LE PASSAGE VERS UN REGIME FLOTTANT AU MAROC :
Le Maroc a décidé de franchir, en janvier 2018, un premier pas dans le processus de
flexibilisation du dirham. Cette décision soulève encore, en dépit de la vaste campagne
de communication menée à ce sujet, plusieurs questions : qu’est-ce la flexibilité en
dirhams ? pourquoi faire ? comment faire ? Et après ? Omar Bakou.
En dépit des vertus de ce régime soulignés par les responsables compétents pour justifier le
recours au régime de change flottant, dans ce passage, l’auteur, chercheur spécialiste de la
problématique du change met l’accent sur l’ensemble des défis auxquels fait face cette
nouvelle politique de change Marocaine qui tend vers la flexibilité.
Un régime de change peut se définir comme l’ensemble des règles qui déterminent
l’intervention des autorités monétaires sur le marché des changes, Il existe plusieurs variétés
correspondantes plus au moins à deux grands types de régimes extrêmes : les changes fixes et
les changes flexibles ou flottants. Un régime de changes fixes est une décision des autorités
monétaires de fixer eux même le taux de change de leur monnaie face aux autres monnaies.
Pour se faire, les autorités monétaires utilisent leurs réserves de change dans les autres
devises. Le principe du rattachement est établi en fonction des monnaies les plus utilisées sur
le marché ou bien en fonction des partenariats commerciaux réalisés. Lorsque la parité ne peut
plus être maintenue (c’est-à-dire une demande excessive ou au contraire faible de la monnaie
nationale), la banque centrale procède à une modification du taux de change fixé, par
une dévaluation, ou une réévaluation de la valeur officielle de la monnaie.
Dans un régime de changes flexibles, à l'inverse, aucun engagement n'est pris au sujet du
taux de change, qui flotte librement (flottement pur), en fonction de l'offre et de la demande
sur le marché des changes. La politique monétaire retrouve alors son autonomie, et la banque
centrale abandonne le contrôle du taux de change nominal, qui est désormais déterminé sur le
marché des changes. Par ailleurs entre ces deux extrêmes, on trouve des régimes
intermédiaires, qui se distinguent selon les fluctuations que la banque centrale autorise
autour de la parité de référence, et selon la fréquence des réalignements de cette parité. Il
s’agit d’un compromis entre les régimes de taux de change fixe et les régimes de taux de
change flottant Ex : (flottement dirigé (impur), le Peg ajustable, bandes de fluctuation, etc)
Ainsi, Chaque Etat disposant généralement sa propre monnaie, Les échanges internationaux
de biens et de services nécessitent des opérations de conversion entres monnaies, le taux de
change représente le prix d’une monnaie par rapport à une autre, ainsi, il peut être fixé de
manière institutionnelle ou en fonction du libre jeu du marché (l’offre et la demande).
Le taux de change qui vient d'être défini est le taux de change nominal (TCN) il s’agit d’un
instrument de conversion des prix d'une unité monétaire en une autre. Le taux de change réel
désigne la valeur relative d'une monnaie par rapport à une autre, en tenant compte des
variations des prix nationaux et étrangers. Le taux de change réel sert à évaluer le pouvoir
d'achat des différentes monnaies en temps réel.
La flexibilité et la convertibilité d’une monnaie sont deux concepts différents, La flexibilité
signifie que le taux de change est non administré par les autorités des pays mais déterminé par
la loi de l’offre et de la demande. La convertibilité représente l’aptitude d’une monnaie
nationale d’être librement échangée contre des monnaies étrangères et ce, pour toutes les
opérations de change sans exception et sans autorisation préalable des autorités
(Réglementation des changes).
Le marché des changes, appelé également « FOREX » est un lieu virtuel où les entreprises,
les banques et les particuliers peuvent échanger librement leurs propres devises. Il dispose
d’une infrastructure dans chaque pays, en particulier dans les grandes places financières, et
relie ces organisations de manière à établir un prix d’équilibre entre les devises locales et
mondiales, au Maroc, les intervenants de ce marché sont : les banques commerciales avec la
banque centrale, elles sont les seules autorisées à effectuer sur le marché des changes des
opérations liées aux opérations de change au comptant, à terme et de trésorerie et ce pour
leur propre compte ou pour le compte de leur clientèle. La BAM, intervient pour remplir des
fonctions suivantes : influencer les taux de changes et assurer le contrôle et la supervision du
marché, l’office de change, est un établissement public qui se charge d’édicter les
réglementations. Les agents non bancaires, regroupent les institutions non bancaires et les
agents privés ainsi que les courtiers, les deux premiers, sont de l’ordre d’achat et de vente ou
parfois pour spéculation, alors que les courtiers jouent le rôle d’intermédiaires entre offreurs
et demandeurs de devise.
- Les opérations de change au comptant : ou change spot, consiste à échanger deux
devises à un cours négocié, Il s’agit d’un accord d’achat ou de vente d’une devise
entre deux parties à un prix agréé. La livraison se fait à deux jours
- Le change à terme : il s’agit d’un contrat de change à terme est une transaction où
l'on échange des devises - achetant ou vendant une devise particulière - à une date
ultérieure fixée d'un commun accord, à un cours - un prix - convenu au moment de la
transaction. Ce cours est appelé le prix à terme. ( facultatif)
L’avènement du marché des changes est le résultat direct de l’évolution de l’histoire des
échanges monétaires, à partir du XVI -ème siècle, le commerce international a connu une
forte expansion et ,par là même, les monnaies, ainsi grâce à la conquête des Amériques,
l’Europe avait connu un afflux des métaux précieux en provenance de l’Amérique du sud, ce
qui a conduit à une augmentation des prix, depuis un certain nombre de recherches en était
menées afin de comprendre le rôle et l’impact de la monnaie sur l’économie, d’où la
formulation de la théorie quantitative de la monnaie qui représente une théorie de causalité
entre la quantité de monnaie en circulation et le niveau général des prix, depuis, les Etats ont
cherché les moyens de mieux contrôler la valeur de leur monnaie, Ces recherches ont abouti,
dès le milieu du XIXe siècle, à la mise en place de l’étalon-or à l’initiative de la Grande-
Bretagne, ces principes sont les suivants : la quantité de la monnaie d’un pays est garantie par
un poids fixe d’or, chaque monnaie ayant adhéré au système est donc librement convertible en
or, chaque monnaie à sa valeur en or et donc l'or lui-même sert de monnaie internationale
pour les règlements entre les pays ayant adopté ce système, suite à la grande dépression en
1930 causée par le krach boursier et face au recul de la domination de la grande bretagne, la
livre sterling se dévalue et devient inconvertible à l’or, le régime de l’étalon or s’est effondré
notamment à l’occasion du repli commercial et au recours aux mesures protectionnistes
durant cette période, a l’issue de la deuxième guerre mondial, tous les Etats se sont accordés à
mettre en place un système monétaire internationale, de ce fait, en 1944, les accords de
Bretton Woods ont été établi à l’initiative des Etats Unis, ainsi deux propositions
s’opposèrent : la création d’une monnaie mondiale unique ( le bancor) à l’initiative de Keynes
et la fixation du Dollar comme monnaie de référence internationale à l’initiative du
représentant du Trésor Américain, c’est finalement la seconde proposition qui sera retenue et
aboutira à la mise en place du système Bretton Wood caractérisé par seule la valeur du Dollar
US est fixée par rapport à une quantité d'or, les autres monnaies sont exprimées en fonction du
Dollar US qui devient la seule monnaie convertible par l’Or, Le système fonctionnera sans
encombre pendant une vingtaine d’années mais connaîtra à la fin des années 60 des crises qui
ont provoqué son effondrement, l’aggravation du déficit commercial des Etats-Unis
( dilemme de Triffin) et le dollar glut ( Europe et japon), En mars 1973, le régime de change
flottant est adopté, conduisant ainsi au flottement généralisé des monnaies (taux de change
fixé en fonction de l'offre et de la demande).En 1976, les accords de la Jamaïque confirment
l'abandon de toute référence à l'or dans le système monétaire international. Ainsi, plusieurs
pays industrialisés et émergents ont adopté ce régime des changes tels que la canada, l’Union
Européenne. Ainsi, face aux crises qui ont secoué récemment les pays émergents, de la crise «
tequila » de 1994-1995, qui a pris naissance au Mexique, à celles qui ont touché l'Asie, la
Russie et le Brésil entre 1997 et 1999, la Corée du Sud et la Thaïlande (1997), les crises ont
donné lieu à une transition brutale vers des régimes de flottement. ( trop de détails)
Au niveau du Maroc, en 1959, le pays a créé la monnaie nationale le dirham en remplaçant le
franc marocain, ainsi, à partir des années 70, le pays à déterminer la valeur de sa monnaie
nationale à partir d’un panier de devises de ses principaux partenaires, toutefois le Maroc a
connu une succession de crises économiques à l’instar des deux chocs pétroliers, la baisse des
prix du phosphate, la hausse des prix du dollar et l’aggravation du problème de la sécheresse
durant les années 80, l’économie marocaine a subi des contrecoups, ces facteurs ont favorisé
la mise en place du PAS de 1983, de ce fait, un réaménagement du panier a permis de
renforcer la part des monnaies européennes en 1990 qui seront remplacées par l’Euro en 1999.
Dans le cadre de la globalisation financière et l’accompagnement de l’économie marocaine
vers l’intégration dans le circuit de la mondialisation, le Maroc à instaurer en 1996, un marché
de change visant à moderniser les transactions liées au marchés financiers, ce processus de
modernisation s’étend sur le plan technique et institutionnel.
En 2001, le Maroc a procédé à un réaménagement de son panier limitant sa composition à
l’Euro et le dollar américain avec des pondérations respectives de 80% et 20% accompagné
par une dévaluation de 5%, en 2015, une autre révision a été mis à jour de 60% Euros et 40%
Dollar américain, néanmoins, à partir de 2018, le Maroc a amorcé la première phase de
flexibilité du taux de change en élargissant la bande de fluctuation du dirham de +-2,5%, en
2020, le pays a entamé la deuxième phase en élargissant davantage la bande de fluctuation à
hauteur de +-5%, néanmoins, la pandémie de covid 19 et la modification des chaînes
d’approvisionnement mondiales générée par la guerre russo-ukrainienne plonge le Monde
dont le Maroc dans une crise économique caractérisée par la hausse record des prix, à cet
effet, le Maroc recours à des mesures traditionnelles de lutte contre la hausse des prix qui
s’avèrent peu efficaces face à l’inflation importée par les coûts, ce contexte, suscite ainsi un
ensemble de questions sur la transition du Maroc vers un régime de change flexible, ainsi,
pourquoi le Maroc veut-il abandonner le régime de change fixe ? Dans quelles mesures
le flottement peut-il améliorer les performances macroéconomiques ? QUELS SONT
LES RISQUES LIEES A CETTE FLEXIBILITE ?
Et FINALEMENT Comment le Maroc peut-il surmonter les défis de la flexibilité du
dirham ?
Dans ce sillage, la question fondamentale qui se pose et qui constitue la problématique du
sujet est : si le régime de change fixe a toujours permis au pays une certaine stabilité
macroéconomique, le Maroc s’est pourtant donné le choix d’une transition vers un
régime flexible qui s’est manifesté par le passage progressif vers le flottement, face aux
inquiétudes des opérateurs économiques, peut-on dire que le Maroc dispose tous les
prérequis nécessaires pour relever les défis et faire face aux risques liés à cette
transition ?
Problématique 2 : Le Maroc a adopté une politique de libéralisation selon une approche
graduelle. Un tel choix prudent s’inscrit dans la recherche de l’équilibre macroéconomique.
Ainsi, dans quelles mesures l’économie marocaine dispose des outils nécessaires pour réussir
ce passage tout en minimisant les risques ? ainsi est ce que le Maroc peut-il réussir ce
libéralisation en limitant les risques associés ?
Premièrement, nous nous concentrerons sur les éléments qui justifient la décision du Maroc
d'opter pour un régime de change flexible (Partie I), Deuxièmement, nous mettrons l’accent
sur les risques et les défis de ce choix (Partie II)
I- Si Le flottement semble être un remède aux défauts du régime fixe au
Maroc
Le choix de basculement d’un régime de change fixe vers un régime flottant semble être une
vocation des pays émergents et PED dont le Maroc, cela est expliqué par les limites du régime
fixe qui peuvent entraver l’efficacité et l’autonomie des politiques économiques et monétaires,
ces facteurs permettent de donner la légitimité à un taux de change flexible par l’intermédiaire
du libre jeu du marché.
1- Les expériences du régime fixe révèlent des risques multiples…
Le Régime de change actuel Au Maroc est un régime intermédiaire de parité fixe avec un
rattachement de la monnaie nationale à un panier de monnaies étrangères, ainsi, dans un
régime de change fixe, une parité de référence (parité officielle) entre la monnaie du pays
considéré et une devise ou un panier de devises est définie. Dans certains cas comme le
Maroc, les taux de change peuvent fluctuer à l’intérieur d’une marge de fluctuation autour de
la parité officielle, sous ce régime, la BAM s’engage à assurer et maintenir le taux de change
(cours pivot) à sa parité ou sa marge de fluctuation par l’intermédiaire des réserves de devises
de la banque centrale, cet ancrage permet de stabiliser le taux de change du pays, de réduire le
risque d’incertitude pour les importateurs et exportateurs et de contenir le niveau d’inflation.
Or, les pays optant pour ce régime perdent la flexibilité et l’autonomie de leurs politiques
monétaires.
Ainsi, Selon le triangle d’incompatibilité de Mundell-Fleming, aucun pays ne peut
atteindre simultanément les trois objectifs suivants : (i) avoir un régime de change fixe, (ii)
disposer d’une politique monétaire autonome (utilisant les instruments de la politique
monétaire pour des objectifs internes) et (iii) avoir une parfaite liberté de circulation des
capitaux. De ce fait, si par exemple, les Etats-Unis et l’Union européenne, les pays de
référence, afin d’éviter le surchauffage économique, souhaitent faire augmenter leurs taux
d’intérêts contrairement au Maroc qui est en situation de recul de sa croissance économique,
en raison de la libéralisation des flux de capitaux, il y aura évidemment une sortie des
capitaux du Maroc vers les Etats-Unis et l’Union européenne car les grands investisseurs vont
essayer de retirer leurs argents pour les faire investir dans ces pays qui proposent un taux
d’intérêt élevé, donc, pour ce faire, l’échange des capitaux du dirhams par le dollar et l’Euro
va bien sûr réduire le cours du dirhams sur le marché de change mais puisque le Maroc adopte
un régime fixe, et pour maintenir le cours pivot, le BC du Maroc doit puiser ses réserves en
dollar et en Euro, mais avec cette stratégie, les réserves de la BC vont rapidement s’épuiser et
ne pourra pas maintenir éternellement le cours du dirham, donc le seul choix qui se présente
au Maroc, c’est d’augmenter également ses taux d’intérêts et donc cela réduit l’indépendance
de la politique monétaire du pays. Par ailleurs, Si le Maroc souhaite maintenir un régime fixe
avec une indépendance de sa politique monétaire, il se trouvera contraint d’abandonner la
libre circulation des capitaux en limitant les flux entrants et sortants au sein du pays et en
limitant les conversions entre le dirham et les devises, par l’intermédiaire d’une taxation sur
les sorties de capitaux, cette démarche présente aussi plusieurs limites, elle réduit l’attractivité
du pays vis-à-vis les investisseurs. Donc pour retrouver l’indépendance de la politique
monétaire du Maroc et sa capacité à répondre à ses propres conditions économiques tout en
maintenant la libre circulation des capitaux, maintenant la solution qui se présente est
d’abandonner le taux de change fixe et donc plus de flexibilité du taux de change.
Autrement dit, selon le principe Mundell et Fleming, il existe trois cas de figures possible, Un
régime de change fixe associé à un contrôle de capitaux et une autonomie de la politique
monétaire (Maroc), un régime de change fixe avec une parfaite mobilité des capitaux et une
politique monétaire non autonome, ou un régime de change flottant associé à une ouverture
totale du compte capital et soutenu par le ciblage d’inflation et une indépendance de la
politique monétaire.
En outre, dans le cadre du régime fixe appelé également un système de change « anti-
pauvres », c’est l’Etat qui finance le rajustement de la valeur du dirham aux oscillations de
l’euro et du dollar par l’intermédiaire d’une caisse de compensation depuis ses réserves de
devises, ce qui équivaut essentiellement à financer la consommation des individus fortunés et
des grands importateurs aux dépens des fonds publics, Cette situation est illustrée à travers la
théorie du passager clandestin qui fait référence à un système permettant aux individus non
éligibles de bénéficier des avantages d’un système. ( des chiffres pour illustrer le manque à
gagner)
En plus. Un régime fixe peut également rendre le pays vulnérable aux attaques spéculatives,
Si les investisseurs estiment que la monnaie d'un pays est surévaluée ou qu'il n'est pas en
mesure de maintenir son taux de change fixe, ils peuvent commencer à vendre la monnaie en
gros volumes ( en cas de libre circulation des capitaux). Cela peut conduire à une crise
monétaire, qui peut être très dommageable pour l'économie du pays. Il peut être difficile de
se défendre contre les attaques spéculatives, surtout si les réserves de change du pays sont
limitées. Pour maintenir le taux de change dans la fourchette, la banque centrale doit détenir
une quantité importante de réserves de change. Cela signifie que
l’économie devient dépendante du financement extérieur, ce qui peut s’avérer risqué
en période de crise économique mondiale. De plus, l’accumulation de réserves de change peut
avoir un coût d’opportunité, dans la mesure où les ressources auraient pu être utilisées à
d’autres fins plus productives.
2 …Expliquent pourquoi le Maroc veut percer dans le chemin de la flexibilité du Dirham :
Pour Friedman, la monnaie est une marchandise comme une autre, et que dès lors le prix de
la monnaie devrait évoluer sur un marché libre en fonction de la demande et de l'offre de
monnaie. Le flottement permet une autorégulation de la valeur de la monnaie, ainsi, le pays
qui se laisserait aller au laxisme budgétaire et l'impression inflationniste de monnaie aura une
monnaie faible, de sorte que les acteurs économiques lui préféreront d'autres monnaies, ce qui
améliorera sa compétitivité à l'export et restaurera la valeur de la monnaie. À l'inverse, les
vertueux auront une monnaie fort. La thèse de l’auteur, bien qu’elle n’ait pas été unanimement
acceptée par la communauté internationale, a résisté tout de même à l’érosion du temps et a
gagné du terrain avec le démontage de Bretton Woods et aujourd’hui est défendue par
plusieurs économistes.
En effet, Pour les monétaristes tenant du régime de flexibilité, le taux de change d’une
monnaie doit être déterminé par les mécanismes du marché, à l’instar du courant des
anticipations rationnelles, de nombreux arguments sont en faveur de l’adoption d’un régime
de change plus flexible dans les pays émergents et en développement. L’un des arguments
importants mis en avant est que le régime de change fixe engendre une politique monétaire
dépendante qui ne facilite pas l’absorption par le pays des chocs externes, par exemple, dans
le cadre de la hausse des prix mondiale des Hydrocarbures, le Maroc, en fonction de sa parité
fixée, doit puiser davantage de ses réserves pour payer ses importations qui sont plus chères,
plus les devises rattachés sont demandés sur le marché de change interne pour des besoins
divers comme le paiement des transactions, le transfert d’argent etc. plus les réserves de la
banque centrale diminuent, d’où l’intérêt du flottement, ce régime permet de redéfinir
automatiquement la parité du dirhams et d’assurer un ajustement des déséquilibres
économiques et des flux d’argents entrants et sortants, en effet, la dépréciation de la valeur de
la monnaie sur le Marché, du fait du déficit commercial, permet certes de rendre chers les
importations sur le marché national, toutefois, cela va parallèlement stimuler les exportations
et donc rééquilibrer la balance commerciale, cette logique rééquilibrage automatique des flux
d’argents est plus large, les flux d’argent comprennent également les flux liés aux activités
comme le tourisme, les investissements et les transferts de fonds. Donc en laissant la monnaie
être librement déterminée sur le marché des changes, le pays aura des flux d’argent plus au
moins équilibrés.
Enfin, les politiques monétaires des pays peuvent être plus flexibles. En effet puisque la
variation du taux de change garantit l’équilibre extérieur, la politique économique bénéficie
d’un degré de liberté supplémentaire : le taux d’intérêt peut être utilisé à la réalisation
d’objectifs internes. On présente souvent les changes flottants comme un moyen «
d’immuniser » une économie de la conjoncture étrangère. Ainsi on pourrait interpréter la mise
en place des systèmes flottants comme étant l’opportunité de pouvoir choisir sa propre
politique monétaire avec des taux d’inflation acceptables. En outre, Le change flottant ne
permet plus aux marchés financiers, et à la spéculation, de parier sur l'effondrement d'un
régime de change.
Également, plusieurs études ont montré que les pays qui libéralisent leurs comptes financiers
seront tôt ou tard obligés d’adopter un régime de change plus flexible. Dans ce sens le
renforcement des échanges commerciaux augmentait la possibilité de remplacer des régimes
fixes à des régimes plus flexibles.
En dépit des bienfaits de ce régime, Toutefois, en pratique, on constate que les évolutions
récentes vers un régime de changes flexibles renvoient à un relatif échec (ex : l’Egypte et
l’Argentine). En effet les résultats des changes flottants s’avèrent décevant. Ce système de
change flexible n’a semble-t-il pas tenu toutes ses promesses.
II- Or, l’efficacité de cette transition est conditionnée :
La transition vers un régime de change flexible est une décision cruciale pour un pays qui
stipule des conditions bien spécifiques à mettre en avant, de ce fait, à l’instar de l’économie
du Maroc, les économies fragiles et moins résilientes semble être vulnérables face à ce régime
de change, ainsi , ce changement majeur implique une prise en considération de
l’environnement économique ainsi que les objectifs de la politique économique du pays et la
capacité de celui-ci à bénéficier des vertus et à surmonter les risques liés au flottement .
1- Une économie fragile comme celle du Maroc face au régime flottant peut être
vulnérable :
Commencer par le cas marocain puis les idées générales
Il est certain que le nombre de pays dotés d’un régime flottant a augmenté régulièrement
depuis le milieu des années 70 et, à l’issue de la crise asiatique, de nombreux économistes ont
laissé entendre que, étant donné l’incapacité générale des pays en cause à défendre leur
monnaie en interne, il fallait s’orienter davantage vers un flottement des monnaies. Toutefois,
comme les taux de change fixes, les taux de change flottants présentent des avantages et des
inconvénients et ne conviennent pas à tous les pays.
Plusieurs facteurs peuvent conduire à une crise de change en cas de flottement libre :
lorsqu’un pays est déclaré insolvable ou incapable de rembourser sa dette (publique ou privé),
la crise de confiance s’installe ; l’inflation de long terme élevée limite la compétitivité prix
tels stipulé par la théorie de parité de pouvoir d’achat qui met en évidence que la valeur
d'une monnaie est influencée par sa capacité à acheter des biens et des services, c'est-à-dire
par son pouvoir d'achat interne ; l’instabilité et volatilité des taux de change inspire
l’incertitude et les anticipations pessimistes des agents économiques ont des répercussions
négatives sur l’économie réelle. Ainsi, ces facteurs mènent à une crise éventuelle de change
tel quel dans les pays émergents : les sorties massives des capitaux due à des comportements
moutonniers ou mimétiques.
Traditionnellement, les taux de change flottants sont mieux adaptés aux pays de grande taille
dont le commerce intérieur est relativement plus important que le commerce extérieur et qui
sont moins susceptibles de se ressentir des fortes variations du taux de change. Les pays
comme les États-Unis, par exemple, qui répondent à ce critère, se trouvent généralement bien
dans un régime de change flottant
Le corollaire est que les petits pays ouverts au commerce et dont l’économie dépend des
investissements tels que le Maroc, peuvent souffrir de fortes fluctuations des taux de change.
Dans une économie de marché de petite taille où les capitaux circulent librement et où le
marché de capitaux est peu développé, c’est-à-dire que les investisseurs n’ont pas un grand
choix de titres, le principal prix est le taux de change, et celui-ci peut enregistrer des
variations considérables au gré des entrées et des sorties de capitaux. (Une sensibilité accrue
de l'économie aux mouvements financiers)
Le problème de l’inflation importée reste l’une des problématiques majeures pour le cas du
Maroc qui sera immédiatement affecté par la hausse des prix opérée chez ses partenaires
commerciaux ; en l’occurrence, sur les produits de consommation et d’énergie.
L’accroissement des prix ne va pas toucher seulement les produits, mais aussi les secteurs qui
s’y rapportent.
Autre contre-argument avancé par les contre-réformistes au Maroc, le fait d’aller vers un taux
de change flottant produirait une instabilité plus élevée du taux de change qui se fera au
préjudice des entreprises notamment, les PME. En outre, une dévaluation du dirham induirait
à une hausse du poids de la dette extérieure libellée en dollar.
Au Maroc, les exportations sont à peu près deux fois inférieures aux importations, il y aura
forcément une forte demande de devises, ce qui fait que les importateurs vont offrir des
dirhams pour avoir les autres monnaies. Et là, l’offre du dirham va être supérieure à sa
demande. La situation la plus logique et probable est une demande insuffisante du dirham face
à une offre excédentaire. Le dirham va d’abord se déprécier dans la limite du plafond établi.
Mais si la demande continue à être faible et que le dirham risque de se déprécier au-delà de la
limite autorisée, ce qui va entraîner le pays dans une véritable crise économique et sociale.
Bien que le Maroc à réaliser des changements de son architecture économique et du
fonctionnement de son système financier afin de remplir les préconditions au passage vers le
flottement, ainsi, ces mutations se sont traduites par son ouverture à l’économie mondiale, la
multiplication des partenaires commerciaux ainsi que la poursuite d’une politique industrielle
axée sur les métiers mondiaux et les politiques sectorielles, toutefois, il existe plusieurs
lacunes qui peuvent marginaliser ces efforts et sa marche vers le flottement.
2-D’où l’impératif de remplir les prérequis nécessaires pour cette transition au Maroc :
Bien que le Maroc a réalisé des avancées en matière de réformes économiques et financière
ainsi que son engagement dans une marche progressive vers plus de convertibilité et de
flottement, toutefois, l’instauration d’un régime flexible définit par le marché nécessite une
prise en considération les caractéristiques économiques du pays, comme précités, le régime
flottant peut présenter des bienfaits pour certains pays, il n’est pas forcément adéquat pour
toutes les économies, de ce fait, le Maroc devrait en tirer avantage des enseignements tirés des
pays en développement ayant établi, de façon précoce, le flottement comme l’Egypte ou
l’Argentine.
Parmi ces conditions préalables, et en considérant les crises historiques provoquées ou
exacerbées par un système de change flottant, il y a la nécessité d’un cadre macroéconomique
et financier interne favorable et stable. Le Maroc doit réaliser une croissance économique
durable et soutenue capable de maintenir une inflation maîtrisée, à un niveau bas. Pour ce
faire, une révision du modèle de développement du pays doit être réalisée, ainsi, aujourd’hui,
le NMD se présente comme une vision ambitieuse capable de donner un élan au décollage
économique du Pays, le NMD prône une économie productive et diversifiée créatrice de
valeur et d’emplois de qualité, un capital humain renforcé et mieux préparé pour l’avenir, en
parallèles, plusieurs programmes de développement économique et industriel du pays ont été
introduit dans ce sens, tels que le plan d’accélération industrielle 2014-2020 visant à
augmenter la part des exportations du Pays, le plan Génération Green 2020-2030 qui aspire
doubler le PIB agricole et les exportations ou encore la politique énergétique, ces stratégies
sectoriels font l’Object d’une continuité d’un ensemble de programmes lancés précédemment,
elles semblent être des leviers de la croissance du Maroc et sa marche vers le développement,
néanmoins, le Maroc se trouve toujours en phase en décollage économique tel illustré par la
théorie des étapes de la croissance, ainsi, le Maroc a besoin de mettre en œuvre des mesures
de protection de ses industries naissantes pour accompagner ses activités vers la phase de
maturité, en outre, en dépit de l’intégration internationale de l’économie marocaine, les
importations demeurent largement supérieurs aux exportations, le pays enregistre aujourd’hui
un déficit commercial de 286 milliards de dirhams, cette situation est expliqué en principe par
les fortes importations en matière d’énergie et du blé, or, il est important de signaler que les
exportations du pays sont à faible valeur ajoutée, au côté des exportations du phosphate et du
secteur automobile, le pays mise toujours sur la production primaire de l’agriculture, ainsi,
cette situation illustre une dégradation des termes de l’échange stipulé par la théorie de
l’échange inégal et la théorie de la croissance appauvrissante, ainsi, paradoxalement, le
Maroc est considéré par l’OMC comme un grand exportateur agricole mais aussi un grand
importateur de produit agricoles, donc le passage vers des industries capable de modifier
structurellement la matrice interindustrielle et de générer un effet d’entraînement semble être
primordial tels que l’agro-industrie ( agro-business) nécessaire pour la transformation de la
matière brute, pour en faire un produit industriel, aussi bien pour le marché local que pour
l’export. Également la transition énergétique au Pays reste très modeste malgré les projets
colossaux, en outre, les énergies renouvelables occupent aujourd’hui moins de 10% du mix
énergétique, le Maroc devrait accélérer le déploiement des énergies renouvelables afin de
renforcer sa souveraineté énergétique. La politique touristique
La transition vers le flottement est également conditionnée par une certaine discipline
budgétaire, une dette publique soutenable, or, aujourd’hui, le Maroc a enregistré À fin 2022,
un encours de la dette extérieure publique marocaine de 423,6 milliards de dirhams,
correspondant à 31,8% du PIB, en hausse de 11,3% par rapport à l'année 2021, cela
s’explique le recours massif à l’endettement extérieurs, Cette dette à hisser le Maroc au top
des pays les plus endettés en Afrique, elle est détenue à hauteur de 52,6%, contre 49,3% en
2021, par les créanciers multilatéraux, de 24,8%, au lieu de 28,4%, par le FMI et les banques
commerciales, et de 22,6%, après 22,3%, par les créanciers bilatéraux, à moins que le Maroc
ne se dote d’une véritable croissance économique soutenue, le pays encours le risque
d’enlisement dans la spirale de l’endettement.
En outre, aujourd’hui le tissu économique du pays est représenté majoritairement par les
PME, En effet, les importateurs et exportateurs marocains dépendent presque entièrement
aujourd’hui du taux de change compétitif pour l’accès aux fournisseurs et marchés. En fait,
l’existence d’un régime de change performant est un impératif, un élément essentiel pour
relever et préserver les défis de la compétitivité globale de l’économie du pays.
Également Un secteur financier solide, l’adoption d’un système de réglementation
prudentielle adéquat, un climat social Favorable et bien d’autres conditions semblent être
crucial, a défaut, le passage au régime flottant ne doit pas être envisagé, car le risque serait
plus grand d’un effondrement de la monnaie, entraînant une instabilité financière et
conduisant à une grave crise économique, cela explique la réticence du pays par rapport au
flottement prôner par le FMI, malgré des compagnes de communication dans ce sens.
(la clé de succès c’est le passage graduel)
Le régime fixe est adopté depuis longtemps au Maroc en raison de ses vertus en matière de
stabilisation des prix et du taux de change et offre la certitude aux entreprises et aux
investisseurs, toutefois, ce régime présente aussi plusieurs limites et risques qui peuvent
compromettre les fonds publics du pays. Ainsi, dans le cadre de l’engagement du pays dans
une marche de libéralisation économique, le Maroc a amorcé les premières phases du
processus de flexibilité du dirham salué par le FMI, le régime s’est proposé au Maroc comme
une solution aux déséquilibres macroéconomiques auxquels se trouve le pays aujourd’hui en
permettant une plus grande autonomie des politiques économiques et monétaires et une forte
mobilité des capitaux, néanmoins, le flottement ne peut être considéré comme une panacée ou
une solution miraculeuse, la transition vers le flottement dépend des caractéristiques
économiques du pays, il est plutôt adapté aux grandes économies, ceci-dit, en adoptant ce
régime, les économies fragiles et dépendantes des importations comme le Maroc encours le
risque de subir des crises économiques et sociales graves, d’où l’impératif de réunir les
prérequis nécessaires avant de franchir le pas vers le flottement, dès lors, le Maroc devrait
repenser sa vision de développement économique et industriel afin de diversifier son tissu
économique, renforcer ses structures et favoriser sa résilience, par conséquent, la réflexion
nous pousse à s’interroger : Comment le Maroc pourra t’il rendre sa dette publique
soutenable dans un contexte volatile et tendu?
Ouverture : montrer que parmi les pistes à améliorer, c’est la dette, La nouvelle
politique industrielle et stock de devises, revoir la place du Maroc dans la CVM