Modélisation des actions mécaniques
Modélisation des actions mécaniques
v3.0
Lycée La Fayette 21 Bd Robert Schuman 63000 Clermont-Ferrand Académie de Clermont-Ferrand
Compétences visées:
B1-04 Qualier la nature des matières, quantier les volumes et les masses
B2-12 Prendre en compte les symétries ou les restrictions de mouvement pour simplier le modèle
B2-16 Associer un modèle à une action mécanique
B2-17 Déterminer la relation entre le modèle local et le modèle global
B2-18 Proposer une modélisation des liaisons avec une dénition précise de leurs caractéristiques
géométriques
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1 Préambule 3
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1 Préambule
La cinématique a permis l'étude des mouvements sans s'occuper de la cause de ces mouvements. Ce
chapitre introduit la notion d'actions mécaniques à l'origine des mouvements des solides. L'objectif de
ce chapitre est de montrer comment proposer un modèle d'action mécanique s'exerçant sur un solide.
Il existe une grande diversité d'action mécanique : action du pied sur un ballon, action du stator
sur le rotor pour une machine électrique, action de l'air sur les pales d'un hélicoptère...
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A M =A
• •
M
→
− →
−
F F
→
−
On introduit la notion de moment au point A de la force F (appliquée localement en M ) qui
−−−→ −−→ →−
caractérise l'eet de la force en un point donné : MA,−
→ = AM ∧ F (dont les composantes sont
F
exprimées en N.m).
Remarque
Cette notion est indispensable car c'est parfois la seule manière de représenter simplement l'eet
d'une action mécanique (exemple : action de la main sur une poignée de porte, action entre le stator
et le rotor d'une machine électrique (machine à courant continu, asynchrone, synchrone...).
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B B
H
A
A
Cette notion est utilisée en pratique pour calculer rapidement le moment d'une force sans passer
par le produit vectoriel.
Par dénition du produit vectoriel, le vecteur moment est orthogonal au plan contenant le vecteur
→
− −−→
force F et le vecteur AB avec A le point où le moment est calculé.
On constate donc que le champ de moment est un champ antisymétrique, il est donc représentable
par un torseur.
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−−−→
Le vecteur force Fi→j est appelé résultante de l'action mécanique de i sur j .
Pour exprimer l'action mécanique en un autre point, il sut d'utiliser la relation de changement
de point d'un torseur :
Remarque
( −−−−−→ −−−→ )
R{T1→2 } = F1→2
On note : {T1→2 } = −−−−−−→ −−−−−→ l'action mécanique du solide 1 sur le solide 2.
A
MA {T1→2 } = MA,1→2
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→
−
-F
→
−
F
( →
− )
F
Un torseur glisseur est de la forme {Ti→j } = →
− au point d'application de la force. Cette
M
0
action mécanique
→ correspond à l'action qui aurait tendance à faire déplacer en translation un solide.
−
La droite M, F est l'axe du glisseur.
En général, par abus de langage, on appelle Force l'action mécanique correspondant à un glisseur.
Exemple : action du pied sur un ballon
3.1 Dénition
La matière (liquide, solide ou gazeuse) est constituée d'atomes. Cependant, à l'échelle où la matière
est considérée comme liquide, solide ou gazeuse, les atomes sont susamment proches pour modéliser
la matière comme une répartition continue.
Les actions mécaniques s'appliquent sur cette matière continue. Ces actions peuvent se modéliser
→
−
mathématiquement sous la forme d'un champ de vecteurs f (M ) appelée densité d'eort qui peut être
volumique, surfacique ou linéique selon le modèle employé.
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L'action de l'air sur l'aile résulte d'une répartition surfacique d'eorts telle que le décrit la Figure
3 : une surpression apparaît sous l'aile et une forte dépression apparaît en partie supérieure.
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τ peut être soit un volume, soit une surface ou une ligne de contact. On se retrouve alors à calculer
soit une intégrale de volume, de surface ou d'une ligne.
z z ~er
M M ~eθ
M r ~eϕ
→
− ϕ
→
−
ez ez →
−
ez
→
− →
−
ey →
−
ey y O ey
→
− O →
− →
− O
ex ex →
−
eθ ex
r ~eθ
x θ →
− θ
H er H
Coordonnées cartésiennes Coordonnées cylindriques Coordonnées sphériques
M (x, y, z) M (r, θ, z) M (r, ϕ, θ)
−−→ −−→ −−→
OM = x.→
−
ex + y.→−
ey + z.→
−
ez OM = r.→−
er + z.→
−
ez OM = r.~er
Remarque
Le passage d'une action locale à une action globale est toujours possible. L'inverse nécessite des
hypothèses sur le modèle local.
Attention
Bien que représentant un même phénomène réel, les deux représentations locale ou globale ne sont pas
équivalentes. Le passage du local au global par intégration s'accompagne d'une perte d'information
sur la répartition spatiale de l'action mécanique. En mécanique des structures déformables, par
exemple, le modèle devra être choisi avec prudence.
×
p0
A B ⇐⇒ A B
L L
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f (M )→
−
u (M ) dV où :
• →
−
u (M ) = −→ −z →
−
f (M )
• f (M ) est la densité volumique de force au voisinage du →
−
point M . Pour un matériau homogène, f (M ) = ρg = cste O y
où ρ est la masse volumique du solide. →
−
x
On peut donc maintenant calculer le torseur des actions de pesanteur sur le solide :
−−−−→
Z
Fpes→S = −ρg.→
−
z dV
{Tpes→S } = V
−−−−−−→ −−→
Z
MA,pes→S =
AM ∧ −ρg.→−z dV
A V
Remarque
Si le solide n'est pas homogène (masse volumique diérente dans plusieurs domaines), il sut de
calculer le centre de gravité de chaque partie et de trouver le centre de gravité global par la dénition
−−→ 1 P −−→
du centre de gravité d'un ensemble matériel AG = mi AGi où les Gi sont les centres de gravité
m i
de chaque domaine homogène et mi leurs masses respectives.
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Exemple 1 : Haltères y →
−
y
L L
On note : m1 = 0,3 kg la masse de la barre et O L L
son centre de gravité. On note m2 = 1 kg la masse x→
−
x
×
des poids dont le centre de gravité est situé sur l'axe
G O G 2O
(O, →
−
x ) au centre du poids. Déterminer la position 1 e e
du centre de gravité de l'ensemble.
−−→ 1 P −−→
On a : OG = mi OGi avec :
m i
−−→ 5 → − −−→ 1 →
• OG1 = − L + e x • OG3 = − L + e − x
2 2
−−→ 3 − −−→ 1 −
• OG2 = − L + e → x • OG4 = L + e → x
2 2
−−→ 1 5 3 → −−→ 2m2
Soit : OG = − m2 L + e + L + e −x ⇒ OG = − (L + 2e) →
−
x
m1 + 4m2 2 2 m1 + 4m2
→
−
Exemple 2 : Quart de disque y
→
−
u
On note la masse du 1/4 de disque : md = ρs S . Déterminer les coordon-
nées du centre de gravité. Montrer qu'il est situé sur l'axe (O, →
−
u ). R →
−
er
−−→ −−→ −−→ −−→
Z Z
1
mOG = OM dm ⇒ OG =
S
OM dS θ π/4 →
−
S S x
( −−→ O
OM = r (cos θ→ −
x + sin θ→ −
y)
On se place en coordonnées polaires, avec :
dS = rdrdθ
Z RZ π Z R Z π
−−→ 4 →
− →
− 4
(cos θ→
−x + sin θ→
−
2 2
2 2
OG = 2
r (cos θ x + sin θ y ) drdθ = 2
r dr y ) dθ
πR 0 0 πR 0 0
−−→ 4 R3 → 4R → 4R √ →
OG = 2
(−
x +→ −
y)= (−
x +→ −
y)= 2−
u
πR 3 3π 3π
Dans le cas particulierZ où les éléments de réduction du torseur sont écrits au centre de gravité G,
−−−−−−→ → − −−→ →
−
on a MG,pes→S = 0 car GM dV = 0 par dénition du centre de gravité dans le cas d'une masse
V
volumique constante. Ainsi :
On dénira toujours cette action mécanique de pesanteur en G pour simplier les calculs.
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Le vecteur →−u (P ) = →
−
n est la normale au point de contact considéré (si on considère l'action du
solide 1 sur 2, la normale est celle qui va de 1 vers 2).
L'expression de la densité d'eort est dans le cas général inconnue mais seule la connaissance de
la géométrie du contact peut permettre de remonter à la forme du torseur des actions transmissibles
(voir paragraphe sur les liaisons).
Dénition
La densité d'eort est en revanche souvent connue dans le cas d'un contact d'un uide sur un solide,
on la nomme pression.
Cette pression est déterminée par les lois de la mécanique des uides (voir cours de physique).
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6.1 Hypothèses
On suppose que toutes les liaisons sont parfaites :
• les pièces mécaniques sont des solides indéformables ;
• les surfaces sont géométriquement parfaites ;
• les jeux sont nuls ;
• le contact est sans frottement ni adhérence.
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→
−
z
→
−
y
A
•
→
−
x
Surface de contact entre 1 et 2
On sait
Z que la résultante du torseur des actions transmissibles par la liaison appui-plan est :
−−−→
F1→2 = f (M )→
−
u (M )dS avec : →
−
u (M ) = →
−z
S
On en déduit que pour la résultante :
−−−−−→ −−−→
Z
R{T1→2 } = F1→2 = f (M )dS.→
−
z = Z12 .→
−
z
S
On en déduit que la forme du torseur des actions transmissibles par la liaison appui-plan est :
0 L12
Z12 .→
−
( )
z
{T1→2 } = = 0 M12
A
L12 . x + M12 .→
→
− −
y
Z12 0
A (−
→
x ,−
→
y ,−
→
z)
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→
−
y
→
−
y
D = 2R O
→
−
x
→
−
er
θ
z →
−
x
→
−
z L
−−→
Le point courant M est déni par : OM = r.→ −
er + z.→−z en coordonnées cylindriques. L'action
−−−−→
mécanique élémentaire au point M est modélisée par un glisseur tel que : dF 1→2 = f (M ).→
−
er dS .
En coordonnée cylindrique l'élément de surface élémentaire s'écrit dS = rdθdz
La résultante s'écrit :
La normale au contacte est constante : →
−
n (M ) = →
−
er = cos θ.→
−
x + sin θ.→
−
y
Z
−−−−−→ −−−→
Z Z
R{T1→2 } = F1→2 = f (M ) (cos θ.→
−
x + sin θ.→
−
y ) dS = f (M ) cos θdS.→
−
x + sin θdS.→
−
y
S S S
−−−−−→
Soit : R{T1→2 } = X12 .→
−
x + Y12 .→
−
y
On en déduit la forme du torseur des actions transmissibles par une liaison pivot glissant d'axe (O, →
−
z):
X12 L12
X12 .→−
x + Y12 .→
−
( )
y
{T1→2 } = →
− →
− = Y12 M12
O
L12 . x + M12 . y
0 0
O (−
→
x ,−
→
y ,−
→
z)
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6.5 Généralisation
Sur les trois exemples précédents, on peut constater qu'à une composante nulle du vecteur taux de
rotation correspond une composante non nulle sur le moment transmissible. De même à une composante
nulle du vecteur vitesse correspond une composante non nulle de la résultante transmissible.
Remarque
Si on compare le torseur d'action transmissible d'une liaison parfaite avec son torseur cinématique,
on constate que :
−−−−−→ −−−−−−→ −−−−−−→ −−−−−→ −−−→ −−−−→ −−−−−→ −−→
R{T1→2 } · MA {V2/1 } + MA {T1→2 } · R{V2/1 } = 0 ⇔ F1→2 · VA∈2/1 + MA,1→2 · Ω2/1 = 0
Cette équation traduit le fait que la puissance mutuelle des actions mécaniques de contact dans une
liaison parfaite est nulle (cf. cours de deuxième année).
On en déduit le tableau récapitulatif des torseurs cinématique et d'action transmissible des liaisons
normalisées donné en annexe.
Pour déterminer une action mécanique dans une liaison, on n'utilise pas le modèle
local-global, on préfère utiliser cette dualité cinématique/action mécanique.
Cette simplication est également possible pour les actions mécaniques transmissibles dans les
liaisons. Seules trois composantes du torseur des actions mécaniques transmissibles par la liaison seront
utiles :
L12
{T1→2 } = Y12
Z12
M (−
→
x ,−
→
y ,−
→
z)
Les composantes ignorées sont notées par un trait ou par . Elles ne sont pas obligatoi-
rement nulles mais leurs valeurs n'inuent pas sur la résolution du problème plan étudié.
Cette forme du torseur des actions transmissibles peut se justier par deux approches :
• La première est liée aux mouvements. Il est possible d'analyser les actions mécaniques comme
une entité qui va empêcher un mouvement possible du mécanisme étudié. Pour s'opposer à une
rotation d'axe (A, →−
x ), il faut appliquer un couple selon →
−
x . Pour interdire les déplacements selon
→
− →
− →
− →
−
y et z , il faut appliquer des forces selon y et z . Cette approche n'est pas nécessairement
intuitive lorsque rien ne bouge réellement. . .
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• La seconde est liée aux actions mécaniques. Dans le cas particulier de symétrie de la géométrie et
de symétrie des actions mécaniques par rapport à un plan, par exemple (O, → −
y ,→−
z ), il est possible
de montrer que le torseur des actions transmissibles s'écrit sous la forme proposée (la Figure 5
illustre ces propos dans le cas d'actions mécaniques surfaciques).
→
−
z
O
−
z→
A0
→
− −
x −
z→
A x→0A
A0 −
y→
A0
− AB
x→ −
A
y→
A
→
−
y
Figure 5 Cas particulier d'une action mécanique surfacique possédant un plan de symétrie pour la
géométrie et les actions mécaniques.
Dans ces conditions (symétrie de la géométrie et des actions mécaniques) le torseur des actions
mécaniques est de la forme :
0 L12
{T1→2 } = Y12 0
Z12 0
M (−
→
x ,−
→
y ,−
→
z)
Les termes habituellement marqués par un trait sont rigoureusement nuls. La modélisa-
tion plane n'est donc pas une approximation dans ce cas particulier, mais juste une simplication de
l'écriture du torseur des actions mécaniques transmissibles.
Lorsque la modélisation plane des actions mécaniques est invoquée en dehors des cas de symétrie
énoncés précédemment, il s'agit alors d'une hypothèse. On suppose (ou par expérience, on sait) que
les actions mécaniques non recherchées n'interviennent pas dans la résolution du problème étudié.
Le nombre d'inconnues est limité à trois au maximum par torseur d'actions mécaniques de liaison.
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Avec l'hypothèse de modélisation plane des actions mécaniques, le torseur des actions mécaniques
de la liaison linéaire rectiligne a la même forme que celui d'une liaison sphère-plan.
Remarque
Seules trois formes de torseurs d'actions mécaniques sont utilisées en modélisation plane :
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Le coecient de frottement f (sans unité) est obtenu expérimentalement. Il dépend des matériaux
en contact, de la qualité des surfaces et de la nature du contact.
→
− →
−
F −−−−→ F
I I VI∈2/1
1 1
(a) Phase d'adhérence (b) Phase de glissement
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−−−→
−−−→
F1→2 N1→2 2
→
−
n
−−−→
T1→2
Π I
1
Dans le cadre du modèle de Coulomb, la composante tangentielle n'est en aucun cas proportionnelle
à la surface de contact. Les lois de Coulomb représentent le modèle le plus simple permettant de tenir
compte du phénomène de frottement. Il est bien évident que la réalité est plus complexe. Ce coecient
dépend souvent de beaucoup d'autres paramètres tels que la température, la rugosité des surfaces, la
vitesse de glissement, etc.
Il est intéressant de connaître quelques valeurs usuelles de coecient de frottement pour des contacts
classiques en mécanique.
Matériaux en contact f
Acier/acier (sec) 0,2
Acier/bronze ou laiton (sec) 0,2
Acier/bronze ou laiton (lubrié) 0,08
Acier/téon 0,05
Lubrication hydrodynamique 0,005
Pneu/bitume sec 0,8
Pneu/bitume humide 0,6
[Link]
• Si ωP = 0, |MN,1→2 | ≤ δN1→2 .
• Si ωP 6= 0, |MN,1→2 | = δN1→2 et MN,1→2 de signe opposé à ωP .
→
− − −
→ →
• Si Ω R = 0 , kM T,1→2 k ≤ µN1→2 .
→
− − →
→ − −
→ →
−
• Si Ω R 6= 0 , kM T,1→2 k = µN1→2 et M T,1→2 de signe opposé à Ω R et de même direction.
Les coecients de résistances au pivotement δ et au roulement µ sont exprimés en m et sont obtenus
expérimentalement.
Matériaux en contact δ
Acier sur acier (trains) 10−5 m
Pneu sur bitume (camions) 10−2 m
Figure 8 (a) et (b) Répartition de pression pour une roue de voiture. (c) Évolution de la résistance
au roulement au l des améliorations technologiques, exprimé en kg (d'action tangentielle) par tonne
(d'action normale) source Michelin.