🔴Leçon: Commentaire composé
Situation
Au cours de leurs recherches à la bibliothèque, des élèves des classes de terminale du Lycée
Moderne de Port-Bouët découvrent dans un ouvrage un sujet de commentaire composé.
Curieux de comprendre le fonctionnement de cet exercice, ces élèves s’organisent pour
analyser le libellé, identifier les centres d’intérêt, rechercher et organiser les idées en vue de
rédiger le commentaire composé.
Sujet
Texte :
Et la Lison, fumante, soufflante, dans ce rugissement aigu qui ne cessait pas, vint taper contre
le fardier(1) du poids énorme des treize wagons qu’il traînait.
Alors, à vingt mètres d’eux, du bord de la voie où l’épouvante les clouait, Misard et Cabuche les
bras en l’air, Flore les yeux béants, virent cette chose effrayante : le train se dresser debout,
sept wagons monter les uns sur les autres, puis retomber avec un abominable craquement, en
une débâcle informe de débris. Les trois premiers étaient réduits en miettes, les quatre autres
ne faisaient plus qu’une montagne, un enchevêtrement de toitures défoncées, de roues brisées,
de portières, de chaînes, de tampons(2), au milieu de morceaux de vitre. Et, surtout, l’on avait
entendu le broiement de la machine contre les pierres, un écrasement sourd terminé en un cri
d’agonie. La Lison, éventrée, culbutait à gauche, par-dessus le fardier ; tandis que les pierres,
fendues, volaient en éclats, comme sous un coup de mine, et que, des cinq chevaux, quatre,
roulés, traînés, étaient tués net. La queue du train, six wagons encore intacts, s’étaient arrêtés,
sans même sortir des rails.
Mais des cris montèrent, des appels dont les mots se perdaient en hurlements inarticulés de
bête.
« A moi ! au secours !... oh ! mon Dieu ! je meurs ! au secours ! au secours ! »
On n’entendait plus, on ne voyait plus. La Lison, renversée sur les reins, le ventre ouvert,
perdait sa vapeur, par les robinets arrachés, les tuyaux crevés, en souffles qui grondaient,
pareils à des râles de géante.
Emile ZOLA, La Bête humaine, 1890.
(1) fardier : voiture à roues très basses pour le transport des charges lourdes.
(2) tampons : dispositif constitué d’un plateau vertical muni de ressorts placés à l’extrémité des
véhicules ferroviaires pour amortir les chocs.
Tâche: Vous ferez un commentaire composé de ce texte. Vous montrerez par quels moyens
l’auteur parvient rendre sensible au caractère tragique de l’accident et aux sentiments des
personnages.
I – ANALYSE DU SUJET
Un sujet de commentaire composé comprend deux grandes parties : L’information et la
consigne.
1 – L’information
Elle comprend le texte et le paratexte
a – Le texte :
Il appartient à l’un des trois grands genres de la littérature : le roman, la poésie et le théâtre.
Chaque genre a un vocabulaire spécialisé et ses caractéristiques qu’il faut maîtriser pour faire
un commentaire approprié.
Il est aussi important de savoir la nature ou le type de texte : texte narratif, descriptif,
argumentatif, poème en vers, poème en prose, dialogue.
b – Le paratexte
Il comprend le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre d’où le texte est extrait, la date de parution, le
titre du texte, la maison d’édition, quelquefois un chapeau de présentation. Ces éléments
peuvent aider à la compréhension du texte et permettent de formuler des hypothèses de
lecture.
2 – La consigne :
Elle comprend deux éléments principaux : la nature du sujet et les centres d’intérêt.
a – La nature du sujet :
Il s’agit de faire un commentaire composé du texte c’est-à-dire une analyse du texte en prenant
en compte la forme (le style d’écriture) et le fond (le sens des mots ou expressions).
Il est en cela différent du résumé de texte et de la dissertation qui ont, chacun, sa technique.
b – Les centres d’intérêt :
Ce sont des pistes de réflexion, des axes de lecture à partir desquels l’analyse du texte doit être
faite.
II – ANALYSE DU TEXTE
Elle consiste à donner sens aux centres d’intérêt à partir des éléments suivants :
1 – La mise en page :
Il s’agit d’analyser la disposition du texte sur la page et le choix d’une typographie (majuscule,
italique).
2 – La ponctuation :
a-Le point (.) : Il marque la fin d’une phrase.
b-Le point d’interrogation (?) : Il exprime une interrogation au style direct.
c-Le point d’exclamation (!) : Il exprime l’intensité d’un sentiment (étonnement, indignation,
colère, stupéfaction…)
d-Les points de suspension (…) : Ils expriment une pause ou un inachèvement du récit ou une
coupure. Ils suggèrent qu’on ne veut pas ou qu’on ne peut pas continuer.
e-Les deux points (:) : Ils introduisent le discours au style direct, une énumération ou une
conclusion. Ils suggèrent une suite inattendue, expriment un rapport de cause ou de
conséquence.
f-Le point-virgule (;) : Il marque une pause assez importante à l’intérieur d’une phrase.
g-La virgule (,) : Elle marque une pause brève.
h-Les guillemets (« ») : Ils encadrent les paroles rapportées au style direct, isolent une citation,
mettent en relief un mot important pour diverses raisons.
i-Les parenthèses (( )) : Ils encadrent un élément soit mineur, soit expressif.
j-Le tiret (-) : Il marque un changement d’interlocuteur dans un dialogue, souligne une
information, marque une rupture.
3 – Le thème du texte :
L’interprétation du thème consiste à juger de son originalité en soi (peu traité en littérature) ou
de l’originalité avec laquelle il a été traité.
4 – L’énonciation
Il s’agit d’analyser l’ensemble des conditions dans lesquelles est produit l’énoncé à travers les
pronoms en se demandant : qui parle ? à qui ? qui pense ?
5 – Les procédés grammaticaux :
Il s’agit d’interpréter les éléments suivants :
a-La longueur et la structure des phrases
-La phrase simple = un seul verbe,
-La phrase composée = Des propositions coordonnées ou juxtaposées,
-La phrase complexe = proposition principale + une ou plusieurs
propositions subordonnées,
-La phrase nominale = sans verbe.
b-Les verbes :
-Leur fréquence,
-Les différentes sortes de verbes : verbes d’état, verbes d’action, verbes de réflexion, verbes
d’affirmation, verbes de sentiment,
-Les modes et les temps des verbes.
c-Les types et formes des phrases :
-Les phrases déclaratives, interrogatives, exclamatives, impératives.
-Les phrases affirmatives, négatives, emphatiques, actives, passives.
d-Les déterminants :
-Les articles définis, indéfinis.
-Les adjectifs possessifs, démonstratifs, indéfinis, interrogatifs.
e-Les valeurs particulières du singulier et du pluriel
L’opposition entre singulier et pluriel.
f-Les adverbes :
-Les adverbes de lieu, de temps, de manière…
-Leur fréquence.
6 – Les procédés lexicaux
-Le champ lexical,
-Le champ sémantique,
-Le vocabulaire appréciatif et dépréciatif,
-Les registres de langue,
-La dénotation et la connotation.
7 – Les procédés musicaux :
-Le rythme : binaire, ternaire, ascendant, accumulatif…
-Les sonorités : allitération, assonance, paronomase (son à peu près identique, sens différent)
…
8 – Les figures de style :
-Les figures d’opposition : antithèse, chiasme, oxymore ;
-Les figures d’insistance : répétition, anaphore, pléonasme,
redondance, périphrase, hyperbole,
accumulation, gradation, inversion ;
-Les figures d’animation ou de substitution : comparaison,
métaphore, métonymie, synecdoque,
allégorie, personnification, prosopopée,
parallélisme.
9 – La participation des cinq sens :
-La vue : visuel
-L’ouïe : auditif
-L’odorat : olfactif
-Le toucher : tactile
-Le goût : gustatif.
10 – La tonalité du texte
-Lyrique, -Réaliste,
-tragique, -Oratoire,
-Pathétique, -Comique (Satirique ou parodique),
-Ironique, -Polémique,
-Epique, -Fantastique,
-Dramatique.
NB : L’utilisation de ces outils d’analyse n’est pas systématique. Il s’agit de faire des choix en
fonction de leur pertinence pour le texte à commenter.
Exemple d’analyse du texte
Centre d’intérêt 1 : Le caractère tragique de l’accident
Les procédés lexicaux
-abominable craquement, -une débâcle informe de débris, -réduits en miettes, -toitures
défoncées, -roues brisées,
-le broiement de la machine
Le champ lexical de l’anéantissement
Il met en relief la destruction du train
-Mais des cris montèrent, des appels dont les mots se perdaient en hurlements inarticulés de
bête,
-au secours, -oh ! mon Dieu ! -je meurs
Le champ lexical de la souffrance et de la mort
Il traduit la souffrance des victimes
Les figures de style
-un écrasement sourd -un écrasement sourd terminé en un cri d’agonie ; -la Lison éventrée ; -
la Lison renversée sur les reins, le ventre ouvert.
-Une hyperbole et des personnifications
Elles mettent en évidence la destruction du train
Centre d’intérêt 2 : Les sentiments des personnages
Les procédés lexicaux
-l’épouvante les clouait,
-Misard et Cabuche, les bras en l’air,
-Flore les yeux béants,
-cette chose effrayante
Le champ lexical de la peur
Il traduit la peur des témoins.
-un abominable craquement,
-une débâcle informe
Le lexique évaluatif
Il évoque la frayeur des témoins.
Les déterminants
-On
Un pronom indéfini
Il désigne le narrateur et les autres témoins.
Les formes de phrase
-On n’entendait plus,
-on ne voyait plus
Des phrases négatives
Elles traduisent la compassion des témoins pour les victimes.
La ponctuation
-!
-…
Les exclamations et les suspensions
Elles montrent l‘impuissance des victimes.
Les procédés musicaux
A moi ! au secours !... oh ! mon Dieu ! je meurs ! au secours ! au secours !
Le rythme saccadé
Il évoque la détresse des victimes.
III – L’ORGANISATION DU PLAN
Pour élaborer le plan du développement, on observe les effets produits par les outils d’analyse
et on regroupe sous un même titre les remarques qui convergent vers un même effet de sens
pour former les idées secondaires de chaque centre d’intérêt ou axe de lecture. Les axes sont
choisis selon le contenu original. Ils sont ensuite hiérarchisés par ordre d’importance.
Pour relier les différents axes entre eux, on recherche la question à laquelle ils répondent
chacun à leur tour et de manière progressive. Cette grande idée générale constitue le fil
conducteur de tout le commentaire.
Exemple d’organisation du plan
Centre d’intérêt 1 : Le caractère tragique de l’accident
1 – La destruction du train
L’usage du champ lexical de l’anéantissement « abominable craquement », « une débâcle
informe de débris », « réduit en miettes », « toitures défoncées », « roues brisées », « le
broiement de la machine »
L’hyperbole « un écrasement sourd »
Ils mettent en relief le degré de violence du choc.
Les personnifications « un écrasement sourd terminé en un cri d’agonie », « la Lison éventrée
», « la Lison renversée sur les reins », « le ventre ouvert ».
Elles accentuent le caractère tragique de la scène.
2 – L’agonie des victimes
Le champ lexical de la souffrance et de la mort « Mais des cris montèrent », « des appels dont
les mots se perdaient en hurlements inarticulés de bête », « au secours », « oh ! mon Dieu ! » «
je meurs ».
Il met en évidence l’aspect dramatique et tragique de l’accident.
Centre d’intérêt 2 : Les sentiments des personnages
1 – Les sentiments des témoins
Le champ lexical de la peur « l’épouvante les clouait », « Misard et Cabuche, les bras en l’air »,
« Flore les yeux béants », « cette chose effrayante »
Le lexique évaluatif « un abominable craquement », « une débâcle informe »
Ils révèlent une vision apocalyptique, un spectacle insoutenable.
L’emploi du pronom indéfini « on » dans les phrases négatives «On n’entendait plus », « on ne
voyait plus ».
Il évoque la compassion des témoins pour les victimes.
2 – Les sentiments des victimes
Les exclamations et le rythme saccadé « A moi ! au secours !... oh ! mon Dieu ! je meurs ! au
secours ! au secours ! »
Ils traduisent l’impuissance et la détresse des passagers
IV – LA REDACTION DU DEVOIR
Elle se fait en trois grandes parties : une introduction, un développement, une conclusion.
1 – La rédaction du développement :
Il obéit à des principes essentiels :
a-La mise en page :
Chaque centre d’intérêt, représentant une grande partie du développement, est constitué de
deux paragraphes au minimum. Il est séparé du centre d’intérêt suivant par une ligne.
Les paragraphes d’un centre d’intérêt en constituent les idées secondaires. Ils sont distingués
par des alinéas (légers décalages vers la droite du début de la ligne qui marque le passage à
une nouvelle idée).
b-Les transitions et les liaisons :
Elles renforcent la structure logique du devoir.
-La transition : c’est une phrase qui a pour fonction de réunir deux idées. Elle résume l’idée
précédente et annonce la suivante. Elle se met à la fin de la rédaction du 1er centre d’intérêt.
-La liaison : c’est un mot ou une expression qui lie deux idées sans pour autant résumer
forcément la précédente. Elle permet de relier les paragraphes d’un même centre d’intérêt.
c-La variété du style
Il s’agit d’éviter la monotonie en écrivant les mêmes termes ou des formules identiques. Pour
cela, il y a des synonymes correspondants aux mots les plus utilisés :
-Montrer : représenter, manifester, signaler, prouver, désigner, décrire, marquer, souligner,
révéler, indiquer, dénoter, accuser, témoigner, confirmer, rapporter, transcrire, brosser,
dessiner, etc.
-Evoquer : suggérer, symboliser, rappeler, traduire, laisser pressentir, fixer, cristalliser, dénoter
etc.
d-L’insertion des citations :
Il est obligatoire d’illustrer le commentaire composé par des références précises empruntées au
texte. Toute citation ou illustration doit être intégrée à une phrase. Cela peut se faire de
différentes manières :
-La mise en apposition,
-L’énumération simple ou entre parenthèses.
-La citation tronquée (c’est une coupure dans l’illustration signalée par des points de
suspension entre parenthèses). Mais la citation doit garder une forme syntaxique correcte.
-La citation adaptée (il s’agit d’ajouter ou de transformer un mot dans la citation. Ce mot doit
être mis entre parenthèses).
-Les citations sont précédées par toute une analyse qu’elles viennent expliquer.
Rédaction du centre d’intérêt 1 :
Le narrateur présente d’abord le caractère tragique de l’accident en relevant les dégâts
matériels. Il se manifeste par l’état de destruction du train. En effet, l’usage du champ lexical de
l’anéantissement « abominable craquement », « une débâcle informe de débris », « réduit en
miettes », « toitures défoncées », « roues brisées », « le broiement de la machine » et
l’hyperbole « un écrasement sourd » mettent en relief le degré de violence du choc. De plus, les
personnifications « un écrasement sourd terminé en un cri d’agonie », « la Lison éventrée », «
la Lison renversée sur les reins », « le ventre ouvert » accentuent le caractère tragique de la
scène.
Ensuite, L’accident du train a affecté la vie des passagers. Ceux-ci sont dans l’agonie. Ainsi, le
champ lexical de la souffrance et de la mort « Mais des cris montèrent », « des appels dont les
mots se perdaient en hurlements inarticulés de bête », « au secours », « oh ! mon Dieu ! », « je
meurs » révèle les dégâts humains et met en évidence l’aspect dramatique et tragique de
l’accident. Cette scène tragique suscite des sentiments chez les personnages.
2 – La rédaction de l’introduction et de la conclusion :
a-La rédaction de l’introduction
Elle comporte trois parties rédigées en un seul paragraphe :
-La mise en contexte
Elle peut s’inspirer de la vie de l’auteur si le texte a un quelconque lien avec cette dernière, du
courant littéraire ou encore du thème du texte.
-La présentation du texte :
Il s’agit d’indiquer le nom de l’auteur, le titre de l’œuvre d’où le texte est extrait, le genre
littéraire, la situation du texte dans l’œuvre si cela est possible, l’idée générale ou l’intérêt
majeur du texte.
-L’annonce du plan :
On présente les axes de lecture ou centres d’intérêt en évitant de recourir à des formules trop
lourdes ou maladroites.
Exemple d’introduction
Le courant naturaliste au 19ème siècle a souvent mis en relief certains travers des applications
des sciences et techniques. Dans ce cadre, l’écrivain français Emile ZOLA, chef de file de ce
courant, écrit La bête humaine, une œuvre romanesque publiée en 1890. Dans cet extrait, le
narrateur fait la description d’un accident de train. Notre analyse permettra de mettre en relief le
caractère tragique de cet accident avant d’évoquer les sentiments des personnages.
b – La rédaction de la conclusion :
Elle doit être conçue comme une réponse à l’introduction. Elle comporte deux parties rédigées
en seul paragraphe.
-Le bilan des analyses
Il s’agit de faire la synthèse des éléments d’interprétation mis en évidence au bout de chaque
centre d’intérêt. Il faut cependant veiller à ne pas répéter directement les grandes idées du
développement.
-L’ouverture :
Elle consiste à montrer la nouveauté de l’œuvre en l’inscrivant dans la perspective de l’histoire
littéraire ou à comparer le texte à d’autres textes littéraires ou œuvres d’art ayant abordé le
même thème.
Exemple de conclusion
En définitive, ce texte est la description d’un spectacle cauchemardesque d’un accident de train.
Il met en relief d’une part les dégâts matériels et humains et d’autre part, la stupéfaction des
témoins et la détresse des victimes. Cette satire des inconvénients de la science rappelle le
roman La condition humaine d’André Malraux.
Proposé par M. ZAPRE
Niveau: Terminale
EXERCICE
Rédigez le centre d'intérêt 2
Benin Monde Littérature