Exemple de commentaire
d’arrêt corrigé en droit
civil
Pour réussir un commentaire d’arrêt, il est impératif de
connaître la méthodologie du commentaire d’arrêt. Mais il
peut également être intéressant d’avoir un exemple de
commentaire d’arrêt, afin de mieux comprendre ce qu’il
faut faire dans un commentaire d’arrêt, et comment le
commentaire doit être structuré et rédigé.
C’est tout l’objet de cet article. Vous trouverez ci-dessous
un exemple de commentaire d’arrêt corrigé en droit civil. Il
s’agit plus précisément d’un commentaire d’un arrêt rendu
le 14 décembre 2017 par la deuxième chambre civile de la
Cour de cassation.
Je vous propose que vous lisiez d’abord l’arrêt, avant de
prendre connaissance de l’exemple de commentaire
d’arrêt.
Voici l’arrêt à commenter :
LA COUR DE CASSATION, DEUXIÈME CHAMBRE CIVILE, a
rendu l’arrêt suivant :
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Metz, 29 septembre 2016),
rendu sur renvoi après cassation (2e Civ., 10 septembre
2015, pourvoi n° 14-19.891), que le 9 septembre 2008,
Abdallah C…, qui effectuait des missions pour la société
Manpower, dont le courtier en assurance est la société Aon
France, a été victime d’un accident mortel du travail alors
qu’il avait été mis à la disposition de la société Fimaco
Vosges (la société) assurée auprès de la société Axa
France IARD (l’assureur) ; que sa veuve Mme C…, agissant
tant en son nom personnel qu’en qualité de représentante
légale de ses enfants mineurs, dont Zachary né le […], a
saisi, en présence de la caisse primaire d’assurance
maladie des Vosges, un tribunal des affaires de sécurité
sociale pour faire juger que l’accident était dû à la faute
inexcusable de l’employeur et obtenir réparation de son
préjudice et de celui de ses enfants ; qu’il a été jugé que la
société, ayant commis une faute inexcusable, devait, avec
son assureur, garantir la société Manpower de l’ensemble
des conséquences de celle-ci ;
Attendu que la société et l’assureur font grief à l’arrêt
d’indemniser le préjudice moral de l’enfant Zachary, alors,
selon le moyen :
1°/ pour ouvrir droit à réparation, un préjudice doit être
certain ; qu’en l’espèce, pour justifier la fixation à la
somme de 25 000 € du préjudice moral de Zachary C…,
actuellement âgé de huit ans, du fait du décès de son père
avant sa naissance, la cour d’appel a retenu, par motifs
propres et adoptés, qu’il « souffre », « à l’évidence », de
« l’absence définitive de son père, qu’il ne connaîtra
jamais qu’au travers des récits des tiers », sans l’avoir
connu ; qu’en se déterminant ainsi, sans avoir retenu ni
analysé aucun élément de nature à établir la réalité
objective de la souffrance invoquée, la cour a privé sa
décision de base légale au regard de l’article 1382 devenu
1240 du code civil ;
2°/ que pour ouvrir droit à réparation, un préjudice doit
résulter du fait générateur qui l’a produit par un lien de
causalité direct et certain ; qu’il n’existe pas de lien de
causalité entre le décès accidentel d’une personne et le
préjudice prétendument subi par son fils né après son
décès ; qu’en jugeant le contraire, au motif inopérant que
la mère de l’enfant a elle-même subi un préjudice moral
lorsque, alors qu’elle était enceinte, son mari est décédé,
la cour a violé l’article 1382 devenu 1240 du code civil ;
Mais attendu que, dès sa naissance, l’enfant peut
demander réparation du préjudice résultant du décès
accidentel de son père survenu alors qu’il était conçu ;
qu’ayant estimé que Zachary C… souffrait de l’absence
définitive de son père décédé dans l’accident du […], la
cour d’appel a caractérisé l’existence d’un préjudice moral
ainsi que le lien de causalité entre le décès accidentel de
Abdallah C… et ce préjudice ;
D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi ;
Condamne les sociétés Fimaco Vosges et Axa France IARD
aux dépens ;
Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette leur
demande et les condamne à payer la somme globale de 3
000 euros à Mme C… et celle globale de 2 000 euros à la
caisse primaire d’assurance maladie des Vosges ;
Ainsi fait et jugé par la Cour de cassation, deuxième
chambre civile, et prononcé par le président en son
audience publique du quatorze décembre deux mille dix-
sept.
Maintenant que vous avez lu l’arrêt, vous pouvez lire
l’exemple de commentaire d’arrêt ci-dessous. Bonne
lecture !
L’intérêt supérieur de l’enfant suppose que l’enfant ait le
droit d’être élevé par ses deux parents et de grandir dans
une famille. Alors que penser si l’enfant naît sans un de ses
deux parents à la suite d’un tragique accident ? Le fait
d’être privé de la possibilité de connaître son père
constitue-t-il un préjudice pour l’enfant qui n’est pas encore
né ? C’est à cette question que la deuxième chambre civile
de la Cour de cassation a dû répondre dans cet arrêt du 14
décembre 2017.
En l’espèce, une personne qui travaillait pour une société
est victime d’un accident mortel pendant son travail.
Devant le Tribunal des affaires de sécurité sociale, sa
veuve invoque la faute inexcusable de l’employeur et
demande réparation de son préjudice et de celui de ses
enfants mineurs. En particulier, un des enfants pour
lesquels il était demandé réparation de son préjudice, était
en réalité un enfant à naître, un enfant simplement conçu.
Cela n’empêche pas le Tribunal des affaires de sécurité
sociale de faire droit à l’ensemble des demandes de la
veuve, et donc d’indemniser l’enfant à naître de son
préjudice. Plus tard, dans un arrêt du 29 septembre 2016,
la Cour d’appel de Metz confirme le jugement de première
instance, et retient en particulier l’existence d’un préjudice
moral subi par l’enfant à naître du fait du décès de son
père.
La société et son assureur décident de former un pourvoi
en cassation. Selon eux, le préjudice moral de l’enfant qui
n’était pas encore né au moment du décès de son père
n’aurait pas dû faire l’objet d’une indemnisation. Ils
invoquent, dans la première branche du moyen unique, un
manque de base légale au regard de l’article 1240 du Code
civil, la réalité objective de la souffrance de l’enfant à
naître n’étant, d’après eux, pas établie, puisque ce dernier
n’a jamais connu son père. Ils invoquent également, dans
une deuxième branche, une violation de l’article 1240 du
Code civil, étant donné, d’après eux, l’absence de lien de
causalité entre le décès accidentel d’une personne et le
préjudice subi par l’enfant qui n’était pas encore né au
moment du décès.
Il revenait donc à la Cour de cassation de répondre à la
question suivante : un enfant à naître subit-il un préjudice
moral résultant du décès accidentel de son père survenu
avant sa naissance ?
La Cour de cassation répond par l’affirmative à cette
question. Elle énonce que dès sa naissance, l’enfant peut
demander réparation de son préjudice résultant du décès
accidentel de son père survenu avant sa naissance. En
conséquence, elle rejette le pourvoi formé par la société et
l’assureur.
Dans cet arrêt, la Haute juridiction consacre ainsi un
véritable droit à réparation du préjudice subi par l’enfant à
naître (I). Par sa formulation, cet arrêt ouvre la voie à un
large champ d’application de ce droit à réparation (II).
I) L’affirmation explicite d’un droit à réparation du
préjudice de l’enfant à naître
Si l’enfant est en droit de demander réparation de son
préjudice dès sa naissance, il n’en demeure pas moins
qu’en application de l’article 1240 du Code civil, il doit
prouver la faute, qui n’est pas débattue dans cette affaire,
un préjudice (A) et un lien de causalité entre la faute et son
préjudice (B).
A) La reconnaissance du préjudice moral de l’enfant
Selon la nomenclature Dintilhac, la victime par ricochet
peut subir deux types de préjudices moraux en cas de
décès de la victime directe : un préjudice
d’accompagnement et un préjudice d’affection.
Essentiellement, il y a préjudice d’affection lorsqu’un
proche de la victime établit avoir entretenu un lien affectif
réel avec le défunt.
Cependant, la Cour de cassation a affirmé à plusieurs
reprises qu’il n’était pas nécessaire d’établir l’entretien
d’un lien affectif réel avec le défunt pour pouvoir bénéficier
de la qualité de victime par ricochet, et qu’il fallait
seulement rapporter la preuve d’un « préjudice personnel
direct et certain » (Cass. Civ. 2ème, 16 avril 1996, n° 94-
13.613 ; Cass. Civ. 2ème, 4 juillet 2013, n° 12-24.164). Le
caractère direct du préjudice fait référence au lien de
causalité, que nous aborderons plus tard dans ce
commentaire. Le caractère personnel implique que la
personne doit être personnellement atteinte dans ses
intérêts. Le caractère certain, quant à lui, impose que le
préjudice ait une existence certaine et ne soit pas
purement éventuel. A ce titre, un préjudice futur peut être
réparé si sa réalisation est certaine.
Avant cet arrêt du 14 décembre 2017, la deuxième
chambre civile de la Cour de cassation refusait
d’indemniser l’enfant qui n’était pas encore né au moment
du décès d’un de ses parents, principalement au motif que
le préjudice moral invoqué n’était que « prétendument
subi » (Cass. Civ. 2ème, 4 oct. 2012, n° 11-22.764) et n’avait
donc pas une existence certaine. C’est d’ailleurs sur cette
jurisprudence bien établie que les demandeurs au pourvoi
s’étaient appuyés dans cette affaire, ces derniers
reprochant à la cour d’appel d’indemniser un préjudice
purement éventuel.
En l’espèce, l’enfant étant né après le décès de son père, il
ne peut justifier d’un préjudice d’affection. Mais il peut être
considéré comme victime par ricochet s’il rapporte la
preuve d’un préjudice personnel, direct et certain. La
question est donc de savoir si la souffrance de l’enfant, le
manque de son père, le fait d’être privé de la possibilité
d’entretenir des relations avec son père, constituent un
préjudice qui a une existence certaine, qui est établi,
avéré.
Rompant avec sa jurisprudence antérieure, la deuxième
chambre civile de la Cour de cassation affirme dans cet
arrêt que « dès sa naissance, l’enfant peut demander
réparation du préjudice résultant du décès accidentel de
son père survenu alors qu’il était conçu ». Selon les juges
du Quai de l’Horloge, ayant constaté que l’enfant souffrait
de l’absence définitive de son père, la Cour d’appel a
caractérisé l’existence d’un préjudice moral et d’un lien de
causalité entre le décès du père et le préjudice de l’enfant.
Après avoir vérifié que les juges du fond, conformément à
leur pouvoir souverain d’appréciation, avaient bien
caractérisé les conditions du droit à réparation, et en
particulier l’existence du préjudice, la Haute juridiction
affirme en conséquence que l’enfant doit être indemnisé de
son préjudice. Ce faisant, elle consacre un droit à
réparation au bénéfice de l’enfant à naître, mais l’exercice
du droit suppose que l’enfant naisse. Ainsi, le fait de naître
sans père est un préjudice indemnisable. Cette décision
n’est pas sans rappeler le fameux arrêt Perruche (Ass.
Plén., 17 nov. 2000) dans lequel la Cour de cassation avait
jugé que le fait de naître handicapé constitue un préjudice
indemnisable.
Par la suite, la chambre criminelle de la Cour de cassation
s’est alignée sur la position retenue par la deuxième
chambre civile dans cet arrêt du 14 décembre 2017. Elle a
en effet approuvé une cour d’appel d’avoir fait droit à la
demande d’indemnisation d’un enfant né peu après
l’homicide de son père, aux motifs, directement repris de
l’arrêt du 14 décembre 2017, que « dès sa naissance,
l’enfant peut demander réparation du préjudice résultant
du décès […] de son père survenu alors qu’il était conçu
» (Cass. Crim. 10 nov. 2020, n° 19-87.136).
Mais au-delà de l’existence du préjudice, il doit également
exister un lien de causalité entre le décès du père et le
préjudice de l’enfant pour que ce dernier puisse obtenir
réparation.
B) La reconnaissance du lien de causalité entre le décès du
père et le préjudice moral de l’enfant
En vertu de l’article 1240 du Code civil, le droit à réparation
du préjudice suppose l’existence d’un lien de causalité
entre la faute et le préjudice.
Avant cet arrêt du 14 décembre 2017, la deuxième
chambre civile de la Cour de cassation avait refusé à
plusieurs reprises de reconnaître un droit à réparation du
préjudice résultant du décès d’un parent au motif qu’il
n’existait pas de lien de causalité entre le décès et le
préjudice de l’enfant qui n’était pas encore né au moment
du décès (Cass. Civ. 2ème, 4 oct. 2012, n° 11-22.764 ; Cass.
Civ. 2ème, 18 avril 2013, n° 12-18.199). Là encore, les
demandeurs au pourvoi se fondaient en partie sur cette
jurisprudence constante de la Cour de cassation.
En l’espèce, si le préjudice de l’enfant n’est pas immédiat,
il n’en demeure pas moins que sans l’accident, pour lequel
la société a été reconnue fautive, l’enfant aurait bien connu
son père et n’aurait donc pas subi de préjudice. Ainsi, selon
la théorie de la causalité adéquate, l’accident est bien la
cause du préjudice.
Dans cet arrêt du 14 décembre 2017, la deuxième
chambre civile de la Cour de cassation opère donc
un revirement de jurisprudence en reconnaissant
l’existence d’un lien de causalité entre l’accident et le
préjudice subi par l’enfant à naître. Elle s’en remet au
pouvoir souverain des juges du fond, qui ont
souverainement caractérisé l’existence dudit lien de
causalité.
Il faut toutefois noter que suite à l’arrêt commenté, la Cour
de cassation a apporté des précisions sur la
reconnaissance ou non d’un lien de causalité entre la perte
d’un parent et le préjudice subi par l’enfant. A ce titre, dans
un arrêt du 11 mars 2021, elle a refusé d’indemniser un
enfant pour la perte de sa soeur ainée décédée plusieurs
années plus tôt (Cass. Civ., 2ème, 11 mars 2021, n° 19-
17.384). Au-delà de la question de l’indemnisation pour le
décès d’un autre membre de la famille que le père, dont
nous traiterons plus en détails dans la suite de ce
commentaire, il convient de remarquer que la Cour de
cassation refuse l’indemnisation au motif que
l’enfant « avait été conçu après la disparition de sa soeur,
de sorte qu’il n’existait pas de lien de causalité entre cette
disparition non élucidée et le préjudice invoqué ». Ainsi, le
lien de causalité n’existe que si l’enfant a été conçu au
moment de la survenance du décès, ce qui interdit à
l’enfant non conçu à ce moment d’invoquer un préjudice.
Si l’existence du droit à réparation du préjudice moral de
l’enfant à naître ne fait donc pas de doute (I), il est
toutefois possible de s’interroger sur le champ
d’application de ce droit à réparation (II).
II) Le champ d’application implicite du droit à
réparation du préjudice de l’enfant à naître
En employant le terme de « préjudice » et non de «
préjudice moral », la Cour de cassation semble vouloir
étendre le droit à réparation de l’enfant à naître à d’autres
types de préjudices (A). Elle fait toutefois référence au «
décès accidentel de son père », ce qui laisse entière la
question de savoir quels faits générateurs peuvent fonder
le droit à réparation de l’enfant à naître (B).
A) Le caractère général du préjudice réparable
En l’espèce, les demandeurs au pourvoi reprochaient
uniquement à la Cour d’appel d’avoir indemnisé le
préjudice moral de l’enfant. Pour autant, dans son arrêt, la
Cour de cassation n’affirme pas que l’enfant peut
demander réparation de son préjudice moral ; elle énonce
que l’enfant peut demander réparation de son
« préjudice ».
Cette différence de terminologie doit être relevée. Il est
possible que la Cour de cassation ait voulu ne pas
restreindre au préjudice moral le droit à réparation de
l’enfant à naître. Ce faisant, elle ouvrirait la voie à une
possible indemnisation d’autres types de préjudices que le
préjudice moral. Il semble d’ailleurs que la Cour ait voulu
faire de cet arrêt un arrêt de principe, en témoigne sa
publication au Bulletin et la présence dans l’arrêt d’un
chapeau intérieur particulièrement clair.
L’enfant à naître pourrait par exemple invoquer un
préjudice patrimonial résultant de la perte du soutien
financier de son père.
En outre, si l’absence de son père conduit l’enfant à
développer une pathologie, comme une maladie mentale
par exemple, il pourrait également demander réparation de
la souffrance résultant de la pathologie développée, au-
delà de la souffrance résultant de l’absence du père. C’est
en tout cas ce qu’a jugé la Cour de cassation dans un arrêt
du 23 mars 2017 (Cass. Civ. 2ème, 23 mars 2017, n° 16-
13.350). Dans cet arrêt, les juges du Quai de l’horloge ont
indemnisé à la fois la souffrance résultant de l’absence du
défunt et la souffrance résultant de la pathologie
développée par le proche suite au décès.
Cette extension des préjudices réparables dans le cadre du
droit à réparation de l’enfant à naître doit être approuvée
en ce qu’elle est conforme à l’intérêt supérieur de l’enfant
et à la théorie de l’infans conceptus, en vertu de laquelle
l’enfant à naître est considéré comme né chaque fois que
cela est dans son intérêt, ce qui lui permet de bénéficier de
certains droits. Néanmoins, dans l’arrêt commenté, la Cour
de cassation n’en a pas fait de même s’agissant des faits
générateurs.
B) Le caractère restreint du fait générateur
Dans cet arrêt, la Cour de cassation affirme que l’enfant
peut demander réparation du préjudice résultant du «
décès accidentel de son père ». Le fait générateur du
préjudice réparable est donc évoqué de manière très
précise.
D’une part, l’arrêt ne mentionne que le décès du « père ».
Ainsi, la Cour de cassation ne généralise pas le droit à
réparation de l’enfant à naître dans le cas du décès d’un
autre membre de la famille. S’il ne fait guère de doute que
ce droit à réparation s’applique tout autant en cas de décès
de la mère (il est effectivement acquis que l’absence d’un
des deux parents, qu’il s’agisse du père ou de la mère,
peut avoir des conséquences néfastes sur le
développement de l’enfant), il était toutefois possible de se
demander si le principe énoncé par la Cour de cassation
dans cet arrêt du 14 décembre 2017 était limité au décès
des parents ou bien pouvait s’appliquer pour d’autres
membres de la famille.
Dans un arrêt du 11 février 2021 (Cass. Civ. 2ème, 11 févr.
2021, n° 19-23.525), la Haute juridiction a précisé la portée
de son arrêt du 14 décembre 2017 en admettant cette fois-
ci le préjudice moral de l’enfant à naître résultant de la
perte d’un grand-parent, au motif beaucoup plus général
que « l’enfant qui était conçu au moment du décès de la
victime directe […] peut demander réparation du préjudice
que lui cause ce décès ». Cet arrêt du 11 février 2021
ouvre ainsi la voie à l’indemnisation de l’enfant à naître
pour la perte, par exemple, d’un frère ou d’une sœur. Il
convient d’ailleurs de remarquer que dans l’arrêt précité du
11 mars 2021 (Cass. Civ., 2ème, 11 mars 2021, n° 19-
17.384), la Cour de cassation avait refusé d’indemniser
l’enfant pour la perte de sa soeur ainée uniquement en
raison de l’absence de conception de l’enfant au moment
des faits. Cet arrêt du 11 mars 2021 ne fait donc pas
obstacle à la réparation du préjudice d’un enfant conçu
avant le décès de sa soeur. Par ailleurs, la question de
l’indemnisation de l’enfant à naître pour la perte d’un
oncle, d’une tante ou d’un cousin reste en suspens. Nul
doute que la Cour de cassation aura l’occasion de préciser
sa position sur ces sujets dans de futurs arrêts.
D’autre part, l’arrêt commenté, tout comme les arrêts
rendus ultérieurement par la Cour de cassation en date du
10 novembre 2020, du 11 février 2021 et du 11 mars 2021,
parlent du « décès » ou de la « disparition ». Mais
l’indemnisation pourrait-elle résulter d’un autre événement
que le décès ? L’enfant à naître pourrait-il, par exemple, se
prévaloir du handicap d’un parent ?
De nombreuses questions restent donc sans réponse.
Toutefois, au regard de la jurisprudence de la Cour, qui
cherche à protéger l’intérêt de l’enfant, il ne serait pas
étonnant que cela soit admis dans les prochaines années.
J’espère que cet exemple de commentaire d’arrêt vous
aidera pour rédiger vos commentaires d’arrêt.
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