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Bonne gouvernance dans les Églises

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com

Samuel Désiré Johnson et Célestin Gb. Kiki


Sous la direction de Michel Bertrand,
Pour une bonne gouvernance Sous la direction de
Michel Bertrand, Samuel Désiré Johnson et Célestin Gb. Kiki
dans les Eglises
La petite quarantaine d’Eglises regrou-
pées au sein de la Cevaa – communauté
d’Eglises en mission – sont dispersées sur
quatre continents (l’Asie fait exception) et
évoluent dans des contextes culturels et
politiques très divers. Elles ont pourtant
tenu à examiner ensemble la manière
dont elles gèrent le pouvoir en leur sein,
leur fonctionnement financier, ainsi que la
Pour
une bonne
nature de leur relation avec les pouvoirs

Pour une bonne gouvernance


politiques.
Cet examen s’est fait à l’occasion de sé- Ouvrage publié
minaires organisés en différents lieux par à l’initiative de la
la Cevaa. Le présent ouvrage reprend les
apports des intervenants, donnés au cours
Cevaa
Communauté
d’Eglises en mission
gouvernance

dans les Eglises


de ces rencontres.
La première partie est consacrée aux ques-

dans
tions théoriques liées à la gouvernance,
aux finances et aux relations avec les au-
torités. La seconde partie propose de se
laisser interpeller par plusieurs textes de
la Bible qui abordent ces questions. Enfin
la troisième partie évoque des situations
concrètes rencontrées par les Eglises : le
leadership, le ministère pastoral, la place
des femmes...
les Eglises
Cet ouvrage s’adresse non seulement aux
dirigeants nationaux des Eglises, mais à
tous ceux qui ont une responsabilité au
niveau régional ou local et sont, de fait, in-
vités à examiner leur manière de l’exercer.

Pour une bonne gouvernance dans les Eglises


Editions Olivetan
ISBN 978-2-35479-353-1
Prix en France : 16 € 9 782354 793531

1a_PourUneBonneGouvernanceDansLesEglises_Cv_29iii16.indd 1 30/03/2016 14:45


mep (1-208) - 4/4/2016 13:50

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Sous la direction de
Michel Bertrand, Samuel D. Johnson et Célestin G. Kiki

Pour une bonne


gouvernance
des Églises
mep (1-208) - 4/4/2016 13:50

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Ouvrage est produit à l’initiative de la Cevaa


(Communauté d’Eglises en mission)
CEVAA
13 rue Louis Perrier
F-34000 MONTPELLIER
www.cevaa.org

Coédition :
Editions Olivetan
BP4464
69241 LYON cedex 04
www.editions-olivetan.com

ISBN : 978-2-35479-353-1
Dépôt légal pour la France : avril 2016

Editions CLE
BP 1501 Avenue Foch
Yaoundé – Cameroun
www.editionscle.info

ISBN : 978-9956-0-9380-9
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Préface
Préface
Par le pasteur Thierry Muhlbach,
président de la Cevaa-Communauté d’Eglises en mission
...

Lors de la création de la Cevaa le 30 octobre 1971, les fondateurs


avaient une ferme volonté, celle d’annoncer la Bonne Nouvelle au-delà
de toute frontière, unis dans la foi en Jésus-Christ, le Sauveur et
Seigneur. Les Eglises fondatrices de la Communauté Cevaa étaient en
effet : « convaincues qu’au-delà des liens historiques créés entre elles
par l’activité de diverses sociétés missionnaires, le Seigneur les appelle
à s’engager dans des relations nouvelles1. »
Créées dans un contexte de libération (la décolonisation ayant fait
place aux Etats indépendants), les Eglises issues de la mission
s’affranchissent et se libèrent de la tutelle des sociétés missionnaires.
Les Eglises africaines et européennes doivent par conséquent redéfinir
leurs relations. C’est dans ce contexte que naît la Cevaa. Elle est la
concrétisation de l’utopie portée au niveau du mouvement œcumé-
nique. Elle incarne en effet un paradigme nouveau, porteur des
espérances de l’époque.
Trois mots d’ordre fondent la vision et la mission de la Cevaa :
– la mission de partout vers partout ;
– tout l’Evangile à tout l’Homme ;
– donner (rendre) la P/parole au peuple de Dieu.
Ces mots d’ordre sont portés par le slogan partager pour agir.
La Cevaa regroupe aujourd’hui 35 Eglises et unions d’Eglises
protestantes implantées en Afrique, en Amérique latine, en Europe
(France, Italie, Suisse), dans l’océan Indien et dans le Pacifique, soit
dans 24 pays.
En 2012, la 7e Assemblée générale (AG) à Torre Pellice (octobre
2012) a permis de faire le bilan des 40 ans de l’existence de la

1 Charte de la Cevaa adoptée à l’Assemblée générale de Porto-Novo (Bénin) en 2002.

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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Communauté. Cette Assemblée a été l'occasion de redéfinir le vivre


ensemble des Eglises membres, de partager sur les questions liées à
la bonne gouvernance et de déterminer leurs priorités par rapport aux
projets et aux actions apostoliques communes. Cette AG a permis
(entre autres) de reformuler le pacte communautaire et d'approfondir
ce qui unit les Eglises membres.
C’est dans cette optique que le Conseil exécutif de la Cevaa a
instruit le Secrétariat d’organiser des séminaires régionaux sur la
thématique « Eglise et gouvernance ». Le but poursuivi étant de :
– renforcer la gouvernance au sein de nos communautés ;
– travailler à des paroles de l’Eglise dans l’espace public ;
– acquérir des notions dans la gestion des conflits dans l’Eglise.
Je tiens d’emblée à rendre grâces et gloire au Seigneur, notre divin
Père, qui vient de permettre la réalisation de ce qui avait été retenu
comme un projet, et qui, de ce fait, s’inscrivait dans la lignée d’une
promesse, à savoir la tenue d’un séminaire-atelier sur la thématique
« Eglise et gouvernance » dans toutes les régions de la Communauté.
Les exposés, les ateliers et les autres contributions y afférents
nous ont révélés que les Eglises sont confrontées aux problèmes de
gouvernance, qu’elles ont des difficultés à porter la parole de l’Eglise
dans l’espace public, que les femmes dans certaines Eglises
n’occupent pas des positions de responsabilité, et que nos Eglises
ne sont pas à l’abri des conflits qui minent nos sociétés.
Au terme des différents séminaires, j’ose croire que les uns et les
autres ont acquis les différents ressorts requis pour permettre à nos
communautés d’être vraies, c’est-à-dire des communautés aptes à se
mirer dans le Christ Jésus. J’espère que les Eglises ont acquis des
outils éthiques faisant d’elles des repères sûrs dans les crises d’où
qu’elles viennent et quelles qu’elles soient. Il s’agit pour nos
communautés de cesser de s’afficher comme auteurs de scandales
du repli identitaire, de la division, de la mauvaise gouvernance, de
l’instrumentalisation politique, du non-respect des textes fondamen-
taux régissant leur fonctionnement, etc.

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Préface
J’adresse mes sincères remerciements à toutes les actrices et à
tous les acteurs des différents séminaires comme animateurs ou
animatrices, participantes ou participants, organisateurs ou organisa-
trices et aux différentes Eglises qui ont accueilli ces rencontres.
Je voudrais exprimer ma profonde reconnaissance à tous les
facilitateurs (Pasteur Robert Daga Goyeck, Pasteur Jean-Arnold de
Clermont, Pasteur Taraonui Maraea, Dr Comlan Prosper Deh, Jr. Prof.
Célestin Tagou, Prof. Frédéric Rognon, Prof. Michel Bertrand, Prof.
Benoit Girardin).
Un merci spécial à la pasteure Dr Fidèle Houssou-Gandonou pour
sa contribution relative aux questions soulevées lors des séminaires.
Le Conseil exécutif de la Cevaa a décidé que les résultats des
différents séminaires soient publiés. Cela a été rendu possible grâce à
une équipe mise en place à cet effet. Il s’agit du pasteur professeur
Michel Bertrand, ancien Doyen de la Faculté de théologie de
Montpellier, du pasteur Dr Samuel Désiré Johnson, Secrétaire exécutif
chargé du Pôle Animations de la Cevaa, et du pasteur Dr Célestin
Gbèliho Kiki, Secrétaire général de la Cevaa. Qu’ils trouvent ici
l’expression de ma reconnaissance et celle de toute la Communauté.
Je formule le vœu que cet ouvrage aide les Eglises à continuer à
travailler ces questions pour mieux faire face à leurs différents
engagements.
Pour terminer, méditons ensemble ces paroles de notre Seigneur
Jésus : « [Jésus] leur dit : Les rois des nations agissent avec elles en
seigneurs, et ceux qui dominent sur elles se font appeler bienfaiteurs.
Pour vous, rien de tel. Mais que le plus grand parmi vous prenne la
place du plus jeune, et celui qui commande la place de celui qui sert. »
(Luc 22.25-26 TOB)
T. M.

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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Présentation des Contributeurs


Michel BERTRAND est pasteur de l’Eglise protestante unie de France. Il a
exercé le ministère pastoral en paroisse, puis a assuré des
responsabilités régionales avant d’être président du Conseil national
de l’Eglise réformée de France (1992-2001). Il a ensuite été professeur
de théologie pratique à la Faculté de théologie de Montpellier, dont il a
été le doyen de 2009 à 2013. Il a notamment publié en 2011 L’Eglise
dans l’espace public, Ed. Labor et Fides/Olivétan.
Jean-Arnold de CLERMONT est pasteur à la retraite de l’Eglise
protestante unie de France, Ancien président de la Fédération
protestante de France et de la Conférence des Eglises Européen-
nes, et président en exercice du Service protestant de mission –
Défap. Président de l’Observatoire Pharos du pluralisme des
cultures et des religions. Vice-président de l’Association Sociale
Nationale Internationale Tzigane.
Comlan Prosper DEH est le Coordinateur du Projet d’Accompagne-
ment Œcuménique pour le Togo (PAOET), une structure mise sur
pied en juin 2011 par l’Eglise Evangélique Presbytérienne du Togo
(EEPT) et l’Eglise Méthodiste du Togo (EMT), avec l’appui des
partenaires œcuméniques dont la Cevaa, pour témoigner de leur
mission prophétique dans la société togolaise secouée par une
crise sociopolitique qui perdure.
M. Deh travaille pour l’Eglise depuis 1979, aussi bien au plan
national qu’international. De formation littéraire, il s’intéresse
beaucoup aux questions de gouvernance et de transformation des
conflits. Il a été publié sous sa direction “Introducing the African
Peer Review Mechanism to the Church and Civil Society. Streng-
thening the Prophetic Ministry of the Church in a Globalised
Environment” (AACC, Nairobi, 2006)
Benoit GIRARDIN (1943) est l'ancien Recteur du Protestant Institute
of Arts and Social Sciences au Rwanda et professeur d’éthique
politique à l’institut universitaire Geneva School of Diplomacy and
International Relations. Au bénéfice d’une longue expérience
internationale, il a en effet été responsable de la coopération

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Présentation des Contributeurs


suisse au Cameroun, au Pakistan et en Roumanie puis en charge
de l’évaluation et enfin ambassadeur de Suisse à Madagascar. Il
concentre sa réflexion actuelle sur des questions d’éthique en
politique et en relation à des évolutions sociales. Il a récemment
publié L’éthique : un défi pour la politique, Genève 2014 – suite à
une version initiale en anglais, publiée en 2012 - et divers articles
relatifs à la gestion de la violence, aux addictions, aux aspects du
genre et à la gestion de l’eau. Il est titulaire d’un doctorat en
théologie de l’Université de Genève, 1977.
Samuel Désiré JOHNSON est Secrétaire exécutif de la Cevaa-
Communauté d’Eglises en mission, chargé du Pôle Animations.
Docteur en théologie, chercheur associé à l’IPT/ Faculté de
théologie de Montpellier, il est aussi membre du Conseil
scientifique et chargé de cours à l’Institut Œcuménique de
Théologie Al Mowafaqa du Maroc.
Dernière publication : La formation d’une Eglise au Cameroun : Le
cas des communautés baptistes (1841-1949), Karthala, Paris 2012.
Célestin Gb. KIKI est pasteur de l’Eglise protestante méthodiste du
Bénin depuis 1986 et docteur en théologie, option Théologie
pratique. Il a exercé des responsabilités pastorales au sein de son
Eglise ; il a été enseignant de théologie et directeur des Services
académiques de l’Université protestante de l’Afrique de l’Ouest à
Porto-Novo au Bénin. Il a effectué des missions d’enseignement au
Cameroun, au Rwanda et au Togo. Il a été Secrétaire général
adjoint puis Secrétaire général de son Eglise. Il a travaillé sur le
leadership pastoral, les questions liées au VIH/Sida et la liturgique
protestante, la pastorale sociale, etc.
Depuis le 1er septembre 2009, il exerce les fonctions de Secrétaire
général de la Cevaa-Communauté d’Eglises en mission.
Taraonui MARAEA est le Président de l’Eglise Protestante Maohi et
ancien Président de la Cevaa-Communauté d’Eglises en mission.
Frédéric ROGNON est Professeur de philosophie à la Faculté de
théologie protestante de l'Université de Strasbourg (France)
Dernière publication : Gérer les conflits dans l'Eglise (Olivétan, 2014).

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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Introduction générale
Par le Révérend Dr. Célestin Gb. Kiki
Secrétaire général de la Cevaa
...

La Cevaa-Communauté d’Eglises en mission s’est donné pour


objectif « de permettre à ses membres d’assumer ensemble certaines
des responsabilités qui leur incombent pour remplir la mission que
Jésus-Christ leur assigne ». A cet effet, elle :
– mène une réflexion continue sur la signification de l’Evangile et sur
la mission de l’Eglise ;
– crée un espace d’ouverture et d’interpellations réciproques sur sa
manière d’être et d’agir en mission dans le contexte respectif de
chaque membre ;
– recherche une unité d’action fondée sur la justice, la recherche de
la paix et de la réconciliation, sur la dignité de la personne humaine
et la sauvegarde de la création. (cf. article 5 des Statuts).
Les dernières Assemblées générales de la Cevaa ont déterminé
des Actions communes que sont : la migration, le dialogue
interreligieux, l’accompagnement des personnes atteintes par le
VIH-Sida, la recherche de la paix. Les Eglises sont appelées à une
interdépendance pour mieux assurer leur mission de témoignage et
approfondir leur communion.
L’Assemblée générale de Torre Pellice en Italie en 2012 a fait le
bilan des quarante ans d’existence de la Cevaa. Elle a été l’occasion de
(re)définir le vivre ensemble des Eglises, de partager sur la bonne
gouvernance et de déterminer des priorités pour concentrer ses
projets et ses actions apostoliques communes.
L’Assemblée générale d’octobre 2014 à Saly au Sénégal a adopté
une nouvelle Action commune à savoir « Familles, Evangile et cultures
dans un monde en mutation » comme thème de réflexion, de partage
et d’action retenu pour les prochaines années dans l’ensemble des
Eglises de la Cevaa, compte tenu du fait que chacune est affectée

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Introduction générale
d’une manière ou d’une autre par les mutations que connaissent nos
sociétés.
Les décisions de l’Assemblée générale de Torre Pellice en Italie,
ainsi que toutes celles qui ont précédé depuis Sète en 2000, n’ont de
sens que si les Eglises se les approprient pleinement. C’est dans cette
optique que plusieurs séminaires sur le thème : « Eglises et
gouvernance » ont été organisés dans les différentes régions de la
Cevaa2.
– Ces différents séminaires ont pour objectifs de :
– renforcer les liens entre les Eglises de la région ;
– renforcer la gouvernance au sein des communautés ;
– travailler à des paroles de l’Eglise dans l’espace public ;
– acquérir des notions dans la gestion des conflits dans l’Eglise ;
– concevoir des animations bibliques et/ou théologiques sur les
différentes thématiques.

Les participants
Les participants à ces différents Séminaires sont les Présidents,
Modérateurs ou Secrétaires généraux et des femmes responsables du
mouvement des femmes au niveau national et d’autres responsables
pasteurs ou laïcs.

Les animateurs
Ces séminaires ont été animés par le Rév. Dr Célestin Gb. Kiki,
Secrétaire général de la Cevaa, le Rév. Dr Samuel Désiré Johnson,
Secrétaire exécutif chargé du Pôle Animations de la Cevaa, les

2 Les séminaires ont été organisés à Paris le 24 mai 2012 pour la région Europe, à
Porto-Novo au Bénin du 17 au 21 décembre 2012 pour les régions Afrique de l’Ouest/
Nord et Afrique centrale, à Tahiti en Polynésie du 11 au 15 novembre 2013 pour les
Eglises de la région Pacifique Amérique latine, à Calodyne sur Mer à l’île Maurice du 08
au 14 décembre 2014 pour la région Afrique australe et océan Indien et l’Evangelical
Presbyterian Church-Ghana. Il faut signaler que la Cevaa compte cinq régions : Europe,
Afrique de l’Ouest et du Nord, Afrique centrale, Afrique australe et océan Indien,
Pacifique et Amérique latine.

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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professeurs Benoît Girardin, Protestant Institut of Arts and Social


Sciences (PIASS) Rwanda, Frédéric Rognon, Faculté de théologie
protestante de Strasbourg, Célestin Tagou, Doyen de la Faculté des
Sciences sociales Paix et Développement de l’Université Protestante
d’Afrique Centrale (FSSPD-UPA) à Yaoundé au Cameroun, Michel
Bertrand, Institut protestant de théologie de Montpellier en France, le
pasteur Taaroanui Maraéa, Président de l’Eglise protestante Maohi,
Polynésie française, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président du
Défap-service protestant de mission, France, le pasteur Robert Goyek,
président de l'Eglise fraternelle luthérienne du Cameroun et président
du Conseil des Eglises protestantes au Cameroun, et Dr Prosper Deh,
Accompagnateur du Projet d’Accompagnement Œcuménique pour les
Eglises du Togo (PAOET).

Conclusion/recommandations
Au terme des différents séminaires, les participants après avoir
exprimé leur satisfaction, ont recommandé :
– le renforcement des liens entre les Eglises à travers les invitations
réciproques des responsables d’Eglises à leurs synodes respectifs ;
– l’appropriation et la restitution des enseignements reçus à travers
l’organisation des séminaires au niveau de chaque Eglise ;
– la mise en pratique des connaissances acquises pour la bonne
gouvernance et la résolution des conflits dans les Eglises ;
– la formation des principaux responsables et des cadres des Eglises
dans la gestion des conflits et la bonne gouvernance ;
– l’accompagnement de la Cevaa dans la résolution des conflits et
dans l’organisation des séminaires au niveau de chaque Eglise ;
– l’organisation de ces genres de séminaires pour les jeunes ;
– l’organisation d’une session de formation des principaux respon-
sables et des cadres des Eglises sur la gestion des conflits ;
– la publication des différents textes des séminaires organisés.
Le Conseil exécutif de la Cevaa, réuni à Rome en Italie du 20 au 26
avril 2015, a approuvé la publication des textes des séminaires

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Introduction générale
organisés sur la thématique « Eglise et gouvernance », de façon à
capitaliser tout ce qui a été partagé au cours de ces différents
séminaires.
Le présent ouvrage comporte 3 parties :
– la première partie est consacrés aux communications sur les
thématiques de la gouvernance, de la prise de parole de l’Eglise au
sein de l’espace public et de la gestion des conflits ;
– la deuxième partie rassemble des fiches bibliques sur les
thématiques abordées ;
– la troisième partie lance la réflexion autour de quelques questions
d’actualité.
Nous voudrions remercier les responsables des différentes Eglises
qui ont accueilli ces Séminaires (le Défap-service protestant de
mission, l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin, l’Eglise Protestante
Maohi, l’Eglise Presbytérienne de l’île Maurice). Qu’il nous soit permis
de remercier nos communicateurs qui ont su dégager le temps à des
périodes de fin d’année pour accompagner le Secrétariat de la Cevaa
dans ces Séminaires. Nous disons merci aux participantes et
participants qui ont bousculé leurs agendas pour prendre part aux
Séminaires.
Notre vœu le plus ardent est que ce document nous aide à être des
acteurs et des actrices de la bonne gouvernance au sein de nos
Eglises.

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P A R T I E

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Qu’est-ce que
la bonne
gouvernance ?
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1

Qu’est-ce que la bonne gouvernance ?


Introduction au thème
Par Samuel Désiré Johnson,
Secrétaire exécutif de la Cevaa
...

Ce premier chapitre rassemble les principaux exposés délivrés lors


des différents séminaires sur le thème : Eglise et gouvernance
organisés dans toutes les régions de la Cevaa. Ces exposés traitent
des thématiques de la gouvernance au sein des Eglises, de la prise de
parole de l’Eglise au sein de l’espace public et de la gestion et
prévention des conflits.
Jean-Arnold de Clermont parle du renforcement de la gouver-
nance au sein des Eglises de la Cevaa. Pour l’auteur, la notion de
démocratie ne fonctionne pas pleinement dans l’Eglise. L’auteur plaide
pour la « christocratie » qui est différente de la majorité représentative
dans le cadre général d’ « une personne / une voix ». Il s’agit selon lui
d’un système de gouvernance qui fait participer le plus grand nombre
à l’émergence d’une compréhension commune de la volonté de Dieu
pour notre monde, exprimée en Jésus-Christ. Il propose une prise de
décision par le consensus pratiqué par le Conseil Œcuménique des
Eglises. Pour lui, une bonne gouvernance dans les Eglises ne peut pas
faire l’économie de la transparence, de la lutte contre la corruption, de
la délégation du pouvoir et d’une bonne communication.
Taraonui Maraea partage l’expérience de la gouvernance au sein
de l’Eglise Protestante Maohi. L’auteur s’appuie sur des exemples
concrets de cas survenus dans son Eglise pour mettre en exergue les
dangers auxquels les responsables et les membres de l’Eglise sont
exposés en matière de gouvernance. Il soumet de ce fait à la lecture et
à la critique de l’observateur des situations dans lesquelles la
gouvernance de l’Eglise Protestante Maohi peut ou doit être
questionnée. Pour ce faire, il évoque plusieurs aspects (l’institutionnel,
la doctrine, l’ecclésiologie, la délégation de pouvoir ou le partage des
tâches). Pour l’auteur, l’Eglise Protestante Maohi reste malgré tout
une Eglise vivante, avec sa vision, ses faiblesses et son dynamisme
pour servir la société et témoigner de la parole libératrice selon sa foi
en Christ.

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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Benoît Girardin s’intéresse à la situation des Eglises face aux défis


politiques actuels. Dans son exposé, l’auteur essaye de prendre en
compte d’une part les évolutions récentes et les défis de la situation
politique mondiale qui s’imposent en ce début de 21e siècle, et d’autre
part, les réflexions de philosophie politique actuelles. Pour l’auteur, la
politique du 19e siècle et des siècles précédents est aujourd’hui
révolue. Plusieurs nouveaux défis ont vu le jour : la gouvernance
mondiale, le classement des Etats selon leur performance, la
prédominance de l’économie, les replis identitaires et autres
fondamentalisme, l’action de la société civile, les inégalités structu-
relles croissantes… Face à cette situation, les Eglises doivent assurer
les trois missions essentielles qui les caractérisent : la mission
prophétique, la mission sacerdotale et la mission diaconale, en
prenant en compte ces changements. Les Eglises doivent être
conscientes de ces changements si elles veulent jouer leur rôle
dans la société de manière efficace et efficiente.
Michel Bertrand aborde le sujet de la parole de l’Eglise dans
l’espace public. Pour l’auteur, les Eglises s’expriment dans l’espace
public de différentes manières : principalement à travers leur vie
communautaire (le culte) et par la diaconie qui exprime la crédibilité
de la Parole et son incarnation dans l’histoire au service des plus
pauvres. Les Eglises s’expriment aussi de manière plus discrète à
travers le témoignage personnel de ses membres. La problématique
centrale qu’il aborde concerne l’autorité et la légitimité de la parole
des autorités de l’Eglise dans l’espace public. Cette parole des Eglises
est cependant confrontée à plusieurs défis qui doivent être pris en
compte : le rapport au politique, la place de la laïcité, la manière de
communiquer, les relations entre les membres de la communauté
ecclésiale. Pour l’auteur, la parole publique des Eglises relève de la
prédication au sens large, avec l’autorité et la liberté qui lui sont
attachées. Cette parole ne saurait cependant être désarrimée du vécu
et de la foi de la communauté.
Comlan Prosper Deh expose la compréhension et l’analyse des
conflits dans l’Eglise. L’auteur ne limite cependant pas son propos à
l’Eglise ; il parle des conflits au niveau de la communauté ou de la
société entière. Car selon lui, même si elle occupe une place
particulière dans la société, l’Eglise est en proie aux conflits au même

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1

Qu’est-ce que la bonne gouvernance ?


titre que les autres éléments constitutifs de la communauté dans
laquelle elle est implantée. L’auteur fait dans un premier temps
quelques brèves considérations empiriques sur les conflits avant de
présenter les différentes théories explicatives du conflit dans un
deuxième temps et de proposer dans un troisième temps les outils
d’analyse du conflit. Il insiste, enfin, sur la nécessité de contextualiser
les différents outils proposés afin de les adapter aux déterminants
sociologiques et culturels de chaque Eglise.
Toujours sur le même sujet, Fréderic Rognon, propose une
approche beaucoup plus pratique de la gestion des conflits dans
l’Eglise. L’auteur introduit son propos en affirmant que, parler de
conflits dans l’Eglise, c’est reconnaître qu’ils y existent, ce qui est tout
à fait naturel, puisque les conflits sont inhérents à la société humaine.
Nier leur existence ou les refouler constitue une faute théologique, qui
consiste à confondre l’Eglise et le Royaume de Dieu. L’auteur propose
huit mesures curatives qui peuvent, selon lui, être présentées comme
une boîte à outils de techniques de gestion des conflits. Il s’agit, selon
lui, de quelques pistes d’une gestion évangélique et non violente des
conflits dans l’Eglise : la négociation directe, la négociation avec
représentants, la triangulation, le recadrage, l’arbitrage, la concilia-
tion, la médiation et la sanction. Ces pistes reposent, selon lui, sur les
principes de l’éthique paulinienne.
L’exploitation ou lecture judicieuse de ces textes va sans aucun
doute aider les Eglises à s’améliorer en matière de gouvernance, de
prise de parole dans l’espace public et de gestion de conflits en leur
sein.
Samuel Désiré Johnson

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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Renforcement de la gouvernance
au sein des Eglises de la Cevaa
Par Jean-Arnold de Clermont
Président du Service protestant de mission-Défap
...

Tout d’abord, faut-il le rappeler, la Cevaa est régulièrement


confrontée à de sérieux problèmes de gouvernance dans ses Eglises
membres. C’est probablement pourquoi elle a initié ce cycle de
séminaires. Il s’agit, ici, de responsables d’Eglises qui ne respectent pas
leur propre règlement, notamment lorsqu’il s’agit de leur réélection, il
s’agit, là, d’usage corrompu des ressources financières ou encore de
compromission avec les pouvoirs politiques mettant en cause l’annonce
de l’Evangile. Cela nuit non seulement à l’image des Eglises, mais tout
autant aux relations des Eglises membres entre elles.
Dire cela souligne l’importance de nos séminaires, mais au-delà, il
s’agit de tracer les lignes d’un code éthique, d’une déontologie
acceptée par toutes les Eglises et qui leur permettrait un
renouvellement de leurs relations et de leur travail en commun.
Peut-être faut-il encore ajouter un mot de préalable. Car s’il est
important d’avoir ces séminaires qui regroupent dans chacune des
régions de la Cevaa des représentants qualifiés de chacune des
Eglises, cet effort n’a et n’aura de sens que si la méthodologie
employée ici, avec exposés, partages et propositions, sur des aspects
variés de la gouvernance dans les Eglises, est reproduite dans les
régions, consistoires ou circuits, peu importe comment on les appelle,
des différentes Eglises.
Pour entrer dans le sujet qui m’a été proposé, celui du
renforcement de la gouvernance, il me faut dire à partir de quel
présupposé ecclésiologique je parle. En effet, je m’inscris dans le
système presbytéro-synodal3, c’est-à-dire dans un régime de

3 Le régime presbytérien synodal (ou presbytéro-synodal) est l’une des formes


d’organisation des Eglises protestantes, c’est la plus usitée au sein des Eglises
réformées. Ce système suppose une complémentarité des niveaux local et national, une
soumission mutuelle consentie. Le niveau local de gouvernement de l’Eglise est celui

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Qu’est-ce que la bonne gouvernance ?


gouvernance qui cherche à la fois une participation de tous les
membres de l’Eglise à son gouvernement (gouvernance de l’Eglise
locale), mais délègue à des instances supra locales (consistoires,
synodes) des responsabilités qui, soit ne peuvent être traitées au
niveau local (formation des ministres, péréquations financières,
médiations entre communautés…), soit relèvent du témoignage
commun (relations interconfessionnelles, parole publique et commu-
nication institutionnelle, doctrine…). C’est une compréhension de la
mission qui est ici en jeu, car il s’agit de dire que chaque membre de
l’Eglise est appelé à entrer dans la mission de Dieu, mais que cette
réponse peut et doit s’articuler au niveau national et même
international. On pourrait dire cela d’une autre manière : Dieu parle
tout autant à chaque individu qu’à la société constituée par ces
individus ! Chacun est appelé à écouter et recevoir la Parole que Dieu
lui adresse, mais chacun doit savoir que la parole qu’il reçoit n’est pas
le « tout » de la Parole de Dieu et qu’il a besoin de l’écoute des autres
pour s’en approcher, mais encore que cette parole est destinée à tous.
Deux remarques :
1. Même si mon approche est « presbytéro-synodale », je crois
pouvoir avancer que c’est fondamentalement le même regard qui
s’impose quant à la place de l’Eglise locale et au rôle des instances
nationales dans les autres modèles ecclésiologiques !
Même les Eglises dites « congrégationalistes » reconnaissent la
nécessité pour les Eglises locales de trouver les voies et moyens
pour « veiller les unes sur les autres et s’interpeller mutuelle-
ment » afin de « reconnaître ou discerner la pensée du Christ ».
« Une communauté locale ne peut se targuer à elle seule de
pouvoir trouver la pensée du Christ, indépendamment des autres,
notamment sur certaines questions délicates ; en revanche, elle
peut reconnaître la pensée du Christ dans la décision prise par une

des Anciens dit aussi Conseil presbytéral (du grec presbuteroi, les anciens,). Il est
directement responsable de la vie spirituelle et matérielle de la communauté, et,
généralement, nomme et révoque le(s) pasteur(s). Il participe aux frais communs définis
par les synodes. Le niveau du gouvernement de l’union est celui des synodes, composés
de pasteurs et de délégués des conseils presbytéraux. Il est généralement responsable
de l’expression de la foi de l’Eglise (Confession, liturgie…) et de son organisation
(Discipline, Constitution…), de la formation, du recrutement et du salaire des ministres,
des relations avec les Eglises étrangères, etc. Souvent les synodes délèguent une partie
de leur autorité à des instances permanentes (Conseils, commissions...).

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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communion d’Eglises, elle reçoit alors cette décision. Elle fait acte
de réception4. » Je note au passage que ce travail de réception des
décisions prises en Synode ou à des niveaux supranationaux, par
exemple des instances œcuméniques continentales ou mondiales,
est probablement une faiblesse commune à toutes nos Eglises.
Nous y déléguons des représentants de nos Eglises, mais ne
faisons pas toujours l’effort de répercuter et surtout de faciliter la
réception des orientations prises en commun.
2. Ma deuxième remarque est d’une tout autre nature. Il est
intéressant de voir l’émergence de la notion de « gouvernance » y
compris dans le vocabulaire ecclésiastique.
Ce mot provient de l’anglais, governance, gouvernement, venant du
latin gubernare, diriger un navire. La gouvernance désigne
l’ensemble des mesures, des règles, des organes de décision,
d’information et de surveillance qui permettent d’assurer le bon
fonctionnement et le contrôle d’un Etat, d’une institution ou d’une
organisation qu’elle soit publique ou privée, régionale, nationale ou
internationale. Selon l’International Governance Institute, la gou-
vernance a pour but de « fournir l’orientation stratégique, de
s’assurer que les objectifs sont atteints, que les risques sont gérés
comme il faut et que les ressources sont utilisées dans un esprit
responsable ». Elle veille en priorité au respect des intérêts des
« ayants droit » (citoyens, pouvoirs publics, partenaires, actionnai-
res...) et à faire en sorte que leurs voix soient entendues dans la
conduite des affaires. Initialement utilisé pour désigner la manière
dont un gouvernement exerce son autorité économique, politique
et administrative et gère les ressources d’un pays en vue de son
développement, le concept de « gouvernance » a ensuite été étendu
à la gestion des entreprises. Issue de la théorie micro-économique
et de la science administrative anglo-saxonne, la notion de « bonne
gouvernance » a été diffusée dans les années 1990 par la Banque
mondiale, comme la condition nécessaire des politiques
de développement. La bonne gouvernance repose sur quatre
principes fondamentaux : la responsabilité, la transparence, l’état
de droit, la participation.

4 NISUS, Alain, Autorité et gouvernement de l’Eglise : le congrégationalisme revisité, mai


2009, (article disponible sur Internet).

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Qu’est-ce que la bonne gouvernance ?


Dans un sens plus étroit, la gouvernance d’entreprise correspond à
l’articulation entre les actionnaires et la direction de la société,
c’est-à-dire plus particulièrement au fonctionnement du conseil
d’administration, directoire ou conseil de surveillance5. On pourra
se demander si le monde de l’entreprise n’a pas beaucoup à nous
apprendre quant au gouvernement de nos Eglises !
Venons-en maintenant aux quelques notions que je considère
comme essentielles pour assurer une « bonne gouvernance » dans
nos Eglises.

A. Démocratie participative
La notion de démocratie participative est très à la mode ; on
l’utilise de plus en plus dans le langage politique depuis qu’elle fait
partie de l’autodéfinition de l’Union Européenne. Une candidate à la
présidence de la République française en avait même fait son slogan
de campagne. En utilisant cette notion, je veux dire en quoi elle est
une notion stimulante qui pourrait s’appliquer à notre sujet de la
gouvernance des Eglises, mais aussi en dire ses limites. « La
démocratie participative est une forme de partage et d’exercice du
pouvoir, fondée sur le renforcement de la participation des citoyens à
la prise de décision politique6. » Elle suppose que les personnes, en
responsabilité politique, ont pour but d’être à l’écoute des opinions de
la grande majorité des citoyens et de permettre qu’elles s’expriment.
Fondamentalement cette compréhension de la « participation »
correspond tout à fait à ce que nous comprenons de la Parole de
Dieu qui s’adresse à tous ; par conséquent, tous, dans la mesure où ils
sont à l’écoute de cette Parole, sont porteurs de quelque chose qui
vient de Dieu et qui est destiné à tous, quelque chose du projet de Dieu
pour l’humanité. Si nous prenons au sérieux cette dimension de la
présence de Dieu au sein de notre Eglise, notre responsabilité
première de gouvernance sera de permettre que soit exprimée par
chacun la part qu’il a reçue de Dieu pour le bénéfice de tous.
Nous touchons là à une dimension extrêmement importante en
protestantisme : le sacerdoce universel des fidèles. La doctrine du

5 http://www.toupie.org/Dictionnaire/Gouvernance.htm
6 Wikipedia

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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sacerdoce universel des fidèles proclame : "nous sommes tous


prêtres, y compris les laïcs". Loin de supprimer le sacerdoce, elle
l’étend à l’ensemble des fidèles. Il ne définit pas un petit groupe de
clercs, il caractérise tous les chrétiens. « Chacun, par son baptême,
devient prêtre non seulement pour lui, mais pour tous les autres, dans
la mesure où il a à leur faire connaître Jésus-Christ et à témoigner
auprès d’eux de l’évangile. Dans cette perspective, la doctrine du
sacerdoce universel autorise également chaque fidèle à accomplir
tous les actes du culte (y compris la célébration des sacrements) et à
remplir toutes les fonctions ecclésiastiques. Il n’existe pas de
domaines réservés aux ministres7. »
Cela n’exclut nullement pas qu’à l’intérieur de ce sacerdoce
universel existent des « ministères spécialisés » de pasteur, de
docteur, de diacres, de président, de conseiller presbytéral… Mais
ces ministères ont vocation première à s’inscrire au sein du sacerdoce
universel des fidèles et pour permettre à celui-ci de s’organiser et de
se développer.
Disant cela, on voit que la notion de démocratie ne fonctionne pas
pleinement. Car nous sommes en fait en « christocratie », ou pour dire
la chose autrement, nous cherchons à faire émerger non pas une
majorité représentative dans le cadre général d’ « une personne / une
voix », mais nous cherchons à faire participer le plus grand nombre à
l’émergence d’une compréhension commune de la volonté de Dieu
pour notre monde, exprimée en Jésus Christ. Nous sommes ensemble
à la recherche de la vérité de Dieu sur notre monde.

B. Consensus, processus de décision


Ce qui a des conséquences déterminantes concernant les
processus de décision. En 2005, le Conseil œcuménique des Eglises
(COE) a totalement révisé son mode de gouvernance sous la pression
du monde orthodoxe. Celui-ci avait du mal à admettre qu’en régime
« parlementaire » il appartenait presque toujours, en cas de vote, à la
minorité « perdante ». Sur le modèle des Eglises d’Australie, de
Nouvelle-Zélande et d’autres aux Etats-Unis comme les Quakers, le

7 GOUNELLE, André, in : http://www.andregounelle.fr/vocabulaire-theologique/le-


sacerdoce-universel.php

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Qu’est-ce que la bonne gouvernance ?


COE a adopté le principe de décision par consensus. En fait, il s’agit
d’un processus assez compliqué qui consiste à ne prendre une
décision que lorsque le modérateur de l’Assemblée (quelle qu’elle
soit : Assemblée générale, Conseil exécutif, Commission…) estime que
celle-ci a atteint un niveau de consensus tel que, soit tout le monde
est d’accord, soit ceux qui sont en désaccord avec la proposition en
cours d’étude reconnaissent que le débat a été complet et équitable et
admettent que la recommandation finale respecte l’opinion générale
de la réunion. Ce processus d’accord par consensus ne concerne que
les orientations proposées au COE. Les décisions concernant les
élections, les finances, ou les règlements sont prises selon les règles
statutaires à la majorité simple ou qualifiée.
Si j’évoque ici le COE, c’est parce qu’il a formalisé ce qui, à mon
sens, doit être le mode de prise de décision dans toute Eglise, dès lors
qu’il s’agit d’une décision concernant les orientations et la doctrine.
Que signifie une décision prise à la majorité simple, à 53 contre 47 ?
Rien, sinon que l’on n’a pas su se parler, s’expliquer, s’écouter. Et si
cela a été fait et que l’on reste divisé, cela signifie que le temps n’est
pas venu pour cette décision ou qu’elle n’est pas formulée
correctement.

C. Transparence et corruption
J’aborde là, à mon avis, le sujet le plus sensible concernant la
gouvernance dans nos Eglises. Dès lors que l’objet de la gouvernance
dans les Eglises est de permettre prioritairement l’émergence d’une
parole commune à l’écoute de la parole de Dieu, et par conséquent
l’organisation même de cette expression commune, qu’il s’agisse du
culte, ou de l’engagement dans la société civile au nom de l’Evangile
pour rendre témoignage au Christ vivant. Dès lors que la gouvernance
a bien cet objectif missionnaire, elle doit répondre à des règles claires
afin que nul n’ait le sentiment d’être exclu de ce processus
missionnaire.
J’emploie le mot « transparence »pour recouvrir différents domai-
nes :
– Des règles claires sur le mode de désignation (ou d’élection) et les
mandats (leur durée, les conditions de leur renouvellement) des

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Pour une bonne gouvernance des Églises


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personnes en situation de responsabilité. J’ai indiqué que certains


dirigeants d’Eglises faisaient en sorte que les règlements
concernant leur réélection soient contournés (à l’instar d’un certain
nombre de chefs d’Etat). Cette pratique met en péril la
compréhension même de leur fonction qui est une fonction de
service et non de pouvoir ;
– Une information régulière sur les réflexions et décisions des
instances responsables ;
– Des processus clairs d’évaluation, sur la base de cahiers des
charges établis concernant les ministères des personnes en
situation de responsabilité.
J’emploie le mot « corruption » à dessein ; il semblera excessif,
mais, chacun sait que, même sous ses formes les plus furtives, la
corruption guette et détruit les ministères et la confiance dans les
Eglises. Il y a ce que j’appelle « l’auto-corruption », celle qui consiste à
puiser dans la caisse de l’Eglise, de l’Institution scolaire ou médicale…
Révélée, même minime, elle détruit la confiance. Il y a la « corruption
externe ». Celle qui consiste à accepter de recevoir des cadeaux (du
chef de l’Etat, par exemple) et de n’être plus libre ensuite pour parler,
critiquer ou prendre ses distances. Il y a la « corruption politique » qui
consiste à se laisser instrumentaliser par le politique ou à laisser le
politique instrumentaliser le religieux. Je mets dans la même
catégorie ce qui relève de l’ethnicité ou du nationalisme.

D. Pouvoir, autorité et délégation


Je ne reprends pas ici ce que j’ai dit plus haut et qui concerne les
fondements mêmes de la gouvernance, à savoir la mise en valeur et la
coordination des paroles, des opinions, du peuple de Dieu que l’on
sert. Il faudrait donc engager la réflexion sur la distinction entre le
pouvoir et l’autorité. Chacun sait que l’autorité se fonde sur la manière
dont elle est perçue comme étant au service de la communauté dont
on assure la gouvernance.
Je veux par contre insister ici sur l’importance du partage du
pouvoir ou pour dire les choses autrement sur l’importance de
déléguer autant que possible le pouvoir que les textes vous attribuent.
Je suis convaincu, en effet, qu’il est préférable pour la gouvernance de

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Qu’est-ce que la bonne gouvernance ?


nos institutions ecclésiastiques de partager le pouvoir. Outre la
décharge que cela représente pour celui ou celle qui sait déléguer,
c’est une image toute différente qui est donnée du mode de
gouvernance : une image pluraliste, une image détachée précisément
d’une volonté de tout contrôler et garder sous sa coupe. Déléguer
prend du temps, au départ, car il faut se mettre au diapason l’un avec
l’autre, mais dans le temps c’est totalement profitable. Ce n’est pas
une perte d’autorité, car déléguer ne veut pas dire abdiquer ses
responsabilités, mais c’est permettre que cette autorité ne s’exerce
que lorsqu’il est nécessaire de décider, de trancher. Décider de tout
amène de fait à ne décider de rien…

E. Communication
J’ai parlé de transparence, de délégation, de service de la
communauté… Je n’ajoute qu’une phrase pour conclure. Il n’y a de
gouvernance véritable qu’accompagnée d’une large communication.
La distance qui se manifeste, et même le rejet, à l’égard des autorités
de nos Eglises, des conseils et commissions, tient à mes yeux à
l’ignorance dans laquelle sont tenus les membres de nos Eglises
quant aux réflexions et aux processus de décisions qui s’exercent dans
nos bureaux, conseils et commissions. Les décisions tombent comme
émanant d’un pouvoir aveugle. En fait, il n’est pas aveugle, il est
aphone.
Communiquer, c’est accepter la transparence, c’est reconnaître
que l’on est sujet à la critique et non omnipotent, c’est manifester que
l’on est disponible au débat. L’ai-je assez dit : il n’y a pas de bonne
gouvernance sans une totale disponibilité à l’échange, à la critique, au
débat.
J-A de C.

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Ta b l e d e s m a t i è r e s
Table des matières

Préface par Thierry Muhlbach ........................................................................... 5


Présentation des contributeurs ........................................................................ 8
Introduction générale par Célestin G. Kiki ............................................... 10

Première partie : Qu’est-ce qu’une bonne gouvernance ? ................. 15


Introduction au thème
par Samuel D. Johnson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 17
Renforcement de la gouvernance au sein des Eglises de la Cevaa
par Jean-Arnold de Clermont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
La gouvernance dans l’Eglise protestante maohi
par Taraonui Maraea . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 28
Les Eglises face aux défis politiques aujourd’hui
par Benoît Girardin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
La parole de l’Eglise dans l’espace public
par Michel Bertrand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
Compréhension et analyse des conflits dans l’Eglise
par Comlan P. Deh . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 75
La gestion des conflits dans l’Eglise
par Frédéric Rognon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
Synthèse des questions soulevées et recommandations des Eglises . . . . . 93
Conclusion : L’autorité dans les Eglises de la Réforme
par Michel Bertrand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 97

Deuxième partie : Que dit la Bible sur les questions


de gouvernance ? ............................................................................................... 103
Introduction à la partie biblique
par Samuel D. Johnson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
Apprendre à déléguer : Exode 18.1-27
par Samuel D. Johnson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
Les Eglises dans l’espace public : Actes 16.6-40
par Michel Bertrand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
Les conflits dans l’Eglise : Jn 8.1-11 ; Matt 18.15-17 ; Act 5 et 6
par Frédéric Rognon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 120

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Pour une bonne gouvernance des Églises

Troisième partie : Les Eglises face aux défis d’aujourd’hui ............ 131
Introduction au thème
par Samuel D. Johnson . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 133
Le leadership dans l’Eglise en Afrique aujourd’hui
par Célestin G. Kiki . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 136
La place du ministère pastoral, son autorité spécifique
par Michel Bertrand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 151
Autorité, pouvoir et gouvernance dans les Eglises :
entre vulnérabilité et communion
par Benoît Girardin . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
Le rôle et la place de la femme dans l’Eglise.
Cas de l’Eglise Protestante Méthodiste du Bénin
par Fidèle Houssou-Gandonou . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 180
Conclusion : Divers visages de l’autorité
par Michel Bertrand . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195

Conclusion générale de l’ouvrage


par Samuel D. Johnson et Michel Bertrand .............................................. 201
Table des matières ........................................................................................... 205

206

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