UNIVERSITE DE MAROUA THE UNIVERSITY OF MAROUA
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FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES FACULTY OF LAW AND POLITICAL SCIENCES
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Département de Droit Pénal et Sciences Criminelles Department of Private Law and Criminal Sciences
LICENCE 2
Eléments de correction Droit pénal Général
Sujet unique
Définition des termes (5points):
Cumul idéal: il s’agit du cas dans lequel un même fait donne lieu à une poursuite unique sous
plusieurs qualifications. Selon la doctrine classique, l’expression « concours idéal d’infractions ».
C’est la situation dans laquelle le délinquant au lieu de se rendre coupable de plusieurs faits matériels
indépendants les uns des autres, a commis un fait unique qui tombe sous le coup des textes répressifs
différents.
Cumul réel: c’est lorsque plusieurs infractions distinctes ne sont pas séparées les unes des autres par
une condamnation définitive. Des problèmes particuliers lorsque le même délinquant a commis
plusieurs infractions distinctes non séparées des uns des autres par une condamnation : par exemple,
dans un espace de temps plus ou moins long il a réalisé successivement un vol, un meurtre, une
escroquerie, et aucun jugement passé en force de chose jugé n’est intervenu pour sanctionner l’une de
ces infractions avant la commission de l’autre.
Cumul juridique: exercice simultané ou successif de plusieurs actions en justice à l’occasion d’un
même fait juridique.
Récidive : Action de commettre dans des conditions précises par la loi, une deuxième infraction après
une première condamnation pénale devenue définitive. C’est le fait pour une personne qui a déjà
commis une infraction d’en commettre une autre dans un certain délai et dans certaines conditions
définies par les textes. La récidive est une circonstance aggravante de portée générale prévue à l’article
88 du CP. Cette disposition définie le récidiviste de la manière suivante :
1- « Est récidiviste, sauf en ce qui concerne les peines perpétuelles, et encourt le double
maximum de la peine prévue :
a- Celui qui, après avoir été condamné pour crime ou délit, commet une nouvelle infraction
qualifiée crime ou délit dans un délai qui commence à courir à compter de la date de
condamnation devenue définitive et qui expire 5ans après l’exécution de la peine prononcée
ou de sa prescription ;
b- Celui qui, après avoir été condamné pour contravention dans un délai qui commence à courir à
compter de la date de condamnation devenue définitive et qui expire 12 mois après l’exécution
de la peine prononcée ».
Il en résulte que, pour qu’il y ait récidive au sens technique de ce mot, il faut qu’il y ait eu tout d’abord
une condamnation définitive passée en force de chose jugée, condamnation qui constitue le premier
terme de la récidive.
Il faut ensuite qu’une nouvelle infraction, qui constitue le deuxième terme de la récidive, soit commise
dans certaines conditions dont les une tiennent à la nature des infractions, et les autres au délai qui
s’est écoulé entre le premier terme et la nouvelle infraction.
Réitération : intervient que lorsque le délinquant commet une nouvelle infraction qui ne répond pas
aux conditions de la récidive légale. Elle suppose une nouvelle infraction d’un certain type et commis
dans un délai, déterminés par le code pénal. C’est la situation de l’individu, qui, après condamnation
définitive, commet une nouvelle infraction sans encourir d’aggravations en raison de la précédente
condamnation.
Dissertation juridique: la complicité (15 points)
La définition de la complicité donnée à l’article 97 alinéa 1 du code pénal camerounais est très
proche de celle retenue en droit international. Est complice d’une infraction qualifiée de crime ou de
délit :
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- a) celui qui provoque de quelque manière que ce soit à l’infraction ou donne des instructions
pour la commettre ;
- b) celui qui aide ou facilite la préparation ou la consommation de l’infraction.
Les actes ainsi énumérés à l’article 97 alinéa 1er sont soumis à un régime défini par les articles
98 et 99 du code pénal.
Ce sujet permet de présenter le régime juridique de la complicité en droit camerounais à travers la
notion de complicité et sa répression.
I- La notion de complicité
Déterminer les éléments pouvant caractériser les actes de de complicité. Il s’agit des éléments
matériel et intentionnel.
A- L’élément matériel dans l’acte de complicité
L’élément matériel de la complicité est toujours un acte qui a concouru à la réalisation de
l’infraction. Cet acte se caractérise par l’une des attitudes prévues à l’article 97 : acte de complicité par
instigation, par fournitures de moyens, de facilité, d’aide ou assistance.
1- La provocation par instigation
- L’instigation ou l’inspiration est le fait d’inciter quelqu'un à commettre une infraction. Elle peut se
faire par provocation ou par instruction.
La provocation peut prendre des formes variées : dons, promesses, menaces, abus de pouvoir
ou d’autorité, machinations ou artifices coupables. Le don sera souvent une somme d’argent
constituant la récompense, une anticipation de nature à encourager la persévérance sur le chemin du
crime. Par les promesses, le provocateur s’engage à donner certaines choses après l’exécution de
l’infraction. Par les menaces, le provocateur crée une relation étroite entre sa conduite et l’exécution
du contrat. S’agissant de l’abus d’autorité ou de pouvoir elle crée la complicité quand le provocateur
utilise son autorité pour inciter une personne à commettre un acte délictueux.
2- La complicité par fourniture de moyens, facilités, aide ou assistance.
À côté de la complicité par instigation, l’alinéa 1 (b) de l’article 97 prévoit les actes de
complicité par fourniture de moyens, faciliter, aide ou assistance. Ces moyens ou aides doivent être de
nature à permettre la préparation ou la consommation de l’infraction. Conformément au principe de la
légalité criminelle, et à la règle de l’interprétation stricte de la loi pénale, seules les personnes ayant
accompli les actes énumérés à l’article 97 pourront être qualifiées de complice. Il n’y aura pas de
complicité et la personne sera considérée comme simple comparse donc non punissable, s’il accompli
des actes qui, bien qu’ayant permis la commission d’une infraction, ne sont pas compris parmi les
actes énumérés à l’article 97.
B- L’élément psychologique de la complicité
Pour avoir la qualité de complice, la personne poursuivie doit avoir agi en connaissance de
cause (article 74). L’intention coupable requise exprime le rapport entre l’élément matériel qui traduit
la participation et l’infraction qu’il tend à favoriser. En d’autres termes, le complice, pour être
punissable doit avoir connu le caractère criminel ou délictueux du fait principal, avoir eu conscience
de favoriser la réalisation de cette infraction par son intervention.
II- La répression de la complicité
Sauf dans les cas où la loi en dispose autrement, les coauteurs et complices sont passibles des
mêmes peines que l’auteur principal. La compréhension du principe ainsi dégagé à l’article 98 alinéa
1er nécessité une étude préalables de ses fondements.
A- Les fondements théoriques du principe posé à l’article 98 alinéa 1er du CP
Le système dégagé par cette disposition étant un système transactionnel, il conviendra de
présenter les systèmes qui lui servent de fondements, avant d’envisager son étude détaillée.
1- Le système de l’unité d’infraction ou la théorie de l’emprunt de criminalité.
A la base de ce système se trouve l’idée selon laquelle les actes accompli par le complice
empruntent la criminalité de l’acte réalisé par l’auteur ou le coauteur. Les différents actes du complice
ne prennent en principe une coloration pénale que par contagion avec l’infraction commise par
l’auteur ou le coauteur et par le lien qui, dans l’esprit du complice les rattache à cette infraction.
La criminalité de l’acte de complicité n’apparaît donc qu’en vertu du reflet projeté par les
agissements criminels de l’auteur. Le complice n’a pas personnellement commis une infraction
autonome qui serait juxtaposée à celle de l’auteur : il a simplement favorisé l’entreprise criminelle de
l’auteur.
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Ainsi, du fait que le complice s’est volontairement associé à l’infraction d’autrui, on déduit
qu’il a lié son sort personnel à celui de l’auteur et qu’il a d’avance accepté par une sorte de blanc-
seing ou de mandat tacite d’assumer la responsabilité pénale de l’activité des principaux participants.
Il tombe donc sous le coup de la même qualification pénale que ces derniers, et cela même si l’acte
principal est plus grave qu’il ne l’avait prévu (ex : vol simple, qui se transforme au cours de son
exécution en vol aggravé.
Ainsi, du fait qu’il n’y a qu’une infraction punissable (celle de l’auteur), on déduit d’autre
part que si l’acte principal échappe, pour une raison ou pour une autre à l’emprise de la loi pénale, le
complice devra être relaxé.
Les solutions préconisées par ce système applicable en France présente plusieurs
inconvénients pour la politique criminelle, d’où le choix fait, par certaines législations pour le système
de la pluralité d’infractions.
2- Le système de la pluralité d’infractions
Voulant éviter les inconvénients du système de la criminalité d’emprunt, certaines législations
ont adopté une solution préconisant une atténuation de la peine pour le complice : c’est le cas de la
Belgique, de la Suisse, du Luxembourg, de la Grèce et de l’Espagne.
Comme la première, cette solution n’est pas à l’abri de critiques, car conduisant le juge à juger
un acte et non un homme, ce qui n’est plus admis à l’heure actuelle.
Une partie de la doctrine a donc préconisé de considérer la complicité comme constituant une
infraction autonome, juridiquement distincte de celle de l’auteur ou du coauteur. Ce système n’est
cependant pas à l’abri de critiques car, il ne permet pas de tenir compte de la personnalité du complice
et des particularités de son cas et résous son problème en le supprimant, puisqu’il efface
complètement la notion même de complicité qu’on ne saurait considérer comme étant une simple
fiction.
B- Le système camerounais
Le système camerounais, disions-nous, est un système transactionnel. S’il est permis de fonder
les règles générales gouvernant la répression de la complicité sur le principe de l’emprunt de
criminalité, force est également de constater que non seulement que ce principe connaît des
tempéraments, mais semble écarté en certaines hypothèses au profit du système de la pluralité des
infractions.
1- Les règles générales gouvernant la répression de la complicité
L’étude de ces règles renvoie à celles des conditions de la poursuite et aux pénalités
applicables au complice.
- Les conditions de la poursuite du complice
La poursuite du complice est subordonnée à l’existence d’un fait principal correspondant abstraitement
à une incrimination. Cette règle signifie que la complicité n’est punissable que si elle se rattache à un
fait principal punissable.
Il en résulte d’abord que les agissements poursuivis au titre de complicité ne sont
répréhensibles que dans la mesure où les circonstances matérielles de l’action principale
correspondent à l’une des incriminations de la législation positive. Le caractère délictueux du fait
principal doit être constaté par les juges du fond à peine de nullité de la condamnation du complice.
Ensuite, la complicité n’est punissable que si le fait principal est qualifié de crime ou de délit.
En application de l’article 97 alinéa 1er, il n’y a pas de complicité en matière de contravention.
À titre exceptionnel, le code pénal incrimine la complicité de certaines contraventions : il en
est ainsi de l’article R 369 alinéa 5 (complicité des bruits, tapages ou attroupements injurieux ou
nocturnes troublant la tranquillité des habitants), de l’article R 370 alinéa 1er (complicité de rixes,
voies de faits ou violences légères).
Par ailleurs, lorsque l’action principale tombe sous le coup de la loi pénale, elle communique à
l’acte de complicité sa qualification : on parlera ainsi de la complicité de vol, d’escroquerie, ou de
meurtre si l’auteur principal a commis un vol, une escroquerie ou un meurtre.
Il en résulte donc que la complicité est rattachée au fait principal et non à son auteur.
Le complice peut donc être punissable alors même que l’auteur principal ne l’est pas. C’est le
cas lorsque l’auteur du fait principal est resté inconnu ou lorsqu’il est en fuite, ou encore lorsqu’il est
couvert par une immunité.
- Les pénalités applicables au complice.
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Selon l’article 98 alinéa 1er, les complices sont passibles de la même peine que l’auteur principal, sauf
dans les cas où la loi en dispose autrement.
Cette formule signifie qu’il y a égalité de droit du point de vue des pénalités applicables à l’un
et à l’autre. En d’autres termes, le complice est passible des peines de même nature, de mêmes taux
maximum et minimum que celle prévue par la loi pour le fait principal. Cette égalité dans les pénalités
applicables concerne non seulement les peines principales mais aussi les peines accessoires ou
complémentaires attachées par la loi par la loi à la commission du fait principal.
Selon l’alinéa 2 de l’article 98, les circonstances personnelles d’où résultent exonération de la
responsabilité, exemption, atténuation ou aggravation des peines n’ont d’effets qu’à l’égard du
complice en la personne de qui elles se rencontrent : ainsi, la démence, la minorité, l’amnistie,
accordée en considération d’une qualité personnelle, n’ont d’influence qu’à l’égard du participant qui
remplit les conditions pour en bénéficier.
Le dosage de la sanction se fera donc en fonction de chaque cas individuel dans le cadre
général fixé par la loi applicable à l’infraction principale, d’où la possibilité pour les tribunaux de
différencier les condamnations.
Ces règles classiques sont complétées par celle prévue à l’alinéa 3 de l’article 98 selon lequel “
les circonstances réelles n’ont d’effet à l’égard du complice que s’il pouvait le prévoir”. Cet alinéa
signifie que les causes de modifications ou d’exemption de peine qui présentent un caractère réel et
touchent par conséquent à la criminalité de l’acte principal sont communicables au complice : la
précision importante ici est que le complice n’est concerné que dans la mesure où il pouvait les
prévoir. Ainsi en cas de vol à main armée, tout complice qui a pu connaître l’existence de l’arme est
passible de l’aggravation de peine quelque soit le porteur d’arme. De la sorte, le complice n’est plus
celui qui agit effectivement en connaissance de cause, mais celui qui pouvait connaître.
2- La solution applicable à la tentative de complicité.
Visée à l’article 97 alinéa 2 pour l’assimiler à la complicité, la tentative de complicité n’est pas
définie en droit camerounais. Il est cependant admis que ce concept vise la situation d’un donneur
d’ordre resté inexécuté.
Retenons comme exemple, l’affaire LACOUR où un mari avait décidé de tuer sa femme. Il
fait appel à un tueur à gage auquel il apporte l’arme, la rémunération et les renseignements concernant
la victime. Le tueur à gage ne consomme pas l’infraction, il ne tente même pas de l’exécuter et se
dénonce. LACOUR est poursuivi pour tentative de complicité. La Cour de cassation française décide
qu’il n’y a pas d’infraction principale, il n’y a donc pas de complicité, donc pas de tentative de
complicité. Le mari avait pourtant fait tout ce qui dépendait de lui pour faire disparaître son épouse. La
défaillance du tueur sauva à la fois le mari et la victime. L’article 97 alinéa 2 qui sanctionne la
tentative de complicité permet d’éviter la solution fâcheuse retenue dans l’affaire LACOUR.
3- La spécificité de certains cas de complicité
Dérogeant aux règles générales prévues aux articles 97 à 99, le législateur camerounais a, pour des
raisons diverses éprouvé la nécessité d’incriminer sous une qualification autonome et de punir des
peines appropriées certaines formes de complicité.
Dans toutes ces hypothèses exceptionnelles, l’agent est donc considéré comme l’auteur d’une
infraction spéciale qui est réprimée en elle-même sans référence à l’acte principal qu’elle a facilité ou
provoqué. Il en est ainsi par exemple des différents recels du code pénal : article 100-1, 194 recel des
individus, article 324 recel des biens contrefaits ; de la corruption de la jeunesse article 344 ; de la
prostitution article 343 ; de la provocation à l’avortement article 337.