveau supérieur |e> est une fréquence
optique.
21

FIG. 1.1 - Schéma du refroidissement Raman.

Dans le cas du césium, on prend pour étatle niveau fondamental


|1>
,F 3), et pour état |2> le niveau |6
½
S
2
|6 =

2 ,F 4) (voir la structure des
=

niveaux du césium p. 18). Notons que ces deux niveaux contiennent un certain
nombre de sous-niveaux Zeeman qui doivent être dégénérés : le refroidissement
Raman ne peut donc fonctionner que si le champ magnétique est quasiment nul.
L’état excité |e> est le niveau , 3/2F 3).
P
2
|6 =

On envoie sur ces atomes à trois niveaux un système de deux faisceaux (de
faible saturation) notés A et B, et appelés faisceaux Raman. Ces faisceaux ne sont
pas résonnants avec la transition optique, mais sont désaccordés de telle sorte
que la différence de leurs fréquences soit voisine de la fréquence de la transition
|1> ~ |2>. On peut montrer [82] que, lorsque le désaccord 0394 est grand devant 03B4
et devant les fréquences de Rabi 03A9 B des faisceaux Raman 1
A et 03A9 , il n’y a pas
d’excitation réelle dans l’état |e> et les faisceaux Raman agissent sur un atome
de façon équivalente à une micro-onde de fréquence de Rabi

et de désaccord

1 Dans toute cette thèse, la définition adoptée pour la fréquence de Rabi est

d étant l’élément de matrice du dipôle atomique et 03B5 l’amphtude (complexe) du champ


électrique.
22

où kA et kB sont les vecteurs d’ondes des faisceaux Raman, M la masse du césium


et v la vitesse de l’atome
. La première fraction au second membre de l’équation
1
(1.3) est due aux déplacements lumineux des niveaux |1> et |2>. Les deux termes
suivants correspondent à l’effet Doppler et à l’effet de recul [8].
Dans une expérience de refroidissement Raman, les atomes sont initialement
dans l’état |1>. En interagissant avec les faisceaux Raman, ils sont susceptibles
d’être excités vers l’état |2>. Si tel est le cas, il ne peuvent revenir spontané-
ment vers le niveau initial car le niveau |2> est un niveau stable. Pour introduire
l’irréversibilité nécessaire à tout processus de refroidissement, on utilise un troi-
sième faisceau C appelé repompeur Raman. Ce faisceau excite les atomes dans
l’état excité |e>, leur permettant de revenir dans l’état initial |1> par émission
spontanée.

b) La sélectivité en vitesse

Si un atome est en mouvement, il « verra », d’après la formule (1.3), le système


de faisceaux Raman avec un désaccord effectif dépendant de sa vitesse (effet Dop-
pler). En particulier, la transition sera résonnante lorsque 03B4 (k
A -k
=
). v+Cte,
B
où v est la vitesse de l’atome. Pour espérer atteindre de très basses tempéra-
tures, il est nécessaire de sélectionner les vitesses atomiques très précisément. La
meilleure sélectivité en vitesse (z.e. le meilleur rapport vitesse/fréquence) sera
assurée lorsque les faisceaux Raman se propagent en sens opposé.
Le niveau atomique |2> possède une durée de vie quasi-infinie, donc une lar-
geur radiative nulle. La sélection des fréquences (et donc des vitesses) peut dès
lors se faire avec une précision qui n’est limitée que par la durée de l’interaction
atome/faisceaux lasers. Toutefois, pour profiter pleinement de cette précision éle-
vée, il faut que le repompeur ne soit pas présent lors de l’excitation. C’est pour-
quoi l’expérience de refroidissement Raman ne fonctionne pas avec des faisceaux
continus, mais avec des impulsions lumineuses. La largeur de la zone d’excitation
dépend alors de la durée et de l’intensité de l’impulsion Raman.

c) Principe du refroidissement Raman

Le principe du refroidissement Raman 1D est donc le suivant : on envoie suc-


cessivement une impulsion de faisceaux Raman, puis une impulsion de repompeur.
L’impulsion Raman, qui possède un certain désaccord 03B4, excite vers |2> les atomes
dont la vitesse est voisine de 03B4/2k (à une constante additive près, indépendante
de la vitesse de l’atome). Ensuite, l’impulsion de repompeur Raman excite les
atomes vers |e>, et un photon spontané est émis pour revenir dans |1>. Au cours
de ce processus, l’atome a encaissé et émis plusieurs photons, avec un caractère

1 Les calculs permettant d’aboutir aux formules (1 2) et (1 3) seront détaillés au paragraphe


2 p 108 Le choix des polarisations des faisceaux Raman sera quant-à-lui évoqué au para-
A,
graphe 3 1 a iii, p 123
23

aléatoire dû à la direction du photon spontané. Il a donc effectué un saut dans


l’espace des vitesses: c’est la marche au hasard dont j’ai parlé dans l’introduc-
tion (p. 16). Signalons que pour que les atomes soient effectivement poussés (en
moyenne) vers la zone de vitesse comprise entre -v rec et +v, il faut que le
rec
désaccord 03B4 soit négatif.
Un fois le processus terminé, on recommence avec une autre impulsion Raman
de désaccord 03B4 et de puissance différents. Cette impulsion va exciter les atomes
dans une autre classe de vitesse, etc. En utilisant de la sorte un grand nombre
d’impulsions successives, on peut fabriquer un profil d’excitation tel celui repré-
senté sur la figure 1.2. On s’arrange pour qu’aucune impulsion ne vienne exciter
les atomes au voisinage de v =0. Les atomes viendront finalement s’accumuler
dans cette zone, selon le principe général du refroidissement sub-recul, expliqué
dans l’introduction.

FIG. 1.2 - Taux d’excitation par les impulsions d’une séquence typique utilisée
dans l’expérience de refroidissement Raman. Le « profil d’excitation » évoqué dans
le texte est la somme de toutes ces courbes.

Afin de permettre à l’atome d’effectuer sa marche au hasard, il est nécessaire


de répéter l’ensemble de la séquence un grand nombre de fois. En particulier,
plus la zone « noire» est étroite, plus l’atome devra effectuer de sauts avant
d’y parvenir, et plus grand devra être le nombre de répétitions de la séquence,
si l’on désire qu’une fraction raisonnable des atomes soit refroidie. Néanmoins,
la durée totale du refroidissement est limitée par des contraintes expérimentales
(sur lesquelles je reviendrai). Par conséquent, un compromis devra être trouvé
entre la largeur de la zone noire (et donc la température finale) et la fraction
d’atomes refroidis.
Remarque: j’ai été un peu rapide dans ce qui précède. En effet, les atomes
excités dans l’état |e> par le repompeur Raman ont une probabilité non nulle
d’effectuer la transition |e> ~ |2>. L’absorption d’un autre photon du repompeur
Raman est dans ce cas nécessaire. Les niveaux |1>, |2> et |e> ont été choisis de
façon à optimiser le rapport de branchement (i.e. la probabilité 03BE pour un atome
24

dans |e> de revenir dans |1>) : on obtient ainsi 03BE =0,75. La table 1.1 indique la
valeur de ce rapport de branchement pour d’autres choix possibles des niveaux.

.
A
T B 1.1 - Le rapport de branchement 03BE, calculé en fonction des niveaux choisis
sur le césium (03BE est indépendant du sous-niveau Zeeman de l’état excité |e> d’où

l’on part). La configuration choisie est celle de la 3


e
ligne.

d) Choix du profil temporel des impulsions Raman

Le bon fonctionnement du refroidissement Raman suppose que les atomes


puissent venir s’accumuler dans la zone autour de la vitesse nulle et y rester
jusqu’à la fin de l’expérience. Les impulsions Raman ne doivent donc pas exciter
de façon parasite les atomes de vitesse nulle. Il faut par conséquent être capable
de fabriquer des impulsions avec un profil d’excitation (i.e. un profil spectral)
«
propre », c’est-à-dire avec des flancs raides et pas de pics latéraux (idéalement
à support compact). Toutefois, le profil temporel de l’impulsion est naturellement
à support compact. Comme on peut s’en douter, une telle impulsion « miracle »
n’existe pas, mais il existe une solution fournissant un résultat convenable.

i) Excitation par une impulsion de faible puissance

Soit 03A9(t)
le profil temporel de la fréquence de Rabi effective d’une impulsion
Raman (que l’on peut assimiler à une micro-onde), et 03B4 at son désaccord. On
calcule la probabilité pour un atome de passer de l’état |1> à l’état |2> en résolvant
l’équation de Schrödinger pour un atome à deux niveaux. Celle-ci s’écrit

où C, =
1,2 et 03C8 étant l’état du système.
<i|03C8>, avec i =

Dans le cas d’une impulsion de faible puissance, on peut supposer que les
atomes ont une faible probabilité d’être excités, et remplacer dans l’équation
1 par 1. On en déduit que la probabilité pour l’atome de passer de l’état
(1.4.b) C
25

On voit donc que le profil d’excitation d’une impulsion de faible puissance est
donnée par le carré de sa transformée de Fourier. On en déduit notamment qu’il
n’existe pas d’impulsion dont le profil d’excitation (i.e. dans l’espace des vitesses)
est à support compact.

ii) Les impulsions de Blackman

Le problème est donc de trouver une impulsion dont le profil temporel est à
support compact, et dont le profil spectral ne possède pas trop de bandes latérales.
On voit par exemple (fig. 1.3-a) qu’un simple créneau (z.e. 03A9(t) =
03B8(t)03B8(T - t),
o
03A9
03B8 étant la fonction de Heavyside), possède des bandes latérales importantes.
La solution à ce problème se trouve dans la littérature [83, p. 95-100; 84]:
l’impulsion de Blackman donnée par la formule

fournit un résultat acceptable (fig. 1.3-b). Signalons que les coefficients de la


formule (1.6) sont des coefficients approchés, qui sont obtenus en minimisant la
première bande latérale de la transformée de Fourier. Il serait possible de fabriquer
un « Blackman amélioré » en rajoutant à la formule (1.6) des harmoniques d’ordre

plus élevées. Toutefois, je ne pense pas que ceci améliorerait le résultat de notre
expérience, car d’autres limitations entrent en jeu.
Remarque : après que l’expérience que je présente ici eut été terminée, une
nouvelle approche théorique du problème basée sur les vols de Lévy a été déve-
loppée [79, 80, 85]. Elle montre notamment qu’un refroidissement utilisant des
impulsions en créneaux peut être utilisé, à condition de faire coïncider exactement
les zéros du profil d’excitation (ces zéros sont visibles sur la figure 1.3-a). Il faut
pour cela contrôler finement le désaccord des impulsions Raman (compte tenu
notamment des déplacements lumineux), ce qui a nécessité des améliorations du
dispositif expérimental. La température finale est alors 10 fois plus basse que celle
obtenue avec des impulsions de Blackman pendant la même durée d’interaction.
26

FIG. 1.3 - Comparaison du taux d’excitation d’un créneau de durée 300 03BCs, et
d’une impulsion de Blackman de durée 714 03BCs (l’aire des deux impulsions est la
même). La fréquence de Rabi maximale est 03A9
/2 203C0 x 166 Hz. Ces taux sont
0 =

calculés en résolvant numériquement l’équation de Schrödinger (1.4).

iii) Cas où les impulsions sont puissantes. Condition d’impulsion 03C0


Toute la discussion du paragraphe 1.1.d.ii a été faite en se plaçant dans le
régime où la puissance des faisceaux Raman est faible, i.e.

Expérimentalement, on n’a pas intérêt à travailler dans ce régime, car on ne profite


pas pleinement du temps de refroidissement à notre disposition. Dans le cas où
0 0), l’équation de Schrödinger (1.4)
la transition Raman est résonnante (03B4 =

peut être résolue analytiquement. On trouve alors que la probabilité d’excitation


|1> |2> vaut 1 lorsque
~

On retrouve la condition d’impulsion 03C0, bien connue dans les expériences de


franges de Ramsey [86-88].
Afin de donner aux refroidissement Raman une plus grande efficacité (de façon
à réduire le temps de refroidissement Raman), on a intérêt à se placer dans la
situation où les impulsions Raman sont des impulsions 03C0. La relation (1.7) n’est
27

donc plus vérifiée, et nous ne ne pouvons plus calculer le profil d’excitation par
une simple transformée de Fourier. Nous devons donc vérifier que ce dernier ne
contient toujours pas trop de bandes latérales. C’est ce qui est fait sur la figure 1.4.
Le profil d’excitation s’élargit et les bandes latérales deviennent plus importantes
quand on augmente la puissance des faisceaux Raman, mais il subsiste un facteur
4 entre le pic principal et les bandes latérales.
10

FIG. 1.4 - Profil d’excitation Raman avec une impulsion Blackman de durée 03C4. Les
courbes en pointillés sont tracées dans le régime linéaire, i.e. 0,42 03A9
03C4/403C0 0, 05.
o =

Les courbes continues vérifient la condition d’impulsion 03C0, i.e. 0,42 03A9
03C4/2 03C0.
o =

Notons que la différence de contraste entre le pic principal et les bandes latérales
passe de 10
8 à 10.
4

2. Le dispositif expérimental
a) Présentation générale du dispositif expérimental
Le plan simplifié du dispositif utilisé pour l’expérience de refroidissement 1D
est représenté sur la figure 1.5. Les éléments étaient installés sur une table New-
port de surface 3 m . La figure 1.6 pourra donner au lecteur une idée de la densité
2
d’occupation de cette table. Tous les lasers utilisés sont des diodes laser. Au centre
de la table d’expérience, on trouve une cellule en verre contenant une vapeur de
césium à ~ 1 03BCPa (10
-8 Torr), le vide étant maintenu et contrôlé par une pompe
ionique (non représentée sur la figure 1.5).
Avant d’effectuer le refroidissement Raman, on commence par pré-refroidir les
atomes à l’aide d’un piège magnéto-optique en cellule [31]. Ce PMO est réalisé
à l’aide des éléments situés à droite de la table (sur la figure 1.5). Il permet
de disposer d’un nuage contenant environ 4.10 7 atomes, à une température de
l’ordre de 6 03BCK. On charge le PMO pendant environ 400 ms, puis on effectue du
30

refroidissement Raman pendant 25 ms sur ces atomes pré-refroidis. Les faisceaux


Raman proviennent de deux diodes laser affinées spectralement grâce à un réseau,
et verrouillées en phase
1 (elles sont situées en haut à gauche de la figure 1.5). Les
impulsions de Blackman sont créées à l’aide d’un modulateur acousto-optique.
L’ensemble de l’expérience est contrôlé par un programme informatique fonc-
tionnant sur un PC (non représenté sur la figure 1.5). Ce programme, qui est
l’0153uvre de Jakob Reichel [80], est d’une remarquable efficacité et d’une très
grande convivialité, même s’il souffrait, dans ses premières versions, d’un défaut :
que les menus soient en anglais.

b) Le piège magnéto-optique
i) Elements optiques
Les éléments optiques constituant le piège magnéto-optique (à l’exception du
repompeur) ont été montés à l’origine par Brahim Lounis pour ses expériences
sur les réseaux optiques. Le lecteur pourra donc trouver dans la thèse de ce
dernier [89, p. 96] des détails concernant leur fonctionnement (je ne fournirai ici
que les grandes lignes).
Pour faire fonctionner efficacement le piège magnéto-optique, ainsi que pour
détecter les atomes après le refroidissement Raman, on a besoin d’un laser dont la
fréquence est stabilisée avec une précision de l’ordre du MHz. Comme une diode
laser a typiquement une largeur de 20 MHz, on doit affiner le spectre de cette
dernière. Cet affinement spectral est réalisé par auto-injection à l’aide d’un Fabry-
Pérot extérieur, méthode mise au point initialement au LPTF [90 ; 91, p. 12 ; 30,
p. 71]. Notre montage utilise une diode laser Hitachi, que l’on asservit sur le
sommet du croisement de niveau (6 S½
2 ,F 4 ~ 6
=
P , F’ 4,6
2 ,F
½
S
2 = =

4 ~ 6 P ,
2 F’ 5), grâce
= à une cale piézo-électrique sur laquelle on a installé

l’un des miroirs du Fabry-Pérot. Un autre miroir, situé entre le laser et le Fabry-
Pérot, doit également être installé sur une cale piézo-électrique (dont la tension
est également asservie) afin de contrôler la phase du trajet entre le laser et le
Fabry-Pérot.
La puissance de ce laser n’est que de 6 mW : c’est insuffisant pour un piège
magnéto-optique. On utilise donc ce faisceau pour injecter une diode SDL de
150 mW, très performante pour ce genre d’utilisation. L’injection d’une diode
est en quelque sorte une « amplification lumineuse », puisque la diode esclave
possède les propriétés spectrales de la diode maître, mais beaucoup plus de puis-
sance (verrouillage en phase). Pour réaliser une bonne injection, il faut que les

modes des diodes maître et esclave se recouvrent bien. Ceci est réalisé de manière
astucieuse en envoyant le faisceau maître par la deuxième voie du second cube

1. Dans toute lasuite, je désignerai par « laser bleu» celui des lasers Raman possédant la
fréquence la plus élevée, et par « laser rouge» l’autre laser Raman. Il va pourtant de soi que
ces deux lasers émettent dans l’infrarouge
1
31

de l’isolateur optique du faisceau esclave, selon une méthode mise au point par
Brahim Lounis [89, p. 70].
J’ai signalé que la diode maître était asservie sur un croisement de niveau,
c’est-à-dire à vrés -125 MHz, où v rés est la fréquence de résonance de la transition
F = 4 ~ F’ 5. Or, l’optimum de fonctionnement pour un piège magnéto-
=

optique se produit lorsque le désaccord des faisceaux du piège est de l’ordre de


-30393 [30, p. 115], où 0393 = 203C0 5,3 MHz est la largeur de l’état excité du césium.
Il est par conséquent indispensable de modifier la fréquence des faisceaux. En
outre, nous verrons par la suite qu’il est nécessaire, pour le bon fonctionnement
de l’expérience, de disposer successivement de 4 désaccords différents.
Les fréquences des lasers sont déplacées à l’aide de modulateurs acousto-
optiques (MAO). Deux modulateurs ont été utilisés : l’un sur le faisceau maître et
l’autre sur le faisceau esclave. Le MAO du faisceau esclave (n° 5 sur la figure 1.5)
est installé en simple passage, avec un déplacement de fréquence de 201475,6 MHz,
ce qui est voisin de l’optimum de puissance transmise (80 % dans l’ordre 1 à

. Le modulateur du faisceau maître (n° 4) est installé en double pas-


80 MHz)
1
sage, selon un dispositif appelé 0153il-de-chat (fig. 1.7) : la position du faisceau est
ainsi indépendante de la fréquence du MAO, et le faisceau esclave reste toujours
injecté.

FIG. 1.7 - Modulateur acousto-optique monté en double passage selon le principe


de l’0153il-de-chat. Le miroir doit être réglé de telle sorte qu’en l’absence de lentille
l’ordre 0 du M.A.O revienne dans celui-ci. On règle la lentille dans un deuxième
temps en obstruant l’ordre 0.

Outre sa fonction de décalage de fréquence, le MAO du faisceau esclave per-


met de couper rapidement (z.e. en un temps inférieur à 10 03BCs) ce faisceau lors de
la phase de refroidissement Raman. Malheureusement cette extinction n’est pas

1 Ceci dépend naturellement du modèle de MAO choisi (ici Crystal Technology 3080)
32

totale et un peu de lumière arrive au niveau des atomes, induisant des déplace-
ments lumineux et l’émission de photons spontanés nuisibles au refroidissement
Raman (si la lumière est résonnante, une extinction inférieure au 03BCW est néces-
saire). On utilise donc également un obturateur mécanique et un trou de filtrage
de diamètre 100 03BCm, placé au foyer d’un télescope. La fermeture de l’obturateur
mécanique nécessite plusieurs millisecondes, mais ce dernier assure une extinction
totale. Outre l’extinction du faisceau, le trou de filtrage permet d’obtenir un pro-
fil de faisceau parfaitement gaussien. Le prix à payer est une perte de puissance
de l’ordre de 30 %.
A l’aide de cubes polariseurs et de lames demi-ondes, le faisceau est séparé en
six bras indépendants. Ceci offre, par rapport à un piège de type rétro-réfléchi,
l’avantage de pouvoir optimiser plus finement le nombre d’atomes piégés. Mais
cet avantage est aussi une contrainte, dans la mesure où nous devions passer
quotidiennement une heure ou deux à réaligner le piège, à cause de la mauvaise
qualité des supports de miroirs et des variations de la température de la pièce 1.
Au niveau du piège, le diamètre des faisceaux est de l’ordre de 1 cm.
Le faisceau repompeur du PMO provient d’une diode STC, affinée à l’aide
d’un réseau [91, p. 11 ; 92; 93; 94, p. 188] : l’ordre 1 du réseau est renvoyé dans
la diode et sert à l’injection, tandis que l’ordre 0 constitue le faisceau utile. Cette
technique permet d’obtenir une largeur spectrale de l’ordre de 500 kHz, mais
on perd environ 50 % de la puissance. Cette diode a été montée par Moritz

Fichtmüller [95].
La diode du repompeur est asservie sur le croisement de niveau F = 3 ~
F’ =
2, F = 3 ~ F’ = 3. On utilise ensuite un modulateur acousto-optique à
75,6 MHz (n° 6) pour arriver sur la résonance F = 3 ~ F’ = 3. Ce modulateur
sert à couper la lumière rapidement au début de la phase de refroidissement
Raman. Signalons que là aussi, l’utilisation d’un obturateur mécanique (suivi
d’un simple diaphragme), s’est avérée nécessaire. Finalement, le repompeur est
mélangé avec les faisceaux du piège sur le 7
cube C (fig. 1.5). Il est donc présent
dans les 6 bras du piège.

ii) Séquence temporelle


Voici la séquence temporelle que nous avons avons utilisée dans cette expé-
rience :
-

tout d’abord,chargeons le
nous PMO pendant un temps de l’ordre de
350 ms. Le désaccord du piège est de -3 0393 et les faisceaux du piège sont au
maximum de leur puissance. Signalons que ce temps de 350 ms est insuffisant
pour que le nombre d’atomes dans le PMO atteigne sa valeur stationnaire
. Il
2
1 Dans les derniers mois de l’expénence, nous avons remplacé tous les supports de miroir
par des supports de la marque Thorlabs, ce qui a nettement amélioré cette situation
2 Nous aurions pu raccourcir le temps de chargement du PMO en augmentant la pression
de césium dans la cellule Toutefois, ceci aurait eu pour effet d’augmenter le bruit de fond lors
33

représente toutefois un bon compromis entre un nombre d’atomes suffisant et une


durée de prise de données raisonnable ;
-

dans un deuxième temps, on réduit l’intensité des faisceaux du PMO de


90 %, en utilisant le MAO du faisceau esclave (n° 5), et ce pendant 5 ms ;
- ensuite, on coupe le gradient de champ magnétique du PMO On entre
donc dans une phase de mélasse optique, de durée 35 ms environ ;
-

enfin, le désaccord des faisceaux de la mélasse est porté à -10 0393, et ce


à l’aide du MAO du faisceau maître (n° 4). Cette phase de mélasse à grand
désaccord dure typiquement 10 ms.

Les faisceaux sont ensuite éteints et les obturateurs mécaniques fermés. La phase
de refroidissement Raman peut alors commencer.
Cette séquence un peu compliquée (quoique très standard) a été rendue né-
cessaire par plusieurs facteurs. Tout d’abord, le refroidissement Raman ne peut
se faire qu’avec un champ magnétique résiduel inférieur au mG. Or, du fait de

l’auto-induction des bobines créant le gradient de champ magnétique, le courant


de ces dernières met 5 ms pour descendre (temps 1/e). La présence des faisceaux
de mélasse pendant ce temps empêche aux atomes de fuir de la zone de capture
.
1
Les désaccords et intensités des faisceaux pendant les différentes phases ont
été choisis de façon à minimiser la température finale du nuage atomique (afin
de donner « moins de travail» au refroidissement Raman, et de limiter l’exten-
sion transverse du nuage pendant la phase de refroidissement Raman), tout en
conservant suffisamment d’atomes. Il est ainsi montré [30, fig. 17 p. 204 ; 96] que,
dans le cas où il existe un gradient de polarisation (comme ici où nous avons
une mélasse 03C3
+ - 03C3
), la température finale des atomes est plus basse à grand
-
désaccord, plus basse quand l’intensité lumineuse est faible, et plus basse pour la
mélasse que pour le piège. Finalement, la température de la mélasse est de l’ordre
de 6 03BCK.
Remarque : le piège magnéto-optique et la mélasse produisent des atomes dans
le niveau |F 4). Or, nous avons vu que le refroidissement Raman doit se faire
=

à partir d’atomes dans |F 3) (p. 23). Il est donc nécessaire de dépomper les
=

atomes. Pour ce faire, nous avons employé deux méthodes : on peut couper le
repompeur du PMO avant les faisceaux de de la mélasse. Les atomes tombent
alors naturellement» dans le niveau |F
«
3) en une fraction de ms. On peut
=

également « encourager» le processus de dépompage en envoyant sur les atomes


une impulsion de repompeur Raman de 300 03BCs. Les deux méthodes conduisent à

des résultats équivalents.

de la détection du signal
1 Toutefois, le fait que les obturateurs mécaniques se ferment lentement impose le respect
d’un « délai de sécurité» de 1 à 2 ms entre la coupure des MAO et le début du refroidissement
Raman
34

c) Fabrication des fréquences Raman

i) Verrouillage enphase des deux lasers


La fabrication des la partie de l’expérience la
fréquences Raman a constitué
plus délicate à construire. Nous avons choisi d’utiliser deux diodes SDL affinées
spectralement avec un réseau (selon le même principe que pour le repompeur
du PMO). La puissance des diodes en libre est 100 mW pour le laser bleu, et
150 mW pour le laser rouge.
Pour effectuer du refroidissement Raman, il est nécessaire que la différence des
fréquences des deux faisceaux soit fixée avec une précision nettement inférieure
rec = 203C0 4 kHz. Or la largeur des diodes affinées avec un réseau est de
à kv
quelques centaines de kilohertz ! Pourtant, il existe une solution à ce problème :
le verrouillage en phase d’un laser par rapport à l’autre [88, p. 134]. La technique
du verrouillage en phase avait été initialement mise au point dans les années 50.
Elle fut par la suite adaptée aux diodes lasers. Le premier verrouillage en phase de
deux diodes laser à 9 GHz (i.e. à la fréquence de résonance hyperfine du césium)
a été réalisé en 1994, en collaboration avec le LPTF [97], pour la fabrication

de l’horloge atomique à césium. Le dispositif de notre expérience a quant-à lui


entièrement été installé par Guglielmo Tino [98]. Je n’en présenterai ici que les
grandes lignes, une explication complète de son fonctionnement n’étant pas de
mon ressort.
On commence par prélever une de chacun des deux
petite quantité (réglable)
lasers, et on fait coïncider les deux faisceaux obtenus(fig. 1.8). On focalise ce
mélange sur une photodiode rapide (z.e. transmettant des fréquences de l’ordre
de 10 GHz), de façon à créer un battement. La photodiode mesure le carré du
champ électrique total. Le signal électrique contient donc une composante en
A - 03C9
(03C9 )/(203C0) (03C9
B A B et 03C9 étant les pulsations des lasers bleu et rouge), qui est
de l’ordre de 9 GHz.

FIG. 1.8 - Schéma simplifié du dispositif de verrouillage en phase des deux lasers
Raman.

A l’aide d’un mélangeur électronique, on mélange ce signal de photodiode avec


35

un de référence, de fréquence 9,19 GHz. Ce signal de référence est produit


signal
par une chaîne de multiplication de fréquence gracieusement prêtée par le LPTF.
Du mélangeur, il sort un signal contenant la différence des deux fréquences (de
l’ordre de 80 MHz).

On utilise alors un comparateur de phase, qui compare la phase du signal


de battement avec celle d’un signal de radiofréquence à 80 MHz, fourni par un
synthétiseur. Il permet d’induire un signal d’erreur proportionnel au déphasage,
qui est envoyé sur le courant de diode, et sur la haute tension de la cale piézo-
électrique du laser rouge, de façon à fermer la boucle d’asservissement. Lorsque
le système est asservi, la différence de phase entre le signal de battement et celui
du synthétiseur est constante. On peut donc dire que les deux fréquences sont
rigoureusement égales. Le verrouillage en phase fonctionne plusieurs heures sans
saut de l’asservissement.

ii) Définition du désaccord 0394

Leverrouillage en phase que je viens d’évoquer permet de définir la différence


des fréquences entre les deux lasers Raman. Pour définir totalement les fréquences
de ces derniers, il reste donc à fixer le désaccord 0394 (voir figure 1.1, p. 21). Pour
cela, on a construit un battement entre les lasers Raman, et un laser de référence
proche de la résonance du césium (voir figure 1.5, p. 28) ; ce laser est une pe-
tite partie du faisceau esclave du PMO Le signal de battement est détecté par
une photodiode rapide, et envoyé sur un analyseur de spectre. Cela permet de

connaître la valeur du désaccord 0394. Signalons que nous n’avons pas jugé utile
d’asservir la diode bleue: sa fréquence flotte donc pendant l’expérience, ce qui
n’est pas très grave, car la valeur de 0394 varie peu, et l’autre laser suit » grâce «

au verrouillage en phase qui peut tenir pendant plusieurs heures.

La plupart des expériences ont été réalisées avec 0394 = -203C0 3 GHz. Afin
d’assurer une meilleure homogénéité des déplacements lumineux dus aux fais-
ceaux Raman, un désaccord plus élevé eût été préférable. Toutefois, le désaccord

0394 ne doit pas être trop près de ±203C0 9 GHz, sinon l’un des deux faisceaux va
se rapprocher de résonance avec une transition
. La solution serait donc de tra-
1
vailler avec un désaccord 0394 bien supérieur à la résonance hyperfine du césium,
par exemple 0394 = 203C0 30 GHz. Toutefois, la fréquence de Rabi effective étant en
1/0394 (éq. (1.2)) , nous aurions dans ce cas été sévèrement limités par la puissance
Raman disponible.

1 Par exemple, si 0394 = -203C0 x 8 GHz, le laser bleu n’est désaccordé que de 1 GHz par rapport
à la transition |2> ~ |e>
36

FIG. 1.9 - Fonction de transfert du boîtier TFM et du MAO n° 2.

d) Mise en 0153uvre des impulsions Raman

i) Création du profil des impulsions (Blackman)


Le profil des impulsions Raman (en particulier les fameuses impulsions de
Blackman) a été créé à l’aide d’un modulateur acousto-optique (MAO n° 2 sur
la figure 1.5, p. 28), dont on peut contrôler la quantité de lumière passant dans
l’ordre 1. Nous avons jugé plus simple d’utiliser le même modulateur pour les
2 faisceaux Raman. On fait donc coïncider ces faisceaux à l’aide d’un cube po-
lariseur (cube C). Ils passent tous les deux dans le MAO puis, comme leurs
3
polarisations sont orthogonales, on les sépare grâce à un second cube 4
(cube
) .C
Le modulateur acousto-optique est alimenté par une radiofréquence à 80 MHz.
Pour dessiner le profil des impulsions, on utilise un boîtier électronique (boîtier
TFM) commandé par une tension de 0 à 5 V, et qui laisse passer d’autant plus
de radiofréquence que cette tension est élevée. Le problème réside alors dans
la fabrication de cette tension de commande. En effet, s’il existe de nos jours
des générateurs de fonctions offrant de multiples possibilités (créneaux, triangles,
sinusoïdes), aucun ne possède encore l’option « Blackman ». En outre, la fonction
de réponse des boîtiers TFM et du MAO n’est pas linéaire (même si elle est
heureusement monotone).
Nous avons résolu le problème en calibrant la fonction de transfert, c’est-à-
dire en envoyant sur le boîtier TFM un signal de commande triangulaire, et en
enregistrant sur une photodiode la lumière transmise dans l’ordre 1 du MAO.
Cela donne la courbe de la figure 1.9. Cette courbe est ensuite traitée informa-
tiquement : grâce au logiciel EasyPlot, on affiche la réciproque de la fonction de
37

transfert, que l’on par un polynôme d’ordre 5


ajuste . Cela permet de corriger
1
les non-linéarités du boîtier et du MAO tout en éliminant le bruit introduit lors
de la détection du profil
.
2
Pendant la phase d’expérience, la commande du boîtier TFM (et donc du
MAO) provient d’un générateur rapide de fonctions programmable (appelé
GDPC). Ce générateur communique avec l’ordinateur qui pilote l’expérience.
L’ordinateur place dans la mémoire du GDPC le profil d’un impulsion de Bla-
ckman (corrigée par la réciproque de la fonction de transfert précédemment éta-
lonnée), ou encore celui de toute la séquence de refroidissement. Ce profil est
discrétisé avec une précision temporelle pouvant descendre à la microseconde. Ce
générateur est en outre déclenchable, c’est-à-dire que la commande d’impulsion
de Blackman sera effectivement envoyée sur le MAO après que le GDPC aura
reçu un avertissement (signal logique) venant de l’ordinateur.
Outre le profil des impulsions, le GDPC peut produire une dizaine de si-
gnaux digitaux, eux aussi programmables, et qui servent à commander certains
éléments de l’expérience (notamment les cellules de Pockels). Il y a en fait 2
échelles de temps sur l’expérience: une échelle lente (piégeage, mélasse, temps
noir, détection) qui est commandée directement par l’ordinateur, et une échelle
rapide (succession des impulsions dans la séquence de refroidissement) qui est
commandée par le GDPC.

ii) Le désaccord 03B4

Revenons au schéma de principe du verrouillage en phase (fig. 1.8). On voit


qu’après la source à 9,190 GHz, on mélange le signal électrique avec une radio-
fréquence à environ 80 MHz (et ce pour des raisons techniques). Autrement dit,
une fois les lasers asservis, les faisceaux Raman seront désaccordés de 82 MHz

par rapport à la transition hyperfine du césium (qui est de 9,192 GHz).


Pour rattraper ce désaccord, on utilise le modulateur acousto-optique n° 1 à
80 MHz. Ce MAO n’est traversé que par le faisceau rouge (ce qui, outre le désac-
cord, compense la différence de puissance entre les deux lasers). Il est alimenté
par un synthétiseur de fréquence télécommandable. En modulant sa fréquence,
on peut modifier finement la valeur du désaccord 03B4 du système Raman, de façon à

ce que les impulsions de la séquence de refroidissement possèdent les désaccords

ad hoc. La fréquence de ce MAO doit donc pouvoir être changée rapidement :


c’est pourquoi elle est aussi commandée par le GDPC (qui possède une deuxième
voie analogique).
Remarque : le MAO n° 2 des blackmans modifie également la fréquence des
lasers Raman, mais cette fois-ci les deux lasers sont déplacés de la même quantité,

1 Le choix d’un polynôme d’ordre 5 ne repose sur aucun fondement théorique


2 La photodiode mesure la puissance et non l’amplitude de la lumière Toutefois, d’après la
formule (1 2), la fréquence de Rabi effective du processus Raman est bien proportionnelle à la
puissance des faisceaux
38

donc le désaccord 03B4 ne change pas.

iii) Le sens des faisceaux. Les cellules de Pockels

La figure 1.2 (p. 23) nous montre qu’un séquence typique d’impulsions Raman
doit pouvoir exciter de façon symétrique les atomes de vitesse v et les atomes
de vitesse -v. Pour ce faire, on peut utiliser successivement des impulsions avec
at < 0 ; pourtant, ce n’est pas la bonne solution. En effet, les impulsions
at > 0 et 03B4
03B4
de désaccord positif ont pour effet de « pousser» les atomes dans le même sens
que leur vitesse, et donc d’augmenter l’énergie cinétique 1D moyenne du nuage
atomique. Au lieu de faire du refroidissement, on fait en fait du chauffage. Pour
réaliser le refroidissement Raman, il faut que le désaccord 03B4 at soit négatif. Afin
d’exciter les 2 côtés de la distribution en vitesses, il faut donc pouvoir échanger
les trajets des faisceaux bleu et rouge.
Ceci est réalisé à l’aide d’une cellule de Pockels. Une cellule de Pockels est une
lame à retard commandable : lorsqu’il n’y a pas de tension, elle n’agit pas sur la
lumière ; lorsque’il y a une certaine tension, elle agit comme une lame demi-onde.
Si les axes propres de la cellule de Pockels sont bien réglés, elle fait alors tourner
la polarisation des faisceaux de 03C0/2. Le faisceau qui était transmis par le cube
4
C est maintenant réfléchi, et vice versa.

Une cellule de Pockels a la


propriété de réagir à sa commande en un temps
très bref (de l’ordre de la nanoseconde, ce qui est beaucoup mieux que ce dont
nous avons besoin, typiquement 1 03BCs). En outre, elle doit être commandée par

une tension de l’ordre de 6 kV. La difficulté est de trouver un interrupteur qui

puisse couper une tension de 6 kV, et qui réagisse en 1 03BCs. Nous avons pour cela
utilisé des interrupteurs de l’entreprise allemande Behlke, et choisi un montage de
type va-et-vient, où deux interrupteurs sont nécessaires, l’un isolant la cellule de
Pockels de la source de tension tandis que l’autre la raccorde à la masse. Le lecteur
pourra trouver le schéma de ce montage dans la thèse de Jakob Reichel [80].
Finalement les deux faisceaux Raman arrivent sur les atomes avec une pola-
risation linéaire. Ils sont polarisés orthogonalement l’un par rapport à l’autre. Le
diamètre des faisceaux est de l’ordre de 1 cm, donc les atomes quittent, du fait
de la gravité, la zone éclairée au bout de 40 ms environ. C’est ce qui limite le
temps de refroidissement disponible.

iv) Le repompeur Raman. Choix des niveaux et pompage des atomes.

Le repompeur Raman ne provient pas d’une sixième diode


laser; nous avons
prélevé une petite partie du faisceau esclave du PMO (peu de puissance est né-
cessaire).
Nous avons vu au paragraphe 1.1.c(p. 23) que pour optimiser le rapport de
branchement, il fallait régler le repompeur Raman sur la transition F 4 F’ = = ~
39

3. Or, le faisceau esclave est quasi-résonnant avec la transition 1


F = 4 ~ F’ = 5
,
ce qui fait une différence de 510 MHz environ (compte tenu du MAO n° 5 présent
dans le faisceau). Pour effectuer ce décalage, nous avons dû utiliser un MAO (n° 3)
prévu pour 200 MHz, et l’employer en double passage à 242 MHz. Il a en outre
été nécessaire de modifier la fréquence du MAO du faisceau maître (n° 4) pendant
la phase où le repompeur Raman fonctionne (heureusement elle ne coïncide pas
avec la phase de piégeage). Le MAO du repompeur Raman permet également

d’allumer et d’éteindre celui-ci (impulsions de repompeur Raman). Le faisceau


est suffisamment faible pour qu’aucun obturateur mécanique supplémentaire ne
soit nécessaire.

Le repompeur Raman est envoyé sur le cube C 4 de manière à coïncider avec les
faisceaux Raman. Il induit un recul de v rec sur les atomes. Il est donc nécessaire
de contrôler sa direction, ce que l’on fait avec la la 2 ecellule de Pockels. On
choisit cette direction en fonction des paramètres de l’impulsion Raman qui vient
juste de se produire. En général, si la vitesse résonnante de l’impulsion Raman
est élevée (i.e. supérieure à rec
2 v on oriente le repompeur Raman de telle sorte
),
qu’il pousse» les atomes dans le même sens que l’impulsion Raman. Si par
«

contre la vitesse résonnante est faible, le repompeur Raman atténue la poussée


des faisceaux Raman (dans ce cas la vitesse de l’atome change de signe, et on
veut éviter qu’en valeur absolue elle n’augmente trop).

Lapolarisation du repompeur Raman avant sa cellule de Pockels a toutefois


été réglée de telle sorte que 90 % de la puissance passe dans une direction, et
10 % dans l’autre (ce qui atténue donc la portée du choix précédent). Si l’on ne
prend pas cette précaution, le repompage est moins efficace à cause de l’existence
d’« états noirs », c’est-à-dire d’états non couplés à la lumière [99] 2
. Une partie des
atomes viennent, par pompage optique, s’accumuler dans ces états noirs qu’ils ne
peuvent dès lors plus quitter. Lorsqu’on envoie 10 % de la lumière dans l’autre
bras, les atomes interagissent avec deux faisceaux polarisés linéairement, mais
avec des polarisations orthogonales. On peut montrer
[71] que dans ce cas l’état
noir devient sélectif en vitesse. Les atomes ne peuvent plus s’y accumuler très
longtemps (sauf pour une vitesse bien précise).
Finalement, nous arrivons à repomper les atomes en 50 03BCs environ (ce qui est
assez long comparé à 0393
). Les impulsions de repompeur Raman sont toutefois
-1
plus courtes que la plupart des impulsions Raman, et représentent une faible part
(28 % environ) du temps total de refroidissement.

1 Il est même (avant le MAO n° 5) 60 MHz sur le bleu de cette transition


2 L’existence de ces états est un problème mathématique le repompeur Raman couple un
espace vectoriel de dimension 9 (i e |F = 4)) à un autre espace de dimension 7 (|F’ = 3>). Par
conséquent, le noyau du morphisme d’espace vectoriel est non nul
40

e) La détection du signal
La détection de la distribution en vitesse d’atomes refroidis sous la vitesse de
recul paraissait au départ un problème délicat ; en effet, les techniques usuelles de
temps de vol n’offraient pas une précision suffisante. Il s’est rapidement avéré que
la méthode la plus efficace, pour sonder la distribution en vitesse, était d’utiliser
les faisceaux Raman [100].
Le principe de la méthode est le suivant : on envoie sur les atomes refroidis
une impulsion Raman (de Blackman) de désaccord 03B4 déterminé, et de longue

durée (typiquement 3 ms). Cette impulsion « de sélection» excite dans l’état


|F 4) les atomes dont la vitesse est voisine de v
=
rés 03B4/(2k) + Cte. Ensuite, on
=

allume les faisceaux du PMO, tout en les mettant à résonance avec la transition
F = 4 ~ F’ =5 (ceci est réalisé au moyen du MAO n° 4). Les atomes situés
dans le niveau |F =
4) émettent de la lumière de fluorescence, que l’on peut
détecter sur une photodiode placée au voisinage de la cellule. Le signal observé
est proportionnel au nombre d’atomes dans l’état |F 4), donc au nombre
=

d’atomes présents initialement dans la classe de vitesse voisine de v . Pour obtenir


0
un spectre de distribution en vitesse, il faut recommencer un grand nombre de

fois le cycle entier piégeage + mélasse + refroidissement Raman + détection, en


sélectionnant à chaque fois une classe de vitesse différente.
La mise en 0153uvre de ce système de détection a posé un certain nombre de pro-
blèmes techniques. Il a tout d’abord fallu installer un système optique permettant
de collecter la lumière de fluorescence émise par les atomes. Afin de récolter le
plus de lumière possible, nous avons utilisé un système de deux lentilles conver-
gentes, dont l’une est placée le plus près possible de la cellule. La photodiode
de détection est située au point image du PMO par ce système de lentilles, qui
peut être détecté à l’aide d’une carte infrarouge, d’un viseur... et de beaucoup de
patience.
Comme je l’ai dit, on détecte la présence d’atomes dans |F 4) en les illu-
=

minant avec les faisceaux du PMO. Le problème est que la puissance de ces
faisceaux fluctue d’environ 10 % sur un échelle de temps de l’ordre de la seconde,
ces fluctuations étant essentiellement dues à des vibrations mécaniques du trou

de filtrage. Or, le bruit induit par ces fluctuations sur le signal de fluorescence
est du même ordre de grandeur que le signal qui nous intéresse. Pour remédier
à ce problème, nous mesurons les fluctuations de puissance du faisceau, grâce à
une photodiode de contrôle placée après le trou de filtrage. Ensuite, à l’aide d’un

dispositif électronique approprié, nous effectuons la différence entre le signal ex-


périmental et ce signal de contrôle. Nous en tirons un nouveau signal, dans lequel
le bruit est fortement atténué
.
1
Finalement, on observe un pic de fluorescence de durée environ 1 ms ; après

cela, les atomes sont retournés dans l’état |F = 3). Ce pic vient se superposer à la
1 Nous verrons au chapitre 3 (p 160) qu’il existe une méthode plus simple pour résoudre
ce genre de problème elle consiste à asservir la puissance du faisceau après le trou de filtrage
41

fluorescence (constante) des atomes rapides de la cellule. L’ordinateur enregistre


la différence entre le sommet du pic et ce bruit de fond. Le signal représente
typiquement 1 % de la fluorescence totale.

f) Distribution en vitesse
La figure 1.10 montre le signal typique que l’on obtient en sondant par une

impulsion Raman le nuage atomique obtenu à partir d’un piège magnéto-optique


et d’une mélasse (de la façon que j’ai décrite au paragraphe 1.2.b.ii), sans faire
de refroidissement Raman. Il s’agit donc de la distribution en vitesse des atomes
de la mélasse. Le champ magnétique a été compensé de la manière que je décrirai
au paragraphe 1.3.a.

FIG. 1.10 - Distribution en vitesse des atomes de la mélasse, mesurée en utili-


sant une impulsion de Blackman de 1,5 ms. En pointillés, l’ajustement par une
gaussienne. La température de la mélasse est 5,9 03BCK.

On constate que la courbe peut être ajustée de façon satisfaisante par une
gaussienne. Cette man0153uvre permet de déduire la température de la mélasse
(5,9 03BCK sur la figure 1.10).

3. Mise au point de l’expérience


a) Compensation du champ magnétique
i) Nécessité de la compensation et solution apportée
Une bonne compensation du champ magnétique a constitué l’un des points les
plus délicats que nous ayons eu à résoudre lors du montage de l’expérience. J’ai
déjà évoqué le fait que le refroidissement Raman nécessite que les sous-niveaux
Zeeman soient dégénérés, et ce à une précision bien inférieure à la fréquence de
recul
/
2 M, k qui pour le césium vaut 203C0 x 4 kHz. Compte tenu de la valeur des
facteurs de Landé (fig. 0.3, p. 18), on en déduit que le champ magnétique doit
être compensé avec une précision meilleure que le mG.
42

Avant de débuter l’expérience, nous avons effectué des mesures de champ


magnétique à l’aide d’un magnétomètre. Nous avons découvert que le champ
magnétique dans notre salle expérience était de l’ordre du Gauß. Ce champ ma-
gnétique était dû au champ terrestre, ainsi qu’à la pompe ionique placée non loin
de la cellule. En outre, du fait de la présence de câbles EDF enfouis dans les
murs, le champ comprenait une composante oscillant à 50 Hz. Enfin, le champ
était également perturbé par une expérience située dans le même bâtiment (à
10 m environ), et qui produisait localement des champs de plusieurs teslas de fa-
çon intermittente (ce qui induisait un champ de quelques mG au niveau de notre
expérience).
Il était donc difficile de compenser le champ uniquement à l’aide de bobines
de compensation, comme on le fait si l’on veut simplement compenser le champ
terrestre : il eût fallu dans ce cas envisager un système d’asservissement, passa-
blement compliqué à mettre en 0153uvre. Nous avons préféré utiliser le blindage
en 03BC-métal que notre groupe possédait à la suite des dernières expériences en

micro-gravité [101 ; 102; 89, p. 64]. Malheureusement, ce blindage avait été conçu
pour être utilisé avec la cellule employée pour les premières expériences de piège
magnéto-optique [30, p. 89]. Les performances de cette cellule sont très inadap-
tées au refroidissement Raman, du fait du faible accès optique et des faces non
traitées. Toutefois, la situation financière de notre équipe ne nous permettait pas,
à l’époque, de commander une nouvelle cellule et un nouveau blindage (ce dernier
surtout étant fort coûteux).
Le blindage en 03BC-métal n’arrête pas totalement le champ magnétique (en
particulier à cause des trous y sont percés pour faire passer les faisceaux et pour
observer le piège). Nous avons dû recourir, en plus du blindage, à des bobines
de compensation. Elles assurent une compensation grossière du champ au niveau
du blindage. Ces bobines doivent être alimentées avec des alimentations assurant
une stabilité du courant à une précision de l’ordre de 10 , du même type que
-5
celles utilisées pour les diodes laser.

ii) Mesure du champ magnétique avec les atomes


Le magnétomètre de notre équipe permet de mesurer le champ magnétique
avec une grande précision. Néanmoins, celui-ci n’est pas uniforme et il est difficile
de placer ce magnétomètre sous vide, à l’endroit précis du piège magnéto-optique !
Nous avons donc dû imaginer une méthode atomique pour la mesure du champ
magnétique.
La solution que nous avons retenue consiste à utiliser encore les transitions
Raman, et à enregistrer un spectre avec des faisceaux Raman se propageant dans
le même sens et selon le même axe. Dans ce cas, la transition Raman n’est
1

1 Pour cela nous avons installé le cube C


4 sur une translation micro-contrôle On peut ainsi
faire coulisser le cube de manière à l’écarter du trajet des faisceaux Les faisceaux Raman
empruntent alors le même chemin, avec des polarisations orthogonales
43

pas sélective en vitesse, et l’on peut visualiser les différents sous-niveaux Zeeman
des deux niveau hyperfins du césium (fig. 1.11-a). En modifiant le courant des
bobines de compensation, on fait progressivement coïncider les différents pics en
un seul, puis on diminue la largeur de ce dernier. Finalement, on obtient un pic

de largeur 500 Hz, ce qui correspond à un champ magnétique résiduel de 0,2 mG


(fig. 1.11-b). Lors de la détection des vitesses atomiques, on disposera donc d’une
précision de /16,
rec soit 0,22 mm/s.
v
b) Optimisation de la séquence d’impulsions
L’optimisation de la séquence d’impulsions Raman a certainement été la partie
la plus fastidieuse de cette expérience. Nous avons procédé en trois étapes :
-

tout d’abord, nous avons étudié l’influence sur les atomes d’une impulsion
Raman unique. Nous avons pu ainsi vérifier les effets (déplacement lumineux,
élargissement du profil d’excitation, saturation) prédits par la théorie;
-

à partir de ces résultats, nous avons construit une séquence de départ, que
nous avons testée sur les atomes ;
-

enfin, nous avons progressivement optimisé cette séquence en modifiant


une à une ses impulsions.
Nous avons en outre dû minimiser certains effets parasites (excitation rési-
duelle non résonnante, excitation Raman dans le sens co-propageant).
i) Influence d’un impulsion Raman unique: les « trous» dans la das-
tribution
Méthode de test. Avant d’entreprendre le refroidissement Raman, nous
avons testé l’efficacité des impulsions de Blackman, et comparé leurs effets aux

prédictions théoriques. Nous devions en particulier calibrer le rapport puissance


lumineuse/fréquence de Rabi, afin de savoir pour quelle puissance les effets prédits
(déplacement lumineux, condition d’impulsion 03C0, élargissement du profil d’exci-
tation) devaient se produire. Ce facteur de conversion ne pouvait pas être connu
à l’avance, parce que le profil spatial des faisceaux Raman est très irrégulier 1 .
La présence de nombreux sous-niveaux Zeeman avec des coefficients de Clebsh-
Gordan différents est une autre complication que notre théorie ne prend pas en
compte.
Tester l’efficacité d’une impulsion Raman est a priori fort simple: il suffit
de préparer la mélasse, d’envoyer une seule impulsion Raman de durée et de
puissance déterminées, puis de sonder la distribution. On s’attend alors à ce que
l’impulsion « creuse un trou» dans cette distribution. La pratique s’avère plus
compliquée dans la mesure où le rapport signal sur bruit est faible (même en
répétant plusieurs fois l’expérience avec les mêmes paramètres et en moyennant
1 L’intensité lumineuse varie du simple au double sur une échelle de l’ordre du millimètre
44

FIG. 1.11 - Spectre Raman, réalisé avec 2 faisceaux se propageant dans le même
sens. Lorsque le champ magnétique n’est pas compensé, on reconnaît les tran-
sitions entre sous-niveaux Zeeman du césium (de nombreuses transitions sont
confondues à cause des valeurs voisines (au signe près) des facteurs de Landé
des niveaux |F = 3) et |F = 4>). Remarque: le spectre
er n’est pas centré sur
1
le désaccord nul; ceci est dû aux déplacements lumineux induits par les faisceaux
Raman.
45

lesignal). Cela est dû au fait que peu d’atomes se situent» là où l’on creuse le
«

trou ( i. e. ont une vitesse quasi-résonnante avec l’impulsion testée).


Pour augmenter le rapport signal sur bruit, il est possible de tester l’impulsion
en utilisant des faisceaux Raman se propageant dans le même sens
(i.e. dans la
configuration que l’on utilise pour compenser le champ magnétique). Dans ce cas,
pourvu que le champ soit bien compensé et que le désaccord 03B4 de l’impulsion soit
nul, tous les atomes contribuent au signal. Toutefois, cette méthode ne fournit
pas un résultat très satisfaisant parce que l’on ne teste pas les impulsions dans

les conditions où elles seront ensuite utilisées (les faisceaux Raman n’empruntent
pas le même chemin, donc n’ont pas, au niveau du piège, le même profil spatial).
La méthode que nous avons retenue est finalement la suivante : à l’aide de 16
impulsions de Blackman de courte durée (50 à 100 03BCs chacune), nous refroidissons
les atomes à environ rec
3 v Un tel refroidissement, au-dessus de la vitesse de recul,
.
est relativement facile et ne nécessite pas d’optimisation fine. Nous disposons ainsi
d’une densité dans l’espace xdes v plus élevée. On pourra ensuite tester l’impulsion
avec un rapport signal sur bruit bien meilleur.

Remarque : les atomes excités par l’impulsion creusant le trou sont ensuite
repompés par le repompeur Raman (et on sonde la distribution ensuite). Ceci
est un peu gênant car certains des atomes peuvent, après l’émission spontanée
d’un photon, « retomber dans le trou » (i.e. avoir une vitesse correspondant à
la zone testée), et donc fausser le profil de ce dernier. Afin d’obtenir un résultat
plus correct, nous avons essayé de ne pas repomper les atomes avant de sonder
la distribution. Cette méthode n’est toutefois pas la plus efficace, car les atomes
excités par l’impulsion-trou contribuent au signal de fluorescence quel que soit le
désaccord de l’impulsion-sonde. Il apparaît donc un décalage sur l’ensemble du
spectre, et donc une source de bruit supplémentaire qui vient limiter l’intérêt du
procédé.

Spectre de trou. Extraction des données. La figure 1.12 représente


le spectre d’un trou typique. Il a été réalisé avec une impulsion de Blackman
de 500 03BCs. On constate que le rapport signal sur bruit est convenable (mais
nous avons également dû tester des impulsions possédant des
paramètres moins
favorables).
Pour extraire d’une telle
figure des données quantitatives, nous avons ajusté
le spectre par une gaussienne (en ne retenant que le voisinage du trou). Une telle
méthode est critiquable d’un point de vue théorique, car le profil d’excitation
n’est pas du tout gaussien
. Toutefois, le médaillon de la figure 1.12 nous montre
1
que cet ajustement ne fournit pas de résultat aberrant. De toute façon, cette

1 Il eût fallu ajuster la courbe par le profil d’excitation théorique d’une impulsion de Bla-
ckman, mais ceci n’est réalisable en pratique que dans le régime des faibles puissances, là où le
profil se calcule par transformée de Fourier, dans le cas contraire, on ne dispose pas de formule
analytique pour ce profil d’excitation théorique
46

FIG. 1.12 - Profil d’excitation d’une impulsion de Blackman (« trou »), testé sur
des atomes . La durée de l’impulsion est 500 03BCs,
préalablement refroidis à 3v
rec
et sa puissance 0,2 fois la puissance maximale des faisceaux Raman. Les flèches
verticales représentent les fréquences de résonance des impulsions ayant servi
au pré-refroidissement (ainsi que la fréquence de l’impulsion créant le trou). En

médaillon, détail de la courbe au niveau du trou. La courbe en pointillés représente


l’ajustement par une gaussienne.

méthode est très pratique, puisqu’elle nous permet d’extraire simplement, pour
chaque valeur des paramètres (puissance et durée de l’impulsion), trois types de
données : la profondeur du trou (i.e. l’efficacité de l’excitation), sa largeur et son
centre (z.e. le déplacement lumineux).

Résultats de l’étude. Cette étude nous permet tout d’abord d’évaluer le


déplacement lumineux induit par les faisceaux Raman. La connaissance de ce
paramètre est en effet cruciale pour placer au bon endroit les impulsions d’une
séquence de refroidissement. On trouve comme attendu que le déplacement lu-
mineux ne dépend pas de la durée de l’impulsion, et dépend linéairement de sa
puissance. Lorsque l’impulsion des faisceaux Raman est maximale, le déplace-
ment lumineux est de -9,4 kHz. Ceci permet d’évaluer un facteur de conversion
puissance Raman/fréquence de Rabi effective.
On trouve ensuite que, comme le prédit la théorie, les caractéristiques géomé-
triques du trou (profondeur et largeur) ne dépendent que du produit puissance
x durée. Le seuil d’élargissement du trou est conforme à ce que prédit la théo-

rie, compte tenu du facteur de conversion précédemment évalué. Par contre, la


profondeur du trou ne présente pas d’oscillations de Rabi, et la probabilité d’ex-
citation ne vaut jamais 1, mais au maximum 0,5. Cela est dû aux irrégularités
47

du profil spatial des faisceaux Raman et aux valeurs disparates des coefficients
de Clebsch-Gordan, qui font que, en fonction de leur position où du sous-niveau
Zeeman dans lequel ils sont, tous les atomes ne « voient »pas les faisceaux Raman
avec la même puissance, et donc ne vérifient pas la condition d’impulsion 03C0 en

même temps.

ii) Recherche de la séquence ad hoc

Fabrication de la séquence préliminaire. Nous avons pour commencer


fabriqué une séquence préliminaire en utilisant le programme de résolution de
l’équation de Schrödinger. Cette résolution permet, pour une séquence donnée,
de fabriquer un profil d’excitation théorique (comme celui de la figure 1.2). Nous
avons retenu une séquence n’excitant pas les atomes de vitesse nulle, et dont le

profil d’excitation est suffisamment étroit. Pour ce faire, nous avons utilisé des
impulsions de Blackman de durée, amplitude et désaccord variables. Les plus
longues impulsions (i.e. celles dont le profil d’excitation est le plus étroit) ont
une vitesse résonnante plus proche de 0. Cette séquence a ensuite été testée à

l’aide d’un programme de simulation de Monte-Carlo. Ce programme est l’0153uvre


de Guglielmo Tino et de Jakob Reichel [80].
Après cette optimisation théorique, nous avons transporté la séquence sur
l’expérience. Nous avons corrigé la fréquence de chaque impulsion, de façon à tenir
compte des déplacements lumineux, que nous savons prévoir grâce aux résultats
du paragraphe 1.3.b.i (p. 43).
Nous avons également dû tenir compte de certaines contraintes expérimen-
tales. Tout d’abord, la durée totale de la séquence de refroidissement ne peut pas
excéder 30 ms. Passé ce délai, les atomes, du fait de la gravité, sont sortis des
faisceaux Raman (dont la taille est de l’ordre du cm). En outre, la puissance des
faisceaux Raman est limitée: pour un désaccord 0394 de 203C0 2,7 GHz, la fréquence
de Rabi effective 03A9 ne peut pas dépasser 2.10
5 rad/s. Par conséquent, si l’on sou-
haite que les impulsions aient une efficacité raisonnable (z.e. de l’ordre de 0,5), il
n’est pas possible qu’elles aient une durée inférieure à 30 03BCs.

Optimisation de la séquence. Une fois la séquence préliminaire établie,


il a fallu l’optimiser, c’est-à-dire minimiser la largeur du pic d’atomes refroidis,
tout en maintenant à un niveau raisonnable le pourcentage d’atomes dans ce pic.
Une telle optimisation s’est avérée particulièrement fastidieuse (et a nécessité
de longues nuits de travail) en raison du grand nombre de paramètres dans le
problème.
En fait, l’optimisation a essentiellement porté sur deux points: l’ordre de
passage des impulsions et le nombre de répétitions de la séquence d’une part, et
les paramètres des impulsions Raman (durée, désaccord et puissance de chacune)
d’autre part. Pour ce qui est de l’ordre, nous avons choisi d’envoyer d’abord
toutes les impulsions de vitesse résonnante négative, puis toutes celles de vitesse
48

résonnante positive. Nous recommençons ensuite l’ensemble de la séquence, de


façon à permettre aux atomes d’effectuer leur marche au hasard dans l’espace
des vitesses
.
1
L’optimisation des paramètres des impulsions Raman a porté presque exclu-
sivement sur les impulsions les plus « proches »(en terme de vitesse résonnante)
de v =
0, le but étant de fabriquer un profil d’excitation suffisamment étroit tout
en n’excitant pas les atomes de vitesse nulle.

iii) Minimisation de quelques effets parasites


Choix du désaccord 0394. Le choix du désaccord 0394 a été retenu en fonction
des critères suivants :
-

l’excitation non résonnante par l’un des faisceaux Raman ne doit pas per-
turber le refroidissement Raman ;
-

les déplacements lumineux induits par les faisceaux Raman doivent être
les mêmes pour tous les sous niveaux Zeeman ;
-

la fréquence de Rabi effective 03A9 doit être suffisante.


Si la troisième condition tend à minimiser 0394, les deux premières tendent à le
maximiser. En particulier, la deuxième condition nécessite que 0394 soit grand de-
vant la structure hyperfine de l’état fondamental
2(203C0 9,192 GHz), ce qui est
impossible à vérifier du fait de la faible puissance de nos lasers Raman. De fait,
l’inhomogénéité des déplacements lumineux, ainsi que l’excitation résiduelle vers
|e> sont les deux facteurs qui ont limité la température finale. Finalement, nous
avons travaillé avec des désaccords 0394/(203C0) compris entre 1,7 et 4,5 GHz
.
3
Nous avons testé l’effet de l’excitation non résonnante en comparant l’effi-
cacité du refroidissement pour différentes valeur de 0394. Pour ce faire, on corrige
l’amplitude de chaque impulsion de façon à avoir la même fréquence de Rabi ef-
fective 03A9. Par rapport à la courbe de référence où 0394 203C0 x4,2 GHz, on constate
=

une perte d’efficacité de 30 % lorsque 0394 =


203C0 2,7 GHz, et une perte encore
plus importante lorsque 0394 203C0 1,7 GHz (à un tel désaccord, un atome a une
=

probabilité 1/2 d’être excité de façon non résonnante pendant la durée totale de
la séquence).

Lepic co-propageant ». Regardons la figure 1.10. En plus de la courbe


«

gaussienne correspondant à la distribution thermique, on constate la présence


d’un petit pic à désaccord nul. Ce pic ne peut être assimilé à du bruit sur le

1 Afin de gagner du temps, nous ne répétons pas, lors des derniers passages, les impulsions
dont la vitesse résonnante est le plus éloignée de 0 (voir la table 1.2) Ces impulsions sont
inutiles, car, après quelques sauts dans l’espace des vitesses, les atomes ne quittent plus la zone
comprise entre +4 v rec et -4 v
rec
2 Voir à ce sujet le raisonnement p 120
3 Je rappelle qu’il n’est pas avantageux que |0394| soit trop proche de 9 GHz
49

spectre (il reste présent d’une fois sur l’autre). Il est également présent après le
refroidissement Raman (petite saillie présente sur la courbe continue de la figure
1.13, à gauche du pic principal).
Il s’avère que ce pic est lié à la réflectivité résiduelle des faces de notre cellule.
Une partie de l’un des faisceaux Raman est réfléchie au niveau de la face de
sortie de la cellule, de telle sorte qu’elle repasse sur les atomes. Cette réflexion se
propage donc dans le même sens que l’autre faisceau Raman (pas tout-à-fait selon
le même axe cependant, les faces de la cellule n’étant pas orthogonales à l’axe de
propagation des faisceaux). Si le désaccord 03B4 est nul, une résonance Raman peu
sélective en vitesse se produit. Cette résonance est à l’origine du pic de la figure
1.10. Nous avons pu limiter l’importance de ce pic en diminuant la taille des
faisceaux Raman, à l’aide de fentes verticales (de façon à limiter le recouvrement
au niveau du piège), mais non le faire disparaître complètement.

Pour éviter que cet effet parasite vienne perturber le refroidissement Raman,
il n’y a qu’une seule solution : s’arranger pour qu’aucune impulsion de la séquence
ne possède de désaccord 03B4 trop proche de 0 (à quelques centaines de Hertz
près).

4. Résultat expérimental
a) Présentation du résultat
La figure 1.13 présente un résultat expérimental typique. La courbe continue
représente la distribution en vitesse obtenue par un refroidissement Raman de
24 ms, et 0394 =4,2 GHz. On obtient un pic centré sur la vitesse nulle, 5 fois plus
haut que la distribution initiale. Ce pic contient 37 % des atomes. En pointillés
figure la distribution en vitesse de la mélasse, mesurée après le même délai de
24 ms mais sans refroidissement Raman. La température de cette distribution
non refroidie vaut 5,9 03BCK. L’aire de la courbe
(qui est proportionnelle au nombre
d’atomes), est, à 5 % près, la même dans les deux cas (avec et sans refroidisse-
ment). Pendant ce délai de 24 ms, 17 % des atomes sont perdus du fait de la
gravité qui les expulse en dehors de la zone irradiée par les lasers. Les carac-
téristiques des impulsions de la séquence utilisées sont présentées dans la table
1.2.
Nous avons mesuré la largeur du pic refroidi en l’ajustant avec une gaussienne.
Il est bien évident qu’il s’agit d’une opération arbitraire d’un point de vue théo-
rique (puisque ce pic n’a aucune raison d’être gaussien), mais c’est un moyen
commode pour évaluer l’efficacité du refroidissement. Pour ce faire, nous avons
donc effectué un agrandissement de la figure au niveau du pic (médaillon de la
figure 1.13.a), et nous avons calculé la gaussienne la plus proche en utilisant le
logiciel Easyplot.
L’expression de la gaussienne est
50

FIG. 1.13 - Refroidissement Raman d’atomes de césium, utilisant une séquence de


durée totale 24 ms, détaillée dans la table 1.2. a) : résultat expérimental. En poin-
tzllés, la distribution de la mélasse (sans refroidissement Raman), de température
5,9 03BCK. En continu, la distribution refroidie. En médaillon, agrandissement du
pic refroidi et ajustement avec une gaussienne. Elle correspond à une température
effective de 23±5 nK (cf. texte). b) : probabilité d’excitation par les impulsions de
la séquence, calculée en résolvant l’équation de Schrödinger (cf. p. 24). Elle a été
tracée en tenant compte des déplacements lumineux, évalués expérimentalement
(§ 1.3.b.i).

F étant le signal de fluorescence, et v la vitesse atomique. Les coefficients a, b,


c et d sont calculés par le logiciel. Après le calcul de l’ordinateur, on obtient

une gaussienne dont la ligne de base (i.e. le coefficient d) ne correspond à rien

de particulier (et notamment, elle ne coïncide pas avec la ligne de base de la


distribution initiale). Nous avons également essayé d’ajuster la gaussienne en
imposant le coefficient d. En fonction de la valeur que l’on donne à d, on trouve,
pour la largeur b, un résultat différent à 50 % près. Nous avons retenu la solution
où l’on impose la base de la gaussienne au sommet de la distribution initiale. Elle
fournit pour b un résultat intermédiaire, comparé à d’autres solutions également
raisonnables (ce n’est ni le plus pessimiste, ni le plus optimiste).
La gaussienne obtenue a une largeur quadratique moyenne de 1,2±0,1 mm/s,
0,34 v De cette largeur nous avons extrait une « température » : 23 ± 5 nK.
soit rec
.
Il s’agissait à l’époque de la température la plus basse jamais observée (un record
dépassé depuis), mais n’oublions pas que ce n’était que du refroidissement à 1D !
51

TAB. 1.2 - Caractéristiques de la séquence utilisée pour obtenir le résultat de la fi-


gure 1.13. La séquence contient 8 impulsions de vitesse résonnante (v ) positive,
res
et 8 de vitesse résonnante négative. Elle est appliquée 7 fois, parfois de façon zn-
complète (3 dernières lignes du tableau). Le sens du repompeur Raman (4 e ligne)
est inversé pour les impulsions de vitesse résonnante proche de 0. Les amplitudes
e ligne) valent1 lorsque toute la puissance Raman disponible est utilisée. Rap-
(6
rec =203C0 8 kHz, et que du fait de l’effet de recul (éq. (1.3)), la
pelons que 2kv
résonance se produit pour 03B4=203C0 8 kHz. Les vitesses résonnantes (3 e ligne) sont
calculées sans tenir compte des déplacements lumineux.

b) Temps de refroidissement
Nous avons tracé, en fonction du nombre de répétitions de la séquence de la
table 1.2, la hauteur et la largeur du pic refroidi. Ceci nous a permis de calculer
le temps de refroidissement 1/e: on trouve 18 ms.
Nous nous sommes demandés si nous pouvions comparer ce temps de refroi-
dissement à celui de l’expérience sur le sodium [76], qui est 1,5 ms. Ce temps
est intrinsèquement lié aux durées des impulsions, elles mêmes inversement pro-
portionnelles à la largeur finale souhaitée de la distribution en vitesse. Si cette
largeur s’exprime comme une fraction de la vitesse de recul, alors le temps de
refroidissement est proportionnel à M/k
. Dans ces conditions, notre temps de
2
refroidissement est similaire à celui obtenu avec le sodium.

5. Conclusion
Cette expérience a donc permis de transposer sur le césium l’expérience de
refroidissement sub-recul 1D réalisée sur le sodium par Mark Kasevich et Steven
Chu [76]. Nous avons obtenu un résultat comparable au leur, en ce qui concerne
la largeur de la distribution en vitesse finale (exprimée en unité de recul), le
pourcentage d’atomes refroidis, et le temps de refroidissement. Notre expérience
52

représente en outre une simplification dans la mesure où tous les lasers sont des
diodes.
Toutefois, comme je l’ai dit dans l’introduction de ce chapitre, cette expérience
n’est qu’un début. Lorsque nous l’avons achevée, à l’été 1994, plusieurs voies de
continuation étaient possibles :
-

tout d’abord, nous pouvions améliorer cette expérience, de façon à obtenir


une « température » encore plus basse. Nous pouvions notamment augmenter la

puissance des lasers Raman (grâce à l’utilisation d’une deuxième paire de diodes,
injectées par les premières), et augmenter le désaccord 0394 de façon à homogé-
néiser les déplacements lumineux induits par les faisceaux Raman et à diminuer
l’excitation résiduelle vers |e>. Une autre amélioration consistait à utiliser une
cellule traitée anti-reflets (pour supprimer le pic « co-propageant »), et à utiliser
un blindage en 03BC-métal à double couche. Cette voie a été suivie par Jakob Reichel

et al. [79, 80]. Toutefois, les résultat qu’ils ont obtenus n’auraient pas été aussi
spectaculaires sans les idées de François Bardou sur les vols de Lévy [85]. A l’aide
de quelques impulsions en créneaux seulement, ils ont en effet pu obtenir une
«
température» 1D de l’ordre du nanokelvin ;
-

nous envisagions également de généraliser l’expérience à 2 dimensions, ce

qui ne posait pas de difficultés de principe. Toutefois, l’expérience avait déjà été
réalisée sur le sodium [77]. Cette voie ne constituait donc pas une étude originale.
En outre, la généralisation à 3D était compliquée par la gravité qui accélère les
atomes. Réaliser le refroidissement à 3D en microgravité aurait pu constituer une
possibilité intéressante mais coûteuse ;
pour réaliser le refroidissement Raman à 3 dimensions, nous avons préféré
-

utiliser des atomes confinés. Nous avons pour cela construit un nouveau piège (le
piège opto-électrique) adapté à une telle expérience. Le refroidissement Raman
d’atomes confinés diffère sensiblement du refroidissement d’atomes libres. Aussi
vais-je maintenant consacrer un chapitre à sa description théorique.
Chapitre 2

Théorie du refroidissement
Raman dans un piège
harmonique

CHAPITRE entièrement consacré à la théorie du refroidissement Ra-


sera

CE man à 3 dimensions. Je supposerai que les atomes sont confinés au fond

d’un piège harmonique idéal, sans me préoccuper pour l’instant de la réalisa-


tion pratique de ce piège. Je rappelle que le refroidissement Raman 3D d’atomes
libres est compliqué par la présence de la gravité, qui accélère les atomes à des
vitesses supérieures à vrec en des temps bien inférieurs aux temps typiques de
.
1
refroidissement
On pourrait craindre que la force confinante vienne perturber le fonctionne-
ment du refroidissement Raman. En fait, il s’avère que la présence du piège, loin
d’être une gêne, constitue en réalité un atout. En particulier, si le piège est aniso-
trope, on peut refroidir les atomes à 3 dimensions en utilisant une seule paire de
faisceaux Raman. Si en effet on refroidit selon la direction x (supposée différente
des axes propres du piège), la redistribution des vitesses dues aux oscillations des
atomes induit un refroidissement selon y et z. Cette technique est bien connue
depuis la fin des années 70, puisqu’elle a été appliquée au cas des ions piégés [103,
104].
De plus, l’absence de refroidissement, la vitesse des atomes selon x n’est
en

plus constante, du fait des oscillations. Par conséquent, on peut effectuer du


refroidissement Raman avec des faisceaux continus, les atomes étant amenés à
résonance par leurs oscillations. Toutefois, l’utilisation d’impulsions ne doit pas
non plus être écartée. En choisissant leurs paramètres de façon judicieuse, le

1. Il est certes possible de réaliser un glissement en fréquence des faisceaux verticaux, de


façon à accompagner les atomes lors de leur accélération due à la gravité. Cette solution est
toutefois extrêmement difficile à mettre en 0153uvre, car elle nécessiterait de travailler dans une
colonne de plusieurs mètres de hauteur En outre, la position des faisceaux horizontaux devrait
également accompagner la position du nuage atomique
54

refroidissement en impulsions peut en effet être beaucoup plus efficace que le


refroidissement continu.
Lorsque l’on refroidit des atomes confinés, on réduit l’amplitude de leur tra-
jectoire. Cette réduction a lieu aussi bien dans l’espace des vitesses que dans
l’espace des positions. Si par exemple on réduit d’un facteur 03B1 la vitesse quadra-
tique moyenne des atomes, on réduit aussi d’un facteur 03B1 l’extension spatiale du
nuage atomique (du fait de l’harmonicité du piège). On augmente donc d’un fac-
teur 03B1
6 le paramètre 03C1~ DB = h/~203C0Mk
DB (où 03C1 est la densité atomique, et ~
3 T
B
la longueur d’onde de de Broglie des atomes), qui est le paramètre caractérisant
la présence ou l’absence d’effets quantiques collectifs (voir la deuxième partie de
cette thèse). Le refroidissement d’atomes confinés permet donc de se rapprocher
«
plus vite» de la condensation de Bose-Einstein (en comparaison, le refroidisse-
ment Raman d’atomes libres (pour lequel on oublierait la gravité) ne fait gagner
qu’un facteur 03B1
3 sur ).DB
3
03C1~
Rappelons que le refroidissement Raman n’est pas aujourd’hui la meilleure
méthode pour obtenir de très basses températures. La condensation de Bose-
DB 2,612) a ainsi été obtenue par refroidissement évaporatif [63],
Einstein (03C1~
3 =

une technique qui repose sur les collisions élastiques entre atomes froids (ce n’est

donc pas du refroidissement laser). L’expérience de refroidissement Raman dans


un piège dipolaire réalisée par l’équipe de Steven Chu [105] n’a quant-à elle ob-

tenu que 03C1~


DB
3 ~ 10 . L’étude que je présente ici a été effectuée bien avant
-2
que les deux expériences que je viens de citer aient été réalisées. S’il est clair
que nous n’avons pas choisi la voie la plus efficace, il était difficile de le prévoir
à l’époque. En outre, le condensat produit par l’équipe de Cornell ne contient
que 2 000 atomes. Le refroidissement Raman (combiné au refroidissement évapo-
ratif) constitue encore un bon candidat pour fabriquer un condensat contenant
davantage d’atomes, ce qui permettrait de tester la théorie quantique dans des
conditions plus confortables. Signalons aussi que le refroidissement Raman peut
permettre (si l’on utilise un piège optique) de travailler sans champ magnétique,
une caractéristique très appréciable, par exemple pour la fabrication d’une hor-

loge.
Ce chapitre entièrement théorique sera essentiellement consacré au refroidis-
sement Raman continu, qui est beaucoup plus simple à modéliser que le refroi-
dissement en impulsions. Ce dernier sera toutefois abordé dans la section 2.5. Je
commencerai (section 2.1.a) par introduire le principe du refroidissement et ex-
poserai les méthodes existant dans la littérature qui permettent de résoudre des
problèmes similaires. Dans la section 2.2, je me placerai dans le cas d’une raie de
largeur (effective) nulle. Je mettrai notamment en évidence l’existence d’un seuil
de refroidissement de l’ordre de la température de recul. La section 2.3 étudiera
le cas où la largeur de la raie est finie. A 1 dimension, il existe un moyen de ré-
soudre le problème de façon analytique. Par contre, le seul moyen d’investigation
du problème à 3D est la simulation de Monte-Carlo. Enfin, la section 2.4 sera
consacrée aux problèmes de temps de refroidissement.
55

Remarque en dehors du refroidissement Raman et du refroidissement évaporatif, il existe


d’autres méthode de refroidissement d’atomes piégés. L’une de ces méthodes, qui fonctionne
dans un piège magnétique, utilise le principe du refroidissement Sisyphe [78, 106-109]. Elle tire
parti du fait qu’un piège magnétique ne piège pas tous les sous-niveaux Zeeman de la même
façon On peut donc s’arranger pour que l’atome, lorsqu’il ralentit (i.e. convertit sons énergie
cinétique en énergie potentielle), soit dans un sous-niveau Zeeman de moment magnétique
élevé (i e pour lequel les pentes du piège sont raides) Lorsque la vitesse de l’atome s’annule,
et avant que celui-ci n’accélère à nouveau, on le fait basculer dans un niveau de faible moment
magnétique Cette méthode s’avère toutefois limitée, car elle ne permet pas d’atteindre des
températures sub-recul

1. Présentation générale du refroidissement


d’atomes confinés
a) Principe du refroidissement dans un piège
z) Dispositif utzlzsé

FIG. 2.1 - La structure atomique à 3 niveaux et les faisceaux utilisés.

Je supposerai que les atomes possèdent la structure à 3 niveaux introduite


au chapitre 1, et à représentée sur la figure 2.1. J’utiliserai également
nouveau

le même système de faisceaux. Je rappelle que les 2 faisceaux A et B créent un


processus Raman stimulé, qui est équivalent (au recul près) à une micro-onde, de
fréquence de Rabi 03A9 dont l’expression est donnée par l’équation (1.2), p. 21. Ce
processus Raman fait passer les atomes de l’état |1> vers l’état |2>. La résonance
se produit pour
56

A et k
k B étant les vecteurs d’ondes des faisceaux A et B, et 03C5 la vitesse de
l’atome. La sélectivité en vitesse de la transition est donc maximisée quand les
deux faisceaux se propagent en sens opposé. J’ai posé

où A
03A9 et B
03A9 sont les de Rabi des faisceaux A et B.
fréquences
Le troisième faisceau C (appelé repompeur) excite les atomes de |2> vers |e>,
le retour dans |1> se faisant ensuite par émission spontanée. Ceci introduit l’irré-
versibilité nécessaire à tout processus de refroidissement. Lorsque les 3 faisceaux
sont présents en même temps (refroidissement continu), et lorsque la puissance
des faisceaux est suffisamment faible, le profil d’excitation est lorentzien, la lar-
geur de la lorentzienne étant donnée par

C étant la fréquence de Rabi du faisceau repompeur C. Tout se passe en fait


03A9
comme si l’on était en présence d’un atome à deux niveaux |1> et |2>, la durée de
vie du niveau |2> étant artificiellement rendue finie à l’aide du repompeur C.
En plus des faisceaux, les atomes sont soumis à une force dérivant d’un po-
tentiel harmonique dont l’expression générale est

où K est le tenseur de rappel et R la position de l’atome. Le piège est supposé


suffisamment profond pour compenser la gravité, la force de pesanteur pouvant
alors être incluse dans l’expression (2.4) par changement d’origine des coordon-
nées. L’harmonicité du piège n’est pas indispensable, mais facilitera les calculs.
Je supposerai en outre que le potentiel (2.4) vu par les atomes est le même
pour l’état |1> et pour l’état |2>. Je présenterai au début du chapitre 3 (§ 3.1,
p. 118) quelques exemples de pièges remplissant cette condition ; nous verrons que
le piège dipolaire très désaccordé ainsi que le piège opto-électrique conviennent.
Par contre, le piège magnétique ne convient pas.

ii) Effets attendus


Pour comprendre le mécanisme du refroidissement, nous nous situons dans
le où le mouvement des atomes peut être traité classiquement. Plaçons-nous
cas

pour commencer à une dimension (fig. 2.2). Un atome décrit, dans l’espace des
phases et sous l’action du potentiel, une trajectoire elliptique. Supposons que
les faisceaux Raman sont colinéaires, de sens opposé, et posons k ~ ~ ~
A
~k
~. Lorsque la vitesse de l’atome est telle que 2kv 03B4
B
~k , celui-ci entre en
eff
=

résonance. En effectuant la transition du niveau |1> vers le niveau |2>, puis en


57

FIG. 2.2 - Principe du refroidissement d’un atome piégé à une dimension.

étant pompé optiquement, il encaisse l’impulsion des différents photons absorbés


ou émis. Après la transition, la trajectoire est une ellipse de taille différente. Le

processus est réitéré jusqu’à ce que l’atome atteigne une ellipse assez petite pour
ne plus couper la droite résonnante. L’atome ne pouvant plus être à nouveau
résonnant sera définitivement refroidi.
A 2 ou 3 dimensions, le principe est analogue (fig. 2.3). J’ai représenté l’espace
des vitesses à 2D (il est impossible de représenter l’espace des phases complet qui
est à 4D ou à 6D). Les axes x et y sont les axes propres du piège. Comme les
énergies directionnelles

sont des constantes du mouvement, les atomes décrivent des trajectoires inscrites
dans des rectangles d’équations :

La résonance se produit pour A-k


(k )·v
B , c’est-à-dire sur une droite,
eff
03B4
=

orthogonale à la direction des faisceaux Raman lorsque ceux-ci sont colinéaires.


Les impulsions encaissées lors de l’excitation auront pour effet de changer les
constantes du mouvement, et le processus est ensuite réitéré jusqu’à ce que la
trajectoire soit inscrite dans un rectangle ne coupant pas la droite résonnante. Si
les faisceaux Raman sont parallèles à l’un des axes propres du piège, les énergies
suivant les autres directions ne seront modifiées que via le photon spontané, en
moyenne nul mais qui induit un chauffage. Il est clair qu’alors le refroidissement
ne pourra pas se faire. D’où la nécessité de choisir la direction des faisceaux hors
58

FIG. 2.3 - Principe du refroidissement d’un atome piégé à deux dimensions.

des plans de symétrie du piège, et par suite, que les trois fréquences d’oscillation
soient toutes différentes.
Remarques :
-

la description du refroidissement que je viens de faire est une description


à un atome. Dans toute cette étude, je ne tiendrai pas compte des effets d’in-
teraction entre plusieurs atomes qui peuvent se produire (collisions élastiques et
inélastiques, diffusion multiple de photons résonnants). Je ne tiendrai pas non
plus compte des effets statistiques, à l’origine du fonctionnement du « laser à
atomes» [110], dans lequel l’« émission stimulée » d’un atome dans un mode du
piège déjà occupé accélère le refroidissement ;
-

a priori, les distributions en énergie que l’on obtient par refroidissement

Raman ne sont pas thermiques. Il est donc abusif de parler de « refroidissement»


(on veut simplement dire que l’énergie des atomes décroît) ;
-

dans toute la suite, je désignerai par par « vitesse résonnante» la quantité


définie par

Le paramètre ~ sera défini par

Je me placerai le plus souvent dans le cas où les 3 faisceaux sont colinéaires. Dans
59

ce cas, on a les relations

b) Le modèle de Pritchard
Dans ce paragraphe, je vais présenter un modèle qualitatif introduit par
Pritchard [78, pages 68-72; 106]. Ce modèle permet d’apporter quelques indica-
tions sur la limite du refroidissement (i.e. la température finale accessible), ainsi
que sur le temps de refroidissement. Nous verrons notamment que la largeur de
la raie 0393 joue un rôle primordial. Signalons que, contrairement à la description du
principe du refroidissement que je viens de faire, ce modèle ne tient pas compte
du mouvement des atomes dans le piège.
Supposons que les atomes soient confinés, dans l’espace des vitesses, dans
un disque (ou une boule) R , de rayon de l’ordre de la vitesse de recul v
r rec =
0127k/M (expérimentalement cet ordre de grandeur peut être atteint avec un piège
magnéto-optique ou une mélasse). Avec un faisceau de profil spectral lorentzien
de largeur finie 0393, on cherche à les refroidir sous une vitesse v
f(fig. 2.4), i.e. dans
la région R .
f

FIG. 2.4 - Raisonnement de Pritchard.

La zone résonnante, assimilée à l’intersection d’une bande de largeur 0393/k et


de R
, a
r pour volume, en unité de vitesse (à une constante multiplicative sans
dimension près)
60

n étant la dimension. En divisant par le volume de R, c’est-à-dire (v


r , on
n
)
rec
obtient la probabilité, pour un atome situé hors de ,
f
R d’être résonnant (indé-
pendante de la dimension) :

Le taux d’excitation d’un atome à résonance étant

on déduit la probabilité par unité de temps, pour un atome oscillant dans,


r
R
déjà refroidi ou non, et ayant une densité de présence uniforme, d’être excité de
façon résonnante:

où 03A0 est la proportion d’atomes déjà dans la zone R. On suppose que l’atome
f
excité peut retomber dans r
R avec une probabilité uniforme. Il tombera dans R
f
avec la probabilité

Le taux de remplissage de fsera donc


R

Les atomes de R fpourront quant à eux être excités de façon non résonnante,
f » 0393):
d’où le taux de départ de cette zone (si kv

La proportion 03A0 d’atomes refroidis évoluera finalement selon l’équation différen-


tielle

En annulant le premier membre de (2.10), on peut déduire la valeur de 03A0 à


l’état stationnaire ; on obtient
61

D’autre part, on peut estimer le temps de refroidissement, qui vaut

Pour des valeurs typiques (à 3D) de 03A9 ~ 0,03 kv, 0393 ~ 0,1 kv
rec ,v
rec f~ 0,5 ,
rec
v
et en prenant la valeur du césium kv 2,4.10
rec =
4 rad/s, on obtient

D’autre part, on peut évaluer la température minimale accessible (i.e. la plus


petite valeur de fv compatible avec un refroidissement efficace) en supposant
qu’elle correspond au cas où 03A0 1/2; on obtient
=

On constate donc que la largeur effective de la raie 0393 joue un rôle primordial vis-
à-vis de la température accessible. Signalons que cette vitesse limite ne dépend
pas de 03A9.
Remarque : ce modèle ne rend pas compte de tous les effets entrant en jeu dans
le refroidissement. En particulier, il ne traite correctement ni la redistribution des
vitesses induite par les processus d’absorption/émission spontanée, ni le rôle des
oscillations dans le piège. Avant de passer à une théorie plus poussée, je vais
rappeler brièvement quelques études qui ont précédemment été faites sur le sujet.

c) Les théories semi-classiques du refroidissement d’atomes


confinés
Nous avons vu lorsque les faisceaux Raman et le repompeur sont continus,
que,
ils agissent sur l’atome de façon analogue à un faisceau unique, quasi-résonnant
avec une transition à deux niveaux. Par conséquent, on s’attend à ce que le

refroidissement Raman continu ait un comportement analogue au refroidissement


Doppler sur une raie étroite. Le refroidissement Doppler d’atomes confinés a
déjà été étudié au début des années 80. Les résultats que je présente ici figurent
dans [111, section V].
Le problème comporte trois paramètres ayant la dimension d’une fréquence :
, la largeur de la raie 0393, et enfin la
la fréquence d’oscillation dans le piège 03C9
x
pulsation de recul
62

où k ~ A
k ~ k . En fonction des valeurs respectives de ces 3 paramètres, le
B
système fonctionne selon différents régimes. L’objet de ce paragraphe est de pré-
senter ces différents régimes de fonctionnement, ainsi que les méthodes d’étude qui
correspondent (ces méthodes se restreignent en général à une dimension). Nous
verrons alors dans quelle mesure elles sont applicables au cas qui nous intéresse
du refroidissement sub-recul.

i) Le régime de l’atome lourd


« 0393)
(03C9
x
Comme pour tout refroidissement Doppler, l’énergie la plus basse que peu-
vent atteindre les atomes est de l’ordre de 01270393 (si 0393 ), ou de 012703C9
> 03C9
rec rec (si
0393 < 03C9 x « 0393), cette énergie est très
) [112]. Dans le cas d’un piège lâche (03C9
rec
supérieure au quantum d’énergie du mouvement dans le piège 012703C9
. Autrement
x
dit, le mouvement atomique peut être traité semi-classiquement. En outre, l’ex-
citation de l’atome par la lumière et l’émission spontanée ont lieu en un temps
court devant la période d’oscillation : la vitesse de l’atome ne joue vis-à-vis du
processus d’interaction atome/lumière que le rôle d’un paramètre. Le mécanisme
du refroidissement est celui présenté au paragraphe 2.1.a.ii (dans lequel j’avais
implicitement fait les hypothèses du présent paragraphe).
La densité atomique dans l’espace des phases (c’est-à-dire la fonction de
Wigner W(R,P)) peut être évaluée à 1D par un traitement de type Fokker-
Planck [113]. Ce traitement consiste à développer W sous la forme

Il faut donc que la fonction de Wigner varie lentement sur une échelle d’impulsion
de l’ordre de 0127k. La largeur de la distribution finale en vitesse étant de l’ordre de
0393/k, on en déduit que ce traitement impose la condition

Dans le où la condition (2.15) n’est pas remplie, il n’existe pas, à ma


cas

connaissance, de méthode analytique de résolution du problème. Ce dernier peut


toutefois être traité numériquement, par une discrétisation de l’équation intégro-
différentielle, ou encore une simulation de Monte-Carlo.

ii) Le régime de l’atome rapide (03C9


x » 0393)
Dans le cas où la fréquence d’oscillation est élevée (03C9
x » 0393), le processus
d’interaction atome/lumière n’est plus localisé à un endroit précis de la trajectoire
de l’atome. Dans ce cas, il convient de ne plus raisonner en termes de vitesse
et de position, mais en termes de fréquence. Soit 03C9
L la fréquence de la micro-
onde équivalente (dans le cas qui nous intéresse du refroidissement L Raman, 03C9 =
A
03C9 ). Du fait de l’oscillation dans le piège à la fréquence 03C9
- 03C9
B , tout se passe,
x
63

du point de vue de l’atome, comme si le faisceau était muni de bandes latérales,


à la fréquence 03C9 , où n ~ Z. Si le désaccord 03B4
L + n03C9
x eff est un multiple entier
de 03C9
x (et s’il est négatif), l’atome peut entrer en résonance; ce dernier perd
alors quelques quanta d’énergie mécanique, qui servent à compenser le déficit
d’énergie du photon. C’est le principe du refroidissement par bandes latérales,
réalisé expérimentalement pour des ions piégés par Neuhauser et al. [114].
, le refroidissement peut
Lorsque l’énergie des atomes est grande devant 012703C9
x
être décrit de manière semi-classique [115]. On a encore recours à une équation
de Fokker-Planck, mais différente de celle utilisée dans le cas des atomes lourds.
On utilise cette fois-ci les variables action et angle, (l’énergie est une constante
du mouvement en l’absence de refroidissement), tirant parti du fait que le temps
typique de refroidissement est très long devant la période d’oscillation. Comme
rec « 0393.
au paragraphe 2.1.c.i, la méthode nécessite que 03C9

iii) Le régime de Lamb-Dicke


Lorsque l’énergie des atomes cesse d’être grande devant 012703C9
x (et notamment, si
x
03C9 » 0393, à la fin du processus de refroidissement), il n’est plus possible d’utiliser
une méthode semi-classique. Il faut quantifier le mouvement des atomes. Si l’on
note |n>
et|n’> deux états quantiques du piège (en se plaçant à 1D), a et a ~
les opérateurs d’annihilation et de création, et R l’opérateur position, on peut
effectuer le développement

où le paramètre 03B6
0 est défini par

Le développement (2.16) n’est donc valable que lorsque

c’est la condition de validité du régime de Lamb-Dicke. Par contre, aucune res-


triction n’a besoin d’être faite sur 03C9
/0393.
x
Lorsque la condition (2.18) est remplie, le niveau |n> n’est couplé en première
approximation qu’avec les niveaux voisins |n + 1) et |n - 1). Dans le régime de
Lamb-Dicke, on exploite cette propriété [116, 117]. Le principe est d’écrire une
équation maîtresse sur les populations des niveaux du piège, i.e.
64

p étant la matrice densité. Cette équation maîtresse est de la forme

+
A - étant des coefficients
et A qui dépendent de l’intensité
et du désaccord de
la micro-onde équivalente, mais denon
n.

L’état stationnaire du refroidissement s’obtient en écrivant la condition du


bilan détaillé. On trouve que la température finale est de l’ordre de 01270393/k
. Dans
B
x » 0393,
le cas où 03C9 tous les atomes sont donc dans l’état fondamental du piège.
Si l’on est de plus en présence d’un grand nombre d’atomes, il devient alors
nécessaire de tenir compte des effets quantiques collectifs, qui viennent modifier
le processus de refroidissement [118].

iv) Récapitulation des différents régimes. Application au refroidisse-


ment sub-recul

La figure 2.5 permet de visualiser les différents régimes de fonctionnement du


refroidissement Doppler (ou du refroidissement Raman) d’atomes confinés, ainsi
que les domaines de validité des méthodes de résolution du problème à 1D. On
constate qu’il existe un domaine où aucune des méthodes présentées ci-dessus ne
convient : le cas x rec et 0393 « 03C9
où 03C9 « 03C9 .
rec

FIG. 2.5 -Visualisation des différents régimes de fonctionnement du refroidisse-


ment continu d’atomes confinés, et des zones de validité des méthodes de calcul
à 1D.

Le cas qui intéresse est celui du refroidissement (continu) sub-recul. Nous


nous

avons vu que dans tous les cas de figure, la température limite est supérieure à
65

B
01270393/k ou de l’ordre de .
B
01270393/k
Le refroidissement sub-recul n’est donc réalisable
que lorsque 0393 « 03C9
· Ceci exclut a priori la résolution du problème par une
rec
méthode de type Fokker-Planck (régions 4 à 6 sur la figure 2.5).
Regardons maintenant la région 1, située dans le régime de Lamb-Dicke. Il
s’agit d’un cas où la température peut descendre en-dessous de B/k on peut
x
03C9
:
mettre tous les atomes dans le niveau fondamental du piège. En réalité, ce n’est
pas la température qui va nous limiter ici, mais la densité. Nous savons en effet
que la taille de l’état fondamental du piège est donnée par

soit 0
03B6 =
0 « 1 (régime de
03C0b/03BB, 03BB étant la longueur d’onde optique. Nous avons 03B6
Lamb-Dicke), donc b « 03BB 03BB/(203C0). Plusieurs atomes sont confinés dans l’état
=

fondamental du piège, c’est-à-dire dans une région de taille b. Par conséquent, la


densité atomique p est très élevée, i.e. 03C103BB
3 » 1. Or, dans le cas où la distance
inter-atomique devient inférieure à A, le refroidissement est fortement perturbé
par la diffusion multiple des photons, que je ne prends pas en compte dans ce
modèle. Aucune expérience de refroidissement laser n’a de fait su produire 03C103BB

3
1. La zone 1 de la figure 2.5 n’est donc pas un cas de figure ad hoc.

Dans toute la suite, placerons dans la zone 3, i.e. dans le cas


nous nous

rec » 0393 » 03C9


où 03C9 . Aucun argument n’y empêche a priori le refroidissement
x
sub-recul. Dans ce régime, ni la méthode de Fokker-Planck, ni les méthodes fonc-
tionnant dans le régime de Lamb-Dicke ne sont a priori applicables. Par contre,
, leur mouvement
comme l’énergie des atomes reste toujours très supérieure à 012703C9
x
peut être traité classiquement. Le problème pourra donc être étudié à l’aide de
simulations de Monte-Carlo classiques.
J’ai écarté la zone 2, où 03C9 x » 0393. En effet, le problème ne peut y être
rec » 03C9
traité ni classiquement, ni par les méthodes du régime de Lamb-Dicke. La seule
solution serait donc de résoudre numériquement les équations pilotes, ce qui me
paraît compliqué à réaliser. En outre, ce régime impose que 0393 soit très faible
(typiquement quelques dizaines de Hertz). On peut donc prévoir que le temps de
refroidissement, qui est directement relié à 0393, soit extrêmement long, i. e. plusieurs
. Ceci poserait donc certainement des problèmes expérimentaux difficiles
1
minutes
à résoudre (notamment du point de vue de la qualité du vide).

1 Nous verrons au paragraphe 2 4


(p_89) que le long temps de refroidissement constitue déjà
un rec » 0393 » 03C9
problème dans le régime où 03C9 x (le temps de refroidissement de 100 ms, évalué
d’après le raisonnement de Pritchard (p 61), constituant une valeur beaucoup trop optimiste)
66

2. Etude préliminaire : cas d’un profil d’exci-


tation en 6
Dans ce placerai dans le cas d’un raie infiniment étroite,
paragraphe, je me

ne pouvant se produire qu’à résonance. J’admettrai en outre que le


l’excitation
mouvement des atomes peut être traité classiquement. Ces deux hypothèses vont
permettre de dégager quelques résultats élémentaires
.
1

a) Dimension 1

Chaque excitation d’un atome modifie la taille de l’ellipse qu’il décrit dans
l’espace des phases d’une manière aléatoire. Je vais calculer ici à quelle condition
l’énergie diminue en moyenne lors d’une excitation, et en déduire un seuil sur la
vitesse résonnante.
Nous savons qu’à 1 dimension, l’excitation d’un atome a lieu à vitesse fixée,
c’est-à-dire, si les deux faisceaux Raman sont colinéaires et se propagent en sens
opposé, pour

Avant l’excitation, l’énergie mécanique d’un atome est

x étant la position spatiale de l’atome. Juste après l’excitation et l’émission spon-


tanée, l’atome a encaissé l’impulsion Mw, et son énergie est devenue

la position n’ayant pas changé. On obtient donc, après moyennage de w et 2


w
(qui se fait indépendamment de la vitesse de l’atome), la condition :

Pour calculer (w) et <w


>, il faut tenir compte de deux sources de fluctuation :
2
il y a tout d’abord la direction du photon spontané. Pour simplifier, je supposerai
dans toute cette étude qu’il est émis de manière isotrope. On obtient alors :

1 Remarquons que le profil d’excitation n’est pas lorentzien Les résultats du paragraphe
2 1 b, ainsi que les conditions du paragraphe 2 1 c, ne sont donc pas applicables
67

Le paramètre ~ = ±1 est le sens du faisceau de repompeur. J’ai supposé que le


repompeur était colinéaire aux faisceaux Raman, avec k C =
. La grandeur
A
~k
rec est la vitesse de recul 0127k/M.
v
En réalité, le résultat est compliqué par le fait que l’atome peut retomber
sur le niveau |2> au lieu du niveau |1>, après absorption d’un premier photon

du laser de repompage C (fig. 2.1). Si c’est le cas, il faut pomper à nouveau, et


réémettre un photon spontané. On appelle 03BE le rapport de branchement, c’est-à-
dire la probabilité d’effectuer la transition |e> ~ |1>. En sommant jusqu’à l’infini
sur le nombre de photons spontanés émis, et en intégrant sur leurs directions

(grâce à la transformation de Fourier), on obtient :

Avec des valeurs typiques (03BE =


0,75, ~ = -1), on trouve s
0 =
rec
v
.

b) Généralisation aux dimensions supérieures


La généralisation aux dimensions supérieures de la condition (2.24) est assez
délicate dans la mesure où la relation (2.21) n’est plus valable: la résonance n’a
plus lieu à vitesse fixe, mais sur un plan de l’espace des vitesses (ou une droite si
nous sommes à 2D ; voir la figure 2.3).

Plaçons-nous à 2D pour se fixer les idées. Les quantités

sont des constantes du mouvement (03C9 et 03C9


x y sont les fréquences d’oscillation dans
le piège). Lors de l’excitation d’un atome, la variation d’énergie selon x est donnée
par

où M03C9
x est l’impulsion selon x encaissée par l’atome lors du processus, indé-
pendante de la vitesse de l’atome. La moyenne et la moyenne quadratique de
68

w =
x,y
03C9 s’expriment sous la forme

où u est un vecteur unitaire quelconque. La formule (2.29) est une généralisation


de (2.26), dans laquelle je n’ai fait aucune hypothèse sur les directions des 3
faisceaux laser.

FIG. 2.6 - Calcul de la condition de seuil en dimension 2 ou 3.

La vitesse de l’atome à résonance v = (v ,v


x ) peut se moyenner grâce à l’équa-
y
tion de la trajectoire (fig. 2.6). Soit (s, e) un système de coordonnés orthonormé
de l’espace des vitesses, tel que s soit l’abscisse linéique sur la droite résonnante,
et que l’on ait e = 0 sur cette droite résonnante. La probabilité pour l’atome de
se trouver au voisinage de la droite résonnante, dans le rectangle de côtés 03B4s 03B4e,

est donnée par

avec
69

(et de même pour y ().


0
p
) v La densité linéique de probabilité sur la droite ré-
sonnante est donc proportionnelle au produit y
p
x
(
0
) p Par suite la valeur
v
.
moyenne de v à résonance vaut

La formule (2.32) permet de moyenner numériquement la vitesse v sur la


droite résonnante. La quantité w se moyennant indépendamment en utilisant
(2.29), on peut calculer, grâce à (2.28), les moyennes <0394E > en fonction
> et <0394E
x y
des amplitudes de mouvement v x et v
0 . Les résultats de ces calculs sont présentés
y
0
sur la figure 2.7, où est représenté l’espace des amplitudes de trajectoires v 0 =

,v
0
x
(v ).
0
y Des signes de x
0394E et de ,
y
0394E et donc de la variation de 0
v lors d’une
excitation, on peut déduire qualitativement des lignes de courant dans l’espace
des amplitudes de trajectoires. Le sens de ces « courants» est aussi indiqué sur
la figure 2.7.

FIG. 2.7 - Carte du signe de la variation d’énergie directionnelle lors de l’exci-


tation, fonction des énergies directionnelles (les courbes correspondant à des
en

variations nulles sont en fait presque des droites). Les flèches sont les sens de
« courants »
que l’on peut en déduire qualitativement.

Selon les positions relatives des deux courbes correspondant à 0394E


x 0 et
=

y 0,
0394E = elles mêmes déterminées par la du
fréquence laser, deux cas peuvent se
produire : si la droite 0394E
x 0 est au-dessus » (fig. 2.7-a), les lignes de courant
= «

peuvent amener les atomes dans la zone 0


-
A
|(k
)
B
| ·vk < |03B4
|, qui correspond aux
eff
trajectoires atomiques ne coupant pas la droite résonnante (ces atomes ne peuvent
70

plus réexcités).
être Le refroidissement aura bien lieu. Au contraire, dans le cas
de la figure 2.7-b, le refroidissement ne peut avoir lieu. Le cas limite est celui où
les courbes 0394E
x= 0 et 0394Ey = 0 se rejoignent sur la droite |(k
A -0 )·v= |03B4
B
k
| |.
eff
Dans ce cas, la formule (2.32) simplifie
se en

(éventuellement au moyen de changements de sens des axes dans l’espace des


vitesses) et la nullité de (2.28) donne

où j’ai supposé que <w > étaient négatifs (ce qui est nécessaire pour avoir
> et <w
x y
du refroidissement). Finalement, on généralise la condition de seuil (2.24) à partir
de (2.34), en remplaçant l’égalité (2.34.c) par une inégalité

x,y
u étant les vecteurs de la base correspondant aux axes propres du piège. On
peut de la même façon généraliser (2.35) à 3 dimensions.
La condition de seuil (2.35) indique qu’il n’est pas possible d’effectuer du
refroidissement si le désaccord est trop proche de 0, et donc si la vitesse résonnante
rés (définie par la formule (2.5), p. 58) est trop faible. Il s’agit donc bien d’un
v
seuil de refroidissement : il n’est pas possible de refroidir les atomes (du moins par
cette méthode) en-dessous d’une limite qui est de l’ordre de la température de
recul. Remarquons que la largeur de la raie 0393/k
B constitue également une limite
pour la température finale le
(voir paragraphe 2.1.b, p. 59). Cette seconde limite
n’apparaît pas ici car j’ai supposé que le profil d’excitation était une fonction 03B4.

c) Simulations de Monte-Carlo
Il est possible de tester numériquement les conditions (2.24) et (2.35) par des
simulations de Monte-Carlo. Le principe est le suivant : on crée un tableau 6 x N
(N étant le nombre d’atomes) qui, pour chaque atome, stocke les 3 composantes
de la position et de l’impulsion. On calcule, pour chaque intervalle de temps
0394t, l’action de la force de confinement sur les atomes, grâce à une méthode de
71

.
1
Runge-Kutta On teste aussi si l’atome a franchi pendant l’intervalle la droite
résonnante. Dans l’affirmative, on simule l’excitation en ajoutant à l’impulsion
de l’atome celle des photons Raman et de pompage, ainsi que celle d’un photon
spontané de direction aléatoire (choisi selon une loi isotrope). On tient également
compte de la possibilité d’effectuer la transition spontanée |e> ~ |2> (si le rapport
de branchement 03BE est strictement inférieur à 1). Périodiquement, on regarde la
proportion d’atomes non excitables ; je rappelle que les atomes dont la trajectoire
dans l’espace des vitesses ne coupe plus la droite résonnante (i.e. vérifiant A
|(k
-
) ·v
B
k |
0 < |)
eff
|03B4 excitables (fig. 2.6).
ne sont plus
On donne tout d’abord à vrés une valeur suffisamment élevée, et on regarde le
nombre d’atomes froids, en fonction du temps (fig. 2.8-a). On en déduit un ordre
de grandeur pour le temps de refroidissement. Dans un deuxième temps, on balaye
rés on effectue pour chaque valeur une simulation comme précédemment, et on
v
,
trace le pourcentage d’atomes refroidis à la fin
. On obtient la courbe de la figure
2
2.8-b :
Sur lafigure 2.8-b apparaît clairement un seuil, sous lequel le refroidissement
estimpossible. Pour vérifier la formule (2.35), on fait maintenant varier le rapport
de branchement 03B6, recommençant pour chaque valeur la courbe de la figure 2.8-b.
On détecte le rés permettant de refroidir 50 % des
seuil, c’est-à-dire la valeur de v
atomes. Enfin, on compare avec le résultat théorique, issu des formules (2.29) et
(2.35), ce qui aboutit à un assez bon accord (fig. 2.8-c).
La figure 2.9 a été calculée selon le même principe que la figure 2.8, les simu-
lations étant cette fois-ci réalisées à une dimension. On constate qu’il y a un bon
accord avec le résultat (2.24). On remarquera aussi que les temps de refroidisse-
ment sont plus courts qu’à 3D.

recours à Runge-Kutta n’est pas indispensable, dans la mesure où la trajectoire clas-


1 Le
sique d’une particule dans un piège harmonique est bien connue
1J’ai choisi cette solution afin
de pouvoir utiliser le même programme dans le cas où le piège n’est pas harmonique (et no-
tamment avec le potentiel correspondant à un piège dipolaire, ou à un piège opto-électrique
(chapitre 3))
2 Les simulations effectuées sur la figure 2.8 n’atteignent pas toutes l’état stationnaire En
effet, plus la vitesse résonnante est proche du seuil (même supérieure à celui-ci), plus le temps
de refroidissement est long, et il n’est pas possible de faire tourner le programme indéfiniment
Par exemple, dans le cas de la figure 2 8-a, l’état stationnaire est tout juste atteint
72

(a) % d’atomes refroidis en fonction du temps, exprimé (b) % d’atomes refroidis au bout de 500 périodes, en

en périodes d’oscillation selon (Ox) La vitesse réson- fonction de la vitesse résonnante Ce pourcentage est
nante (exprimée en vitesse de recul) vaut 3, et le rapport déduit de courbes de type a, en moyennant le nombre
de branchement vaut 03BE= 0,75 d’atomes piégés entre 400 et 500 périodes d’oscilla-
tion . Le rapport de branchement 03BE vaut 0,75.

(c) Seuil, exprimé en fonction du rapport de branche-

ment 03BE Le seuil est la vitesse résonnante pour la-


quelle 50 % des atomes peuvent être refroidis (déduit
de courbes de type b) En pointillés, la courbe théorique
issue de la formule (2 35)

FIG. 2.8 - Calcul du seuil à 3 dimensions, à l’aide de simulations de Monte-Carlo.


La raze est infiniment étroite. Tous les faisceaux sont colinéaires au vecteur de
coordonnées (1,1,1) dans la base définie pas les axes propres du piège. Le sens du
repompeur est ~ 1. Les 3 fréquences du piège valent respectivement 133, 189 et
=

231 rad.s
. Au départ, les atomes sont répartis de façon aléatoire dans l’espace
-1
des phases, pouvant acquérir au maximum une vitesse de 10 . rec Les simulations
v
ont été réalisées avec 100 atomes, sur 500 périodes d’oscillation.
73

FIG. 2.9 - Vérification de la condition de seuil 1D, effectuée de la même façon que
sur la figure 2.8. Les simulations sont réalisées avec avec une fréquence d’oscilla-

tion de 133 rad/s, les autres paramètres étant les mêmes que sur la figure 2.8. La
courbe continue correspond au seuil déduit des simulations, la courbe en pointillé
est le seuil théorique déduit de la formule (2.24). En médaillon, le résultat d’une
simulation, correspondant à 03BE= 0, 75 et v
res=
.
rec
3v
74

d) Rôle des fréquences du piège


Les simulations de Monte-Carlo permettent aussi de vérifier l’assertion faite au
paragraphe 2.1. a.ii selon laquelle les 3 fréquences du piège doivent être différentes.
La figure 2.10, comme la figure 2.8, est réalisée à partir d’une succession de
simulations Monte-Carlo, v rés étant cette fois-ci fixée, et l’une des fréquences du
piège variant. On constate effectivement une brutale augmentation de l’énergie
moyenne à l’état stationnaire lorsque 2 fréquences sont voisines.

FIG. 2.10 - Vérification de la nécessité d’avoir des fréquences différentes. Les


simulations sont réalisées à 2 dimensions, avec une vitesse résonnante fixée au-
dessus du seuil (à 5,5v
) (03BE 0,75, ~ 1, direction (1,1)). En abscisse, la
rec = =

fréquence selon y est rapportée à la fréquence selon x, cette dernière étant fixée à
133 rad/s. En ordonnée, l’énergie moyenne atteinte, moyennée entre 400 et 500
périodes d’oscillations. En médaillon, la simulation correspondant à x /03C9
y
03C9 =

1,045.

3. Etude quantitative du refroidissement Ra-


man d’atomes piégés

Au paragraphe 2.2 (p. 66), j’ai utilisé un modèle dans lequel le mouvement des
atomes était traité classiquement, et où le profil d’excitation était une fonction 03B4.
J’ai trouvé qu’il existait un seuil pour la vitesse résonnante (de l’ordre de la vitesse
75

de recul), en-dessous duquel le refroidissement n’était pas possible. Ce seuil est


lié aux oscillations des atomes dans le piège, et aux redistributions d’impulsions
dues aux interactions atome/lumière. Par ailleurs, le modèle de Pritchard (§ 2.1.b,
p. 59), qui ne prend pas en compte correctement ces redistributions, et qui ignore
les oscillations dans le piège (mais pour lequel la largeur de la raie 0393 est non
nulle), prédit l’existence d’une température limite de l’ordre de 0393/k
.
B
Afin de savoir quel est le comportement réel du refroidissement, il s’avère
donc nécessaire d’utiliser une théorie plus poussée, dans laquelle la largeur non
nulle de la raie tout comme les oscillations dans le piège sont prises en compte.
Je n’ai en outre pas démontré qu’il est licite de traiter le mouvement atomique
classiquement. Je commencerai donc par exposer les grandes lignes de cette dé-
monstration au paragraphe 2.3.a. Ce résultat admis, j’étudierai le refroidissement
à l’aide de simulations de Monte-Carlo classiques (§ 2.3.b.i, p. 77). Enfin, je termi-
nerai cette section par une étude analytique, dans le cas unidimensionnel (§ 2.3.c,
p. 82). Cette étude permet de retrouver le seuil établi au paragraphe 2.2.a, p. 66
(éq. (2.24)), et donc de montrer qu’il reste valable dans le cas où la largeur de la
raie est non nulle.

a) Mise en place des équations


Je vais maintenant écrire les équations nécessaires à l’étude plus poussée du
refroidissement d’atomes piégés. Je ne donnerai ici que les grandes lignes du
calcul, le lecteur qui le souhaite pouvant se reporter au complément 2.A (p. 108)
pour de plus amples détails.
On commence par écrire les équations de Bloch optiques [119, p. 334] appli-
quées à un atome à 3 niveaux (fig. 2.1). Comme on étudie l’action mécanique de
la lumière sur les atomes, on écrit en fait des équations généralisées, qui décri-
vent l’évolution d’une matrice densité agissant à la fois sur les degrés de liberté
internes et externes de l’atome [120, p. 116].
On effectue ensuite diverses approximations visant à simplifier ces équations.
Ce sont, dans l’ordre :
-

l’approximation Raman [82], permettant de remplacer les deux faisceaux


A et B (fig. 2.1) par faisceau unique équivalent, sous l’hypothèse d’un grand
un

désaccord 0394 et d’une population de l’état |e> faible devant celles des états fon-
damentaux |1> et |2>. Rappelons que ces 2 faisceaux transfèrent aux atomes l’im-
pulsion A
(k
-k);
B
-

sous cette même hypothèse de faible population, on élimine adiabatique-


ment la population et les cohérences de |e>. Le faisceau de repompage C crée une
durée de vie effective pour l’état |2> qui se comporte alors vis-à-vis de |1> comme
un pseudo-état excité ;
-

avant de simplifier encore les équations, on effectue un passage en repré-


76

sentation de Wigner [121]: les éléments de matrice du type

sont remplacés par des fonctions (R, a,b P) pouvant être interprétées comme des
W
quasi-densités de populations ou de cohérences dans l’espace des phases ;
enfin, on élimine adiabatiquement |2>. Cette élimination requiert que la
-

population de |2> soit faible devant celle de |1>, et donc que la transition Raman
soit faiblement saturée (03A9 0393). Il est également nécessaire d’avoir 0393 03C9 x,y,z
(condition qui correspond au régime de l’« atome lourd » présenté paragraphe
au

2.1.c.i, p. 62).
Voici l’équation obtenue :

Les quantités 03A9 , 0393, et 03B4 sont définies respectivement par


77

et s’interprètent comme suit : 03A9 est la fréquence de Rabi effective du processus


Raman ; 0393 est la durée de vie effective du niveau |2>, induite par la présence du
repompeur C ; enfin, 03B4 est le désaccord de la transition Raman, corrigé par les
déplacements lumineux des niveaux |1> et |2>. k est le vecteur d’onde d’un laser
résonnant, et les n j sont des vecteurs d’onde unitaires.
On reconnaît dans l’équation (2.36) l’évolution semi-classique de la densité
atomique dans l’espace des phases. Les termes du premier membre correspondent
au mouvement d’un atome dans le piège, traité classiquement. Le premier terme

du second membre est la probabilité d’excitation de l’atome par unité de temps,


avec un profil Lorentzien (taux de perte). Le deuxième terme est le taux de gain :

on somme sur le nombre de photons spontanés émis (m + 1), on intègre sur la

direction de chaque photon spontané, et pour chaque cas, on considère le taux


d’excitation pour la vitesse qu’avait l’atome avant le cycle absorption/émission
spontanée.
Le fait que l’on obtienne une équation d’évolution semi-classique (alors que
l’on est parti des équations de Bloch, c’est-à-dire d’équations totalement quan-
tiques) va nous autoriser à traiter le problème à l’aide de simulations de Monte-
Carlo classiques.

b) Simulations de Monte-Carlo

i) Refroidissement utilisant une seule paire de faisceaux Raman

Comme annoncé, j’ai résolu numériquement l’équation (2.36) à l’aide de simu-


lations de Monte-Carlo. Cette méthode présente l’avantage de ne pas nécessiter de
grands temps de calculs, mais produit des courbes avec du bruit. Le programme
est analogue à celui utilisé dans le cas d’une raie infiniment étroite (page 70), la
seule différence se situant au niveau de la modélisation de l’excitation : on tire un
nombre aléatoire et on décrète qu’il y a excitation lorsqu’il dépasse la quantité
. Afin d’accélérer l’exécution du programme, j’ai en outre utilisé deux pas
1
L0394t
d’intégration différents : lorsque l’atome est hors résonance, je calcule son mouve-
ment par Runge-Kutta en utilisant un pas relativement grand (mais petit devant
la période d’oscillation). Quand l’atome s’approche de la résonance, je passe à un
pas plus petit (z.e. tel que le désaccord vu par l’atome change peu (comparé à 0393)
pendant un pas).
La figure 2.11 représente le résultat d’une simulation avec v
rés 3.rec On
v =

constate que le refroidissement fonctionne bien, puisque 100 % des atomes sont
confinés, à la fin, sur des trajectoires ne coupant pas le plan résonnant (i.e.
d’équation 2k · v rés Le temps de refroidissement est de l’ordre de 1000
v
). =

périodes d’oscillations (soit 50 s). Par contre, dans le cas de la figure 2.12 où
1 La quantité L dépend de 0393 et de 03A9, que j’exprime usuellement en unité kv
rec Pour toutes
les simulations de ce chapitre, j’ai posé kv rec
=
2,4 10
4 rad/s (cette valeur correspond au
césium)
78

(a) Energie moyenne des atomes en énergiede (b) Pourcentage d’atomes refroidis en fonction
rec 1/2Mv
recul (E ),
r
2 ec= en fonction du temps du temps. Les atomes refroidis sont ceux dont
exprimé en milliers de périodes d’oscillation se- la trajectoire dans l’espace des vitesses ne coupe
lon (Ox) pas le plan 2k · v = 03B4
eff

(c) Distribution finale en vitesse, moyennée (d) Distribution finale en fonction de la racine
sur les 100 atomes de la simulation (l’aire de de l’énergie (en unité )rec Le moyennage se
E
la courbe vaut 1) et sur le temps entre 9 000 fait de la même façon que pour la vitesse
et 10 000 périodes d’oscillation Les vitesses
sont exprimées en vitesse de recul, et sont
mesurées selon la direction (1,-1,1) (par rap-
port aux axes propres du piège) En pointillés,
la distribution initiale (courbe théorique)

FIG. 2.11 - Résultat d’une simulation Monte-Carlo 3D avec 100 atomes, tenant
compte de la largeur des raies. Le rapport de branchement est pris égal à 0,75.
La direction du faisceau est (1;1;1) par rapport aux axes propres du piège, le
repompeur donnant une impulsion dans le même sens que celle des faisceaux
Raman (~= 1). Tout ceci donne un seuil égal à 1,93 . rec La largeur effective 0393
v
vaut 0,1kv
,
rec et la fréquence Rabi effective 03A9/2 0, 03kv
de . Les 3 fréquences
rec =

du piège valent respectivement 133, 125, et 231 rad/s. La vitesse résonnante est
3.rec Cette simulation montre qu’il est possible d’atteindre T
v rec en un temps 1/e
de 1000 périodes d’oscillation (soit 50 s).
79

FIG. 2.12 - Même principe que pour la figure précédente. La vitesse résonnante
rec On constate que l’énergie moyenne des atomes augmente (chauffage).
est ici .
v

rés
v =
rec le refroidissement
v
, ne fonctionne pas parce que nous sommes en-dessous
du seuil (2.35).
La distribution finale en vitesse est représentée sur la figure 2.11-c. Il est pos-
sible d’évaluer la température finale en ajustant le pic refroidi par une gaussienne.
Une telle man0153uvre, usuelle en physique expérimentale, est plus inhabituelle en
théorie. Dans le cas présent, elle est d’ailleurs difficile à justifier, car la distri-
bution finale n’est a priori pas thermique. Toutefois, ceci permet de déduire un
ordre de grandeur pour la température finale. J’ai trouvé que la vitesse quadra-
tique moyenne selon un axe était voisine de . rec La température correspondante
v
est de l’ordre de 200 nK.
Pour déterminer quelle valeur de 03C1~
DB il serait possible d’atteindre expéri-
3
mentalement par cette méthode
,
1 il faut connaître la densité et la température
initiales. J’ai pour cela choisi des paramètres expérimentaux voisins de ceux du
piège opto-électrique (cette expérience est présentée au chapitre 3). On confine
5 atomes dans le P.O.E., avec une densité p = 4.10
5.10 9 atomes/cm
, et à une
3
DB 7 x 6,1.10
température de 10 03BCK (soit 03C1~
3 , où je rappelle que la dégénéres-
-8=

cence entre 7 sous-niveaux Zeeman diminue d’autant les effets quantiques collec-

tifs). Cette température correspond à une vitesse quadratique moyenne selon z de


rec Le refroidissement Raman conduira à une compression de la distribution
7,5 .
v
en vz d’un facteur 7,5 (la largeur de la distribution finale étant indépendante de
la distribution initiale). La distribution en position selon z sera rétrécie dans les
mêmes proportions, et 03C1~
DB augmentera d’un facteur 7,5
3 . On obtiendra donc,
6
1 Je rappelle que p est la densité atomique, et DB
~ =
B
h/203C0
T M k la longueur d’onde de
de Broghe des atomes
80

après refroidissement Raman, la valeur 7 x 1,1.10


DB
3 -2 (et une densité de
03C1~ =

12 atomes/cm
1,7.10 , soit
3 optique
3 1). Cette valeur du paramètre 03C1~
03C103BB
~ DB est
3
encore insuffisante pour observer la condensation de Bose-Einstein (qui nécessite

DB 7 x 2,612). Toutefois, elle n’en est plus aussi éloignée. En particulier, une
3
03C1~
expérience de refroidissement évaporatif réalisée à partir d’atomes refroidis à la
vitesse de recul par refroidissement Raman aboutirait à un condensat contenant
davantage d’atomes que dans l’expérience de Boulder [63] (mais moins que dans
celle de Cambridge [65]).
Remarque les paramètres de départ que j’ai choisis ne sont pas a priori les plus favo-
rables En effet, le piège opto-électrique que nous avons réalisé expérimentalement contient peu
d’atomes, en raison du chargement médiocre du piège magnéto-optique servant à collecter les
atomes (médiocre chargement qui est lui-même dû à la présence de l’électrode). La situation
pourrait être améliorée en utilisant un second piège magnéto-optique et un vide différentiel,

comme il est fait dans [48]. Le refroidissement Raman se ferait dans ce cas à partir des para-
mètres typiques du piège magnéto-optique,i e. 03C1~
DB
3 ~ 3.10
-4 On serait donc tenté de croire
que la condensation de Bose-Einstein deviendrait accessible sans avoir recours au refroidisse-
ment évaporatif
En réalité, nous serions rapidement limités par la densité atomique, et par les processus de
diffusion multiple des photons intervenant dans le refroidissement Raman, que je ne prends pas
du tout en compte dans mes calculs La statistique quantique des atomes devrait également
modifier le processus de refroidissement, ainsi qu’il est expliqué dans [110] (laser à atomes).

ii) Refroidissement utilisant plusieurs systèmes de faisceaux Raman

La figure 2.11 nous enseigne qu’il est possible de refroidir des atomes à la
température de recul, en choisissant v rés 3 v Par contre, si l’on diminue la
.
rec=

vitesse résonnante, on franchit le seuil (2.35), et on n’arrive plus à refroidir. Il


semble donc difficile de refroidir les atomes en-dessous de la température de recul.
Il est néanmoins possible de contourner le problème en utilisant un deuxième
système de faisceaux Raman, de vitesse résonnante différente (si leurs saturations
sont suffisamment faibles, et si leurs vitesses résonnantes sont séparées d’une
quantité supérieure à leurs fréquences de Rabi effectives, on montre que leurs
effets s’ajoutent). La vitesse résonnante du faisceau n° 1 (le moins puissant) sera
placée sous le seuil (2.35), c’est-à-dire qu’il réchaufferait en moyenne les atomes
s’il était seul. Celle du deuxième, plus puissant, sera quant à elle bien au-dessus :
il les refroidira donc. Les atomes de grande énergie, lors de leurs oscillations
dans le piège, entreront en résonance avec les deux faisceaux successivement :
si les paramètres sont bien choisis, le 2 e faisceau Raman sera prédominant, et
l’énergie des atomes diminuera progressivement jusqu’à ce qu’ils ne coupent plus
que le premier faisceau. Alors, ils seront réchauffés, jusqu’à couper à nouveau le
e faisceau. A l’état stationnaire, les atomes auront donc une énergie de l’ordre de
2
E =
1 2M(v Les atomes auront néanmoins une chance notable d’acquérir une
.
2
)
rés
(2)
énergie suffisamment faible pour ne plus couper aucun des deux faisceaux : dans
ce cas il resteront refroidis (tant qu’il n’y aura pas d’excitation non résonnante).

La figure 2.13 nous montre une tentative de refroidissement des atomes sous
81

FIG. 2.13 - Refroidissement d’atomes piégés utilisant systèmes de faisceaux


trois
Raman, avec respectivement, 1° : v
res =
5v 03A9/2 = 0,05kv
,
rec , ~
rec =
1; 2° :
res
v =
, 03A9/2 = rec
rec
3v 0,03kv
, ~ = 1 ;3° : r
v es=
rec 03A9/2 = rec
v
, 0,01 kv ~ = -1.
,
Les autres paramètres (et notamment l’axe des faisceaux) sont les mêmes que sur
la figure 2.11. Les distributions finales en énergie et en vitesse sont moyennées
entre1 000 et1 200 périodes d’oscillations (i.e. après que l’état stationnaire a
été atteint). 6 % des atomes se situent finalement dans le pic sub-recul.

l’énergie de recul avec e faisceau à v


3 faisceaux (le 3 rés 5v
=
rec n’est pas indispen-
sable mais accélère le processus de refroidissement). On constate que, conformé-
ment au raisonnement qualitatif ci-dessus, environ 6 % des atomes ont maintenant
une énergie sous l’énergie de recul.

Remarques :
-

la distribution obtenue par du refroidissement Raman à plusieurs systèmes


de faisceaux n’a plus rien à voir avec une distribution thermique. En outre, l’éner-
gie moyenne des atomes n’est pas plus basse que pour le refroidissement de la
figure 2.11 (un seul système de faisceaux avec v rés=
3 v
);
rec
-

on pourrait, à partir de la distribution en énergie 2.13-b, éliminer les

atomes de plus haute énergie, de façon à ne conserver que le pic sub-recul. Tou-
tefois, je ne pense pas a priori que cette méthode soit plus efficace que de faire
du refroidissement évaporatif (basé sur les collisions élastiques) à partir de la
distribution à Trec de la figure 2.11 ;
-

on peut envisager d’augmenter le pourcentage d’atomes dans le pic sub-

recul en ajoutant des systèmes de faisceaux Raman supplémentaires. Toutefois,


cette piste deviendra difficile à suivre expérimentalement, puisqu’elle nécessite à
chaque fois l’installation de deux nouvelles diodes laser. Un méthode équivalente
consiste à passer au refroidissement par impulsions, et d’alterner des impulsions
de fréquences différentes ; ceci revient à généraliser à 3 dimensions (et dans un
82

piège) l’expérience de refroidissement sub-recul que j’ai présentée au chapitre 1.

c) Etude particulière à 1D

dimensions, l’équation du mouvement (2.36) ne peut être résolue que nu-


A 3
mériquement. Par contre, à 1 dimension et moyennant certaines approximations,
il existe un moyen de traiter le problème analytiquement. C’est ce que je vais faire
dans ce paragraphe. L’étude qui va suivre repose sur deux approximations : tout
d’abord, je vais utiliser le fait que le temps typique de refroidissement est très
long devant la période d’oscillation
1(ce qui me permettra de moyenner la den-
sité sur une trajectoire dans l’espace des phases, de façon à éliminer l’évolution
hamiltonienne). Ensuite, je supposerai que la densité dans l’espace des vitesses
rec de façon à effectuer un développement
varie peu sur une échelle de l’ordre de ,
v
de Taylor de cette densité.
Un tel traitement du problème (qui aboutit à une équation de Fokker-Planck)
est tout-à-fait analogue à celui développé par Juha Javanainen et Stig
Stenholm [113] à propos du refroidissement Doppler d’atomes confinés. Or, j’ai
signalé au paragraphe 2.1.c.iv (p. 64) que cette méthode n’était pas applicable au
cas du refroidissement sub-recul : on ne peut en principe pas affirmer que la den-
sité varie peu sur une échelle de l’ordre de la vitesse de recul. En réalité, du fait
de la condition de seuil (2.24) (et les simulations de Monte-Carlo du paragraphe
précédent le confirment), le refroidissement Raman continu d’atomes piégés n’est
pas à proprement parler du refroidissement sub-recul, mais plutôt du refroidisse-
ment à la vitesse de recul. Par conséquent, nous sommes à la limite de la zone de
validité de la méthode de Fokker-Planck. Je vérifierai à la fin du calcul que les
approximations faites ici étaient licites, en comparant les résultats obtenus avec
ceux d’une simulation de Monte-Carlo.

i) Moyenne sur le temps d’oscillation

Le petit paramètre du problème. Soit v P/M la vitesse de l’atome=

(à une dimension). L’ordre de grandeur de la variation de v pendant un temps 03B4t


est

où Dans l’espace des vitesses, l’étendue de la zone où l’atome est


excitable est

1 Cette affirmation est tout-à fait vérifiée, par exemple, dans les simulations de Monte-Carlo
des figures 2 11 à 2 13
83

Le temps nécessaire pour traverser la zone résonnante est donc

où la vitesse résonnante est de l’ordre de quelques vitesses de recul (v~ ).


rés rec
v
Le taux d’excitation par unité de temps, par le processus Raman, 2
/est
0393.
03A9 Donc
le taux d’excitation pendant un tour est, en supposant que l’atome ne peut être
excité que dans la zone résonnante (et en oubliant le facteur 203C0):

Il reste à relier le temps de refroidissement au paramètre ( donné par (2.39).


On peut pour cela utiliser la formule (2.12), issue du raisonnement de Pritchard.
Elle nous montre que, pour v f ~ v rec et 0393 kv
, le temps de refroidissement
rec
refdt=
2
/03A9
rec
kv est long devant la période d’oscillation lorsque

En fait, la condition (2.40) est seulement condition suffisante. Il se peut très


une
bien (notamment si l’énergie initiale de l’atome est très supérieure à /2)
rés
2
Mv
qu’un atome ait une grande probabilité d’être excité à chaque tour, mais qu’il
lui faille un grand nombre d’excitations et donc un grand nombre de pas dans sa
marche au hasard pour atteindre la zone subrecul.

Elimination des dimensions. Partant de l’équation (2.36) écrite à une


dimension, on cherche à faire apparaître le paramètre 03B6, afin de faire un dévelop-
pement perturbatif. Pour cela, il est naturel de redéfinir les variables, afin de ne
plus faire intervenir que des paramètres sans dimension. Je pose donc

On obtient
84

avec

est la variation de vitesse induite par le processus (Raman, pompage, émission


spontanée) ; p() est la loi de probabilité de , tenant compte de tous les phéno-
mènes (polarisations, photons spontanés multiples, directions d’émissions). J’ai
supposé que les faisceaux Raman étaient colinéaires et de sens opposé. Enfin, j’ai
posé W(, ) ~ (R,
1,1 v).
W
Développement en puissances de ( [120, pages 337-380; 122]. On écrit
la fonction de Wigner sous la forme

et on développe (2.42) en puissances de (.


A l’ordre 0, on obtient

J’effectue maintenant le changement de variable

Remarquons que p et 03B8 sont les variables action et angle que l’on introduit sou-
vent dans le cas de systèmes présentant une évolution quasi-hamiltonienne [111,
p. 725]. A l’ordre le plus bas en (, on trouve que

L’évolution est bien hamiltonienne à cet ordre (la variable d’action p est une
constante du mouvement).
En écrivant le terme d’ordre 1 de (2.42), et en intégrant sur une trajectoire
de l’espace des phases (p Cte), ce qui élimine les termes en ,
=
(1) on obtient
W
85

Dans la suite, je rechercherai les solutions stationnaires de (2.48), c’est-à-dire


qui annulent le premier membre.

ii) Développement en puissances de


Je vais, dans (2.48), effectuer un développement de la fonction W (0) en
puissance de . Ce développement est priori valable lorsque la fonction W
a (0)
varie peu à l’échelle de ,
rec
v c’est-à-dire

J’ai déjà évoqué que, si la relation (2.49) n’est pas vérifiée dans le cas du re-
froidissement sub-recul, on peut considérer que la méthode est valable pour le
refroidissement Raman continu d’atomes piégés, qui ne peut prétendre atteindre
que des températures de l’ordre du recul. Je justifierai a posteriori la validité du
développement par une comparaison avec les résultats des simulations de Monte-
Carlo.
En développant, dans (2.48) (à l’état stationnaire), le produit W
(0) à l’ordre
2 en , puis en remplaçant les dérivées en , obtenues par des dérivées en 03C1, 03B8
(moyennant des intégrations par parties), on arrive à

où ,I
1
I ,
2 et 3
I sont des fonctions de p données par:

Les et <
> sont des moyennes par rapport à la loi de probabilité
2
quantités <>
p (en supposant l’émission spontanée isotrope, elles se calculent à partir de (2.29)).
On remarque que (2.50) est une équation de type Fokker-Planck, sur l’espace
des racines carrées des énergies.
86

iii) Intégration de l’équation de Fokker-Planck


L’équation (2.50) s’intègre immédiatement par rapport à p pour donner :

Je poserai premier membre de (2.52) est nulle. L’équation


que la constante du
(2.52) peut en effet être interprétée comme une équation sur le courant de densité
atomique dans l’espace des énergies. Annuler la constante revient à dire que ce
courant est nul à l’infini.
On peut maintenant intégrer (2.52) pour obtenir:

avec

0
s étant donné par (2.24).
La constante d’intégration A est définie par la norme de la fonction de Wigner
(le nombre total d’atomes N étant fixé), c’est-à-dire par

La borne inférieure de l’intégrale présente dans (2.53) a été fixée à 1 arbitraire-


ment. Toute autre valeur différente de 0 peut également convenir (via une modi-
fication de la constante A).
Il convient donc de vérifier si (2.55) converge, ce qui va nécessiter des déve-
loppements de (2.53) en 0 et en +~.

iv) Etude asymptotique

Les
intégrales (2.51) peuvent se calculer analytiquement, un logiciel de calcul
symbolique s’avérant en pratique indispensable pour mener à bien le calcul. On
développe ensuite le résultat obtenu.
87

Lorsque 03C1 ~ 0, on trouve

Par conséquent, l’argument de l’exponentielle de l’équation (2.53) est en ln(03C1) +


O(1), et W
(0) tend vers une limite finie lorsque 03C1 ~ 0. Il n’y a donc pas de
divergence en 0.
En +~, cela donne

On déduit de (2.57) que l’exponentielle de la formule (2.53) admet une limite


finie lorsque 03C1 ~ +~ (et est intégrable à l’infini) si et seulement si

Le fait que W (0) soit normalisable équivaut à l’existence d’une solution sta-
tionnaire pour l’équation de Fokker-Planck (2.50). C’est donc un critère de fai-
sabilité du refroidissement (dans le cas contraire, les atomes sont réchauffés en
permanence, il n’y a donc pas de solution stationnaire). On constate que la condi-
tion (2.58) est identique à la condition (2.24). C’est un résultat important car il
montre que la condition de seuil (2.24), calculée dans le cas de raies infiniment
étroites, est généralisable aux raies de profil lorentzien.
Il eût été intéressant d’effectuer le calcul analytique que je viens de faire à 3 di-
mensions, pour vérifier la condition de seuil généralisée (2.35). Malheureusement,
les calculs sont inextricables (notamment parce que l’équation de Fokker-Planck
ne peut pas s’intégrer).
v) Comparaison avec une simulation Monte-Carlo
J’ai représenté sur la figure 2.14 le profil de la solution (2.53) de l’équation de
Fokker-Planck (2.50) (densité atomique en fonction de l’énergie). En pointillés,
sur cette même figure, on trouve le résultat d’une simulation Monte-Carlo réalisée
à 1 dimension à partir de l’équation (2.36).
88

L’accord entre les deux courbes de la figure 2.14 est bon: ceci permet de
justifier a posteriori le développement en puissances de , et ce bien que la
solution ne varie pas lentement à l’échelle de .
rec
v

FIG. 2.14 - Justification des hypothèses ayant conduit à l’équation de Fokker-


Planck. En trait plein, le profil de la solution analytique (intégrales calculées par
la méthode des trapèzes). En pointillés, simulation Monte-Carlo 1D (profil en
fonction de la racine de l’énergie moyenné entre 5 000 et 6 000 périodes d’oscil-
lation, i.e. à l’état stationnaire). 0393 0,1 kv 03A9/2 0,06kv
,
rec =
, v
rec
=
res = 3v
,
rec
~ = -1,03BE = 0, 75.

vi) Rôle des paramètres du problème


Je rappelle qu’il y a 4 paramètres dans le problème : le désaccord effectif 03B4 (ou
encore la vitesse résonnante), la largeur effective 0393, la fréquence de Rabi effective

03A9, et la pulsation du piège 03C9


.
x
La solution de l’équation de Fokker-Planck (2.53) ne dépend ni de 03A9, ni de 03C9
.
x
Si l’on rétablit les variables dimensionnées, la solution dépend à nouveau de la
fréquence d’oscillation du piège en ce qui concerne sa partie spatiale. Par contre,
la distribution finale en vitesse n’en dépend pas (elle ne dépend pas non plus
de la puissance des faisceaux Raman). L’indépendance vis-à-vis de la puissance
des faisceaux Raman avait déjà été prévue par le raisonnement de Pritchard,
p. 61 raisonnement ne tenait par ailleurs pas compte des oscillations dans le
(ce
piège, donc n’aurait pas pu prévoir une quelconque dépendance en 03C9 ). On peut
x
en outre montrer, grâce à des simulations de Monte-Carlo à 3 dimensions, que

l’indépendance en 03A9 et en 03C9


x,y,z ne provient pas de la limitation au premier ordre
dans le développement en 03B6 (§ 2.3.c.i), ni non plus de la restriction à 1D : elle est
générale.
89

4. Etude du temps de refroidissement


L’étude quantitative du paragraphe 2.3 traitait presque uniquement de l’état
d’équilibre. Nous allons nous intéresser maintenant à la dynamique, c’est-à-dire
au temps que mettent les atomes à se refroidir.

La courbe de la figure 2.11-b donne une idée de ce temps de refroidissement :


si on l’ajuste avec une exponentielle, on trouve que le temps de refroidissement
1/e est de 1 100 périodes d’oscillation selon x, soit 50 secondes.
Si l’on veut réaliser une expérience de refroidissement sub-recul d’atomes pié-
gés, il faut prendre garde à ce qu’aucun processus parasite n’ait lieu pendant
le temps de refroidissement. En particulier, une collision avec un atome du gaz
résiduel est extrêmement nocive : l’atome froid sera chassé du piège. Or, avec des
paramètres expérimentaux typiques (piège chargé à l’aide d’un PMO, lui-même
réalisé en cellule à partir d’une vapeur de césium à 1 03BCPa (~ 10
-8 Torr)), le temps
de collision est inférieur à la seconde. Il est certes possible de réaliser un vide tel
que la durée moyenne entre collisions soit supérieure à une minute ; toutefois, si
l’on veut disposer d’un nombre d’atomes suffisant, ceci nécessite de mettre en
0153uvre un double PMO [48], ce qui n’est pas encore tout-à-fait une technique
standard.
Aussi allons-nous, avant de nous lancer dans les expériences, regarder s’il est
possible, tout en conservant le mécanisme de refroidissement, d’en diminuer la
durée.

a) Deux modèles à 1 dimension


Premier modèle. Le temps de refroidissement a déjà été abordé au pa-
ragraphe 2.3.c.i. Nous avons vu que ce dernier est très long devant la période
d’oscillation si le paramètre ( 2 / (kv
03A9
=
) est très petit devant 1. De l’équa-
x
03C9
rec
tion (2.42), on peut par ailleurs déduire que le temps typique de refroidissement
est de l’ordre de

On peut donc modifier la durée du refroidissement (i.e., par exemple, le temps


d’atteinte de l’état d’équilibre) en modifiant 03A9 (ce qui, comme je l’ai signalé, ne
modifie pas la distribution stationnaire). En fait, cette durée dépend également
de l’évolution n’étant pas exponentielle.
l’énergie initiale,
Je vais maintenant préciser tout cela en décrivant, à une dimension, l’évolution
de l’énergie moyenne des atomes en fonction du temps.
La vitesse de l’atome obéit à

où x
0 est l’amplitude du mouvement, reliée à l’énergie mécanique par
90

soit

Le nombre de photons absorbés pendant un tour (i.e. pendant le temps 203C0/03C9


),
x
lors des deux passages à résonance, est (pour un rapport de branchement de 1)

0 est l’instant où
où t lieu la résonance. Pour le calcul de (2.62), on a remplacé
a

l’ellipse parcourue par l’atome dans l’espace des phases par sa tangente au point
de résonance, ce qui permet d’intégrer entre -~ et +~. La variation d’énergie
moyenne pendant un tour est donc n <0394E>, où <0394E> est la variation moyenne
d’énergie due au processus d’interaction atome/lumière, définie en moyennant
l’équation (2.23) sur le nombre et la direction des photons spontanés. On fait la
transformation

et on obtient

La formule (2.64) n’est valable


qu’au début de l’évolution : en effet, lorsqu’un
atome est presque refroidi, sa trajectoire devient tangente à la droite résonnante.
Remplacer, comme je l’ai fait, la trajectoire proche de la résonance par sa tan-
gente, revient à supposer que l’atome est toujours résonnant, ce qui naturellement
est illicite.
L’équation (2.64) peut être résolue. On obtient :
91

FIG. 2.15 - Evolution de l’énergie moyenne des atomes en fonction du temps.


En pointillés, le premier modèle présenté au paragraphe 2.4.a (éq. (2.65)). En
trait plein, simulation de Monte-Carlo 1D, avec 100 atomes (les barres verticales
matérialisent 203B4E, où 03B4E est l’écart-type). Les paramètres sont 03A9/2 0,03kv
,
rec=

0393/2 = 0,1kv
,v
rec res =
, ~ 1, 03BE = 0,75, 03C9
rec
3v =
x =133 rad/s.

(Cette expressionn’est plus définie quandt est trop grand, ce qui confirme bien
que le modèle n’est plus valable (je rappelle que <0394E> < 0)). La constante de
temps typique de la formule (2.65), z.e.

vaut environ 2 s, pour du césium et en choisissant les paramètres de la figure


2.15.
Remarque : dans le cas du refroidissement Doppler pour des atomes libres
dont la raie est étroite (0393 rec on montre [112, éq. (3.8)] que le temps de
E
),
refroidissement est donné par

Ce résultat n’est pas le même que celui de l’équation (2.66), mais on y retrouve
le fait que le temps de refroidissement est inversement proportionnel à |03A9|
.
2
> - <E>
Sur la figure 2.15, j’ai représenté l’évolution de (E), et de (<E
2 1/2
)
2
(représentée par les barres d’erreur), en fonction du temps, obtenues par une
simulation Monte-Carlo. En pointillés, le modèle exposé ci-dessus. L’accord est
excellent au début du refroidissement, et se dégrade ensuite comme attendu.

Modèle de Pritchard. Ce modèle (qui est présenté au paragraphe 2.1.b,


p. 59) permet également d’estimer le temps de refroidissement. Il est valable
92

lorsque la vitesse initiale est de l’ordre de vrec (alors que le modèle précédent
supposait v initiale rec
v
). La solution de l’équation différentielle (2.10) est expo-
nentielle, et la constante d’évolution temporelle est

On remarque que là aussi le temps de refroidissement est inversement propor-


tionnel à .
2
|03A9|
b) Rôle des paramètres du problème
Les modèles précédents présentent tous deux un temps de refroidissement
inversement proportionnel à 2
|03A9|
:
j’ai vérifié et généralisé à 3D cette propriété
grâce à une série de simulations de Monte-Carlo (fig. 2.16).
Le rôle de fréquences du piège est aussi une question intéressante : aucun des
trois modèles précédents ne prédit de dépendance de la durée du refroidissement
. Ceci est vérifié à 3D, sur la figure 2.17.
en 03C9
1
x,y,z
Enfin, on remarquera en comparant les figures 2.15 et 2.16 que les temps
typiques de refroidissement ne sont pas du tout les mêmes à 1D et à 3D : pour des
fréquences de Rabi effectives comparables (03A9/2 ~ 0,03 kv ), le refroidissement
rec
dure quelques dizaines de périodes d’oscillation à 1D, contre quelques milliers à
3D (soit plusieurs dizaines de secondes). Les temps de refroidissement à 3D sont
donc extrêmement longs.

c) Les causes du long temps de refroidissement


Qualitativement, on peut déceler trois causes pour le long temps de refroidis-
sement que l’on observe à 3D (je rappelle que nous sommes toujours dans le cas
du refroidissement continu) :
du fait que 0393 kv
-

, les atomes sont, lors de leurs oscillations, la plupart


rec
du temps hors résonance; ceci est encore plus vrai à 3D qu’à 1D ;
les atomes ont besoin d’être excités plusieurs dizaines de fois avant d’être
-

refroidis : d’une part parce que Edépart E rec (l’énergie des atomes doit baisser,
ce qui prend du temps), et d’autre part parce que les atomes doivent effectuer

une marche au hasard pour atteindre une distribution sub-recul (ou de l’ordre du

recul), un argument qui lui aussi prend plus de poids à 3D ;


-

lorsque les atomes sont résonnants, leur taux d’excitation est petit (car 03A9
est petit, pour ne pas saturer (et donc élargir) la transition Raman).

Tous ces points sont incontournables en refroidissement continu. Par contre,


ce n’est pas le cas si l’on utilise des impulsions lumineuses. En effet, si on s’arrange

1 Attention cette propriété n’est vraie que dans le cas de figure x,y,z
03C9 0393 où je me suis

placé
93

(c) Temps de refroidissement en fonction de la fréquence de Rabi effective

FIG. 2.16 - Evaluation du temps de refroidissement 1/e en fonction de la fré-


quence de Rabi effective. Pour chaque valeur de 03A9, j’effectue une simulation de
Monte-Carlo à 3D pendant 10 000 périodes d’oscillation, et je trace l’évolution de
l’énergie moyenne des atomes en fonction du temps (sous-figures a et b). Pour
toutes les simulations, les paramètres autres que 03A9 sont les mêmes que sur la
figure 2.11. J’en déduis le temps de refroidissement 03C4
ref en ajustant la courbe par
une exponentielle (si 03A9/2 , comme sur la sous-figure a) ou par une
-2
1,67.10
droite, si l’état stationnaire n’est pas atteint (sous-figure b). Le temps 03C4
ref est
tracé en fonction de 03A9 sur la sous-figure c. La courbe en pointillés représente
l’ajustement par l’équation 03C4
ref =
.
2
a/(03A9/2) On trouve a =
7s
2,34.10 .
3
94

FIG. 2.17 - Deux simulations de Monte-Carlo à 3 dimensions, avec les mêmes


paramètres que sur la figure 2.11, les fréquences d’oscillation mises à part. Sur la
figure du haut, les pulsations du piège sont respectivement 133, 125 et 231 rad/s.
Sur la figure du bas, elles sont respectivement dix fois plus petites. Le temps de
refroidissement, en périodes d’oscillation, est pratiquement divisé par 10: c’est
donc le même en secondes.

pour que les faisceaux Raman et le repompeur ne soient jamais présents en même
temps, le spectre d’excitation n’est plus lorentzien, mais dépend du profil temporel
de l’impulsion Raman, ainsi que de sa puissance. En particulier, si l’on choisit bien
ce profil temporel et cette puissance, il est possible qu’un atome résonnant avec la

lumière soit excité avec une probabilité voisine de 1, tout en garantissant un faible
niveau d’excitation résiduelle pour les atomes non résonnants. En réalisant une
succession d’impulsions de désaccords différents, on peut également s’arranger
pour qu’un atome puisse être excité en de nombreux points de sa trajectoire.
Le refroidissement par impulsions devrait donc nous permettre de contourner le
eet
1 r le 3 e point évoqués ci-dessus.

5. Le refroidissement par impulsions


Cette section sera consacrée au refroidissement par impulsions, et à la façon
dont il peut permettre d’accélérer le processus de refroidissement. Cette accélé-
95

ration est basée sur la possibilité d’exciter les atomes par passage adiabatique :
on utilise une impulsion Raman de longue durée, sans repompeur Raman. Les

atomes qui coupent le plan résonnant (dans l’espace des vitesses) passent de l’état
|1> vers l’état |2> avec une probabilité voisine de 1, tandis que ceux qui ne la cou-
pent pas restent dans l’état |1>. Au bout d’un certain temps (et en tout cas avant
que les atomes puissent couper une deuxième fois le plan résonnant), on éteint
les faisceaux Raman et on repompe les atomes qui sont passés dans l’état |2>.
Outre quelques considérations théoriques sur le principe du passage adiaba-
tique et sur les conditions de validité de celui-ci, je présenterai dans cette section
des simulations de Monte-Carlo décrivant le refroidissement par passage adiaba-
tique. Ces simulations sont beaucoup plus complexes à réaliser que dans le cas
continu, car il est difficile d’évaluer le taux d’excitation d’un atome. Le programme
que j’ai réalisé utilise une résolution numérique de l’équation de Schrödinger.

a) La condition de passage adiabatique


On considère un hamiltonien variant lentement dans le temps, de spectre
discret, dont les valeurs propres sont toujours, au cours de l’évolution, deux à
deux distinctes, et dont les vecteurs et valeurs propres sont des fonctions C .
2
On peut alors montrer [123, vol. 2 p. 645] qu’un système initialement dans un
état propre |i(-~)> de l’hamiltonien, reste dans l’état propre |i(t)> au cours de
l’évolution, si l’on satisfait la condition

i est la fréquence de transition de |i> vers son plus proche voisin, 03C9
où 03C9 i le
min
minimum de 03C9
i lors de l’évolution, 03B1
i,j =
<j|d dt|i(t)>,
et i
max
03B1 est le maximum sur

j et sur t de 03B1
(t).
i,j
Je vais maintenant appliquer cette condition au cas d’un atome interagissant
avec les faisceaux Raman, en l’absence de repompeur. Pour cela, j’assimilerai la

transition Raman à une micro-onde, quasi-résonnante, et j’emploierai le forma-


lisme de l’atome habillé [119, p. 389].
Les états propres de l’hamiltonien atomes + champ sont

où N est le nombre de photons micro-onde, et 03B8 ~ ]0, 03C0/2[ est défini par

03A9 étant la fréquence de Rabi et eff le désaccord.


03B4
96

FIG. 2.18 - Formalisme de l’atome habillé.

Pour notre problème, le désaccord et donc 03B8 varient lentement, du fait du


mouvement de l’atome dans le piège. At = -~, l’atome est dans l’état |1, N+1>,
et 03B4 -~. On suppose qu’àt = +~, le désaccord vaut +~. La fréquence de
=

Bohr vaut ici 2


|03A9|
+, 2
03B4 i 03A9. En outre,
eff donc 03C9
min =

On évalue /dt grâce aux équations du mouvement de l’atome dans le piège


eff
d03B4
(en se plaçant à une dimension), soit

Je suppose que l’amplitude du mouvement v


0 vérifie v
0~ |·
rés
|v J’en déduis
l’inégalité

On tire finalement de (2.69) la condition de passage adiabatique :


97

Remarque: en pratique, j’imposerai la condition1

(marge de sécurité).
b) Diagramme durée-fréquence de Rabi
Dans ce paragraphe, je vais énumérer les conditions faisant intervenir la fré-
quence de Rabi effective 03A9 et la durée des impulsions Raman.

Impulsions laissant aux atomes le temps de traverser la raie (dans


l’espace des vitesses). On écrit à 1D l’équation sur la vitesse des atomes:

La largeur en vitesse de la raie est

on en déduit le temps nécessaire aux atomes pour traverser la raie :

Pour t) ~ 1,
x
tan(03C9 on tire la condition:

Faible déplacement dans l’espace des phases, pendant une impul-


sion. J’imposerai la condition:

(marge de sécurité imposée en pratique: impul 0,3 ).


x
203C0/03C9
1 Pour écrire la condition (2 74), j’avais implicitement supposé que cos03B8= 1, ce qui est
excessif En effet, la résonance seproduit pour 03B8 03C0/4, soit cos 03B8 1/2
= = Pour écrire l’inégalité
(2 76), j’ai en outre supposé que v0 2v Enfin, j’ai imposé
rés = un facteur 10 de marge sur la
condition (2 69) (en tenant compte du carré naturellement)
98

Etroitesse de la raie. Dans le cas du refroidissement par impulsions (pas


de durée de vie du niveau excité), la largeur effective de la raie est la fréquence
de Rabi 03A9. Il est donc a priori nécessaire d’avoir 03A9 kv
. Je me contenterai en
rec
fait de la condition moins restrictive suivante (la sélection n’a pas besoin d’être
précise si la vitesse résonnante est élevée) :

(marge de sécurité 03A9 0,2 kv


).
rés

Diagramme de fonctionnement. Les conditions (2.75),(2.80),(2.81) et


(2.82) sont rassemblées sur la figure 2.19. J’ai choisi v
rés =
rec (avec kv
v rec=
4 rad/s, valeur qui correspond au césium), et j’ai tracé les 4 conditions en
2,4.10
tenant compte des « marges de sécurité »énoncées dans le texte. On constate que
le refroidissement par impulsions d’atomes piégés est compatible avec le passage
adiabatique. Cette propriété reste vraie si on augmente v rés (car la condition
(2.82) croît plus vite que la condition (2.75)).

FIG. 2.19 - Faisabilité du refroidissement par impulsions par passage adiabatique.


La vitesse résonnante vaut v res =
rec et la pulsation du piège 03C9
v x =133 rad/s.

Remarque : La figure 2.19 a été réalisée en prenant une valeur de pulsation de


l’ordre de la pulsation longitudinale du piège opto-électrique. Avec des pulsations
99

de l’ordre de 10
3 rad/s, telles les pulsations transverses du POE (voir § 3.3.b,
p. 171), le diagramme se resserre et le refroidissement par passage adiabatique
devient impossible.

c) Résolution numérique de l’équation de Schrödinger


Je vais maintenant effectuer une étude du refroidissement en
plus précise
impulsions par passage adiabatique. Cette étude est basée sur une résolution
numérique de l’équation de Schrödinger, selon la méthode décrite au chapitre 1
(§ 1.1.d, p. 24). Dans le cas du passage adiabatique, une part importante des
atomes est située dans l’état |2>. Il n’est donc pas possible de calculer le spectre
d’excitation par une simple transformée de Fourier .
1

FIG. 2.20 - Probabilité de transition, en fonction la position initiale de l’atome


sur sa trajectoire dans l’espace des phases (à 1D cette dernière est elliptique, et la

position se repère par un angle). La pulsation d’oscillation est 03C9


x = 133 rad/s,
la durée du créneau impul = 6 ms, celle de la rampe 03C4 rampe = 0,6 ms. La vz-
tesse résonnante est v rés =
, l’amplitude de la trajectoire v
rec
2v 0 , et
rec
15v =

la fréquence de Rabi effective 03A9/2 .


rec
0,2kv
= On constate que l’atome est ex-
cité avec une probabilité voisine de1 s’il a coupé la droite résonnante (passage
adiabatique).
Le résultat d’une résolution numérique de l’équation de Schrödinger est pré-
senté sur la figure 2.20. J’ai utilisé la méthode de Runge-kutta à l’ordre 4, et fait
évoluer les parties réelles et imaginaires des coefficients de la fonction d’onde.
1 Le fait que beaucoup d’atomes soient dans |2> peut s’avérer très gênant, à cause des col-
lisions inélastiques entre atomes froids accompagnées d’un changement de structure hyperfine,
qui sont susceptibles de chasser les atomes du piège Des précisions à ce sujet seront apportées
au paragraphe 3 3 c ii (p 174)
100

L’atome est confiné dans un piège harmonique à une dimension, et donc le désac-
eff qu’il « voit »évolue en conséquence. Le profil temporel de l’impulsion
cord 03B4
est le suivant (avec impul ) :
rampe

Ils’agit donc d’un créneau, régularisé à la montée et à la descente par des mor-
ceaux d’impulsion de Blackman. Ce choix donne un profil spectral convenable,
mais n’est pas le résultat d’une quelconque optimisation. Au début, l’atome est
dans l’état |1>. Je calcule la quantité |<2|03C8(+~)>|
2 (où |03C8(+~)> est l’état de
l’atome à la fin de l’impulsion), que je trace en fonction de la position initiale de
l’atome sur sa trajectoire (phase).
On constate que la probabilité de transition est pratiquement égale à 1 si
l’atome a pu franchir la zone résonnante pendant la durée de l’impulsion. Elle est
presque nulle dans le cas contraire. La propriété de passage adiabatique est donc
bien vérifiée.

d) Simulation de Monte-Carlo à 1D
La réalisation d’une simulation de Monte-Carlo décrivant le refroidissement
par impulsion est beaucoup plus compliquée que dans le cas continu, car la pro-
babilité d’excitation d’un atome n’est pas donnée par une formule analytique et
doit être évaluée en résolvant l’équation de Schrödinger.
Certes, il est en théorie possible de réaliser une simulation en faisant évoluer
6 paramètres (à 1D) par atome (un pour sa position, un pour son impulsion et 4
pour son état interne). Ces 6 paramètres sont solution d’une équation différentielle
à coefficients dépendant du temps, qu’il est possible de résoudre numériquement
par la méthode de Runge-Kutta. En fait, nous sommes gênés par l’existence
de deux constantes de temps différentes dans le problème : d’une part la période
d’oscillation, et d’autre part la durée des impulsions, qui est beaucoup plus courte.
Dans le cas continu, il suffit de prendre un pas d’intégration petit devant la période
. Dans le cas des impulsions, il faudrait prendre un pas court devant
1
d’oscillation
la durée des impulsions. Ceci implique donc des temps de calculs beaucoup trop
.
2
longs
1 le raccourcissant au voisinage de la résonance
en
2 La
présente étude à été réalisée au début de l’année 1993 Depuis cette époque, le matériel
informatique de notre équipe s’est amélioré, de telle sorte qu’une telle simulation prenant en
101

En fait, une telle simulation reviendrait à faire un grand nombre de fois le


même calcul. En effet, la probabilité d’excitation ne dépend que de l’amplitude
de la trajectoire de l’atome, et de la « phase »(i.e. l’emplacement) qu’il occupe
sur cette trajectoire au début de l’impulsion. Au cours de l’évolution (mais pas

forcément au même moment), il est très probable que deux atomes abordent une
impulsion avec des amplitudes de trajectoire et des « phases» voisines. Dans ce
cas il est inutile de calculer deux fois la probabilité d’excitation.

La méthode que j’ai employée est donc la suivante : je commence par réaliser
une série de courbes analogues à la figure 2.20, mais pour différentes valeurs de

l’amplitude v 0 de la trajectoire. Ceci permet de créer une « banque de données »,


et donc de connaître, en fonction de sa position dans l’espace des phases au début
de l’impulsion, et au moyen d’une éventuelle extrapolation, la probabilité pour
un atome d’être excité à la fin de l’impulsion. Je fait dans un deuxième temps

tourner la simulation de Monte-Carlo proprement dite, en calculant (par Runge-


Kutta) le mouvement des atomes à 1D dans le piège. Périodiquement commence
une impulsion : en fonction de sa position et de sa vitesse, en utilisant les données

enregistrées et en tirant un nombre aléatoire, je détermine si un atome est ou non


excité. Je continue ensuite l’évolution, et je fais encaisser aux atomes excités les
impulsions Raman et de pompage à un moment choisi : au passage à résonance
pour le Raman, et après l’impulsion Raman pour le repompeur. Cette méthode
permet de tenir compte du mouvement des atomes dans le piège pendant le temps
passé dans le niveau |2>.
Le résultat est présenté sur la figure 2.21. En ajustant par une exponentielle
la courbe d’évolution de l’énergie (figure 2.21-a), on trouve une temps de refroi-
dissement 1/e de 22 périodes d’oscillation, soit 1 s. On constate que ce temps de
refroidissement est du même ordre de grandeur que celui que l’on l’observe dans
le cas du refroidissement continu (voir la figure 2.15, p. 91). A priori donc, nous
n’avons rien gagné (mais il n’en sera pas de même à 3D). La vitesse quadratique
moyenne finale est 0,4v
rec (résultat obtenu en ajustant la distribution en vitesse
par une gaussienne).
e) Simulation de Monte-Carlo à 3D
Pour effectuer à 3D une simulation de Monte-Carlo analogue à celle de la
figure 2.21, il faut au préalable enregistrer les taux de transition correspondant à
toutes les valeurs possibles des trois énergies directionnelles, et des 3 « phases »
au début de l’impulsion : il y a donc 6 paramètres au total au lieu de deux. Ceci

est difficilement réalisable, en raison du temps que nécessiterait le calcul de toutes


ces données, et de l’espace mémoire qu’elles occuperaient. En outre, je ne suis pas

sûr que la méthode soit « rentable» à 3D, dans la mesure où il devient difficile
que deux atomes (même à deux moments différents) abordent une impulsion avec

compte les degrés de liberté internes et externes est très probablement envisageable (mais le
programme correspondant reste à écrire)
102

(a) Energie moyenne des atomes en fonction (b) Pourcentage d’atomes refroidis en fonction
du temps. du temps.

(c) Distribution finale en vztesse, moyennée (d) Distribution finale en fonction de la ra-
sur les 100 atomes de la simulation et sur cinede l’énergie Le moyennage se fait de la
le temps entre 800 et1 000 périodes d’os- même façon que pour la vitesse
cillation En pointillés, la distribution initiale
(courbe théorique)

FIG. 2.21 - Résultat d’une simulation Monte-Carlo 1D avec 100 atomes, en


impulsions et par passage adiabatique. Le rapport de branchement est pris égal
à 0,75. La largeur effective 0393 vaut 0,1kv
, et la fréquence de Rabi effective
rec
maximale 03A9/2 =
.
rec
0,2kv Le repompeur pousse les atomes dans le sens opposé
aux faisceaux Raman (~= -1). La fréquence du piège vaut 133 rad/s. La vitesse

résonnante est 2 . rec Les impulsions Raman utilisées sont des créneaux de 6 ms,
v
la rampe étant une impulsion de Blackman de durée 0,6 ms (voir texte p. 100).
Résultat : la vitesse quadratique moyenne de 0,4 vrec est atteinte en 1 s.
103

FIG. 2.22 - Comparaison du taux d’excitation par un créneau , calculé à 3D en


faisant réellement évoluer l’atome dans l’espace des phases à 3D (en trait plein),
et en approximant son mouvement par un mouvement dans l’espace des phases 1D
(en pointillés). On constate un bon accord entre les deux courbes, ce qui justifie
la méthode employée pour les simulations à 3D.

leurs six paramètres qui coïncident.


A priori donc, il vaut mieux renoncer à cette méthode et entreprendre une
simulation complète, sur les degrés de liberté internes et externes (soit 10 para-
mètres à 3D). Toutefois, nous savons que ceci est difficile à réaliser (c’est encore
plus vrai à 3D qu’à 1D). Plutôt que de renoncer, j’ai préféré « tricher» en uti-
lisant une méthode approchée. Le principe est d’utiliser les paramètres 1D pour
effectuer la simulation à 3D. Pour cela, je considère une trajectoire fictive 1D
dont les caractéristiques sont telles qu’elles permettent d’évaluer correctement le
taux d’excitabilité d’un atome. Pour déterminer cette trajectoire fictive, à partir
de la vitesse de l’atome, j’écris l’égalité du désaccord 03B4
(t) et de sa dérivée entre
eff
la trajectoire fictive et la vraie trajectoire. Le tempst correspond au milieu de
l’impulsion. Cela donne
104

(a) Energie moyenne des atomes en fonction du (b) Pourcentage d’atomes refroidis en fonction
temps. du temps.

(c) Distribution finale en vitesse, moyennée (d) Distribution finale en fonction de la racine
sur les 100 atomes de la simulation et sur de l’énergie Le moyennage se fait de la même
le temps entre 800 et1 000 périodes d’os- façon que pour la vitesse
cillation En pointillés, la distribution initiale
(courbe théorique)

FIG. 2.23 - Résultat d’une simulation Monte-Carlo à 3D avec 100 atomes, en


impulsions et par passage adiabatique. Le rapport de branchement est pris égal
à 0, 75. La largeur effective 0393 vaut 0,1kv
, et la fréquence de Rabi effective
rec
maximale 03A9/2 . La direction du faisceau est (1;1;1) par rapport aux
rec
0,3kv
=

axes propres du piège, le repompeur donnant une impulsion dans le même sens que

celle des fazsceaux Raman (~= 1). Les 3 fréquences du piège valent respectivement
133, 125, et 231 rad/s. La vitesse résonnante est 3 .
rec Les impulsions Raman
v
utilisées sont des créneaux de 6 ms, la rampe étant une impulsion de Blackman
de durée 0,6 ms (voir texte p. 100). Cette simulation permet d’atteindre une
température légèrement sub-recul en 1,6 s.
105

où j"ai choisi pour fréquence 03A9 la moyenne quadratique des trois fréquences
d’oscillation du piège
, i.e.
1

L’équation (2.84) permet de calculer, pour chaque atome, et pour chaque impul-
sion, les quantités ~ et v
. On déduit ensuite la probabilité de passage dans |2>
0
par lecture du tableau.
Afin de m’assurer le la validité de cette méthode, j’ai comparé (fig. 2.22)
les taux d’excitation 3D obtenus en faisant réellement évoluer un atome dans
l’espace des phases à 3D (en trait plein), et les taux d’excitations calculés avec
la méthode d’approximation que je viens d’exposer (en pointillés). On constate
que l’accord est bon en général, sauf sur la partie gauche de la courbe: on se
trouve alors dans un cas où l’atome ne fait qu’effleurer la zone résonnante. Pour
avoir un bon accord, il faudrait rendre égales les dérivées suivantes du désaccord
par rapport au temps, ce que ne fait pas la méthode. Toutefois, ce cas est assez
exceptionnel (sauf en fin de refroidissement). De plus, le signe de l’erreur n’est
pas systématique : nous pourrons donc avoir une bonne idée du refroidissement
adiabatique à 3D.
Sur la figure 2.23, on constate que l’on peut obtenir à 3D, avec des impulsions
laser et en créant un passage adiabatique, un refroidissement avec v rés 3v
rec en =

un temps de 33 périodes d’oscillation (1,6 s), c’est-à-dire beaucoup plus court que

pour le refroidissement continu, et compatible avec la méthode de piégeage opto-


électrique (voir chapitre 3, § 3.1.b.iii, p. 136). La vitesse quadratique moyenne
finale obtenue est 0,8v
.
rec

f) Le refroidissement par impulsions de Blackman


Bien que la présente section soit intitulée « le refroidissement par impulsions »,
je n’ai jusqu’ici parlé que de refroidissement par passage adiabatique. Or, on peut
concevoir d’autres types refroidissement par impulsions (i.e. dans lesquels on ne
recherche pas de passage adiabatique). En particulier, on peut envisager d’utiliser
une succession d’impulsions de Blackman possédant des désaccords différents (de

la même façon que dans l’expérience 1D décrite au chapitre 1), et se propageant


successivement selon les trois directions de l’espace. On peut par cette méthode
réaliser un profil d’excitation excitant les atomes partout sauf dans une classe de
vitesse étroite autour de 0 (i.e. analogue à celui représenté schématiquement sur
la figure 0.1, p. 16). De cette façon les atomes peuvent être excités sans posséder
toujours la même vitesse selon un axe. On devrait donc pouvoir s’affranchir de la
condition de seuil (2.35) (la courbe de la figure 2.13 réalisée avec trois systèmes

1. Il est difficile de justifier ce choix par un raisonnement rigoureux. On observe a posteriori


(voir figure 2 22) qu’il conduit à une erreur satisfaisante (et de signe non systématique)
106

de faisceaux continus constitue déjà un premier pas dans cette .


1
voie)
On peut toutefois objecter que cette méthode n’est pas très élégante. En ef-
fet, le refroidissement Raman continu, tout comme le refroidissement par passage
adiabatique, tire parti du mouvement des atomes dans le piège. Ce n’est pas le
cas du refroidissement par des impulsions de Blackman, que l’on conçoit plu-

tôt comme une expérience de refroidissement Raman 3D d’atomes libres, dans


laquelle le piège viendrait jouer un rôle perturbateur que l’on souhaite le plus
faible possible
. Néanmoins, il est possible d’envisager une solution mixte: par
2
exemple du refroidissement adiabatique maintenant l’énergie des atomes sous
quelques , rec et des impulsions de Blackman selon les trois directions pour es-
E
sayer de refroidir davantage une fraction des atomes. J’ai tenté d’explorer cette
piste en utilisant mon programme de simulation de Monte-Carlo. Je n’ai mal-
heureusement pas obtenu de résultat satisfaisant. En fait, l’étude est compliquée
par le grand nombre de degrés de liberté (la durée, le désaccord et la puissance
de chaque impulsion) et la durée du calcul informatique (typiquement une demi-
journée si je suis seul sur la machine). L’optimisation du résultat, qui nécessite
de faire tourner le programme un grand nombre de fois en modifiant un unique
paramètre à chaque fois, demanderait un temps qui aurait pu s’avérer supérieur
à la durée de ma thèse (au point qu’il peut paraître plus rapide de commencer
par faire l’expérience).

ailleurs, on pourrait songer à appliquer aux atomes piégés les idées de


Par
François Bardou et de Jakob Reichel sur les vols de Lévy [79, 80, 85]. Peut-être est-
il possible de refroidir les atomes à des températures largement sub-recul, grâce
à l’utilisation de quelques impulsions en créneau convenablement disposées. Quoi
qu’il en soit, l’exploration de cette voie nécessite à mon avis l’élaboration d’un
programme de simulation du refroidissement Raman par impulsions beaucoup
plus complexe que celui que j’ai écrit
.
3

1 Lorsque l’on effectue du refroidissement Raman (par impulsions) sur des atomes libres, il
n’y a pas de seuil de refroidissement Par « continuité », on peut déduire que pour des atomes
confinés dans un piège très lâche (i e de très basses fréquences d’oscillation), il n’y a pas non
plus de seuil Par contre, l’obtention de températures sub-recul me semble plus difficile dans le
cas où le temps moyen séparant deux excitations d’un atome donné par les faisceaux Raman
devient supérieur à la période d’oscillation (et il sera de toute façon nécessaire d’utiliser un
grand nombre d’impulsions de désaccords différents)
2 Heun-Jin Lee et al affirment explicitement (en se basant sur des résultats expérimentaux)
que le refroidissement Raman fonctionne mieux pour des atomes libres [105]
3 Comme je l’ai dit, mon programme évalue l’excitabilité des atomes par extrapolation à
partir de quelques valeurs calculées une fois pour toutes, et qui correspondent à des paramètres
atomiques (vitesse, position) fixés Le profil d’excitation au voisinage d’un point où l’excitabilité
est nulle, dont on sait qu’il détermine de façon cruciale la température finale accessible [79, 80],
n’est absolument pas modélisé correctement ici, notamment parce que le maillage ne comporte
pas assez de points
107

6. Conclusion
Au cours de ce chapitre, j’ai donc établi que le refroidissement Raman
d’atomes piégés s’avère un peu décevant, dans la mesure où je n’ai pas dégagé
de mécanismes permettant d’atteindre des températures sub-recul. Dans le cas
du refroidissement continu, cette impossibilité est intrinsèquement liée au mouve-
ment des atomes dans le piège, et au fait que le désaccord 03B4 des faisceaux Raman
est toujours le même. Il n’est cependant pas exclu qu’il soit possible, lorsque les
fréquences d’oscillation du piège sont très basses, de contourner le seuil (2.35) en
utilisant un grand nombre d’impulsions Raman de désaccords différents. Toute-
fois, la séquence ad hoc n’a pas encore été trouvée
.
1
Les considérations liées au seuil mises à part, le refroidissement Raman
d’atomes piégés est intéressant parce qu’il permet également d’augmenter la den-
sité spatiale. Par conséquent, si la vitesse selon un axe diminue d’un facteur 03B1,
la densité dans l’espace des phases augmente de 03B1 . Les simulations que j’ai ef-
6
fectuées (qui ne tiennent certes pas compte de la diffusion multiple des photons)
prévoient l’obtention d’un paramètre 03C1~
DB seulement 200 fois plus petit que la
3
valeur correspondant à la condensation de Bose-Einstein. Le recours ultérieur au
refroidissement évaporatif sera donc indispensable, mais on peut espérer produire
un condensat contenant davantage d’atomes que si l’on était parti des conditions

du piège magnéto-optique.
Toute l’étude théorique de ce chapitre a été réalisée en supposant l’existence
d’un piège que l’on peut considérer comme harmonique, qui confine les atomes
sans perturber le fonctionnement du refroidissement Raman. Aucune considéra-

tion n’a jusqu’ici été faite quant à l’existence d’un tel piège. Le prochain chapitre
sera donc consacré à la résolution (théorique et expérimentale) de ce problème.

1 Une toute autre direction devrait également être explorée . le régime de Lamb-Dicke (03C9
x
), pour lequel il n’a pas été prouvé que les interactions entre atomes jouent dans tous les
rec
03C9
cas un rôle nocif
108

Complément A : Obtention des équations du


mouvement
L’objet de ce complément est d’établir l’équation (2.36) à partir des équations
de Bloch optiques généralisées. Ce calcul permet de justifier l’étude du problème
par une approche semi-classique et donc l’emploi de simulations de Monte-Carlo
classiques. Ce complément contient en outre la démonstration de l’analogie qui
peut être faite entre un système de faisceaux Raman et une micro-onde.
Je tiens à toutefois à prévenir le lecteur que les calculs qui vont suivre sont
relativement lourds, et que leur lecture n’est absolument pas nécessaire à la com-
préhension de la suite de cette thèse. En outre, ils ne constituent pas quelque
chose de fondamentalement nouveau, la majorité des éléments pouvant être re-
trouvés dans les références [113, 120, 82]. Toutefois, il m’a paru utile de les faire
figurer, de façon à fournir une assise analytique aux résultats numériques que j’ai
présentés dans ce chapitre.

a) Notations
On considère l’atome à 3 niveaux, irradié par 3 lasers, représenté sur la figure
2.1. Si E
,E
1 , et e
2 E sont les énergies des 3 niveaux, avec E 2 0, on définit les
=

quantités suivantes :

les écarts entre les niveaux :

les désaccords:

b) Equation d’évolution, hamiltonien du système


L’hamiltonien du système s’écrit

d étant l’opérateur dipolaire électrique, et E le champ, défini par :


109

L’équation d’évolution de la matrice densité du système s’écrit alors

où 03C3 agit à la fois sur les états internes et externes de l’atome. décrit
l’émission spontanée.

c) Approximation séculaire. Equations de Bloch optiques


L’approximation séculaire consiste à négliger les termes non résonnants de-
vant les termes résonnants (les premiers oscillent très vite, donc on effectue une
moyenne sur un temps long devant leur période d’oscillation).
Pour notre problème, l’hypothèse est la suivante :

où m et n sont deux niveaux atomiques quelconques, L =


A, B, C, et

On déduit de (2.88), (2.89) et (2.90) les équations de Bloch [120, page 116] :
110

avec

et

03BE étant le rapport de branchement, n et 03B5 des vecteurs unitaires et k la norme du


vecteur d’onde d’un laser résonnant ;

A
V
,VB et C
V sont les opérateurs hermitiens conjugués.
Dans la suite du calcul, j’effectuerai le changement de variable suivant :

d) Approximation Raman
Cette approximation permet de remplacer les deux faisceaux A et B par un

faisceau effectif équivalent [82]. On pose tout d’abord :

soit
111

(idem pour B et C). On fait alors l’hypothèse:

On veut pouvoir négliger, dans l’équation (2.93), le commutateur de l’hamil-


tonien externe. En prenant (2.93) entre les deux états propres du piège <n’
,z
x , n’
y
n’
|
et x
|n
,
y
&
z #x3E;,
n ce commutateur vaut :

où 0394n
x x
= -
n’ n x,y,z sont les fréquences
, et 03C9
x propres du piège. Pour pouvoir
négliger (2.101), il faut supposer que

Je supposerai en fait que seuls les 0394n


i de l’ordre de 1 contribuent (les autres
pouvant être négligés par une approximation de type séculaire). (2.102) devient :

Je vais maintenant intégrer, dans (2.93), l’équation en e,2 , sur une durée
grande devant 1/0394, petite devant 1/0393, 1/03A9
et . Je néglige le terme en 03C3
A,B,C e,e
devant celui en 03C3. suppose que 03C3
1
2,2 Je , 1,2
1,1 et 2,2
03C3 évoluent sur des temps de
l’ordre de 1/0393 et 1/03A9
, longs devant le temps d’intégration, ce qui permet de
A,B,C
les considérer comme constants.

J’injecte (2.104) dans leséquations en 03C3


, 03C3
1,1 2,2 et 1,2 de (2.93). Je néglige tous
les termes où e ±i0394t ne disparaît pas (il oscille très vite à l’échelle de temps où
l’on se place) :

1 Je néglige également le commutateur d’évolution externe


112

On vérifie bien que les constantes d’évolution de 03C3 2,2 et


, 03C3
1,1 1,2 sont grandes
devant 1/0394.

e) Elimination adiabatique du niveau |e>


Je supposerai :
-

que la population de l’état |e> est petite devant celles des états fondamen-
taux |1> et |2> ;
-

, est très court devant le


que le temps d’évolution de |e>, c’est-à-dire 0393
-1
temps de pompage de |2> vers |e>, donné par ,
-1 où s
)
C
(0393s C est le paramètre de
saturation du faisceau C. On doit donc avoir s C 1, c’est-à-dire

Si la condition (2.106) est vérifiée, 03C3 e,2 atteignent tout de suite leur
e,1 et 03C3
, 03C3
e,e
état stationnaire : on dit qu’ils suivent adiabatiquement le niveau fondamental.
Cette propriété va permettre d’éliminer l’état excité, en remplaçant la population
et les cohérences dans les autres équations. J’effectue par ailleurs le changement
113

de variable:

je suppose également (pour négliger l’hamiltonien externe) que :

Plus physiquement, cela suppose que les atomes n’ont pas le temps de tourner
dans le piège pendant le temps qu’ils passent dans l’état excité.

On annule alors les dérivées temporelles de l’état excité (suivi adiabatique),


et onnéglige le commutateur :

On substitue dans celles des équations (2.105) qui ne font intervenir que le fon-
damental :
114

avec

On remarque que le système (2.111) est analogue aux équations de Bloch


optiques écrites pour un atome à deux niveaux. Le système de faisceaux Raman
peut être assimilé à une micro-onde de fréquence de Rabi 03A9 et de désaccord 03B4.

f) Passage en représentation de Wigner


Chacune deséquations (2.111) est en fait un opérateur agissant sur l’espace
des impulsions ou des positions. Je vais ici le prendre entre les états <R-R
1 2| et
|R + R
P
-i
1
2 >e
h, R et intégrer sur R
. Cette opération fait apparaître les quantités :
1

et de même pour 2,2


W 1W
et ,2 (W=
)*. Les quantités définies par (2.113), sont
2,1
appelées fonctions de Wigner [121]. Bien que quantiques vis-à-vis des degrés de
liberté externes, elles peuvent être interprétées comme des densités de présence
des atomes. Les fonctions de Wigner peuvent être négatives, ce qui peut être relié
à la possibilité de passage par effet tunnel à travers une barrière de potentiel.
Voici l’équation obtenue :
115

g) Elimination adiabatique du niveau |2>


Pour éliminer adiabatiquement le niveau |2> (et donc se ramener à une équa-
tion unique sur la densité d’atomes dans le fondamental), on raisonne de façon
analogue au paragraphe 2.A. e. Je supposerai donc que:

avec

Quelques remarques doivent être faites à propos des relations (2.115). La re-
lation (2.115.c) traduit la faible saturation de la transition Raman (et (2.115.a)
découle de (2.115.c), elle même vérifiée si 03A9 0393). La condition (2.115.c) est la
condition de piège lâche (ou encore de l’atome lourd) : sans elle, il n’est plus pos-
sible de traiter le problème classiquement (voir § 2.1.c.i, p. 62). Remarquons aussi
que les conditions que j’avais imposées jusqu’ici (relations (2.91), (2.100), (2.103),
(2.106) et (2.109)) sont presque toujours vérifiées dans une situation « normale»
(atomes alcalins pour lesquels la largeur 0393 est grande devant la fréquence de recul,
lasers quasi-résonnants et de puissances raisonnables). Les équations (2.115.b) et
(2.115.c) constituent les seules hypothèses vraiment restrictives que l’on s’impose.
116

En annulant le premier membre de la troisième équation de (2.114), on ex-


prime W 1,2 en fonction de W 2,2 On substitue dans les 2 premières équa-
1,1 et .
W
tions : on obtient un système de deux équations à 2 inconnues, W 1,1 et .2,2
W
On annule également les dérivées partielles de l’équation ,
en 2,2 on exprime
W et
2,2 en fonction de W
0393W 1,1 et d’une intégrale sur .2,2 On substitue W
W 2,2 dans
la première équation, puis de manière itérative dans les intégrales (ce qui fait
apparaître une série sur le nombre de photons spontanés émis). Voici le résultat
obtenu :

Si l’on interprète la fonction de Wigner comme la densité atomique dans l’es-


pace des phases, alors la formule (2.117) représente l’équation d’évolution clas-
sique de cette densité. Ceci justifie le traitement du problème par des simulations
de Monte-Carlo classiques.
Chapitre 3

Réalisation d’un nouveau piège à


atomes

théorique j’aimenée au chapitre 2 a montré que le refroidis-


L’ÉTUDE que
sement Raman d’atomes confinés permet d’atteindre, avec des atomes de
césium, une température de l’ordre de la température de recul (soit 200 nK). J’ai
supposé que les atomes étaient confinés dans un piège (modélisable par un piège
harmonique, mais cette condition n’est pas essentielle), sans me préoccuper de
la façon de réaliser ce piège. S’il existe de nos jours de très nombreuses manières
de confiner des atomes, toutes ne sont pas adaptées au refroidissement Raman.
Par exemple, le piège magnéto-optique ne convient pas, parce que les atomes
y émettent continuellement des photons spontanés, ce qui induit un processus
de chauffage incompatible avec le maintien d’une température sub-recul (ou de
l’ordre du recul). De façon générale, un piège compatible avec le refroidissement
Raman doit remplir deux critères :
-

le piège doit être suffisamment profond (de façon à pouvoir contenir le


nuage atomique avant le refroidissement Raman), et posséder une durée de vie
suffisamment grande (i.e. supérieure au temps typique de refroidissement, qui est
de quelques secondes pour le refroidissement en impulsions par passage adiaba-
tique) ;
-

le piège doit être compatible avec le fonctionnement du refroidissement


Raman. Ceci exclut, ainsi que je viens de le dire, les pièges induisant l’émission de
photons spontanés (comme le piège magnéto-optique). D’autres caractéristiques
peuvent également perturber le refroidissement Raman (c’est le cas par exemple
si la constante de raideur n’est pas la même pour des atomes situés dans le niveau
|1> et dans le niveau |2>) ;
Ce chapitre sera consacré à l’étude théorique et expérimentale d’un piège pou-
vant servir au refroidissement Raman: le piège opto-électrique (POE). Ce piège
est constitué d’une électrode portée à un potentiel élevé (12 kV sur l’expérience),
servant à compenser la gravité et à confiner les atomes dans la direction verticale.
118

Un faisceau laser focalisé et très désaccordé réalise le confinement transverse. Afin


de justifier le choix de cette configuration, je commencerai par étudier le cas d’un
piège dipolaire standard (§ 3.1.a), et je montrerai pourquoi il n’est pas très bien
adapté au refroidissement Raman. Les caractéristiques du piège opto-électrique
seront présentées au paragraphe 3.1.b. Je passerai ensuite à la réalisation expéri-
mentale : le dispositif et le fonctionnement de notre expérience seront décrits dans
la section 3.2. J’exposerai les résultats expérimentaux (signature du confinement
et caractéristiques du piège) au paragraphe 3.3.
Le piège opto-électrique n’est pas le seul type de piège compatible avec le re-
froidissement Raman que j’aie envisagé. Il existe en particulier une autre solution,
combinant le piégeage magnétique et la compensation de la gravité à l’aide d’une
électrode. Ce piège électrostatique et magnétostatique est présenté théoriquement
à la fin de ce chapitre (complément 3.A, p. 179). Le refroidissement Raman dans
un tel piège est basé sur une exploitation particulièrement agréable des symétries

et des règles de sélection. Toutefois, sa réalisation pratique serait assez délicate.


C’est pourquoi nous avons renoncé à le mettre en 0153uvre expérimentalement, et
avons opté pour le piège opto-électrique.

1. Principe du piège opto-électrique


a) Le piège dipolaire très désaccordé

i) Principe général du piège dipolaire


Le piégeage d’atomes par force dipolaire est devenu une technique de confine-
ment bien standard [124-127]. Le principe est le suivant : un atome interagissant
avec de la lumière est soumis à deux forces [119, p. 356; 128], la force de pres-

sion de radiation (proportionnelle au gradient de la phase du champ), et la force


dipolaire, proportionnelle au de l’intensité du champ. Lorsque le désac-
gradient
dip est suffisamment grand
cord du laser 03B4 , c’est la force dipolaire qui prédomine.
1
Lorsque la saturation du laser est faible, l’expression de cette dernière est

dip
03A9 étant la fréquence de Rabi traduisant le couplage atome-laser.
On voit donc que la force dipolaire dérive d’un potentiel, lequel est égal (tou-
jours dans le cas d’une faible saturation) au déplacement lumineux induit par le
laser sur le niveau fondamental (ou le niveau métastable) de l’atome. En particu-
lier, si le désaccord 03B4
dip du laser est négatif, l’atome sera attiré vers les maxima
d’intensité lumineuse.

1 En particulier 03B4
dip 0393 Cette condition est nécessaire, mais n’est pas suffisante si l’inten-
sité lumineuse varie peu à l’échelle de la longueur d’onde optique
119

Pour fabriquer un piège dipolaire, il suffit de créer un fort gradient d’intensité.


Pour ce faire, la solution la plus simple est de focaliser fortement un faisceau. Les
atomes seront ainsi confinés au foyer, i.e. là où se trouve le maximum d’intensité.

ii) Intensité lumineuse au voisinage du foyer d’un faisceau gaussien

L’expression du champ électrique, pour un faisceau gaussien focalisé se pro-


pageant dans la direction z et dont le foyer se situe à l’origine des coordonnées,
est donnée par [129, section 3.2]

où 0 est
c le col du faisceau, 03BB
dip sa longueur d’onde, dip
k =
dip
k
z u son vecteur
d’onde, dip
03C9 sa fréquence, et

On fait l’hypothèse que l’angle de focalisation

est petit devant 1, c’est-à-dire

Au voisinage du foyer du faisceau, c’est-à-dire pour

et

on peut faire un développement limité de (3.2) :


120

Remarque: on voit sur la formule (3.8) qu’il existe un profonde asymétrie

entre les directions x et y d’une part, et la direction z d’autre part. En particu-


lier, la fréquence d’oscillation dans la direction de l’axe du faisceau sera beaucoup
plus faible (i.e. d’un facteur pouvant aller de 10 environ jusqu’à l’infini) que les
fréquences d’oscillation transverses. Les simulations de Monte-Carlo que j’ai ef-
fectuées ne permettent pas de conclure qu’une telle asymétrie est nuisible au
refroidissement Raman (pourvu que les fréquences d’oscillation soient toutes très
inférieures à la fréquence de recul). Toutefois, il est possible de rétablir une symé-
trie entre les fréquences d’oscillations (du moins en terme d’ordre de grandeur)
en utilisant deux faisceaux croisés, comme il est fait dans [130] (piège dipolaire

croisé).
iii) Déplacement lumzneux des niveaux du césium

Plaçons nous dans lecas du césium, qui est utilisé pour la plupart des ex-
notre équipe
périences effectuées dans . En l’absence de champ
1 magnétique, les
sous-niveaux Zeeman sont dégénérés.
supposerai que le faisceau laser utilisé pour le confinement par force di-
Je
polaire est désaccordé quelques centaines de GHz (ou davantage) sur le rouge
de la transition 6S½
2 P c’est-à-dire d’une quantité très supérieure aux
2
6 ~

structures hyperfines de l’état |6


P>. Je vais montrer que dans ce cas, et lorsque
2
la polarisation du faisceau est linéaire, le déplacement lumineux est le même pour
tous les sous-niveaux hyperfins et Zeeman de l’état fondamental |6 S ½ ).
2
Je commence par définir l’opérateur déplacement lumineux W par l’expression

où D est l’opérateur dipôle, et 0394


dip le désaccord du faisceau dipolaire (supposé
non nul) que l’on considère lui aussi comme un opérateur (puisqu’a priori il

dépend du niveau excité considéré). Le but est de calculer l’élément de matrice


de W, i.e.

où D
+ D est la partie montante (resp. descendante) de l’opérateur di-
(resp. -
)
pôle, Edip (resp. )
+ et dip est la partie du champ oscillant en exp(-i03C9
-
E t) (resp.
dip
en exp(i03C9
t)).
dip Je désigne par PJ’,F’
2
6
E l’énergie de l’état excité J’ F’) (en
P
2
|6
,
1 Voir la structure des niveaux du césium sur la figure 0 3, p 18
121

posant quel’énergie de l’état fondamental est nulle). J’ai écrit l’équation (3.10)
dans le cadre de l’approximation du champ tournant. Ceci nécessite donc que le
faisceau dipolaire soit quasi-résonnant (i.e. 03B4
dip 03C9), et que les contributions
dip
des autres niveaux puissent être négligées.
Dans le cas où le désaccord du faisceau dipolaire est grand devant les struc-
tures hyperfines de l’état |6 P> (mais non nécessairement devant la structure
2
hyperfine de 6S>), l’équation (3.10) se simplifie en
2

L’opérateur dipôle électrique D commute avec l’opérateur de structure hyper-


fine I · J (où J est la somme des spins des électrons et I le spin nucléaire). Par
conséquent, il est plus avantageux de calculer un élément de matrice dans la base
découplée. On obtient donc

où m
J et I m sont les nombres quantiques décrivant les spins des électrons et du
noyau (les éléments de matrices non diagonaux par rapport à ces deux nombres
quantiques sont nuls).
On reconnaît dans la formule (3.12) le produit de deux éléments de matrice
d’un opérateur vectoriel, pris entre un état fondamental de moment cinétique ½
et un état excité de moment cinétique ½ ou (le spin nucléaire étant « specta-
teur »). Les coefficients de Clebsch-Gordan correspondants à ces deux transitions
sont rappelés sur la figure 3.1.
Plaçons-nous tout d’abord dans le cas où la polarisation du faisceau est li-
néaire. On peut alors choisir un axe de quantification parallèle à la polarisa-
tion du faisceau. On voit donc que les carrés des coefficients de Clebsh-Gordan
qui interviennent sont les mêmes dans l’état |6 S ½,m
2 J = +½ > et dans l’état
½
S
2
|6 ,m J = - ½ >. L’élément de matrice sera donc le même, et par suite, l’opé-
rateur W sera scalaire dans le sous-espace 6 ½
S
2 . Le déplacement lumineux sera
indépendant du sous-niveau Zeeman et du niveau hyperfin. Remarquons que cette
propriété n’est plus vraie si le laser est polarisé circulairement ou elliptiquement
122

FIG. 3.1 - Coefficients de Clebsch-Gordan des transitions

(car dans ce cas les coefficients de Clebsch-Gordan qui entrent en jeu ne sont
plus les mêmes dans l’état |6 S ½, m
2 J = + ½ > et dans l’état |6
,m
½
S
2 J
= - ½>.
Le fait que le niveau fondamental soit un état de spin ½ est également crucial ;
dans le cas contraire, les coefficients de Clebsch-Gordan ne seraient pas tous
semblables, même en polarisation linéaire (l’opérateur W contiendrait une com-
posante tensorielle d’ordre 2). La propriété du déplacement lumineux que je viens
de démontrer ne peut donc pas être généralisée à un niveau excité du césium, ni
non plus à un atome autre qu’un alcalin.

Tous les niveaux sont déplacés de la même quantité ; le piège aura la même
pente quel que soit le niveau dans lequel se trouve l’atome, ce qui correspond
aux conditions dans lesquelles je me suis placé au chapitre 2. Pour effectuer

le refroidissement Raman, je choisirai les niveaux |1> =


, F = 3), |2>
½
S
2
|6 =


2
|6 ,F 4), et |e> |6
= =
P , F 3). Il s’agit du même choix qu’au chapitre
2 =

1. L’expression du potentiel de confinement (et donc du tenseur de rappel [K])


se déduit de la formule (3.8), i.e.

Remarques :
-

les déplacements lumineux dans les alcalins ont été calculés et mesurés
avec précision dans [131, 132]. Des considérations de symétries analogues à celles

que je viens d’évoquer ont en outre été introduites à propos des transitions à
deux photons [133, 134] ;
-

le résultat que je viens d’établir ne nécessite nullement que l’approximation


du champ tournant soit applicable (i.e. que le laser soit quasi-résonnant). Si
tel n’est pas le cas, l’élément de matrice de l’opérateur déplacement lumineux
contient un plus grand nombre de termes (i.e. des termes anti-résonnants et des
123

termes faisant intervenir des niveaux excités supérieurs) ; cependant, les mêmes
considérations de symétrie peuvent être appliquées à ces termes supplémentaires,
pourvu que le désaccord du laser par rapport chaque niveau soit grand devant
la structure hyperfine de ce niveau (et ce parce que l’état fondamental est de
spin ½ , et donc ne peut être couplé qu’avec des états de spin ½ ou );
dans le cas où le désaccord 03B4
-

dip est grand devant la structure fine (i.e.


dip
039403BB dip- 03BB
03BB
=
at 42 nm), on peut également découpler cette structure
fine. Tout se passe comme si l’on travaillait sur une transition 0 ~ 1 (i.e. une
transition entre |6 P>). Du fait de l’égalité des coefficients de Clebsch-
S> et |6
2 2
Gordan, le déplacement lumineux est alors un opérateur scalaire quelle que soit
la polarisation du faisceau ;
ce résultat peut également être appliqué dans le cas d’un champ électrique
-

statique : la polarisabilité statique 03B1 du niveau 6 ½ du césium, que l’on définit


S
2
par

(où 0394E
Stark est le du niveau par effet Stark), est indépendante du
déplacement
sous-niveau Zeeman et du niveau hyperfin. La valeur numérique de 03B1, qui a
été évaluée aussi bien théoriquement [135, 136] qu’expérimentalement [137], est
03B1 =
-39 J.V
5,8.10 2 (des mesures du déplacement de la raie 6
.m
-2 S ~ 6
2 P
2
ont également été effectuées [138-140]). La variation de l’écartement des deux
niveaux hyperfins |F 3) et |F 4) du fondamental due aux contributions
= =

de termes d’ordre supérieur a par ailleurs été évaluée [141, 142]. Le résultat est
F=4,mF=0
03B1- = 3,03.10 -2
F=3,mF=0
03B1
-43 .m
2
J.V
;
On peut également appliquer ces considérations de symétries au cas d’une transition Raman
entre ½
S
2
|6
, F 3) et |6
=
½
S
2, F 4) (i.eà la transition utilisée pour réaliser le refroidissement
=

Raman des atomes de césium) Je définis l’opérateur de transition Raman par

où 0394 est le désaccord défini sur la figure 2 1 (p. 55), supposé grand devant la structure hyperfine,
et A,B
E les champs électriques crêtes des deux lasers Raman Si les deux faisceaux Raman ont
la même polarisation linéaire, alors l’opérateur W Raman est un opérateur scalaire dans l’espace
> Par conséquent, il ne peut pas coupler des états de F différents (qui sont orthogonaux),
½
S
2
|6
et la transition Raman ne peut avoir lieu. Dans le cas d’une configuration - -03C3 la transition
+
03C3
,
Raman ne fonctionne pas non plus on se convainc en effet aisément qu’une telle transition est
interdite sur une configuration ½ ~ ½ ou ½ ~ . Par contre, rien n’interdit a priori la
transition Raman si les deux polarisations sont linéaires et orthogonales entre elles ; c’est la
configuration que nous avons choisie au chapitre 1 (p 38), car elle garantit en outre l’égalité
des déplacements lumineux entre les sous-niveaux Zeeman et hyperfins. Signalons enfin que dans
le cas où le désaccord 0394 est grand devant la structure fine, il devient impossible d’effectuer une
transition Raman
124

iv) Conditions de fonctionnement du piège dipolaire


Le but de ce paragraphe est d’étudier quelles valeurs du désaccord dip
03B4 et
dip du faisceau de piégeage sont compatibles
de la fréquence de Rabi 03A9 avec le
refroidissement Raman.

Désaccord du faisceau-piège. Comme nous venons de le voir, le désac-


dip du faisceau-piège doit être grand devant la structure hyperfine du niveau
cord 03B4
excité, afin de déplacer tous les sous-niveaux de la même manière. Il doit égale-
ment être inférieur à la fréquence de la transition elle-même (pour des raisons de
bon sens). De plus, le faisceau piège ne doit pas être résonnant ou quasi-résonnant
avec la raie D1 (transition |6
½
S
2> ~ |6½
P
2>). D’où les conditions (voir la figure
0.3, p. 18):

Facteur de sécurité : sur la condition relative à la structure hyperfine, j’impo-


serai un facteur 10 de marge. J’imposerai en outre que le désaccord par rapport
à la raie D1 soit au moins égal à la moitié de la structure fine (z.e. 8,3.10
12 Hz).
D’où la condition

Compensation de la gravité et profondeur du piège. La constante


de rappel du piège dipolaire est plus importante dans la direction transverse du
faisceau. Il convient donc de placer le faisceau horizontalement, afin de compenser
plus facilement la gravité. Au point (x, y 0, z 0), le potentiel vu par l’atome,
= =

tenant compte de la gravité, est

où dip < 0.
je rappelle que 03B4
Soit Umin la profondeur minimale du piège que l’on s’impose (on prendra
typiquement 0,1 0393, où 0393 est la largeur naturelle de l’état excité du césium). Il
est difficile d’imposer que la profondeur du piège soit exactement U min (car les
équations ne sont pas solubles), mais on peut facilement majorer cette condition.
125

En écrivant la différence de potentiel entre le point x = 0 et le point x =


,
0
-c on

déduit la condition

Piège lâche. J’ai mentionné au paragraphe 2.1.c.iv (p. 64) qu’il n’était
pas souhaitable de se placer dans le régime de Lamb-Dicke (qui correspond à
x,y,z
03C9 ), car ce régime implique de fortes densités dès qu’il y a plus d’un
rec
03C9
atome. Le refroidissement est alors très perturbé par les interactions entre di-
pôles atomiques. J’imposerai ici la condition inverse, i.e. 03C9
x,y,z , qui est
rec
03C9
l’hypothèse de validité du traitement classique du refroidissement que j’ai effec-
tué au chapitre 2. Cette hypothèse est également nécessaire au refroidissement
par passage adiabatique (§ 2.5.b, p. 98). Signalons toutefois que le refroidissement
Raman reste a priori possible lorsque 03C9 ~ 03C9
x,y,z ·
rec
Les fréquences d’oscillations les plus élevées étant les fréquences transverses,
on en déduit la condition

Facteur de sécurité : j’imposerai un facteur 3 sur la condition (3.20) (je rap-


pelle en outre que 03C9
rec =
rec
2
Mv
/(2) = kv
/2).
rec J’en déduis la condition

Remarque : compte tenu des ordres de grandeurs choisis pour c 0 et des condi-
tions (3.17) imposées sur le désaccord, la condition (3.20) implique que le faisceau
dipolaire est faiblement saturé (03B4
dip 03A9).
dip
Puissance du faisceau de piégeage. Je vais maintenant imposer une
condition bassement matérielle : la fréquence de Rabi 03A9 dip doit correspondre à
une puissance laser réalisable dans l’état actuel de la technologie.

Pour un faisceau gaussien quasi-résonnant (03B4


dip 03C9, où 03C9
at at est la fréquence
de résonance atomique), la fréquence de Rabi 03A9 dip est reliée à la puissance du
dip par la formule
faisceau P
126

La formule (3.22) s’établit en intégrant le flux du vecteur de Poynting. On


relie 0393 à l’élément de matrice du dipôle par la célèbre formule

Numériquement, dans le cas du césium, on obtient

la puissance P
dip étant exprimée en W, et le col c0 en m.
Si le laser cesse d’être quasi-résonnant, il n’est plus possible d’employer la
formule (3.22). Par contre, dans le cas où 03C9
dip , on peut considérer le
at
03C9
champ du laser comme un champ électrique quasi-statique (les expériences de
piégeage d’atomes avec un laser CO 2 [127] correspondent à ce cas de figure).
Le déplacement des niveaux peut alors se calculer en utilisant la polarisabilité
-39 -2
statique du césium 03B1 = 5,8.10 .V Je rappelle que dans le cas statique,
2
J.m
.
le déplacement Stark du niveau fondamental est donné par la formule (3.14). Si
le champ est oscillant, on ne doit conserver que les termes de fréquence nulle (on
suppose que le temps de réponse mécanique de l’atome est long devant la période
). On obtient donc
du laser 203C0/03C9
dip

E/2 exp(i03C9 + c.c. On déduit


où 03B5 est l’amplitude crête du champ, i.e. E(t) = dip
t)
finalement l’expression du déplacement lumineux

Remarques :
dans le cas quasi-statique, et par souci de
-

commodité, je définirai une

fréquence de Rabi par

Cette définition n’a a priori pas de sens physique, mais permet d’appliquer les
formules (3.19) et (3.20) (qui en fait ne font intervenir que le déplacement lumi-
neux) ;
127

dans le cas quasi-résonnant, on peut écrire la relation

où la polarisabilité quasi-résonnante . est donnée par


quasi rés
03B1

Dans le cas où dip


03BB =
1,06 03BCm, on trouve 03B1
quasi rés =
-38 -2
1,6.10 .V
2
J.m
.

Chauffage par le faisceau-piège. Un piège dipolaire n’est pas tout à fait


un piège conservatif: les photons du laser peuvent diffuser sur les atomes, ce qui

induit un réchauffement de ceux-ci. Je me propose donc de chiffrer ce phénomène.

Excitation résiduelle dans le cas quasi-résonnant. Pour commencer, je me


place dans la situation où le laser est quasi-résonnant (03B4
dip ). Dans ce
dip
03C9
cas, un atome est susceptible d’absorber un photon du laser, et d’émettre en-
suite un photon de façon spontanée. Le refroidissement Raman fonctionnera si
le délai d’absorption d’un photon du laser est plus long que le temps typique de
. J’écrirai donc (sachant que 03B4
refroidissement ref dip 03A9
)
dip

En pratique, je supposerai que ref ~ 2 s. J’imposerai à l’équation (3.30) un


facteur 2 de sécurité, d’où la condition

Fluctuation de la force dipolaire En dehors de l’excitation résiduelle, il


existe une autre source de chauffage (toujours dans le cas d’un laser quasi-
résonnant), due aux fluctuations quantiques de la force dipolaire [124, 143]. Elle
induit un coefficient de diffusion dont l’expression est donnée par

Je rappelle que la définition d’un coefficient de diffusion est


128

Ce qui nous intéresse est le temps 2 /(2D), qui est le temps au bout duquel
k
l’impulsion quadratique moyenne aura augmenté de k : en le comparant à ref ,
on peut déterminer s’il est possible de refroidir à .rec
T
Le gradient de la fréquence de Rabi figurant dans l’expression (3.32) se calcule
en utilisant la formule (3.2) du faisceau gaussien. On trouve (~03A9)
2 /(ec dip
403A9
)
0
2
(e exp
=
1). En supposant que dip 03A9
03B4 » ,
dip on déduit la condition

Facteur de sécurité : j’imposerai un facteur 3 sur la condition (3.34), soit

Diffusion des photons dans le cas quasi-statique. Dans le cas quasi-statique


dip « 03C9
(03C9 ) les formules (3.30) et (3.34) ne sont plus valables. Le chauffage doit
at
être évalué en utilisant la formule de la diffusion Rayleigh [119, formule (2) p. 499].
La section efficace totale de diffusion d’un photon par un atome est donnée par

où rclass est le rayon classique de l’électron 03B1


s f él él étant la masse de
/ (m c), m
s f la constante de structure fine. Le flux de photons par unité de
l’électron et 03B1
surface, sur l’axe dip x 2/(03C0c
du laser, étant /(03C9
P
)
dip ), on déduit le nombre de
0
2
photons diffusés sur chaque atome, par unité de temps

J’imposerai donc qu’aucun photon ne diffuse sur un atome pendant le temps


de refroidissement, soit

Je ne rajouterai pas de facteur de sécurité à la condition (3.38). En effet, dans


le présent cas de figure, l’impulsion des photons est très inférieure à . résonn.
k
Par conséquent, le recul induit par la diffusion d’un photon sur l’atome est petit
129

rec (v
devant Mv rec étant la vitesse de recul d’un photon résonnant). Le refroi-
dissement Raman ne sera donc pas très perturbé si quelques photons infrarouge
lointain viennent diffuser sur l’atome pendant ref
.
Remarque : en utilisant la définition (3.26)-(3.27) de la fréquence de Rabi, la
condition (3.38) devient

Diagrammes de fonctionnement. Les conditions (3.17), (3.19), (3.21),


(3.31), (3.35) et (3.39) (c’est-à-dire tenant compte des facteurs de sécurité ») sont
«

représentées sur le diagramme fréquence de Rabi/désaccord de la figure 3.2 . J’ai


1
également indiqué par des croix les paramètres correspondant à quelques lasers
usuels (Titane-Saphir (Ti-Sa) de puissance 1 W à 03BB 853 nm, Yag de puissance
=

20 W à 03BB =
1,06 03BCm, et laser à 2
CO de puissance 100 W à 03BB 10,6 03BCm). J’ai
=

imposé que la profondeur du piège U min soit au moins égale à 0,1 0393, de telle sorte
que le piège puisse contenir le nuage atomique issu d’un piège magnéto-optique
ou d’une mélasse. J’ai pris pour col du faisceau c 0 200 03BCm : c’est la valeur
=

maximale compatible avec la profondeur de piège demandée dans le cas du Yag .


2
Le temps de refroidissement ref est supposé inférieur ou égal à 2 secondes.
On constate que seul un laser 2 àpeut CO convenir au refroidissement Raman
dans un piège dipolaire. Dans le cas du Yag, le laser excite les atomes de façon
non résonnante avant que le refroidissement Raman ait pu agir. Ce type de laser
3
n’étant pas accordable, la seule solution pour diminuer l’excitation résiduelle est
d’augmenter le col du faisceau, et donc de diminuer la profondeur du piège. On
pourrait certes penser qu’une profondeur de 0,1 0393 est une situation « confor-
table ». Toutefois, avec les paramètres choisis, la quantité Mgc
0 aussi de l’ordre
de 0,1 0393. Autrement dit, si l’on souhaite continuer à compenser la gravité, il n’est
pas possible de réduire la fréquence de Rabi du faisceau (et donc son excitation
résiduelle).
v) Conclusion
La conclusion tirée de la figure 3.2 est passablement pessimiste : le refroidisse-
ment Raman dans un piège dipolaire est très difficile à faire. On peut cependant
1 Remarquons que la condition (3 35) (fluctuations de la force dipolaire) ne Joue aucun rôle.
Toutefois, il était difficile de le prévoir a priori
2 Nous avons toujours intérêt à élargir le col du faisceau au maximum. ceci permet d’aug-
menter le volume de capture du piège, et donc le nombre d’atomes qu’il contiendra. Remarquons
toutefois que pour toutes les expériences de piégeage dipolaire qui ont été réalisées jusqu’ici [125,
126, 130], le col du faisceau est de l’ordre de 10 03BCm
3 On observe un photon spontané toutes les 1,4 s Certes, ce n’est pas loin du seuil requis ;
toutefois, il est prudent de se réserver une marge de sécurité
130

FIG. 3.2 - Conditions de fonctionnement du refroidissement d’atomes de césium


dans un piège dipolaire. Le col du faisceau vaut c0 = 200 03BCm, la profondeur requise
pour le piège est 0,10393, et le refroidissement Raman est supposé réalzsable en 2 s.
On constate que seul le 2 laser
peut CO constituer une solution.

envisager trois pistes à suivre :


-

effectuer l’expérience avec un laser CO2 : c’est le seul cas de figure qui,
d’après la figure 3.2, est compatible avec le refroidissement Raman. Signalons que
la réalisation de cette expérience dans notre laboratoire demanderait beaucoup
de temps et d’argent, parce que le matériel optique dont nous disposons (lentilles
à faces traitées anti-reflets, miroirs )
max n’est pas du tout adapté à la longueur
R
d’onde de 10,6 03BCm (le prix du laser CO
2 est lui aussi non négligeable) ;
-

changer d’atome. Avec un atome plus léger (par exemple du sodium), la


vitesse de recul est plus élevée, ce qui a pour effet de rendre moins draconiennes
les conditions de profondeur du piège, et de lenteur des fréquences d’oscillation ;
-

changer le principe du piégeage : c’est la voie que nous avons choisie, avec
le piège opto-électrique.

b) Le piège opto-électrique
i) Principe du piégeage
Parmi les conditions imposées au paragraphe 3.1.a.iv pour garantir le fonc-
tionnement du piège dipolaire, l’une est particulièrement restrictive : celle liée à
la profondeur du piège. Plus précisément, le fait d’être contraint de compenser la
gravité (alors que le césium est un atome lourd) impose d’utiliser un faisceau soit
131

très puissant, soit très focalisé; on est alors limité par le chauffage résiduel et par
les fréquences d’oscillation trop élevées. Si par contre on pouvait, par un moyen
quelconque, supprimer l’effet de la gravité, il deviendrait possible de réaliser un
piège dipolaire suffisamment profond sans nécessiter une très grande intensité
lumineuse.
Pour éliminer l’effet de la gravité, il existe bien sûr la possibilité de transpor-
ter l’expérience dans la caravelle du CNES. Toutefois, une autre solution moins
coûteuse consiste à compenser l’attraction terrestre à l’aide d’une autre force. Par
exemple, on peut utiliser la force induite sur les atomes par un gradient de champ
électrique statique: pour un atome dans l’état fondamental |6 S½
2 >, l’expression
de cette force est

où 0 est la polarisabilité statique introduite au paragraphe 3.1.a.iii


03B1 > . Les
1
atomes sont attirés vers les régions de fort champ électrique.

FIG. 3.3 - L’électrode annulaire et le faisceau très désaccordé qui constituent le


piège opto-électrique (POE). La focalisation du faisceau est exagérée sur la figure.
Nous choisi de fabriquer le champ électrique à l’aide d’une électrode
avons

portée potentiel V
au . Je supposerai pour l’instant que le potentiel 0 est à l’infini.
0
L’électrode est un disque circulaire (fig. 3.3) percé d’un petit trou, géométrie qui
est le fruit de quelques tâtonnements et non d’une optimisation systématique.
Le carré du champ électrique créé par une telle électrode est représenté en
fonction des coordonnées cylindriques r et z sur la figure 3.4. La zone où l’on
1. Le tenseur ~~E est la matrice A de composantes A
ij =
~ Les notations tensorielles
j
E
i
que j’emploie dans cette thèse (le plus souvent dans la deuxièmepartie) sont explicitées dans
la table II 1, p 218
132

cherche à piéger les atomes est située sur l’axe de révolution (r 0). Faisons dans
=

un premier temps abstraction des degrés de liberté transverses (i.e. restreignons-

nous à l’axe de révolution). On constate alors que le champ présente un maximum,


situé à 1 mm environ au-dessus (et au-dessous) du plan de l’électrode. S’il n’y a
pas d’autre force, ce maximum permet de piéger les atomes. En tenant compte
de la pesanteur et lorsque l’axe de révolution est vertical, ce puits de potentiel
permet, s’il est suffisamment profond, de compenser la gravité.

FIG. 3.4 - Carré du champ électrique créé par une électrode annulaire de rayon
externe Re = 5 mm, de rayon interne r e = 1,5 mm, et d’épaisseur 0,5 mm. Ce
carré du champ est tracé en fonction des coordonnées cylindriques r et z. L’élec-
trode est portée au potentiel 12 kV, le potentiel 0 étant à l’infini. Les carrés de
champs supérieurs à 2 -2.mm (au voisinage de l’électrode) sont « tronqués ».
2
kV
Notons que les atomes (qui sont attirés vers les régions de fort champ) sont ex-
pulsés de l’axe de révolutzon.
Si maintenant on prend en compte les degrés de liberté transverses, on re-
marque que le carré du champ n’est pas maximal: il augmente dès que l’on
s’éloigne de l’axe de révolution. Par conséquent, les atomes seront expulsés de
cet axe. Pour compenser cette expulsion, nous avons donc recours à un faisceau
très désaccordé sur le rouge de la raie D
2 du césium. Ce faisceau se propage dans
la direction verticale, le long de l’axe de révolution de l’électrode, de la façon
représentée sur la figure 3.3. Grâce à la force dipolaire, il permet de compenser
133

la force expulsante du champ électrique statique, et donc de confiner les atomes


le long de l’axe.
Remarques :
-

le faisceau que j’ai représenté sur la figure 3.3 est focalisé. Ceci correspond
à la situation expérimentale (c’est le moyen le plus pratique pour fabriquer un
faisceau de petite taille 2014

typiquement 100 03BCm). Toutefois, et contrairement


au cas du piège dipolaire simple présenté au paragraphe 3.1.a (p. 118), la force

longitudinale induite par cette focalisation ne joue ici aucun rôle (elle est d’ailleurs
négligeable devant la force électrostatique et devant la gravité) ;
-

l’intensité lumineuse n’a plus besoin d’être aussi élevée que dans le cas
du piège dipolaire, parce que l’on ne demande plus au faisceau de compenser la
gravité. Toutefois, il lui faut compenser l’expulsion électrostatique, et un esprit
pessimiste pourrait craindre que cette nouvelle compensation « coûte aussi cher»
que celle de la gravité. En fait il n’en est rien, à condition que le diamètre du
faisceau reste petit devant celui du trou de l’électrode;
-
un lecteur naïf pourrait croire que l’expulsion des atomes hors de l’axe

par le champ électrique statique ne serait due qu’à un choix malheureux de la


géométrie de l’électrode. On peut facilement montrer que tel n’est pas le cas, et
qu’il est impossible de fabriquer un maximum local de .
2
~E~ En effet, si un tel
maximum existait, alors on pourrait trouver une surface E sur laquelle la force
vue par les atomes pointerait toujours vers l’intérieur, i.e.

En utilisant l’équation (3.40) et la formule de Stockes, on déduit que

où V est le volume contenu à l’intérieur de 03A3. Mais

où le symbole : désigne la contraction totale de deux tenseurs (i.e. la trace du


produit au sens des matrices). Dans le cas de l’électrostatique et en l’absence de
charge au point r, l’équation 0394E(r) 0 est vérifiée (elle découle directement des
=

équations de Maxwell). Sachant que toute matrice réelle A vérifie Tr(AA)


t 0,
on en déduit la contradiction.
Remarque : un piège atomique entièrement électrostatique a été proposé, basé
sur l’existence d’un minimum local de champ [144]. Il fonctionne avec des atomes

attirés vers les régions de champ faible, ce qui n’est possible que ci ceux-ci ne
sont pas dans leur état fondamental.
134

ii) Evaluation du potentiel électrostatique. Détermination de la taille


de l’électrode

Compte tenu de la valeur numérique de la polarisabilité du césium (03B1 =

-39 J.V
5,8.10 ) et de sa masse (M 2,22.10
2
.m
-2 -25 kg), la compensation de
=

la gravité au moyen d’un champ électrique statique nécessite ~(E )/~z ~


2
14
7,5.10 2
V -
m
. 3 Si la tension à laquelle portée
est l’électrode est 10 kV (un ordre
de grandeur accessible sans trop de complications expérimentales) on trouve que
la taille de l’électrode doit être de l’ordre de 5 mm ; c’est la valeur que nous
avons choisie pour le rayon externe de l’électrode. Usiner une électrode de cette

taille est certes une opération relativement délicate pour celui qui n’est pas un
professionnel de la mécanique ; toutefois, une augmentation d’un facteur 2 de
cette taille eût nécessité de travailler avec une tension 2
3/2 fois plus élevée.
Le diamètre du trou percé dans l’électrode a aussi dû être déterminé avec
soin : plus il est petit, plus le champ sur l’axe de révolution est grand. Mais il
devient aussi plus difficile de faire passer un faisceau à l’intérieur. En outre, le
point d’équilibre se rapproche du plan de l’électrode, rendant plus délicat son
accès optique.
Sur la figure 3.5, j’ai représenté, pour diverses valeurs du rayon du trou, le
champ électrique sur l’axe de révolution, la force électrostatique à laquelle sont
soumis les atomes sur ce même axe, ainsi que le potentiel correspondant compte
tenu de la gravité. Ces quantités ont été évaluées en utilisant un programme de
résolution numérique de l’équation de Laplace, mis au point au Max-Planck Ins-
titut de Munich par Charles Schrama et Ekkehard Peik , et utilisant la méthode
1
des différences finies décrite dans [145] (ce programme avait été conçu à l’origine
pour mettre au point des pièges à ions [146]). On voit qu’un trou de 1,5 mm de
rayon constitue un compromis acceptable. On trouve que dans ce cas, le point
d’équilibre se situe à h = 1,2 mm au-dessus du plan médian de l’électrode. L’in-
tensité du champ électrique en ce point est ~E~
1 kV/mm. La profondeur du
=

piège dans la direction z est environ 0,25 0393. La force à laquelle est soumis un
atome situé à une distance dz du point d’équilibre, dont l’expression est donnée
par

conduit à une constante de rappel de 03BAz -21 J.m


2,8.10
=
, soit une pulsation
-2
d’oscillation de 110 rad/s.
Remarque : l’évaluation de la force expulsante dans les directions transverses
(au voisinage de l’axe) ne nécessite pas de calculer le champ électrique au points
correspondants ; on peut la déduire de l’évaluation du champ sur l’axe, en utilisant
1 Le carré du champ électrique visualisé sur la figure 3.4 a été calculé par le même
programme
135

(a) Champ électrique le long de l’axe. (b) Force électrique à laquelle sont soumis les
atomes le long de l’axe

(c)Potentiel vu par les atomes, tenant compte


de la gravité

FIG. 3.5 - Confinement des atomes dans la direction verticale à l’aide d’un champ
électrique statique, évalué pour plusieurs valeurs du rayon interne r
e de l’électrode.
Le rayon externe vaut R e 5 mm et l’épaisseur 0,5 mm. L’électrode est portée
=

au potentiel de 12 kV, le potentiel 0 étant placé à l’infini. On constate qu’un bon

confinement est réalisé pour r e 1,5 mm.


=
136

l’invariance par rotation et les équations de Maxwell. On écrit donc

On en déduit l’expression du carré du champ électrique au voisinage de l’axe :

d’où l’expression de la force selon x au point (dx, 0, z) :

Numériquement, on trouve que la constante de raideur électrostatique trans-


verse vaut |
élec
03BA =
-21 J.m
-2,0.10 .
-2

iii) Les paramètres du faisceau dipolaire. Diagramme de fonctionne-


ment

Les conditions de fonctionnement que j’ai établies au paragraphe 3.1.a.iv à


propos du piège dipolaire peuvent être reprises ici. En particulier, les conditions
(3.17), (3.21), (3.31), (3.35), (3.39) doivent être remplies. Ce n’est par contre
pas le cas de la condition (3.19), puisque ce n’est plus le faisceau dipolaire qui
compense la gravité. Cette condition doit être remplacée par

condition qui assure au POE une profondeur transverse suffisante.


On constate donc que le piège opto-électrique peut fonctionner avec un la-
2 (de puissance 100 W) comme avec un Yag (de puissance 20 W). En
ser à CO

particulier, dans le cas du Yag, un atome émet un photon spontané toutes les
3,6 s. Certes, un lecteur pourvu d’un minimum d’esprit critique remarquera que
l’on n’a gagné qu’un facteur 2,6 par rapport au piège dipolaire simple, et que
137

FIG. 3.6 - Conditions de fonctionnement du piège opto-électrique (partie optique).


0 = 320 03BCm, la profondeur de piège requise est 0,10393,
Le col du faisceau vaut c
et le temps de refroidissement Raman est supposé inférieur ou égal à 2 s. On
constate qu’un POE peut être réalisé avec un laser CO2 de 100 W ou bien un
laser Yag de 20 W.

peut-être n’était-ce pas la peine de tant travailler à la conception de ce nouveau


piège, pour un si piètre résultat. Un tel jugement n’est certes pas dénué de valeur,
mais on peut toutefois lui opposer les arguments suivants :
-

1,4 à 3,6 s pour le temps moyen d’excitation résiduelle est un


passer de
changement important, puisque j’ai établi au chapitre 2 (§ 2.5.e, p. 105) que le
temps typique de refroidissement Raman par passage adiabatique était de l’ordre
de 2 s;
-

on peut remarquer en comparant les figures 3.2 laser


et 3.6 que, pour un

Yag de même puissance et pour un piège de même profondeur, le col du faisceau


sera 1,6 fois plus grand dans le cas d’un POE. Par conséquent, le volume de

capture sera 2,6 fois plus élevé que pour un piège dipolaire simple (et 4 fois plus
grand si on le compare à un piège dipolaire croisé). Le nombre d’atomes capturés
sera augmenté en proportion, ce qui est non négligeable;
-

j’ai signalé que dans le cas du piège dipolaire, il ne servait à rien d’abais-
ser la profondeur du piège en-dessous de 0,1 0393, car la nécessité de compenser la

gravité empêchait de diminuer la fréquence de Rabi du faisceau (et donc l’excita-


tion résiduelle). Ce n’est plus le cas pour un POE. Or une profondeur de 0,1 0393
est une situation confortable si la température des atomes est de l’ordre de . rec
T
On peut donc envisager de charger le piège avec une profondeur de 0,1 0393, puis
138

FIG. 3.7 - Allure du potentiel auquel sont soumis les atomes (vue en coupe x/
e 5 mm, r
z). Les paramètres électriques sont R =
e =
0 12 kV. Le
1,5 mm, et V =

faisceau est un laser Yag de puissance 20 W, et de col c


0 320
=
03BCm.

de diminuer progressivement la puissance du faisceau au fur et à mesure que se


produit le refroidissement Raman. On réduirait de la sorte le taux d’excitation ré-
siduelle, laissant au refroidissement Raman le temps d’atteindre une température
légèrement sub-recul.

iv) Valeurs numériques retenues

Jeprésente dans la table 3.1 des valeurs numériques convenant à la réalisation


expérimentale d’un piège opto-électrique. J’ai envisagé d’utiliser trois types de
lasers : un laser Titane-Saphir à 853 nm, un laser Yag à 1,06 03BCm, et un laser à CO
2
à 10,6 03BCm. Rappelons que l’utilisation du laser Titane Saphir est incompatible
avec le refroidissement Raman, à cause de l’excitation résiduelle non résonnante.

Toutefois, le piégeage pourra parfaitement fonctionner. Aussi, c’est un laser Ti-


Sa que nous avons utilisé pour la première réalisation expérimentale du POE,
car notre équipe possédait déjà ce laser. Le piégeage à l’aide d’un laser Yag a

par la suite été réalisé par Pierre Lemonde, Ekkehard Peik, Hélène Perrin et
Wolfgang Hänsel ; il constitue un bon candidat pour réaliser le refroidissement
Raman, et ne nécessite pas d’investissements trop importants. Il faut néanmoins
139

être conscient du fait que le chauffage résiduel constituera l’une des limites à
la température accessible. La solution idéale serait d’utiliser un laser CO
2 ; elle
nécessiterait toutefois de profondes modifications du dispositif expérimental (en
particulier, le verre dont est constituée la cellule à vide ne laisse pas passer la
fréquence du laser CO). En outre, l’utilité de la partie électrostatique du POE
2
n’est dans ce cas plus démontrée (un simple piège dipolaire croisé fait aussi bien
l’affaire).
v) Conclusion
J’ai proposé dans cette section un nouveau piège à atomes, le piège opto-
électrique, qui est bien adapté au refroidissement Raman d’atomes confinés : il
présente en effet la propriété de ne pas trop chauffer les atomes, et de posséder
des pulsations d’oscillation lentes. De même qu’un piège dipolaire (et à l’opposé
d’un piège magnétique), il permet de piéger les atomes dans tous les sous-niveaux
Zeeman de l’état fondamental |6 S½
2 > ; la constante de raideur est en outre in-
dépendante du sous-niveau Zeeman. Les fréquences d’oscillation dans les 3 di-
rections sont du même ordre de grandeur (ce qui n’est pas le cas d’un piège
dipolaire simple). Enfin, comparé à un piège dipolaire croisé, le POE possède
un plus grand volume de capture. Le chargement à partir d’un PMO sera donc

grandement facilité.
Il reste maintenant à réaliser expérimentalement le POE: ce sera l’objet de la
prochaine section.

2. Description du montage expérimental


La figure 3.8 représente un plan simplifié du dispositif expérimental utilisé
pour le piège opto-électrique. Comme pour l’expérience de refroidissement Raman
que j’ai présentée au chapitre 1, la source d’atomes froids est constituée d’un piège
magnéto-optique (PMO), lui même chargé à partir d’une vapeur de césium à
1 03BCPa (10
-8 Torr). On utilise une pompe ionique pour maintenir et pour contrôler
le vide. Les faisceaux utilisés pour ce PMO proviennent tous de diodes laser.
Après avoir chargé le PMO pendant 1 à 3 s, on transfère les atomes dans le
POE. Le faisceau désaccordé utilisé pour ce dernier est un laser Titane-Saphir.
Les atomes sont maintenus dans le POE pendant un temps de l’ordre de quelques
centaines de millisecondes (que l’on fait varier). On détecte ensuite le nombre
d’atomes restés dans le piège (par absorption ou par fluorescence, en utilisant
une méthode de temps de vol).

L’ensemble de la séquence temporelle est contrôlée à partir d’un ordinateur.


Nous avons pour cela réutilisé le programme qui avait été conçu pour le refroidisse-
ment Raman d’atomes libres (quelques adaptations ont bien sûr été nécessaires).
La description du dispositif, ainsi que les résultats expérimentaux que je vais
détailler ici, ont été publiés dans la référence [147]. Ils sont le fruit d’un travail
140

TAB. 3.1 - Valeurs expérimentales typiques du piège opto-électrique.


142

d’équipe dans lequel Pierre Lemonde a fourni la plus grande part. Ekkehard Peik,
Jakob Reichel, Hélène Perrin, Wolfgang Hänsel, ainsi que Christophe Salomon y
ont également apporté une contribution importante. Certaines informations ne
figurant pas dans cette thèse pourront en particulier être trouvées dans [148].

a) Le piège magnéto-optique
Le piège magnéto-optique fonctionne avec six faisceaux indépendants, lesquels
proviennent tous de la même diode laser. Selon
une technique maintenant bien

,
1
rodée utilisons
nous une diode laser SDL de forte puissance (150 mW), affinée
spectralement grâce à l’injection d’un faisceau provenant d’une autre diode. Ici,
la diode maître est également une diode SDL, de puissance 100 mW, que l’on
affine à l’aide d’un réseau.
Pour fixer la fréquence du laser du PMO, on asservit la fréquence de la diode
maître au sommet de l’une des raies du profil d’absorption saturée du césium.
Traditionnellement, dans des montages analogues, on module la fréquence du laser
(en général en agissant sur le courant de la diode ou sur la longueur de la cavité
externe), de façon à fabriquer électroniquement la dérivée du signal d’absorption
saturée, ce qui permet d’induire un signal d’erreur qui s’annule pour la fréquence
correspondant à la raie. Toutefois, le fait que la fréquence de la lumière soit ainsi
modulée n’est pas sans inconvénient, en particulier dans le cas où l’on utilise
le même laser pour sonder les atomes (on retrouve alors la modulation sur le
.
2
signal)
Nous avons ici eu recours à une solution astucieuse, mise au point par Philippe
Bouyer et Pierre Lemonde lors de la réalisation du piège assisté par pompage op-
tique [94, p. Elle consiste à séparer en deux le faisceau maître, l’un des bras
189].
(utilisant 5 % la puissance) étant utilisé exclusivement pour l’asservissement
de
(voir la figure 3.8). Sur ce bras est installé un modulateur acousto-optique (n° 1),
alimenté par une micro-onde dont on module la fréquence à environ 100 kHz (ce
MAO fonctionne en simple passage, et sa fréquence centrale vaut 180,9 MHz).
Après le MAO, le faisceau est envoyé sur une cellule de césium, de façon à ob-
tenir un signal d’absorption saturée. Grâce à la modulation de fréquence induite
par le MAO, on peut obtenir un signal d’erreur s’annulant au sommet des raies,
lequel est renvoyé sur le courant de la diode ainsi que sur la cale piézoélectrique
contrôlant la position du réseau d’affinement
. Finalement, la fréquence du la-
3
ser est asservie, mais la partie utile du faisceau n’est pas modulée (puisque la
modulation ne s’effectue qu’après la séparatrice).

1 et déjà décrite, entre autres, au chapitre 1, p 30


2 En particulier, nous avions eu à faire face à ce problème lors de l’expérience de refroidisse-
ment Raman 1D présentée au chapitre 1 ; nous avions finalement éliminé, au niveau du signal,
la fréquence de la modulation du laser grâce à l’utilisation d’un filtre passe-bande adéquat
3 L’asservissement de la position du réseau permet d’éliminer les fluctuations de basse fré-
quence , celui du courant, les fluctuations de haute fréquence
143

La fréquence du laser est asservie sur la raie 6



2 ,F 4 ~ 6 P, F’ 5 du
2 = =

césium, mais il ne faut pas oublier qu’elle est décalée de 180,9 MHz par le MAO
n° 1. Afin de compenser ce décalage, on fait passer la partie utile du faisceau-
maître dans un MAO installé en double passage. Nous avons utilisé le
(n°2),
dispositif en 0153il-de-chat, que j’ai décrit au chapitre 1 sur la figure 1.7, et qui
nous permet de modifier la fréquence du MAO (et donc celle de la lumière à la

sortie) au cours des différentes phases de l’expérience, sans déplacer sensiblement


la position du faisceau.
Le faisceau-maître est ensuite envoyé sur une lame séparatrice 50 %/50 %.
La moitié de la puissance constitue la sonde par absorption que je décrirai au
paragraphe 3.2.d.i. L’autre moitié sert à injecter le faisceau esclave. L’injection se
fait via le prisme de sortie de l’isolateur optique installé sur le faisceau-esclave [89,
p. 70], de la même façon que pour l’expérience de refroidissement Raman du
chapitre 1.
Pendant la phase de piégeage opto-électrique, il est nécessaire de couper les
faisceaux du PMO (donc le faisceau esclave). De plus, cette coupure doit pourvoir
être réalisée en un temps le plus bref possible (i.e. très inférieur à la ms). Il eût
été possible d’utiliser un modulateur acousto-optique, comme cela était fait sur
l’expérience de refroidissement Raman. Toutefois, cette solution n’est pas idéale,
d’abord parce qu’un MAO induit une perte d’au moins 20 % de la puissance, mais
aussi (et surtout) parce qu’il détériore beaucoup le profil spatial du faisceau
.
1
Nous avons ici eu recours à une technique remarquablement astucieuse, qui
est elle aussi un « héritage» de l’expérience de piégeage assisté par pompage
optique [94, p. 201 ; 149] (elle a été mise au point par Alain Michaud et Pierre
Lemonde). Cette méthode exploite le fait que la diode est injectée par une autre;
en réduisant brutalement (i.e. en 5 03BCs) le courant de la diode esclave, on sort de

la plage d’injection, et la lumière n’est plus résonnante avec les atomes. Toute-
fois, il est préférable, dans un deuxième temps, de couper réellement la lumière
(notamment si l’on veut sonder les atomes juste après la phase de PMO) ; on
descend donc le courant de la diode à zéro, et ce en 50 03BCs. Il n’est cependant
pas souhaitable de maintenir trop longtemps un courant nul (faute de quoi la
température de la diode, modifiée par l’extinction de cette dernière, mettra plu-
sieurs secondes pour revenir à sa valeur initiale). On utilise donc un obturateur
mécanique, qui bloque le faisceau en quelques ms. Passé ce délai, il est possible
de rétablir le courant de la diode, laquelle retrouve son point d’injection en 50 ms
environ.
Sur l’expérience de refroidissement Raman 1D, nous avions eu recours à une
phase de piégeage à basse intensité (voir p. 32), qui permettait de diminuer la
température des atomes présents dans le PMO. Pour ce faire, nous réduisions l’in-
tensité lumineuse à l’aide d’un modulateur acousto-optique placé dans le faisceau

1 On peut bien sûr installer un trou de filtrage après le MAO, mais ceci cause encore une

perte de puissance de 30 %.
144

esclave. Sur la présente expérience, il n’existe pas de tel MAO ; aussi, pour réduire
l’intensité lumineuse à la fin de la phase de PMO, nous avons installé dans le fais-
ceau une lame à retard (à cristaux liquides). Cette lame produit le même effet

qu’un cellule de Pockels


: selon la façon dont elle est commandée, elle se com-
1
porte comme un cristal d’indice isotrope (i. e. elle ne modifie pas la polarisation de
la lumière), ou comme une lame demi-onde (qui, si elle est convenablement orien-
tée, tourne la polarisation de 90°). En installant un cube polariseur derrière cette
lame, on peut éliminer la quasi totalité (i.e. 96 %) de la puissance au moment
voulu, tout en ne provoquant aucune perte lors de la phase de pleine puissance.
Le faisceau est ensuite divisé en 6 bras, à l’aide de lames demi-onde et de cubes
polariseurs. Au niveau du premier de ces cubes, on fait coïncider avec le faisceau
principal le faisceau repompeur (qui est ainsi présent dans les 6 bras du piège).
Le faisceau repompeur provient d’une diode SDL affinée spectralement avec un
réseau. La puissance de ce laser lorsqu’il est libre est de 150 mW. Comme sur
l’expérience de refroidissement Raman (p. 32), on utilise un modulateur acousto-
optique (n° 3) pour couper rapidement le faisceau à la fin de la phase de PMO (un
obturateur mécanique assurant dans un deuxième temps l’extinction complète).
Le laser est asservi sur le croisement de niveau F 3 ~ F’ = 2, F
= 3 ~ F’ = 3. =

Le MAO n° 3 déplace la fréquence de +76 MHz, de telle sorte que la lumière est
finalement résonnante avec la transition F = 3 ~ F’ = 3.

b) Le faisceau dipolaire
i) Le laser utilisé
Le faisceau très désaccordé utilisé pour le confinement transverse des atomes
du POE provient d’un laser de saphir dopé au titane (Ti-Sa). En effet, notre
équipe possédait déjà un laser de ce type, suite à l’expérience de cavité gra-
vitationnelle réalisée en 1993 [150, 47]. Ce laser a été construit par Philippe
Bouyer [94, pages 35 à 64], selon un modèle initialement mis au point par Fran-
çois Biraben. Pour notre expérience, il a été entretenu par Ekkehard Peik, qui a
en particulier augmenté la puissance de sortie.

Je ne prétendrai pas ici entrer dans les détails du fonctionnement de ce laser,


qui est assez complexe, et pour lequel le lecteur pourra trouver toutes les préci-
sions qu’il désire dans la référence [94]. Je dirai simplement que le spectre d’émis-
sion du cristal de Ti-Sa a une largeur spectrale gigantesque (de 600 à 1050 nm).
En installant dans la cavité les éléments sélectifs ad hoc, on peut donc fabriquer
un laser accordable sur toute cette plage de fréquence (et de finesse meilleure

que 5 MHz). Un autre avantage de ce type de laser est qu’il peut produire des
puissances très supérieures à ce dont sont capables les diodes laser ; ainsi, le laser
1. La différence avec une cellule de Pockels (outre le coût qui est 10 fois moindre) est que le
temps de réponse typique est beaucoup plus long de l’ordre de la milliseconde, contre quelques
nanosecondes pour une cellule de Pockels. La lame à cristaux liquides est commandée par une

fréquenceaudio de quelques kHz


145

de notre W les jours où il est vraiment très bien réglé (en géné-
équipe fournit 1,2
ral, nous nous contentons plutôt de 800 mW). Toutefois, un laser Titane-Saphir
présente par rapport aux diodes laser un inconvénient majeur : le cristal n’est pas
semi-conducteur ; il faut donc le pomper à l’aide d’un autre laser, beaucoup plus
puissant et de fréquence plus élevée que les fréquences du spectre d’émission. On
utilise pour cela un laser à argon (03BB =501,7 et 514,5 nm) de puissance 20 W
(lequel nécessite une puissance électrique de 40 kW, un refroidissement hydrau-
lique à fort débit (30 1/min), et des coûts d’entretien particulièrement élevés).
En outre, le faisceau du laser argon se déplace lorsque ce dernier s’échauffe, et
notre laser Ti-Sa est installé sur une table de mauvaise qualité mécanique, non
solidaire du support sur lequel est posé le laser pompe. Par conséquent, le sys-
tème se dérègle sans cesse, et il est nécessaire de passer une heure quotidienne à
optimiser la puissance de sortie en réalignant le faisceau pompe.
Remarque : je rappelle que, si le laser Ti-Sa permet le piégeage opto-électrique
des atomes, il est incompatible avec le refroidissement Raman dans ce piège en
raison du trop grand nombre de photons diffusés (typiquement 1 photon toutes
les 10 ms). Le piégeage avec un laser Yag (qui a par la suite été réalisé par
notre équipe, en utilisant un laser gracieusement prêté par le groupe de Gilbert
Grynberg) constitue pour cette raison une meilleure solution.
ii) Le couplage dans une fibre optique monomode

Nous n’avons pas utilisé directement le faisceau sortant du cristal de Titane-


Saphir, et ce pour deux raisons : tout d’abord, le mode spatial n’est pas parfai-
tement gaussien (même s’il est beaucoup plus « propre» que celui d’une diode
laser) ; ensuite, comme la cellule dans laquelle nous réalisons les expériences est
située à 5 m du laser, nous craignons que les vibrations de la table que j’ai déjà
évoquées induisent au niveau du POE des déplacements du faisceau nuisibles .
1
Pour ces deux raisons, nous avons choisi de coupler le laser dans une fibre mo-
nomode. Les caractéristiques géométriques (position et profil spatial) du faisceau
sortant d’une fibre monomode sont en effet indépendantes des caractéristiques
du faisceau entrant dans la fibre. Nous avons ainsi l’assurance de disposer à la
sortie d’un faisceau parfaitement gaussien, et dont la position ne fluctue pas2 (en
particulier, il n’est pas nécessaire de réaligner le faisceau derrière la fibre lorsque
l’on touche aux miroirs du laser). Le prix à payer est une perte importante de

1 Nous n’avons pas vérifié que de tels déplacement se produisaient effectivement. Remar-
quons à ce propos que, si le piège est situé dans le plan focal de la lentille de focalisation du
faisceau, que l’on suppose placée loin de la source des fluctuations, alors le faisceau au foyer
ne se déplace pas à l’ordre le plus bas Toutefois, nous ne sommes pas sûrs que le piège soit
exactement situé au foyer
2 Les fluctuations de position du faisceau entrant dans la fibre induisent cependant des
fluctuations de la puissance du faisceau à la sortie Heureusement, l’effet de telles fluctuations
s’est avéré négligeable sur une échelle de temps correspondant à la prise d’un spectre (ie de
quelques minutes à une heure)
146

puissance : à la sortie, nous disposons au grand maximum de 250 mW (pour 1,2 W


à l’entrée).
L’emploi des fibres optiques monomodes impose d’acquérir un savoir-faire très
spécifique. Il n’est en effet pas évident de faire coïncider exactement le mode du
laser avec celui de la fibre. Avant d’installer la fibre, nous devons cliver les extré-
mités, c’est-à-dire les couper de telle sorte que la section soit bien lisse pour que
la lumière puisse entrer et sortir de la fibre sans diffraction. Autour du c0153ur de
la fibre (i.e. la partie dans laquelle se propage la lumière), se trouve une gaine de
protection en plastique. Il est nécessaire d’enlever cette gaine sur quelques centi-
mètres (i.e. dénuder la fibre) avant de réaliser le clivage. Sachant que le diamètre
de la fibre est de l’ordre de 100 03BCm, on comprend quelle peut être la difficulté de
ces deux opérations (dénudage et clivage ). Lorsque nous avons commencé à utili-

ser des fibres, nous avons dû travailler « à main nues » : on commençait à mouiller

la fibre avec de la salive de façon à dissoudre la gaine, puis on essayait d’arracher


cette dernière (une fois deux le c0153ur venait avec et il fallait recommencer).
sur

On chauffait ensuite le c0153ur dénudé avec un briquet (au risque d’enflammer la


gaine si on la chauffait aussi), puis on pliait celui-ci à l’endroit chauffé de façon
à le casser. Il restait ensuite à recommencer l’opération avec l’autre extrémité de
la fibre, puis à installer cette dernière dans le faisceau (opération qui prend un
bon quart d’heure), pour regarder si de la lumière était transmise par la fibre.
Un fois sur deux, il s’avérait en fait nécessaire de recommencer le clivage. En
outre, l’efficacité du couplage, lorsque l’on utilise cette méthode, reste de l’ordre
du pour cent.
Par la suite (notamment grâce aux travaux réalisés par Wolfgang Hänsel [151]
sur l’expérience visant à réaliser une horloge atomique en satellite), nous avons
acquis un cliveur à lame de rasoir de la marque T&B, qui permet de cliver la
fibre rapidement et sans la chauffer. Nous avons également découvert qu’il était
possible de dénuder la fibre avec du décapant V33, lequel est extrêmement effi-
cace, aussi bien d’ailleurs sur la gaine de la fibre que sur la peau du chercheur.
L’ensemble de l’opération dénudage + clivage peut désormais être réalisée en
quelques secondes.
Une fois la fibre clivée, il reste à la coupler avec le faisceau. Pour ce faire,
on focalise le faisceau avec un objectif de microscope; la position du foyer doit

coïncider avec celle de l’extrémité de la fibre, avec une précision de l’ordre de


quelques 03BCm. On utilise donc un coupleur de fibre, c’est-à-dire un support muni de
vis micrométriques, et sur lequel sont fixés l’objectif de microscope et l’extrémité
de la fibre. Nous avons testé plusieurs modèles de tels coupleurs. Les plus efficaces
(du point de vue de la facilité du réglage) sont ceux de la marque Martock Design.
Pour réaliser réglage, on commence par réaliser un alignement grossier
ce

en regardant au viseur infrarouge l’extrémité d’entrée de la fibre. On observe

que la gaine de la fibre fluoresce sur une distance de quelques centimètres. On


commence donc par maximiser l’intensité et la profondeur de pénétration de
147

cette . Dans
1
fluorescence deuxième temps, on prend dans la main l’autre
un

extrémité de la fibre, et l’observe


on au viseur tout en tournant lentement les vis

micrométriques. Au bout d’un certain temps, on verra apparaître une légère lueur,
qu’il sera facile d’optimiser
. Dans un troisième temps, on installe l’extrémité de
2
sortie de la fibre sur un autre coupleur, et on optimise finement la puissance
transmise à l’aide d’une photodiode
.
3
Afin d’assurer un taux de transmission optimal, on doit s’assurer que le col du
faisceau au foyer de l’objectif de microscope, à l’entrée, soit voisin du diamètre du
c0153ur de la fibre (lequel est fixé par le fabriquant et adapté à la longueur d’onde

de travail). Pour une taille donnée du faisceau incident, il est ainsi nécessaire de
connaître le meilleur grossissement pour l’objectif. Un tableau de correspondance
entre la taille du faisceau incident et le grossissement de l’objectif a été établi
par Wolfgang Hânsel (table 3.2). Ces résultats ont été obtenus en se basant sur
le principe de retour inverse de la lumière : après avoir grossièrement couplé un
faisceau dans une fibre, on installe un objectif à la sortie, et on règle sa position
avec les vis micrométriques du coupleur, de telle sorte que le faisceau sortant soit

parallèle. Puis, à l’aide d’une barrette de photodiodes, on mesure la taille de ce


faisceau. Ceci permet de déterminer quelle taille de faisceau est la plus adaptée
à l’objectif de sortie testé.
Remarque : à la fin de ma thèse, la méthode de traitement des fibres que je
viens d’exposer est devenue en partie obsolète, du fait de l’apparition de nouvelles
fibres de la marque Point Source. Il s’agit de fibres toutes montées, i. e. solidarisées
à leur coupleur (et mécaniquement protégées par un tuyau mécanique). Il est
possible de coupler de la lumière sans trop de difficultés en fixant l’extrémité de
la fibre, et en alignant le faisceau à l’aide de deux supports de miroir. Toutefois,
on ne peut pas (sous peine de détériorations) coupler une puissance lumineuse

trop élevée.

iii) Caractéristiques faisceau à la sortie de la fibre


du

Comme je l’ai dit, nous disposons d’un faisceau gaussien, de puissance infé-
rieure ou égale à 250 mW. Le col du faisceau à la sortie (i.e. son rayon 1/e
) vaut
2
1 Ce diagnostic doit considéré avec précaution il arrive, lorsque l’alignement est mauvais,
que la lumière pénètre dans la gaine de la fibre et non dans le c0153ur Dans ce cas, le maximum
(local) de fluorescence ne correspond pas du tout à un bon couplage
2 Il peut arriver que l’autre extrémité de la fibre soit déjà installée, ou encore située loin de
l’extrémité d’entrée (parfois même dans une autre pièce), de telle sorte qu’il n’est pas possible
de l’observer tout en tournant les vis Il est alors conseillé d’installer face à la sortie de la fibre
une caméra vidéo, de façon à pouvoir l’observer à distance
3 Lorsque la longueur de la fibre excède 1 m, il est indispensable de la protéger des chocs
mécaniques Ceci peut être réalisé à l’aide d’un tuyau de plastique de type Gardena (normale-
ment prévu pour arroser les jardins), dans lequel la fibre est relativement facile à enfiler. Pour
réaliser cet enfilage, on commence par faire passer une ficelle, que l’on « pousse» dans le tuyau
en y insufflant de l’air comprimé On noue ensuite la ficelle à la fibre, que l’on tire doucement.
Nous avons par ce moyen protégé jusqu’à 30 m de fibre
148

TAB. 3.2 - Correspondance entre le col c 0 du faisceau à l’entrée, et le gros-


sissement de l’objectif à utiliser pour avoir un couplage optimal dans une fibre
monomode à 850 nm. Le col du faisceau est défini par la formule (x,y,z)=
2
~E~
exp(- 2
2
~
0
~E +
2(x
)
)
0 /c
y (il s’agit donc du rayon 2 du faisceau).
1/e

0,8 mm. Le faisceau est focalisé à l’aide d’une lentille de distance focale 1 m. Le
col du faisceau au foyer vaut donc 320 03BCm, d’après la formule (3.4).
La fibre utilisée n’est pas une fibre à maintien de polarisation. Par conséquent,
la polarisation du faisceau à la sortie est absolument quelconque (i.e. elliptique;
elle dépend notamment du parcours de la fibre et de ses torsions [151]). Comme
le POE nécessite une polarisation linéaire, du moins si l’on souhaite que tous les
niveaux soient déplacés de la même façon (voir § 3.1.a.iii, p. 120), nous avons
installé dans le faisceau un polariseur de haute qualité, qui linéarise la polari-
sation à 10
-5 près (on perd donc une partie de la puissance). Pour des raisons
d’encombrement, il y a un miroir entre ce polariseur et les atomes. Nous avons
vérifié qu’une réflexion du faisceau ne détériorait pas sensiblement la qualité de
la polarisation.
Pendant la phase de piégeage magnéto-optique, afin de ne pas perturber celui-
ci, nous coupons le faisceau dipolaire à l’aide d’un obturateur mécanique. Cet
obturateur est placé après la fibre ; si on le place avant, la fibre chauffe et n’atteint
son taux de transmission optimal que plusieurs secondes après l’ouverture de

l’obturateur (ce qui est beaucoup plus que la durée typique de piégeage opto-
électrique).

c) La cellule et l’électrode

i) La cellule en verre

J’ai
évoqué les problèmes que nous avions rencontrés à cause de la cellule, sur
l’expérience de refroidissement Raman 1D (§ 1.3.b.iii, p. 48): il apparaissait un
pic parasite sur le signal, dû à la réflexion de l’un des faisceaux Raman sur la face
intérieure de la cellule. Dans la perspective de réaliser du refroidissement Raman
dans le POE, et pour ne plus avoir à faire face à ce problème, nous avons donc
décidé de changer de cellule.
149

Nous avons choisi modèle entièrement en verre, fabriqué par l’entreprise


un

allemande Hellma, et déjà testé avec succès sur l’expérience de piégeage assisté
par pompage optique
. L’avantage de ce type de cellule est son très grand accès
1
optique. Il est notamment facile de s’assurer que l’incidence des faisceaux sur les
faces ne soit pas normale, de telle sorte que les réflexions ne passent pas là où
sont les atomes. L’inconvénient est son extrême fragilité.
Nous avons longtemps rêvé d’une cellule en verre dont toutes les faces se-
raient traitées anti-reflet, à l’intérieur comme à l’extérieur. Toutefois, pour des
raisons purement technologiques, on ne peut traiter anti-reflet que des surfaces
totalement accessibles. Le traitement d’une cellule est donc relativement aisé en
ce qui concerne les faces extérieures, mais quasiment impossible pour les faces

intérieures. Nous avons pensé avoir trouvé une solution consistant à faire traiter
séparément chacune des faces de la cellule (sur leurs deux côtés), puis, dans un
deuxième temps, de les assembler par contact optique (ce qui ne détruit pas le
traitement). Ces tentatives se sont soldées par un échec, car nous n’avons jamais
réussi à construire une cellule étanche. Deux mois de travail ont été inutilement
consacrés à cette opération, pendant lesquels nous ne sommes parvenus qu’à bri-
ser deux cellules à 20 000 F pièce. Nous avons finalement commandé à Hellma un

cellule toute montée, mais dont seules les faces extérieures sont traitées anti-reflet.

ii) L’électrode
Lors de l’étude théorique du POE que j’ai présentée au paragraphe 3.1.b.i
(p. 130), j’avais supposé que l’électrode était de forme annulaire, (et j’avais calculé
le champ électrique sous cette hypothèse). Nous avons donc cherché à réaliser une
électrode se rapprochant le plus possible de ce modèle théorique. L’électrode est
par conséquent un petit disque en acier inoxydable de diamètre 1 cm, d’épaisseur
quelques dixièmes de mm, et percé d’un trou de 3 mm de diamètre. Elle repose
sur quatre tiges de diamètre 1 mm, longues de 2 cm, elles mêmes fixées sur un

disque de plus grande dimension, qui assure la stabilité mécanique de l’ensemble.


Nous avons construit successivement deux versions de ce montage. La figure 3.9
représente la version ultime.
Lors du premier montage de l’électrode, le grillage présent sur la figure 3.9
était absent (le disque de stabilisation étant en outre porté au même potentiel
que l’électrode). Nous pensions naïvement que la cellule en verre, non conductrice,
était sans effet sur le champ électrique, et donc que l’on pouvait raisonner comme
si le potentiel 0 était situé à l’infini (ou du moins, au niveau de l’objet métallique le
plus proche, c’est-à-dire des supports des bobines du PMO situées à l’extérieur de
la cellule, à 7 cm de l’électrode environ). Après quelques semaines d’expériences au

1 Nous n’avons pas pu réutiliser la cellule de cette expérience, dont la topographie n’était
pas à l’installation d’une électrode et d’un blindage en 03BC-métal (lequel était nécessaire
adaptée
dans la perspective de refroidissement Raman d’atomes confinés, mais demeurait inutile pour
une simple expérience de piégeage) Nous avons donc fait fabriquer une nouvelle cellule
150

FIG. 3.9 - Schéma technique simplifié de l’électrode et de la cellule.


152

FIG. 3.10 - Photographie de l’électrode, entourée du grzllage servant de cage de


Faraday.
151

cours desquelles nous n’avons observé aucun piégeage électrostatique, nous avons
eu l’idée demesurer le déplacement Stark induit sur les atomes par le champ

électrique (cette mesure a été réalisée par une méthode qui sera détaillée au
paragraphe 3.2.f, p. 166). Nous avons trouvé que le champ électrique était 10 fois
moindre que ce que prédisait la théorie. Nous avons alors fait appel à nos souvenirs
de la classe de seconde, où nous chargions des bâtons d’ébonite (un matériau
isolant, comme le verre) en les frottant avec une peau de chat. Nous avons émis
l’hypothèse que notre cellule de verre pouvait elle aussi se charger (l’électrode
arrachant des électrons au verre), et ainsi influer sur le champ électrique vu par
les atomes. Nous avons suspendu à proximité de la cellule une petite boule de
polystyrène ; lorsque l’on fait croître la haute tension sur l’électrode, la boulette
est brusquement attirée par le verre de la cellule. Si on éteint la haute tension,
elle reste collée pendant quelques minutes. Le polystyrène est donc bien attiré
par la cellule (laquelle prend plusieurs minutes pour se décharger), et non par
l’électrode à travers le verre. Par suite, la cellule chargée crée à l’intérieur un
champ venant compenser celui de l’électrode. C’est pourquoi le champ « vu» par
les atomes est si faible.
Pour éviter ceproblème, la solution est d’entourer l’électrode d’une cage de
Faraday, portée aupotentiel 0 (cette cage de Faraday (grillage) est visible sur
la photographie de la figure 3.10). Les champs électriques sont arrêtés par le
grillage, et l’électrode ne se charge plus. Certes, les modèles théoriques du para-
graphe 3.1.b.i (p. 130), dans lesquels je supposais la masse à l’infini, ne sont plus
valables. Toutefois, il est facile de se convaincre (et on peut le vérifier en utilisant
le programme résolvant l’équation de Laplace) que le fait de rapprocher la masse
augmente l’intensité du champ électrique (et donc la profondeur du POE).
Remarque: l’installation du grillage a nécessité de remettre la cellule à pression ambiante,
de démonter et remonter l’électrode, puis de refaire le vide en étuvant. L’ensemble de cette
opération a pris 4 semaines Nous en avons profité pour apporter quelques améliorations au
montage
Avant l’installation du grillage, nous avions souvent été gênés par des décharges électriques
qui se produisaient dans la cellule, lorsque le potentiel de l’électrode était supérieur à 10 kV,
et lorsque la pression de césium était suffisamment élevée (de l’ordre de quelques 03BCPa). Ces
décharges se produisaient le plus souvent sur le parcours des faisceaux quasi-résonnants du
PMO, ce qui nous poussait à les interpréter comme l’ionisation d’atomes de césium dans l’état
excité (ils s’ionisent plus facilement que les atomes dans l’état fondamental). Cependant, nous
avons également observé des décharges lorsque les faisceaux étaient éteints, en particulier à des

endroits où le fil de cuivre (dénudé) amenant la haute tension vers l’électrode passait à 1 ou
2 mm de pièces métalliques à la masse Lorsque nous avons reconstruit le montage, nous avons
donc pris soin d’éloigner le plus possible ce fil (opération assez délicate, compte tenu des petites
dimensions des objets et de l’encombrement) Nous avons en outre isolé de la haute tension le
disque de stabilisation, et ce grâce à l’emploi de la céramique MACOR (laquelle possède les
propriétés d’être usinable, bien isolante, et de ne pas trop dégazer sous vide).
L’installation de la cage de Faraday proprement dite a elle aussi posé de très sérieux pro-
blèmes. Nous avons utilisé un grillage dont la maille fait 5 mm de côté. Afin de garantir le
passage des faisceaux du PMO et du Ti-Sa, il a fallu couper les mailles aux endroits ad hoc.
Le grillage a dû être roulé et plaqué contre le disque de stabilisation, opération qu’il a fallu
153

recommencer plusieurs fois, car l’ensemble ne pénétrait pas dans le goulot de la cellule. La grille
a été fixéeutilisant de la colle Torr Seal, relativement bien adaptée au vide, bien qu’elle ne
en

permette pas un dégazage au-delà de 120°C.

iii) L’alimentation électrique de l’électrode et la coupure de la haute


tension

La source de haute tension utilisée est une alimentation de la marque SDS. Il


n’est pas nécessaire d’utiliser une alimentation de forte puissance, car l’électrode
se comporte comme une capacité, i.e. elle ne débite pas de courant (la valeur de

cette capacité est environ 34 pF). La tension est transmise dans l’enceinte à vide
via une pièce de la marque MECA 2000 prévue pour cette utilisation (passage

haute tension modèle PMHT). Elle rejoint l’électrode par un fil dénudé (une gaine
en plastique provoquerait du dégazage).

Il n’est paspossible de laisser l’électrode sous tension pendant la phase de


piégeage magnéto-optique. En effet, le PMO fonctionne (en l’absence de champ
électrique) avec un désaccord des faisceaux de -30393 (0393 203C0 x 5,3 MHz étant
=

la largeur naturelle de l’état excité du césium). Or, lorsque le champ électrique


est présent, le déplacement Stark de la transition est largement supérieur à -30393
(§ 3.2.f, p. 166). Par conséquent, le désaccord effectif des faisceaux du PMO est
fortement modifié, de telle sorte que le piégeage ne fonctionne plus. Il est donc
nécessaire de couper la haute tension pendant le chargement du PMO, et de ne
la mettre en route que juste au début de la phase de POE. En outre, comme
nous le verrons au paragraphe 3.2.d.i (p. 161), on sonde les atomes du POE par

une méthode de « temps de vol », consistant à couper la haute tension pour


laisser tomber les atomes, de façon à regarder au bout de combien de temps ils
passent dans une sonde résonnante placée au-dessous. Ceci implique donc que la
haute tension puisse être coupée très rapidement (z.e. en un temps inférieur à la
milliseconde).
Une coupure rapide du champ électrique n’est pas immédiate à réaliser, à
cause des propriétés capacitives de l’électrode. Si par exemple la coupure est
réalisée par une simple isolation électrique entre l’électrode et l’alimentation, elle
ne se décharge que très lentement (i.e. en plusieurs secondes) de telle sorte que

la détection par temps de vol est impossible. Il importe donc qu’au moment de
la coupure, l’électrode soit directement reliée à la masse. Nous avons pour cela
utilisé le montage représenté sur la figure 3.11. Il comprend un commutateur
haute tension à tube construit par l’entreprise SDS, ainsi qu’un certain nombre
de résistances de 1,2 M03A9 montées en série. A la fin de la phase de PMO, on
ferme l’interrupteur: l’électrode est portée au potentiel de 12 kV en quelques
millisecondes (un temps compatible avec un bon chargement des atomes du PMO
vers le POE). A la fin de la phase de POE, ouvre l’interrupteur, et l’électrode

se décharge en un temps bien inférieur à la milliseconde. L’inconvénient de ce

système est que l’alimentation doit débiter dans les résistances lorsque l’électrode
154

n’est pas .
1
chargée

FIG. 3.11 - Schéma électrique du dispositif de coupure de la haute tension.

iv) L’alignement du POE par rapport au PMO


La théorie du paragraphe 3.1.b.i, p. 130 prévoit que la compensation de la
gravité a lieu 1,2 mm au-dessus du plan médian de l’électrode (et sur l’axe de
révolution). Pour charger le POE avec les atomes du PMO, il importe que les
positions de ces deux pièges coïncident, ce qui pose un certain nombre de pro-
blèmes.
La mise en 0153uvre d’un PMO si près d’un obstacle n’est pas une chose tout à
fait évidente. Il importe en particulier que les faisceaux n’éclairent pas l’électrode,
sinon la lumière diffusée perturbe fortement le piégeage. Nous avons donc installé
dans les faisceaux horizontaux du piège des lames de rasoir horizontales, montées
sur une translation Micro-Contrôle permettant de régler finement leur hauteur.

De cette façon, on s’arrange pour que la lumière vienne raser la surface supérieure
de l’électrode, sans l’éclairer. De la même façon, des diaphragmes montés sur
translation xy sont installés dans les bras verticaux. On donne ainsi aux faisceaux
la taille et la position requises pour qu’ils passent exactement à l’intérieur du trou
de l’électrode, sans déborder.
Remarque : à cause de ces lames de rasoir et de ces diaphragmes (et notam-
ment parce que le diamètre des faisceaux verticaux est inférieur à 3 mm), le
volume de capture du PMO est plus petit que pour un piège magnéto-optique
réalisé dans des conditions usuelles. C’est pourquoi notre PMO ne contient que
quelques 10
5 atomes.

1 On peut modifier le nombre de résistances (entre 1 et 42) en court-circuitant certaines


d’entre elles Moms il y a de résistances, plus le temps de chargement est bref Si le nombre de
résistances est trop faible toutefois, l’alimentation ne peut plus débiter assez de courant pour
maintenir une tension de 12 kV
155

position d’un PMO est déterminée par le zéro du gradient de champ ma-
La
gnétique. Il importe donc que ce zéro soit situé à l’intersection des 6 faisceaux,
ce dont il n’est pas facile de s’assurer lorsque la taille des faisceaux est si petite.

Afin de faciliter les réglages, nous avons fixé les bobines du PMO sur un support
xyz de la marque Newport, permettant de balayer un cube de 2 cm de côté avec
une précision de 50 03BCm
. De cette façon, en déplaçant systématiquement les 3
1
vis et en s’armant d’une bonne dose de patience, il est possible de trouver une
position pour laquelle le piège apparaît
.
2
Faire apparaître un PMO relativement intense ne suffit pas ; il faut encore le
faire coïncider avec le POE. Nous avons pour ce faire employé successivement
deux méthodes, que je vais maintenant présenter. Pendant les premières phases
de l’expérience, nous commencions par centrer approximativement le PMO par
rapport au trou de l’électrode, en nous aidant de deux caméras vidéo placées dans
le plan horizontal du piège (observant celui-ci selon des angles de vue orthogo-
naux). La deuxième étape consistait à aligner le faisceau dipolaire sur le PMO.
Pour ce faire, nous rendions le laser résonnant, et cherchions à pousser le piège
de manière à le faire disparaître (ou tout au moins à le perturber).
Cette méthode suppose de rendre le Titane-Saphir résonnant, ce qui est pas-
sablement délicat car il n’est pas asservi, et donc sa fréquence fluctue de quelques
MHz sur une échelle de temps de l’ordre de la seconde. Nous avons grandement
facilité la man0153uvre (fig. 3.12) en faisant passer dans la même fibre que le Ti-Sa
(non simultanément bien sûr) le faisceau résonnant provenant d’une diode laser
DBR (de faible puissance, mais extrêmement facile à rendre résonnante et très
stable en fréquence). En effet, comme la fibre est monomode, on est sûr que la
position du faisceau après la fibre, réglée en utilisant la diode DBR, sera inchan-
gée lorsque l’on passera au Ti-Sa. Pour coupler la diode DBR dans la fibre, nous
avons utilisé un miroir fixé sur un support magnétique amovible de grande pré-
cision (de la marque Thorlabs), qu’il est possible de déplacer, puis de replacer en
retrouvant le même réglage. En réglant les vis de ce miroir, ainsi que celles d’un
autre miroir placé en amont, on arrive à coupler le faisceau de la diode DBR,
et ce sans toucher aux vis micrométriques du coupleur de fibre, lesquelles ont
été réglées pour le Ti-Sa. Après le réglage de la position du POE, on déplace le
support magnétique. Comme le réglage du coupleur de fibre convenant au laser
Ti-Sa n’a pas été modifié, celui-ci reste couplé dans la fibre.
La méthode que je viens d’exposer est celle qui nous a permis d’observer le
POE pour la première fois. Toutefois, elle présente un inconvénient : la position

1 Il est
également possible de déplacer le PMO en modifiant le courant des bobines de
compensation du champ terrestre Toutefois, cette méthode est déconseillée car elle perturbe
fortement le piégeage
2 Remarquons que le piège apparaît plus facilement si on le recherche nettement au-dessus
(i plusieurs mm) de l’électrode En effet, la diffusion de la lumière sur l’électrode (malgré la
e

présence des lames de rasoir) diminue le nombre d’atomes piégés lorsque le nuage est à moins
d’1 mm de cette dernière
156

FIG. 3.12 - Couplage du faisceau de la diode DBR dans la fibre du laser titane-
saphir. (a) :on couple le laser titane-saphir dans la fibre en agissant sur les vis
micrométriques du coupleur. (b) : on pose le miroir sur son support magnétique
et on couple le faisceau de la diode en ne touchant qu’aux vis des miroirs. (c) : en
ôtant le miroir sur support magnétique, le Ti-Sa est à nouveau couplé à la fibre.
Si on remet en place ce miroir, le faisceau de la diode est couplé sans nécessiter
de nouveau réglage.

du faisceau dipolaire ne coïncide que très grossièrement avec l’axe de révolution


de l’électrode. Or, plus on s’éloigne de cet axe, plus l’expulsion transverse du
champ électrique est importante et moins le POE est profond. Une méthode
plus astucieuse consiste donc à commencer par faire coïncider très précisément le
faisceau avec l’axe. Nous avons pour cela fixé l’un des miroirs du faisceau dipolaire
(après la fibre) sur un support à vis micrométriques graduées. On exploite alors
le fait que le trou de l’électrode est circulaire. On commence par faire passer le
faisceau dans le trou. Puis, on déplace l’une des vis micrométriques et on repère
entre quelles positions limites le faisceau passe encore dans le trou. On se place
ensuite au milieu de l’intervalle repéré, puis on procède de même avec l’autre vis.
Notons que, comme le piège n’est pas exactement dans le plan de l’électrode, la
méthode suppose que le faisceau soit à peu près vertical. Ceci ne pose en fait pas
de problème, compte tenu de la géométrie du montage
.
1
La deuxième étape du réglage consiste à aligner le PMO pour le faire coïnci-
der avec le POE. On utilise les vis micrométriques des bobines, que l’on déplace
jusqu’à faire apparaître sur l’écran de l’oscilloscope un signal de POE
. On peut
2

1 On peut voir sur la figure 3 9 que le faisceau parcourt environ 35 cm d’un tuyau large de
35 mm, avant d’arriver au niveau des atomes
2 La nature de ce signal sera explicitée au paragraphe 3.2.e (p. 164).
157

ensuite ajuster finement la position des vis pour optimiser ledit signal. On voit
que la méthode impose de savoir à peu près pour quels paramètres il faut chercher
le signal. Il s’agit donc d’une technique que l’on peut utiliser lorsque le fonctionne-
ment du POE est devenu routinier, mais qui aurait difficilement pu être employée
pour rechercher le premier POE.

d) Les méthodes de détection

Charger une certaine quantité d’atomes dans le POE ne suffit pas ; il faut
aussi être capable de détecter la fraction de ces atomes qui subsiste au bout d’un
temps donné.
Il existe deux méthodes pour détecter des atomes froids : la détection par
fluorescence et la détection par absorption. Nous les avons utilisées toutes les
deux sur cette expérience. La méthode par fluorescence, qui est celle que nous
avions adoptée pour l’expérience de refroidissement Raman 1D (p. 40), consiste à
illuminer le nuage atomique avec de la lumière résonnante, et à détecter sur une
photodiode la lumière diffusée par les atomes. Elle présente deux inconvénients
majeurs : d’une part, pour des raisons d’encombrement évidentes, la fluorescence
n’est détectée que dans un petit angle solide; on perd donc la plus grande partie
de la lumière utile. D’autre part, la lumière du laser utilisé pour sonder peut
également être diffusée par des obstacles divers se trouvant sur son passage (en
particulier, sur expérience, par l’électrode), ce qui induit un bruit de fond
notre .
1
Pour détecter les atomes par absorption, on utilise un faisceau (résonnant)
de faible puissance, traversant le nuage atomique. On place une photodiode à
l’extrémité de ce faisceau, de façon à mesurer la lumière absorbée. L’avantage
de la méthode est que toute la lumière du faisceau est utilisée. Comme on peut
placer la photodiode loin de la cellule, les photons diffusés par des obstacles situés
sur le parcours du faisceau n’arrivent pas sur la photodiode, et donc ne jouent

pas de rôle nocif. Toutefois, cette technique est difficile à mettre en 0153uvre, parce
que la moindre fluctuation de la puissance du faisceau induit une grande quantité
de bruit sur le signal. Il convient donc d’éliminer au maximum ces fluctuations
de puissance.
Je maintenant détailler de quelle façon nous avons mis en oeuvre ces deux
méthodes.

i) Détection par absorption


La configuration choisie. Pour détecter les atomes par absorption, nous
avons utilisé une partie du faisceau maître (voir figure 3.8, p. 141): nous dis-

posons ainsi de lumière quasi-résonnante sans avoir besoin d’installer une diode

1 La lumière de la pièce peut également s’avérer très gênante (et dans les faits, il est presque
toujours nécessaire nécessaire de travailler dans le noir) On devrait toutefois la rendre inoffen-
sive en installant une détection synchrone
158

supplémentaire. Le faisceau utilisé pour la sonde n’a pas besoin d’être très puis-
sant, au contraire: plus la puissance est élevée, plus le chauffage des atomes par
la sonde est important (en outre, si la transition atomique sature, la fraction de
lumière absorbée diminue). Par ailleurs, la sonde est utilisée à un moment où le
PMO est éteint. On peut donc (en modifiant la fréquence du MAO n° 2) rendre
le faisceau maître (i.e. la sonde) résonnant au moment choisi, sans se soucier de
l’injection du faisceau esclave.
La sonde a été installée de la manière représentée sur la figure 3.13. Afin de
pouvoir détecter les atomes tout en sélectionnant très précisément leur position,
nous avons choisi de faire passer la sonde dans une fente (de dimensions 1 mm x

. Nous avons utilisé une lentille de focale f = 250 mm, placée de façon
200 03BCm)
1
à ce que l’image de la fente à travers cette lentille coïncide avec le point où se
trouvent les atomes. De cette façon, le profil spatial du faisceau au niveau du
piège a exactement la même forme que la fente, et peut donc être assimilé à un
créneau ; la sélection des atomes en fonction de leur position se fait donc sans
« bavures ».

Plutôt que de sonder les atomes avec une onde progressive, nous avons choisi
d’utiliser une onde stationnaire, et donc de renvoyer la sonde sur elle-même à
l’aide d’un miroir. En effet, avec une onde progressive, les atomes sont poussés
par la sonde, et sortent rapidement de la zone de mesure. En employant une
onde stationnaire, la force moyenne est nulle; les atomes diffusent certes, mais
quittent la sonde plus lentement, de telle sorte que l’amélioration du signal est très
appréciable. La configuration de polarisation choisie pour la sonde est 03C3
+ - 03C3
.
+2
Nous avions construit pour le faisceau aller un profil en créneau en réalisant
l’image d’une fente par une lentille. La même précaution doit être prise en ce qui
concerne le faisceau retour. La configuration que nous avons choisie est repré-

sentée sur la figure 3.13. A l’aide d’une seconde lentille (de focale f =80 mm),
on commence par réaliser l’image de l’image de la fente, au niveau de laquelle

on place le miroir de réflexion. De cette façon, une troisième image, réfléchie de

la première, se forme au niveau du piège. Cette géométrie possède un avantage :


si la première image est légèrement déplacée dans une direction transverse, la
troisième image se déplace dans le même sens de telle sorte que ces deux images
coïncident toujours.
Remarques :
la présence de l’image de la fente
-

en un point ne signifie nullement que le


faisceau est focalisé en ce point ;

1. En particulier, la taille de la fente est petite devant les dimensions du faisceau avant la
sorte que l’on devrait pouvoir considérer
fente, de telle (du moins en première approximation)
que l’éclairement de la fente est uniforme
2 Ce choix permet de pomper tous les atomes dans le niveau S½
2
|6 ,F =
4, m
F =
4). De
cette atomes cyclent sur la transition |F
façon, les 4) |F’ 5), pour laquelle le coefficient
= ~ =

de Clebsch-Gordan vaut 1 Ainsi, les atomes absorbent la lumière de façon optimale


159

FIG. 3.13 - La sonde à double passage utilisée, et l’image de la fente.

le positionnement des lentilles à la bonne distance du piège (à quelques


millimètres près), de façon à faire coïncider les images de la fente avec la position
de l’électrode, n’est pas immédiat. Pour ce faire, nous avons utilisé une caméra
vidéo, que nous avons placée dans le faisceau (en atténuant fortement celui-ci),
derrière la cellule. En alignant précisément l’axe de la caméra, le faisceau apparaît
sur l’écran sous la forme d’une tache lumineuse. Dans un premier temps, nous

réglons la mise au point de la caméra de façon à ce que l’électrode apparaisse


parfaitement nette sur l’écran. Ensuite, nous déplaçons la lentille L 1 jusqu’à ce
que la tache créée par le faisceau ait la forme d’un rectangle lui aussi bien net,
correspondant à l’image de la fente. Lorsque l’électrode et l’image de la fente sont
nettes en même temps, on est sûr qu’elles se situent au même endroit. Pour la
, on procède de même, en installant une séparatrice en amont de la
lentille L
2
cellule (de façon à pouvoir observer le faisceau retour sans détruire le faisceau
aller).

Réglage latéral de la sonde. Le réglage de la position transverse de la


sonde est assez délicat en raison de la faible puissance de celle-ci
. Pour faire
1
passer un faisceau dans un , technique
2
PMO la standard consiste à le mettre à
résonance, et à tenter de chasser les atomes du piège. Le problème est qu’ici, la
sonde provient du faisceau maître, qui détermine aussi la fréquence des faisceaux
du PMO ; si on met ce faisceau à résonance, le piège disparaît totalement. Nous
avons dû travailler au désaccord 03B4 1,5 0393. Dans ces conditions, un 0153il bien
=

entraîné arrivera à observer sur le piège une très légère perturbation due à la
1 Même lorsque l’on ôte la densité que l’on utilise normalement pour faire fonctionner la
sonde, cette dernière est à peine visible sur une carte infrarouge En fonctionnement normal, la
puissance de la sonde est de l’ordre de 2 03BCW
2 Le réglage de la sonde vise à faire passer celle-ci dans le PMO On suppose donc que le
PMO est aligné avec le POE
160

.
1
sonde
Nous avons installé la lentille L 1 (fig. 3.13) sur une translation xy à vis gra-
duées. Pour déplacer la sonde, nous man0153uvrons ces vis à l’exclusion de toute
autre. La difficulté provient du fait que les dimensions transverses de la sonde
au niveau du piège sont très petites (puisque nous avons réalisé l’image d’une

petite fente). Par conséquent, il est délicat de trouver pour quelle position des
vis la sonde va passer au voisinage du piège ; un balayage systématique néces-
siterait plusieurs heures. Heureusement, nous sommes aidés par la présence de
l’électrode, sur laquelle il est facile de faire arriver la sonde. En théorie donc, il
suffit de centrer latéralement la sonde sur l’électrode, puis d’élever le faisceau de
1,1mm.
Toutefois, les choses sont compliquées par le fait que, lorsque l’on tourne
l’une des vis de la translation, le déplacement de la sonde n’est ni vertical, ni
. Aussi, nous avons dû au préalable calibrer les vis, en positionnant
2
horizontal
successivement le PMO à deux ou trois hauteurs différentes, sur l’axe, puis en re-
gardant à chaque fois (après avoir effectué la recherche systématique) pour quelles
positions des vis la sonde induisait la petite perturbation du piège précédemment
évoquée. Cette calibration est assez fastidieuse, mais peut être faite une fois pour
toutes ; on est ensuite capable de positionner directement la sonde sur l’axe à une
hauteur donnée, en choisissant les positions des vis adéquates.
Une fois réglé le faisceau aller, il reste à régler le retour, ce que l’on fait en
déplaçant le miroir de renvoi. Le réglage grossier est effectué à l’aide d’une carte
infrarouge percée d’un petit trou ; le réglage fin, en regardant encore le PMO :
le faisceau de retour, lorsqu’il coïncide parfaitement avec le faisceau aller, annule
la petite perturbation induite par ce dernier (la force induite par la sonde sur
les atomes est en moyenne nulle lorsque l’aller et le retour sont tous les deux
présents).
Asservissement de la puissance de la sonde. Lorsque nous avons es-
sayé d’observer le premier signal d’absorption, nous avons constaté la présence
d’un bruit supérieur au signal, qui évoluait sur des temps de l’ordre de la seconde.
Ce bruit était dû à des fluctuations de la puissance de la sonde, elles-mêmes cau-
sées par des vibrations mécaniques de la fente (et par le fait que le front d’onde
du faisceau avant la fente n’est pas régulier). Pour résoudre ce problème, nous
1 Cette observation est rendue difficile par le fait que, lorsque le désaccord vaut 1,5 r, la
forme du piège et le nombre d’atomes qu’il contient fluctuent beaucoup (sur un temps de
l’ordre de la seconde), la perturbation due à la sonde que l’on cherche à mettre en évidence
induisant des effets du même ordre de grandeur que ces fluctuations Ces dernières sont dues
aux vibrations mécaniques de l’assemblage de tiges sur lequel sont fixés les miroirs du PMO,
vibrations qui sont responsables de variations des phases relatives entre les six bras du piège.
Pour résoudre ce problème, il suffit de tapoter doucement (mais continuellement) quelque part
sur cet assemblage de tiges De cette façon, en créant des vibrations supplémentaires, on brouille
totalement les phases relatives et le PMO ne fluctue plus
2 La hauteur de la sonde est une fonction affine des positions des deux vis.
161

avons utilisé une méthode très astucieuse que nous devons à Pierre Lemonde:
l’asservissement de la puissance de la sonde. Nous avons donc installé une pho-
todiode de contrôle sur une petite dérivation du faisceau placée derrière la fente,
et un dispositif électronique qui rétro-agit sur la puissance du faisceau via le
MAO n° 2. L’installation de cet asservissement eût été un jeu d’enfant si la sonde
avait pu rester allumée en permanence. Malheureusement, elle doit être coupée
pendant la phase de piégeage opto-électrique. Si l’on ne prend pas de précau-
tion, l’intégrateur présent dans la boucle de l’asservissement sature pendant la
phase où le faisceau est coupé. Lorsque commence la phase de détection, il prend
plusieurs millisecondes pour cesser d’être saturé, ce qui est catastrophique (les
atomes ont le temps de disparaître). Nous avons finalement contourné ce pro-
blème en installant un circuit piloté par un interrupteur télécommandable, qui
permet à l’asservissement de boucler sur lui-même pendant la phase où le faisceau
est éteint.

Utilisation de la sonde enconfiguration temps de vol ». Comme je


«

l’ai dit, nous avons aligné la sonde sur le PMO, et donc sur le POE. Ceci permet de
connaître, dès la fin de la phase de piégeage opto-électrique, la quantité d’atomes
qui sont piégés. Le plus souvent toutefois, nous avons placé la sonde 2 à 3 mm
en-dessous de la position du POE. De cette façon, les atomes, à la fin de la phase
1
de POE, tombent et passent dans la sonde : il s’agit d’une détection en temps «

de vol », une méthode généralement utilisée pour remonter à la distribution des


vitesses des atomes avant le lâcher, et donc à leur température. Dans le cas où
la distribution en vitesse et en position des atomes est gaussienne, et si le profil
du faisceau est gaussien
, alors on peut montrer [94, p. 199] que le signal détecté
2
abs
V est donné en fonction du temps par

où est le temps moyen de chute libre et

La quantité h désigne la hauteur de chute, T la température du nuage, M la masse


du césium : s
nuage et ssonde sont respectivement la taille du nuage et de la sonde,
dans la direction verticale. En fait, la méthode n’est précise que lorsque 03C3 3 «
, 03C3
2
1 (il faut notamment que h soit suffisamment élevé). Avec les paramètres du
03C3
problème (T 10 03BCK (la température du PMO), s
=
nuage = 620 03BCm, et s
sonde =

1 Dans ce cas, la sonde passe en-dessous de l’électrode. Placer la sonde 2 mm en-dessous du


piège n’est pas très difficile, une fois que la translation de la lentille L
1 a été calibrée.
2 Remarque ce n’est pas le cas ici
162

. Toutefois, notre temps de vol permet


200 03BCm), cette condition n’est pas remplie
1
d’avoir quand même une idée de la température du POE; il permet en outre de
remonter à la vitesse moyenne selon z des atomes dans le POE, comme nous
le verrons au paragraphe 3.3.b(p. 171) lorsque nous mettrons en évidence les
oscillations longitudinales.

Efficacité de la sonde. Notre sonde s’est révélée être un moyen très per-
formant pour détecter les atomes. Ainsi, lorsque nous détectons directement les
atomes du PMO (sans phase de POE), les atomes absorbent jusqu’à 70 % de
la lumière de la sonde. Le bruit a été réduit à un niveau tel que nous sommes
capables de détecter 100 atomes en 20 ms.
Je vais évaluer ici quel est le nombre d’atomes correspondant à un signal
donné. J’appelle V max la tension mesurée sur la photodiode lorsqu’il n’y a pas
d’atomes, en supposant que la tension 0 correspond à l’absence de lumière. On
trouve V max 48 V
= . Je rappelle que la tension mesurée est proportionnelle à la
2
puissance du faisceau. Sachant que la partie imaginaire de l’indice à résonance
vaut, à faible saturation, n" = ,at où p est la densité atomique et 03BB c/03C9
3
303C003C1 at =

at
(03C9 étant la fréquence atomique), on déduit que la variation de tension due à
l’absorption vaut (dans le cas où le milieu atomique est mince)

où prés
N est le nombre d’atomes présents dans la sonde (j’ai tenu compte du fait
que les mêmes atomes absorbent la lumière à l’aller et au retour), et Ssonde la
section de la sonde. La largeur de la sonde dans la direction horizontale (1 mm)
est supérieure à la taille transverse du PMO (480 03BCm), de telle sorte que tous les
atomes passent dans la sonde. Comme le temps que chaque atome passe dans la
sonde est

sonde
(s et h étant respectivement la largeur de la sonde et la hauteur de chute),
on déduit l’équation donnant le nombre d’atomes total du nuage N tot
:

t sont du même ordre de grandeur


1 Les 03C3
2 Cette tension de 48 V n’est bien sûr pas mesurable directement, puisque l’amplificateur
de la photodiode sature au-delà de 15 V On obtient la valeur en abaissant le gain d’un facteur
10 (on mesure alors 4,8 V)
163

Numériquement, on trouve (toujours pour un faisceau résonnant et de faible


saturation)

la tension étant exprimée en volts et le temps en secondes.

ii) Détection par fluorescence

Outre la détection par absorption que je viens de décrire en détail (et qui
fonctionne très bien), nous avons cherché à diagnostiquer la présence des atomes
dans le POE par mesure de leur fluorescence. Dans ce but, nous avons installé
successivement deux systèmes de mesure. Le premier montage a été mis au point
pendant la première phase de l’expérience [148, p. 14], à une époque où la dé-
tection des atomes par absorption n’était pas encore au point (nous cherchions
à mesurer le nombre d’atomes par deux moyens, ne sachant pas d’avance lequel
serait le plus efficace). Nous avions installé un deuxième faisceau sonde, passant
2 cm en-dessous du piège 1 , et lui aussi dérivé du faisceau maître. Après la cou-
pure du piège, les atomes passaient dans cette sonde, et nous détections leur
fluorescence. La taille de la sonde était suffisamment petite pour ne pas éclairer
les piliers de l’électrode. Lors de la mise au point de cette détection, nous avons
eu beaucoup de problèmes avec la lumière ambiante, et avons dû installer une

détection synchrone. Au bout du compte, la méthode s’est avérée moins efficace


que la détection par absorption.
Dans les dernières semaines de l’expérience, nous avons mis au point un autre
système de détection de la fluorescence, beaucoup plus performant. Il utilise une
caméra vidéo déclenchable, i.e. capable d’enregistrer la lumière diffusée en un
instant donné (que l’on peut programmer). Après une phase de POE de durée
variable, nous éclairons brusquement les atomes avec les faisceaux du PMO, et
enregistrons une image
. Ceci permet de visualiser précisément la position des
2
atomes dans le piège. Nous avons ainsi pu réaliser une séquence vidéo sur laquelle
on voit osciller les atomes dans la direction verticale. On peut également évaluer

précisément la taille du nuage atomique. N’ayant aucunement participé à l’éla-


boration de ce système de détection, je ne fournirai pas davantage de détails ici.
Le lecteur pourra vraisemblablement trouver toutes les précisions qu’il souhaite
dans l’une des références [152, 153], après qu’elles auront été rédigées.

1 par conséquent, en-dessous du « disque de stabilisation» visible sur la figure 3.9 (p. 150).
2 Remarquons que la diffusion de la lumière sur l’électrode ne constitue pas ici une gêne,
puisque la caméra peut séparer spatialement le piège de l’électrode
164

e) La séquence temporelle
La séquence temporelle que nous avons utilisée (fig 3.14) est la suivante:
-

d’abord, nous collectons et refroidissons les atomes grâce à une phase


tout
de piégeage magnéto-optique, dont la durée est de l’ordre de quelques secondes.
On remarquera que cette phase est plus longue que pour l’expérience de refroidis-
sement Raman à 1D . Cela vient du fait que nous travaillons à une pression de
1
césium plus faible (une fraction de 03BCPa, i.e. quelques 10
-9 Torr), afin de réduire
les collisions avec les atomes rapides, et donc d’améliorer le temps de piégeage
des atomes du POE; par conséquent, le temps de chargement du PMO est plus
long;

FIG. 3.14 - La séquence temporelle utilisée

1 où je rappelle qu’elle était de 350 ms (p 32)


165

dans un deuxième temps, nous réduisons la puissance des faisceaux du


-

PMO de 25 à 2 mW/cm2 (en utilisant la lame à retard évoquée p. 143), tandis


que le désaccord du faisceau passe de -3 0393 à 201410 0393. Cette phase, de durée 20 ms,
permet de réduire la température des atomes [30, fig. 17 p. 204] et d’augmenter
. Le nuage obtenu contient 5.10
la densité dans l’espace des phases
1 5 atomes à la
température de 10 03BCK. Les dimensions du nuage atomique (diamètre 1/e) sont
480 03BCm horizontalement et 280 03BCm verticalement. Sa densité pic est approxima-
tivement 4.10
9 cm , à un facteur 4 d’incertitude absolue près;
-3
au début de la troisième phase, on désinjecte puis on coupe les faisceaux du
-

PMO (selon la méthode décrite p. 143), et on éteint le repompeur. Parallèlement,


on met en route la haute tension ainsi que le faisceau dipolaire . Le piégeage
2
opto-électrique commence ;
enfin, après une phase de POE de durée variable (typiquement de 10 ms
-

à 3 s), on éteint en quelques millisecondes la haute tension, ainsi que le faisceau


dipolaire. Les atomes tombent et traversent la sonde au bout de 25 ms. Je rappelle
que le temps de coupure du champ électrique est court devant la milliseconde (
§ 3.2.c.iii, p. 153), et donc devant la durée du signal. La figure 3.15 représente
un signal typique, observé dans le cas où il n’y a pas de phase de POE. Une
34
tension mesurée moins élevée correspond à davantage de lumière (par conséquent,
davantage d’atomes signifie moins de lumière et donc plus de tension).
Comme je l’ai déjà évoqué dans l’introduction, cette séquence temporelle est
commandée informatiquement : nous avons fait appel à Jakob Reichel pour qu’il
adapte à notre expérience le programme du refroidissement Raman. Cette adap-
tation représente un travail certes non négligeable, mais dont l’importance reste
raisonnable, si on la compare à ce qu’aurait demandé l’écriture d’un nouveau
1 Remarquons que, contrairement à l’expérience de refroidissement Raman du chapitre 1, il
n’y pas de phase de mélasse Une telle phase aurait eu pour effet d’étaler le nuage atomique
a

(dans l’espace des positions), et donc de réduire l’efficacité du transfert PMO ~ POE. Rappe-
lons aussi que pour l’expérience Raman, la phase de temps noir (i e de refroidissement Raman)
ne pouvait commencer que lorsque le champ magnétique était descendu à 0 Une telle contrainte

n’existe pas sur la présente expérience, où B n’a pas besoin d’être très bien compensé.
2 Pour être sûr que le champ électrique est bien présent dès le début de la phase de piégeage
opto-électrique (afin d’assurer un bon chargement du POE), cette mise en route a lieu quelques
millisecondes avant la fin de la phase de PMO à grand désaccord La coexistence entre les
faisceaux et le champ électrique n’est pas gênante, dans la mesure où le déplacement Stark est
insuffisant pour perturber le piégeage magnéto-optique lorsque 03B4 = 201410 0393 (alors qu’il détruit
totalement le piège lorsque03B4 = -3 0393) Le faisceau dipolaire doit également être mis en route
quelques ms avant le début de la phase de POE, en raison de la durée d’ouverture de l’obturateur
mécanique
3 Il existe un petit délai toutefois entre la fin de la phase de PMO et le début de la phase
de sondage Ce délai est rendu nécessaire par la manoeuvre des obturateurs mécaniques
4 Le lecteur remarquera le faible niveau du bruit : il s’agit du résultat d’une longue et
fastidieuse optimisation des circuits électroniques du dispositif de détection (avec en particulier
une suppression systématique des boucles de
masse), qui a pour l’essentiel été réalisée par Pierre
Lemonde
166

FIG. 3.15 - Signal de temps de vol typique (sondage par absorption). Ce signal
correspond à un «
coup» (pas de moyenne). Le piège contient 9,8.10
4 atomes.

programme. En effet, les deux dispositifs expérimentaux ont de nombreux points


communs (en particulier, tout ce qui concerne le piégeage magnéto-optique). La

principale innovation qu’il a fallu apporter concerne le paramètre que l’on fait
varier lorsque l’on enregistre une courbe ; il ne pouvait bien sûr plus s’agir du
désaccord Raman, comme c’était le cas sur l’expérience précédente. La nouvelle
version du programme offre le choix entre trois paramètres à faire varier : le
temps de piégeage opto-électrique (l’option la plus utilisée), le désaccord du fais-
ceau sonde, et la durée de la phase de PMO à -100393. Le programme répète la

séquence totale PMO + PMO grand désaccord + POE + sonde, en donnant à


chaque fois une nouvelle valeur au paramètre choisi. Pour chaque valeur, il en-
registre l’aire du pic d’un signal d’absorption (tel celui de la figure 3.15). Ceci
permet de tracer un point sur la courbe.
Dans de nombreux cas toutefois, il est arrivé que cette prise de données infor-
matisée ne soit pas adaptée, en particulier lorsque l’on souhaitait accéder à une
donnée autre que l’aire du pic d’absorption (par exemple, sa largeur ou encore la
position (temporelle) de son centre). Il pouvait également arriver que l’on désirât
faire varier un paramètre ne figurant pas parmi ceux prévus dans le programme.
Dans ce cas, il fallait tout faire « à la main », i.e. enregistrer, pour chaque va-
leur du paramètre, le spectre d’absorption, puis effectuer un dépouillement pour
extraire la courbe désirée.

f) Résultat préliminaire
La première mesure expérimentale que nous avons faite est une « cartogra-
phie » du champ, c’est-à-dire une détermination du carré du champ électrique
167

statique le long de l’axe de révolution, en fonction de la hauteur z par rapport à


l’électrode.
Pour réaliser cette mesure, nous utilisons la séquence temporelle précédem-
ment décrite (en sondant tout de suite après la phase de PMO à grand désaccord),
avec une modification: nous n’éteignons pas la haute tension pendant la phase

de sondage. Nous traçons un spectre d’absorption sur 4 ~ 5 en faisant varier le


désaccord de la sonde. Lorsque le champ électrique est nul, on observe, comme
attendu, une courbe assimilable à une lorentzienne, centrée sur le désaccord nul,
et de largeur 0393 (fig. 3.16-a). En présence de champ électrique, la courbe s’est
déplacée de plusieurs 0393 du fait de l’effet Stark. Ce déplacement peut être évalué
précisément en ajustant chacune des deux courbes avec une lorentzienne, de façon
à en repérer le centre.
Connaissant le déplacement Stark de la raie, on peut remonter au carré du
champ électrique. Notons qu’il faut pour ceci connaître la polarisabilité de l’état
fondamental, mais aussi celle de l’état excité. Il est exposé dans [139, table IV]
que la partie scalaire de la polarisabilité est donnée par

Notons que pour l’état excité, l’opérateur de déplacement Stark contient éga-
lement un terme tensoriel d’ordre 2. Toutefois, les déplacements induits par ce
terme restent petits devant ceux du terme scalaire (ils sont par contre respon-
sables d’un élargissement de la raie).
Le champ électrique que nous venons de mesurer est celui du point de l’axe
z correspondant à la hauteur de la sonde. Pour recommencer la mesure en un

autre point, nous devons déplacer la sonde verticalement d’une quantité connue.
Ceci peut être fait en tirant parti de la calibration des vis micrométriques évo-
quée p. 160. La précision de la sélection spatiale selon la direction verticale, est
donnée par la largeur de la sonde, qui est 200 03BCm. On voit donc ici tout l’intérêt
de construire, comme nous l’avons fait, un profil de faisceau étroit en réalisant
l’image d’une fine fente (p. 158). La sélection horizontale de la position est quant-
à elle déterminée par la taille du piège magnéto-optique
, la largeur de la sonde
1
dans cette direction (1 mm) étant supérieure à la taille du PMO (480 03BCm).
Les résultats de cette mesure sont représentés sur la figure 3.16-b. J’ai comparé
la mesure expérimentale au résultat théorique obtenu par résolution numérique
de l’équation de Laplace (§ 3.1.b.ii, p. 134), résolution qui a été effectuée en modé-
lisant la cage de Faraday par un cylindre métallique au potentiel 0 . On constate
2
1 Lors de cette série de mesures, le nuage atomique du PMO doit être situé sur le passage de
la sonde Une mesure en « temps de vol» est en effet impossible, puisque le champ électrique,
encore présent pendant la mesure, perturberait la chute des atomes Lorsque l’on déplace la

sonde, il faut aussi déplacer le PMO en manoeuvrant les vis micrométriques de la translation
xyz des bobines de gradient de champ magnétique
2 Remarquons que la prise en compte de la grille fait augmenter le champ électrique d’en-
viron 50 %, par rapport au cas de la figure 3 5 (p 135) où la masse est à l’infini
168

(a) Spectre d’absorption, en l’absence et en pré- (b) Champ électrique, mesuré en fonction de
sence de champ électrique (mesure effectuée à de z En pointillés, la courbe théorique obte-
z =
2, 6 mm au-dessus de l’électrode). En poin- nue en résolvant l’équation de Laplace, et en

tillés, l’ajustement par une lorentzienne. tenant compte du grillage. L’accord est raison-
nable compte tenu du moyennage géométrique
(taille de la sonde).

FIG. 3.16 - Mesure expérimentale du champ électrique, le long de l’axe de révo-


lution de l’électrode. La hauteur z 0 correspond au plan médian de l’électrode.
=

L’électrode est portée au potentiel de 12 kV.

que, même si leur ordre de grandeur et leur allure générale sont les mêmes, les
deux courbes ne coïncident pas parfaitement. En fait, on ne devait pas s’attendre
à un excellent accord, et ce pour plusieurs raisons : tout d’abord, la géométrie
de l’électrode a été modélisée très grossièrement
. Ensuite, le champ mesuré est
1
en réalité une moyenne spatiale, à cause du caractère non ponctuel du PMO et

de la sonde. Une troisième source d’erreur provient de l’imprécision avec laquelle


le PMO (et donc le point de mesure) est centré sur l’axe. On observera sur la
figure 3.4 (p. 132) que l’effet d’un mauvais centrage est plus important à proxi-
mité de l’électrode. Ceci pourrait expliquer pourquoi les courbes expérimentale
et théorique de la figure 3.16-b coïncident mieux lorsque z est plus élevé.

Remarque : nous avons essayé de mettre en évidence par la même méthode


les déplacements lumineux liés à la présence du faisceau dipolaire. Toutefois nous
n’avons pas obtenu de résultat significatif, car ces déplacements restent inférieurs
à 0393.

1 Le programme de résolution de l’équation de Laplace ne fonctionne que pour une géométrie


à symétrie de révolution Il n’est donc pas possible, par exemple, de prendre en compte l’effet
des piliers de l’électrode Les trous dans la cage de Faraday (qui servent à laisser passer les
faisceaux) ne sont pas non plus modélisés
169

3. Résultats expérimentaux
a) Première mise en évidence expérimentale du piégeage
opto-électrique
Je vais présenter ici une mesure de temps de vol 1 que nous avons réalisée
après avoir installé la cage de Faraday. La sonde est placée 3 mm en-dessous de
la position de PMO, lequel a été placé approximativement au point où, d’après la
théorie, la gravité sera compensée par la force électrostatique. Nous avons balayé
la longueur de la phase noire (c’est-à-dire l’intervalle séparant la coupure des
faisceaux du PMO et le début du sondage), et regardé sur l’écran d’un oscilloscope
numérique (de la marque Lecroy) le comportement du signal. Nous avons ainsi
recherché un effet du champ électrique, puis du faisceau dipolaire.
Les résultats correspondants sont présentés sur la figure 3.17, où la quantité
de lumière transmise est tracée en fonction du temps, de la même façon que
sur la figure 3.15
. La phase noire ainsi que la phase de sonde sont toutes deux
2
visibles sur la courbe (pendant la phase noire, le signal sature à +0,2 V). Le
déclenchement du balayage de l’oscilloscope est effectué à l’instant où commence
la phase de sondage. C’est pourquoi le début de la phase noire apparaît de façon
plus ou moins décalée, en fonction de la durée de celle-ci.
Sur la figure 3.17-a, il n’y a ni champ statique, ni faisceau dipolaire ; une fois
que les faisceaux de la mélasse sont coupés, rien ne vient perturber la chute des
atomes. On s’attend donc à ce que ceux-ci passent dans la sonde 25 ms après le
début de la phase noire, et ce indépendamment du moment où on allume la sonde.
Par conséquent, étant donné que l’oscilloscope est déclenché au début de la phase
de sondage, on verra le pic se déplacer vers la gauche au fur et à mesure que la
durée de la phase noire va augmenter. C’est effectivement ce que l’on vérifie sur
la courbe expérimentale
.
3
Si maintenant on met en route le champ statique pendant la phase noire, les
atomes sont confinés dans la direction verticale. Leur chute ne peut commencer
qu’à partir du moment où la haute tension est coupée, instant qui coïncide avec
le début de la phase de sondage. On s’attend donc à ce que le pic du signal
apparaisse 25 ms après le début de cette phase, indépendamment de la durée de
la phase noire qui l’a précédée. C’est effectivement ce que l’on observe sur la figure

1 Pour tous les résultats expérimentaux qui vont suivre, le sondage a été réalisé par
absorption
2 Je rappelle qu’un maximum de lumière correspond à un minimum de tension. Le passage
des atomes induit l’absorption d’une partie de la lumière, donc un pic dirigé vers les tensions
positives
3. Pour réaliser la figure 3 17, j’ai dû superposer les courbes correspondant à différentes
durées de la phase noire. Les choses sont beaucoup plus parlantes lorsque l’on affiche ces courbes
successivement sur un écran , dans ce cas, on peut vraiment voir le signal se déplacer petit à
petit vers la gauche (ou ne pas se déplacer, lorsque le piégeage opto-électrique fonctionne).
L’état actuel de la technologie ne permet malheureusement pas encore d’incorporer des images
animées dans un manuscrit de thèse
170

(a) En l’absence de champ électrique et de faisceau dipolaire.

(b) Avec champ électrique et sans faisceau dipolaire

(c) En présence de
champ électrique et de faisceau dipolaire.
FiG. 3.17 - Mise en évidence du piégeage opto-électrique. Le signal
d’absorption
est mesuré pour différents temps noirs, (les courbes1 à 5 correspondent à des
temps noirs de 30, 35, 42,5, 47,5 et 55 ms pour la sous-figure a, et 30, 40, 50, 60
et 70 ms pour les sous-figures b et c). On constate que le champ électrique retient
la chute des atomes et que le faisceau dipolaire maintient le nombre d’atomes
(détails dans le texte).
171

3.17-b, où le pic ne se déplace plus. Remarquons que la hauteur du pic décroît très
vite, et que ce dernier a totalement disparu au-delà de 70 ms de temps noir. Ceci
est dû au fait que le confinement dans la direction transverse n’est pas réalisé.
Si le temps noir est trop long, les atomes s’éloignent de l’axe et ne passent plus
dans la sonde au cours de leur chute.
Lorsque le faisceau dipolaire est lui aussi présent (fig. 3.17-c), on observe que
le signal persiste beaucoup plus longtemps : il en reste encore un tiers au bout
de 70 ms. Cette mesure a donc permis de mettre en évidence un piégeage opto-
électrique : le champ électrostatique empêche la chute des atomes ; le faisceau
dipolaire permet de conserver une partie importante des atomes en les confinant
transversalement.
Remarque : cette expérience semble indiquer que la durée de vie du POE est de
l’ordre de 50 ms. Cette durée de vie extrêmement courte (largement insuffisante
pour le refroidissement Raman, même par impulsions) ne peut être expliquée ni
par le chauffage résiduel du faisceau dipolaire, ni par les collisions avec les atomes
. Quelques semaines après cette mesure, nous avons compris qu’elle pro-
1
rapides
venait du fait que le faisceau dipolaire était mal centré. Il ne permettait donc
pas réellement de confiner transversalement les atomes, même s’il ralentissait for-
tement leur expulsion. Nous avons résolu ce problème en mettant au point la
nouvelle méthode de réglage de la position du POE, exposée p. 155 (elle consiste
à centrer d’abord le faisceau dipolaire en se référant au trou de l’électrode, puis à
déplacer la position du PMO de façon à optimiser le signal de POE après 50 ms
de temps noir).

b) Mesure des oscillations longitudinales dans le POE


Nous avons réussi à mettre en évidence les oscillations longitudinales (i.e.
dans la direction z) des atomes dans le POE. Pour ce faire, nous avons décalé
légèrement la position du PMO vers le haut (par rapport à la position d’équilibre
prévue par la théorie) : de cette façon, les atomes, qui ne sont plus « lâchés» au
centre du POE, se mettent à osciller. La position et la vitesse moyennes du nuage
atomique évoluent donc pendant la phase de POE ; par conséquent, lorsque l’on
coupe le POE, les conditions initiales de la chute dépendent de la durée qu’a eue
la phase de POE. Le délai d’apparition du signal de temps de vol (par rapport
au début de la phase de sondage) va donc lui aussi
dépendre de cette durée.
Sur la figure 3.18-a, j’ai représenté le signal de temps de vol pour différentes
durées de la phase de POE. On constate en regardant les positions des sommets
des courbes que l’effet des oscillations y est très nettement perceptible. Afin de

1 Le temps de chauffage par les photons du faisceau dipolaire peut facilement être calculé;
on vérifie ainsi que ce n’est pas lui qui est en cause Pour ce qui est des collisions avec les atomes
rapides, nous avons effectué des mesures comparatives entre la durée de vie du POE, et celle
du PMO à -100393 (si ces collisions étaient en cause, elles auraient aussi limité la durée de vie
du PMO à -100393)
172

(a) Signaux d’absorption pour différents temps (b) Délai d’apparition du signal en fonction de
de piégeage opto-électrique (les courbes de 1 à la durée de la phase de POE. La courbe en
6 correspondent à des temps de POE de 0, 5, pointillés représente l’ajustement par une si-

10, ,25 ms) nusoïde amortie exponentiellement.

FIG. 3.18 - Mise en évidence des oscillations dans le POE. Courbe


longitudinales
a : on enregistre un signal d’absorption pour diverses durées de la phase de POE.

Chaque courbe est ensuite ajustée par une gausszenne pour déterminer précisé-
ment l’abscisse de son sommet. Cette abscisse est tracée sur la courbe b (avec une
origine arbitraire) en fonction du temps de POE. La période est de 52±1ms, un
résultat en accord avec les prédictions théoriques.

quantifier cet effet, nous avons ajusté ces signaux par des gaussiennes, de façon
à déterminer précisément l’abscisse des sommets. Ces abscisses (z.e. les délais
d’arrivée du nuage atomique) sont tracées en fonction de la durée de la phase de
POE sur la figure 3.18-b. On voit très clairement apparaître une sinusoïde amortie.
La pulsation d’oscillation est de 120 rad/s, une valeur tout-à-fait compatible avec
ce que prédit la théorie (table 3.1, p. 140), i.e. 110 rad/s
. Les oscillations sont
1
amorties en un temps 1/e de 260 ± 30 ms. Cet amortissement est dû au chauffage
résiduel du faisceau dipolaire, et au couplage non harmonique entre les oscillations
transverses et longitudinales.
Lorsque des particules sont confinées dans un piège harmonique, leurs vitesses
tout comme leurs positions oscillent sinusoïdalement. Or, une variation du délai
d’apparition du signal de temps de vol peut tout aussi bien être causée par une
variation de la position des particules, que par une variation de leur vitesse.
On peut donc se demander, dans notre cas, qui de la vitesse ou de la position
contribue le plus au signal sinusoïdal observé. On répond à cette question par un

1 Si l’on calcule le champ électrique en tenant compte de la cage de Faraday, on trouve une

pulsation d’oscillation de 125 rad/s


173

z de la vitesse moyenne des


rapide calcul d’ordres de grandeurs. Une variation 0394v
atomes induit sur le délai d’apparition du signal une variation 0394t /g. Pour
z
0394v
=

une variation de position 0394z, on trouve un retard 0394t’ = 0394z/2gh, où h = 3 mm


est la hauteur de chute. Sachant que dans le cas d’oscillations dans un piège
harmonique, on a la relation 0394v
z z 0394 où 03C9
03C9
, =
z est la pulsation d’oscillation,
on déduit qu’il faut comparer 1/g et 1/(03C9
2gh) (soit respectivement 0,1 et
z
0,03 -1
.m
2
s
). On trouve finalement que ce sont essentiellement des oscillations
de la vitesse que l’on met en évidence sur la figure 3.18-b. Ce résultat pouvait
d’ailleurs être prédit en considérant le déphasage des oscillations. Au début de la
période de POE, on peut considérer (du moins si la mélasse n’est pas trop mal
réglée) que la vitesse moyenne des atomes est nulle. C’est bien ce que l’on observe
en regardant l’origine de la sinusoïde.

Remarques :
les oscillations longitudinales des atomes du POE ont également été mises
-

en évidence par Pierre Lemonde et Wolfgang Hänsel grâce à la caméra déclen-


chable évoquée p. 163. Ils ont ainsi pu, en enregistrant les images une par une,
mettre au point un petit film dans lequel on peut voir les atomes osciller (ce qui
est particulièrement spectaculaire) ;
-

par contre, des deux méthodes de détection n’a pu mettre en évi-


aucune

dence les oscillations transverses. Cela est dû au fait que la taille transverse du
PMO (180 03BCm) est du même ordre de grandeur que le col du faisceau dipolaire
(320 03BCm).

c) Mesures de la durée de vie du POE

i) Principe des mesures et facteurs limitatifs


Nous avons réalisé un grand nombre de mesures permettant de déterminer la
durée de piégeage typique du POE. Le principe de ces mesures est d’enregistrer
le nombre d’atomes détectés par le temps de vol à la fin de la phase de POE (ce
nombre d’atomes est donné par l’aire d’une courbe du type de la figure 3.15).
Ensuite, on modifie la durée de cette phase et on recommence. En dépouillant
les données, on obtient par exemple les courbes représentées sur la figure 3.19
(p. 176). On trouve que la durée de vie typique du POE est de l’ordre de la
seconde (une fraction détectable des atomes subsistant au bout de 3 à 4 s).
Trois facteurs viennent limiter cette durée de piégeage : tout d’abord, la dif-
fusion de photons du faisceau dipolaire, qui peut chauffer les atomes à un point
tel que le nuage « déborde» du piège ; ensuite, les collisions avec des atomes
rapides, qui se produisent surtout lorsque la pression de la vapeur de césium est
élevée ; enfin, les collisions inélastiques entre atomes froids, accompagnées d’un
changement de structure hyperfine.
Le taux de chauffage par le faisceau dipolaire dépend de la longueur d’onde
de celui-ci. Lorsque 03BB dip 0,7 nm), chaque atome diffuse
dip 852,8 nm (soit 039403BB
= =
174

160 photons par seconde. Ceci correspond à un chauffage de 70 03BCK/s ; dans ce


cas, ce chauffage constitue effectivement l’une des limites à la durée de vie du
POE. Par contre, si l’on travaille à plus grand désaccord (p. ex. 03BB
dip 853,9 nm, =

dip = 1,8 nm), processus parasite


i.e. 039403BB ce devient plus petit que les pertes par
collisions le gaz résiduel. On le vérifie en constatant que la durée de vie ne
avec

dépend plus de la longueur d’onde.


Le vide résiduel constitue par contre une sérieuse limite pour la durée de
confinement. Ainsi, les temps de 1 s que j’ai évoqués n’ont pu être observés que
pour des pressions de l’ordre de 0,2 03BCPa, soit 2.10
-9 Torr. Ceci implique des
conditions de travail assez difficiles, car à très basse pression il y a peu d’atomes
, et donc les signaux sont particulièrement faibles (il faut moyenner
dans le PMO
1
un grand nombre de fois). Les signaux que j’ai présentés jusqu’ici (par exemple

ceux de la figure 3.15) ont tous été enregistrés avec des pressions de césium

sensiblement plus élevées (typiquement 1 03BCPa). Dans ces conditions, la durée de


vie du POE est de l’ordre de 500 ms .
2

ii) Les collisions inélastiques


Regardons maintenant la troisième cause de limitation concernant la durée
de vie du POE : les collisions inélastiques entre atomes froids. L’étude de ces
collisions constitue un sujet de recherche à part entière. On peut montrer qu’il
existe de nombreux types de collisions inélastiques, beaucoup d’entre elles faisant
intervenir un atome dans l’état excité [44]. Dans le cas du POE, on peut supposer
que tous les atomes sont dans l’état fondamental |6 S½
2 >. Par conséquent, un
seul type de collisions inélastiques se produira : les collisions avec changement de
structure hyperfine [155-157], pour lesquelles deux atomes initialement dans |F =

4) entrent en collision, et basculent dans l’état |F 3). L’énergie correspondante


=

(2h x 9,2 GHz, h étant la constante de Planck) est libérée sous forme d’énergie
cinétique. Les atomes acquièrent donc une vitesse de 5 m/s environ, ce qui est
largement suffisant pour les expulser du piège
.
3
Les atomes collectés par le PMO sont tous dans l’état |F = 4), et donc des
collisions inélastiques peuvent se produire. Toutefois, le POE peut également
confiner les atomes dans |F 3) (et dans ce cas, il ne se produit pas de collisions
=

inélastiques). Afin de déterminer le rôle joué par ces collisions inélastiques, nous
avons donc comparé des mesures de durée de vie pour des atomes dans |F = 3)

avec les mêmes mesures pour des atomes dans |F 4>.


=

Pour préparer les atomes dans |F 3), il


= suffit a priori de procéder comme
sur l’expérience de refroidissement Raman à 1D (p. 33), c’est-à-dire de couper le

1. Typiquement, 100 atomes pour les derniers points (i.e au bout de 2 à 3 s).
2. Remarquons que l’on pourrait concilier un vide poussé avec un nombre d’atomes décent
en utilisant soit un double PMO [48], soit un PMO à état noir [154].
3 Remarque des collisions inélastiques peuvent également se produire entre un atome ini-
tialement dans |F = 3) et un atome dans |F = 4)
175

repompeur quelques millisecondes avant les faisceaux du PMO afin que les atomes
soient « dépompés» dans |F 3). Toutefois, cette méthode ne fonctionne pas
=

bien ici à cause de la présence du faisceau dipolaire, qui excite les atomes de
nombreuses fois au cours de la phase de POE. Lorsqu’ils sont ainsi excités, les
atomes peuvent retomber aussi bien que dans |F 3) que dans |F 4). Dans
= =

ces conditions, des collisions inélastiques vont pouvoir se produire.

Pour résoudre ce problème, nous avons installé une diode laser supplémen-
taire (diode OMTEC) que nous avons accordée sur la transition |6 ½
S
2 , F =
4) ~ |6P , F 3), et qui sature très faiblement les atomes (moins que le laser
2 =

Ti-Sa). Ce faisceau « dépompeur» est allumé ou éteint à l’aide d’un obturateur


mécanique. Lorsque nous souhaitons effectuer une mesure dans |F 3), le dé- =

pompeur est mis en route à la fin de la phase de PMO à grand désaccord, et reste
présent pendant toute la phase de POE. Pour sonder les atomes, nous rallumons
le repompeur du PMO en même temps que la sonde. De cette façon, les atomes
retournent dans |F =
4) et peuvent fluorescer lorsqu’ils passent dans la sonde
.
1
Pour réaliser une mesure dans |F 4),
= on n’utilise pas de faisceau qui pom-
perait les atomes de |F =
3) vers |F 4). = On se contente de désaccorder le
faisceau dipolaire du mieux que l’on peut (typiquement 03BB dip 853 nm). Certes
=

une partie des atomes (typiquement 30 %) est excitée et passe dans |F =


3).
Ces atomes ne participent pas aux collisions inélastiques. Toutefois, il reste suf-
fisamment d’atomes dans |F 4) pour que l’on puisse observer un effet dû à ces
=

collisions.
Le résultat d’une mesure de durée de vie typique est présenté sur la figure
3.19 (le nombre d’atomes ayant été déduit du signal par la formule (3.53)). Cette
courbe peut être interprétée de la manière suivante : pendant les 200 premières
millisecondes du piégeage opto-électrique, a lieu une sélection « géométrique»
(les atomes du PMO qui étaient en dehors de la zone de capture sont peu à
peu expulsés, et ne contribuent plus au signal). Cette sélection géométrique se
fait de la même manière pour les deux sous-niveaux hyperfins (50 % des atomes
du PMO, soit 7.10 4 atomes environ, sont finalement transférés dans le POE).
Au-delà de 200 ms, les comportements correspondant aux deux sous-niveaux se
différencient : les pertes sont plus rapides pour le sous-niveau |F 4), ce qui est
=

conforme à ce que prédit l’interprétation en termes de collisions inélastiques.


Lorsque les atomes sont dans |F 3), il n’y a pas de pertes par collisions
=

inélastiques et la décroissance du nombre d’atomes confinés est exponentielle (ce


que confirme la figure
). Si les atomes sont dans |F 4), la décroissance n’est
2 =

plus exponentielle. Dans ce cas, l’évolution du nombre d’atomes N est donnée


1 Le repompeur n’est pas « mélangé » avec la sonde , il arrive sur les atomes par le trajet des
faisceaux du PMO En particulier, il ne peut plus agir sur les atomes lorsque ceux-ci, du fait
de leur chute, sont passés sous l’électrode (là où se situe la sonde) Les atomes ont cependant
« le
temps » d’être repompés pendant qu’ils sont encore au-dessus de l’électrode
2 Le temps 1/e de décroissance est ici de l’ordre de 500 ms (nous ne sommes pas dans des
conditions de vide optimales)
176

FIG. 3.19 - Mesure de la durée du piégeage opto-électrique des atomes (pour un


col du faisceau de 240 03BCm). Après 200 ms de sélection géométrique, la décrois-
sance est exponentielle pour des atomes dans |F = 3), mais pas pour des atomes
dans |F = 4>. Ceci est dû aux pertes par collisions inélastiques. En pointillés,
ajustement par une exponentielle (|F =
3>), et par la fonction (3.56) (|F =
4>).

où V est le volume du nuage atomique. La constante 03B3 provient essentiellement


des collisions avec les particules rapides. La constante 03B2 caractérise les collisions
inélastiques.
La solution de l’équation (3.55) est

où )
0
N(t =
. Lorsque l’on ajuste la courbe expérimentale par l’équation (3.56),
0
N
on trouve un résultat assez satisfaisant.

Il est alors tentant de rechercher une valeur numérique pour le coefficient 03B2.
Le problème est que ceci nécessite de connaître à la fois le nombre d’atomes et la
densité atomique dans |F 4) (laquelle n’a pas de raison d’être uniforme). On
=

« sélection
peut admettre que, après la géométrique » (i.e. au bout de 200 ms),
la taille transverse du piège coïncide approximativement avec celle du faisceau
. Connaissant le nombre d’atomes, et en admettant que la forme du
1
dipolaire
1 Cette affirmation peut être vérifiée à l’aide de la caméra déclenchable
177

nuage est gaussienne [158], on peut remonter à la densité pic, puis à 03B2. Dans le
cas de la présente courbe, on trouve que 03B2 ~ 8,0.10
-10 cm /s.
3
On remarquera que cette valeur n’est pas vraiment compatible avec les me-
sures effectuées dans [155], qui prédisent un coefficient 03B2 de quelques 10
-11 cm
/s.
3
En réalité, nous avons effectué un grand nombre de mesures de durée de vie,
lesquelles aboutissent à des valeurs de 03B2 très différentes (pouvant varier d’un
facteur 10). Remarquons aussi que la valeur que nous avons indiquée dans l’ar-
ticle d’Europhys. Lett. [147], i.e. 03B2 -11 ± 4.10
5.10 = -11 -1 .s n’est pas non
3
cm
,
plus compatible. Il s’agit en réalité d’une moyenne pondérée de divers résultats
obtenus, et nous nous sommes aperçus trop tard que le résultat correspondant
à la figure 3.19 n’entrait pas dans la barre d’erreur (nous avions également ou-
blié de modéliser le nuage par une gaussienne). Le résultat correct serait plutôt
-10±1 -1
03B2 = 1,5.10 .s
3
cm
.

Remarques :
-

notre de 03B2 est particulièrement imprécise ; ceci est est essentielle-


mesure

ment dû au fait que la durée de la « sélection géométrique » est du même ordre


de grandeur que les temps de pertes par collisions élastiques et inélastiques. Par
conséquent, il est difficile de savoir après quel délai on doit commencer l’ajus-
tement avec la fonction (3.56). En outre, il existe un certain nombre d’effets
que nous n’avons pas pris en compte et qui viennent fausser le résultat (forme
du nuage non gaussienne, volume du nuage difficile à évaluer, inhomogénéités
éventuelles de la densité, étalement spatial du nuage au cours de l’évolution (en
particulier dans la direction z), basculement d’une fraction des atomes de |F = 4>
vers |F 3) du fait du chauffage par le faisceau dipolaire, cette liste n’étant pas
=

exhaustive). Signalons que la mesure du coefficient 03B2 pourrait être nettement plus
précise si l’on augmentait la densité dans l’espace des phases (p. ex. à l’aide de
refroidissement Raman), car on favoriserait alors les pertes par collisions inélas-
tiques tout en se débarrassant de la sélection géométrique ;
-

on voit donc que les collisions inélastiques sont responsables d’une perte

d’atomes importante si ceux-ci ne sont pas dans l’état de plus basse énergie. Par
conséquent, ces collisions sont susceptibles de perturber fortement le refroidis-
sement d’atomes piégés
. Toutefois, il est possible de réduire le nombre de ces
1
collisions en utilisant un laser intense très désaccordé sur le bleu de la transition
atomique, ainsi qu’il est proposé dans [159].

1 Lors du refroidissement Raman continu, les atomes restent la plupart du temps dans l’état
de plus basse énergie, si bien que les collisions inélastiques joueraient peu de rôle Par contre,
ce n’est pas du tout le cas pour le refroidissement en impulsions par passage adiabatique que
j’ai présenté au paragraphe 25 (p 94)
178

4. Conclusion et perspectives
Cette expérience a permis de mettre au point un nouveau type de piège conser-
vatif, le piège opto-électrique. Il s’agit d’un piège suffisamment profond pour
contenir le nuage atomique d’un piège magnéto-optique, quasi-isotrope, et dont
les fréquences d’oscillation sont petites devant la fréquence de recul. Il possède
un volume de capture sensiblement supérieur à celui d’un piège dipolaire croisé,

ce qui permet potentiellement de confiner davantage d’atomes.

Le bon fonctionnement du piège que nous avons construit (lequel utilise un


laser Titane-Saphir) a pu être prouvé de façon non ambiguë. L’oscillation des
atomes dans le piège, dans la direction verticale, a été clairement reconnue, la
fréquence étant tout à fait conforme à ce que prédit la théorie. La durée de
confinement est de l’ordre de la seconde, et est essentiellement limitée par les
collisions avec le gaz résiduel. Le rôle des collisions inélastiques a en outre été
clairement mis en évidence.
A la suite de cette expérience, la route à suivre semble toute tracée : changer
de laser (pour limiter le chauffage résiduel), et réaliser le refroidissement Raman
selon les méthodes décrites au chapitre 2 (par la suite, il faudra aussi amélio-
rer le vide, i.e. utiliser un vide différentiel et un double PMO). Pierre Lemonde,

Hélène Perrin, Wolfgang Hänsel, Ekkehard Peik et Christophe Salomon ont ré-
cemment réalisé un POE avec un laser Yag, qui pour un col de 70 03BCm peut piéger
4 atomes, avec une durée de vie 1/e de 520±50 ms. Ils ont ensuite tenté
5.10
de réaliser du refroidissement Raman dans ce nouveau POE, mais ont malheu-
reusement rencontré des difficultés, car l’électrode et la grille créent des champs
magnétiques parasites nuisibles à ce refroidissement. Il est donc nécessaire d’ou-
vrir la cellule pour remplacer l’électrode et le grillage par d’autres, constitués
d’un matériau amagnétique.
Par ailleurs, un piège dipolaire croisé a été réalisé avec le laser Yag, et il
fonctionne fort bien. Aussi est-il impossible de prédire aujourd’hui lequel du POE
ou du piège dipolaire croisé sera finalement retenu pour le refroidissement sub-

recul d’atomes confinés.


179

Complément A : Le piège électrostatique et


magnétostatique
Un inconvénient des pièges dipolaire et opto-électrique est, comme nous l’avons vu,
le chauffage résiduel des atomes refroidis. Je vais, dans ce paragraphe, présenter un
autre type de piège, qui ne chauffe pas du tout les atomes : le piège magnétostatique.
L’idée de piéger des particules neutres à l’aide du gradient d’un champ magnétique
statique est fort ancienne [160, 161]. La première expérience d’un tel confinement fut
réalisée en 1978 avec des neutrons [162]. Le piégeage d’atomes fut quant-à lui effectué en
1985 [163]. Le principe général est le suivant : si le champ magnétique est inhomogène,
les atomes situés dans un sous-niveau Zeeman donné (de nombre quantique magnétique
m) sont, du fait du déplacement Zeeman, soumis à un potentiel. Lorsque ~B~
admet un
minimum, potentiel admet,
ce selon le de
signe m, un maximum ou bien un minimum.
Pour créer un piège magnétique, il suffira donc de fabriquer un minimum local de
, et de pomper tous les atomes dans le sous-niveau Zeeman ad hoc.
champ magnétique
1
Le piégeage magnétique a pu conduire à des développements physiques extrêmement
spectaculaires, puisque c’est dans un piège magnétique que la condensation de Bose-
Einstein a été observée [63]. L’intérêt que présente un tel piège (i.e. un piège où tous
les atomes sont situés dans le même sous-niveau Zeeman) pour l’observation d’effets
quantiques collectifs peut se comprendre aisément : lorsque les atomes sont répartis
entre 2J +1 sous-niveaux Zeeman, la dégénérescence quantique est réduite d’un facteur
2
2J
. + 1
L’objet de ce complément est d’étudier s’il est possible d’effectuer du refroidissement
Raman sur les atomes confinés dans un piège magnétique. Il apparaît clairement que
le mécanisme étudié au chapitre 2 est difficilement adaptable, parce que l’émission
de photons spontanée peut conduire les atomes dans des niveaux non piégeants. La
solution que je propose ici (qui fonctionne sur le césium, le cas d’un autre atome n’ayant
pas été étudié) repose sur le choix de sous-niveaux Zeeman et de polarisations des
faisceaux Raman tels que les règles de sélection interdisent la transition vers un niveau
non piégeant (transition fermée). La fabrication du gradient de champ magnétique a

également dû être étudiée avec soin. L’expérience de condensation de Boulder utilise


un piège quadrupolaire constitué de deux bobines montées en anti-Helmholtz [164] ; un

tel type de piège ne convient pas au refroidissement Raman, car la direction du champ
magnétique n’est pas la même dans tout l’espace (et il paraît très difficile d’adapter en
tout point la polarisation des faisceaux Raman à la direction du champ magnétique).
La solution que j’ai choisie ici est un piège de Ioffe, dont je vais maintenant décrire
le principe (§ 3.A.a). Le fonctionnement du refroidissement Raman dans ce piège ma-
gnétostatique sera ensuite introduit au paragraphe 3.A.b. Je terminerai (section 3.A.c)
1 Je rappel qu’il n’existe pas de maximum local de champ magnétique
2 Le fait de disposer d’atomes tous pompés dans le sous-niveau Zeeman |m = +J) est
particulièrement crucial pour l’observation d’effets quantiques collectifs sur l’indice de réfraction
et sur la diffusion de la lumière, effets qui sont prédits et évalués théoriquement dans la deuxième
partie de cette thèse Il est en effet expliqué au paragraphe IV 5 (p 284) que si les atomes ne sont
pas tous dans l’état |m = +J>, alors le signal d’effets collectifs est brouillé par des phénomènes
de pompage optique induits par la sonde
180

par la présentation des paramètres pouvant convenir à une future expérience. Signalons
que bien que j’aie proposé le refroidissement Raman dans un piège magnétique dès le
début 1993, et bien que ce piège semblât plus prometteur que le POE en terme de tem-
pérature finale accessible (du moins en faisant abstraction des effets parasites), l’étude
que je présente ici n’a été suivie d’aucune concrétisation expérimentale, en raison des
difficultés techniques auxquelles il eût alors fallu faire face. Je signale par ailleurs que les
propositions théoriques que je vais exposer ont perdu une partie de leur attrait depuis
les expériences de refroidissement évaporatif et de condensation de Bose-Einstein [63].
J’ai toutefois tenu (en dépit des pressions) à ce qu’elles figurent dans ce complément,
car ce dernier contient des idées et des développements théoriques que je juge non dé-

nués d’intérêt. Toutefois, un lecteur pressé pourra sans inconvénient majeur s’affranchir
de le parcourir.

a) Réalisation pratique du piège

i) Réalisation en l’absence de gravité

Comme je l’ai dit, le refroidissement Raman nécessite la fabrication d’un piège dans
lequel la direction du champ magnétique est quasiment la même partout ; il faut donc
créer un fort champ uniforme, sur lequel viendra se superposer un champ inhomogène
plus faible (i.e. suffisamment fort pour réaliser le piégeage, mais suffisamment faible
pour ne pas trop perturber la direction du champ). La réalisation pratique d’un tel
champ a été imaginée dans les années 60 par l’équipe de Ioffe [165]. L’adaptation du
dispositif de Ioffe au cas des atomes a été proposée par Pritchard [166], la première
expérience d’un tel piégeage (la configuration des bobines n’étant pas exactement la
même toutefois) ayant été réalisée par l’équipe de Cornell en 1993 [167]. Le champ
magnétique créé par le dispositif de Ioffe est calculé en détail dans [168] ; j’en rappellerai
ici les grandes lignes.

Pour réaliser un piège de Ioffe, on utilise deux spires circulaires parallèles, proches
de la configuration de Helmholtz, et 4 fils verticaux (fig. 3.20), qui brisent l’invariance
par rotation’. Au voisinage du centre, le champ magnétique vaut, en coordonnées
cylindriques (p, ~, z) [168, éq. (24) p. 1542]:

1 On peut montrer que le confinement d’atomes par un champ magnétique invariant par
rotation autour de (Oz) est impossible
181

FIG. 3.20 - Le piège de Ioffe (en gris, l’anneau chargé électriquement qui sert à
compenser la gravité, et qui est présenté au paragraphe 3.A.a.ii; le rapport entre les
tailles des bobines et de l’électrode n’est pas respecté).

avec

Au voisinage du centre, l’expression du carré du module du champ vaut donc

On en déduit le potentiel vu par les atomes :

Pour avoir un confinement, les deux conditions suivantes doivent être vérifiées :

On peut, par exemple, choisir les paramètres suivants : R = 5 cm, A = 3 cm,


S = 4 cm, I = I
.
1
182

ii) Rôle de la gravité


Contrairement à la force magnétique, la force gravitationnelle est indépendante
du sous-niveau Zeeman. Si, en présence de la gravité, on confine les atomes à l’aide
d’un piège magnétique, le centre du piège ne sera pas au même endroit selon le sous-
niveau Zeeman choisi, comme on peut le voir sur la figure 3.21. Or, nous verrons que
le refroidissement Raman dans un piège magnétique utilise deux niveaux |1> et |2> qui
ne sont pas déplacés de la même façon par le champ magnétique. En présence de la

gravité, la position du centre du piège ne sera donc pas la même pour |1> et pour |2>, une
situation qui est très nuisible au bon fonctionnement du refroidissement. Autrement
dit, la gravité constitue une gêne, et nous devons chercher à compenser son effet à l’aide
d’une autre force indépendante du sous-niveau Zeeman.

FIG. 3.21 - Rôle de la gravité: a) : potentiel vu par les atomes en l’absence de gravité.
b): en présence de gravité.

Compenser la gravité à l’aide d’une force indépendante du sous-niveau Zeeman


est un problème que nous avons déjà résolu : il suffit d’utiliser l’électrode annulaire
du piège opto-électrique. Le champ électrique créé par cette électrode compensera la
gravité, et créera en outre un piégeage le long de l’axe, ainsi qu’une expulsion transverse,
s’ajoutant à la force confinante du champ magnétique. Le centre du potentiel vu par
les atomes sera donc bien indépendant du sous-niveau Zeeman, mais la courbure ne
sera plus proportionnelle à m.

Remarque : on pourrait penser à première vue que les bobines circulaires du piège
de Ioffe sont devenues inutiles, car le confinement vertical est maintenant assuré grâce
à l’électrode (les 4 fils verticaux suffisant pour confiner les atomes selon x et y). En
fait, ces bobines sont nécessaires pour maintenir un champ directeur parallèle à (Oz)
(lequel est indispensable pour réaliser le refroidissement Raman).
183

b) Principe du refroidissement Raman dans un piège électrostatique


et magnétostatique

i) Chozx des niveaux|1> et|2>

FIG. 3.22 - Processus Raman pour le piège magnétique. (En pointillés, processus
parasite).
Pour pouvoir préparer les atomes par pompage optique, il est nécessaire de choisir
des niveaux où |m| est maximum. Il est donc tentant, dans le cas du césium, de prendre

Malheureusement, on la table 0.3 (p. 18) que les facteurs de Landé


peut voir sur

des niveaux |F 3) et |F 4) sont de signe opposé: avec cette configuration, si


= =

le niveau |1> est confiné, le niveau |2> sera expulsé; le refroidissement paraît dès lors
difficile à réaliser, car les atomes passent, au cours du refroidissement, une fraction non
négligeable du temps dans le niveau |2>.
J’ai donc choisi d’appliquer le processus Raman entre deux sous-niveaux Zeeman
d’un même niveau hyperfin. Le choix est le suivant :

Avec un tel choix, on peut certes craindre que les atomes dans |2> = |6
½
S
2, F =

4, m
F =
3) soient deuxième fois excités par les faisceaux Raman, vers le niveau
une

½
S
2
|6
, F =
4, m
F =
2) (cette transition est représentée en pointillés sur la figure 3.22).
Dans ce cas les atomes sont momentanément « perdus pour la science» (il peuvent
184

néanmoins être repompés). En fait, un tel processus est limité par le fait que l’atome
n’est plus résonnant pour cette nouvelle transition (à cause du changement de vitesse
rec induit par la première transition). Davantage de détails seront donnés à ce
de 2 v
sujet page 192.

ii) Choix du niveau |e>


Le choix du repompeur (et donc du niveau excité |e>) est délicat, car les atomes qui
sont dans |1> ne doivent pas pouvoir être repompés (sinon les atomes refroidis seraient
chauffés). Dans le cas du refroidissement Raman entre les deux sous-niveaux hyperfins
(cas des atomes libres, ou encore des atomes confinés dans un piège dipolaire ou opto-
électrique), c’est la différence d’énergie (9,2 GHz) entre les niveaux |1> et |2>, et donc
le désaccord associé à cette excitation parasite, qui rend celle-ci inopérante. Par contre,
pour le piège magnétique, la différence d’énergie entre ces deux niveaux est plus faible :
de l’ordre de 100 à 200 MHz au maximum, si l’on utilise des champs magnétiques
intenses induisant d’importants déplacements Zeeman. Pour empêcher l’excitation pa-
rasite, on peut toutefois tirer parti des symétries (i.e. des règles de sélection). Je propose
ici deux solutions, lesquelles possèdent toutes deux des inconvénients.
La première solution utilise un faisceau polarisé 03C3 , excitant les atomes de |2> =
+
½
S
2
|6 , F 4, m =
F =
P , F 5, m
3) vers |e’> |6
=
2 =
F = 4) (fig. 3.23-a). Par désexci-
tation, les atomes reviendront vers|1> ou vers |2>, à l’exclusion de tout autre niveau
(et notamment, ils ne reviendront pas vers l’état fondamental |6 ½
S
2 ,F = 3>). Toute-
fois, cette solution pose plusieurs problèmes : tout d’abord la probabilité d’effectuer la
transition |e’> ~ |1> (c’est-à-dire le rapport de branchement 03BE tel que je l’ai défini au
paragraphe 1.1.c, p. 23) n’est que de 0,2 . Cette valeur est beaucoup plus faible que
1
dans le cas du refroidissement Raman entre les deux sous-niveaux hyperfins (où l’on a
03BE = 0,75). On doit donc s’attendre à un refroidissement beaucoup moins efficace. Le
deuxième problème est lié à l’excitation par le repompeur des atomes de |1> vers l’état
P , F=F
2
|6 5, m = 5). Cette excitation sera résonnante si le déplacement Zeeman
est inférieur ou de l’ordre de la largeur naturelle de l’état excité 0393 = 203C0 x 5,3 MHz ;
l’effet sera alors catastrophique car les atomes refroidis à v rec seront sans cesse ex-
cités par le repompeur. Toutefois, dans le cas de forts champs magnétiques, i.e. tels
que le déplacement Zeeman est grand devant 0393, cette excitation deviendra non réson-
nante (et sera donc beaucoup moins gênante), grâce à la différence entre les facteurs
de Landé des niveaux |6 S ½, F = 4) et |6
2 P , F = 5). Il va malheureusement appa-
2
raître un autre processus parasite, et ce dès que le déplacement Zeeman cessera d’être
petit devant la structure hyperfine du niveau excité |6 P > (qui vaut 251 MHz): le
2
niveau |e’> deviendra une superposition linéaire des états |6 P , F=F
2 5, m = 4) et
P , F = F
2
|6 4, m = 4). Par conséquent, la désexcitation vers le niveau (non pié-
geant) |6 S½
2 ,F = F 3, m = 3) sera possible; il sera alors nécessaire d’installer un
faisceau repompeur supplémentaire, de polarisation 03C3 + et accordé sur la transition
½
S
|6
P
2
F=, 3>
= ,F F== 3,
4>.
4,
~ |6
m
m
Une autre solution consiste à utiliser le processus à trois photons présenté sur la

1 Ce rapport de branchement se calcule à l’aide de coefficients de Clebsch-Gordan Le lecteur


pourra trouver dans [94, p 260] les valeurs intervenant sur une transition 4 ~5
185

(a) Processus de repompage à un photon (en (b) Repompage à trois photons


pointillés, effets parasites)

FIG. 3.23 - Deux méthodes de repompage pour le refroidissement Raman dans un piège
magnétostatique.

figure 3.23-b. Il fonctionne lorsque les désaccords 0394 2 sont grands devant la struc-
1 et 0394
ture hyperfine de l’état excité
, qui permet d’atténuer l’excitation non résonnante
1 ce

(mais non de la supprimer totalement). Le fait que l’état excité soit |e> |6
P ,F
2 = =

5, m 5) présente
F = un grand avantage: les atomes ne peuvent retomber que dans|1>,
à l’exclusion de tout autre niveau (grâce aux symétries). Le rapport de branchement 03BE
vaut donc 1, ce qui fournit un faveur de cette méthode. En outre, même
argument en
si le champ magnétique est très
intense, le niveau |6
P , F=F
2 5, m = 5) n’est pas
couplé à d’autres niveaux (à cause de la conservation du moment cinétique). Toutefois,
nous ne devons pas oublier qu’une transition à trois photons nécessite l’utilisation de

lasers très puissants.

iii) Choix des directions des faisceaux, et de leurs polarisations


Le refroidissement Raman utilise donc deux faisceaux Raman A et B, et un (resp.
trois) faisceau(x) de repompage noté(s) C’ (resp. C ,C
1 , et C
2 ). Nous savons que les fais-
3
ceaux Raman doivent se propager en dehors des axes et des plans de symétrie du
piège
(§ 2.1.a.ii, p. 58 et fig. 2.10, p. 74). La direction (1; 1;1) par rapport aux axes propres
du piège constitue en cela un bon choix. On devra en outre choisir les polarisations de
telle sorte que par rapport à l’axe z, les composantes 03C0 (pour le faisceau A) et 03C3
- (pour
le faisceau B) soient effectivement présentes. Remarquons que la présence éventuelle
d’autres composantes de polarisation, formant un couplage + -
03C3
,- 03C3 n’est pas gênante:
1 D’après les considérations de symétrie évoquées au paragraphe 3 1 a.iii (p. 120), le repom-
page à trois photons ne peut pas fonctionner si les désaccords 0394 2 sont grands devant la
1 et 0394
structure fine de l’état excité du césium P> (soit 203C0 x
2
|6 17 THz)
186

la transition Raman vers le niveau |6 S ½, F = 4, m


2 F = 2) est interdite par les règles
de sélection (voir § 3.1.a.iii, p. 120), pourvu que désaccord 0394 des faisceaux Raman
le
soit grand devant la structure hyperfine de |6 P ).
2

(a) Repompage à un photon (b) Repompage à trois photons.

FIG. 3.24 - Les faisceaux utilisés et leurs directions.

Regardons maintenant la direction du (ou des) faisceau(x) de repompage, et oublions


dans un premier temps le cas où le déplacement Zeeman des niveaux est très supérieur
à 0393. Il faut alors, pour éviter les excitations vers des niveaux non souhaités, s’appuyer
sur les règles de sélection. Dans la configuration à 1 photon, nous n’avons pas le choix :

le faisceau devant impérativement être polarisé 03C3 , il ne peut que se propager le long de
+
(Oz) (fig. 3.24-a). La situation est un peu analogue dans le cas à trois photons (fig. 3.24-
b) : les faisceaux C 1 et C , et ne doivent pas avoir de composante
3 sont polarisés 03C3
+
), sinon il existerait une possibilité d’effectuer la transition à trois photons
03C0 (ou 03C3
-
½
S
2
|6 ,F F =
4,= m 4) ~
P , F 5, m
2
|6 F =
5). Par conséquent, ces deux faisceaux
=

doivent être orientés selon (Oz).


On pourrait utiliser le même laser pour C 1 et C; dans ce cas, l’impulsion transmise
3
aux atomes par ces deux lasers serait 2k. Ceci est trop élevé, du point de vue de la
compatibilité avec le refroidissement au recul 1 . Il est préférable d’utiliser deux faisceaux
différents, de telle sorte que leurs transferts d’impulsions se compensent. Pour que le
rôle de chacun des deux faisceaux soit défini de manière non ambiguë, il suffit de choisir
1 ~ -0394
0394 .
2
Le faisceau C2 sera choisi colinéaire aux faisceaux Raman, et de même sens que le
faisceau B (~ = -1). Pour éviter une transition |6 ½
S
2 ,F = F P ,F =
4, m = 4> ~ |6
2
5, m
F =
5), il est nécessaire que le faisceau C
2 n’ait pas de composante 03C3 , et soit
-
donc une combinaison linéaire de 03C0 et de 03C3+. On peut vérifier qu’une telle exigence est
compatible avec la direction oblique que j’ai choisie
.
2
1. Je rappelle que le seuil (2 35) croît avec le transfert moyen d’impulsion induit par le
processus Raman/repompage Si le repompeur transmet 2k, le seuil sera de l’ordre de quelques
rec
v
2 Il existe un vecteur unitaire de 3
C qui soit à la fois orthogonal au vecteur de polarisation
187

Remarque : les directions des faisceaux ont été choisies de telles sorte que les règles
de sélection interdisent un certain nombre de transitions parasites. Dans le cas où
le champ magnétique est intense et où les déplacements Zeeman sont grands devant
la largeur de l’état excité 0393, ces transitions parasites deviennent non résonnantes. Il
devient donc à la rigueur possible de choisir la direction des faisceaux sans tenir compte
de ces règles de sélection (même s’il me semble préférable de conserver les choix énoncés
plus haut).

iv) Parabole résonnante

J’ai déjà signalé que, contrairement au piégeage dipolaire et au piégeage opto-


électrique, le piégeage magnétique ne se fait pas avec la même raideur selon que les
atomes sont situés dans |1> ou dans |2>. L’étude théorique effectuée au chapitre 2 doit
donc être adaptée. La résonance a lieu lorsque que l’effet Doppler compense la différence
d’énergie entre |1> et |2>, c’est-à-dire pour:

|1>

] [K |2>(resp. [K est le tenseur de rappel pour des atomes dans l’état |1>
])
(resp. |2>), et R la position atomique. L’équation (3.64) définit le tenseur 039E qui
avec [K On voit donc que, dans l’espace des phases, la zone
est co-diagonalisable |1>
].
résonnante n’est plus un hyperplan, mais un « hyperparaboloïde ».
A priori, cette propriété va modifier les propriétés du refroidissement ; ces nouvelles
caractéristiques peuvent être comprises intuitivement dans le cas unidimensionnel en
regardant la figure 3.25. Sur cette figure, le seuil s 0 défini par la formule (2.24) est
représenté par une droite parallèle à l’axe des positions. Supposons que la quantité
res
v =
/(2k)1
eff
03B4 soit inférieure à s . Comme la zone résonnante est parabolique, un
0
atome de suffisamment grande énergie la coupera bien au-dessus du seuil : il sera donc
refroidi, et le refroidissement se poursuivra jusqu’à ce qu’il puisse entrer en résonance
sous le seuil. Alors il sera réchauffé, jusqu’à repasser au-dessus, et ainsi de suite. S’il

tombe par hasard sur un trajectoire d’amplitude inférieure à , rés l’atome ne pourra
v
plus entrer en résonance: il sera refroidi définitivement. En fait, nous obtenons, avec
un seul système de faisceaux Raman, un profil d’excitation comparable
(du moins
qualitativement) à celui que j’avais «
fabriqué » avec trois systèmes pour réaliser la
figure 2.13 (p. 81).
A 3 dimensions, le raisonnement est toujours valable, mais un autre facteur vient
limiter l’efficacité. La zone résonnante est ici une sous-variété tridimensionnelle d’un
espace de dimension 6. Si les coefficients du tenseur [039E] sont trop grands, c’est-à dire
si la courbure de la parabole résonnante est trop forte, on comprend intuitivement que

- par
03C3 rapport à (Oz), et à la direction de propagation du faisceau C
2 (ici la direction de
coordonnées (1, 1, 1))
1 Je continue à utiliser la notation v
rés bien que cette notation soit ici un abus (puisque la
résonance n’a pas lieu à vitesse fixe).
188

FIG. 3.25 - Mécanisme de refroidissement lorsque la zone résonnante est de forme


parabolique.

les trajectoires des


atomes de grande énergie ne la couperont pas ; le refroidissement ne

pourra alors pas fonctionner.

v) Avantage d’une résonance sélective en vitesse et en position


Afin de permettre au lecteur de se rendre compte de l’avantage que peut apporter
le fait que la résonance soit à la fois sélective en vitesse et en position (ainsi que le
rapport de branchement de 1), j’ai réalisé une simulation de Monte-Carlo (fig. 3.26)
correspondant à ce cas. Il s’agit de refroidissement continu, et la vitesse résonnante vaut
res
v =
rec c’est-à-dire comme sur la figure 2.12 (p. 79). On constate que, contrairement
v
,
à la figure 2.12, le refroidissement fonctionne. On arrive à mettre une bonne fraction
des atomes sous la vitesse de recul. A la fin de la simulation, la vitesse quadratique
moyenne selon un axe vaut 0,5 , rec soit deux fois moins que ce que l’on peut faire dans
v
le cas où la résonance n’est pas sélective en position.
Toutefois, on devra se garder de tout excès d’optimisme, et ce pour deux raisons :
-

on constatera que les


temps d’atteinte de l’état stationnaire sont extrêmement
longs1 (plusieurs dizaines de milliers de périodes d’oscillation, soit 20 min typique-
ment) ; même si le piège ne chauffe pas, il est très difficile de garantir que les atomes
puissent rester froids pendant 20 min 2 ;
les nombreux processus parasites qui interviendront dans le cas d’un piège élec-
-

trostatique et magnétostatique (§ 3.A.d, p. 191) ne sont pas pris en compte dans la


1 Remarque sur la figure 3 26, je n’ai pas fait fonctionner la simulation assez longtemps
pour atteindre l’état stationnaire (plusieurs jours de calcul seraient nécessaires)
2 Le refroidissement pourrait sans doute être accéléré en utilisant des impulsions
189

(a) Energie moyenne des atomes en fonction du (b) Pourcentage, en fonction du temps, des
temps atomesrefroidis (i e. vérifiant v
0 ,
2 rec où
2
v
0 représente l’amplitude de la trajectoire).
v

(c) Distribution finale en vitesse, moyennée (d) Distribution finale en fonction de la racine
sur les 100 atomes de la simulation et sur le de l’énergie Le moyennage se fait de la même
temps entre 40 000 et 50 000 périodes d’os- façon que pour la vitesse
cillaison En pointillés, la distribution initiale
(courbe théorique)

FIG. 3.26 - Simulation de Monte-Carlo réalisée dans le cas


(refroidissement continu),
où la transition Raman est sélective en vitesse et en position. La vitesse résonnante vaut
rés = v
v ; les pulsations d’oscillation dans le piège sont 137, 127, et 117 rad/s; les
rec
coefficients diagonaux du tenseur [039E] (cf. texte) sont 2, 7.10
,0,4 et 0,4. Le rapport de
-2
branchement 03BE vaut 1, la direction du faisceau Raman est (1; 1;1) par rapport aux axes
propres d’oscillation, et ~ = -1. La fréquence de Rabi effective est 03A9/2 = 0,03kv
. La
rec
simulation montre que l’on pourrait atteindre une vitesse quadratique moyenne selon
un axe de rec
0,5 v Elle ne tient toutefois pas compte des processus parasites du piège
.
électro/magnétostatique.
190

simulation.

c) Ordres de grandeur
Les valeurs retenues pour un futur dispositif expérimental sont rassemblées dans la
table 3.A.c. Elles utilisent des bobines de quelques centimètres de rayon, dans lesquelles
circule un courant de 104 A (en pratique, on bobine 300 tours de fil dans lequel on fait
passer 30 A ; la réalisation de telles bobines pose de nombreux problèmes techniques
(chauffage, obstruction de l’accès optique du fait des dimensions des bobines) mais est
néanmoins possible).

TAB. 3.3 - Valeurs expérimentales typiques du piège électrostatique et magnétostatique.

On obtient finalement un piège suffisamment profond (45 0393 dans les directions
transverses, et de l’ordre de 0393 dans la direction z), quasiment isotrope, avec des fré-
quences d’oscillation parfaitement compatibles avec les hypothèses faites au chapitre
2. Sur une distance de l’ordre de la taille d’un nuage refroidi à quelques ,rec le champ
v
magnétique reste parallèle l’axez à 1 % près.
Remarque: la table 3.A.c montre que le niveau |1> est déplacé de presque 1 GHz.
De même, le niveau |e> sera déplacé de 1,9 GHz: c’est beaucoup plus que la largeur
191

de raie 0393, mais également que la structure hyperfine de l’état |6 P >. Nous devons
2
donc tenir compte du fait que certains des niveaux |1>, |2> et |e> choisis seront couplés
avec d’autres niveaux hyperfins. Je rappelle que, du fait que l’opérateur de déplacement

Zeeman commute avec J , il ne peut coupler que des états de même m


z . Par conséquent,
F
cet effet de « mélange» ne concerne ni l’état |1>, ni l’état |e> (dans la configuration de
repompage à trois photons). Par contre, si l’on repompe avec un seul photon, l’état |e’>
sera « corrompu » par l’état
P ,F = F
2
|6 4, m = 4) : il sera nécessaire d’installer un
repompeur supplémentaire, ainsi que je l’ai expliqué au paragraphe 3.A.b.ii (p. 184).
En outre, l’état |2> « contiendra» un peu du niveau |6 S½
2 ,F= F 3, m = 3) (et
ce bien sûr quel que soit le type de repompeur choisi). Ce couplage restera cependant

minime, le déplacement de |6 S½
2 ,F=F 4, m = 4) n’étant que 725 MHz, ce qui est
petit devant la structure hyperfine (9,2 GHz) de l’état fondamental |6 ½
S
2>. Aucun effet
catastrophique ne sera donc à déplorer (le niveau |2> restera piégeant, et le repompage
fonctionnera correctement, excitant les atomes vers le niveau ad hoc).

d) Les processus parasites


Je vais maintenant évoquer quelques processus parasites qui interviennent au cours
du refroidissement Raman d’atomes confinés dans un piège électrostatique et magné-
tostatique, de manière à déterminer lesquels d’entre eux pourront constituer une gêne.
Cette liste ne prétend en aucun cas être exhaustive.

Infractions aux règles de sélection. Le champ magnétique créé par le piège


de Ioffe n’est pas rigoureusement parallèle à (Oz). Par suite, les règles de sélection sur
lesquelles je me suis appuyé peuvent être transgressées (avec une faible probabilité).
J’admettrai que les atomes, au cours de leurs déplacements dans le piège, « suivent »
adiabatiquement les états propres de l’hamiltonien, de telle sorte qu’ils sont toujours
dans un état quantique de moment angulaire défini par la direction du champ magné-
tique. On doit donc considérer que les faisceaux n’ont pas rigoureusement la polarisation
requise.
Plusieurs types d’excitations parasites peuvent alors se produire (dans l’hypothèse
d’un repompeur à trois photons) : l’excitation par le repompeur d’un atome de |1> vers
le) (via une transition 03C0 à la place de l’une des transitions 03C3
); de la même façon,
+
l’excitation d’un atome de |2> vers un niveau excité de moment angulaire m F = 4;
ou encore une transition Raman 03C3 - - 03C3
+ vers l’état |6½
S
2 , F F =
4, m =
. En
1
2>
fait, l’importance de ces processus parasites est atténuée par deux facteurs : d’une
part, les fréquences de Rabi effectives sont au moins 100 fois plus faible que celles
des processus « normaux» (et ce parce que le champ est aligné à1 %); et surtout,
à cause des déplacements Zeeman et donc du fait que les processus parasites ne sont
jamais résonnants : les désaccords valent au minimum 100 MHz, soit 25 fois la largeur
naturelle, ce qui réduit la probabilité de transition d’un facteur 2 500 ;

1 Je rappelle toutefois que cette transition est interdite dès que le désaccord 0394 des faisceaux
Raman est très supérieur à la structure hyperfine de l’état >
3/2 voir le raisonnement fait
P
2
|6
page 123
192

Chauffage résiduel par le repompeur. Le chauffage résiduel par l’un des


faisceaux du repompeur (toujours dans le cas d’un repompage à trois photons) va
également constituer un processus parasite, qui est lui beaucoup plus gênant. Je rappelle
que les désaccords 0394 2 ne doivent pas être plus grands que la structure fine de
1 et 0394
P>, sinon les règles de sélection évoquées p. 123 empêchent le repompage. On
l’état |6
2
doit donc typiquement prendre 0394 1 ~ 0394
2 ~ 5.10
13 rad/s. Si on impose en outre que
l’efficacité du repompage /0393eff
2
03A9 soit de l’ordre , où
de 03C9
rec

fréquence de Rabi effective de la transition à trois photons (03A9 étant les


est la ,
Ci=1 ,3
fréquences de Rabi des trois faisceaux, supposées du même ordre de grandeur), alors
on trouve que le taux de chauffage /(40394
Ct
039303A9
)
i
2 est de 14 photons par seconde
. Cette
1
valeur élevée est incompatible avec le refroidissement Raman continu, pour lequel le
temps de refroidissement typique est de l’ordre de 50 s. Par contre, dans le cas du
refroidissement en impulsions, on refroidit les atomes en 2 s, et le repompeur n’est pas
présent en permanence. Il suffit donc de faire en sorte que le repompeur ne soit pas
présent plus d’1/28 du temps (c’est-à dire, compte tenu du temps de pompage qui est
de 40 03BCs avec les paramètres choisis, utiliser des impulsions Raman de durée 1 ms ou
.
2
plus)
On peut aussi se demander ce qu’il arrive aux atomes excités de façon non réson-
nante par l’un des faisceaux du repompeur. Supposons qu’avant d’être excités les atomes
étaient dans|1> (c’est l’état dans lequel sont les atomes la plupart du temps). Dans ce
cas, du fait de la polarisation des faisceaux, ils sont excités vers un état de moment an-
gulaire F
m = 4 ou 5. S’ils sont excités vers l’état |6
F
m =
P , F = 5, m
2 F = 4 ou 5), ils
reviendront nécessairement vers l’état |1> ou l’état |2> après émission spontanée. Ils ne
seront pas « perdus pour la science ». Le seul cas ennuyeux se produit lorsque les atomes
sont excités dans |6P ,F = F
2 4, m = 4), puisqu’ils ont alors une probabilité 0,42 de
retomber dans l’état |6½
S
2 ,F = F 3, m = 3) (d’après la table 1.1, p. 24). Comme cet
état d’arrivée est unique, il existe la possibilité d’ajouter un faisceau supplémentaire de
«
dépompage» de polarisation 03C3 , qui exciterait les atomes vers |6
+ P , F = 4, m
2 F = 4)
pour qu’ils retournent dans |1> ou |2> par émission spontanée;
Enfin, je rappelle pour mémoire le cas où on utiliserait un repompeur à un seul
photon. Dans ce cas, le repompeur peut exciter les atomes de|1> vers |6 P , F =
2
F = 5), cette transition parasite étant désaccordée de 145 MHz. Si on impose pour
5, m
le repompeur une efficacité de |03A9 /0393 = 03C9
2
|
C , on trouve un taux d’excitation parasite
rec
de 10 photons par seconde.

Deuxième transition Raman. Un autre processus parasite a été évoqué au


paragraphe 3.A.b.i: les atomes dans le niveau |2> sont susceptibles d’effectuer une nou-
velle transition Raman, qui les emmènerait dans le niveau |6 ½
S
2 , F = 4, m F = 2>. La

1 Une remarque au passage l’efficacité de repompage que j’impose implique une fréquence
Ci de 2 10
de Rabi 03A9 11 rad/s Si l’on focalise le faisceau sur 100 03BCm (ce qui correspond à la taille
du piège), la puissance nécessaire est de 14 W (pour chaque faisceau du repompeur bien sûr !).
2. Les conditions que j’impose ici sont sans doute un peu trop restrictives. En pratique, il
suffit de s’assurer que l’efficacité du refroidissement est supérieure à celle du chauffage parasite.
193

première transition Raman a certes pour effet de modifier la vitesse de l’atome d’une
rec et donc d’éloigner l’atome de la zone résonnante ; toutefois, rien n’em-
quantité 2 ,
v
pêche qu’il y revienne du fait des oscillations, et coupe à nouveau l’hyperparaboloïde
résonnant avant d’avoir pu être repompé.

FIG. 3.27 - Visualisation de la possibilité d’effectuer une 2e transition Raman vers


F = 2> (les conditions de résonance ne sont pas les mêmes pour les transitions
l’état |m
F 4> ~ |m
|m =
F = 3> et |m F = 2>). On constate que le délai au bout
F = 3> ~ |m
duquel se produit cette 2 e transition est plus long si l’énergie de l’atome est plus faible.

Comme on peut le voir sur la figure 3.27, cette deuxième transition a plus de
chances de se produire si l’énergie de l’atome est grande devant E rec (dans ce cas
l’atome revient sur la zone résonnante au bout d’une petite fraction de la période
d’oscillation). Quantitativement, si l’amplitude de la trajectoire est de rec 10 v on peut
,
prévoir que la deuxième résonance se produira au bout du temps =
), soit
x,y,z
2/(1003C9
environ 2 ms. Il importe donc qu’au début du refroidissement, les impulsions Raman
soient de durée inférieure à 2 ms, de façon à repomper les atomes à temps. Une fois que
les atomes sont refroidis à une vitesse de l’ordre de , rec il devient possible d’utiliser
v
des impulsions un peu plus longues (jusqu’à 10 ms), ce qui permettra de « tailler» la
distribution finale avec plus de précision. Signalons que ce processus parasite est moins
important lorsque les coefficients du tenseur[039E] sont plus élevés pour un atome dans
|2> que pour un atome dans |1> (on le devine sur la figure 3.27), ce qui est le cas pour
les oscillations transverses du piège électrostatique et magnétostatique. Enfin, on peut
toujours récupérer les atomes qui auraient effectué cette transition parasite, à l’aide
d’un laser supplémentaire polarisé 03C3 + et accordé sur la transition |6½
S
2 , F = 4, m F =
194

Collisions inélastiques. J’évoquerai enfin un dernier processus parasite: les


collisions inélastiques avec changement de structure hyperfine. A priori, on doit craindre
que de telles collisions se produisent très souvent, puisque les atomes ne sont jamais
dans l’état fondamental. Heureusement, la conservation du moment angulaire selon
z total des deux atomes empêche un changement de structure hyperfine pour deux

atomes initialement dans |1>. Un tel changement de structure ne peut se produire que
lors d’une collision entre un atome dans |2> avec un atome dans |1> (un seul des deux
atomes changeant alors d’état hyperfin). La situation n’est donc pas plus catastrophique
que dans le cas du POE (là aussi, la perte a lieu lors de la collision d’un atome dans |1>
avec un atome dans |2>). Je rappelle que pour diminuer ce taux de perte, il existe deux

pistes : minimiser le temps que les atomes passent dans |2> (ce qui est difficilement
conciliable avec le refroidissement par passage adiabatique), ou utiliser un laser sur
le bleu de la transition, empêchant à deux atomes de s’approcher trop près, selon la
méthode qui est décrite dans [159].

e) conclusion
Lepiège électrostatique et magnétostatique est a priori une idée très séduisante,
puisque’il s’agit d’un piège compatible avec le refroidissement Raman, et qui ne chauffe
pas du tout les atomes. L’exploitation que nous avons faite des règles de sélection (avec
en particulier l’utilisation d’un repompeur à trois photons), l’avantage que procure la

sélectivité à la fois en vitesse et en position, et le fait que le rapport de branchement 03BE


vaille 1 constituent des points particulièrement attractifs. Toutefois, il existe de nom-
breux processus parasites, dont deux sont passablement gênants (la deuxième transition
Raman et le chauffage par l’un des faisceaux du repompeur), même s’il devrait être
possible de les rendre moins nocifs dans le cas du refroidissement par impulsions. En
outre, la mise en 0153uvre du repompeur à trois photons nécessitera l’utilisation de trois
lasers puissants et accordables. Du fait de ces difficultés, le piège magnétostatique et
électrostatique a été (du moins momentanément) enterré.
Deuxième partie
Les effets quantiques collectifs
Introduction

REFROIDISSEMENT d’atomes par laser peut déboucher sur des appli-


SI LE cations pratiques variées (par exemple l’horloge atomique, ou encore l’in-
terféromètre à atomes), sa principale finalité aux yeux de nombreux physiciens
demeure d’ordre fondamental, dans la mesure où il nous apporte un outil per-
mettant de vérifier expérimentalement (et à coût relativement faible) les lois de
la mécanique quantique.
En particulier, il est un phénomène qui, depuis quelques années, intéresse
beaucoup les physiciens de notre domaine : le comportement quantique collectif
des atomes piégés, et plus précisément la condensation de Bose-Einstein [66, 67].
Les atomes neutres que nous refroidissons peuvent en effet être considérés comme
des bosons ou bien comme des fermions, selon le nombre de neutrons qu’il y a dans
leur noyau. Le plus souvent, ce sont des bosons. Or, pour certaines conditions de
température et de densité, ces bosons ont la propriété de se placer tous dans le
même état quantique. Ce phénomène a été plusieurs fois observé en physique,
par exemple dans le cas de l’hélium liquide. Mais son observation dans le cas
d’un gaz d’atomes froids, où les densités sont beaucoup plus faibles, constitue
une nouveauté d’un grand attrait.

On montre [68] que, pour des bosons interagissant faiblement, la condensation


de Bose-Einstein se produit pour
1

où 03C1
0 est la densité atomique, et ~ DB h/203C0Mk
T est la longueur d’onde
B =

de De Broglie. Avec les expériences classiques de refroidissement d’atomes par


laser (piège magnéto-optique par exemple), nous avons des densités de l’ordre
de quelques 1011 atome/cm
, et des longueurs d’onde de De Broglie ~
3 DB ~
/(4,5203C0). paramètre 03C1
optique
03BB Le DB
3
~
0 vaut :
-5
2.10 c’est très insuffisant pour
observer la condensation de Bose-Eistein.
Pour se rapprocher de la condition (0.1), il est nécessaire d’augmenter la
densité, et/ou de baisser la température; d’où l’intérêt des expériences de refroi-
dissement sub-recul. Par exemple, avec le refroidissement Raman d’atomes piégés
1 Toutes les notations utilisées dans cette deuxième partie sont rassemblées dans un tableau
récapitulatif p 397
198

j’ai présenté théoriquement dans le chapitre 2 de la première partie


1 (et en parti-
culier dans le piège opto-électrique, décrit au chapitre 3 de cette première partie),
on peut espérer obtenir 03C1~
DB
3 ~ 10 . C’est encore insuffisant pour observer la
-2
condensation de Bose-Einstein.
Néanmoins, d’autres expériences basées sur le refroidissement évaporatif (sans
laser) ont été menées par des équipes concurrentes. Elles permettent de diminuer
de façon très importante la température, tout en augmentant la densité, et ce bien
que le nombre d’atomes diminue. Et tout récemment, le seuil de la condensation
de Bose-Einstein a été atteint [63].
Les effets de condensation de Bose sur les atomes froids sont donc à portée des
expériences actuelles. C’est pourquoi nous avons choisi d’étudier des méthodes de
diagnostic de cette condensation de Bose, et plus généralement des effets quan-
tiques collectifs. Nous aimerions en effet pouvoir observer des effets liés à la nature
statistique des atomes avant que la condition (0.1) soit remplie.
Tout naturellement nous avons été poussés à rechercher de telles méthodes de
diagnostic dans le domaine de l’optique : cela correspond à un champ d’études
traditionnel dans notre laboratoire. La première méthode qui vient ainsi à l’esprit
est l’étude de modifications de l’indice de réfraction de la lumière par un nuage
d’atomes froids, induites par la statistique quantique. Cette étude y sera large-
ment consacrée. On peut également étudier la diffusion de la lumière, qui offre
un plus grand champ d’investigation grâce à un plus grand nombre de degrés de

liberté : nous en dirons quelques mots au chapitre V. Enfin, il existe une autre
méthode que nous n’aborderons pas : l’étude des corrélations dans les photons
diffusés (expérience d’Hanbury-Brown et Twiss [169, 170]).
Le plan de la partie sera le suivant : tout d’abord j’introduirai le sujet (chapitre
I) avec la présentation de quelques articles qui ont précédemment été publiés, et
j’annoncerai la nature de nos résultats. J’exposerai ensuite les deux approches
que j’ai employées pour calculer l’indice d’un milieu, et je les appliquerai au cal-
cul d’indice à l’ordre le plus bas en densité (chapitre II). Je présenterai dans un
e chapitre le calcul proprement dit, tenant compte cette fois des effets quan-
III
tiques collectifs. Dans le chapitre IV, j’analyserai le résultat du chapitre III. J’y
justifierai en particulier les approximations faites. Enfin, le chapitre V sera une
introduction aux problèmes de section efficace de diffusion, plus complexes que
les problèmes d’indice mais plus prometteurs pour de futures expériences.

1 Voir notamment p 79
Chapitre I

Influence de la statistique
quantique des atomes sur leur
interaction avec la lumière :
présentation générale

LES CONDITIONS de température et de densité correspondant à la condensa-


tion de Bose-Einstein ont maintenant été atteintes, grâce aux techniques
de refroidissement évaporatif. Cette condensation de Bose-Einstein a été détectée
par des moyens optiques : en analysant la distribution en vitesse après destruction
du condensat [63], mais aussi directement sur les atomes du condensat [64].
La détection d’un condensat est en principe évidente dans le cas d’un gaz
inhomogène, par exemple lorsque les atomes sont confinés dans un piège harmo-
nique (ce qui est le cas pour les expériences réalisées jusqu’ici). Lorsque le nuage
atomique est de petite taille, la section efficace de diffusion peut s’exprimer, en
première approximation, comme la transformée de Fourier de la densité atomique.
Au-dessus de la condensation de Bose-Einstein, les atomes sont répartis sur un
grand nombre d’états quantiques du piège, ce qui leur donne une certaine distri-
bution en position. Cette distribution se traduit par un cône de diffusion assez
étroit. Lorsque se produit condensation de Bose-Einstein (fig. 1.1), de nombreux
atomes viennent s’accumuler dans l’état fondamental du piège. Les atomes de ce
condensat ont alors une distribution en position donnée par la fonction d’onde
de cet état fondamental, c’est-à-dire beaucoup plus serrée que celle des autres
atomes. Ce pic de densité se traduit par un élargissement du cône de diffusion.
Des critiques peuvent toutefois être émises à propos de cette méthode de
détection. Tout d’abord, l’élargissement du cône de diffusion ne constitue pas
vraiment une signature suffisante pour un test précis de la théorie (une augmen-
tation brutale de la densité en un point pourrait avoir d’autres causes que la
condensation de Bose-Einstein). Ensuite, l’expression de la section efficace de dif-
fusion comme transformée de Fourier de la densité n’est qu’une approximation.
200

FIG. I.1 - Diffusion de la lumière par un nuage d’atomes confinés en présence


d’un condensat.

Un traitement plus rigoureux impose de prendre en compte des termes correctifs,


dus à la diffusion multiple d’une part, et aux effets collectifs (terme d’échange
entre deux particules identiques) d’autre part.

Cette deuxième partie de ma thèse est entièrement consacrée à l’étude de ces


deux types de corrections. Afin de simplifier les calculs, je me suis placé dans le
cas d’un milieu homogène (les atomes ne sont soumis à aucun potentiel extérieur),

où il n’est plus possible de détecter la condensation par élargissement du cône de


diffusion. Je commencerai ce chapitre par la présentation d’un calcul élémentaire
de section efficace de diffusion [171], qui montre que le terme statistique joue
un rôle non négligeable. J’exposerai ensuite, dans la section 1.2, les principaux

résultats de la littérature sur le sujet. Enfin, j’introduirai les hypothèses de notre


calcul, ainsi que ses principaux résultats.

1. Calcul de section efficace de diffusion dans


le cadre de l’approximation de Born

Je considère (fig. 1.2) un ensemble de N atomes à 2 niveaux que nous note-


rons|f> et |e>. Tous ces atomes sont dans leur état fondamental, et leurs impul-
sions sont notées i=1,
}
i
{P . J’étudie la section efficace de diffusion d’un photon
,N
unique ,
L
|k >. Je noterai
L
03B5 ,
d
|k > le photon diffusé, et
d
03B5 ’}
i
{P
i=1, ,N les impulsions
des atomes après la diffusion du photon (les atomes seront restés dans leur état
fondamental).
On montre [119, p. 15] que la section efficace de diffusion (par unité d’angle
solide) est donnée par
201

FIG. 1.2 - Diffusion d’un photon sur un nuage d’atomes froids.

où E est l’énergie du système atomes+photon avant la diffusion de ce dernier, et


E’ l’énergie après diffusion ; nous nous placerons dans des conditions telles que l’on
peut négliger l’énergie cinétique des atomes dans l’évaluation de E (davantage de
détails seront donnés dans le chapitre IV ). La quantité 03A6
1 inc est le flux incident
de photon et 03C1
~ la densité d’états.
La matrice T se calcule par une resommation de diagrammes (voir [119], et
l’annexe B). L’approximation de Born consiste à négliger tous les diagrammes de
diffusion multiple, comme indiqué sur la figure 1.3. Dans ce cas la section efficace
vaut simplement :

avec q =k
d-k
L
; R
i est l’opérateur position de l’atome i. Le fait de négliger la
diffusion multiple nous a permis de mettre en facteur l’expression de la diffusion
par un seul atome 2.
1 Voir notamment le paragraphe IV 4, p 279
2 On montre que l’approximation de Born revient à remplacer la matrice T par
L
03BD(03C9
-
)
0
,
03BD
-1 H où 03BD est le terme de l’hamiltomen H qui représente le couplage entre les
dipôles atomiques et le champ électromagnétique, et 0
H = H - 03BD
représente l’énergie des
atomes excités et des photons Ici, j’effectue une resommation partielle, conduisant à remplacer
0 par H
H , dans lequel l’énergie des atomes excités est renormalisée L’expression de V est
0
202

FIG. I.3 - Calcul de section efficace de diffusion dans l’approximation de Born.


Seuls les diagrammes de simple diffusion (à gauche) sont pris en compte.

On effectue ensuite une sommation sur les états finals atomiques (sous l’hy-
pothèse qu’on ne détecte pas cet état final). Cela revient à développer le carré
dans (1.2), et à appliquer une relation de fermeture:

L’expression (1.4)est la moyenne de l’opérateur quantique W dans l’état pur


i=1,
}
i
|{P >. Si maintenant on veut prendre en compte la statistique quantique
,N
des atomes, il convient de remplacer cet état pur par la matrice densité 03C9 de
distribution thermique (pour un gaz parfait de Bose ou de Fermi), ce qui donne,

(pour des atomes à 2 niveaux |f> et |e>, dans le cadre de l’approximation du champ tournant)

où l’on a effectué une somme sur tous les atomes i (de position R), et sur tous les modes k03B5 du
i
champ, ak03B5 étant l’opérateur d’annihilation d’un photon dans le mode k03B5 La quantité 03A9
k03B5 est
la fréquence de Rabi à un photon, dont l’expression sera donnée plus loin dans le cas vectoriel
(éq (II 2), p 217)
On constate que l’expression de V donnée par (I 3) possède une exponentielle complexe. Cette
exponentielle est à l’origine de celle que l’on trouve dans la formule (I 2)
203

dans le cas où les impulsions atomiques sont discrétisées :

p est le facteur d’occupation de la classe d’impulsion p (cf. p. 245), et ~


où f b/f ±1 =

selon la nature statistique de l’atome (boson ou fermion)


. L’expression (I.5)
1
s’obtient en utilisant la seconde quantification ; on exprime pour cela l’opérateur
à deux particules W en termes d’opérateurs de création et d’annihilation.
On introduit alors la densité de paire d’un gaz parfait quantique :

Le calcul de cette densité de paire sera détaillé au paragraphe III.2.b (p. 245).
Dans le cas où les atomes ne sont soumis à aucun potentiel extérieur, et où le
milieu est infini, on obtient

0 étant la densité
03C1 atomique. La fonction ~ introduite dans l’équation (I.7) dépend
de la température et de la nature bosonique/fermionique des atomes.
Revenant maintenant à l’équation (1.5), on passe en point de vue r (en effec-
tuant une transformée de Fourier) pour faire apparaître les fonctions delta, et on
obtient, dans le cas où N » 1 (V étant le volume du milieu) :

Nous nous restreignons maintenant où 03C1


DB « 1. Dans ce cas, on a
3
~
0
au cas

simplement ~(r) ). b/f


~
/
exp(-203C0r
D
2=
~ Si l’on étend la 2
B e intégrale de l’équation
(1.8) sur tout la
l’espace (ce qui est valable lorsque taille du milieu est bien
à
supérieure ),DB on obtient le résultat :
~

1 Je passe ici sous silence la relation spin-statistique si un atome est un boson (resp un

fermion), alors le moment angulaire total de son état fondamental est entier (resp demi-entier)
L’expression approchée de la fonction ~ que je donne ici est valable lorsque tous les atomes sont
dans le même état interne Ceci est vrai lorsque l’état fondamental est de moment angulaire
nul, mais alors les atomes sont nécessairement des bosons Pour que le résultat puisse aussi être
appliqué au cas des fermions, on peut imposer qu’ils aient tous été pompés dans le même état
(par exemple |m
J =
J))
204

FIG. I.4 - Interprétation des différents termes du résultat (I.9).


Le résultat facilement être interprété physiquement. Le premier
(1.9) peut
terme du crochet, proportionnel à N, est le terme de diffusion des atomes indivi-
duels. Le second terme (terme de diffraction), proportionnel à N , correspond à la
2
diffusion vers l’avant (interférence constructive), dans un cône d’angle au sommet
de l’ordre de 03BB
/a, (fig. I.4), où 03BB
L L est la longueur d’onde optique, et a la taille du
milieu vérifiant a » 03BB
L (la densité atomique étant supposée constante à l’intérieur
du milieu). Enfin, le 3
e terme est celui qui nous intéresse : il est directement relié à
la nature statistique des atomes, et le paramètre 03C1
DB y apparaît explicitement.
3
~
0
On voit sur la figure 1.2 que la diffusion peut ramener un atome vers une classe
d’impulsion déjà occupée par d’autres atomes (du moins si k T ~2
B /(2M), M
k
étant la masse de l’atome). S’il s’agit de bosons (resp. de fermions), on s’attend à
ce que le processus soit favorisé (resp. défavorisé) : c’est bien ce que l’on obtient

dans le résultat (1.9) avec le facteur ~b/f devant le terme statistique.


Nous avons donc pu, en quelques pages, mettre en évidence des effets statis-
tiques facilement interprétables sur la diffusion de la lumière par un gaz d’atomes
froids. Néanmoins, ce calcul reste très insuffisant, notamment parce que les condi-
tions de validité de l’approximation de Born sont très restrictives
.
1

2. Quelques publications sur la signature op-


tique de la condensation de Bose-Eistein
présente dans cette section certaines publications sur le sujet qui existaient
Je
avant que je commence ce travail, ou qui sont apparues au cours des deux der-
nières années. Deux voies ont ont principalement été explorées : l’une concerne

1 Voir des précisions à ce sujet au paragraphe IV 2, p 267


205

les atomes piégés (paragraphe a), tandis que l’autre concerne les atomes libres
(paragraphe b).
a) Diffusion de la lumière sur des atomes piégés
La condensation de Bose-Einstein a été observée sur des atomes confinés. C’est
également dans ce cas de figure que se sont placées certaines études théoriques.
Comme je l’ai dit dans l’introduction (p. 199), la condensation de Bose-Einstein
s’accompagne dans ce cas d’un élargissement du cône de diffraction.

i) Le calcul de Lewenstein et You

Maciej Lewenstein et Li You [172] ont étudié le cas d’atomes piégés dans un
piège harmonique lent (03C9 p étant la pulsation du piège) et profond
/203C0 10 Hz, 03C9
p =

/h ~
0
(U 4
10 Hz, c’est-à-dire contenant plusieurs milliers de niveaux). Ces atomes
sont sondés avec des impulsions lumineuses très brèves et très intenses. Ce sont
des impulsions de durée L telles que

03A9 étant la fréquence de Rabi. Cette condition d’impulsion 203C0 permet, dans le
cas L » 0393/2 (0393 étant la largeur naturelle atomique), et donc l’émission
où 1/
spontanée est négligeable, de sonder les atomes froids sans les chauffer (mesure
non destructive).
Dans premier temps, les auteurs négligent totalement l’émission spontanée.
un

Ils trouvent alors que le système se comporte comme un ensemble d’atomes à deux
niveaux indépendants, le niveau|f, n) (atome dans son état fondamental, et dans
le niveau n du piège) étant couplé à l’état |03C8
n L · R)|e, n) (où l’atome
> exp(ik =

L est le vecteur d’onde du faisceau laser, et 03C9


est excité ; k L sa fréquence).
Le rôle de l’émission spontanée est ensuite évalué perturbativement. On cal-
cule le spectre d’émission dans une direction k03B5, que l’on sépare en 2 parties :
une partie cohérente et une partie incohérente. Au-dessus de la condensation de

Bose-Einstein (T > CBE


T
), le spectre cohérent est donné par:

a étant la taille de la fonction d’onde de l’état fondamental (a


N le nombre total d’atomes. coh k03B5 et des
=
)),
p
/(2M03C9
et
1 atome dépend que
C ne de caractéristiques
de l’impulsion lumineuse incidente. Le nombre total de photons émis de façon
cohérente se calcule en intégrant C coh sur k03B5. On obtient (dans le cas d’une
impulsion 1/ ch(t/
en )
L d’aire 203C0)
206

Pour une impulsion de 100 ps, et pour une de 10 03BCK (pour


température
des atomes de césium), on trouve N tot~ 10 N. Nous sommes bien dans les
-2
conditions de l’approximation de faible nombre de photons spontanés. Le spectre
cohérent diffuse dans un angle de 10 -4 rad environ.
CBE il apparaît un terme supplémentaire provenant du conden-
Lorsque T < ,
T
sat qui s’écrit

et

0 étant le nombre d’atomes dans l’état fondamental du piège (donc dans le


N
condensat).
Cette diffusion cohérente se fait dans un angle beaucoup plus large (de l’ordre
de 10
-2 rad). Elle est aussi beaucoup plus importante: au niveau du seuil de la
condensation de Bose-Einstein, N tot devient de l’ordre de N.
Signalons que cet élargissement de l’angle solide du spectre cohérent cor-
respond, comme dans la figure I.4, à un rétrécissement du nuage d’atomes qui
vient maintenant remplir de manière microscopique l’état fondamental du piège
.
1
Lewenstein et You ont en fait sondé la distribution en position des atomes.

ii) Le calcul de Javanainen

Juha Javanainen [173] considère également le cas d’atomes dans un piège


harmonique isotrope defréquence p 03C9
. Mais il les sonde avec un laser qui est cette

fois-ci continu, et de faible intensité.


On suppose qu’il existe un condensat contenant N 0 atomes, dans l’état|f, 0>.
Typiquement, suppose N
on 0 N/2,
~ N étant le nombre total d’atomes. En outre,
le condensat est supposé optiquement mince. Comme dans le cas de Lewenstein
et You, le laser couple l’état de plus basse énergie du piège avec l’état

où l’atome est excité. Les atomes présents dans cet état vont bien sûr se désexciter
par émission spontanée. Javanainen affirme que l’on peut ne retenir que les termes
où, en se désexcitant, les atomes retombent dans le condensat. Ceci est vrai parce
que l’amplitude de ce processus est favorisée d’un facteur N 0 par rapport au
1 En partant de la fonction d’onde de l’état fondamental du piège (qui est une gaussienne),
et en effectuant la transformée de Fourier correspondant au terme en N 2 du résultat (I 8), on
trouve effectivement la gaussienne dans l’espace des k prévue par la formule (I 11).
207

cas où ils retombent dans un niveau quelconque les autres niveaux du piège
2014

étant supposés inoccupés ou peu occupés


.
1
Se restreindre ainsi au cas où l’atome retombe dans le condensat fait appa-
raître des conditions sur le photon spontané émis. On se place dans le cas où
~a » 1, a étant la taille du condensat
L
~k
cessairement être émis dans un cône d’angle -1
.
p
/2M03C9
Les photons doivent né-
~a)(comme sur la figure I.4).
L
(~k
Ceci réduit le taux d’émission spontanée d’un facteur ~a)
L
(~k
.
-2
Mais ce même
taux d’émission spontanée se trouve augmenté d’un facteur N 0 par la présence
0 bosons dans
de N l’état d’arrivée. Finalement, il vaut

où 0393 est la largeur naturelle atomique et f, inverse de la fonction de diffraction,


vérifie

Le nombre d’atomes, à l’équilibre, dans l’état excité |~


>,
0 est quant à lui

03A9 étant la fréquence de Rabi et 03B4 le désaccord du laser.


On trouve donc :
-

que le condensat se comporte comme un atome unique dont on peut né-


gliger la saturation ;
-

que sa raie est considérablement élargie par rapport à celle d’un atome
unique ;
-

que le nombre d’atomes excités varie en 0 (lorsque


1/N 03B4 « );
N
0393
enfin, que le nombre de photons émis par unité de temps est
-

indépendant
du nombre d’atomes dans le condensat.
En fait, ces résultats ne sont pas spécifiques de la condensation de Bose-
Einstein. Ils peuvent être interprétés par un modèle classique de superradiance.
Mentionnons également un article de Li You, Maciej Lewenstein et
J. Cooper [175], pour lequel on se place dans le cas où a/03BB
L ~ 1 (avec 03BB
L =
/(203C0)), et 3
L
03BB /~
L
N03BBa 1. Les auteurs trouvent dans ce cas un spectre de diffu-
sion plus complexe, composé d’un pic très étroit sur un fond non lorentzien. Ce
spectre s’exprime comme la somme d’une série dont les premiers termes sont des
lorentziennes de la largeur prévue par Javanainen.
1 En réalité, les atomes ne retombent prioritairement dans le condensat que si N
0 est suf-
fisamment élevé J I Cirac et M Lewenstein [174] montrent que l’on doit vérifier la relation
0
N »N -N 0+, niv où n
n niv est le nombre de niveaux du piège accessibles
208

b) Diffusion de la lumière sur des atomes libres

B. V. Svistunov et G. V. Shlyapnikov ont étudié l’interaction d’un gaz quan-


tique libre avec de la lumière quasi-résonnante. Leur étude repose sur une analogie
avec la physique des solides, et plus exactement avec les excitons, i. e. l’interaction
entre un électron et un trou dans un semi-conducteur [176], et les polaritons, qui
résultent de l’interaction entre un exciton et un photon. Les articles dont je rends
compte ici se placent dans le cas des hautes densités, c’est-à dire

où L
203C0 03BB =
L
03BB est la longueur d’onde d’un laser résonnant avec la transition
atomique.
Tout d’abord, le cas où il n’y a pas de condensat est étudié dans [177]. Il y ap-
paraît des pseudo-excitons, dus à l’interaction entre un atome excité et un atome
dans le fondamental. Le couplage entre ces excitons et la lumière donne nais-
sance à des polaritons, dont la relation de dispersion possède une bande interdite

caractéristique.
Le de la condensation de Bose-Einstein est étudié par les mêmes au-
cas

teurs [178], ainsi que, pour le cas d’un pur condensat, par Politzer [179]. Les
auteurs négligent l’interaction entre atomes excités et atomes non excités
, ainsi
1
que l’émission spontanée (par argument
un voisin de celui de Javanainen, i.e. que
l’émission stimulée avec retour dans le condensat est beaucoup plus importante,
puisqu’il y a un facteur multiplicatif dû au condensat et un autre dû aux photons
du laser). Dans ce cas, le très fort couplage entre les photons résonnants et les
atomes du condensat donne naissance à des polaritons, mais d’une nature dif-
férente de ceux de [177]; ce sont des superpositions d’un photon et d’un atome
excité.
Dans ces conditions, la relation de dispersion trouvée (z.e. la relation entre la
L du laser et son vecteur d’onde k
fréquence 03C9 ) est la suivante [179] :
m

où A est
03C9 la fréquence de résonance atomique, M la masse atomique et 0393 la
largeur naturelle de l’état excité.
On peut réexprimer la relation de dispersion (I.18) d’une manière plus phy-
sique, i.e. tenant davantage compte des différents ordres de grandeurs. Dans la
limite où 0393 « 03C9
, 03B4 ~ 03C9
A L - 03C9
A rec ~ 2
A et 03C9
« 03C9 /(Mc
A
03C9
) « 03C9, l’équation
A

1 du moins dans un premier temps, en ce qui concerne [178]


209

(I.18) devient

L’allure de la relation de dispersion (I.19) est représentée sur la figure I.5. On


trouve qu’il existe une plage de fréquence (appelée bande interdite), de largeur
03BB pour laquelle ne correspond aucune valeur de k
0
303C0039303C1
,
L
3 . Si on envoie dans le
1
m
milieu de la lumière à cette fréquence, elle est totalement réfléchie.

FIG. 1.5 - Relation de dispersion telle qu’elle est prévue par le calcul de
Politzer. Les paramètres choisis sont 203C0c/03C9
A =800 nm, 0393/(203C0) =100 Hz, et
/(203C0)
rec
03C9 =10 kHz. La densité est de ((203C0))
0
/03C1
L
3 03BB =10. En pointillés, les états
non couplés (atome excité et photon) ; la bande interdite est le résultat d’un anti-

croisement.

Pour obtenir le résultat (I.18), il a fallu négliger l’énergie cinétique des atomes.
B. V. Svistunov et G. V. Shlyapnikov montrent qu’il est pour cela nécessaire de
vérifier la relation

D’autre part, afin de pouvoir traiter les interactions dans le cadre de l’approxima-
tion binaire (c’est-à-dire ne prendre en compte que l’interaction entre 2 atomes),
il faut se placer dans l’hypothèse

1 du moins, aucune valeur admissible, c’est-à-dire correspondant à un indice de réfraction


de l’ordre de 1
210

où r
0 est défini par

La quantité r0 est une distance caractéristique pour les collisions entre un atome
excité et un atome dans le fondamental, lorsque l’échange d’énergie se fait de façon
résonnante, et dans le régime où le recul des atomes joue un rôle important [180].
En combinant les relations (I.17) et (I.21), on tire

La condition (I.23) implique que l’étude de Svistunov et Shlyapnikov n’est par


exemple pas valable dans le cas des alcalins.
Lorsqu’on rajoute l’émission spontanée et l’interaction entre atomes, Politzer
montre que le résultat que je viens d’exposer reste valable, si la largeur naturelle
des atomes ainsi que l’élargissement de raie dû à leur collision sont plus petits
que la largeur de la bande interdite.
Svistunov et Shlyapnikov ont ensuite généralisé l’étude au cas d’une tempé-
rature finie, c’est-à-dire où le condensat coexiste avec des atomes qui sont dans
d’autre états. Les calculs sont dans ce cas fort complexes, et montrent que 2 types
de polaritons sont présents : les polaritons de condensat pur, produits de l’inter-
action entre un atome excité et un photon, et les polaritons « classiques », dus à
l’interaction entre un photon et une paire atome excité/atome fondamental. Ces 2
types de polaritons interagissent entre eux de manière fort complexe. Un résultat
typique est la courbe donnant la constante diélectrique en fonction du désaccord,
qui possède 2 pôles dans le cas de la condensation de Bose-Einstein, et un seul
au-dessus de cette condensation. Les auteurs ont donc réussi à mettre ainsi en
évidence une signature non ambiguë de la condensation de Bose-Einstein, c’est-à-
dire qui ne puisse pas s’interpréter comme un effet de superradiance susceptible
d’apparaître également dans un système de N particules discernables.

c) Autres publications
D’autres publications relatives à la détection optique des effets quantiques
collectifs et de la condensation de Bose-Einstein (et qui concernent soit des atomes
libres, soit des atomes piégés) ont paru au cours de l’élaboration de la présente
étude. Je me contenterai de les citer ici, sans en détailler le contenu.
Un calcul de la diffusion de la lumière par un gaz d’atomes peu dense a été réa-
lisé par Juha Javanainen [181] (ce problème présente de profondes analogies avec
celui que j’expose au paragraphe I.1, p. 200). Il met en évidence l’apparition d’un
spectre à deux pics caractéristique de la condensation de Bose-Einstein. L’article
de L. You, Maciej Lewenstein et J. Cooper [182] considère le cas d’un conden-
sat d’atomes piégés, que l’on étudie à l’aide de courtes impulsions lumineuses
intenses. Il s’agit d’une prolongation du travail que j’ai présenté au paragraphe
211

I.2.a.i, p. 205 [172], les interactions entre atomes étant cette fois-ci prises en

compte.
L’interaction d’atomes identiques ultra-froids avec une onde laser stationnaire
a en outre été étudiée dans [183]. On doit également mentionner l’existence d’une

approche en termes d’« optique atomique non linéaire» du comportement d’un


ensemble d’atomes identiques [184-187] (cette approche permet notamment d’ob-
tenir une équation de Schrödinger effective non linéaire).
Enfin, une part importante des résultats que je vais maintenant présenter peut
être retrouvée dans [188].

3. Les paramètres de notre étude


Voici la liste des conditions que nous nous imposerons :
-

tous calculs seront effectués dans le cas d’atomes libres. Par consé-
nos

quent, à l’intérieur du milieu, la densité atomique sera uniforme : 03C1(r) = Cte = 03C1
0;
-

la densité atomique sera supposée faible: 3 03BB « 1, avec 03BB


0
03C1
L L 03BB
=
/(203C0)
L
(nous effectuerons un développement puissances 3
en de 03BB
0
03C1
)
L ;
. Cette situation
nous nous placerons dans le cas des raies larges : 0393 » 03C9
rec
-

est vérifiée pour les alcalins, que nous utilisons dans presque toutes nos expé-
riences. Sachant que les atomes seront supposés refroidis à des vitesses proches
du recul, nous pourrons négliger dans tous les calculs les effets Doppler et de
recul devant 0393.
Signalons que ces 2 dernières conditions sont exactement opposées à celles
de [177]. Par conséquent, il n’y a aucune raison de s’attendre à trouver une bande
interdite, ni une réflexion totale de la lumière ;
-

dans toute cette étude, à l’exception du paragraphe IV.5, p. 284, nous nous
placerons dans le cas d’une transition 0 ~ 1, comme indiqué sur la figure I.6. Le
laser sera quant à lui quasi-résonnant, i.e. vérifiant la condition

Cette hypothèse nous permettra de négliger la contribution des autres niveaux


atomiques et de faire l’approximation du champ tournant ;
nous avons imposé que les atomes soient refroidis à une température de
-

l’ordre du recul. Par contre, nos calculs seront valables à des températures ar-
bitrairement basses. Une restriction doit toutefois être faite à ce sujet : lorsque
l’on mesurel’indice d’atomes refroidis sous la vitesse de recul avec une sonde
quasi-résonnante, cette dernière a pour effet de chauffer les atomes et donc de
détruire le milieu que l’on souhaite étudier. On répond à cette objection que la
puissance du laser peut être rendue arbitrairement basse, nous laissant alors le
temps d’effectuer notre mesure avant que les atomes soient chauffés.
212

FIG. 1.6 - La transition 0 ~1 sur laquelle nous effectuerons la plupart des


calculs.

4. Nature des résultats


A l’ordre 1 en 03
0
03C1
,
L3BB nous obtiendrons le résultat suivant :

Ce résultat est un résultat bien connu (voir par exemple [119, p. 578]). On l’obtient
en traitant chaque atome indépendamment des autres atomes ; par conséquent
on ne peut trouver aucun effet quantique collectif à cet ordre.
A l’ordre 2 en 03C1 , 2 types de corrections à (1.25) apparaissent : il y a d’une
L
3
003BB
part les effets statistiques analogues à ceux mis en évidence avec le modèle de
diffusion dans le cadre de l’approximation de Born (section I.1). D’autre part,
apparaissent des effets classiques d’interaction dipôle-dipôle entre atomes proches,
l’un étant dans l’état excité et l’autre dans le fondamental.
Nous allons comparer par un modèle simple les ordres de grandeur respectifs
de ces deux corrections (fig. 1.7). Pour cela, plaçons nous à grand désaccord
03B4 positif, i.e. 03B4 > 0393. La correction classique à l’indice est due au fait que les
interactions peuvent rendre certains atomes résonnants avec le laser. Comme
nous le verrons au paragraphe III.2.a, p. 243, cette interaction dipôle-dipôle a

pour effet de coupler un atome excité avec un autre dans l’état fondamental,
et donc de déplacer les énergies des états excités. Au voisinage de r 0 (r
=

étant la distance inter-atomique), le déplacement des niveaux se comporte en


/(03C9 ~r~
0393c
A
3 ) (fig. 1.7). Par conséquent, il existe une distance inter-atomique pour
3
213

FIG. 1.7 - Evaluatzon des termes d’interaction dipôle-dipôle entre un atome ex-
cité et un autre dans l’état fondamental, lorsque la transition atomique est une
transition 0 ~ 1. La figure correspond au cas où celui des deux atomes qui est
excité possède un moment angulaire parallèle à la droite joignant les deux atomes
(lorsque ce moment angulaire est orienté orthogonalement à la droite, l’énergie
de l’état superradiant est inférieure à celle de l’état subradiant).

laquelle le laser est résonnant. Cette distance est notée r


,
* avec

et , avec
d’épaisseur 03B4r
* 1

Le nombre moyen d’atomes distants de *


r à 03B4r
* près d’un atome donné est

Pour en déduire la correction classique à l’indice, on doit appliquer à ces atomes


la formule (I.25), en supposant qu’ils sont résonnants, c’est-à-dire avec 03B4 0. On =

obtient :

1 Je ne calcule ici qu’un ordre de grandeur Je néglige donc le fait que 0393 puisse être augmenté

par superradiance d’un facteur 2


214

La correction due aux quantiques collectifs peut être évaluée à partir de


effets
l’équation (I.9); on voit que, dans le cas de températures de l’ordre de celle du
recul, il suffit de multiplier le résultat à 1 atome par .DB D’où
3
~
0
03C1 1

Les équations (1.27)et (1.28) nous enseignent que le terme classique n’est né-
gligeable devant le terme quantique qu’à très petite température (~DB » c/03C9
,
A
i.e.k
T
B « 2/(2M)). Comme nous ne souhaitons pas imposer sur les para-
L
k
mètres du problème de restrictions autres que celle de faible densité, nous devrons
prendre en compte les interactions entre 2 atomes dont l’un est dans l’état excité.
L’approche par l’approximation de Born ne suffit donc pas.

1 J’ai un peu « triché » en écrivant l’équation (I 28) d’après mon raisonnement, la dépen-
dance en désaccord devrait être celle du terme à un atome, c’est-à-dire effectivement 2 /0393 pour
03B4
la partie imaginaire de l’indice (absorption), mais 03B4/0393 pour la partie réelle (déphasage) En fait,
comme nous le verrons ultérieurement, le résultat (I 28) est bien le bon résultat y compris pour

pour la partie réelle, même si je ne sais pas le justifier « avec les mains»
Chapitre II

Les méthodes de calcul de


l’indice de réfraction d’un milieu

milieu d’atomes froids, interagissant avec un laser mo-


CONSIDÉRONS un

nochromatique. Nous cherchons à connaître l’influence des atomes sur la


propagation de la lumière du laser.
Deux sortes de modifications peuvent être détectées expérimentalement. La
première est le déphasage. Il suffit, pour l’observer, de construire un interféromètre
avec un autre bras du même laser ne passant pas dans le milieu atomique. Le

déphasage créé par les atomes se traduira par un déplacement de franges.


L’autre modification observable est l’absorption: la puissance du laser à la
sortie du milieu sera diminuée, parce que les atomes en auront diffusé une partie
dans toutes les directions. Pour mesurer l’absorption, il suffira de placer dans le
laser un photodétecteur sensible, en faisant attention à ce qu’il soit suffisamment
loin du milieu pour ne pas détecter les photons diffusés par les atomes, i.e. la
partie incohérente du champ rayonné.
Nous allons calculer la relation de dispersion du milieu, c’est-à-dire la relation
entre le vecteur d’onde k d’un champ électromagnétique présent dans ce milieu,
et la fréquence d’évolution 03C9 du système couplé. De cette relation de dispersion,
nous pourrons déduire l’indice de réfraction n du milieu. Cet indice de réfraction

est un nombre complexe. Ainsi, le déphasage d’un faisceau vaudra Re(n)k L,


L
tandis que son absorption sera exp(m(n)k
L), k
L L étant le vecteur d’onde de la
lumière dans le vide, et L la longueur du milieu atomique.
Nous avons mis au point deux approches pour calculer cette relation de dis-
persion. La première approche suppose qu’il existe dans le milieu une onde plane
progressive de vecteur d’onde k r réel. Par exemple, il peut s’agir d’un photon
unique dans un milieu atomique infini. On étudie le comportement temporel du
, et on trouve qu’il décroît exponentiellement en fonction du temps, i.e.
1
champ
1 Le champ d’un photon unique est en moyenne nul. Néanmoins, il est facile de déduire du
calcul à un photon la valeur moyenne du champ dans l’état |0> r 03B1|k qui est non nulle Cet
+ #x3E;,
&0 3B5
état correspond à un état cohérent dans la limite de très faible intensité.
216

qu’il oscille à . Ce calcul utilise la technique de la ré-


fréquence complexe 03C9
un e
solvante [119], qui fait appel à des resommations de diagrammes de Feynman.
Je présenterai au paragraphe II.1.g, p. 224, une version simplifiée de ce calcul
qui, sans passer par la méthode de la résolvante, permet d’obtenir la relation de
dispersion dans le cas où l’on néglige les interactions entre atomes.
e approche, on impose au champ d’osciller à une fréquence réelle 03C9
Dans la 2 ,
L
et on étudie la dépendance spatiale du champ. On trouve qu’il décroît exponen-
tiellement avec z ((Oz) étant la direction de propagation du champ), c’est-à-dire
que son vecteur d’onde k m est complexe. Naturellement, le milieu dans ce cas
ne peut pas être infini. Cette approche est à la fois plus standard en optique

quantique, et plus proche de la réalité physique, du moins pour des géométries


particulières où les effets de bord sont négligeables. Toutefois, elle nécessite de
longs calculs (renvoyés dans l’annexe A) pour obtenir les équations du mouvement
du champ électrique et des dipôles.
Remarque ces calculs ne peuvent malheureusement pas caractériser exactement les ré-
sultats de futures expériences En effet, un milieu d’atomes froids peut posséder des bords
irréguliers, et sa densité atomique n’est pas uniforme La géométrie du milieu va intervenir
dans le comportement du faisceau, dans la mesure où de nombreuses réflexions et réfractions
peuvent se produire à l’interface milieu/matière, qui ne sont pas prises en compte dans un
simple calcul d’indice
Ce problème n’est bien sûr pas spécifique aux milieux d’atomes froids (par exemple pour
connaître la propagation de la lumière dans un morceau de verre, il faut tenir compte de la
forme de ce dernier) Un calcul d’indice fournit des équations de propagation de la lumière. Il est
ensuite possible de résoudre numériquement ces équations, en tenant compte de la géométrie
du milieu, pour obtenir le déphasage et l’absorption réels d’un faisceau
Certes, on pourrait craindre que, contrairement au cas du morceau de verre, la forme du
milieu d’atomes froids soit mal connue , c’est par exemple le cas pour un piège magnéto-optique,
dont le profil est directement relié à la phase des faisceaux, qui est toujours mal contrôlée expé-
rimentalement Toutefois, ce n’est pas le cas pour les expériences de refroidissement évaporatif
réalisées dans des pièges non dissipatifs, car l’atteinte d’un état d’équilibre y est assurée par les
collisions

1. Calcul d’indice par une méthode diagram-


matique
a) Hamiltonien du problème

On considère un milieu constitué de N atomes froids, formant une transition


0 ~1 comme indiqué sur la figure 1.6. Le milieu atomique est supposé infini, et les
atomes n’interagissent avec aucun potentiel extérieur. Dans ces conditions, il est
simple de quantifier le mouvement externe des atomes en représentation P, c’est-
à-dire de le décrire par l’ensemble des impulsions i=1
N
}
i
{P
.
L’impulsion de chaque
atome décrit normalement R ; pour la commodité des calculs, il est plus simple
3
de restreindre le problème à un volume fini V de forme parallélépipédique, appelé
« volume de
quantification », et assorti de conditions aux limites périodiques
217

de type Born-von Karmann. Dans ce cas, les impulsions des atomes décrivent
un réseau régulier, et les intégrales sur les impulsions sont remplacées par des
sommes discrètes.
Le milieu atomique est supposé interagir avec un photon unique. Les modes
du champ électromagnétique sont également discrétisés, avec le même volume de
quantification que pour les impulsions atomiques.
Nous écrivons donc l’hamiltonien du système :

L’hamiltonien(II.1) a été écrit en jauge d·E, dans le cadre de l’approximation


du champ tournant, i.e. où tous les termes antirésonnants ont été négligés. La
conséquence qu’il y aura toujours, soit un photon unique et tous les atomes
est
dans leur état fondamental, soit aucun photon et un atome excité. La fréquence
de Rabi à un photon est définie par

d étant l’élément de matrice du dipôle atomique et V le volume de quantification.


J’ai choisi, dans l’équation (II.1), la base {|e >, |e
x >} pour décrire les sous-
>, |e
y z
niveaux Zeeman de l’état excité, et j’ai employé une notation vectorielle un peu
inhabituelle dont le principe est décrit dans la table II.1. Par exemple, l’opérateur
|i, e> · <i, e| projette l’atome z sur ses états excités, mais n’agit pas sur les autres
atomes, ni sur l’espace des
impulsions.
L’hamiltonien (II.1) comprend pas les termes d’énergie cinétique : leur prise
ne

en compte aurait fait apparaître, plus loin dans les calculs, les termes Doppler et

de recul, que nous négligeons en vertu des hypothèses faites au paragraphe 1.3.
Les degrés de liberté externe de l’atome sont toutefois pris en compte dans le
problème (tout se passe comme si l’on se plaçait dans la limite où la masse M de
l’atome tend vers l’infini).
b) Etat du système à l’instant t

A t =
0, le système se trouve dans l’état
218

TAB. II.1 - Les notations vectorielles employées dans la cette thèse.

J’emploie des notations permettant d’éviter d’écrire explicitement


des sommations

sur des indices de coordonnées. Les vecteurs sont surmontés d’une flèche : ainsi

Les tenseurs (i.e. les matrices 3 x 3) sont surmontés de 2 flèches :

Le signe ~ permet de fabriquer un tenseur avec 2 vecteurs, selon la définition

Le point désigne tout aussi bien le produit scalaire de 2 vecteurs, que le produit
matriciel de 2 tenseurs :

Ces conventions s’appliquent à des vecteurs numériques, mais peuvent aussi s’ap-
pliquer à des symboles de dérivation. Par exemple

Elles peuvent également s’appliquer à des opérateurs quantiques. Dans ce cas il faut
prendre garde au fait que de tels opérateurs ne commutent pas. Ainsi

et

Enfin, les notations vectorielles peuvent s’appliquer aux sous-niveaux Zeeman d’un
état |J = 1>. En effet, je peux choisir pour base {|e >, |e
x >} au lieu de la base
>, |e
y z
usuelle {|e
>, |e
-1 >, |e
0 Je
>}. remplace
1 alors les indices x, y, par une notation vecto-
z

rielle. Ainsi

L’état |e> · 03B5 est l’état de l’atome excité par un photon de polarisation 03B5.
219

étant le vide de photons. Ceci signifie qu’il y a un photon


|0> et que 0#x3E;,
&|k
r3B5
tous les atomes sont dans l’état fondamental avec une impulsion fixée. Nous
noterons la fréquence du photon 03C9
r = ~.
r
c~k
La notation 03C9
e désignera une
de
quantité indépendante 03C9r: la fréquence d’évolution du système.
On calcule l’état du système à un instant quelconque en utilisant la formule :

où U(t,0) est l’opérateur d’évolution exp [-iHt/]. D’après [119, p. 164, formule
(A.11)], on a

où réel positif que nous ferons tendre


03B5 est un vers 0 à la fin des calculs. La
fonction g est définie pour z ~ C par

(l’inversion devant être comprise au sens des matrices), et est appelée résolvante .
L’intégrale (II.5) se calcule à l’aide du théorème des résidus. On trouve alors
que le système évolue selon une somme d’exponentielles e i03C9où 03C9
,
t e est l’un des
pôles de la résolvante. Nous obtiendrons donc la relation de dispersion du système
en recherchant les pôles de la résolvante (i.e. les
fréquences complexes d’évolution
du système), et en les exprimant en fonction de ~k ~.
r
Remarque : nous nous intéressons en fait à l’élément de matrice <03C8|U(t, 0)|03C8>,
c’est pourquoi nous calculerons <03C8|g(z)|03C8>.

c) Calcul de la résolvante
La résolvante se calcule en utilisant la formule [119, formule (A.24) p. 167]
(équivalente à la théorie des perturbations dépendant du temps) :

avec G
(
0 z) =
1/(z - H
), H
0 0 et V étant définis par les accolades de la formule
(II.1).
L’équation (II.7) correspond à une somme de diagrammes. Par exemple le
(z)|03C8> correspond au diagramme le plus simple, que nous notons
0
<03C8|G
terme
. Il signifie que le photon r 03B5 est présent et n’interagit pas avec
k
03B5
k
.
r
les atomes. Le terme 0 ( z)VG vaut 0, à cause de la forme de l’hamil-
(<03C8|G
z)|03C8>
tonien (II.1): en effet, le photon présent dans |03C8> est nécessairement détruit par
l’opérateur d’annihilation de V. En fait seuls les termes du développement (II.7)
possédant un nombre pair d’opérateurs V sont non nuls.
220

Le terme 0
( z)VG fait apparaître un état intermédiaire dans
<03C8|G
(z)|03C8>
lequel le photon a disparu, et un atome a été excité. Dans un point de vue

diagrammatique, on le note ce qui donne

Je calculerai l’élément de matrice de la résolvante de manière approchée en


1
faisant la somme

où le terme x est défini par

1 J’expliquerai plus loin (p 222) pourquoi le photon est toujours diffusé dans le même mode.
221

Dans la somme (II.8), de nombreux diagrammes, tels que celui-ci :

n’ont pas été pris en compte : il s’agit des diagrammes où le photon passe 2
fois (ou plus) par un atome i donné, en visitant entre temps un atome j ~ i.
Au chapitre III et lors de l’annexe B, nous prendrons en compte certains de ces
diagrammes. Nous verrons alors qu’ils correspondent à des corrections d’ordre 2
en 3/k
0
03C1
,
L le terme que nous calculons ici étant quant à lui d’ordre 1. Notons que
cette approximation consistant à négliger de tels diagrammes est connue dans la
littérature sous le nom d’approximation de Twersky [189, p. 257].

d) Sommation des diagrammes de la formule (II.9)


En évaluant les diagrammes de la formule (II.9) , on obtient

Dans l’écriture de l’équation (II.10), j’ai utilisé le fait que les photons inter-
médiaires de la somme (II.9) excitent les atomes uniquement dans l’état 03B5 r·|e>
.
1
Pour le vérifier, il faut raisonner par récurrence sur les photons successifs : le

1 c’est-à-dire (voir table II 1p 218) dans l’état z


x
(03B5
s
&
y
|
)
r
>
#x3E;, +
e (03B5 |e > étant
x,y,z
les trois sous-niveaux Zeeman de l’état excité, après que l’on a désigné un trièdre de référence.
222

· |e>. Ensuite, le terme


photon incident excite naturellement l’atome dans l’état 03B5
r
r
V03B5
0·|e>·u,
<e|VG avec u ,
r
03B5 s’annule pour des raisons de parité lorsqu’on intègre
sur le photon intermédiaire. De proche en proche, on déduit que c’est toujours

dans le même sous-niveau Zeeman que l’atome est excité.


D’autre part, pour écrire la deuxième ligne de (II.10), j’ai développé en séries
1/(z - H), puis j’ai calculé la somme d’une série géométrie dont la raison n’est pas
inférieure à 1 pour toute valeur de z. C’est une chose assez difficile à justifier, mais
usuelle en théorie des perturbations [190, p. 51]. Dans l’annexe B, nous verrons
qu’il est possible d’obtenir ce résultat directement, sans effectuer de sommation.
Il est habituel [119, p. 174] de négliger la dépendance en z dans la somme
sur k03B5 iqui
se trouve au dénominateur de (II.10). On évalue cette dernière pour

z =
L + i03B5, avec 03B5 ~ 0, 03C9
03C9 L étant une fréquence optique quasi-résonnante
avec les atomes (peu importe laquelle exactement). On utilise la relation

1/(x + i03B5) = 03B203B2(1/x) - i03C003B4(x), 03B203B2(1/x) désignant la distribution partie prin-


cipale. On définit donc les quantités

0393 est la largeur naturelle de l’état excité. On reconnaît dans sa définition


(II.11.a) la règle d’or de Fermi. 0394EA correspond à un déplacement de l’énergie
de l’état |e>. C’est le déplacement de Lamb, et sa définition (II.11.b) rappelle
la théorie des perturbations au second ordre. On définit la fréquence atomique
renormalisée par

et l’on tire

e) Sommation des diagrammes de la formule (II.8)


Dans la définition (II.3) de l’état |03C8>, j’ai imposé que les atomes se trouvent
dans un état d’impulsion déterminée. Comme je calcule la résolvante entre <03C8|
et |03C8>, l’impulsion de chaque atome doit être conservée dans chaque diagramme.
223

Comme le photon ne visite qu’une seule fois un atome donné (par hypothèse), il
quitte dernier
ce dans le même mode que son mode initial, c’est à dire 03B5
k
.
1
r
Le fait que le photon reste toujours dans le même mode n’est pas très intui-
tif: un photon qui diffuse dans un milieu atomique n’a a priori aucune raison de
rester dans le même mode. Je calcule en fait un indice de réfraction, c’est-à-dire
je prends en compte uniquement la partie cohérente du champ. Cet indice de
réfraction possède une partie imaginaire, responsable de l’absorption, qui d’après
le théorème optique est directement reliée aux termes de diffusion dans une direc-
tion quelconque. Les termes de diffusion où l’impulsion n’est pas conservée sont
donc bien présents dans ce calcul, même s’ils sont « masqués ».
Cette considération faite, la resommation de la formule (II.8) est immédiate.
Elle donne

f) Relation de dispersion
On déduit la relation de dispersion en reliant les pôles z = 03C9
e (03C9
e est com-
plexe) de la résolvante dans (II.14.b), au vecteur d’onde .
r
k En 0 = N/V,
posant 03C1
et en utilisant la définition (II.2) de la fréquence de Rabi à 1 photon, ainsi que
l’expression de 0393 en fonction de d qui est

on tire

de la relation (II.16) en terme d’indice n’est pas tout à fait


L’interprétation
évidente. Nous y reviendrons au paragraphe II.3, p. 230, après avoir introduit
l’autre approche.
1 A priori, on pourrait penser que, même si l’impulsion du photon est conservée, la polari-
sation du photon peut ne pas rester constante Les considérations de symétries discutées plus
haut montrent qu’il n’en est rien
224

g) Utilisation d’un hamiltonien effectif


Nous montrons dans ce paragraphe comment il est possible d’obtenir le ré-
sultat (II, 16) très rapidement, sans recourir à la méthode de la résolvante. J’en
recommande la lecture à tout lecteur qui ne serait pas très à l’aise avec les dia-
grammes de Feynman.
Le système est toujours décrit par l’hamiltonien (II.1) Nous considérons alors
les 2 états

Je note G = {|03C8
0 >}. En l’absence d’émission spontanée, G représente
>} ~ {|03C8
1
l’espace de Hilbert accessible par le système. Par contre, l’émission spontanée
va provoquer une modification des impulsions atomiques, et donc un départ du

système de l’espace G. Je traduis cela en introduisant une énergie complexe à


>}, la partie imaginaire 0393 étant le taux d’émission spontanée.
l’état {|03C8
1
On peut écrire sur G un hamiltonien effectif (non hermitien)

L’écriture de (II,18) est conforme à l’intuition. Pour le justifier rigoureusement,


il faut utiliser la résolvante en employant la méthode des projecteurs (annexe B,
p. 350).
Pour connaître l’évolution du système, il suffit ensuite de calculer le polynôme
caractéristique de l’hamiltonien (II.18). On retrouve alors la relation de dispersion
(II.16).

2. Calcul d’indice par une approche de champ


moyen
a) Introduction
Nous considérons dans cette section un milieu atomique interagissant avec un
champ laser monomode, c’est-à-dire un état cohérent. Dans ce cas, le laser pilote
L réelle. Le champ se trouve atténué à
les dipôles atomiques à une fréquence 03C9
cause de la diffusion de photons dans le milieu. Loin des bords, il décroît expo-

nentiellement le long de l’axe de propagation du laser. L’amplitude du champ


225

devant rester bornée en tout point, nous ne pouvons pas nous placer dans un
milieu infini. Nous avons choisi un milieu remplissant un demi-espace (fig. II.1).
Cela permet de ne pas avoir de réflexions à l’intérieur du milieu. Le résultat que
nous allons obtenir ne sera toutefois pas valable au voisinage du plan z = 0 (i.e.

sur une distance de quelques longueurs d’ondes).

FIG. II.1 - Calcul d’indice dans l’approche « champ moyen ». Le milieu, qui
remplit la moitié de l’espace, déphase et atténue le champ.

b) Méthode utilisant les équations de Maxwell-Bloch


La méthode la plus simple pour calculer un indice de réfraction est d’utiliser
les équations de Maxwell dans un milieu (la densité et le courant de charges libres
étant nuls). On introduit pour cela la quantité

qui est à 03B5


0près l’induction électrique (j’évite la notation traditionnelle D à
cause de la confusion possible avec les dipôles), P étant la densité de dipôles
.
1
Les équations s’écrivent

1 Le champ E | est transverse d’après l’équation (II 20 c), d’où l’indice | dans la notation.
Des indications relatives au choix de la notation E figurent au début de l’annexe A
226

En prenant le rotationnel de l’équation (II.20.a), j’obtiens

suppose ensuite que le champ moyen 03B5(r) et la densité moyenne de dipôles


Je s’écrivent
P(r) la forme sous

03B5(r) P(r) <P(r)>. En outre,


la moyenne de grad div P est
avec

nulle dans la
=

<E(r)> et =

configuration géométrique que


vectorielles sont dirigées selon (O
nous avons choisie (les quantités

dépendent que de z). Je me place dans


)
x et ne

la situation où le milieu répond linéairement au champ appliqué, i.e.

x étant un nombre complexe appelé susceptibilité du milieu (je suppose ici ~


scalaire). J’obtiens alors la relation de dispersion

où m
k =
.
z
u
m
k
Pour un milieu formé d’atomes modélisables par un système à deux niveaux,
la quantité ~ se calcule à l’aide des équations de Bloch optiques [119, p. 578]. On
obtient

Ceci donne sans effort la relation de dispersion désirée.

c) Méthode utilisant les équations


Heisenberg de
La méthode de Maxwell-Bloch que je viens de présenter permet d’obtenir
simplement l’indice de réfraction à l’ordre le plus bas en densité. Il est possible de
la généraliser au cas où l’on prend en compte les interactions et la statistique [186].
Toutefois, les calculs sont fort lourds. C’est pourquoi j’ai préféré utiliser une
méthode utilisant les équations de Heisenberg.
Les détails de cette méthode sont présentés dans l’annexe A. Tout d’abord,
on établit l’hamiltonien du problème en jauge d · E à partir de celui en
jauge
227

A ·p. Puis on écrit les Heisenberg sur le champ électrique, et sur


équations de
les dipôles atomiques. On moyenne enfin ces équations sur les modes du champ
et sur les degrés de liberté atomiques internes, mais pas sur les degrés de liberté
externes des atomes. Ce moyennage se fait en imposant que les dipôles et le
. On note e(r) (resp. d
champ oscillent tous deux à la fréquence (réelle) ±03C9
L ) la
i
composante de Fourier du champ au point r (resp. du dipôle de l’atome i) qui
t). Les quantités e(r) et d
oscille en exp(-i03C9
L i sont des opérateurs agissant sur
les degrés de liberté externe des atomes. Le résultat obtenu est le suivant :

E est l’amplitude du champ laser, et k


où L L z /cu
L
03C9
.
=

La quantité 03B1 est la polarzsabilité d’un dipôle atomique. Elle vaut simple-
, où ~ est la susceptibilité du milieu qui a été évoquée au paragraphe
ment ~/03C1
0
précédent (éq. (II.25)). Cela donne:

L’expression du tenseur g est

Ce potentiel g est la fonction de Green de l’équation (II.21). Son expression (II.28)


peut être retrouvée encalculant le champ électrique créé par un dipôle classique
oscillant à la fréquence 03C9
. Elle est bien d’ailleurs connue dans la littérature [191-
L
194]. Le terme en 03B4 au début de l’expression (II.28) est par contre moins habituel.
Son origine est discutée en détail dans l’annexe A. Il permet d’obtenir la célèbre
formule de Lorentz-Lorenz [195 ; 196 ; 197, p. 86] sans avoir recours aux techniques
habituelles excluant une sphère autour des dipôles.
Les 2 équations (II.26) sont aisées à interpréter. L’équation (II.26.a) indique
que le champ électrique au point r est égal à la somme du champ du laser, et des
champs créés par chacun des dipôles. L’équation (II.26.b) indique que les dipôles
sont pilotés par le champ qu’ils « voient », c’est-à-dire par le champ du laser et
par le champ créé par les autre dipôles.
228

d) Moyenne sur les degrés de libertés atomiques externes

Pour moyenner (II.26) sur les degrés de liberté atomique externes, il est né-
cessaire d’introduire les 3 quantités moyennées suivantes :

où les moyennes sont réalisées sur les positions atomiques


.
1
Les atomes ne voyant aucun potentiel extérieur, et en nous plaçant loin des
bords du milieu, nous pouvons supposer que 03C1(r) Cte . En multipliant
0
03C1 = =

chaque terme de la somme de l’équation (II.26.a) par

puis en moyennant sur les positions atomiques, on tire

Nous devons maintenant moyenner l’équation (II.26.b). Nous la multiplions


pour cela par 03B4
(r -
(3) )
i
R
pour obtenir

Comme il y a un (r - R dans la somme de l’équation (II.31),


(3)
03B4
)
i on remplace
le R
i dans l’argument de la fonction g, par r. On introduit également un 03B4
(r’ -
(3)
),
j
R et une intégrale sur r’, comme il a été fait pour passer de à
(II.26.a) (II.30).
On moyenne ensuite sur les positions atomiques, en effectuant l’approximation
1 Je rappelle que l’opérateur (r - R
(3)
03B4 )
i est défini
par
229

L’équation (II.32) implique que les effets statistiques sont négligés : il est facile
de le vérifier en sommant sur z et j(avec z ~ j); on fait alors apparaître la densité
à deux corps, et on déduit que la corrélation entre les positions atomiques doit
être nulle. Or, nous verrons au paragraphe III.2.b(p. 245) que les corrélations
en position sont directement liées aux effets de statistique quantique. L’approxi-

mation que je fais ici nécessite donc que les points r et r’ soient beaucoup plus
éloignés que la longueur d’onde de de Broglie . DB L’équation (II.32) implique
A
en outre que l’on néglige les interactions entre atomes : il est plus difficile de

s’en convaincre avec ce que l’on sait à présent, mais ce point deviendra clair au
chapitre III, lorsque j’établirai une correction à l’équation (II.32). On doit donc
avoir~r - r’~» L . Pour que ces deux conditions sur ~r - r’~soient vérifiées
pour presque toutes les paires d’atomes, il faut se placer dans les limites d’un gaz
non dégénéré (03C1
DB
3
~
0 « 1) et d’une faible densité (03C1 L « 1). Signalons que ces
3
0
approximations sont équivalentes à celle que j’avais faite au paragraphe II.1.c,
p. 219, où j’avais négligé les diagrammes où le photon passe plus d’une fois par
le même atome.
En revenant à l’équation (II.31), et en effectuant une sommation sur i, on
obtient finalement :

e) Obtention de la relation de dispersion


Nous supposons que la dépendance en z du champ électrique moyenné 03B5 et
du dipôle moyenné sont

où le vecteur d’onde k est complexe à l’intérieur du milieu. On applique à


m
l’équation (II.30) l’opérateur 0394 2 L ~k
+ k (avec k
L ~). On utilise la relation
L =

où L
k =
~= 03C9
L
~k /c.
L L’équation (II.35) traduit le fait que g est la fonction de
Green de (II.21). Elle s’obtienten exprimant g en transformée de Fourier
(voir
230

des détails dans l’annexe A, p. 332). On obtient finalement

D’autre part, la différence entre les équations (II.30) et (II.33) donne simple-
ment

on déduit finalement la relation de dispersion :

Nous retiendrons pour la relation de dispersion une formulation qui est équi-
valente à (II.38) à l’ordre 1 en 03C1
:
L
3
0

Notons que si l’on définit l’indice de réfraction par la formule

(sachant que c/03C9


A ~L ), on retrouve pour l’indice la formule (1.25) à l’ordre le
plus bas en 03C1
.
L
3
0
3. Comparaison des résultats des 2 approches
J’ai donc présenté deux approches permettant d’obtenir la relation de disper-
sion de la lumière dans un milieu d’atomes froids. L’approche « champ moyen»est
très facile à interpréter physiquement : on tire directement un indice de réfraction
de la relation de dispersion obtenue. Il n’en va malheureusement pas de même
pour l’approche diagrammatique, qui nous place dans une situation physique très
éloignée des réalités expérimentales (comment fabriquer un photon unique?), et
dont on ne peut guère tirer directement un indice de réfraction.
L’objet de cette section est de relier les deux approches, et ce par deux mé-
thodes. La première méthode sera plutôt mathématique (développement de l’onde
progressive de la 2 e approche sur la base des solutions de la ).re La deuxième
1
sera au contraire plus physique, montrant que sous certaines conditions, l’absorp-

tion d’un paquet d’onde évaluée par l’approche diagrammatique est la même que
l’absorption de l’onde progressive de l’approche « champ moyen ».
231

a) Comparaison des relations de dispersion


On constate qu’à l’ordre le plus bas en densité, la relation de dispersion (II.16)
que j’avais obtenue par l’approche diagrammatique coïncide avec la relation de
dispersion (II.39) obtenue par l’approche de champ moyen. Plus exactement, si
l’on note la relation de dispersion (II.16) sous la forme ~(03C9
, ~k
e ~) 0, alors la
r =

relation (II.39) s’écrit ~(03C9


,
L ~)
m
~k
0, avec la même fonction complexe ~.
=

L’objet de ce paragraphe est de démontrer qu’il ne s’agit pas d’une coïnci-


dence, i.e. que les deux approches, bien qu’elles partent de situations physiques
totalement différentes, doivent aboutir à la même relation de dispersion. Je pré-
viens d’avance le lecteur que le paragraphe est très mathématique, mais que sa
lecture n’est pas essentielle pour la compréhension de la suite de la thèse.
Je considère donc une onde électromagnétique « physique », dont le compor-
tement temporel est imposé, i.e.

Je vais décomposer cette onde plane sur la base des solutions adaptées au 1
er point
de vue
. Je vais alors démontrer que la dépendance spatiale 03C8(z) de l’onde est
1
bien celle à laquelle on s’attend, c’est-à-dire exp(zk
z).
m
Le développement s’écrit a priori sous la forme

Dans l’équation les vecteurs d’onde k sont supposés dirigés le


(11.42),_tous
long de (Oz), et je note k . k
z
ku r étant un vecteur d’onde réel, je note
=

) la fréquence de partie imaginaire négative (je la suppose unique) telle que


r
03C9(k
~ (03C9(k
), k
r ) = 0.
r
Pour calculer la fonction 03B1(k
), je me place en z 0 (en supposant que les
r =

effets de bord du milieu sont totalement absents). Je vais alors démontrer en


utilisant la formule des résidus que, si l’on se restreint au cas oùt < 0, la solution
suivante convient :

où m
k est le vecteur d’onde complexe de partie imaginaire positive tel que
,k
L
~(03C9 ) =
m 0.
Pour démontrer l’équation (II.43) , il faut appliquer le théorème des résidus, en
fermant la boucle avec des k de partie imaginaire positive (pour que le pôle k = k m
puisse contribuer). La relation de dispersion devra donc remplir les conditions ad
1 Je rappelle qu’il faut en réalité calculer la valeur moyenne du champ dans l’état 0#x3E;
|0>+03B1|k
&
r 3B5
pour obtenir un résultat non nul 2014

moyenne qui se déduit immédiatement du résultat du calcul


à un photon
232

hoc. En particulier, w(k) devra être définie et analytique sur le plan Jm(k) 0.
La partie imaginaire de w(k) devra rester minorée quand Re(k) ~ ±~, et tendre
vers +~ quand Jm(k) ~ +~ (rappelons que nous avons choisi t < 0).

On vérifie ces conditions pour la relation de dispersion (II.16)-(II.39). Elle


s’écrit

On peut vérifier que le discriminant de l’équation en w ne peut s’annuler que pour


des k de partie imaginaire négative (car 0393 « 03C9
).
A La racine qui nous intéresse,
i.e.

est bien analytique sur {k ~ C/Jmk 0}. On se convainc aussi facilement que
sa partie imaginaire se comporte convenablement lorsque k est infini (réel ou
imaginaire).
Revenons maintenant à la formule (II.42). Il est maintenant aisé de connaître
la dépendance en z du champ électrique :

L’équation (II.46) s’intègre encore par la formule des résidus ; on est sûr que
c’est possible pour t < 0 et z 0. On trouve alors naturellement que

où m est la solution de ~(03C9


rappelons que k
nous ,k
L ) 0, c’est-à-dire le résultat
m =

de l’approche de type champ moyen »« .


1
Ce paragraphe nous prouvé que l’approche à 1 photon, même si elle nous
a

place dans une situation physique éloignée de la réalité, nous fournit bien un
résultat exploitable dans le cas d’un champ macroscopique, et peut donc être
interprétée en termes d’indice de réfraction.

b) Interprétation physique de l’approche à 1 photon en termes


de paquets d’ondes
Le paragraphe précédent nous a montré qu’il était possible d’utiliser le résul-
tat de l’approche diagrammatique pour connaître la propagation de la lumière
1 Le calcul que nous venons de faire n’est certes pas valable pour t > 0, mais il suffit de
faire une translation sur l’origine du temps pour être ramené au problème précédent
233

dans l’approche « champ moyen ». Il ne nous fournissait cependant aucune inter-


prétation physique correspondant à la situation de l’approche à un photon.
Je vais montrer ici qu’une telle interprétation est possible : je calculerai en effet
l’absorption d’un paquet d’onde dans l’approche diagrammatique, et la relierai à
l’absorption de l’onde progressive de l’approche de champ moyen.

i) Situation physique
Nous savons que l’approche à un photon que j’ai présentée au paragraphe
II.1 ne correspond pas à une situation physique réaliste à cause de l’impossibilité
d’isoler un photon unique, et surtout de l’impossibilité de disposer d’un milieu
infini.
Le calcul que je rapporte ici [171] montre qu’il est néanmoins possible d’imagi-
ner une situation qui s’en rapprocherait. Considérons en effet un paquet d’ondes,

que pour simplifier nous supposerons constitué d’un unique photon. Nous le sup-
posons également piqué, dans l’espace des impulsions, autour d’une impulsion
, mais à support compact dans l’espace des positions. Le milieu est mainte-
L
k
nant fini, mais beaucoup plus grand que la taille du paquet d’ondes.
At = -~, on suppose que le paquet d’ondes est à l’extérieur du milieu.
Son impulsion est donc k L réel et sa fréquence est 03C9 L L~. A t = 0, il
c~k=

est totalement entré dans le milieu (fig. II.2), avec une nouvelle impulsion qui
est kr réel
. Le paquet se déplace alors dans le milieu, tout en s’atténuant du
1
fait de l’absorption
. On voit que le comportement du système est analogue au
2
cas d’un photon constitué d’une onde plane, dans le vide à t -~, et pour
=

« brancherait
lequel on » adiabatiquement le milieu atomique. Pour t > 0, le
champ disparaît progressivement du fait de son couplage avec les atomes, et sa
fréquence d’évolution 03C9
e est complexe. Je signale qu’une telle équivalence peut
être démontrée [199, p. 108]
Pour connaître la relation entre L
k, on écrit la conservation de l’énergie
et 03C9
e
du système atomes+photons. Rappelons que l’on néglige l’énergie cinétique des
atomes. L’énergie du système à t -~ est donc 03C9
=
, celle à t 0 est Re(03C9
L =
),
e
3
d’où

Je vais maintenant, dans le cas où03B4 = 03C9


L - 03C9
A » 0393, calculer l’absorption
du paquet d’ondes que je viens de considérer lorsque le milieu est de longueur L,
puis la comparer au résultat de l’approche du champ moyen.
1 Du fait de l’mteraction entre le photon est les atomes du miheu, ces derniers reculent.
L’impulsion totale du système atomes+photon est conservée au cours du processus
2 L’interaction d’un photon unique avec un milieu a été étudiée en détail dans les années
70 (voir p ex [198])
3 Je suis conscient que l’affirmation que constitue l’équation (II 48) est un peu rapide en
réalité l’état du photon à l’intérieur du milieu n’est pas un état asymptotique,ie son énergie
n’est pas bien définie
234

FIG. II.2 - L’analogie entre l’évolution d’un photon composé d’une onde plane
dans un milieu infini, et celle d’un paquet d’ondes traversant un milieu fini.

ii) Absorption du paquet d’onde


Considérons une relation de exemple celle définie
dispersion ~(03C9, k) =
0, par
par l’équation (II.44) (mais tout autre relation de dispersion plus compliquée
convient également). Pour w et k réels, on peut séparer ~ en partie réelle et
imaginaire sous la forme

Je suppose que les fonctions ~’ et ~" sont prolongeables analytiquement sur


l’ensemble du plan complexe.
J’écris la relation de dispersion obtenue dans le cas à un photon (i,e, du
paquet d’ondes). Je pose 03C9
e L + i03C9"
03C9 e est réel grâce à (II.48)). De
e (où 03C9"
=

plus, je suppose que |03C9"


| « 03C9
e L (ce qui est vrai dans l’approximation des faibles
densités). En développant relation de dispersion r
la , k + i~"(03C9
e
~’(03C9
) ,k
e ) 0 au
r =

voisinage de (03C9
,k
L ), puis en séparant parties réelle et imaginaire, on obtient
L 1

En éliminant k
r L dans le
-k système (II.50), on tire

1. J’ai en fait été rapide en écrivant l’équation (II 50) En effet, la condition |03C9"
un peu | « 03C9
e L
(et |k
r-k|
L « )
L
k suffit pas pour que ce développement perturbatif soit valable, car la
ne
fonction ~ peut varier rapidement à une échelle beaucoup plus petite que 03C9 , ie. à l’échelle de
L
0393 C’est pourquoi ce calcul n’est en fait correct que là où ~ varie lentement, c’est-à-dire loin de
résonance
235

où toutes les fonctions considérées sont prises au point (03C9


,k
L ).
L
L’absorption du paquet d’onde lorsqu’il aura parcouru la longueur L sera
L/v où v
e
03C9"
,
g g est la vitesse de groupe, c’est-à-dire la vitesse à laquelle se propage
le paquet d’ondes. Il s’agit maintenant de définir cette vitesse de groupe. La
définition standard, quand 03C9 et k sont réels, est vg = d03C9/dk. Dans le cas où 03C9
ou k ont une partie imaginaire non nulle, un ambiguïté apparaît
. J’ai choisi de
1
prendre pour définition de la vitesse de groupe

où j’ai employé la notation des thermodynamiciens pour la dérivée partielle (i.e.


j’effectue la dérivation en gardant constante la partie imaginaire de 03C9). Si c’était
la partie imaginaire de k que j’avais gardée constante, le résultat eût été différent.
Cette définition posée, il est aisé de calculer la vitesse de groupe : on différentie
d’abord la relation de dispersion. On obtient une relation faisant intervenir des
dérivées partielles de ~ prises au point qui nous intéresse ici, c’est-à-dire (03C9,k
e ).
r
Je les remplace par les dérivées au point (03C9 ,k
L ),
L avec l’argument que l’erreur
commise est d’ordre 1 en r e
(03C9
)
. -/03C9
03C9 Je peux alors séparer partie réelle et partie
imaginaire, puis en éliminer dJm(k) entre les deux équations obtenues. Je trouve

iii) Calcul dans l’approche «


champ moyen »

J’écris maintenant l’analogue de l’équation (II.50) dans le cas de l’approche


«
champ moyen », c’est à dire le cas où tout le système oscille à la fréquence
L (i.e. la fréquence du laser en dehors du milieu), et où le vecteur d’onde à
03C9
l’intérieur du milieu est k
m k’ m + ik"
:
m =

Comme précédemment, j’élimine entre les deux équations (II.54) la quantité


1 Jackson, par exemple, ne définit la vitesse de groupe que pour un milieu non dissipatif [200,
p 299]
236

, pour obtenir

Combinant alors les résultat (II.51), (II.55) et (II.53), on obtient

iv) Interprétation
On sait que le paquet d’ondes se propage dans le milieu à la vitesse de groupe
g
v ~, il est
. Par conséquent, après la traversée du milieu, qui a duré le temps L/~v
g
absorbé de la quantité gL/~v
e ) exp(-k"
exp(03C9"
~ L).
m = Autrement dit, on trouve
le même taux d’absorption que dans l’approche « champ moyen ».
Il me paraît par contre moins aisé de comparer le déphasage du champ dans
les deux approches.

4. Conclusion
présenté deux approches de calcul d’indice de réfraction. La première
J’ai donc
approche, diagrammatique, est éloignée des conditions expérimentales habituelles,
mais est à mon avis plus élégante grâce à l’utilisation du puissant formalisme de
e approche est certes beaucoup plus classique, et correspond à
la résolvante. La 2
la réalité physique dans une géométrie très particulière. Toutefois, si l’on ne veut
pas admettre les équations (II.26) de départ, de longues pages de calculs sont
nécessaires pour les établir. Les deux méthodes aboutissent à la même relation
de dispersion ; on peut ainsi ainsi tendre des liens entre elles.
Je n’ai calculé dans ce chapitre que des indices à l’ordre le plus bas ; aucune in-
teraction entre atomes, ni aucun effet quantique collectif n’étaient présents. Pour
aller au-delà, on a le choix entre les deux approches. Je me restreindrai mainte-
nant à l’approche « champ moyen ». Le lecteur souhaitant connaître comment on
obtient le même résultat par l’autre approche est invité à se reporter à l’annexe
B.
Chapitre III

Calcul d’indice à l’ordre 2 en


densité. La méthode de la
hiérarchie

ALLONS dans ce calculer l’indice de réfraction d’un milieu


chapitre
NOUS d’atomes froids, en tenant compte de l’interaction entre paires d’atomes,
ainsi que des effets statistiques. Nous utiliserons pour cela la méthode dite de
la hiérarchie, selon laquelle la valeur moyenne du dipôle d’un atome au point r
est modifiée s’il existe un autre atome au point r’, avec r proche de r’. Nous
négligeons par contre les corrélations à 3 atomes, en faisant un développement de
type Viriel, valable à faible densité.
Signalons que ce type de méthode a déjà été utilisée par J. Yvon en 1937 [201],
puis repris à la fin des années 50 par P. Mazur et al. [191, 202-204]. Les auteurs
étudiaient alors la propagation d’une onde électromagnétique dans un milieu en
tenant compte de l’interaction de Van der Waals entre 2 atomes dans leur état
fondamental. La fréquence de la lumière était alors petite devant la fréquence de
résonance.
La situation physique qui nous intéresse est bien différente. Nous utilisons en
effet de la lumière quasi-résonnante avec la transition atomique. Par conséquent,
c’est l’interaction entre un atome dans l’état excité et un autre dans le fonda-
mental qui est prépondérante. L’interaction entre deux atomes dans leur état
fondamental, de portée beaucoup plus courte, sera négligée.

1. Calcul de l’indice
a) Les quantités moyennées
Je reviens aux équations sur les dipôle et sur le champ établies dans l’annexe
A, et données en (II.26). Je rappelle que ces équations ont été moyennées sur le
champ et sur les variables atomiques internes, mais sont des opérateurs vis-à-vis
238

des variables atomiques externes.

J’introduis maintenant les quantités suivantes:

où toutes les moyennes sont faites sur les variables atomiques externes.
La quantité 03C1(r) est la densité atomique. Dans toute cette étude, elle sera
. La notation 03C1
supposée constante à l’intérieur du milieu, z.e. 03C1(r) 03C1
0 =
(r,r’)
II
désigne la densité à deux corps, c’est-à-dire la probabilité de trouver un atome
en r et un autre en r’. Pour un milieu isotrope et homogène, (le cas que nous

considérons ici), la densité à 2 corps ne dépend que de ~r - r’~, i.e.

La fonction ~ sera étudiée en paragraphe III.2.b, p. 245. En l’absence


détail au

d’effets statistiques, pour un gaz parfait de Boltzmann, on trouve simplement


~ = 0. Avec la statistique, ~ n’est plus nulle, mais ~(0) > 0 pour des bosons
et ~(0)< 0 pour des fermions, ces derniers n’ayant pas tendance à se trouver
au même endroit. Si l’on tenait compte de l’interaction entre atomes dans l’état
fondamental, cette dernière viendrait aussi modifier l’expression de la fonction ~.
Regardons maintenant les moyennes des dipôles. A la quantité D(r) que j’avais
introduite au paragraphe II.2.d, p. 228, vient s’ajouter la quantité D(r’/r)
. Elle
1
correspond au dipôle moyen au point r’ lorsqu’on a fixé un autre dipôle au point
1 Lire « D(r’) sachant r»
239

r (i.e. qu’on n’a pas moyenné sur la position de ce dipôle). Dans la suite, nous

aurons également besoin des quantités à 3 corps :

b) Moyenne sur les variablesatomiques externes


On moyenne l’équation (III.1.a) sur les variables atomiques externes. On fait
ensuite de même pour (r - R
(III.1.b), la multipliant successivement par 03B4
(3) ),
i
(r’ - (3)
puis 03B4
(3) )03B4
i
R
(r -R ),
e etc. Cela donne

Lesystème (III.5) constitue une hiérarchie d’équations (d’où le nom de la mé-


thode) qu’il est possible de pousser arbitrairement loin. En effectuant la différence
entre les équations (III.5.b) et (III.5.a) d’abord, (III.5.c) et (III.5.b) ensuite, etc.,
on obtient les équations suivantes
240

c) Brisure de la hiérarchie
Le système (III.6) contient un nombre infini d’équations. Pour le résoudre, il
faut effectuer une approximation.
L’approximation que nous allons faire repose sur le principe du développement
du Viriel [68, p. 297]. Elle consiste à tenir compte des interactions entre 2 par-
ticules, mais à négliger l’interaction entre 3 particules. En effet, à faible densité,
s’il est possible que 2 particules soient voisines, i.e. plus proches que la longueur
d’onde optique, il est improbable que 3 particules soient distantes de moins de
. De façon plus quantitative, comme la portée du potentiel de Van der Waals
L
03BB
entre un atome excité et un atome dans l’état fondamental est de l’ordre de 03BB ,
L
on s’attend à ce que le développement soit valable lorsque L
3
0
03C1
~ 1 Ainsi,
.
1
nous avons vu que, lorsqu’on néglige totalement les interactions entre atomes,

on trouve un indice de réfraction 03C1. Le premier terme du développement du


L
3
0
Viriel, que nous calculons ici, va nous apporter des corrections en (03C1
. Si
2
)
L
3
0
nous avions tenu compte des interactions de triplets d’atomes, nous aurions eu
des termes supplémentaires en (03C1, etc.
)
L
3
0
En revenant à l’équation (III.6.b), nous pouvons donc supposer que les points
r, r’ et r" ne sont pas tous les trois dans le même cube de côté 03BB
. Par conséquent
L

L’équation (III.7) certes n’est pas vraie dans tous les cas : notamment, elle est
fausse lorsque r est proche de r", et loin de r’. Néanmoins, on suppose que la
fonction g(r’ - r"), présente dans l’intégrale du second membre de (III.6.b) et qui
n’est non négligeable que lorsque ~r’ - r"~ 03BB , va défavoriser ce cas de figure.
L
En outre, je remplacerai Cette approximation peut
(r,r’,r") 03C1
III
03C1
(r,r’)
II par
(r’,r") 03C1(r’).
II
03C1
s’avérer incorrecte pour des bosons dans la limite des très basses températures.
Je reconnais que les approximations que je fais ici ne sont pas totalement jus-
tifiées. C’est pourquoi je présenterai dans l’annexe C quelques indications sur le
rôle de l’intégrale de l’équation (III.6.b) que je néglige ici. Nous verrons alors que
les corrections que je trouve sont effectivement en 03C1
. En outre, je présenterai
L
3
0
au paragraphe III.3, p. 252 une autre méthode de calcul, basée sur un dévelop-

pement systématique en puissances de la densité. S’il est plus mathématique que


physique, et donc moins aisé à comprendre que la présente méthode, il conduit
rigoureusement au même résultat que le présent paragraphe.
Revenons maintenant au système (III.6). On néglige l’intégrale dans l’équation
(III.6.b). On réécrit ensuite (III.6.b), en échangeant cette fois r et r’. Entre
1. Nous paragraphe IV 3 b, p 279 que le vrai petit paramètre n’est en fait pas
verrons au

,
L
3
0
03C1 mais , r
*
3
r
0
03C1 où * est l’endroit où l’interaction atome-lumière est résonnante compte tenu
du déplacement de Van der Waals La condition L
3
0
03C1 1 est trop restrictive à grand désaccord
Toutefois, je supposerai dans un premier temps qu’elle est vérifiée, afin de ne pas compliquer
le raisonnement
241

les deux équations obtenues, on élimine D(r/r’). On obtient alors (sachant que

où l’inversion fait au sens des matrices 3 x 3, 1 étant la matrice unité.


se

Remplaçant dans l’équation (III.6.a), et reprenant l’équation (III.5.a), on tire


finalement (en utilisant la relation (III.3) caractérisant la densité à 2 corps) :

d) Obtention de la relation de dispersion


Pour tirer du système (III.9) une relation de dispersion, nous nous replaçons
dans des conditions du paragraphe II.2. Le milieu atomique remplit donc le demi-
espace z > 0, à l’intérieur duquel il est homogène. k
L (réel) est le vecteur d’onde
du laser hors du milieu, et k m (complexe) le vecteur d’onde du champ dans le
milieu. Comme au paragraphe II.2.e, p. 229, nous posons pour z > 0

L
(03B5 étant la
polarisation du laser incident, qui peut être linéaire ou elliptique), et
appliquons à l’équation (III.9.a) l’opérateur 0394 + k L ~k
L (avec k
2 ~). On tire (si
L =

m k
k )
z
u
m =

puis, en remplaçant dans (III.9.b),


242

Pour obtenir les équations (III.12), je suis passé un peu vite sur un point : sur
les intégrales de la formule (III.9.b), j’ai effectué une translation sur les positions,
en posant r 1 = r - r’. Or les intégrales en question ne portaient pas sur tout
l’espace, mais sur le demi-espace que remplit le milieu atomique. Par conséquent
il n’était a priori pas possible d’éliminer la dépendance en r de l’équation comme
je l’ai fait.
Enfait, si on regarde de près ces intégrales, on constate qu’à un détail près elles
convergent sur une distance de quelques longueurs d’onde. Pour un F suffisamment
), il est donc licite d’étendre
loin des bords du milieu (i.e. plus loin que quelques 03BB
L
les intégrales sur tout l’espace, puis d’éliminer l’exponentielle exp(ik
m · r).
Le petit détail en question est le suivant : dans les intégrales de l’équation
(III.12.b) se trouve un facteur m
exp(-ik
· ).
1
r Or m complexe, donc l’ar-
k est
gument de l’exponentielle possède une partie réelle non nulle, faisant diverger
l’intégrale quand km · r ~ +~.
La réponse à problème est que le résultat (III.12.b) n’est pas le bon:
ce

il faut en fait remplacer dans les 2 intégrales les facteurs exp(-ik


m ·r ) par
1
L
exp(-ik
·r ). Je ne peux pas justifier ceci ici, mais il s’agit du résultat obtenu
1
au paragraphe (III.3, p. 252) par la méthode plus rigoureuse du développement

en puissances de la densité. En fait, la divergence que nous obtenons ici est une

conséquence des approximations hasardeuses que nous avons faites au paragraphe


III.1.c, p. 240. Dans l’annexe C, où j’ai partiellement pris en compte les termes
de l’intégrale (III.6.b) négligés ici, j’arrive à un résultat possédant aussi une ex-
ponentielle exp(ik
m ·r ), mais convergent. Ce résultat s’avère être peu différent
1
de celui obtenu ici, la différence étant d’ordre 3 en .
L
3
0
03C1
Finalement, je reporte la relation de dispersion obtenue (où je remplace r
1
par r) :
243

Signalons que le type de correction à l’indice figurant dans l’expression (III.13)


avait déjà été obtenu par des calculs de diffusion de la lumière dans des milieux
constitués de particules classiques, distribuées de façon aléatoire [205, 206]. Dans
le présent modèle toutefois, les équations de départ (équations quantiques tradui-
sant l’interaction entre les atomes et la lumière) et donc la méthode d’obtention
du résultat sont très différents. La présence des effets collectifs constitue égale-
ment une nouveauté.

2. Vers une évaluation numérique de l’équa-


tion (III.13)
Les courbes correspondant au résultat (III.13) (c’est-à-dire l’indice de réfrac-
tion tracé en fonction de paramètres du problème, tels que la température ou le
désaccord du laser) seront présentées au paragraphe IV.1.a, p. 263. D’ici là, je
dois en effet préciser quelques points concernant le calcul de certains des éléments
intervenant dans le résultat (III.13). Successivement je vais donc calculer et/ou
interpréter:
-

le potentiel d’interaction g traduisant l’interaction entre deux dipôles os-


cillants ;
-

la fonction de corrélation spatiale ~(r), dépendant de la température et


du caractère boson/fermion des atomes ;
-

enfin, l’intégration angulaire de (III.13), les « pseudo-divergences» qui


apparaissent, ainsi que le terme de Lorentz-Lorenz.

a) Le potentiel d’interaction g
L’expression du potentiel g(r) est donnée par la formule (II.28) du chapitre
II. On voit qu’il est diagonalisable dans toute base orthonormée dont l’un des
vecteurs est r/~r~, i.e.
244

Regardons le dénominateur de l’équation (III.13), que je note Dénom. Une fois


la diagonalisation faite, et en utilisant la définition (II.27) de 03B1, il s’écrit sous la
forme

où ~ = (~,), 03B4 =
L A est
- 03C9
03C9 le désaccord du laser, et A =
.
A
c/03C9

FIG. III.1 - Interprétation du dénominateur de l’expression (III.13). L’inter-


action entre 2 atomes dont l’un est excité crée 2 états couplés, l’un subradiant,
l’autre superradiant.

Nous savons que nous avons pris compte l’interaction de Van der Waals
en

entre un atome excité et un atome dans son état fondamental. On peut ainsi
interpréter chacun des crochets de l’équation (III.15) comme étant l’énergie d’un
état couplé, superposition linéaire des états|1, f; 2, e> et|1, e; 2, f> (les « numéros »
des deux atomes considérés sont 1 et 2). L’énergie de cet état couplé est complexe,
la partie imaginaire correspondant (à près) à l’inverse de la durée de vie de
l’état couplé. Les parties réelle et imaginaire de l’énergie ont été représentées sur
la figure III.1. Lorsque ~r~ ~ ~, g (~r~) = 0: les atomes n’interagissent pas et
~
les 2 niveaux sont dégénérés, ayant pour énergie 03C9
A et pour largeur 0393. Pour ~r~
fini, la levée de dégénérescence apparaît. Dans le cas où ~r~ ~ 0 (et si l’on oublie
le terme en 03B4(r) présent dans l’expression de g(r), les énergies des 2 niveaux
divergent en 1/~r~
, l’expression du potentiel étant alors celle de l’interaction
3
entre 2 dipôles statiques [193]. Par contre, la partie imaginaire des 2 énergies
245

converge : pour r = 0,
l’un des 2 niveaux couplés a une durée de vie infinie 2014

c’est l’état dit subradiant tandis que l’autre émet un photon 2 fois plus vite
2014

qu’un atome libre c’est l’état dit superradiant [207].


2014

b) Calcul de la fonction de corrélation spatiale


Cette section sera la seule de cette thèse à être consacrée à la physique sta-
tistique. Je me propose en effet d’y indiquer l’expression de la distribution de
paire ~(r) dans différents cas de figures (bosons avec ou sans condensation de
Bose-Einstein, fermions, etc.).

i) Calcul de la densité de paire en dehors de la condensation de Bose-


Einstein

L’expression de la densité à 2 corps est

où est la matrice densité du système. En développant la trace en représentation


p, écrivant les fonctions 03B4 en transformée de Fourier, et en discrétisant l’espace
des impulsions, on trouve, en seconde quantification

V étant le volume de quantification, c~p l’opérateur de création d’un atome dans


l’état fondamental et ayant l’impulsion p, et c
p l’opérateur d’annihilation corres-

pondant.
Je moyenne (III.17) en utilisant le théorème de Wick [208, p. 180]. Seuls les
termes où l’on crée un atome dans des classes d’impulsion où l’on annihile aussi un
atome ont une valeur moyenne non nulle. Il y a donc un terme où k 1 k 2 0 = =

(terme direct), et un terme où 1


k =
2 -k 2
p -p 1 (terme d’échange).
=

Je trouve alors que

où ~
/f
b =±1 selon que l’on a affaire à des bosons ou à des p est le
fermions, et f
facteur d’occupation de l’état d’impulsion p [209, p. 335 et 344]. L’expression de
ce facteur d’occupation est
246

03BC étant le
potentiel chimique.
L’expression (III.18) se calcule sans difficulté (en faisant tendre le volume
de quantification vers +~ et en remplaçant les sommes discrètes par des inté-
).
1
grales On trouve finalement

où 03B1
s =
T)
B
03BC/(k et DB
~ =
h/203C0Mk est
T
B la longueur d’onde de de Broglie
thermique des atomes.

ii) Calcul de 03B1


.
s Développement dans la limite classique
En écrivant que la somme des facteurs d’occupation est égal au nombre total
N d’atomes, on déduit une définition implicite de la quantité 03B1
s qui est

Le comportement de 03B1s en fonction du paramètre 03C1


DB est indiqué sur la figure
3
~
0
III.2. On trouve que les valeurs de bosons et de fermions coïncident à température
infinie (i.e. pour 03C1
DB
3
~
0 ~ 0). Pour les bosons, 03B1 s est toujours négatif ou nul.
s s’annule dans le cas de la condensation de Bose
Plus précisément, 03B1 , c’est-à-
2
dire lorsque 03C1
DB 2,612.
3
~
0 Pour les fermions, 03B1
s devient positif à très basse
température.
Dans la limite 03C1
DB 1, on peut négliger, aux dénominateur de (III.20)
3
~
0
et de (III.21), le terme b/f devant exp(-03B1
~ ). Par conséquent, l’expression du
s
potentiel chimique se simplifie en

On peut également calculer l’intégrale de l’équation (III.20), pour déduire une

expression analytique de la densité à 2 corps qui est

1 Attention ce passage à une intégrale n’est pas valable dans le cas de la condensation de
Bose-Einstein (cas qui sera abordé p 248)
2 du moins lorsque le volume de quantification est infini
247

FIG. III.2 - Allure de 03B1


s en fonction du paramètre .
DB
3
~
0
03C1

L’expression (III.23) aurait pu être directement obtenue en remplaçant, dans


la formule (III.18), l’expression (III.19) du facteur d’occupation par
exp /(2Mk
2
(-p
T
B
tique
))
à la distribution
(ce qui revient à calculer la première correction statis-
classique de Maxwell-Boltzmann).

iii) Expression de la densité de paire comme la somme d’une série


Léon Van Hove [210, formules (61) et (62)] indique une autre expression de la
densité de paire, valable s < 0:
pour 03B1

où la fonction Q est définie par

~=1 ,
Je rappelle que 2,612 = 03B6(3/2) = 03A3
+~ -3/2ce qui fait que Q(1, 0, 0) = 1. Pour
~
des bosons, et pour ~r - r’~ ~ ~ DB (c’est-à-dire x ~ 1), on peut montrer que
l’on a
248

Ce développement a été utile lors de la numérisation de la distribution de paire


(voir § IV.1.a, p. 263).
L’expression (III.24) n’est pas valable dans le cas de la condensation de Bose-
Einstein, pas plus d’ailleurs que l’expression (III.20). Dans ce cas, j’ai eu recours
au résultat présenté par F. London [211] :

iv) Développement dans le cas de fermions pour de grandes valeurs


positives de s
03B1

L’expression (III.24) offre sur (III.20) l’avantage d’être beaucoup plus facile
à évaluer . Malheureusement, elle n’est pas valable dans tous les
1
numériquement
cas. Notamment, elle n’est pas valable pour des fermions lorsque 03C1
DB
3
~
0 ~ +~,
parce que dans ce cas s > 0.
03B1
Dans le cas0, on peut bien sûr recourir à l’expression (III.20) et l’intégrer
s >
03B1
numériquement. Toutefois, cela devient très difficile à faire dans la limite des très
basses températures, car dans ce cas l’exponentielle qui est au numérateur oscille
très vite.
J’ai donc eu recours à un développement assez subtil, analogue à celui qui est
fait dans le livre de Huang [68, p. 225] pour calculer le potentiel chimique des
fermions à très basse température. Le principe en est le suivant : on se ramène
d’abord par parité à une intégrale de 0 à +~, avec une fonction sinus au nu-
mérateur. Pour 03B1
s ~ 1, la fonction 1/
montante. Sa dérivée a donc l’allure d’un
03B1 2
[exp(x
pic centré en 203B1
2 -
) + a l’allure d’une marche
s
. Il suffit donc d’in-
s
1]
tégrer (III.20) par parties (pour faire apparaître la dérivée), puis de développer
le numérateur autour de 03B1
. On étend enfin l’intégrale de -~ à +~, après avoir
s
montré que la partie que l’on rajoute à la main se comporte en O
)).
s
(exp(-03B1
1 La convergence de la série ~=1 ~
+~
03A3 -3/2 est cependant très lente Pour accélérer l’évaluation
numérique de la fonction Q, dans le casdes bosons et où |03B1
|~1
s (etnotamment dans le cas
de la condensation de Bose-Einstein), on l’écrit sous la forme

ce qui permet d’obtenir une série convergent comme


249

Après quelques pages d’un calcul pénible mais sans difficulté théorique, on trouve :

et

v) Allure de la distribution de paire

FIG. III.3 - Allure de la distribution de paire (r, r’).


II
03C1 La densité atomique est
L
3
03C103BB
= 0,5.
Je présente sur la figure III.3 l’allure de la distribution de paire telle qu’on l’ob-
tient pour des bosons et pour des fermions, et pour différentes valeurs de . DB
3
~
0
03C1
Cette distribution a été calculée à l’aide de la formule (III.24) (ou bien (III.27))
à chaque fois que c’était possible, z.e. lorsque 03B1s < 0. Dans le cas contraire, j’ai
utilisé la formule (III.20), puis le développement (III.30) dès que 03B1 s 15.
On constate tout d’abord qu’à température infinie, la distribution de paire est
uniforme. Pour des fermions à température finie, la distribution est inférieure à
1 pour ~r - r’~ ~ 0 : c’est bien ce à quoi on s’attendait, z.e. deux fermions n’ont
pas tendance à être au même endroit.
250

Le résultat des bosons est plus compliqué : en-deçà de la condensation de


Bose-Einstein, on trouve effectivement que 2 bosons sont enclins à se trouver au
même endroit. Par contre, une fois que l’on a franchi ce seuil, plus on descend la
température, moins on a de chances de trouver deux bosons ensemble. L’expli-
cation est la suivante : dans le cas d’un condensat, beaucoup d’atomes sont dans
le même état d’impulsion, c’est-à-dire l’état p 0. Par conséquent ces atomes
=

sont complètement délocalisés dans l’espace des positions. Leurs positions ne sont
donc pas du tout corrélées, d’où l’allure de la distribution de paire. Notamment,
on voit qu’à température nulle la distribution de paire est uniforme, et donc que
l’indice de réfraction sera le même qu’à température infinie. Si nous sommes à la
recherche d’effets quantiques collectifs liés à une distribution de paire non triviale,
nous devons les trouver autour du seuil de la condensation de Bose-Einstein, et
non à des températures plus basses.

Remarque :la propriété que je viens d’exposer est analogue à ce que l’on
peut observer dans le domaine de l’optique, lorsque l’on effectue des mesures
de corrélation d’intensité (expérience d’Hanbury-Brown et Twiss [169]). Si l’on
mesure la quantité <I(k)I(k’)>/<I(k)> <I(k’)>, (I(k)
étant l’intensité rayonnée
dans la direction k), et si l’on fait tendre k vers k’, on trouve 2 dans le cas d’une
lampe (rayonnement thermique), mais 1 dans le cas d’un laser: le rayonnement
de la lampe peut être assimilé à un gaz de Bose non condensé, et celui du laser
à un condensat.

c) Intégration angulaire de l’expression (III.13)

L’intégration angulaire des intégrales apparaissant dans l’équation (III.13)


ne pose pas de problème majeur, dans la mesure où les fonctions | et ~
,g
~
g
ne dépendent que de ~r~. Il suffit donc de choisir l’axe z parallèle à k L (pour
éviter de faire apparaître des fonctions de Bessel), puis de passer en coordonnées
sphériques.
Le résultat obtenu est le suivant
251

Dans l’équation (III.31), j’ai écrit les intégrales en fonction du paramètre sans
r. La fonction (u) vaut
dimension u ~ k
L

et les fonctions (u)


~
1 sont définies par

(il s’agit donc du potentiel d’interaction sans le terme de contact), ce qui donne

Comme il est montré dans l’annexe A, et plus précisément au paragraphe A.3,


er terme du
p. 340, le terme en 03B4 présent dans la définition g fait apparaître le 1
/3 (on l’appelle
second membre de l’équation (III.31), en 03B103C1
0 terme de Lorentz-
Lorenz).
Je dois également faire un commentaire à propos des termes marqués « cor-
rection à l’intégrale »: en effet, si on ne met pas ces termes, l’intégrale (III.31)
diverge pour u ~ +~, car la fonction à intégrer se comporte comme une expo-
nentielle complexe non amortie. En fait, ceci n’est pas très physique, car lorsque
2 atomes sont très éloignés, ils interagissent via un potentiel « écranté» dû au
fait que les photons échangés par les 2 atomes se propagent dans un milieu d’in-
dice de réfraction différent de 1 (voir des détails dans l’annexe C). Ce potentiel
écranté décroît exponentiellement lorsque r ~ +~, et il en est alors de même
pour l’intégrale (III.31). En fait, on montre que l’on obtient le bon résultat en
remplaçant simplement g (r) par g
~
1 (r + ir
~
1 ), et en faisant tendre r
03B5 03B5 vers 0 à la
fin du calcul. Ceci revient à ôter dans l’intégrale le terme non amorti, et de le
calculer séparément c’est ce qui est fait dans le résultat (III.31) avec les termes
2014

« correction à
l’intégrale »
.
1
1 Je rappelle que nous avions dû introduire à la main un petit facteur imaginaire i03B5’ afin
d’écrire les équations du mouvement, et ce aussi bien dans la méthode diagrammatique (annexe
B, § B 1 a ii, p 349), que dans la méthode de champ moyen (annexe A, § A.2.a iv, p. 330).
C’est de ce même facteur dont nous avons besoin ici, il ne fallait donc pas le faire tendre vers
0 prématurément
252

La convergence en 0 de l’intégrale (III.31) ne paraît pas immédiate au premier


abord. Pourtant, si l’on effectue un développement limité au voisinage de 0 de
l’expression à intégrer, on s’aperçoit que les termes divergents se compensent
exactement. Ceci peut apparaître comme une sorte de miracle, qui d’ailleurs ne
se reproduira pas dans le cas de la section efficace (chapitre V).

Le programme informatique. J’ai intégré l’équation (III.31) numérique-


ment. Le programme que j’ai écrit utilise la routine MIDPNT de Numerical Re-
cipes [212]. Cette routine calcule l’intégrale par la méthode des trapèzes. En
l’appelant plusieurs fois de suite, on augmente le nombre de pas d’intégration. Je
l’appelle 12 fois de suite, chaque appel multipliant par 3 le nombre de pas.
La borne supérieure d’intégration doit être fixée arbitrairement. Pour cela, j’ai
tracé la fonction à intégrer, et j’ai regardé où elle semblait rejoindre son asymp-
tote. Je me suis aperçu que cette valeur dépendait du désaccord. J’ai finalement
pris pour borne la valeur k
valeurs de 03B4
r 108/
L =
2 0,25), qui
((03B4/0393)
+ convient pour plusieurs
. Le choix de cette borne supérieure est en effet assez délicat : si elle
1
est trop petite, le résultat est faux, tandis que si elle est trop grande, la fonction
à intégrer oscille trop sur l’intervalle considéré, et l’ordinateur n’arrive pas à cal-
culer. J’ai comparé le résultat que j’obtenais pour diverses valeurs voisines de la
borne supérieure d’intégration.
Le pas d’intégration a lui aussi été choisi de façon totalement empirique. Il
est toutefois possible, en s’appuyant sur le principe du développement fait au
paragraphe IV.3 (p. 277), de montrer qu’à grand désaccord ce pas doit varier en
. Quoi qu’il en soit, toutes les simulations ont été effectuées avec un pas
4/3
(0393/03B4)
bien plus petit que ce qui était nécessaire.
L’évaluation de la fonction de corrélation ~ a également été un peu délicate.
Selon les valeurs des paramètres, j’ai choisi l’une ou l’autre des expressions pré-
sentées au paragraphe III.2.b. Enfin, j’ai calculé séparément les différents termes
(pair ou impair, statistique ou non) de l’équation (III.31).
J’ai effectué ces intégrations pour plusieurs valeurs d’un paramètre (en général
la température, mais parfois aussi le désaccord). Le programme, écrit en fortran
77, a été exécuté sur une station SUN Sparc 10. Un spectre typique, tel que celui
de la figure IV.2(chapitre IV), est obtenu en quelques heures.

3. Complément : développement en puissance


de la densité
Avant de présenter les résultats numériques du calcul d’indice, je vais in-
troduire ici une autre méthode, que l’on doit à Yvan Castin, et qui permet de
retrouver le résultat (III.13). Si elle repose sur une approche voisine de celle de

1 Le facteur 108 a été choisi après quelques tâtonnements Il ne représente pas le résultat
d’une quelconque étude théorique
253

la méthode de la hiérarchie, elle permet d’obtenir le résultat en justifiant par-


faitement les approximations faites. En outre, elle sera directement généralisable
au calcul de section efficace différentielle de diffusion, dans le cas d’un milieu

faiblement absorbant (chapitre V).


Le principe est d’effectuer un développement systématique des termes interve-
nant dans le calcul en puissances de la densité 03C1
. Ceci est parfaitement rigoureux
0
sur le plan mathématique. Le problème est que 03C10 est une quantité pourvue d’une
dimension. Or, on s’aperçoit que pour être valable sur le plan physique, le calcul
nécessite une condition plus restrictive que 3
03BB ~ 1 : le vrai petit paramètre qui
0
03C1
L
va intervenir dans le problème est en effet 2
03BB
0
03C1
L
L , où L est la longueur du milieu.
Autrement dit, ce calcul n’est valable que dans le cas d’un milieu optiquement
mince (alors que le résultat ne nécessite que 03C1
L 1).
3
0
Ce calcul comporte trois étapes. On effectue tout d’abord un développement
formel, en puissances de la densité, de la théorie macroscopique (i.e.. de l’expres-
sion de la densité de dipôles). On développe dans un deuxième temps la théorie
microscopique. Enfin, on calcule l’indice à l’ordre 2 en identifiant terme à terme
ces deux développements.

a) Développement formel de la théorie macroscopique


On suppose que la densité de dipôles moyenne au point r, notée

est proportionnelle au champ électrique moyen en ce point, i.e.:

~ est une quantité a priori tensorielle, et complexe, appelée susceptibilité du


milieu. Nous supposerons que ~ se développe sous la forme

Attention : le
développement (III.37) n’est pas local, c’est-à-dire que rien n’im-
pose que ~(r) ne dépende que de 03C1(r). Les quantités ~(1) et ~
(2) sont des fonction-
(1) étant linéaire et ~
nelles, ~ (2) quadratique dans l’espace vectoriel des fonctions
de R3 dans M (C).
3 Bien sûr, tout se simplifie si l’on suppose que la densité
atomique est constante, mais je ne fais pas ici cette restriction.
En reprenant l’équation intégrale (III.9.a), et en remplaçant le dipôle moyen
D(r) grâce à (III.35) et (III.36), on obtient

d’où, en écrivant (III.38) à l’ordre 1 inclus


254

Ensuite, en reprenant les équations (III.36) et (III.37), et en allant à l’ordre 2 en

densité, on a

b) Développement formel de la théorie microscopique


On revient à l’équation sur les dipôles non moyennée (III.1.b), i.e.

opératoriel et vectoriel des dipôles, l’équation


Si l’on oublie les caractères
(III.41) répétée les
sur N atomes fournit un système à N équations et N inconnues

(chacun des dipôles ).


i
d Lorsque l’on résout ce système, on exprime les d i en
fonction des positions R~ (~ 1,..., N) des atomes (ces positions apparaissent
=

au niveau du champ: exp (ik


L
E L ·R),
~ et au niveau des tenseurs d’interaction:
~
g(R - )).
~’
R On peut donc envisager d’écrire i sous la forme:
d

où (1)
i ne fait intervenir qu’une seule position (forcément le point
d ), (2)
i
R i
d
fait intervenir deux positions, etc.
. Lorsque l’on moyennera sur les
1 positions
atomiques, (1)
i
d fournira le terme , (2)
en 03C1
0 i le terme en 03C1
d , etc.
0
2
On peut à nouveau développer les (p)i sous la forme suivante:
d

La quantité d
{i,j} utilisée dans l’équation (III.43.b) représente les termes du dé-
i
veloppement ide d qui ne font intervenir que les positions R i et j R De même
.
pour
{
i
.i,j,~}
d
1 L’unicité du développement (III 42) ne paraît pas a priori des plus évidentes En fait, il
s’avère que l’expression du dipôle d, est linéaire en champ, et dépend des ~
g(R
)
~’
- R
sous forme
de fractions rationnelles On peut développer formellement ces fractions en séries entières, et
ensuite extraire pour tout p (1 p N) la contribution à p points
255

Enfin, je définis les quantités suivantes

Je reviens maintenant à l’équation (III.41). En ne gardant que la contribution


du point , j’obtiens
i
R

En ne gardant maintenant que les contributions des points R


i et , je
j
R trouve

En échangeant les rôles de i et j, on a

En résolvant le système d’équations (III.46), et en utilisant la définition (III.44.a),


on obtient

Finalement, en utilisant la définition (III.42) et l’équation (III.43.b), on ob-


tient

où j’ai partiellement développé la fraction rationnelle intervenant dans (III.47).


Il ne reste plus qu’à moyenner (III.48) sur les positions atomiques. Cela se
fait en introduisant la densité à 2 corps définie par (III.2.b), et en posant
256

D’où

Remarque oublions un instant que le milieu est fim, et supposons celui-ci homogène
(03C1(r) =
)
0
03C1 Les trois intégrales intervenant dans l’équation peuvent être intégrées ana-
(III 50)
lytiquement sur les angles, conduisant à un résultat analogue à l’équation (III.31) On constate
alors que pour les deux dernières lignes de (III 50), l’intégrale qui subsiste sur r’ ~r’~ obtenue
=

converge rapidement, i.esur une distance de l’ordre de quelques longueurs d’onde optique Par
contre, dans l’intégrale de la première ligne de (III.50), la fonction de r’ à intégrer tend vers
une constante non nulle quand r’ +~ ; l’intégrale diverge
~ donc Avec un milieu fini, on se
convainc alors aisément que cette intégrale est de l’ordre de 03BB
0
03C1
L
L
2 , où L est la longueur du
milieu On voit donc que, comme annoncé, la correction du deuxième ordre en densité rapportée
au terme du premier ordre est en en 03BB
0
03C1
L
L
2 .

c) Identification des deux développements terme à terme


A l’ordre 1 en densité, l’identification entre les équations (III.40) et (III.50)
donne

On remplace alors
les qui (1)
~ figurent dans (III.40), puis on effectue l’identi-
fication à l’ordre 2. Cela donne

Pour tirer une relation de dispersion à partir de l’expression de la suscepti-


bilité donnée par (III.52), il suffit d’utiliser l’équation (II.24) (p. 226), qui, je le
rappelle, est directement issue des équations de Maxwell
. Finalement, la relation
1
1 Le tenseur ~ est scalaire dans le plan orthogonal à L
03BA On écrit donc la relation de
dispersion en faisant intervenir un élément de matrice de l’expression de ~ que je viens de
calculer, p ex 03B5
L ~ 03B5
L
257

de dispersion obtenue dans la cas où la densité est constante est

où la quantité A est définie comme dans l’équation (III.13). On constate que la


relation de dispersion (III.53) n’est pas exactement la même que (III.13), mais
que les deux coïncident à l’ordre 2 en densité.

d) Expression du dipôle moyen en fonction de z


La méthode du développement systématique en puissances de la densité nous
a permis de retrouver la relation de dispersion (III.13) sans approximation injus-

tifiée. Nous allons voir ici que cette méthode est encore plus puissante, puisqu’elle
nous fournit, dans le cas où le milieu atomique remplit le demi-espace z 0, à
l’intérieur duquel la densité est constante, la dépendance en z du dipôle atomique
moyen (c’est-à-dire les corrections à la dépendance exponentielle).
Je préviens le lecteur que ce paragraphe n’est pas essentiel pour la compréhen-
sion du reste de la thèse. Il peut donc passer directement aux résultats présentés
dans le chapitre IV, quitte à revenir ici lors d’une lecture ultérieure.

i) Ansatz sur le comportement spatial du dipôle moyen


Je supposerai a priori que le dipôle moyen D(z) vérifie la relation

où la constante 0
D et la fonction 03C8 sont à déterminer. L’équation (III.54) est
équivalente à

La fonction 03C8 est une fonction à valeurs complexes. On s’attend à ce que

de façon à retrouver la dépendance exponentielle du dipôle lorsqu’on s’éloigne du


bord du milieu.

ii) Calcul de la constante 0


D
Pour calculer D, on utilise l’équation (III.9.a) sur le champ
0 électrique, que je
réécris ici dans le cas où les quantités ne dépendent que de z :
258

où r =
(x, y, z) et r’ = (x’, y’, z’). La constante 0 sera déterminée en supposant
D
que le champ électrique 03B5 s’amortit lorsque z oo. ~

Oncommence par vérifier l’égalité suivante, valable pour tout champ de vec-

teurs V(z) ne dépendant que de z :

La relation (III.57)vérifie en utilisant l’expression (A.34) (annexe A) du po-


se

tentiel g en transformée de Fourier. On y remplace la somme discrète par une


intégrale. On utilise le système de coordonnées cartésiennes, et on intègre sur x
et y (de -~ à +~ grâce à la géométrie du système). Ceci fait apparaître un
x
03B4(k
)
y . Il ne reste plus donc qu’une intégrale sur k
)03B4(k z que l’on intègre par la for-
mule des résidus. Pour l’appliquer, il est nécessaire d’effectuer la transformation
(A.35) (p. 331 dans l’annexe A). Le terme 03B4(k) qui apparaît alors se compense
z
avec celui qui provenait du terme de contact.

J’applique maintenant la formule (III.57) avec V(z) D(z).


Puis je coupe
=

l’intégrale en deux morceaux. J’obtiens :

Je rappelle que 03B5(z) doit tendre vers 0 dans la limite z ~ +~. Comme le
dipôle D(z’)
décroît exponentiellement, la deuxième intégrale de (III.58) tend
vers 0 quand z ~ +~. Il faut par contre compenser les deux autres termes qui
contiennent le facteur non amorti . ikLz On remplace pour cela
e par son D(z’)
expression (III.55), et on intègre. Sachant que le dipôle est nul en z +~, on =

exprime 0
D en fonction de L et 03C8(0). On obtient finalement
E

iii) Evaluation de la fonction 03C8


La être évaluée par un développement systématique en puis-
fonction 03C8 peut
sances de la densité. Pour cela, on utilise le résultat à l’ordre 2 en densité (III.50),
qui donne l’expression du dipôle D(z) (proportionnel à P(z) dans le cas de den-
sités constantes).
L’expression (III.50) contient un grand nombre d’intégrales. En fait, on s’aper-
çoit que les 2 dernières convergent sur une distance de quelques longueurs d’onde
259

optiques. Dès que l’on est suffisamment loin du bord du milieu, on peut les étendre
sur tout l’espace (ce que je ne fais pas ici, car je souhaite précisément étudier le cas
où l’on est au bord du milieu. Mais je le ferai par exemple au chapitre V lorsque
j’étudierai par une méthode voisine la section efficace différentielle de diffusion).
L’intégrale de la première ligne doit être séparée en deux termes : un terme clas-
sique ne contenant pas la fonction de corrélation ~, et un terme quantique la
contenant.
Le terme quantique converge lui aussi très rapidement, sauf dans le cas des
bosons à température quasi-nulle. Par contre, le terme classique ne converge pas
aussi vite (par exemple il diverge si on veut l’étendre sur tout l’espace). Par
conséquent, ce terme dépendra de la distance entre r et le bord du milieu, même
si l’on est très loin de ce bord.
Cette intégrale peut en fait être calculée en réutilisant le résultat (III.57), et
en choisissant cette fois-ci ik Cela donne ici
e
E
.
z
L V(z) =

On sépare ensuite l’intégrale en deux parties (z’ z et z’ z). Pour la deuxième


partie, un problème apparaît pour z +~, parce que la fonction à intégrer
~

oscille sans s’amortir. L’artifice employé habituellement est de remplacer k L par


L + i03B5’/c, où 03B5’ est un réel positif que l’on fait tendre vers 0 à la fin des calculs
k .
1
On trouve finalement le résultat suivant :

Je suppose que la dérivée 03C8’ de la fonction 03C8 introduite au paragraphe


(III.3.d.i) se développe en fonction de la densité sous la forme :

1. Ce procédé est utilisé plusieurs fois au cours de cette thèse : par exemple pour calculer le
potentiel d’interaction (annexe A p 330), ou bien pour calculer l’indice à l’aide de la matrice
T (annexe B, § B 1 a ii, p 349) En fait, on montre que cette partie imaginaire apparaît
naturellement si l’on tient compte du fait que les photons échangés par les atomes se propagent
dans un milieu absorbant (annexe C)
260

L’équation (III.59) donne alors

Il ne reste plus qu’à comparer terme à terme les équations (III.61) et (III.63).
On obtient successivement

puis

Les équation (III.64) et (III.65) permettent de connaître la dépendance exacte


du dipôle en fonction de z. Ce résultat n’a néanmoins qu’un intérêt théorique:
d’une part, il n’est valable que dans le cas d’un milieu de forme très idéalisée
(le demi-espace). Ensuite, il n’est pas très facile à exploiter dans la mesure où
il est difficile d’évaluer numériquement les intégrales si on ne les étend pas sur
tout l’espace (la possibilité de passer en coordonnées sphériques nous est ôtée,
et il faudrait donc intégrer 3 variables numériquement, ce qui demanderait un
important investissement que l’importance du résultat ne justifie pas). Son éva-
luation nous a toutefois permis de mieux comprendre ce qui se passe aux bords
du milieu, et ceci nous sera utile dans l’annexe B (lors de l’interprétation des
termes antirésonnants, p. 379).
Remarque: pour être rigoureux, il faut vérifier que les hypothèses que j’ai
faites sur le comportement asymptotique de 03C8(z) pour z ~ +~ sont vérifiées. Il
s’agit en fait de démontrer que dans cette limite, l’équation (III.59) se ramène à
un comportement en . ikmzPour cela, il faut avoir
e
261

et

Si la condition (III.66.a) vérifie aisément en étendant les intégrales de (III.65)


se

sur tout l’espace, il n’en va pas de même pour (III.66.b) qui nécessite de longues

pages de vérification. Cette vérification a été effectivement été faite, mais, la


jugeant sans intérêt physique, je ne la présenterai pas ici.
262
Chapitre IV

Analyse du résultat

CALCULS présentés dans le chapitre III nous ont fourni la relation de


LES dispersion (III.13), à partir de laquelle il est aisé de déduire un indice.
Cette équation, contenant à l’origine une intégrale sur tout l’espace, a pu être
intégrée sur les angles, fournissant l’équation (III.31). Cette dernière équation ne
comporte qu’une intégrale sur une seule variable, et peut donc être numérisée
sans trop de difficultés.
J’exposerai dans ce chapitre les résultats numériques du calcul d’indice (sec-
tion IV.1.a). Ces résultats sont des courbes donnant l’indice de réfraction com-
plexe (i.e. le déphasage et l’absorption d’un faisceau) en fonction de paramètres
tels que le désaccord ou la température. Nous verrons notamment comment en
extraire ce qui nous intéresse, i.e. les effets quantiques collectifs.
Dans la section IV.2, je reviendrai sur le calcul dans le cadre de l’approxima-
tion de Born que j’avais présenté en introduction (§ I.1). J’essaierai de déterminer
ce que la présente étude a apporté de nouveau par rapport à ce calcul.

Dans la section IV.3, j’effectuerai un développement limité du résultat (III.13)


valable à grand désaccord. Ce développement me permettra (§ IV.3.b) de revenir
sur la condition de faible densité, et de tenter de déterminer
quel est le vrai
petit paramètre. Enfin, paragraphe IV.4, j’expliquerai en détail pourquoi nous
au

avions le droit de négliger comme nous l’avons fait le mouvement des atomes.
Je terminerai par un complément (§ IV.5) qui montrera comment généraliser
notre calcul au cas d’une transition atomique quelconque.

1. Présentation des résultats numériques


a) Courbes en fonction du désaccord
Afin de visualiser d’éventuels effets quantiques collectifs, j’ai tracé les parties
réelle et imaginaire de l’indice de réfraction (c’est-à-dire le rapport L /k
m
Re(k
)
ou L/)
m
Sm(k
) k en fonction de l’un des paramètres du problème. Je rappelle
qu’il y a trois paramètres dans le problème: tout d’abord le désaccord, c’est-
264

à-dire la quantité 03B4 L . Ce désaccord est en général comparable à la


- 03C9
= 03C9 A
largeur naturelle de l’état excité 0393. Ensuite, la température T, comparable (ou
bien inférieure) à la température de B 0
recul
/
L
2
) (M03BA
3BA . Enfin, la densité 03C1 , très
0
inférieure 1/
à .
L
3
Les premières courbes que j’ai tracées sont (bien que ce ne soient pas les
plus démonstratives) les courbes en fonction du désaccord. De telles courbes
sont présentées sur la figure IV.1. Afin de visualiser l’effet de la statistique, j’ai
représenté en trait plein la courbe correspondant aux bosons, et en pointillés celle
correspondant aux « boltzons» (c’est-à-dire aux particules discernables). Pour
évaluer cette dernière courbe, on fait ~ 0 dans l’équation (III.31).
=

FIG. IV.1 - Partze réelle (a) et partie imaginaire (b) de l’indice de réfraction d’un
milieu atomique dilué, calculées en fonction du désaccord. La densité atomique
vérifie 3
0=3BB
0
03C1
L 2, et la température /(
B
Mk
)
L
k
2 = 1. La courbe en trait plein
désigne les bosons, et celle en pointillés les « boltzons ». En médaillon, j’ai ôté le
terme dominant dans l’expression de l’indice.

Ons’aperçoit qu’il est difficile de distinguer la courbe pleine de la courbe en


pointillés. Ceci est dû au fait que le terme d’ordre 1 en densité ne dépend pas de
la statistique. Or ce terme est nécessairement plus grand que le terme d’ordre 2
(faute de quoi notre calcul qui est perturbatif en densité ne serait pas valable).
En médaillon de la figure IV.1, j’ai ôté le terme dominant en densité. Les effets
collectifs sont alors visibles, sans être dominants. Toutefois, s’il est facile d’ôter un
terme lorsque l’on fait des calculs, c’est beaucoup plus difficile sur une expérience.

b) Courbes en fonction de la température. Difficultés d’obser-


ver un signal expérimentalement
Il existe toutefois un moyen de mettre mieux en évidence les effets collec-
tifs: tirant parti du fait que, dans l’équation (III.13), seul le terme statistique
265

dépend de la température, il suffit de tracer l’indice de réfraction en fonction de


la température. C’est ce qui est fait sur la figure IV.2. L’effet de la statistique y
est nettement plus visible, même si notre perception est faussée par le choix de
l’échelle qui « masque »le terme dominant de l’indice.

FIG. IV.2 - Indice de réfraction en fonction de la température, pour des bosons


(trait plein) et des atomes discernables (pointillés). Le désaccord vaut 03B4 0393 et la
=

densité vérifie 303BB 0,5. La ligne en pointillés verticale repère la température


0
03C1
L =

correspondant la condensation de Bose-Einstein. J’az indiqué à droite des figures


à
la situation accessible par un piège magnéto-optique (PMO). Signalons que la
ressemblance entre les deux courbes est fortuite.

Malheureusement, l’effet visible sur la figure IV.2 serait très difficile à mettre
en évidence expérimentalement, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les

expériences classiques de refroidissement d’atomes par laser (piège magnéto-


optique) nous placent sur la partie droite des courbes (à l’endroit indiqué sur
la figure), c’est-à-dire là où pratiquement aucun effet n’est observable. Les expé-
riences de refroidissement sub-recul, que ce soit par la méthode des résonances
noires sur de l’hélium métastable, ou par la méthode Raman dans un piège opto-
électrique (qui est présentée dans la première partie de cette thèse, mais qui n’a
pas encore été réalisée à ce jour), permettent de gagner un ordre de grandeur.
On atteint ainsi une zone où les effets, même s’ils existent, sont petits. Toutefois,
je montrerai dans la section suivante qu’il est pour cela plus avantageux de se
placer à grand désaccord.
Les expériences de refroidissement évaporatif menées à Boulder ont par ailleurs
permis d’atteindre la condensation de Bose-Einstein [63]. Cette condensation a
été détectée à partir d’atomes piégés, par une méthode de temps de vol : on éteint
le piège, on laisse le nuage s’étaler pendant 60 ms, puis on sonde par absorption ;
ce n’est donc pas une mesure in situ des atomes du condensat, même si elle
266

fonctionne très bien. L’expérience de Houston [64] mesure un signal de diffusion


directement à partir des atomes du condensat. Mais il ne s’agit pas réellement
d’un signal d’effets collectifs.
La détection d’effets collectifs sur les atomes, par mesure d’indice, serait
quant-à elle beaucoup moins efficace. Même si les variations d’indice sont plus
importantes au voisinage de la condensation, il est difficile (du moins dans le
régime de faible densité) de mesurer expérimentalement un déphasage (ou une
absorption), en faisant varier la température mais en gardant constants les autres
paramètres, notamment la densité qui est toujours très difficile à contrôler. Or,
des fluctuations de 10 % sur la densité induiraient des variations d’indice plus
importantes que les effets que nous voudrions mettre en évidence, et ce même à
la température correspondant à la condensation de Bose-Einstein.
On peut toutefois imaginer une expérience permettant de contourner cette
difficulté. Elle consiste à utiliser deux faisceaux de même mode spatial (ceci peut
être réalisé à l’aide d’un trou de filtrage), mais de polarisations orthogonales et de
désaccords différents. Ces deux faisceaux sont séparés après le milieu atomique,
ce qui permet de mesurer leurs déphasages respectifs, et d’en faire le rapport. On
élimine de cette façon la plus grande partie des fluctuations de densité (puisque les
2 faisceaux ont interagi avec les mêmes atomes). Par contre, les effets collectifs
apparaissant lorsque l’on fait varier la température ne seront pas éliminés. En
effet, sur une courbe comme la figure IV.2, la température à laquelle commence la
variation (z.e. le seuil d’apparition des effets collectifs) dépend du désaccord. Par
conséquent, dans le cas de l’expérience que je décris ici, l’un des deux déphasages
va varier avant l’autre, et une variation va apparaître sur le rapport des deux

signaux. L’effet sera particulièrement visible si le désaccord de l’un des faisceaux


est grand devant 0393, tandis que l’autre est de l’ordre de 0393 (voir la section suivante).
Une autre possibilité est de regarder autre chose qu’un signal d’indice. Nous
étions en fait gênés par la présence du terme d’ordre 1 en densité. Pour pouvoir
observer des effets quantiques collectifs, il faut fabriquer un signal dans lequel
le terme d’ordre 2 sera le terme dominant. Au chapitre V, nous verrons que la
mesure de la section efficace différentielle de diffusion constitue un bon candidat,
à condition de sonder la lumière diffusée dans une direction de polarisation ortho-
gonale à la polarisation incidente. D’autres solutions seraient aussi envisageables
(envoi de deux fréquences de désaccord opposé et comparaison électronique de
leurs déphasages, mesure de l’effet Faraday à désaccord nul, etc.).

c) Mesure d’indice à grand désaccord

Lorsquel’on sonde les atomes avec un laser de désaccord (positif) 03B4 » 0393,
la variation en fonction de T, et donc les effets collectifs, apparaissent pour des
températures plus élevées. Pour s’en convaincre, il faut revenir au raisonnement
que j’ai fait à la page 213 (davantage de détails seront également données au
paragraphe IV.3.a, p. 278). Du fait de l’interaction dipôle-dipôle, il existe une
267

une distance inter-atomique r


* pour laquelle le laser est résonnant, définie par

Ce sont les atomes qui « voient» le laser de façon résonnante qui contribuent le
plus à l’indice. Lorsque 03B4 ~ +~, ce sont donc des paires d’atomes de plus en
plus proches qui interviennent. Tout se passe comme si l’on « sondait» la dis-
tribution de paire ~(r) pour des valeurs de r voisines de 0. Or, d’après la figure
III.3 (p. 249), ~(r) ~ 1 au voisinage de 0, même à des températures bien supé-
rieures à la température de condensation, d’où l’effet attendu. Quantitativement,
la température d’apparition des effets quantiques collectifs doit être (à un facteur
numérique multiplicatif près)

figure IV.3 confirme effectivement nos attentes : pour un désaccord de


La
quelques dizaines de 0393, les effets collectifs apparaissent à des températures bien
supérieure à la température de recul. Néanmoins, l’amplitude des variations est
aussi beaucoup plus faible.

2. Précisions sur l’approximation de Born


Le but de cette section est de comparer le résultat (III.13) de notre calcul
d’indice avec le calcul de diffusion dans le cadre de l’approximation de Born que
j’avais présenté au chapitre I (§ I.1, p. 200). Nous pourrons en déduire si la prise
en compte des interactions entre atomes, réalisée au chapitre III, était vraiment

utile.
Tout d’abord les deux études ne calculent pas la même quantité. On peut
toutefois comparer la partie imaginaire de l’indice de réfraction avec la section
efficace totale de diffusion, grâce au théorème optique, que je rappellerai au para-
graphe IV.2.a. Muni de ce théorème, on s’attend à ce que le calcul dans le cadre
de l’approximation de Born redonne partiellement le résultat (III.13): on pense
retrouver le terme d’ordre le plus bas et le terme statistique (la première inté-
grale), mais pas la 2e intégrale qui est reliée aux interactions. Nous verrons qu’en
fait, la coïncidence attendue n’a lieu qu’à grand désaccord, et nous expliquerons
pourquoi à l’aide de considérations diagrammatiques. Moyennant une légère amé-
lioration du calcul de diffusion dans le cadre de l’approximation de Born, on peut
néanmoins étendre la concordance des deux résultats à un désaccord quelconque.
Enfin (§ IV.2. e, p. 276), je tracerai des courbes montrant que l’approximation de
Born donne un bon résultat qualitatif, mais que la prise en compte des interac-
tions telles que nous l’avons faite était bien nécessaire pour obtenir un résultat
correct.
268

FIG. IV.3 - Indice de réfraction en fonction de la température, à grand désaccord,


pour des bosons (trait plein) et des atomes discernables (pointillés). La densité
03BB= 0,5. Je n’ai pas pu évaluer la partie réelle de l’indice pour 03B4 = 500393
vérifie 3
0
03C1
L
(la variation de l’indice est trop faible comparée à la précision du programme).
269

a) Le théorème optique
Le théorème optique se déduit du fait que la matrice S est unitaire. On utilise
l’expression de S [119, p. 31 formule (30)] (|03C8 > sont les états incident
> et |03C8
inc dif
et diffusé discrétisés, d’énergie E
inc ):
et dif
E

c
où 03B4 est le symbole de Kronecker (égal à 1 si ses deux arguments sont égaux,
0 sinon). En écrivant que incS|03C8 1, et en utilisant une relation de
~
|S
<03C8
> =

fermeture, on déduit que

On relie l’élément de la matrice T à l’indice de réfraction en utilisant la


relation (B.28) (annexe B) que je rappelle ici:

L
03C9étant la longueur d’onde du photon incident (|03C8
> = L
inc 3B5 La formule
0#x3E;).
&|k
(IV.4) est valable lorsque le milieu remplit une lamelle d’épaisseur a et de section
.
2
L
D’autre part, en intégrant l’expression (I.1) de la section efficace différentielle
de diffusion sur l’angle solide 03A9, on trouve l’expression de la section efficace totale
de diffusion :

Le flux incident de photons vaut inc


03A6 =
c/V, où V est le volume de quantification
(V =
).
3
L
En comparant les équations (IV.3), (IV.4), et (IV.5), on arrive au théorème
optique:

b) Comparaison des deux résultats

i) Calcul de la section efficace totale de diffusion


Je vais donc intégrer l’expression (1.8) sur l’angle de diffusion (et effectuer
une sommation sur la polarisation du photon diffusé). Tout d’abord, je donne
270

l’expression de la section différentielle de diffusion d’un photon quasi-résonnant


03B5 sur un atome unique (on l’obtient facilement en utilisant la matrice T) :
k
L

03B5
k
d étant le photon diffusé, et 03B4 03C9
=
L le désaccord.
- 03C9
A En intégrant sur 03A9 et
sommant à chaque fois sur la polarisation 03B5
, on trouve
d

J’oublierai dans la suite la contribution du 2 e terme de l’équation (1.8), qui


de toute façon ne contient pas d’effets statistiques. Je me suis en effet placé dans
le cas d’un milieu laminaire de dimensions transverses infinies, et le terme vaut
alors simplement

Si on l’intègre sur l’angle solide, on trouve une contribution infinie. Cela vient
du fait qu’il faudrait, pour traiter correctement le problème, resommer certains
diagrammes de diffusion multiple (plus de détails seront donnés au paragraphe
IV.2.c.i. Voir aussi la remarque faite à ce sujet dans l’annexe B, p. 367).
Venons-en maintenant au 3 e terme de (1.8), que je noterai (d03C3/d03A9)
. Pour
stat
l’intégrer sur l’angle solide, j’utilise la relation

Cela donne

La somme E figurantdans la deuxième ligne de (IV.9) est réelle grâce à la


symétrie d
k ~ .
d
-k On utilise en outre l’identité
271

On reconnaît alors dans la somme la partie résonnante du potentiel d’interaction


g(r) qui est défini par l’équation (A.34) (annexe A). Je rappelle que le calcul de
diffusion a été fait dans le cadre de l’approximation du champ tournant. Or, avec
cette approximation, nous savons que l’expression du potentiel g
se ramène à sa

partie résonnante
1 ; nous pouvons donc faire l’assimilation:

On obtient finalement l’identité

ii) Comparaison et interprétation


On peut vérifier que dans la limite |03B4| » 0393, l’équation (IV.11) se ramène à

On reconnaît que l’équation (IV.12) redonne, via le théorème optique (IV.6),


deux des termes de l’indice de réfraction tel qu’on le déduit de l’équation (III.13) :
le terme dominant en densité d’une part (terme à un atome), et le terme d’échange
d’autre part (effets statistiques). Les autre termes sont absents parce que l’on a
négligé, dans le calcul de diffusion, les diagrammes de diffusion multiple.
Malheureusement, lorsqu’on se place à un désaccord plus petit, la formule
(IV.12) n’est plus valable et on n’arrive plus à relier simplement l’expression de
la section efficace totale de diffusion avec celle de la partie imaginaire de l’indice.
Plus exactement, c’est la partie statistique de (IV.11) que l’on n’arrive plus à
relier (alors que ça fonctionne toujours correctement avec le premier terme). Le
théorème optique est pourtant valable à tout désaccord. L’erreur vient du fait que
nous n’avons pas pris en compte les mêmes diagrammes dans les deux calculs.

c) Comparaison des deux calculs en termes de diagrammes


i) Le théorème optique en termes de diagrammes
Les calculs que nous avons effectués ne sont bien sûr pas des calculs exacts.
Pour l’indice de réfraction comme pour la section efficace de diffusion, de nom-
1 Je suis un peu rapide en faisant cette affirmation en effet, si on ôte les termes antiréson-
nants et le terme de contact de l’expression du potentiel g,
on s’aperçoit que celle-ci diverge. Il
aurait donc fallu refaire le calcul de diffusion sans l’approximation du champ tournant Toute-
fois, cela n’aurait rien apporté de plus à la physique du problème
272

breux diagrammes ont été négligés afin de rendre faisables les calculs. Pour pou-
voir appliquer le théorème optique et comparer une section efficace de diffusion
avec un indice, il faut donc que les mêmes termes aient été pris en compte. Or il

n’est pas toujours évident de reconnaître les termes d’un calcul à l’autre. Nous
allons voir ici qu’il est possible d’y parvenir en « repliant» les diagrammes du
calcul de diffusion de façon à obtenir ceux du calcul de l’indice.
Le calcul d’indice en termes de diagrammes a été présenté sommairement au
chapitre II (§ II.1, p. 216), et détaillé dans l’annexe B. Par contre, j’ai été très
rapide dans la présentation du calcul de diffusion. Une section différentielle de
diffusion s’exprime à l’aide du carré d’un élément de la matrice T ; chacun des
deux termes de ce carré peut être développé en diagrammes. Un diagramme de
diffusion est donc un diagramme à deux « voies » parallèles, chaque voie corres-
pondant à l’un des termes du carré [213, 214]. Pour nous fixer les idées, prenons
par exemple le cas d’atomes discernables, et négligeons la diffusion multiple. On
1
a la relation

où >
inc
|03C8 =
|{f, ,
i=1
}
i
P ,
,N 0#x3E;
&k
L > |{f, P
3B5 et |03C8
dif =
i i=1
’}
, ,
,N 0#x3E;.
&k
d3B5
Les impulsions
sont discrétisées, c est le
et 03B4 de
symbole Kronecker, traduisant la conservation de
l’impulsion des atomesi et j.
Dans le premier diagramme de (IV.13), le photon diffuse sur le même atome
dans chacune des deux voies. Ce diagramme correspond au premier terme de la
formule (I.8) (terme en N). Le deuxième diagramme, où le photon ne diffuse pas
sur le même atome, fournit le terme en N
2 dans le résultat (I.8). Rappelons que,
pour des atomes discernables, ~ 0 et le 3
= e terme de (1.8) est nul.
Pour passer d’une section efficace différentielle de diffusion à un indice de ré-
fraction, il faut effectuer une sommation sur le photon d 03B5 Cela revient, comme
k
.
on le voit dans la formule (IV.14), à refermer le diagramme sur lui-même pour

construire un diagramme à une voie, analogue à ceux utilisés dans le calcul d’in-
dice. De même, pour passer d’un indice de réfraction à une section efficace de
diffusion, il faut ouvrir les diagrammes au niveau d’un photon émis (ce peut être
un photon échangé entre 2 atomes, mais aussi un photon émis par un atome et

1 J’invite le lecteur à se reporter à la table B 1, p 354 (annexe B) où sont expliquées les


conventions que j’emplore à propos des diagrammes de Feynman
273

aussitôt réabsorbé par ce même atome). Ce photon deviendra le photon d 03B5


k
.
Si l’on veut une section efficace différentielle de diffusion, on n’effectue plus de
sommation sur ce photon.
On vérifie alors que le théorème optique est applicable si et seulement si l’ou-
verture/fermeture des diagrammes fonctionne dans les deux sens : en refermant
les diagrammes du calcul de diffusion, on doit obtenir tous les diagrammes du
calcul d’indice et eux seuls ; et en ouvrant les diagrammes du calcul d’indice à
tous les endroits où c’est possible, on doit obtenir les diagrammes du calcul de
diffusion et eux seuls.
Pour nous fixer les idées, appliquons ceci à la formule (IV.13). L’opération de
fermeture du premier diagramme donne :

On sait que le dernier diagramme de la formule (IV.14) vaut simplement


la croix signifie en effet (voir table B.1) que je resomme

tous les photons émis et réabsorbés par l’atome (obtenant ainsi le déplacement
de Lamb et la largeur naturelle de l’état excité). Le photon supplémentaire d 03B5
k
n’est donc qu’un terme de plus dans cette sommation. On reconnaît donc l’un
des termes intervenant dans l’expression de (II.8) de l’indice à l’ordre le plus bas
en densité.
Si maintenant on referme le 2
e diagramme de (IV.13), on obtient

avec k
d =
L
k par conservation de
l’impulsion (si le milieu est infini), et 03B5
d 03B5
L par =

conservation du moment cinétique. Ce diagramme figure aussi dans la sommation


(II.8).
Remarque la règle d’ouverture et de fermeture que j’ai énoncée plus haut ne semble pas
fonctionner dans les deux sens En effet, seuls les diagrammes de (II 8) impliquant un ou deux
atomes peuvent, après ouverture, conduire à des termes de l’expression (IV 13). Cela n’est pas
le cas des termes impliquant 3 atomes ou plus Autrement dit, il semble qu’il manque des
diagrammes dans l’équation (IV 13)
274

La situation est en fait plus complexe Les diagrammes doivent être classés en deux types
réductibles et irréductibles Les diagrammes réductibles peuvent être séparés en deux en coupant
une ligne de photon Par exemple, le 2 e diagramme de (II 8) (qui fait intervenir un atome) est
e (à deux atomes) est réductible Lorsque l’on compare un diagramme
irréductible, alors que le 3
d’indice et un diagramme de diffusion par le schéma de fermeture et d’ouverture que je viens
d’exposer, il faut que les deux diagrammes soient irréductibles Je n’expliquerai pas ici l’origine
de cette situation, car je n’ai pas encore introduit certaines notions indispensables Quelques
précisions seront données au paragraphe V 2 b vii, p 318

ii) Comparaison du terme statistique


Le calcul de diffusion du paragraphe (I.1) (p. 200) prend en compte un terme
d’échange, dépendant de la statistique quantique des atomes, et que l’on peut
écrire sous la forme

la conservation de l’impulsion se faisant ici via l’échange des 2 atomes i et j (03B2


ij
est l’opérateur d’échange). Si on regarde maintenant le terme du calcul d’indice
auquel je souhaite le comparer, on trouve :

Ce diagramme peut être ouvert sur le photon k03B5, donnant naissance au diagramme
(IV.16). Mais on peut aussi l’ouvrir sur l’un des photons à l’intérieur» de
« x

i
ou x
(photon émis par l’un des atomes excité et aussitôt réabsorbé). On obtient
275

alors

Ces deux diagrammes sont absents du calcul de diffusion effectué au paragraphe


p. 200. En outre,
I.1, ce sont des diagrammes irréductibles, à cause de l’échange

entrei et j. Nous ne sommes donc pas en présence du même problème qu’à

la section précédente. Le théorème optique ne s’applique donc pas au résultat


(IV.11).
d) Extension de la méthode utilisant l’approximation de Born
Pour effectuer un calcul de diffusion correspondant, via le théorème optique,
au résultat (III.13) de l’indice de réfraction (non compris la 2 eintégrale figurant
dans l’expression de A, qui est liée aux interactions dipôle/dipôle entre les 2
atomes d’une paire, dont je ne tiens pas compte ici), il faut prendre en compte les
deux diagrammes (IV.18). Je vais montrer ici qu’il existe une façon physique « »

de le faire : il faut pour cela considérer que l’énergie de l’état excité d’une atome
(resp. sa largeur naturelle ) n’est plus 03C9A (resp. 0393) mais est modifiée par
l’indiscernabilité des atomes [171].
Pour cela, on pose

où >
f
|03C8 un état où tous les atomes sont dans l’état fondamental et où l’im-
est
pulsion de > un état à un atome excité, dans
chaque atome est fixée, et |03C8
e
l’état excité de polarisation L
. Si les atomes sont discernables, on prend |03C8
> =
e
i{j,
e
|i,
,
L
>,
j~i
kLe·03B5
Ri
f}
et on trouve simplement
276

Avec l’indiscernabilité (pour des bosons), on prend

où je rappelle que, si i
P l’impulsion de l’atome z, |i,
est ikL·Ri e· 03B5
e ,P
L > = |i, e·
i
,P
L
03B5 i + >.
L
k Après quelques lignes de calcul sans difficulté, on obtient

d étant le dipôle atomique réduit.


Si maintenant, on remplace dans le dénominateur de l’équation (IV.11) le
déplacement de Lamb et la largeur naturelle de l’état excité par leurs valeurs
corrigées issues de l’équation (IV.22), on obtient

On peut vérifier que l’équation (IV.23) redonne, via le théorème optique et à


l’ordre 2 en densité, les deux premiers termes du résultat (III.13) de l’indice de
réfraction.
Remarques :
-

il est possible d’interpréter physiquement le fait que la durée de vie de l’état


excité est modifiée par la statistique quantique. Lorsqu’un atome se désexcite, il
est susceptible de retomber dans une classe d’impulsion déjà occupée par d’autres
atomes. On doit donc s’attendre à ce que l’émission spontanée soit favorisée dans
le cas des bosons, et au contraire défavorisée dans le cas des fermions ;
-

la formule (IV.23) ne permet pas de retrouver la dernière intégrale du


résultat (III.13); il faudrait pour cela tenir compte de la diffusion multiple (le
photon émis par désexcitation peut être absorbé par un autre atome puis réémis,
processus qui vient modifier la durée de vie de l’état excité et le déplacement de
Lamb) ;
-

la modification de 0393 et de 0394E due à l’indiscernabilité des atomes peut


être retrouvée par une méthode de champ moyen [187].

e) Résultats
numériques
Afin d’évaluer les conséquences de l’approximation de Born, j’ai tracé sur
la figure IV.4 l’indice de réfraction en fonction de la température, avec et sans
277

FIG. IV.4 - Indice de réfraction en fonction de la température, calculé avec les


mêmes paramètres que pour la figure IV.2. Les courbes en continu contiennent
tous les termes. Les courbes en pointillés ne tiennent compte que de la correction
correspondant à l’approximation de Born (terme d’ordre 1 et première intégrale
de la formule (III.31)).

l’approximation de Born. On constate que l’approximation de Born donne le bon


résultat qualitativement, mais que les corrections dues aux interactions sont du
même ordre de grandeur que les effets collectifs. Il était donc bien nécessaire d’en
tenir compte.

3. Développement à grand désaccord du ré-


sultat (III.13)
Je vais présenter dans ce paragraphe un développement asymptotique du ré-
sultat (III.13) de l’indice de réfraction à l’ordre 2 en densité. Ce développement,
que l’on doit à Gora Shlyapnikov, est valable à grand désaccord (|03B4| ~ 0393)
. Il
1
nous permettra notamment d’apporter des précisions sur le petit paramètre de

densité (§ IV.3.b).

1. Le calcul qui va suivre n’est en fait valable qu’à grand désaccord positif. Nous savons en
effet que le potentiel d’interaction entre 2 atomes proches dont l’un est excité peut être répulsif
ou bien attractif, selon l’état interne dans lequel se trouve la paire (voir p. ex. la figure 1.7,

p 213) Dans le cas où le potentiel est attractif, il tend à confiner l’un des atomes au voisinage
de l’autre, et par conséquent, il existe des états liés Si le désaccord du laser est négatif, il peut
entrer en résonance avec la transition conduisant vers l’un de ces états liés Des effets physiques
complexes, que je ne prends pas en compte mes calculs, peuvent se produire
278

a) Principe du développement et calcul

Pour effectuer le développement, je suppose que la 2 e intégrale de la formule


1 contribue essentiellement là où son dénominateur s’annule, c’est-à-dire
(III.13)
* (définie par la formule (I.26)), qui est la distance à
au voisinage de la distance r

laquelle une paire d’atomes voit la lumière de façon résonnante. Je rappelle que
* vérifie
cette distance r

(où ~ = //, |). Lorsque 03B4 0393 k


*
r
L 1. On peut donc rem-
(03B4 > 0), alors
placer l’exponentielle complexe exp (ikL · r) présente dans l’intégrale par 1. Je
remplace aussi la fonction ~(r) par sa valeur au point r . Cela donne, une fois
*
faite l’intégration angulaire et en tenant compte du terme de contact :

On peut également remplacer l’expression de g//,| déduite des équations (III.33)


et (III.34), par sa valeur asymptotique en 1/(k
). L’équation (IV.25) peut alors
r
L
3
être calculée exactement (attention : on ne doit remplacer 03B1 par sa valeur asymp-
totique (qui est réelle) qu’à la fin du calcul). Voici le résultat finalement obtenu

Remarque : l’intérêt de ce développement est qu’il prévoit le comportement à


grand désaccord du signal, tel qu’il est montré par la figure IV.3 (i.e. les effets
collectifs apparaissent à une température d’autant plus élevée que le désaccord
est grand)
. La 1
2 r e de (III.13) présente ne présente pas a priori cette
intégrale
propriété (le pic correspondant ne se déplace pas en fonction du désaccord). Elle
décroît en 1/03B4 quand 03B4
~
+~, c’est-à-dire de la même façon que le 1
e r de
terme
(IV.26). On ne peut la négliger que si 03C1
DB 1.
3
~
0
1 Je ne sais pas développer la première intégrale de (III 13)
2 Si l’on voulait considérer la limite (IV 26) au sens mathématique, il conviendrait d’y
) par ~(0) Je ne l’ai pas fait car je ne veux pas supposer que r
remplacer ~(r
* * DB (afin
~
de pouvoir considérer le cas des hautes températures) Le résultat (IV 26) n’est alors pas tout-
à-fait exact, car l’équation (IV 24) n’est qu’approchée il conviendrait d’introduire au niveau
de l’équation (IV 25) un facteur numérique devant r, valant (3/2)
* 1/3 dans la direction // et
1/3
(3/4) dans la direction | la
Toutefois, prise compte
en de ces facteurs numériques alourdit
le résultat (IV 26) sans rien apporter de plus au niveau de la physique
279

b) Evaluation du petit paramètre de densité


Dans ce paragraphe, je vais revenir sur l’approximation de faible densité que
je fais dans l’ensemble de cette étude. Je rappelle que cette hypothèse nous a
permis de négliger les interactions à 3 corps. La portée des interactions étant de
l’ordre de la longueur d’onde optique, on doit trouver peu d’atomes dans un cube
dont le côté est de l’ordre de 03BB
.
L
Cet argument est fort qualitatif: rien ne nous permet par exemple de dire si
la condition à remplir est

ou bien

Les deux conditions (IV.27) et (IV.28) sont très différentes : la première est
250 fois plus restrictive que la seconde ! Il est donc indispensable de déterminer
une condition de validité précise pour le calcul.

Un moyen de s’en tirer est de vérifier a posteriori que le calcul était bien
valable. Il suffit en effet que la contribution du terme d’ordre 1 en densité soit
effectivement bien plus importante que celle d’ordre 2. On vérifie par exemple
que la condition est bien vérifiée sur les courbes des figures IV.1 et IV.2, et ce
bien que la condition (IV.27) ne soit pas vérifiée (rappelons que les courbes ont
été tracées avec 3 03BB 2 (fig. IV.1) ou 3
0
03C1
L =
03BB 0,5 (fig. IV.2)).
0
03C1
L =

Le résultat (IV.26) nous fournit une réponse plus quantitative dans le cas des
particules discernables et à grand désaccord positif. On voit que la condition à
remplir est

(les facteurs numériques présents dans (IV.26) étant tous voisins de 1), ou encore

r* étant la distance pour laquelle une paire d’atomes voit la lumière de façon
résonnante, donnée par la formule (1.26). On constate donc que la condition
(IV.30) est moins restrictive que la condition (IV.28).

4. Le rôle de l’énergie cinétique. Condition


sur le désaccord

Nous avons dans tous les calculsnégligé le mouvement des atomes, sans vrai-
ment justifier cette approximation. Ce paragraphe se propose de revenir sur ce
point.
280

Je commencerai par me limiter au terme d’ordre 1 en densité (§ IV.4.a). Nous


verrons que le mouvement des atomes peut être négligé dès que le désaccord est

supérieur à l’énergie de recul. La dépendance en température induite par l’effet


Doppler est négligeable devant celle des effets collectifs dans le cas 0393 03C9rec
correspondant aux alcalins.
Dans le paragraphe IV.4.b, j’étudierai l’influence de l’énergie cinétique sur les
termes d’ordre 2 en densité (interactions entre atomes). Le calcul sera effectué
dans le cas de bosons à température nulle, et dans la limite des grands désaccords.

a) Corrections du premier terme de l’indice induites par le


mouvement des atomes

Je vais recalculer ici l’indice à l’ordre le plus bas en densité, en tenant compte
de manière perturbative du mouvement des atomes.
Pour cela, j’utilise la méthode de la matrice T (cf. annexe B, formule (B.28)
p. 359). Je me place donc en point de vue P. L’élément de matrice que je calcule
maintenant est T(E), avec E
i i =
L + 03A3
03C9 i=1
N /(2M)
i
2
P + i03B5. Je tiens compte
du changement d’impulsion que subissent les atomes quand ils sont excités (effet
Doppler et effet de recul). Dans le cas d’un état pur (i.e. où l’impulsion de chaque
atomes est bien déterminée), on trouve facilement que

où j’ai posé 03B4 = 03B4 - k


/(2M).
L
2
On voit donc ligne (IV.31.a) que l’on peut négliger le mouvement des
sur la
atomes dès que 03B4 rec (avec 03C9
03C9 rec = 2 k
/
L M), et ce à condition que la vitesse
moyenne des atomes soit de l’ordre de la vitesse de recul, ou bien plus faible (ce
que nous avons supposé dans cette étude).
Néanmoins, la valeur de l’indice à l’ordre le plus bas ne nous intéresse guère :
nous cherchons des effets collectifs, et nous avons vu au paragraphe IV.1.a, p. 263

que c’est la dépendance de l’indice en température qui permet de les mettre en


évidence. Aussi se demande-t-on ici si l’effet Doppler ne va pas introduire une
dépendance supplémentaire venant « brouiller» le signal qui nous intéresse.
281

Pour répondre à cette question, on moyenne maintenant l’équation (IV.31.b)


sur une distribution thermique. On trouve

Dans le cas non dégénéré (i.e. où les facteurs d’occupation se réduisent à des
exponentielles), on trouve

En supposant que 03BB


L~, DB et en comparant l’équation (IV.33) avec l’équa-
~
tion (III.13) (dans laquelle le terme statistique, donc la dépendance en tempé-
0 ),
rature, est en 03B103C1 DB
3
~
0
03C1on voit que la dépendance en température due au
mouvement des atomes est petite devant celle liée aux effets quantiques collectifs
lorsque

condition qu’il est très facile de vérifier avec des alcalins (par exemple pour le
césium la condition (IV.34) est équivalente à 03C1
L 5,7.10
3
0 ).
-7
b) Calcul de l’indice d’un gaz de bosons à température nulle
tenant compte du recul des atomes
i) Présentation du résultat
Yvan Castin [215] a effectué
calcul d’indice de réfraction tenant compte
un
du mouvement atomique, et en se limitant au cas de bosons à température nulle
(l’impulsion de chaque atome est donc initialement nulle). Voici le résultat ob-
tenu :
282

et

Le résultat être rapidement obtenu par la méthode de la résol-


(IV.35) peut
vante. Aussi, j’épargnerai au lecteur les détails du calcul. Nous savons (cf. annexe
B) que l’indice se calcule en resommant les diagrammes d’échanges de photons
entre deux atomes (que l’on peut noter i et j). Le résultat (IV.35) a été obtenu
en utilisant la particule réduite correspondant à la paire {i, j}, et donc en posant

R R =
i - et P =
,
j
R i
(P
-P)
j/2. Par conséquent, et C g(R)
P ne commutent pas
de
(et il faut se le rappeler lorsqu’on manipule les fractions l’équation (IV.35.a)).
Remarque. les termes d’énergie cinétique ne figurent pas tous dans le résultat (IV.35). A
priori, l’énergie cinétique intervient au niveau des dénominateurs d’énergie (éléments de matrice
de G )) Dans le calcul d’indice, il existe deux sortes de dénominateurs d’énergie :
(z) = 1/(z-H
0 0
ceux correspondant à un état à un atome excité et 0 photon, qui s’écrivent

et ceux correspondant à un état à un photon et aucun atome excité,ze

Pour obtenir le résultat (IV 35), il faut négliger l’énergie cinétique dans le 2 e type de dénomi-
nateur (de façon à retrouver le potentiel g sans correction) Si on ne néglige pas cette énergie
cinétique, on modifie le pôle z,
en et donc l’expression du potentiel d’interaction gOr,
on sait

(notamment grâce à l’annexe C) que, si la modification du pôle est petite devant , alors
L
03C9
l’indice est inchangé à l’ordre 2 en densité On peut donc négliger l’énergie cinétique dans le
deuxième type de dénominateurs à condition qu’elle reste négligeable devant 03C9 .
L

ii) Développement dans la limite de masse infinie


Les dénominateurs de l’équation (IV.35.a) peuvent être développés en puis-
sances de 1/M sous la forme

Je vais maintenant reporter le développement (IV.36) dans l’équation (IV.35.a).


Pour ce faire, je vais négliger le terme exp(-ik
L· r) présent dans la première
283

ligne de (IV.35.a). Cette approximation est valable dans la limite des grands
désaccords, où, comme nous l’avons vu au paragraphe IV.3, ce sont essentielle-
ment des valeurs de r proches de 0 qui contribuent au résultat
. Dans ce cas, la
1
contribution de l’état subradiant disparaît. On trouve simplement que
2

où le tenseur f est défini par

Compte tenu des hypothèses faites, l’expression (IV.38.a) de A


0 est conforme
au résultat « standard » (III.13). On peut s’assurer que les intégrales du terme

correctif (IV.39) convergent sur une distance de l’ordre de 03BB. Par conséquent,
L
le petit paramètre du problème est comme prévu k /M0393.
L
2 Dans le cas des alca-
lins, il paraît donc légitime de négliger l’énergie cinétique, et ce quel que soit le
.
3
désaccord
1 Sans cette approximation, le raisonnement queje fais ici n’est plus valable, car les intégrales
qui constituent alors les coefficients du développement sont divergentes
2. Le symbole utilisé dans (IV 38) désigne la contraction totale de deux tenseurs (i e la
trace de leur produit au sens des matrices) La dérivation du symbole ~ s’applique sur ce qui
est à droite, à l’intérieur du même groupe de parenthèses
3 Cette affirmation est un peu rapide dans la mesure où l’argument des intégrales de l’équa-
tion (IV 38) dépend du désaccord 03B4 Par conséquent, le calcul ci-dessus ne permet pas de dire
que l’on peut négliger l’énergie cinétique à tout désaccord
Une étude plus poussée de ces intégrales a été effectuée par Yvan Castm [215] Cette étude
est basée sur undéveloppement à grand désaccord du type de celui réalisé au paragraphe IV.3.
Elle conclut que le terme correctif A 1 se comporte, lorsque03B4 ~ +~, en 1/3 (0393/03B4) Par
2
)
0
(03B103C1
.
conséquent, A1 décroît plus vite que A 0 à grand désaccord
Les calculs conduisant à ce résultat sont fort longs C’est pourquoi je n’ai pas jugé indispen-
sable de les faire figurer dans cette thèse Le lecteur intéressé par le détail de ces calculs pourra
s’adresser à Yvan Castin
284

Remarque: dans l’article que nous avons publié dans Phys. Rev. A [188], nous
indiquions que notre calcul n’est valable que pour

Nous avons obtenu cette condition par un raisonnement semi-classique [216], en


évaluant la force à laquelle est soumis un atome excité, situé au voisinage d’un
autre atome de telle sorte que le laser soit résonnant. On calcule le temps au
bout duquel l’atome, du fait de cette force, quitte la zone résonnante. Si ce temps
, le régime stationnaire ne peut pas être atteint et les
est plus court que 0393
-1
hypothèses de départ de notre calcul sont fausses. En fait, ce raisonnement est
faux parce qu’on n’a pas le droit de traiter le problème de façon semi-classique
au voisinage du point de rebroussement. Par conséquent, notre calcul est bien

valable pour tout désaccord positif.

5. Complément : généralisation au cas d’une


transition atomique quelconque
Tous les calculs d’indice ont jusqu’ici été effectués en supposant que la tran-
sition atomique entre l’état fondamental et le premier état excité était une tran-
sition 0~1. Cette hypothèse est très restrictive, et ce principalement pour deux
raisons : tout d’abord, la plupart des atomes refroidis par laser possèdent des
transitions plus compliquées que 0 ~1 (par exemple 4 ~ 5 pour le césium).
Les signaux prédits par ces calculs ne sont donc pas des signaux observables ex-
périmentalement. De plus, comme nous recherchons des effets collectifs, il serait
intéressant de pouvoir comparer l’indice selon que les atomes sont des bosons
ou des fermions. Or, les fermions sont des particules de spin demi-entier (donc

dans le cas des atomes, leur état fondamental doit avoir un moment angulaire
demi-entier).
L’objet de ceparagraphe est de généraliser le calcul d’indice à une transition
J ~ J + 1 quelconque. Le problème est compliqué par le pompage optique qui
apparaît alors dans l’état fondamental. C’est pourquoi je me suis placé ici dans un
cas particulier : celui où les atomes sont initialement pompés dans le sous-niveau

|m =
+J>, et où le laser sonde est polarisé 03C3
. De tels atomes peuvent être
+
préparés dans un piège magnétique par du refroidissement évaporatif (comme par
exemple dans l’expérience de l’équipe de Cornell [63]). Le piège électrostatique et
magnétostatique, que j’ai présenté au paragraphe 3.A, p. 179 (première partie de
cette thèse) pourrait constituer un moyen de les obtenir avec du refroidissement
Raman.
285

a) Calcul de l’indice
Le principe du calcul est de resommer les diagrammes d’échanges de photons
entre deux atomes d’une paire (méthode de la résolvante). Afin de simplifier
les calculs, cette resommation doit être effectuée en choisissant comme axe de
quantification la droite joignant les deux atomes. A l’origine l’un des deux atomes
z et l’autre dans l’état |e, m = J+1>
est dans l’état|f,m = J> , où z correspond à
z
l’axe de propagation du laser. La première étape du calcul consiste donc à changer
d’axe de quantification. Les potentiels d’interactions seront ensuite calculés dans
la base correspondant à l’axe r.

i) Changement d’axe de quantification


Pour effectuer ce changement de base, il faut connaître l’expression des repré-
sentation irréductibles du groupe de rotation SO(3) (ou SU(2) dans le cas d’un
spin demi-entier). La réponse nous est fournie dans la littérature [217, p. 85]. Si
une rotation est donnée par ses angles d’Euler ~ , alors l’élément de
, 03B8, et ~
1 2
matrice de la représentation irréductible de rang ~est donné pour -~ m, n ~
par

et

Nous avons besoin de prendre une rotation amenant u z sur r/r (de coordon-
nées sphériques (03B8,~)). L’un des degrés de liberté est indéterminé. Il suffit donc
de prendre ~2 0 (et ~
=
1 ~). On applique la formule (IV.40) successivement
=

avec ~ = J et ~ = J +1 (pour l’atome dans l’état fondamental et pour l’atome


excité respectivement). Grâce à l’état initial choisi, la formule doit être appliquée
pour n = ~, ce qui simplifie considérablement les calculs.

ii) Resommation des diagrammes d’interaction


On choisit donc la direction de r comme axe de quantification. On considère
(fig. IV.5) une paire d’atomes dont l’un est excité. Je note|f, m; e, m’>
r l’état de
cette paire, avec -J m J et - J - 1 m’ J + 1. Je cherche à connaître le
286

FIG. IV.5 - Echange d’un photon entre un atome dans l’état fondamental et un

autre dans l’état exczté. L’axe de quantification choisi est r.

. Ce couplage
couplage par échange d’un photon de cet état avec l’état |e, n’; f, n>
r
vaut

où <m|03B5|n’> est un élément de matrice (ce n’est pas un vecteur) qui se calcule par le
théorème de Wigner-Eckart, l’élément de matrice réduit valant 1. La sommation
de la deuxième ligne de (IV.41) se fait sur 3 vecteurs d’une base quelconque de
.
3
R
Pour calculer l’expression (IV.41), on exprime les polarisations sur la base des
polarisations 03C3
- + par rapport à r. On procède ensuite comme pour le
, 03C0 et 03C3
calcul du tenseur g dans le cas de la transition 0 ~1 (annexe A, p. 331). Voici
le résultat finalement obtenu :
287

et

Remarquons le symbole de Kronecker en facteur de l’expression (IV.42). Il tra-


duit la conservation du moment cinétique de la paire d’atomes lors des processus
d’échanges de photons.
iii) Résultat du calcul
Voici le résultat du calcul d’indice dans le cas d’une transition J ~ J + 1
quelconque, lorsque les atomes sont au préalable pompés optiquement dans le
niveau|f, m =
+J> :

avec

~
V est un vecteur colonne, défini pour - J m J et m’ = ~ - m par

Enfin, g
~ est une matrice carrée, indexée par m et n, avec -J m, n J.
L’expression de son élément de matrice est défini par la formule (IV.42), avec
m + m’ = n + n’ = ~.

b) Calcul formel
numérique
et

Le résultat (IV.45) est beaucoup plus compliqué que le résultat (III.13) de


la transition 0 ~ 1. Il contient en effet des intégrales supplémentaires (formule
288

(IV.46)), et les 4J + 3 matrices 1/(1 2014 g


) à inverser (dans la formule (III.13), il
~
2
était facile d’effectuer l’inversion car on connaissait les axes propres du tenseur
g).
Le problème est toutefois soluble si l’on particularise la valeur de J (et si
celle-ci n’est pas trop élevée!). J’ai choisi d’effectuer le calcul à l’aide du logi-
ciel de calcul symbolique Mathematica. Ce logiciel est capable de calculer toutes
les quantités utilisées dans la formule (IV.42). Il peut notamment calculer les
coefficients de Clebsch-Gordan et inverser les matrices de façon exacte.
Le programme en Mathematica que j’ai écrit calcule l’argument de l’intégrale
de (IV.42) pour chaque valeur de ~. Il convertit ensuite le résultat en code FOR-
TRAN. Un programme FORTRAN effectue ensuite la sommation sur ~ et calcule
numériquement les intégrales.
Je suis conscient qu’il eût été préférable d’effectuer avec Mathematica la som-
mation sur ~, et de convertir le résultat en FORTRAN une fois faite cette som-
mation. Malheureusement, si l’on procède ainsi, l’expression de la fonction est
trop longue (jusqu’à 20 lignes de code en mode 132 caractères par ligne), de sorte
qu’à partir de J = 1 le compilateur refuse de compiler le résultat fourni par
Mathematica.
Un autre problème survient du fait que la deuxième ligne de (IV.42) diverge
en 0 pour une valeur donnée de ~ (ce n’est que la somme des termes correspondant

à toutes les valeurs de~ qui converge). Or les erreurs d’arrondi dans chacun des
termes empêchent le résultat numérique de converger. J’ai résolu ce problème en
soustrayant, lorsque k r
L 1, à la fraction rationnelle de la deuxième ligne de
(IV.42) le terme 03B1g
(r). Ensuite, j’ai calculé la contribution du terme soustrait
~
en faisant effectuer par Mathematica la sommation sur ~, et en développant le

résultat au voisinage de r = 0.

c) Résultat numérique
Le résultat du calcul d’indice pour diverses transitions J ~ J+1est donné par
la figure IV.6. Dans le cas des valeurs de J demi-entières, j’ai utilisé la distribution
de paire des fermions. On constate que, pour des valeurs de J correspondant au
même type de statistique, l’indice de réfraction est très voisin. Ceci permet de
justifier le fait que la quasi-totalité des calculs de cette thèse aient été effectués
sur une transition 0 ~ 1.
289

FIG. IV.6 - Indice de réfraction d’un gaz d’atomes, sur une transition J ~ J + 1,
tracé pour plusieurs valeurs de J. Le désaccord vaut 03B4 =
0393, la densité vérifie
03BB 0,5, et la lumière est polarisée 03C3
0
03C1
L
3 = . Dans les cas où J est demi-entier, j’ai
+
utilisé la distribution de paire des fermions.
290
Chapitre V

Calcul de section efficace


différentielle de diffusion

POSSIBLE d’observer des effets quantiques collectifs sur un gaz


EST-IL d’atomes froids en étudiant son interaction avec un faisceau lumineux?
L’expérience de Boulder [63] nous a fourni une réponse positive : la condensation
de Bose-Einstein est observable dans le cas de gaz inhomogènes (confinés au fond
d’un piège). Par contre, une telle observation est beaucoup plus difficile dans le
cas qui nous intéresse des atomes libres (du moins pour les faibles densités, c’est-

à-dire dans le régime où il est possible de faire le calcul). En effet, lorsque l’on
effectue une mesure de l’indice, les effets quantiques collectifs sont des effets du
second ordre en densité. Or les fluctuations du premier ordre viennent brouiller
le signal qui nous intéresse.
L’objet de ce chapitre est de revenir sur cette conclusion pessimiste. Nous
devons pour cela rechercher des signaux d’interaction atomes/lumière, tels que
les effets quantiques soient visibles « sur un fond noir ». Les effets quantiques
collectifs sont des effets à 2 atomes (ou plus). Nous devons donc chercher un
signal auquel un atome isolé ne contribue pas, mais auquel une paire d’atomes
peut contribuer.
Nous avons trouvé un tel signal : la section efficace différentielle de diffusion.
Nous savons que pour un atome isolé, cette section efficace est donnée par la
formule

où L
03B5 est le photon incident et d
k 03B5 le photon diffusé. Supposons que l’on place,
k
suffisamment loin du milieu, un photodétecteur. Ce photodétecteur permet de
détecter la diffusion du photon dans une direction kd donnée. Plaçons maintenant
devant ce photodétecteur un polariseur ne laissant passer que la composante de
292

polarisation orthogonale à la polarisation 03B5


L du photon incident (i.e. on impose
|03B5 Alors, d’après la formule (V.1), le photodétecteur ne détectera aucun
03B5
.
d
signal.
Si maintenant plusieurs atomes sont présents, ils pourront échanger des pho-
tons. Au cours de ces échanges, la polarisation ne sera pas conservée, et un photon
pourra être diffusé avec une polarisation possédant une composante orthogonale
à la polarisation incidente. Nous avons là un signal uniquement lié aux paires
d’atomes (i.e. dans lequel le terme dominant est le terme d’ordre 2 en densité).
Plus exactement, le photodétecteur observera de la lumière si deux atomes sont
situés suffisamment proches (à une distance de l’ordre de la longueur d’onde op-
tique). On peut donc s’attendre à ce que les effets quantiques collectifs soient non
négligeables dès que la température est de l’ordre de la température de recul.
Cet ultime chapitre sera entièrement consacré à l’étude de la section efficace
différentielle de diffusion, et comprendra deux parties. Tout d’abord (section V.1),
je la calculerai par un développement systématique en puissances de la densité,
analogue à celui utilisé au paragraphe III.3, p. 252 pour le calcul d’indice. Le
résultat obtenu n’est valable que dans le cas d’un milieu mince, (i.e. diffusant
peu la lumière). De plus, pour intégrer numériquement les équations, je devrai
supposer que le milieu est de forme sphérique et de densité uniforme. La section
V.2 donnera des indications sur la généralisation du calcul au cas d’un milieu
épais. Elle s’appuie sur le formalisme utilisé par les physiciens qui étudient la
diffusion dans un milieu désordonné [213, 214, 218-220].
Nous verrons que des effets quantiques collectifs sont aisément détectables,
même à des températures accessibles par des méthodes conventionnelles de re-
froidissement radiatif (mélasse et piège magnéto-optique). Toutefois, ce bel op-
timisme doit être tempéré par le fait que tous les calculs sont effectués sur une
transition 0 ~ 1, type de transition qui n’existe pas sur les atomes pouvant être
refroidis par laser. Si la transition est plus compliquée, une diffusion dans une po-
larisation orthogonale à la polarisation incidente est possible même avec un seul
atome, via un changement de sous niveau Zeeman pour l’atome. On peut certes
s’en tirer, dans le cas d’une transition J ~ J + 1, en pompant l’atome dans le
sous-niveau| + J) du fondamental, en envoyant un laser polarisé 03C3 + (voir § IV.5,
p. 284) et en détectant encore dans une polarisation orthogonale à la polarisa-
tion incidente. On pourrait également utiliser une transition J ~ J, en pompant
également les atomes et en envoyant un laser 03C3 + (cette fois-ci sans restriction sur
la polarisation détectée). Dans ce cas, le signal ne pourrait apparaître que via
l’interaction des atomes dans leur état fondamental, qui est de portée beaucoup
plus courte. Les effets collectifs pourraient donc apparaître pour des longueurs
d’onde de de Broglie beaucoup plus petites, donc pour des températures plus
élevées. Quoi qu’il en soit, de telles expériences nécessitent un pompage parfait
des atomes, le moindre défaut dans la qualité de ce dernier pouvant brouiller le
signal.
Signalons avant de commencer que d’autre signaux détectables sur fond noir
293

ont été proposés. Par exemple, Shlyapnikov a proposé une expérience basée sur

une transition à deux photons [221].

1. Calcul de l’intensité lumineuse dans le cas

d’un milieu mince


a) Principe du calcul et définitions
Pour calculer l’indice de réfraction, nous avons dû évaluer l’amplitude du
champ électrique à l’intérieur du milieu atomique. Pour calculer la section efficace
de diffusion, c’est l’intensité lumineuse que nous devons connaître.

FIG. V.1 - Diffusion d’un photon sur un nuage d’atome froids, et détection dans
une direction de polarisation fixée (ici, elle est orthogonale à celle du photon

incident).
Soit donc un milieu atomique mince, c’est-à-dire tel que 203BB 1, où a est la
0
03C1
a
L
taille du milieu (figure V.1). Le milieu est irradié par une onde plane incidente de
vecteur d’onde k L et de polarisation 03B5
. Je cherche à calculer l’intensité lumineuse
L
en un point M situé loin du milieu, selon une direction de polarisation 03B5
d donnée.
Pour ce faire, je dois définir les quantité suivantes
1
1 Le lecteur pourra être surpris des définitions figurant dans le système (V.2). En effet, les
quantités d
i et e(r) sont déjà des moyennes sur les degrés de liberté atomiques internes et sur les
photons Dans ces conditions, on ne voit pas pourquoi on considère les produits de moyennes,
par exemple di d
~ ,
j et non les moyennes des produits
Aussi ai-je effectué une étude plus poussée, basée sur les moyennes de fonctions de corrélation
temporelles, du type

Ces moyennes ont été effectuées en représentation de Heisenberg, dans le cas où la saturation
du laser est faible Les calculs sont analogues à ceux concernant l’amplitude qui sont présentés
dans l’annexe A
294

les moyennes étant effectuées sur les degrés de libertés atomiques externes (je
rappelle que e(r) et di sont des opérateurs vis-à-vis de ces degrés de liberté).
L’intensité lumineuse au point r est donc [I](r, r). La quantité que je me propose
de calculer est 03B5*
·M
d ,·
[I](r
) r03B5 .
d

b) Développement formel de la théorie microscopique


Je calcule ici l’intensité lumineuse à l’ordre 2 en densité, par un développement
formel de la théorie microscopique. Pour ce faire, j’utilise le formalisme mis en
place au paragraphe III.3.b, p. 254.

z) Calcul de l’intensité lumineuse

On calcule l’intensité lumineuse en utilisant


l’équation (III.1.a). En outre,
comme le point M est situé loin du milieu, on suppose que le champ laser est nul

en ce point (le laser a une taille finie). On obtient donc simplement :

En moyennant sur les positions atomiques, on met cette expression sous la forme
Je trouve finalement que les moyennes de produits d’opérateurs satisfont aux mêmes équations
que les produits de valeurs moyennes J’en déduis donc qu’il y a égalité entre ces deux types
de quantités Ceci découle du fait que le champ source est un champ cohérent,ie
295

où les fonctions sont à déterminer.

ii) Calcul de la valeur moyenne de produits de deux dipôles


Comme au paragraphe III.3.b (p. 254), je développe la quantité d ~ d
i j
~ sous

la forme

ne fait intervenir qu’une seule position atomique (et vaut donc 0


en fait intervenir deux, etc. Je définis en outre

Dans le où z ~ j, la moyenne de (2)


cas
i~
(d ~ d
)
j
sur les positions atomiques

va nous fournir (d’après l’équation (V.2.c)) l’expression de [K](r, r’) à l’ordre 2


en densité. Dans le cas où i = j et en utilisant (V.2.b), on obtiendra [K](r) à

l’ordre 2.
Plaçons-nous pour commencer dans le casi ~ j. Intuitivement, on écrit la
relation

On utilise l’expression (III.47) de que je rappelle ici :

Ceci donne, en multipliant par (r - (3)


(3)
03B4 )03B4
i
R
(r’ -R), puis
j en moyennant sur
les positions des atomes
296

Dans le cas oùi = j, on obtient à partir de l’équation (III.41) le développement

On utilise ensuite les relations (V.7) et (V.8). Après moyenne sur les positions
atomiques, on trouve

c) Section efficace différentielle de diffusion


Le M est situé très loin du milieu. Plus exactement, si j’appelle O
point
le centre du milieu, alors ~OM~
a. Je peux alors remplacer dans (V.4) les

tenseurs g(r
M - r) et g(r
M - r’) par leurs valeurs asymptotiques, i.e.

où j’ai défini d
k =
Ok
L
M/~OM~. J’utiliserai également le développement

Plutôt que de calculer l’intensité du champ au point M, j’évalue la section


efficace de diffusion polarisée 03B5
d03C3/d03A9(k
L ~k
)
d . Pour cela, je tire parti du
03B5
fait que le flux de photons à travers une surface est proportionnel à l’intensité du
champ classique sur cette surface. D’où

d) Résultat pour un milieu homogène


Je suppose dorénavant que la densité atomique est constante à l’intérieur
du milieu (03C1(r) ). Je calcule la section efficace de diffusion en utilisant les
0
03C1 =
297

équations (V.4), (V.9), (V.11) et (V.14). J’obtiens

où V est le volume du milieu et p(r) est la probabilité que deux points du milieu
soient séparés par le vecteur r, définie par

L’équation (V.15) constitue formellement le résultat cherché. Son intégration


numérique, qui est assez compliquée, sera toutefois considérablement simplifiée
si on peut intégrer certaines variables analytiquement. Dans cette optique, je me
suis placé dans le cas où le milieu remplit une boule de diamètre a. Cela permet
de calculer analytiquement la partie angulaire de l’intégrale. Signalons que le
choix de la boule devient désastreux si le milieu cesse d’être mince (à cause de la
diffraction sur les bords du milieu qui se fait dans toutes les directions).
Dans le cas d’une boule, la probabilité p(r) ne dépend que de r. On la calcule
en évaluant le volume de l’intersection de deux boules de diamètre a et dont les

centres sont distants de r. On trouve finalement

e) Séparation des termes de l’expression (V.15)


L’intégration analytique de la partie angulaire de l’équation (V.15) est a priori
plus compliquée que pour l’indice. En particulier, nous sommes gênés par la
présence d’exponentielles complexes avec des arguments différents (ik L · r ou
·r).
d
ik Afin de simplifier peu
un les calculs (i.e. pour éviter de faire apparaître des
fonctions de Bessel), il est préférable de développer l’expression (V.15), de façon
à séparer ces exponentielles. On intégrera ensuite séparément la partie angulaire
de chacun des termes, en choisissant à chaque fois pour axe z l’axe du vecteur
d’onde de l’exponentielle complexe.
Voici le résultat de ce développement (pour N 1) :
298

où le « tenseur asymptotique ~g est défini par

définition qui est suggérée par Bart A. van Tiggelen [214, p. 45]. Le tenseur g
(r)
~
coïncide avec le tenseur g(r) pour kr
L 1. Il ne contient pas les termes en 2
1/r
3 (ni non plus le terme de contact).
ni les termes en 1/r
Regardons de près les termes de l’équation (V.18). Les termes intitulés
« termes
géométriques » contiennent des intégrales qui ne convergent à l’infini
que grâce à la présence de la probabilité p(r). Ces termes dépendent fortement de
299

la taille et de la forme du milieu atomique. Au contraire, dans les termes suivants,


les intégrales convergent sur une distance de l’ordre de la longueur d’onde optique.
En me plaçant dans la limite a 03BB , j’ai donc pu remplacer la probabilité p(r)
L
par la constante 1/V (c’est-à-dire traiter ces termes comme si le milieu était
infini). Ces termes ne dépendent pas de la taille ni de la forme du milieu : ce sont
des termes intrinsèques. Remarquons que les effets collectifs ne sont présents que
dans les termes intrinsèques.
Il est également possible de séparer les termes intrinsèques des termes géo-
métriques en raisonnant avec des diagrammes. Les diagrammes entrant en jeu
dans les termes intrinsèques sont présentés dans la table V.1 (où j’ai repris pour
chaque classe de diagrammes la nomenclature de Bart A. van Tiggelen et Ad
Lagendijk [213]). On constate que ce sont tous des diagrammes irréductibles,
c’est-à-dire qu’il est impossible de couper en deux en sectionnant deux lignes de
photons parallèles. Au contraire, les diagrammes des termes géométriques, i.e.

sont des diagrammes réductibles. Cette opposition entre diagrammes réductibles


et irréductibles estquelque chose de fondamental : on rencontre d’ailleurs la même
pour le calcul .
1
d’indice
Les diagrammes réductibles de la formule (V.20) sont en fait les premiers
d’une classe de diagrammes (les diagrammes d’échelles). Lorsque le milieu est
épais, il est nécessaire de resommer l’ensemble de ces diagrammes. Des précisions
seront apportées sur ce sujet au paragraphe V.2.c.ii, p. 319.

1 Voir par exemple dans l’annexe B la remarque p 367


300

TAB. V.1 - Les termes irréductibles du résultat (V.18) et les diagrammes corres-
pondants. Les termes statistiques et les complexes conjugués ne figurent pas dans
ce tableau. Les noms ont été tirés de [213].
301

f) Intégration angulaire dans le cas d’un milieu sphérique


Comme pour le calcul d’indice, j’ai intégré analytiquement la partie angulaire
des intégrales figurant dans le résultat (V.18). Je me suis ainsi ramené à une
intégrale portant sur une seule variable, beaucoup plus facile à traiter numéri-
quement. Malgré la complexité et la longueur des calculs, je les ai effectués de
façon archaïque (c’est-à-dire à la main). Par la suite, j’ai vérifié mon résultat à
l’aide du logiciel de calcul symbolique Mathematica.
Je commence par définir le cadre général du calcul d’intégrales. Soient [F](r)
et [G](r) deux tenseurs diagonaux sur toute base orthonormée dont le premier
vecteur est r/~r~, i.e.

les valeurs propres ne dépendant que de ~r~. Je définis l’intégrale

On voit que toutes les intégrales figurant dans l’équation (V.16) se ramènent à
la forme (V.22). Alors, le résultat de l’intégration angulaire (où j’ai séparé le cas
k =
0) est :
302

où les fonctions ,f
1
f 2 et 3
f sont définies par

g) Résultats numériques
z) Principe du calcul numérique
J’ai évalué numériquement la section efficace différentielle de diffusion, en
procédant de la même façon que pour l’indice, i.e. en partant de l’expression
intégrée sur les angles. J’ai évalué la lumière diffusée par un milieu sphérique
mince : j’ai donc dû choisir une densité et un rayon de milieu compatibles avec la
condition de minceur.
Je suis parti de l’expression (V.18), transformée grâce à l’équation (V.23). J’ai
intégré séparément les termes géométriques et les termes intrinsèques de l’équa-
tion (V.18), car le rayon de convergence des intégrales correspondantes n’est pas
du tout du même ordre. Par contre, j’ai groupé (après l’intégration angulaire) les
intégrants de tous les termes intrinsèques, avant de les intégrer numériquement.
Si j’effectue les opérations dans l’ordre inverse (intégration numérique de chaque
terme puis addition des résultats), j’obtiens un résultat faux à cause des erreurs
d’arrondis (avec notamment une section efficace négative dans certains cas).
Remarquons que l’expression de la section efficace (plus exactement la contri-
bution des diagrammes de boucles) contient un terme qui oscille sans s’amortir
pour r ~ +~. Ce problème avait déjà été rencontré dans le cas de l’indice et a
été traité ici de la même façon (en intégrant séparément l’exponentielle complexe
correspondante, et en l’ôtant de l’intégrant ; on le justifie en introduisant une
partie imaginaire au pôle lors de l’évaluation de g (par exemple en remplaçant g
par le tenseur B
g défini par les formules (C.3) et (C.4) dans l’annexe C)).
Comme pour l’indice, j’ai effectué le calcul sur la station SUN SPARC de
notre équipe. J’obtiens une courbe du genre de celle de la figure V.2 en quelques
heures.
303

ii) Résultat
La figure V.2 présente le résultat d’un calcul de section efficace différentielle
de diffusion, pour un milieu mince de forme sphérique, avec un désaccord laser
valant 03B4 0393, et en détectant la lumière diffusée dans une direction de polarisation
=

orthogonale à la polarisation incidente. La section efficace de diffusion par atome


est tracée en fonction de la température.

FIG. V.2 - Résultat d’un calcul de section efficace différentielle de diffusion, pour
des bosons (courbe continue) et des atomes discernables (courbe en pointillés). Le
milieu remplit une sphère de rayon a/2 = 2003BB
. La densité atomique (homogène)
L
vaut 303BB=0,01.
0
03C1
L Le désaccord du laser vaut 03B4 0393. Le faisceau incident est
=

polarisé linéairement. La direction de diffusion est (en coordonnées sphériques,


par rapport aux axes ux = 03B5
,u
L y u z~u
=
x et uz L /k 03B8 = 03C0/4, et ~ 03C0/2.
k
)
= =

La lumière diffusée est détectée dans une direction de polarisation orthogonale à


la polarisation incidente.

Comme dans le cas de l’indice, la seule dépendance en température est due


aux effets de statistique quantique. On constate donc que ces effets de statistique

représentent, dans le meilleur des cas (c’est-à-dire au voisinage de la condensation


de Bose-Einstein), 20 % du signal total. C’est beaucoup mieux que dans le cas
de l’indice ; c’est néanmoins un peu décevant en comparaison avec la peine que
nous ont coûtée les calculs. Au vu de ce résultat, les effets collectifs ne semblent

guère observables sur les expériences de notre laboratoire. Si l’on recherche les
effets collectifs à des températures accessibles par le refroidissement laser, on a
besoin de contrôler la densité atomique à une précision de l’ordre du pour cent,
chose qui me paraît très difficile. A des températures plus basses (et notamment
si la condensation de Bose est atteinte), une précision de 10 % sur la densité
suffit. Mais il faut acquérir les techniques de refroidissement évaporatif, chose qui
304

nécessitera vraisemblablement plusieurs mois, voire un an.


Toutefois, comme pour l’indice, on doit s’attendre à ce que, si l’on se place
à grand désaccord, les effets collectifs apparaissent pour des températures plus
élevées (toujours selon le même argument développé p. 266, basé sur l’existence
d’une distance r* à laquelle les deux atomes d’une paire voient le laser de façon
résonnante). C’est ce que nous allons maintenant vérifier.

iii) Résultat à grand désaccord

La figure V.3 nous montre des résultat obtenus à des désaccords laser allant de
03B4
= 0 à 03B4
= 50 0393. On voit que comme attendu, la dépendance en température (et
donc les effets quantiques collectifs) apparaît à une température d’autant plus
élevée que le désaccord est grand. Nous avons également une surprise : plus le
désaccord est élevé, plus grande est l’importance (par rapport au signal total)
du terme statistique. A grand désaccord, il représente la moitié du signal total.
Il serait donc possible d’observer des effets quantiques collectifs sur des atomes
refroidis par laser, sans qu’il soit nécessaire de très bien contrôler la densité.
Malheureusement, ce bel optimisme doit être tempéré, et ce pour deux raisons.
La première a déjà été évoquée : les calculs sont effectués sur une transition 0 ~ 1,
et pour généraliser le résultat, il faut être capable de pomper parfaitement les
atomes. La deuxième difficulté vient du fait que l’intensité de la lumière diffusée
décroît lorsque 03B4 ~ +~. Pour un désaccord 03B4 10 0393, on trouve une section
=

-7 2
efficace différentielle par atome de l’ordre de 5.10 L (je rappelle que je me suis
placé dans le cas d’une très faible densité 303BB= 0,01) et que je détecte la lumière
0
(03C1
L
dans une direction de polarisation orthogonale à la polarisation incidente). Si
l’on suppose que la fréquence de Rabi du laser incident est de l’ordre de 0393, et en
prenant pour 0393 la valeur du césium (203C0 5,3 MHz), sachant également qu’avec les
paramètres choisis
1le milieu contient 335 atomes, on trouve que le milieu diffuse
600 photons par seconde et par stéradian. L’observation de ce signal nécessitera
donc l’emploi d’un photomultiplicateur, une technique relativement compliquée
à utiliser.

iv) Mesure de la lumière diffusée dans un petit angle


Le calcul de section efficace de diffusion dans le cadre de l’approximation
de Born réalisé au paragraphe I.1 (p. 200) prédit que les effets collectifs seront
importants si l’on détecte la lumière diffusée vers l’avant, dans une direction
formant un petit angle 03B8 ~ DB
/~ par rapport à l’axe de propagation du faisceau
L
03BB
(voir le résultat (I.8) et la figure I.4) ; dans ce cas il n’est pas besoin de filtrer la
polarisation. On peut donc se demander s’il est possible de retrouver ce résultat
dans le cadre du présent chapitre (i.e. en tenant compte des interactions entre
paires d’atomes dont l’un est excité).

1 La densité vaut 03BB=0,01, et


0
03C1
L
3 le rayon du milieu a/2 = 20 03BB
L
305

FIG. V.3 - Calcul de section efficace de diffusion, tracée en fonction de la tem-


pérature pour différentes valeurs du désaccord du laser. Les autres paramètres
(forme du milieu, densité, direction de diffusion, polarisation) sont les mêmes
que pour la figure V.2.
306

FIG. V.4 - Résultat d’un calcul de section efficace différentielle avec un petit angle
de diffusion (03B8=
0,1rad = 5,7°), et sans filtrage de la polarisation. La densité,
le désaccord, la taille du milieu et l’angle ~ sont les mêmes que sur la figure V.2.
En pointillés, résultat obtenu dans le cadre de l’approximation de Born (éq. (I.8),
p. 203).

Lafigure V.4 vient confirmer nos attentes : en choisissant un angle de diffusion


de 0,1 rad, on constate que, lorsque la condensation de Bose est atteinte et si l’on
compare avec le cas des atomes discernables, 50 % de lumière supplémentaire est
diffusée. On remarquera en outre que la prise en compte des interactions n’apporte
que des corrections mineures, par rapport au résultat donné par l’approximation
de Born ; de ce point de vue, les travaux que j’ai effectués dans ma thèse ne sont
donc pas très « rentables ».
Au premier abord, une mesure de la lumière diffusée selon un petit angle
semblera plus facilement réalisable que les mesures proposées dans les paragraphes
précédents, basées sur un filtrage de la polarisation : la quantité de lumière diffusée
y est en effet beaucoup plus importante. Toutefois, on ne pourra plus tirer parti
de l’intéressante caractéristique présentée dans la section V.1.g.iii (p. 304), à
savoir que les effets collectifs apparaissent pour des températures plus élevées si
le désaccord du laser est grand (cette caractéristique est très liée aux interactions
entre atomes, dont on sait qu’elles jouent peu de rôle dans le cas présent). Ceci
limite donc l’intérêt de la mesure à petit angle, qui nécessiterait de fabriquer un
condensat tout en contrôlant la densité à 10 % près, ce qui n’est pas réalisable
dans l’état actuel des expériences
.
1
1 L’astuce évoquée p 266, qui consistait à éliminer les fluctuations de la densité en com-
parant la diffusion de deux faisceaux de désaccord différents se propageant selon le même axe,
n’est pas applicable ici car elle estprécisément basée sur la caractéristique de la diffusion à
grand désaccord que je viens d’évoquer
307

Remarque : le résultat de la figure V.4 met en évidence une situation où les


termes d’échange entre deux atomes identiques cessent d’être négligeables devant
les termes classiques. Dans ces conditions, il est possible que des termes d’échange
entre trois atomes ou plus soient eux aussi non négligeables. Autrement dit, la
courbe de la figure V.4 n’est pas un résultat correct quantitativement (mais il n’y
a pas de raison a priori pour que les termes d’échange d’ordre supérieur viennent

compenser de façon importante l’effet du terme d’ordre 2).

v) Conclusion

Les calculs d’intensité que j’ai présentés montrent qu’il est théoriquement
possible d’observer un signal lié à l’indiscernabilité des atomes en mesurant la
diffusion de la lumière dans une direction de polarisation orthogonale à la polari-
sation incidente. Toutefois, les conditions expérimentales seront particulièrement
délicates, car elle nécessitent soit de très bien contrôler la densité, soit de détecter
très peu de lumière.
Néanmoins, la condition de milieu mince 2 03BB « 1, et la condition de faible
0
03C1
a
L
densité 03C1
L 1, que j’ai imposées dans mes calculs, sont des pures conditions
3
0
de théoricien : sans elles, je ne sais pas faire le calcul, ce qui ne veut pas dire qu’il
n’y a pas d’effets intéressants. En levant l’une de ces conditions, on augmente
le nombre d’atomes, donc le signal lumineux. Pour pouvoir prédire quel sera ce
signal, il faut trouver une méthode de calcul de la diffusion valable dans le cas
d’un milieu épais et dense.
Cette méthode existe, bien qu’elle ne soit pas très élégante: il s’agit d’une si-
mulation de Monte-Carlo, donc une méthode entièrement numérique. Elle permet
de calculer la section efficace de diffusion non seulement dans le cas d’un milieu
épais et/ou de densité élevée, mais également dans le cas où la densité n’est pas
uniforme. On pourra par exemple traiter la situation où les atomes sont confinés
dans un piège harmonique, comme c’est le cas sur les récentes expériences de
condensation par refroidissement évaporatif [63].
Les résultats de cette méthode seront présentés dans l’article que nous publie-
rons prochainement.

2. Généralisation au cas d’un milieu d’épais-


seur quelconque
La section V.1 nous a permis d’évaluer la section efficace différentielle d’un
milieu d’atomes froids dégénérés. Pour mener à bien les calculs, j’ai dû supposer
que le milieu était mince, z.e. que 2
03BB 1.
0
03C1
a
L
Je vais maintenant montrer comment aborder le problème sans cette hypo-
thèse. Pour cela, j’utiliserai le formalisme employé en physique de la diffusion
dans un milieu désordonné [218-220, 213, 214], tout en l’adaptant au cas de la
308

physique atomique. Afin d’aider le lecteur à mieux comprendre ce formalisme,


je l’introduirai dans un premier temps en l’appliquant au problème maintenant
bien connu de l’amplitude du champ et de l’indice de réfraction (équation de
Dyson, § V.2.a). J’effectuerai ensuite le calcul de l’intensité, qui repose sur le
même principe mais qui est beaucoup plus lourd (équation de Bethe-Salpeter,
§ V.2.b). Enfin, (§ V.2.c), j’interpréterai le résultat obtenu.
Avant de commencer, je préviendrai le lecteur des points suivants. Tout
d’abord, les calculs qui vont suivre sont très lourds et relativement difficiles à
comprendre. Ensuite, ils n’apportent strictement rien de plus du point de vue
des effets collectifs. Enfin, ils débouchent sur une divergence que je ne sais pas
traiter, et donc sur l’impossibilité de calculer l’intensité lumineuse dans le cas d’un
milieu épais. Tout ceci, j’en conviens, n’encouragera guère le lecteur à continuer.
Néanmoins, il m’a paru utile de faire figurer la section qui va suivre dans ma thèse,
et ce pour plusieurs raisons. Pour commencer, le fait de trouver une divergence et
de montrer que l’on ne peut pas résoudre (facilement) un problème constitue déjà
un résultat en soi. Le calcul pour y parvenir permet en outre de créer un lien entre

l’approche que nous avons développée (le calcul d’intensité par développement
systématique en puissances de la densité) et les résultats de la littérature [213]. Il
permet également d’apporter des précisions sur la zoologie des diagrammes pris
en compte, sur la séparation entre termes géométriques et termes intrinsèques

que nous avons rencontrée dans l’équation (V.18), ainsi que sur la formulation du
théorème optique en termes de diagrammes. Enfin, les équations de Dyson et de
Bethe-Salpeter constituent une formulation tellement élégante du problème qu’il
eût été vraiment dommage d’en priver le lecteur !

a) Equation de Dyson. Calcul de l’amplitude du champ


i) Introduction

Je considère un milieu d’atomes froids, et une source de lumière, que je modé-


liserai par une distribution s(r) de dipôles forcés, oscillant à la fréquence quasi-
résonnante 03C9
. Je cherche à savoir comment le milieu réagit à cette source, de
L
façon à connaître l’amplitude du champ en tout point (fig. V.5).
En l’absence d’atomes, ce champ est donné par la formule

En présence d’atomes, on suppose que le milieu réagit linéairement. Le champ


est donc donné par

où le tenseur (r, r
D
g
)
1 (appelé propagateur du champ) dépend a priori des ca-

ractéristiques géométriques du milieu.


309

FIG. V.5 - Réponse du champ à une sollicitation, en présence et en l’absence


d’atomes.

Le tenseur D
g vérifie l’équation suivante [214, éq. (2.3) p. 37; 220, éq (39)],
appelée équation de Dyson, et que je ne chercherai pas à démontrer ici :

Le tenseur [03A3] présent dans l’équation (V.27) est appelé réponse irréductible ».
«

C’est une quantité intrinsèque, z. e. qui ne dépend pas descaractéristiques géo-


métriques du milieu
. Je vais maintenant calculer la
1 réponse irréductible par une
méthode perturbative.
Remarque: le lecteur pourra être gêné par le parachutage» de l’équation
«

(V.27). En particulier, le caractère non local du tenseur [03A3] n’est pas du tout
intuitif. On peut toutefois se rappeler (grâce aux résultats du chapitre III) que
le dipôle moyen en un point n’est pas proportionnel au champ en ce point ; il
dépend aussi du champ en des points voisins. Cette non-localité une fois admise,
l’équation de Dyson (V.27) exprime que le champ en un point est la somme du
champ des sources et du champ créé par les dipôles induits.

ii) Calcul de la réponse irréductible


L’amplitude moyenne du champ E(r) vérifie l’équation (III.5.a) qui relie le
champ aux dipôles. En multipliant scalairement à droite l’équation de Dyson
1 Le développement de [03A3] en termes de diagrammes ne contient que des diagrammes
irréductibles
310

), en intégrant sur r
(V.27) par s(r
1 1 puis en utilisant les équations (V.25), (V.26)
et (III.5.a), on déduit l’identité

où P(r) =
03C1(r)D(r).
On calcule maintenant la réponse irréductible en puissance de la densité,
comme nous l’avions fait pour l’indice au paragraphe III.3. Je rappelle que ce

développement est un développement formel en puissance de p, valable dans le


cas d’un milieu mince (03C103BB
a
L
2 1). L’expression de la réponse irréductible ne
dépend pas de la géométrie du milieu. Par conséquent, les seuls paramètres de
longueur qu’elle peut contenir contienne sont 03BB
L et .DB Autrement dit, la dé-
~
pendance en p de la réponse irréductible est forcément en 03C103BB
L (ou en ).
3 DB Il ne
3
03C1~
peut pas y avoir de terme en 03C103BB
a. C’est pourquoi le résultat du développement
L
2
a > 1 pourvu que 3
sera valable même lorsque 03C103BB
L
2 03BB 1.
0
03C1
L
La réponse irréductible se développe donc en

La densité de dipôle P(r) se développe sous la forme (en utilisant l’équation


(III.5.a))

qui analogue à l’équation (III.40).


est
Les quantités [03A3]
(1) et [03A3]
(2) se calculent en utilisant l’équation (III.50) (où
l’on remplace E
L exp(ik
L · r) par E (r)). Je traite le problème en transformée de
L
Fourier: je suppose que le champ source est en exp(ik · r) (où k est un vecteur
d’onde de norme quelconque), et je définis :

Je suppose également que la densité varie peu sur l’échelle de la longueur d’onde
311

optique (de façon à remplacer 03C1(r


)
2 par ). J’obtiens finalement
03C1(r
)
1

Comme prévu, la réponse irréductible [03A3] ne dépend pas de la géométrie du


milieu.
Remarques :
-

si on remplace la réponse irréductible par son expression à l’ordre 1 en

densité, l’équation de Dyson devient

On reconnaît dans l’équation (V.33) l’équation (C.9) introduite dans l’annexe C.


Le propagateur g D coïncide donc au premier ordre en densité avec le potentiel
renormalisé g
B ;
-

dans le cas où le champ est une onde progressive, z.e. 0


03B5 E(r) = exp(ik
·r),
m
où m
~k
- ~« k
L
k ,
L on peut réécrire l’équation (V.28) sous la forme

Dans ces conditions, la relation entre dipôle et champ devient locale et on retrouve
le résultat de l’indice de réfraction établi au chapitre III.

b) Calcul de l’intensité lumineuse

i) Equation de Bethe Salpeter


Comme au paragraphe V.2.a.i(p. 308), je considère une source lumineuse, par
exemple une distribution de dipôles forcés. Je décris cette source par le tenseur
[S](r, r’) ~ s(r) ~s* (r’). En l’absence de milieu atomique, l’intensité lumineuse
est donnée par1

1 La signification des nouvelles notations tensorielles introduites dans ce chapitre est expli-
quée dans la table V 2
312

TAB. V.2 - Les notations tensorielles du chapitre V.

Tout d’abord, si a etb sont deux tenseurs, je définis leur contraction totale par

Dans ce chapitre, j’utilise des «


super-tenseurs» qui sont des matrices à 4 indices :

Ces super-tenseurs peuvent être contractés des tenseurs à 2 indices, de la façon


suivante : avec

Attention à l’ordre des indices : ce n’est pas le plus intuitif, mais c’est celui qui convient
le mieux au calcul d’intensité.
On peut également fabriquer un super-tenseur avec deux tenseurs, de la façon
suivante:

Attention a : [b c] : d ~ (a : b) (c : d). C’est pourquoi je n’ai pas utilisé le


symbole ~. La relation correcte est

En présence du milieu, l’intensité répond quadratiquement, i.e.

La quantité [G] est le propagateur de l’intensité. Elle est solution de l’équa-


tion de Bethe-Salpeter [214, p. 40; 218, éq. (2.9) ; 219; 220], qui est au problème
d’intensité ce que l’équation de Dyson est au problème d’amplitude :
313

La quantité [V] présente dans l’équation (V.37) est appelée vertex irréduc-
tzble. C’est une quantité intrinsèque, tout comme l’était la réponse irréductible
[03A3]. Nous allons maintenant calculer l’expression du vertex irréductible par un
développement en puissances de la densité.

ii) Expression en fonction des dipôles


Comme je l’ai fait pour le calcul de l’amplitude, je vais maintenant faire
intervenir les dipôles. J’utilise l’équation (III.1.a) reliant le champ aux dipôles,
lorsque le système oscille à une fréquence unique. J’obtiens

On moyenne l’équation (V.38) sur les positions atomiques, de façon à obtenir

une expression de [I](r,r’). On compare ensuite avec l’expression de 03B5(r)


~
E *(r’) obtenue en prenant le carré de l’équation (III.5.a). On obtient

On revient maintenant à l’équation de Bethe-Salpeter (V.37), et on la


contracte à droite (au sens des tenseurs) 1
avecr’
,
) [S](r On intègre ensuite
.
314

On obtient de cette façon l’équation suivante faisant intervenir


sur 1
r et sur .
1
r’
l’intensité lumineuse :

Finalement, la comparaison des équations (V.39) et (V.40) nous fournit

iii) Développement formel de la théorie macroscopique

Je suppose que le vertex irréductible se développe en puissances de la densité


sous la forme

Pour puissances de la densité, il faut aussi


développer l’équation (V.41) en

D figurant au premier membre. En fait, il suffit de les évaluer au


développer les g
premier ordre en densité. On peut donc utiliser l’équation (V.33). D’où l’identité :
315

L’égalité (V.44) doit être vérifiée quels que soient r et r’. Or on constate
que r et r’ interviennent dans toutes les intégrales de (V.44) via le même facteur
-r)g*(r’
g(r
-
2 r’). ), poser u = 2
On peut donc intégrer sur r et r’ (sur R
3 r-r
et u’=
, puis séparer les intégrales sur u et u’. Ceci donne :
r’ - r’
2

iv) Développement formel de la théorie microscopique

Nous devons maintenant calculer par un développement microscopique les


expressions de [I](r, r’), de [K](r, r’) et de [K](r) à l’ordre 1 ou 2 en densité.
Les deux derniers termes ont déjà été calculés. Leur expression est donnée par les
formules (V.9) et (V.11), dans le cas où le champ est une onde plane de vecteur
d’onde k. On en déduit immédiatement les expressions correspondant au cas
L
(dont nous aurons besoin) où la norme du vecteur d’onde est quelconque.

L’intensité lumineuse n’a pas encore été évaluée à l’intérieur du milieu. On


part de l’équation (V.39), et on ne garde que les termes faisant intervenir au plus
316

un atome

Il faut maintenant moyenner l’équation (V.46) sur la position des atomes.


Cela donne :

Remarquons l’intégrale qui apparaît est divergente si r r’. Autrement


que =

dit, l’intensité du champ en un point à l’intérieur du milieu est infinie. Cette


divergence doit être éliminée en introduisant une coupure sur les fréquences lors
du calcul du potentiel g, où, ce qui revient au même, à introduire une zone «

d’exclusion » autour de chaque atome (potentiel de type sphère dure »). Je


«

reviendrai sur ce point ultérieurement (§ V.2.c.iii, p. 320).

v) Calcul du vertex à l’ordre 2 en densité


Je vais maintenant calculer l’expression du vertex à l’ordre 2 en densité en
utilisant les deux développements (macroscopique et microscopique) que j’ai ef-
fectués. Pour cela, il est plus simple de passer en transformée de Fourier. Je définis
donc

On injecte maintenant les équations (V.9), (V.11) et (V.47) dans l’équation


(V.45),
obtient
que l’on multiplie par exp (ik
d· (r’
1-r)).
1 A l’ordre 1 en densité, on
317

(valable quelles que soient les normes de

Je suppose que la densité p varie peut sur une échelle de longueur de l’ordre
de la longueur d’onde optique. Je suppose en outre que les points r1 et r
2 sont
suffisamment proches pour que 03C1(r ). A l’ordre 2 en densité, j’obtiens
) ~ 03C1(r
1 2

Dans la première intégrale de l’équation (V.50.b), j’ai dû exclure une petite


boule autour de 0. Sans cette précaution, l’intégrale diverge, parce que l’inten-
sité lumineuse en un point à l’intérieur du milieu est infinie. Le résultat dépend
donc de la taille de la boule exclue. Je reviendrai sur ce problème au paragraphe
V.2.c.iii, p. 320.

vi) Interprétation et remarques


En développant en diagrammes le résultat (V.50.b), on vérifie qu’il ne contient
que des diagrammes irréductibles. Ces diagrammes sont par ailleurs les mêmes
318

que ceux jeu dans la partie « intrinsèque» de l’expression de la section


entrant en

efficace (V.18) valable pour un milieu mince, et qui sont représentés dans la table
V.1, p. 300. Le vertex irréductible peut donc être interprété comme une « section
efficace différentielle de diffusion intrinsèque » (de même que, pour le calcul d’am-
plitude, la réponse irréductible (c’est-à-dire l’indice) peut être interprété comme
un « déphasage intrinsèque »).
Le calcul du vertex à l’ordre 2 en densité a déjà été réalisé dans le cas scalaire
par Bart A. van Tiggelen et Ad Lagendijk [213]. Les auteurs ne considèrent
pas un milieu d’atomes froids, mais des particules classiques, qui induisent une
constante diélectrique aléatoire, vérifiant les propriétés <03B5(r)> 0 et <03B5(r)03B5(r’)> ~
=

(r - r’).
(3)
03B4 Les équations d’où ils partent sont donc très différentes des nôtres.
Leur résultat est cependant tout à fait analogue au résultat (V.50.b) (aux effets
collectifs près).

vii) Le théorème optique


Il est possible de relier la partie imaginaire de la réponse irréductible [03A3]
et le vertex irréductible [V], pour obtenir une relation analogue au théorème
optique (appelée identité de Ward [213]). Cette relation s’écrit

Remarquons que l’identité (V.51 ) est plus complexe que l’expression (IV.6) établie
au chapitre IV. En fait, cette dernière faisait (implicitement) l’approximation du

champ tournant, dont nous savons qu’il ne faut pas la faire pour obtenir un
résultat correct (voir à ce sujet le paragraphe B.3, p. 375).
Cette relation peut être retrouvée en refermant des diagrammes, selon la mé-
thode que j’ai présentée au paragraphe IV.2.c.i. Toutefois, il est nécessaire d’uti-
liser pour [03A3] et pour [V] des expressions renormalisées, dans lesquelles tous
les tenseurs g ont été remplacés par g D (et ceci pour éviter certains problèmes
avec des diagrammes réductibles, comme évoqué p. 273).

c) Calcul de l’intensité loin du milieu

i) Le vertex réductible

L’expression du vertex irréductible (V.50.b) ne suffit pas. Il faut calculer une


quantité mesurable physiquement, par exemple l’intensité en un point éloigné du
milieu. On peut calculer cette intensité en utilisant l’équation (V.40) et l’expres-
sion du vertex irréductible (V.50). En fait, il, est plus commode d’introduire une
319

nouvelle quantité, le vertex réductible. On le note [R], et on le définit par

L’équation (V.53) permet de calculer le champ diffusé de façon non auto-


cohérente. En comparant l’équation (V.53) avec l’équation de Bethe-Salpeter
(V.37), on déduit l’équation sur le vertex réductible:

ii) Solution diagrammatique (dans le cas scalaire)


L’équation du vertex réductible (V.54) peut être itérée. On se ramène alors à
une resommation de diagrammes d’échelles réductibles. Par exemple, si le vertex
irréductible [V] est évalué à l’ordre 1 en densité,
[R] s’exprime sous la forme

Si le milieu estinfini, dans le cas scalaire1 et à l’ordre 1 en densité, une expression


analytique de la somme (V.55) peut être calculée en transformée de Fourier [214].

Lorsque l’on va à l’ordre 2 en densité (toujours dans le cas scalaire), il convient


de remplacer tous les « barreaux » de l’échelle (V.55) par l’ensemble des dia-
grammes représentés dans la table V.1. La resommation de diagrammes réduc-
tibles (V.55) s’apparente à la resommation (B.45) du calcul d’indice. Nous savons
que pour obtenir un résultat valable même lorsque le milieu est épais, il faut re-
sommer les diagrammes irréductibles à l’ordre 2, et les diagrammes réductibles

1 Dans le cas où le champ est scalaire, on resomme exactement les mêmes diagrammes La
g(r)
seule différence est que le potentiel doit être remplacé par Y(r) = L
i
/e
r
(403C0r)
k
320

à tous les ordres. Dans le cas du milieu mince, nous nous étions restreints aux
termes à deux atomes, pour les diagrammes réductibles comme pour les dia-
grammes irréductibles. Ainsi, les diagrammes réductibles de la formule (V.20)
sont inclus dans les deux premiers termes de la somme (V.55)
.
1
iii) Un problème ouvert : la résolution dans le cas vectoriel

Lorsque le champ est vectoriel, nous avons vu que l’intensité lumineuse en


un point à l’intérieur du milieu est infinie (ce qui n’est pas le cas dans le cas

scalaire). La conséquence est que l’expression du vertex irréductible (V.50.b) est


divergente (et il a été nécessaire d’introduire une sphère d’exclusion). Si l’on
calcule l’intensité en un point extérieur du milieu grâce à la resommation (V.55),
on trouve un résultat qui dépend fortement de la taille de la sphère d’exclusion

choisie. Pourtant, physiquement, l’intensité mesurée à l’extérieur du milieu n’a


aucune raison de dépendre de la sphère d’exclusion. D’ailleurs, l’intensité que

nous avions calculée dans le cas d’un milieu mince ne faisait pas intervenir de
sphère d’exclusion.
On peut voir que ce sont les diagrammes d’échelles qui sont à l’origine de la
divergence. Dans le cas de milieu mince, tout se passe bien parce que la divergence
qui est présente dans les diagrammes d’échelles irréductibles

vient exactement compenser celle du diagramme d’échelle réductible

Par contre, dans le cas du milieu épais, les divergences des diagrammes d’échelles
réductibles à partir du 3
e , i.e.
1 Je que par définition le diagramme « écranté»
rappelle contient tous les
diagrammes de diffusion multiple ne passant pas deux fois par le même atome (définition dans
l’annexe C, formule (C 2)) Cette convention permet d’inclure les deux premiers diagrammes
de (V 20) dans (V 55)
321

ne sont pas compensées. Pourqu’ils le soient, il faudrait prendre en compte des


diagrammes irréductibles à trois atomes. Un calcul de diffusion dans le cas d’un
milieu épais, pour un champ vectoriel, ne peut converger que si l’on resomme les
échelles réductibles et irréductibles à tous les ordres (ce qui semble inextricable).
Nous avons touché là la limite de notre méthode de calcul. Nous avions calculé
l’indice à l’ordre 2 en densité pour un milieu arbitrairement épais, en resommant
les diagrammes réductibles à tous les ordres, et les diagrammes irréductibles à
l’ordre 2 seulement. Miraculeusement, et comme je l’avais fait remarquer p. 252,
les termes en 1/r
3 qui auraient dû faire diverger le résultat se compensaient avec
ceux provenant de l’intégration angulaire. Pour la diffusion, le même miracle ne

se reproduit pas : on ne peut pas gagner à tous les coups !


322
Annexe A

Les équations du mouvement


dans l’approche « champ
moyen » . Le problème des termes
de contact

de cette annexe est d’établir les équations (II.26) dont nous sommes
L’OBJETpartis pour calculer l’indice de réfraction dans l’approche « champ moyen »
(§ II.2.c). Ces équations se calculent à partir des équations de Heisenberg pour
l’hamiltonien en jauge d. E. Elles nous permettront de retrouver la célèbre for-
mule de Lorentz-Lorenz sans avoir recours aux techniques classiques d’exclusion
d’une petite sphère autour d’un atome.
Dans la section A.1, j’introduirai l’hamiltonien du système, avec un terme de
contact le rendant valable même au voisinage d’un atome. Cet hamiltonien est
écrit en jauge A · p. J’effectuerai donc la transformation unitaire permettant de
passer de la jauge A·p à la jauge d. E, suivant la méthode présentée dans [222],
ainsi que dans [223].
Les équations du mouvement proprement dites seront établies dans la section
A.2, en prenant les opérateurs en représentation de Heisenberg. Enfin, la section
A.3 sera consacrée plus particulièrement au terme de contact et à la formule de
Lorentz-Lorenz.

1. Obtention de l’hamiltonien en jauge d·E


a) Hamiltonien en jauge A · p
Je vais dans ce
paragraphe refaire la transformation permettant de passer de
la jauge A.p à la jauge d·E [222, complément A; 192], en prêtant une attention
IV
toute particulière aux termes de contact.
324

En jauge A · p, l’hamiltonien (non relativiste) s’écrit

Cet hamiltonien provient de [222, formule (41) p. 315]. Il est valable dans le
cas de l’approximation des grandes longueurs d’ondes. Il est montré dans [223]

que cette approximation permet de négliger le couplage des spins des électrons et
des nucléons avec le champ magnétique. La somme sur z est une somme sur les
i représente un constituant (noyau, électrons) de l’atome
N atomes du milieu. 03B1
i, de masse , 03B1i
m de position r
03B1i et d’impulsion . Dans la suite, je poserai
03B1i
p
r i
R + r’ où R
03B1i 03B1i
=
i est la position du centre de masse de l’atome z. De même,
03B1i
p =M mP
03B1i
i + ,
03B1i
p’ où i
P
l’impulsion totale de l’atome z et M sa masse.
est
La somme sur les photons du champ estdiscrétisée, car on a pris un volume de
quantification fini. Le potentiel vecteur A a pour expression:

où V est le volume de quantification, et k ~k~. Enfin, VCoul représente le


i =

potentiel Coulombien liant les constituants de l’atome z, et potentiel ile


V
dip,dip
,j
d’interaction des 2 atomes i et j.
En supposant que Rij = »a i
~R
-R~
j
, on peut effectuer un développement
0
en puissances de
. A l’ordre le plus bas, cela donne
ij
1/R

où D
i est le dipôle électrique de l’atome z, défini par

à (A.3) un terme de contact, ainsi que le fait Jackson [200, page


J’ajouterai
141, formule . Ce terme permet d’obtenir un résultat cohérent lorsqu’on
1
(4.20)]
intègre le champ électrique dans une boule contentant le dipôle. On peut ainsi
remplacer l’atome par un dipôle idéalisé, rendant l’hamiltonien (A.1) valable
même lorsque ij
R
est nul ; je poserai donc :

1 Attention ce terme n’est présent qu’à partir de l’édition de 1973.


325

b) Transformation unitaire
Par analogie avec [222, p. 309], posons

Nous verrons que J est l’opérateur permettant de passer de la jauge A · p à la


jauge d. E. Partant de l’expression (A.2) du potentiel vecteur, on tire

Nous avons les relations:

Toutes les autres quantités, à savoir , R


03B1i
r’
i et i
P sont inchangées par la transfor-
mation. On peut en outre montrer que

ce qui fait que A commute avec J.


Remarque : comme le fait Claude Cohen-Tannoudji dans son cours du Collège
de France [223], j’ai adopté des caractères éclairés pour désigner les quantités en
jauge A · p, et des caractères ordinaires pour désigner les quantités transformées.
Par exemple :

etc.
326

c) Induction électrique dans la jauge transformée


Pour écrire l’hamiltonien transformé par J, nous aurons besoin de l’induction
électrique. Définissons tout d’abord la densité de charge. Elle s’écrit :

En transformée de Fourier, on obtient :

(j’ai fait un développement limité valable dans l’approximation des grandes lon-
gueurs d’onde).
Si l’on définit maintenant la densité de polarisation

on déduit de (A. 13) que

Définissons maintenant la quantité

où E est le champ électrique transformé. A 03B5 0 près, E est le vecteur induc-


tion électrique dans la jauge transformée (je n’utilise pas la notation tradition-
nelle D à cause de la confusion possible avec les dipôles). L’équation de Maxwell
div E 0 /03B5 et (A.15) nous montrent que E est un champ transverse, égal au
e
03C1
=

champ électrique en dehors des atomes.


Définissons maintenant le champ électrique transverse, dans la jauge A · p:

on obtient
327

On remplace dans (A.18) la sommation sur k par une intégrale. On recon-


naît alors la transformée de Fourier de la partie transverse de P. On obtient
finalement :

(P commute avec J, donc

(puisque E est transverse). D’où finalement :

d) Obtention de l’hamiltonien transformé


La transformation de l’hamiltonien (A.1) nous donne

Il nous reste à évaluer le dernier terme de la dernière ligne de (A.21). Pour


cela, nous allons séparer le cas i = j du cas i ~ j.
En utilisant la définition (A.8) de k,
i03B5 on obtient
03BB

Nous remplaçons dans (A.22) la somme sur k par une intégrale. On constate alors
que cette intégrale diverge. Pour contourner ce problème, nous introduisons une
328

fréquence de coupure 03C9


M ,
M
ck = et la contribution des
négligeons photons de
fréquence supérieure à 03C9
. Nous
1
M obtenons alors

Casi ~ j. La dernière ligne de (A.21) nous donne maintenant

En remplaçant dans (A.24) la sommation sur k par une intégrale, on 2


tire

On reconnaît dans (A.25) la fonction delta transverse [222, p. 40]. Convena-


blement régularisée, elle a pour expression

où ~(r) est égale


« à 1 en dehors de l’origine et supprime la divergence en

r = 0» [222, p. 44].
Par conséquent, l’expression (A.25) vient exactement compenser i,j
V
,
dip,dip au

terme de contact près. Voici finalement l’hamiltonien en jauge d · E :

C’est cet hamiltonien transformé que nous utiliserons dans la suite.


1 Pour traiter le problème rigoureusement, il faudrait ne pas faire l’approximation des
grandes longueurs d’ondes
2 La signification des notations tensorielles employées ici se trouve dans la table II 1 p 218
329

2. Obtention des équations du mouvement


Le milieu atomique est supposé interagir avec un champ classique de fréquence
. Le but de ce paragraphe est de déterminer les équations caractérisant la
L
03C9
réponse du milieu, en étudiant l’évolution des opérateurs champ et dipôle en
représentation de Heisenberg. Pour écrire cette section, je me suis inspiré du
cours du Collège de France de 1979-1980 de Claude Cohen-Tannoudji [224].

a) Obtention de l’équation sur le champ


i) Evolvtion de l’opérateur de création

Plaçons-nous en représentation de Heisenberg, et écrivons l’évolution de l’opé-


rateur a (celle de a
~ se déduisant par conjugaison hermitique) :

où 03C9 ck. Le signeau-dessus des opérateurs indique qu’ils sont pris en repré-
=

sentation de Heisenberg. J’ai en outre remplacé E ~ par son expression (A.20).


En intégrant (A.28) entre les instants t
0 et t, on déduit

ii) Evolution du champ


En reportant (A.29) dans l’expression (A.20), et posant 03C4 =
t 2014 t’, on obtient

où 0
E est le
champ tel qu’il évolue en l’absence d’atomes. Rappelons que, en
représentation de Heisenberg, et à des instants différents de 0, l’opérateur E
~
(ainsi que D
)
i sont couplés à la fois aux variables de champ et aux variables
atomiques internes.
330

iii) Moyenne sur le champ et sur les variables atomiques internes


Nous postulerons les relations suivantes :

L
03C9étant la fréquence du laser, et EL le champ laser en l’absence d’atomes.
Les définitions (A.31) que j’ai imposées sont loin d’être innocentes. En parti-
culier, (A.31.a) impose à tous les dipôles d’osciller à la fréquence du laser; cela
revient à dire que le système n’a qu’une seule fréquence propre 03C9
, proche de 03C9
A .
L
Je fais donc, sans le dire, l’approximation de l’atome à 2 niveaux. Par contre,
l’approximation du champ tournant semble ne pas être nécessaire pour écrire
l’équation sur le champ. En effet, comme nous allons le voir, les termes antiré-
sonnants viennent se combiner de façon naturelle avec les termes résonnants, au
point que leur absence rendrait le calcul inextricable. Or on sait bien que l’ap-
proximation du champ tournant est inséparable de celle de l’atome à 2 niveaux.
Mieux vaut plutôt dire que je fais effectivement les 2 approximations atome
2014

à 2 niveaux et approximation du champ tournant mais que, pour des raisons


2014

de faisabilité des calculs, je rajoute des termes antirésonnants dont je sais qu’ils
sont petits.
Les moyennes de (A.31) ne portent que sur les photons et sur les variables
atomiques internes. Autrement dit, d i et e(r) sont des opérateurs agissant sur
les variables atomiques externes, z.e. sur les positions/impulsions des atomes.
Je peux maintenant moyenner l’équation (A.30) :

iv) Intégration temporelle


Intégrons maintenant l’équation (A.32) par rapport à , dans la limitet ~ oo.
Afin de faire converger les intégrales, il faut introduire un facteur de convergence,
i.e. remplacer dans (A.32) les termes exp(i03C9

tendre 03B5’ vers 0 à la fin du calcul.


) par
L exp
L- 03B5’)).
((i03C9 Je ferai
331

Je remplace la quantité E, qui est proportionnelle à l’induction électrique,


~
par le champ électrique E, en utilisant les équations (A.14) et (A.20). Je sépare
les termes t) des termes oscillant en exp(-i03C9
oscillant en exp(i03C9
L t). Ainsi, d
L i et
di viennent tous deux contribuer à e(r), l’un pour les termes résonnants, l’autre
pour les termes antirésonnants.
On obtient finalement le résultat :

où le tenseur g est défini par :

Il la dimension de l’inverse d’un


a volume, et représente le potentiel d’interaction
entre 2 dipôles oscillants.

v) Calcul du potentiel d’interaction

Tout d’abord, on fait tendre le volume de quantification vers l’infini, rempla-


çant dans (A.34) la sommation par une intégrale, selon la méthode habituelle.
On change k en 2014k dans le première exponentielle, puis intègre sur les angles en
choisissant un pour axe z l’axe de r. Ensuite, on utilise la relation :

Ceci permet de changer 03C9 en -03C9 dans les termes en L


1/(-03C9
- 03C9 + i03B5’), et ainsi
332

d’étendre l’intégration sur ~k~ de -~ à . Voici le résultat intermédiaire:


1
+~

Dans lapremière ligne de (A.36), nous reconnaissons la fonction delta trans-


verse [222, p. 44]. Les 2 lignes suivantes doivent être intégrées par les résidus. Ceci

se fait en séparant les parties en exp(ik · r) des parties en exp(ikr). On introduit

un pôle supplémentaire en 03C9 0, qu’il faut contourner (le résultat ne dépend pas
=

du côté par lequel on passe).


Remarquons qu’à l’infini, la fonction se comporte en exp(ikr)/k. Ceci garantit
son intégrabilité. Cela n’aurait pas été le cas si l’on avait intégré par les résidus

l’équation (A.33) sans effectuer la transformation (A.35) : on aurait eu un com-


portement en k exp(zkr) à l’infini. Le résultat eût alors été effectivement différent,
et bien évidemment faux.
Voici donc l’expression obtenue après intégration :

Uneinterprétation physique de ce potentiel est faite au paragraphe III.2.a,


p. 243. Je ferai juste une petite remarque ici :dans la limite r 0, on constate ~

que l’expression (A.37) coïncide avec l’expression (A.5) caractérisant l’interaction


entre 2 dipôles statiques. C’est vrai pour le terme en 1/r
, mais aussi pour le terme
3
de contact en 03B4(r).
1 Signalons que le membre de droite de (A 35) est le résultat que nous aurions obtenu si
nous avions fait tous les calculs en jauge A p
333

Remarque : j’aurai besoin par la suite de connaître (0394 + )g(r).


L
2
k Pour le
calculer, il faut revenir à la définition (A.34) du potentiel g :

d’où

On voit donc que g est une fonction de Green (d’où le choix de la notation).
b) Obtention de l’équation sur les dipôles
i) Hamiltonien atomique
Comme pour le champ, j’utilise l’hamil-
tonien (A.27) et la représentation de Heisen-
berg pour connaître l’évolution de l’opérateur
dipôle D.
i
Ce calcul ne peut se faire sans particula-
riser la structure atomique (fig. A.1). Je choi-
sirai une transition 0 1, de fréquence 03C9
~
,
A
et de largeur de niveau excité 0393 (prendre un
atome à 2 niveaux eût conduit à des incohé-
rences). Le laser de fréquence 03C9
L sera supposé
quasi-résonnant, c’est-à-dire 03B4 03C9
L =
- 03C9
A~
F. Ceci justifie l’hypothèse que j’avais déjà
faite pour introduire l’équation (A.31). FIG. A.1 - La transition utilisée.
J’aurai besoin de connaître l’élément de
matrice de l’opérateur D , afin d’évaluer le rôle du terme en k
i
2 M dans l’hamiltonien
3
(A.27). Lorsque l’on se contente des contributions des niveaux|f> et |e>, on trouve
>
i
2
<D
|e>
= >
i
2
<D
,
|f>c’est-à-dire que le terme en kM ne contribue pas. Ce résultat
3
est bien sûr inexact, il faut tenir compte des contributions des niveaux supérieurs.
Le calcul nécessiterait donc normalement de particulariser l’atome choisi, de
façon à calculer l’élément de matrice de l’opérateur dipôle électrique en tenant
compte de l’ensemble des niveaux et de leurs forces d’oscillateur respectives. Ce
n’est pas l’approche que j’ai choisie, car je souhaite rester dans un cadre général.
En outre, un calcul exact nécessiterait la prise en compte de très nombreux effets
334

renormalisation des masses, etc.) qui dépassent large-


(corrections relativistes,
ment le cadre de cette thèse. J’ai choisi de modéliser l’atome par un oscillateur
harmonique isotrope à 2 dimensions. Nous verrons que cette hypothèse, qui peut
paraître quelque peu arbitraire au lecteur, conduit à des résultats cohérents. Je
donnerai quelques explications supplémentaires à ce sujet au paragraphe A.2.b.v
(p. 339).
Je choisis donc les vecteurs {|e>
, |e>
x }, au lieu de la base {|e>
, |e>
y z , |e>
0 , |e>
1 }
-1
qui est plus couramment utilisée. Je fais l’analogie|f> = |0, 0, 0>, |e > = |1, 0, 0>,
x
y
|e =
> |0, 0, 1>, où |n, m, p> représente l’un des niveaux quan-
> |0, 1, 0> et |e
z =

tiques de l’oscillateur harmonique qui est isotrope. La fréquence d’oscillation dans


le piège est 03C9
. D’après la relation
1
A

(m étant la masse de la « particule » dans l’oscillateur harmonique, a et ~ les


a
opérateurs d’annihilation et de création), on tire |<0,
x
20, 0, 0>,
0, 0|D d’où

Pour calculer l’élément de matrice <e


|
&2
x
#x3E;,
D
e il faut tenir compte du couplage
de
avec|f>, mais aussi celui avec |2, 0, 0>. Cela donne

On déduit que

où d est le dipôle réduit, i.e. d


2 A 3
0
0
303C003B5
/
2
. 393c
03C9
=

Finalement, à une redéfinition de l’origine des énergies près, j’obtiens:

1 et non la fréquence atomique A


03C9 car le déplacement de Lamb ne figure pas dans
l’hamiltonien
335

où je rappelle que la notation vectorielle|e> ·<e| signifie |e |+ |e


> <e
x x |+ |e
> <e
y y > <e
z |
z
(table II.1 p. 218).
Le facteur /(903B5
M
3
k
0
0
)
2 3C0 peut être transformé en utilisant la relation (qui n’est
certes pas des plus rigoureuses sur le plan mathématique)

Je M de l’hamiltonien (A.39) en 1/9 1/6 - 1/18. Le terme


sépare le facteur en k
3 =

1/6 fournira un terme de contact pour le cas i = j, tandis que le terme 1/18
viendra corriger l’énergie de l’état excité. Voici l’hamiltonien finalement obtenu :

ii) Hamiltonien dans l’approximation de champ tournant

Je fais maintenant l’approximation du champ tournant, qui consiste à négliger


les termes antirésonnants dans l’interaction dipôle-champ. Je rappelle que cette
approximation est inséparable de celle de l’atome à 2 niveaux.
L’hamiltonien (A.42) s’écrit alors

et
336

iii) Equations de Heisenberg sur les dipôles


équations de Heisenberg avec l’hamiltonien (A.43),
J’écris les pour les opéra-
teurs ,D
i
+
D i
-, ainsi que pour les opérateurs

~ par le champ électrique E grâce


Je remplace l’induction électrique E aux for-
mules (A.14) et (A.20). Finalement j’obtiens les équations suivantes:

Je signale au lecteur que, contrairement au champ E , le champ E contient


~
dans sa définition des termes de dipôle. Autrement dit, il ne commute pas avec les
opérateurs atomiques dont je viens d’écrire les équations d’évolution. J’attire aussi
l’attention sur la transposée de matrice qui apparaît dans l’équation (A.47.b) : je
n’avais en effet pas le droit d’inverser les ordres du champ E et du tenseur s (voir
la table II.1, p. 218).

iv) Moyenne sur les degrés de libertés atomiques internes et sur le


champ
Je suppose que le système a atteint un régime stationnaire, dans lequel les
dipôles atomiques et le champ oscillent à la , c’est-à-dire
fréquence 03C9
L

J’aiemployé le signe ~ dans les équations (A.48) parce qu’elles constituent une
approximation (l’approximation du champ tournant) par rapport à la définition
(A.31) des quantités d
i et e(r).
337

Intéressons-nous maintenant au système (A.47), et plus particulièrement à


l’équation (A.47.a). Elle contient dans son second membre des produits d’opé-
rateurs, dont les moyennes ne sont a priori pas égales au produit des valeurs
moyennes. Pour les calculer, il faut revenir à l’équation (A.30) donnant l’évolu-
tion de l’opérateur champ. En me plaçant au point R , je sépare la contribution
i
de l’atome z (appelée « champ propre ») des contributions du laser et des atomes
différents de z (que j’appelle « champ lissé »). Analytiquement, cela donne (en ne
gardant parmi les termes qui contribuent à E que ceux de fréquence négative) :

Commençons par le terme de l’équation (A.47.a) correspondant au champ


propre. Il s’écrit

reprends ici l’argument avancé par C. Cohen-Tannoudji [224, p. VII-5] : « la


Je
somme sur k [intervenant dans l’équation (A.50)] fait apparaître une fonction de
très étroite (de largeur 1/(ck
)), de sorte qu’il est justifié de poser:
M

(on tient compte que de l’évolution


ne harmonique de ]dans l’intervalle de
i
-
[D
temps très courtt - , t) ».
Finalement, comme f
-
D
i ,
i
-
D (t)> <E
i propre
+
On calcule la moyenne de
= on obtient
+
(
i
i<
i propre jusqu’à +~, puis qu
+
E de la même propre
t)Eparagraphe
façon au
~
(t)>.
A.2.a.iii,
c’est-à-dire en étendant l’intégrale en intégrant sur le temps.
On tire
338

On calcule en revenant à la définition (A.34) du potentiel g. Je le groupe


g(0)
avec le terme 03B4
(0) qui apparaît entre parenthèses dans l’équation (A.47.a), et
(3)
j’obtiens

On transforme les fractions rationnelles en utilisant l’équation (A.35).


Le
terme qui sort vient exactement compenser le 2014 (0):
(3)
03B4le modèle de l’oscilla-
teur harmonique nous a donc fourni le « bon » coefficient devant le terme en k .
M
3
Je reviendrait là dessus au paragraphe A.2.b.v, p. 339. Il vient finalement

On reconnaît dans l’équation (A.53.b) le déplacement de Lamb 0394E A et la lar-


geur naturelle de l’état excité 0393, telles qu’on les obtient en faisant les calculs en
jauge A · p sans l’approximation du champ tournant. Dans la suite, j’utiliserai la
fréquence atomique renormalisée, qui est :

Revenons à l’équation (A.49), et étudions maintenant le terme de champ lissé.


On peut une fois encore, par le même argument que pour le terme de champ
propre, y remplacer D (t-) par
j
- (t)e
j
-
D
L.
i03C9 Nous supposons ensuite que le
laser ne sature pas la transition atomique. On peut donc supposer que les atomes
sont presque toujours dans leur état fondamental, et donc poser fi ~ 1.
Je définis ensuite la quantité

et trouve sans difficulté que

l’équation (A.56) n’étant que l’équation (A.33) écrite avec un atome de moins.
En revenant à l’équation (A.47.a), je néglige le terme faisant intervenir s,
toujours sous l’hypothèse de faible saturation du laser. D’où finalement la version
moyennée de (A.47.a) :
339

où 03B4 =
L - 03C9
03C9 .
A Cela donne, en remplaçant te
lissépar sa définition (A.56) :

où 03B1 est la polarisabilité d’un atome, définie par

v) Retour sur la modélisation par un oscillateur harmonique


L’équation (A.59) a été obtenue en modélisant le potentiel atomique par un

oscillateur harmonique. Grâce à cette modélisation, nous avons obtenu un hamil-


tonien tel que le terme (0)
(3)
03B4
disparaît dans la renormalisation (A.53) de l’énergie
de l’état excité.
Pour se convaincre que cette propriété est bien liée au modèle que nous avons
choisi, on peut refaire le calcul avec un autre modèle: par exemple un potentiel
coulombien (c’est-à-dire un atome d’hydrogène sans structure fine ni structure
hyperfine). On choisit comme niveaux |f> =|1s> et |e> |2p>, et on moyenne la
=

quantité q z en utilisant l’expression des fonctions d’onde correspondantes [225,


2
t. 1, p. 813]. J’ai trouvé

avec

Par conséquent <e


&|
z
|
2#x3E;-<f|D
f>
D
e ~. On constate donc que le potentiel
2
2d
coulombien ne permet pas d’éliminer le 03B4
(0) dans l’équation (A.53). Ce résultat
(3)
est un peu embarrassant : contrairement à l’oscillateur harmonique, le potentiel
coulombien correspond en effet à un véritable atome, l’atome d’hydrogène (sans
les structures fine et hyperfine). On aurait donc dû s’attendre à ce qu’il donne
un résultat cohérent.

En fait, ceci n’est pas aussi surprenant qu’il y paraît au premier abord ; nos
calculs sont en effet valables dans le cas où le laser ne sature pas les atomes. Or
pour l’oscillateur harmonique, il n’existe pas de termes de saturation. Autrement
340

dit, aucuneapproximation supplémentaire n’est nécessaire, nos calculs étant va-


lables quelle que soit la puissance du laser. Le modèle de l’oscillateur harmonique
est donc plus cohérent que celui du potentiel coulombien, aussi est-il normal qu’il
conduise bon résultat.
au

Signalons toutefois que le fait qu’il reste ou non un terme en dans la (0)
(3)
03B4
renormalisation de l’état excité n’est pas très important pour nous : de toutes
façons, un calcul correct nécessiterait la prise en compte de nombreux effets (re-
lativistes, etc.). Ce qui nous intéresse ici n’est pas de calculer le déplacement de
Lamb, mais de connaître précisément l’interaction entre deux dipôles atomiques.
Or il n’est pas nécessaire de modéliser le potentiel atomique pour obtenir le ré-
sultat.

3. Calcul de l’indice de réfraction. Obtention


de la formule de Lorentz-Lorenz
a) Relation de dispersion
chapitre III, j’ai moyenné les équations (A.33) et (A.33). En particularisant
Au
lagéométrie du milieu (il remplit un demi-espace), j’ai pu calculer une relation de
dispersion entre le vecteur d’onde k m k z complexe et la fréquence 03C9
u
m =
L réelle
du champ. Je rappelle ici cette relation de dispersion :

J’ai
par le
posé 03C1
terme
(r,r’)
II
de contact
=

dans
(
0 + ~(~r’ -
2
03C1 r~)).
Je vais maintenant étudier le rôle
cette relation de dispersion.
joué

b) Rôle du terme de contact. Formule de Lorentz-Lorenz


Le résultat (A.61.b) pose certains problèmes mathématiques: en effet g
contient un terme en 03B4, donc est une distribution. Or on ne peut pas diviser les
distributions.
Pour s’en tirer, il faut «
régulariser la fonction 03B4 », par exemple en posant
341

Posons Dans les termes du type

le terme en 03B4
(3) ne joue aucun rôle, car là où 03B4 g1
~ est non nul, est très grand (et
~ ne vient pas modifier la limite du terme, qui est 20141). Par ailleurs,
donc 03B4

Il résulte que, pour la partie statistique (z.e. celle faisant intervenir ~), la
contribution du 03B4 dans la 1
r e de l’expression de A dans (A.61.b) vient exac-
ligne
tement compenser celle de la 2e ligne. Par contre, le 03B4 contribue de façon non nulle
sur le terme non statistique (i.e. ne dépendant pas de ~). Finalement il vient

Plaçons-nous maintenant dans le cas d’atomes qui n’interagissent pas (i.e. tels
que g = 0).
1 La relation de dispersion (A.61.b) se ramène alors à

n étant l’indice de réfraction. On reconnaît dans l’équation (A.64) la célèbre


formule de Lorentz-Lorenz [195, 196]. Je rappelle que cette formule est équivalente
à celle de Clausius-Mossotti [226, 227].

4. Obtention de la formule de Lorentz-Lorenz


par une méthode « traditionnelle »
Nous obtenu la formule de Lorentz-Lorenz par une approche nouvelle (à
avons

ma connaissance), qui consistait à remplacer le potentiel physique d’interaction


342

de 2 atomes par le potentiel d’interaction entre 2 dipôles idéaux, tel qu’il est prévu
par Jackson [200]. Cette méthode conduit à un résultat exact, et est relativement
rigoureuse sur le plan mathématique. On peut néanmoins s’interroger sur la per-
tinence de cette modélisation. En effet, le comportement de 2 atomes lorsqu’ils
sont proches est beaucoup plus complexe qu’une simple interaction dipôle-dipôle.
En principe, il faudrait traiter séparément chaque proton et chaque électron, et
ne plus faire l’approximation des grandes longueurs d’onde.

Je suis personnellement pas capable de résoudre ce problème de façon


ne

exacte. Je vais toutefois rappeler ici la méthode traditionnelle [191, 204, 203]
d’obtention de Lorentz-Lorenz, basée sur l’exclusion d’un petite sphère autour des
atomes. Elle est mathématiquement beaucoup moins rigoureuse que la méthode
précédente, mais présente l’avantage de ne pas prétendre traiter ce que l’on ne
sait pas traiter !

a) Obtention des équations moyennées

L’obtention des équations moyennées, analogues à (III.9), passe par la consi-


dération d’une grandeur qualitative, que j’appellerai « champ lissé » . En effet,
1
le champ électrique varie très rapidement au voisinage des atomes, et nous ne
savons pas l’exprimer dans ce cas. Nous avons donc besoin de travailler sur une

quantité ne variant que sur des échelles macroscopiques. Pour cela, il faut lisser le
champ, c’est-à-dire le moyenner sur une distance de l’ordre de quelques a . Ceci
0
revient à ne pas considérer la contribution d’un atome très proche. Autrement
dit, dans l’intégrale de (III.9.a), il faut exclure une petite sphère de rayon r
03B5
~ a,
0
centrée en r.

D’autre part, le potentiel d’interaction dip,dip


ij que j’introduis dans l’hamil-
V
tonien (A.1) sera toujours le potentiel de van Der Waals d’interaction entre 2
dipôles. Mais nous l’interpréterons ici comme un développement à grande dis-
tance du vrai potentiel inter-atomique (voir la formule (A.3)) et non plus comme
un modèle défini de façon intrinsèque. Le terme de contact en 03B4 sera bien sûr

absent de ce potentiel, et sera remplacé par un potentiel de type « sphère dure»


interdisant aux atomes d’un paire de s’approcher arbitrairement près l’un de
l’autre.

1 J’ai déjà introduit un champ lissé page 337 lors de l’établissement l’équation d’évolution
des dipôles, mais ce champ n’était défini qu’au voisinage d’un atome Ici je prétends définir une
telle quantité dans tout l’espace
343

Finalement, voici l’analogue du système (III.9) :

où (r)
03B5
03BD est la boule centrée en r et de rayon , 03B5 qui est une distance de l’ordre
r
de a
. En
0 fait, je fairai tendre 03B5
r vers 0 à la fin du calcul. Nous allons maintenant
regarder en détail les propriétés du tenseur g .
1

b) Propriétés du tenseur d’interaction

La quantité g
1 a déjà été introduite page 341. Sa définition est

D’autre part, on peut vérifier en utilisant les calculs du paragraphe A.2.a.v,


que [204, éq. (3)]:

Enfin, en utilisant (A.38) et (A.66.a), on tire


344

c) Obtention de la relation de dispersion


J’applique à , en supposant que c’est
l’équation (A.65.a) l’opérateur 0394 + k
L
2
cette fois-ci 03B5
lissé et non plus 03B5 qui a un comportement régulier en exp(-ik
m · r).
Pour cela, il faut séparer l’intégrale en 2 termes, i.e. R3 - 03BD
re (r)
.
Le terme intégré sur R 3 est traité comme au paragraphe A.3 (i.e. au sens des
distributions), ce qui donne

où j’ai utilisé (A.69) et (III.10.b).


L’autre terme ne peut pas être traité de la même manière (l’intégration n’ayant
pas lieu sur tout l’espace, les dérivées de la fonction 03B4 n’ont pas de sens). J’écris
donc, utilisant encore (III.10.b) :

Maintenant, l’intégrale ne dépend plus de r, donc la dérivation n’agit pas des-


sus. On transforme I en utilisant (A.67), puis une formule classique permettant

de passer de l’intégrale sur la boule au flux d’un champ de vecteurs sur la sphère :

(0)
r03B5
03A3 la sphère centrée en O, et de rayon .
désignant 03B5
r
er terme de l’équation (A.72) tend vers 0 quand r
Le 1 03B5 tend vers 0, tandis que
le second tend Lvers - 03B5 Finalement, on obtient à nouveau la relation (III.11),
.
0 étant cette fois-ci l’amplitude du champ lissé.
03B5
On traite ensuite l’équation (A.65.b), toujours en excluant une petite boule
autour de r’ r. On calcule l’effet de cette boule en écrivant que
=

et en passant encore à l’intégrale sur un sphère en utilisant (A.67) et (A.72).


Comme paragraphe A.3.b, les contributions des termes statistiques
au se com-

pensent, le terme non statistique donnant le terme de Lorentz-Lorenz.


345

d) Obtention directe de la formule de Lorentz-Lorenz


Dans ce paragraphe, nous ignorons à la fois les effets statistiques et les effets
d’interaction entre atomes.
On réécrit donc le système (A.65) négligeant la deuxième intégrale dans
en

(A.65.b). Par contre, je suppose qu’il existe une « force » interdisant à deux
atomes de se rapprocher à une distance inférieure à .
03B5 Autrement dit, je prends
r

L’intégrale dans (A.65.b) est cette fois-ci prise dans tout l’espace. Moyennant cet
artifice de calcul, il est possible d’obtenir la correction de Lorentz-Lorenz.

5. Conclusion
Cette permis d’obtenir les équations du mouvement dont je pars
annexe a
au chapitre III pour présenter la méthode de la hiérarchie. Ces équations ont
été obtenues à partir de la jauge A · p, ce qui constitue une justification plus
rigoureuse que si nous étions partis de l’hamiltonien en jauge d · E. Comme nous
l’avons vu, la mise en place de ces équations a nécessités de forts longs calculs.
Ceci est un argument en faveur de l’autre méthode, celle des diagrammes, qui
permet d’obtenir l’expression de l’indice de réfraction au bout de quelques pages
de calcul.
Nous avons pris un soin tout particulier dans l’expression du terme de contact.
Moyennant quelques hypothèses de départ certes discutables, nous sommes ar-
rivés à retrouver la formule de Lorentz-Lorenz sans recourir à l’exclusion d’une
sphère. La prise en compte de ce terme était en effet importante, puisque sa
contribution à l’indice de réfraction est du même ordre de grandeur que les effets
collectifs qui nous intéressent.
346
Annexe B

Calcul dans l’approche


diagrammatique

CETTE ANNEXE , je me propose de calculer l’indice de réfraction à


DANS l’ordre 2 en densité, en tenant compte des effets quantiques collectifs, par
la méthode diagrammatique que j’ai présentée au début du chapitre II (section
II.1, p. 216). Nous avons vu que cette méthode présente des inconvénients: en
particulier, du fait de la présence d’un photon unique, nous sommes loin des
conditions expérimentales ; le résultat que l’on obtient doit être « transposé»
dans les conditions classiques (voir § II.3.a) avant d’être interprété.
Cela dit, unefois que l’on a admis ce point, la méthode diagrammatique me
semble posséder l’avantage d’être plus facile et plus directe à mettre en oeuvre.
Chronologiquement, c’est d’ailleurs elle que j’ai mise au point en premier. Sans
doute mon jugement est-il biaisé par le fait qu’elle est plus proche du domaine
d’étude traditionnel de notre équipe, et peut-être qu’un lecteur plus familier que
moi avec l’optique quantique ne partagera pas mon avis. La méthode diagramma-
tique présente en tout cas l’avantage de travailler sur un petit nombre de degrés
de liberté (puisqu’il n’y a qu’un seul photon), et donc de mieux « sentir» la
physique mise en jeu.
Avant d’exposer le calcul proprement dit de l’indice à l’ordre 2, je reviendrai
sur des considérations à l’ordre le plus bas (section B.1, p. 348), introduisant

une variante de la méthode, qui utilise la matrice T. Cette section n’est certes

pas indispensable à la compréhension de cette thèse, mais présente un intérêt


pédagogique : elle met en effet au jour un écueil qu’il faut éviter lorsqu’on utilise
la théorie quantique de la diffusion, et qu’on l’applique à la diffusion vers l’avant.
Je n’étais pas conscient de cet écueil avant d’effectuer mon travail de thèse, aussi
m’a-t-il paru intéressant de le faire figurer dans ce manuscrit.
Dans la section B.2, p. 360, j’expose le calcul d’indice proprement dit, en
employant l’approximation du champ tournant qui me permet de justifier de façon
systématique quels sont les diagrammes à prendre en compte. Malheureusement,
le résultat que j’obtiens, n’est pas équivalent au résultat (III.13) de la méthode
348

de la hiérarchie (section III.1.d, p. 241), intéressent


même si les termes qui nous

(interactions atomiques et effets quantiques collectifs) sont les mêmes dans les
deux approches. Dans la section B.3 (p. 375), je ne ferai plus l’approximation du
champ tournant. La relation de dispersion obtenue est alors la même que pour
l’approche « champ moyen », aux prix d’un prise en compte moins systématique
des différents diagrammes.

1. Calcul utilisant la matrice T


Je présente ici une variante de la méthode de la résolvante, qui consiste à
calculer la diffusion vers l’avant d’un photon sur un milieu atomique, et à en
déduire un indice de réfraction. Son principal avantage sur la méthode de la
résolvante est que le photon est quasi-résonnant avec la transition atomique. Les
conditions sont donc identiques à celles de l’approche « champ moyen» dans la
limite d’une saturation infiniment faible du laser. Cette méthode semble très bien
fonctionner dans le cas pourtant peu réaliste où la lumière interagit avec un atome
unique. Pourtant, dès que l’on passe à un grand nombre d’atomes et que l’on veut
faire tendre le volume du milieu vers l’infini, surgissent un certains nombres de
problèmes. J’analyserai ces problèmes et montrerai comment les contourner.

a) Calcul de l’indice créé par un seul atome

i) Hamiltonien du problème
Considérons photon unique
un ,#x3E;,
&|k
L
03B5
constitué d’une onde plane, et un
unique atome, placé à l’origine des coordonnées. On cherche à connaître la per-
turbation induite par l’atome sur le photon. Pour ce faire, nous allons appliquer
la théorie de la diffusion. J’écris donc tout d’abord l’hamiltonien du système
1

où k03B5
~
a
et a sont les
k03B5
le mode k03B5, et 03A9
opérateurs de création et d’annihilation d’un photon dans
k03B5 la fréquence de Rabi à 1 photon définie par

V étant le volume de quantification. Dans toute la suite, je noterai 03C9 pour 03C9
k =

c~k~.
1 Le lecteur trouvera dans la table II 1, p 218 les définitions des notations vectorielles que
j’emploietout au long de cette thèse
349

L’hamiltonien (B.1) a été écrit en jauge d · E.


Des détails sur le passage de
la jauge A · p à la jauge d·E se trouvent dans l’appendice A. Le mouvement de

l’atome a été négligé. |e> désigne le vecteur des 3 états excités


2014

je me place dans
le cas de la transition 0 ~1 (fig. 1.6), et A est son énergie non renormalisée.
Le terme de contact (voir l’annexe A) est absent, puisque je ne considère qu’un
seul atome. J’ai également fait l’approximation du champ tournant, qui consiste
à négliger les termes antirésonnants. De cette approximation résulte le fait que
les états où plus d’un photon est présent, ou bien ceux où l’atome est excité et
où il y a des photons, ne sont pas accessibles par le système.

ii) Théorie de la diffusion


Je veux savoir ce que devient le photon du fait de son couplage avec l’atome.
Pour cela, j’utilise la théorie des perturbations dépendant du temps. Je m’in-
téresse à l’amplitude de diffusion vers l’avant, qui doit donner l’absorption et le
déphasage du photon, que l’on sait relier à la partie imaginaire et à la partie réelle
de l’indice. D’après [119, page 15, formule (B.13)], en représentation d’interaction,
cette amplitude de diffusion est donnée par

où la matrice T est donnée par

avec L
03C9 =
~.
L La notation 03B5 désigne un réel positif que l’on fait tendre vers 0
c~k
à la fin des calculs. La fonction G est la résolvante, déjà introduite au chapitre II
(section II.1.b, p. 217) ; il faut comprendre la division figurant dans sa définition
au sens des matrices. La fonction 03B4 (t) est définie par

Enfin, le tempst est celui qu’a mis le photon à traverser le milieu, c’est-à-dire
L/c, L étant la longueur du milieu. Par conséquent il vient
350

Dans l’équation (B.6), j’ai supposé que le couplage atome-champ était « pe-
tit », et ai reconnu le début du développement d’une exponentielle. Une telle
man0153uvre est loin d’être gratuite: j’en ferai les frais au paragraphe B.1.b.ii.

Toute cette étude a été faite en représentation d’interaction. On doit mainte-


t). La contribution de
nant ajouter l’évolution propre du photon, qui est exp(-i03C9
L
(B.6.b) est donc un . déphasage
1
déphasage Le induit par un indice de réfraction
n étant (n 2014 1)03C9
t,
L on déduit par identification avec (B.6.b) que

iii) La méthode des projecteurs

Calculer l’élément de la matrice T revient, d’après la formule (B.4.b), à cal-


culer celui de la résolvante. Ce calcul, d’ailleurs fort classique, a déjà été effectué
au paragraphe II.1.d, en resommant explicitement les diagrammes de Feynman.
Je désire néanmoins le refaire ici afin d’introduire une autre méthode plus di-
recte, mais aussi plus mathématique que la resommation explicite: il s’agit de la
méthode des projecteurs.
Soit un sous espace vectoriel de l’espace de Hilbert décrivant les états quan-
tiques du système. J’appelle P le piojecteur orthogonal sur , et Q le projecteur
sur E (le sous-espace orthogonal). Je choisirai tel que P
~ (et donc Q) commute
avec . Alors, on peut montrer [119, p. 170] que
0
H

où l’opérateur R(z) est défini par

Les notations employées dans les équations (B.8) et (B.9) sont certes très
classiques, mais sont aussi fort dangereuses. Ainsi, la fraction dans la ligne (B.9.a)
signifie que l’on considère la restriction à E
~ de l’opérateur z-H, et qu’on l’inverse
dans ce sous-espace. Par contre, le premier membre de (B.8) signifie, si l’on revient
à la définition de la résolvante qui est contenue dans (B.4), que l’on commence par

1 Il y aussi de l’absorption, car la matrice T n’est pas hermitienne et l’élément de matrice


a une partie imaginaire non nulle
351

inverser z - H dans l’espace de Hilbert complet, puis que l’on restreint ensuite le
résultat au sous-espace (ici c’est ). Il est bien entendu que le résultat DÉPEND
FORTEMENT de l’ordre dans lequel on a effectué les opérations (inversion et
projection).
équations (B.8) et (B.9) permettent
Les 2 de remplacer la resommation de
diagrammes qui était nécessaire pour calculer la résolvante G(z) par une autre
resommation visant à calculer R(z). Si l’on a convenablement choisi son sous-
espace , cette nouvelle somme peut être beaucoup plus facile à calculer (dans
l’exemple qui va suivre, il y aura un nombre fini de termes). Par contre, il faut
être capable d’inverser exactement l’équation (B.8).

iv) Calcul de l’élément de la matrice T


Je choisis pour espace de projection l’espace vectoriel engendré par l’état où
l’atome est excité, et où il n’y a pas de photon, i.e.

Comme la transition atomique est 0 ~ 1, est de dimension 3.


On calcule PR(z)P en effectuant la somme (B.9.b). On s’aperçoit que seul le

diagramme contribue; en effet les diagrammes d’ordre 1, tels

que ne contribuent pas parce qu’ils

n’arrivent pas (ou ne partent pas) dans un état de (à cause du projecteur P


présent dans (B.8)). Les diagrammes d’ordre supérieur, tels que

ne contribuent pas nonplus, car le système repasse au moins une fois dans l’état
(le projecteur Q présent dans la définition de R(z) annule le terme).
352

On déduit alors que :

où l’on a reconnu les expressions du déplacement de Lamb et de la largeur natu-


relle de l’état excité, qui ont été introduits au paragraphe II.1.d, p. 221, formule
(II.11.b). D’où

b étant le désaccord du laser. On voit donc que l’on a retrouvé les mêmes termes
qu’au paragraphe II.1.d, mais de façon beaucoup plus directe, et notamment sans
être obligé de calculer la somme d’une série dont la raison était supérieure à 1.
On déduit enfin facilement l’expression de T en utilisant l’équation (B.4.b),
puis l’indice de réfraction avec la formule (B.7). On trouve

b) Les problèmes survenant lors du passage à N atomes

L’indice de réfraction donné par la formule (B.13) dépend du volume de quan-


tification, ce qui heurte le bon sens de tout physicien. Ceci est dû au fait que je
n’ai considéré qu’un atome unique. Ainsi, lorsque le volume de quantification
tend vers l’infini, l’indice tend vers 1 parce que la lumière peut « passer à côté
de l’atome ». La bonne façon de traiter le problème est de faire tendre le volume
de quantification vers l’infini tout en conservant la densité atomique constante.
Pour ce faire, il faut donc passer à N atomes.

J’écris l’hamiltonien à N atomes ajoutant simplement une somme sur z à


l’hamiltonien (B.1). Je fais encore l’approximation du champ tournant et j’oublie
les termes de contact (ils n’apporteraient rien de plus à la compréhension du
problème). Cela donne donc
353

Remarquons que le terme P /(2M) ne figure pas dans l’hamiltonien (B.14),


2
même si les degrés de liberté externes des atomes sont présents dans le problème.
Ceci correspond à la limite de la masse atomique infinie. Dans la suite, je me place
en représentation P, c’est-à-dire utilise comme base des degrés de liberté atomique

externes celle où les atomes sont dans des état d’impulsion bien déterminée
.
1
Remarque : Dans ce paragraphe, j’abandonne momentanément la méthode des
projecteurs pour revenir à la resommation explicite de diagrammes.
Le calcul à un atome du paragraphe B.1.a ne prenait en compte qu’un seul dia-
03B5
(k
)
L 03B5
(k
)
L
gramme : x . Il
2 est tentant de généraliser le calcul à N atomes

en ne gardant diagramme, et en effectuant simplement une sommation sur


que ce

z. Cela revient à multiplier le résultat (B.13) par le nombre total d’atomes N. On

obtient alors le résultat standard (1.25) (p. 212) de l’indice de réfraction.

ii) Prise en compte de quelques diagrammes de diffusion multiple


Si le résultat que nous venons d’obtenir est bien le bon résultat, la méthode
utilisée pour y parvenir n’est pas correcte. En effet, rien ne permet de justifier le
fait que l’on néglige des diagrammes de diffusion multiples, tel que celui-ci :

1 Ceci implique en théorie que le milieu soit infim, ce qui ne peut être le cas ici. On touche là
un point faible de la méthode Le résultat est en fait valable dès que l’on se place suffisamment
loin des bords du milieu (i e plus loin que 03BB
)
L
2 J’invite le lecteur à consulter la table B 1où se trouve la signification des diagrammes
employés dans cette thèse Ici, le terme ~ ~ contient le dénominateur d’énergie de l’état
où l’atome excité, et son couplage avec l’état à 1 photon L03B5 Il ne contient par contre
k
pas le dénominateur d’énergie associé à cet état à 1 photon, contrairement au diagramme
03B5
k
L i
03B5
k
L
354

TAB. B.1 - Les diagrammes de Feynman.


Les diagrammes de Feynman permettent d’exprimer schématiquement des élé-
ments de matrice compliqués d’un opérateur tel que G(z) = 1/(z 2014 H), qui peut se
développer une série dont les termes font intervenir les opérateurs V et G
0 = 1/(z-H
)
0
(éq. (II.7) p. 219). Des diagrammes sont également utilisés pour exprimer les déve-
loppements de T(z) (éq. (B.4) p. 349) ou R(z) (éq. (B.9) p. 350)). La valeur dez ne
figure pas explicitement dans le diagramme, mais est donnée par le contexte car reste
en général la même à l’intérieur d’un paragraphe.

Principes généraux. Les diagrammes les plus simples représentent simple-


ment un élément de matrice de (z). Ainsi, on utilise une ligne ondulée pour un
0
G
photon

et des lignes droites pour des atomes, précisant s’ils sont ou non excités

A étant l’énergie non renormalisée de l’état excité. La lettre i est le « numéro» de


l’atome considéré.
Lorsqu’on accole plusieurs de ces éléments de diagrammes, on sous-entend que
l’on évalue aussi le couplage permettant de passer d’un état à l’autre. Ainsi,

où |a> = |i, f; r
03B5
k
) et |b> = |i, 03B5*
. é; 0>.
r
Remarque : les degrés de hbertés atomiques externes ne sont pas inclus dans les
diagrammes, qui doivent donc être évalués en supposant que tous les atomes sont
localisés au point r = 0.
Lorsqu’en bout de chaîne je veux tenir compte d’un couplage, mais pas du déno-
minateur de l’état correspondant, j’utilise un symbole raccourci, et j’écris l’état entre
parenthèses. Par exemple
355

TAB. B.2 - Les diagrammes de Feynman - suzte et fin.


Symboles. symboles peuvent remplacer la somme d’une certaine série
Certains
de diagrammes. En particulier, la croix est utilisée pour désigner la renormalisation
de l’état excité atomique

Le symbole traduira l’interaction entre deux atomes d’une paire. Il

s’exprime comme d’un nombre arbitraire de photons entre les deux atomes
l’échange
(voir la définition dans la formule (B.46) p. 368).
Egalement, dans l’annexe C, j’utiliserai le « photon renormalisé » (i.e. se propa-
geant dans un milieu d’indice différent de 1) défini par

Enfin, un symbole tel que représente la contribution du terme de

contact (cf. § B.3.a.ii).


Diagrammes des calculs d’intensité.
L’intensité lumineuse (ou la section
efficace de à
diffusion) s’exprime partir du carré d’un élément de matrice (par exemple
la matrice T). Chaque terme du carré se développe en diagrammes. On obtient donc
un diagramme à deux « voies », dont voici un exemple :

la ligne pointillés signifiant que, dans chacune des deux


en « voies », le photon diffuse
sur le même atome j. L’expression de ce diagramme est
356

Je rappelle que le photon intermédiaire apparaissant dans le diagramme ci-dessus


est nécessairement L03B5 à cause de la conservation des impulsions atomiques et
k
,
du moment angulaire (et parce que je me suis placé en représentation P). Ce
point, qui va contre l’intuition, a déjà été discuté au paragraphe II.1.e, p. 222.
Lorsqu’on calcule la contribution du diagramme, on obtient

où 03C1
0 = Comme on doit prendre z
N/V. L + i03B5, et faire tendre 03B5 vers 0, on
03C9 =

trouve que la contribution du diagramme (B.15) est infinie.


En fait, cet infini s’élimine si on prend en compte davantage de diagrammes.
Ici, je me limiterai aux diagrammes ne passant pas 2 fois par le même atome 1
de
(c’est l’approximation Twersky, dont j’ai déjà parlé chapitre II, p.
au 221 [189,
p. 257]), i.e.

L’évaluation des diagrammes donne

le cas z = j étant simplement donné par l’équation (B.12). |0> est le vide de
photons. La notation |i, e, {~, f}
> caractérise l’état où tous les atomes sont
~~i
1 Le résultat quelque peu surprenant qui va suivre serait inchangé si je ne faisais pas cette
approximation
357

dans l’état fondamental, sauf l’atome i.


.
1
Bien sûr la raison de la série présente dans l’équation (B.17) n’est pas in-
férieure à 1 (puisqu’on la fait tendre vers l’infini !). Toutefois, le livre de
Mattuck [190, p. 51] nous indique que ce type de resommation est courante en
théorie des champs et peut être justifiée rigoureusement (en revenant au point de
vue temporel). On obtient l’élément de la matrice T en appliquant sa définition

(B.4.b), et en sommant sur les atomesi et j :

Avec la formule (B.7), on déduit le résultat qui est certainement le plus sen-
sationnel de toute cette thèse : l’indice de réfraction de tout milieu dilué vaut
1!

iii) Généralisation du « résultat(B.18)


»

Je vais montrer ici que le « résultat» (B.18) n’est pas spécifique du problème
d’indice qui nous intéresse: si l’on ne prend pas de précautions, l’élément de la
matrice T correspondant à la diffusion vers l’avant vaut toujours 0.
Soit un système physique décrit par un hamiltonien H 0 + V. Soit |03C8>
H =

l’état du système àt = -~, et E son énergie. On peut développer la résolvante


sous la forme

d’où

Dans le cas discret où l’espace de quantification est fini), les pôles de G


(z.e.
sont des pôles simples. Pour s’en assurer, il suffit de considérer une base {|~
>}
n
1 Les impulsions atomiques ne figurent pas explicitement dans cet état, et ce afin de ne

pas encorealourdir les notations En effet, nous verrons qu’une fois que l’on a bien pris soin de
placer les atomes dans des états d’impulsion bien définie (afin que le photon diffusé soit toujours
dans le même mode), et si les atomes sont discernables, ce que je suppose ici, les éléments de
matrice ne dépendent pas de la distribution des impulsions
358

dans laquelle H est diagonal, i.e.

Alors, en utilisant une relation de fermeture, on déduit aisément que

On voit donc que tous les pôles sont simples (même si certains niveaux sont
dégénérés).
Par conséquent , dans l’équation (B.20), z = E est un pôle simple, et donc
T(z)
z~E
lim = 0.

iv) Origine de l’erreur

Cohen-Tannoudji [199] a calculé


Claude l’évolution temporelle d’une onde
plane lorsque l’on branche adiabatiquement le potentiel V. En introduisant la
dépendance temporelle

il retrouve les dénominateurs 1/(z - H + i03B5) de la résolvante. En outre, il montre


que cette situation physique est équivalente à celle d’un paquet d’ondes pénétrant
dans un milieu fini. On voit donc que le paramètre03B5 est relié au le temps d’inter-
action t par la relation 03B5 /t. (Schématiquement, 03B5 est la précision à laquelle
=

on définit les énergies. Pour les définir précisément, on a besoin de faire interagir

le milieu longtemps).
Revenons maintenant au calcul d’indice. Dans la formule (B.6.b), j’avais re-
connu le début du développement d’une exponentielle. Cette opération est licite

pour

Comme <03C8|T|03C8> est de l’ordre de <03C8|V|03C8>, le calcul n’est valable que pour

On ne peut donc pas faire tendre sans précaution 03B5 vers 0 à la fin du calcul.

v) Utilisation correcte de la matrice T


Il est toutefois possible de calculer un indice de réfraction en utilisant la
matrice T. Pour cela, il faut considérer que le milieu atomique remplit une couche
359

FIG. B.1 - Configuration du calcul d’indice utilisant la matrice T. Le volume de


quantification est un cube de côté L. Les atomes y occupent une lamelle d’épais-
seur a.

d’épaisseur a (fig. B.1). L’espace de quantification est quant à lui un cube de côté
L (V =
). Le temps d’interaction est donct = L/c. Par conséquent
3
L

soit

La nouveauté est que lorsqu’on fait tendre L vers l’infini, ce n’est plus N/L 3
qui tend vers une constante (la densité 03C1 ), mais N/(03B1L
0 ). Par conséquent, la
2
fraction qui est à l’intérieur du crochet de (B.18) tend vers 0, et le produit <T>L/03B1
tend vers une valeur finie. On peut, dans un deuxième temps, faire tendre03B5 vers
0.
360

Cetteapproche permet d’obtenir le bon résultat. Notamment, dans le cadre


de l’approximation de Twersky (i.e. à l’ordre le plus bas en densité), on retrouve
le résultat habituel (1.25).

c) Conclusion

J’ai donc présenté dans cette section la méthode de la matrice T qui est une
variante de la méthode de la résolvante que nous avions vue au chapitre II. Elle
permet d’obtenir un indice de réfraction, par une approche à un photon, dans des
conditions voisines (fréquence du laser, forme du milieu) de celles de l’approche
«
champ moyen ».

Cette méthode présente toutefois des inconvénients. Tout d’abord, si elle four-
nit un indice, qui est le bon résultat à l’ordre 1 en densité, elle ne fournit pas
de relation de dispersion (donc le résultat est moins « général »). Ensuite, nous
avons vu qu’il existe un gros écueil à éviter. Il faut donc considérer un milieu ato-

mique fini (comme dans la méthode « champ moyen »). On perd du même coup
l’avantage du milieu infini, qui permettait, via la conservation de l’impulsion, de
resommer les diagrammes de
façon systématique. La prise en compte soigneuse
de certains effets liés à la géométrie serait nécessaire pour retrouver l’expression
de l’indice à l’ordre 2 en densité, compte tenu des effets de réflexion sur la face
d’entrée.

Dans la suite de cette annexe, j’ai opté pour la méthode de la résolvante. Je


rappelle toutefois que les 2 méthodes sont très voisines, et qu’en particulier les
diagrammes qu’il faut resommer pour tenir compte des interactions entre atomes
et de la statistique sont les mêmes.

2. Calcul de l’indice à l’ordre 2 en densité


Dans cette section, je calcule l’indice de réfraction par la méthode de la ré-
solvante, à l’ordre 2 en 03C1
. Je considère donc l’interaction d’un photon unique
L
3
0
03B5 de fréquence 03C9
k
r r avec un milieu atomique infini, et je cherche à déterminer
un pôle de la résolvante. Comme nous l’avons vu au paragraphe II.3.b.i, c’est la

partie réelle de ce pôle qui est proche de la fréquence de résonance atomique. Par
contre, le photon incident est plus loin de résonance.
Malgré cela, je fais dans ce paragraphe les approximations du champ tournant
et de l’atome à deux niveaux. Ceci permet de traiter plus facilement les resom-
mations de diagrammes de la résolvante, mais aboutit à un résultat en partie
inexact (i.e. différent à l’ordre 2 en 03C1
Lde celui obtenu par la méthode « champ
3
0
moyen »). Je reviendrai sur ce problème au paragraphe B.3.
361

a) Calcul dans le cas d’atomes discernables

i) Calcul de la résolvante en utilisant la méthodes des projecteurs


Le système atomique, qui est supposé s’étendre dans tout l’espace, est toujours
décrit par l’hamiltonien (B.14). J’utilise ici la méthode des projecteurs que j’ai
présentée au paragraphe B.1. a. ziz. Je définis le sous-espace de Hilbert

est l’ensemble des impulsions des N atomes. Je


rappelle que

L’espace C
{P} est de dimension . Je note P
1
N+1 {P} (resp. P} le projecteur
{)
Q
sur
{P} (resp. ).
R {P}
~
E
Je souhaite calculer la quantité

que dans la suite noterai plus simplement


je On vérifiera a posteriori que
<g(z)>.
cet élément de matrice ne dépend pas de {P}. Je définis les quantités :

où l’opérateur R(z) est défini par l’équation (B.9). On verra également a poste-
riori que R pair ne dépendent pas de {P},
impair et R ni de z et j.
Utilisant la formule (B.8), on trouve que

où M(z) est la matrice de rang N + 1 définie par

1 Il eût été possible de choisir un espace de projection à 2 dimensions, contenant l’état à


1 photon et où tous les atomes sont dans le fondamental, et une combinaison linéaire ad hoc
d’états à un atome excité C’est d’ailleurs cette approche que j’avais choisie au paragraphe II.1.g
(p 224), pour calculer l’indice au premier ordre en densité Dans le cas présent où l’on prend
en compte les interactions et la statistique, je préfère personnellement inverser z 2014 H dans ce

gros espace, afin de mieux « sentir» la signification physique des termes


362

où la première ligne/colonne correspond à l’état à 1 photon et tous les atomes


dans le fondamental. Les lignes/colonnes suivantes correspondent à un état à 1
atome excité.
Il est possible d’inverser exactement la matrice (B.33), chose qui n’est pas
très surprenante, puisqu’il y a N 2014 1 états non couplés. Voici en deux mots une
manière de s’y prendre: on écrit le système linéaire Mx = y, x et y étant des
vecteurs à N + 1 coefficients. Le but est d’exprimer les coefficients de x (que je
note {xi=0, ,N
}
i ) en fonction de ceux de y. La première ligne de la matrice M
nous fournit une relation entre x0 et t=1
N
03A3 . On obtient une deuxième relation
i
x
de la sorte en additionnant les N dernières lignes de la matrice M. On se ramène
donc à un système à 2 équations et 2 inconnues (x 0 et 03A3
i=1x
N ).
i
Je trouve finalement le résultat exact suivant :

Il est malheureusement impossible de calculer R


impair pair
et de R façon exacte.
Je vais donc devoir effectuer une approximation.
Cette approximation est analogue au développement du Viriel, utilisé par
les thermodynamiciens pour calculer les corrections au gaz parfait [68, p. 297].
Il consiste à ne retenir que les diagrammes faisant intervenir un petit nombre
d’atomes. Si l’on ne retient que les diagrammes à 1 atome, on obtient un résultat
d’ordre 1 en 03C1
A (
3
0 A c/03C9
=
). Si on tient aussi compte des diagrammes à 2
A
atomes, on obtient une correction d’ordre 2 en 03C1
.
A
3
0
363

Limitons-nous pour l’instant à l’ordre 1. Dans ce cas, R


impair = 0, puisque sa

définition (B.31.a) fait nécessairement intervenir 2 atomes. Le calcul de

s’effectue à l’aide du développement (B.9.b). Comme au paragraphe B.1.a.iv, seul


le diagramme

contribue, à cause projecteurs intervenant dans la définition de R(z). On


des
retrouve ainsi le déplacement de Lamb et la largeur naturelle de l’état excité.
Comme j’ai soustrait ces quantités dans la définition (B.31.b) de ,
pair on obtient
R
pair 0. D’où finalement le résultat
aussi R =

qui redonne la relation de dispersion (II.16) vue au chapitre II.

Signalons qu’on obtient cette relation de dispersion sans avoir à resommer ex-
plicitement la formule (II.8) (i.e. les diagrammes de diffusion multiple ne passant
pas 2 fois par le même atome). Cette resommation est cachée» dans l’inversion
«

de la matrice (B.33).
364

iii) Développement du Viriel à l’ordre 2: calcul du terme pair


Il faut donc maintenant prendre en compte tous les diagrammes mettant en

jeu 2 atomes distincts Ainsi, le terme pair donne


.
1

Je rappelle que les projecteurs P présents dans l’équation (B.8) imposent,


à la « fin» de chaque diagramme, de « retomber » dans le sous-espace
Autrement dit, il est nécessaire que l’impulsion de chaque atome soit conservée
{P}
C
.
1 Je neglige donc les diagrammes faisant intervenir 3 atomes ou plus , en voici un exemple
365

dans chaque diagramme. Cela revient à dire que

D’où le c facteur 03B4


k
n
(03A3
- k’)
n présent dans chaque terme de (B.36). La fonction
c est le symbole de Kronecker, puisque l’espace de quantification est discrétisé.
03B4
On écrit les c fonctions 03B4 en transformée de Fourier, i.e.(0394k)
c
V03B4 = re‘°
3
d
.
k ’’
(où 0394k
=
(-
03A3
n k k’
)).
n Ceci permet de séparer la contribution de chacun des
,
n
k et ainsi de « factoriser » les
diagrammes de la somme (B.36) :

Comme i et j jouent rôle symétrique, le diagramme figurant dans (B.38)


un

peut encore être factorisé en deux termes identiques (en changeant k’ en -k’)
correspondant à l’échange d’un photon entre un atome dans l’état fondamental
et un autre dans l’état excité. Je pose

où la quantité z est
03B1 définie par

Le tenseur 2
g est une approximation du tenseur g introduit au chapitre II
(éq. (II.28)). Il ne contient ni les termes
antirésonnants, ni le terme de contact.
366

Finalement, le terme pair vaut

On vérifie bien que, comme annoncé, pRair ne dépend pas du numéro de


l’atome considéré, ni de la distribution des impulsions des atomes.

iv) Calcul du terme impair


De même, on obtient pour le terme impair

Remarquons que les fonctions 03B4présentes dans l’équation (B.42) contiennent


, ce qui n’était pas le cas pour le terme pair. Cela est dû au fait que l’atome z est
r
k
excité au départ » du diagramme, et pas à l’« arrivée ». Or, d’après la définition
«

de l’espace de projection
{P} cette désexcitation s’accompagne d’un changement
C
,
d’impulsion pour l’atome z (physiquement, ce changement d’impulsion correspond
à l’émission par cet atome d’un photon dans le mode r 03B5
k
· ).
367

On remarque que le diagramme d’ordre 1, i.e.

ne figure pas dans la somme (B.42). La fonction 03B4 c qui y figure impose en effet
que le photon échangé soit r03B5 Par conservation de l’impulsion, tous les atomes
k
.
1
se trouvent alors dans leur état d’impulsion |{P}> d’origine. Autrement dit, l’état

intermédiaire se trouve à l’intérieur du sous-espace . {P}Le projecteur Q présent


C
dans la définition (B.9.b) de R vient donc annuler ce terme .
2
On calcule alors le terme impair par la même méthode que le terme pair. Voici
le résultat obtenu :

Remarque en éliminant le diagramme (B 43) nous touchons un point capital du calcul


d’indice On peut en effet remarquer que, si ce terme était présent, il conduirait à une divergence
dans le résultat final (une fois faite l’intégration angulaire, on serait ramené à l’intégrale sur r
d’une fonction tendant vers une constante non nulle à l’infini) L’élimination de ce terme grâce
au projecteur ad hoc fait donc un peu figure de miracle

En fait, on peut se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un hasard. Sous la méthode du
projecteur se cache une resommation des diagrammes ne passant pas deux fois par la même
paire d’atomes,ie

1 La c
fonction 03B4 n’impose a priori de contraintes que sur l’impulsion du photon échangé.
Des considérations de symétrie montrent aisément que la polarisation du photon est en fait
également imposée
2 Dans l’évaluation des autre diagrammes (et ce aussi bien pour le terme pair que pour le
terme impair), il peut fortuitement se produire que l’on retombe dans cet état appartenant à
{P}
R Toutefois, la modification du résultat induite par la prise en compte de ce phénomène
devient négligeable dans le cas où l’on fait tendre le volume de quantification vers l’infini
368

où le symbole représente l’interaction entre 2 atomes d’une paire que nous venons

de calculer, i.e

On constate donc que le diagramme (B 43) est donc bien présent dans la somme (B 45) il
s’agit du cas p =
2, avec le terme à un atome dans l’expression de 03B5
(k
)
L En ne le mettant

pas dans la somme (B 46), on évite tout simplement de le compter deux fois
Une manière naive de calculer l’indice aurait été de ne pas sommer la série (B 45), mais
de ne prendre que le terme p = 1 Cette façon de faire découle d’un a priori selon lequel, pour
effectuer un calcul à l’ordre q en densité, il faut resommer tous les diagrammes à q atomes et
eux seuls Cet a priori n’est pas démenti par un calcul à l’ordre 1 en densité: on ne garde que
le terme à 1 atome de (B 46), et obtient le bon résultat Par contre, passant à l’ordre 2, nous
n’avons aucune raison d’éliminer le diagramme (B 43) D’où un résultat divergent (ou tout au
moins, si le milieu atomique est fini, dépendant fortement de la taille de ce dernier) La nécessité
de resommer la série (B 45) apparaît donc a posteriori, et heurte le bon sens, puisque nécessite
des diagrammes avec un nombre arbitrairement grand d’atomes pour calculer l’indice à l’ordre
2
En fait, on peutrendre compte que les diagrammes resommés dans la formule (B 45) sont
se

un peu particuliers, dans la mesure où, lors de chaque absorption/émission du photon, l’impul-
sion de chacun des atomes est conservée Par conséquent, les contributions de ces diagrammes
1Nous ressommons donc à tous les ordres les diagrammes cohé-
s’ajoutent de façon cohérente
rents, mais seulement à l’ordre 2 les diagrammes incohérents,ie ceux qui ne conservent pas
l’impulsion des atomes

Il faudra bien garder ce problème à l’esprit au chapitre V, lorsque nous calculerons la section
efficace différentielle de diffusion En effet, nous verrons qu’il y apparaît un grand nombre de
divergences de ce type

1 Cette propriété est en fait générale dès que l’on a affaire à des diagrammes réductibles [214],
c’est-à dire des diagrammes que l’on peut séparer en deux en coupant une ligne de photons.
Les diagrammes réductibles s’ajoutent de façon cohérente On retrouve cette même propriété
avec les diagrammes d’échelles, dans le calcul de diffusion (p 319)
369

v) Relation de dispersion
La relation de dispersion se déduit de (B.34), en utilisant les résultats (B.41)
et (B.44). On fait tendre le volume de quantification vers l’infini en supposant
que

Comme indiqué au chapitre (II), p. 223, on remplace z par e


03C9 et calcule la
relation entre e et
03C9 /c. Voici le résultat obtenu :
r 03C9
k r=

La quantité 03C9e est définie par


03B1 l’équation (B.40) avec z =
,
e
03C9 i.e.

b) Prise en compte de la statistique


i) Présentation de la méthode
Pour traiter le cas d’un gaz quantique à température non nulle, il faut moyen-
ner la résolvante dans un état décrit par une matrice densité 03C9, i.e.

La transformée de Fourier de (B.49) permet d’obtenir l’opérateur d’évolution du


système, moyenné via la matrice densité 03C9. Nous devons donc chercher les pôles
de la quantité <G(z)>.
On supposera que la matrice densité 03C9 pourra s’écrire sous la forme

La matrice photons
03C9 est la matrice densité du champ électromagnétique. Je sup-
photons est un état pur à un seul photon, i.e.
pose que 03C9
370

interne est la matrice densité des degrés de liberté atomiques internes.


La matrice 03C9
On supposera qu’elle aussi est constituée d’un état pur où tous les atomes sont
externe porte sur les impulsions des
dans l’état fondamental. Enfin, la matrice 03C9
atomes. Elle vérifie le postulat d’(anti)symétrisation
:
1

où 03C9’ est
externe défini par

la distribution des impulsions des atomes, i.e. {P} =


La notation
{P}et désigne
est le facteur défini par
,P
1
P , ... ,P
2 ,
N Pt
f d’occupation

03BC étant le potentiel chimique. Tous les atomes sont supposés dans l’état fonda-
mental.
Dans la formule (B.52), j’utilise l’opérateur G d’(anti)symétrisation, défini
par

où j’ai effectué une permutations ç de rang N, 03B5’(~) valant 0


somme sur les
pour une permutation paire et 1 pour une permutation impaire (la signature de
la permutation est donc (-1)
). La quantité ~
03B5’(~) b/f vaut 1 (resp. -1) pour des
bosons (resp. fermions).
ii) Projection sur un espace (anti)symétrisé
La difficulté dans le calcul de la valeur moyenne de la résolvante provient de
l’opérateur d’(anti)symétrisation G présent dans la matrice densité.
J’introduis dans l’équation (B.49) une relation de fermeture, en utilisant la
base {P} externe est diagonale. J’obtiens
dans laquelle la matrice 03C9’

1 Bien que les atomes considérés ici (transition 0 ~1 entre le fondamental et le premier
état excité) soient forcément des bosons, je n’élimine pas le cas des fermions afin de pouvoir
généraliser mes calculs au cas d’une transition quelconque
371

On voit donc faut restreindre l’espace de Hilbert aux états (anti)symé-


qu’il
trisés, et moyenner G(z) dans un état de cet espace.
Comme au paragraphe B.2.a.i, je calcule l’élément de matrice de la résolvante
en utilisant la méthode des projecteurs
. Je choisis pour espace de projection:
1

Les N + 1 vecteurs utilisés dans la définition (B.57) constituent une base de


{P}
C
, à condition que deux atomes ne soient jamais dans la même classe d’im-
pulsion. Ceci est toujours vrai pour les fermions, et, dans la limite où le volume
de quantification tend vers l’infini, pour des bosons au-dessus de la condensa-
tion de Bose-Einstein
. Dans la suite, je raisonnerai sur ces vecteurs de base
2
(anti)symétrisés, afin de calculer les éléments de matrice de R(z).
iii) Eléments de matrice de R(z)
Je définis les quantités suivantes, qui sont les éléments de matrice de R(z) sur

les vecteurs de base (anti)symétrisés :

Contrairement aux termes définis dans


l’équation (B.31), la quantité
ij 2 atomes(resp. R
R
,
statistique i )dépend des numéros des atomesi et j
statistique, 1 atome
(resp. de l’atome i), ou plus exactement des impulsions P j (resp. de P
, et P
i ). Ils
i
dépendent aussi des impulsions des autre atomes (à cause du développement de
R(z)).
On exploite le fait que R(z) commute avec 6 (ceci est dû au fait que R(z)
ne «
privilégie» aucun atome). Comme G 2 6, on peut éliminer l’une des deux
=

opérateurs G dans chacune des équations (B.58).


1 Encore une fois, il eût été possible de raisonner sur un espace à 2 dimensions, en
(anti)symétrisant vecteurs de base de celui utilisé au paragraphe II.1.g (p. 224).
les
2 Il est aussi possible de résoudre le problème dans le cas de la condensation de Bose-
Emstem Pour cela, il faut considérer comme un seul état le cas où un atome du condensat
est excité (à température nulle, est donc de dimension 2) Il faut ensuite prendre des
à la
{P}
limite du volume infini
précautions lorsqu’on passe
372

L’opérateur R(z) se développe en diagrammes de Feynman. Nous savons qu’à


l’ordre 2 du développement du Viriel, il ne faut retenir que les diagrammes passant
par 2 atomes donnés i et j(pour exprimer R , il faut donc rajouter
statistique, 1 atome
i
une sommation sur j), et négliger les diagrammes passant par un 3 eatome.
L’opérateur G se développe d’après (B.55) en une somme sur les permutations.
En fait, les permutations qui ne laissent pas invariants les atomes autres que z
et j ne contribuent pas, à cause de la conservation de l’impulsion (et du fait
que les impulsions de deux atomes différents sont nécessairement différentes).
Finalement, les deux seules permutations qui contribuent sont l’identité et la
permutation échangeanti et j(notée ). ij Le terme avec l’identité nous redonne
B
les quantités R
pair et Rimpair définies par l’équation (B.31). On obtient donc:

iv) Calcul de la résolvante


L’élément de matrice de la résolvante G(z) sur les vecteurs de base (anti)sy-
métrisés vaut (en utilisant la formule (B.8) et le résultat (B.59)) :

où la matrice M est définie par (B.33), et la matrice N vaut

Comme les éléments de matrice de N sont tous différents, il est impossible


d’inverser la matrice exactement comme je l’avais fait dans le cas où les atomes
373

étaient discernables. J’utiliserai donc le développement

Ce développement est valable lorsquez - 03C9


A , et dans la limite 03C1
~ 03C9
A A ~ 1.
3
Le calcul du produit de matrices (B.63) est extrêmement long et fastidieux,
mais ne pose pas de difficulté de principe (l’inverse M
-1 ayant déjà été calculé
au paragraphe B.2.a). Voici le résultat obtenu:

v) Moyenne sur les variables atomiques externes


Il faut maintenant moyenner
l’équation (B.64) en sommant sur les ensembles
d’impulsions {P}, comme l’indique l’équation (B.56). On voit qu’il suffit en fait
de moyenner échange,
ij pair et R
R , qui
échange, impair
i sont les deux seules quantités de
(B.64) dépendant de {P}.
Ces deux quantités se calculent par resommation de diagrammes. Ainsi,
ij pair s’exprime avec la même somme de diagrammes que R
R
échange, pair dans la
formule (B.36), le

étant simplement remplacé par

et la sommation sur j disparaissant (~ est le numéro du photon échangé). On


écrit ensuite
374

multipliant l’équation (B.65) par ,


En et en effectuant une sommation
Pj
f ila
j et P
sur P , on
j voit que l’on fait apparaître densité à 2 corps (en utilisant la
formule (III.18), p. 245). Finalement, on trouve le résultat

~(r) étant la partie statistique »


« de la densité à deux corps, définie par l’équation
(III.3), p. 238.
vi) Relation de dispersion
Pour trouver la relation de dispersion, nous devons trouver les pôles de la
quantité <G(z)> Tr(g(z)). Ces pôles sont les zéros de 1/<G(z)>. L’expression
=

(B.34) de la résolvante dans le cas où les atomes sont discernables suggère que
l’on peut écrire (du moins au voisinage du pôle)

avec cC
las (z) « 1 et C
quant (z) « 1.
clas (z) nous est donnée
L’expression de C en faisant ~
b/f = 0 et en utilisant les
résultats du paragraphe B.2.a. On trouve

Pour calculer la correction statistique, on effectue un développement de <G(z)>


(valable au voisinage du pôle) à partir de l’équation (B.67), et l’on compare
le résultat avec l’équation (B.64), moyennée sur les impulsions atomiques. On
375

obtient

les moyennes <R pair


échange, > et échange, impair
<R > étant respectivement définies par
(B.66.a) et (B.66.b).
On peut maintenant vérifier que pour z ~ 03C9 , les quantités C
A clas (z) et
quant (z) sont bien petites devant 1. On vérifie ensuite que l’expression du pôle
C
e de z qui annule l’expression (B.67)), vérifie bien la
obtenue (i.e. la valeur 03C9
condition de validité de (B.64), i.e. 03C9
e - 03C9
A . Ceci justifie a posteriori la
« 03C9
A
validité de la méthode employée.
On déduit que la relation de dispersion (B.47.a), z.e.

est toujours valable, mais en prenant cette fois-ci pour A

3. Le problème des termes antirésonnants


La relation de dispersion (B.70) est une relation entre k . Nous savons
r et 03C9
e
le
depuis paragraphe II.3 (p. 230) qu’il est très difficile d’extraire directement
un indice d’une telle relation de dispersion obtenue dans l’approche résolvante.

Néanmoins, si cette relation de dispersion est analytique (ce qui est le cas ici), on
doit retrouver la relation de dispersion que l’on obtient par l’approche « champ
moyen » en remplaçant 03C9
e par 03C9
L (réelle et quasi-résonnante) et r
k par m (com-
k
plexe). Dans cas, l’indice de réfraction est le rapport L
ce /03C9
m
ck
.
Si, par cette méthode, compare
on la relation de dispersion (B.70) à la relation
(III.13) (p. 243) obtenue par la méthode de la hiérarchie, on constate que les deux
résultat se ressemblent beaucoup... mais ne sont pas exactement les mêmes. Deux
différences majeures apparaissent : d’une part, la relation (III.13) est une relation
en 2/03C9 alors que la relation (B.70) est en 03C9/k. Si l’on développe la relation
k
,
376

(III.13) en puissances de la densité, pour obtenir une relation de la même forme


que (B.70), on constate qu’il apparaît un terme d’ordre 2 en 03C10
L supplémentaire,
3
qui ne figure pas dans l’équation (B.70). Certes, ce terme ne dépend pas de la

statistique,et ne nous intéresse pas vraiment, mais sa contribution est du même


ordre que celle des termes statistiques.

Plus grave, lesintégrales incluses dans la définition (B.70.b) de A contiennent


le potentiel g, qui n’est pas égal au potentiel g utilisé dans l’équation (III.13). De
2
plus, le potentiel g2 a jusqu’ici été défini par un diagramme (équation (B.39)). Si
j’écris l’intégrale correspondante, je constate que celle-ci diverge pour les grandes
fréquences.

Ces différences viennent du fait que l’hamiltonien (B.14) dont je suis parti dans
le calcul par la résolvante n’est pas le même que l’hamiltonien (A.42) (annexe A)
utilisé pour l’approche de champ moyen. Outre le terme de contact, ce dernier ne
fait pas l’approximation du champ tournant. Nous avons vu au paragraphe II.3.b
que l’on pouvait interpréter physiquement l’approche à un photon (z.e. la méthode
de la résolvante) en supposant que la partie réelle de la fréquence complexe 03C9 e
est proche de résonance. Dans ces conditions la fréquence du photon incident r 03B5
k
n’a pas de raison d’être quasi-résonnante. Par conséquent, nous n’avons pas le
droit de faire l’approximation du champ tournant.

L’objetde cette section est donc de généraliser la méthode de la résolvante


au cas où l’on ne fait pas l’approximation du champ tournant. Nous verrons que

l’on arrive à obtenir la même relation de dispersion que celle de la méthode de la


hiérarchie moyennant il est vrai une prise en compte moins systématique des
2014

différents diagrammes.

a) Calcul sans tenir compte des interactions atomiques

i) Les diagrammes resommés

J’ai signalé dans la remarque p. 367 qu’il fallait, pour calculer l’indice, re-
sommer tous les diagrammes cohérents (i.e. conservant l’impulsion de chaque
377

atomes). Ceci nous a conduit a calculer la somme (II.8) que je réécris ici :

Si l’on fait plus l’approximation du champ tournant, il existe


ne un autre type
de diagramme cohérent :

dans le diagramme (B.72), l’atome j émet un photon dans le mode de direction


opposée à celle du photon initial, tout en passant dans l’état excité. Ce photon
est absorbé par l’atome z qui se désexcite. On vérifie facilement que l’impulsion
de chacun des 2 atomesi et jest conservée.
Je vais donc évaluer l’élément de matrice de la résolvante en ajoutant les
diagrammes du type (B.72) à la somme (B.71).

ii) Obtention de la relation de dispersion


Hamiltonien du problème. Je prendrai l’hamiltonien (A.42) que j’ai éta-
bli dans l’annexe A, et que je rappelle ici :

où le champ ~
E se développe en
378

Le terme (0) présent dans l’hamiltonien (B.73) apportera des corrections dans
(3)
03B4
l’expressiondu déplacement de Lamb, que je ne détaillerai pas ici. Le dernier
terme de cet hamiltonien est le terme de contact.

Sommation des diagrammes. Je souhaite calculer la quantité


<G(z)> r
=
<{i,f}
|
i
N
,
0
& Ç(z)|{i,f}
#x3E;
{P},
3B5
=1 k , (B.75)
en resommant explicitement des diagrammes, via la formule (II.7). Je prends en
compte tous les diagrammes cohérents résonnants et antirésonnants. Je néglige
pour l’instant l’interaction entre atomes. J’obtiens l’expression

où le 3
e terme du crochet dans (B.76) représente la contribution du terme de
contact (désexcitation de l’atome z et excitation de l’atome j lorsqu’ils entrent
en contact) :

le volume de quantification V apparaissant quand on écrit la fonction 03B4 du terme


de contact en transformée de Fourier.
Tous calculs faits, on obtient à partir de l’équation (B.76) le résultat
379

Relation de dispersion. La relation de dispersion s’obtient en calculant


les pôles de l’élément de matrice de la résolvante, c’est-à-dire les valeurs de z qui
annulent son dénominateur. On constate que l’équation (B.78) a 3 pôles simples
(z ck=
r n’est pas un pôle double car annule aussi le numérateur). Les deux pôles
z =
r et z 03C9
ck A=
- i0393 2
correspondent respectivement à la propagation d’un
photon pur et d’un atome excité pur : ils ne nous intéressent pas. Le troisième pôle,
dû au couplage photon/atome, se calcule en annulant le crochet du dénominateur
de (B.78). On obtient ainsi la relation de dispersion (en faisant z )
e
03C9=

où je rappelle 03C9e est définie par l’équation (B.48).


que la quantité 03B1
Nous savons que, pour comparer la relation de dispersion (B.79) à la relation
(II.38) obtenue par l’approche de champ moyen, il convient de remplacer k
r par k
m
complexe, et 03C9 , réel et quasi-résonnant. Dans ces conditions, l’expression
e par 03C9
L
L - ck
03C9 m A figurant au dénominateur peut être remplacée par -ck
- 203C9 - 03C9
m .
1
L
On obtient alors la relation de dispersion

qui est exactement la relation de dispersion (II.38).

iii) Interprétation physique


La prise en compte des diagrammes antirésonnants nous a permis d’obtenir la
relation de dispersion (B.79), dont on a vu qu’elle est équivalente à la relation en
/03C9 (B.80). Si l’on ne prend pas en compte ces diagrammes antirésonnants,
k
c
2
on obtient (à l’ordre 1 en densité) la relation (II.16), que l’on peut réécrire en

On voit donc que c’est une relation en ck/03C9.


Dans ce paragraphe je vais revenir à la méthode « champ moyen », dans le cas
où le milieu remplit un demi-espace. Je vais montrer que si l’on écrit la continuité
1 On peut être surpris que ce soit la fréquence atomique non renormalisée qui apparaît
dans la relation de dispersion (B 79) je n’ai en fait pas tenu compte, par souci de simplicité,
des diagrammes de renormalisation qui apparaissent lors de l’échange du photon antirésonnant
entre les atomes i et j. Si j’en avais tenu compte, il aurait aurait fallu remplacer 2(03C9
A - ir/2)
dans le 2e dénominateur de (B 79) par 203C9, et donc oublier totalement la partie imaginaire.
L
On peut en fait s’en tirer grâce au fait que ckm possède aussi une partie imaginaire, qui, si la
densité atomique est suffisamment forte, est très supérieure à 0393
380

du champ en z = 0 (à l’interface vide/matière) sans tenir compte de l’existence


d’une onde réfléchie, alors on trouve une relation de dispersion en ck/03C9 analogue
à (B.81). Il existe donc une analogie avec la situation physique de la méthode à un
photon : la diffusion cohérente vers l’arrière du photon induite par les transitions
antirésonnantes (formule (B.72)) peut en effet être assimilée à une réflexion du
photon incident. Dans les deux méthodes, l’oubli du terme de réflexion entraîne
donc l’obtention (incorrecte) d’une relation de dispersion en ck/03C9.
Je reviens donc à l’équation (II.30). Je rappelle que, dans le chapitre II, nous
nous étions placés dans le cas où le milieu remplit le demi-espace z 0, et avions
calculé la relation de dispersion en appliquant à (II.30) l’opérateur 0394 + k.
L
2
Une méthode équivalente consiste à calculer l’intégrale figurant au second
membre de (II.30), et donc d’intégrer sur ce demi-espace z 0. Le calcul de cette
intégrale a déjà été fait au paragraphe III.3.d.ii (éq. (III.58) p. 258). On obtient,
en remplaçant D(z’) par i’
e
0
D
z
m k

La relation de dispersion s’obtient en annulant dans (B.82) la composante en


ik On doit donc vérifier la relation
e
.
z
L

où l’on a utilisé la relation (II.37), valable au premier ordre en densité, i.e.

Dans qui suit, je vais raisonner sur des échelles de longueur macroscopiques
ce

(c’est-à-dire très supérieures à la longueur d’onde optique). Effectuons la suppo-


sition que, sur de telles échelles macroscopiques, le champ électrique est continu
à l’interface z 0. Alors 03B5
=
0 E , et on tire de (B.83) la relation
L =

La relation (B.84) est en toute rigueur inexacte : on n’a pas le droit d’écrire la
continuité du champ en z 0. Nous savons (voir § III.3.d) que cette discontinuité
=

à l’échelle macroscopique est en fait une variation rapide du champ sur une dis-
tance de quelques longueurs d’onde optique. Pour rétablir la continuité du champ
macroscopique il faut introduire une onde réfléchie, c’est à dire un champ diffusé
de façon cohérente vers l’arrière, par les atomes situés au voisinage de l’interface
(ils oscillent tous en phase). On retrouve de cette façon la relation de dispersion
correcte en /03C9
k
c
.
2
381

b) Prise en compte des interactions et de la statistique


Pour tenir compte des interactions et de la statistique, on raisonne comme
au paragraphe (B.2) : en plus des diagrammes cohérents, on resomme tous les

diagrammes d’échange de photons entre deux atomes d’une paire.


La différence est que nous devons aussi prendre en compte l’échange d’un
photon antirésonnant [194, app. A], ainsi que la contribution du terme de contact.
Je pose donc

z
03B1 étant défini par l’équation (B.40). Analytiquement, la formule (B.85) donne

On obtient alors la relation de dispersion suivante :

A étant défini par l’équation (B.70.b) où l’on remplace g (r) par (r).
2 03C9e
g
On peut vérifier en faisant le remplacement e ,03C9
r
(k
) ~
,03C9 que l’on
m
(k
)
L
retrouve, si l’on se limite à l’ordre 2 en densité, la relation de dispersion (III.13).
Deux remarques s’imposent au niveau de ce remplacement
Tout d’abord, l’équivalence entre une relation de dispersion en e ,03C9 et une relation en
r
(k
)
, 03C9
m
(k )
L ne marche que si la fonction vérifie certaines propriétés asymptotiques permettant de
passer d’une approche à l’autre par le théorème des résidus (voir § II 3 a) Ces propriétés me
paraissent difficiles à vérifier dans le cas de la relation de dispersion à l’ordre 2.
Ensuite, on devrait en toute rigueur introduire une énergie renormalisée (avec sa partie
imaginaire) dans le premier dénominateur de l’équation (B 86) définissant le potentiel d’inter-
action g
z Si on le fait, le calcul devient problématique car on ne peut plus intégrer par les
résidus la partie positive de l’intégrale sur 03C9 k admet alors pour pôle 03C9 L = 03C9 tandis que la
,
partie négative admet w =
L
03C9- A - i0393/2)
2(03C9
Toutefois, nous verrons dans l’annexe C que le remplacement dans g du pôle w = 03C9 L par
03C9 = 03C9
L 03B1/2) (dans ce cas bien sûr le pôle est le même quel que soit le signe de 03C9) ne
(1 + 03C1
0
modifie pas le résultat à l’ordre 2 en densité Or, la modification introduite ici (0394E A - i0393/2)
est beaucoup plus petite, pour des densités raisonnables, que L 03C9
0
03B103C1
382

c) Les défauts de la méthode


La méthode que je viens d’exposer permet, grâce à l’introduction de termes
anti-résonnants, de retrouver exactement la relation de dispersion obtenue dans
l’approche champ moyen ». Toutefois, j’admets que la rigueur de cette méthode
«

n’est pas totale. Plus précisément, deux points posent problème.

z) La prise en compte de tous les diagrammes


Le premier défaut de la méthode tient dans la nature de mon raisonnement : je
suis parti d’un résultat (rigoureux) obtenu avec l’approximation du champ tour-
nant, puis j’ai ajouté quelques diagrammes antirésonnants de manière à obtenir
(un peu par miracle) le résultat que je souhaitais obtenir. Aucune comparaison
systématique entre les diagrammes entrant en jeu et ceux qui sont négligés n’a
été faite.
Le problème doit normalement être traité en utilisant des états asymptotiques
exacts, selon la méthode présentée dans [119, p. 217]. Lorsque le photon inci-
dent r03B5 est « loin » du milieu
k , les atomes interagissent tout de même avec
1
le champ électromagnétique ; des excitations peuvent en effet apparaître spon-
tanément, accompagnées d’émissions de photons. Il faut donc calculer l’état du
système compte tenu de ces interactions (état asymptotique exact), puis étudier
la propagation du photon r 03B5 dans le milieu en appliquant la théorie de la diffu-
k
sion sur cet état asymptotique exact (i.e. en remplaçant l’état « nu» par un état
renormalisé où les atomes sont entourés d’un nuage de photons virtuels).
Pour calculer l’état asymptotique exact, deux types de diagrammes sont à
distinguer. Tout d’abord, des diagrammes faisant intervenir un seul atome, tel
que ceux-ci :

La prise en compte de tels diagrammes aboutit à unerenormalisation du


niveaufondamental|f> de l’atome. Si l’on néglige les deux derniers types de
diagrammes de l’équation (B.88), on trouve que la transition entre|f> et |e> est

1 Je raisonne ici en utilisant l’analogie entre l’évolution d’un photon dans un milieu infini
que l’on a calculé ici par l’approche résolvante, et la diffusion d’un paquet d’ondes sur unmilieu
fini (p 233)
383

modifiée d’une quantité (complexe) définie par l’équation (A.53.b), au lieu de


l’équation (B.11.b) qui n’était pas en fait l’expression correcte
.
1
D’autres diagrammes font intervenir plusieurs atomes : en voici quelques
exemples :

De tels diagrammes sont responsables des interactions entre atomes dans leur
état fondamental. J’ai dit au début du chapitre III que l’on pouvait négliger ce
type d’interactions dans la limite de faible densité, car leur portée est beaucoup
plus courte que celle des l’interactions que j’ai prises en compte entre un atome
dans le fondamental et un autre dans l’état excité
.
2
On voit donc que si l’on prend l’expression correcte (A.53.b) pour le déplace-
ment de Lamb, et si la densité est suffisamment faible pour pouvoir négliger les
interactions entre atomes dans leur état fondamental, alors l’état asymptotique
exact est bien l’état que nous avons utilisé (z.e. où tous les atomes sont dans
l’état fondamental avec un impulsion déterminée, et où il n’y a pas de photon).

ii) L’approximation de l’atome à deux niveaux

Dans toute cette annexe, j’ai négligé la contribution des niveaux supérieurs
de l’atome, même lorsque j’ai cessé de faire l’approximation du champ tournant.
Or chacun sait que ces deux approximations sont indissociables.
Dans l’approche « champ moyen », les autres niveaux ne contribuent pas, parce
que le laser est quasi-résonnant avec la transition. Par contre, dans l’approche
diagrammatique où le photon r 03B5 n’est pas résonnant avec la transition, les autres
k
niveaux vont contribuer de façon non négligeable à la relation de dispersion.
En fait, ceci n’est pas très grave dans la mesure où la situation physique
correspondant à l’approche à un photon ne nous intéresse guère. Pour nous ra-
mener au cas qui nous intéresse, il faut faire l’extrapolation (k
, 03C9
r e ~ k m ): la
, 03C9
L
1 On peut l’équation (A 53 b) diverge moins que l’équation (B.11.b) (diver-
constater que
gence logarithmique heu
au d’une divergence en 03C9
, où 03C9
M
4 M est la fréquence de coupure) Pour
supprimer totalement la divergence, il faudrait tenir compte d’effets relativistes.
2 Si on tenait compte de ces interactions, on trouverait que la densité à deux corps serait
modifiée lorsque deux atomes sont proches, et ce même en l’absence d’effets statistiques
384

contribution des termes dus aux autre niveaux deviendra alors négligeable. Par
contre, l’interprétation du paragraphe II.3.b, dans lequel je calculais l’absorption
d’un paquet d’ondes, dans une situation physique analogue à celle de l’approche
à un photon, devient plus difficile à justifier. On peut toutefois s’en tirer en se
restreignant à des atomes dont l’essentiel de la force d’oscillateur serait celle de
la première transition.

4. Conclusion
J’ai donc présenté une méthode alternative pour calculer l’indice de réfraction
d’un milieu d’atomes froids, lorsque l’on tient compte des interactions et des
effets quantiques collectifs. Cette méthode offre l’avantage d’être interprétable en
termes de diagrammes. On peut aisément « visualiser » les processus entrant en
jeu (chose qui s’est avérée très utile, notamment pour généraliser le calcul au cas
de la section efficace différentielle de diffusion). Le fait de pouvoir travailler sur
un milieu infini est aussi un avantage (on est ainsi débarrassé des effets de bord).

Dans le cadre de l’approximation du champ tournant, une prise en compte


systématique des diagrammes a été faite. Nous avons vu qu’il faut resommer tous
les diagrammes cohérents, c’est-à-dire ceux où le système repasse par l’état initial.
Ensuite, selon l’ordre que l’on veut atteindre dans le développement du Viriel, on
ressomme tous les diagrammes à 1, 2 atomes...

Malheureusement l’approximation du champ tournant ne conduit pas à la re-


lation de dispersion correcte, tout simplement parce que ses conditions de validité
ne sont pas vérifiées. Le calcul diagrammatique sans cette approximation est plus

délicat quant-au choix des diagrammes à retenir. Toutefois il conduit à la bonne


relation de dispersion, i.e. à la même que celle obtenue par les autres méthodes.
Annexe C

Renormalisation par la méthode


de Barrat

LE CALCUL d’indice de réfraction par la méthode de la hiérarchie nécessite de


remplacer, à l’intérieur de la formule (III.12.b), le vecteur d’onde complexe
complexe k m par le vecteur d’onde réel k L du laser (au niveau de l’exponentielle
complexe). Le même remplacement intervient lorsqu’on fait le calcul par la mé-
thode de la résolvante. Un tel remplacement est nécessaire pour que l’intégrale
converge, la seule justification rigoureuse de cette approximation étant donnée
par le développement en puissances de la densité, qui est présenté au paragraphe
III.3 (p. 252).

L’objet de cette annexe est de revenir sur le remplacement, et de montrer


qu’il n’était pas nécessaire de lui donner une grande importance. Je ne prétends
toutefois pas résoudre le problème rigoureusement, que ce soit par la méthode de
la résolvante ou par celle de la hiérarchie.
Ma présentation est basée l’utilisation d’un potentiel renormalisé, obtenu
sur

en tenant compte du fait que les photons échangés par les atomes d’une paire
se propagent dans un milieu d’indice différent de 1. Lorsque, dans relation de
la
dispersion (III.12), on utilise ce potentiel à la place du potentiel g, il n’est plus
nécessaire d’effectuer le remplacement k m ~k L que je viens d’évoquer. L’indice
déduit de cette nouvelle relation de dispersion est (numériquement) très proche
de celui obtenu avec la relation (III.13), les corrections étant d’ordre 3 en 03C1
.
L
3
0
Je commencerai donc (§ C.1.a) par établir l’expression du potentiel renor-
malisé. J’utiliserai pour cela l’approche « résolvante ». Au paragraphe C.2, je
montrerai que ce potentiel renormalisé apparaît naturellement avec la méthode
de la hiérarchie, lorsque l’on fait une approximation plus fine que (III.7). Néan-
moins la relation de dispersion obtenue n’est pas la même. Je terminerai (§ C.3,
p. 390) par une comparaison numérique des différentes relations de dispersion, et
montrerai qu’il est raisonnable de les confondre à l’ordre qui nous intéresse.
386

1. Calcul par la méthode de la résolvante


a) Introduction

Le calcul d’indice que nous avons effectué prend en compte les interactions de
Van der Waals par paires d’atomes. Il sous-entend que deux atomes interagissent
uniquement lorsqu’ils sont « proches» (i.e. que leur distance est inférieure ou de
l’ordre de 03BB
). Toutefois, lorsque, dans le résultat (III.31) (intégré sur les angles),
L
on étend jusqu’à l’infini l’intégrale, qui porte sur la distance entre les deux atomes

d’une paire, on trouve qu’il y a un terme qui oscille sans s’amortir.


La solution à ce problème vient du fait que lorsque les deux atomes de la
paire s’éloignent, il devient hautement improbable qu’ils échangent un photon
sans que celui-ci soit intercepté par un atome tiers. Pour traiter le problème, il

faudrait donc introduire une « distance de coupure ». Nous allons voir ici que
cette distance de coupure apparaît naturellement lorsque l’on tient compte des
diagrammes dans lesquels le photon échangé est absorbé et réémis par les atomes
se trouvant « sur son chemin ».

b) Calcul du potentiel renormalisé

Revenons calcul d’indice par la méthode de la résolvante (annexe B), et


au

remplaçons les diagrammes d’échanges de photons (tels qu’ils apparaissent dans


la formule (B.85)) par des diagrammes renormalisés, i.e.

On suppose que les atomes intermédiaires ~ n visités par le photon ne sont


jamais deux fois les mêmes. Par conséquent, le photon reste dans le même mode
tant qu’il n’a pas rejoint l’un des atomes z ou j de la paire. La resommation des
387

diagrammes de la formule (C.2) conduit au potentiel renormalisé


1

J’ai tenu compte dans (C.3) des termes antirésonnants et du terme de contact.
On remplace la somme sur k par une intégrale, pour aboutir au résultat

c) Interprétation
La renormalisation (C.1) a été introduite pour la première fois par Jean-Pierre
Barrat [228, 229], puis par Alain Omont [230]. Les calculs étaient alors effectués
en représentation R. On tenait compte des atomes situés au voisinage du segment

de droite joignant les deux atomes de la paire. Pour parvenir au résultat, il était
nécessaire d’effectuer une approximation de type phase stationnaire [231, app. B],
et de supposer le potentiel scalaire.
Nous effectuons ici le calcul en représentation P, avec un potentiel vectoriel.
Nous ne faisons aucune hypothèse sur la position des atomes intermédiaires (nous
imposons seulement au photon de ne pas passer deux fois par le même atome), et
parvenons à un résultat équivalent à celui de Barrat sans aucune approximation :
ceci peut donc sembler un peu magique.
En fait, nous perdons en compréhension physique ce que nous avons gagné en
exactitude mathématique. Dans la mesure où nous faisons contribuer un grand
nombre d’atomes, nous ne comprenons plus très bien pourquoi deux d’entre eux
(ceux de la paire) doivent jouer un rôle particulier, et notamment pourquoi nous
interdisons au photon de passer deux fois par l’un des autres atomes. En fait, il
faut garder à l’esprit les hypothèses du calcul de Barrat : ce sont les atomes placés
sur le segment joignant les deux atomes de la paire et eux seuls que nous faisons

contribuer, et le photon les « visite »dans l’ordre dans lequel ils sont placés sur
ce segment (mais en représentation P, rien ne permet de distinguer ces atomes

des autres).
1 Pour ce calcul je prends z = (03C9
+i03B5’) Cela ne change en rien le raisonnement, et permet
L
d’obtenir directement le résultat correspondant à l’approche « champ moyen » (03C9 = 03C9
L réel et
k = k
m complexe)
388

d) Relation de dispersion
On obtient la relation de dispersion en remplaçant g par g
B dans l’équation
(III.12). On obtient

m par k
On voit qu’il n’est plus besoin de remplacer k L dans les exponentielle, car
B contiennent une exponentielle complexe venant compenser les divergences.
les g

2. La renormalisation par la méthode de la


hiérarchie
Nous donc monté en utilisant la méthode de la résolvante qu’il était
avons

possible, la
via prise en compte de diagrammes faisant intervenir un grand nombre
d’atomes, d’obtenir une relation de dispersion où il n’est plus besoin de remplacer
m par k
k , et dans laquelle intervient un potentiel d’interaction renormalisé.
L
Dans ce paragraphe, je montrerai qu’il est possible de faire apparaître ce même
potentiel renormalisé avec la méthode de la hiérarchie, à condition de traiter les
contributions de D(r"/r,
r’) de façon plus fine qu’au chapitre III. Néanmoins, je
n’ai pas su retrouver la relation de dispersion (C.5) par cette méthode. En outre,
je ne sais faire le calcul que dans le cas d’atomes discernables.
Ce paragraphe n’a donc pas la prétention de calculer l’indice par la méthode
de la hiérarchie de façon plus rigoureuse qu’au chapitre III, mais simplement
de localiser la source de nos problèmes de convergence : le mauvais traitement
des termes à trois atomes. Je rappelle encore une fois que seul le développement
en puissances de la densité (§ III.3, p. 252) est en mesure de nous conduire

rigoureusement au résultat.

a) Ansatz sur le terme à 3 atomes

Revenons à l’équation (III.6.b), et plaçons-nous dans le cas de « boltzons»


Je postule alors
l’équation suivante :
389

On se convainc facilement que l’ansatz (C.6) est vérifié dès que r, r’ et r" ne
L (par contre, deux de ces points
sont pas tous trois dans un même cube de côte 03BB
L à condition que le troisième soit beaucoup plus
peuvent être plus proches que 03BB
loin). L’identité (C.6) est donc une nouvelle façon d’exprimer le développement

du Viriel, dans le cadre duquel nous avons effectué tous nos calculs.
Je définis maintenant la quantité suivante

L’équation (III.6.b) combinée avec l’ansatz (C.6) donne

Dans la suite, je négligerai la dernière ligne de l’équation (C.8) : les deux fonctions
g qui y sont présentes favorisent en effet le cas où r et r’ sont tous deux proches
de r" (je ne sais pas justifier plus rigoureusement cette approximation).

b) Relation de dispersion
La définition (C.3.a) du potentiel renormalisé n’est en fait valable que lorsque
le milieu remplit tout l’espace. Dans le cas d’un milieu fini, il faut écrire

Une transformée de Fourier permet de passer de (C.9) à (C.3.a) dans le cas d’un
milieu infini (g
(r’,r) ne dépend alors que de r - r’). Je rappelle que la relation
B
(C.9) coïncide avec l’équation de Dyson (V.27) à l’ordre le plus bas en densité.
On vérifie alors aisément qu’une solution de (C.8) (lorsqu’on effectue l’ap-
proximation énoncée plus haut) est

On résout l’équation (C.10) en échangeant les rôles de r et r’, de façon à


obtenir une seconde équation. On obtient finalement l’expression suivante pour

où j’ai étendu l’intégrale sur tout l’espace (en me plaçant loin des bords et en
supposant la densité uniforme, cas dans lequel le tenseur g
(r, r’) est symétrique
B
et ne dépend que de r - r’).
390

Plusieurs remarques peuvent être faites à propos de la relation de dispersion


(C.11):
tout d’abord, la relation (C.11) n’est pas la même que la relation (C.5) :
-

dans la relation (C.11), les potentiels ne sont pas tous renormalisés ;


comme dans la relation (C.5), le potentiel renormalisé introduit une ex-
-

ponentielle complexe venant partiellement compenser la divergence du terme en


ir
e
·
m
1.k
La partie imaginaire de l’argument de cette exponentielle n’est cependant pas
suffisante pour compenser totalement la divergence. Le potentiel renormalisé fait
, définie par
en effet intervenir la quantité k
c

L’équation (C.12) traduit le fait que le photon échangé entre les deux atomes
d’une paire se propage dans un milieu d’indice différent de 1. Le vecteur d’onde
c correspond à cet indice, calculé à l’ordre le plus bas en densité. Pour obtenir
k
un résultat cohérent, il conviendrait d’utiliser la relation de dispersion à l’ordre

2 en densité, c’est-à-dire de remplacer k m dans l’expression de g


c par k . Si l’on
1
B
effectue cette opération, la relation (C.11) converge.

3. Résultats numériques
Les calculs présentés dans cette annexe nous ont fourni les deux relations de
dispersion (C.5) et (C.11), lesquelles viennent s’ajouter à la relation de disper-
sion (III.13) obtenue au chapitre III. Le lecteur peut légitimement se demander

laquelle est la bonne.


J’ai donc tracé sur la figure C.1 l’indice correspondant aux différents résultats
que je viens d’évoquer. Je me suis placé dans le cas de particules classiques (le
paragraphe C.2 ayant imposé cette restriction). Le résultat ne dépend donc pas
de la température. J’ai tracé les courbes en fonction du désaccord, et pour plus
de clarté j’ai ôté le terme dominant de l’indice (comme sur les médaillons de la
figure IV.1).
Les courbes tracées sont les suivantes :
-

la relation de dispersion standard » (III.13) ;


«

la relation de dispersion renormalisée (C.5) obtenue avec la méthode de la


résolvante ;
-

la même relation de dispersion, mais où je remplace g B par g ;


D
-

la relation de dispersion (C.11) obtenue par la méthode de la hiérarchie et


l’utilisation d’un ansatz. Nous savons qu’il est alors nécessaire d’utiliser g
D
;
1 Cela revient à remplacer B
g par ,
D
g où D
g est la solution de l’équation de Dyson (V.27)
391

Je signale que les trois dernières relations de dispersion sont auto-cohérentes,


i. e. que
,
m
k et donc g, est défini par une équation intégrale. Sa valeur est calculée
D
numériquement par plusieurs itérations successives.

FIG. C.1 - Correctzon d’ordre 2 à l’indice de réfraction, calculée pour des atomes
discernables, et pour une densité vérifiant 3
03BB= 2. La courbe en plein correspond
0
03C1
L
au résultat standard (III.13). Les courbes en pointillés correspondent à
différentes
manières de renormaliser le résultat.

En regardant la figure C.1, on constate que toutes les courbes sont pratique-
ment confondues. Les différentes relations de dispersions ne diffèrent qu’à l’ordre
3 en densité. Par conséquent, j’avais raison de pas attacher trop d’importance à
la divergence de l’équation (III.12) et au remplacement de km par k .
L
392
Conclusion générale

ASPECTS de la recherche d’effets quantiques collectifs ont été abordés


DEUX dans cette thèse: d’une part le refroidissement Raman sub-recul qui, en
abaissant la température des atomes, vise à placer ces derniers dans une situation
où la statistique quantique joue un rôle plus important. D’autre part, la détection
optique d’effets liés à l’indiscernabilité, effets qui pourraient être observés même
en l’absence de condensat.

L’expérience de refroidissement Raman 1D présentée au chapitre 1 de la pre-


mière partie était certes la reprise d’une expérience déjà effectuée sur le sodium;
toutefois, sa transposition au césium, qui n’était d’ailleurs pas immédiate, présen-
tait un intérêt certain en raisons de ses retombées technologiques potentielles (en
particulier dans le domaine de l’horloge atomique). Elle nous a en outre permis de
nous familiariser avec la technique du refroidissement Raman, et ainsi d’acquérir

le savoir-faire indispensable à des développements ultérieurs. Nous avons finale-


ment obtenu (à une dimension certes) une « température» nettement sub-recul.
Du fait de la gravité qui accélère les atomes, le refroidissement sub-recul
d’atomes de césium à 3D est difficile lorsque ces derniers sont libres. Aussi a-
t-il été recherché au chapitre 2 comment procéder au refroidissement Raman
d’atomes confinés. Au refroidissement continu, dont la théorie est relativement
simple mais qui nécessite de longs temps d’interaction, nous avons préféré des
mécanismes mettant en oeuvre des impulsions lumineuses. La solution qui a été
étudiée, basée sur le passage adiabatique, tire étroitement parti des oscillations
des atomes dans le piège. Un refroidissement utilisant des impulsions de Black-
man, c’est-à-dire selon un schéma analogue à celui du refroidissement d’atomes
libres, est également envisageable ; toutefois, l’étude théorique correspondante n’a
pas encore été faite. Par ailleurs, les résultats de ce chapitre ne concernent que
le refroidissement d’un atome unique. La diffusion multiple des photons, qui se
produit lorsque deux atomes ou plus sont en présence et qui est susceptible de
perturber fortement le refroidissement, n’a pas été prise en compte.
Pour réaliser le refroidissement Raman d’atomes confinés, on a besoin d’un
piège qui ne chauffe pas les atomes et qui les confine dans tous les sous-niveaux
Zeeman de l’état fondamental. On peut pour cela utiliser un piège dipolaire
394

très désaccordé ; nous avons préféré fabriquer un nouveau piège, le piège opto-
électrique, qui contiendra davantage d’atomes qu’un piège dipolaire. La réalisa-
tion expérimentale de ce piège a été menée à bien avec succès (chapitre 3). Le
refroidissement Raman des atomes du piège opto-électrique devrait être la pro-
chaine étape.
La deuxième partie de cette thèse, entièrement théorique, a été consacrée
à la détection optique des effets de statistique quantique. Nous nous sommes
placés dans le cas d’atomes libres, hypothèse qui ne correspond pourtant pas à la
situation des expériences de condensation de Bose-Einstein récemment réalisées.
Nous avons également supposé que la transition atomique était une transition
0 ~ 1 et que la densité était faible (03C1
L « 1) ; enfin, nous avons négligé le recul
3
0
des atomes.
Les premiers chapitres de cette deuxième partie ont été consacrés à l’indice de
réfraction, qui a été calculé par trois méthodes différentes. Il a été prouvé que la
seule dépendance en température d’un signal de déphasage ou d’absorption de la
lumière était due aux effets collectifs. Pour observer ces effets expérimentalement,
il devrait donc a priori suffire d’effectuer une série de mesures correspondant à
des températures différentes, tout en gardant la densité constante. Malheureuse-
ment, la densité atomique est très difficile à contrôler sur une expérience, et ses
fluctuations induiraient sur le signal des variations plus importantes que la dépen-
dance en température recherchée. La situation est par contre plus favorable si, au
lieu de mesurer l’indice, on mesure la diffusion dans une direction de polarisation
orthogonale à la polarisation incidente. Dans ce cas, seules les paires d’atomes
proches contribuent au signal. Le terme lié à la statistique peut dès lors constituer
une part importante du signal total, notamment si les conditions de température

et de densité sont voisines de celles de la condensation de Bose-Einstein.


Nous avons en outre montré qu’il n’est pas nécessaire de condenser les atomes
pour observer un signal d’effets quantiques collectifs. Ces effets peuvent en effet
être observés dans des conditions correspondant à un piège magnéto-optique, si
l’on utilise une sonde très désaccordée. Une restriction doit toutefois être apportée
par le fait que si la transition atomique n’est pas une transition 0 ~ 1, les atomes
doivent être parfaitement pompés dans le sous-niveau Zeeman de moment le plus
élevé.
Les calculs de diffusion ont été réalisés en supposant que le milieu était opti-
quement mince (sans cette hypothèse ils sont inextricables). Ceci n’est cependant
pas le cas le plus favorable car la quantité de lumière diffusée est alors extrême-
ment faible, surtout si l’on sonde à grand désaccord. Un calcul numérique basé
sur des simulations de Monte-Carlo et utilisant la méthode de Metropolis a été

entrepris par Ralph Dum et Yvan Castin. Ce calcul devrait permettre de se pla-
cer dans l’hypothèse d’un milieu plus épais. On devrait également pouvoir ne

plus supposer que la densité atomique est uniforme, et ainsi traiter le cas où les
atomes sont confinés dans un piège, une configuration qui est celle des expériences
actuelles.
395

Lorsque ces calculs de diffusion auront abouti, une mise en évidence expéri-
mentale des signaux prédits pourra être envisagée. Elle sera vraisemblablement
effectuée sur un piège magnétique analogue à celui de l’expérience de Boulder, et
qui est en cours de montage dans notre laboratoire.
396
Tableau récapitulatif des
principales notations

Ce tableau regroupe, par ordre alphabétique, les principales notations que j’ai
utilisées dans la deuxième partie de ma thèse (effets quantiques collectifs). Elles
sont accompagnées de l’endroit où elles ont été introduites pour la première fois
(numéro de la formule et page).
398
399
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Table des matières

Introduction générale 5

Première partie : Refroidissement sub-recul d’atomes


de césium 13

Chapitre 1 : Refroidissement Raman 1D d’atomes libres 19


1. Principe et théorie du refroidissement Raman ............. 20
a) Les niveaux et les faisceaux utilisés ................. 20
b) La sélectivité en vitesse ....................... 22
c) Principe du refroidissement Raman ................. 22
d) Choix du profil temporel des impulsions Raman ..... 24
i) Excitation par une impulsion de faible puissance ..... 24
ii) Les impulsions de Blackman .................. 25
iii) Cas où les impulsions sont puissantes. Condition d’impulsion 03C0 26
2. Le dispositif expérimental ........................ 27
a) Présentation générale du dispositif expérimental ......... 27
b) Le piège magnéto-optique ...................... 30
i) Elements optiques ..... 30
ii) Séquence temporelle ..... 32
c) Fabrication des fréquences Raman ................. 34
i) Verrouillage en phase des deux lasers ............. 34
ii) Définition du désaccord 0394................... 35
d) Mise en 0153uvre des impulsions Raman ............... 36
i) Création du profil des impulsions (Blackman) ..... 36
ii) Le désaccord 03B4
.......................... 37
iii) Le sens des faisceaux. Les cellules de Pockels
......... 38
iv) Le repompeur Raman. Choix des niveaux et pompage des
atomes............................... 38
e) La détection du signal ..... 40
f) Distribution en vitesse ..... 41
3. Mise au point de l’expérience ..... 41
416

a) Compensation du champ magnétique ................ 41


i) Nécessité de la compensation et solution apportée ...... 41
ii) Mesure du champ magnétique avec les atomes ........ 42
b) Optimisation de la séquence d’impulsions ............. 43
i) Influence d’un impulsion Raman unique: les trous» dans
«

la distribution .......................... 43
ii) Recherche de la séquence ad hoc ..... 47
iii) Minimisation de quelques effets parasites ........... 48
4. Résultat expérimental .......................... 49
a) Présentation du résultat ....................... 49
b) Temps de refroidissement ...................... 51
5. Conclusion ................................ 51

Chapitre 2 : Théorie du refroidissement Raman dans un piège har-


monique 53
1. Présentation générale du refroidissement ................ 55
a) Principe du refroidissement dans un piège ............. 55
i) Dispositif utilisé......................... 55
ii)Effets attendus ......................... 56
b) Le modèle de Pritchard ....................... 59
c) Les théories semi-classiques du refroidissement d’atomes confinés 61
i) Le régime de l’atome lourd (03C9
x « 0393) ............. 62
x » 0393)
ii) Le régime de l’atome rapide (03C9 ............. 62
Le
iii) régime de Lamb-Dicke .................... 63
iv) Récapitulation des différents régimes ............. 64
2. Etude préliminaire: cas d’un profil d’excitation en 03B4......... 66
a) Dimension 1 ............................. 66
b) Généralisation aux dimensions supérieures ............. 67
c) Simulations de Monte-Carlo ..................... 70
d) Rôle des fréquences du piège .................... 74
3. Etude quantitative ............................ 74
a) Mise en place des équations ..................... 75
b) Simulations de Monte-Carlo ..................... 77
i) Refroidissement utilisant une seule paire de faisceaux Raman 77
ii) Refroidissement utilisant plusieurs systèmes de faisceaux Ra-
man ............................... 80
c) Etude particulière à 1D
....................... 82
i) Moyenne sur le temps d’oscillation
............... 82
ii) Développement en puissances de w .............. 85
iii) Intégration de l’équation de Fokker-Planck
.......... 86
iv) Etude asymptotique ....................... 86
v) Comparaison avec une simulation Monte-Carlo ........ 87
417

vi) Rôle des


paramètres du problème ............... 88
4. Etude du temps de refroidissement ................... 89
a) Deux modèles à1 dimension ..... 89
b) Rôle des paramètres du problème .................. 92
c) Les causes du long temps de refroidissement ............92
5. Le refroidissement par impulsions .................... 94
a) La condition de passage adiabatique ................ 95
b) Diagramme durée-fréquence de Rabi ................ 97
c) Résolution de de
numérique l’équation Schrödinger 99
........

d) Simulation de Monte-Carlo à 1D .................. 100


e) Simulation de Monte-Carlo à 3D .................. 101
f) Le refroidissement par impulsions de Blackman 105
..........

6. Conclusion ................................ 107


Complément A : Obtention des équations du mouvement ..... 108
a) Notations ..... 108
b) Equation d’évolution, hamiltonien du système 108
...........

c) Approximation séculaire. Equations de Bloch optiques ..... 109


d) Approximation Raman ....................... 110
e) Elimination adiabatique du niveau |e>............... 112
f) Passage en représentation de Wigner ................ 114
g) Elimination adiabatique du niveau |2>............... 115

Chapitre 3 : Réalisation d’un nouveau piège à atomes 117


1. Principe du piège opto-électrique .................... 118
Le
a) piège dipolaire très désaccordé ................. 118
i) Principe général du piège dipolaire .............. 118
ii) Intensité lumineuse au du
voisinage foyer d’un faisceau gaussien119
iii) Déplacement lumineux des niveaux du césium ..... 120
iv) Conditions de fonctionnement du piège dipolaire ..... 124
v) Conclusion ..... 129
Le
b) piège opto-électrique ....................... 130
i) Principe du piégeage ...................... 130
ii) Evaluation du potentiel électrostatique. Détermination de la
taille de l’électrode
....................... 134
iii) Les paramètres du faisceau dipolaire. Diagramme de fonc-
tionnement ..... 136
iv) Valeurs numériques
retenues .................. 138
v) Conclusion ..... 139
2. Description du montage expérimental ................. 139
a) Le piège magnéto-optique ..... 142
b) Le faisceau dipolaire ..... 144
i) Le laser utilisé
.......................... 144
418

ii) Le couplage dans une fibre optique monomode ........ 145


iii) Caractéristiques du faisceau à la sortie de la fibre ..... 147
c) La cellule et l’électrode ....................... 148
i) La cellule en verre ..... 148
ii) L’électrode ..... 149
iii) L’alimentation électrique de l’électrode et la coupure de la
haute tension .......................... 153
iv) L’alignement du POE par rapport au PMO .......... 154
d) Les méthodes de détection ..................... 157
i) Détection par absorption .................... 157
ii) Détection par fluorescence ................... 163
e) La séquence temporelle ....................... 164
f) Résultat préliminaire ........................ 166
3. Résultats expérimentaux ..... 169
a) Première mise en évidence expérimentale du piégeage opto-
électrique ..... 169
b) Mesure des oscillations longitudinales dans le POE ..... 171
c) Mesures de la durée de vie du POE ................ 173
i) Principe des mesures et facteurs limitatifs ........... 173
ii) Les collisions inélastiques
.................... 174
4. Conclusion et perspectives ..... 178
Complément A : Le piège électrostatique et magnétostatique ...... 179
a) Réalisation pratique du piège .................... 180
i) Réalisation en l’absence de gravité ............... 180
ii) Rôle de la gravité ........................ 182
b) Principe du refroidissement Raman dans un piège électrostatique
etmagnétostatique ..... 183
i) Choix des niveaux |1> et |2>
..... 183
ii) Choix du niveau |e>
....................... 184
iii) Choix des directions des faisceaux, et de leurs polarisations . 185
iv) Parabole résonnante ..... 187
v) Avantage d’une résonance sélective en vitesse et en position . 188
c) Ordres de grandeur ......................... 190
d) Les processus parasites ....................... 191
e) conclusion .............................. 194

Deuxième partie : Les effets quantiques collectifs 195

Chapitre I: Influence de la statistique quantique des atomes 199


1. Calcul dans le cadre de l’approximation de Born ..... 200
2. Quelques publications sur le sujet .................... 204
419

a) Diffusion de la lumière sur des atomes piégés ..... 205


i) Le calcul de Lewenstein et You ..... 205
ii) Le calcul de Javanainen
..................... 206
b) Diffusion de la lumière sur des atomes libres
............ 208
c) Autres publications......................... 210
3. Les paramètres de notre étude ..... 211
4. Nature des résultats........................... 212

Chapitre II: Les méthodes de calcul de l’indice de réfraction d’un


milieu 215
1. Calcul d’indice par une méthode diagrammatique ........... 216
a) Hamiltonien du problème
...................... 216
b) Etat du système à l’instantt
.................... 217
c) Calcul de la résolvante ..... 219
d) Sommation des diagrammes de la formule (II.9).......... 221
e) Sommation des diagrammes de la formule (II.8)
.......... 222
f) Relation de dispersion
........................ 223
g) Utilisation d’un hamiltonien effectif
................ 224
2. Calcul d’indice par une approche de champ moyen ..... 224
a) Introduction ............................. 224
b) Méthode utilisant les équations de Maxwell-Bloch
........ 225
c) Méthode utilisant les de
équations Heisenberg
........... 226
d) Moyenne sur les degrés de libertés atomiques externes ..... 228
e) Obtention de la relation de dispersion
............... 229
3. Comparaison des résultats des 2 approches .............. 230
a) Comparaison des relations de dispersion
.............. 231
b) Interprétation physique de l’approche à 1 photon en termes de
paquets d’ondes........................... 232
i) Situation physique
....................... 233
ii) Absorption du paquet d’onde ..... 234
iii) Calcul dans l’approche « champ moyen »
........... 235
iv) Interprétation
.......................... 236
4. Conclusion ..... 236

Chapitre III: La méthode de la hiérarchie 237


1. Calcul de l’indice ..... 237
a) Les quantités moyennées ...................... 237
b) Moyenne sur les variables atomiques externes 239
...........

c) Brisure de la hiérarchie
....................... 240
d) Obtention de la relation de dispersion 241
...............

2. Vers une évaluation numérique de l’équation (III.13) 243


.........

a) Le potentiel d’interaction g ..... 243


420

b) Calcul de la fonction de corrélation spatiale............ 245


i) Calcul de la densité de paire en dehors de la condensation de
Bose-Einstein ..... 245
. Développement dans la limite classique ....
ii) Calcul de 03B1
s 246
iii) Expression de la densité de paire comme la somme d’une série 247
iv) Développement dans le cas de fermions pour de grandes va-
leurs positives de 03B1
s ..... 248
v) Allure de la distribution de paire................ 249
c) Intégration angulaire de l’expression (III.13)............ 250
3. Complément : développement en puissance de la densité ..... 252
a) Développement formel de la théorie macroscopique ........ 253
b) Développement formel de la théorie microscopique ........ 254
c) Identification des deux développements terme à terme ..... 256
d) Expression du dipôle moyen en fonction de z ........... 257
i) Ansatz sur le comportement spatial du dipôle moyen ..... 257
ii) Calcul de la constante D 0 ..... 257
iii) Evaluation de la fonction 03C8
................... 258

Chapitre IV : Analyse du résultat 263


1. Présentation des résultats numériques ................. 263
a) Courbes en fonction du désaccord ................. 263
b) Courbes en fonction de la température ............... 264
c) Mesure d’indice à grand désaccord ................. 266
2. Précisions sur l’approximation de Born ................. 267
a) Le théorème optique ..... 269
b) Comparaison des deux résultats .................. 269
i) Calcul de la section efficace totale de diffusion ..... 269
ii) Comparaison interprétation
et ................. 271
c) Comparaison des deux calculs en termes de diagrammes ..... 271
i) Le théorème optique en termes de diagrammes ........ 271
ii) Comparaison du terme statistique ............... 274
d) Extension de la méthode utilisant l’approximation de Born ... 275
e) Résultats numériques ........................ 276
3. Développement à grand désaccord du résultat (III.13) ........ 277
a) Principe du développement et calcul ................ 278
b) Evaluation du petit paramètre de densité ............. 279
4. Le rôle de l’énergie cinétique. Condition sur le désaccord ..... 279
a) Corrections du premier terme de l’indice induites par le mouve-
ment des atomes ........................... 280
b) Calcul d’indice tenant compte du recul des atomes ..... 281
i) Présentation du résultat .................... 281
ii) Développement dans la limite de masse infinie ..... 282
421

5. Complément : généralisation au cas d’une transition atomique quel-


conque .................................. 284
a) Calcul de l’indice ..... 285
i) Changement d’axe de quantification 285
..............

ii) Resommation des diagrammes d’interaction 285 ..........

iii) Résultat du calcul ..... 287


b) Calcul formel et numérique .....................287
c) Résultat numérique ......................... 288

Chapitre V : Calcul de section efficace différentielle de diffusion 291


1. Calcul de l’intensité lumineuse dans le cas d’un milieu mince..... 293
a) Principe du calcul et définitions .................. 293
b) Développement formel de la théorie microscopique ........ 294
i) Calcul de l’intensité lumineuse ................. 294
ii) Calcul de la valeur moyenne de produits de deux dipôles .. 295
c) Section efficace différentielle de diffusion .............. 296
d) Résultat pour un milieu homogène ................. 296
e) Séparation des termes de l’expression (V.15) ........... 297
f) Intégration angulaire dans le cas d’un milieu sphérique ..... 301
g) Résultats numériques ........................ 302
i) Principe du calcul numérique .................. 302
ii) Résultat ............................. 303
iii) Résultat à grand désaccord ................... 304
iv) Mesure de la lumière diffusée dans un petit angle ..... 304
v) Conclusion ..... 307
2. Généralisation au cas d’un milieu d’épaisseur quelconque ..... 307
a) Equation de Dyson. Calcul de l’amplitude du champ ..... 308
i) Introduction ........................... 308
ii) Calcul de la réponse irréductible ................ 309
b) Calcul de l’intensité lumineuse ................... 311
i) Equation de Bethe Salpeter .................. 311
ii) Expression en fonction des dipôles ............... 313
iii) Développement formel de la théorie macroscopique ...... 314
iv) Développement formel de la théorie microscopique ...... 315
v) Calcul du vertex à l’ordre 2 en densité ............ 316
vi) Interprétation et remarques .................. 317
vii) Le théorème optique ...................... 318
c) Calcul de l’intensité loin du milieu................. 318
i) Le vertex réductible ..... 318
ii) Solution diagrammatique (dans le cas scalaire) ........ 319
iii) Un problème ouvert : la résolution dans le cas vectoriel ... 320
422

Annexe A : Les équations du mouvement dans l’approche «


champ
moyen » 323
1. Obtention de l’hamiltonien en jauge d·E ............... 323
a) Hamiltonien en jauge A·p ..................... 323
b) Transformation unitaire ..... 325
c) Induction électrique dans la jauge transformée .......... 326
d) Obtention de l’hamiltonien transformé ............... 327
2. Obtention des équations du mouvement ................ 329
a) Obtention de l’équation sur le champ ............... 329
i) Evolution de l’opérateur de création .............. 329
ii) Evolution du champ ..... 329
iii) Moyenne sur le champ et sur les variables atomiques internes 330
iv) Intégration temporelle ..................... 330
v) Calcul du potentiel d’interaction ................ 331
b) Obtention de l’équation sur les dipôles ............... 333
i) Hamiltonien atomique ..... 333
ii) Hamiltonien dans l’approximation de champ tournant .... 335
iii) Equations de Heisenberg sur les dipôles ............ 336
iv) Moyenne sur les degrés de libertés atomiques internes et sur
le champ ............................. 336
v) Retour sur la modélisation par un oscillateur harmonique .. 339
3. Calcul de l’indice de réfraction ..................... 340
a) Relation de dispersion ..... 340
b) Rôle du terme de contact. Formule de Lorentz-Lorenz ...... 340
4. Obtention « traditionnelle » de Lorentz-Lorenz ............ 341
a) Obtention des équations moyennées ................ 342
du
b) Propriétés tenseur d’interaction ................. 343
c) Obtention de la relation de dispersion ............... 344
d) Obtention directe de la formule de Lorentz-Lorenz ........ 345
5. Conclusion ................................ 345

Annexe B : Calcul dans l’approche diagrammatique 347


1. Calcul utilisant la matrice T ...................... 348
a) Calcul de l’indice créé par un seul atome ............. 348
i) Hamiltonien du problème ..... 348
ii) Théorie de la diffusion ..................... 349
iii) La méthode des projecteurs .................. 350
iv) Calcul de l’élément de la matrice T .............. 351
b) Les problèmes survenant lors du passage à N atomes ..... 352
i) Calcul de la matrice T ..................... 352
ii) Prise en compte de quelques diagrammes de diffusion multiple 353
iii) Généralisation du « résultat» (B.18) ............. 357
423

iv) Origine de l’erreur ..... 358


v) Utilisation correcte de la matrice T .............. 358
c) Conclusion .............................. 360
2. Calcul de l’indice à l’ordre 2 en densité ................. 360
a) Calcul dans le cas d’atomes discernables .............. 361
i) Calcul de la résolvante en utilisant la méthodes des projecteurs361
Calcul de
ii) impair R
R et p .....
air 362
iii) Développement du Viriel à l’ordre 2 : calcul du terme pair ..
364
iv) Calcul du terme impair ..... 366
v) Relation de dispersion ..................... 369
b) Prise en compte de la statistique .................. 369
i) Présentation de la méthode ................... 369
ii) Projection sur un espace (anti)symétrisé 370
...........

de
iii) Eléments matrice de R(z) .................. 371
iv) Calcul de la résolvante ..................... 372
v) Moyenne sur les variables atomiques externes ..... 373
vi) Relation de dispersion ..................... 374
3. Le problème des termes antirésonnants ................. 375
a) Calcul sans tenir compte des interactions atomiques ..... 376
i) Les diagrammes resommés ................... 376
ii) Obtention de la relation de dispersion .............377
iii) Interprétation physique ..................... 379
b) Prise en compte des interactions et de la statistique 381
.......

c) Les défauts de la méthode ..... 382


i) La prise en compte de tous les diagrammes 382
..........

ii) L’approximation de l’atome à deux niveaux ..... 383


4. Conclusion ................................ 384

Annexe C : Renormalisation par la méthode de Barrat 385


1. Calcul par la méthode de la résolvante ................. 386
a) Introduction ............................. 386
b) Calcul du potentiel renormalisé ................... 386
c) Interprétation ............................ 387
d) Relation de dispersion ........................ 388
2. La renormalisation par la méthode de la hiérarchie .......... 388
a) Ansatz sur le terme à 3 atomes ................... 388
b) Relation de dispersion ........................ 389
3. Résultats numériques .......................... 390

Conclusion générale 393


Olivier MORICE

« Atomes refroidis par laser : du refroidissement sub-recul à la re-

cherche d’effets quantiques collectifs »

RÉSUMÉ
techniques de refroidissement d’atomes par laser ont permis d’atteindre
Les
des températures suffisamment basses pour que des effets liés à la statistique
quantique deviennent observables. Toutefois, compte tenu des faibles densités
mises en jeu dans ces expériences, de tels effets ne sont significatifs que lorsque la
vitesse moyenne des atomes est inférieure à la vitesse de recul d’un seul photon.
La première partie de cette thèse présente la mise en oeuvre expérimentale à une
dimension d’une méthode de refroidissement laser permettant de franchir la limite
du recul, le refroidissement Raman. Pour rendre possible la généralisation cette
méthode à trois dimensions et au cas d’atomes confinés, un nouveau type de piège,
le piège opto-électrique, a été mis au point. Dans la deuxième partie, la détection
des effets quantiques collectifs par une méthode optique (mesures de l’indice de
réfraction et de la section efficace de diffusion) est étudiée théoriquement dans le
cas d’un nuage atomique homogène et de faible densité. Sous cette hypothèse, les

effets statistiques induisent une perturbation du signal faible, quoique détectable.

ABSTRACT

Thanks to laser cooling techniques, very low temperatures are now attainable.
Quantum collective effects may consequently be observed. Since the densities in-
volved in laser cooling experiments are rather low, such collective effects become
relevant only when the average atomic velocity is smaller than the one photon
recoil velocity. A subrecoil laser cooling method (Raman cooling) has been per-
formed experimentally in one dimension, and is presented in the first part of this
thesis. In order to generalise this technique to three dimensions with trapped
atoms, we have realised a new kind of trap (the opto-electrical trap). In the
second part of this thesis, we study theoretically an optical method for detecting
collective quantum effects (measurements of the refractive index and of the scat-
tering cross section). Our treatement is valid for the case of a homogeneous and
weakly dense atomic cloud. We find that collective effects are responsible for a
small but detectable perturbation of the signal.

MOTS CLEFS

Refroidissement radiatif 2014

Refroidissement sub2014recul 2014 Refroidissement Ra-


man 2014 Piège dipolaire 2014

Statistique quantique Condensation de Bose-Einstein


2014

2014

Indice de réfraction 2014

Diffusion de la lumière.

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