Silences de l'altérité dans Agar
Silences de l'altérité dans Agar
Gherib, Emira
Les silences de l’altérité dans Agar d’Albert Memmi
Çedille. Revista de Estudios Franceses, núm. 3, 2013, pp. 109-125
Asociación de Francesistas de la Universidad Española
Tenerife, España
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ISSN: 1699-4949
Monografías 3 (2013)
Emira Gherib
Université de Tunis El Manar
[email protected]
Resumen Abstract
La novela Agar (1955), de Albert Agar (1955) of Albert Memmi put on
Memmi, que gira en torno a una joven stage a young couple : a Tunisian Jewish
pareja compuesta por un judío tunecino y and his wife, Marie, a catholic French-
su esposa, María, una francesa católica, woman. This novel illustrates different
presenta distintas interpretaciones de la variations of the figure of «abroad». «Se-
figura del «extranjero». Sea por elección o lected» statute o «undergone», at some
por fuerza mayor, en algún momento de point, the protagonists are «immigrants»
la trama los protagonistas son «inmigran- and they will try to sustain their love de-
tes» que intentan perpetuar su amor pese spite a lot of differences. However, it is
a toda clase de vicisitudes. Sin embargo, carried out towards inescapable conflicts
unos conflictos ineludibles los llevan a leading them to be inserted in the deepest
hundirse en la más profunda soledad. En of the loneliness. We will seek to show how
este trabajo nos proponemos demostrar the communication is in the center of the
cómo la comunicación se erige en el pro- problems of the book and constitutes the
blema central de la obra y constituye la missing part for a happy cohabitation.
pieza que falta para que se produzca una Key words: Agar; identity crisis; jewishness;
feliz convivencia. diversity; alterity; Tunisia.
Palabras clave: Agar; crisis de identidad;
judaísmo; diversidad; alteridad; Túnez.
0. Introduction
« Agar »… D’emblée, l’idée d’étranger s’impose lorsque l’on prend entre ses
mains ce roman d’Albert Memmi. Hagar, l’«étrangère» en hébreu, celle que la tradi-
tion biblique présente comme la servante d’Abraham, est égyptienne. L’étrangère
d’Agar de Memmi est française. Française en Tunisie. Ce court ouvrage publié en
1955, classique de la littérature d’expression française, encore très actuel, narre
l’histoire d’un jeune couple formé à Paris: Marie et son homme, le narrateur, juif
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tunisien. Après avoir vécu leurs premiers mois d’union dans la capitale française, ils
décident de s’établir en Tunisie, terre natale du jeune homme. Jusqu’alors, c’était lui
qui était l’ « étranger », qui plus est, personnification d’une identité juive complexe
dans un pays à grande majorité musulmane. Pour Marie, heureuse et curieuse de
suivre son mari, être étrangère en Tunisie est d’abord un statut « choisi » mais, peu à
peu, cela devient un statut « subi ». Le couple s’aime et tente de perpétuer son amour
malgré toutes sortes de difficultés. Toutefois, il est confronté à une recherche éperdue
d’identité qui mène à un inéluctable conflit de cultures conduisant les héros à
s’enfoncer chacun dans une solitude des plus profondes. Ne retirant aucun bénéfice
symbolique ou matériel de cette nouvelle culture, Marie semble se fermer herméti-
quement. Progressivement, elle sera encline à ne plus « subir » et semblera de plus en
plus lutter intérieurement, vivant une contre-acculturation silencieuse.
L’acculturation se définit, rappelons-le, comme « les phénomènes de contacts
et d’interpénétration entre civilisations différentes » (Bastide, 1985 : 115)1. C’est pré-
cisément sur ce point que nous aimerions baser notre analyse. Nous verrons dans
quelle mesure Marie, contrairement à son époux, ne se pose pas le même type de
questions existentielles, elle parait refuser, lutter toujours plus pour rejeter totalement
la culture qui l’entoure dans ce nouveau pays qui devient pour elle extrêmement hos-
tile.
1
Le terme « acculturation » a été proposé dès 1880 par des anthropologues américains, notamment
John Wesley Powell (1834-1902), qui nommait ainsi la transformation des modes de vie et de pensée
des immigrants au contact d’une société donnée. La contre-acculturation indique donc une opposition
à l’acculturation, à l’imposition d’une autre culture.
2
Il épouse lui-aussi une française, Marie-Germaine, catholique, retourne en Tunisie avec elle pour y
enseigner. Le couple s’installera, comme ces personnages, dans un premier temps dans l’appartement
des parents avant d’occuper une villa dans la banlieue de Tunis. La Tunisie, pour le couple Memmi,
ne sera qu’une étape d’une dizaine d’années : après l’indépendance, en 1956, il retourne s’établir en
France où l’auteur sera notamment professeur de psychiatrie sociale, attaché de recherches au CNRS.
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à lui seul une sorte de douleur intérieure, une dimension complexe et problématique,
« Mordekhaï » renvoyant à son identité juive, « Alexandre » au monde occidental et
« Benillouche » rappelle non seulement sa judéité mais aussi le monde indigène. Selon
Joëlle Strike (2003 : 33), ce personnage en « a honte parce qu'il révèle les trois identi-
tés qu'il porte en lui et qui le fracturent et lui pèsent parce qu'aucune d'elles ne lui
va ». Cette identité, qu’il le veuille ou non, est inscrite de façon indélébile dès sa nais-
sance. La vie dans la Tunisie de l’époque, ne fera que compliquer davantage les
choses. L’homme, en définitive, n’adhérera totalement ni à sa communauté juive trop
défavorisée dont il s’éloigne peu à peu, ni au monde musulman avec lequel il sera
toutefois solidaire face à l’oppression coloniale, ni à l’Europe qui le rejettera. Il syn-
thétise fatalement cette idée et son désarroi dans cette phrase : « J’avais refusé l’orient,
l’occident me refusait » (Memmi, 2002 : 353).
Dans son ouvrage bilan, Le nomade immobile, Albert Memmi (2000 : 25) ex-
prime également un mal-être, l’éternel décalage du juif au Maghreb:
J'ai détesté l'école primaire, où j'étais sujet à de brusques an-
goisses parce que je ne comprenais pas le français; j'ai détesté le
lycée, parce que je m'y sentais, parce que j'y étais un étranger
parmi les enfants de la bourgeoisie; j'ai détesté l'université,
parce que j'y étais désespérément déçu par des maîtres que
j'admirais de loin, par la philosophie, élitaire et abstraite, de la
Sorbonne, qui ne me concernait pas.
Lui et ses personnages principaux sont projetés à un moment ou à un autre
au-delà de leur histoire locale, histoire qui, à la base, est souvent elle-même extrême-
ment compliquée.
La colonisation a largement marqué Albert Memmi et bien sûr son écriture.
Rappelons que le protectorat français en Tunisie a été institué en 1881. Comme on
sait, le souverain de Tunis, le Bey, fut alors contraint d’abandonner la grande majori-
té de ses pouvoirs au représentant officiel du gouvernement français. Le régime fut
réorganisé, de nouveaux services administratifs furent créés, entièrement aux mains
des Français3. Ce n’est qu’en 1956 que le royaume de Tunis gagnera son indépen-
dance.
Ce passé colonial semble hanter Albert Memmi ainsi que la société tunisienne
en général, à de multiples degrés et sous de multiples formes. Les réminiscences de
cette période traumatisante de l’histoire se font évidemment sentir dans la littérature.
3
La justice fut réformée, l'enseignement modernisé (il se calque sur le système français) et une nouvelle
administration financière fut mise en place. À partir de 1907, des représentants de l’élite tunisienne, se
regroupèrent pour l’indépendance. Quelques années plus tard (1920), des groupes nationalistes formè-
rent le Destour. Malgré la répression des autorités, le 20 mars 1956, l’indépendance fut proclamée. Un
an plus tard, le nouvel homme fort, Habib Bourguiba, proclama la République dont il devint Prési-
dent (25 juillet 1957).
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Son œuvre nous propose une sérieuse réflexion voire une attaque contre les modes de
perception et les représentations dont les colonisés étaient l'objet. Au même titre que
des intellectuels comme Frantz Fanon et Edward Saïd, Memmi, aussi bien grâce à ses
essais qu’à ses romans, a contribué à déconstruire les mécanismes du discours colo-
nial. Albert Memmi (1976 : 9) s’est défini lui-même comme un « citoyen de seconde
zone ». Parmi les pionniers des études francophones, il revisite les notions de racisme,
de colonisation, de dépendance. Dans ses écrits, l’idée toujours plus ou moins sous-
jacente, semble être celle de la quête identitaire, de la fêlure, du manque.
Portrait du colonisé précédé du Portrait du colonisateur (1957), publié au len-
demain de l’indépendance de la Tunisie, préfacé par Jean-Paul Sartre, fait date dans
l’œuvre de Memmi ainsi que dans la réflexion sur le fait colonial en général. La crédi-
bilité d’un auteur comme Albert Memmi pour le traitement de telles problématiques
est accentuée par le fait qu’il bénéficie d’une double approche du monde de la colo-
nie: en tant que Tunisien vivant sous le pouvoir français, il pouvait être considéré
comme colonisé. Mais en tant que membre de la communauté juive tunisienne, il
appartenait à un groupe intermédiaire qui bénéficiait de certains privilèges concédés
par le colonisateur. Différentes déclinaisons à l’intérieur d’un même peuple sont pos-
sibles. Memmi a surtout cherché à mettre en avant le poids de la coexistence dans une
situation aussi violente que celle de la colonie.
2. L’arrivée et le retour
D’emblée, le titre de ce second roman de Memmi évoque la figure de
l’étranger dont les traits s’affirment au cours des premières lignes de la narration. Le
narrateur-protagoniste se demande, pensant à son épouse sur le point de découvrir la
Tunisie : « Comment allait-elle juger les miens? si différents d’elle par les mœurs, la
religion, la langue… » (Memmi, 1984 : 23). Il se pose d’entrée de jeu des questions
sur l’acculturation de sa femme, lui qui ne la connaissait que dans un contexte franco-
français déterminé.
Marie arrive, son époux rentre au pays, en Tunisie, pays souvent mis en scène
dans les écrits de Memmi, ainsi que l’univers juif et arabe. Les rôles sont inversés,
l’étrangère, c’est elle désormais. Le couple mixte n’implique pas seulement la diffé-
rence, mais aussi une distance sociale, un rapport qui place l’autre en étranger, dans
une terre étrangère. Le thème de l’union mixte est cher à Memmi, on le retrouve no-
tamment dans La libération du Juif (1966) et dans le Pharaon (1988) mais il s’agit
aussi d’un thème récurrent dans la littérature judéo-maghrébine. Agar s’ouvre sur ce
transfert pour Marie, sur une lente arrivée vers Tunis en bateau. Paradoxalement,
mais aussi temporairement, cela n’est qu’angoisse pour le héros et joie pour son
épouse, pleine de curiosité. Lui connaît les deux mondes. Elle, est sur le point de dé-
couvrir la face cachée de son époux, celle que le quotidien parisien avait contribué à
engloutir dans les abîmes de sa mémoire.
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À l’angoisse, s’ajoute un malaise, la peur que Marie soit déçue. À peine arri-
vés : « je cherchai à signaler à Marie les curiosités de la ville ; à mon étonnement je
m’aperçus qu’il n’y en avait pas » (Memmi, 1984: 26). Sa famille lui semble immé-
diatement maladroite, excentrique, lui fait presque honte. Il s’évertuera à dissimuler
le négatif et appuyer le positif, enjoliver ce qui les entoure pour bâtir cette nouvelle
vie qui commence. Les épisodes, les situations, les visions qui auraient pu lui sembler
triviaux, deviennent pour lui d’autant plus insolents et insupportables maintenant
qu’il les imagine à travers la subjectivité de Marie. Dès lors, un décalage entre ces
deux personnes s’opère, décalage qui évoque la notion de « duo » très présente chez
Memmi. Elle lui permet d’analyser nombre d’interactions et dichotomies humaines :
colonisateur/colonisé, mère/enfant, dominant/dominé, pourvoyeur/dépendant…
Celles-ci sont examinées eu égard au tissu social dans lequel elles s'inscrivent. La rela-
tion de ce duo est à reconsidérer totalement puisque le tissu social est très différent de
celui de leur rencontre et c’est précisément cette nouvelle donne qui redimensionne
ce couple autour duquel se construit tout l’ouvrage. Ce dernier sert de prétexte à
l’auteur pour réfléchir à des problématiques inhérentes à sa trajectoire littéraire. Dans
une interview accordée à Francine Bordeleau (1991 : 53), Memmi confie :
Dans l'essai théorique, j'accorde une importance capitale à
l'expérience vécue. Quand mes étudiants ont une difficulté,
lorsqu'ils ne comprennent pas un problème sociologique, je
leur dis de retourner dans le réel. Vous voulez savoir ce qu'est
un couple? Commencez par interroger une femme et un
homme, écoutez les gens, retournez à l'expérience vécue, tou-
jours. Et je pense que ceux qui nient la part de vécu dans l'essai
se trompent.
L’homme, narrateur homodiégétique, est très présent par son « je », mais en
même temps, s’efface complètement au profit de Marie vis-à-vis de laquelle il semble
se sentir redevable. Le lecteur ne connaîtra d’ailleurs son prénom, à aucun moment
du livre. L’anonymat du héros renforce une idée de « huis clos » soutenue par Anny
Dayan Rosenman (2002 : 57-59) qui évoque surtout le fait que Memmi taise com-
plètement le contexte historique pourtant mouvementé dans la mesure où Agar a été
publié en 1955 à la veille de l’indépendance de la Tunisie. Ces choix permettent de
plonger ce roman dans un flou temporel et de le rendre encore très actuel mais aussi
transposable. En effet, beaucoup pourraient se reconnaître, au moins en partie, dans
ce couple. Le narrateur-protagoniste mène une sorte de combat et devient peu à peu
étranger à lui-même. Ayant fait «subir» à son épouse un statut d’étrangère, il subit lui
aussi un poids sur sa conscience.
En Tunisie, il semble immédiatement se sentir inférieur, juif en terre d’islam,
membre de ce peuple dominé face à cette jeune femme issue du peuple dominateur.
La France avait pourtant plus ou moins gommé leurs différences, son statut
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d’étudiant, qui plus est en médecine, avait contribué à le placer dans l’universalité.
Seul, il pouvait faire bonne figure, sans être intimidé par le comportement gauche des
siens, par ce pays imparfait. Et Marie était elle-même étrangère à Paris, loin de son
Alsace natale. Ils étaient isolés mais unis. Une fois en Tunisie, Marie cherchera le
même type d’isolement, une sorte de claustration volontaire, ce qui s’avèrera totale-
ment impossible malgré son obstination. Lui, doit lutter entre deux pulsions, d’une
part celle qui le conduit vers ceux qu’il aime appeler « les miens », vers une grande
fidélité envers ce cocon rassurant, cette valeur-refuge, et, d’autre part, une pulsion qui
le fait sortir de cette petite sphère communautaire pour le mener vers une ouverture
d’un tout autre ordre, vers une soif de connaissance, vers la laïcité, vers aussi, un autre
lui. En réalité, il dispose de plusieurs «lui», et ce, ne serait-ce que par sa judéité.
D’après le philosophe américano-israélien Daniel Boyarin (1994 : 15), « Jewishness
disrupts the very categories of identity, because it is not national, not genealogical,
not religious, but all of these, in dialectical tension with one another». C’est en effet,
une notion complexe qui implique des liens embrouillés, solides, mais que l’on peut
aussi parfois dissimuler. Ces liens sont de différents ordres, ils ont trait à la culture, à
la tradition, au vécu…
En France, le héros étudiant, a pu taire, occulter complètement cette identité
ethnoculturelle et religieuse en faveur de sa nouvelle vie parisienne. Lorsqu’il se sépara
de Marie l’espace d’un été afin de passer du temps avec sa famille en Tunisie, il eut
du mal à supporter la distance : « Jamais je ne me suis senti étranger comme cet été-
là. Je ne connaissais plus personne […]. Je restai à promener mon ennui dans le dé-
sert de la ville, vide de tous visages » (Memmi, 1984 : 41). Une idée analogue est ex-
primée dans La Statue de sel: de retour au pays, le personnage déclare : « Je me décou-
vris irréductiblement étranger dans ma ville natale. Et, comme une mère, une ville
natale ne se remplace pas » (Memmi, 2002 : 110). Ces personnages memmiens vivent
le drame d’une nostalgie irréparable, d’une carence, d’un statut d’orphelin, même si
les parents sont vivants. La coupure advenue à un moment ou à un autre crée une
immense et douloureuse frustration. Pour pallier autrement à cela, le personnage
d’Agar pense avoir trouvé la « solution » en épousant une française. Son nouveau
monde, c’est Marie. Il tente donc de faire coexister les deux : Marie en Tunisie…
Le fils prodigue est de retour chez ses parents avec un trophée, avec la concré-
tisation de la part d’Occident présente en lui :
Au souvenir de mes révoltes, de mes résolutions passées, je sen-
tais, quelquefois, m’envahir le doute, le soupçon d’une défaite.
Alors, je regardais ma femme, j’en étais toujours plus amou-
reux. Eh quoi? n’était-elle pas là, preuve vivante de mon au-
dace? Sans elle, peut-être, ce retour aurait-il été un abandon;
épousant Marie je revenais les mains pleines de l’étrange fruit
de ces lointaines contrées (Memmi, 1984 : 44).
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est quantativement loin d’être négligeable : Guy Degas (1992 : 7), dans sa Bibliogra-
phie critique de la littérature judéo-maghrébine d’expression française (1896-1990), re-
cense 120 auteurs et 400 références et où il précise que la littérature juive est la plus
ancienne production francophone du Maghreb. Albert Memmi est sans conteste
l’auteur qui a le plus marqué cette littérature, le plus prolifique, le plus étudié, les
nombreuses études monographiques éditées sur son œuvre témoignent de l’intérêt
qu’il suscite.
Pour sa protagoniste Marie, le statut d’« étranger » est clairement plus défini,
moins complexe, moins problématique que celui de son mari ou de l’auteur dans la
mesure où il n’est pas aussi empreint d’insolvabilité. Ceci lui permet alors de
s’exprimer plus franchement, de cacher de moins en moins ses impressions les plus
intimes et celles qui, de façon plus ou moins anodine, blessent profondément son
compagnon tunisien et dévoilent un refus catégorique de ce nouveau monde.
Son regard strict, critique, reflète celui que pourrait avoir l’Occident sur
l’Orient. Le personnage masculin craint l’incompréhension des autres, le fait de ne
plus être considéré, le fait de décevoir ceux qui l’entourent. Cette déception éven-
tuelle nait aussi de la distance qui se dessine entre lui et eux, une distance parfois dési-
rée mais inévitablement toujours présente et qui engendre une préoccupation ma-
jeure, celle d’être jugé. En Tunisie, particulièrement, il semble avoir en permanence
un œil inquisiteur posé sur lui qui lui rappelle sa recherche et son besoin d’une recon-
naissance d’autrui, de sa femme, de sa famille juive tunisienne et du reste de la société.
Il s’applique aussi bien implicitement qu’explicitement à se comporter de façon à
faire face à ce lourd poids existentiel dont il ne peut aucunement se libérer, surtout les
premiers temps qui suivent son retour. Il s’agit d’une peur du jugement envers sa
propre personne mais aussi envers les choses qui l’entourent et auxquelles il tient.
L’odeur du jasmin par exemple insupporte Marie. La déception de son époux est fa-
rouchement grande. La petite fleur blanche est pourtant l’orgueil de son pays, con-
densé de souvenirs, de soleil, elle sera même, bien plus tard, en 2011, emblème de sa
révolution. Pour Marie cela devient un symbole de mal-être, une matérialisation de
son dégout. Puis, l’aversion s’amplifie :
Elle souffrait de la chaleur et du froid, de l’humidité et de la
lumière éclatante qui l’éblouissait, du bruit incessant des ra-
dios, des odeurs toujours présentes, celle de l’huile frite, des
grillades, des fleurs; elle ne pouvait comprendre ni excuser
notre laisser-aller méditerranéen, les portes et les fenêtres qui
ferment mal, les vitres cassées, l’exubérance des joies et des
peines (Memmi, 1984 : 68).
Sa belle-famille, malgré ses efforts, devient ennemie, elle représente cette cul-
ture à laquelle elle ne veut absolument pas s’assimiler. Ses membres contribuent à
pousser davantage Marie vers une contre-acculturation. Le contact passe mal,
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l’articulation entre le moi et les autres peine à se faire. C’est justement sur ce contact
que se base l’idée d’« acculturation ». Comme le précise Roger Bastide (1985: 114) :
« Les Anglais lui préfèrent celui de cultural change –moins chargé de valeurs ethno-
centriques liées à la colonisation (Malinowski)–, les Espagnols celui de transcultura-
ción (F. Ortiz), et les Français l'expression d’interpénétration des civilisations ». Dans
tous les cas, il s’agit donc d’échange, de rapprochement, d’interaction. Marie, par
contre, se montrera de plus en plus hermétique. Par exemple, après un dîner pascal en
famille, le silence extrêmement pesant de Marie préoccupe son conjoint, la culpabilité
d’avoir passé une soirée agréable et heureuse en famille et de la lui avoir imposée, le
ronge. Même guidé par son rationalisme occidental, il apprécie ce type d’habitus qui
peut sembler désuet. L’incompatibilité d’humeur creuse un fossé qu’il s’acharne à
combler promettant qu’ils éviteront dorénavant d’assister à ce genre de repas. Marie
répond alors : « Oh ! oui, je préfère… ici, je dois faire un effort constant… tout cela
me paraît absurde!... anachronique… je n’ai pas quitté les préjugés et les superstitions
de chez moi pour tomber dans… cette barbarie ! » (Memmi, 1984: 54). Ce dernier
terme, issu du latin, renvoie justement à l’« étranger ». Le terme « barbare » provient
en réalité du grec barbaros qui désignait la personne qui ne parle pas le langage civili-
sé, et donc le grec. Marie se place dans cette dimension ethnocentrique qui, pour
Claude Levi-Strauss, correspond à l’oubli que l’homme est porteur de plusieurs cul-
tures et dénote une forme d’inculture anthropologique et sociologue de la nature
humaine. Ainsi, dans ce sens, dans Race et histoire, il défini : « le barbare c'est d'abord
l'homme qui croit à la barbarie » (Levi-Strauss, 1987 : 22).
Marie ne semble aucunement prête à faire des efforts d’ouverture, de curiosité
envers les normes et les valeurs de son nouveau milieu. Lui, n’émet pas de grande
résistance, ne réagit pas violemment à ces réactions, stupéfait, il se tait, lâchement
conciliant. Marie l’interpelle le voyant silencieux, lui demande s’il est contrarié:
« Non ! non !... je… je réfléchissais à notre installation» (Memmi, 1984 : 54)
s’empresse-t-il de répondre. Il ressent vraisemblablement une autre sorte de malaise,
un malaise d’ordre identitaire semblable à celui qu’exprime Albert Memmi dans plu-
sieurs de ses écrits et que Afifa Marzouki (2007 : 15) présente en ces termes:
Cette quête de l'identité est souvent doublée de la peur de l'in-
compréhension d'autrui, de déchoir à ses yeux pour avoir pris
un parti plutôt qu'un autre, crainte d'être mal vu des siens,
pour avoir choisi l'exil et souci d'être marginalisé par les autres
pour avoir affirmé ses distances vis-à-vis d'eux.
Cette « peur » continue est d’autant plus forte que le protagoniste d’Agar re-
vient de son exil français avec une preuve personnifiée de sa nouvelle différence,
preuve envers laquelle il se sent constamment dans le devoir de rendre des comptes de
s’excuser, de se justifier. Il vit le fameux dilemme largement mythifié par Memmi :
acceptation de soi et refus de soi. Memmi, mais d’autres écrivains juifs maghrébins se
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Camus et Memmi se rencontrent à Paris au début des années 50, ils collaborent avec Béchir Ben
Yahmed pour la création d’un nouvel hebdomadaire tunisien Afrique-Action, qui deviendra par la suite
Jeune Afrique.
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époux. Une série d’interrogations nouvelles se pose, surtout pour ce qui est de la
transmission identitaire; les époux sont confrontés à des négociations, à des décisions
qui ne sont fatalement pas neutres. À titre d’exemple, le choix du prénom est pro-
blématique, il révèle d’emblée, pour le couple, le choix de leur stratégie identitaire.
Comme l’affirme Azouz Begag, « donner un prénom c’est anticiper tout un projet
pour l’enfant qui va le porter » (Feroldi, 2003 : 36). Avant même que le sexe de
l’enfant soit connu, le futur grand-père paternel demande solennellement à son fils de
donner à l’enfant son propre prénom: Abraham, afin de pérenniser la tradition ances-
trale marquée par la forte domination patriarcale. L’évocation de ce désir provoque la
colère de Marie et son désaccord le plus total : « Le visage de ma femme aussitôt se
ferma, son refus s’y peignit si total qu’il me révolta. Elle quitta la table et alla s’asseoir
sur une chaise, bizarrement au milieu de la pièce » (Memmi, 1984 : 93). Elle se poste
ainsi, sans doute pour spatialiser son isolement, alors que son mari était lui-même
contre cette idée. L’oppressante autorité masculine au Maghreb de la communauté
juive est même dénoncée par les femmes y appartenant comme en témoignent no-
tamment les écrits d’écrivaines natives de l’Afrique du Nord comme Paule Darmon,
Rachel Kahn, Annie Goldmann et Gisèle Halimi. Respectivement originaires du Ma-
roc, d’Algérie et de Tunisie pour les deux dernières, elles narrent comment la femme
juive dans ces pays est soumise au respect rigoureux des règles traditionalistes impo-
sées par les hommes du clan5. L’écriture devient pour elles arme d’émancipation,
moyen d’accuser une emprise du pouvoir patriarcal.
Derrière la décision du prénom, c’est bien l’identité du futur individu qui
préoccupe tout l’entourage. En effet, ce choix contraint les parents à dévoiler publi-
quement ce qu’ils voudront transmettre à leur enfant, leur volonté face à l’identité
culturelle, sociale, familiale, religieuse de l’enfant. L’intimité du couple est mise à
rude épreuve. On pressent l’importance de ce moment dans leur histoire familiale et
son caractère pour le coup très délicat car la première discussion à ce sujet va entrai-
ner « la scène la plus sérieuse depuis notre arrivée » (Memmi, 1984 : 95). Marie
semble vouloir préparer la contre-acculturation de son enfant. En même temps, elle
est pour son mari une sorte de miroir accusateur qui le pousse à prendre des déci-
sions, un autre moi qui remue de profonds questionnements qu’il préférait étouffer et
exige des réponses sans autoriser le doute.
Rachida Saïgh Boustra (2002 : 72) écrit à ce sujet6 :
5
En 1973 Gisèle Halimi publie La cause des femmes (Paris, Grasset) ; en 1979, Annie Golmann publie
Les filles de Mardochée (Paris, Denoël-Gonthier) ; un an plus tard paraît le livre le Paule Darmon Baisse
les yeux, Sarah (Paris, Grasset) ; et plus récemment, en 2000, Rachel Kahn publie chez Flamarion
Adieu Béchar.
6
Ses propos sont tirés d’un recueil où figurent les interventions d’un colloque international dédié à
l’œuvre de Memmi qui s’est tenu à Jérusalem en novembre 1998.
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Monografías de Çédille 3 (2013), 109-125 Emira Gherib
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Monografías de Çédille 3 (2013), 109-125 Emira Gherib
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Ce n’est pas tant le statut d’étrangère de Marie qui sera la cause de la crise
conjugale, son mari lui avoue d’ailleurs : « …tu sais, je crois que si je ne t’avais pas
connue, j’aurais, tout de même, épousé… une étrangère » (Memmi, 1984 : 172).
Peut-être plutôt une étrangère qui aurait été plus ouverte à une socialisation dans ce
nouveau pays, qui se serait davantage assimilée ou qui, au moins, n’aurait pas rejeté
avec autant de virulence l’autre part de lui-même. Leur amour ne peut survivre à cela.
Ce « clan » qui l’a tant chagriné, dont elle a cherché à l’exclure, est pour elle
davantage synonyme de tribu que de société, dans toute la dimension eurocentriste
que cela implique. Dans un cri de désespoir, à propos de sa belle-famille, Marie
s’écrie : « – Oui, je les hais, je les hais ! Ce sont des sauvages ! Je déteste leurs cou-
tumes moyenâgeuses et leur religion de primitifs !... » (Memmi, 1984 : 183).
L’étrangère donne libre court à son racisme sous-jacent. L’une des définitions les plus
célèbres de cette notion est justement l’œuvre d’Albert Memmi, qui publiera un livre
dédié à cette question [Le racisme (1982)] : « Le racisme est la valorisation, généralisée
et définitive, de différences, réelles et imaginaires, au profit de l'accusateur et au dé-
triment de sa victime, afin de justifier ses privilèges ou son agression »7. L’agression
vis-à-vis de son mari est surtout morale, elle le vise au plus profond de son identité,
de son être. « Depuis trois ans, tout ce que je sens, tout ce que je suis est remis en
questions ! » (Memmi, 1984 : 181) ose-t-il finalement lui avouer. Étant donné le
contexte colonialiste, cette définition fait valoir le fait que le racisme peut être consi-
déré comme une sous-catégorie, une rubrique spécifique de la domination. Il renvoie
à un refus de la différence, cette différence source de tous les maux de Marie. Par
ailleurs, comme le rappelle Tahar Ben Jelloun (1995 : 54) dans sa tentative
d’expliquer le racisme à sa fille : « Dans l’exclusion de l’autre, c’est un peu soi-même
que l’on exclut ».
En effet, un mur, s’est dressé entre eux :
Nous sommes allongés l’un contre l’autre, dans une immobilité
si désaccordée à la nuit, au repos, au sommeil de l’enfant…
L’affrontement de nos deux silences est tel qu’il me fait grincer
des dents […]. Elle baigne dans l’angoisse et ma pitié reflue.
Mais comment sortir de mon propre isolement, qui l’emmure?
Silence; où se prépare l’allure de notre bataille (Memmi, 1984 :
180).
Les silences se ponctuent de violentes crises. Après avoir traité les siens
d’« incultes, grossiers et vulgaires », Marie ajoute : « Il n’y a pas une seule personne
parmi eux que j’aie envie d’approcher ! Je n’aime pas ces gens et je déteste cette ville!
Je ne m’y ferai jamais ! jamais ! » (Memmi, 1984 : 182). Ce fameux rapport de la
7
Cette définition du racisme est d’ailleurs parmi les plus employées et a été choisie par Encyclopedia
Universalis.
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communauté juive avec sa terre natale est mis à mal, le mari agressé dans sa chair, lui
rappelle qu’il fait partie intégrante de ce groupe qu’elle dénigre avec tant de haine.
« C’est absurde ! Tu n’en fais pas partie ! Tu es tellement différent d’eux ! » (Memmi,
1984 : 182) rétorque-t-elle. « Différent » certes, mais il appartient à ce petit monde
et, malgré tout, il ne peut couper le cordon. Dans un premier temps, Marie avait joué
un rôle de bouclier contre ses abdications, paradoxalement, elle l’a même aidé à faire
des concessions, à mieux supporter son environnement tunisien afin qu’il trouve une
sorte de stabilité, d’équilibre entre les deux. Cependant, peu à peu, leurs problèmes
deviennent insolvables, et malgré le fait que Marie tombe enceinte de nouveau, l’issue
fatale se profile.
4. Conclusion
Memmi fait des rapports à l’altérité et à soi-même l’une des problématique
premières de son œuvre. Exprimer le difficile rapport à l’autre, un manque, la sensa-
tion de n’être totalement bien, ni ici, ni ailleurs, semble être un souci majeur pour les
protagonistes de Agar. Albert Memmi cherchera constamment à recoller les morceaux
d’un puzzle géant et complexe. Il ne perdra jamais de vue dans ses écrits la question
des racines et, comme l’écrit Marzouki (2010 : 139) à son sujet : « C'est dans son
douloureux effort d'universalisme, de connaissance du monde et des horizons autres,
que l'écrivain voit le mieux l'impossibilité de rompre les amarres avec son passé, de
rester indifférent à ses attaches ». C’est tout à fait le cas du héros de Agar, même si,
avec ses multiples marginalités, il sort meurtri de cette expérience, après ce grand
écart entre la soumission à la communauté, aux racines et la volonté de se détacher,
d’aller de l’avant, vers l’émancipation, vers de nouveaux horizons. Marie aussi en sort
déchirée, son malaise est allé crescendo, le bonheur qu’elle a essayé de construire a été
parasité par cette culture très oppressante pour elle. Les silences et les souffrances in-
térieures se sont accrus, la contre-acculturation s’est affirmée et les soucis se sont mul-
tipliés. Tout cela a mené tout droit à l’étiolement de ce couple exogame. Albert
Memmi, dans la préface de l’édition de 1963 de Agar écrit : « Mes héros échouent
parce qu’ils ont manqué, tous les deux, de force et de liberté ; parce que l’héroïne n’a
pas été assez ouverte et généreuse, parce que le héros n’a pas été assez courageux, assez
révolutionnaire » (Memmi, 1984 : 16). En même temps, mettant encore le doigt sur
une problématique enfouie en lui et en nombre de ses personnages, mais toujours
plus ou moins pressentie, il fait dire au protagoniste de Le scorpion : « Ah si j'avais du
talent, le seul livre que j'aurais écrit avec joie, je l'aurais intitulé "personne n'est cou-
pable" » (Memmi, 1969 : 240). En définitive, l’histoire intime du couple de Agar, est
une métonymie de l’œuvre de Memmi pour lequel les relations envers autrui consti-
tuent un sempiternel questionnement, voire le drame de sa vie.
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