Tel 00011071
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THÈSE
PRÉSENTÉE POUR OBTENIR LE TITRE DE
DOCTEUR EN SCIENCES
DE L'UNIVERSITÉ DE NICE SOPHIA-ANTIPOLIS
SPÉCIALITÉ CHIMIE
PAR
CÉLINE NOEL
Maurice Blanchot
REMERCIEMENTS
INTRODUCTION .................................................................................................................................... 9
On peut, par quelques exemples, illustrer ce que l'on entend par matériau adaptatif et
l'intérêt qu'ils peuvent présenter dans des secteurs très divers [de Rosnay 2000] :
1. Les matériaux à mémoire de forme : il existe des filtres à mémoire de forme, capables
de piéger les caillots sanguins dans les vaisseaux. En arrivant dans le cœur, les
poumons ou le cerveau, ces caillots tuent des centaines de milliers de personnes
chaque année. Les anticoagulants classiques peuvent avoir des effets secondaires,
tandis que les filtres implantés nécessitent des opérations délicates. Pour réduire ces
problèmes, on utilise un minuscule faisceau en alliage à mémoire de forme. Quant on
le refroidit en dessous de la température ambiante, il entre facilement dans un cathéter.
Mais placé sans chirurgie dans une grosse veine, il se réchauffe, se déploie et devient
un filtre en forme de pomme d'arrosoir, solidement maintenu en place. Les caillots
ainsi retenus finissent par se dissoudre au bout de quelques semaines.
-9-
5. Les matériaux magnétostrictifs : les matériaux magnétostrictifs peuvent se déformer
sous l'action d'un champ magnétique. Il en est de même des matériaux électrostrictifs
qui vont subir le même type de déformation, laquelle sera proportionnelle au carré de
la puissance des champs appliqués. Ces matériaux vont être capables de s'adapter
automatiquement à l'environnement en prenant des formes utiles en réaction à des
sollicitations extérieures d'ordre acoustique vibratoire, mécanique ou thermique.
Les matériaux adaptatifs représentent la forme la plus évoluée de systèmes non vivants
et l'on en attend des développements dans des secteurs économiques très différents. Nous
pouvons par exemple citer les secteurs de l'automobile, des travaux publics, de l'aéronautique,
du génie électrique, du biomédical ...
• les alliages 3d-4f amorphes, c'est-à-dire les alliages amorphes entre des métaux de
transition et des terres rares (par exemple R-(Fe/Co)), qui présentent en principe une
anisotropie magnétique très faible favorisant une saturation sous des champs magnétiques
faibles [Quandt 1994].
• les alliages nano-structurés, qui devraient permettre de conserver les belles propriétés
magnéto-élastiques des matériaux massifs (par exemple du Terfenol-D) tout en réduisant
l'effet néfaste de l'anisotropie [Tiercelin 2003].
• des systèmes multicouches dans lesquels l'abaissement de symétrie aux interfaces favorise
des phénomènes nouveaux de déformations très brutales sous champ magnétique très faible
[Quandt 1997].
- 10 -
sans contacts et pilotés à distance, puisque le bilame réagira à un champ magnétique qui
pourra être engendré à l'extérieur du microsystème.
Dans le but d’ouvrir la voix à l'élaboration d'un nouveau type de matériau ayant des
effets magnétostrictifs géants et pourquoi pas à de nouvelles applications, nous avons réalisé
l’alignement de particules magnétiques de taille micrométrique dans un cristal liquide
nématique sans l’aide d’un champ externe. Le contrôle de la distance interparticulaire lors de
l’organisation des particules est un élément déterminant pour de nombreuses applications.
L’application d’un champ électrique ou magnétique induit en général des structures où les
particules viennent en contact les unes avec les autres. Ce n’est pas le cas si on utilise un
cristal liquide nématique comme élément de structuration des particules.
Il est aujourd'hui bien établi qu'une surface induit une orientation des molécules de
cristal liquide en contact avec elle (planaire, perpendiculaire ou oblique). C'est ce que l'on
appelle le phénomène d'ancrage. P. Poulin [Poulin 1997 (b)] a montré qu'un ancrage
perpendiculaire fort des molécules de cristal liquide sur la surface de particules sphériques
permettait de mettre à profit les propriétés élastiques anisotropes de la matrice cristal liquide
afin de contrôler l’organisation spatiale des particules. Le travail rapporté ici a donc consisté à
obtenir un ancrage perpendiculaire fort des molécules de cristal liquide nématique sur une
surface de fer afin d'obtenir l'auto-alignement des particules de fer dans une matrice cristal
liquide. La force élastique régissant la structuration des particules au sein de la matrice a
ensuite été quantifiée.
Avant de disperser les particules au sein de la matrice cristal liquide, nous nous
sommes intéressés aux propriétés des matériaux de base pris séparément. Vous trouverez donc
dans un premier chapitre les caractéristiques physiques et chimiques des cristaux liquides
d'une part et des particules de fer d'autre part.
Le succès de cette étude passe tout d'abord par un contrôle précis de la chimie de la
surface. Il a donc fallu, dans un premier temps, déterminer quels traitements de surface étaient
capables d'orienter de façon homéotrope les molécules de cristal liquide nématique sur la
surface du fer. Nous avons ainsi travaillé sur des plaques de fer et étudié plusieurs type de
traitements (traitements acido-basiques et thermiques, adsorption de molécules amphiphiles,
de molécules greffantes polymérisables ou non et ayant des chaînes hydrocarbonées de
différentes longueurs). Cette étude, consignée dans le second chapitre, nous a permis de
déterminer les traitements prometteurs et transposables aux particules de fer.
Dans le troisième chapitre, après avoir rappelé les bases théoriques concernant la
dispersion de particules dans un cristal liquide nématique, nous avons montré qu'il était
possible de contrôler l'organisation spatiale des particules de fer sans avoir recours à
l'application d'un champ externe, mais simplement en les dispersant dans un solvant
anisotrope tel un cristal liquide. Pour réaliser ceci, il nous a fallu adapté le traitement de
surface aux particules de fer et déterminer si l'ancrage obtenu était suffisamment fort pour
induire une auto-structuration en chaîne linéaire des particules une fois dispersées dans la
- 11 -
matrice cristal liquide.
Une fois les auto-alignements obtenus, nous avons cherché à caractériser de manière
physique le composite ainsi élaboré. Les auto-alignements sont régis par la force élastique
orientationelle du fluide anisotrope. Cette force élastique possède une contribution attractive à
longue portée qui génère l'alignement des particules et une contribution répulsive à courte
portée qui empêche le contact entre particules voisines. Nous avons donc mis en place deux
procédés expérimentaux permettant via un logiciel de calcul par éléments finis de quantifier
les deux contributions à la force élastique, l'un sous champ magnétique perpendiculaire à l'axe
reliant les centres de deux particules, l'autre sous champ magnétique parallèle à ce même axe.
Les résultats de cette étude sont rapportés dans le quatrième chapitre.
- 12 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
- 13 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX ................................................................................................... 13
I - Les cristaux liquides ................................................................................................................ 15
I.1. Historique .................................................................................................................................. 15
I.2. Définitions ................................................................................................................................. 16
I.3. Quel type de molécules sont les mésogènes ? ........................................................... 17
I.4. Différents types d'ordre cristal liquide ......................................................................... 18
I.5. Les propriétés physiques des cristaux liquides ......................................................... 20
I.5.a) Les influences externes .................................................................................................... 20
I.5.a.i-Influence des champs électriques et magnétiques .......................................................................... 21
[Link]-Influence des surfaces ............................................................................................................. 22
I.5.b) Les propriétés élastiques ................................................................................................. 24
I.5.c) Défauts et textures ............................................................................................................. 25
I.5.d) Les propriétés optiques : la biréfringence ................................................................... 27
I.6. Les cristaux liquides utilisés ............................................................................................. 29
II - Le fer ................................................................................................................................................. 30
II.1. La surface ................................................................................................................................. 30
II.1.a) La charge de surface ....................................................................................................... 30
II.1.b) L'hydratation ...................................................................................................................... 31
II.2. Les propriétés magnétiques ............................................................................................. 31
II.2.a) Le champ magnétique .................................................................................................... 31
II.2.b) Le magnétisme dans la matière .................................................................................... 33
II.2.b.i-Les origines électroniques du magnétisme dans la matière ........................................................... 33
[Link]-Les différentes classes de matériaux magnétiques ...................................................................... 34
II.2.c) Interactions entre particules magnétiques sous champ ......................................... 38
II.2.d) Les systèmes d'unités en magnétostatique ............................................................... 39
II.3. Le fer utilisé ............................................................................................................................ 40
II.3.a) Les particules utilisées .................................................................................................... 40
II.3.a.i-Étude morphologique des particules ........................................................................................ 40
[Link]-La surface des particules ....................................................................................................... 42
[Link].1. La sonification ......................................................................................................... 42
[Link].2. Procédure de préparation de surface ........................................................................... 43
II.3.b) Les plaques de fer ........................................................................................................... 44
II.3.c) Comparaison des états de surface des plaques et des particules de fer 99,5%
après pré-traitement .................................................................................................................... 45
II.3.d) Les propriétés magnétiques des particules de fer 99,5% ...................................... 50
III - Le composite ............................................................................................................................. 51
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Découverts, il y a plus d'un siècle, les cristaux liquides ont présenté pendant
longtemps un intérêt purement académique. Mais à la suite de longs travaux et de la mise en
évidence de nouveaux effets d'une importance technologique considérable, l'étude de ces
composés connaît, depuis les années soixante dix, un développement rapide. En effet, le
développement exponentiel des produits mobiles issus des nouvelles technologies est
fortement lié à la qualité et au coût des afficheurs à cristaux liquides (LCD). Cette technologie
est depuis la moins onéreuse en matière d'affichage à écran plat mais elle présente toujours
certains défauts que la science ne cesse de vouloir corriger.
I.1. Historique
L'étude des cristaux liquides a commencé entre 1850 et 1880 avec l'observation de
substances étranges, d'origine biologique pour la plupart, présentant plusieurs points de
fusion. Leur véritable découverte est toutefois attribuée au botaniste autrichien F. Reinitzer
[Reinitzer 1888] qui fut le premier, en 1888, à remarquer l'opacité optique et les couleurs
iridescentes qui apparaissaient dans les esters du cholestérol lorsqu'ils fondaient à partir de la
phase cristalline ou lorsqu'ils refroidissaient à partir du liquide isotrope. Reinitzer savait par
ailleurs que les propriétés optiques des matériaux intéressaient certains physiciens de son
époque. En particulier, il connaissait le physicien allemand O. Lehmann, concepteur du
premier microscope polarisant à platine chauffante, à qui il adressa en 1888 une lettre de 16
pages dans laquelle il rapportait ses surprenantes observations sur les propriétés des esters du
cholestérol. Voici un extrait de cette lettre :
« La substance possède deux points de fusion, si l'on peut s'exprimer ainsi. Vers
145.5°C elle fond et forme un liquide trouble mais complètement fluide, lequel vers 178.5°C
devient soudainement complètement transparent. »
Après avoir confirmé les trouvailles de Reinitzer par ses propres observations,
Lehmann [Lehmann 1889] publia en 1889 un article intitulé « Über Fliessende Kristalle »,
forgeant ainsi le nom de « Cristaux Liquides ». Pour lui, le fait le plus surprenant était que la
substance, tout en étant fluide, était biréfringente – une des caractéristiques des cristaux
solides. Dans les années qui suivirent, le volume d'observations semblables augmenta
considérablement et il devint urgent de comprendre quelle était la véritable structure
moléculaire des cristaux liquides. De vives polémiques opposèrent ceux qui considéraient
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
qu'il s'agissait de phases chimiquement et physiquement homogènes à ceux qui pensaient que
le trouble optique était dû à la démixtion de substances chimiquement impures ou bien à une
fusion incomplète de la phase cristalline. C'est dans cet état de confusion que Georges Friedel,
célèbre cristallographe français du début du XXe siècle, intervint, proposant qu'il s'agissait de
véritables états de la matière ayant des structures moléculaires intermédiaires (méso-morphes)
entre celles des cristaux et celles des liquides. Il franchit ce pas décisif et décrivit cette
découverte dans un traité maintenant célèbre intitulé « Etats mésomorphes de la matière »
publié aux Annales de physique en 1922 [Friedel 1922]. En voici un extrait :
« Ce qui caractérise les corps de Lehmann, ce n'est pas leur état plus ou moins fluide.
Ce sont leurs structures, extrêmement particulières, d'un petit nombre toujours les mêmes.
Tout ce qui va suivre mettra en évidence, je l'espère, que les corps signalés par Lehmann
constituent deux formes entièrement nouvelles de la matière, séparées sans aucune exception
de la forme cristalline et de la forme amorphe (liquide isotrope) par des discontinuités, de
même que la forme cristalline et la forme amorphe sont séparées entre elles, sans exception,
par une discontinuité. »
Très active jusqu'en 1930, la recherche sur les cristaux liquides connut un relatif
sommeil de près d'un demi-siècle. Ce n'est qu'au début des années 70, et notamment sous
l'impulsion de P.-G. de Gennes, que la physique des cristaux liquides connut son plein essor,
qui n'est d'ailleurs pas terminé de nos jours. Cet essor est dû d'une part, à l'apparition de
nouveaux cristaux liquides de synthèse et de nouvelles techniques de caractérisation tel que la
diffraction des rayon X en rayonnement synchrotron ([Lacaze 2001], [Lacaze 2004]), et,
d'autres part, à l'intérêt théorique suscité par leurs propriétés critiques et structurales variées et
surtout à leurs applications technologiques parmi lesquelles les plus réussies sont les
affichages.
I.2. Définitions
La physique de base nous enseigne que la matière se présente sous trois états : solide,
liquide ou gazeux. Cette classification est en fait incomplète : de nombreuses substances
organiques ne présentent pas une transition de phase unique entre le cristal et le liquide, mais
une série de transitions faisant apparaître des états, dont les propriétés physiques sont
intermédiaires entre le cristal et le liquide. Ces états baptisés cristaux liquides par Lehmann
sont dits aussi mésomorphes (du grec : de forme intermédiaire) ou mésophases.
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
d'un cristal parfait : les corrélations de positions sont dites à longue portée
Les cristaux liquides sont les états intermédiaires possédant un ordre de position ou
d'orientation à longue portée, mais pour lesquels le désordre de type liquide subsiste dans une
direction spatiale au moins. Les transitions de phases peuvent être dues soit à une variation de
la température - cristaux liquides thermotropes, soit à une variation de la concentration dans
l'eau - cristaux liquides lyotropes ([Radley 1978], [Holmes 1984]) (Figure 1).
T(°C)
Solide Cristal liquide thermotrope Liquide isotrope
(resp. dilution)
(resp. lyotrope)
Figure 1 : Description des transitions de phases dans un cristal liquide nématique
Une conséquence immédiate est l'anisotropie des propriétés tensorielles des cristaux
liquides (optiques, diélectriques, magnétiques, mécaniques…). L'existence d'un désordre
liquide garantit par ailleurs le caractère fluide des mésophases et dans une certaine mesure le
basculement faiblement énergétique des axes optiques. Cette propriété est évidemment
essentielle pour l'application aux affichages et plus généralement aux dispositifs
électrooptiques.
Toutes les molécules ne présentent pas une phase cristal liquide. Des années
d'expérimentation ont été nécessaires pour révéler que seuls certains types de matériaux, dont
les molécules ou les particules constitutives correspondent à des critères de formes bien
définis, possédaient une phase cristal liquide. Ces entités ont en commun une forte anisotropie
géométrique. Les molécules organiques classiquement rencontrées sont soit de forme allongée
(molécules calamitiques) soit en forme de disques (molécules discoïdes). Les molécules
organiques ne sont pas les seules à avoir le privilège de présenter des mésophases. En effet, en
1925 déjà, Zocher observa que des suspensions aqueuses de particules de V2O5 présentaient
une mésophase nématique tandis que des particules de β-FeOOH en suspension aqueuse
s'organisaient en une phase smectique [Zocher 1925]. Depuis quelques années, les matériaux
cristal liquide constitués de particules minérales colloïdales sont en pleine émergence
([Davidson 1997], [Gabriel 2000], [van Bruggen 2002], [Meyer 2003]).
Nous focaliserons notre présentation sur les molécules calamitiques, celles que nous
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
utilisons au cours de cette étude. Voici les principales caractéristiques des molécules
organiques de type calamitiques, c'est-à-dire en forme de bâtonnets, qui sont de loin les plus
étudiées :
La molécule doit être de forme allongée. Elle doit être beaucoup plus longue que large.
Elle doit être rigide en son centre, et il est favorable qu'elle soit flexible en ses extrémités
(Figures 2 et 3).
Dans le tableau (Figure 3), nous avons réuni quelques exemples de molécules
présentant au moins une phase cristal liquide dans certaines conditions de température et de
concentration. La longueur de ces molécules induit des forces d'attraction fortes lorsque
celles-ci sont alignées parallèlement. De plus, les molécules se rencontrent moins lorsque
celles-ci tendent toutes vers la même direction. Cela permet de stabiliser les phases alignées.
L'extrémité flexible semble donner plus de liberté à la molécule. Ainsi, elle peut se
positionner plus facilement entre les autres molécules qui se déplacent de manière chaotique.
Malgré le grand nombre de molécules calamitiques étudiées à ce jour, il reste difficile d'établir
et de généraliser des relations entre la structure moléculaire et les propriétés mésomorphes des
cristaux liquides.
● la mésophase nématique (Figure 4), dans laquelle les entités mésogènes (de
nature organique ou minérale) s'alignent, en moyenne, parallèlement à une
direction préférentielle noté n et appelée champ directeur nématique et ce,
même si leurs centres de gravité sont distribués au hasard. On dit alors qu'il
existe un ordre d'orientation à longue distance mais pas d'ordre de position des
unités mésogènes à longue distance.
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Figure 4 : Organisation
d'une phase nématique
Bien que beaucoup de matériaux ne possèdent qu'une phase cristal liquide, il n'est pas
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
rare qu'une substance unique soit pourvue de plus d'une de ces phases. Dans ce cas, lors d'une
élévation progressive de la température, le cristal liquide dans sa forme solide va passer dans
deux états différents avant de devenir liquide. Et ceci dépend de la nature de l'entité mésogène
qui compose le cristal. Si le mésogène est non chiral, le solide passe par la phase smectique,
puis nématique. Si le mésogène est chiral, le solide passe par la phase smectique, puis
cholestérique.
• Les capteurs de températures basés par exemple sur la forte variation du pas
d'hélice de la phase cholestérique avec la température (certains thermomètres bon marché).
• Les arts décoratifs, mettant à profit les propriétés optiques spécifiques des
cristaux liquides. La réflexion sélective de la lumière sur des lames de cristaux liquides
cholestériques en texture de Granjean et l'évolution des propriétés optiques en fonction de
l'angle de vue étant les effets les plus exploités dans ce domaine (c'est le cas de certaines
peintures pour carrosserie automobile).
• La visualisation, allant des petits afficheurs utilisés dans les montres et les
calculettes jusqu'aux écrans de télévision haute définition. C'est bien entendu dans le domaine
de la visualisation que les efforts de recherche et de développement sont les plus intenses.
Parmi tous les effets électro-optiques proposés depuis un peu plus de trente ans, l'effet
nématique torsadé s'est imposé par sa simplicité et sa très faible tension de seuil.
Les propriétés originales des matériaux cristaux liquides permettront dans l'avenir
d'imaginer encore certainement beaucoup d'autres applications. D'ailleurs, vous trouverez dans
ce manuscrit des perspectives d'applications tout à fait innovantes. Mais pour l'heure,
attardons nous sur cet ensemble de propriétés physiques uniques qui font des cristaux liquides
nématiques un matériau de choix pour des applications si diverses.
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
cristaux liquides sont, par exemple, capables de répondre à des sollicitations électriques, ce
qui a conduit à de nombreuses applications dont les écrans plats qui a suscité beaucoup
d'efforts de recherche et développement. La visualisation et le renouvellement d'une
information sur un écran à cristaux liquides repose non seulement sur la modulation par un
champ électrique de l'état optique de cellules contenant un cristal liquide, mais aussi sur la
capacité de la cellule à orienter le cristal liquide. En effet, outre le fait de constituer une boîte,
les surfaces possèdent la capacité de modifier l'orientation des molécules. Les recherches sur
les relations existant au sein du couple surface/cristal liquide demeurent très actives.
Figure 7 : Orientation d'une molécule de cristal liquide par un champ électrique, cas où la
séparation de charge s'opère suivant l'axe longitudinal de la molécule (à gauche) et suivant
l'axe latéral (à droite)
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
=⊥−⋳ (1)
La permittivité diélectrique étant un paramètre physique reflétant la facilité pour un
champ électrique à induire une polarisation dans un milieu, le grand axe d'une molécule de
cristal liquide s'orientera parallèlement au champ si la permittivité diélectrique mesurée
suivant le grand axe est plus grande que celle mesurée suivant le petit axe donc si 0 et
perpendiculairement si 0 . D'autre part, plus ∣ ∣ est grand, plus faible sera le champ
électrique nécessaire pour orienter le cristal liquide.
Un cristal liquide peut tout aussi bien être orienté par un champ magnétique suivant le
signe et la valeur de l'anisotropie magnétique . est la susceptibilité magnétique,
grandeur physique mesurant la réponse du milieu à un champ magnétique. Tous les effets dus
à un champ magnétique appliqué à un cristal liquide ont leurs analogues électriques.
Toutefois, précisons que l'orientation d'un échantillon de cristal liquide de 100 µm
d'épaisseur nécessite un champ magnétique d'environ 1000 G , ce qui rend l'utilisation d'un
champ magnétique inadaptée pour de nombreuses applications.
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Entre ces deux régions existe une région intermédiaire (région II), souvent appelée
interface bien qu'à trois dimensions, au sein de laquelle l'ordre moléculaire évolue de l'ordre
en surface à celui en volume. Cette région s'étend sur l'épaisseur L de quelques couches de
molécules. Dans le cas d'un cristal liquide pris en sandwich entre deux surfaces, l'effet du
confinement est d'autant plus important que l'épaisseur de la cellule est faible et s'approche de
2L .
Ainsi, toute surface au contact d'un nématique influence son champ directeur. C'est le
phénomène d'ancrage. L'ancrage est dit fort lorsqu'il fixe une fois pour toutes l'orientation des
molécules et faible dans le cas contraire. L'énergie d'ancrage ( W ) représente les interactions
locales entre les nématogènes et la surface. Si cette énergie est forte, alors la direction
nématique a un angle bien défini avec la surface. Différentes orientations peuvent être
rencontrées : l'ancrage est dit planaire (parallèle ou dégénéré) si les molécules sont parallèles
au plan de la surface, homéotrope lorsqu'elles y sont perpendiculaires et tilté (ou oblique)
lorsque le directeur nématique fait un angle de quelques degrés avec la normale au plan de la
surface (Figure 9).
- 23 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Ces différentes orientations peuvent être induites par des traitements de surface
particuliers. Par exemple, l'adsorption de molécules de surfactant peut induire un ancrage
homéotrope des nématogènes sur la surface ainsi traitée. La qualité de l'orientation
homéotrope obtenue dépend alors de la longueur des molécules adsorbées et de leur
concentration ([Kahn 1973 (a)], [Kahn 1973 (b)]). Outre les traitements chimiques, une
orientation particulière peut être obtenue par un traitement mécanique. En effet, en frottant
une lame de verre sur du papier, on obtient une surface qui assure un ancrage planaire
parallèle au sens du frottement. C'est Châtelain qui découvrit ce phénomène dès 1941
([Châtelain 1941], [Châtelain 1944]). Cette méthode fut ensuite considérablement améliorée
sous la pression des exigences industrielles de la fabrication des cellules d'affichage.
le nématique est entre deux plaques de verre sur lesquelles les conditions
d'ancrage moléculaire sont différentes, par exemple planaire sur la face inférieure et
homéotrope sur la face supérieure (Figure 10). Il apparaît alors une distorsion en volume du
champ des directeurs. Cette frustration s'accompagne d'un accroissement de l'énergie libre du
système.
1
f=
2
[ K 1 D iv n ²K 2 n . Rot n ² ]
n ²K 3 n∗Rot (2)
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Une analogie de l'élasticité d'un cristal liquide avec notre monde macroscopique peut
être tentée avec un ressort. Une contrainte extérieure est nécessaire pour comprimer un
ressort, tout comme une force extérieure déformera la structure du cristal liquide. Lorsque la
force est supprimée, le ressort retourne à sa forme initiale, tout comme le cristal liquide
revient à sa structure originelle. Enfin, un ressort est de plus en plus comprimé au fur et à
mesure que l'intensité de la force appliquée croît. Il en va de même pour la déformation d'un
cristal liquide.
L'étude des défauts joue un rôle essentiel dans la compréhension des propriétés
structurales des cristaux liquides et permettent de reconnaître une phase cristal liquide au
premier coup d'oeil. En effet, dans le cas d'un échantillon de cristal liquide nématique confiné
entre deux surfaces, nous pouvons rencontrer deux types de texture, la texture étant l'ensemble
des caractéristiques de forme, de couleur et de contraste de l'échantillon :
texture à fils (Figure 12), que l'on observe tout de suite après avoir déposé le
cristal liquide sur une lame de verre traitée en ancrage homéotrope, où deux types
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
de fils sont rencontrés, des fils épais peu mobiles et des fils fins qui semblent
flotter dans le fluide et qui se réarrangent pour finir par disparaître. Ces fils
correspondent à deux types topologiquement distincts de disinclinaisons lignes.
texture en « plage à noyau » (Figure 13), que l'on observe lorsque le cristal liquide
est pris en sandwich entre deux lames de verres non traitées sur lesquelles se
développent un ancrage planaire faible, présente, en polarisation croisée de la
lumière, des points connectés par des branches noires qui donnent localement les
directions des lignes neutres de l'échantillon (c'est-à-dire l'orientation de l'axe
optique, tangent au directeur).
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Un défaut topologique est défini de la façon suivante : un milieu ordonné peut être
considéré comme une région de l'espace décrite par une fonction f r qui attribue à chaque
point de cette région un paramètre d'ordre décrivant l'état du système. Dans un milieu
uniforme, le paramètre d'ordre a la même valeur en tout point de l'espace, alors que dans un
milieu non uniforme, il varie de manière continu dans l'espace sauf aux endroits où se
trouvent d'éventuelles singularités, c'est-à-dire d'éventuels défauts (points, lignes). Chaque
fois qu'un défaut ne peut pas être éliminé par une variation continue du paramètre d'ordre, on
dit qu'il est topologiquement stable et on l'appelle défaut topologique.
Voici quatre exemples de lignes de singularité dans un nématique (Figure 14). Ces
lignes ont été nommées disinclinaisons par F. C. Frank [Frank 1958]. Il est conventionnel
d'associer à chaque disinclinaison, un nombre m appelé rang [Link] la figure 14, le
point au centre des figures représente le site de la ligne de défauts (perpendiculaire au plan de
la figure). Les lignes noires pointillées correspondent aux régions d'extinction en polarisation
croisée de la lumière.
Notons que des défauts m=±1 correspondent aux fils épais et que les défauts
±1 /2 correspondent aux fils fins. Ces fils sont, dans la structure « plage à noyau »,
perpendiculaires aux plaques et donc observés suivant leur axe, alors qu'ils sont, dans la
texture à fils, parallèles au plan d'observation.
En plus des disinclinaisons, qui sont des lignes de singularité, il existe des défauts
topologiques ponctuels caractérisés par leur charge topologique. Si l'échantillon de cristal
liquide nématique est parfait à l'infini, les défauts topologiques doivent se compenser afin
d'aboutir à une charge topologique totale nulle. Notons que ces défaut ont également été mis
en évidence expérimentalement dans des polymères cristal liquide [Hu 2000].
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CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Cette propriété est appelée biréfringence optique ou double réfraction. Ainsi, deux ondes
polarisées perpendiculairement se propagent à des vitesses différentes à travers le milieu. Une
onde polarisée parallèlement au champ directeur nématique possède un indice de réfraction
différent de celui associé à une onde polarisée perpendiculairement au directeur. Ainsi,
lorsqu'une onde lumineuse traverse un milieu biréfringent, celle-ci est séparée en une
composante rapide (le rayon ordinaire) et en une composante lente (le rayon extraordinaire).
Ces deux rayons se propagent à des vitesses différentes, ce qui engendre un décalage de phase.
Lorsque ces rayons sont recombinés à la sortie du matériau biréfringent, l'état de polarisation a
donc changé. La biréfringence d'un matériau est caractérisée par la différence, n , d'indice
de réfraction associé à chacun des rayons ordinaires ( n o ) et extraordinaire ( n e ). L'indice de
réfraction d'un matériau est défini par le rapport de la vitesse de la lumière dans le vide à celle
dans le matériau. Dans le cas d'un matériau biréfringent nous avons donc :
c
n e= (3)
v⊥
et
c
n o= (4)
v⋳
v ⊥ et v⋳ étant les vitesses des ondes se propageant perpendiculairement au champ
directeur nématique et étant polarisées respectivement parallèlement et perpendiculairement
au directeur. Selon la structure chimique de la molécule, la biréfringence n peut varier de
0.05 à 0.46.
- 28 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
C7H15 C N C5H11 C N
4-n-heptyl-4’-cyanobiphenyl (47%) 4-n-pentyl-4’-cyanobiphenyl (25%)
C8H17O C N C5H11 C N
Ce composé présente une unique phase cristal liquide. Ce mélange est un cristal au
dessous de -30°C et fond en un liquide isotrope à une température bien définie de 58°C. Entre
ces deux températures, le mélange présente une phase cristal liquide nématique. Nous avons
choisi ce composé car il présente une large plage nématique à température ambiante, ce qui
offre des avantages indéniables pour notre étude.
CH3O CH N (CH2)4H
p-methylbenzylidene-p-butylaniline
Figure 17 : Composition chimique du produit
commercial MBBA (Sigma Aldrich)
- 29 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LES CRISTAUX LIQUIDES
Ce composé apolaire présente une phase cristal liquide nématique dans une plage de
température relativement étroite : entre 21 et 42°C. L'anisotropie diélectrique de ce composé
est, contrairement au composé E7, négative. Sous un champ électrique, c'est le petit axe des
molécules de MBBA qui s'alignera sur le champ.
II - Le fer
II.1. La surface
H H
O
H H H H
air
O O O O O O
M M M M M M M M
solide
Lorsque les particules de fer sont en solution, les groupes d'hydroxyde ou d'oxyde de
surface s'ionisent au contact de l'eau :
La charge de surface d'un oxyde résulte d'équilibres acido-basiques. Elle dépend donc
du pH et de la force ionique de la solution. Une caractéristique importante de la surface est le
point de charge nulle (PCN). Il définit le pH du milieu pour lequel la surface est globalement
- 30 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
électriquement neutre. Le PCN, qui est directement lié à la nature de l'oxyde, caractérise donc
l'acidité de la surface. Ainsi, à pH<PCN, la charge est positive et à pH>PCN, elle est négative.
II.1.b) L'hydratation
Les groupes polarisés de surface (M-O- , M-OH, M-OH2+ ) développent de très fortes
interactions avec l'eau et exercent un effet structurant très marqué sur le liquide. Il est connu
que les deux ou trois couches d'eau physisorbées, adjacentes à la première couche d'eau
chimisorbée, responsable de l'hydroxylation de la surface, sont immobilisées par des couples
de liaisons hydrogène [Jolivet 1994]. Cet arrangement disparaît progressivement avec la
distance à la surface. L'épaisseur de la couche d'eau physisorbée est d'autant plus grande que la
surface est polaire et que la densité de charge est importante. Cette couche d'hydratation
constitue la « couche compacte de Stern » (Figure 19).
Les particules de fer sont des particules magnétiques et nous allons utiliser cette
propriété au cours de l'étude des forces régissant le système colloïdal. De plus, dans la
perspective d'un matériau adaptatif, l'application d'un champ magnétique est un facteur
permettant de moduler les propriétés du matériau. Il est donc indispensable d'avoir quelques
notions fondamentales sur le champ magnétique et l'aimantation de la matière ([Saint-Jean
2002], [Carletto 2001], [Verite 2002], [du Tremolet de Lacheisserie 1999]).
- 31 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
en fer doux en contact avec un aimant devient à son tour capable d'attirer un second clou, mais
cette propriété cesse dès que le premier clou est éloigné de l'aimant : on dit qu'il s'agit de
magnétisme induit. Au contraire, l'aimant conserve ses propriétés quasi indéfiniment : il s'agit
de magnétisme permanent. De la même manière, on constate qu'une aiguille aimantée située
au voisinage d'un fil parcouru par un champ électrique continu s'oriente perpendiculairement
au fil. C'est l'expérience que réalisa Oersted en 1819 qui fut le premier à découvrir qu'un
champ magnétique est produit à chaque fois que des charges électriques se déplacent dans un
conducteur. Le champ magnétique qui règne dans la région de l'espace où s'exercent les forces
magnétiques est noté par la relation :
B . Il est associé à un champ dit auxiliaire H
B=µ 0 . H (5)
où µ0 est la perméabilité magnétique du vide.
La magnétostatique repose sur les lois qu'Ampère déduisit d'une série d'expériences
simples, qu'il réalisa dès qu'il eut connaissance des travaux d'Oersted. Elles se résument aux
propositions suivantes :
deux fils parallèles parcourus par des courants de même sens s'attirent ;
A partir de là, Ampère déduisit que la circulation d'un courant dans un conducteur
s'accompagne de l'apparition autour du conducteur d'un champ magnétique identique de
nature à celui que créent les aimants permanents. Il émit d'ailleurs l'hypothèse que dans un
aimant circulent de façon permanente, à une échelle microscopique, des courants responsables
de l'aimantation et du champ magnétique de l'aimant. En effet, si on coupe un barreau aimanté
en deux, il apparaît, de part et d'autre de la coupure, des régions aimantées se comportant
comme des pôles de noms opposés, de telle sorte qu'on a obtenu deux aimants ayant chacun
un pôle nord et un pôle sud. Si, par la pensée, on poursuit l'expérience indéfiniment, on arrive
à la conclusion que le magnétisme est dû à des groupements « pôle nord-pôle sud » ou dipôles
magnétiques, à l'échelle de l'atome, caractérisés par leur moment dipolaire m . Le champ de
l'aimant résulte alors de la superposition de l'ensemble des champs dipolaires des dipôles
élémentaires dont il est formé. Ayant démontré que chaque dipôle magnétique m est
strictement équivalent à une spire conductrice de surface S parcourue par un courant
d'intensité I , suivant la relation m=SI , Ampère voyait là l'origine des courants ampériens.
Les théories modernes du magnétisme dans la matière ont donné un sens à ces courants
ampériens.
- 32 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
L'électron (charge e ) décrit une orbite circulaire à raison de f rotations par seconde.
Il est donc équivalent à un courant qui peut s'écrire sous la forme :
i=−e.f (6)
Ce courant, circulant dans une spire confondue avec l'orbite, crée, d'après la loi
d'Ampère, un moment magnétique :
Le moment µL est appelé le moment orbital. Ce moment est quantifié : il doit être un
multiple du magnéton de Bohr défini par :
e h
µ B= ∗ =9,274.10−24 A.m² (8)
2m 2
où e=−1,607 .10−19 C est la charge de l'électron, m=9,107 .10−31 kg est la masse de
l'électron et h=6,62 .10−34 J.s est la constante de Planck.
Le moment de spin :
Nous savons que l'électron tourne aussi sur lui-même (spin) et présente donc un
moment magnétique dit moment de spin ( µS ). Ce dernier est une propriété purement
quantique des électrons et n'est autre que le magnéton de Bohr décrit précédemment.
Ainsi, le moment magnétique total de l'atome est la somme des moments orbitaux et
des moments de spin de ses électrons périphériques. La norme de ce moment peut donc
s'écrire de la façon suivante :
µ=J q g µ B (9)
Où J q est un nombre quantique et g un facteur dit facteur de Landé.
- 33 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
En réalité, la théorie est beaucoup plus complexe que cela puisqu'elle fait intervenir les
quatre nombres quantiques que sont les indices de la fonction d'onde attaché à l'électron (n, l,
m et s).
M
B=µ 0 H (10)
Où µ0 représente la perméabilité magnétique du vide. Le champ H à l'intérieur de
l'échantillon est différent du champ appliqué H 0 . Le champ externe induit l'aimantation de la
matière M . Cette aimantation aboutit à la création d'un champ H d qui s'oppose au champ
externe, de sorte que le champ moyen total est égal à :
= H 0 H d
H (11)
Le champ H d , appelé champ démagnétisant, dépend essentiellement de la géométrie
de l'échantillon :
H d =−N d M
(12)
N d , le facteur démagnétisant est un opérateur tensoriel sans dimension :
[ ]
Nx 0 0
N d= 0 N y 0 et N x N y N z=1 (13)
0 0 Nz
Notons simplement que, dans le cas des géométries simples avec H 0=H 0 z , on a :
- 34 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
= H
M (15)
étant la susceptibilité magnétique du milieu. Il existe alors entre une
B et H
relation de proportionnalité qui s'écrit :
B=µ 0 1 H =µ H
=µ 0 µr H (16)
Avec µ la perméabilité magnétique du matériau et µr =1 , la perméabilité
magnétique relative du matériau.
A partir des valeurs du paramètre , il est possible de définir les grands groupes de
matériaux magnétiques :
Dans une substance ferromagnétique, les moments magnétiques d'atomes voisins sont
parallèles entre eux. Cet alignement des moments est dû au fait qu'il existe une interaction
interne appelée champ d'échange ou champ moléculaire. Ce champ d'échange peut être
- 35 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
considéré comme l'équivalent d'une induction magnétique ( BE ). Son intensité peut atteindre
3
10 Tesla . Dans l'approximation du champ moyen, chaque atome est donc soumis à un
champ proportionnel à l'aimantation :
BE = M (17)
Où est une constante indépendante de la température et où l'aimantation M est, par
définition, le moment magnétique par unité de volume. Donc, d'après (17) chaque spin subit
l'aimantation moyenne due à tous les autres. En fait, il ne peut subir que l'influence de ses plus
proches voisins.
Le phénomène mis en jeu est, en réalité, bien plus complexe que cela. En effet, le
champ moléculaire est une approximation de l'interaction d'échange de la mécanique
quantique. On montre que l'énergie d'interaction des atomes i , j portant les spins S i et S j
possède un terme :
E=−2 J e S i S j (18)
L'équation (18) est appelée modèle d'Heisenberg. Cette énergie d'échange est due à
l'interaction spin-spin des couches non saturées responsables des moments. Elle peut être
positive, négative ou nulle, et elle dépend :
Parmi les corps simples, très peu sont ferromagnétiques. Citons par exemple le fer, le
cobalt, le nickel et quelques composés de la famille des lanthanides. Par contre, il existe toute
une série de corps composés ferromagnétiques, comme Fe2O3 ou CrO2. Enfin, on sait réaliser
de nombreux alliages ferromagnétiques, qui font toujours l'objet de recherches pour améliorer
leurs performances. Citons les alliages du type alnico (51,5% Fe, 13,5% Ni, 24% Co, 8% Al,
3% Cu) et les alliages du type ticonal qui contiennent en plus du titane.
- 36 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
M
B=µ 0 H =µ0 1 H
=µ H
(19)
Souvent on se contente de représenter M en fonction de H
. La figure 22 donne un
exemple de cycle d'hystérésis pour un matériau aimanté.
- 37 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
par opposition, les matériaux possédant une faible valeur du champ coercitif
(quelques A/m) sont dits doux. Ils constituent des circuits magnétiques pour
transformateurs ou des pièces de blindage magnétique.
m 1 . m 2−3m 1 . r . m2 . r
EM = 3 (20)
4 µ0 r
m1 et m2 sont les moments magnétiques m p des particules 1 et 2 avec :
µ P −µ L 3
m p =4 µ0 µ L a H0 (21)
µ P 2 µ L
Ici, a est le rayon de la particule et H 0 le champ magnétique auquel elle est soumise.
m1 . m2 1−3cos2
EM = (22)
4 µ 0 r 3
Il apparaît alors que le signe de E M est gouverné par la valeur d'un angle ,
correspondant à l'angle entre la direction du champ appliqué et l'axe reliant les centres des
deux particules. Il existe donc, suivant la direction du champ appliqué, une zone où les
particules s'attirent et une zone, moins vaste, où elles se repoussent (Figure 23). L'attraction
est la plus forte lorsque l'axe reliant les centres des particules est parallèle à la direction du
champ. Ainsi, nous choisirons d'appliquer un champ parallèle à l'axe reliant les centres des
particules si nous voulons voir celles-ci se rapprocher. Et inversement, la répulsion étant la
- 38 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
plus intense lorsque cet axe est perpendiculaire au champ, nous appliquerons un champ
perpendiculaire à l'axe reliant les centres des particules lorsque nous voudrons les voir
s'éloigner l'une de l'autre.
z
r
α
36°
Zone
répulsive
Zone attractive
Pour des particules de même nature et de même taille soumises à un champ parallèle à
l'axe reliant leurs centres, on peut estimer l'interaction maximale en considérant les particules
accolées. Les dipôles sont alors séparés par une distance égale au diamètre des particules 2a .
Dans ce cas, l'interaction maximale s'écrit :
2
−2m
EM = (23)
4 µ0 2a3
Le domaine de validité de l'approximation dipolaire se situe pour des particules
éloignées ou de perméabilité proche de celle du milieu suspendant. Des simulations par
éléments finis permettent d'obtenir des solutions numériques très précises, tenant compte de la
réponse non-linéaire des matériaux magnétiques au champ et de la saturation de leur
aimantation.
Perméabilité du vide µ0 −7
4 .10 H.m
−1
1
M
B =µ 0 H 4 M
B=H
Equations reliant les grandeurs
µ=µ0 1 µ=µ0 14
Figure 24 : Les deux principaux systèmes d'unités en magnétostatique
- 39 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
Dans ces deux systèmes, les grandeurs magnétiques ont des unités différentes et les
relations qui lient ces grandeurs diffèrent entre elles, à des constantes multiplicatives près.
Pour éviter toute confusion, nous avons consigné dans le tableau ci-dessous les unités, dans
les deux systèmes, des principales grandeurs utilisées en magnétisme, ainsi que les relations
permettant de convertir ces grandeurs d'un système d'unité à l'autre. Par la suite, nous
utiliserons aussi bien le système C.G.S. que le système M.K.S.A..
Ces particules sont fournies par Prolabo. Ce sont des particules élaborées grâce un
processus chimique couramment utilisé en métallurgie des poudres. Ce processus, qui consiste
en la réduction de l'oxyde fer par de l'hydrogène, permet d'obtenir des poudres de fer à 99,5%.
Les impuretés sont constituées essentiellement de zinc, de chlore, de souffre, de plomb, de
magnésium et de cuivre.
- 40 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
micrographie (Figure 25) révèle une assez grande polydispersité en taille. En effet, les
diamètres que nous avons mesurés sont compris entre 1 et 7 µm. Ces particules ont une
morphologie globalement sphérique. Certaines sont cependant mal formées et semble avoir
fusionné. La surface des particules apparaît lisse.
Ces particules sont fournies par Métaux et chimie. Le procédé d'élaboration permettant
de synthétiser des particules de fer, de forme sphérique et de taille micronique, par
décomposition du fer pentacarbonyle Fe(CO)5, est connu depuis 1920. Le principe est le
suivant : Fe(CO)5, vaporisé à une température proche de son point d'ébullition (105°C), est
introduit au sommet d'une chambre de décomposition dans laquelle la température varie de
250 à 450°C. Il se forme alors des nuclei de fer sur la surface desquels le fer pentacarbonyle
continue à se décomposer. L'azote, issu de l'ammoniac introduit dans le but de contrôler la
germination, et le carbone, résultant de la décomposition de Fe(CO)5 sont les principales
impuretés présentes dans la poudre ainsi élaborée. Les particules obtenues ont la composition
suivante : Fe (97%), C (1%), O (1%) et N (1%). D'après les résultats rapportés par D.
Rousselle et F. Ravel [Rouselle 1992], ces particules présentent une microstructure originale
en pelure d'oignon qui peut être éliminée par recuit, modifiant ainsi leurs propriétés
magnétiques.
- 41 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
Particules de fer-nickel :
Les particules de fer-nickel sont fournies par Neyco. Elles ont été élaborées par
atomisation. Ce processus consiste dans un premier temps à manipuler les matériaux massifs
afin d'obtenir la composition chimique souhaitée. Elle se poursuit par la conversion des
matériaux en poudres. Les matériaux sont fondus et mélangés. Le métal en fusion est alors
soumis au jet d'un fluide qui va isoler les gouttelettes et les refroidir permettant ainsi la
solidification de l'alliage sous forme de particules globalement sphériques. Les particules de
fer-nickel ont la composition suivante : Ni (50,3%), Fe (49,5%), Mn (0,08%), O, Si, Al, C, S
et N sous forme de traces.
[Link].1. La sonification
- 42 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
Notons que cet appareil nécessite quelques précautions d'usage, en particulier il doit
être installé dans une enceinte acoustique adaptée afin de ne pas endommager les facultés
d'audition de son utilisateur.
- 43 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
d'oxyhydroxyde de fer hydratée. Nous avons sonifié les particules de fer successivement
pendant 5 min à 35% d'amplitude (ce qui est le maximum utilisable avec la sonde de 3 mm )
et de manière pulsée avec des cycles de sonification puis de relaxation de 0,5 s dans :
• Polissage des plaques : les plaques sont polies très finement grâce à une polisseuse
- 44 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
Mecapol P 200 avec des disques de papier abrasif de carbure de silicium ayant des
grains de plus en plus fin ( 76 µm , 46 µm , 26 µm , 15 µm , 10 µm puis 5 µm )
puis la finition est effectuée sur un feutre imprégné de pâte diamantée de
granulométrie 3 µm ;
• Préparation humide : les plaques sont trempées dans de l'eau et déposées dans la
cuve à ultrason puis rincées rapidement avec du méthanol ;
• Séchage : le séchage des plaques se fait sous un flux d'azote puis sous vide.
Ce traitement a été effectué de sorte que les surfaces des plaques et des particules
après pré-traitements soient comparables. Ceci a été vérifiée en analysant les surfaces grâce à
différentes méthodes de caractérisation telles que le spectromètre de photoélectrons X (XPS),
la spectroscopie infrarouge en réflexion-absorption, en réflexion diffuse, ...
Dans cette étude, l'oxyde naissant est toujours formé dans l'eau, donc dans un
environnement à pH neutre. Les oxydes naissants formés sur les plaques et sur les poudres ont
été analysés et comparés grâce à une étude au spectromètre de photoélectrons X (XPS), en
gardant à l'esprit que les échantillons ont été analysés après 24h d'exposition à l'air. Cette
technique de caractérisation est particulièrement adaptée aux analyses de l'extrême surface
puisque la profondeur d'analyse est de 5 à 10 nanomètres environ. Cette méthode de
spectroscopie permet la quantification des atomes de surface du matériau. Elle se fait par
irradiation d'un échantillon avec un rayonnement de photons X monochromatique ou
polychromatique et par mesure de l'énergie des électrons émis.
Par des analyses XPS de fer pur exposé à l'air à température ambiante, il a été montré
que le fer métallique était recouvert d'une couche constituée d'un mélange d'oxyde et
d'hydroxyde [Suzuki 2000]. Nous présentons sur la figure 30, le spectre des particules et des
- 45 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
Figure 30 : Spectre XPS de la surface du fer après prétraitement, le spectre a correspond aux plaques et le
spectre b aux particules
Grâce aux résultats déjà publiés dans la littérature, il est possible d'identifier les pics
XPS ([Lin 1997], [Suzuki 2000], [Pirlot 2001], [Atenas 200x], [Coquelle 2004]). Ainsi, les
pics situés à 707 eV et 720 eV correspondent respectivement aux deux configurations
possibles Fe3/2p2 et Fe1/2p2 du fer à l'état métallique suite à l'éjection d'un électron de la couche
2p. De même les pics à 711.3−711.8 eV et à 724.7 eV sont associés respectivement aux
configurations Fe3/2p2 et Fe1/2p2 des oxydes de fer (III) à savoir Fe2 O 3 et les pics à 711.3 ,
719 , 722 et 727 eV à des oxyhydroxydes de fer (III) en d'autres termes à FeOH 3 . Trois
autres pics à 710.2 , 714.5 et 722.8 eV correspondent à des oxydes de fer (II) ( Fe3 O 4 ,
FeO ). La figure 30 montre que dans le cas des particules comme dans celui des plaques, la
surface du fer Fe (0) est recouverte d'oxydes. Le sommet du pic se situe à 710.9, ce qui nous
permet de conclure que la couche d'oxydes est un mélange majoritairement composé de Fe3
De plus, on voit que le pic correspondant au fer à l'état métallique (pic à 707 eV ) a quasiment
disparu dans le cas des particules. Ceci implique que la couche d'oxydes est plus fine (2-3 nm)
à la surface des plaques comparativement à celle des particules [Lin 1997].
La figure 31 présente le spectre XPS O1s des mêmes échantillons. La technique de
déconvolution des pics nous permet d'identifier au moins quatre pics situés à
529.7−530.1 eV , 531.2 , 532.3 et 534.5 eV .
- 46 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
Les deux pics de plus basse énergie sont caractéristiques de l'oxygène dans les oxydes
de fer c'est-à-dire :
● pour le premier pic, à l'oxygène lié par une double liaison à un atome de fer dans
FeOOH ( 530.1 eV ) ou dans Fe2 O 3 ( 529.7 eV )
● pour le second pic (à 531.2 eV ), à l'oxygène FeO H lié à la fois à un atome de fer et
à un atome d'hydrogène dans FeOOH ou dans FeOH x
Les deux pics de plus haute énergie sont associés à des contaminations : eau, gaz,
pollution organique aux acides ou aux alcools.
Le spectre O1s des plaques indique la formation de FeOOH . En effet, les deux pics
de plus basse énergie sont de même taille ce qui suggère que la surface est composée
principalement de FeOOH . Sur le spectre O1s des particules, une contribution plus
importante de FeO H ( 531.2 eV ) est observée, ce qui suggère que la couche de surface est
composée de FeOOH et de FeOH x . Ce résultat montre donc une légère différence de
composition de la couche d'oxydes provenant en partie des conditions expérimentales de
préparation. Le résultat important à retenir est que la surface des particules comme celle des
plaques porte des sites oxyhydroxydes.
D'autre part, la surface des plaques a été caractérisée par diffraction de rayons X sous
incidence rasante (Figure 32).
- 47 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
a Fe
Fe Fe
Fe Fe
b Fe
α-Fe2O3 Fe
Fe Fe
Fe
Figure 32 : Analyse en diffraction de rayons X sous incidence rasante des plaques de fer prétraitées (a) puis
chauffées au dessus de 380°C (b)
A température ambiante (Figure 32a), seuls des pics de diffraction du fer ont pu être
détectés. Ceci suggère que la couche d'oxydes présente à la surface du fer est dans un état
amorphe, à moins que cette couche d'oxyde soit trop fine pour être détectée. Les plaques ont
ensuite été chauffées au-dessus de 380°C avant d'être de nouveau analysées en diffraction de
rayons X sous incidence rasante. Au dessus de 380°C, la surface d'hydroxyde a perdu les
molécules d'eau adsorbées et des pics de diffraction de rayons X caractéristiques d'un oxyde
cristallisé, probablement de l'hématite −Fe2 O 3 (la maghémite −Fe2 O 3 n'étant pas à
exclure), sont détectés (Figure 32b).
- 48 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
A- Plaque prétraitée
B- Plaque prétraitée puis chauffée à 250°C
C- Plaque prétraitée puis chauffée à 380°C
D- Part icules prétraitées
E- Particules prétraitées puis chauffées à 380°C
Avant chauffage, la figure 33 montre, sur le spectre des plaques (A) comme sur celui
des particules (D), une large bande entre 800 et 1200 cm-1. Cette région correspond à la
région des oxyhydroxydes mais aucune bande n'a pu être associée à une forme cristalline
spécifique de FeOOH , ce qui semble confirmer que la couche d'oxyhydroxyde est à l'état
amorphe.
Ces spectres permettent également de confirmer la présence d'un oxyde cristallin par
l'apparition d'une bande caractéristique autour de 664 cm-1 [Guillamet 1993]. Sur les spectres
des plaques, cette bande commence à apparaître lorsque la plaque est chauffée à 250°C et elle
voit son intensité augmenter lorsque la plaque est chauffée à 380°C. En ce qui concerne les
particules, nous observons également la présence d'un oxyde cristallin lorsque les particules
sont chauffées à 380°C. Mais il faut noter qu'il semblerait qu'un oxyde soit déjà présent avant
chauffage. Ceci peut être dû à la technique utilisée au cours du prétraitement. La sonification,
- 49 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
connue pour engendrer localement des températures très élevées, favorise peut-être la
formation d'oxyde.
Des spectres XPS O1s (Figure 34) confirme l'évolution de la surface des particules
prétraitées avant et après chauffage à 380°C. Nous assistons, lorsque les particules sont
chauffées au-dessus de 380°C, à un déplacement du pic XPS vers 529.7 eV . Cette valeur est
caractéristique de l'oxygène lié par une double liaison à un atome de fer. Le pic à 531.2 eV
ayant partiellement disparu, nous en concluons qu'à 380°C, l'oxyde de fer Fe2 O 3 est plus
abondant.
Fe-O-H Fe = O
Fe(OH)x Fe2 O3
FeOOH FeOOH
En résumé, retenons qu'au dessous de 250°C, la surface du fer est recouverte d'une
couche d'oxydes et d'hydroxydes naissants réactifs, principalement FeOOH et FeOH x .
Notons enfin que la présence de molécules d'eau sur la surface offre des perspectives
intéressantes quant à l'ancrage des molécules de cristal liquide. En effet, les molécules d'eau
sont capables d'influencer l'ancrage des molécules de cristal liquide mais elles ont surtout
l'avantage de pouvoir créer des interactions physiques et chimiques avec des molécules que
nous pourrions ainsi adsorber sur la surface afin d'orienter les nématogènes.
- 50 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE FER
fonction du champ magnétique H pour des poudres de fer de grande pureté telles que les
nôtres. Sachant que ces grandeurs sont reliées entre elles par l'équation (10), nous pouvons en
par :
déduire les valeurs de l'aimantation M
−µ0 H
B
=
M (24)
µ0
−7 −1
µ0=4 .10 H.m , dans le système M.K.S.A., étant le perméabilité magnétique du
vide. Nous avons ainsi tracé la courbe reliant les valeurs de l'aimantation M au champ
magnétique H , c'est-à-dire la courbe de première aimantation (Figure 35) :
calcul aimantation
1.4 106
1.2 106
1 106
M (A/m)
8 105
M = XiH/(1+XiH/MS)
Xi = 7496.21
6 105 MS = 1.3318e+06
99,28%
4 105
0 2000 4000 6000 8000 1 104
H (A/m)
Figure 35 : Courbe de première aimantation de particules de fer pur
i H
=
M
(25)
1 i H
M S
Comme le montre la courbe (Figure 35) la relation de Froelich Kennely ajuste assez
bien les points. Ceci nous permet d'accéder à la valeur de l'aimantation de saturation
M S =1331800 A/m , paramètre d'ajustement. Ce fit nous donne également accès à la
perméabilité initiale µi des particules de fer pur puisqu'elle est reliée à la susceptibilité
initiale i par la relation i=µi1 . Nous utiliserons donc par la suite la perméabilité initiale
µi=7500 .
III - Le composite
Connaissant à présent les propriétés physiques et chimiques des matériaux de base pris
- 51 -
CHAPITRE A : LES MATÉRIAUX
LE COMPOSITE
séparément, nous allons nous intéresser, dans un premier temps, aux interactions locales entre
la surface du fer et les premières couches de molécules de cristal liquide nématique en contact.
Nous tenterons ensuite de mettre à profit les propriétés élastiques de la matrice cristal liquide
afin d'obtenir la structuration des particules dispersées, celles-ci engendrant des défauts
topologiques au sein de l'ordre nématique. Grâce aux propriétés magnétiques des particules de
fer, il sera alors possible de mesurer les forces élastiques du cristal liquide nématique qui
permettent d'aboutir à la structuration des particules au sein de la matrice. Outre, cet aspect
théorique, ce type de structuration, où des particules magnétiques sont alignées mais séparées
de leurs voisines, ouvre la voie à l'élaboration d'un nouveau type de matériau ayant des effets
magnétostrictifs géants ; une phase de finalisation consistant par la suite à rendre cette matrice
élastomère.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL
LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
L'ancrage des molécules de cristal liquide est un phénomène qui apparaît dès que le
cristal liquide est en contact avec une surface. C'est-à-dire, à proprement parler, toujours
puisqu'il faut bien le contenir dans une boîte !
Dans ce chapitre, nous verrons que les surfaces possèdent le privilège, parfois
redoutable, de modifier l'ordre et l'orientation des molécules de cristal liquide nématique.
Puis, nous décrirons les moyens expérimentaux que nous avons utilisés pour induire l'une
plutôt que l'autre de ces orientations sur la surface du fer.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE
FER ................................................................................................................................................................. 53
I - L'ancrage ......................................................................................................................................... 55
I.1. Problématique .......................................................................................................................... 55
I.2. Caractérisation de l'ancrage ............................................................................................. 57
I.2.a) Technique d'observation : microscopie optique .......................................................... 57
I.2.b) Observation des textures des gouttes .......................................................................... 58
II - Influence des traitements de surface sur la nature de l'ancrage ................ 59
II.1. Traitement acido-basique et thermique de la surface .......................................... 59
II.2. Traitement par adsorption de molécules organiques ........................................... 62
II.2.a) Introduction aux couches moléculaires d'amphiphiles ........................................... 63
II.2.a.i- Rappel sur l'énergie de surface ............................................................................................... 63
[Link]- Les molécules amphiphiles ................................................................................................... 64
[Link]- Propriétés thermodynamiques des monocouches d'amphiphiles : exemple des films de Langmuir .... 64
[Link].1. Paramètres thermodynamiques ................................................................................. 64
[Link].2. Le diagramme de phase typique d'un amphiphile en monocouche ................................. 65
[Link].3. Nature des interactions ............................................................................................ 66
[Link]-Les couches monomoléculaires auto-assemblées sur substrats solides ............................................ 68
II.2.b) Adsorption de molécules via des interactions polaires ou des liaisons
hydrogènes ..................................................................................................................................... 68
II.2.b.i-Molécules à chaînes courtes .................................................................................................... 68
[Link]-Molécules tensioactives à chaînes longues ................................................................................. 69
[Link].1. SDS ........................................................................................................................ 71
[Link].2. Lécithine ................................................................................................................. 71
[Link].3. DPPE ..................................................................................................................... 72
II.2.c) Molécules greffantes : amines et acides à longues chaînes ................................. 74
II.2.c.i-Amines ................................................................................................................................ 75
II.2.c.i.1. Conditions opératoires ................................................................................................ 75
II.2.c.i.2. Mécanisme d'adsorption ............................................................................................. 75
II.2.c.i.3. Ancrage : résultats et hypothèses ................................................................................ 75
[Link]-Acides ................................................................................................................................ 76
[Link].1. Conditions opératoires ............................................................................................... 76
[Link].2. Mécanisme d'adsorption ............................................................................................ 76
[Link].3. Ancrage : Résultats et hypothèses .............................................................................. 77
II.2.d) Molécules greffantes et polymérisables ..................................................................... 80
II.2.d.i- Les molécules α-fonctionnelles à chaînes courtes ........................................................................ 81
II.2.d.i.1. Conditions opératoires ............................................................................................... 81
II.2.d.i.2. Mécanisme de greffage ............................................................................................... 81
II.2.d.i.3. Ancrage : résultats et hypothèses ................................................................................ 82
[Link]- Les molécules α-ω-fonctionnelles à chaînes courtes ................................................................... 83
[Link].1. Conditions opératoires .............................................................................................. 83
[Link].2. Mécanisme de greffage .............................................................................................. 84
[Link].3. Ancrage : résultats et hypothèses ............................................................................... 86
[Link]-Les molécules à longues chaînes ............................................................................................. 90
[Link].1. Conditions opératoires ............................................................................................. 90
[Link].2. Mécanisme de greffage ............................................................................................. 91
[Link].3. Ancrage : résultats et hypothèses .............................................................................. 91
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
L'ANCRAGE
I - L'ancrage
I.1. Problématique
Une autre méthode très courante consiste à traiter la surface du substrat de manière
mécanique [Châtelain 1941]. C'est une des techniques de laboratoires les plus usitées pour
induire une orientation planaire des molécules d'un nématique. Cette technique consiste à
brosser, suivant une direction particulière, la surface à l'aide d'une pièce de tissu en velours ou
même d'un morceau de papier. Parmi les hypothèses avancées pour expliquer l'origine de
l'orientation des molécules consécutive à un brossage, on suppose que la surface est « rayée »
et présente un relief périodique très superficiel de quelques dizaines d'angströms de
profondeur. La direction d'orientation spontanée des molécules appelées à épouser les sillons,
est alors confondue avec la direction de brossage. Une autre explication repose sur l'idée que
l'orientation parallèle résulte des forces générées par la présence d'une couche de molécules
grasses contaminantes adsorbées sur la surface du substrat au cours du brossage
unidirectionnel.
Ces deux types de méthodes sont souvent associées. C'est le cas pour les cellules
d'affichage, lorsqu'après avoir déposé sur le substrat des molécules induisant un ancrage
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
L'ANCRAGE
Les forces orientant les cristaux liquides résultent donc de processus physico-
chimiques ou encore des interactions mécaniques résultant des propriétés élastiques
anisotropes des cristaux liquides. Notons que pour les surfaces sans texture, les processus
physico-chimiques prédominent, alors que sur des surfaces ayant une texture, il faut
également considérer les interactions élastiques anisotropes. Ces deux catégories
d'interactions sont importantes et sont parfois en compétition, même si typiquement les
processus physico-chimiques dominent ([Kahn 1973 (a)], [Kahn 1973 (b)]). Il semble
également possible d'induire une orientation d'un cristal liquide en formant une double couche
électrique à la surface du substrat qui jouera le rôle de champ électrique induisant une
orientation particulière relativement au signe de l'anisotropie diélectrique du cristal liquide
utilisé [Shah 2001]. Sur des surfaces non hydratées, la présence de charges peut suffire à
orienter des nématogènes portant un dipôle permanent dans une direction privilégiée.
Au cours de cette étude, nous cherchons à obtenir un ancrage fort et homéotrope (c'est-
à-dire perpendiculaire au plan formé par la surface) des nématogènes sur la surface des
particules de fer. Pour y parvenir, nous avons procédé en deux étapes. Tout d'abord, dans ce
chapitre, nous avons rassemblé les résultats concernant la nature de l'ancrage sur une surface
de fer ayant subie différents types de traitements. La force de l'ancrage sera l'objet du chapitre
C p. 95.
Peu de travaux traitent de l'ancrage des cristaux liquides sur une surface métallique. A
ce jour, seul l'ancrage sur la surface de l'or a fait l'objet de publications ([Gupta 1996 (a)],
[Gupta 1996 (b)], [Gupta 1996 (c)], [Gupta 1999], [Shah 1999], [Gu Y. 2000]). Nous nous
proposons d'étudier l'ancrage sur la surface du fer. La caractérisation de la nature de l'ancrage
a été effectuée sur des plaques de fer en étudiant la texture de gouttelettes de cristal liquide au
microscope en polarisation croisée de la lumière. Les traitements que nous avons choisis pour
induire une orientation du cristal liquide sur la surface du fer sont divers. Dans un premier
temps, des traitements acido-basiques et thermiques ont été effectués afin de déterminer s'il
était possible d'orienter le cristal liquide simplement en changeant la nature ou la charge des
oxydes de fer de surface. Puis, dans un deuxième temps, nous avons choisi de créer sur la
surface du fer, un film constitué de molécules organiques (amphiphiles, polymères). Nous
rappellerons les propriétés des molécules amphiphiles ainsi que la nature des interactions
permettant d'obtenir des couches moléculaires par auto-association de différents types de
molécules amphiphiles. Nous caractériserons l'ancrage des molécules de cristal liquide
nématique sur des couches de molécules amphiphiles adsorbées de façon physique sur la
surface du fer, puis sur des couches constituées de molécules organiques liées à la surface par
des liaisons chimiques et polymérisées entre elles.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
L'ANCRAGE
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
L'ANCRAGE
polariseur sont placés de telle sorte qu'une observation en polarisation croisée de la lumière
est possible à la fois en transmission et en réflexion, réflexion indispensable pour l'étude de
l'ancrage des cristaux liquides sur plaques de fer. D'autre part (Figure 36), ce microscope est
relié à un système d'acquisition d'images sur ordinateur par le biais d'une caméra noir et blanc
ou d'un appareil photo numérique couleur permettant d'obtenir des images de très haute
qualité (1 pixel correspond à 0,047 µm ). Il est également possible d'installer un appareil
photo réflexe classique ou d'imprimer directement l'image vue en direct sur l'écran de
l'ordinateur sur du papier photo noir et blanc. L'ordinateur est équipé d'un logiciel de
traitement et d'analyse d'images : Analysis. Ce logiciel permet non seulement de traiter les
images (couleur, luminosité, contraste, ...) mais également de mesurer les distances entre
particules.
La procédure, simple et générale, qu'ils ont rapportée, utilise les cristaux liquides
nématiques pour étudier la structure de surfaces organiques préparées par auto-assemblage
moléculaire. Cette procédure implique le dépôt d'une gouttelette submillimètrique de cristal
liquide nématique sur la surface de la monocouche organique auto-assemblée et l'observation
de cette gouttelette au microscope optique, sous lumière polarisée. Les cristaux liquides étant
optiquement anisotropes, la lumière polarisée permet de caractériser la distorsion du directeur
nématique à l'intérieur de la gouttelette. Les textures optiques des gouttelettes sont différentes
suivant l'orientation imposée par la surface du substrat (Figure 37). Pour clarifier la relation
entre l'apparence optique de la gouttelette, la distorsion du cristal liquide nématique à
l'intérieur de la gouttelette et l'orientation du cristal liquide nématique proche de la surface, ils
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
L'ANCRAGE
ont effectué des simulations numériques ainsi que des calculs de textures optiques de ces
gouttelettes.
Par comparaison avec ces modèles (Figure 37), nous pouvons déduire le type
d'ancrage, c'est-à-dire l'orientation du directeur nématique imposée par une surface : planaire,
tilté ou homéotrope. Ainsi, pour étudier l'ancrage imposé par la surface du fer et l'influence
des différents traitements, nous avons mis en oeuvre cette technique de caractérisation sur des
plaques de fer 99,5%. Ce travail nous a permis de mettre au point des traitements permettant
d'obtenir une surface capable d'orienter les molécules de cristal liquide nématique de façon
homéotrope. Ces traitements ont été, par la suite, adaptés aux particules de fer.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
A : 25-60° C
B : 110° C
C : 250° C
La figure 39B montre clairement qu'aucune évolution n'est observée sur les plaques
chauffées à 110°C pendant 1h. Cette température correspond à la température typique à
laquelle une perte partielle de l'eau adsorbée est généralement observée. Si les échantillons
sont chauffés au dessus de 250°C (Figure 39C), l'eau constitutive des hydroxydes et des
oxyhydroxydes s'évapore, ceux-ci se transformant en des oxydes cristallisés −Fe2 O 3 ou
−Fe2 O 3 , et dans tous les cas de pH, un ancrage planaire est observé.
Quelles conclusions pouvons nous alors tirer ? Pour un cristal liquide polaire, il est
connu que l'ancrage homéotrope peut être influencé par les charges de surface, par la double
couche électrique dans le cas d'une surface hydratée et par la force des interactions entre les
molécules de cristal liquide nématique et la surface. Le problème qui se pose ici n'est donc pas
trivial. Nous pouvons toutefois déjà noter que la variation des propriétés de la double couche
par addition de composés acide ou basique ou encore par diminution du nombre de molécules
d'eau adsorbées (110°C) n'a pas de répercussion sur la nature de l'ancrage observé.
R. Shah et N. Abbott [Shah 2001] ont montré que le champ électrique créé par une
double couche électrique de surface permet d'orienter les molécules de cristaux liquides
nématiques. A pH =1 et pH =13 , la surface est chargée et l'hydratation permet une
orientation grâce au champ électrique induit par la double couche de Stern. L'influence de la
double couche électrique sur l'orientation d'un cristal liquide est prédit par le signe de
l'anisotropie diélectrique du cristal liquide. Le cristal liquide E7 est un mélange eutectique de
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
4 composés polaires dont les dipôles moléculaires sont orientés le long de l'axe longitudinal
des molécules. Ainsi, la phase nématique du cristal liquide E7 ayant une anisotropie
diélectrique positive ( Δε0 ), l'orientation se fera parallèlement au champ électrique. L'effet
de la double couche électrique sera donc d'orienter le nématique E7 de façon homéotrope à la
surface. Ceci est tout à fait en accord avec nos résultats expérimentaux.
E7 étant un cristal liquide polaire, la première couche en contact avec une surface sera
influencée par la polarité de la surface. Des charges existent toujours sur les surfaces
métalliques. Ces charges dépendent de la composition de l'oxyde et sont dues à la rupture du
réseau métallique. En présence d'air ou d'eau, une surface d'hydroxyle est créée. Les points
iso-électriques étant à pH ≈7 pour FeOOH et pour Fe2 O 3 [Jolivet 1994], à la suite d'un
traitement à pH acide ( pH =1 ), l'extrême surface sera chargée positivement alors qu'après un
traitement à pH basique ( pH =13 ), elle sera chargée négativement. A pH neutre, l'extrême
surface porte également des charges mais elle contient à la fois des sites positifs et négatifs.
Aucune différence d'ancrage n'a été observée en fonction de la nature des charges portées par
l'extrême surface, ceci nous laisse supposer que les interactions polaires, favorisant dans ce
cas un ancrage homéotrope, ont une influence plus importante que les interactions de van der
Waals entre les chaînes des nématogènes et la surface, qui favorisent elles un ancrage
planaire.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
l'ancrage. Ainsi, en raison de la complexité des phases de surface pouvant évoluer et coexister,
il est sans doute plus judicieux, pour obtenir un ancrage clair, stable et reproductible,
d'effectuer des traitements en utilisant des molécules organiques.
Cependant, il sera intéressant d'utiliser la réactivité des groupes (-OH) natifs vis à vis
de nombreuses molécules fonctionnelles capables de former avec l'hydroxyde métallique des
liaisons hydrogène, ionique ou encore des liaisons sigma. Ces interactions nous permettrons
sans aucun doute d'obtenir de nouvelles propriétés de surface.
Par extension, on peut considérer que la stabilisation d'émulsion par des surfactants
fait intervenir le phénomène de physisorption. Une monocouche de surfactants adsorbée crée
une interface entre l'huile et l'eau.
Dans ce cas, l'adsorption est stabilisée par des liaisons chimiques covalentes qui
provoquent l'adsorption (greffage) : leur affaiblissement ou même leur rupture dans la
molécule adsorbée permet l'établissement de nouvelles liaisons avec la surface du solide. C'est
ainsi que Paul Sabatier découvre, à Toulouse au début du XXe siècle, la catalyse hétérogène :
au contact d'un métal noble comme le platine, la molécule d'hydrogène H2 se dissocie en
atomes, en dépit de la très forte énergie de liaison H-H. La chimisorption nécessite donc une
activation initiale, mais libère ensuite une grande énergie thermique. Aussi les températures
élevées favorisent-elles la chimisorption, qui est rarement réversible.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Les molécules adsorbées se fixent sur des atomes, dont la coordinence est incomplète,
et qui peuvent de ce fait acquérir d'autres voisins. On les nomme « sites d'adsorption ». Outre
la catalyse hétérogène, la chimisorption intervient dans de nombreux effets de surface, dont
l'adhésion, un phénomène complexe mis à profit par les colles. L'étude de la chimisorption sur
les semi-conducteurs a débouché sur des méthodes de fabrication de transistors et circuits
intégrés. Les diverses techniques de séparation chromatographique utilisent la sélectivité de
l'adsorption, à la surface de granules solides, d'un mélange gazeux ou liquide.
Au cours de cette étude, nous avons testé plusieurs catégories de molécules organiques
et organominérales. Nous distinguerons donc :
Cette distinction est principalement faite dans un but plus pédagogique que théorique,
car les limites entre adsorption chimique et physique sont parfois floues et seront ouvertes à la
discussion.
W = dS (26)
Le terme , appelé tension superficielle pour des interfaces liquide-gaz et tension
interfaciale ou de surface dans les autres cas, est une énergie par unité de surface, dont l'unité
dans le système S.I. est le millinewton par mètre ( mN . m−1 ).
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
• Les molécules non polaires, hydrophobes donc insolubles dans l'eau mais
souvent solubles dans les solvants apolaires et les huiles.
Dans cette partie, nous nous intéresserons au système constitué d'un film de Langmuir,
c'est-à-dire d'une monocouche dont les dimensions sont macroscopiques dans le plan et de
l'ordre du nanomètre dans l'épaisseur. C'est un système quasi bidimensionnel. La sous-phase
(c'est-à-dire le substrat) et le gaz interviennent sur le système soit comme réservoir
(température), soit comme sources d'éléments perturbateurs capables de modifier les
interactions entre les molécules amphiphiles. Par exemple, des contre-ions dans le liquide
supportant la monocouche peuvent modifier l'organisation de molécules amphiphiles à tête
ionique.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
=0− (27)
où 0 est la tension superficielle de l'eau pure et celle de l'eau recouverte par les
molécules d'amphiphiles. La dernière variable permettant de compléter la description du
système est une variable extensive : la surface de la couche ou plutôt sa valeur molaire
associée, c'est-à-dire, l'aire par molécule A .
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Bien que les isothermes varient d'un amphiphile à l'autre, deux formes typiques
d'isothermes − A sont classiquement rencontrées (Figure 42).
Dans ce système, on peut distinguer trois types d'interactions ([Myers 1991], [Fontaine
1995]) : chaîne-chaîne, chaîne-tête, tête-tête (Figure 43).
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
L'interaction chaîne-chaîne est en général une interaction de type van der Waals. Elle
est décrite par un potentiel, dit de Lennard Jones, attractif à longue distance et répulsif à
courte distance, conduisant à une distance d'équilibre. Notons que plus les chaînes sont
longues, plus les interactions de van der Waals sont efficaces, défavorisant l'apparition de la
phase liquide plutôt stabilisée par l'entropie.
Considérons, tout d'abord, le cas où l'aire minimale par molécule est égale à la section
transverse de la chaîne, autrement dit, le cas où la tête est moins encombrante que la chaîne
aliphatique, celle-ci étant saturée. Aux plus hautes pressions superficielles, c'est une
organisation des molécules sur un réseau hexagonal parfait qui permet la maximisation des
interactions chaîne-chaîne. Le gain en entropie occasionné par la désorganisation des chaînes
est trop faible en comparaison au coût énergétique des interactions de van der Waals. Ainsi,
l'apparition du désordre de position et de défauts gauches au sein des chaînes
(désorganisation) est fortement improbable. Lorsque l'on détend la couche, l'aire par molécule
étant plus important, l'optimisation des interactions de van der Waals entre les chaînes
entraîne une inclinaison collective des molécules. On dit alors qu'elles sont tiltées. Comme
précédemment la désorganisation est peu probable. Pour des pressions encore plus faibles,
l'introduction de défauts gauches et d'un certain désordre de position peut être favorable, c'est-
à-dire coûter moins d'énergie d'interaction que le gain entropique généré. C'est le cas de la
phase liquide expansée. Enfin, quand la phase gazeuse est atteinte et que les molécules sont
très éloignées les unes des autres, elles n'interagissent plus.
Considérons, à présent le cas où la tête est plus encombrante que la chaîne aliphatique.
Dans cette configuration, la tête va imposer une aire minimale par molécule plus grande que
l'aire de la section transverse des chaînes. La conséquence immédiate est la disparition des
phases les plus condensées. Selon cette distance, la phase la plus condensée sera une des
mésophases où les chaînes sont tiltées, voire, si la tête est très encombrante (au moins deux
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Dans le cas où les molécules peuvent polymériser entre elles ou avec une sous-phase
solide, le modèle des « états correspondants » reste valable. Cependant, il faut souligner que la
polymérisation fixe la distance intermoléculaire. Ainsi, lorsque la polymérisation a eu lieu, la
structure adoptée est irréversible et quasi indépendante des paramètres thermodynamiques.
● Ethanol : C2H5-OH
● Isopropanol : (CH3)2-CHOH
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Les plaques de fer sont tout d'abord préparées suivant la procédure décrite au chapitre
A paragraphe II.3.b p. 44. Elles sont ensuite simplement trempées avec les solutions de
molécules à chaînes courtes puis séchées. L'ancrage est ensuite caractérisé par l'observation,
en polarisation croisée de la lumière, de gouttelettes de E7 déposées sur la surface.
Lorsque des molécules organiques à chaînes courtes de type alcool ou acide, telles que
l'éthanol, le méthanol, l'isopropanol ou encore l'acide acétique sont adsorbées sur la couche
d'oxydes naissants qui recouvre la surface du fer, nous observons un ancrage planaire. La
figure 44 montre la texture planaire d'une gouttelette de E7 déposée sur une plaque rincée au
méthanol.
Cet ancrage planaire est relié à l'adsorption orientée des molécules de méthanol
permettant à des liaisons hydrogènes de se former entre la fonction alcool et les OH des
hydroxydes métalliques de la surface. Ceci aboutit à la présence de groupements méthyle
masquant les sites polaires et les charges de l'extrême surface vis à vis des nématogènes que
l'on vient déposer sur la surface. Le film dense de groupements CH 3 semble donc favoriser
un ancrage planaire. Un élément pouvant venir renforcer cette conclusion est l'ancrage
planaire généralement observé sur des monocouches denses de molécules hydrogénées à
longues chaînes. Notons toutefois que les plaques ont été polies et le fait de frotter une surface
est connu pour favoriser un ancrage planaire sur celle-ci.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Figure 45 : Représentation
schématique de molécules amphiphiles
monocaudale (à gauche) et bicaudale (à
droite)
● DPPE :
Les plaques de fer sont tout d'abord préparées suivant la procédure décrite au chapitre
A paragraphe II.3.b p. 44. L'état de surface du fer est celui représenté sur la figure 46. La
surface est donc hydratée et globalement neutre.
OH2+
OH2+
OH
OH
OH
OH
OH
OH
OH
OH
OH
OH
O 2-
O 2-
Fe
Figure 46 : Adsorption d'une
molécule amphiphile sur la surface
hydratée et neutre du fer
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Les molécules amphiphiles s'adsorberont sur cette surface par leur partie hydrophile, la
chaîne hydrophobe préférant se tourner vers l'extérieur. L'adsorption est donc due à des
interactions polaires entre les couches d'hydratation de la surface de fer et la tête polaire
hydrophile des molécules de surfactant.
[Link].1. SDS
Nous avons préparé des solutions de SDS à 0,5 et 0,016% dans l'eau distillée. Nous
avons déposé quelques gouttes de la solution sur la plaque, le surplus est éliminé par
capillarité puis la plaque est séchée sous un flux d'air.
Le SDS a notamment été utilisé par Philippe POULIN [Poulin 1997 (b)] afin d'obtenir
une émulsion multiple entre de l'eau et un cristal liquide nématique et lui a permis de mettre
en évidence cette nouvelle classe d'interactions colloïdales qui aboutit à la formation de
chaînes de gouttelettes d'eau. Dans ce système, eau-SDS-cristal liquide nématique, les
nématogènes s'orientent de façon homéotrope sur la monocouche de SDS qui constitue
l'interface. Nous avons donc choisi d'utiliser une interface constituée de SDS pour tenter
d'organiser le cristal liquide sur le fer. Grâce aux couches d'hydratation de la surface d'oxyde
de fer naissant, l'adsorption du SDS sur cette surface est rendue possible. La création de cette
interface, constituée d'une couche de SDS nous a permis d'orienter les molécules de cristal
liquide de façon homéotrope sur la surface du fer. Les interactions entre le cristal liquide
nématique et la monocouche de SDS sont largement déterminées par les interactions entre les
chaînes des nématogènes et celles des molécules de SDS [Brake 2002].
[Link].2. Lécithine
Nous avons préparé des solutions de lécithine à 0,05% dans l'eau distillée et dans du
chloroforme. Nous avons déposé quelques gouttes de la solution sur la plaque, le surplus est
éliminé par capillarité puis la plaque est séchée sous un flux d'air.
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CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
deux chaînes. Il apparaît alors, que dans une molécule de LPC, la surface occupée par la tête
est supérieure à la surface occupée par la chaîne restante. Ainsi, la présence de LPC dans le
film monomoléculaire, même en faible proportion (1:99), empêche la formation d'une
monocouche dense où les chaînes seraient bien serrées (Figure 47).
Figure 47 : Orientation
homéotrope du cristal
liquide sur une couche
de lécithine
Sur ce film de lécithine, les molécules de cristal liquide nématique s'orientent de façon
homéotrope. Notons que si la plaque est rincée avec du méthanol, l'ancrage devient planaire ce
qui suggère que les interactions polaires entre la surface et les têtes des molécules de lécithine
sont relativement faibles et aboutissent à une adsorption d'une faible stabilité. Z. Lu [Lu 1998]
a démontré que l'orientation dépend de l'espace entre les molécules de lécithine dans le film
mince mais que cette orientation était également dû aux interactions dipôle-dipôle entre les
molécules de cristal liquide et les molécules de lécithine déposée sur la surface. Afin
d'éclaircir le mécanisme, nous avons comparé l'orientation induite par le film de lécithine à
celle induite par une monocouche dense de DPPE.
[Link].3. DPPE
Afin d'obtenir une monocouche dense de DPPE sur la surface du fer, nous avons
choisi d'effectuer un dépôt de type Langmuir-Blodgett. Le principe (Figure 48) consiste à
former un film monomoléculaire dense à l'interface eau-air dans un cristallisoir dans lequel la
plaque de fer est préalablement immergée. Lorsque le film est bien organisé, on sort la plaque
très lentement (environ à 0.05 mm.s-1) et de façon la plus régulière possible. Le film, bien
organisé, se dépose alors uniformément sur la plaque.
- 72 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
N'ayant pas accès à une balance de Langmuir qui nous permettrait de contrôler la
compression du film, nous avons utilisé un cristallisoir assez grand (9 cm de diamètre) afin
que la monocouche ne se détende pas trop au court du dépôt sur la plaque. Connaissant l'aire
par molécule de DPPE (40 Ų) ([Bohm 1993], [Krafft 2001]), nous avons calculé le nombre
de molécules qu'il faut déposer à l'interface pour obtenir une monocouche la plus dense
possible.
−3
Ainsi nous avons préparé une solution de DPPE à 10 mol.L-1 dans un mélange
hexane-chloroforme 50:50. Ces solvants ont été choisis car ils permettent une bonne
dissolution de la DPPE et que le mélange est très volatil. Après préparation humide de la
plaque et nettoyage de la verrerie, nous avons 60
Température (°C)
45
fer. Après avoir attaché la plaque avec un fil pour
40
pouvoir ensuite la sortir, nous l'avons immergée 35
nous avons placé le bain dans l'étuve pour lui faire Temps (s)
subir 7 fois le cycle de température présenté sur la Figure 49 : Cycle de température (répété 7 fois)
figure 49. favorisant l'organisation de la monocouche
Nous avons installé le bain sous le dispositif permettant de sortir la plaque lentement
et régulièrement (Figure 50) et nous avons laissé reposer encore 60 minutes. Nous avons enfin
sorti la plaque à une vitesse d'environ 0.05 mm.s-1 et nous l'avons laissée sécher avant de
procéder à la caractérisation de l'ancrage.
- 73 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Le dépôt de gouttes de cristal liquide nématique sur cette plaque révèle que,
contrairement à ce qui avait été observé sur le film de lécithine, l'ancrage est planaire. La
couche organisée de façon dense ne permet pas l'interpénétration des molécules de cristal
liquide (Figure 51). Cette expérience permet de montrer que l'interpénétration des
nématogènes dans le film est un facteur déterminant dans le processus d'ancrage homéotrope
induit par des monocouches constituées de ce type de molécules.
1-octadécylamine : CH3-(CH2)17-NH2
Di-N-octylamine : CH3-(CH2)7
\
NH
CH3-(CH2)7 /
- 74 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
II.2.c.i-Amines
II.2.c.i.1. Conditions opératoires
Nous avons préparé des solutions à 2% en volume de ces trois composés dans du
méthanol. Les plaques de fer prétraitées sont trempées en solution pendant 1h. Elles sont
rincées rapidement avec un flux de méthanol puis séchées pendant 3h à 110°C sous argon.
L'ancrage est caractérisé par l'observation, en polarisation croisée de la lumière, de
gouttelettes de E7 déposées sur la surface.
- 75 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
orientation hométrope. Mais il faut noter qu'une chaîne hydrocarbonée est d'autant plus
flexible qu'elle est courte, les chaînes des molécules de di-N-octylamine sont donc assez
flexibles. La nature n'aimant pas le vide, les molécules de di-N-octylamine vont, grâce à leur
flexibilité, recouvrir toute la surface, ne laissant pas de possibilité aux nématogènes d'y
pénétrer (Figure 53).
[Link]-Acides
[Link].1. Conditions opératoires
L'adsorption des molécules acides a été effectuée à partir de solutions à 10−3 mol.L−1
dans du toluène. Les plaques de fer prétraitées sont trempées en solution pendant 1h. Puis les
plaques sont rincées avec du toluène et séchées à 110°C sous argon pendant 3h. Nous avons
ainsi généré sur les plaques de fer des monocouches d'acide stéarique, des monocouches
d'acide dodécanoïque ainsi que des monocouches mixtes constituées d'un mélange de ces deux
acides dans différentes proportions. L'ancrage est caractérisé par l'observation, en polarisation
croisée de la lumière, de gouttelettes de E7 et de MBBA déposées sur la surface des plaques.
Pendant que la plaque de fer trempe dans la solution, les molécules acides
s'assemblent et s'adsorbent de façon spontanée à la surface du substrat pour former une couche
monomoléculaire. Dans toutes les monocouches auto-assemblées, l'adsorption spontanée à
l'interface et les forces de van der Waals entre les chaînes des molécules amphiphiles sont à
l'origine de la formation d'édifices denses et fortement ordonnés. Plus les chaînes sont
longues, plus l'introduction de défauts gauches sera énergétiquement défavorable ; les
interactions de van der Waals seront alors d'autant plus efficaces. Il en découle qu'une
monocouche auto-assemblée de molécules d'acide stéarique sera organisée de façon plus
dense qu'une monocouche de molécules d'acide dodécanoïque dont les chaînes sont plus
courtes.
- 76 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
qui assurent l'accrochage de la couche monomoléculaire, comme on peut le voir sur la figure
54. Ce type de liaison a une énergie beaucoup plus forte que dans les cas précédents, ce qui
assure à la couche une plus grande stabilité. De plus la forme basique de la molécule
amphiphile est stabilisée par effet mésomère, en effet la double liaison est délocalisée sur trois
atomes (COO) d'où sa représentation en pointillé sur la figure 54.
Caractérisons tout d'abord les monocouches formées d'acides purs ([Allara 1985 (a)],
[Allara 1985 (b)], [Shustak 2004]). La monocouche formée à partir de molécules d'acide
stéarique induit un ancrage planaire. Il semblerait que les molécules d'acide stéarique
s'assemblent, grâce aux forces de van der Waals entre les longues chaînes hydrocarbonées, de
façon dense, trop dense pour permettre aux molécules de cristal liquide de s'insérer entre elles
(Figure 55). De la même manière, la monocouche constituée de molécules d'acide
dodécanoïque induit également un ancrage planaire. Les chaînes hydrocarbonées, étant plus
courtes dans ce cas, on peut alors envisager deux situations. Soit l'introduction de défauts
gauches et de désordre de position est trop défavorable énergétiquement et le système
maximise au mieux les interactions de van der Waals en induisant une monocouche organisée
de façon trop dense pour permettre l'interpénétration avec les nématogènes. Soit au contraire,
le gain en entropie généré est tel que la couche est à l'état liquide, c'est-à-dire que les
molécules à l'intérieur de la monocouche sont mal organisées. Dans ce cas, l'ancrage planaire
proviendrait du manque de rigidité des chaînes hydrogénées. Les molécules trop flexibles
auraient tendance à « s'allonger » sur la surface, ce qui empêcherait un ancrage homéotrope
(Figure 55).
- 77 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Figure 55 : Organisation du cristal liquide sur des monocouches pures d'acide en C12 et en C18
et mixte C12:C18 à 50:50
Voyons à présent ce qu'il se passe si nous mélangeons les deux acides afin de générer
une monocouche mixte ([Gupta 1996 (a)], [Gupta 1996 (c)]). La différence entre l'acide
dodécanoïque (C12) et l'acide stéarique (C18) est la longueur de la chaîne hydrocarbonée.
Nous montrons que la différence de longueur entre les chaînes des deux acides jouent le rôle
de pores dans la structure de la monocouche ainsi générée. Suivant le nombre et la taille des
pores, donc suivant les proportions molaires relatives des deux acides, nous montrons qu'il est
possible d'obtenir un ancrage homéotrope, les pores autorisant la pénétration du cristal liquide
à l'intérieur de la couche. En effet, l'inhomogénéité induite par la différence de longueur entre
les chaînes est suffisante pour permettre la pénétration des nématogènes et la rigidité des
chaînes est suffisamment importante pour donner aux nématogènes la même orientation que
les longues chaînes hydrogénées des molécules adsorbées. Nous avons obtenu les mêmes
résultats pour le cristal liquide polaire E7 et pour le cristal liquide non polaire MBBA, ce qui
suggère que les interactions polaires ne sont pas primordiales dans le mécanisme d'ancrage du
cristal liquide. Ces résultats ont été consignés dans le tableau (Figure 56).
- 78 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Nous voyons qu'une monocouche mixte constituée d'un mélange des deux acides en
proportions égales induit un ancrage clairement homéotrope (Figure 55).
C'est également le cas lorsque la surface des pores représente 20% de la surface totale
de la monocouche. Lorsque le nombre de pores diminue, en d'autres termes, lorsque l'on
augmente la proportion molaire d'acide stéarique, l'ancrage devient homéotrope après un
temps de relaxation d'autant plus long que le nombre de pores est faible. En effet, au moment
du dépôt de la goutte, celle-ci présente une texture qui semble être planaire avec un axe de
rotation passant par le centre de la goutte. Cette texture peut être attribuée au flux du cristal
liquide au cours du dépôt. On assiste ensuite à la réorganisation des molécules de cristal
liquide dans la gouttelette (Figure 57). Cette réorganisation est d'autant plus rapide que le
nombre de pores est important. D'autre part, la réorientation démarre sur les bords de la
gouttelette, là où l'épaisseur de cristal liquide est la plus faible, et atteint la totalité de la
gouttelette au bout d'un temps plus ou moins long. Ceci est tout à fait en accord avec les
observations faites par V. Gupta et N. Abbott [Gupta 1999].
Figure 57 : De gauche à droite, évolution au cours du temps de la texture donc de l'organisation nématique à
l'intérieur d'une gouttelette de cristal liquide déposée sur une plaque de fer sur laquelle est déposée une
monocouche mixte d'acide C12:C18 de composition 5:95
Ceci permet de suggérer que la monocouche de cristal liquide de surface s'insère petit
à petit à l'intérieur des pores de la monocouche et permet une réorientation homéotrope via les
forces élastiques du cristal liquide nématique à tout le volume de la gouttelette. Notons enfin,
qu'une proportion de pores très faible, seulement 1%, suffit à induire un ancrage homéotrope
des molécules de cristal liquide.
Lorsque nous inversons les proportions des deux acides dans le mélange, nous
n'obtenons pas les mêmes résultats. Les monocouches obtenues lorsque la proportion d'acide
dodécanoïque est supérieure à celle d'acide stéarique peut être comparée à un tapis dont
quelques poils seraient plus longs que les autres. Lorsque le nombre de chaînes plus longues
est suffisamment important, les molécules ne peuvent pas se coucher entre ces dernières et
l'ancrage induit est homéotrope. Les molécules d'acide stéarique forment des sortes de mur qui
redressent les nématogènes, c'est le cas pour une monocouche mixte ayant une composition en
C12:C18 de 80:20. Cette dénomination signifie que sur 100 molécules du mélange, 80 sont
des molécules d'acide en C12 et 20 sont des molécules d'acide en C18. Par contre lorsque les
pores sont plus grands, l'ancrage homéotrope devient difficile à obtenir. En effet, pour une
monocouche constituée de 10% d'acide stéarique les gouttelettes déposées sont d'abord
planaires. Il est possible que le flux de cristal liquide au moment du dépôt de la gouttelette
force l'extrémité des chaînes d'acide stéarique à se coucher et se redressent ensuite, induisant
une réorganisation du cristal liquide. La surface des pores étant très importante (90% de la
surface totale de la monocouche), les murs qui se redressent ne suffisent pas à obtenir un bon
- 79 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Nous distinguerons à l'intérieur de cette catégorie les molécules possédant des chaînes
hydrocarbonées courtes et les molécules possédant des chaînes hydrocarbonées longues (au
moins 10 carbones sur la chaîne). Toutes les molécules testées ici sont des dérivés de silanes
possédant des groupes alkoxy hydrolysables car leur capacité à réagir avec des surfaces
d'oxydes métalliques hydratées n'est plus à démontrer. Certaines molécules courtes possèdent
- 80 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
en plus de la fonction alkoxysilane, une autre fonction capable de créer des liaisons avec le
substrat, nous discuterons en particulier l'accrochage de molécules dérivées de silane et
portant une fonction amine. Nous parlerons alors de molécules courtes α-ω-fonctionnelles, les
différenciant ainsi des molécules α-fonctionnelles.
- 81 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
la surface par les molécules de PTMS oscille en fonction du temps d'adsorption. Ainsi, la
première adsorption, très rapide correspond à l'adsorption d'un monomère sur un hydroxyde
de surface avec formation d'une liaison Si-O-Fe. Il s'ensuit la désorption de cette unité
monomère qui se produit via une réaction de déplacement où les molécules d'eau servent
d'intermédiaire. Le processus d'adsorption lente et finale est moins clair, mais il semblerait
que des unités monomères qui auraient condensé entre elles en solution s'adsorberaient ensuite
lentement et définitivement sur la surface par l'un des silanols du dimère.
- 82 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
voisines. Il n'en reste pas moins que le film même polymérisé est à l'état liquide. Ces
molécules sont courtes (3 CH2) donc assez flexibles et vont recouvrir la surface autant que
possible. De plus, l'encombrement stérique dû au groupement O
r׀r׀ rend
CH2= C-C-
r׀
CH3
l'interpénétration des nématogènes plus que difficile. Ceci permet de comprendre pourquoi les
molécules de cristal liquide nématique préfèrent s'orienter de façon planaire sur le film
constitué de molécules de 3-méthacryl-oxypropyltriméthoxysilane.
N-méthylaminopropyl-triméthoxysilane (MAP)
CH3-NH-(CH2)3-Si (OCH3)3
● Diaminosilanes : N-(2-aminoéthyl)-3-aminopropyltriméthoxysilane
(AEAPS)
NH2-(CH2)2-NH-(CH2)3-Si (OCH3)3
N-(3-triéthoxysilylpropyl)-4,5-dihydroimidazole
N N-(CH2)3-Si (OCH2CH3)3
Nous avons préparé des solutions à 2% de ces produits en volume dans du méthanol et
également dans de l'eau distillée (pour les amino et diaminosilanes) et dans un mélange à 94%
de méthanol, 6% d'eau et environ 0,4% d'acide acétique (pour le disilane). Les solutions sont
agitées pendant 15 min afin de transformer les triméthoxysilanes ou triéthoxysilanes en
trihydroxysilanes. La plaque de fer est ensuite trempée dans la solution (après un
prétraitement neutre) et agitée pendant 10 min. Enfin elle est rincée à l'eau distillée ou au
méthanol et séchée rapidement sous un flux d'air.
- 83 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
Un film polymérisé pourra alors croître en trois dimensions. Nous reviendrons plus en
détail sur le processus de croissance du film à la fin de ce paragraphe.
• elle peut se lier avec le groupement silanol par condensation et former une
liaison Si-O-Fe (Figure 58 (b)) ;
- 84 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
dernière est moins fréquente que les deux autres. Reste à noter que, l'adsorption de cette
molécule est un mécanisme complexe qui présente une réorganisation structurale pendant la
croissance du film. Ainsi, la concentration relative des deux premières conformations décrites
ci-dessus, dépend du temps. La structure des films de γ-APS varie donc de façon dynamique
pendant l'adsorption à partir de la phase liquide.
Les résultats rapportés par Ooij et Sabata [von Ooij 1993] montrent que les molécules
de N-(2-aminoéthyl)-3-aminopropyltriméthoxysilane (AEAPS) ont un degré de protonation de
l'amine primaire plus élevé que les molécules de γ-APS, qui est une base moins forte. Le
recouvrement des surfaces obtenu par « dipping » à partir des solutions à pH naturel n'est pas
homogène, que ce soit les films formés à partir de solutions de AEAPS ou ceux formés à
partir des solutions de γ-APS. D'autre part, l'étude de ces couches a permis de montrer que les
molécules de AEAPS se lient au substrat par les groupements amines. Contrairement aux
observations faites précédemment sur les films de γ-APS, aucune liaison de type métallo-
siloxane a été détectée dans les films de AEAPS.
Les auteurs ont également comparé les dépôts par « spin-coating » avec des dépôts par
« dipping ». Ils ont conclu que les dépôts obtenus par « dipping » sont beaucoup plus épais que
ceux obtenus par spin-coating qui s'approchent de la monocouche.
Dans les conditions dans lesquelles nous travaillons, nous favorisons plutôt la
croissance d'un film fin que celle d'une monocouche. La chimie mise en jeu lors de la
X OH
R Si X + 3H2O R Si OH + 3HX (1)
X OH
OH OH OH OH
R Si OH + HO Si R R Si O Si R + H2O (2)
OH OH OH OH
OH OH
R Si OH + HO Fe R Si O Fe + H2O (2’)
OH OH
X OH X OH
R Si X + HO Si R R Si O Si R + HX (3)
X OH X OH
X X
R Si X + HO Fe R Si O Fe + HX (3’)
X X
Figure 59 : Réactions chimiques mises en jeu lors du processus de silanisation
- 85 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
croissance du film est relativement simple et bien connue (Figure 59). Les silanes, dont nous
allons présenter les mécanismes de polymérisation bidimensionnelle, ont pour formule
générale : R' −CH 2 n−SiX 3 . n varie en général de 1 à 31. X peut être un atome de chlore ou
un groupement alkoxy : – O−CH 2m−CH 3 (m variant de 0 à 2). Enfin, R' peut être un
groupe réactif (amine, alcène…) ou non (méthyle). Quelles que soient les variations
atomiques sur le squelette de la molécule de silane, les réactions rencontrées sont identiques.
Les vitesses des différentes réactions dépendent d'une part de la molécule utilisée,
mais aussi du milieu (substrat, solution).
Dans une première étape, le groupe chloro ou alkoxysilane est hydrolysé. Cette
réaction nécessite trois moles d'eau par mole de silane engagée. L'eau joue donc un rôle
fondamental dans le processus de silanisation. L'eau peut provenir aussi bien de la solution
que de la surface d'un substrat hydraté. La quantité d'eau nécessaire et sa localisation ont été
étudiées ([McGovern 1994], [Chen W. 1989]). Les taux de recouvrement des surfaces en
octadécyltrichlorosilanes (mesuré par XPS) ont été comparés à la quantité d'eau extraite de la
surface du substrat (verre) par les solvants de silanisation. Il a été montré que la quantité d'eau
présente naturellement à la surface du verre ou de la silice suffit pour atteindre la
concentration optimale (1.5 mg d'eau par litre de solvants de silanisation). Le solvant n'extrait
qu'une partie de l'eau présente en surface. Les silanes sont alors hydrolysés mais ne
polymérisent pas (sauf si la solution contient trop d'eau). Enfin, les silanes s'adsorbent sur la
surface encore partiellement hydratée.
- 86 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
possibilités s'offre à nous : soit le film est constitué de longues chaînes interconnectées de
façon aléatoires mais dont les chaînes ne sont pas suffisamment rigides pour permettre un
ancrage homéotrope des molécules de cristal liquide, soit le film est bien organisé, à l'état
solide, avec un réseau bien polymérisé dans les trois dimensions. Pour en savoir plus sur l'état
de polymérisation du film, nous avons caractérisé celui-ci par spectroscopie infra-rouge.
93
92
CH3
CH2 91
OH 90
89
88
Disilane
d is ila n eavant
R T 5 mpolymérisation
in
87
Disilane
d is ila n epolymérisé
1 1 0 °C 1 H 1h à 110°C
Disilane polymérisé 15h à 110°C
d is ila n e 1 1 0 ° C 1 5 h
86
4000 3800 3600 3400 3200 3000 2800 2600 2400
93
92
SiOSi
91
SiOH
90
89
88
87
Disilane
d is ila navant
e R T polymérisation
5 m in
Disilane
d is ila npolymérisé
e 1 1 0 °C 1 H1h à 110°C 86
Disilane
d is ila npolymérisé
e 1 1 0 )C 1 515h
H à 110°C
85
1900 1700 1500 1300 1100 900 700
Figure 60 : Spectre infrarouge des plaques traitées avec des molécules de disilane avant et après
polymérisation
Sur ce film, l'ancrage des molécules de cristal liquide est planaire. Les longues chaînes
ne sont donc sans doute pas assez rigides pour permettre une orientation des nématogènes. Cet
- 87 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
ancrage peut être relié à des interactions de van der Waals suffisamment fortes entre les
molécules constitutives du film polymérisé et les molécules de cristal liquide nématique.
Figure 61 : Ancrage du cristal liquide nématique sur des couches de molécules d'aminosilane
ou de diaminosilane avant et après la polymérisation
- 88 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
95
a
SiOSi
90
SiOH 85
80
75
b
70
65
Figure 62 : Comparaison des spectres infrarouge des plaques greffées avec des
molécules de disilane (a) et d'aminosilane (b) polymérisées à 110°C pendant 15h
Si−O−Si de chaînes longues qui sont peu interconnectées entre elles. Par contre, sur le
spectre de la figure 62b, correspondant à la plaque greffée avec des molécules d'aminosilane,
les deux bandes Si−O−Si sont positionnées, l'une à 1140 cm−1 , l'autre à 1032 cm−1 , ce qui
prouvent qu'un réseau bien interconnecté s'est formé [von Ooij 1993]. Ce film, après
polymérisation, est donc bien polymérisé dans les trois dimensions. Un tel film rend
l'interpénétration des nématogènes excessivement difficile, au moins aussi difficile que dans
un film constitué de longues chaînes peu rigides comme celui constitué des molécules de
disilane. En ce cas, comment expliquer la différence observée au niveau de l'ancrage des
molécules de cristal liquide ?
Dans la région comprise entre 1200 cm−1 et 1650 cm−1 , de nombreux pics sont
observées sur le spectre du film d'APTES (Figure 63). Sachant que les groupements amines
sont susceptibles de réagir avec le CO 2 de l'air, nous avons pu identifié ces bandes
[Pokrovski 2001]. Nous avons donc identifié la présence sur la surface de bidentate
bicarbonate ( 1634 cm−1 ), de bidentate carbonate ( 1575 et 1390 cm−1 ), de monodentate
bicarbonate ( 1493 et 1432 cm−1 ) et de monodentate carbonate ( 1337 cm−1 ). Ces composés
chargés sont présents avant et après polymérisation. Avant traitement thermique, l'ancrage des
molécules de cristal liquide est sans doute gêné par le fait que le film soit encore mal
polymérisé. Le spectre infrarouge ([Buining 1997], [Sainsbury 2004]) montre que
l'hydroxylation est pratiquement totale avec la disparition des pics attribué aux groupements
CH 3 à 2960 cm−1 et à 2840 cm−1 et du pic correspondant aux groupements SiOCH 3 à
1191 cm−1 . Cependant, la comparaison des spectres avant et après chauffage met en évidence
l'élargissement des pics autour de 1100 cm−1 et un décalage de 1124 cm−1 à 1140 cm−1 .
Ceci correspond à une meilleur condensation et à un film mieux organisé. L'ancrage
homéotrope peut être attribué aux interactions polaires entre les nématogènes et les composés
chargés présents sur la surface du film. La présence de ces composés permettrait donc
- 89 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
d'expliquer la différence d'ancrage induite par les films constitués de molécules portant des
groupements amine et par les films constitués de molécules de disilane.
106
Aminosilane avant
A minosilane avant chauffage
polymérisation bidentate bidentate monodentate
Aminosilane, 1h 110°
A minosilane fin sec à 110°C
1H bicarbonate carbonate carbonate
Aminosilane, 15h à 110°C
A minosilane fin sec110° 15h
104
monodentate
bicarbonate
100
98
CH3
SiOCH3 96
94
92
1140 -1032
SiOSi
90
3900 3700 3500 3300 3100 2900 2700 2500 2300 2100 1900 1700 1500 1300 1100 900 700
- 90 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
pendant 15 min. Elle est ensuite rincée à l'eau distillée pour éliminer l'excès de molécules qui
ne se sont pas liées avec la surface puis séchée rapidement sous un flux d'air.
L'auto-association des silanes à longues chaînes aliphatiques sur des surfaces d'oxydes
hydroxylées et le mécanisme d'une polymérisation bidimensionnelle de la couche a fait l'objet
de beaucoup d'études [Fadeev 2000].
Les molécules de cristal liquide nématique supportées par les surfaces traitées par
adsorption de molécules amphiphiles longues sont ancrées perpendiculairement au plan de la
surface, et ce aussi bien avant qu'après la polymérisation. Donc, cette fois, les molécules de
E7 déposées sur la surface présentent une organisation homéotrope indépendamment de la
polymérisation. On en conclut que les couches issues de l'auto-association des molécules
greffantes ne sont pas dans une phase très condensée puisqu'elles autorisent l'interpénétration
des molécules de cristal liquide nématique. C'est l'interpénétration et les interactions de van
- 91 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
der Waals qui y sont associées, qui induisent l'organisation homéotrope des molécules de
cristal liquide nématique sur la surface de ces couches. Dans le cas des couches constituées de
molécules de DMOAP, on peut envisager, en plus du phénomène d'interpénétration, une
contribution des charges à l'énergie d'ancrage, puisque ces charges peuvent interagir avec le
cristal liquide polaire ([Mullin 1989], [Dennis 1998]).
Ces couches induisant une orientation homéotrope des molécules de cristal liquide
nématique, nous en adapterons les conditions opératoires de formation aux particules de fer
magnétiques afin de déterminer si l'ancrage est suffisamment fort pour obtenir une
structuration en chaîne des particules. Cette étude nous donnera sans doute d'autres éléments
de réflexion nous permettant de comprendre l'organisation du film sur la surface et le
mécanisme d'ancrage homéotrope des nématogènes sur ces couches.
J'ai tenté de récapituler simplement les résultats obtenus sur la figure 64 p. 93.
Cette étude nous a permis de montrer tout d'abord qu'il était possible de contrôler la
nature de l'ancrage en traitant la surface du fer afin de modifier la composition des oxydes qui
la compose. Il faut malheureusement noter que la complexité des phases de surface qui
peuvent coexister, mais également évoluer, ne permet pas d'obtenir un ancrage clair, stable et
reproductible. L'étude de la surface du fer a toutefois été très encourageante puisque les
résultats nous ont permis de montrer que la surface était recouverte d'une couche d'hydroxydes
et d'oxyhydroxydes de fer. Nous avons par conséquent pu mettre à profit la réactivité des
groupes (-OH) natifs vis à vis de nombreuses molécules fonctionnelles capables de former
avec l'hydroxyde métallique des liaisons hydrogène, ionique ou encore des liaisons sigma.
Nous avons ainsi pu traité la surface avec de nombreuses molécules. Ces traitements
permettent d'obtenir des ancrages stables et reproductibles. L'étude de l'ancrage sur les
différentes couches de molécules adsorbées ou absorbées sur la surface du fer nous permet de
dégager les grandes lignes en ce qui concerne les mécanismes d'ancrage des nématogènes sur
la surface. Il semblerait qu'un ancrage homéotrope soit obtenu lorsque la couche en contact
avec les nématogènes est constituée de molécules longues et rigides, organisées de façon à
permettre l'interpénétration des nématogènes. Une couche organisée de façon dense, ou
constituée de molécules peu rigides, favorise plutôt l'ancrage planaire. Il semble également
possible de contrôler l'organisation de la première couche de molécules de cristal liquide
nématique grâce à la présence de charges dans la couche. L'ancrage obtenu dépend alors à la
fois de l'organisation des charges dans la couche et de la nature du cristal liquide en contact
avec cette couche. Enfin, cette étude a permis, pour la première fois, à notre connaissance, de
montrer qu'il était possible de contrôler la nature de l'ancrage des nématogènes sur la surface
du fer. Nous allons donc tenter de transposer les traitements que nous jugeons prometteurs sur
la surface des particules magnétiques, afin de déterminer si les ancrages obtenues sont
également homéotropes. La question sera alors de savoir si l'ancrage homéotrope est
suffisamment fort pour que les particules, une fois dispersées dans la matrice cristal liquide,
soient capables d'engendrer des distorsions du champ directeur nématique ayant un caractère
- 92 -
CHAPITRE B : ANCRAGE DU CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE SUR PLAQUES DE FER
INFLUENCE DES TRAITEMENTS DE SURFACE SUR LA NATURE DE L'ANCRAGE
M OLECULE ANCRAGE
Dipalmitoylphosphatidylethanolamine
PLANAIRE
CH3-(CH2)7 /
Acide stéarique CH3-(CH2)16-COOH PLANAIRE
Acide dodécanoïque CH3-(CH2)10-COOH PLANAIRE
2-cyanoéthyltriéthoxysilane N≡C-(CH2)2-Si (OCH2CH3)3 PLANAIRE
3-méthacryl-oxypropyltriméthoxysilane O
║
CH2= C-C-O-(CH
r׀
) -Si (OCH3)3
2 3
PLANAIRE
CH3
bis(triéthoxysilyl)éthane (H5C2O)3 Si-(CH2)2-Si (OC2H5)3 PLANAIRE
3-aminopropyltriméthoxysilane NH2-(CH2)3-Si (OCH3)3 HOM EOTROPE
N-méthylaminopropyl-triméthoxysilane CH -NH-(CH ) -Si (OCH ) HOM EOTROPE
3 2 3 3 3
N-(2-aminoéthyl)-3-aminopropyltriméthoxysilane
HOM EOTROPE
NH2-(CH2)2-NH-(CH2)3-Si (OCH3)3
N-(3-triéthoxysilylpropyl)-4,5-dihydroimidazole
HOM EOTROPE
N N-(CH2)3-Si (OCH2CH3)3
N-octadécyltriméthoxysilane CH3-(CH2)17-Si (OCH3)3 HOM EOTROPE
N-décyltriéthoxysilane CH3-(CH2)9-Si (OCH2CH3)3 HOM EOTROPE
Octadécyldiméthyl(3-triméthoxysilylpropyl)ammonium chloride
Cl ¯ /CH3
+
CH 3-(CH2)17-N-(CH2)3-Si (OCH3)3 HOM EOTROPE
r׀
CH3
Figure 64 : Tableau récapitulant les ancrages obtenus en fonction des molécules adsorbées sur la
surface du fer
- 93 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE
PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE
MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Dans les systèmes colloïdaux traditionnels, le solvant est un fluide isotrope. Une
organisation contrôlée des colloïdes est obtenue par application d'un champ électrique ou
magnétique, c'est le cas des fluides magnéto- ou électro-rhéologiques. Les interactions entre
particules doivent être attractives dans une direction particulière et répulsives dans les autres
directions afin d'aboutir à des structures anisotropes bien définies, et donc à des propriétés
physiques spécifiques. Nous verrons dans ce chapitre qu'il est possible de contrôler
l'organisation spatiale des colloïdes sans avoir recours à l'application d'un champ externe
(magnétique ou électrique) mais simplement en les dispersant dans un solvant anisotrope tel
un cristal liquide.
- 95 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS
UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE ...................................................................... 95
I - État de l'art concernant les particules sphériques en suspension dans un
cristal liquide nématique ............................................................................................................. 97
I.1. Émulsion multiple eau/cristal liquide nématique .................................................... 98
I.2. Modèle théorique d'une particule en suspension dans un cristal liquide
nématique ........................................................................................................................................... 99
I.2.a) En émulsion multiple ........................................................................................................ 99
I.2.b) En émulsion inverse ........................................................................................................ 101
I.2.b.i-Ancrage homéotrope fort ....................................................................................................... 102
I.2.b.i.1. Configuration dipolaire ............................................................................................. 102
I.2.b.i.2. Configuration « saturn ring » ..................................................................................... 103
[Link]-Ancrage homéotrope faible : configuration « surface ring » ........................................................ 103
[Link]-Ancrage planaire fort : configuration « boojum » .................................................................... 104
I.3. Interactions colloïdales et structuration .................................................................... 104
I.3.a) Interactions dipolaires .................................................................................................... 105
I.3.b) Interactions quadrupolaires .......................................................................................... 106
II - Auto-structuration des particules magnétiques dans une matrice cristal
liquide nématique ........................................................................................................................... 107
II.1. Élaboration des cellules .................................................................................................. 107
II.2. Traitements de surface des particules magnétiques ........................................... 109
II.2.a) Molécule tensioactive à longue chaîne : lécithine .................................................. 112
II.2.b) Molécules greffantes : acides et amines à longues chaînes ............................... 114
II.2.c) Molécules greffantes et polymérisables ................................................................... 117
II.2.c.i-Les molécules α-ω-fonctionnelles à chaînes courtes .................................................................... 117
[Link]-Les molécules à longues chaînes ............................................................................................ 121
- 96 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Ici, nous nous intéressons au problème inverse: aux particules dispersées dans un
solvant nématique. Déjà en 1970, F. Brochard et P.-G. de Gennes [Brochard 1970] ont étudié
une suspension de grains magnétiques dans une phase nématique et l'implication sur le champ
directeur nématique loin de la particule. L'idée était d'orienter les molécules de cristal liquide,
d'anisotropie magnétique faible, avec un champ magnétique raisonnable grâce au couplage
entre les molécules de cristal liquide et les grains magnétiques nanomètriques. Ceci a été
réalisé expérimentalement par deux équipes ([Chen S.-H. 1983], [Figueiredo Neto 1986]). La
suspension de particules dans un cristal liquide aboutit à de nouveaux matériaux composites
où le comportement des particules reflètent l'ordre nématique. Lorsque les particules sont très
petites ( ≈150 nm ) et que l'ancrage sur leurs surfaces est suffisamment faible, une séparation
de phase avec formation d'une structure cellulaire est observée ([Anderson 2001 (a)],
[Anderson 2001 (b)]). Lorsque les particules sont grosses, typiquement de l'ordre du micron,
donc très grosses devant la taille des nématogènes (environ 30 Å ), les inclusions génèrent de
fortes distorsions élastiques dans l'ordre nématique. Ces inclusions ont un coût énergétique
très important, de l'ordre de KR par particule, où R est le rayon de la particule et K une
constante élastique typique du nématique. Ainsi, l'ordre nématique rend les processus de
dispersion plus coûteux en énergie que dans un fluide isotrope. Des défauts topologiques,
provenant de la minimisation de l'énergie élastique de déformation de l'ordre nématique,
apparaissent au sein du cristal liquide. Les défauts topologiques et les distorsions autour des
particules génèrent alors des forces élastiques qui gouvernent la stabilité et l'arrangement des
suspensions. Les propriétés de surface des particules imposent les conditions aux limites du
cristal liquide et les distorsions du champ qui en découlent. Les structures qui en résultent,
dépendent de la balance entre l'énergie élastique en volume, de l'ordre de KR , et l'énergie de
surface du cristal liquide, c'est-à-dire l'ancrage directeur, de l'ordre de WR2 , où W représente
l'énergie d'ancrage.
- 97 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
En 1997, Philippe Poulin ([Poulin 1997 (a)], [Poulin 1997 (b)]) réalisa avec succès des
émulsions nématiques inverses et multiples. Le terme inverse se réfère aux gouttelettes d'eau
dispersées dans un solvant nématique, en opposition aux émulsions directes de cristal liquide
dans de l'eau. Si le cristal liquide lui-même forme des gouttes entourées d'une phase aqueuse,
on parle d'émulsions multiples. Philippe Poulin a dispersé des gouttelettes d'eau de 1 à
5 µm de diamètres dans un cristal liquide nématique, le pentylcyanobiphényle (5CB), qui
forme de larges gouttes (d'environ 50 µm de diamètre) elles-même entourées d'une phase
continue d'eau. Une faible quantité de sodium dodécyle sulfate a été ajoutée comme
surfactant. Normalement, ce composé ne permet pas de stabiliser des émulsions d'huile dans
l'eau. Cependant, les gouttelettes d'eau colloïdales restent stables pendant plusieurs semaines,
ce qui suggère que l'origine de cette stabilité repose sur le cristal liquide environnant, une
hypothèse qui a été confirmée en observant la coalescence de ces gouttelettes moins d'une
heure après avoir chauffé le cristal liquide jusqu'à atteindre sa phase isotrope. Le surfactant
garantit également des conditions d'ancrage homéotrope à chacune des surfaces générées entre
l'eau et le cristal liquide nématique. Les émulsions nématiques multiples ont été étudiées en
les observant entre polariseurs croisés avec un microscope optique. Nous avons reproduit cette
expérience (Figure 65).
Figure 65 : Système eau/SDS/E7 formant une émulsion multiple vu au microscope optique en transmission en
polarisation croisée de la lumière (à gauche, l'eau apparaît noir tandis que le cristal liquide est
lumineux) et en contraste de phase (à droite)
Plusieurs phénomènes ont été observés. Tout d'abord, le nombre de gouttelettes d'eau
tend à augmenter avec la taille de la goutte nématique. Ces gouttelettes se situent au centre ou
très près du centre de la goutte nématique. De plus, le mouvement brownien, habituellement
- 98 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Par contre, si l'on insère une deuxième gouttelette d'eau , celle-ci ayant une charge
topologique potentielle égale à 1 , un autre défaut de charge −1 doit être généré pour
compenser la charge topologique totale de la goutte de nématique. La façon la plus simple de
satisfaire cette contrainte est, pour chaque gouttelette d'eau supplémentaire, de générer un
défaut « hyperbolic hedgehog » au sein du cristal liquide nématique, c'est le défaut que l'on
voit au centre de la goutte sur la figure 67. En effet, la somme des charges d'un défaut « radial
hedgehog » représenté par la gouttelette d'eau et d'un défaut ponctuel « hyperbolic hedgehog »
est nulle. Ainsi, N gouttelettes d'eau dans une goutte de nématique doivent être
accompagnées de N −1 défauts hyperboliques afin de satisfaire la charge totale de la goutte
nématique égale à 1 . Ce sont ces défauts hyperboliques qui empêchent les particules d'entrer
en contact et finalement de coalescer. Notons qu'il existe une configuration alternative
également décrite dans la référence [Stark 1998], qui met en jeu d'autres types de défauts.
Cette configuration étant métastable, nous ne la décrirons pas ici.
- 100 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Energie
d'ancrage
Dipôle (b)
Figure 68 : Une particule sphérique, induisant un ancrage homéotrope,
placée dans un cristal liquide uniformément aligné à l'infini présente
trois configurations [Stark 1999]
- 101 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Il est facile d'identifier le défaut, d'autant plus que seule cette configuration présente
une asymétrie dans son image optique. Au microscope optique entre polariseurs croisés, cette
configuration est caractérisée par une croix bien définie au voisinage immédiat de la particule
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
(à droite sur la figure 69). Le centre de la croix et celui de la particule sont alignés le long du
champ directeur global de la cellule. La petite croix correspond au défaut topologique
hyperbolique. La distance entre le coeur du défaut, c'est-à-dire le centre de la croix, et la
particule est proportionnelle au rayon de la particule. Des observations au microscope ont
permis d'estimer que D/ R=1.2±0.1 , où D correspond à la distance entre le centre de la
croix et celui de la particule et R au rayon de la particule [Poulin 1997 (a)]. Cette relation a
été confirmée par des méthodes numériques [Poulin 1997 (b)].
- 103 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Attardons-nous à présent sur les interactions entre particules et leur implication sur le
comportement des particules colloïdales. Ces interactions sont reliées aux propriétés
élastiques de la matrice cristal liquide nématique. Lors de la préparation de l'échantillon, des
particules isolées sont observées. Après un certain temps, ces particules diffusent et sont
attirées les unes par les autres, ce qui favorise la formations d'agrégats. La présence de ces
agrégats confirme l'existence d'interactions attractives à longue portée entre les particules,
interactions induites par l'élasticité de la matrice cristal liquide. Ces agrégats ont une structure
anisotrope bien définie et qui reflète le caractère dipolaire ou quadrupolaire de ces interactions
colloïdales.
- 104 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Figure 71 : Auto-alignement de
particules en configuration dipolaire
dans un fluide anisotrope, la séparation
des particules est assurée par la
présence du défaut hyperbolique
- 105 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
huile grâce à un surfactant. Dans ce dernier cas, la portée de la répulsion stérique est
moléculaire.
- 106 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
ÉTAT DE L'ART CONCERNANT LES PARTICULES SPHÉRIQUES EN SUSPENSION DANS UN CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Ceci indique qu'il n'y a pas, dans ce cas, d'interactions répulsives fortes. La stabilité
des gouttelettes en contact est alors assurée par les seules interactions stériques provenant du
surfactant. Ainsi, les gouttelettes coalescent après quelques minutes si le pouvoir stabilisant
du surfactant est trop faible. Il est alors souvent difficile de trouver des agrégats de grandes
tailles. Dans les agrégats, les gouttelettes ne sont plus alignées le long de l'axe du champ
directeur imposé par la surface des lames de verres constituant la cellule, comme elles le sont
dans le cas où les interactions sont de nature dipolaire. La ligne qui joint les centres de deux
particules forme un angle avec cet axe. Cet angle a été mesuré et vaut environ 30 ° pour
des particules de même taille, dont l'ancrage imposé par la surface est fort et planaire ([Poulin
1997 (a)], [Poulin 1999]). Cette situation semble correspondre à un minimum d'énergie
élastique. Une analogie des gouttelettes avec des quadrupôles peut être tentée. Ainsi,
l'interaction doit être répulsive lorsque les particules sont perpendiculaires ou alignées, et
attractive pour des angles dont la valeur est comprise entre 0 et 90 ° . Selon l'analogie
électrostatique, l'angle pour lequel l'attraction à longue distance est maximale est
approximativement de 49 ° . Cette valeur théorique est différente de ce qui a été observée
expérimentalement, ce qui peut être expliqué par le fait que cette analogie ne tient pas compte
des effets à courte portée.
Les cellules que nous utilisons sont constituées d'une lame de verre, dont la longueur
peut varier suivant les besoins, et d'une lamelle de verre entre lesquelles nous avons intercalé,
afin de contrôler l'épaisseur, une bande découpée à la largeur de l'échantillon dans un film
polyester de 12 µm d'épaisseur. Pour d'obtenir des alignements de particules dans le plan de
la cellule afin de pouvoir les observer facilement au microscope, il est essentiel de traiter la
surface des cellules afin que celle-ci induise une orientation planaire des molécules de cristal
liquide nématique. Cet ancrage peut être obtenu par des dépôts de films minces de polymère
de type polyimide par exemple. D'autre part, si l'ancrage planaire est parallèle, les chaînes de
particules seront alignées parallèlement les unes aux autres dans la direction du champ
nématique. L'ancrage parallèle peut être obtenu mécaniquement par brossage avec une pièce
de tissu en velours ou simplement sur du papier.
Nous avons remarqué qu'un simple lavage de la surface du verre avec du méthanol
induisait un ancrage planaire comme le prouve les gouttelettes de cristal liquide nématique E7
déposées sur cette surface et observée en polarisation croisée de la lumière (Figure 73).
- 107 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Voici la procédure très simple et efficace que nous avons suivie. Les lames et les
lamelles de verre sont nettoyées dans un bain de méthanol que nous plaçons dans la cuve à
ultrasons pendant 15 minutes. Elles sont ensuite rincées sous fort débit d'eau afin d'éliminer
tout les résidus du nettoyage. Nous effectuons enfin un dernier rinçage au méthanol avant de
sécher les lames et les lamelles sous un flux d'air. Par précaution et ayant pour objectif
d'obtenir des cellules induisant une orientation planaire parallèle du cristal liquide, toutes les
étapes de rinçage et de séchage se font dans le même sens, le sens dans lequel sera ensuite
effectué le brossage. Une fois séchées, les lames et les lamelles sont brossées sur du papier
ayant un grain assez grossier dans la direction privilégiée que nous aurons choisie. Nous
éliminons les résidus éventuels du brossage par un flux d'air comprimé. Ces étapes étant
terminées, il ne reste plus qu'à fabriquer la cellule sous hotte afin de limiter les poussières
(Figure 74).
- 108 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
l'aide d'une colle suffisamment visqueuse pour ne pas s'insérer par capillarité à l'intérieur de la
cellule. Par précaution, un poids est déposé sur la lamelle pendant le séchage. La cellule est
ensuite remplie par capillarité avec le mélange cristal liquide nématique / particules de fer
traitées à observer. Pour cela, nous déposons rapidement du mélange sur toute la largeur de la
lamelle afin que le front de cristal liquide au cours du remplissage soit perpendiculaire à la
direction du brossage, le directeur nématique ayant une tendance naturelle à s'orienter
parallèlement au champ de vitesse.
Grâce à cette procédure, nous obtenons des cellules induisant une orientation du cristal
liquide planaire et parallèle au sens du brossage. Ceci est vérifié par l'observation au
microscope en polarisation croisée de la lumière qui révèle que l'extinction maximale de la
cellule est obtenue lorsque la direction nématique, donc la direction initiale du brossage, est
parallèle à l'axe d'un des polariseurs alors que, si la direction du brossage fait un angle de
45 ° avec celle des polariseurs, l'intensité lumineuse est maximale (Figure 75).
Les particules magnétiques que nous utilisons ont été présentées au paragraphe II.3.a
du chapitre A p. 40. Elles sont de trois types :
particules de fer-nickel
- 109 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
indifféremment et suivant le même mode opératoire. Nous comparerons la qualité des auto-
alignements obtenus en fonction de la nature des particules.
Ces particules seront dispersées aussi bien dans du E7 que dans du MBBA, deux
matrices cristal liquide nématique que nous avons présentées au paragraphe I.6 du chapitre A
p. 29.
Notre but est d'obtenir des structures anisotropes bien définies. Lorsque les molécules
de cristal liquide nématique sont en configuration dipolaire autour des particules, la structure
anisotrope obtenue est contrôlée par les interactions dues à l'élasticité d'orientation du fluide
suspendant, à savoir une attraction à longue portée qui permet d'aboutir à l'auto-alignement
des particules magnétiques dans la matrice, et une répulsion à courte portée qui empêche le
contact entre particules voisines. Cette méthode d'élaboration permet donc de contrôler
l'organisation spatiale des colloïdes. D'autre part, l'organisation spatiale obtenue offre de
nombreuses perspectives. En effet, dans les fluides nématiques, aucun champ externe n'étant
nécessaire pour aligner les particules, et les particules restant séparées les unes des autres, de
nouvelles applications faisant appel à la modulation de la distance qui sépare les particules par
l'application d'un champ sont envisageables.
« radial
hedgehog »
« hyperbolic hedgehog »
Figure 76 : De gauche à droite, représentation schématique, simulation numérique [Lubensky 1998] et image
optique en polarisation croisée de la lumière du cristal liquide nématique en configuration dipolaire autour
d'une particule sphérique, celle-ci est obtenue experimentalement par inclusion de particules de fer dans E7
- 110 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Cette configuration est caractérisée par la présence d'un anneau noir entourant la
particule à son équateur. Ce type de configuration aboutit également à des alignements en
chaîne mais cette fois-ci les particules sont accolées les unes aux autres.
- 111 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Dans ce qui suit, nous allons donc décrire les résultats obtenus à l'issue de ces
différents traitements. Notons que sur les photographies prises au microscope optique entre
polariseurs croisés, à moins que cela soit spécifiquement précisé, les axes des polariseurs
seront toujours parallèles aux côtés des photographies et l'axe du brossage sera parallèle au
grand côté.
Nous effectuons tout d'abord un prétraitement des particules. Nous préparons ensuite
une solution de lécithine à 0,5% dans l'eau. Les particules sont agitées dans cette solution
pendant 20 minutes dans une cuve à ultrasons. Le surplus de solution est ensuite vidé, puis
nous séchons les particules à la trompe à vide ce qui permet d'éliminer ce qui reste de solution
de lécithine. Les particules sont ensuite séchées sous vide pendant 1h.
Après avoir traité les particules, elles sont mélangées au cristal liquide nématique et
insérées dans une cellule. Immédiatement après le remplissage de la cellule, nous avons pu
observer des défauts de type « hyperbolic hedgehog » permettant l'auto-alignement des
particules. Mais ces défauts ne sont pas stables. En effet, après un moment, nous observons la
disparition des alignements. Les liaisons formées entre la tête de la molécule de lécithine et
les sites hydroxyde ou oxyhydroxyde de la surface du fer étant relativement faibles, les
molécules de lécithine se désorbent de la surface et préfèrent s'auto-assembler pour former des
agrégats à l'intérieur du cristal liquide. Ceci engendre la disparition des alignements, la surface
des particules étant alors incapable d'induire un ancrage homéotrope fort des molécules de
cristal liquide nématique. En effet, la figure 78 montre en microscopie optique entre
polariseurs croisés des particules de fer agrégées dans le cristal liquide ainsi, que les agrégats
formés par les molécules de lécithine.
50 µm
E7
Particules de fer
Lécithine
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Figure 79 : Coalescence de deux zones homéotropes vue en microscopie optique en polarisation croisée de la
lumière
Les zones homéotropes s'agrandissent petit à petit et les parois emmènent les
particules sur leurs passages. Au bout d'un certain temps, la totalité de la cellule est
homéotrope et les particules forment de gros amas. Notons que dans le cas d'une transition
nématique-isotrope, le même phénomène est observé [West 2002], le front isotrope emmène
également les particules sur son passage.
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Figure 80 : Photographie en microscopie optique entre polariseurs croisés à gauche et parallèles à droite
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Nous assistons au bout d'un certain temps au même phénomène que précédemment.
En effet, la cellule subit une transition d'ancrage planaire/homéotrope. Il est possible qu'une
partie des molécules qui était liées à la surface se désorbent préférant s'adsorber sur les parois
de verre constituant la cellule. Toutefois, notons qu'après un léger cisaillement, un ancrage
planaire, malheureusement très instable, réapparaît et que les particules continuent à s'auto-
aligner très facilement (Figure 82). Sur ces photographies, l'ancrage est planaire dans les zones
colorées mais le champ directeur nématique n'est pas uniformément aligné à l'infini. Ce type
de configuration est décrite ([Cluzeau 2001], [Yamamoto 2004]) dans le cas de l'auto-
alignement de particules sphériques dans un cristal liquide smectique C en 2 dimensions.
Figure 82 : Après cisaillement, les particules dispersées s'auto-alignent de nouveau mais ces alignements sont
détruits par l'instabilité de la cellule
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
les particules persiste et est toujours suffisamment fort pour engendrer les défauts
topologiques nécessaire à l'auto-alignement des particules.
● Acides : Acide stéarique : CH -(CH ) -COOH
3 2 16
Après le prétraitement classique des particules, nous avons effectué un dernier lavage
au toluène à l'aide du sonificateur (5 minutes à forte énergie). Puis, nous avons préparé une
solution d'acide stéarique à 10−1 mol.L−1 dans du toluène. Les particules sont ensuite mises
dans cette solution et sonifiées à faible énergie pendant 5 minutes. Nous effectuons ensuite un
rinçage au sonficateur dans du toluène (1 minute à faible énergie) afin d'évacuer les molécules
qui ne se sont pas liées avec la surface. Les particules sont enfin séchées à 110°C pendant 2
heures sous vide puis sous argon avant d'être mélangées au cristal liquide et d'être insérées
dans la cellule.
- 116 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
N-méthylaminopropyl-triméthoxysilane (MAP)
CH3-NH-(CH2)3-Si (OCH3)3
● Diaminosilanes : N-(2-aminoéthyl)-3-aminopropyltriméthoxysilane
(AEAPS) NH2-(CH2)2-NH-(CH2)3-Si (OCH3)3
N-(3-triéthoxysilylpropyl)-4,5-dihydroimidazole
N N-(CH2)3-Si (OCH2CH3)3
Aucune différence notable n'a été observée entre les résultats obtenus en greffant ces
différentes molécules. Nous pouvons voir sur la figure 84, que les particules de fer ainsi
traitées présentent des défauts de type « surface ring ».
Figure 84 : Distorsions quadrupolaires du directeur nématique autour des particules engendrant une
attraction maximale des particules lorsque l'axe joignant les centres des particules forme un angle
de 46° avec l'axe du champ directeur imposé par les surfaces de la cellule
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Dans ces conditions, les particules forment également des agrégats anisotropes,
indiquant que des interactions attractives résultent également des distorsions élastiques du
cristal liquide nématique. Cependant la formation des agrégats de particules est sensiblement
différente de celle à laquelle nous pouvons assister lorsque le cristal liquide est en
configuration dipolaire autour des particules. En effet, dans le cas présent, la particule génère
des distorsions ayant un caractère quadrupolaire. Contrairement au cas précédent, à l'équilibre,
les particules entrent en contact avec leurs voisines. Ceci indique qu'il n'y a pas, dans ce cas,
d'interactions répulsives fortes. Dans les agrégats, les particules ne sont plus alignées le long
de l'axe du champ directeur imposé par la surface des lames de verres constituant la cellule,
comme elles le sont dans le cas où les interactions sont de nature dipolaire. La ligne qui joint
les centres de deux particules forme un angle avec cet axe. Selon l'analogie électrostatique,
l'angle pour lequel l'attraction à longue distance est maximale est approximativement de 49 ° .
Expérimentalement, nous mesurons sur ce système un angle de 47,5 ° environ qui confirme
la nature quadrupolaire des distorsions engendrées par les particules ainsi traitées. Sur la
photographie de la figure 85, la particule centrale s'associe avec des particules suivant deux
directions particulières. L'angle que forme chacune des deux branches avec l'axe du champ
directeur moyen imposé par les surfaces des lames constituant la cellule est de 49 ° environ.
Par symétrie, les particules peuvent s'associer à leurs voisines suivant quatre directions
particulières. Ceci aboutit donc à des agrégats non seulement beaucoup plus compacts mais
également beaucoup plus complexes que dans le cas où le cristal liquide est en configuration
dipolaire autour des particules (Figure 86). Ce type d'agrégats a été expérimentalement
beaucoup moins étudié que les agrégats issus des interactions résultant des distorsions
élastiques de nature dipolaire. Ceci est dû au fait que contrairement aux distorsions de nature
dipolaire, les distorsions de nature quadrupolaire ne permettent pas de stabiliser les émulsions
puisque les particules entrent en contact avec leurs voisines.
- 118 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Comment expliquer que dans le cas des traitements de particules de fer avec des
molécules de type amino ou diaminosilane, ce type de structures ait été observé ?
D'après l'étude que nous avons effectuée sur les plaques de fer (paragraphe [Link] du
chapitre B p. 83), les fonctions silanes induisent la formation d'un film dense ; la
polycondensation, catalysée par la présence des fonctions amines, étant assez rapide. Ce
réseau polymérique dense ne permet sans doute pas l'interpénétration des nématogènes. Le
mécanisme d'ancrage est donc différent de celui qui permettait précédemment aux particules
de fer traitées avec des molécules amphiphiles longues d'engendrer au sein de la matrice
cristal liquide des distorsions de nature dipolaire. En effet, dans le cas du greffage de
molécules de type amino ou diaminosilane, l'ancrage homéotrope pourrait être associé à la
présence de composés chargés (monodentate carbonate, monodentate bicarbonate bidentate
carbonate et bidentate bicarbonate) et dû à la réaction des fonctions amine avec le dioxyde de
carbone présent dans l'air. D'après les résultats que nous obtenons sur les particules, il semble
que ce type d'ancrage soit moins fort que lorsque la couche greffée autorise l'interpénétration
des nématogènes. Cet ancrage n'est pas suffisamment fort pour induire des distorsions ayant
un caractère dipolaire.
Pourtant, dans certaines zones de la cellule, nous observons des distorsions de nature
dipolaire autour des particules comme on le voit sur la figure 87.
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
Nous pourrions comparer ce qui se passe lorsque la force d'ancrage, imposée par les
lames de verre constituant la cellule, augmente avec ce qui se passe lorsque l'on applique un
champ électrique à l'intérieur de la cellule. En effet, il a été montré que, comme un champ
externe transforme les distorsions ayant un caractère quadrupolaire en des distorsions ayant un
caractère dipolaire, l'augmentation du confinement a le même effet sur l'organisation du cristal
liquide autour des particules ([Gu Y. 2000], [Stark 2002]). Il est donc possible, avec un
ancrage identique sur la surface des particules, d'obtenir à la fois des défauts « hedgehog » et
des défauts « saturn ring ».
Lorsque les distorsions du cristal liquide autour des particules sont de nature dipolaire,
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CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
les interactions élastiques génèrent une attraction maximale des particules le long de l'axe
reliant le défaut hyperbolique au centre de la particule. Les particules sont alors alignées le
long de cet axe qui est parallèle à l'axe du champ directeur imposé par la surface des lames de
verres constituant la cellule. On obtient alors des chaînes de particules, dans lesquelles les
particules sont séparées les unes des autres par le défaut hyperbolique qui accompagne
chacune d'elles comme on peut le voir sur la figure 88.
Malgré ces quelques zones particulières, nous considérerons que l'ancrage imposé par
la surface des particules traitées avec des molécules d'amino ou de diamonosilane n'est pas
suffisamment fort puisque dans ce cas, la nature des distorsions du cristal liquide nématique
autour des particules n'est pas homogène dans la cellule et est relié à la force de l'ancrage sur
les parois de la cellule.
CH3
Nous avons également traité les particules magnétiques avec des molécules longues
dérivées de silane. Après l'étude effectuée sur les plaques de fer, nous avions conclu que
l'organisation homéotrope des molécules de cristal liquide nématique sur la surface de ces
couches était due à l'interpénétration possible des nématogènes dans la couche greffée et aux
interactions de van der Waals qui y sont associées. Dans le cas des couches constituées de
molécules de DMOAP, en plus du phénomène d'interpénétration, une contribution des charges
à l'énergie d'ancrage peut être envisagée, puisque ces charges peuvent interagir avec le cristal
liquide polaire.
La dispersion de ces particules dans la matrice cristal liquide aboutit pour toutes les
molécules à des structures anisotropes similaires. En effet, ces molécules greffées sur la
surface des particules engendrent un ancrage suffisamment fort pour que les distorsions du
champ directeur nématique soit de nature dipolaire. Les particules s'auto-alignent alors le long
de l'axe du brossage des cellules. Sur la figure 89, on voit à fort grossissement trois particules
magnétiques traitées avec des molécules de DMOAP et dispersées dans E7. L'axe des
polariseurs fait un angle de 45° avec les côtés de la photographie et le sens du brossage est
parallèle à ces mêmes côtés. Sur cette photographie, on voit très bien que les particules sont
séparées et que chacune d'elles est accompagnée d'un défaut « hyperbolic hedgehog ».
- 121 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
5 µm
Retenons que ces structures sont dues aux interactions provenant de l'élasticité
orientationnelle du fluide anisotrope. Deux contributions interviennent : une attraction
élastique à longue distance qui aboutit à la formation de la structure en chaîne et une répulsion
à courte distance due au défaut hyperbolique et qui empêche le contact entre particules
voisines. Le chapitre D sera consacré à l'étude des interactions régissant ce système.
En résumé, d'après les résultats que nous avons obtenus, il semblerait que l'obtention
d'un ancrage suffisamment fort nécessite l'interpénétration des nématogènes dans la couche
greffée. En effet, lorsque l'ancrage est seulement dû à la présence de charge dans la couche
greffée, celui-ci est homéotrope comme nous l'avions prédit grâce à l'étude sur plaque, mais il
n'est pas suffisamment fort pour que la dispersion des particules ainsi traitées engendre des
distorsions de nature dipolaire dans la matrice cristal liquide. D'autre part, il est préférable
d'utiliser des molécules capable de former avec la surface des liaisons fortes. En effet, si les
molécules se désorbent de la surface des particules, ceci engendre au mieux une instabilité au
sein de la cellule, rendant l'ancrage homéotrope (sur les parois de la cellule) et détruisant les
structures anisotropes formées. Au pire, ceci engendre la disparition définitive des
alignements, la surface des particules étant alors incapable d'induire un ancrage homogène des
molécules de cristal liquide nématique. D'autre part, il semble que globalement nous obtenons
des ancrages similaires sur les plaques et sur les particules. Le mode opératoire que nous
avons adopté pour les particules semble donc permettre de générer des couches adsorbées
semblables à celles obtenues sur plaques. Notons cependant que ces couches sont
certainement moins bien organisées sur les particules. Enfin, nous pouvons noter qu'aucune
différence significative n'a été observée quant aux structures obtenues à la suite des
dispersions des différents types de particules et que ce soit dans le cristal liquide E7 ou dans le
MBBA. Les distorsions obtenues sont pour un même traitement de même nature. Toutefois,
les structures anisotropes linéaires obtenues à l'issue des dispersions des particules
magnétiques sont globalement plus régulières lorsque l'on utilise les particules de fer 99,5%.
Ceci peut s'expliquer par la morphologie des particules (paragraphe II.3.a.i du chapitre A p.
40). En effet, les particules de fer-nickel par comparaison aux particules de fer pur sont moins
- 122 -
CHAPITRE C : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
AUTO-STRUCTURATION DES PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UNE MATRICE CRISTAL LIQUIDE NÉMATIQUE
- 123 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE
DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
- 125 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS
PARTICULAIRES ...................................................................................................................................... 125
I - Nature des interactions régissant la structuration ........................................... 127
II - Présentation des différents couples de particules étudiées ......................... 129
III - Force attractive à longue distance ............................................................................ 130
III.1. Dispositif expérimental .................................................................................................. 131
III.1.a) La cellule .......................................................................................................................... 131
III.1.b) La bobine ......................................................................................................................... 131
III.2. Nature dipolaire de la force ......................................................................................... 132
III.2.a) Force attractive par mesure de la cinétique de rapprochement des particules :
méthode 1 ..................................................................................................................................... 132
III.2.b) Résultats pour les couples de particules n°1 et 2 ................................................ 132
III.3. Mesure sous champ magnétique perpendiculaire .............................................. 134
III.3.a) Force attractive par mesure de la distance d'équilibre sous champ magnétique
perpendiculaire : méthode 2 .................................................................................................... 134
III.3.b) Résultats pour le couple de particules n°1 ............................................................. 135
III.3.c) Résultats pour des couples de particules de différentes tailles ....................... 139
III.4. Comparaison des deux méthodes sur les couples de particules n°1 et 2 . 141
III.5. Origine élastique de la force attractive à longue portée ................................ 143
IV - Force répulsive à courte portée .................................................................................... 145
IV.1. Dispositif expérimental ................................................................................................... 145
IV.1.a) La cellule ......................................................................................................................... 145
IV.1.b) L'électro-aimant ............................................................................................................. 146
IV.2. Mesure sous champ magnétique parallèle ............................................................ 147
IV.2.a) Force répulsive par mesure de la distance d'équilibre sous champ magnétique
parallèle ........................................................................................................................................ 147
IV.2.b) Résultats pour le couple de particules n°1 ............................................................ 148
IV.2.c) Résultats pour des couples de particules de différentes tailles ....................... 150
IV.3. Retour élastique ................................................................................................................. 152
V - Potentiel d'interaction ........................................................................................................ 160
- 126 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
NATURE DES INTERACTIONS RÉGISSANT LA STRUCTURATION
Une nouvelle classe d'interactions colloïdales apparaît lorsque le fluide suspendant est
anisotrope. En effet, dans un cristal liquide nématique, les interactions mises en jeu
proviennent de l'énergie élastique d'orientation du fluide anisotrope. Ces interactions, dans le
cas d'un ancrage homéotrope fort sur la surface de particules sphériques de rayon typiquement
de l'ordre du micron, aboutissent à la formation de structures anisotropes dans le cristal
liquide nématique, c'est-à-dire à la formation de longues chaînes de particules colloïdales. Ces
interactions ont à la fois une composante attractive et une composante répulsive. La force
d'attraction est de nature dipolaire à longue distance et engendre l'alignement des particules.
La force de répulsion, quant à elle, est à courte distance et empêche le contact entre particules
voisines, ce qui aboutit à un nouveau mécanisme de stabilisation colloïdale. Les particules se
trouvent alors séparées d'une fraction significative de leur rayon.
Considérons tout d'abord les propriétés du vecteur champ unitaire n r , appelé
directeur de Franck, et qui donne la direction de l'alignement local des molécules de cristal
liquide anisotrope au point r = x , y , z . Dans un tel fluide, les vecteurs n et −n (ce
dernier correspondant à une rotation de 180° de n ) sont strictement équivalents du point de
vue de la symétrie. L'énergie libre de distorsion élastique en volume est donnée par l'énergie
libre de Franck ( F ), qui dans le cadre de l'approximation de la constante élastique unique
(c'est-à-dire K=K 1=K 2=K 3 ), a pour expression :
K
F=
2
∑ i , j ∫ d 3 r ∇ i n j ∇ i n j (28)
- 127 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
NATURE DES INTERACTIONS RÉGISSANT LA STRUCTURATION
variationnelle du vecteur champ unitaire n r . Ce vecteur, parallèle à l'axe z à l'infini, est
perpendiculaire à la surface des gouttelettes, et forme un défaut « hyperbolic hedgehog »
quelque part dans le volume. Un vecteur champ satisfaisant ces conditions peut être obtenu à
partir d'un problème électrostatique considérant une sphère conductrice de charge positive Q
placée dans un champ électrique uniforme E0=E 0 ez parallèle à l'axe z . La solution du
problème fournit un champ qui provient du champ externe, de la charge de la sphère et d'un
dipôle induit au centre de la sphère. Il n'y a pas de charge électrique négative dans ce
problème, mais il existe un point où le champ s'annule. La configuration du champ électrique
au voisinage de ce point est identique à celle du vecteur champ unitaire au voisinage du défaut
« hyperbolic hedgehog ». Ainsi, une approche variationnelle du directeur qui satisfait toutes
les conditions est :
E r
n r =
(29)
∣E r ∣
Cette approche permet de déterminer le point où le champ électrique s'annule, et ainsi
de prédire la distance R séparant le coeur du défaut hyperbolique du centre de la particule
ainsi que d'estimer l'énergie E D du dipôle gouttelette-défaut en fonction de la distance R . Il
a été montré que l'énergie E D varie linéairement avec la distance R/a lorsque R≫a et
qu'elle présente un minimum de 13 Ka pour R0=1.17a , la distance d'équilibre, a étant le
rayon de particule. Cette approche permet également de prédire que la droite reliant le coeur
du défaut hyperbolique au centre de la particule est parallèle à l'axe z , c'est-à-dire à la
direction nématique loin de la particule. Cette approche permet donc de déterminer
précisément les deux positions possibles que peut adopter le centre du défaut hyperbolique et
qui est fonction du rayon de la particule.
- 128 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
NATURE DES INTERACTIONS RÉGISSANT LA STRUCTURATION
parallèlement à la direction du champ. Ceci aboutit à une interaction répulsive qui force les
particules voisines à s'éloigner les unes des autres. La mesure consiste alors à choisir un
couple de particules de même taille, à les séparer d'une vingtaine de microns grâce au champ
magnétique et, une fois le champ coupé, à mesurer la vitesse à laquelle les particules se
rejoignent. En pratique, la détermination de cette vitesse s'effectue indirectement en mesurant
la distance r séparant les particules à intervalle de temps donné. La force attractive à longue
distance F a r est alors directement déduite de la relation suivante :
m r̈
=F a r−3 eff a ṙ (30)
2
Où a correspond au rayon de la particule, m à la masse et eff à la viscosité
effective du cristal liquide. La force d'inertie étant négligeable, la mesure de la vitesse en
fonction de la distance permet d'accéder à la force F a r . Ils ont ainsi pu montrer que la force
d'attraction à longue distance variait en r −4 comme l'avait prédit l'approche électrostatique.
Nous avons utilisé des particules de fer pur. Ces particules sont comme nous l'avons
vu au paragraphe II.3.d du chapitre A p. 50 des particules magnétiques de type
ferromagnétique doux dont la perméabilité initiale est de µi=7500 et l'aimantation de
saturation de M S =1 331 800 A/ m .
Nous avons consigné dans le tableau suivant (Figure 90) les rayons des particules 1 et
p1 p2
2 (notés respectivement a x et a x ) constituant les six couples étudiés, ainsi que leur rayon
moyen ( a x , 1x6 ). Ces tailles ont été mesurées au microscope optique avec le maximum
de précision ( ±0,03 µm ) à l'aide du logiciel ANALYSIS.
- 129 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
PRÉSENTATION DES DIFFÉRENTS COUPLES DE PARTICULES ÉTUDIÉES
Pour chaque couple nous avons également mesuré la distance séparant les centres des
particules à l'équilibre r 0 . Nous avons tracé la variation de cette distance avec le diamètre
moyen des particules (Figure 91) :
r0 = C*(2a)
6
C =1.19
5 99,9%
r0 (µm)
0
0 1 2 3 4 5 6
2a (µm)
Figure 91 : Distance (r0) séparant les centres des particules à
l'équilibre en fonction du diamètre moyen (2a) des particules
- 130 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
III.1.b) La bobine
Pour obtenir le champ magnétique, nous avons utilisé une bobine cylindrique de 5 cm
de diamètre intérieur, au centre de laquelle sera placé l'échantillon. L'épaisseur de la bobine
est d'environ 3 cm, ce qui nous permet de la positionner sans problème sur la platine du
microscope. Elle est reliée à un générateur de courant ELC DC power supply AL 924A
permettant de délivrer un courant d'intensité variant de 0 à 10 A . Nous avons mesuré le
champ magnétique, homogène à l'échelle de deux particules, grâce à un Gauss-mètre à
l'endroit où sera placé l'échantillon en fonction du courant délivré par le générateur. Voici la
caractéristique de la bobine que nous avons utilisée (Figure 92) :
400
350
300
250
H (Oe)
200
150
100
50
0
0 0.5 1 1.5 2
I (A)
Figure 92 : Champ magnétique délivré au centre de la bobine en
fonction de l'intensité du courant délivrée par le générateur
- 131 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
- 132 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
r=f(t) Data 12
10 9
a1=1.98 µm a2=1.89 µm
9
8
8
7
r (µm)
r (µm)
7
6
6
5
5
4 4
0 1 2 3 4 5 6 7 0 1 2 3 4 5 6
a t (s) b t (s)
Figure 93 : Mesure, en fonction du temps, de la distance séparant les centres de deux particules lorsque, le
champ étant coupé, l'interaction élastique attractive force les particules à se rapprocher, a : couple de
particules n°1, b : couple de particules n°2
Sur cette courbe les distances sont mesurées avec une précision de l'ordre de
±0,04 µm et les temps avec une précision de ±0,02 s . Nous avons toutefois une
indétermination importante sur le point correspondant au moment où les particules atteignent
leur distance d'équilibre. En effet, l'évolution étant terminée, on ne peut pas déterminer avec
précision le temps qu'il faut aux particules pour parcourir les derniers nanomètres. Nous
l'éliminerons donc des calculs qui découlent de cette expérience.
2 1.5
v (µm/s)
v (µm/s)
1.6
1
1.2
0.8
0.5
0.4
0 0
10 9 8 7 6 5 4 8 7 6 5 4
a r (µm) b r (µm)
Figure 94 : Profil de la vitesse au cours de l'attraction des deux particules en fonction de la distance qui
sépare leurs centres, a : couple de particules n°1, b : couple de particules n°2
- 133 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
6 eff a ṙ
F a r = (31)
2
Dans cette équation, le terme de droite représente la force visqueuse agissant sur les
particules. Dans ce terme, on retrouve la vitesse des particules ṙ , que l'on a calculée
précédemment, le rayon de la particule a , et la viscosité effective eff . Cette viscosité
effective représente une combinaison des cinq coefficients indépendants de viscosité d'un
cristal liquide nématique. Nous avons approximé cette viscosité par la viscosité dynamique
calculée à partir de la viscosité cinématique donnée par le fournisseur, à savoir 39 cP .
La force attractive F a r , entre une paire de particules, représente la force par
particules, c'est pourquoi on introduit un facteur 2.
Pour estimer l'accord avec une loi de puissance en r −4 , nous avons mis de côté les
points dont l'abcisse r est inférieur à 3a et nous avons tracé la force d'attraction, en valeur
absolue, en fonction de la distance r sur une échelle logarithmique (Figure 95).
F et Cr^-4=f(r) Data 12
10 10
a1=1.98 µm a2=1.89 µm
Y = M0*X M1 Y = M0*X M1
M0 = 2425.4 M0 = 1220.5
M1 = -4.035 M1 = -4.029
99,6% 98,1%
Fa (pN)
Fa (pN)
1 1
0.1 0.1
5 6 7 8 9 10 5 6 7 8 9 10
a r (µm) b r (µm)
Figure 95 : Force d'attraction, prise en valeur absolue, |Fa| en fonction de la distance r séparant les centres
des deux particules, tracée en échelle logarithmique afin d'exhiber la nature dipolaire de la force, a : couple
de particules n°1, b : couple de particules n°2
Nous voyons que cette dernière courbe est une droite sur l'échelle logarithmique, de
pente 4,035 pour le couple n°1 et 4,029 pour le couple n°2. Ainsi ∣F a r ∣∝ r−4 , ce qui
confirme la nature dipolaire de la force attractive.
- 134 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
Fmag Fa Fmag Fa
H
Pour réaliser cette expérience, nous avons placé la cellule au centre de la bobine
comme précédemment et nous observons les particules au microscope optique avec le
maximum de grandissement. Pour optimiser la précision de la mesure, nous utilisons au lieu
de la caméra, un appareil photo numérique qui permet d'acquérir des images de très haute
qualité. Nous n'avons pas pu l'utiliser pour l'expérience précédente car le délais d'acquisition
de l'appareil photo numérique est très important. Nous mesurons ensuite la distance séparant
les particules directement sur les images numérisées à l'aide du logiciel ANALYSIS. Dans ces
conditions, un pixel correspond à 0,047 µm .
7
r (µm)
4
0 10 20 30 40 50 60 70
H (Oe)
- 135 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
On voit que, dans un premier temps, la distance augmente lentement avec le champ, puis de
plus en plus vite, à partir d'un champ de 40 Oe environ. On assiste alors à un brusque saut
pour une valeur de champ de 65,9 Oe , où la distance qui sépare les particules passe de
5,6 µm à environ 8,2 µm . Si on continue à augmenter la valeur du champ magnétique, la
variation de la distance redevient faible.
65,9 Oe
64,1 Oe 56,9 Oe
55 Oe 55 Oe
0 Oe 0 Oe
Champ croissant Champ décroissant
Figure 98 : Couple de particules n°1 en équilibre sous champ magnétique
perpendiculaire
Cette mesure nous permet d'accéder à la force d'attraction. En effet, nous avons utilisé
un logiciel de calcul par éléments finis qui permet de calculer la force magnétique entre deux
particules soumises à un champ perpendiculaire à l'axe reliant les centres des deux particules.
Le système étant à chaque instant dans un état d'équilibre, la somme des forces agissant sur le
système est nulle ; la force magnétique tendant à séparer les particules est contre-balancée par
la force élastique du cristal liquide, et on peut écrire :
F a F magnétique =0 (32)
Ainsi, en calculant la force magnétique agissant sur les particules, il est possible
d'avoir directement accès à la valeur de la force attractive pour une distance r donnée. Nous
entrons les paramètres géométriques de notre système (Figure 99) afin de créer un maillage
tridimensionnel.
- 136 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
- 137 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
Il nous faut donc également préciser les paramètres magnétiques des particules de fer
que nous utilisons, à savoir, la perméabilité et l'aimantation de saturation du matériau
ferromagnétique (voir paragraphe II.3.d du chapitre A p. 50). La perméabilité magnétique des
particules de fer pur est de 7500 . En ce qui concerne la valeur de l'aimantation de saturation,
nous avons utilisé M S =1 331 800 A/ m . Voici, les résultats obtenus à l'issue des simulations
(Figure 101) :
retour diam 3,96
80
70
60
50
F (pN)
40
a
30
20
10
0
4 5 6 7 8 9
r (µm)
Figure 101 : Valeur absolue de la force attractive tracée en fonction
de la distance séparant les centres des deux particules (couple n°1)
Elle présente donc un minimum et un point d'inflexion, pour des distances appelées
rm et r i . La force magnétique répulsive entre deux particules est continûment décroissante
en fonction du champ. On a représenté cinq courbes correspondant à cinq valeurs différentes
du champ et représentant l'opposé de la valeur absolue de la force magnétique en fonction de
la distance. Lorsque l'on augmente le champ, on a un équilibre entre la force magnétique
F m r et la force attractive F a r pour des distances croissantes jusqu'à r m , les courbes se
croisent. Pour un champ supérieur ( H H m ) la force attractive décroît, par conséquent le
nouvel équilibre des forces ne sera possible que pour une distance beaucoup plus grande,
r =r 3 , où les courbes se croisent à nouveau (il se peut aussi que ces courbes ne se croisent
- 138 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
H,r,F aller diam 3,96
0
-20
H1 55,02 Oe
-40 H2 56,83 Oe
Fa (pN)
Hm 60,45 Oe
-60
Hi 64,07 Oe
-80
H3 65,88 Oe
-100
4 5 6 7 8 9
r 1 r m ri r2 r3
r (µm)
Figure 102 : Superposition de la courbe représentant la force élastique attractive tracée en fonction de
la distance séparant les centres des deux particules avec des courbes correspondant à cinq valeurs
différentes du champ et représentant l'opposé de la valeur absolue de la force magnétique en fonction de
la distance séparant les centres des deux particules
plus ; alors la force répulsive étant toujours plus grande que la force attractive, les particules
continueraient à s'éloigner jusqu'à ce que la friction visqueuse ou les interactions avec les
autres particules les stoppe). En décroissant le champ, le phénomène inverse ( F a r F m r
quand H décroît) va se produire avec cette fois-ci un saut de r 2 à r 1 . La détermination de la
force attractive est donc difficile dans cette zone (il faudrait rapidement changer le champ
pour stopper les particules) mais cette expérience permet de déterminer précisément la force
attractive jusqu'à son maximum et pour les grandes distances de séparation.
- 139 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
magnétique. Nous voyons sur les courbes présentées ci-dessous (Figure 103) et représentant la
distance en fonction du champ magnétique, que pour assister à une brusque séparation des
particules le système nécessite un champ d'autant plus fort que les particules sont petites.
a1=1.98 µm
8 a2=1.89 µm
a3=1.65 µm
7
r (µm)
0 10 20 30 40 50 60 70 80
H (Oe)
Figure 103 : Distance séparant les centres des deux particules pour
trois couples de particules de tailles différentes en fonction d'une
variation croissante puis décroissante du champ magnétique appliqué
perpendiculairement au plan de l'échantillon
En effet, on note que lorsque le champ croît, on assiste à ce saut pour une valeur de
champ de 65,9 Oe pour le couple n°1 de rayon moyen a 1=1,98 µm , de 67,7 Oe pour le
couple n°2 ( a 2=1,89 µm ) et de 78,5 Oe pour le couple n°3 ( a 3=1,65 µm ). De la même
façon, en champ décroissant, on assistera à une attraction brutale des particules pour un
champ d'autant plus faible que les particules sont grosses.
Comme précédemment, cette mesure nous permet d'accéder à la force d'attraction via
l'utilisation du logiciel de calcul par éléments finis qui permet de calculer la force magnétique
entre les deux particules soumises au champ, perpendiculairement à l'axe reliant les centres
des particules. Nous en avons reporté les résultats sur la figure 104.
Nous notons sur cette figure que quelle que soit la taille des particules étudiées, la
force attractive atteint à chaque fois la même valeur maximale, à savoir 71 pN . Bien que la
valeur obtenue soit sensiblement différente, ce phénomène est tout à fait en accord avec ce qui
avait été observé par P. Poulin [Poulin 1997 (c)]. Nous reviendrons sur la différence observée
au niveau des valeurs de la force dans le paragraphe suivant consacré à la comparaison de la
méthode de mesure que nous utilisons à celle utilisée par P. Poulin ; et que nous avons
reproduite sur les couples de particules 1 et 2. Notons, d'ores et déjà, que cette méthode de
mesure paraît fiable puisque les seuls paramètres ajustables sont les paramètres magnétiques
des particules et que ces derniers semblent avoir une très faible influence sur les résultats
obtenus.
- 140 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
80
a1=1.98 µm
70
a2=1.89 µm
a3=1.65 µm
60
50
Fa (pN)
40
30
20
10
0
4 5 6 7 8 9
r (µm)
Nous avons donc cherché à recalculer la valeur de la viscosité. Pour ce faire, nous
avons extrapolé les courbes obtenues par la seconde méthode afin d'obtenir les paramètres
- 141 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
B
∣F a∣Méthode n° 2=∣F a∣Méthode n ° 1∗ =3 eff ajusté a v (33)
A
Dans cette équation, ∣F a∣Méthode n° 1/ 2 sont les valeurs expérimentales obtenues à l'issue
des expériences n°1 et 2 respectivement. Le paramètre a est le rayon moyen des particules,
v la vitesse à laquelle les particules se rapprochent et eff ajusté la viscosité que nous
cherchons à ajuster. Cette équation nous permet donc de déduire une valeur de viscosité de :
B1 −2
eff ajusté =eff ∗ =0,982 N.s.m (34)
A1
Ceci équivaut à 982 cP pour le cristal liquide entourant le couple de particules n°1.
Et de :
B2 −2
eff ajusté =eff ∗ =1,57 N.s.m (35)
A2
Soit 1570 cP pour le cristal liquide environnant le couple de particules n°2.
Compilons à présent les données obtenues grâce à la méthode n°2 avec les données
obtenues en recalculant les valeurs de la force attractive issue de la méthode n°1, nous voyons
sur ces courbes (Figure 105) que les deux méthodes donnent des résultats tout à fait en accord.
80 80
70 F 70 F
a Méthode n°2 a Méthode n°2
F * B /A F * B /A
60 a Méthode n°1 1 1 60 a Méthode n°1 2 2
a1=1.98 µm a2=1.89 µm
50 50
F (pN)
F (pN)
40 40
a
a
30 30
20 20
10 10
0 0
4 5 6 7 8 9 10 4 5 6 7 8 9
a r (µm) b r (µm)
Figure 105 : Comparaison des forces attractives à longue portée obtenues par les deux méthodes expérimentales
et tracées en valeur absolue en fonction de la distance r séparant les centres des deux particules de chacun
des couples, a : couple de particules n°1, b : couple de particules n°2
- 142 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
Notons également que ces deux méthodes sont complémentaires. En effet, d'une part,
dans la méthode n°1, le nombre de points dans la zone où r 3a est limité par le délai
d'acquisition de la caméra. D'autre part, la méthode n°2 ne permet pas de mettre en évidence
la nature dipolaire de la force puisque la distance de séparation varie brutalement dans cette
zone ne donnant pas accès à la mesure de la force.
A l'aide d'une analogie électrostatique, Lubensky et coll. [Lubensky 1998] ont formulé
une théorie concernant les forces élastiques attractives à longue portée régissant l'alignement
des particules accompagnées chacune d'un défaut hyperbolique. Lorsque deux particules de
rayon a situées respectivement en r 0,0 et en r r , sont en interaction via des forces de
type dipôle-dipôle, l'énergie d'interaction peut s'exprimer en fonction du moment dipolaire p z
et du potentiel d'interaction dipolaire V pp r selon l'expression :
∂U
Fa =− (38)
∂r
On en déduit :
2
12 K p z
Fa =
2
4
1−3cos er−2cos sin e (39)
r
Dans cette équation, er et e sont des vecteurs unitaires orthogonaux. Cette équation
prédit le mouvement d'une particule située en r r , . Dans le cas particulier où =0 , il
apparaît que la force dipolaire dépend de la distance de séparation r des centres des deux
particules sur l'axe des z telle que :
- 143 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
4 4
2 Ka Ka
∣F a r ∣= 2∗12∗∗2.04 ∗ 4 =313.6∗ 4 (40)
r r
Cette théorie s'accorde donc à l'expérience. De la même façon, elle permet de montrer
que F a r / a 4 ne dépend pas de la taille des particules. Elle permet également d'accéder à la
valeur théorique du paramètre C , à savoir C=313.6 .
Afin de montrer que cette loi est également vérifiée sur notre système, nous avons
compilé toutes les données obtenues précédemment et nous nous sommes intéressés pour
chaque couple de particules aux valeurs de forces attractives correspondant à des distances de
séparation centre à centre r 3a . Nous avons ainsi tracé sur une même courbe ∣F a r ∣/a 4 en
fonction de r sur une échelle logarithmique afin de mettre en évidence la loi de puissance
attendue (Figure 106) :
10
Y = M0*X M1
M0 = 3658.4
M1 = -3.978
)
-4
98,5%
Fa /a (pN.µm
1
4
0.1
5 6 7 8 9 10
r (µm)
Nous voyons sur cette courbe que toutes les valeurs se situent sur une même droite en
échelle logarithmique, indépendamment de la taille des particules. Ceci confirme l'origine
élastique de la force attractive à longue portée.
Intéressons nous au paramètre du fit M0. D'après l'équation (28), on déduit que
M0=CK (41)
Le terme K correspond à la moyenne des trois constantes élastiques du cristal liquide
K 1 , K 2 et K 3 . Sachant d'après [de Feo 1998] que K 1=12.1 pN , K 2 =6.53 pN et
K 3=15.3 pN , on obtient alors K=11.31 pN . Nous pouvons alors en déduire la valeur du
paramètre C :
3658.4
C= =323.5 (42)
11.31
- 144 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE ATTRACTIVE À LONGUE DISTANCE
Cette valeur est donc en très bon accord avec la valeur déterminée théoriquement.
Notons qu'une autre équipe a publié récemment des résultats d'expériences qui, d'une
part, permettent de confirmer que la force varie proportionnellement à a /r4 lorsque =0
et qui, d'autre part, permettent de déterminer la force en fonction notamment de l'angle
[Yada 2004].
Pour conclure sur cette étude, résumons les résultats que nous avons obtenus. Nous
avons tout d'abord vérifié la nature dipolaire de la force attractive à longue portée qui est,
comme nous l'avons précisé, de nature purement élastique. Nous avons fait l'étude de cette
contribution attractive à la force élastique grâce à deux méthodes expérimentales qui se sont
révélées complémentaires. En compilant ces deux méthodes, nous avons ainsi pu avoir accès à
cette contribution attractive depuis les grandes distances de séparation jusqu'à la distance
d'équilibre. Notons enfin que le protocole expérimentale que nous avons élaboré, et qui
consiste à mesurer les distances d'équilibre sous champ magnétique perpendiculaire permet
d'accéder aux valeurs de force attractive en s'affranchissant du coefficient de viscosité qui
semble varier d'une expérience à l'autre. Pour compléter l'étude de la force élastique induisant
l'auto-organisation des particules sphériques au sein et via la matrice cristal liquide nématique,
nous allons à présent nous intéresser à la contribution répulsive à courte portée de cette force.
Cette contribution répulsive, rappelons-le, empêche le contact entre particules voisines au sein
de la chaîne.
- 145 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
IV.1.b) L'électro-aimant
Pour obtenir le champ magnétique, nous avons utilisé un électro-aimant spécialement
conçu et réalisé à cet usage par Mr Audoly et moi-même à l'atelier du LPMC (Figure 107).
L'électro-aimant est constitué d'un noyau en fer doux dont les différents éléments sont
assemblés avec des vis en inox. La section du noyau est parallélépipédique, ce qui permet à
l'électro-aimant d'être posé de façon stable sur la platine du microscope. L'inconvénient de
cette géométrie se situe au niveau du bobinage. Il faut en effet prendre quelques précautions
afin que le fil de cuivre ne soit pas abîmé par les arêtes tranchantes. Nous avons donc
intercalé, entre le noyau et le fil de cuivre, une feuille de Téflon assez épaisse. Nous avons
ensuite enroulé le fil de cuivre autour du noyau en prenant soin d'obtenir des spires jointives.
Chaque bobine est constituée de 500 spires.
L'échantillon est placé dans l'entrefer de l'électro-aimant de sorte que les alignements
de particules soient dans la direction du champ que l'on va appliquer. L'électro-aimant est relié
à un générateur de courant ELC DC power supply AL 924A. Il est placé sur la platine du
microscope, ses dimensions ont été calculées dans cette optique, et un trou de 6 mm de
diamètre a été percé dans l'élément supérieur afin de laisser passer la lumière du microscope.
Il ne nous est malheureusement pas possible de positionner l'échantillon à mi hauteur de
l'entrefer, là où le champ est sans doute le plus homogène. Toutefois, à l'échelle de deux
particules, ce champ peut être considéré comme homogène. Nous avons mesuré le champ
magnétique grâce à un Gauss-mètre à l'endroit où sera placé l'échantillon en fonction du
courant délivré par le générateur. La figure 108 présente la caractéristique de l'électro-aimant
que nous avons utilisé.
- 146 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
100
80
60
H (Oe)
40
20
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3 0.35
I (A)
Figure 108 : Champ magnétique délivré au centre de l'entrefer de
l'électro-aimant en fonction de l'intensité du courant délivrée par le
générateur
Fr
Fmag
H r
Fmag
Fr
- 147 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Pour réaliser cette expérience, nous avons placé la cellule dans l'entrefer de l'électro-
aimant fabriqué spécialement pour cette expérience et nous observons les particules au
microscope optique avec le maximum de grandissement. Pour optimiser la précision de la
mesure, nous utilisons l'appareil photo numérique qui permet d'acquérir des images de très
haute qualité. Nous mesurons ensuite la distance séparant les particules directement sur les
images numérisées à l'aide du logiciel ANALYSIS. Dans ces conditions, un pixel correspond
à 0,047 µm .
Nous voyons sur cette courbe que la distance r varie peu lorsque le champ est faible.
Dans cette première zone, la force magnétique semble être insuffisante pour faire bouger les
particules qui restent très proches de leur distance d'équilibre hors champ soit r =4,71 µm ,
ce qui équivaut à 1,19 ∗2a .
H,r,F diam 3,96
4.8
4.6
4.4
r (µm)
4.2
3.8
0 10 20 30 40 50
H (Oe)
Sous l'application du champ magnétique parallèle à l'axe reliant les centres des deux
particules, on assiste ensuite à une diminution quasi linéaire de la distance quand le champ
augmente. Quand les particules sont très proches, la distance r varie de façon plus faible, ce
qui semble indiquer que la force de répulsion est plus grande à très courte portée. Aux plus
forts champs, les particules semblent venir au contact.
- 148 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
A partir de ces données, nous avons calculé la force de répulsion élastique à courte
portée. En effet, nous avons utilisé un logiciel de calcul par éléments finis qui permet de
calculer la force magnétique entre deux particules soumises à un champ parallèle à l'axe
reliant les centres des deux particules. Le système étant à chaque instant dans un état
d'équilibre, la somme des forces agissant sur le système est nulle. En effet, à chaque instant,
les forces magnétiques tendant à rapprocher les particules sont contre-balancées par les forces
élastiques du cristal liquide, et on peut écrire :
F magnétique Fr =0 (43)
Notons qu'au dernier point mesuré, l'équilibre des forces est rompu et ce point est donc
éliminé des calculs, mais nous y reviendrons plus en détail par la suite.
Ainsi, l'équilibre des forces nous permet, en calculant la force magnétique agissant sur
les particules, d'avoir directement accès à la valeur de la force répulsive pour une distance r
donnée. Comme précédemment pour le calcul de la force attractive, nous précisons les
paramètres géométriques afin de créer un maillage tridimensionnel, puis les paramètres
magnétiques des particules de fer que nous utilisons, à savoir, 7500 pour la perméabilité
magnétique et M S =1 331 800 A/m pour l'aimantation de saturation. Les résultats obtenus à
l'issue des simulations (Figure 111) ont été tracés en fonction de la distance minimum d
séparant les surfaces des deux particules :
H,r,F diam 3,96
3000
2500
2000
F (pN)
1500
r
1000
500
0
0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5 0.6 0.7 0.8
d (µm)
Figure 111 : Force élastique répulsive à courte portée tracée en
fonction de la distance minimum séparant les surfaces des deux
particules
Nous voyons sur cette courbe que la force augmente de plus en plus rapidement
lorsque les particules se rapprochent. Lorsque les particules sont très proches, c'est-à-dire
lorsqu'elles sont quasi au contact, la force atteint des valeurs importantes, à savoir plus de
2600 pN . Notons que, par précaution, nous avons également éliminé les points pour lesquels
le gap d est inférieur à la taille d'un pixel car nous ne pouvons pas déterminer d avec
- 149 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
précision et que la force magnétique varie très rapidement avec le gap, lorsque celui-ci est très
faible.
Une analogie de notre système peut être tentée avec un système de deux billes reliées
par un ressort. Le ressort serait associé au défaut « hyperbolic hedgehod » créé dans l'ordre
nématique et qui sépare les particules. Cette analogie semble naturelle compte tenu des
propriétés élastiques des cristaux liquides nématiques. Une contrainte extérieure est nécessaire
pour comprimer un ressort, tout comme une force magnétique extérieure comprime notre
système. Lorsque la force est supprimée, le ressort retourne à sa longueur initiale, tout comme
les particules reviennent à leur position d'équilibre. La différence fondamentale entre ces deux
systèmes réside dans le fait que, pour un ressort classique, la réponse varie linéairement avec
la sollicitation, en d'autres termes la force de répulsion augmente linéairement avec le taux de
compression. Ce n'est pas le cas pour notre système. En effet, la courbe montre que la force de
répulsion est assez faible pour les distances interparticulaires proches de la distance
d'équilibre et varie ensuite très rapidement lorsque cette distance séparant les particules
devient faible.
7
a6=2.70 µm
a1=1.98 µm
6
a5=1.79 µm
a4=1.00 µm
5
r (µm)
2
0 10 20 30 40 50 60
H (Oe)
Comme nous l'avons dit précédemment, lorsque la force magnétique est supprimée,
les particules retournent à leur position d'équilibre. En réalité, lorsque le champ appliqué
devient trop important, les particules se collent et ne retrouvent plus leur position d'équilibre.
- 150 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Ainsi, lorsque nous nous rapprochions du contact entre les particules, nous avons pris soin
d'augmenter progressivement le champ appliqué et entre chaque point expérimental de couper
le champ afin de déterminer le champ seuil qui engendrait ce phénomène de non retour. Nous
voyons sur la figure 112, que la valeur du champ seuil, qui correspond aux derniers points à
droite pour chacun des couples, est inversement proportionnelle à la taille des particules.
Afin de voir plus en détail ce phénomène, nous avons donc tracé les valeurs de champ
seuil en fonction de la taille des particules sur la figure 113 :
Data 24
54
52
Y = MO+M1*X
M0 = 60.308
50 M1 = -7.6699
99,9%
48
(Oe)
46
seuil
H
44
42
40
38
0.5 1 1.5 2 2.5 3
a (µm)
x
Nous voyons que les points s'alignent sur une droite. Le champ seuil varie donc
linéairement avec la taille des particules. Ceci nous permet donc de prévoir assez précisément
le champ maximum applicable au système pour éviter que les particules ne se collent.
Au champ seuil, l'équilibre des forces est rompu. Nous éliminerons donc ce point lors
du calcul de la force de répulsion. Nous présentons les résultats obtenus à l'issue des calculs
de force magnétique, donc de la force répulsive sur la figure 114. Sur cette figure, nous avons
tracé la force répulsive en fonction de la valeur d /d 0 . Le paramètre d représente la distance
minimale entre les surfaces des particules et d 0 est la valeur particulière que prend le
paramètre d à l'équilibre. Au vue des incertitudes, il semblerait que la force répulsive en
fonction de la valeur de d /d 0 soit indépendante de la taille des particules.
- 151 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
7000
7000
6000 6000
a =2.70 µm
6
a =1.98 µm
1
a =1.79 µm
5
5000
a =1.00 µm
5000 4
Fr (pN)
4000
3000
Fr (pN)
4000
2000
1000
3000
0
0 0.05 0.1 0.15 0.2 0.25 0.3
d/d0
2000
1000
0
0 0.2 0.4 0.6 0.8 1
d/d0
Figure 114 : Force élastique répulsive tracée en fonction de la distance minimale entre les surfaces
des particules d rapportée à cette distance à l'équilibre notée d0
- 152 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Tout d'abord, les particules étant magnétiques, nous pourrions envisager la présence
d'une force dont l'origine résiderait dans l'aimantation rémanente de celles-ci. Nous pourrions
alors comparer les particules à deux petits aimants attirés l'un vers l'autre. Pour limiter la force
de rémanence, nous avons pris soin de préparer les greffages des particules sans utiliser
d'aimant, ce que nous faisions jusqu'à présent pour les rassembler. Le champ magnétique subi
par les particules provient uniquement de l'électro-aimant utilisé au cours de l'expérience.
Ainsi, le champ maximal appliqué est d'environ 50 Oe , ce qui est relativement faible.
L'aimantation rémanente de ces particules soumises à un tel champ sera donc faible. Estimons
la force d'interaction entre deux particules dont la rémanence serait maximale, c'est-à-dire
pour des particules qui auraient atteint leur aimantation de saturation avant que le champ ne
soit coupé. La force que nous allons estimer ici, sera donc une surestimation de la force
magnétique rémanente pouvant entrer en jeu dans notre expérience. La valeur d'aimantation
rémanente a été obtenu grâce à un magnétomètre à échantillon vibrant (Vibrating Sample
Magnetometer : V.S.M.). Ces mesures ont été effectuées au sein du Laboratoire d'Optique et
Magnétisme de l'Université de Versaille par Vladimir Cagnan et Marcel Guyot. L'aimantation
résiduelle obtenue pour une particule de rayon a 1=1,98 µm est mr=5,33 .10−10 emu .
D'après l'équation (23) décrite au paragraphe II.2.c du chapitre A p. 38, l'énergie d'interaction
magnétique entre deux particules de même nature et de même taille portant un moment
dipolaire magnétique mr parallèle à l'axe reliant les centres des particules peut s'écrire :
2
−2mr
EM = (44)
4 µ0 r 3
r étant la distance séparant les centres des deux particules et µ0 la perméabilité du
vide qui dans le système C. G. S. est égale à 1 . La force magnétique peut alors être obtenue
d'après la relation :
dE M
F M =− (45)
dr
- 153 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Donc :
−6m 2r
FM= (46)
4 µ0 r 4
Nous estimons donc la force magnétique maximale, dont l'origine réside dans
l'aimantation résiduelle des particules, en prenant une distance r séparant les centres des
particules égale au diamètre moyen des particules, c'est-à-dire, en considérant que les
particules sont accolées l'une à l'autre. La valeur obtenue est donc de :
F M =−0,034 pN (47)
Cette force est bien de nature attractive mais elle est négligeable devant la force de
répulsion mesurée juste avant que les particules ne se collent. Cette force peut contribuer au
phénomène de non retour élastique mais n'est en aucun cas à l'origine du phénomène.
Notre système est assez complexe. En effet, les particules sont greffées avec des
molécules hydrocarbonées à longues chaînes portant chacune une paire d'ions et dispersées
dans le cristal liquide nématique. Sur la figure 116, nous avons représenté les surfaces de deux
particules quasi au contact, greffées avec les molécules longues hydrocarbonées, les petites
flèches symbolisant les paires d'ions portées par les têtes de chaque molécule, et entourées de
molécules de cristal liquide représentées sous forme de bâtonnets.
Beaucoup d'autres forces à courtes et très courtes distances peuvent donc contribuer au
phénomène, puisque les particules sont à cet instant très proches l'une de l'autre. En effet, les
particules sont sans doute séparées seulement de quelques épaisseurs moléculaires soit
d'environ 4 nm . Cette estimation correspond à l'épaisseur des couches greffées sur les deux
particules à laquelle nous avons ajouté l'épaisseur d'une couche nématique en d'autre termes la
- 154 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
longueur d'une molécule de cristal liquide nématique, celle-ci pouvant être légèrement
interdigitée dans les couches de polymère. Toutes les forces pouvant intervenir ont été très
bien décrites par J. N. Israelachvili [Israelachvili 1991].
A r1 r2 1
F vdW = (48)
6 r 1r 2 d 2
Le calcul de cette force nécessite la connaissance de la constante de Hamaker A
donnée par la formule de Gregory [Gregory 1969] :
3k B T 1−2 2 3h e n21−n22 2
A= (49)
4 12 16 2 n21n22 3/ 2
La force de van der Waals entre deux particules de même nature (milieu 1) dispersées
dans un fluide quelconque (milieu 2) est toujours attractive. Les valeurs pour les particules de
fer sont issues du Handbook de chimie et physique [Handbook 1981] et sont 1=14.2 et
n 1=2.26 . Celles utilisées pour le cristal liquide nématique sont 2=12.1 et n 2=1.6338 et
correspondent aux moyennes des valeurs des indices anisotropes données par le fournisseur.
De plus, typiquement e =3.1015 s−1 . De là, nous calculons la valeur de la constante de
Hamaker A à température ambiante :
A=7.2∗10−20 J (50)
On peut alors en déduire la force de van der Waals entre les deux particules du couple
n°1 séparées d'une distance d =4 nm :
- 155 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Les particules étant greffées avec des molécules hydrocarbonées à longues chaînes, il
faut également tenir compte de la répulsion stérique d'origine entropique qui est due au
mouvement des chaînes. Les interactions stériques apparaissent lorsque les deux surfaces sont
séparées d'une distance de l'ordre de deux fois l'épaisseur des couches greffées ou moins ;
c'est-à-dire lorsque les couches greffées sont en contact ou s'interpénètrent. Cette interaction,
de nature répulsive, ne peut pas être à l'origine du phénomène de non retour. Lorsque les
couches entrent en contact, des interactions attractives peuvent engendrer l'adhésion des
particules ([Raphaël 1992], [Brown 1993], [Creton 1994], [Deruelle 1995]). Tout d'abord, des
forces attractives de van der Waals entre les chaînes peuvent induire petit à petit une
interpénétration rendant le contact de plus en plus adhésif. Des boucles peuvent également se
former entre ces chaînes ce qui a pour effet de renforcer l'adhésion. Notons cependant que les
chaînes sont relativement courtes et rigides, ce qui limite la probabilité de former des noeuds
entre les chaînes, phénomène très fréquent dans le cas des chaînes de polymères à haute poids
moléculaire. Ces deux dernières interactions sont cinétiquement dépendante. Le phénomène
de non retour que nous observons semble quant à lui instantané. Ces interactions ne sont donc
sans doute pas à l'origine du phénomène. Enfin, un autre effet, connu sous le nom d'attraction
de pontage, apparaît lorsque des fonctions, restées libres sur les molécules greffées, réagissent
avec la surface de la seconde particule de fer créant ainsi un pont entre les deux particules.
Notons que dans le cas présent, les molécules greffantes possèdent des fonctions actives à
l'une seulement des deux extrémités. Il en découle que, même dans l'hypothèse d'une
croissance du film en trois dimensions, les fonctions susceptibles d'induire un pontage entre
les particules restent proches de la première surface et implique une interpénétration totale des
couches, à laquelle doit peut-être s'ajouter une compression. De ce fait, un phénomène de
pontage semble très peu probable.
D'autre part, les molécules greffées à la surface des particules portent chacune une
paire d'ions. Si l'on rapproche l'une de l'autre ces deux surfaces chargées, il apparaît entre elles
une répulsion de nature électrostatique. Cette répulsion apparaît dès que les deux couches de
contre-ions commencent à se recouvrir. Ces ions étant, à priori, au proche voisinage de la
surface et pour la même raison que précédemment, à savoir à cause de l'épaisseur du film, il
est peu probable que cette répulsion entre en jeu.
Une ultime possibilité peut alors être envisagée. Il est possible que le défaut qui
engendre la répulsion disparaisse. Essayons d'analyser qualitativement ce qui se passe pendant
l'expérience (Figure 117). Le champ magnétique force les particules à se rapprocher. Ceci
engendre un excès d'énergie dû à la diminution du rayon de courbure à l'intérieur du défaut. Le
retour élastique est dû à la restitution de cette énergie. Lorsque les particules sont très proches,
le rayon de courbure à l'intérieur du défaut devient très important et il est possible que le
système minimise l'énergie élastique en se réorganisant. On assisterait alors à la disparition du
défaut ce qui permettrait d'expliquer l'absence de retour élastique à partir d'une valeur critique
du champ magnétique.
- 156 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Le défaut « hyperbolic hedgehog » serait donc expulsé. A partir des mesures que nous
avons effectuées, il nous est possible d'estimer la force magnétique minimale qu'il faut
appliquer au système pour expulser le défaut. Au champ seuil, l'équilibre des forces est
rompu, par contre le point juste avant ce champ critique nous renseigne sur la force
d'expulsion du défaut, puisque la force d'expulsion du défaut F exp sera supérieure à la force
en ce point que l'on notera F exp .
Y = M0*X + M1
4000 M0 = 2250.9
M1 = -1905.2
99,7%
3000
F<exp (pN)
2000
1000
0
0 0.5 1 1.5 2 2.5 3
ax
- 157 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
- 158 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
a b
Ils ont également calculé l'interaction élastique entre les deux particules. Ils ont montré
que cette interaction élastique commençait à être effective pour une dizaine de longueurs
moléculaires, qu'elle était attractive à longue distance et qu'elle était répulsive à courte
distance. Dans cette configuration, le potentiel d'interaction présente donc un minimum pour
une distance d d'une longueur moléculaire. Ceci renforce l'idée qu'au dessus d'un champ
seuil, le défaut hyperbolique est expulsé et que le cristal liquide préfère se réorganiser afin de
minimiser son énergie élastique.
Cette réorganisation et la configuration que nous avons proposée est confortée par les
images optiques entre polariseurs croisées (Figure 120). Avant l’application du champ
magnétique, on voit distinctement les deux défauts hyperboliques (Figure 120a). Au delà du
champ seuil, lorsque les particules ne se séparent plus, le défaut hyperbolique qui était entre
les particules semble avoir été expulsé alors que l'autre est toujours présent (Figure 120b). On
distingue entre les particules une zone lumineuse correspondant à la distorsion du directeur
nématique dans le plan séparant les particules, ce qui conforte notre proposition.
a b
- 159 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
FORCE RÉPULSIVE À COURTE PORTÉE
Pour voir le défaut hyperbolique se reformer, il faudrait appliquer une force répulsive
afin de contrebalancer d'une part la force d'expulsion du défaut qui est relativement élevée
mais également les forces attractives dues aux distorsions élastiques du directeur nématique
dans cette nouvelle configuration ainsi que les forces de van der Waals entre les deux
particules. Même en appliquant un cisaillement au système, nous avons observé qu'il était très
difficile de séparer les particules et d'obtenir la réapparition du défaut hyperbolique.
V - Potentiel d'interaction
Nous avons tenté de réunir les informations obtenues précédemment afin de tracer le
profil général d'interaction entre deux particules en configuration dipolaire dans un cristal
liquide nématique. Ceci nous permettra d'en déduire le potentiel d'interaction.
Nous avons donc voulu réunir, sur une seule et même courbe, les composantes
répulsive et attractive de la force. Ayant réussi à réaliser les trois expériences décrites
précédemment sur le même couple de particules (couple de particule n°1), nous avons donc pu
tracer, à partir des courbes présentées précédemment (Figure 105 p. 142 et Figure 112 p. 150),
la courbe représentant les contributions attractive à longue portée et répulsive à courte portée
de la force d'interaction entre deux particules en configuration dipolaire dans un fluide
anisotrope. Par convention, la contribution répulsive est positive alors que la contribution
attractive sera précédée d'un signe « - ».
- 160 -
CHAPITRE D : CARACTÉRISATION PHYSIQUE DES INTERACTIONS PARTICULAIRES
POTENTIEL D'INTERACTION
3000
150
F (pN) / U (pN.µm)
2000
0
F (pN) / U (pN.µm)
-50
1500
-100
1000
-150
-200
500 1 1.2 1.4 1.6 1.8 2
r/2a1
-500
1 1.2 1.4 1.6 1.8 2 2.2 2.4
r/2a1
Figure 121 : Force et potentiel d'interaction en fonction de r/2a1. L'encadré représente un agrandissement des
courbes de force et de potentiel d'interaction
En résumé, le composite, que nous avons élaboré, est un système particulièrement bien
adapté à l'étude des forces élastiques anisotropes régissant la structuration des particules
colloïdales au sein d'une matrice cristal liquide nématique. Grâce à l'application d'un champ
magnétique et en menant ces expériences sous microscope, il nous a été possible, via un
logiciel de calcul de force magnétique, de déterminer le profil du potentiel d'interaction entre
deux particules, engendrant des distorsions de nature dipolaire au sein de la matrice cristal
liquide, en fonction de la distance qui les sépare.
- 161 -
CONCLUSION
Les premiers résultats, que nous avons obtenus, concernent la surface du fer. Grâce à
différentes méthodes de caractérisation de surface (XPS, DRIFTS, IRRAS, diffraction de
rayons X en incidence rasante), nous avons montré que la surface du fer était recouverte d'un
mélange d'oxyhydroxydes et d'hydroxydes de fer. Nous avons donc décidé de mettre à profit la
réactivité des groupes (-OH) natifs vis à vis de nombreuses molécules fonctionnelles capables
de former avec l'hydroxyde métallique des liaisons hydrogène, ionique ou encore des liaisons
sigma. Nous avons ainsi pu traiter la surface avec de nombreuses molécules et déterminer la
nature de l'ancrage sur la surface à l'issue de ces différents traitements. Ces traitements
permettent d'obtenir des ancrages stables et reproductibles. L'étude de l'ancrage sur les
différentes couches de molécules adsorbées ou absorbées sur la surface du fer nous permet de
dégager les grandes lignes en ce qui concerne les mécanismes d'ancrage des nématogènes sur
la surface. Il semblerait qu'un ancrage homéotrope soit obtenu lorsque la couche en contact
avec les nématogènes est constituée de molécules longues et rigides, organisées de façon à
permettre l'interpénétration des nématogènes. Une couche organisée de façon dense ou
constituée de molécules peu rigides favorise plutôt l'ancrage planaire. Il semble également
possible de contrôler l'organisation de la première couche de molécules de cristal liquide
nématique grâce à la présence de charges dans la couche. L'ancrage obtenu dépend alors à la
fois de l'organisation des charges dans la couche et de la nature du cristal liquide en contact
avec cette couche. Cette étude a montré qu'il était possible d'obtenir un ancrage homéotrope
sur la surface du fer. Nous avons donc transposé les traitements effectués sur les plaques de
fer que nous jugions prometteurs sur la surface des particules magnétiques ensuite dispersées
au sein de la matrice cristal liquide. La question était alors de savoir si l'ancrage homéotrope
- 163 -
était suffisamment fort pour que les particules, une fois traitées et dispersées dans la matrice
cristal liquide, soient capables d'engendrer les distorsions ayant un caractère dipolaire au sein
de l'ordre nématique, celles-ci étant nécessaires à la formation de structures anisotropes
linéaires.
L'étude des dispersions de particules de fer traitées dans le fluide anisotrope, nous a
permis de montrer qu'il était possible d'obtenir autour des particules solides, les défauts
topologiques dipolaires induisant, via les interactions élastiques anisotropes de la matrice,
l'auto-alignement de particules sous forme de chaînes à l'intérieur desquelles les particules
sont séparées de leurs voisines. Nous avons montré que l'obtention d'un ancrage suffisamment
fort, donc l'obtention de structures anisotropes linéaires nécessite l'interpénétration des
nématogènes dans la couche greffée. En effet, lorsque l'ancrage homéotrope est seulement dû
à la présence de charges dans la couche greffée, les distorsions du champ directeur nématique
engendrées par la présence des particules sont de nature quadrupolaire. Des structures
anisotropes denses et complexes sont alors observées. D'autre part, nous avons montré qu'il
est préférable d'utiliser des molécules polymérisables induisant une couche d'une plus grande
stabilité. En effet, si les molécules se désorbent de la surface des particules, préférant
s'adsorber sur les parois de verre constituant la cellule, ceci peut engendrer d'une part une
instabilité au sein de la cellule, l'ancrage sur les parois de la cellule devient alors homéotrope
et les structures anisotropes formées sont détruites. D'autre part, ceci peut engendrer la
disparition définitive des alignements, la surface des particules étant alors incapable d'induire
un ancrage homogène des molécules de cristal liquide nématique.
Enfin, dans une dernière partie, nous avons mené des expériences sous champ
magnétique faible. Le champ magnétique appliqué est trop faible pour agir sur l'orientation
des molécules de cristal liquide nématique mais permet d'induire des forces magnétiques
répulsives ou attractives entre les particules suivant le sens d'application. Nous avons montré
que sous l'application du champ magnétique, les particules s'éloignaient ou se rapprochaient,
suivant la direction du champ, mais qu'elles étaient à chaque instant dans un état d'équilibre,
les forces magnétiques étant contrebalancées par les forces élastiques anisotropes de la
matrice cristal liquide. Ainsi, en menant ces expériences sous microscope et en mesurant la
distance séparant les particules, il nous a été possible, via un logiciel de calcul de force
magnétique, de déterminer le profil du potentiel d'interaction entre deux particules, engendrant
des distorsions de nature dipolaire au sein de la matrice cristal liquide, en fonction de la
distance qui les sépare. D'autre part, en rapprochant les particules sous champ magnétique
parallèle, nous assistons lorsque le champ est coupé au retour à l'état d'équilibre initial.
Toutefois, si le champ appliqué atteint une valeur trop élevée, les particules se collent l'une à
l'autre. Le défaut hyperbolique qui engendrait le retour élastique semble être expulsé, le cristal
liquide nématique préférant se réorganiser autour des particules afin de minimiser l'énergie
élastique de distorsion.
A l'issue de ce travail, certaines questions restent en suspens. Parmi les points qu'il
serait intéressant d'éclaircir, on peut citer, entre autres, l'organisation des molécules de cristal
- 164 -
liquide autour des particules lorsque le défaut hyperbolique semble avoir été expulsé ainsi que
la nature des interactions qui en découle. Il serait également intéressant de mesurer les
interactions élastiques lorsque les particules génèrent à l'intérieur du fluide anisotrope des
distorsions de nature quadrupolaire. Nous pensons qu'un tel système permet d'accéder à cette
mesure qui est difficile à obtenir lorsque la phase dispersée est un liquide (problème de
coalescence).
- 165 -
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TITRE : AUTO-STRUCTURATION DE PARTICULES MAGNÉTIQUES DANS UN CRISTAL LIQUIDE
NÉMATIQUE : VERS UN NOUVEAU TYPE DE COMPOSITE ADAPTATIF
Ce travail de thèse concerne l’auto-structuration de particules magnétiques dans une
matrice cristal liquide nématique (CLN). Par l’élaboration de matériaux nouveaux combinant
propriétés magnétiques et structurations des particules, cette étude s’inscrit dans le domaine,
en plein essor, de la recherche de matériaux adaptatifs. P. Poulin, le premier, a mis en
évidence de nouvelles interactions colloïdales induites par l’élasticité d’un fluide nématique
suspendant. L’obtention d’une structuration contrôlée des particules microniques via la
matrice nématique passe par un contrôle précis de l’ancrage des molécules de CLN sur la
surface des particules de fer. Ainsi, après une caractérisation approfondie de l’état de surface
du fer, de nombreux traitements capable d’engendrer un ancrage homéotrope des nématogènes
en contact avec la surface ont été réalisés sur des plaques servant de système modèle. Deux
approches ont été explorées, l’une consiste en une modification de l’état de surface du fer,
l’autre, beaucoup plus prometteuse, consiste en une modification de la surface par dépôt de
molécules amphiphiles. Ces traitements transposées aux particules de fer avec succès, ont
permis d’obtenir l’ancrage homéotrope fort indispensable à l’obtention des défauts
topologiques induisant l’auto-alignement des particules. La réponse magnétique des particules
de fer soumises à un champ, observée en microscopie optique, a permis de calculer
précisément, grâce à un logiciel de calcul de force magnétique par éléments finis, les
contributions attractives et répulsives de la force induite par les distorsions du CLN entre les
particules et ainsi, de construire le profil complet de cette force.
MOT-CLÉS : AUTO-STRUCTURATION, CRISTAUX LIQUIDES, ANCRAGE, TRAITEMENTS DE SURFACES,
PARTICULES DE FER, ALKOXYSILANES, DÉFAUTS TOPOLOGIQUES, ÉLASTICITÉ, CHAMP MAGNÉTIQUE,
MATÉRIAUX ADAPTATIFS