IDE et croissance
L’investissement direct étranger (IDE) est bénéfique pour les pays d’origine et d’accueil et fait partie
intégrante d’un système économique international ouvert et efficace et constitue l’un des principaux
catalyseurs du développement. Les avantages qu’il procure ne se manifestent cependant pas de
manière automatique et ne se répartissent pas équitablement entre les pays, les secteurs et les
collectivités locales
2.1 Les effets positifs des IDE sur la croissance économique
Des auteurs soutiennent que les IDE contribuent à la croissance économique des pays.
Dépendamment des pays bénéficiaires d’IDE, cette contribution touche généralement les aspects
socio-économiques et politiques. Ainsi, Findly (1978) soutient que les IDE véhiculent le progrès
technologique dans les pays hôtes. La considération du « rattrapage technologique » entre les pays
investisseurs et les pays hôtes confirme effectivement une influence positive des IDE sur la croissance
économique car le progrès technologique fait partie des stimulateurs de la croissance. Borensztein et
al. (1998) en s’inscrivant dans la problématique de l’analyse empirique des effets des IDE montrent
que les IDE ont un effet positif sur la croissance économique, bien que l’ampleur de cet effet
dépende du stock de capital humain disponible dans l’économie d’accueil. De plus, ils soutiennent
dans le pays hôte, les IDE exercent un effet positif faible sur l’investissement intérieur. Finalement, ils
déduisent que les IDE augmentent l’investissement total de plus d’un pour un. Leurs conclusions sont
robustes à l’inclusion de certains facteurs déterminants de la croissance tels que la qualité
institutionnelle et la stabilité politique.
Un article empirique très similaire à notre étude bien qu’utilisant une méthodologie différente est
celui de Ndefo (2003). L’auteur analyse le lien entre les flux d’investissements directs étrangers et le
revenu par tête dans les pays d’ASS. Il vérifie empiriquement l’impact des flux d’IDE au travers du
progrès technique, observe l’impact du capital humain et détermine l’impact des IDE sur
l’investissement domestique. L’auteur conclut que le transfert de technologies issues des IDE
influence positivement la croissance. Aussi, il soutient que le stock de capital humain disponible
renforce cette influence positive. En plus, ce papier ne révèle pas d’effet d’éviction ou de
complémentarité existant entre les IDE et les investissements domestiques. Toutefois, en mettant
l’accent uniquement l’accent sur les pays de la zone franc, Ndefo (2003) déduit un effet d’éviction
des IDE. La non déduction d’effet d’éviction ou de complémentarité entre IDE et investissement
domestique est une des limites de ce papier que notre étude tente d’élucider. L’obtention de
résultats différents peut résulter de la méthodologie utilisée et / ou de l’échantillon constitué.
Contrairement à Borensztein et al. (1998), Alfaro et al. (2004) quant à eux, soutiennent que les IDE
influencent positivement la croissance économique par le biais des marchés financiers. Selon eux, le
niveau de développement des marchés financiers locaux est crucial pour que les effets positifs des
IDE sur la croissance économique soient réalisés. Leurs résultats montrent que le terme d’interaction
IDE – marché financier est positif et significatif à 10% dans toutes les régressions. Ce qui capture le
rôle important du secteur financier. Posu et al. (2007) se sont axés sur les effets de l’impact des IDE
sur la croissance économique pour le cas du Nigéria. Ils concluent que les flux des IDE sont
importants dans le développement les secteurs des mines, du transport et de la communication et
non dans ceux de l’agriculture, la foresterie et la pêche. L’observation des résultats révèle qu’une
hausse des IDE dans un des secteurs entraîne une hausse de la croissance économique de ce dernier.
Ce qui justifie la promotion des règles et lois d’attraction des IDE mené par le gouvernement
nigérian.
Adams (2009) passe en revue la littérature sur la croissance économique des IDE dans les pays en
développement, particulièrement sur l’ASS. À travers ce papier, l’auteur vérifie si les IDE peuvent
contribuer à l’amélioration la croissance économique de l’Afrique. Il déduit à cet effet que les IDE
contribuent au développement économique du pays hôte. Cette contribution va à l’endroit d’une
hausse du capital intérieur et à l’efficacité accrue grâce au transfert de technologie, de compétences
en marketing, en gestion, en innovation et pratiques optimales. De plus, l’auteur soutient que
l’impact des IDE dépend généralement des conditions spécifiques du pays et de l’environnement
politique notamment dans la capacité de diversification, d’absorption, de ciblage des IDE et de lien
entre IDE et investissement domestique. Finalement, les conclusions révèlent que les IDE présentent
des avantages et des coûts, et qu’ils sont nécessaires mais pas suffisants pour la croissance
économique.
Toujours dans la même lancée, Adams (2009) analyse l’impact des IDE sur la croissance économique
et l’investissement domestique des pays d’ASS. L’auteur déduit une influence positive des IDE sur la
croissance économique. En ce qui a trait à l’investissement domestique, à court terme, les IDE ont
une influence négative sur l’investissement domestique tandis qu’à long terme, cette influence est
positive. De plus, dépendamment du types d’investissement et de l’utilisation des profits, les firmes
multinationales (FMN) peuvent stimuler ou ralentir le développement du pays hôte. Dabla-Norris et
al. (2010) centrent leurs recherches sur l’explication des variations des flux des IDE des pays avancés
vers ceux en développement. Leurs résultats révèlent que les pays à faibles revenus sont
particulièrement sensibles à l’évolution du coût d’emprunt dans les pays avancés (une baisse du taux
d’emprunt entraîne une hausse des IDE). Aussi, ils indiquent qu’une augmentation d’un point de
pourcentage de la croissance des pays développés est associée à une augmentation de plus de 30%
des sorties des IDE dans les deux ans en destination des PED. Ces résultats amènent les auteurs à
conclurent que les conditions économiques des pays avancés sont des facteurs importants de cette
explication. Le mémoire de Mba-ondo (2011) est un document connexe à notre étude. Dans son
mémoire, Mba-ondo centre sa réflexion sur les déterminants des investissements directs chinois en
Afrique à travers l’utilisation de variables socioéconomiques, de variables de ressources naturelles et
de variables institutionnelles. Il retient que les pays africains ayant de faibles institutions et des
ressources naturelles attirent plus les IDE chinois. Gohou et Soumaré (2012) montrent que l’entrée
nette des IDE améliore le bien-être du continent africain car ils réduisent la pauvreté. Les résultats
sont positivement significatifs au seuil de 1%. Dans leur papier, les auteurs soutiennent que l’effet
positif des IDE sur la réduction de la pauvreté est plus important pour les pays les plus pauvres et les
moins développés, mais toutefois, en termes absolus, les pays riches bénéficient le plus ; et que le
découpage régional montre que la réduction de la pauvreté est positive et significative pour les pays
de la communauté économique d’Afrique centrale et celle de l’Est. Kamara (2013) étudie l’impact
des IDE sur la croissance de 44 pays d’ASS pour la période 1981 - 2010. L’auteur considère l’existence
de quatre canaux par lesquels les IDE peuvent affecter la croissance économique de ces pays. Ces
canaux sont : le capital humain, le développement financier, les infrastructures et les institutions. La
méthodologie utilisée
dans ce papier est celle des moments généralisés (GMM). Les résultats montrent que le
développement financier et les institutions améliorent les effets positifs des IDE sur la croissance ;
tandis que le capital humain et les infrastructures détériorent les effets des IDE sur la croissance.
Agbloyor et al. (2013) explorent empiriquement le lien de causalité entre les marchés financiers et les
IDE en Afrique et déduisent que les systèmes bancaire et boursier développés sont source
d’attraction des IDE et vice versa. Ce qui renvoie à une causalité bidirectionnelle significative entre
les IDE et les marchés financiers. De plus, allant dans le même sens que Kholdy et Sohrabian (2008),
Agbloyor et al. (2013) soutiennent que les IDE peuvent relancer le développement financier en
Afrique. L’effet positif des IDE est significatif à 1% pour l’ensemble de leur estimation empirique.
2.2 Les effets négatifs des IDE sur la croissance économique
Cette partie synthétise les papiers qui tablent sur les effets négatifs des IDE sur la croissance
économique. L’influence négative est observable à travers par exemple la dégradation
environnementales, la monopolisation de certains secteurs, la faillite de certaines entreprises locales.
Les études présentées permettent d’avoir une vue d’ensemble. Aitken et Harison (1999) se focalisent
sur l’impact des IDE sur la croissance économique à travers une micro-étude portée sur les
entreprises vénézuéliennes de 1979 à 1989. Un point soutenu dans ce papier concerne l’impact des
IDE sur les entreprises nationales. Pour Aitken et Harison, la taille des entreprises et le type de
propriétaire sont importants dans la détermination de l’impact des IDE sur la croissance des PED. Ils
déduisent que l’entrée des IDE influence négativement les entreprises nationales. Lipsey (2004)
analyse l’impact des IDE sur les pays d’origine et hôte en s’appuyant sur des papiers antérieurs. Les
conclusions déduites par l’auteur tiennent compte des disparités entre les pays. L’auteur soutient
que les IDE ont également des effets négatifs tant pour les pays d’origine que pour les pays d’hôte.
Pour l’impact des IDE sur les pays d’origine, il résume l’influence négative à travers la dégradation
des salaires et de demande d’emploi. Pour les pays d’accueil, il soutient que les entreprises
étrangères peuvent étouffer la croissance du pays d’accueil et entraver leur progrès technologique.
Un article connexe à notre étude est celui de Chouchane-Verdier (2004). Cet article analyse
l’efficacité des politiques de libéralisations financières sous l’égide des institutions internationales et
des thèses néo-libérales de Mac Kinnon (1973) et Shaw (1973). L’objectif de l’adoption des politiques
libérales des années 80 était de permettre aux banques d’assurer leur rôle d’intermédiaire financier
afin de favoriser un développement économique des pays d’ASS. À cet effet, les crédits octroyés par
les banques devaient être dirigés vers les investissements les plus productifs ou rentables pour cette
partie du continent. L’auteur démontre à travers ce papier, que les politiques de libéralisations
financières entravent la croissance des pays d’ASS. Les résultats obtenus dans son papier renvoient
d’abord à une dégradation quasi-générale des performances bancaires. Cette dégradation pourrait
être attribuée aux conditions initiales du développement financier en ASS et à la négative
intervention étatique par le biais des créances non-remboursées dans le secteur financier. Ensuite, à
la non-confirmation de la théorie élaborée par Mac Kinnon (1973) et Shaw (1973) ; et cela, à cause de
la naissance d’une forte instabilité sur le marché du crédit suite à la mise en place des réformes. Puis,
aux situations de surliquidités qui coïncide avec les théories concernant les imperfections du marché
du crédit et les problèmes d’asymétrie d’information, de hasard moral et de sélection adverse.
L’auteur souligne également que l’appartenance à la zone franc constitue un obstacle au bon
développement économique dans la mesure où une similitude / exactitude de taux d’intérêt
s’applique à l’ensemble des pays d’ASS pourtant ces derniers présentent une divergence de situation
économique, de taux de croissance et d’inflation. Lisa et al. (2007) analyse économétriquement
l’impact de quatre sources de financements internationaux sur les inégalités des PED que sont les
flux commerciaux, les IDE, l’aide publique au développement et les transferts privés des migrants.
Les auteurs concluent que les échanges commerciaux sont favorables aux populations pauvres dans
les pays à revenu intermédiaire ; les IDE augmentent les inégalités ; l’aide publique est favorable aux
classes moyennes dans les pays démocratiques ; et les transferts des migrants diminuent les
inégalités. Il est noté que les IDE exercent un fort impact inégalitaire sur l’ensemble des continents.
En comparant les pays non-industrialisés ayant utilisé les IDE aux pays non-industrialisés n’ayant pas
utilisés les IDE, Prasad et al. (2007) trouvent une corrélation positive entre les soldes des comptes
courants et la croissance des pays non-industriels. Ce qui implique qu’une réduction de la
dépendance aux capitaux étrangers améliore la croissance économique. De plus, dans cette étude,
les auteurs déduisent que les PED qui prospèrent sont ceux ayant une capacité d’absorption limitée
des ressources étrangères. Cette capacité d’absorption limitée des ressources étrangères résulte du
sous-développement des marchés financiers ou de la surévaluation provoquée par les entrées de
capitaux.
Bresser-Pereira et Gala (2008) montrent que la hausse d’IDE sous forme d’épargne étrangère
influence négativement le développement d’un pays. Ils soutiennent leur idée par le fait que l’IDE
sous forme d’épargne étrangère entraîne une appréciation du taux de change, une hausse des
salaires et une augmentation de la consommation. Ce qui traduit un emprunt pour consommer et
non pour investir. Pour Bresser-Pereira et Gala, un taux de change compétitif est nécessaire pour
promouvoir la croissance économique.
Allant dans la même lancée que Lipsey (2004), Ozyurt (2008) est également une synthèse de la
littérature sur les IDE. Il permet de faire le point sur les principales controverses relatives à l’impact
des IDE sur la croissance économique. Dans son étude, Ozyurt (2008) démontre que dans les PED, les
IDE n’engendrent pas systématiquement des retombées positives. Selon lui la diffusion des
technologies dépend des capacités d’absorption et d’innovation des pays hôtes. De plus, il souligne
l’importance des politiques publiques en matière d’éducation, d’innovation, de formation et de
coopération des firmes multinationales avec les acteurs locaux dans la génération des capacités
d’absorption internes et de diffusion effective des technologies modernes vers l’économie locale.
Pour l’instauration d’environnement politique et macroéconomique propices aux retombées
positives des IDE, l’auteur souligne l’importance des politiques publiques visant l’amélioration des
infrastructures de transport et de communication, la consolidation des institutions et la lutte contre
la corruption. Dans la même lancée, Falki (2009) est un papier qui montre l’impact négatif des IDE sur
la croissance économique. Il s’inscrit dans la problématique de l’analyse empirique de ce lien pour le
cas du Pakistan pour la période 1980 – 2006. Le modèle présenté par ces auteurs est basé sur la
théorie de la croissance endogène et s’appuie sur les travaux de Balasubramanyam et al. (1996) et
Borensztein et al. (1998). Les résultats de ce papier révèlent que l’impact de long terme des IDE sur la
croissance économique est négatif. Autrement dit, l’entrée nette des IDE dégrade la croissance
économique du Pakistan. Ces résultats s’alignent avec ceux trouvés par Khan (2007). Ilie (2014) quant
à lui soutient que, bien que les IDE aient une contribution positive au développement économique
des pays d’accueil, il ne faut pas exclure la possibilité d’impacts négatifs également. Les impacts
négatifs des IDE s’observent dans divers aspects tels que le salaire, le rapatriement des profits, les
problèmes environnementaux, qui doivent être considérés dans la détermination du pour ou du
contre des IDE. Ces facteurs sont entre autres, le type d’investissement étranger et les objectifs de
long ou court terme des entreprises. Ce papier, purement littéraire, se focalise sur l’impact des IDE
pour les pays d’accueil. Sa motivation est liée au fait que dans certains cas, les IDE peuvent même
être la clé pour un changement de la société dans son ensemble. Pour l’auteur, sachant cela, la
considération de la question des IDE doit passer par un point de vue social économique et culturel
afin d’avoir une appréciation correcte de l’impact des IDE pour les pays d’accueil. En portant
l’attention sur les pays en développement, l’auteur déduit que l’attraction des IDE peut susciter un
large nombre d’effets indésirables à savoir les troubles politiques, la perte d’emploi, l’abus des droits
de l’Homme et la dégradation environnementale. De plus, la hausse des prix, l’inflation, la
monopolisation de certains secteurs, la faillite de certaines entreprises locales, les tensions
culturelles, la défaillance dans l’adoption et le respect des lois sont des effets négatifs des IDE sur les
économies d’accueil. Amaira (2017) étudie empiriquement les effets du processus de la libéralisation
financière sur la croissance économique de la Tunisie de 1980 à 2015. De ce papier il ressort une
relation négative entre la libéralisation financière et la croissance économique. De plus, le test de
causalité de Granger permet à l’auteur de conclure qu’une relation unidirectionnelle entre les deux
variables existe.