Cours Stés Commerciales
Cours Stés Commerciales
COMMERCIALES
(Ali Nenni)
1
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
1) – Droit Tunisien :
2) – Droit Français :
• RIPERT G. et ROBLOT R., Traité de droit des affaires, tome 2, Les sociétés
commerciales, par GERMAIN M. , .et MAGNES V., LGDJ, 21ème éd., 2014.
• GUYON Y., Droit des affaires, tome 1, Droit commercial général et Sociétés,
Economica, 9ème éd., 1996.
• HEMARD J., TERRE F. et MABILAT P., Sociétés commerciales, Préface de J.
Foyer, tome 1, Dalloz, 1972.
• DIDIER P. et DIDIER Ph., Les sociétés commerciales, tome 2, Economica, 2011.
• COZIAN M., VIANDIER A. et DEBOISSY F., Droit des sociétés, LexisNexis,
28ème éd., 2013.
2
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1.- Le droit commercial est la branche du droit privé qui réglemente l’activité
commerciale. En effet, avant d’affirmer sa spécificité qui a donné lieu à la formation d’une
branche qui lui est spécifique, l’activité commerciale a du, pour longtemps, se suffire aux
règles du droit civil comme étant le droit commun à toutes les activités. Ce n’est que suite au
développement spectaculaire du commerce et à l’aspect de plus en plus entravant des règles
du droit civil que les commerçants ont commencé de sentir le besoin de créer des usages et
coutumes qu’ils appliquaient dans le cadre de leurs relations professionnelles. C’est dans ce
sens qu’on explique, avec raison, l’importance des usages dans les sources du droit
commercial.
Droit relativement autonome par rapport au droit civil, le droit commercial l’est non
seulement en rapport avec ses propres règles mais également ses principes et ses institutions.
A cet effet, il semble que l’argument qui fonde cette spécificité sur les caractères inhérents
aux rapports civils par rapport aux rapports commerciaux est déterminent. Aussi, si les
rapports régis par le droit civil sont marqués par l’aspect durable et rarement répétitif, ceux
qui sont soumis au droit commercial, sont en revanche répétitifs et d’une mouvance
remarquable.
Deux philosophies opposées, nécessitent logiquement deux corps de règles différents : un
corps de règles animé par l’idée de l’immobilisme, le droit civil, et un autre corps animé par
l’idée de mobilité permanente, le droit commercial.
Droit de la richesse immobile, le droit civil a donc permis l’apparition d’un droit de la
richesse mobile, le droit commercial.
1
L’article premier du code de commerce dispose que « Le présent code s’applique aux commerçants et aux
actes du commerce ».
3
morale est en train, de nos jours, de prendre la relève, en termes d’importance, sous la forme
des sociétés commerciales.
3.- Le droit des sociétés commerciales comme étant une subdivision de la branche du
droit commercial, démontre ainsi cette importance de plus en plus grandissante de la société
commerciale dans l’économie.
La promulgation relativement récente d’un code des sociétés commerciales en 2000, est, à ce
titre, une consécration de l’importance de la matière et de la nécessité de lui réserver un code
qui lui assure une unité et une modernisation en relation avec le contexte économique marqué
par l’orientation vers une économie de marché fondée sur l’idée du libéralisme économique et
la concurrence.
Dans ce contexte où il est nécessaire non seulement d’encourager l’initiative privée mais
surtout de développer une législation moderne devant assurer à l’idée d’association un attrait
suffisant, le droit des sociétés commerciales apparait comme une sorte d’aiguillon de la
croissance économique.
L’étude du droit des sociétés commerciales doit commencer, avant toute présentation de ses
propres règles, par un double exposé qui tend à répondre d’abord à une question
fondamentale : pourquoi créer une société commerciale ? (section 1), pour ensuite esquisser
une présentation de l’évolution de la législation applicable aux sociétés commerciales
(section 2).
Section 1
Utilité de la société commerciale
4.- Quelle utilité représente l’exercice d’une activité commerciale dans le cadre d’une
société commerciale ?
Se constituer sous forme de société commerciale est en réalité une attitude qui trouve son
origine dans l’idée d’agglomération des moyens en vue d’atteindre des résultats meilleurs que
les efforts isolés ne sont en mesure d’atteindre.
« L’union fait la force » est le proverbe qui résume la sagesse humaine qui a eue le mérite de
découvrir l’utilité de réunir les moyens dans la mesure où cette réunion apporte des avantages
certains dont notamment :
4
5.- Que la constitution d’une société commerciale soit motivée par une utilité financière,
patrimoniale, rationnelle ou organisationnelle, ou une combinaison d’une ou plusieurs de ces
utilités, il demeure que l’exercice de l’activité commerciale dans le cadre d’une personne
morale, se traduit par l’individualisation de cette personne morale, d’une part, et la relative
indépendance par rapports à ceux qui ont été à l’origine de cette constitution, les associés.
C’est cette individualisation et cette indépendance qui forment les principaux foyers à partir
desquels se forme les règles, principes et institutions du droit des sociétés commerciales.
L’utilité de constitution des sociétés commerciales et l’importance qu’elles ont dans toute
économie n’a pas laissé indifférent les législateurs. Aussi, le droit des sociétés commerciales
est, de nos jours, une partie importante du droit commercial qui constitue le cadre juridique de
l’activité commerciale réalisée dans le cadre d’une société commerciale.
Son état actuel est l’aboutissement d’une longue histoire qu’il importe de présenter tant elle
peut éclairer et expliquer l’évolution qu’il a subi.
Section 2
La législation applicable à la société commerciale
6.- L’intérêt suscité par l’exercice de l’activité commerciale dans le cadre d’une société
commerciale a été derrière l’apparition d’une réglementation qui constitue le cadre juridique
de cette activité.
L’étude de l’évolution historique de cette législation ne manque pas d’intérêt dans la mesure
où elle permet de suivre le développement de cette législation en relation avec les
changements intervenus dans le contexte à la fois politique et économique.
A cet effet, il semble qu’un découpage qui prend en considération ces deux dimensions
permet de repérer une première période, le protectorat (§1), suivie de celle relative à l’Etat
Independent (§2).
§1- Le protectorat :
- le Décret Beylical du 28 février 1930 relatif aux sociétés de capitaux reproduisant la loi
française de 24 juillet 1867 relative aux sociétés par actions.
- le Décret Beylical du 5 mai 1930 relative aux sociétés à responsabilité limitée reproduisant
le contenu de la loi française du 7 mars 1925 introduisant la société à responsabilité limitée.
- le Décret Beylical du 23 février 1950 relatif aux formalités de publicité des sociétés.
5
-le Décret Beylical du 30 août 1955 reproduisant les adaptations apportées à la loi du 24
juillet 1867 relative aux sociétés par actions et la loi du 7 mars 1925 relative aux sociétés à
responsabilité limitée.
Conformément aux dispositions du code des sociétés commerciales, l’étude du droit des
sociétés commerciales permet de distinguer deux groupes de règles. Le premier groupe
concerne l’ensemble des règles dites communes qui s’appliquent à toute société commerciale
indépendamment se la forme choisie (Première Partie) alors que le second traite des règles
relatives à chaque forme sociale (Deuxième Partie).
6
PREMIERE PARTIE
Les règles communes
7
CHAPITRE 1
La constitution de la société commerciale
10.- D’une utilité avérée depuis longtemps, la société commerciale constitue de nos
jours l’acteur principal de la vie économique.
En effet, le statut de commerçant, tel que défini par l’article 2 du code de commerce autour de
la notion d’actes de commerce par nature, peut intéresser aussi bien le commerçant personne
physique que le commerçant personne morale, c'est-à-dire la société commerciale.
Cette dernière constitue une notion qu’il importe de préciser (Section 1) avant de se fixer sur
sa nature juridique (Section 2).
Section 1
La notion de société commerciale
11.- Objet d’une branche du droit commercial, le droit des sociétés commerciales, la
société commerciale est d’abord une notion qui se construit autour de l’idée de contrat (§1)
pour ensuite se manifester sous la forme d’une personne morale (§2).
12.- La notion de société en général a commencé par apparaitre dans le cadre des
contrats nommés réglementés par le livre second du COC pour ensuite se préciser, dans sa
dimension commerciale, dans le cadre du code de commerce puis dans le cadre du code des
sociétés commerciales.
C’est à l’article 1249 du COC que nous devons la première définition de la société.
L’article 1249 du COC dispose que « la société est un contrat par lequel deux ou plusieurs
personnes mettent en commun leurs biens ou leur travail, ou tous les deux à la fois, en vue de
partager le bénéfice qui pourra en résulter ».
Le règne de cette définition civiliste a duré presqu’un siècle, jusqu’à l’an 2000, année de
promulgation du premier code tunisien des sociétés commerciales qui a défini, dans son
article 2 la société commerciale comme étant « un contrat par lequel deux ou plusieurs
personnes conviennent d’affecter en commun leurs apports, en vue de partager le bénéfice ou
de profiter de l’économie qui pourraient résulter de l’activité de la société.
Toutefois, dans la société unipersonnelle à responsabilité limitée, la société est constituée par
un associé unique ».
La comparaison entre les deux définitions permet de conclure au maintien des éléments
essentiels de la société, tout en apportant les nouveautés suivantes :
8
- contrairement à la définition du COC qui intéresse la société indépendamment de sa
nature civile ou commerciale, la définition du code des sociétés commerciales
n’intéresse que la société commerciale.
- contrairement à l’objectif de partage des bénéfices comme étant le but unique de la
création d’une société conformément aux dispositions de l’article 1249 COC, la
définition du code des sociétés commerciale adopte un élargissement de ce but pour
inclure la notion d’économie.
- contrairement à l’idée centrale de pluralité d’associés véhiculée par l’article 1249 du
COC, le code des sociétés commerciales autorise la constitution de la société
unipersonnelle.
Pouvant être expliquées par l’évolution du contexte, ces différences n’estompent pas la fixité
qui a marqué aussi bien les éléments constitutifs de la société commerciale et l’outil
contractuel lui donnant naissance.
Le contrat de société est ainsi formé en respectant certaines conditions de fond (A) et de
forme (B). Le non respect de ces conditions ouvre droit à une action en annulation (C).
13.- Le contrat de société doit réunir un certain nombre des conditions de fond qui
intéressent aussi bien les conditions de validité de tout contrat (1) auxquelles s’ajoutent des
conditions spécifiques au contrat de société (2).
14.- Il s’agit des conditions exigées par l’article 2 du COC. Ces conditions se rattachent
aux parties du contrat qui, disposant de la capacité juridique (a), doivent exprimer leur
consentement (b) à un contrat dont l’objet (c) et la cause (d), répondent à un certain nombre
des conditions.
a)- La capacité :
15.- La personne qui s’engage dans le cadre d’un contrat de société commerciale, doit
remplir une première condition relative à sa capacité juridique, c'est-à-dire à son aptitude de
pouvoir obliger et s’obliger.
S’agissant de la constitution d’une société commerciale, c’est de la capacité commerciale
qu’il est question.
En effet, suite à l’abaissement de l’âge de la majorité civile de 20 à 18 ans par la loi 2010- 39
du 26 juillet 2010, la différence entre la capacité civile et commerciale est devenue presque
insignifiante.
Réellement, la capacité commerciale, même si elle demeure différente de la capacité civile,
n’est exigée que pour les associés qui ont la qualité de commerçant. Il s’agit des associés de la
société en nom collectif et les associés commandités de la société en commandite simple.
Pour les autres associés, ceux qui n’ont pas la qualité de commerçant, la capacité n’est pas
nécessaire et un mineur pourra avoir la qualité d’associé d’une SARL, d’une société anonyme
ou être commanditaire d’une commandite simple.
9
C’est dans ce sens que les alinéas 1 et 2 de l’article 11 du CSC disposent que « Nul ne peut
être associé dans une société en nom collectif ou commandité dans une société en
commandite simple ou par actions s’il n’a pas la capacité requise pour la profession
commerciale.
Toutefois les personnes qui n’ont pas la capacité requise pour l’exercice du commerce
peuvent être des associés commanditaires dans une société en commandite simple, ou
associés dans une société à responsabilité limitée, ou actionnaires dans une société anonyme
ou dans une société en commandite par actions. L’apport en nature dans une société à
responsabilité limitée ne fait pas obstacle à l’exercice de ce droit ».
Disposant de la capacité commerciale ou pouvant contracter par l’intermédiaire d’un
représentant, le futur associé doit adhérer au projet de société en exprimant un consentement
exempt de vices.
b)- Le consentement :
c)- L’objet :
17.- Le contrat de société doit avoir un objet déterminé ou déterminable. Il doit porter
sur une activité qui n’est ni interdite ni réservée à l’Etat.
En effet, si le principe de la liberté d’entreprendre permet la création libre des sociétés
commerciales, cette liberté n’est point absolue dans la mesure où certaines activités sont hors
du commerce et ne peuvent former un objet pour le contrat de société commerciale.
d)- La cause :
18.- Le contrat sans cause ou fondé sur une cause illicite est nul. Aussi, la validité du
contrat de société commerciale doit non seulement avoir une cause mais que cette cause soit
licite.
2
Selon les dispositions de l’article 43 du COC, « est annulable le consentement donné par erreur, surpris par
dol, ou extorqué par violence ».
10
La cause est illicite, conformément aux dispositions de l’article 67 du COC, « quand elle est
contraire aux bonnes mœurs, à l’ordre public ou à la loi ».
Toutefois, si l’article 68 considère que toute obligation est présumée avoir une cause certaine
et licite, la condition de la cause est considérée remplie dans la mesure où, fort de la
présomption de l’article 68 du COC, c’est à celui qui agit en nullité pour absence ou illicéité
de cause, d’apporter la preuve de ses allégations.
A coté des conditions générales que tout contrat doit réunir pour sa validité, le contrat de
société commerciale, se fonde sur des conditions qui lui sont spécifiques.
19.- Par référence aux dispositions de l’article 2 du CSC, la société commerciale est
caractérisée par certains éléments qui concourent à sa reconnaissance. En effet, si la société
commerciale n’a été créée que pour réaliser des bénéfices que chaque associé aura vocation à
en prendre une part (b), ces bénéfices ne seront réalisables que si deux conditions sont
remplies. Une première condition matérielle et une autre morale. En effet, la société ne peut
exister que si elle est dotée des moyens. Aussi, chaque associé est-il obligé de réaliser un
apport (a). De même, la réussite de l’exploitation est tributaire de la collaboration active et
intéressé des associés, encore appelée l’affectio societatis (c).
a)- L’apport :
20.- Aux termes de l’article 2 du CSC, les personnes parties au contrat de société
commerciale « conviennent d’affecter en commun leurs apports ». Il s’agit là d’un premier
élément constitutif de l’acte de société commerciale : l’apport.
En effet, l’élément qui marque le lien entre la société commerciale d’un coté, et l’associé de
l’autre est l’apport. Aussi, la qualité juridique d’associé est substantiellement déterminée par
l’élément apport.
L’apport est ainsi un élément indispensable pour la formation du contrat de société
commerciale. Cet apport peut prendre plusieurs formes (i) et l’ensemble de ces apports forme
le capital social de la société (ii).
21.- L’article 5 du CSC énumère les différents types d’apports. Il précise que « Les
apports peuvent être soit en numéraire, soit en nature, soit en industrie… ».
L’apport en nature, est un apport constitué par un bien autre que la monnaie. Il peut s’agir
d’un bien meuble ou immeuble, corporel ou incorporel.
L’apport en nature peut être en toute propriété comme il peut ne porter que sur la jouissance
seulement.
11
En effet, si l’opération d’apport constitue une affectation d’un bien à la société en
constitution, il s’agit en réalité d’un transfert du patrimoine de l’associé à celui de la société
commerciale. S’il s’agit d’un apport en toute propriété, le transfert porte sur la propriété de la
chose apportée, alors que le transfert ne porte que sur la seule jouissance en cas d’apport en
jouissance. Aussi, dans le premier cas, l’apporteur est garant au même titre que le vendeur
alors que sa garantie est assimilée au bailleur dans le deuxième cas. L’alinéa 2 de l’article 6
du CSC précise ainsi que « si l’apport est en nature, l’apporteur est garant envers la société
dans les mêmes conditions que le vendeur. Si l’apport est en jouissance l’apporteur est garant
envers la société dans les mêmes conditions que le bailleur ».
Les apports en nature posent un problème d’évaluation. En effet, tout apport en nature doit se
traduire par une valeur monétaire qui doit correspondre à sa valeur exacte.
Cette évaluation diffère selon les formes sociales. Alors qu’elle peut se réaliser par l’associé
lui-même ou d’autres associés pour les sociétés de personne et la SARL, elle doit
obligatoirement se réaliser par une personne qualifiée à cet effet, le commissaire aux apports,
pour les sociétés anonymes.
Dans tous les cas cette évaluation doit être approuvée par la communauté des associés avant la
formation définitive de la société.
L’apport en industrie
Il consiste dans l’engagement pris par l’associé de mettre à la disposition de la société son
savoir faire, son expérience ou même sa notoriété et ses aptitudes qui peuvent intéresser
l’activité de la société.
C’est l’exemple d’un habile ingénieur disposant d’une longue expérience ou d’un carnet
d’adresses des fournisseurs ou clients de la société.
C’est également le cas, par exemple, d’une personne notoire pouvant faciliter l’accès à des
sources de financement ou d’approvisionnement à des conditions préférentielles.
L’apporteur en industrie ne doit pas être confondu avec le salarié. En effet, l’apporteur en
industrie est un associé qui collabore à la réalisation de l’objet social sans aucun lien de
subordination ni avec la société ni avec les autres associés.
L’apport en industrie, qui ne rentre pas dans la composition du capital social, est envisageable
dans le cadre des sociétés de personnes et la SARL, alors qu’il est interdit dans le cadre de la
société anonyme.
L’ensemble des apports, tout en rendant l’apporteur débiteur de son apport envers la société,
participe à la formation du capital social de la société commerciale.
22.- Après avoir énuméré les différents types d’apports, l’article 5 du CSC précise que
« L’ensemble de ces apports, à l’exception de l’apport en industrie, constitue le capital de la
société. Ce dernier est le gage exclusif des créanciers sociaux ».
Les apports, une fois transférés du patrimoine des associés à celui de la société, ils se
transforment en un bien homogène, le capital social, qui se caractérise par son aspect
juridique et comptable.
Sur le plan juridique, le capital social est le gage exclusif des associés.
Sur le plan comptable, le capital social est un élément du passif, c'est-à-dire une dette.
12
La combinaison de ces deux aspects rend peu exact l’idée de gage exclusif dans la mesure où
une dette ne peut être un gage. Seule un actif peut valablement constituer un gage pour les
créanciers de la société.
Comment expliquer donc la formule de l’article 5 ?
L’explication est simple dans le sens où le capital social servira à financer l’achat d’actifs
nécessaires à l’activité de la société.
Le gage réel serait donc les actifs de la société qui sont financés par le capital social. C’est
dire que le capital social observe une mue qui le transforme en éléments d’actifs. C’est dans
ce sens qu’en comptabilité, il y a une distinction nette entre les concepts de capital social,
d’actif et de fonds propres.
23.- La vocation aux bénéfices constitue en réalité le véritable mobile des personnes
qui participent à la création d’une société commerciale. Cet élément constitutif de la société
commerciale est clairement exprimé dans la définition de l’article 2 du CSC qui précise que
les apports sont réalisés « en vue de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui
pourraient résulter de l’activité de la société ».
Par rapport à la définition de l’article 1249 du COC, le code des sociétés commerciales a
innové en élargissant la notion de bénéfice à l’idée d’économie qui pourrait profiter aux
associés et constituer ainsi un élément d’égale valeur que le bénéfice stricto sensu.
Pour l’associé, la vocation aux bénéfices suppose également son corollaire, qu’il supporte les
pertes que l’exploitation de la société pourrait engendrer.
Cette face négative de l’exploitation souligne l’aspect aléatoire du résultat que le
fonctionnement de la société est susceptible d’engendrer.
En effet, former une société commerciale, s’il est toujours motivé par la réalisation d’un
bénéfice que les associés ont vocation à se partager, n’est pas souvent concrétisé soit parce
que l’exploitation n’a pas généré ces bénéfices, soit que les organes compétents de la société
n’ont pas décidé de distribuer les bénéfices réalisés.
Cette double situation explique d’ailleurs le terme « vocation » qui renvoi à l’idée
d’éventualité tant que ce partage est conditionné par deux contraintes : la réalisation effective
du bénéfice et la décision relative à sa distribution.
L’importance de la vocation au partage des bénéfices comme élément constitutif de la société
commerciale est mise en relief par la nullité de toute clause attribuant les bénéfices à une
personne ou en exonérant un associé des pertes. C’est dans ce sens que la cour de cassation
dans son arrêt n°26897 du 09 février 2004 a pu se prononcer3.
La clause excluant un associé de la vocation au partage des bénéfices est nulle au même titre
que la clause léonine qui attribue la totalité des bénéfices à un seul associé.
La vocation au partage des bénéfices set également utile pour distinguer la société
commerciale de certaines situations voisines. En effet, pour distinguer entre société et
association, le critère de bénéfice est déterminent dans la mesure où si le critère de bénéfice
est clairement apparent dans la définition de la société d’une façon générale (article 1249 du
"من القواعد األساسية التي تقوم عليها 171 ص-2004 جويلية-القضاء والتشريع-2004 فيفري09 مؤرخ في26897 قرار تعقيبي مدني عدد
الشركة انه لكل شريك أن يتحصل على منابه من المرابيح وان يتحمل في آن واحد الخسارة بقدر منابه في رأس المال وترتيبا على دلك فادا اشترط
." م ا ع1302 و1300 في عقد الشركة إبراء احد الشركاء من جميع الخسارة بطل الشرط وصح العقد تطبيقا للفصلين
13
COC) et la société commerciale en particulier (article 2 du CSC), son absence caractérise la
définition de l’association.
Cette distinction a été échafaudée en France par la jurisprudence à travers le célèbre arrêt des
chambres réunies du 11 mars 19144 qui a précisé la frontière entre société et association5.
Souvent, l’élément affectio societatis est révélé en cas de conflits graves entre associés pour
fonder une action de dissolution de la société. C’est dans ce sens que la cour de cassation a
jugé que « parmi les éléments essentiels de l’existence de la société et sa survie, l’affectio
societatis qui nécessite l’orientation de la volonté de tout associé à la coopération positive et
égalitaire pour la réalisation de l’objet de la société. Cet élément est nécessaire quelque soit
la forme sociale, il l’est davantage pour les sociétés de personnes et surtout les sociétés à
caractère familial marquées par l’aspect intuitu personae. Il s’ensuit que la mésintelligence
est grave entre associés et constitue une cause légitime de dissolution si l’affectio societatis
fait défaut indépendamment des autres éléments constitutifs de la mésintelligence grave »6.
A coté de son utilité dans les cas de désaccord entre associés, l’affectio societatis sert à
différencier la société commerciale de certaines autres situations.
Aussi, si l’indivision se rapproche de la situation de la société commerciale sur les deux plans
de pluralité et de communauté des biens, elle s’en écarte pour absence d’affectio societatis
dans la mesure où l’indivision est souvent un état subi et non voulu. C'est-à-dire qu’être en
indivision est souvent une conséquence non recherchée par la volonté de l’indivisaire.
4
SARRUT L., Note sous chambres réunies, 11 mars 1914, D. 1914.I.257.
5
L’arrêt des chambres réunies de la cour de cassation française, rendu le 11 mars 1914 ( l’arrêt de la Caisse de
Manigod), a pu préciser les frontières entre la société et l’association sur le fondement du critère de bénéfice.
La cour a précisé ainsi que « La Caisse de Manigod était une association car elle avait un but autre que de
partager des bénéfices », et que « l’expression ‘’bénéfices’’ … s’entend d’un gain pécuniaire ou d’un gain
matériel qui ajouterait à la fortune des associés, que dès lors, la différence qui distingue la société de
l’association consiste en ce que la première comporte essentiellement comme condition de son existence la
répartition des bénéfices que la seconde exclut nécessairement ».
6
.74 ص1996-1995 - قرارات الدوائر المجتمعة لمحكمة التعقيب-1996 افريل25 بتاريخ48915قرار الدوائر المجتمعة لمحكمة التعقيب عدد
"وحيث انه من العناصر األساسية لوجود الشركة ولحياتها نية االشتراك التي تقتضي انصراف إرادة كل شريك إلى التعاون االيجابي على قدم المساواة لتحقيق غرض الشركة وهذا
الركن ضروري في كل أنواع الشركات وخاصة في شركة األشخاص وال سيما في الشركات ذات الطابع العائلي التي يطغى عليها العنصر الشخصي وبناء عليه يعتبر النزاع بين الشركاء
قويا وبالتالي يكون سببا شرعيا أو معتبرا لطلب فسخ الشركة إذا
." فقدت نية االشتراك بقطع النظر عن العناصر األخرى المكونة للنزاع القوي طالما لم تعتمدها المحكمةVoir dans ce
sens, ROMDHANA S., L’affectio societatis. Commentaire de l’arrêt de la cour de cassation n°51617 du 25 avril
1995, in « Lectures d’œuvres prétoriennes » sous la direction du Professeur Hedi BEN MRAD, CPU, 2018, p. 5.
14
B)- Les conditions de forme :
25.- A coté des conditions de fond, le contrat de société doit satisfaire certaines
exigences de forme qui intéressent l’écrit (1) et la publicité (2).
1)- L’écrit :
26.- L’article 3 du CSC exige l’écrit comme formalité de constitution d’une société
commerciale. L’alinéa 1 dudit article précise que « A l’exception de la société en
participation, le contrat de société doit être rédigé par acte sous-seing privé ou acte
authentique.
Si les apports comprennent des apports en nature ayant pour objet un immeuble immatriculé,
l’acte doit être rédigé selon la législation en vigueur sous peine de nullité ».
La loi fixe non seulement la forme de l’écrit (a) mais également son contenu (b).
7
L’article 377 bis du CDR : « Sont exclusivement habilités à rédiger les actes et conventions soumis à
l’inscription sur le livre foncier :
1) Le conservateur de la propriété foncière, les directeurs régionaux ainsi que les agents de la
conservation de la propriété foncière chargés de la mission de rédaction.
15
- de l’apport en nature ayant pour objet un fonds de commerce, le texte de référence est
l’article 189 bis du code de commerce qui exige, à peine de nullité de l’acte, qu’il soit
rédigé par un avocat en exercice non stagiaire8.
- de l’apport en nature ayant pour objet un navire, le texte de référence est l’article 16
nouveau du code de commerce maritime qui exige que l’acte de transfert doit etre
rédigé par les autorités maritimes compétentes9.
- de l’apport en nature ayant pour objet un aéronef, le texte de référence est l’article 10
du code de l’aéronautique civile10.
Qu’il soit sous forme d’acte sous seing privé, authentique ou de nature spéciale, l’écrit
constatant le contrat de société doit également satisfaire la condition relative à son contenu.
28.- Le contrat de société, appelé également statuts, doit respecter un certain nombre
d’exigences relatives à son contenu. Il s’agit d’un nombre de mentions obligatoires qui
portent sur certains éléments de la société commerciale.
2)- La publicité :
29.- Une fois établi, conformément aux conditions de fond et de forme, le contrat de
société doit faire l’objet d’une publicité.
Cette publicité se réalise selon deux procédés, l’immatriculation au Registre du commerce (a)
et la publication au JORT (b).
2) Les notaires.
Les avocats en exercice, non stagiaires, peuvent également rédiger lesdits actes et conventions.
Sont frappés de nullité absolue tous actes et conventions rédigés par une personne autre que celles indiquées ci-
dessus …».
8
L’alinéa premier de l’article 189 bis du code de commerce précise que « Tous les contrats relatifs au fonds de
commerce doivent être rédigés par des avocats en exercice non stagiaires, à l’exception des contrats conclus par
l’Etat, les collectivités locales et les établissements publics à caractère administratifs, ainsi que les mainlevées
de nantissement et des contrats dont la loi impose la conclusion par acte authentique ».
L’alinéa second du même article indique que « Les actes rédigés par des rédacteurs autres que ceux qui sont ci-
dessus mentionnés sont frappés de nullité absolue ».
9
L’alinéa premier de l’article 16 nouveau du code de commerce maritime précise que « Tout acte translatif de
propriété de tout ou parts indivises d’un navire tunisien doit être fait par un écrit rédigé auprès de l’autorité
maritime compétente ».
L’alinéa second du même article indique que « Tout transfert de propriété d’un navire tunisien en Tunisie, fait en
violation des dispositions de l’alinéa premier du présent article est nul et non avenu ».
10
L’alinéa 2 de l’article 10 du code de l’aéronautique civile dispose que « La cession de propriété doit être
constatée par écrit et ne produit d’effet à l’égard des tiers que par son inscription au registre d’immatriculation
des aéronefs civils ».
16
a)- L’immatriculation au Registre du commerce :
30.- Selon les dispositions de l’article 14 CSC, « La société doit être immatriculée au
registre du commerce du tribunal de son siège social dans un délai d’un mois à compter de
la date de sa constitution.
L’immatriculation se fait par le dépôt des statuts de la société et des documents prévus par la
loi relative au registre du commerce ».
Régie par dispositions de la loi n°95-44 du 02 mai 1995, relative au registre du commerce11,
l’immatriculation est désormais soumise à la loi 2018-52 du 29 octobre 2018 relative au
Registre national des entreprises.
Conformément aux dispositions de l’article 7 de la loi 2018-52, l’immatriculation est
obligatoire pour un certain nombre des entités dont notamment les sociétés commerciales.
L’élargissement de l’immatriculation à plusieurs entités a marqué un important passage de la
notion restrictive d’activité commerciale à celle plus étendue d’activité économique. Cet
élargissement est caractérisé par l’adoption de la catégorie d’entreprise. Il s’est traduit
également par la création, au sein du Registre national des entreprises, de registres suivants :
- Registre du commerce.
- Registre professionnel.
- Registre des associations.
- Registre des bénéficiaires réels.
11
JORT n°37 du 09 mai 1995, p. 1055 telle que modifiée par la loi n°2010-15 du 14 avril 2010, JORT n°31 du
16 avril 2010, p. 1068..
17
par l’admission de l’idée d’une possible régularisation qui aura pour effet de couvrir
l’irrégularité et de rendre l’acte valable ab initio.
Couvrant, à la fois, le non respect des conditions de fond et de forme, la mise en œuvre du
régime spécial de nullité de l’acte de société (1) se distingue aussi par l’aspect particulier des
effets juridiques qu’il entraine (2).
33.- Le régime juridique de la nullité des contrats se fonde sur une distinction classique
entre nullité absolue et nullité relative à laquelle s’ajoute la règle qui restreint l’action en
nullité à l’existence d’un texte l’autorisant12.
Au niveau des conditions de fond, la nullité peut avoir pour fondement aussi bien une des
conditions générales de validité de tout contrat édictées par l’article 2 du COC, que les
conditions spécifiques du contrat de sociétés spécifiées par l’article 2 du CSC.
Au niveau des conditions de forme, la nullité peut se fonder sur le non respect de l’exigence
de l’écrit ou de publicité.
En effet, si la publicité d’un acte tend à le rendre opposable aux tiers, il semble que la
sanction logique du défaut de cette publicité est de rendre inopposable aux tiers l’acte en
question.
Toutefois, cette sanction semble peu conforme au contexte économique où la société
commerciale est censée être intégrée dans un vaste réseau de relations.
Aussi, le défaut de publicité devrait avoir des conséquences plus graves. C’est ainsi que le
défaut d’inscription au registre du commerce interdirait toute évocation de naissance d’une
personne morale.
Textuelle par référence à l’article 17 du CSC, cette nullité est évitable par le procédé de
régularisation prévu par ledit texte13.
12
La règle selon laquelle « pas de nullité sans texte », si elle demeure le principe en matière des nullités,
n’estompe pas un élargissement du domaine des nullités. Aussi, on peut se fonder sur une nullité virtuelle.
13
L’article 17 prévoit que « L’inobservation des formalités de publicité prescrites par les articles précédents
entraine la nullité de la société nouvellement constituée et la nullité de l’acte ou de la délibération sous réserve
de la régularisation prévue par le présent code ».
18
susceptible de produire certains effets juridiques alors même qu’il n’a pas rempli les
exigences légales.
Pour les tenants de la théorie de la réalité de la personne morale, tout groupement est
susceptible d’avoir une volonté est un sujet de droit et a ainsi une responsabilité juridique.
La personnalité morale, selon ce courant d’idée, n’est pas une concession de la loi, elle est
attachée directement à l’existence d’un groupement, telle une société commerciale.
La conséquence de l’acquisition de la personnalité morale, outre celle d’avoir la qualité de
sujet de droit pouvant obliger et s’obliger, est l’individualisation de la société commerciale
par les éléments de reconnaissance relatifs au nom, au domicile et à la nationalité.
La personnalité morale permet à la société commerciale d’avoir un patrimoine propre
différent de celui des associés même si les premiers éléments qui forment ce patrimoine ne
sont que les apports des associés.
14
Loi n°2018-52 du 29 octobre 2018 relative au registre national des entreprises qui a abrogé la loi n°95-44 du
02 mai 1995 relative au registre de commerce.
Dans la mesure où, selon les dispositions de l’article 8 de la loi 2018-52, le registre de commerce est l’un des
quatre sous registres formant le registre national des entreprises, l’utilisation des termes « registre national des
entreprises » et « registre de commerce » devront être considérés comme étant équivalentes.
19
sert aussi bien comme garantie aux créanciers de la société et comme baromètre qui renseigne
sur la réussite de l’exploitation et la santé de la société commerciale.
B- L’associé :
Incorporé dans le capital social de la société commerciale, l’apport de l’associé forme ainsi un
bien particulier de nature mobilière appelé « part sociale »15.
L’acquisition du statut juridique d’associé est également liée à un régime juridique particulier.
Ce régime juridique se distingue par les droits reconnus à l’associé (1) et des obligations
auxquelles il est soumis (2).
38-. En échange de l’apport qui lui a valu la qualité d’associé, le droit des sociétés
commerciales reconnait à ce dernier un ensemble de droits. La consistance de ces droits (a) a
été renforcée par la reconnaissance d’une nouvelle catégorie, les droits fondamentaux de
l’associé (b).
39-.La doctrine a appréhendé les droits reconnus à l’associé en distinguant entre les
droits patrimoniaux (i) et extrapatrimoniaux (ii).
40-. Le premier de ces droits est inéluctablement le droit au bénéfice, droit qui constate
le mobile même de l’entrée en société. En effet, si l’exercice social se solde par la réalisation
des bénéfices, et si la société décide de distribuer une partie de ces bénéfices, chaque associé a
droit à une part proportionnellement à sa participation dans le capital de la société.
Constitue également un droit patrimonial, le droit reconnu à l’associé d’avoir la priorité dans
toute opération d’augmentation du capital de la société commerciale. C’est le droit
préférentiel de souscription à l’augmentation du capital.
Il on est de même du droit au boni de liquidation lors de la liquidation de la société
commerciale.
15
Selon les dispositions de l’article 15 du code de droits réels, les parts sociales sont considérés meuble par
destination de la loi.
20
41-. Ces droits, en dépit de leur importance, n’ont pas une valeur patrimoniale. Ils sont
appelés aussi droits politiques. Ils jouent en réalité comme auxiliaires pour la réalisation
efficace du droit aux bénéfices.
Le premier de ces droits, est le droit de participer à la gestion de la société par la participation
à la prise des décisions dans le cadre des assemblées générales. Ce droit de participation est
assuré par un autre droit, le droit de vote qui nécessite la reconnaissance également d’un droit
à l’information.
C’est dans ce sens que l’alinéa 4 de l’article 11 du CSC, dispose que « tout associé a le droit
de participer aux assemblées générales. Il bénéficie d’un nombre de voix proportionnel aux
apports et actions qu’il détient. Il a le droit à tout moment de l’année, soit personnellement
soit par un mandataire, de consulter et de prendre copie de tous les documents présentés aux
assemblées générales tenues au cours des trois derniers exercices. L’associé peut également
obtenir copie des procès verbaux des dites assemblées ».
A coté de l’ensemble des droits reconnus à tout associé, le droit moderne des sociétés
commerciales a, dans une approche protectrice, essayé de distinguer certains droits en
l’élevant au rang de droits fondamentaux.
43-. A coté des droits dont il dispose, l’associé est soumis à certaines obligations.
Il s’agit en premier lieu de l’obligation d’honorer son engagement relatif à l’apport promis.
Aussi il doit libérer la partie restante de l’apport en numéraire aux dates prévues.
Il doit également se porter garant des vices cachés et de l’éviction pour l’apport en nature
qu’il a réalisé.
Au niveau de la participation à la gestion, l’associé est obligé de garder sécrètes les
informations qu’il a pu avoir sur l’activité de la société.
Il doit également, s’il a une charge de gestion, observer un comportement diligent et loyal
envers la société commerciale.
Dans certaines situations particulières, l’associé est également soumis à une obligation de non
concurrence.
21
C- La représentation légale de la personne morale :
Section 2
La nature juridique de la société commerciale
45-. Si la question de la nature de la société commerciale peut sembler superflue, il
demeure qu’elle reste intéressante tant elle peut éclairer sa nature spéciale. Aussi, avant de
discuter cette question (§2), il semble justifié de commencer par présenter la nature
commerciale de la société (§1).
46.- La nature commerciale de la société est acquise soit par référence à l’activité
qu’elle exerce, soit par référence à la forme qu’elle a choisie. C’est dans ce sens que se
prononce l’alinéa premier de l’article 7 du CSC : « la société est commerciale soit par sa
forme, soit par son objet ».
La société est commerciale d’abord si son activité, c'est-à-dire son objet social, consiste à la
réalisation d’actes de commerce par nature tels qu’ils sont définis par l’article 2 du code de
commerce.
La société est aussi commerciale, cette fois ci indépendamment de la nature de son activité, du
seul fait du choix d’une forme spéciale. C’est dans ce sens que l’alinéa 2 de l’article 7 du CSC
dispose que « sont commerciales par la forme et quel que soit l’objet de leur activité, les
sociétés en commandite par actions, les sociétés à responsabilité limitée et les sociétés
anonymes ».
Acquise en relation avec sa forme ou son objet, la commercialité de la société entraine sa
soumission au droit commercial.
22
Pour ceux qui défendent la nature institutionnelle, ils avancent que la part de volonté des
associés quant à la détermination du régime juridique de la société commerciale est trop
réduite surtout pour les sociétés de capitaux.
Pour mettre un terme à cette controverse doctrinale, il a été proposé une solution conciliatrice
qui tout en considérant que la société est un contrat par sa naissance, elle s’écarte petit à petit
de sa nature contractuelle tout au long de son fonctionnement dans la mesure où le clair de
son régime juridique est fixé par le législateur.
23
CHAPITRE 2
LA DISSOLUTION DE LA SOCIÉTÉ
Section 1
Les causes de la dissolution
49.- L’article 21 du CSC a fixé les causes de dissolution communes à toutes les sociétés
commerciales. Par rapport à la législation antérieure, l’article 1318 du COC précisément,
l’article 21 du CSC n’a pas apporté de changements remarquables. Aussi, les causes de
dissolution peuvent être rattachées soit à la volonté des associés (§1), soit à un événement
indépendant de cette volonté (§2), soit en fin à une décision judiciaire (§3).
A- La dissolution statutaire :
51.- La dissolution est qualifiée de statutaire dans la mesure où elle découle d’une
clause préalable insérée dans les statuts de la société commerciale. En effet, par référence aux
exigences de forme relatives au contenu de l’écrit constatant le contrat de société
16
L’article 242 du COC dispose « Les obligations contractuelles valablement formées tiennent lieu de loi à ceux
qui les ont faites, et ne peuvent être révoquées que de leur consentement mutuel ou dans les cas prévus par la
loi »
24
commerciale, deux mentions peuvent être à l’origine d’une dissolution de la société, la
première est relative à l’arrivée du terme (1) alors que la seconde est en relation avec la
réalisation de l’objet social (2).
52.- Le contrat de société est un contrat à durée déterminée. En effet, non seulement le
législateur oblige les associés à indiquer la durée de la société mais fixe une limite supérieure
à cette durée qui ne peut dépasser 99 ans. C’est ainsi que pour, à la fois, respecter l’exigence
de détermination de délai et d’éviter une dissolution prématurée, qu’en pratique, la majorité
des sociétés sont constituées pour une durée de 99 ans.
Toutefois, étant l’expression de la volonté des associés lors de la constitution, la survenance
du terme constitue une cause logique de dissolution de la société commerciale. La société
commerciale est donc dissoute, de plein droit, par l’arrivée du terme convenu.
Si les associés veulent, en dépit de la conséquence juridique de la volonté exprimée, continuer
l’exploitation, l’alinéa 1 de l’article 23 du CSC permet la prorogation de la durée de la
société. Cette prorogation doit prendre la forme d’une décision prise par l’assemblée générale
conformément aux règles de quorum et de majorité17.
Si la rédaction de l’article 23 semble se référer à un type particulier des sociétés où la
structure de l’assemblée générale est réglementée, la société anonyme en l’occurrence, il
parait logique d’entendre le mécanisme qu’il prévoit à toute forme de société commerciale
tout en respectant l’aspect réglementé de la décision prise.
C’est ainsi que pour les sociétés de personnes, la décision est prise par les associés en
respectant la règle de majorité fixée par les statuts.
En l’absence d’une expression explicite de la volonté de prorogation, l’alinéa 2 de l’article 23
permet la continuité de l’exploitation si les associés maintiennent l’activité en considérant
qu’il s’agit là d’une expression implicite de volonté.
Toutefois, il limite la durée de la prorogation à une année qui pourra continuer ainsi sans
limite18.
53.- La société commerciale est constituée pour réaliser une activité bien précise dont la
détermination exacte est exigée comme mention obligatoire dans le contrat de société. Il
s’agit de son objet social. En pratique, les sociétés commerciales adoptent une détermination
large de l’objet social pouvant leur permettre de s’adapter à l’évolution du marché. Mais si
l’objet social est précis, sa réalisation constitue une cause de dissolution dans la mesure où la
société n’a plus de raison d’être.
L’article 25 du CSC précise à ce sujet, que « la société est dissoute de plein droit par
l’extinction de l’objet social ».
C’est l’exemple d’une société constituée entre entrepreneurs pour la réalisation d’une
autoroute. Une fois l’autoroute est achevée, la société commerciale est considérée ayant
réalisée son objet social et devait se dissoudre.
17
L’alinéa 1 de l’article 23 du CSC dispose : « la société est dissoute à l’expiration de sa durée. Toutefois la
société peut être prorogée par une décision prise par l’assemblée générale délibérant selon les conditions
prévues par les statuts».
18
L’alinéa 2 de l’article 23 du CSC dispose : « si les associés, à l’expiration de la durée de la société,
maintiennent son activité, ils sont censés la proroger d’une année, renouvelable à chaque fois pour la même
durée, et ce, tout en respectant les dispositions de l’article 16 du présent code».
25
L’accomplissement de l’objet emporte donc, de plein droit, la dissolution de la société.
Dans certains cas, l’impossibilité juridique ou matérielle de l’objet social équivaut à son
extinction et fonde la dissolution de la société commerciale.
Constitue une impossibilité juridique d’un objet social, l’activité portant sur un bien qui a fait
l’objet d’une nationalisation. L’intégration du bien objet de l’activité de la société
commerciale au domaine public de l’Etat, rend l’activité impossible et se traduit par
l’extinction de l’objet social.
Constitue une impossibilité matérielle d’un objet social, l’activité d’une société commerciale
qui consiste à vendre ou distribuer de l’eau d’une source qui a tari.
B- La dissolution anticipée :
54.- Toujours volontaire, la dissolution anticipée est celle que les associés décident au
cours du fonctionnement de la société commerciale.
Prévue par l’alinéa 2 de l’article 26 du CSC qui dispose que « la société peut être dissoute par
une décision prise par les associés aux conditions prévues par les statuts », cette dissolution
constitue une décision importante qui doit réunir les conditions de majorité exigées par les
statuts.
La décision volontaire et anticipée de dissolution d’une société commerciale, peut intervenir
dans le cadre d’une procédure de fusion. C’est ainsi que l’alinéa 2 de l’article 411 du CSC
dispose que « la fusion entraine la dissolution des sociétés fusionnées ou absorbées et la
transmission universelle de leurs patrimoines à la société nouvelle ou à la société
absorbante ». Dans ce cas, la dissolution est également volontaire même si elle est en réalité
la conséquence d’une précédente décision volontaire, celle de fusionner.
Il on est également de la scission totale d’une société commerciale qui, selon les dispositions
de l’article 428 du CSC, engendre obligatoirement la dissolution sans liquidation de la société
scindée.
55.- Loin de la dissolution volontaire, la société commerciale peut être dissoute comme
conséquence d’un événement particulier. Il s’agit soit du décès d’un associé (A), soit de la
perte de l’apport en nature promis (B) soit enfin en relation avec la dégradation des fonds
propres de la société commerciale (C).
56.- Cette cause de dissolution parait mal placée dans la mesure où l’article 21 régissant
les causes de dissolution des sociétés commerciales est un texte appartenant aux règles
communes applicables à toutes les sociétés commerciales indépendamment de la forme
sociale.
Or, peut-on imaginer une société anonyme dissoute pour le décès d’un associé lambda ?
En effet, seules les sociétés de personnes, et sous certaines conditions, sont dissoutes
conséquemment au décès de l’un des associés.
Le législateur a manqué ainsi de clairvoyance en insérant cette cause dans l’article 21 du
CSC. Il aurait du évoquer les conséquences du décès lors de l’établissement des règles
régissant les sociétés de personnes.
26
En effet, même pour les sociétés de personnes, cette cause est inopérante. Il suffit pour les
associés de l’écarter soit dans les statuts soit par une décision ultérieure une fois le décès de
l’un d’eux est survenu.
57.- L’article 24 du CSC évoque le cas de dissolution qui peut intervenir si un associé
ayant promis de faire un apport en nature, en toute propriété ou en jouissance, se trouve dans
l’impossibilité de le réaliser pour cause de perte de l’objet dudit apport ou son périssement
avant sa délivrance à la société.
L’article 24 est énigmatique à plus d’un égard. Il est énigmatique d’abord pour les termes
inappropriés qu’il utilise. Il est ensuite énigmatique pour la solution de dissolution qu’il
prévoit. Il est enfin énigmatique pour les pouvoirs qu’il octroi à l’assemblée générale
constitutive.
En effet, les termes utilisés par l’article 24 sont inadaptés dans la mesure où il s’agit d’une
société en constitution pour laquelle il n’est point exacte de parler ni de société ni d’associés.
Ces deux termes ne pourront avoir de sens juridique qu’une fois la société est définitivement
constituée par l’acquisition de la personnalité morale.
De même, il est étonnant que le texte parle d’une dissolution pour une société en constitution.
Le terme adéquat semble plutôt l’échec tout cours du projet de société.
Enfin, le texte emploi le terme d’assemblée constitutive, terme normalement réservé aux
sociétés anonymes, pour se prononcer sur la continuation de la société ou sa dissolution alors
que par référence aux attributions de cette assemblée, elles ne peuvent avoir pour objet que
l’achèvement du processus de constitution et n’a ainsi aucun pouvoir ni de décider une
continuité qui n’a pas encore commencé ni une dissolution pour une personne morale qui
n’existe pas encore.
Pour toutes les considérations déjà évoquées, il semble opportun de revoir la formulation peu
réussie de l’article 24 du CSC, voire l’abroger tout simplement.
27
comptablement. En effet, le report à nouveau peut être positif ou négatif. Il est positif si la
société a réalisé des bénéfices. Seule la partie non distribuée intègre le fonds propres et
participent à son augmentation.
Le report à nouveau est négatif en cas des pertes et il vient en diminution des fonds propres19.
59.- La dissolution peut résulter d’une décision judiciaire dans le cadre d’une action
poursuivant le prononcé d’une décision mettant fin à l’existence de la société.
Cette action peut être intentée par un associé comme elle peut l’être par tout intéressé. Elle est
exclusivement réservée aux associés si elle est fondée sur un juste motif (A). Elle est intentée
par tout intéressé dans le cas spécial de non régularisation de la situation de réunion de toutes
les parts entre les mains d’un seul associé (B).
19
Un exemple chiffré pourrait élucider davantage le cas évoqué par l’article 27.
Supposons une société commerciale constituée en 2015 par des apports en numéraire d’une valeur de 100.000
dinars et des apports en nature évalués à 25.000 dinars.
Supposons qu’au cours du premier exercice comptable 2015, la société a réalisé un bénéfice de 10.000 dinars. La
société a constitué des réserves à hauteur de 1.000 dinars, a distribué aux associés 7.000 dinars et gardé le reste
en report à nouveau.
Supposons qu’au cours des cinq exercices suivants, l’activité de la société s’est soldée par des pertes comptables
suivantes :
En 2016, une perte s’élevant à 20.000 dinars.
En 2017, une perte évaluée à 15.000 dinars.
En 2018, une perte de l’ordre de 10.000 dinars.
En 2019, une perte de 35.000 dinars.
1- Le capital social de la société est égale à : 100.000 dinars + 25.000 dinars = 125.000 dinars.
2- L’évolution, par année, des fonds propres se présente comme suit :
- Fin 2015 : F.P = 125.000 dinars + 1.000 dinars + 2.000 dinars = 128.000 dinars.
- Fin 2016 : F.P = 125.000 dinars + 1.000 dinars + 2.000 dinars – 20.000 dinars = 108.000 d.
- Fin 2017 : F.P= 125.000 d + 1.000 dinars + 2.000 dinars – 35.000 dinars = 97.000 dinars.
- Fin 2018 : F.P= 125.000 dinars + 1.000 dinars + 2.000 dinars – 45.000 dinars = 83.000 d.
- Fin 2019 : F.P= 125.000 dinars + 1.000 dinars + 2.000 dinars – 80.000 dinars = 48.000 d.
Les données de l’exercice 2019 démontent que la condition de l’article 27 du CSC est réalisée : les fonds
propres qui s’élèvent à 48.000 dinars sont inférieurs à la moitié du capital social (62.500 dinars).
Dans ce cas une assemblée générale doit se tenir pour, soit régulariser la situation par une augmentation du
capital, soit décider la dissolution de la société.
28
Le denier alinéa du même article précise que « dans tous les cas, tout associé peut
conformément aux dispositions spécifiques à chaque société, saisir la juridiction compétente
en vue de faire prononcer la dissolution de la société pour juste motifs ».
La notion de juste motif mérite d’être précisée (1) tant elle est la seule qui autorise le juge à
prononcer la dissolution sur demande d’un associé (2).
C’est dans ce sens que la cour de cassation a pu approuver la décision des juges du fond qui
ont conclu au caractère paralysant du désaccord entre associés et de décider, au visa de
l’article 1323 du COC, que la mésentente est tellement grave pour justifier la dissolution de la
société commerciale21.
62-. Amené à se prononcer sur une demande de dissolution fondée sur l’existence d’un
juste motif, le juge est dans une situation peu confortable du fait de l’entremêlement des
intérêts privés d’un coté et l’intérêt général de l’autre.
En effet, si l’associé poursuivant la dissolution judiciaire peut se fonder sur la gravité du
désaccord entre associés qui traduit l’absence ou la disparition de l’affectio societatis, le juge
doit avoir une vision plus globale qui doit intégrer l’analyse de l’opportunité de décider la
dissolution quand bien même ses conditions sont réunies.
Action menée devant des juges spécialisés en affaires commerciales dans la mesure où elle est
de la compétence de la chambre commerciale du tribunal de première instance, le juge doit
ainsi faire la juste pesée des intérêts en présence.
20
L’article 1323 du COC dispose que « Tout associé peut poursuivre la dissolution de la société, même avant le
terme établie, s’il y a de justes motifs, tels que des mésintelligences graves entre associés, le manquement d’un
ou plusieurs d’entre eux aux obligations résultant du contrat, l’impossibilité où ils se trouvent de les accomplir.
Les associés ne peuvent renoncer d’avance au droit de demander la dissolution dans les cas indiqués au présent
article ».
21
Arrêt des chambres réunies de la cour de cassation n°48915 du 25 avril 1996. V. supra n°24.
29
Comment peut-il par exemple décider la dissolution s’il lui est établi que la société en
question est bien prospère ? C’est dire que la dissolution pour juste motif n’est en effet
prononcée que si aucune possibilité de fonctionnement normal n’est plus possible.
Ainsi, la mésintelligence grave entre associés qui peut constituer un juste motif de dissolution
peut prendre deux formes :
- ou bien elle se traduit par une paralysie de fonctionnement synonyme de disparition de
l’affectio societatis. Dans ce cas la dissolution judiciaire est inévitable.
- ou bien elle se limite à des querelles qui ne compromettent pas la vie sociale. Dans ce cas, le
juge pourrait, dans l’intérêt général préservant une société florissante, refuser de prononcer la
dissolution en optant par exemple à l’exclusion de l’associé perturbateur.
L’application de la dissolution judiciaire a souvent scindé le sort de la société s’il apparait au
juge que la mésintelligence est d’une gravité qui ne lui laisse aucun choix sauf la dissolution.
Tel est par exemple la solution adoptée dans l’arrêt de la cour de cassation n°4216 du 12
janvier 200122.
22
"يمكن طلب حل الشركة131 ص-2001 ديسمبر-القضاء والتشريع-2001 جافني12 مؤرخ في4216 قرار تعقيبي مدني عدد
إذا كانت هناك أسباب معتبرة ووجيهة تكتسي صبغة خطيرة جدا يكون من نتيجتها تعطيل سير دواليب الشركة بما من شانها أن يجعلها في طريق التدهور
واإلفالس بدال من أن تكون في طريق النمو واالزدهار من دلك تبادل الشكايات والقضايا المنشورة بين الشركاء مما تصبح معه وضعية الشركة مهددة تهديدا
جديا بسبب انعدام الثقة بينهم
إن حاالت انحالل.وفقدان نية االشتراك في سالمة سيرها والمحافظة على مصالحها
من المجلة التجارية جاءت176 الشركة ذات المسؤولية المحدودة المنصوص عليها بالفصل
م ا ع المتعلق بإمكانية فسخ الشركة في حالة وجود نزاع1323 على سبيل الذكر ال الحصر فال مانع حينئذ من الرجوع إلى القواعد العامة الواردة بالفصل
جدي و جوهري بين الشركاء يهدد دواليبها ومسالة تقدير جدية النزاع موكولة إلى مطلق
."اجتهاد محكمة األصل
30
Section 2
La publicité de la dissolution
64.- En principe, la dissolution d’une société commerciale doit respecter les mêmes
formalités de publicité observées lors de la constitution de la société commerciale. Il s’agit là
d’une application simple du principe de parallélisme de formes.
En effet, les conséquences graves sur les relations des tiers avec la société dissoute obligent à
prévoir des mesures de publicité légale de nature à assurer une transparence à l’opération.
Cette publicité prend plusieurs formes en relation avec la nature commerciale de la société.
Aussi, est-il justifié de procéder à une mise à jour de l’immatriculation au Registre du
commerce réalisée lors de la constitution.
En effet, cessant d’exercer son activité commerciale, cette mise à jour prend la forme d’une
radiation de l’immatriculation initiale une fois la liquidation terminée.
Tout au long du processus de dissolution, il existe un nombre d’exigences relatives à la
publicité. Il s’agit en effet, de :
- l’obligation découlant des dispositions de l’article 16 du CSC, qui désigne un certain
nombre d’actes soumis à la double procédure de dépôt et de publicité. Il s’agit de la
dissolution de la société, de la liquidation, de l’avis de clôture des états financiers après
dissolution ou liquidation.
- l’obligation découlant de l’article 29 du CSC consistant à faire suivre la raison sociale ou la
dénomination sociale de la mention « société en liquidation » ainsi que tous les documents
émanant de la société dissoute.
- l’obligation pesant sur le liquidateur de publier sa nomination au JORT après l’avoir insérée
au Registre du commerce (article 32 du CSC).
- l’obligation pesant sur le liquidateur de publier la clôture de la liquidation au JORT et dans
deux journaux quotidiens après insertion au Registre du commerce (article 48 du CSC).
Section 3
Les effets juridiques de la dissolution
65-. Une fois décidée ou constatée, la dissolution, indépendamment de la cause qui l’a
provoquée, se traduit par des effets juridiques bien spéciaux.
Aboutissant à la liquidation de la société commerciale (§2) la dissolution produit certains
effets en relation avec les personnes liées à la société dissoute (§1).
66-. Une fois dissoute, la société se trouve dans une nouvelle situation qui ne peut
qu’influencer sa condition et ses relations avec son environnement. Il s’agit en premier lieu
de ses relations avec ses créanciers (B) et en second lieu de ses relations avec ses dirigeants
(C). Toutefois, pour les besoins de la réalisation de la liquidation la loi décide le maintien de
la personnalité morale (A).
31
A- Survie de la personnalité morale :
Cette mesure est nécessaire à plus d’un égard. Elle évite que les associés ne tombent dans
l’indivision. Elle permet également au liquidateur, en sa qualité de représentant légal de la
société dissoute, de pouvoir disposer des pouvoirs nécessaires pour réaliser toutes les
opérations que nécessite la liquidation.
Elle permet également de soumettre les créanciers disposant des jugements exécutoires à
l’observation d’une certaine discipline envers la société dissoute.
Cette mesure est de nature à donner un sens à la règle édictant la survie de la personnalité
morale pour les besoins de la liquidation, dans la mesure où la réalisation de l’actif et le
paiement du passif, nécessitent une continuité minimale de la société dissoute.
69-. La dissolution de la société ne peut pas ne pas avoir des conséquences sur les
dirigeants sociaux et des pouvoirs dont ils disposent.
En effet, si la nomination du liquidateur lui octroi la qualité de représentant légal de la société
dissoute, avant sa nomination ou entre la date de cette nomination et la date de prise d’effet,
les dirigeants sociaux continuent à exercer leurs fonctions. Toutefois, les dirigeants sociaux ne
sont plus considérés comme dirigeants de droit mais de fait. Les pouvoirs dont ils disposent
sont très limités. Ils ne sont pas autorisés à conclure des nouvelles opérations. Seules les
32
opérations que nécessite la liquidation, les opérations déjà entamées ou les opérations
urgentes, sont autorisées.
§2- La liquidation :
A- La nomination du liquidateur :
23
Selon les termes de l’article 30 du CSC, la désignation judiciaire du liquidateur prend deux formes selon la
cause de dissolution :
- en cas de dissolution judiciaire : s’il n’y a pas d’accord entre les associés, le juge nomme le liquidateur
conformément aux dispositions de la loi relative aux liquidateurs, mandataires de justice, syndics et
administrateurs judiciaires.
- en cas de dissolution non judiciaire : la nomination est effectuée par le juge en réponse à une ordonnance sur
requête à la demande de tout intéressé.
33
- ne pouvoir, conformément aux dispositions de l’article 35 du CSC, céder, totalement ou
partiellement, l’actif de la société dissoute ou apporter l’actif à une autre société que sur
autorisation par décision de l’assemblée générale.
72.- Devant assurer une mission bien particulière, le liquidateur dispose d’un nombre
de pouvoirs qui concourent à la réalisation effective de l’opération de liquidation.
Le liquidateur est en premier lieu le représentant légal de la société dissoute. Sa qualité de
représentant légal doit s’exercer dans le cadre restreint de la liquidation, à savoir :
- la réalisation de l’actif,
- l’acquittement du passif,
- la répartition du solde disponible,
C- La responsabilité du liquidateur :
34
- le délit de défaut de convocation des associés pour statuer sur les comptes définitifs de la
société et sur les questions de gestion lors de la clôture de la liquidation.
- le délit de cession de l’actif, totalement ou partiellement, d’une société en liquidation sans
l’accord ou l’autorisation des associés.
- le délit d’exploitation de la réputation de la société.
- le délit d’usage abusif des biens de la société en liquidation.
35
DEUXIÈME PARTIE
Les règles spécifiques
74-. A côté du corps des règles qui constitue le droit commun des sociétés
commerciales, le code des sociétés commerciales réglemente un certain nombre de formes
sociales qui peuvent se regrouper en trois grandes catégories, les sociétés de personnes (Titre
I), les sociétés à responsabilité limitée (Titre II) et les sociétés par actions (Titre III).
36
TITRE I
37
CHAPITRE 1
LA SOCIÉTÉ EN NOM COLLECTIF
76-. La société en nom collectif constitue le prototype de sociétés de personnes. Elle est
créée généralement entre un nombre réduit de personnes qui se connaissent mutuellement. A
cet effet, le contrat de constitution d’une société en nom collectif est un contrat marqué par la
forte dose de l’élément intuitu personae. D’ailleurs, ce type de société sied parfaitement aux
affaires de type familial.
L’étude de cette forme sociale devrait ainsi nous permettre de mettre en exergue ses
caractéristiques propres qui la distinguent des autres formes sociales (Section 1) pour ensuite
rechercher la spécificité du statut de ses associés (Section 2) et la manière avec laquelle elle
est gérée (Section 3).
Il reste enfin d’évoquer la possibilité de transformation de cette société en d’autres formes
sociales (Section 4).
Section 1
Les caractéristiques de la société en nom collectif
77.- La société en nom collectif se distingue par un certain nombre de caractéristiques
qui lui sont propres. Elle est d’abord une société dont la constitution traduit son caractère
intuitu personae (§1). Elle est ensuite une société qui fonctionne sous une raison sociale (§2)
et n’est commerciale que par référence à son objet (§3).
79-. La société en nom collectif est l’une de formes sociales où le rôle de la volonté des
associés est fortement présent.
Le fait que la société est fondée sur l’intuitu personae se traduit par un caractère apparent,
celui de la présence trop marquée, par rapport aux autres formes sociales, de son aspect
contractuel. C’est dans ce sens que la législation qui lui est applicable se distingue par une
38
marge appréciable reconnue à la volonté pour la détermination du régime juridique qui la
gouverne.
Plusieurs sont donc les règles juridiques posées par le législateur où il laisse aux associés la
possibilité d’adopter des stipulations contraires marquant ainsi le caractère supplétif de ces
règles.
C’est par exemple le cas le l’article 57 qui fixe la règle selon laquelle « la gestion de la
société est un droit pour tous les associés », pour ensuite permettre à la volonté des associés
exprimée dans les statuts ou dans une convention ultérieure de pouvoir prévoir le contraire :
« sauf si les statuts ou une convention ultérieure ne prévoient le contraire ».
C’est également le cas des articles 56, 60, 65 et 66 du CSC.
81-. S’agissant d’une société de personnes, les associés sont propriétaires de parts
sociales ou « parts d’intérêt » qui représentent la contrepartie de leurs apports dans la
constitution du capital social de la société.
Le caractère intuitu personae de la société ne pourra pas ne pas se traduire au niveau du
régime juridique des parts sociales dans la mesure où leur cession pourrait, si des règles stricts
ne sont pas prévues, voir des tiers inconnus des associés, acquérir la qualité d’associé.
Il est ainsi clair qu’un hermétisme quant aux règles permettant l’accès au statut d’associé par
l’achat des parts existantes ne pourra pas être surprenant. Aussi est-il souvent avancé l’idée
d’incessibilité à un tiers des parts sociales d’une société en nom collectif.
39
Toutefois, si l’associé ne peut pas céder librement ses parts sociales à un tiers qu’au prix
d’une unanimité de ses coassociés, il peut en outre, conformément aux dispositions de l’alinéa
2 de l’article 56 du CSC, céder à un tiers les droits et avantages attachés à sa part d’intérêt.
Aussi, un associé peut, par un engagement qui ne le lie qu’avec le bénéficiaire, lui transférer,
non pas la qualité d’associé, mais seulement les droits et avantages lui revenant en vertu de
son statut d’associé. Il s’agit de ce qui est convenu d’appeler la convention de croupier.
La rédaction de l’alinéa semble peu précise dans la mesure, où il ne peut s’agir en effet que
des droits financiers car il est totalement inadmissible de penser que la transmission pourrait
porter sur le droit à la gestion ou à l’information, droits qui permettent au bénéficiaire
d’engager la société alors que la nature même de la société n’admet pas l’incursion, directe
ou indirecte, d’un tiers.
En effet, si l’incessibilité des parts sociales a été conçue pour filtrer l’accès au statut d’associé
aux tiers inconnus des autres associés, il ne peut être admis que par la possibilité reconnue à
l’associé de céder les droits et avantages associés à sa part d’intérêt, ces derniers pourront se
trouver mêlés aux affaires sociales.
D’aucuns, peuvent avancer qu’en prévoyant que l’accord n’a d’effet qu’entre les parties
contractantes, comme le précise l’article, ce risque n’est pas réel. En réalité, c’est de la
rédaction peu cohérente qu’il est plutôt question car si on discute de l’utilité de cette
transmission, il faut peut être permettre au bénéficiaire de pouvoir recevoir directement les
droits financiers de la société sans faire le détour par l’associé, sinon, le transfert semble peu
efficace et n’aurait pas sa place même dans le code des sociétés commerciales.
Aussi, le texte serait plus cohérent s’il limite l’objet de la transmission aux droits financiers.
L’exécution de l’engagement le concernant gagnerait en efficacité également par l’élimination
pure et simple de la phrase suivante : « cet accord n’ayant d’effet qu’ente les parties
contractantes», qui consacre l’aspect relatif de l’accord.
40
De même, pour mettre en exergue la fonction informatrice de la raison sociale pour les tiers,
le législateur a fixé une règle très strict pour toute personne qui accepte de laisser apparaitre
son nom dans la raison sociale alors qu’elle n’a pas la qualité d’associé.
Par ce qu’il crée ainsi une apparence trompeuse pour les tiers qui auront pu contracter, par
exemple, pour la seule considération de sa personne, le législateur, sans accorder à cet intrus
le statut d’associé, le considère, à l’égard du tiers induit en erreur, responsable des dettes de la
société comme s’il était un associé en nom.
L’alinéa 2 de l’article 54 du CSC, précise dans ce sens, que « Toute personne étrangère à la
société qui laisserait sciemment son nom figurer dans la raison sociale de la société
répondrait des dettes de la société vis-à-vis de quiconque qui aurait pu ainsi être induit en
erreur ».
Est-ce que l’étranger dont le nom était inclus dans la raison sociale à son insu est soumis à la
règle posée ?
Il est clair que l’usage du terme « sciemment » exclu cette éventualité. Seulement, une fois
informé, l’intrus qui manifeste une négligence à l’égard des conséquences fâcheuses de
l’incorporation de son nom dans la raison sociale, ne pourra plus se prévaloir de sa bonne foi.
83-. La société en nom collectif est une société commerciale par référence uniquement à
son objet.
En effet, ne faisant pas partie des formes sociales qui sont considérées comme étant
commerciales de part la forme choisie, conformément aux dispositions de l’article 7 du CSC,
la société en nom collectif ne doit sa nature commerciale qu’à la nature de son activité.
L’objet de la société, s’il consiste à réaliser des actes de commerce par nature tels qu’ils sont
définis par l’article 2 du code de commerce, se traduit par la commercialité de la société dans
la mesure où les deux autres conditions de répétition et de recherche du bénéfice sont remplies
du seul fait de sa constitution.
La nature commerciale de la société en nom collectif la soumet aux dispositions du code des
sociétés commerciales et au droit commercial dans son ensemble. Elle peut ainsi bénéficier de
tous les avantages reconnus au commerçant.
Il s’agit notamment :
Section 2
Le statut de l’associé en nom
84.- Les associés d’une société en nom collectif se trouvent dans une situation juridique
fortement marqué par l’aspect intuitu personae du contrat de société. Aussi, deux
caractéristiques sont à relever. La première est relative à la qualité de commerçant qui leur est
reconnue (§1) alors que la seconde est relative à l’engagement solidaire pour toutes les dettes
sociales (§2).
41
§1- L’associé en nom est commerçant :
85-. L’associé en nom est un commerçant. Il acquiert en effet cette qualité du fait de son
statut juridique d’associé d’une société en nom collectif. C’est donc une situation juridique
conséquente à la qualité d’associé dans une forme particulière des sociétés commerciales, la
société en nom collectif.
La qualité d’associé est ici loin d’être acquise par référence aux conditions mentionnées à
l’article 2 du CSC. C’est une qualité accordée par la loi pour marquer la spécificité de cette
forme sociale.
C’est l’article 55 qui apporte cette règle en précisant que « les associés en nom collectif ont la
qualité de commerçant ».
Il s’ensuit qu’un associé d’une société en nom collectif doit obligatoirement avoir la capacité
d’exercice du commerce. Aussi, l’alinéa premier de l’article 11 dispos-t-il que « nul ne peut
être associé dans une société en nom collectif … s’il n’a pas la capacité recuise pour la
profession commerciale ».
Un mineur ne peut pas être associé dans une société en nom collectif. S’il ne respecte pas
cette exigence, le contrat de société est frappé d’une nullité absolue.
Par l’acquisition de la qualité de commerçant, l’associé en nom est donc soumis aux
obligations qui pèsent sur tout commerçant.
86-. Un des traits particuliers qui marquent la condition de l’associé en nom est qu’il est
tenu solidairement de toutes les dettes de la société.
C’est l’alinéa 2 de l’article 55 du CSC qui précise cette caractéristique de responsabilité
solidaire en disposant : « les associés faisant partie de la société au moment où l’engagement
a été contracté sont tenus solidairement sur leurs biens propres ».
Aussi, les créanciers sociaux disposent d’une garantie substantielle dans la mesure où, non
seulement ils disposent, à l’image de tout créancier social d’une action contre la société, mais
se distinguent, pour la société en nom collectif, de pouvoir poursuivre les associés sur leurs
biens propres.
L’associé est soumis à une obligation personnelle et solidaire des dettes sociales. Si l’aspect
solidaire est en relation avec la qualité de commerçant reconnue à l’associé en nom, il les
rend des codébiteurs solidaires envers les créanciers de la société.
Cette action contre un associé se distingue par une formalité bien particulière comme elle doit
se réaliser, à peine de prescription, dans un délai déterminé.
Sur le plan de forme, l’action contre un associé est subordonnée à l’accomplissement d’une
formalité précise, celle de l’avoir mis en demeure, quinze jours auparavant.
L’alinéa premier de l’article 55 du CSC, précise dans ce sens que « …les créanciers de la
société ne peuvent poursuivre l’associé en paiement des dettes sociales que quinze jours
après l’avoir mis en demeure ».
Au sujet de la prescription, l’action, doit, selon les termes de l’alinéa 2 de l’article 55 du CSC,
être exercée dans un délai de trois ans à compter de la date d’échéance de la créance.
La nature de l’obligation de l’associé en nom des dettes de la société en nom collectif est peu
précise. Est-il codébiteur ou un simple garant ?
42
Une lecture exégétique de l’article 55 du CSC conduit à considérer l’associé d’une société en
nom collectif un codébiteur, alors qu’une lecture plus ouverte fondée sur les considérations
tirées du régime général des sociétés commerciales devrait conclure à sa nature de simple
garant de la société.
La considération de l’associé en nom comme codébiteur viderait en effet la personnalité
morale reconnue à la société de sa principale substance, celle de distinction réelle des
patrimoines des associés et de la société. En revanche, le considérer un garant de la société,
tout en étant une position réelle, n’amoindrirait en rien les chances des créanciers tant le
recours contre l’associé est toujours envisageable24.
Dans ce cas, l’obligation de l’associé devient subsidiaire et nécessiterait, pour qu’elle puisse
fonder une action en paiement, qu’une interpellation infructueuse de la société a été intentée.
La jurisprudence commerciale française a amorcé cette nouvelle lecture. Dans un arrêt de la
chambre commerciale de la cour de cassation française, il a été jugé que « les associés d’une
société en nom collectif ne sont pas les coobligés de cette dernière, de sorte qu’il incombait
au porteur du chèque de rapporter la preuve de la dette sociale dont il leur réclamait le
paiement, une telle preuve ne pouvant résulter du seul titre exécutoire obtenu contre la
société »25.
Section 3
La gestion de la société en nom collectif
87.- Etant une personne morale, la société en nom collectif a besoin, pour son
fonctionnement, d’un représentant légal qui assure sa gestion, le gérant de la société.
Ce dernier n’acquiert sa qualité de gérant représentant légal de la société que suite à sa
nomination (§1). Il ne cessera ses fonctions que dans le cadre d’une procédure de révocation
(§2). Entre temps, il dispose des pouvoirs (§3) qui lui permettent d’assurer sa mission tout en
pouvant subir les conséquences d’une action en responsabilité (§4).
88-. Si la loi accorde à tout associé le droit de gérer la société en nom collectif 26, la
pratique a démontré que l’efficacité de l’action exige qu’une seule personne assure les
fonctions de gérant de la société.
La nomination du gérant revient aux associés soit dans le cadre des statuts soit par une
décision ultérieure.
24
PAGNUCCO J.,-Ch., L’obligation à la dette de l’associé indéfiniment responsable, RTD Com., 2012, p. 55.
25
Cass. com., 20 mars 2012, Revue des sociétés, 2012, p. 577, note de DEXANT DE BAILLIENCOURT O.
Voir également, cass. com., du 08 octobre 1999, Bulletin Joly, 2000, p. 93, note LE CANNU P.
26
L’article 57 du CSC dispose que « La gestion de la société est un droit pour tous les associés sauf si les statuts
ou une convention ultérieure ne prévoient le contraire ».
43
La règle de l’unanimité est encore appliquée pour la nomination d’un associé au poste de
gérant par acte extrastatutaire.
S’il s’agit d’un gérant non associé, la majorité requise est de trois quart du capital social.
L’acte de nomination du gérant constitue en effet une proposition sous forme d’offre qui
nécessite pour qu’elle entérine la nomination, une acceptation de la part de la personne
désignée. Cette acceptation peut être expressément formulée comme elle peut être tacite par
l’exercice effectif de la mission de gérance.
Une fois réalisée, la nomination du gérant est soumise aux exigences de dépôt et de publicité
mentionnées à l’article 16 du CSC. Il s’agit en effet d’une application de l’alinéa 2 de l’article
59 du CSC qui prévoit que « Le remplacement d’un ancien gérant par un nouveau doit faire
l’objet d’une publication selon la procédure légale ».
89-. Nommé pour assurer une fonction dont dépend en grande partie la réussite de
l’activité sociale et la réalisation du bénéfice recherché, le gérant peut échouer dans sa
mission. Aussi, les associés ont-ils le pouvoir de le remplacer.
La révocation du gérant doit se réaliser en respectant une règle de principe : le parallélisme
des formes, c'est-à-dire qu’il faut observer les mêmes formalités de la nomination27.
Les associés peuvent révoquer le gérant sans être astreint à se justifier. Il s’agit en effet d’une
révocation ad nutum, c'est-à-dire à la convenance des associés.
Ce droit de révocation doit respecter une seule condition. Il ne doit pas se traduire par un abus
qui ouvrirait droit à une action en réparation au profit du gérant28.
91-. C’est l’article 60 du CSC qui précise l’idée de l’étendue des pouvoirs du gérant de
la société en nom collectif. Ce dernier accomplit tous les actes de gestion justifiés par l’intérêt
de la société.
Seule une limitation statutaire pourra ainsi restreindre l’étendue des pouvoirs du gérant.
En pratique, les associés, craignant un usage des pouvoirs non conforme à l’intérêt social,
adoptent une limitation statutaire des pouvoirs du gérant qui intéressent un certain nombre
d’actes considérés dangereux et pour lesquels le gérant a besoin de l’autorisation des associés.
C’est le cas par exemple de la cession d’un certain nombre d’éléments de l’actif ou d’une
limitation relative à la faculté d’emprunter ou de prêter…
27
L’alinéa premier de l’article 59 dispose que « Le gérant est révocable dans les memes conditions suivant
lesquelles il a été nommé ».
28
L’article 59 prévoit que « … si la révocation est abusive, elle peut donner droit à réparation… ».
44
Souvent, ces limitations, même si elles sont publiées, ne sont pas opposables aux tiers de
bonne foi, ce qui est de nature à réduire énormément leur efficacité. Il reste qu’elles sont
utiles pour engager éventuellement la responsabilité du gérant.
92-. Pour que le gérant, par son action, engage la société, deux conditions doivent être
réunies. Il faut d’abord qu’il signe sous la raison sociale et qu’il agisse ensuite dans le cadre
des pouvoirs qui lui sont reconnus.
Aussi, toute signature réalisée par le gérant en son nom propre, c'est-à-dire en dehors de sa
qualité de gérant de la société, ne peut engager cette dernière.
La signature sous la raison sociale, c'est-à-dire, celle réalisée en sa qualité de représentant
légal de la société, est la seule capable d’engager la société commerciale si elle respecte
l’étendue des pouvoirs du signataire.
La combinaison de ces deux conditions n’est pas sans créer quelques difficultés surtout pour
la condition relative aux pouvoirs que ce soit pour la société ou les tiers.
La société est au centre des préoccupations car c’est son patrimoine qui subirait les effets
directs de toute signature positivement ou négativement.
Les tiers sont également intéressés par la question des pouvoirs car ils risquent d’être partie à
un engagement que la société pourrait ne pas reconnaitre. Aussi, est-il intéressant de pouvoir
répondre à la question suivante : quelles sont les limites aux pouvoirs d’engagement de la
société en nom collectif par son gérant ?
93-. C’est l’article 61 qui réglemente cette question en disposant que « Les gérants
engagent la société toutes les fois qu’ils agissent dans les limites de leurs pouvoirs et qu’ils
signent sous la raison social, même s’ils usent de cette signature dans leur intérêt personnel,
à moins que le tiers cocontractant ne soit de mauvaise foi ».
Il découle de la lecture de cet article, que la société en nom collectif, est engagée par la
signature de son gérant toutes les fois qu’il agit dans le cadre de ses pouivoirs (1) et qu’elle
est aussi engagée même si, dans certaines situations, le gérant dépasse ses pouvoirs (2).
94-. Si l’acte réalisé par le gérant fait partie des pouvoirs dont il dispose et s’il a été
réalisé par une signature sous la raison sociale, il engage la société. C’est le cas de tous les
actes rentrant dans l’objet social et réalisés dans l’intérêt de la société et qui respectent les
limitations statutaires.
Pour ces actes, la société en nom collectif, ne pouvant rien opposer aux tiers, doit subir les
conséquences juridiques des opérations réalisées dans la mesure où elles constituent l’effet
escompté de la technique de la représentation juridique de la personne morale.
Dans ce cas, le tiers qui contracte avec la société à travers son gérant est protégé. Cette
protection peut être douteuse si le gérant, même s’il a signé sous la raison sociale, a en effet
dépassé ses pouvoirs en poursuivant par exemple son intérêt personnel au lieu de celui de la
société.
45
2)- Actes ne rentrant pas dans les pouvoirs du gérant :
95-. Le sort des actes réalisés par le gérant de la société en nom collectif sous sa raison
sociale mais qui dépassent les pouvoirs dont il est investi, posent une difficulté : Sont-ils
opposables à la société ?
La société peut-elle s’en exonérer en opposant le simple fait qu’ils ont été réalisés en
méconnaissance des limitations des pouvoirs ?
Impliquant les tiers, ces actes sont soumis à un régime juridique où la protection de ces
derniers est l’élément déterminant.
En effet, pour protéger les tiers, le législateur a commencé par fixer la règle selon laquelle
toute limitation des pouvoirs du gérant dans les statuts leur est inopposable.
De plus, le tiers contractant avec la société, n’étant pas en mesure d’identifier la conformité de
l’acte signé par le gérant avec l’objet et l’intérêt sociaux, il doit être protégé. Pour le protéger,
la loi considère que l’acte, même s’il est réalisé en dehors des limites des pouvoirs du gérant,
il engage la société.
Cette dernière ne pourra pas ainsi se prévaloir d’un dépassement des pouvoirs que si le tiers
contractant savait que le gérant agissait en dehors des pouvoirs qui lui sont reconnus. Il s’agit
donc d’un tiers de mauvaise foi qui ne mérite pas la protection.
La mauvaise foi du tiers qui le prive de la protection est limitée à la connaissance effective du
dépassement par le gérant de ses pouvoirs.
Bénéficiant de la présomption de bonne foi édictée par l’article 548 du COC, le tiers est
dispensé de preuve. C’est à la société qu’incombe la charge de prouver la mauvaise foi du
tiers pour pouvoir opposer l’absence de son engagement.
Si le tiers est de bonne foi, la signature du gérant engage la société. Cette dernière n’aura que
la possibilité d’engager la responsabilité de son gérant.
96-. Disposant des pouvoirs les plus étendus pour engager la société en nom collectif, le
gérant pourra être tenté d’en faire un usage non conforme à l’objet social ou à l’intérêt social.
Il peut ainsi rechercher un intérêt qui lui est personnel au détriment de celui de la société
commerciale.
Il peut également, par ses agissements, commettre des actes qui constituent des infractions
punissables.
A cet effet, le gérant peut voir sa responsabilité civile, voire même pénale, engagée.
L’absence d’un texte spécial pour la responsabilité civile du gérant nous renvoie à la théorie
générale de la responsabilité civile délictuelle. En effet, à chaque fois que les conditions de
cette responsabilité sont réunies, à savoir la faute, le préjudice et le lien de causalité, la société
commerciale, les associés ou même les tiers, sont en droit de poursuivre le gérant en
réparation des dommages qu’ils ont subi conséquemment à ses agissements fautifs.
Quant à la responsabilité pénale, outre les infractions du droit pénal général, telle l’abus de
confiance, le blanc seing ou l’escroquerie, le gérant est passible des peines dans le cadre du
droit pénal spécial en relation avec les sociétés commerciales.
C’est par exemple le cas du délit d’entrave aux travaux du commissaire aux comptes29.
29
L’article 13 sexis du CSC dispose que « est puni d’un emprisonnement de six mois et d’une amende de cinq
mille dinars ou de l’une de ces deux peines, tout dirigeant d’une société commerciale ou d’un groupement
d’intérêt économique qui entrave les travaux du ou des commissaires aux comptes ou qui refuse de fournir, à
46
C’est également le cas de l’infraction relative au non-respect des formalités de publicité30.
Section 4
La transformation de la société en nom collectif
97.- Outre la transformation volontaire prévue par l’article 433 du CSC et celle décidée
dans le cadre des procédures de redressement judiciaire, la société en nom collectif peut faire
l’objet d’une transformation suite à des événements qui influencent ses propres
caractéristiques. C’est ainsi que pour éviter la dissolution, le législateur a prévu cette
transformation dans deux situations différentes. La première est relative au décès d’un associé
(§1) alors que la seconde est relative à la réunion des parts sociales entre les mains d’un seul
associé (§2)
§1- Le décès d’un associé en nom :
98-. S’il est prévu comme cause de dissolution des sociétés commerciales, le décès d’un
associé a plutôt plus d’intérêt surtout pour la société en nom collectif pour son aspect intuitu
personae.
Le décès d’un associé en nom constitue une cause de dissolution qui pose un problème si la
société est prospère. C’est la raison qui explique la règle qui prévoit la continuité de
l’exploitation en dépit de la survenance du décès d’un associé.
L’alinéa dernier de l’article 65 du CSC, tout en laissant aux associés la possibilité de prévoir
une clause contraire entrainant la dissolution, a prévu la continuité de la société. Cette
continuité entre les survivants prend deux formes, selon que l’associé décédé a laissé ou non
des héritiers.
S’il n’a pas laissé d’héritiers, la société se poursuit et conserve sa forme juridique, alors que
s’il a laissé des héritiers, la société se poursuit avec ces derniers avec un changement de la
forme sociale qui devient une commandite simple.
En effet, la dévolution aux héritiers des droits ayant appartenu à l’associé décédé, consacre
l’arrivée des étrangers à un corps social formé intuitu personae.
L’entrée des héritiers, s’il assure la continuité de l’exploitation, ne peut pas estomper
l’atteinte au caractère intuitu personae de la société. Cette atteinte est tellement prononcée
qu’elle se traduit par un changement de la forme sociale dans la mesure où la caractéristique
substantielle de la société en nom collectif est fortement touchée.
Le dernier alinéa de l’article 65 dispose ainsi que « Sauf clause contraire des statuts, en cas
de décès de l’un des associés, la société en nom collectif continue entre les survivants, si le
précédé n’a pas laissé d’héritiers auxquels ses droits sont dévolus. Au cas contraire, la
société continue avec les héritiers qui prennent la qualité d’associés commanditaires, et la
société se transforme de droit en une société en commandite simple qui doit faire l’objet des
mesures de publicité légale ».
Si la société se poursuit avec les héritiers, deux effets juridiques sont à relever :
leur demande, par tout moyen qui laisse une trace écrite, les documents nécessaires à l’exercice de leurs
missions ».
30
L’article 20 du CSC dispose que « Nonobstant les dispositions des articles 14, 18 et 19 du présent code,
l’inobservation des formalités de publicité susmentionnées expose les dirigeants sociaux qui en ont la charge à
une sanction d’amende de trois cent à trois mille dinars ».
47
- transformation de droit de la société en société en commandite simple.
- nécessité de procéder à la publicité de la transformation.
Cette transformation de droit parait différente d’une autre transformation réalisée sous forme
de régularisation de situation.
§2- La réunion de toutes les parts entre les mains d’un seul associé :
99-. Si au cours de la vie sociale, les parts sociales détenues par les associés en nom se
trouvent réunies entre les mains de l’un d’eux, une transformation de la société est
nécessaire. Dans ce cas, d’une société en nom collectif plurale, la société se transforme en une
société unipersonnelle à responsabilité limitée.
48
CHAPITRE 2
La société en commandite simple
100-. La société en commandite simple est une société de personnes qui se caractérise
par l’existence de deux catégories d’associés, les commandités et les commanditaires.
Son régime général est calqué, sauf certaines exceptions, sur celui de la société en nom
collectif. En effet, l’article 68 du CSC précise que « Les dispositions relatives à la société en
nom collectif sont applicables à la société en commandite simple sous réserve des règles
prévues dans le présent titre ».
L’étude du régime juridique de la société en commandite simple serait ainsi réduite aux
aspects qui lui sont propres. Pour le reste, il s’agit d’appliquer les règles déjà exposées pour la
société en nom collectif.
Parmi les éléments qui distinguent la société en commandite simple figurent, la
différenciation du régime de ses associés (Section 1), le mode de sa gestion (Section 2), le
régime des parts sociales (Section 3) et sa dissolution (Section 4).
Section 1
Le régime juridique des associés
101-. La spécificité de la société en commandite simple réside dans l’existence d’un
régime dual de ses associés. C’est cette dualité qui caractérise la commandite dans la mesure
où l’absence d’une catégorie de ces associés entraine l’inexistence de cette forme sociale. Les
associés de la commandite simple sont les commandités d’une part (§1) et les commanditaires
de l’autre (§2).
§1- L’associé commandité :
102-. L’associé commandité est soumis au même régime juridique de l’associé en nom.
Il s’ensuit que le commandité a, par référence au statut de l’associé en nom, la qualité de
commerçant et qu’il est solidairement responsable des dettes sociales.
Il a droit également à la gestion de la société.
Le statut de l’associé commandité se traduit également au niveau de la raison sociale de la
commandite simple. En effet, société fonctionnant sous une raison sociale, la société en
commandite simple doit faire figurer dans cette raison sociale le nom des commandités ou
l’un d’eux au moins, suivi ou précédé des mots « société en commandite simple »31.
Il s’agit ici d’une application stricte du régime juridique de la société en nom collectif avec
une adaptation à la situation de la commandite simple fondée sur la dualité du régime de ses
associés.
31
L’alinéa 1 de l’article 69 du CSC, dispose que « La société en commandite simple est désignée par une raison
sociale qui comprend les noms des commandités suivis ou précédés des mots ‘’société en commandite simple’’ ».
49
La distinction entre associés commandités et commanditaires doit être clairement précisée
dans les statuts de la société. C’est ainsi que les dispositions de l’article 70 du CSC doivent
renseigner sur la position de chaque associé.
Une précision de la part dans le capital de chaque catégorie d’associés est exigée ainsi que la
part de chaque associé commanditaire dans la répartition des bénéfices et dans le boni de
liquidation.
§2- L’associé commanditaire :
Par abus de langage, le commanditaire est appelé bailleur de fonds pour l’opposer au
commandité disposant de la qualité de commerçant. Il s’agit en effet d’une fausse
approximation dans la mesure où le commanditaire est bel et bien un associé. S’il est un
32
JANNENE H., Les commanditaires dans la société en commandite simple, RJL, avril 2011, p. 41.
50
créancier de la société, il l’est comme conséquence de son statut d’associé au même titre
d’ailleurs que le commandité.
Section 2
La gestion de la société
A- L’interdiction de gérer :
51
B- La participation à la vie sociale :
107-. Privé de pouvoir gérer la société, le commanditaire dispose d’un certain nombre
de droits qui lui permettent d’avoir un droit de regard sur la prise de décision dans le cadre de
la société.
Outre le droit de participer aux décisions stratégiques, à l’image de la modification des statuts
et le changement de la nationalité de la société33, les commanditaires participent à la prise des
décisions relatives à la marche de la société.
A cet effet, si les statuts prévoient la tenue des assemblées et s’ils fixent le mode de prise de
décision dans ces assemblées, la tenue d’une assemblée peut être provoquée par les
commanditaires. C’est dans ce sens que l’article 72 du CSC se prononce en précisant que
« les décisions sont prises dans les conditions fixées par les statuts. Toutefois, la réunion
d’une assemblée de tous les associés est de droit, si elle est demandée soit par un
commandité, soit par le quart en nombre et en capital des commanditaires ».
De même, s’ils ne participent pas directement à la gestion, les commanditaires disposent d’un
droit à l’information sur l’exercice par le gérant de ses pouvoirs de gestion de la société. Ce
droit à l’information prend, conformément aux dispositions de l’article 72 du CSC, deux
formes. Des questions écrites posées au gérant auxquelles ce dernier doit répondre par écrit,
dédoublée par une possibilité de prendre connaissance, deux fois par an au siège social, de
tous documents et pièces comptables.
L’étendue de cette responsabilité (B) est fonction de l’accomplissement d’un acte pouvant
être qualifié d’acte de gestion (A).
A- L’objet de l’interdiction :
109-. L’objet de l’interdiction opposée au commanditaire porte sur des actes qualifiés
d’actes de gestion de la société.
Pour déterminer qu’est ce qu’un acte de gestion, il importe de souligner qu’il ne s’agit pas ici
de la distinction adoptée en droit civil entre actes d’administration et actes de disposition.
33
L’article 74 du CSC dispose, à cet effet, que « Les statuts ne peuvent être modifiés qu’avec le consentement
de tous les commandités et le consentement de la majorité en nombre et en capital des commanditaires. Le
changement de la nationalité de la société ne peut être décidé qu’à l’unanimité des associés. Toute clause
contraire est réputée nulle ».
52
L’acte de gestion est plutôt en relation avec la notion de direction de la société commerciale et
de la faculté légale de pouvoir l’engager.
La gestion ou l’administration de la société commerciale fait référence à une situation légale,
celle du dirigeant de droit, qui, en vertu d’une nomination légale, dispose des pouvoirs les
plus étendus pour engager la société par les actes de gestion qui font partie de sa mission. Elle
s’étend aussi à des situations semblables qui, en l’absence d’une procuration légale,
produisent les mêmes effets juridiques, à savoir l’engagement de la société commerciale. Il
s’agit du statut du dirigeant de fait qui a été conçu essentiellement pour protéger les tiers.
Si l’article 71 du CSC n’a pas défini l’acte de gestion, il a, d’une manière négative, présenté
ce qui ne constitue pas un acte de gestion.
Le dernier alinéa de cet article dispose ainsi que « ne constituent pas des actes d’immixtion
dans l’administration et la gestion externe de la société, le contrôle des actes des gérants les
avis et les consultations qui leur sont dispensés ainsi que l’autorisation qui leur est donnée
pour l’accomplissement d’actes qui dépassent la limite de leurs pouvoirs ».
En dépit de leurs relations directes avec la gestion, trois catégories d’actes sont exclues du
domaine d’immixtion : l’acte de contrôle, la consultation et l’autorisation d’actes de gestion
Si la consultation et l’autorisation ne posent pas de problème, il n’en est pas de même pour le
contrôle. En effet, ne peut contrôler que celui qui a, au préalable, le droit de gérer. C’est à ce
titre qu’il est souvent affirmé que contrôler est encore administré ou géré. L’acte de contrôle
de gestion est réellement un acte de gestion.
Cette assimilation de l’acte de contrôle à un acte de gestion trouve son fondement dans le
cadre des organes d’administration de la société anonyme.
En effet, si l’assemblée générale de la société anonyme est le titulaire des pouvoirs
d’administration, et s’il délègue une partie de ses pouvoirs au conseil d’administration, il a en
contrepartie un droit de contrôle sur les actes d’administration réalisés par ce conseil.
De plus, la recherche de l’efficacité de l’administration a été à l’origine de l’adoption d’un
nouveau mode fondé sur la distinction de l’administration et le contrôle de cette
administration. Cette distinction ne peut cacher qu’avant d’être séparées l’administration et le
contrôle de l’administration formaient une seule unité. Aussi contrôler la gestion c’est
réellement gérer.
B- L’étendue de la responsabilité :
110-. La responsabilité du commanditaire qui s’est immiscé dans la gestion est spéciale.
Elle opère une transformation de l’étendue de la garantie qu’il doit envers les créanciers de la
société. D’une responsabilité limitée au montant de son apport, elle devient une responsabilité
illimitée semblable à celle qu’encoure le commandité.
Toutefois, l’article 71 du CSC trace une limite à cette étendue en fonction du nombre des
actes de gestion réalisés et de leur gravité en spécifiant que « suivant le nombre des actes
d’immixtion ou de leur gravité, sa responsabilité sera soit limitée aux conséquences résultant
de l’acte prohibé, soit étendue à toutes les dettes de la société ».
C’est au juge qu’il revient de décider de l’étendue de cette responsabilité en fonction d’un
double critère, le nombre d’actes réalisés et leurs gravités.
C’est ainsi que s’il s’agit d’un seul acte isolé, la responsabilité du commanditaire devrait se
restreindre aux conséquences de cet acte en termes de dettes nées.
S’il s’agit d’une répétition d’actes qui traduisent un comportement de continuité et
d’apparence d’un gérant légal, l’immixtion est d’une gravité qui justifie de soumettre le
commanditaire à un régime de responsabilité totale des dettes de la société.
53
Section 3
Le régime des parts sociales
111-. Le capital de la société en commandite simple est divisé en parts sociales ou
parts d’intérêts. Qu’il s’agisse d’un commandité ou d’un commanditaire, sa participation est
constituée d’une part sociale qui est qualifiée en référence de la nature de l’associé lui-même.
S’agissant d’une société de personnes, la cession des parts sociales n’est pas libre. Toutefois
l’existence d’un régime dual des associés ne pourra pas ne pas s’observer au niveau de cette
cession.
L’article 75 du CSC qui réglemente la question de la cession des parts sociales fixe le principe
d’incessibilité, principe qui n’est limité quant à sa portée que par un accord entre tous les
associés.
Il autorise également les associés d’adopter un assouplissement de cette règle dans le cadre
des statuts. Cet assouplissement peut prendre trois formes en relation avec la catégorie
d’associés.
D’abord, il est possible de prévoir dans les statuts, que la cession des parts des
commanditaires est libre entre associés.
Ensuite, il est également possible de stipuler que la cession des parts des commanditaires à
des tiers est conditionnée par le consentement de tous les commandités et la majorité en
nombre et en capital des commanditaires.
Enfin, un commandité peut céder une partie de ses parts à un commanditaire ou à un tiers
étranger à la société s’il a obtenu le consentement de tous les commandités et la majorité en
nombre et en capital des commanditaires.
Section 4
La dissolution de la société
112-. Soumise aux conditions générales de dissolution des sociétés commerciales fixées
par l’article 21 du CSC, la société en commandite simple semble se distinguer par référence à
la cause bien spécifique du décès d’un associé.
Non réglementée dans les cadre des règles spéciales régissant la société en commandite
simple, la question du décès d’un associé peut se résoudre par référence à la solution prévue
pour les sociétés en nom collectif en ce qui concerne l’associé commandité (§1) tout en
poussant à rechercher une solution logique pour l’associé commanditaire (§2).
114-. Le décès d’un associé commanditaire serait logiquement moins grave pour ses
conséquences sur la poursuite de l’exploitation.
En effet, les statuts peuvent prévoir qu’en cas de décès d’un commanditaire, la société se
poursuivra, tout en distinguant entre deux hypothèses :
- si l’associé décédé a laissé des héritiers, ces derniers prendront sa place en tant que
commanditaires. Le montant du capital ne changera pas, seul le nombre de
commanditaires s’accroitra en fonction du nombre des héritiers s’ils sont nombreux.
- si l’associé décédé n’a pas laissé d’héritiers, la société se poursuivra. Le capital sera
réduit du montant de l’apport du décédé et le nombre des commanditaires diminua en
conséquence d’un associé.
- si l’associé commanditaire décédé est l’unique commanditaire et qu’il n’a pas
d’héritier, la société perdra sa nature de commandite simple. Seule une régularisation
pourra lui éviter le sort de dissolution.
Si les statuts ne prévoient aucune solution pour résoudre le cas du décès d’un commanditaire,
il semble que les associés peuvent prendre une décision qui reproduit l’une des situations
plus-haut mentionnées.
55
CHAPITRE 3
LA SOCIÉTÉ EN PARTICIPATION
La société en participation est une forme sociale qui se caractérise par certains aspects
(Section 1). Sa gestion est d’une particularité qu’il importe de souligner (Section 2) tout
comme la possibilité de sa transformation en une autre forme sociale (Section 3).
Section 1
Les caractéristiques de la société en participation
117-. Si toutes les sociétés commerciales sont, à l’origine, constituées par des contrats,
nous avons pu voir que cette vision contractuelle pourrait se dédoubler d’une vision
institutionnelle conséquence du relâchement du lien contractuel suite à l’incursion de la
volonté du législateur à travers les règles impératives qu’il fixe pour les sociétés
commerciales.
Cette idée est loin d’être applicable à la société en participation qui est régie
presqu’entièrement par les stipulations contractuelles fixées par ses associés. Cet aspect
contractuel prononcé est apparent dans la définition proposée par l’article 77 du CSC qui
dispose : « La société en participation est un contrat par lequel les associés déterminent leurs
droits et obligations réciproques, et fixent leurs contributions aux pertes et leurs parts dans
les bénéfices et dans l’économie qui pourraient en résulter».
Cet aspect contractuel très présent rebondira, à la fois, au niveau de la constitution (A) et de
l’organisation de la société (B).
56
A- Au niveau de la constitution de la société :
118-. Le contrat par lequel est constituée la société en participation se distingue par
l’absence d’exigences de forme.
En effet, l’aspect non révélé aux tiers, ne peut se réaliser que par l’absence de toute
manifestation d’indiscrétion.
Le contrat est donc valide par le respect des conditions de fond uniquement. Il s’ensuit,
comme l’a souligné la cour de cassation dans son arrêt n° 35668 du 09 novembre 1992, que «
la société en participation diffère substantiellement des autres formes sociales par le fait
qu’elle peut être prouvée par tous les moyens de preuve… »34. Cette solution est aujourd’hui
consacrée par les dispositions du dernier alinéa de l’article 78 du CSC qui précisent que « le
contrat de société en participation ainsi que les conventions qui s’y rapportent peuvent être
prouvés par tous les moyens de preuve admis en matière commerciale ».
Il faut noter que la société en participation est une société plurale où au moins deux associés,
appelés également participants, sont exigés.
Les associés ont une impressionnante marge de liberté pour fixer les statuts de la société. En,
effet, sous réserve des dispositions d’ordre public, le pouvoir de fixer les éléments relatifs à la
constitution et au fonctionnement de la société est une caractéristique remarquable de cette
forme sociale.
119-. Société-contrat, la société en participation est organisée selon les stipulations des
associés spécifiées dans le contrat initial ou conformément aux décisions prises
ultérieurement.
Cette idée est clairement précisée dans l’article 77 du CSC : « … les associés déterminent
leurs droits et obligations réciproques, et fixent leurs contributions aux pertes et leurs parts
dans les bénéfices et dans l’économie qui pourraient en résulter».
Existe t –il une limite à cette liberté contractuelle ? Il y a certes des dispositions d’ordre
public que les associés ne peuvent méconnaitre et qui constituent ainsi une limite à la liberté
contractuelle qui leur est reconnue. C’est le cas par exemple de la vocation de tout associé aux
bénéfices et sa participation aux pertes.
120-. Si la société en commandite se distingue par son régime dual d’associés, la société
en participation se caractérise par son aspect occulte, c'est-à-dire qu’elle n’existe qu’entre ses
associés dans la mesure où elle n’est pas révélée aux tiers. Ces derniers contractent avec
chaque associé individuellement même si l’engagement pris par cet associé concerne la
société.
Cet aspect occulte qui constitue pour la société un élément d’utilité pour certaines affaires, se
traduit juridiquement par des conséquences en relation avec la constitution (A) et la
personnalité morale (B).
34
"حيث يؤخذ مما دك ران شركة المحاصة تختلف عن سائر.275 ص-1992 مجلة القضاء والتشريع لسنة-1992 نوفمبر09 مؤرخ في35668 قرار محكمة التعقيب عدد
من المجلة16 الشركات األخرى من ناحية جوهرية وهي أنها تثبت بجميع وسائل اإلثبات حسب مقتضيات الفصل
."التجارية
57
A- Une constitution allégée :
121-. L’aspect occulte de la société se traduit par l’absence de toutes les formalités de
constitution prévues pour les autres formes sociales. Il s’agit essentiellement de l’écrit et de la
publicité.
Pour l’écrit, le caractère occulte de la société en participation ne s’adapte pas avec une
exigence formelle qui pouvait rendre ostensible la société. C’est dans ce sens que nous
comprenons la dispense énoncée par l’article 3 du CSC où il est précisé qu’ « à l’exception de
la société en participation, le contrat de société doit être rédigé par acte sous-seing privé ou
acte authentique …».
De même, au niveau de l’exigence formelle de publicité, l’article 15 dispose que « toutes les
sociétés à l’exception de la société en participation doivent procéder à la publication de leurs
actes constitutifs… ».
Allégé de toutes les considérations relatives à la forme, le contrat de la société en participation
est donc un acte qui n’est connu que par les parties qui l’ont rédigé.
Cette discrétion qui entoure la forme sociale ne peut que se traduire à un autre niveau non
moins important, celui de la personnalité morale.
122-. Si la société en participation n’est connue que par ses associés, il semble logique
qu’elle ne dispose pas d’une personnalité morale.
L’exclusion du bénéfice de la personnalité morale consacrée par l’article 4 du CSC est
logique tant il est l’aboutissement de la rupture de la chaine qui doit conduire normalement à
l’acquisition de cette personnalité morale. En effet, ni écrit, ni publicité, ni révélation au
monde extérieur, comment peut-on imaginer l’acquisition d’une personnalité morale elle-
même conséquente à une forme de publicité particulière ?
Aussi, pour clore le cercle de la discrétion, il est normal d’exclure la société en participation
du bénéfice de la personnalité morale. A ce titre, l’alinéa 2 de l’article 78 du CSC précise que
« la société en participation n’a pas de personnalité morale. Elle ne peut être connue des
tiers. Elle n’est soumise ni à l’immatriculation ni à aucune forme de publicité ».
L’absence de personnalité morale va se traduire au niveau du fonctionnement de la société et
la responsabilité des associés.
Elle se traduit également par l’inexistence de tous les attributs de la personnalité morale, tel
que, le siège social et la raison sociale.
Ne disposant pas d’un patrimoine propre, tous les apports effectués par les associés suivent un
régime particulier. Ils ne quittent pas le patrimoine de l’associé mais ils sont tout simplement
mis à la disposition du gérant pour les besoins de l’accomplissement de l’objet social.
Section 2
La gestion de la société en participation
123-. La société en participation est gérée d’une manière qui reflète son caractère
occulte.
58
L’article 83 du CSC traite de la question de la gestion de la société en participation. Son
alinéa premier rappelle presque les mêmes règles applicables à la gestion de la société en nom
collectif. Cette similitude est confirmée par les dispositions de l’article 84 qui soumet la
révocation et la démission du gérant aux stipulations des statuts. En cas de silence, « la
révocation et la démission du gérant sont soumis aux règles applicables au gérant de la
société en nom collectif ».
Si la nomination d’un gérant est une faculté, il demeure qu’il ne peut être qu’un associé. Un
gérant non associé est une solution incompatible avec le statut même de la société.
Dans la pratique chaque associé est en mesure d’engager la société. C’est dire que la gestion
de la société en participation est une fonction que chaque associé est en mesure d’assurer.
C’est dans ce sens qu’il est possible de comprendre les dispositions de l’article 80 du CSC qui
prévoient que « les tiers n’ont de relation juridique qu’avec l’associé avec lequel ils ont
contracté. Ce dernier s’engage à titre personnel et sous sa responsabilité pour le compte de
tous les associés».
La participation de tous les associés à la gestion est encore affirmée par les dispositions de
l’article 81 du CSC qui précisent les deux idées suivantes :
- chaque associé est tenu d’agir conformément aux statuts et en respectant l’intérêt de la
société.
- chaque associé doit rendre compte à ses coassociés des actes qu’il a réalisés.
Section 2
La transformation de la société en participation
125-. Etant construit sur l’idée de la non révélation, la société en participation perdrait
sa raison d’être si elle est connue des tiers.
Traitant de cette situation, l’alinéa 1 de l’article 79 du CSC dispose que « si la société se
révèle aux tiers de quelque manière que ce soit, les associés seront tenus dans les mêmes
conditions que ceux d’une société en nom collectif ».
La soumission des associés au régime des associés en nom et la continuité de la société
entraine implicitement le changement du régime juridique de la société en une société en nom
collectif36.
35
L’alinéa 1 de l’article 433 du CSC dispose que « Toutes les sociétés à l’exclusion de la société en
participation peuvent opter pour une transformation en choisissant l’une des formes prévues au présent code ».
59
§2- L’impossibilité de céder les parts sociales :
126-. Les parts sociales d’une société en participation peuvent changer de propriétaire
dans le cercle restreint des associés conformément aux conditions prévues par l’acte de
société. Si un associé se trouve dans la situation d’impossibilité de pouvoir céder ses parts à
un associé, il peut chercher un tiers acquéreur.
En effet, si l’offre de cession à un coassocié n’a pu aboutir dans un délai de trois mois,
l’associé peut céder ses parts à un tiers. Dans ce cas la vente à un tiers équivaut à une
révélation de la société et la loi oblige les associés à transformer la société en participation en
société en nom collectif.
L’article 86 du CSC dispose ainsi que « chaque associé dans une société en participation a le
droit de céder ses parts à l’un de ses coassociés conformément aux stipulations des statuts. Il
ne peut les céder à un tiers que si ses coassociés ont refusé l’offre d’achat dans le délai de 3
mois qui suit la date de l’offre.
En cas de cession des parts à un tiers la société se transforme en société en nom collectif ».
Une simple comparaison entre les deux articles 79 et 86 du CSC fait apparaitre une
différence injustifiée entre les résultats de la révélation de la société aux tiers.
En effet, l’article 79 ne prévoit pas clairement la transformation de la société en participation
à une société en nom collectif suite à la révélation aux tiers. Il se limite à indiquer un
changement de régime juridique des associés qui deviennent tenus dans les mêmes conditions
que l’associé en nom.
L’article 86, en revanche, est clair quand il prévoit la transformation en cas de cession à un
tiers des parts sociales d’un associé de la société en participation.
L’article 79 aurait du être plus clair quant à l’idée de transformation de la société pour une
raison logique : le motif de la transformation de l’article 86 n’est en réalité qu’un cas
particulier de la révélation de la société aux tiers prévue par l’article 79. De plus, ce dernier
article utilise le terme de révélation aux tiers « de quelque manière que ce soit », terme qui est
d’une généralité qui permet de conclure à la transformation prévue par l’article 86 du CSC.
36
Voir dans ce sens, cassation civile n°4695 du 30 novembre 1981, Bulletin de la cour de cassation, 1982, IV, p.
179 :
"شركة المحاصة ادا انكشف أمرها لغير المشاركين فيها أصبحت شركة مفاوضة وأصبح الشريك منهم مسؤوال شخصيا بما على الشركة من دين
."مع تضامن بقية الشركاء معه فيه وبدلك فان الحكم الصادر عليهم باألداء مع التضامن في طريقه وال يقبل الطعن
60
TITRE II
127-. Les sociétés à responsabilité limitée forment l’objet du livre trois du code des
sociétés commerciales. Il s’agit d’une catégorie à part des sociétés commerciales, une
catégorie qui se situe entre les deux pôles formés par les sociétés de personnes et les sociétés
par actions. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certains les considèrent comme étant des
sociétés hybrides qui assurent un dosage entre les caractéristiques des sociétés de personnes et
celles des sociétés par actions.
Les sociétés à responsabilité limitée peuvent prendre deux formes, la société à responsabilité
limitée pluripersonnelle (Chapitre 1) et la société unipersonnelle à responsabilité limitée
(Chapitre 2).
61
CHAPITRE 1
La Société à responsabilité limitée
128-. En raison des avantages qu’elle présente et qui combinent ceux des sociétés de
personnes et des capitaux, la société à responsabilité limitée est une forme sociale très
convoitée. L’étude de cette forme sociale consolidera ce constat à travers la présentation de
ses caractéristiques (Section 1), la condition de ses associés (Section 2), sa gestion (Section
3) et les mutations qu’elle peut connaitre tout au long de son existence (Section 4).
Section 1
Les caractéristiques de la SARL
129-. La société à responsabilité limitée se distingue par un certain nombre de
caractéristiques qui servent à sa reconnaissance. Il s’agit en premier lieu d’une constitution
qui se distingue, par rapport aux sociétés de personnes, par certaines exigences (§1). Il s’agit
ensuite de certains aspects en relation avec la nature de la société (§2). Il s’agit enfin d’une
société qui fonctionne sous une dénomination sociale (§3).
130-. Sans aller jusqu’à reproduire le formalisme de constitution prévu pour la société
anonyme, la constitution de la SARL s’en inspire largement en adoptant certaines mesures qui
tendent à assurer une plus grande sécurité quant au processus de constitution de la société.
La constitution de la SARL est donc un lieu qui marque la distance entre la simplicité de la
constitution des sociétés de personnes et le formalisme tatillon de la constitution des sociétés
de capitaux.
Tout en délimitant le domaine des activités qui peuvent se constituer en SARL par l’exclusion
de certaines activités de ce domaine (A), le processus de constitution se caractérise par
certaines exigences relatives au capital de la société (B) et aux apports réalisés par les associés
(C).
131-. Si le choix de la forme sociale est régi par le principe de la liberté accordée aux
initiateurs du projet de société commerciale, le législateur, pour des considérations de
politique législative, a estimé que la SARL est une forme sociale qui ne peut être choisie pour
certaines activités nommément désignées. C’est ainsi que l’article 94 du CSC exclut certaines
activités de la possibilité de se constituer sous forme de SARL.
Il s’agit :
- des sociétés d’assurance,
- des banques,
62
- des institutions financières,
- des établissements de crédit.
Cette interdiction intéresse également toute activité pour laquelle la loi impose une forme
déterminée autre que la SARL.
En pratique, cette exclusion se comprend par l’importance des activités citées qui sont en
général exercées dans le cadre d’une société anonyme37.
B- La formation du capital :
Pour les apports en numéraire, l’article 98 nouveau du CSC, s’il exige que le gérant ne peut
en disposer qu’une fois les formalités de constitution de la société sont accomplies et que son
immatriculation au registre national des entreprises réalisé, il ne semble pas exiger le dépôt
des montants en numéraire libérés dans un compte bancaire38.
Pour protéger les apporteurs en numéraire contre toute négligence ou mauvaise foi des
fondateurs, le législateur a fixé un délai limite de six mois pour la finalisation de la
constitution de la société. Au delà, l’alinéa 2 de l’article 98 nouveau du CSC, donne droit à
tout apporteur en numéraire de pouvoir obtenir, par ordonnance sur requête présentée au
président du tribunal du siège de la société, l’autorisation de retirer le montant de son apport.
C- Les apports :
133-. A coté des apports en numéraires qui doivent faire l’objet d’un dépôt en banque
jusqu’à la finalisation de toutes les formalités de constitution, la constitution de la SARL se
distingue par des spécificités en relation avec les apports en industrie (1) et en nature (2).
37
C’est dans ce sens par exemple que l’article 31 de la loi n°2016-48 du 11 juillet 2016, relative aux banques et
aux établissements financiers dispose que « Toute banque ou établissement financier soumis aux dispositions de
la présente loi ayant son siège social en Tunisie ne peut être constitué que sous la forme d’une société
anonyme ».
38
Avant sa réforme par la loi 2019-47, la rédaction de l’article 98 imposait le dépôt en compte bancaire des
montants souscrits et libérés du capital de la société.
Ainsi, la constitution de la SARL n’oblige pas les fondateurs à déposer le montant des apports en numéraire dans
un compte bancaire. C’est dépôt n’est qu’une faculté. D’ailleurs, l’article 96 nouveau CSC, qui présente les
mentions que le contrat de société, ne diffère quant à sa rédaction de l’ancien article que par la restriction de la
quatrième mention à l’indication du montant du capital et sa répartition. La mention se référant à la banque
dépositaire du montant du numéraire a disparu tant que ce dépôt n’est plus obligatoire.
63
134-. Les apports servant à la constitution de la société à responsabilité limitée peuvent
prendre la forme d’apports en industrie. En effet, interdits dans la législation précédant la
réforme opérée par la loi 2007-69, les apports en industrie sont, conformément aux
dispositions de l’alinéa dernier de l’article 97 CSC, possibles dans le cadre de la SARL.
Ne rentrant pas dans la composition du capital social, cet apport donne droit à une part des
bénéfices déterminée dans les statuts de la société.
135-. Le problème que pose l’apport en nature est son évaluation. Cette évaluation est
nécessaire non seulement pour fixer le montant du capital social mais aussi pour déterminer le
pourcentage de la participation de chaque associé dans ce capital et les droits qui lui
reviennent.
La constitution de la SARL n’est parfaite que par l’évaluation des apports en nature. Cette
évaluation est, conformément aux dispositions de l’article 100 du CSC, réalisée par un
commissaire aux apports désigné soit par les associés soit par le juge.
La priorité est donnée aux associés si une unanimité est obtenue. A défaut, tout futur associé
est en droit de demander, par ordonnance sur requête, une désignation judiciaire d’un
commissaire aux apports.
L’évaluation par un commissaire aux apports est obligatoire. Une seule exception est prévue
si la valeur du bien apporté ne dépasse pas la somme de 3.000 dinars, dans ce cas les associés
peuvent décider à la majorité des voix de ne pas recourir à un commissaire aux apports.
136-. Par rapport aux catégories classiques des sociétés commerciales, la SARL est une
forme sociale qui a une nature hybride (A). Elle est également une société commerciale par la
forme (B).
- la SARL se rapproche des sociétés de personnes par son caractère intuitu personae qui
est traduit par le nombre réduit des associés de cette forme sociale et par la nature de
la participation au capital qui prend la forme de parts sociales non négociables.
- la SARL se rapproche des sociétés de capitaux dans la mesure où le régime des
associés est marqué par l’absence de la qualité de commerçant et la limitation de la
64
responsabilité des associés à leurs mises de départ. De même, le décès d’un associé ou
son incapacité ne peut se traduire par la dissolution de la société.
L’utilité de cette forme sociale réside donc dans son rapprochement des sociétés de capitaux
sans pour autant estomper le caractère personnel liant les associés. Il découle de ce mélange
une simplicité au niveau de la constitution par rapport aux sociétés de capitaux et une plus
grande liberté par rapport aux sociétés de personnes.
138-. La société à responsabilité limitée est une société commerciale quelque soit l’objet
de son activité. En effet, selon les dispositions de l’article 7 du CSC, la SARL est parmi les
formes sociales qui donnent à la société son caractère commercial indépendamment de la
nature de l’activité exercée.
Ce caractère commercial acquis suite aux choix de la forme sociale intéresse les activités
civiles. Exclues du domaine du droit commercial, elles seront régies par ce droit du fait de
l’organisation de l’activité dans le cadre d’une forme sociale que le législateur a choisi de
soumettre au droit commercial.
Il s’ensuit, que toute activité réalisée dans le cadre d’une SARL, est soumise au droit des
sociétés commerciales, indépendamment de la nature commerciale ou non de cette activité.
139-. Contrairement aux sociétés de personnes qui fonctionnent sous une raison sociale,
la SARL est reconnaissable par sa dénomination sociale.
L’alinéa 1 de l’article 91 précise à ce sujet que « La société est désigné par une dénomination
sociale qui peut comprendre les noms de certains associés ou de l’un d’eux. Cette
dénomination sociale doit être précédé ou suivie immédiatement par la mention ‘’S.A.R.L’’ et
de l’énonciation du capital social ».
La SARL se distingue des sociétés de personnes également au niveau de l’insertion des noms
des associés dans la dénomination sociale. Alors que cette insertion est obligatoire dans la
raison sociale de la société en nom collectif et la commandite simple, elle est facultative dans
la dénomination sociale de la SARL.
Servant d’identifiant de la société, la dénomination sociale, même si elle peut ne pas
comprendre les noms d’associés, doit en outre mentionner la forme social et le montant du
capital.
Elle doit également être propre à la société sans risque de confusion avec une autre
dénomination sociale existante. C’est dans ce sens que, pour protéger les tiers d’une
éventuelle confusion, l’alinéa 2 de l’article 91 du CSC, oblige la société de ne pouvoir adopter
une dénomination sociale identique à celle d’une société existante ou pouvant être confondue
avec une autre société.
Section 2
La condition juridique des associés de la SARL
140-. Les associés de la SARL sont soumis à un régime juridique qui traduit la nature
hybride de la société, c'est-à-dire un régime juridique formé d’un mélange entre le statut des
65
associés des sociétés de personnes et celui des sociétés par actions. Aussi, à coté d’un régime
spécifique des parts sociales (§2), la condition des associés de la SARL se caractérise par
certaines spécificités (§1).
141-. Par rapport aux autres formes sociales, les associés de la SARL n’ont pas la
qualité de commerçant (B) et ne sont responsables des dettes sociales qu’à concurrence de
leurs apports (A).
A- La limitation de la responsabilité :
142-. La caractéristique essentielle de l’associé de la SARL est qu’il n’est tenu des
dettes sociales qu’à concurrence du montant de son apport. Il se distingue, sur ce point, de
l’associé de la société en nom collectif et du commandité de la société en commandite simple
qui sont tenus solidairement et indéfiniment des toutes les dettes sociales.
Cette responsabilité limitée pour l’associé de la SARL constitue, à la fois, l’attrait pour cette
forme sociale pour l’associé et un risque pour les tiers contractant avec la société.
143-. Bien que la SARL est une société commerciale par sa forme, l’associé n’a pas la
qualité de commerçant, c'est-à-dire qu’il n’acquière pas la qualité de commerçant du seul fait
d’être associé d’une SARL.
Sur ce point encore, la SARL se rapproche de la société anonyme et se distance des sociétés
de personnes dans la mesure où les associés en nom et les commandités ont la qualité de
commerçant, alors que les associés de la société anonyme n’ont pas cette qualité.
Il découle de cette caractéristique, que le mineur ou l’interdit de l’exercice de la profession
commerciale, peuvent être associés d’une SARL.
144-. Le capital social de la SARL est divisé en parts sociales ou parts d’intérêts à
valeur nominale égale. Ces parts ne sont pas, conformément aux dispositions de l’article 102
du CSC, des valeurs mobilières et ne sont pas par conséquent librement négociables.
Toutefois, l’associé d’une SARL dispose de plus de liberté pour la cession de ses parts
sociales dans la mesure où la règle de l’unanimité appliquée pour la société en nom collectif
est remplacée par la majorité représentant les trois quarts du capital.
Le régime des parts sociales de la SARL est donc plus libéral que ce soit au niveau de
l’opération de transmission (A) ou de cession (B).
66
En effet et dans la mesure où l’article 141 du CSC écarte la possibilité de la dissolution en cas
de décès d’un associé, les parts sociales du décédé reviendront à ses héritiers qui acquerront la
qualité d’associés.
En précisant qu’ « en cas de transmission par voie successorale, mention doit être faite de la
date du décès du de cujus », l’alinéa 2 de l’article 111 du CSC semble consacrer l’éventualité
de l’admission des héritiers au cercle des associés.
Cette accession est facilitée par les deux caractéristiques de la condition de l’associé de la
SARL, caractéristiques qui, contrairement à ceux des associés en nom ou des commandités,
ne justifient pas une opposition pour que les héritiers les rejoignent.
Cette liberté de transmission est donc inhérente aux caractères de la forme sociale. Elle est
même d’ordre public dans la mesure où l’article 141 précité n’autorise pas les associés à
prévoir dans les statuts une stipulation contraire.
Ce double caractère de libéralisme et de nature d’ordre public est relativement reproduit au
niveau de l’opération de cession des parts sociales de la SARL.
146-. La cession des parts sociales peut se faire à un associé (1) comme elle peut
intéresser un tiers (2).
147-. Le législateur n’a pas réglementé la cession des parts sociales à un associé. Est –
elle donc libre ?
La réponse affirmative s’impose. Elle se fonde sur la règle selon laquelle tout ce qui n’est pas
expressément interdit est permis39.
Toutefois, les associés ont intérêt à adopter une clause statutaire qui réglemente la cession
entre associés. Cette réglementation aura ainsi deux avantages :
- elle permet à l’associé une certaine liberté pour certaines cessions particulières au
conjoint, aux ascendants et descendants.
- elle permet également, en prévoyant une limite raisonnable, de garder stable la
composition du capital contre l’acquisition d’une majorité qui pourrait influencer la
marche de la société.
148-. L’associé qui décide de vendre ses parts sociales à un tiers doit obtenir l’agrément
de la société. A cet effet, une notification de l’opération envisagée à la société et à chacun des
associés est nécessaire40. L’exigence de cet agrément traduit la trace même relative de l’aspect
intuitu personae de la SARL.
La société dispose d’un délai de trois mois pour faire connaitre sa position à l’associé. Si elle
ne se manifeste pas dans ce délai, son consentement est réputé acquis et la vente est parfaite.
39
L’article 559 du COC dispose que « Tout rapport de droit est présumé valable et conforme à la loi, jusqu’à
preuve du contraire ».
40
Alinéa 2 de l’article 109 du CSC.
67
Si la société refuse d’approuver la cession, les associés sont tenus d’acquérir ou de faire
acquérir les parts proposées à la vente dans un délai de trois mois à compter de la date du
refus.
La société peut se porter acquéreuse des parts sociales. Cette possibilité est conditionnée par
l’accord du cédant dans la mesure où elle peut donner lieu à un délai de paiement ne pouvant
excéder un an. En effet, la société peut obtenir cette facilité par une demande sous la forme
d’une ordonnance sur requête.
Si la société acquière les parts sociales, elle doit réduire son capital social de la valeur
nominale des parts achetées.
Si, à l’expiration du délai, aucune des solutions prévues n’a été retenue, l’associé est en droit
de réaliser l’opération initialement notifiée.
Il découle de ce qui précède que l’associé ne peut être prisonnier de sa participation.
Sur le plan formel, toute opération de cession doit être constatée par écrit avec des signatures
légalisées des parties. Elle doit être signifiée à la société et lui sera opposable si toutes les
conditions de notification et de décision spécifiées à l’article 109 du CSC ont été respectées.
La signification de la cession ou de la transmission se traduit par la mise à jour du registre des
associés tenu sous la responsabilité du gérant, conformément aux dispositions de l’article 111
du CSC.
Section 3
La gestion de la SARL
150-. Siège d’une savante combinaison entre les caractéristiques propres aux sociétés de
personnes et celles propres aux sociétés de capitaux, la gestion de la SARL s’accommode
aussi bien avec les règles renforçant le caractère intuitu personae et les règles qui poursuivent
l’efficacité de la gestion. C’est ainsi que l’emprunt à la société anonyme marqué par
l’apparition d’une gestion assurée par des organes n’estompe pas une parenté avec les sociétés
de personnes par le maintien du gérant comme étant l’organe de la gestion proprement dite.
Partagée entre un organe de délibération, l’assemblée des associés (A) et le gérant (B), la
gestion de la SARL est une autre occasion de démonstration de son l’aspect hybride de cette
forme sociale.
151-. Délibérer, c’est prendre des décisions dans le cadre d’un organe collégial
conformément à une procédure préalablement fixée, suite à une discussion qui exige une
information nécessaire à une prise de décision éclairée.
68
L’introduction de cet organe de gestion dans l’organisation juridique de la SARL tout en
faisant de cette forme sociale une forme susceptible d’évoluer vers la forme de société
anonyme, se fonde sur les deux principes de spécialité et de hiérarchie des organes.
En effet, dès qu’il s’agit de pluralité d’organes assurant une même ou semblable mission,
c’est à ces deux principes qu’il est fait recours pour organiser efficacement le partage du
pouvoir.
S’agissant du principe de spécialité, il importe de savoir les limites exactes des attributions de
chaque organe pour éviter tout empiètement. Quant au principe de hiérarchie, il découle du
fait qu’en réalité c’est l’assemblée générale qui dispose de tous les pouvoirs de gestion de la
société. Il s’agit de l’organe souverain parce qu’il représente la communauté des associés.
Toutefois, sur le plan pratique, l’assemblée se trouve dans une situation d’impossibilité
matérielle d’exercer toutes les taches de gestion. Il se trouve donc obligé de déléguer une
partie de ses pouvoirs à un autre organe, le gérant, à qui il revient de représenter
juridiquement la société et de prendre les décisions que nécessite sa gestion.
En effet, l’assemblée titulaire des prérogatives accordées par délégation, se réserve le droit de
contrôler le gérant qui se trouve obligatoirement dans une position inférieure par rapport à
l’assemblée.
Pour étudier la mission de gestion incombant à l’assemblée, il convient de commencer par
présenter l’étendue de ses pouvoirs (1) avant de procéder à l’exposé de la procédure qui
assure la validité à ses décisions (2).
152-. La lecture des dispositions de l’article 127 CSC, ne laisse pas de doute quant à
l’étendue large des pouvoirs de l’assemblée générale dans le cadre de l’exercice de sa
fonction de gestion de la SARL. Le texte utilise le terme « les décisions sociales » sans autre
précision, qui « sont pris par les associés réunis en assemblée générale ordinaire ou
extraordinaire ».
En pratique, dans la mesure où la gestion est un processus ininterrompu qui se traduit par une
prise des décisions continue qui ne peut s’adapter avec le caractère périodique des réunions
de l’assemblée générale, il impose à cette dernière d’opérer une délégation d’une parcelle de
ses pouvoirs au profit du gérant, organe de direction et de gestion permanente.
Il découle de ce partage que la gestion de la société se trouve scindée en deux blocs : la
gestion stratégique qui revient à l’assemblée et la gestion courante affaire du gérant.
Il va sans dire que le qualificatif « stratégique », tout en invoquant l’idée d’importance, ne
peut cacher aussi l’idée de fréquence. Ainsi, l’assemblée générale se réserve les décisions
dont l’importance est fondamentale pour la marche de la société et qui ne sont pas par
conséquent fréquentes et délègue le bloc de compétence relatif aux décisions de la gestion
courante au gérant qui assure la gestion au quotidien des affaires sociales.
Cette opération de partage de compétence, si elle est nécessaire, demeure entourée des risques
inhérents à la nature intrinsèque de chaque organe. Aussi, la prise des décisions collégiales
dans le cadre de l’assemblée est propice à l’apparition des divergences entre minoritaires et
majoritaires. De même, pour le gérant, il ne peut éviter la tentation de détournement des
pouvoirs dont il est investi pour servir ses intérêts personnels au détriment de ceux de la
société.
Réels, ces risques constituent un des sujets privilégiés du droit des sociétés commerciales.
Parmi les solutions envisagées face à ces risques, la soumission de la prise des décisions à une
procédure minutieuse, peut constituer une limite sérieuse à la propension d’abus.
69
2)- La procédure de prise des décisions :
153-. La tenue des assemblées générales dans le cadre de la SARL n’est pas toujours
obligatoire. En effet, convaincu de la lourdeur de la tenue des assemblées, le législateur a
dispensé les SARL dont le nombre d’associés est inférieur à six de la prise des décisions dans
le cadre de l’assemblée si une stipulation des statuts prévoit cette option.
Dans ce cas, la prise des décisions est assurée par une consultation écrite de tous les associés.
Seule la réunion annuelle objet de l’articler 128 CSC reste donc obligatoire.
Pour que les décisions prises par l’assemblée générale produisent leurs effets juridiques
escomptés, la loi les a circonscrites dans un cadre procédural bien précis qui conditionne leur
validité.
La validité de toute décision est ainsi subordonnée à la condition de la compétence de
l’assemblée pour la prendre (a) et à une convocation légale pour la tenue de l’assemblée (b).
154-. La première condition est relative à l’objet de la décision. Il faut au préalable que
l’assemblée générale soit compétente pour prendre la décision. Il s’agit en effet d’une
application pure et simple du principe de spécialité des organes.
A ce sujet, deux questions surgissent. La première est relative à une prise de décision relative
à un sujet relevant de la compétence du gérant. La seconde est relative au partage de
compétence entre assemblée générale ordinaire ou extraordinaire.
1-. Pour la première question, il semble logique qu’étant le titulaire d’origine de l’objet de la
décision, l’assemblée est en droit de la prendre même s’il a déjà opérée une délégation à son
sujet au gérant. Une telle solution peut se fonder sur la règle qui précise que « celui qui peut
le, plus peut le moins ».
Toutefois, cette solution ne peut être retenue tant elle constitue une négation pure et simple du
principe de spécialité. Elle est en effet construite sur une confusion entre deux types de
représentation : la représentation conventionnelle et la représentation légale.
Dans la représentation conventionnelle, le mandat en particulier, le mandant en donnant
pouvoir au mandataire, ne se prive pas de réaliser par lui-même l’opération objet du mandat.
Il on est autrement pour la représentation légale où le délégant, une fois dessaisi d’une
attribution au profit du délégué, ne peut plus l’exercer à sa place.
C’est ainsi que par l’opération de réservation, que le délégant peut retenir certaines
attributions même si elles font en principe partie des attributions reconnues au délégué. Le
délégant peut aussi utiliser la technique de l’autorisation préalable pour certaines opérations
qu’il juge importantes dans ce cas il s’associe au délégué dans le processus de prise de
décision en approuvant ou désapprouvant sa décision.
Il s’ensuit que l’opération de délégation des pouvoirs qui donne naissance à un phénomène de
ramification des pouvoirs par la multiplication d’organes qui se les partagent, ruinerait toute
la construction si on permettait au délégant de pouvoir, à sa convenance, empiéter sur un
domaine qu’il a déjà délégué.
Cette analyse ne reçoit pas d’application dans certains cas qui constituent des exceptions tel le
cas de vacance de poste de gérant. L’intérêt social ne serait ainsi préservé que si l’assemblée
prend le relais.
2-. Pour la question relative au partage de compétence entre l’assemblée générale ordinaire et
extraordinaire, le législateur a opéré une énumération pour les décisions relevant de la
70
compétence de l’assemblée extraordinaire. Le reste étant par conséquent attribué pour
l’assemblée ordinaire.
C’est ainsi que si l’assemblée générale ordinaire est compétente, conformément aux
dispositions de l’article 128 du CSC, pour contrôler la gestion de la société par l’approbation
de ses états financiers, elle est également compétente pour désigner le gérant et le
commissaire aux comptes. Ces décisions sont prises à la majorité absolue41.
L’assemblée extraordinaire est compétente pour modifier les statuts de la société42, pour
décider de l’augmentation43 ou de la réduction44 du capital social.
b)- La convocation :
155-. Habilitée, conformément aux dispositions de l’article 126 du CSC, à prendre des
décisions sociales relatives à la gestion de la société, l’assemblée des associés, qu’elle soit
ordinaire ou extraordinaire, est, à cet effet, convoquée par le gérant pour délibérer sur les
questions qui rentrent dans son champ de compétence. Elle peut être également convoquée,
dans certaines circonstances particulières soit par le commissaire aux comptes, soit sur
l’initiative prise par les associés détenant une fraction déterminée du capital social45.
La loi a désigné non seulement les personnes habilitées à convoquer l’assemblée, mais a
également fixé le mode, la date et le contenu de la convocation.
Ainsi, les alinéas 2 et 3 de l’article 126 du CSC précisent que la convocation est adressée à
tous les associés par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle doit être adressée
vingt jours au moins avant la date de la tenue de l’assemblée et doit mentionner l’ordre du
jour et le texte des résolutions proposées.
156-. La validité des décisions d’une assemblée étant subordonnée aux conditions plus
haut mentionnées, toute décision entachée d’irrégularité est susceptible de faire l’objet d’un
recours en annulation.
Toutefois, ce recours en annulation est inopérant dans certaines circonstances qui permettent
la régularisation du vice observé. C’est le cas en effet d’une réunion tenue alors que la
convocation est irrégulière pour non observation de l’une des conditions mentionnées à
l’article 126 du CSC, mais qui a connu la présence de tous les associés. L’article 127
nouveau du CSC46 prévoit ainsi une purge de tout vice qui aurait pu entacher la convocation
41
Conformément aux dispositions de l’article 130 du CSC, si lors de la première réunion, la majorité requise
n’est pas atteinte, une deuxième assemblée est convoquée et les décisions sont prises, sauf disposition contraire
des statuts, à la majorité des voix des associés présents ou représentés.
42
Article 131 du CSC.
43
Article 133 du CSC.
44
Article 136 du CSC.
45
L’article 127 du CSC, dans sa rédaction initiale, fixe cette fraction au quart du capital social. La loi 2019-47
du 29 mai 2019 a, à travers 1’article 127 nouveau, élargie la liste des personnes habilitées à convoquer
l’assemblée. Il s’agit de :
- tout associé, seul ou avec d’autres associés, peut convoquer l’assemblée générale s’il détient la moitié du
capital social ou s’il détient 10% du capital si le nombre d’associés ne dépasse pas dix associés.
- tout associé, seul ou accompagné, peut demander au gérant de convoquer l’assemblée une fois par an s’il
détient le quart du capital social au moins.
- tout associé est habilité, pour des raisons légitimes, de demander au juge de référé d’ordonner au gérant ou au
commissaire aux comptes s’il existe, ou de demander la désignation d’un mandataire judiciaire pour convoquer
l’assemblée.
46
Suite à sa réforme par la loi 2019-47, l’article 127 nouveau CSC, a, à travers ses deux premiers alinéas,
modifier les quotités du capital exigés pour que certains associés puissent soit convoquer directement
71
s’il est prouvé que tous les associés étaient présents ou représentés à la réunion de
l’assemblée.
Parfois, l’action en annulation ne vise pas la réunion mais une ou plusieurs des décisions qui y
ont été prises. C’est le cas par exemple d’une demande tendant à annuler une décision pour
cause d’incompétence de l’organe qui l’a prise telle une augmentation de capital décidée par
un conseil d’administration ou même par une assemblée générale ordinaire.. ou une décision
prise au mépris des conditions de quorum et de majorité requises.
157-. Le droit d’agir en annulation d’une assemblée ou d’une décision émanant d’une
assemblée générale est doublement protégé.
Il est d’abord protégé en le soumettant à la procédure de la justice de référé qui garantie une
célérité toujours déterminante dans le monde des affaires.
Il est ensuite protégé par son caractère d’ordre public déclaré. C’est ainsi que, conformément
aux dispositions de l’article 128 in fine du CSC, toute clause statutaire de nature à empêcher
la mise en œuvre du droit d’agir est réputée non avenue.
Ce caractère d’ordre public a été souligné par un arrêt de la cour de cassation dans une affaire
relative à une SARL où deux associés ont provoqué la réunion d’une assemblée et décidé la
révocation du gérant.
Tendant à déclarer nulle la décision prise, le gérant a argué que la convocation, émanant d’une
personne ayant perdu sa qualité d’associé, est entachée d’irrégularité.
Pour écarter les moyens soulevés par l’auteur de la convocation, la cour a souligné le
caractère d’ordre public des dispositions des articles 126 et 127 nouveau du CSC et qu’aucune
stipulation statutaire ne saurait s’opposer au contenu qu’ils véhiculent47.
159-. Le gérant, qui est obligatoirement une personne physique associé ou non, est
désigné par une décision des associés soit dans le cadre des statuts soit par acte extrastatutaire.
Le gérant est révocable par les associés en respectant la règle de parallélisme de formes.
l’assemblée, soit provoquer indirectement cette convocation. Ainsi, et indépendamment de toute clause
contraire :
- tout associé, seul ou avec d’autres associés, peut, s’il détient la moitié du capital social, convoquer l’assemblée
générale. Cette convocation est possible si l’associé, seul ou avec d’autres, détient le dixième du capital à
condition que le nombre total des associés ne dépasse pas 10 associés.
- tout associé, seul ou avec d’autres, peut, s’il détient le quart du capital social, demander au gérant de convoquer
l’assemblée générale une fois par an.
- tout associé peut, pour des causes légitimes, demander au juge d’ordonner au gérant ou au commissaire aux
comptes ou la désignation d’un administrateur judiciaire pour convoquer une assemblée générale.
47
Cassation civile n°8243 du 13 mars 2006, Bulletin de la Cour de cassation, 2006, I, p. 175 :
من م ش ت تهم النظام العام باعتبار أن هدين الفصلين اعتبرا أن كل شرط بالعقد التأسيسي مخالف أللحكام المذكورة يعد الغيا وال عمل عليه127 و126 "إن األحكام الواردة بالفصلين
ومن ثمة ال يمكن االعتماد على الشروط الواردة بالعقد التأسيسي لمراقبة صحة انعقاد الجلسة العامة بل
."على األحكام الواردة بقانون الشركات
72
A cet effet, le gérant statutaire n’est révocable que par décision des associés réunis en
assemblée générale extraordinaire, seule habilité à modifier les statuts, par une majorité d’au
moins les trois quarts du capital social48.
S’il est nommé par un acte extrastatutaire, le gérant est révoqué par décision des associés
réunis en assemblée générale ordinaire à une majorité absolue représentant plus de la moitié
du capital social (50%+1).
Une fois nommé, et s’il accepte cette nomination, le gérant assure la fonction de gestion à
travers les pouvoirs qui lui sont reconnus.
160-. Soumis certes au contrôle des associés réunis en assemblée générale ordinaire, le
gérant, pour assurer sa mission, est investi des pouvoirs les plus étendus.
En pratique, et dans la mesure où il représente la société vis-à-vis des tiers, les statuts de la
société fixent les pouvoirs du gérant par les limitations qu’ils peuvent opérer. C’est dans ce
sens que nous devons comprendre l’alinéa 2 de l’article 113 du CSC qui prévoit que « sauf
stipulation contraire dans les statuts, le gérant peut effectuer tous les actes relevant de l’objet
de la société et dans l’intérêt de celle-ci ». Il s’ensuit que les limitations statutaires, si elles
existent, ne peuvent être opposées aux tiers de bonne foi. Ils n’intéressent, comme le précise
l’alinéa 1 de l’article 113, que la relation gérant-associés, ou pour être plus précis, la relation
gérant-société.
Les limitations constituées soit par la volonté des associés, soit par les standards tel que
l’objet social ou l’intérêt social, tout en pouvant restreindre les pouvoirs du gérant, ne sont
pas d’une grande efficacité contre les tiers.
En effet, s’il est de bonne foi, le tiers ne peut se voir opposer un quelconque dépassement par
le gérant des limites de ses pouvoirs. Il s’agit ici donc de la question récurrente à tout pouvoir
délégué : dans quelle mesure le gérant de la SARL engage t-il la société ?
Question lourde de conséquences pour la société d’un coté et les tiers de l’autre, elle devait se
résoudre en faisant en sorte que la protection des tiers ne devra pas se faire, à tout prix, au
détriment de celle de la société.
C’est l’article 114 qui propose une solution à cette épineuse question. Son alinéa premier
dispose que « Dans ses rapports avec les tiers la société est engagée par tous les actes
accomplis par le gérant et relevant de l’objet social ». Ses alinéas 3 et 4 ajoutent que « les
actes du gérant qui dépassent l’objet social engagent la société à l’égard des tiers. Sauf s’il a
été prouvé que les tiers ne pouvait l’ignorer compte tenu des circonstances. La simple
publication des statuts ne peut être considérée comme une preuve de cette connaissance.
Les clauses statutaires limitant les pouvoirs du gérant sont inopposables aux tiers même en
cas de publication des statuts ».
48
Article 122 alinéa 1 du CSC.
73
Par référence à sa rédaction, l’article n’est pas sans nous rappeler l’article 61 relatif aux
limites du pouvoir du gérant de la société en nom collectif. Son contenu (a), parce qu’il utilise
une terminologie différente, s’écarte de la solution adoptée pour le gérant de la société en nom
collectif (b).
160-. La lecture de l’article 114 ne cache pas sa tendance protectrice du tiers de bonne
foi. En effet, cette protection se manifeste à plus d’un égard :
- il est d’abord protégé dans la mesure où, à chaque fois que le gérant agit dans le cadre
de l’objet social, il engage la société.
- il est ensuite protégé, car même si le gérant agit en dehors des limites de l’objet social,
il engage la société tant que le tiers est de bonne foi.
- il est enfin protégé dans la mesure où toute limitation statutaire des pouvoirs du gérant
ne lui est pas opposable.
161-. Pour comparer les dispositions des articles 61 et 114 du CSC, nous devons
constater que logiquement une différence devait s’observer dans la mesure où le statut du
gérant de la SARL est plus proche de celui du dirigeant d’une société anonyme.
Cette différence est elle réellement mise en relief au niveau de la rédaction de deux articles ?
Mise à part l’absence formelle de la condition de signature sous la dénomination sociale, qui,
pour son aspect trivial ne pose pas de vrai problème, nous constatons les différences
suivantes :
• Alors que dans l’article 61 le standard posé est l’intérêt social, dans l’article 114 c’est
de l’objet social qu’il s’agit. Il est clair qu’en utilisant le terme ‘’objet social’’ au lieu
de celui d’ ‘’intérêt social’’, le législateur cherche à limiter l’étendue de
l’engagement. A chaque fois que l’acte du gérant est manifestement non conforme à
l’objet social, il est opposable au tiers. Ce dernier doit donc au moins savoir l’étendue
logique de la notion d’objet sociale. Pour le gérant de la société en nom collectif, le
terme ‘’intérêt social’’, est nécessairement plus étendue que l’objet social.
• Si la société est engagée même si le gérant agit en poursuivant son intérêt personnel,
conformément aux dispositions de l’article 61, il l’est dans le cadre de l’article 114 par
référence toujours à l’objet social.
La fixité du standard dans l’article 114 et sa mobilité dans l’article 61, démontre
encore une fois la différence entre les deux textes.
Le dépassement de l’objet social pourrait engager la société dans la mesure où son
appréciation exacte est difficile, alors que l’action dans un intérêt personnel renvoi à un
autre standard, l’intérêt social.
• La notion de mauvaise foi est également différente dans les deux textes. Alors que
l’article 61 ne précise pas cette notion, l’article 114 parle du tiers qui « ne pouvait
ignorer compte tenu de circonstances » que le gérant dépasse l’objet social. La
formule utilisée par l’article 61 renvoie à l’idée de connaissance du vice, alors que
74
celle de l’article 114 renvoie à une situation plus étendue qui englobe la connaissance
effective et le pouvoir de connaitre. Le tiers connait ou aurait pu connaitre vu les
circonstances de la situation. C’est le cas par exemple d’un professionnel, un banquier
par exemple, qui, s’il ne connait pas effectivement le dépassement, il est en mesure, vu
sa nature de professionnel près de la société, de pouvoir connaitre le vice.
En dépassant ses pouvoirs, comme dans d’autres situations particulières, le gérant risque de
voir sa responsabilité engagée.
163-. La responsabilité civile du gérant de la SARL a fait l’objet d’un texte spécial,
l’article 117 du CSC (i). Elle peut également être engagée dans le cadre des procédures
collectives (ii).
164-. Selon les termes de l’alinéa premier de l’article 117 du CSC, le gérant est
responsable :
S’il s’agit d’un gérant unique, il est seul responsable alors que cette responsabilité est
solidaire en cas de pluralité des gérants. Dans ce dernier cas, l’alinéa 2 de l’article 117, donne
au juge le pouvoir de déterminer la part de chaque gérant dans la réparation du dommage.
La responsabilité civile du gérant peut être mise en jeu soit par la société soit par les tiers. Elle
est dans tous les cas soumise aux règles générales de la responsabilité civile délictuelle dans
le sens où elle n’est envisageable que si les trois conditions de faute, de préjudice et de lien de
causalité sont réunies.
Par référence aux faits pouvant donner lieu à une action en responsabilité, nous remarquons
que si la méconnaissance par le gérant des dispositions légales applicables aux SARL ou la
violation des statuts sont des faits qui ne posent pas beaucoup de difficultés au niveau de la
preuve, il n’on est pas ainsi pour la faute de gestion dont l’application est peu facile.
Constituent ainsi des fautes rentrants dans le cadre de l’article 117 du CSC et pouvant donner
lieu à une action en réparation intentée par la société ou les tiers, le fait pour un gérant de ne
pas tenir un registre des associés tel que prévu par les dispositions de l’article 111 du CSC, ou
le fait de ne pas présenter un rapport à l’assemblée générale sur les conventions entre le gérant
ou un associé et la société tel que prévu par les dispositions de l’article 115 nouveau du CSC,
ou le fait d’obtenir un crédit de la société ou d’accorder un crédit à un associé personne
75
physique en méconnaissant l’interdiction formulée par les dispositions de l’article 116 du
CSC…
Constitue, en revanche, une violation des statuts, tout dépassement par un gérant de ses
pouvoirs tels qu’ils sont limités par les statuts.
Aussi, si en application des dispositions de l’article 114 du CSC, la société est engagée par les
actes de son gérant qui sont réalisés alors qu’ils n’entrent pas dans ses pouvoirs du fait d’une
limitation statutaire, elle dispose d’une action en réparation contre ce gérant si ces
dépassements lui ont causés un préjudice49.
L’action de la société contre le gérant peut être exercée soit par la société elle-même, soit par
les associés. Dans ce dernier cas, les associés doivent, conformément aux dispositions de
l’article 118 du CSC, représenter au moins 10% du capital social.
Il s’agit d’une action qui ne peut faire l’objet ni d’autorisation de l’assemblée générale ni de
limitation50. Elle se prescrit par trois ans à compter du fait dommageable ou de sa révélation51.
A coté de cette responsabilité qui peut être engagée dans les situations de fonctionnement
normal de la SARL, son gérant pourrait voir sa responsabilité civile engagée dans le cadre des
procédures collectives auxquelles pourrait se soumettre la société.
Si ces conditions sont réunies, les demandeurs, qui sont l’administrateur judiciaire si la
société est un règlement judiciaire ou le syndic de la faillite si elle est en faillite ou un des
créanciers de la société, peuvent obtenir du tribunal un jugement qui fait supporter au gérant
tout ou partie des dettes de la société.
S’agissant en réalité d’un cas particulier de faute de gestion, le gérant ne peut s’exonérer que
s’il démontre qu’il a apporté à la gestion de la société toute l’activité et la diligence d’un
entrepreneur avisé et d’un mandataire loyal. Autrement dit, l’exonération est le prix de la
démonstration de l’absence d’une quelconque faute de gestion commise par le gérant.
49
L’alinéa dernier de l’article 117 du CSC évoque le cas particulier d’une faute consistant pour le gérant, de
droit ou de fait, de prélever de fonds de la société et de les utilisés dans son propre intérêt ou dans l’intérêt d’un
tiers. Dans ce cas, le tribunal doit ordonner la restitution des fonds prélevés augmentés des bénéfices que le
gérant a pu tirer de leur utilisation. En su, les associés peuvent réclamer des dommages et poursuivre le gérant
sur le plan pénal.
50
Article 119 du CSC.
51
Article 120 du CSC.
76
La responsabilité civile, qu’elle soit dans le cadre de l’article 117 ou dans le cadre des
procédures collectives, peut être dédoublée d’une responsabilité pénale pour certains faits
érigés en infractions.
Trois articles traitent de cette responsabilité, les articles 145, 146 et 147 du CSC. Le premier
délit, celui de l’article 145, essaye par l’incrimination de certains faits, démontrer le
rattachement de la SARL à la catégorie des sociétés de personnes (i). Les délits des articles
146 et 147 sont plutôt en parenté direct avec le régime juridique du dirigent de la société
anonyme (ii).
167-. Dans la mesure où le capital de la SARL est divisé en parts sociales incessibles
librement en principe52, et dans la mesure où la loi interdit à la SARL d’émettre ou de garantir
des valeurs mobilières53, le fait pour un gérant d’ouvrir, directement ou par personnes
interposées, une souscription publique à des valeurs mobilières pour le compte de la société,
est punissable.
L’article prévoit une peine de prison allant de 16 jours à 6 mois et une amende de 1.000 à
3.000 dinars.
168-. L’article 147 énonce un certains nombre d’infractions qui, si elles sont commises,
par le gérant, donnent lieu à des peines sous forme d’une amende de 500 à 5.000 dinars. Il
s’agit des faits suivants :
- le gérant qui n’a pas établi pour chaque exercice un inventaire, un bilan ou un rapport
de gestion,
- le gérant qui n’a pas convoqué l’assemblée des associés au moins une fois par an,
- le gérant qui n’a pas communiqué aux associés au moins avant la tenue de l’assemblée
générale, les états financiers, le rapport de gestion, les décisions proposées, et le cas
échéant, le rapport du commissaire aux comptes,
- le gérant qui n’a pas consulté les associés en vue de prendre les mesures nécessaires
dans le mois qui suit l’approbation des états financiers lesquels ont fait apparaitre que
les fonds propres de la société sont au dessous de la moitié du capital social suite aux
pertes subies,
- le gérant qui n’a pas respecté les dispositions de l’article 123 du présent code.
52
L’article 102 du CSC dispose que « Les parts sociales ne peuvent etre représentées par des titres négociables.
Toute décision contraire est nulle ».
53
L’article 101 du CSC dispose qu’ « Il interdit à une société à responsabilité limitée d’émettre ou de garantir
des valeurs mobilières. Toute décision contraire est considérée nulle ».
77
L’article 146-3 par contre, évoque le cas de certains faits constitutifs des délits lourdement
punis54. Il s’agit du :
Ces trois délits reproduisent, à l’identique, le texte applicable aux dirigeants de la société
anonyme.
169-. Le gérant, une fois nommé pour exercer ses fonctions de représentant légal de la
société, est considéré le dirigeant de droit qui assure la gestion de la SARL. Il continue à
assumer cette responsabilité jusqu’à l’arrivée du terme de son mandat. Toutefois, au cours de
ce mandat, une interruption est envisageable soit par la volonté du gérant sous forme de
démission (a), soit encore suite à une procédure de révocation (b).
170-. Le gérant légalement nommé, peut se défaire de sa fonction par une manifestation
de volonté qui prend la forme d’une démission.
Cette liberté accordée au gérant est limitée dans la mesure où elle ne doit pas lui permettre de
présenter sa démission dans des conditions qui pourront nuire à la société. S’il ne respecte pas
cette limitation, le gérant démissionnaire engage sa responsabilité envers la société et les tiers.
171-. Le gérant de la SARL peut faire l’objet d’une procédure de révocation par
décision des associés (i) ou par voie judiciaire (ii).
172-. Désigné par les associés soit dans l’acte constitutif, soit par décision ultérieure, le
gérant de la SARL est révocable dans les mêmes formes.
Les dispositions de l’article 122 alinéa premier du CSC distinguent entre la décision de
révocation du gérant statutaire et non statutaire. Pour le premier, il faut réunir une majorité de
trois quart du capital, alors que pour le second il suffit d’une majorité représentant la moitié
du capital.
173-. Parfois, le gérant, pour diverses considérations, est difficilement révocable par une
décision des associés. Pour éviter une permanence nuisible à certains associés et à la société
elle-même, le législateur a prévu la possibilité de provoquer le départ du gérant par décision
judiciaire. C’est dans ce sens que se prononce le dernier alinéa de l’article 122 qui disposer,
54
Emprisonnement d’un an à 5 ans et d’une amende de 500 à 5.000 dinars.
78
« le ou les associés représentant le quart du capital social au moins peuvent intenter une
action devant le tribunal compétent tendant à obtenir la révocation du gérant pour cause
légitime ».
Même si les conditions de l’exercice de l’action en révocation du gérant sont difficiles à
réunir, elle reste d’un grand secours pour les associés qui, faute de détention d’une part de
capital leur permettant de révoquer le gérant, peuvent arriver au même résultat au prix de la
preuve d’une cause légitime. Cette cause est souvent liée à la preuve matérielle des faits qui
démontrent l’existence des graves dépassements. Aussi, la simple allégation d’incompétence
est souvent insuffisante si elle n’est pas épaulée par d’autres faits plus graves telle que l’abus
de pouvoir ou des biens de la société.
Il revient ainsi au juge d’apprécier l’existence et la consistance de la cause légitime .
Constitue ainsi une cause légitime, comme l’a approuvé la cour de cassation55, le fait pour un
gérant de s’abstenir, pour des nombreuses années, de convoquer l’assemblée ordinaire
annuelle et de refuser de se présenter devant l’expert nommé judiciairement et de lui présenter
les documents nécessaires pour la réalisation de sa mission.
La cour a considéré qu’il s’agit là d’indices qui démontrent l’existence d’une cause légitime
fondant la révocation.
De plus, la loi a encore resserré davantage l’étau sur le gérant en permettant aux associés
doutant d’une mauvaise gestion, de pouvoir diligenter une expertise de gestion, pour opérer
un contrôle sur certains actes de gestion (B).
175-. A l’image de toute société commerciale, la SARL est soumise, conformément aux
dispositions de l’article 13 du CSC, à l’obligation de désignation d’un commissaire aux
comptes.
Le principe de désignation d’un commissaire aux comptes, même s’il admet certaines
exceptions, est de nature à rassurer les associés de pouvoir disposer d’informations
comptables fiables qui leur permettent un contrôle efficace de la gestion de la société.
55
Voir dans ce sens, cassation civile n°79 du 20 septembre 2005, Bulletin de la cour de cassation, 2005, II, p.
209 :
"للشركاء الدين يملكون ربع حصص رأس مال الشركة على األقل القيام بدعوى أمام المحكمة المختصة ألجل الحصول على عزل الوكيل من اجل
"وحيث تبين من مراقبة الحكم."سبب مشروع والتأكد من وجود السبب المشروع وجديته يخضع للسلطة التقديرية لقضاة األصل بشرط التعليل
فضال عن رفض الوكيل حضور االختبار المادون به قضائيا وعدم مد الخبير بالوثائق االلزمة إلجرائه1998 المطعون فيه انه جاء ضعيف التعليل لثبوت عدم عقد الجلسات العامة مند
وتصب هده القرائن في اتجاه تأكيد وجود السبب المشروع المنصوص عليه
."122 بالفصل
79
Une fois désigné (1), le commissaire aux comptes, pour permettre aux associés de disposer
d’une information capable de servir d’outil de contrôle de la gestion, assure une mission de
vérification et de certification de l’information comptable (2).
176-. La désignation du commissaire aux comptes, si elle est obligatoire, elle est de la
compétence des associés réunis en assemblée ordinaire.
Si la société se trouve dans un cas de dispense, les associés disposant d’au moins de 5% du
capital social, peuvent demander l’insertion à l’ordre du jour de l’assemblée générale
ordinaire la question de désignation d’un commissaire aux comptes56.
Les associés qui disposent du cinquième du capital peuvent rendre obligatoire la désignation
d’un commissaire aux comptes pour une société non soumise, en vertu des dispositions de
l’article 13 du CSC, à l’obligation de désigner un commissaire aux comptes. Ils peuvent, par
ordonnance sur requête, demander au juge de désigner un commissaire aux comptes pour la
société57.
177-. Une fois désigné, le commissaire aux comptes est soumis à un régime juridique
particulier où est spécifié son rôle, ses attributions et sa responsabilité.
L’article 125 du CSC, renvoi à ce sujet, aux dispositions réglementant le commissaire aux
comptes dans le cadre de la société anonyme. Il s’agit des articles 258 à 273 du CSC.
De ce régime juridique, nous pouvons mentionner les éléments suivants :
Si le contrôle opéré par le commissaire aux comptes peut pécher par son aspect général, les
associés ayant des doutes sur la régularité de certains actes de gestion, peuvent les soumettre
à un contrôle à travers la technique de l’expertise de gestion.
B- L’expertise de gestion :
178-. Pour s’assurer d’une gestion efficace et d’un engagement réel du gérant, le
législateur, conscient des limites du contrôle assuré par le commissaire aux comptes, a
accordé aux associés un puissant moyen de contrôle qui a pour objet certaines opérations de
gestion réalisées par le gérant. Il s’agit de l’expertise de gestion prévue par l’article 139 du
CSC.
Réellement, une expertise de gestion n’est diligentée que si des sérieux soupçons entourent un
ou plusieurs actes de gestion. Elle se réalise par une demande adressée au tribunal pour
nommer un expert qui aura pour tache de rédiger un rapport sur l’opération objet de
l’expertise. C’est dans ce sens que nous pouvons considérer l’expertise de gestion comme
étant une source d’informations au sujet d’une opération particulière. L’information recueillie
56
Article 123 alinéa 2 nouveau qui a abaissé la quotité du capital de 10 à 5% ( loi 2019-47).
57
Article 124 CSC.
80
peut alors donner lieu à une action en responsabilité s’il est démontré que le gérant a failli à
ses obligations.
A ce titre, l’expertise de gestion est un outil efficace qui permet aux associés de pouvoir
contrôler le gérant et de rassembler les éléments nécessaires à une éventuelle action en
responsabilité contre ce dernier.
L’intérêt pratique de cette expertise ne peut pas cacher les perturbations qu’elle pourra
occasionner à la gestion de la société. C’est dans ce sens que certaines conditions sont
nécessaires pour que cet outil de contrôle de gestion puisse être utilisé sans dépassement.
Ces conditions intéressent à la fois les parties à l’action et l’objet de l’action.
Les demandeurs à l’action sont les associés, individuellement ou conjointement, qui
détiennent au moins dix pourcent du capital de la société.
La demande est adressée au juge de référés. Elle a pour objet la désignation d’un expert ou un
collège d’experts qui aura pour mission de présenter un rapport sur une ou plusieurs
opérations de gestion.
Le juge ne répondra favorablement à la demande de désignation d’un expert que si les doutes
relatifs à l’opération de gestion sont sérieux.
L’auteur de la demande doit ainsi avoir suffisamment d’argument pour convaincre le juge de
la nécessité de mener une investigation approfondie.
Même si le gérant n’est pas cité, c’est sa gestion qui est mise en doute et c’est le sort de
l’expertise qui pourra, soit ne pas donner de suite, soit, si la négligence ou la faute est
prouvée, donner lieu à une autre action au fond.
Section 4
Les mutations de la SARL
179-. La société à responsabilité limitée peut se transformer conformément à la décision
prise par l’assemblée générale extraordinaire. Elle peut également faire l’objet d’une
transformation qui résulte d’une situation particulière en relation avec le nombre de ses
associés.
En effet, pluripersonnelle, la SARL est constituée au minimum par deux associés et de 50 au
maximum. Si les deux bornent changent, une transformation devient nécessaire pour éviter la
dissolution. De pluripersonnelle, la société devient unipersonnelle si toutes les parts se
trouvent réunies entre les mains d’un seul associé.
Il s’agit d’une application des dispositions de l’alinéa 1 de l’article 23 du CSC qui prévoit
qu’ « En cas de réunion de toutes les parts sociales d’une société de personnes ou d’une
société à responsabilité limitée entre les mains d’un seul associé, la société se transforme en
société unipersonnelle à responsabilité limitée. A défaut de régularisation dans un délai d’un
an à partir de la date de la réunion de toutes les parts en une seule main, tout intéressé
pourra demander en justice la dissolution de la société».
De même si le nombre des associés dépasse le seuil de 50 associés, la société, faute de
régularisation, doit se transformer en une société anonyme.
81
CHAPITRE 2
La Société unipersonnelle à
responsabilité limitée
Section 1
Le régime juridique de la SUARL
C’est ainsi que toutes les fois où une règle applicable à la SARL ne peut pas, pour des raisons
d’inadaptation, s’appliquer à la SUARL, le législateur intervient pour l’écarter. C’est par
exemple le cas de toutes les règles relatives aux assemblées générales qui ne peuvent trouver
82
d’application pour la SUARL faute de pluralité d’associés et pour les quelles le législateur a
prévue une disposition qui les écarte58.
183-. La SUARL est une société de nature commerciale par sa forme. L’article 150 du
CSC reproduit en effet le contenu de l’article 7 relatif à la commercialité formelle des sociétés
commerciales.
A-t-on vraiment besoin de l’article 150 pour savoir que la société unipersonnelle à
responsabilité limitée est commerciale par sa forme indépendamment de son objet ?
La réponse à cette question renvoi à la légistique, science de rédaction des textes juridiques,
qui nous renseigne que la répétition inutile du contenu d’une règle est à éviter.
En effet, il est clair que le contenu véhiculé par les dispositions de l’alinéa 2 de l’article 7 du
CSC, dispense le législateur de reproduire le même contenu dans l’article 150 surtout qu’il
utilise le pluriel au sujet de la SARL, ce qui ne peut que renvoyer à la fois à la SARL qu’elle
soit pluripersonnelle ou unipersonnelle.
Section 2
Le statut juridique de l’associé unique
58
L’alinéa 2 de l’article 153 du CSC prévoit que « Les dispositions des articles 126 à 132 ci-dessus sont
inapplicables à la société unipersonnelle à responsabilité limitée ».
83
sociétaire, la loi, soucieuse d’encadrer cette permission, a imposé, à travers les dispositions de
l’article 149 nouveau du CSC, trois normes :
- de la tenue d’un registre regroupement les résolutions sociales qui y sont signées et
consignées. Il s’agit d’un registre spécial coté et paraphé par le greffe du tribunal de première
instance du lieu du siège social62.
- de l’annexion de toute convention intervenue entre le gérant et la société aux documents
comptables annuels63.
- de l’établissement d’un rapport de gestion, d’un inventaire et des comptes annuels, auxquels
est annexé le rapport du commissaire aux comptes.
188-. Dans le cadre de l’exercice de ses fonctions de gérant de la SUARL, qu’il soit
l’associé unique ou la personne désignée par ce dernier, pourrait engager sa responsabilité
civile (A) et même pénale (B).
A- La responsabilité civile :
189-. Conformément aux dispositions de l’article 148 du CSC qui, sauf dispositions
contraires, soumet la SUARL aux mêmes règles juridiques applicables à la SARL, le gérant
de la SUARL est soumis à la responsabilité civile telle qu’elle est définie par l’article 117 du
CSC pour le gérant de la SARL.
59
Avant sa réforme par la loi 20419-47, l’article 149 limitait la constitution des SUARL aux seules personnes
physiques.
60
Avant sa réforme par la loi 20419-47, l’article 154 interdisait à l’associé unique toute délégation de ses
pouvoirs à un mandataire. La gestion de la société lui été reconnu à titre personnel.
61
Article 151 du CSC.
62
Alinéa 2 de l’article 154 du CSC.
63
Article 152 du CSC.
84
Il existe certes des adaptations pour tenir compte de l’aspect unipersonnel de la société et de
la confusion entre associé et gérant. C’est ainsi que l’idée de solidarité n’est point possible
faute de pluralité d’associés et des gérants.
De même, il est difficile d’imaginer une action sociale menée contre l’associé unique. Ce
dernier ne pourra pas agir contre sa propre personne même s’il existe une séparation plutôt
artificielle des patrimoines.
Il demeure ainsi que seule l’action d’un tiers est en réalité envisageable.
B- La responsabilité pénale :
190-. S’il commet certains faits, le gérant de la SUARL, peut voir sa responsabilité
pénale engagée.
Il s’agit en effet des infractions prévues par les articles 158 et 159 du CSC.
L’article 158 reproduit presque les mêmes infractions prévues par l’article 146 pour la SARL,
alors que l’article 159 évoque les mêmes infractions de l’article 147 du CSC.
Section 3
La transformation de la SUARL
191-. Est-ce que la SUARL est une forme sociale à part ou n’est elle qu’une variante de
la SARL ? Cette question est intéressante car, pour certains, l’idée de la transformation d’une
société ne concerne que le passage d’une forme sociale à une autre.
Il semble que la réponse à cette question doit prendre en considération deux situations :
- s’il s’agit d’un passage au sein de la même catégorie, c'est-à-dire d’une SARL à une SUARL
ou vice versa, la question ne semble pas intéresser une transformation pour ceux qui
considèrent que l’opération de transformation doit intéresser un passage d’une forme sociale à
une autre.
- s’il s’agit, par contre d’un passage d’une autre forme sociale à une SUARL ou le contraire, il
ne peut s’agir que d’une réelle transformation.
Toutefois, par référence aux dispositions de l’article 433 et la généralité de ses termes, même
le passage d’une SARL à une SUARL, ou l’inverse, est considéré comme une transformation.
L’alinéa premier dudit article dispose en effet que « Toutes les sociétés à l’exclusion de la
société en participation peuvent opter pour une transformation en choisissant l’une des
formes prévues au présent code ».
A cet effet, nous pouvons dire que le passage d’une SUARL à une SARL constitue une
transformation.
En effet, l’article 156 du CSC qui traite du cas du décès de l’associé unique d’une SUARL,
réserve son dernier alinéa au cas de pluralité des héritiers et renvoie aux dispositions de
l’article 157 du même code.
Constatant que le capital social de la SUARL n’appartient plus à un seul associé, soit suite au
décès de l’associé unique ou de toute autre circonstance, l’article 157 déclare la société
soumise au régime juridique de la SARL.
85
Il oblige en conséquence les associés de procéder à une modification des statuts et à la
publicité légale dans le délai d’un mois à compter de la nouvelle répartition du capital social.
A défaut de cette régulation, la société serait considérée nulle et tout intéressé pourra
demander au tribunal, qui jugera selon la procédure des référés, de déclarer cette nullité.
86
TITRE III
LA SOCIÉTÉ ANONYME
192-. Les sociétés par actions, encore appelées sociétés de capitaux, se distinguent par
l’accent mis sur le montant des capitaux apportés plutôt que sur l’intuitu personae. Certains
parlent même d’un intuitu pecunae pour mettre en exergue l’aspect tourné vers le ramassage
du maximum de capital.
Composée des sociétés anonymes et des commandites par action, les sociétés de capitaux sont
en pratique représentées par la seule société anonyme. La commandite par actions est en
réalité une forme peu usitée.
64
RIPERT G., Aspects juridiques du capitalisme moderne, LGDJ, 2ème éd., 1952, p.
87
CHAPITRE 1
La constitution de la société anonyme
194-. Parmi les innovations apportées par le code des sociétés commerciales, la
distinction adoptée au niveau de la société anonyme entre société faisant appel public à
l’épargne et société ne faisant pas appel public à l’épargne.
Liée au mode de financement adoptée, cette subdivision lie la société faisant appel public à
l’épargne à un mode de financement direct à travers le marché financier. Aussi, la société
faisant appel public à l’épargne, pour pouvoir recourir au financement via le marché financier,
doit offrir des garanties relatives à sa transparence et aux modes de son administration. Ces
garanties sont prévues pour former un cadre de protection de l’épargne qui s’investie sur le
marché financier et qui serait la source de financement pour les sociétés faisant appel public à
l’épargne.
Il s’ensuit que, soumise à la fois au droit des sociétés commerciales et aux exigences du
marché financier, la société faisant appel public à l’épargne se distingue, par rapport à la
société ne faisant pas appel public à l’épargne, par un régime juridique plus contraignant. Cet
aspect contraignant est remarquable au niveau de la constitution de la société au point que le
législateur, en prévoyant un régime commun pour la responsabilité relative aux irrégularités
de constitution (Section 3), a distingué entre la constitution de la société anonyme faisant
appel public à l’épargne (Section 1) et celle ne faisant pas appel public à l’épargne (Section
2).
Section 1
La constitution de la société anonyme faisant appel
public à l’épargne
195-. Le régime de constitution d’une société anonyme faisant appel public à l’épargne
est marqué par des exigences relatives à une plus grande transparence destinée à assurer une
protection de l’épargne. En effet, les fondateurs de la société ont, dès le départ, ciblé le public
pour le convaincre de l’opportunité que le projet de société en constitution lui présentera.
Parce que les fondateurs sollicitent l’épargne, le législateur intervient pour protéger cette
épargne. Aussi, la constitution de la société, dans ce cas, est échelonnée sur une période
durant laquelle certaines exigences devront être accomplies. On parle ainsi d’une
incorporation ou d’une constitution successive.
La présentation des étapes de cette constitution (§2) semble devoir être précédée par un
exposé relatif au contexte de cette constitution (§1) pour ensuite permettre de voir les
sanctions des irrégularités (§3).
88
§1- Le contexte de la constitution
196-. La constitution de la société faisant appel public à l’épargne est réalisée dans un
contexte particulier. Il s’agit en effet des personnes qui prennent en charge la mission de
constitution de la société appelées les fondateurs (B) qui réalisent une constitution par appel
public à l’épargne (A).
197-. Notion liée au marché financier, c'est-à-dire à la bourse des valeurs mobilières où
est investie une partie de l’épargne des opérateurs économiques, l’appel public à l’épargne a
été introduit en droit tunisien dans le cadre de la loi relative au marché financier puis repris
dans le cadre du code des sociétés commerciales.
Aux termes de l’article 162 du CSC, « Sont réputées sociétés faisant appel public à l’épargne
celles qui émettent ou cèdent des valeurs mobilières en appelant le public à l’épargne.
Il en est de même pour toutes les sociétés désignées comme telles par les lois spéciales ».
Dans la mesure où seules les sociétés par actions peuvent émettre des valeurs mobilières, une
société anonyme est considérée société faisant appel public à l’épargne si, pour assurer son
financement, se dirige vers le marché financier, soit pour émettre des valeurs mobilières
nouvellement créées lors de sa constitution ou lors d’une augmentation du capital, soit pour
céder des titres existants. Dans les deux cas, l’offre est dirigée à ceux qui disposent d’une
épargne et qui envisagent de l’investir par l’achat des valeurs mobilières.
Dans ce cas, le capital de la société est considérée ouvert au public et la société est qualifiée
de société faisant appel public à l’épargne.
A coté de cette situation qui correspond à l’alinéa 1 de l’article 162, une société est également
considérée faisant appel public à l’épargne si elle est désignée comme telle par une loi
spéciale. La référence est certes ici faite à la loi 94-117 relative à la réorganisation du marché
financier dont le premier article définit l’appel public à l’épargne65.
B- Les fondateurs :
198-. Un fondateur est la personne qui prend l’initiative de créer une société
commerciale. C’est la personne qui met en marche un projet de constitution qui conduirait, au
terme du processus de constitution, à la naissance d’une personne morale.
Aux termes des dispositions de l’alinéa premier de l’article 164, toute personne qui a
effectivement concouru à la constitution de la société, est qualifiée de fondateur.
65
Loi n°94-117 du 14 novembre 1994 relative à la réorganisation du marché financier telle que modifiée
ultérieurement. L’article premier de cette loi dispose que « sont réputées sociétés ou organismes faisant appel
public à l’épargne :
1. Les sociétés déclarées comme telles par leurs statuts,
2. Les sociétés dont les titres sont admis à la cote de la Bourse,
3. Les banques et les sociétés d’assurances quel que soit le nombre de leurs actionnaires,
4. Les sociétés dont le nombre d’actionnaires est égal ou supérieur à cent,
5. Les organismes de placement collectif en valeurs mobilières,
6. Les sociétés et les organismes autres que les organismes de placement collectif en valeurs mobilières
qui, pour le placement de leurs titres, recourent soit à des intermédiaires, soit à des procédés de
publicité quelconques, soit au démarchage… ».
89
Personnage déterminant dans le processus de constitution, le fondateur devait être identifié
dans la mesure où, à sa qualité juridique, est rattachée un régime juridique marqué
essentiellement par la responsabilité qu’il peut encourir en cas de commission d’irrégularités
au niveau de la constitution ou de sa mauvaise foi.
C’est dans ce sens que l’alinéa 2 de l’article 164 du CSC interdit à toute personne déchue du
droit d’administrer ou de gérer une société de pouvoir être fondateur d’une société anonyme.
Le fondateur, dans la mesure où il se propose de constituer une société, doit accomplir un
certain nombre d’opérations. Il est en réalité la personne qui, pour achever la réalisation du
projet de société, doit solliciter les souscripteurs (futurs associés).
Juridiquement, il pourrait ainsi être responsable envers les souscripteurs, la société une fois
constituée ou les tiers.
Sa fonction principale consiste en effet à amorcer le processus de constitution par ses
différentes étapes.
200-. Dans la mesure où la constitution est par un appel public à l’épargne, les
fondateurs sont soumis à certaines obligations devant assurer une transparence à l’opération
envisagée. En effet, le public sollicité doit être en mesure de connaitre et d’apprécier
l’opportunité de l’offre. Aussi, une double information est prévue. La première est relative au
projet des statuts (1) alors que la seconde est en relation avec les éléments de renseignement
sur l’opération de souscription (2).
201-. La première étape que les fondateurs doivent réaliser est relative à la
concrétisation de l’idée de société par la rédaction d’un projet des statuts qui constitue le pacte
proposé aux futurs associés. Il ne s’agit évidement que d’un projet dont le principal rôle est de
motiver les épargnants à rejoindre les fondateurs pour concrétiser la société projetée.
A cet effet, la rédaction doit être suffisamment claire dans la mesure où il s’agit du premier
élément qui décidera en réalité les souscripteurs.
Le projet des statuts doit être signé par les fondateurs et déposé, conformément aux
dispositions de l’article 163 du CSC, au greffe du tribunal de première instance du siège
social.
Ce dépôt constitue une mesure de publicité dans le sens où tout intéressé peut le consulter.
Pour assurer une plus grande diffusion de l’information, le législateur a prévu une deuxième
publicité à travers la notice adressée au public.
90
2)- La notice adressée au public :
202-. Parce que la consultation des statuts risque de ne pas être d’une grande efficacité
en n’intéressant qu’une frange restreinte du public, le législateur a imposé aux fondateurs de
procéder à la publication d’une notice d’information destinée au public et devant contenir
l’essentiel des informations insérées dans les statuts.
C’est ainsi que l’alinéa 3 de l’article 164 du CSC, en imposant aux fondateurs la publication
d’une notice, a fixé le mode de publication et le contenu de cette notice.
La notice est en effet publiée au JORT et dans deux quotidiens dont l’un en langue arabe. Son
contenu est formé des 16 mentions suivantes :
En exigeant des fondateurs la signature aussi bien du projet de statuts que la notice, le
législateur cherche à procurer à l’offre une certaine garantie de sérieux dans la mesure où
l’acceptation se traduira par des engagements que les souscripteurs doivent assumer non sans
pouvoir engager la responsabilité des fondateurs.
203-. Une fois la première étape destinée à l’information du public achevée, les
fondateurs peuvent commencer à recevoir les souscriptions.
91
En effet, est souscripteur, toute personne qui accepte d’adhérer au projet de société et promet
de réaliser un apport au profit de la société en constitution.
Cette opération se constate par un bulletin de souscription signé par le souscripteur et qui
contient, conformément aux dispositions de l’article 167 du CSC, les indications suivantes :
204-. Pour les apports en numéraire, les fondateurs doivent demander au souscripteur la
libération du montant exigible des actions souscrites qui ne peut être inférieur au quart du
montant souscrit66. Le reliquat non libéré doit l’être dans un délai maximum de 5 années à
compter de la constitution définitive de la société. Il constitue ainsi un engagement pour le
souscripteur devenu associé et une créance pour la société.
La libération du quart constitue le minimum légal. Les fondateurs peuvent prévoir dans les
statuts un pourcentage plus élevé mais jamais inférieur au minimum légal. Toutefois dans
certaines situations particulières, le législateur lui-même fait exception à cette règle. C’est le
cas par exemple d’une société anonyme constituée pour être une banque ou établissement
financier67. C’est le cas également d’une augmentation du capital prévue dans le cadre des
solutions de sauvetage d’une entreprise soumise à la procédure de règlement judiciaire.
Les fonds libérés doivent, conformément aux dispositions de l’article 168 du CSC, être
déposés dans un établissement bancaire dans un compte spécial au nom de la société en
constitution. Tout montant libéré doit faire l’objet d’un dépôt dans ce compte dans un délai
de dix jours à compter de la date de son paiement.
Les fonds collectés ne peuvent faire l’objet de retrait qu’une fois la constitution achevée et le
représentant légal de la société désignée. Il revient en effet à ce dernier de retirer lesdits fonds.
Pour protéger les souscripteurs d’une éventuelle négligence ou mauvaise foi des fondateurs
qui pourront retarder la constitution, l’alinéa dernier de l’article 169 du CSC, donne droit à
66
Article 165 du CSC.
67
L’alinéa 3 de l’article 32 de la loi n°2016-48 du 11 juillet 2016 relative aux banques et aux établissements
financiers, dispose que « Le capital minimum doit être libéré en totalité lors de la création de la banque ou de
l’établissement financier ». Au delà du capital minimum, la libération partielle reste possible, conformément à
l’alinéa 4 du même article.
92
tout souscripteur de pouvoir saisir le juge de référé pour récupérer sa mise si la constitution ne
s’est pas réalisée dans le délai de 6 mois à compter du jour du dépôt du projet des statuts au
greffe du tribunal de première instance du siège social.
205-. Contrairement aux apports en numéraire, les apports en nature doivent être libérer
en intégralité.
Ces apports devront également subir la procédure d’évaluation par un commissaire aux
apports désigné sur demande formulée par les fondateurs au président du tribunal de première
instance du siège social.
Le commissaire aux apports rédige un rapport d’évaluation qu’il dépose au siège social. Ce
rapport est mis à la disposition des souscripteurs qui peuvent le consulter.
La souscription totale du capital social et la libération du montant exigé des apports en
numéraire ainsi que l’évaluation des apports en nature constituent la dernière étape qui
précède la tenue de l’assemblée générale constitutive.
207-. Les souscripteurs réunis en assemblée générale constitutive doivent réaliser les
vérifications suivantes :
Le procès verbal de l’assemblée générale constitutive doit indiquer que ces vérifications ont
été effectuées et que l’évaluation des apports en nature a été approuvée.
68
Article 171 du CSC.
93
L’assemblée approuve ensuite les statuts. Si les souscripteurs optent pour une modification
des statuts, cette dernière doit être adoptée à l’unanimité. Il s’agit semble t-il de l’unique règle
où l’unanimité est exigée dans la mesure où les décisions au sein des assemblées de la société
anonyme sont prises à la majorité.
C’est ainsi que l’assemblée générale constitutive est régie par les mêmes règles applicables à
l’assemblée générale extraordinaire69.
Une fois l’étape des vérifications et d’approbation terminée, les souscripteurs passent à la
désignation des personnes qui assureront les fonctions d’administration et de contrôle de la
société.
208-. Les souscripteurs réunis en assemblée générale constitutive nomment les premiers
administrateurs de la société qui se chargeront de la mission d’administrer la société sous le
contrôle de l’assemblée générale ordinaire.
Ils désignent également le commissaire aux comptes qui assurera la fonction principale de
vérification et de certification des informations comptables relatives aux opérations
d’administration de la société.
Conformément aux dispositions de l’article 172 du CSC, « le procès verbal de la séance
constate l’acceptation par les administrateurs et les commissaires aux comptes de leurs
fonctions ».
Une fois les administrateurs nommés, ils doivent se réunir pour élire le représentant légal de
la société. Dirigeant de droit, ce dernier, est seul compétent pour réaliser l’immatriculation de
la société au Registre du commerce et de retirer les fonds déposés pour le compte de la
société.
209-. L’alinéa premier de l’article 179 du CSC prévoit la nullité de la société constituée
en violation des dispositions des articles 160 à 178 du CSC. Il s’agit par exemple d’une
constitution qui s’est réalisée sans dépôt du projet des statuts ou sans publication d’une notice
ou d’une publication d’une notice non conforme aux dispositions de l’article 164. Il s’agit
également d’une constitution faite sans convocation d’une assemblée générale constitutive ou
celle qui n’a pas respecté la règle de la souscription intégrale du capital et de la libération du
montant exigible…
A l’image du régime juridique des nullités en droit des sociétés commerciales, la nullité pour
irrégularité de constitution est régularisable. C’est ainsi que l’alinéa 2 de l’article 179 du CSC
impose au tribunal qui est saisi pour décider la nullité de sursoir à statuer si une assemblée
générale est convoquée pour couvrir la nullité. L’action reprend son cours si l’assemblée ne
régularise pas le défaut de constitution.
L’alinéa 3 du même article fixe une règle générale selon laquelle l’action en nullité est éteinte
si sa cause disparait avant l’introduction de la demande.
Le tribunal peut même accorder d’office un délai de trois mois pour réaliser la régularisation.
Dans tous les cas cette action se prescrit par trois ans à compter de la date de constitution.
69
L’alinéa 1 de l’article 175 du CSC dispose que « L’assemblée générale constitutive délibère aux conditions de
quorum et de majorité prévues pour les assemblées générales extraordinaires conformément aux articles 291 et
suivants du présent code ».
94
Section 2
La constitution de la société anonyme ne faisant pas
appel public à l’épargne
210-. La constitution de la société ne faisant pas appel public à l’épargne est moins
compliquée. Non tournée vers le public, cette constitution n’obéit pas aux exigences de
transparence prévues pour protéger l’épargne. C’est dans ce sens que se prononce l’article 180
du CSC qui allège la constitution en écartant certaines exigences (§1) pour prévoir d’autres
mesures qui s’adaptent avec la société (§2) non sans prévoir des sanctions pour les
irrégularités lors de la constitution (§3).
211-. La constitution sans appel public à l’épargne est réalisée sans recours aux
formalités suivantes :
En cas d’existence d’apport en nature, une évaluation par un commissaire aux apports est
nécessaire. Toutefois, l’assemblée générale constitutive n’approuve pas cette évaluation dans
la mesure où l’alinéa 3 de l’article 181 impose que les statuts contiennent l’évaluation des
apports en nature et que le rapport d’évaluation leur est annexé.
Alors que la désignation du commissaire aux comptes relève des pouvoirs de l’assemblée
générale constitutive conformément aux dispositions de l’alinéa 5 de l’article 181 du CSC, il
revient également aux souscripteurs de désigner dans un procès verbal les premiers
administrateurs de la société.
Par rapport à la constitution avec appel public à l’épargne, il est clair que le rôle des
fondateurs et de l’assemblée générale constitutive est réduit.
Cette limitation est expliquée par le caractère fermé de la constitution. Les souscripteurs étant
sélectionnés d’avance, il n y a alors aucune utilité pour rendre publique toutes les étapes de la
constitution.
95
Pour l’assemblée générale constitutive, elle ne garde que les attributions suivantes :
Aussi, par rapport à la constitution par appel public à l’épargne, l’assemblée constitutive n’a
pas :
- à approuver les statuts dans la mesure où ils sont déjà signés par les souscripteurs,
- à approuver les apports en nature, dans la mesure où leur valeur est déjà incorporée
dans les statuts,
- ne nomme pas les premiers administrateurs, dans la mesure où ils sont déjà nommés
par les souscripteurs dans un procès verbal.
213-. L’alinéa 2 de l’article 182 évoque les cas des irrégularités de la constitution de la
société ne faisant pas appel public à l’épargne. La sanction prévue est la nullité de la société.
Toutefois, le texte a omis de prévoir la possibilité de régulation à l’image de ce qui a été
prévu pour la société faisant appel public à l’épargne.
Peut-on conclure qu’il s’agit d’un choix du législateur ou d’une simple omission ?
Réellement, il ne peut s’agir que d’une omission injustifiée dans la mesure où la
régularisation est une caractéristique fondamentale du régime des nullités de toutes les formes
sociales. Elle ne peut donc etre écartée pour la société ne faisant pas appel public à l’épargne.
En effet, la bonne rédaction du texte aurait du permettre au législateur de prévoir cette
régulation ou, du moins, opérer un renvoi à celle appliquée à la société faisant appel public à
l’épargne, comme il l’a su le faire pour la responsabilité du fondateur dans l’alinéa 1 du même
article70.
Section 3
La responsabilité relative aux irrégularités de
constitution
214-. Toute irrégularité lors de la constitution d’une société anonyme peut être à
l’origine d’une responsabilité contre les personnes qui l’ont commise. Généralement, cette
responsabilité est dirigée contre les fondateurs qui sont en principe les personnes qui ont pris
en charge la mission de constituer la société. Toutefois, d’autres personnes peuvent être
impliquées dans le cadre du processus de constitution.
Cette responsabilité peut être soit civile (§1) soit pénale (§2).
70
L’alinéa 1 de l’article 182 du CSC, dispose que « La responsabilité des fondateurs de la société constituée ne
faisant pas appel public à l’épargne est soumise aux dispositions de l’article 177 du présent code ».
96
215-. Souvent, les irrégularités de constitution s’attribuent aux fondateurs (A). Elles
peuvent dans certains cas impliquer d’autres intervenants(B).
216-. Le code des sociétés commerciales distingue, à ce sujet, entre deux catégories de
fautes. Celles commises alors que la constitution est assurée (1) et celles qui ont empêchées la
constitution (2).
217-. Il s’agit des fautes signalées par l’article 177 du CSC qui concernent aussi bien
la constitution avec ou sans appel public à l’épargne. Il s’agit d’une responsabilité solidaire
des fondateurs à l’égard de la société, des actionnaires et des tiers qui se prescrit par trois ans
à compter de la date de constitution.
S’agissant d’un cas particulier de responsabilité délictuelle, le texte n’omet pas de rappeler les
éléments de préjudice, de faute et de lien de causalité quand il précise que « les fondateurs
sont solidairement responsables à l’égard de la société, des actionnaires et des tiers, du
préjudice résultant de l’inexactitude et de l’insuffisance des indications fournies par eux à
l’assemblée constitutive … ».
Le préjudice causé est donc la conséquence d’une négligence relative aux informations
fournies aux souscripteurs dans le cadre de l’assemblée générale constitutive.
L’information présentée est, soit inexacte, soit insuffisante, au sujet des questions relatives à
la souscription, à la libération, à l’emploi des fonds ou aux frais de la fondation.
Ils sont également responsables, aux termes de l’alinéa 2 du même article, en cas d’omission
d’une formalité ou son accomplissement irrégulier.
218-. Il s’agit de la faute prévue par l’article 178 du CSC. C’est une faute commise par
un fondateur qui s’est traduite par la non constitution de la société.
Dans ce cas, l’action se prescrit par une année à compter de l’expiration du délai de six mois à
compter de la date du dépôt du projet des statuts.
97
mode d’évaluation ainsi que l’intérêt qu’il présente pour la société, avec indication de la
nature des avantages particuliers prévus au n°11 de l’article 164 du présent code ».
§2- La responsabilité pénale
221-. Les fondateurs de la société anonyme sont soumis à une responsabilité pénale
objet de l’article 186 du CSC. Spécifiant un nombre de délits relatifs aux irrégularités de
constitution (1), le texte n’a pas omis de reproduire la distinction adoptée entre constitution
par appel public à l’épargne ou sans appel public à l’épargne (2).
223-. Les délits énumérés à l’article 186 du CSC sont punis d’une peine
d’emprisonnement d’un an à cinq ans et d’une amende de 1.000 à 10.000 dinars.
Pour marquer la gravité des agissements si la constitution est avec appel public à l’épargne,
l’alinéa dernier de l’article 186 n’a retenu que la peine d’amende si la constitution est faite
sans appel public à l’épargne.
224-. A coté des fondateurs, la loi puni d’autres personnes impliquées dans le processus
de constitution de la société anonyme. Il s’agit du commissaire aux apports (1), du dirigeant
de la société (2) et de toute autre personne impliquée indépendamment de sa qualité (3).
225-. Pour s’assurer une indépendance du commissaire aux apports, l’article 174 du
CSC a fixé une liste de personnes qui ne peuvent être désignées pour évaluer les apports en
nature.
.37 ص2012- القضاء والتشريع- الحماية الجزائية لمرحلة البحث عن راس المال في الشركات خفية االسم-ايمن شطيبة
71
98
Si une personne accepte d’être désignée commissaire aux apports en méconnaissance des
limitations prévues par l’article 174 du CSC, elle est pénalement poursuivie.
En effet, l’article 184 du CSC, puni d’une amende de 1.000 à 10.000 dinars « quiconque a
sciemment accepté ou conservé les fonctions de commissaire aux apports contrairement aux
dispositions de l’article 174 ci-dessus ».
226-. Le délit prévu à l’article 185 du CSC ne concerne pas en réalité une irrégularité de
constitution. Il se rattache simplement à une négligence de la part des dirigeants qui n’ont pas
procédé à l’appel des fonds dus à l’associé qui a libéré partiellement son apport en numéraire
lors de la constitution de la société.
En effet, l’alinéa 2 de l’article 165 du CSC, fixe le délai maximum pour la libération intégrale
des actions souscrites en numéraire. Cette libération doit se réalise par la diligence des
dirigeants sociaux. Aussi, l’article 185 du CSC a prévu une peine d’amende de 1.000 à 10.000
dinars pour le président directeur général ou le directeur général qui n’aura pas procédé en
temps utile aux appels de fonds fixées par l’article 165 du même code.
La rédaction de l’article 185 du CSC, en ne citant que le président directeur général et le
directeur général, semble ignorer que la société anonyme puisse s’administrer selon le mode
classique par un conseil d’administration ou selon le mode moderne par un directoire et un
conseil de surveillance.
Le texte aurait du utiliser ou bien le terme général de dirigeant ou, s’il veut spécifier, citer les
différents dirigeants possibles de la société anonyme dont le président du directoire.
227-. Deux délits sont prévus pour des auteurs qui peuvent avoir des qualités non
spécifiées. Il s’agit des articles 183 et 187 du CSC relatifs, l’un à l’émission et l’autre à la
négociation d’actions.
Le délit de l’article 183 concerne l’émission d’actions d’une société irrégulièrement
constituée. L’auteur de ce délit est puni d’une amende de 1.000 à 10.000 dinars.
Le délit de l’article 187 prévoit la même peine pour « toute personne qui aura négocié des
actions dont le premier quart n’a pas été libéré, ou avant l’expiration du délai pendant lequel
la négociation est interdite ».
Délit d’émission et délit de négociation, sont donc des infractions relatives aux actions de la
société anonyme qui sont soit émises ou négociées sans se conformer aux règles générales
prévues à cet effet.
99
100