CM-Histoire du droit et des institutions :
Introduction :
Le concept de “France” n’apparaît qu'au début du 13ème siècle.
Séance 1 : l’héritage institutionnel antique :
L’Antiquité débute lorsque l’on a inventé l’écriture (signe la fin de la
préhistoire) (3300 avant JC). Les 1ers écrits sont présents pour le point de vue
fiscal au début. C’est au moyen orient que se mettent en place les 1eres
civilisations (Mésopotamie et Egypte).
Section 1 : Les monarchies orientales :
La Mésopotamie correspond aujourd’hui à l'Irak, la Palestine, etc. C’est ici que
vont se produire la plupart des grandes évolutions, comme l’invention de
l’agriculture. On mange, mieux, on s’installe et on construit des maisons. C’est à
partir de là que naissent les 1eres villes et les premières civilisations. La civilisation
devient sédentaire. Les religions, règles juridiques, etc.… se développent et se
précisent. Vers 3000 avant notre ère l’écriture est mise au point.
Il y a 2 sociétés qui nous intéresserons : Mésopotamie et la Palestine (peuple
hébreux). Les hébreux développent une religion monothéiste de laquelle découle
alors une organisation politique. Cette organisation politique a eu un rôle important
lors de la construction des institutions françaises.
I - Le fondement divin du pouvoir :
- Le roi mésopotamien est un relai entre la divinité et le peuple : il gouverne
selon les “indications” du ou des dieux.
- Le roi hébreu est sacré : il bénéficie d’une cérémonie qui sera reprise en
France par exemple : LE SACRE. On marque le fait qu’il a été choisi par dieu
pour diriger. Le roi étant sacré traduit le fait qu’il a été choisi par dieu pour
gouverner les hommes. Le roi a un pouvoir plus important car dieux l’a choisi.
II - Le partage du pouvoir :
On remarque que le roi n’est plus seul à diriger, ce ne sont que des Hommes :
- Assemblée des notables ou des anciens : les notables sont les gens
“connus” et les anciens sont le car considérez plus sages
- Assemblée des guerriers ou des hommes de la cité : des personnes plus
jeunes.
Cela permet au roi d’avoir plusieurs points de vue : un point de vue comme
le sien mais pouvant différer, avec les jeunes, et celui différent, avec les plus
anciens, car ayant plus d’expérience. Aujourd’hui il y a encore 2 assemblées : le
sénat venant du latin : sénex signifiant “vieillard” et l’assemblée des députés étant
plus au contact du peuple.
III- Etat et administration territoriale :
Les empires se mettent en place car les cités cherchent à s’agrandir en
“attaquant” les autres cités.
L’empire assyrien s’étend énormément. Ils ont été de grands conquérants, ils
cherchent à piller et à construire mais pas à construire un état. Ils continuent à
gouverner depuis une même capitale. Il n’y a pas de volonté de construire une
civilisation/ un gouvernement. Ils démarrent leur conquête en 920 et s'arrêtent en
612 à cause d'une défaite. Ils ont perdu car ils n’avaient pas de gouvernement.
L’empire perse correspond au sud de l'Iran actuel. Ils débutent la construction
de l’empire en 500. Les perses partent dans différentes directions pour construire un
empire immense. Cet empire se battit sur la conquête militaire mais donne lieu à un
système administratif. Rois : Cyrus, Darius. Les perses découpent leur empire en
territoires dirigés par des satrapes car le roi ne peut gouverner depuis sa capitale.
Cela fonctionne, mais un système d’inspection est mis en place pour vérifier que le
gouvernement des satrapes soit dans l’idée du roi. Ils essayent de construire un
état. Le commerce est le langage universel par excellence : construction de routes.
La monnaie aussi devient universelle. La tolérance est aussi une caractéristique :
ils tolèrent la différence et ne cherchent pas à imposer leurs religions, coutumes
etc. Cyrus est alors considéré comme un lointain père des droits de l’homme :
il avait mis en place une loi autorisant des autres religions. Il a aussi permis aux juifs
de retourner à Jérusalem et de suivre leur dieu unique. L’empire perse ne durera
pas longtemps, car battu par Alexandre Legrand, un Grec. Il conservera le
système politique et administratif. Ce que l’on appelle aujourd’hui l'Iran est la
perse ancienne.
Section 2 : La Grèce des cités :
La Grèce antique correspond à la Grèce moderne, mais elle est plus grande
(la vieille). Elle ne forme pas un état. Chaque cité est indépendante. Ceux vivant
dans ces cités ont sensiblement la même religion, la même langue, les mêmes
coutumes. La Grèce va être révolutionnaire car tous les autres systèmes politique
sont établis sur le même schéma (un roi ayant tous les droits), un schéma
d’obéissance. La Grèce fonde son système politique sur la liberté. Chaque cité
grecque forme une communauté. Chaque communauté jouie de l’indé
économique : l’autarcie. Elles se donnent leurs propres règles, normes, etc. : c’est
l’autonomie (auto/nomos). Dans la cité grecque, le pouvoir appartient à la
communauté, c’est la communauté qui choisit comment elle sera organisée. Il y a 3
formes d’organisation en général :
- L’aristocratie (aristos : le meilleur/cratos : l’autorité) c’est le gouvernement
des meilleurs (1 groupe de personnes qui sont les meilleurs (riches, les
anciens, etc.))
- La tyrannie (le gouvernement d’un seul) celui qui gouverne est seul : c’est
celui que l’on nomme le tyran il ‘n'est pas nécessairement mauvais
- La démocratie (démos : le peuple) c’est le pouvoir du peuple, le pouvoir est
détenu par les hommes, par les citoyens (pas de femmes, pas d’esclaves,
pas d’étranger (métèques)) A Athènes il y a 500 000 habitants, il n’y a que 30
000 citoyens ayant le droit de vote. Ils forment une assemblée : une ecclésia.
Elle détient un pouvoir considérable, celui de faire la loi, de voter les lois
A Athènes : c’est une démocratie : la loi est l’expression de la volonté, ils sont
donc restreints par leur volonté : ils font ce qu’ils veulent et sont libres.
Section 3 : Rome :
Rome est une cité qui a une place géographique intéressante. Il y a peu de
plaines, et les montées des eaux sont grandes, Rome est placée à un endroit où l’on
peut traverser le Tibre et sur une plaine. Rome est un lieu de passage, un lieu ouvert
sur l’extérieur, un carrefour. La ville de Rome grossit très rapidement, n’importe
qui peut s’installer à Rome, ce qui fait que la ville grossit et il faut alors des terres
et donc conquérir les autres cités. Après avoir battu cartage Rome devient la
“maitresse” de la méditerranée.
I – La république (res publica) :
“Senatus PopulusQue Romanus” (SPQR)
C’est littéralement la chose publique : l’état. Or aujourd’hui c’est un
fonctionnement de l’état étant en opposition avec la monarchie. Avant la république
c’est ce que l’on mettait dans l’enveloppe et aujourd’hui la république est l’enveloppe
elle-même. Ce système républicain à exister durant 500 ans. Cette république est
organisée sur un principe étant dans la devise romaine : “le sénat est le peuple”.
Le Sénat est une assemblée constituée d’une centaine de personnes, ce sont les
représentants de grandes familles romaines. C’est l’aristocratie qui constitue le
Sénat dans sa globalité. L’Auctoritas est la capacité de faire grandir, de donner
plus de pouvoir ou d’autorité aux magistrats. Ils sont beaucoup, les plus importants
sont les consuls, ils sont 2 et ils sont renouvelés tous les ans. Ils ont des
subalternes : les préteurs : des magistrats judiciaires. Les pouvoir des consuls, des
préteurs sont : l’imperium (pouvoir de commander, d’ordonner) ; la potestas (le
pouvoir de contrainte, de sanction si non obéissance). Les consuls possèdent
les 2 pouvoirs et certains magistrats ne possèdent que la potestas. Il y a aussi les
Comices (assemblée du peuple). Ces assemblées peuvent voter les lois
proposées par les consuls. Ils élisent aussi les magistrats. On a alors ce que les
historiens appellent une constitution mixte, car il y a les 3 formes de
gouvernement que l’on retrouve chez les Grecs (démocratie (comices),
aristocratie (le Sénat en globalité), tyrannie (les 2 consuls)) Les comices ne votent
que si le Sénat n’est pas d’accord. C’est une Oligarchie : le gouvernement par un
petit nombre (ici familles romaines). Une période de guerre civile s’installe à la
suite de l’agrandissement de la civilisation (riche s’enrichissent et pauvres
s’appauvrissent)
II – L'empire :
A-:
Octave/Auguste est le 1er Empereur, mais il le devient sans jamais dire
qu’il est empereur. Le 16 janvier 27, Octave rend tous ses pouvoirs au Sénat et en
échange, le Sénat donne l’autoritas a Octave. Il change de nom et devient Auguste
(celui qui fait grandir). Il devient le sauveur de la république. Il devient le 1er des
romains (princeps populi) (le premier du peuple). Dans les faits, c’est le 1er
Empereur romain. Il ouvre le principat (1ere période de l’empire romain durant
laquelle les institutions républicaines restent mais se vident de tous pouvoirs, il n’y a
plus que la forme républicaine mais 1 seul homme à gouverner). Cela va durer de
30/50 à 200. Ce système s’écroulera car le principe de succession est flou, on
ne sait jamais qui succèdera à l’empereur. À la suite de cela une guerre civile
s’installe jusqu’en 280. L’Empereur sort de la plus puissant, il devient le Dominus.
On ne parle plus de principat mais de dominat. Celui qui rétabli l’empire est
Dioclétien principalement.
B – L'administration romaine :
Rome contrôle tout le bassin méditerranéen et structure ce territoire.
Dans chaque province, une administration apparaît. La gaule par ex est divisée
en 4 : La province Narbonnaise, La province Aquitaine, La province Lyonnaise et La
province Belgique (plus grande que l’actuelle Belgique). L’empire est divisé en
province et les provinces sont divisées en cités (civitas). Chaque cité est une
copie (en plus petit) de Rome. Dans chaque cité on retrouve les curie équivalent de
Sénat, les duumviri équivalent de consuls, le pagus équ ivalent de comices. Ils
dirigent la colonie (territoire ou la cité exerce son pouvoir). On essaye de faire
ressembler chaque cité à Rome, par exemple à Nîmes : les arènes, à Rome : le
colisée. Ce phénomène s’appelle la déconcentration. Il y a également un élément
de décentralisation (autorités locales obéissant aux autorités au-dessus).
CARACALLA met en place un édit (loi) donnant la citoyenneté romaine à
l’ensemble de l’Empire.
Section 4 : Le christianisme des origines :
I – Religion et politique : la révolution christique :
A Rome, tout comme en Grèce, la religion a une place prépondérante dans
la politique. Les ogurants lisent la volonté des dieux par exemple. D’un côté il y a
l'empire dirigé par l'empereur et de l’autre il y a la cité dirigée par dieu. “rendez à
césar ce qui est à césar”. Cela met alors en péril la plupart des systèmes politiqu es.
CONSTANTIN décide d’autoriser la religion chrétienne, il se fera même baptiser
à la fin de de sa vie. Le christianisme deviendra même la religion d'état de l'Empire
romain.
II – Religion et Etat : le christianisme et l’Empire :
Le christianisme va se développer dans l’empire romain. L’organisation de
l’Eglise prend exemple sur l’organisation politique romaine : Les Evêques sont
dirigés par Des Evêchés (évêques métropolitains/ des provinces) et le pape.
L’empire romain évolue. L’empire romain d’occident disparait aux alentours de 413
(plus d’empereur) tandis que l’empire oriental dure jusqu’à la fin du moyen Age.
Dans la partie orientale, les empereurs cumulent les pouvoirs politiquent et
religieux : c’est la théocratie. Du côté occidental, le pape considère qu’il n’a pas
d’ordre à recevoir du roi/de l’empereur. Le pape Gélase envoie une lettre et dis
“L’auctoritas consacrée des pontifes et la potestas des rois”. Les évêques ont alors
un pouvoir plus important que les rois d'après lui : les rois devraient écouter les
évêques. En occident les rois sont choisis par le clergé.
Séance 2 : L’héritage juridique antique :
Section 1 : la définition de la justice :
I- Israël :
La justice tient une place centrale, elle est considérée comme la première
des fonctions royales. Ce rôle justicier du roi, va rester très présent dans l’histoire
des institutions et l’histoire politique par la suite. Pendant tout le Moyen -Age, en
France, le roi va garder cette fonction de justice, sa fonction première est de
rendre la justice, et ce jusqu’au 13èmé siècle / Début 14ème siècle.
De plus, il y a le principe de la personnalisation de la peine. Quand on
commet une faute, celui qui l’a commis, doit assumer la peine. Pendant très
longtemps c’est souvent la famille qui devait payer la peine pour le membre de
celle-ci.
Aussi, il y a la Loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent ». On doit faire
payer au fautif le même prix que ce qu’il a infligé à la victime (ex : s’il a coupé un
bras, on lui coupe le bras). Une forme de vengeance. La justice vient réparer un
déséquilibre. Pour rétablir l‘équilibre, soit on inflige une peine au fautif, soit on
applique au fautif ce qu’il a imposé à la victime. Puis, le système de la
compensation pécuniaire (peine racheter en argent, dédommagement). L’Israël
antique, et est resté, sur la loi du talion.
II. Les philosophes grecs :
Deux conceptions de la justice :
- Justice commutative : Pour PLATON (428-348 av. JC), la justice doit
assurer l’égalité parfaite entre les individus. Egalité arithmétique : chacun
doit avoir la même chose.
Aristote est le plus célèbre élève de Platon et Aristote est quasi
systématiquement en désaccord avec Platon.
- Justice distributive : Pour ARISTOTE (384-322 av. JC), une conception
basée sur une logique équitable, proportionnelle à la situation sociale, à
l’âge, etc. Un système qui se veut plus équitable, qu’égale, c’est-à-dire qu’on
va donner à chacun, ce qu’il mérite (ex : peine plus sévère pour celui qui est
haut placé dans la société plutôt qu’un esclave car celui qui a une position
élevée, il est censé être exemplaire dans la société).
Autant Platon s’intéresse au méfait lui-même, autant Aristote s’intéresse à
l’auteur du méfait, il va souhaiter que la peine varie en fonction de l’auteur, en
partant du principe que le méfait est toujours le même.
Nous avons donc deux conceptions qui vont influencer le système juridique /
politique, bien après ces deux philosophes.
Pendant tout l’ancien régime, jusqu’ la révolution française, la société est
profondément inégalitaire. Depuis la révolution, on est dans un système qui
ressemble plus à Platon.
III. Les juristes romains :
ULPIEN (170-228) est un très haut personnage de l’état, c’était un conseillé
des empereurs. C’est un juriste de droit romain, le plus important. Sa définition de
la justice : « la justice est une volonté constante et perpétuelle qui attribue à chacun
son dû ». Il fait ici une synthèse des conceptions de Platon et d’Aristote. En
effet, pour Platon la justice est avant tout une vertu (un idéaliste attaché à une seule
Justice). Ulpien le traduit comme une volonté constante et perpétuelle, c’est une
vertu. La deuxième partie de sa phrase est de la justice distributive (là, définition
d’Aristote).
C’est ce qui va définir la justice pendant des siècles. Encore au 17ème,
18ème siècle, on a des juristes en France qui reprenne la définition d’Ulpien.
IV. L’influence du christianisme :
Parmi les penseurs/auteurs qui ont eu une influence déterminante dans les
premiers temps du christianisme, il y a Saint Paul qui est un romain, persécuteur de
chrétiens et qui a finalement eu une apparition de Jésus qui lui a demandé de se
convertir. A partir de sa conversion, il est devenu un personnage central dans la
diffusion de cette jeune religion. Il est donc extrêmement important dans la
doctrine chrétienne. Parce que dans les évangiles, il n’y a rien de juridique. Sur la
question de la justice, Saint Paul nous dit que les femmes et les hommes sont
égaux devant Dieu. Il ajoute que nous devons accepter sa situation sur terre et sur
terre nous ne sommes pas égaux. Saint Paul a bien compris le potentiel
révolutionnaire qu’il y a dans le message de Jésus. Pour éviter que ce jeune
christianisme soit quelque chose de révolutionnaire (révolte des esclaves), il préfère
temporiser et invite chacun à rester à sa place en considérant, que la liberté est
libre à chacun.
C’est l’influence d’un courant philosophique qui était dominant à Rome à cette
époque qui est le courant stoïcien : considère que la liberté est intérieure à
chacun. D’un côté nous sommes tous égaux devant dieu et d’un autre côté on doit
respecter l’ordre établit qui fait que nous ne sommes pas égaux dans la société
(niveau religieux et niveau politique).
Section 2 : Les sources du droit :
I. Les monarchies orientales :
Il y a, toujours, dans quelques systèmes juridiques qu’ils soient, de la
coutume. La coutume est très importante dans les sociétés où l’on n'écrit pas, elle
est souvent orale et elle est également très importante que l’état sera faible. Plus
un état est faible, plus la coutume est importante. Aujourd’hui le droit écrit (la loi)
est la source du droit politique et la coutume est très faible. Si on remonte dans le
temps, dans les monarchies orientales, la coutume est la source première (surtout
orale, qu’un peu par écrit).
A côté de la coutume, les monarchies de Mésopotamie, ont mis par écrit une
partie de leur droit. Le droit qui a été retrouvé de cette époque, on les appelle
aujourd’hui des codes. Le plus vieux des codes est le code d’Hammourabi (1700
av. JC) (c’est une représentation du roi Hammourabi, babylonien) où sont gravées
un ensemble de règles. Règles basiques qui sont là pour régler les problèmes de la
vie quotidienne (ex : « Si quelqu’un a accusé quelqu’un (d’autre) et lui a imputé un
entre les romains et les étrangers). C’est ce que les romains appellent, le droit des
gens, qui sont des règles que les romains vont tirer de l’observation des étrangers.
Ils vont constater qu’au-delà des différences juridiques qui peuvent exister entre
Rome et les peuples barbares, il y a quand même des règles qui transcendes les
différences ethniques ou nationales. Il y a des règles qui reste vraies quelles
que soit les personnes (pas nombreuses mais quelque unes). Ex : respecter la
parole donnée.
Ce droit des gens va être considéré comme la base de notre droit
international actuel.
Ici, nous avons, ce que les théoriciens du droit, pendant le Moyen -âge,
appellerons le droit naturel (des règles communes à tous les hommes).
Le droit civil, plusieurs sources :
- La loi (lex), voté dès l’assemblées du peuple et reçoit l’auctoritas du Sénat
(la loi c’est la source première du droit romain)
- L’édit du préteur. Il est lié au problème de la justice. Le système juridique
romain est un système complexe. A l’époque républicaines, les juges sont
de simples citoyens qui respectent la loi écrite. Il y avait peu de loi donc
ils se sont vite retrouvés coincés et c’est là que le préteur va intervenir. C’est
le système des actions de la loi. Son travail est de créer une action c’est-à-
dire un moyen d’agir en justice. Une action est une formule qu’il faut
respecter mot à mot que l’on va présenter au juge et le juge va ensuite
pouvoir appliquer une décision. Le prêteur va compléter la loi, il ajoute une
nouvelle action qui va permet du juge. Chaque préteur avait un mandat d’un
an et très vite, ils se sont dit qu’il fallait mettre ces actions par écrit. Ce livre
s’appelle « l’édit du préteur ».
- La jurisprudentia (la sagesse en droit) / la jurisprudence (attention pas la
même jurisprudence que nous maintenant, elle est la doctrine romaine),
c’est ce qu’on appellerait aujourd’hui la doctrine, c’est-à-dire la réflexion des
savants en droit (professeur, juristes consuls, etc.). Cette jurisprudence va
inspirer les consuls et les préteurs (source indirecte mais très importante).
B. Le droit impérial :
Petit rappel, l’empire débute en 27 av. JC et chute en 476 (empire romain
d’occident).
Pendant l’empire, nous constatons que dans les premiers temps de l’empire,
nous allons retrouver toutes les sources (l’édit du préteur, loi, la jurisprudentia). Nous
allons voir ces sources décliner assez rapidement. Plus on va avancer dans le
temps, moins nous allons voter de loi. Nous allons arrêter de voter des lois au
premier siècle de notre ère. Cela ne veut pas dire que celles-ci disparaissent, mais
nous n’en votons plus de nouvelles (aux alentours de 100). Sous l’empereur
Hadrien (76-117(début du règne) -138), l’édit du préteur va être fixer, il ne va plus
évoluer, c’est ce qu’on appelle l’édit perpétuel. Les préteurs ne peuvent plus créer
de nouvelles actions.
Pour la jurisprudence, l’empereur Hadrien va chercher à contrôler les
jurisprudents (professeurs, avocats…). L’empereur supporte mal la contestation et il
donne un certificat à des juristes présentés comme les meilleurs (ex : Gaius, Ulpien).
Ils sont choisis par lui, les autres préteurs n’écrivent plus de loi et cela va permet
à l’empereur de les contrôler (ils sont « labellisés »). Plus le temps va passer, plus
l’empereur va incorporer ces juristes dans son administration. Ce ne sera plus des
gens qui ont une profession libérale, mais des gens qui vont faire la justice pour
l’empereur. Donc il n’y a plus vraiment de jurisprudence.
Il y a une autre règle qui va durer un peu plus, le Sénatus-consulte, qui est,
d’une certaine manière, l’opinion du Sénat. A l’époque impériale, l’empereur
s’appuie plutôt sur eux, plutôt que sur la loi et sur d’autres sources. Le Sénatus-
consulte ce sont des règles élaborées par le Sénat mais qui suivent la volonté de
l’empereur (semblant de soutien populaire). Il est utilisé durant les trois premiers
siècles de l’empereur pour faire passer des règles qui viennent de celui -ci.
C’est un nom qui va revenir dans l’histoire de France, dans les années
1800, lorsque Napoléon Bonaparte se retrouve au pouvoir, il fait voter par une
assemblée qui s’appelle le sénat, des Sénatus-consulte (des modifications de la
constitution et il s’abrite derrière puisque c’est eux qui ont “prit la décision”). Dans
cette logique, c’est le discours de l’empereur qui va donner lieu au Sénatus-
consulte (“Oratio principis” c’est-à-dire la prière du prince donc l’empereur “prie” les
Sénatus-consulte).
Plus important, la lex de imperio (la loi au sujet de l’empire). C’est une
espèce d’investiture donné par le peuple romain et donne à l’empereur son
pouvoir impérial, son pouvoir de créer du droit. Une investiture populaire. Nous
trouvons trace de cela dans les années 100 et ce, pendant deux siècles.
Sur la base de la lex de imperio va s’élaborer une idée (par le juriste
ULPIEN), qui est : “quod principi placuit legis habet vigorem” (ce qui plaît au prince à
force de loi). En gros ce que veut le prince, c’est la loi. La conséquence de la lex
de imperio c’est que la loi est l’expression de la volonté du prince, il peut créer
du droit.
En effet, la période suivante va le confirmer avec ce qu’on a appelé, les
constitutions impériales (règles éditées par l’empereur).
Constitutions impériales (attention pas de contre sens entre la constitution
d’aujourd’hui) de quatre types :
De la forme latine cum (ensemble) et statuo (fixer) c’est quelque chose qui est
là pour durer.
- Edictum / l’Edit c’est la règle générale (ce qui ressemble le plus à une loi).
- Mandatum / le Mandat, est une instruction administrative (aujourd’hui une
circulaire) donné par l’empereur à ses administrateurs.
- Rescriptum (réécrit) / le Rescrit, est une question posée à l’empereur (par
un administrateur) et son administration va répondre en écrivant directement
à la suite de la question. Donc nous réécrivons sur le même papier.
- Decretum / le Décret, est une décision de justice, parce que le système
judiciaire romain connaît un dispositif qui est le système de l’appel, qui rejuge
les affaires de première instance (cour d’appel aujourd’hui). L’empereur rend
donc des décisions de justice qui sont des décrets.
Lorsqu’il y a des cas similaires, les rescrits et les décrets sont réutilisés (ils
correspondent à la jurisprudence actuelle).
Ce pouvoir normatif souverain de l’empereur lui permet de faire ce qu’il veut.
Cette justice, avec le préteur etc., est la procédure ordinaire, les romains,
l’appel, l’ordonnance.
Avec l’empire, l’empereur va créer une nouvelle procédure que l’on appelle
l’extraordinaire. C’est un système où le juge n’est plus un citoyen qui attend que
l’on lui amène des preuves, aux parties d’apporter les éléments de preuve, il est
maintenant celui qui rendre la justice mais aussi celui qui va chercher des
preuves, d’interroger des témoins, qui va conduire le procès (juge professionnel,
fonctionnaire).
Avec ces deux systèmes de procédure nous avons les racines des deux
systèmes de procédure qui existent en droit français.
- La procédure accusatoire (procédure civil), ce sont les parties qui vont
saisir le juge, apporter les preuves, conduire le procès.
- La procédure inquisitoire (procédure pénale), c’est le juge qui conduit le
procès, même sans plainte, il peut se saisir lui-même, il va convoquer des
témoins et sur cette base-là, il rendra la justice. Celle-ci est l’héritière de la
procédure extraordinaire romaine.
A la fin de l’empire, nous voyons petit à petit, pour des raisons de déclin
politique, le dynamise impérial se réduire. Puis un peu perdu face à la masse de
texte qu’on a qui sont parfois contradictoires ou mal rangés, on va essayer de
rationaliser tout cela. Cette rationalisation va prendre la forme de compilation,
essayer de rassembler les constitutions impériales dans un volume unique qui
permet de retrouver plus facilement ces constitutions impériales. On va nous
seulement les rassembler mais aussi les organiser dans des compilations.
La plus ancienne de ces compilations : l’empereur Théodose II (empereur
d’orient, 401-408-450) va ordonner la rédaction d’une compilation officielle. C’est le
code théodosien qui s’appelle Codex. Le codex est une nouvelle manière
d’organiser le document, plus de rouleaux mais constitution de cahier et avec celui -
ci, naît le livre. Le livre est créer pour le droit, pour contenir les règles juridiques,
d’où les Codes d’aujourd’hui.
Ce code va être diffusé un peu partout dans l’empire et plus nous allons
avancer dans le temps, plus cela va devenir complexe à cause du déclin de l’empire,
les universités fermes, donc nous allons en faire un résumer : Bréviaire (bref).
L’empereur Justinien (483-527-565) est un grand conquérant qui essaie de
reconquérir la partie occidentale de l’empire mais surtout, il se veut, d’une certaine
manière, le restaurateur de la grandeur de Rome. Il a voulu rassembler, dans un
certain nombre de livre, tout le droit romain. Il va confier la tâche à une commission
de juristes qui vont travailler durant quelques années. Ce travail va déboucher sur le
corpus Juris Civilis (les compilations Justinien) qui est un document fondamental
pour la société moderne puisqu’il contient tout le droit romain que l’on connaît
aujourd’hui et le droit romain est la base de tous les droits du monde.
Il est composé de quatre parties :
- Les institutes : un manuel de droit, un résumer du droit romain qui a
vocation à être utilisé par les étudiants dans les facultés de droit. Vocation
pédagogique.
- Le Digeste : un travail énorme de la jurisprudence romaine (de le doctrine
romaine). Toute la réflexion des juristes romains sur 500 ans (publié en
523). On va prendre des morceaux d’écrits et les organiser de manière
thématique, avec un plan.
- Le code : reprend le terme de Théodose mais c’est un recueil de toutes les
constitutions impériales.
- Les novelles, c’est le fait qu’après 534, Justinien a continué à prendre des
constitutions impériales, c’est la mise à jour du code.
Mais il y a aussi toute la doctrine. A l’époque, Justinien donne l’ordre de
détruire tous les livres avant le digeste pour faire en sorte qu’il n’y est pas de
contradiction. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la jurisprudentia, on ne l’a connaît plus qu’à
travers du Digeste et c’est lui seul qui nous permet de reconstituer la jurisprudence
des romains.
Dans les années 230-240-250, il y a une crise assez grave dans l’empire, il va
réussir à se rétablir dans les années 280 et on a même un règne très important,
celui de Constantin (celui qui a autorisé la religion chrétienne, premier baptisé). A
partir de Constantin, on a l’impression de retrouver la puissance impériale. Cela
ne va pas durer très longtemps. En effet, l’empire subit de plus en plus des
problèmes intérieurs, une crise structurelle du point de vue économique et en
même temps une pression aux frontières. Les peuples font pression pour rentrer
dans l’empire.
Pour essayer de mieux fonctionner, Théodose Ier (347-395) décide de
découper l’empire en deux parties (orient et occident) avec deux empereurs, (lié
l’un a l’autre, exemple frères). Il y a de très nombreux dangers, pas mal de peuples
qui vont chercher à entrer dans l’empire. L’empire va se défendre avec la stratégie
de l’Hospitalitas (c’est autoriser certains peuples à s’installer dans l’empire avec
pour contrepartie, de défendre l’empire). Parmi ces peuples, nous avons les Francs
(dès les années 230). Les Wisigoths et d’autres peuples vont traverser le Rhin
pendant qu’il était glacé. Ils vont faire des dégâts en se baladant dans tout le sud de
l’empire et en 410 ils prennent Rome, ils pillent la ville. Ils vont finalement s’installer
en Espagne. Face à cela, les romains sont en perdition et vont essayer de s’allier
avec d’autres contre les Huns, dirigés par Attila (phrase célèbre : « quand Attila
passe, l’herbe ne repousse pas »). Finalement, ils vont réussir à vaincre Attila en
451 et ce sera la dernière grande victoire romaine.
L’empire romain n’est plus que l’ombre de lui-même (occident) et en 476 le
chef germanique qui s’appelle Odoacre, qui était chargé de protéger la ville de
Rome, décide que l’on a plus besoin d’empereur à Rome et il va chercher le petit
Romulus Augustule et le renvoi à Constantinople.
Du côté occidental c’est fini et donc des royaume barbares (fin Ve siècle)
s’installent. Assez rapidement, les Francs vont conquérir toute la Gaulle et ils
vont donner naissance à un état.
Séance 3 : La société franque :
Les francs correspondent à la belgique/ pays bas actuels, puis ils sont
descendus sur la gaule. La conquête de la Gaulle va avoir une série de
conséquences.
Section 1 : l’économie :
I- La réorientation commerciale :
La gaule a été bouleversée par l’arrivée de ces peuples germaniques.
CLOVIS est le 1er des rois de la 1ere dynastie (mérovingiens), Il est “élu” en 481,
c’est le premier roi des francs, non soumis à l’empire romain. Au début, il règne
seulement sur le nord de la France, belgique et pays bas. Plusieurs peuples se
partagent la gaule et sont tous d’origines germaniques (du Nord). Cela va provoquer
un changement de centre de gravité commerciale de la gaule. La Gaule avait pour
point central commercial la méditerranée. Or, avec cette arrivée des peuples
germaniques, non marins, le commerce devient essentiellement terrestre, et ils
commercent avec ceux avec qui ils ont l’habitude de commercer (autres peuples
germaniques et non pas les peuples gallo-romains). Le cœur de l’empire franc se
situe au niveau de l’actuelle ile de France, donc très loin de la méditerranée.
Elle ne sera plus le principal axe commercial de l’Europe.
Les francs vont essayer de favoriser le commerce, en encourageant la mise
en place de lieu où se rencontrent les commerçants. Les marchés et foires sont
des outils permettant d’attirer les marchands. La monnaie, de qualité, permet aussi
d’attirer les marchands. Pendant des siècles, ont donnait de la valeur à la
monnaie, on donnait de la valeur au métal. Les pièces de monnaie de l’époque
étaient en argent pur ou bien en or. La valeur de la pièce est donc liée à la quantité
de métal présent dans la pièce. Dans un e pièce de 10g d’argent, on peut alors
ajouter 1g d’autre chose, aucune différence ne sera vue. Les seigneurs procèdent
alors à cet ajout d’un métal non précieux pour réduire leur coût de production. Les
commerçants vont alors augmenter les prix. L’acheteu r ne peut pas avoir plus de
monnaie, alors si l’inflation ne se stoppe pas, l’acheteur achètera moins, où bien plus
du tout. Les francs essayent d’être attentifs à la monnaie, pour éviter cette
inflation.
Ce travail sur la monnaie va être perturbée par les “vikings” (guerriers venants
du Nord). Ce sont des commerçants qui vont piller pour avoir plus d’argent. Ils
ravagent l’Europe occidentale, ils peuvent aller de partout (de la Finlande à
l’Espagne et de la Russie au Canada). Ces attaques de Vikings désorganisent tout.
A cette époque-là, on les appelle les “Hommes du Nord”.
L’économie franque aura énormément de mal à se relever de ces
attaques.
II- Des villes à géométrie variable :
Les peuples germaniques ne sont pas des citadins, il n’y a pas de grandes
villes, avant leur entrée dans l’empire romain. Cela va avoir des conséquences
assez importantes : les villes se vident dès leur arrivée, suite aux pillages des
villes. La population des villes diminue suite à l’invasion de ces peuples
germaniques.
A partir de 600, les francs ont réussi à réintroduire de la paix sur le
territoire, on assiste à une croissance des villes, sans pour autant égaler la taille
des villes de l’empire romain.
On assiste au début de l’urbanisation, il n’y a donc pas de lieu où vivent
les rois en permanence. Malgré cela, certaines villes sortent du lot, car certains
rois y posent une résidence, par exemple Metz, une grande ville Mérovingienne, où
bien Soisson. CLOVIS, 1er roi Franc, décide de s’installer dans un endroit lui
paraissant central, il s’installe à Paris et la ville devient la capitale.
La ville n’est pas forcément le siège du pouvoir politique, mais le siège de la
fonction spirituelle. Les évêques sont installés dans les villes. Dans la ville, il y
a un évêque, autour duquel se crée une administration.
III- La tendance à l’autarcie dans les campagnes :
L’autarcie (indépendance économique) des campagnes est due à la
structuration des campagnes en vastes domaines (une construction dans
laquelle il y a la demeure du maitre, celles de ceux qui travaillent pour le maître, des
infrastructures agricoles, et des terres sur lesquelles travaillent ceux soumis à
l’autorité du propriétaire). C’est un ensemble économique constitué de terres et de
bâtiments. Pour l’époque mérovingienne, la villa n’est pas ce que l’on entend par ce
terme aujourd’hui mais plutôt un petit village.
Ces villas sont autosuffisantes, elles peuvent vivre en autarcie. Dès lors
qu’il y a de l’insécurité à l’extérieur, ces villas peuvent se refermer sur elles-
mêmes. En période de paix, ces villas vont commercer vers l’extérieur, même si
cela ne leur est pas nécessaire.
La villa est composée de 2 parties :
- La réserve (bâtiments du maitre, les machines, les bâtiments des hommes
du maître).
- Les tenures (terres dont le maître est propriétaires, mais qu’il loue à des
paysans qui doivent verser l’équivalent du loyer au maître et lui doivent aussi
des corvées).
Ce système est nommé système domaniale, puis devient au fur et à mesure
un système de seigneurie, car le maître du domaine sera de plus en plus souvent
appelé seigneur.
Ce système n’existe pas dans toutes les zones, on retrouve surtout cela dans
le Nord.
IV- L’intervention royale :
L’économie est assez fragile. On stocke pour éviter la famine, suite à des
pluies pendant l’été ou l’hiver. Il y a une volonté d’intervention de l’état sur
l’économie. On observe aussi une lutte contre l’usure (le prêt à intérêt), on interdit
cela pour des raisons religieuses. Il y a alors 2 conséquences : on a moins à rendre
lorsque l’on nous prête, mais plus personne ne veut prêter car plus d’intérêt
financier. Il n’y a alors aucun dynamisme économique.
Section 2 : Les rapports sociaux :
I- L’évolution de l’esclavage :
L’esclavage est omniprésent dans la société antique. L’esclavage ne
disparait pas après la fin de l’empire romain, mais il diminue, notamment avec
l’interdiction de l’Eglise chrétienne que des chrétiens soient esclaves. Le terme
en latin “servus” signifie esclave, mais on change à cette époque par “sclavus” qui
donnera plus tard esclave. Ce terme peut ramener aux slaves. On ramène des
slaves, esclaves, lors des conquêtes vers l’Est. L’Eglise chrétienne travaille à une
amélioration de l’état des esclaves, en encourageant l’affranchissement
(libération des esclaves), ou bien en améliorant leurs conditions matérielles. On
assite à une amélioration de la condition des esclaves (interdiction d’en tuer sans
raisons, et le chasement (du latin “casa”) : on donne une petite terre à un esclave,
terre sur laquelle il pourra travailler, construire une maison, etc.). L’esclavage se
maintient alors, mais il y a une diminution du nombre d’esclave et une
amélioration de leurs conditions de vie.
II- Le recul de la paysannerie libre :
Les paysans, ont des petites maisons et des terres sur lesquelles ils peuvent
travailler en payant des taxes au seigneur qui lui loue la Terre. Ils voient leur
situation se dégrader. Si les années sont bonnes, le paysan peut revendre son
surplus, mais lors d’une mauvaise année, il va devoir demander au seigneur un
service (baisser les taxes, le loyer ou autre). Or le seigneur peut lui demander de
rester toute sa vie sur sa Terre. Le seigneur cherche à assurer au moins une
même population sur ses terres ou alors d’agrandir cette civilisation. Ce statut
est entre paysan libre et esclave. Ce nouveau statut est nommé colon, ou colonat.
III- Le développement de l’aristocratie :
On constate que l’on est dans un période de fusion de plusieurs peuples
(germaniques, francs, gallo-romains, etc.). L’aristocratie globale née de la fusion
entre les aristocraties de tous ces peuples. Cette fusion se fait de plusieurs
façons, le mariage, et les nutriti, des enfants issus de l’aristocratie, envoyés auprès
du roi pour être éduqués auprès du roi. L’enfant va alors créer des liens sociaux
avec les autres nutriti car ils vont apprendre ensemble. Il y a une nouvelle
aristocratie qui se forme alors.
Ces aristocrates établissent des liens entre eux, c’est un système de
relations personnelles, ils deviennent des fidèles du roi (les nutriti). Cette relation
de fidélité va donner naissance à certains nombres de termes, les leudes sont les
personnes qui vont servir le roi (pendant des batailles ou autres), généralement
ce sont des membres de l’aristocratie. En échange de cette fidélité, le roi va leur
donner une récompense (représenter le roi dans la région, un cadeau, une terre,
une seigneurie). Ces leudes forment ce que l’on appelle des trustes. Le roi a
confiance en ces leudes, et cette truste est l’armée formée par ces leudes. On est
sur un système contractuel, il y a des liens personnels entre les leudes et le roi. Il y
a un contrat à ce niveau-là : une fidélité contre un cadeau ou autre.
Section 3 : l’Eglise, pierre d’angle de la société franque :
Lorsque l’empire romain, chrétien s’écroule, on laisse des royaumes seuls.
Les gens ne sont pas tous d’accord sur le christianisme, on voit alors des branches
du christianisme se former, comme l’Arianisme chez les Wisigoths et les
Burgondes. Les Lombards, autre peuple germanique sont eux aussi païens, comme
les francs (non croyants). A la fin du 7ème siècle, CLOVIS est baptisé. Une alliance
se forme entre les croyants (chrétiens) et les branches autres du christianisme
(wisigoths et Burgondes). Le pape est défendu par les francs, ils le défendent
aussi contre les Lombards. Ces derniers ne pourront pas prendre Rome car les
francs défendent le pape. Les francs permettent au pape d’avoir un territoire.
I- Le clergé séculier et la puissance épiscopale :
Le clergé est l’ensemble des gens d’Eglise (les clercs) : les prêtres, les
évêques, etc.
Le terme séculier renvoie au siècle, au temps. Le clergé régulier est celui
des moines, ils sont soumis à une règle et non pas au temps qui passe. Le
clergé séculier quant à lui est celui des gens qui sont soumis au temps.
Le terme épiscopal vient du terme évêque, le chef de la communauté. Il y a
un évêque particulier (le pape). La puissance épiscopale est la puissance des
évêques.
Ces évêques sont élus, suivant le principe clero et populo (le clergé et le
peuple). Le clergé propose un évêque et le peuple valide ensuite cet évêque.
L’évêque réside en ville, contrairement aux seigneurs et aux aristocrates. Il joue le
rôle de defensor civitatis, il doit défendre la ville. On voit alors qu’il n’a pas
simplement un rôle religieux, il joue aussi un rôle administratif, un rôle de lien avec
le roi à l’intérieur de la ville.
CHARLEMAGNE était l’empereur des francs. Il considère qu’il est le chef de
tous les francs, et également le chef religieux. Il estime que le pape lui est
soumis, pour lui, gouverner le peuple chrétien, c’est le gouverner politiquement et
spirituellement. Pour lui, il faut vivre de la manière la plus vertueuse possible, il
estime qu’il doit aussi aider les chrétiens à atteindre le paradis. Il soumet le pape à
son autorité, pour lui le pape doit prier pour lui. C’est une théocratie (lorsqu’un
homme cumule pouvoir politique et religieux). Charlemagne établit des règles qui
touchent à tous les domaines, y compris la religion, il établit des règles sur la
liturgie (la façon dont on fait la messe). Il organise la situation financière de
l’Eglise en mettant en place un impôt, la dime du latin decimus : un dixième des
revenus doit être versé à l’Eglise. Charlemagne s’appuie sur des conseillers parmi
lesquels on retrouve Alcuin, principal conseiller religieux de Charlemagne, il crée
une vraie école pour les nutriti.
On a des églises qui ne se contentent pas d’être des puissances
gouvernées par les évêques, elles deviennent de vrais centres culturels (avec
des écoles pour les aristocrates par exemple).
II- Le clergé régulier, une force en croissance :
Le monachisme (fait d’être moine) apparait à partir du IVe siècle. Les
monastères sont aussi nommés Abbayes, ils sont coupés du reste de la
société. Ils sont éloignés des villes. Ces monastères se multiplient durant l’époque
franques. Souvent des membres de l’aristocratie font de grande donation à l’Eglise à
la fin de leur vie pour se faire pardonner de leurs péchés. Benoît de Nursie va
essayer d’organiser la vie des moines en écrivant une règle à laquelle les moines
sont soumis. Cette règle indique que le moine doit partager sa vie quotidienne en 2
fonctions : la règle bénédictine est marquée par la prière et le travail : les moines
prient et travaillent. On reconnait les moines bénédictins sont reconnaissables aussi
par leurs vêtements noirs. Colomban, un Irlandais, va édicter une règle après De
Nursie : le moine doit vivre de manière très pauvre, dans une vraie simplicité, on
n’a pas forcément de lit pour dormir, etc. La règle bénédictine devient alors un
mélange entre ces 2 règles.
Les monastères deviennent des endroits où l’on fait venir des livres. Dès cette
époque, les moines recopient des livres, pour avoir une copie des livres qui leur
sont prêtés.
A l’époque mérovingienne, on écrit à la main levée, ce qui est très fatigant.
On commence à mettre en place une nouvelle manière d’écrire, en posant la main.
On observe que les moines s’enrichissent et plutôt que de travailler eux-mêmes vont
faire travailler d’autres personnes, ils vont aussi attirer des artisans. Les
monastères deviennent des centres économiques.
Séance 4 : Les institutions et le droit mérovingien :
Les mérovingiens s’inscrivent dans la société franque. Clovis est le 1er roi
des mérovingiens. Cette dynastie des mérovingiens dirige la gaulle pendant un
long moment.
Section 1 : Le pouvoir royal à l’époque mérovingienne :
C’est une famille franque, donc d’origine germanique. Clovis va s’emparer des
autres territoires de la gaulle, il est descendant de la principale famille franque du
Nord. Son père, Childéric était déjà un des principaux chefs francs. Clovis vaincra
les Wisigoths lors de la bataille de Vouillé en 507 notamment. Après cette victoire, il
ne reste que les francs et le royaume des Burgondes sur la gaulle (francs :
ouest et pays bas, Allemagne de l’ouest, belgique. Burgondes : Est de la France). Il
ne s’attaque pas au royaume des Burgondes car le roi est le père de sa femme. A sa
mort, son royaume est partagé entre ses 4 fils.
On retrouve alors 3 principaux ensembles qui apparaissent dans le temps : Neustrie,
Austrasie, Bourgogne (ancien royaume des burgondes), les francs sont clairement
installés au Nord de la France (centre économique franc se trouve au Nord, vers
Île de France). Ces royaumes francs vont être souvent réunifiés, notamment sous
Dagobert (règne 629-639). On peut considérer que c’est le dernier des grands
rois mérovingiens, après lui la dynastie mérovingienne est tombée en déclin.
La famille des Pippinides est une grande famille d’aristocrates qui va devenir la
principale rivale de la famille mérovingienne et prendra le trône plus tard.
I- La légitimité royale :
A- L’héritage antique :
Les mérovingiens s’installent au pouvoir dès lors que l’empire romain disparaît. On
retrouve une volonté d’être la succession de l’empire romain, en utilisant par
exemple des termes de la hiérarchie romaine. Par exemple : princeps. Cela passe
aussi par d’autres symboles, comme la monnaie : les rois francs frappent leurs
profils sur de la monnaie, comme les romains et on frappe de la monnaie d’or,
comme le faisait les empereurs romains. Le but étant d’être considéré comme plus
qu’un simple chef de guerre.
Après la victoire de Vouillé, Clovis est le principal chef en Europe, un autre chef
puissant est celui de l’orient, ce dernier reconnais Clovis après cette bataille et
donne le titre de consul à Clovis dans une lettre.
B- Une dynastie charismatique :
Le charisme est une sorte d’autorité naturelle. Mérovée (peut-être grand père de
Clovis) donne son nom à la famille mérovingienne. Cette famille avait un charisme
lié à ses victoires militaires. Le roi est un chef militaire que l’on suit s'il gagne des
batailles, mais dès lors qu’il enchaîne les défaites, le chef perd beaucoup de son
autorité et il peut facilement être destitué.
Rex francorum : celui qui sait diriger les francs. Le charisme des mérovingiens est
aussi caractérisé par les cheveux longs. Chez les francs on considère que le
charisme militaire se caractérise par les cheveux longs. Dès lors que le chef n’avait
plus les cheveux longs, il perdait une grande partie de son charisme.
C- Le soutien de l’Eglise :
On retrouve 3 grandes catégories de religion dans le territoire gaulois :
- Les païens : les francs ne croient pas au dieu chrétien, ils n'ont pas de
religion et dirigent la gaule.
- Les ariens : d’autres dirigeants sont dans une certaine branche du
christianisme, pour les chrétiens leur religion est une hérésie. Ils n’acceptent
pas le pouvoir du pape.
- Les chrétiens : le peuple gallo-romain est, dans sa généralité, un peuple
chrétien.
On assiste alors à une bataille entre païens et ariens pour s'emparer du
pouvoir. Or les chrétiens préfèrent les païens que les ariens, car les païens sont un
peuple à convertir, car il n’a pas encore trouvé le chemin vers Dieu, tandis que les
ariens se sont perdus sur le chemin de la religion d’après eux.
Soisson, ville du Nord Est de la France, est une ville conquise par les francs. Les
francs pillent la ville et au moment où ils vont partager les biens, Clovis est approché
par l’évêque de la ville. Il demande à Clovis de récupérer un vase qui a une grande
valeur pour l’église. Clovis accepte cette demande et va alors demander aux
guerriers de faire une exception et de ne pas tirer au sort celui qui récupèrera le
vase, mais de lui donner directement pour qu’il puisse le rendre à l’église. Malgré
cela, le tirage au sort a quand même lieu car un soldat casse le vase en posant sa
hache dessus violemment. Clovis tue le soldat ayant cassé le vase de Soisson juste
avant une bataille, ce qui montre que Clovis tenait réellement à cœur de
satisfaire l’Eglise chrétienne pour avoir la meilleure relation possible avec les
chrétiens.
Il se fera même baptiser. Lors de la bataille de Tolbiac (guerre entre francs et
Alamans), pendant la bataille, Clovis décide de prier le dieu chrétien en lui
demandant de donner la victoire aux francs et il promet de se convertir si Dieu leur
accorde cette victoire, les francs remportent la bataille et suite à cela il se converti au
christianisme. Il sera baptisé dans la ville de Reims aux alentours de 498. Le
baptême de Clovis est considéré comme la christianisation des francs. En
devenant chrétien, Clovis devenait le seul empereur chrétien, grâce à cela il pourra
avoir le soutien de l’Eglise et de tous les gallo-romains chrétiens.
Pour la 1ere fois, on a un roi chrétien en Gaulle. C’est le début de l’alliance entre
le pouvoir politique et la religion.
II- L’exercice du pouvoir royal :
A- Les liens personnels :
On retrouve dans l’organisation du pouvoir des bases germaniques. Le Bannum
(pouvoir de Ban au Moyen-Âge) est le pouvoir de commandement, c’est
l’imperium germanique. Avec le bannum le roi peut établir des règles, donner des
ordres et celui refusant ce pouvoir sera exclu : ce sera le foris bannum, qui donnera
en français forban. Le Mundium est une protection du roi envers certaines
personnes/lieus en échange de l’obéissance aux rois. Il n’exerce pas cela à
l’échelle du royaume, les personnes concernées par le mundium sont les
connaissances personnelles du roi. Le roi va exiger que ces personnes lui prête
un serment d’obéissance. On appelle ce serment le Leudesamium. Les personnes
ayant prêtés ce serment sont les leudes. Ce sont surtout des aristocrates.
Les grandes familles franques se retrouvent vite partagées entre les fils du
précédent roi, ils choisissent alors le roi offrant le plus de choses lors de ce serment.
Ces offrandes peuvent être des terres, de l’argent, des armes, etc. Cela fragilise
alors le serment et la famille mérovingienne. Les grandes familles d’aristocrates
mettent aussi en place le leudesamium et construisent alors eux aussi une armée
privée. C’est ce qui causera la victoire des Pippinides face aux mérovingiens.
B- Les partages successoraux :
Le royaume de Clovis sera partagé et cette logique de partage va rester dans la
dynastie mérovingienne. A l’époque franque, les fils se partagent le territoire du
père. La plupart du temps le royaume n’est pas partagé en plus de 4 parties, cela
notamment car ils se font la guerre constamment pour récupérer les terres. Très
souvent les territoires sont réunifiés. Les rois essayent aussi d’être relativement
proches. On retrouve cela notamment dans la proximité des capitales. Les
principales capitales sont : Paris, Metz, Chalon qui sont certes éloignés, mais qui
restent assez proches.
Section 2 : L’administration mérovingienne :
I- L’administration centrale, le palais :
La tradition germanique, de rassembler les guerriers tous les ans au sein du
Plaid (l’assemblée des guerriers), tente d’être respectée, mais cela devient de plus
en plus compliqué. Le besoin d’administration centrale et permanente se fait
sentir.
Le compte du palais (Comes palatii) va être chargé de veiller au maintien de
l’ordre dans la maison du roi. Il assure la justice dans le palais/maison du roi, il
est une sorte de ministre de la Justice.
Le compte de l’écurie (Comes stabuli) est chargé des bêtes (vaches, chevaux,
etc.). Il est par extension le chef de la chevalerie. Cela donnera le terme
“connétable” en français, le chef des armées.
Le maire du palais (Major domus) est le maître de maison, le majordome. C’est le
chef de tous les domestiques, c’est le bras droit du roi. A la fin de la dynastie
mérovingienne, les maires du palais vont souvent gouverner le royaume car les
rois meurent jeunes et laissent derrière eux des enfants en bas âge. On va avoir des
familles qui vont unifier les maires du palais, ce sont les 1ers à réussir cela.
Le chancelier est un domestique qui s’occupe de la chancellerie, un service
chargé d’écrire les documents signés au nom du roi. Car ce dernier est
analphabète.
Les nutriti vont devenir les principaux officiers/collaborateurs du roi.
II- L’administration locale :
A- Les comtes :
Le comte est le représentant local du roi. Il y en a 1 dans chaque Civitas. Il a les
mêmes fonctions que le roi mais dans une petite circonscription. Dans son
comté, le comte détient les pouvoirs royaux : le bannum et le mundium. Le tribunal
du comte est le mallus où l’on va lorsque l’on a commis un délit. Les comtes
prélèvent les impôts, ils ont une fonction militaire car ils rassemblent l’armée
lorsque le roi le demande.
Ce sont des relais locaux, choisis avec attention par le roi, souvent d’ancien
nutriti. Le roi envoie des inspecteurs : les Missi dominici. Ils sont chargés de
vérifier que le comte fasse bien son travail et respecte les volontés du roi. Il y a des
comtes partout sur le territoire.
B- L’immunité :
Des évêques vont bénéficier de l’immunité du roi, ils vont alors éviter
l’administration du comte et l’évêque lui-même va administrer le territoire.
Section 3 : Le droit mérovingien :
I- Les sources du droit :
Dans les peuples germaniques, le droit était essentiellement oral, Le droit romain
quant à lui est essentiellement écrit. On va alors avoir un droit mérovingien qui va
naître, mélange de ces 2 coutumes.
A- La personnalité des lois :
Lorsqu’il va y avoir un conflit entre 2 personnes d’origine différentes, on se
demande si l’on applique le droit de l’un ou de l’autre. On se rend compte que ces
différents droits sont de qualité variable. On voit une supériorité nette du droit
romain. La plupart des coutumes germaniques avaient pour objectif d’éviter la Faida
(système de vengeance). On applique en droit privé le droit romain et en droit
public le droit franc, d’origine germanique.
B- Les différents textes :
Ces textes sont des coutumes mises à l’écrit ou bien du droit romain simplifié.
La loi salique est un rassemblement des coutumes mises par écrit, la
coutume des francs saliens (1 des peuple franc). Ce sont des compositions
pécuniaires (relatif à la possession d’argent). La loi salique donne des sanctions
sur certaines choses. Le fredum est une amende envers une personne qui a
déséquilibré la société, il doit payer cette amende au roi. Le wergeld c’est
littéralement “l’argent de l’homme”, lorsque l’on va faire un crime, l’amende va
varier selon la personne impactée : tuer un franc est plus cher que tuer un gallo-
romain.
La loi Gombette vient du roi des Burgondes qui à édicter une loi (mise par écrit des
coutumes burgondes). On retrouve les mêmes choses que dans la loi salique,
mais cette loi est beaucoup plus influencée par les romains.
Le bréviaire d’Alaric est une mise à l’écrit du droit devant s’appliquer aux
Wisigoths, c’est un résumé du code théodosien. Grâce à cela le droit romain va
être appliqué pendant plusieurs siècles en France. Il devient le texte contenant le
droit public et privé romain.
II- La justice franque :
A- L’organisation judiciaire :
Toute l’organisation judiciaire vise à éviter la vengeance privée, et cette lutte passe
essentiellement par le mallus. Le comte est le juge principal, et le tribunal se
déplace. Pour rendre la justice, le comte va s’aider des Rachimbourg, conseillers
du comte lorsqu’il rend la justice.
Le roi est uniquement juge des leudes, on ne peut se plaindre auprès du roi
pour un litige.
L’évêque quant à lui ne peut rendre la justice que pour les clercs.
B- La procédure :
Devant le tribunal du comte, ce sont les parties qui saisissent le jugent et
se défendent. Le système de défense est souvent limité aux témoignages, ce qui
veut dire que les riches gagneront plus souvent les procès, car ils peuvent payer les
témoins pour leur faire dire ce qu'ils veulent.
Ce système évolue en système du serment purgatoire : on fait un serment
permettant de se purger d’une accusation. Dès lors que le serment est fait, on est
considéré comme innocent. Or pour éviter les mensonges, on met en place
l’ordalie : c’est une épreuve ayant un lien avec dieu. On en retrouve 2 types :
- L’ordalie bilatérale : une bataille entre les 2 parties et Dieu aidera la
partie ayant raison.
- L’ordalie unilatérale : une épreuve physique difficile (eau bouillante, fer
rouge, etc.) au travers de laquelle selon le résultat (cicatrice par exemple) on
considère que celui ayant subi l’épreuve est coupable ou non. Même si cette
ordalie n'est pas rationnelle, les gens sont persuadés que la colère divine
s'abattra sur eux s'ils mentent, alors ils disent la vérité et préfère payer
l’amende plutôt que de subir un tel supplice.
L’ordalie n’es pas trop utilisée, mais on va la retrouver durant un long moment ce qui
témoigne de l’importance de Dieu et de la religion à l’époque.
Séance 5 : Les institutions et le droit carolingien :
L’époque carolingienne s’étend de la fin de la dynastie mérovingienne
(751) jusqu’en 987.
Section 1 : La prise de pouvoir des Pippinides :
Les Pippinides vont très souvent occuper la place de maire du palais, car c’est
une très grande famille d’aristocrates.
I- Le maire du palais : princeps du royaume franc :
A- La montée en puissance des maires du palais :
Au début du 7ème siècle, époque de Clotaire II, on assiste à la
reconstitution de l’unité des royaumes des mérovingiens par Clotaire II, il
devient alors le seul roi. Le royaume étant très grand (principalement Austrasie et
Neustrie), Clotaire décide de gouverner dans le lieu d’où il est originaire (Neustrie) et
envoie un lieu tenant, le maire du palais, en Austrasie pour gouverner, tel une
sorte de porte-parole de la volonté du roi. Ce lieu tenant reste gouverné par le roi, il
a plus de pouvoirs qu’un simple maire du palais, mais il a toujours moins de
pouvoirs que le roi. Le lieu tenant prendra le titre de dux (donnera plus tard Duc),
cela permet de placer son pouvoir dans la hiérarchie. Plusieurs maires du palais se
succèdent à ce titre et Pépin de Landen (ou l’Ancien) est le 1er Pippinides à
accéder à ce titre de dux.
Cette unification se maintient sous Dagobert I (fils unique de Clotaire II). Il
mourra très jeune (moins de 30 ans), laissant derrière lui 2 jeunes fils (moins de 10
ans). Chacun de ses fils étant trop jeune pour diriger leur royaume, chacun aura un
maire du palais qui va gouverner sous son nom, comme le veut la tradition. Plus
tard, on appellera ces rois les rois fainéants, car ils auraient laissé l’aristocratie
diriger à leur place via les maires du palais, mais il faut aussi rappeler que ces rois
étaient très jeunes. Ce sont alors les maires du palais qui gouvernent le
royaume, ils sont aussi, voire plus, puissants que le roi lui-même.
Pépin d’Herstal (ou le Jeune), petit-fils de Pépin l’Ancien, est maire du
palais d’Austrasie et il pousse son roi à déclarer la guerre au royaume de
Neustrie. Le roi n’est donc pas sur le lieu de bataille, car trop jeune et c’est Pépin
le Jeune qui s’y rend “à sa place”. Après sa victoire, Pépin le Jeune impose sa
position de maire du palais du royaume de Neustrie. Cela inverse alors la
logique des rôles, car il y a 2 rois, mais 1 seul maire du palais. On commence déjà
à voir que la famille des Pippinides instrumentalise les rois mérovingiens, et que
ces derniers deviennent simplement des marionnettes.
Un des fils de Pépin (Charles Martel) va réussir à récupérer les pouvoirs
de son père. Il peut alors faire à peu près ce qu’il veut sur le royaume franc. Tous
les rois mérovingiens meurent 1 à 1, pendant quelques années, Charles Martel est
donc seul au pouvoir, sans aucun roi. Au bout de quelques années, il trouve un
descendant mérovingien et le place en tant que roi, cela n’impactera pas le pouvoir
de Charles Martel. Il est alors le seul maître à bord. Certains maires du palais se
permettent même de frapper des pièces à leurs noms pour assoir leur pouvoir sur
le peuple et montrer leur puissance.
B- Les Pippinides au pouvoir :
Charles Martel devient donc seul maire du palais vers 720. Dès lors, il va se
comporter comme un roi, et va même prendre le titre de princeps (plus fort que
Dux). Il est reconnu par les francs comme l’homme le plus puissant, et va même
réussir à donner une importance internationale à sa famille grâce à la bataille de
Poitier en 732. Durant cette bataille, qui apriori n’en était pas une, Charles Martel est
le 1er qui arrive à stopper l’armée arabe. Le pape voit alors en Charles Martel
l’homme le plus puissant de la méditerranée et le sauveur de la religion
chrétienne. Cela lui donne alors une importance au niveau de la religion
chrétienne.
Charles Martel ne prend toujours pas le titre de roi. Lors de sa mort, ses
possessions sont partagées entre ses 2 fils (Pépin et Carloman). Or, en 746,
Carloman décide d’abandonner le pouvoir et d’entrer dans un monastère. Pépin
se retrouve alors seul à la tête de l'ensemble franc et il prendra le titre de roi
quelques années plus tard.
II- L'accession des Pippinides à la royauté :
L’accès des Pippinides à la royauté fut très long, car dans le passé un certain
Grimoald avait essayé de prendre le titre de roi pour son fils Childebert.
Malheureusement, cela à échouer et ils ont été exécutés.
A- “Mieux vaut appeler roi celui qui a la potestas” :
Même s'il est l'homme le plus puissant, Pépin va rester prudent et se référer
au pape Zacharie pour savoir s’il doit prendre le titre de roi, ou non. Le pape lui
répondit alors : “Mieux vaut appeler roi celui qui a la potestas”. Il va alors renverser
Childéric III, dernier roi mérovingien, et mets fin à l’ère mérovingienne. C’est
alors le début de l’ère carolingienne. Il va le renverser en lui coupant les cheveux,
car les cheveux longs étaient un signe de puissance. Pépin est resté célèbre sous le
nom de Pépin le Bref, car il avait une petite taille.
Malgré cette puissance énorme, Pépin le Bref estime que ce n’est pas
suffisant et va chercher à se faire approuver par le peuple. Pour cela, il va se
faire sacrer, de la même manière que les rois, pour réellement asseoir son pouvoir.
Il sera sacré en 751 à Soisson par Boniface (évêque).
B- La naissance de la dynastie carolingienne :
Pépin est un personnage très prudent, en 754, il va organiser une
cérémonie qui va associer ses 2 fils au pouvoir (Carloman et Charles). Il organise
un sacre, au cours duquel il fait sacrer ses 2 fils, qui deviennent donc rois. Ce
sacre est cette fois organisé par le pape, Etienne II. Cela permet de donner plus
d’importance à ce sacre qui se déroule à Saint Denis, au nord de Paris. Le pape
donne même une plus grande importance à ce sacre en proclamant que chaque
franc qui ne se soumettrait pas à l’autorité d’un roi descendant de Pépin serait
excommunié. Cela est le moyen que Pépin à pour installer sa famille sur le trône.
Pépin va recevoir le titre de patrice, c’est un titre romain qui désignait le
protecteur de l’Eglise et du pape. Pour le pape, cela signifie que Pépin va le
secourir si besoin est. Le pape à fait ce choix, car avant ce sacre, l’ancienne Italie
va subir des attaques du peuple germanique (peuple des Lombards) et en 750 les
Lombards menacent Rome. Mais Pépin n’ira jamais secourir le pape car à ce
moment-là, il n’avait pas le titre de patrice.
Pépin va mourir en 768 et il va laisser ses 2 fils (Carloman et Charles) se
partager le pouvoir. Ces 2 frères ne s’aiment pas, mais leur mère arrive à les
réconcilier. Carloman meurt en 771, on ne connait pas les raisons de la mort mais
l’empoisonnement est l’hypothèse la plus probable. La mort de Carloman permet à
Charles de récupérer tout le territoire. Ce Charles est plus connu sous le nom de
Charlemagne.
Sections 2 : Le pouvoir royal carolingien :
I- La conception du pouvoir :
Les mérovingiens s’appuyait beaucoup sur le charisme et l’héritage
antique du pouvoir. Tandis que les carolingiens s’appuient beaucoup moins sur le
charisme et l’héritage antique. Ils s’appuient sur un accord d’éléments pour
assurer une durée de pouvoir (les successions sont prévues).
A- Le sacre :
Le sacre à une signification très forte, c’est une élection divine car dieu
choisi le roi. Ce choix de dieu se traduit par une onction d’huile sur le front du
personnage sacré. C’est un roi qui est donc voulu par dieu et il est interdit de
remettre en cause l’élection de ce roi car c’est dieu qui l’a choisi. A partir de ce
moment, tous les rois francs se feront sacrer, jusqu’à la Révolution française.
Malheureusement, ce sacre n’est pas suffisant pour fonder le pouvoir
royal, Pépin par exemple n’avait pas de charisme ou de victoire militaires. A
contrario, Charlemagne battra les Lombards, comme demandé par le pape.
B- Le ministerium regis (ministère du roi) :
Le ministre du roi est le ministre du culte, il va procéder la prière. Cette
fonction royale a des obligations envers dieu, Charlemagne a été sensible à cette
idée, il doit être juste. La mission du roi est de conduire le peuple vers le salut (vie
éternelle).
Il y a une potentielle rivalité entre le pape et le roi qui se pose alors, le pape
devrait hypothétiquement donner des ordres au roi, car il est au-dessus du roi.
Lorsque Leon III devient pape en 790, suite à la mort de l’ancien pape Adrien,
Charlemagne refuse de se soumettre au pape. Selon Charlemagne, le pape
doit prier pour le roi, il doit “aider par ses prières au succès de nos armes”. Le roi
a alors un rôle politique et religieux.
Le fils de Charlemagne, Louis I (le Pieux), devient roi en 814 et continue dans
les pas de son père. Il est très attaché à l’influence de l’Eglise dans le pouvoir
du roi. Or Louis le Pieux va être condamné par l'Eglise, l’Eglise lui demande alors
de demander pardon devant tout le monde. Il va accepter et faire pénitence
(demander pardon) pour le crime commis sur son neveu Bernard en 829, cela va
être interprété par certains comme une faiblesse.
C- La restauration impériale :
Le 25 décembre 800, Charlemagne se fait couronner empereur. Le
personnage de Charlemagne est extrêmement puissant, son prestige est dû à ses
nombreuses conquêtes, le territoire n’as jamais été aussi étendu. Le contexte
international est très favorable à ce couronnement. L’empereur Byzantin
connais une crise assez grave, il est dépossédé du pouvoir par sa mère, qui est
donc devenue impératrice, mais elle est considérée comme une usurpatrice et le
poste est alors considéré comme vacant. Charles va en profiter pour prendre ce
titre impérial Byzantin, poussé par ses conseillers, il se fait donc couronner
empereur et garde ses autres titres.
II- L'exercice du pouvoir :
A- La pérennité de l’idée impériale et la transmission du pouvoir
:
Charles n’a pas l’intention de rétablir l’empire. En 806, il organise la
division de l’empire pour ses 3 fils : Charles, Pépin et Louis, qui récupèrent alors
l’empire divisé en 3. Charles et Pépin meurent avant que Charlemagne meure.
Alors Louis récupère l’intégralité de l’empire, et le titre impérial au passage. Les
chrétiens préfèrent qu’il n’y ait qu’un seul homme au pouvoir. Louis va alors essayer
d’organiser son empire en 3 parties avec l’Ordinatio Imperii (organise la
succession impériale des carolingiens) pour ses fils : Lothaire, Pépin et Louis.
Lothaire va récupérer l’essentiel du territoire et le titre d’empereur, Pépin et
Louis vont quant à eux récupérer des parties secondaires de l’empire n’auront pas
le titre impérial, ils seront seulement rois. L'Ordinatio Imperii prévoit que les rois
soient soumis à leur frère. Il prévoit aussi que si les rois ont un ou des fils, leurs
royaumes leur reviendront, mais s’ils n’en ont pas, ils reviendront à
l’empereur.
L’organisation prévue dans cet Ordinatio Imperii ne verra jamais le jour, car
Louis le Pieux se remarie et un fils naitra de cette union : Charles. La nouvelle
femme de Louis exigea que Charles ait une partie de l’empire. Louis le pieux
décide alors d’abandonner L’Ordination Imperii. Se lance alors une période de
guerre entre le père et ses fils qui dure 10 années. Durant cette période de guerre,
Pépin meurt. En 840, Louis le pieux meurt, alors il ne reste que 3 fils : Lothaire,
Louis et Charles. Un système d’alliance se met en place entre Louis et Charles.
Cette période de guerre prendra fin en 843 avec le traité de Verdun, qui divise
l’empire de Charlemagne en 3 parties :
- Charles : Francia Occidentalis (moitié Ouest et centre de l’actuelle France).
- Lothaire : Francia media ou Lotharingie (des Pays bas jusqu’à une bonne
partie du Nord de l’Italie).
- Louis : Francia Orientalis (Allemagne et Autriche).
La Lotharingie va très vite disparaitre, car elle est au milieu des 2 autres
puissances, il restera alors 2 parties : le front de l’est et la partie orientale.
B- Des liens personnels aux liens contractuels :
Les carolingiens ont fait évoluer l’idée des liens personnels. Cette
association des vassaux se fait par une cérémonie dite commendatio, acte par
lequel un homme se recommande à un autre homme (se place sous l’autorité
d’un personnage plus puissant) accompagné par un serment de fidélité, si ce
serment est violé on peut alors être sanctionné sévèrement. Ce serment est fait
par vassi regales (vassaux, des gens au roi) qui peuvent en tirer des bénéfices.
Le roi carolingien impose alors à tous les hommes libres de choisir un
seigneur auprès duquel il s’engage à être fidèle. Il va aussi adopter une autre loi :
admonition generalis qui impose à tous les francs de prêter serment de fidélité
au roi, il y a alors 2 serments :
- Un premier serment au seigneur.
- Un second serment au roi.
Charlemagne a compris le danger du système de vassalité, car si le
seigneur est contre le roi, ses vassaux vont devoir se battre contre le roi. Le roi
met donc en place ce serment publique de fidélité envers le roi, pour éviter ces
révoltes. Ce serment est un contrat, car il y a un échange équivalent : en
contrepartie, le seigneur s’engage à donner le bénéfice aux fidèles. C’est un
système de contrat à condition que tout le monde respecte le roi, sinon il va y
avoir une obéissance au seigneur et oubliant que c’est le roi qui créer une
économie locale.
C’est le début du déclin de l’ère carolingienne.
Section 3 : L’administration carolingienne :
I- L'administration centrale :
Les carolingiens vont choisir une capitale, Charlemagne va choisir Aix-la-
Chapelle, dans laquelle il va construire un palais, qui montrera sa puissance.
Lothaire récupèrera ce palais, car il est dans le royaume de la Lotharingie.
Les carolingiens vont aussi modifier le personnel administratif. Le maire
du palais est supprimé par les carolingiens, le personnage principal est le
comte du palais, qui conserve seulement les fonctions qu’il avait à l’époque. On
retrouve aussi le chancelier qui détient une place très importante, car ils écrivent
beaucoup. Il y a aussi l’archichapelain, qui est le conseillé religieux.
II- L'administration locale :
L’empire est partagé entre les comtes, à la tête des comtés. Le comte est
chargé de réunir l’Ost (l’armée) lorsque le roi lui en fait la demande. Le compte est
régulièrement appelé par le roi pour écouter les ordres de ce dernier. On
assiste à la création des vicomtes, ce sont les lieutenants des comtes.
Les carolingiens vont systématiser la Missi Dominici, des inspecteurs sont
chargés de vérifier que les comtes font leur travail. Un ensemble de comtés est
nommé Missatica.
Un nouvel agent est mis en place : le marchio (marquis) qui est chargé des
marches (zones frontières qui séparent le cœur de l’empire des territoires
extérieurs, par exemple la marche bretonne).
Cette nouvelle organisation va être remise en cause, après le traité de
Verdun.
Section 4 : Le droit carolingien :
I- Les sources du droit :
A cette époque-là, la source 1ère du droit est la coutume, le droit est oral
et coutumier. Le roi créé des lois, nommées capitulaires. Durant le règne des
mérovingiens, il n’y avait qu’une dizaine de capitulaires, tandis que dans le règne
carolingien, on garde 200 capitulaires. Ces lois sont mises en forme par le
chancelier, et elles sont présentées en Plaid, assemblée des guerriers. Les
guerriers informeront alors le peuple des capitulaires mis en place.
On considère qu’il y a plusieurs types de capitulaires :
- Les capitulaires ecclésiastiques (relevant de l’Eglise).
- Les capitulaires Legibus addenda qui ajoutent quelque chose à des lois
préexistantes.
- Les capitulaires Missorum, adressées directement à la Missi Dominici.
- Les capitulaires Per se scribenda, créant de nouvelles lois.
On peut alors affirmer que les carolingiens sont des législateurs.
II- La justice carolingienne :
Ce sont les partis qui apportent les preuves aux juges et qui les
saisissent. Un autre élément qui reste caractéristique de l’époque, c’est que le juge
est le comte. La principale réforme judiciaire concerne les juges. Avant cela, le
comte désignait n’importe qui, et personne ne pouvais savoir si cela était juste ou
non. Pour ne pas reproduire cela, des conseillers juridiques sont mis en place.
Ces conseillers juridiques sont les Echevins, ils ont une place permanente.
Séance 6 : L’écroulement de l’autorité publique :
Section 1 : L'échec de l’empire carolingien :
I- L’agonie de l’empire carolingien :
A- La fin de l’autorité impériale : la contractualisation du pouvoir
:
1- L’accord de Coulaines (843) et ses suites :
En 843, le traité de Verdun entre en place. La Francie de l’Ouest est alors
gouvernée par Charles II dit le Chauve. Il va vite se retrouver en conflit avec les
grands, les aristocrates de son royaume, qui ne le reconnaissent pas en tant que
roi. Les honores (honor en singulier) sont et les possessions foncières (terres) et la
dignité qui est attachée à cette terre (la fonction publique). Par exemple, cela est
donc le comté et le comte dirigeant ce comté. Les détenteurs d’honores imposent
alors une condition pour reconnaitre Charles le Chauve comme roi : il doit laisser
les honores à leurs détenteurs. Or, dans l’absolu, les comtes, ducs, marquis, sont
nommés par le roi. Le roi va accepter cette condition dans l’accord de Coulaines en
843. Il perd alors le contrôle des comtés et des duchés. Malgré une obéissance de la
part des ducs et comtes, il n’aura pas le contrôle total sur ces derniers, car ils
peuvent être des opposants au roi. Cet accord va devenir une obligation pour les
rois suivants. Tous les successeurs vont devoir aussi s’engager vis-à-vis des
détenteurs d’honores à leur laisser leurs honores. Cela va notamment être perpétué
par Louis II dit le Bègue (fils de Charles le Chauve), qui va s’engager à laisser les
possessions à la succession des détenteurs d’honores au moment de son sacre.
2- Le roi et les détenteurs d’honores :
Le roi a alors des obligations envers les détenteurs d’honores. Malgré cela,
si le détenteur se révolte, le roi peut lui reprendre son titre, il a alors encore un
minium de pouvoir sur les détenteurs. En dehors de cela, le roi ne contrôle plus la
nomination des comtes, ducs et marquis. Ces détenteurs veulent aussi transmettre
leurs honores à leurs fils. Cette demande affecte encore plus le roi que la précédent,
car ici, une famille unique va diriger l’honor. Charles le Chauve arrivera à ne pas
céder ce pouvoir aux détenteurs d’honores.
En 877, Charles le Chauve doit partir en Italie pour une campagne militaire, il
va alors prévoir l’organisation de son royaume durant son absence avec la
capitulaire de Quierzy-sur-Oise. Avec ce capitulaire il place son fils au pouvoir et
prévoit que si un comte, duc, ou marquis meurt durant son absence, l’honor
reviendra automatiquement au fils du détenteur. Cette succession est éphémère, car
dès son retour de la campagne militaire, le roi se laisse le droit de changer ou non
le nouveau détenteur d’honor. Or, Charles le Chauve va mourir durant cette
campagne militaire, Louis le Bègue va alors réellement prendre sa place. Étant
donné que Louis le Bègue est un jeune roi et n’as donc pas de charisme militaire, les
détenteurs d’honores exercent une certaine pression sur lui pour qu’il valide
définitivement le principe de successions des honores. Le capitulaire a alors
ouvert la voie vers cette succession dynastiqu e, et le roi va devoir accepter cette
succession. Alors à partir de la mort de Charles le Chauve, les détenteurs d’honores
se succèdent de pères en fils, et le roi n’as plus de réel pouvoir sur ces détenteurs.
On considère donc que Charles le Chauve est le dernier grand roi carolingien.
B- La fin de l’empire :
Les rois carolingiens suivant Charles le Chauve vont souvent mourir en bas
âge et avoir certains attraits physiques peu avantageux (Chauve, Gros, Bègue, etc.).
Les descendants de Charles le Chauve se retrouvent alors dans l’incapacité de
régner, car le dernier carolingien en vie (Charles le Simple, fils de Charles le
Chauve) a 6 ans. On va alors unifier les 2 royaumes de Francie (Est et Ouest, car
la Lombardie a été supprimée) pour retrouver le royaume d’avant la division en 3
Francie.
Charles le Gros (fils d’un des frères de Charles le Chauve) qui était alors roi
de la Francie de l’Est devient alors empereur en 885. Charles le Gros récupère cet
empire par “accident”, il va aussi rencontrer des difficultés psychologiques
(absences) et n’aura aucun charisme militaire. Il n’est alors pas du tout compétent
pour contrer les pillages vikings qui font rage dans la partie Est. En Francie de
l’Est (orientale), un certain Arnulf de Carinthie (petit fils illégitime de Louis qui avait
récupéré la Francie Orientale) prend le trône et devient roi. Charles le Gros meurt en
888, et Charles le Simple est toujours trop jeune pour gouverner (9 ans). Les grands
aristocrates de l’Ouest vont alors élire un nouveau roi : Eudes, le comte de Paris,
et le principal aristocrate du Nord du royaume de l’Ouest.
Eudes va réussir à repousser les vikings, ce qui va lui valoir un grand prestige
militaire. Eudes n’est pas un carolingien, donc les francs ont violé la règle donnée
par le pape. A ce moment-là, les carolingiens n’ont aucun pouvoir. Étant donné
que l’empire est redivisé en 2 (Ouest gouvernée par Eudes et Est par Arnulf),
l’empire n’a plus lieu d’être. Sur la partie Est, les carolingiens aussi perdre leur
pouvoir. En 936, Otton va devenir le roi des francs de l’Est après la succession de
plusieurs rois. Otton va réussir à conquérir des territoires assez importants en
Europe de l’Est. Suite à de nombreuses victoires militaires, il décide de
s’autoproclamer empereur, seuls les francs de l’Est vont le reconnaitre. Il va alors
créer le Saint Empire Romain Germanique, car les francs de l’Ouest ne le
reconnaissent pas.
II- L'agonie de la dynastie carolingienne :
A- La montée en puissance des princes territoriaux :
A partir de la mort de Charles le Chauve, les détenteurs d’honores vont
gagner en puissance. A partir de la fin du 9ème siècle, on assiste à une prise
d’autonomie des grands détenteurs d’honores. Le comté de Rouen (équivalent de la
Normandie) est ravagé par le vikings et ces derniers décident même de s'y
installer. Cette troupe de vikings était dirigée par Rollon. Charles le Simple va
conclure un traité de paix avec les vikings, le traité de Saint-Claire-sur-Epte. Avec
ce traité, Rollon accepte de se faire baptiser et devient Robert, et en échange de
cela, il se voit reconnaître le titre de Duc de Rouen. La région du Nord devient alors
la Normandie (Nord Man : gens du Nord). Guillaume le conquérant, un des
descendant de Rollon va conquérir l’Angleterre et devenir roi d’Angleterre. Tous les
rois d’Angleterre sont alors des Normands.
Robert le fort est un commandant de Charles le Chauve et un grand
aristocrate. Il a 2 fils : Eudes et Robert. Eudes est comte de Paris et va accéder au
pouvoir par une élection des aristocrates en 888. Il est roi pendant 10 ans et à sa
mort, il souhaite retransmettre le pouvoir à la famille carolingienne. Charles III
dit le Simple, fils de Louis le Bègue, est alors en âge régner et va accéder au
pouvoir.
Une révolte aristocratique se lève contre Charles le Simple en 922, ce qui
l’oblige à quitter le pouvoir royal et à laisser le pouvoir aux aristocrates. Les
aristocrates vont élire Robert 1er, le frère de Eudes, comme roi. Robert 1er sera tué
sur une bataille en 923 et il va être succédé par Raoul, qui n'est ni carolingien, ni de
la famille de Robert et Eudes (Robertiens). Le fait qu’il n’y ait plus de roi
carolingien au pouvoir stablement montre bien la chute de la dynastie
carolingienne, les aristocrates décident alors de qui sera le roi.
Après la mort de Raoult, en 936, on rétablit la dynastie carolingienne. Louis
IV, fils de Charles Simple devient roi. Malgré ce titre de roi, les carolingiens n’ont
plus le même pouvoir qu'avant. En effet, l’homme le plus puissant de ce qu’il
reste du royaume est Hugues le Grand (fils de Robert 1er) qui est le plus grand
aristocrate. Hugues le grand va se donner le titre de Dux Francorum : Duc des
Francs. A sa mort, il laisse son autorité à son fils Hugues Capet, qui se présente
comme l’homme le plus puissant du royaume et va raccorder la puissance des
aristocrates et le titre de roi, en devenant lui-même roi.
B- Les enseignements de la lutte entre Robertiens et
Carolingiens :
Le sacre n’est plus efficace pour assurer le pouvoir royal, ce qui va
permettre l’accession au pouvoir royal est désormais l’élection par les aristocrates.
Malgré l’affaiblissement des pouvoirs royaux, le roi peut toujours nommer les
détenteurs d’honores. La lutte entre Robertiens et carolingiens s’est amoindrie.
Durant ces années où beaucoup de rois se sont succédé, le territoire a diminué, il
ne reste désormais plus que le Nord-Est de la France. Quand Hugues Capet va se
saisir de l’Ouest, il ne reste presque plus rien de l’ancienne Francie de l’Ouest. C’est
alors la fin de la dynastie carolingienne.
Section 2 : Une nouvelle conception du pouvoir : l’ordre féodal :
L’ordre féodal est un système de relations interpersonnels basé sur les
liens de fidélités entre 2 hommes : le seigneur (puissant) et le Vassal (moins
puissant). En échange de sa fidélité envers le seigneur, le Vassal reçoit des
bénéfices. Ce bénéfice est très variable : somme d’argent, armes, etc. Mais à partir
du 11ème siècle, il va prendre une forme foncière et on parlera alors de fiefs. Ces
fiefs vont devenir un élément central de la relation et qui donne naissance à la
féodalité (système bâti sur le fief et qui le conditionne).
I- Le lien féodo-vassalique :
Le lien féodo-vassalique est le lien qui uni 2 hommes issus de l’aristocratie
franque que l’on appelle des chevaliers. Ces hommes sont propriétaires de droits et
de profits seigneuriaux. Ce sont aussi des seigneurs, ils ont des terres et une
fonction publique. Ce sont les détenteurs d’honores.
A- L'hommage et la foi :
Ce qui permet de créer le lien féodo-vassalique est une cérémonie issue de
la commendatio (cérémonie où l’homme remet sa force en possession d’un autre,
c’est un hommage). Le vassal devient l’homme du seigneur en tant qu’homme de
combat. Cette cérémonie se traduit par un geste avec les mains à genoux. Ce
cérémonial est suivi d’un baiser de paix, l’osculum pacis, qui vient sceller l’alliance
entre le vassal et le seigneur.
Fulbert de Chartres (juriste né entre 950 et 970) a écrit sur la féodalité. Dans
une lettre répondant au Duc d’Aquitaine qui avait un problème avec l’un de ses
vassaux. Fulbert répond que l’hommage et la foi entraînent toute une série
d'obligations :
- Obligations négatives :
• Le vassal ne doit pas nuire à son seigneur et inversement.
- Obligations positives :
• Le conseil : le vassal est obligé d’aller voir le seigneur dès lors que
le seigneur demande au vassal de le conseiller.
• L’aide militaire :
▪ L’ost (service militaire). Le vassal doit suivre le seigneur
quand il part en guerre.
▪ La chevauchée. Le vassal doit participer, si le seigneur lui
demande, à une petite expédition militaire (pillage ou autre).
▪ La garde du château. Le vassal doit garder les châteaux du
seigneur.
• L’aide financière :
▪ Si le seigneur est capturé et rançonné, le vassal doit payer la
rançon.
▪ Adoubement du fils. Lors de l’entrée en chevalerie du fils du
seigneur, on peut demander au vassal une participation
financière.
▪ Dot de la fille. Lors du mariage de la fille du roi, les vassaux
doivent payer la Dot.
▪ Croisades. Lors du départ en croisade su seigneur, le vassal
va contribuer financièrement aux croisades.
En contrepartie de cela, le seigneur a les mêmes obligations négatives que les
vassaux. Cependant, il existe une différence au niveau des obligations positives. Il y
a des sanctions de prévues pour les obligations négatives, elles peuvent être
graves. Si jamais le vassal ne respecte pas sa fidélité on dit qu’il est parjure (il a
violé son serment). A cette époque-là, cela est une faute très grave, car on se base
sur la confiance à cette époque-là. Cette gravité est renforcée car le vassal a
juré devant Dieu lors du serment. On considère alors qu’on ne peut plus lui faire
confiance et l’on va couper la main droite du vassal (main avec laquelle il a juré).
Cette sanction physique est aussi doublée d’une sanction religieuse
(excommunication). Les sanctions infligées au seigneur seront moins graves car
il n’a pas prêté serment, il sera seulement humilié. Les sanctions des obligations
positives sont liées à l’hommage.
B- Le fief :
Le seigneur donne une terre au vassal, ce qui va lui permettre de s’équiper
pour combattre et faire rentrer de l’argent dans les poches du Vassal pour ses
obligations financières. La remise du fief répond à un rituel nommé cérémonie de
l’investiture. Durant cette cérémonie, le seigneur va vêtir le vassal (lui donner
l’argent nécessaire pour vivre et devenir un soldat bien équipé), il va aussi lui
remettre un objet symbolisant le fief (un gant par exemple) et il va montrer le fief
au vassal (tour à cheval). Ce fief va entraîner des relations en tre le seigneur et le
Vassal.
Le fief peut être retiré au vassal si jamais il manque à ses obligations
positives. Si la faute est considérée comme peut grave, ce peut être une reprise
temporaire, mais si la faute est plus grave, ce sera une reprise définitive.
Si le seigneur manque à ses obligations envers le vassal, ce dernier
pourra se plaindre au seigneur de son seigneur, que le Vassal appelle Suzerain.
Il va alors engager la procédure du désaveu, le suzerain va sanctionner son
seigneur, récupérer le fief de son seigneur et rompre la relation/le lien entre lui et
son seigneur. Avec cela, le vassal va pouvoir avoir un lien direct avec le
Suzerain et devenir Seigneur.
II- Le dérèglement du système féodal :
A- Les vassalités multiples :
Le seigneur a plusieurs vassaux et les vassaux vont chercher à avoir
plusieurs seigneurs pour avoir le plus de fiefs possibles et ainsi accroître leurs
richesses. Très vite une question va se poser : S'il y a un conflit entre 2 seigneurs
d’un même vassal, quel seigneur faut-il servir ?
L’hommage peut permettre de répondre à cette question. Il y a un type
d’hommage plus puissant que l’habituel, notamment au niveau de l’ost militaire.
Ce type d’hommage se nomme Hommage-lige. Alors tous les seigneurs vont exiger
un Hommage lige. Dans le cas où les 2 hommages sont égaux, on considère que le
vassal doit choisir. Il va choisir de défendre son seigneur “préféré”.
Le vassal, qui cherche toujours à avoir le plus de fiefs possibles va devenir
plus puissant que le seigneur.
B- La patrimonialisation du fief :
On va retrouver le même système d’héritage de fiefs que pour les honores.
Cette transmission est dangereuse pour les seigneurs car le lien féodo-
vassalique est un lien personnel, or si le fief passe du père au fils, le seigneur aura
un fief tenu par quelqu’un qu’il n’a pas choisi (peut ne pas être loyal). Les
seigneurs sont opposés à cette transmission héréditaire, mais vont devoir
l’accepter. Les seigneurs vont donc taxer cette transmission héréditaire
nommée relief.
Si un vassal meurt et donne le fief à une de ses filles, on dit que le fief tombe
en quenouille. On considère que la femme n’est pas capable de gérer le fief. Le
seigneur peut alors accepter la succession si la fille se marie et que le mari
rempli les obligations. Soit le seigneur va choisir le mari, soit il va proposer des
candidats qu’il préfère.
Lorsque le vassal à plusieurs fils, et qu’il veut partager le fief entre ses fils,
cela pose un problème. En effet, si le fief est partagé, il est moins puissant et moins
riche, il y a donc moins de moyens militaires pour combattre. Un système nommé
Parage va se mettre en place. Les frères vont s’entendre pour faire en sorte qu’il
n’y ait qu’un seul interlocuteur du seigneur (pour participer militairement, les
autres participeront seulement financièrement).
Les seigneurs vont mettre en place un autre système qui les avantages : le
premier fils va récupérer le fief. Le fief va alors garder sa puissance. Ce principe
est le principe de l’aînesse.
Dans la patrimonialisation, on retrouve aussi le fait que les vassaux vont
vouloir vendre leurs fiefs. Cela est dangereux pour les seigneurs, car n’importe qui
pourra récupérer le fief. Les seigneurs vont alors s’opposer à cela, mais ils vont
devoir accepter cela et vont même y trouver un certain intérêt financier. Les
seigneurs vont accepter que le vassal puisse vendre une partie de son fief :
c’est l’abrégement du fief. Face aux difficultés financières, le seigneur va même
accepter que le vassal vende le fief en totalité à n’importe qui. Le seigneur
n’aura aucun droit de véto sur l’acheteur qui deviendra le nouveau vassal. Une
cérémonie sera mise en place pour cela : le cérémonial de Devest, dans lequel on
reprend le fief au vassal. Le seigneur va percevoir un droit de mutation, une taxe
sur la vente du fief nommée droit de quint.
Séance 7 : Le système seigneurial :
Section 1 : La mise en place du système seigneurial :
I- L'âge des châteaux forts :
Aux alentours de l’an 1000, les premiers châteaux sont les mottes castrales
(espèce de tour sur une grande motte de terre et entourée d’une étendue d’eau).
Ces mottes ont une fonction d’information et de protection. Seul le roi peut
ordonner la construction de ces mottes castrales à l’époque de Charles le
Chauve (fin du 9ème siècle). Ce pouvoir du roi va se dissoudre peu à peu et va
permettre aux comtes et aux seigneurs de bâtir leurs propres châteaux pour se
protéger (protéger leur villa). Le rôle du seigneur, du châtelain, est de protéger la
population. En échange de cette protection, la population remercie le seigneur avec
les taxes, l’obéissance, etc.
On va observer une autonomisation des petits seigneurs (comtes, ducs,
vicomtes, etc.), ils vont très vite devenir largement autonomes. Certains paysans
sont ce que l’on appelle des détenteurs d’Alleu. L’alleu est une terre qui n’appartient
à aucun seigneur. Alors ces paysans sont indépendants et doivent aussi se
protéger, ils vont alors commencer eux aussi à construire des mottes castrales.
Celui qui protège les autres et détient l’autorité possède la dominus, ce
sont les seigneurs par exemple. Pour se protéger les seigneurs vont s’appuyer sur
des hommes armés, des bandes armées (paysans ou soldats). Les liens
vassaliques vont créer une sorte d’armée reliée au seigneur par ces liens
vassaliques. Cette armée sera nommée bande de garnison. Ces bandes de
garnisons vont aussi défendre le seigneur. Les bandes de garnisons seront placées
dans des tours tout autour de la seigneurie. Ces tours ont un rôle de surveillance et
permettent aussi de rappeler à la population que quelqu’un détient l’autorité.
Les taxes et la justice permettent aussi de rappeler qu’il y a un seigneur.
II- La soumission des campagnes :
Les seigneurs vont chercher à contrôler les populations qui ne sont
toujours pas volontaires pour obéir. Le seigneur veut que la population l’aide à
cultiver ses terres, paye des impôts. Or, une partie de la population résiste à cette
autorité, le seigneur va alors terroriser la population. Par exemple, si un paysan
veut garder son indépendance et na pas entrer dans la seigneurie, le seigneur va
envoyer l’armée. L’armée va alors bruler les stocks, piller les terres du paysan pour
le contraindre à rejoindre la seigneurie. En rejoignant la seigneurie, le paysan va
bénéficier de la protection du seigneur en échange de taxes.
La soumission des personnes au seigneur est la seigneurie banale.
Cette seigneurie banale est liée à l’obéissance, tout comme la seigneurie
foncière, qui s’exerce sur les terres et non pas sur les hommes. A cette époque, la
terre a une valeur plus importante que les hommes, en effet la terre a un statut
juridique auquel les hommes sont rattachés juridiquement. Cette seigneurie
foncière va se retrouver dans l’organisation de la seigneurie : la seigneurie est
composée de terres qui appartiennent aux seigneurs et sont cultivées par les
paysans. Il y a aussi des terres que le seigneur donne aux paysans pour qu’ils
puissent avoir leurs propres récoltes, ce sont des tenures. L’ensemble de ces
tenures forment la Mans, c’est un ensemble des terres données en concession par
le seigneur. Il y a plusieurs types de tenures :
- La tenure noble. Cette tenure est un synonyme de fief, il y a donc un
hommage.
- La tenure roturière. Ce sont des terres remises à des paysans libres. Ces
tenures roturières prennent un nom différent en fonction des redevances : bail
à sens (location de la terre) par exemple. Le roturier est libre contrairement
aux serfs et le seigneur permet la transmission des terres aux fils des
roturiers.
- Les tenures serviles. Ce sont les tenures données aux serfs.
- L’Alleu. Le paysans (alleutier) a sa ferme et ses terres et ne doit rien au
seigneur. Ils vont avoir un rôle différent en fonction du lieu.
Section 2 : Les nouveaux rapports sociaux :
I- La tripartition de la société
L’organisation sociale va se structure de manière plus rigide sur le principe
qu’il y a 3 groupes qui ont une fonction dans la société médiévale. Adalbéron de Lan
va exprimer et décrire cette organisation :
- Oratores. Ce sont ceux qui prient, les membres de l’Eglise, les clercs. Le
clergé prie pour les autres, ce qui est très important dans une société aussi
croyante qu’à l’époque.
- Bellatores. Ce sont ceux qui vont combattre (devenir plus tard les nobles).
Les guerriers et les chevaliers vont défendre le reste de la société.
- Laboratores. Ce sont ceux qui travaillent la terre (labor : travail). Ils vont
travailler pour produire la nourriture.
Ces 3 groupes sont parfaitement complémentaires. Les laboratores forment
une majorité de la société, ils travaillent dans la villa. On les appelle les vilains,
ancêtres des villageois. On les appelle aussi les serfs, ils sont soumis et pas
totalement libres.
Les serfs ont le statut le moins confortable, ils sont soumis à des contraintes,
des incapacités. Le serf doit payer une taxe : le chevage, ce chevage permet de
reconnaître la soumission du serf au seigneur. Les serfs se retrouvent aussi
limités sur le mariage, un serf ne peut se marier que si le seigneur l’y autorise.
Pour ce faire, le seigneur va aussi vérifier si la personne avec laquelle il va se marier
est compatible avec le serf, pour éviter qu’il quitte la seigneurie. Le seigneur peut
alors bloquer le mariage ou exiger que l’autre personne se soumette à la seigneurie.
Une coutume veut que lors de la mort du serf, toute sa succession reviens au
seigneur. Cette coutume change selon les régions, certains seigneurs autorisent les
fils du serf à récupérer certaines choses, mais le seigneur récupérera toujours les
choses de valeur. Cette coutume se nomme la main morte. Le serf est aussi tenu
de verser une taxe au seigneur dès lors qu’il veut vendre quelque chose. On
devient serf par naissance (si l’un des deux parents est serf, on est
automatiquement serf), volontairement (paysans libre ruiné), le mariage, etc.
II- Les droits seigneuriaux :
Le roturier est celui qui ne fait ni parti de la noblesse, ni du clergé. Ils sont soumis
à un certain nombre d’obligations envers leur seigneur cela s’appelle les droits
seigneuriaux. Ces droits seigneuriaux sont un exemple de la chute de l’autorité
royale. En effet, ces droits seigneuriaux ont été “volés” à la royauté. Les seigneurs
vont exercer ces droits sur les hommes qui sont sous sa puissance. Ces hommes
ont alors plusieurs devoirs :
- Les corvées. Ce sont les travaux dû par les vilains et les serfs au
seigneur. Certains jours dans l’année, ils doivent faire des travaux, récolter
les cultures, etc. Ce sont des sergents qui surveillent et exigent la corvée et
sanctionnent ceux qui refusent de se soumettre à cette corvée.
- Les banalités. Elles sont liées à l’autorité du seigneur. Ce sont des
installations mises en place par le seigneur et dont les paysans doivent
se servir. Ces installations sont trop chères pour que les paysans puissent
les acheter, et le seigneur les mets à leur disposition en échange d’une taxe.
Le seigneur cherche à récupérer de l’argent partout et à toute occasion. Malgré
cela, le seigneur ne peut se limiter à seulement faire payer les habitants de sa
seigneurie. Il va alors mettre en place des taxes et des obligations qui fonctionne
sur les étrangers, et va attirer ces derniers avec des marchés, foires, etc.
- Les péages. Ce sont des taxes pour rentrer et sortir de la seigneurie, ou
alors lorsque l’on passe sur un pont construit par le seigneur.
- Le droit d’aubaine. C’est un droit seigneurial qui donne l’ensemble des
biens d’un étranger au seigneur si l’étranger meurt dans la seigneurie.
Certains seigneurs vont se mettre à frapper leur propre monnaie, ce qui montre
que l’autorité royale s’écroule. En frappant leur monnaie, les seigneurs ont alors
une fortune quasi infinie.
Section 3 : Le droit des coutumes :
Ce système seigneurial correspond à l’écroulement de l’autorité royale. Il n’y a
plus de règle provenant de l’autorité royale, les populations elles-mêmes vont
alors produire les règles dont elles ont besoin (coutumes).
I- La formation des coutumes :
La coutume est une règle qui nait de la répétition d’un usage dans le temps et
qui va être rendue obligatoire. Tout ce que le seigneur met en place pour
exprimer son autorité, comme les taxes ou la corvée vont devenir des coutumes.
Les coutumes sont différentes et variées mais sortent toutes de la répétition. Ces
obligations mises en place par le seigneur sont les exactionnes, c’est son pouvoir
de Ban, son autorité qu’il a volé au roi.
La privatisation de l’autorité par les seigneurs va venir remplacer l’autorité
publique qui est vacante depuis l’affaiblissement de l’autorité royale. Cela nous
montre alors que l’état s’écroule, ce n’est pas l’anarchie mais l’autorité publique est
remplacée par l’autorité seigneuriale. Les seigneurs vont profiter de cette autorité
seigneuriale pour installer un système “mafieux”. Ils vont restreindre les libertés
des gens, et si on ne leur obéit pas, il y aura répression.
Dès lors que la coutume est installée, les paysans vont faire en sorte que la
coutume n’évolue pas en leur défaveur. Ils s’assurent aussi que le seigneur ne
demande pas plus que ce qui est fixé par les coutumes. L’autorité seigneuriale
est alors limitée et équilibrée.
Les obligations monétaires des paysans vont se réduire. Grâce à l'inflation, les
paysans seront avantagés. Ce qui valais une pièce avant en vaut 2 plus tard, cela
joue en leur faveur.
Les seigneurs se retrouvent désavantagés et certains seront même contraints de
vendre leur droit seigneurial lorsqu’ils se retrouvent en difficulté financière. Ils
vont vendre ces droits seigneuriaux à des bourgeois. On peut alors connaître la
valeur d'un droit seigneurial et les villageois se retrouvent libres de certaines
obligations.
Fixer les coutumes permet d’empêcher le gouvernement arbitraire (gouverner
de manière capricieuse), cela améliore alors aussi la condition des villageois.
Les coutumes s’appliquent dans des détroits (territoire comme la seigneurie, la
province, la région). Les coutumes sont malheureusement orales et donc floues
et incertaines.
II- L'application des coutumes :
La justice seigneuriale fait partie des pouvoirs seigneuriaux qui ont été usurpés au
roi. Les comtes vont laisser la justice à leurs subalternes (vicomtes). Les
comtes vont seulement s’occuper des cas les plus graves. Il y a 2 niveaux de
justice :
- La justice de sang. C’est la haute justice, exercée par le comte. On
appelle cela la justice de sang car il y a obligation de faire couler le sang
d’une des personnes.
- La basse justice. Elle est exercée par les subalternes, les vicomtes.
Avec l’écroulement de l’autorité publique, on constate que les châtelains vont
récupérer la totalité de la justice. Cette justice est l’occasion pour le seigneur de
récupérer de l’argent. Or, les seigneurs ne sont pas des juristes, la justice est
alors de mauvaise qualité. En plus de cela, la coutume prévoit uniquement la
justice pour des questions de la vie courante, alors pour les questions plus
complexes, la décision sera totalement arbitraire et sans cadre juridique. Il y a
alors une insuffisance de droit, d’où la reconstruction de l’autorité publique avec,
cette fois la mise par écrit du droit.
Séance 8 : Les prodromes de la renaissance de l’Etat
(1) : Le renouveau des institutions ecclésiastiques :
Il y a eu des signes annonciateurs (prodromes) de la renaissance de l’Eglise.
Section 1 : L’Eglise de l’an 1 000 :
On va retrouver la chute hiérarchique de l’Eglise, tout comme l’on retrouve la
chute du pouvoir (le pouvoir passe du roi aux seigneurs, puis des seigneurs aux
vassaux). L’Eglise est basée sur l’Etat, elle est basée plus exactement sur le
système hiérarchique romain.
On va assister à l’affaiblissement du pouvoir d’en haut, du pouvoir du pape, et
aussi du pouvoir des évêques. Assez souvent, des autorités laïques vont mettre
la main sur des fonctions ecclésiastiques, car elles rapportent de l’argent. Des
comtes, des seigneurs vont devenir évêques alors qu'ils ne sont pas prêtres. Cela va
aller jusqu’à la fonction de pape, l’évêque de Rome. Les grandes familles
romaines se battent pour essayer de placer l’un de leur membre au rôle de pape.
Avec la création du Saint-Empire romain germanique au 10ème siècle,
l’empereur va mettre la main sur la papauté, il nommera lui-même le pape dès la
fin du 10ème siècle.
On a alors un affaiblissement moral au sein de l’Eglise qui se caractérise par :
- La Simonie. C’est le fait de vendre, de trafiquer, des qualités
ecclésiastiques. Le nom provient de Simon, qui voulait acheter le pouvoir de
faire des miracles que possédait un apôtre de Jésus. On vend les fonctions
ecclésiastiques. Dans le christianisme, le prêtre peut effacer les péchés via la
confession. De la même manière, on va monnayer les confessions. La
pratique de monnayer des fonctions ecclésiastiques est pourtant
interdite par l’Eglise.
- Le Nicolaïsme. C'est le fait, pour un ecclésiastique, un clerc, de vivre
comme un laïque, notamment en ne vivant pas sous le célibat. Cela aussi
est contraire au principe fondateur de l’Eglise. Les clercs qui ne
respectent pas la façon de vivre commettent alors le Nicolaïsme.
Ces 2 notions montrent la perte de l’autorité religieuse. L’autorité du pape sur
l’ensemble de la chrétienté n’es plus.
On va voir apparaître des églises locales. Dans ce contexte d'églises locales, on va
essayer de sortir de cette crise religieuse. Cette idée de sortir l’Eglise de la crise
vient de Bourgogne, où va être fondée l'abbaye de Cluny. Cette abbaye est fondée
au 10ème siècle. Elle va très vite devenir une grande abbaye. Au 12ème siècle, elle
devient l’abbaye la plus puissante du monde. Le chef de l’abbaye de Cluny est
considéré comme aussi puissant que le pape au 12ème siècle. Les moines de
Cluny vont, à partir de la seconde moitié du 10ème siècle, prendre les mesures
nécessaires pour sortir l’Eglise de la crise dans laquelle elle est tombée. Ces
mesures sont principalement :
- Libérer l’Eglise de l’emprise laïque. Pour cela, on va utiliser la méthode de
l’exemption, obtenue par un certain nombre de monastère à la fin du 10ème
siècle. Avant l’exemption, les monastères sont soumis aux évêques, eux
même soumis au pape. Etant donné que les évêques sont sous emprise
laïque, en supprimant le lien entre évêque et monastère, on se libère de
l’emprise des laïques. Même si le pape est contrôlé par des laïques, il n'a
aucun moyen de contrôler l'abbaye, car il est trop loin. Cette exemption
permet aux abbayes de vivre de manière indépendante.
- Rétablir la discipline. On rétablit la discipline au sein du monastère. On
va lutter contre les tendances qui s’écartent de l’Eglise (Simonie et
Nicolaïsme). Le rôle des moines est de prier et de travailler, l’idée est de
revenir aux premières missions du moine.
- Etendre le modèle établi. Cluny va s’étendre par la création de nouvelles
abbayes, ou alors avec des abbayes qui reproduisent leurs décisions.
Des moines de l’abbaye “Mère” (Cluny) vont notamment aller créer des
abbayes “Filles” de Cluny.
On va alors partir d’une Eglise soumise aux laïcs pour essayer de revenir à
une société soumise à l’Eglise. Ils vont essayer de construire une société
médiévale sous la base de certaines valeurs : le travail, la charité, le mépris de
l’argent, la prière, etc.
Le mouvement de réforme ne part pas d’en haut (du pape), mais il part
d’en bas (des moines. Un problème se pose alors lorsque l’on part d’en bas : la
diversité des réformes. En effet, étant donné qu’il y a plusieurs “pouvoir d’en bas”,
on va avoir plusieurs mouvements de réforme. Par exemple, dans le Sud-Ouest, on
va avoir un mouvement que l’on va nommer catharisme. Ce mouvement est un
appel à une plus grande pureté. On veut revenir à la pauvreté, essayer de rompre
avec la société dans laquelle on vit. Les cathares vont essayer de transmettre leur
message en opposant le bien et le mal, et sans distinctions (c’est soit bon, soit
mauvais).
Section 2 : La pacification de la société :
La société médiévale est une société violente, car il n’y a plus d’autorité royale
centrale qui maintient l’ordre sur le territoire. Les seigneurs vont maintenir l’ordre
en utilisant des méthodes violentes et on va être confrontés à des conflits entre
seigneurs (guerres privées, vengeance, …). Les moines de Cluny, dès lors qu’ils se
sentent suffisamment forts, vont essayer de rétablir la paix avec des mouvements
de paix.
I- Les mouvements de paix :
L’idée est de faire le travail des autorités laïques, de suppléer à cette autorité. On
va alors appeler cela une paix de suppléance. Ce mouvement va commencer à la
fin du 10ème siècle à l’occasion de quelques conciles (assemblées d’évêques) qui
se réunissent au Puy-en-Velay ou à Charroux. A l’occasion de ces différents
conciles, on va construire l’institution qu’on appelle la paix de Dieu. C’est une
institution qui vient de l’Eglise et qui interdit aux chevaliers et aux hommes de
guerre de s’en prendre à un certain nombre de lieux et de personnes placées
sous la protection de l’Eglise.
Tout d’abord, les chevaliers ont interdiction de se battre près des églises, dans
les églises, les marchées, les foires. Les clercs, les moines, les curés, les
évêques, les paysans, les marchands, les femmes, les enfants, et tous ceux qui ne
sont pas armés sont protégés. Ils sont protégés par l’Eglise, et toute personne
qui ne respecterait pas cette protection peut être excommuniée.
Les moines vont rassembler des assemblées de paix, dans lesquelles ils
rassemblent les seigneurs et exigent qu’ils jurent de respecter la paix de Dieu
sous peine de sanctions religieuses. Or, certains seigneurs ne craignent pas ces
sanctions et violent cette paix de Dieu, donc les évêques vont organiser des
milices paysannes qui doivent faire un rappel à l’ordre au seigneur en le
sanctionnant s’il ne respecte pas son engagement.
L’Eglise met en place un autre dispositif : la trêve de Dieu. C'est l'idée de
sanctuariser des dates et des fêtes. On interdit les violences à certaines dates
(pâques, noël et petit à petit les dimanches et la semaine sainte).
II- Chevaliers et croisés :
Les chevaliers incarnent la violence. L’idée est de canaliser cette violence. On
va donc imposer des règles à ces chevaliers. Ces valeurs, ces règles vont donner
naissance à un groupe beaucoup plus identifié que par le passé. Auparavant, on
devient chevalier très facilement, mais avec cette identification cela va changer.
L’Eglise va essayer de contrôler ce groupe de chevalier, elle va notamment leur
imposer des règles juridiques.
Dans la première moitié du 11ème siècle, l’Eglise crée un nouveau groupe social :
les guerriers, que l’on appelle à l’époque les milites. Ces milites sont distingués
du reste de la société. En mettant en place ces règles, l’église pose ainsi les
origines d’un groupe qui va venir, plus tard, de la noblesse.
L’adoubement va être systématiser. Il permet à une personne d’entrer dans ce
groupe social. L’adoubement devient une cérémonie religieuse. Lorsque le
chevalier est adoubé, il va devoir prêter serment durant lequel il va notamment jurer
de défendre l’Eglise et respecter les règles chrétiennes.
L’Eglise va utiliser la méthode orale pour faire passer des messages. On va
élaborer des histoires de chevaliers dans lesquelles les chevaliers se battent avec
les valeurs de l’Eglise. Une nouvelle forme d’écrit va apparaître : le roman. Ces
romans se multiplient, certains sont célèbres comme “Le cycle du Graal” (table
ronde) et “Tristan et Yseult”. Dans ces romans, on retrouve des chevaliers soumis
aux règles et aux valeurs de l’église.
L’ordre des chevaliers va évoluer au cours du temps et devenir la
noblesse. L’Eglise réussit à rétablir la pacification en formant les 3 groupes : le
clergé, la noblesse et (plus tard) le tiers-état. L’église va alors figer ce
fonctionnement et va organiser la société autour de piliers contrôlés par l’église.
On va alors retrouver une société plus stable. Malheureusement les chevaliers
restent violents. Pour faire face à ses violences, l’église va diriger cette violence
vers ses ennemis.
Dans le proche Orient, les arabes qui avaient conquis Jérusalem avaient
fait en sorte que Jérusalem reste ouverte aux chrétiens pour les pèlerinages. Au
11ème siècle, la puissance arabe s’écroule, vaincue par les peuples turcs d’Asie
centrale qui réussissent à avoir une bonne partie du territoire. Parmi les peuples
turcs, il y a les Seldjoukides, connus pour être particulièrement violents. Ils vont
s'emparer de Jérusalem et des lieux saints, les fermer et interdire le pèlerinage
des chrétiens. Cela va alors provoquer des tensions et l’Eglise se sent assez forte
pour envoyer des chevaliers au proche Orient pour aller reconquérir et rouvrir les
lieux saints.
C’est ainsi que se lancent les croisades. La première croisade est prêchée
par le Pape Urbain 2, il appelle les chevaliers francs à libérer Jérusalem. Les
croisés partent de l’Europe pour se rendre à Jérusalem. Cette première croisade de
1095 va permettre aux chrétiens de conquérir des territoires pour en faire des
états latins d’orient (tenus par des chrétiens) pendant 2 siècles.
Les croisades forment le point culminant de la pacification, car la
violence n’est plus sur le territoire chrétien. Le fait de ne pas aller à une
croisade sera passible de sanction pour les chevaliers. On a une grande
soumission à l’église. Par exemple, les templiers sont des moines soldats, des
clercs chevaliers.
Section 3 : La réforme de l’Eglise :
I- La réforme grégorienne :
La réforme trouve ses racines dans les monastères de Cluny et a été
reprise par le pape. La réforme va alors pouvoir venir d’en haut et il sera plus
facile de réformer tout l’Eglise. Grégoire 7 va donner son nom à la réforme, mais il
n’est pas le seul pape réformateur. Plusieurs objectifs interviennent avec cette
réforme.
A- La primauté pontificale :
C’est le fait, pour le pape, d’être considéré comme le seul chef de l'Eglise.
Il faut alors distinguer la partie Est et Ouest de la chrétienté.
Dans l’Ouest, on considère que le pape a une autorité supérieure sur tous
les évêques, car il est évêque de Rome. On va alors affirmer la primauté
pontificale, c’est de placer le pape au-dessus de tout.
Dans l’Est, dans l’empire byzantin, on considère que le pape est un
patriarche comme les autres. Il y a 5 patriarches : 4 dans l’empire byzantin et 1 à
Rome. Il n’y a pas de patriarche supérieur aux autres. Il y a alors 5 Eglises
autonomes, même si elles sont liées par la même religion. Lorsque le pape de
l’Ouest s’affirme comme supérieur, cela ne se passe pas bien à l’Est, car ils
considèrent qu’il ne l’est pas.
On va avoir des affrontements entre la partie Est et Ouest. Cela va
provoquer le schisme en 1054. Ce schisme sépare l’Eglise d’occident, qui
reconnait l’autorité du pape, et l’Eglise d’orient, qui reconnaît des patriarches.
Cette séparation va créer la religion orthodoxe dans l’Orient.
B- La fin des investitures laïques :
Après le pape Léon 9, qui a affirmé sa primauté, les sociétés suivantes vont
faire en sorte que le pape puisse être élu de manière indépendante des
puissances laïques. Léon 9 a réformé la procédure de nomination du pape.
Le pape Nicolas 2, profitant de la jeunesse du roi Henri 4, qui n’est qu’un
enfant, et donc incapable de s’opposer, va réformer la procédure de nomination
du pape, qui ne sera plus élu par les romains, mais élu par le collège cardinal (des
évêques élisent le pape) qu’on appellera le Sacré collège. Ils vont se réunir dans
une salle fermée à clefs (un Conclave) pour élire le nouveau pape par vote. Dès la
mort de Nicolas 2, cette procédure va prendre forme.
Grégoire 7 va aller un peu plus loin, pour lui on ne peut pas se contenter de
l’indépendance du pape, mais il faut aussi que l’église soit indépendante. Il faut
donc faire ne sorte que les évêques eux aussi soient nommés par l'Eglise sans
subir l'intervention des puissances laïques. On appelle cette nomination par l’Eglise
l’investiture. Un évêque est investi par le clergé et le peuple. Un évêque reçoit ses
pouvoirs du pape, qui affirme son statut et leur attribue les pouvoirs d’évêqu es.
Un clerc qui tiendrait ces fonctions d’un laïque, d'un non-clerc, ne pourrait pas
continuer à exercer sa fonction religieuse. Cette interdiction, le pape Grégoire
l’assortie d’une sanction sévère : la déposition.
Un conflit éclate lorsque l’empereur Henri 4, qui est maintenant adulte, voit
un danger dans l’organisation politique. Le pape, voyant qu’il y a une résistance va
enfoncer le clou par un texte qui s’appelle les Dictatus Papae (1075). Dans ce texte,
le pape Grégoire réaffirme l’investiture ecclésiastique des clercs et entre alors
en conflit direct avec l’empereur. Il reprend une vision ancienne de la supériorité
des questions religieuses sur les questions politiques. Il déduit qu’il est supérieur
aux rois ou aux empereurs et qu’il est en mesure de renverser les rois qui
s’opposent à ses ordres.
Le pape se présente alors comme souverain de la société chrétienne,
c’est la théocratie pontificale.
II- Les conséquences de la réforme :
Grégoire 7 va reprendre la doctrine de Gélase disant que le pouvoir
religieux est au-dessus du pouvoir politique.
Les clercs vont trouver des arguments pour renforcer le pouvoir
religieux. C’est le cas de Saint-Bernard de Clairvaux qui va développer la théorie
des deux glaives. Dans cette idée, Jésus a remis 2 glaives, l’un représentant le
pouvoir spirituel et l’autre le pouvoir temporel. Le pape et le roi sont les héritiers de
ces glaives. Dans les évangiles, lorsque Saint Pierre, qui détient l’épée pour
défendre Jésus, dégaine son épée, Jésus lui demande de la ranger. Pour Bernard
de Clairvaux, c’est la preuve que celui qui détient le pouvoir politique est
soumis à celui qui détient le pouvoir religieux, donc le roi est soumis au pape.
Cette logique là c’est la théocratie pontificale, qui est en opposition avec la
théocratie royale de Charlemagne.
On va avoir un conflit entre le pape Grégoire 2 et l’empereur Henri 4, qui ne
tolère pas cette manière de voir les choses, débouche sur la soumission d’Henri
4 au pape. Un compromis sera fait dans un traité de paix : le Concordat de
Worms en 1122 entre le pape et le fils d’Henri 4, Henri 5. Ce texte prévoit un
partage en matière d’investiture. Le pape investira régulièrement l’évêque, et le
roi, l’empereur investira des fonctions publiques pour les évêques. C’est la
double investiture des évêques.
Séance 9 : Les prodromes de la renaissance de l’Etat
(2) : Les villes, laboratoires de l’autorité publique :
Section 1 : Communautés urbaines de l’an 1 000 :
On avait des villes assez importantes à cette époque (Nemausus par exemple).
L'empire romain était une civilisation urbaine. Lorsque les germains sont entrés
dans l’empire et se sont emparés de l’empire, ils ont amené un autre mode de vie,
plutôt rural et nomade. Les villes les plus importantes voient alors leur nombre
d’habitants se réduire drastiquement (on peut passer de 20 000 à 4/5 000). A
l’intérieur des murailles romaines, on a des endroits qui ne sont plus habités. La ville
romaine est plus grande que la ville médiévale. On va toucher le fond aux alentours
de l’an 1 000, puis on assiste au redémarrage de ces villes.
Avant le retour de la paix, établit par l’Eglise, les villes étaient la cible des
voleurs car c’était un rassemblement de richesses et de biens. Un autre élément qui
joue un rôle là-dedans est le changement climatique entre le 10ème et le 11ème
siècle. En effet, après avoir eu un rafraichissement de l’air vers le 10ème siècle
(qui a entrainé une baisse du nombre de récoltes), on assiste à un
adoucissement de l’air vers le 11ème siècle qui va donc augmenter le nombre de
récoltes. On produit alors plus qu’avant, il y a moins de mortalité car les gens
mangent mieux.
Ces 2 éléments permettent un redémarrage démographique. Cette
augmentation de la population se fait surtout en campagne, donc les gens se
dirigent vers les villes qui ont alors retrouvées une activité commerciale. Avec ce
regain démographique, on se retrouve coincés dans des remparts devenus trop
petits pour accueillir cette population. Durant la période médiévale, on a en effet
réduit la taille des remparts car les anciens remparts romains étaient souvent
détruits. On va alors voir des villages se modifier, on va garder un “centre-ville”
dans les remparts, puis des habitations dans la périphérie (riches au centre).
On voit aussi se créer de nouvelles routes commerciales qui vont relier les
principales villes de chaque pays (les routes relient surtout “l’Allemagne” et
“l’Italie”). La France est un peu mise à l’écart dans ces routes, mais le comte de
champagne va créer des foires permettant aux flamands et aux italiens de
commercer ensemble sous couvert d’un seigneur. Cet âge médiéval est un âge
d'or pour les développements commerciaux.
Les évêques sont des puissances politiques et religieuses. Ils sont
souvent des seigneurs. Ils voient alors affluer une population comme les chevaliers,
les marchands, les artisans, etc. Le terme bourgeois apparaît alors et généralise
les habitants des villes. L’ensemble des bourgeois est une puissance
économique, mais pas politique : le pouvoir est détenu par l’évêque. Plus on
avance, plus le décalage se produit entre les détenteurs du pouvoir économique
et ceux qui détiennent le pouvoir politique.
Sections 2 : L’émancipation urbaine :
I- Les acteurs de la renaissance :
Les nouveaux habitants sont de plus en plus demandeurs de cette
émancipation car ils ne sont pas habitués à la gouvernance de l’Eglise.
Les bourgeois vont former des associations d’entraides qui prendront des
noms différents selon les endroits : les Ghildes, les Hanses, les Communes. Ce
sont des associations dans lesquelles les bourgeois se soutiennent entre eux.
Cette entraide peut aussi être tournée contre le seigneur, ils peuvent s’unir
contre le seigneur. Va alors se créer un autre rapport de force à l’avantage des
bourgeois qui s’allient pour pouvoir faire pression sur le seigneur (“l’union fait la
force”).
On va avoir une coexistence entre bourgeois et nobles. Les chevaliers
(nobles) vont s’installer dans les arènes, ils vont former des sortes de châteaux dans
les arènes.
On va alors assister à un concours de celui qui a la plus grosse construction.
II- Les modalités de la renaissance :
Les gens à cette époque veulent avoir le plus d’argent possible. On va avoir des
chartes sur l’organisation de la commune : les chartes communales.
Section 3 : Les nouvelles organisations municipales :
I- La communauté municipale :
A- Les villes à l’autonomie importante : Communes et consulats
:
Ces villes importantes, on les retrouve notamment dans le sud. Parmi les villes
importantes du Sud de la France, on retrouve Nemausus, Arles, Montpellier. Ces
villes vont se voir reconnaître une personnalité morale. A l’époque, on ne parle pas
de personne morale, mais d’universitas, c’est la communauté. Ces universitas sont
basées sur un serment. Pour faire partie de la communauté, les citoyens doivent
prêter serment. Ce serment est un serment d’entraide mutuelle : “je jure d’aider
les autres citoyens difficulté”.
En pratique, on va avoir des noms variables pour ces communautés :
Communes, Consulat. L’idée de commune renvoie à l’idée de mise en commun.
Dans le sud de l’Europe, on retrouve le terme de consulat. Les villes s’inspirent du
fonctionnement romain, elles sont gouvernées par des consuls comme à l’époque
romaine. On retrouve aussi le terme de res publica dans le Sud de la France. La res
publica est la chose publique. Ces villes vont prendre le terme qui désignait Rome
avant.
B- Les villes à l’autonomie moindre : Franchise et prévôté :
Le terme prévôté est utilisé dans le Nord de l'Europe et le terme de franchise est
utilisé dans le Sud de la France. Dans ces villes, il y a une autonomie qui est
beaucoup moins forte. Dans ces villes (petites villes ou villages), on a toujours un
représentant du seigneur qui loge dans la ville (prévôt ou viguier). On va alors
avoir des syndicats qui représentent le peuple devant le seigneur (notamment
qui représentent les bourgeois).
II- Les structures municipales :
A- L'assemblée des habitants :
Cette assemblée sera assemblée générale ou parlement (endroit où l’on va parler,
discuter). On exclue les pauvres, les enfants, les femmes, les esclaves de cette
assemblée. On comprend alors seulement les personnes qui participent
vivement à l’économie de la ville.
B- Le conseil municipal :
Il prend des noms assez différents, on retrouve surtout le terme de sénat. Il est
composé de grandes familles, c’est une oligarchie.
C- Le gouvernement municipal :
C’est une équipe qui va gouverner la ville. C’est une sorte d’exécutif. Les
personnes y participant vont avoir des noms différents selon les endroits : échevins
(Nord) ou consuls (Sud). On retrouve une personne qui va présider ce
gouvernement.
Le mayor (maire), le premier des échevins, dans le Nord.
Dans le Sud, on va parfois faire appel à un magistrat étranger qui va se
placer au-dessus des consuls. Les chevaliers ne vont pas forcément arriver à
s’entendre, dès lors on va faire appel à un magistrat extérieur nommé le dictateur.
III- Les fonctions municipales :
Elles sont souvent déterminées par un document écrit. Le 12ème siècle est
marqué par l’écriture, on écrit beaucoup plus. L’essentiel des pouvoirs se
retrouve alors dans la charte. La charte est donnée au seigneur (villes avec le
plus d’autonomie) ou alors donné par lui-même (villes avec le moins d’autonomie).
Dans les villes avec une plus large autonomie, elles vont-elles-mêmes venir
créer un ensemble de règles. Cet ensemble de règle sera réunis dans un écrit qui
va donc préciser les règles s’établissant dans les villes. Ce sont des statuts
municipaux, établis par l’organisation municipale elle-même. Elle élabore son
propre droit, ses propres règles juridiques et le seigneur n’a pas son mot à dire,
il est mis de côté.
Dans les villes avec moins d’autonomies, le seigneur se réserve la haute
justice. Le seigneur s’occupera alors de la justice de sang (cas où le sang doit
couler lors de la sanction) et l’administration s’occupe de la petite justice.
Dans les villes avec la plus grande autonomie, l’administration gère la
haute et la basse justice.
On a la reconnaissance de la gestion d’un patrimoine. Les villes peuvent
alors agir en justice car elles ont la personnalité juridique. Pour les villes
autonomes, bien plus de droits sont effectifs. Elles peuvent par exemple créer
leur propre droit, avoir des relations avec les puissances voisines, créer des
traités avec d’autres villes (traités commerciaux, traités de paix, etc.), frapper leur
propre monnaie, prélever des impôts. Ces villes avec une grande autonomie se
comportent presque comme des petits états. Cela va alors inventer le mode de
gouvernement des états.
Section 4 : Les villes et le droit :
I- Le besoin de droit :
Lors du redémarrage de ces villes au cours du 11ème siècle, le droit qui
s’appliquait était la coutume. La coutume est une source de droit très souple,
mais elle se forme de manière lente. Les villes se développent rapidement aux
alentours du 11ème et 12ème siècle et font naître de nouveaux besoins. Il faut
alors un droit précis et compris par tout le monde. La coutume est alors
insuffisante. En grossissant, les villes font apparaître des problèmes, notamment
au niveau hygiénique. Les statuts municipaux sont ces règles que les villes
élaborent elles-mêmes pour faire face à leurs besoins.
On a des coutumiers qui voient le jour, des mises par écrit des coutumes.
L’intérêt est de rendre la coutume plus précise. Cela va alors permettre d’avoir
une certaine universalité de la coutume. Un coutumier connu est celui écrit par
Philippe de Beaumanoir. Il a mis par écrit les coutumes, il a ensuite offert ces écrits
au roi.
II- Le renaissance et le triomphe du droit romain :
Le droit romain avait été rassemblé sous un ensemble de livres : le
corpus juris civilis (composé du code de Justinien, du Digeste, des institutes et
des novelles). Ce droit s’était appliqué à Constantinople. Les différentes parties
vont être conservées et réécrites, notamment par les wisigoths. Par ce biais-là, le
droit romain s’est maintenu, notamment dans le Sud, puis il s’est éteint. En Italie
du Nord, on va conserver ce droit romain, même si on ne va pas l'appliquer, on va
utiliser ce droit pour apprendre car c’est un droit d’une grande qualité.
Le développement des villes et le besoin d’un droit universel pour les
marchands arrivent en même temps que la réforme grégorienne. Tout le monde va
alors chercher dans les bibliothèques pour chercher des arguments pour justifier ses
besoins et ses envies. On retrouve un intérêt pour ce droit romain, notamment les
commerçants vont y voir beaucoup d’intérêts car il y aurait un seul droit
applicable de partout. On assiste alors à la renaissance du droit romain. La ville
qui incarne cette renaissance est la ville de Bologne.
On considère que le premier des enseignants romains est IRNERIUS. Cet
enseignement spécial de droit romain va s’appeler la Glose. C’est une méthode
d’enseignement du droit. Elle va donner son nom aux glossateurs, ceux qui
enseignent la glose. Parmi ces glossateurs, certains essayent de trouver des
moyens de mieux utiliser le droit romain et de le rendre applicable. On écrit
alors des résumés, des summa (deviendra sommaire plus tard). C’est un résumé
des gloses qui permet d’avoir l’état du droit sur un sujet donné. Ces
glossateurs appliquent la méthode de la dialectique : on prend 2 positions
différentes, on les oppose, puis on essaye de trouver une 3ème proposition. On
peut comparer ce système à certaines dissertations : thèse, antithèse, synthèse.
Cette méthode dialectique est utilisée pour enseigner. Cela va donner lieu à des
disputatio. Durant ces disputatio, 2 élèves vont argumenter pour 2 propositions
opposées.
L’école des glossateurs va être débordée, puis remplacée durant le 13ème
siècle. Cette méthode va se développée en France dans un premier temps. Cette
méthode est la méthode des postglossateurs. Les postglossateurs veulent
appliquer le droit romain à la société dans laquelle ils sont, ils vont alors venir
créer du droit. Ce mouvement est à l’origine de notre droit actuel.
Ce droit romain se diffuse rapidement. La diffusion du droit romain suit les
voies commerciales, cela montre alors que le commerce est très important dans
le droit. Ce droit va s’étendre principalement dans le midi et va laisser place aux
pays de droits écrits (le droit romain). Au Nord, on a les pays de droits
coutumiers (le droit romain n’est pas mis de côté, mais le droit est ici
essentiellement oral).
Séance 10 : Le miracle capétien :
Section 1 : Une royauté faible mais légitime :
I- Le roi-seigneur :
A- La faiblesse royale :
Cette faiblesse est liée au territoire soumis au roi. Certains territoires tenus par
des Grands (seigneurs), qui doivent hommage et fidélité au roi, mais qui ne lui
obéissent pas forcément. Certains territoires échappent alors au roi. Le roi est
un seigneur parmi d’autres, il est loin d’être le seigneur le plus puissant.
Les capétiens se caractérisent par un grand pragmatisme. Le roi va alors
reconstituer une forme d’autorité, non pas en passant par la violence, mais en
passant par la diplomatie. Par exemple, il va intervenir dans des conflits pour
habituer le peuple à son apparition et ses décisions, ou bien les mariages qu’il
organise.
B- L'entourage royal :
On voit disparaître les grands détenteurs d'honores de l'entourage du roi, ils
rendent de moins en moins visite au roi et finissent même par ne plus lui rendre
visite du tout. Dans les années 1020, la cour du roi est composée de
personnalités d’assez basse extraction, des petits nobles. Ces nobles vont former
la familia regis (ce n’est pas la notion de famille ici, mais plutôt de familiers), on
appelle aussi cela la mesnie royale. Cette mesnie royale est en même temps un
regroupement domestique pour le roi et aussi un regroupement de ceux qui
exercent l’administration du royaume. Ils sont beaucoup plus loyaux et fidèles
que la grande noblesse, car ils ont une origine relativement modeste, et ne seraient
alors rien sans le roi.
II- Un roi légitime :
A- Le sacre :
Le sacre est une tradition qui remonte, pour la France, aux carolingiens. Ce sacre
donne au roi une valeur divine, ce sacre revient à l’expression du choix divin. Le
sacre vient matérialiser l’élection divine du roi. Cela donne alors un charisme au roi,
il n’est pas une personne comme les autres. Il faut rappeler que l’on se situe ici dans
une société très croyante.
A cette époque, il faut “voir pour croire”, il est alors nécessaire d’avoir une
traduction matérielle de cette volonté divine. Le roi va donc devoir faire des
choses exceptionnelles, avoir des pouvoirs extraordinaires. Le 2ème roi de la
dynastie des capétiens (Robert II le Pieu) aurait alors eu des pouvoirs
guérisseurs. Pour les gens de l’époque, ces dons de guérisseurs sont des dons de
Dieu. Les rois suivants vont alors prétendre qu’ils ont un pouvoir de guérison
sur une certaine maladie : la maladie des écrouelles. Cette maladie est une
maladie de peau qui guérit d’elle-même. On va alors avoir une série de malades
qui vont se présenter devant le roi pour se faire guérir, que ce soit pour les
écrouelles ou non. Les personnes atteintes des écrouelles vont guérir et, avec la
bouche à oreille, le pouvoir de guérison du roi sur les écrouelles se propage alors.
Une cérémonie est donc mise en place pour guérir ces écrouelles. Dans cette
cérémonie, il est alors dit que “Le roi te touche, Dieu te guérit”. Ce pouvoir de
guérison est un pouvoir thaumaturge, les rois ayant ce pouvoir sont des rois
thaumaturges. Cette pratique va continuer jusqu’au 18ème siècle.
Le sacre a très souvent lieu dans la cathédrale de Reims, elle va devenir la
cathédrale des sacres. Reims est choisie, car elle a une place particulière dans
l’histoire des rois francs, c’est dans cette ville que Clovis s’est fait baptiser.
Certains rois ne seront pas sacrés à Reims, mais la plupart le seront. Le privilège
rémois est le privilège que l’on attribue à l’archevêque de Reims, c’est ce privilège
de sacrer le roi. Ce privilège est lié à une tradition venant du baptême de Clovis,
selon laquelle, Clovis aurait été baptisé par une huile sainte, amenée du ciel par
une blanche colombe. C’est cette huile sainte qui va venir sacrer les rois, elle est
conservée dans la Sainte-Ampoule, dans laquelle l’huile se régénère.
Au 11ème siècle, ce sacre va être plus organisé, plus structuré que par le passé.
La cérémonie devient alors plus précise et plus organisée. Chaque moment va alors
avoir sa signification.
- Dans un premier temps, on a la promesse de celui qui va devenir roi.
C’est l’engagement du roi de respecter et défendre l’Eglise et les
détenteurs d’honores (comme dans les accords de Coulaines). Le roi
promets alors qu’il va maintenir les détenteurs d’honores dans leurs honores,
sauf si ces derniers commettent une faute.
- Dans un second temps, la désignation de celui qui va devenir roi :
l’électio. Il est alors présenté aux personnes présentent dans la
cathédrale. Généralement les personnes présentent sont des aristocrates,
des gens d’Eglise. Cette désignation va avoir un double sens : la désignation
divine et la tradition franque (le roi est le chef du peuple, donc le peuple
choisi le roi).
- Dans un troisième temps, on va avoir le sacre au sens strict : l’Onction.
C’est alors le moment où l’archevêque de Reims dépose de l’huile sur le
front du roi. C’est ici la matérialisation du choix divin.
- Dans un dernier temps, on a la remise des regalia au roi. Les regalia sont un
rassemblement d’objets ayants chacun une signification.
• L’anneau, symbolisant l’union entre la personne et le pouvoir royal.
• L’épée, qui renvoie alors à l’histoire des 2 glaives, c’est alors l’épée
qui permet de frapper les ennemis au nom de Dieu.
• La couronne, l’idée est de faire perdurer la couronne tandis que les
représentants qui passeront sous la couronne von t changer, on va
alors avoir la théorie de l’immortalité de l’état.
• Le sceptre, il incarne l’autorité, le pouvoir de donner des ordres.
• La main de justice, elle montre que le roi est le détenteur de la
justice.
Ce sacre s’inscrit dans la continuité de l’époque carolingienne, même si les
capétiens ont renversés les carolingiens.
Dès lors qu’une personne est sacrée, elle est protégée. S’en prendre à une
personne sacrée est un sacrilège et relève aussi bien de la justice divine que de la
justice terrestre.
B-Hérédité et primogéniture :
Hugues Capet est appelé à l’aide par le comte de Barcelone, quelques mois après
son sacre, il va alors dire qu’il va se rendre à Barcelone pour aider le comte. Il va
utiliser cela pour pousser au sacre de son fils (Robert le Pieux). Il va faire sacrer
Robert, alors que lui-même est encore vivant, on va alors avoir 2 rois. Cela est
mis en place pour toujours avoir un roi légitime à Paris, même si Hugues Capet
doit partir. C’est le premier sacre anticipé de l’époque capétienne. On va alors
avoir 2 rois : un rex coronatus (le roi couronné) et un rex designatus (le roi
désigné, mais pas couronné, il est alors quand même légitime). Ainsi, si jamais il
arrive malheur au couronné, il n’y aura pas de vacances du trône. Ce sacre
anticipé n'est pas une nouveauté, car Pépin le Bref avait fait sacrer ses 2 fils
(Charles I (Charlemagne) et Carloman I). Hugues Capet fait alors en sorte qu’il n’y
ait pas d’élections après sa mort, pouvant affaiblir le pouvoir royal. Cela assure une
succession héréditaire du pouvoir.
Sur une dizaine de générations, les capétiens vont avoir au moins 1 fils à chaque
fois, cela sera appelé “miracle capétien”. Entre 987 (prise de pouvoir par Hugues
Capet) et 1316 (mort de Jean I), il y avait systématiquement un fils dans la famille
capétienne. Pendant 7 générations, on va avoir ce système de succession
héréditaire, où les capétiens vont donc faire sacrer leur fils avant leur mort. Au bout
de ces 7 générations, cette succession héréditaire est ancrée dans les mœurs, et
il n’est alors plus nécessaire pour les capétiens de sacrer leur fils avant leur
mort. C’est Philippe II qui va considérer que la dynastie capétienne n’a plus
besoin de se sacre.
Se pose alors la question de savoir, dans le cas où il y aurait plusieurs fils, qui
sera sacré. Robert II va sacrer son fils ainé (Hugues de France), or ce dernier va
décéder avant son père. Après Hugues, il y a 2 fils restants, Robert et sa femme ne
se seront pas d’accord sur qui va devenir le roi. Robert impose alors son choix, qui
est un choix de bon sens, en choisissant de sacrer le plus vieux des 2 fils. En
sacrant le plus vieux, il n’y a pas de débat possible. Se rajoute à cela une valeur
divine. En effet Dieu a décidé de l’ordre des naissances, c’est alors dans l’ordre
des naissances que l’on va donner la succession. Cette règle veut que devienne
roi, à la suite de son père, le premier né, le plus vieux.
C- La pacification du royaume :
Le rôle pacificateur du roi s'inscrit dans le ministerium regis, le service que le roi
doit à son peuple, consistant à assurer la paix dans le royaume. L’Eglise va
suppléer le roi sur ce devoir durant un certain temps. Louis II dit le Jeune règne
dans une période où le roi peut avoir de plus grandes ambitions, car il a plus de
“crédit” vis-à-vis du peuple. Louis VII va alors considérer qu’il peut reprendre ce
rôle pacificateur et va utiliser la Constitution de Soisson (1155) pour poser des
règles. Dans cette constitution, il est prévu une paix, une trêve de 10 ans dans
l’ensemble du royaume. Le problème est ici que le roi n’a pas une autorité
suffisante pour poser ces règles, il faut alors que les grands aristocrates jurent
d’appliquer l’ordre du roi pour que cet ordre fonctionne. Henri Plantagenêt est le
plus grand aristocrate, il ne donne pas son accord pour cette constitution, ce qui va
faire que la constitution ne va pas s’appliquer. Ici, il est intéressant de voir que le
roi regagne quand même de la confiance. Après Louis VII, les rois vont alors
faire régner la paix de manière plus pragmatique, en imposant une durée moins
longue, un plus petit territoire.
La première règle appliquée est la Quarantaine-le-roi. C’est une obligation dans
laquelle, lors d’un litige entre 2 personnes, le roi oblige à respecter un temps de
40 jours pour répliquer, pour appliquer une vengeance. Le roi espère alors que
ces 40 jours vont servir à lancer une discussion à l’amiable, de calmer les
ardeurs. Celui qui violerait la quarantaine serait alors passible de sanctions venant
de la justice royale. Cela est un moyen pour “imposer la justice”.
La deuxième règle est l’asseurement. Cet asseurement est un pacte de non-
agression conclu entre 2 personnes (souvent des nobles). S'il y a un quelqu’un
qui brise ce pacte c’est un “bris d’asseurement”, il va y avoir une sanction de la
justice royale.
La troisième règle est la sauvegarde royale. Certaines personnes et certains
lieux sont placés sous cette sauvegarde royale, on retrouve la famille royale, les
personnes ayant aidées le roi, les villes qui rendent des services au roi. Si
quelqu’un attaque ces endroits, où ces personnes, il sera sanctionné de
manière sévère.
Ces différentes règles habituent les gens à ce que la paix soit une compétence
du roi, et non plus de l’Eglise. Le roi s’impose alors comme autorité supérieure
et tout ce qui sera fait contre son autorité sera qualifiée de Lèse-Majesté, lorsque
l’on porte atteinte à l’autorité royale, on commet un acte de lèse-majesté. C’est
un moyen pour le roi d’imposer la paix. Ce crime renvoie au terme de majesté
(majestas en latin), c’est le fait que le roi se retrouve au-dessus de l’ensemble de
la population. Il se détache alors du peuple et doit être particulièrement respecté.
Section 2 : Du roi seigneur au roi suzerain :
I- La conquête de la suzeraineté :
A- La soumission féodale du domaine royal :
Louis VI impose les obligations vassaliques. Il ne laisse pas passer le moindre
écart par rapport au principe féodo-vassalique, sinon il pourrait être attaqué. Pour y
parvenir, il va mobiliser ceux qui lui sont fidèles pour aller sanctionner un
seigneur peu fidèle, un peu révolutionnaire. Ces chevaliers fidèles vont se voir
doter de symbole montrant qu’ils ne se battent pas pour n’importe quel seigneur,
mais pour le roi. Un de ces symboles est l’Oriflamme, elle est sortie par les
capétiens en cas de grand dangers, si elle est sortie c’est que le peuple est en
danger. Un autre symbole est le cri de l’armée française : “Montjoie ! Saint Denis
!”.
Ces symboles montrent que l’armée royale n’est pas une armée comme les
autres.
Le fief-rente est utilisé à l’époque de Louis VII, c’est un fief qui se traduit par la
remise d’une rente, une somme annuelle au vassal. Cette somme d’argent doit
alors permettre au vassal de vivre, de remplir sa fonction vassalique. Il est plus
facile de mettre fin à un fief-rente qu’à un fief sous forme de terre, en plus de cela,
le seigneur n’aura pas à diviser son territoire.
B- la soumission féodale des princes territoriaux :
Une fois que le roi est le maître dans son domaine, il va tourner les yeux vers le
reste du royaume. Il va alors essayer de soumettre les grands princes. Louis 7 va
se heurter à Henri Plantagenêt, une trop grande puissance pour le roi de France,
mais il va essayer d’affaiblir les princes. Il va notamment intervenir le plus souvent
possible dans des conflits pour habituer les vassaux éloignés à sa présence. Le
roi va bénéficier d’un appui théorique intéressant : celui de l’Abbé Suger. Il est un
des plus grands personnages du 12ème siècle, il est le principal conseiller de
Louis 6 et aussi le biographe de ce dernier.
A la mort de Louis 6, Suger va protéger Louis 7 car ce dernier est jeune.
Suger va essayer de trouver des arguments permettant de renforcer le pouvoir
royal. Un de ces arguments va être la théorie de la mouvance des fiefs, cela vient
du latin movere, à prendre au sens de “venir de”. Cette théorie considère que tous
les fiefs sont un morceau d’un territoire plus grand. Avec cette théorie-là,
chaque personne détenant un territoire dépend alors d’une personne et
indirectement du roi, qui est au sommet de cette hiérarchie.
Un roi, Philippe II, va même recevoir le titre d’Auguste. Il est considéré
comme le premier roi de France. Il veut mettre en pratique les principes de
Suger, et il bénéficie de circonstances plus favorables, notamment la mort d’Henri
Plantagenêt qui laisse ses fils derrière lui : Richard Cœur de Lion et Jean sans
Terre. Richard sera un bon seigneur, mais il va très vite mourir. Jean va alors se
retrouver au pouvoir, et en conflit avec Philippe Auguste. Ce conflit provient d’une
histoire féodale, un vassal de Jean va se plaindre au roi (car Jean est vassal du
roi), comme il est prévu dans le droit. Le roi Philippe va alors prononcer la
commission des terres de Jean, Jean n’aura alors plus de terre, Jean refuse cela
et Philippe va alors entrer en guerre pour récupérer ces terres. Philippe Auguste
va gagner cette guerre et Jean va se retrouver sans terre, d’où son surnom.
Philippe Auguste pose alors problème aux autres rois européens, car il
devient très puissant. Jean sans terre et l’empereur germanique (Otton de
Brunswick) vont alors s’allier et attaquer la France en même temps des 2 côtés
(Jean à l'Ouest et Otton à l'Est). Le fils de Philippe Auguste (Louis 8) va aller
défendre le côté Ouest, et Philippe le côté Est. Louis 8 remporte la victoire le 2
juillet 1214 lors de la bataille de La Roche-aux-Moines. Quelques jours plus tard, le
roi Philippe Auguste bat l’empereur germanique. Philippe Auguste apparaît alors
comme une puissance incontestable dans l’Europe.
C- Le roi au sommet de la pyramide féodo-vassalique :
Le roi ne se contente pas de soumettre les vassaux, il va alors chercher à
s’imposer au sommet de la pyramide. Pour cela le roi va alors user de plusieurs
techniques :
- Hommage prioritaire. Lorsque le roi reçoit un nouveau vassal, et que ce
vassal est déjà engagé dans un lien vassalique, le roi va imposer que
l’hommage lui étant rendu soit prioritaire sur les autres hommages.
L’hommage prêté au roi est toujours supérieur à un autre hommage.
- La clause de réserve universelle de fidélité. Cette clause pose un nouveau
principe : lorsqu’un vassal rend hommage, il ne peut s’attaquer au roi et
cela même si le seigneur, à qui le vassal a rendu hommage, s’attaque au roi.
Cette clause est exprimée par un adage : “contre le roi, hommage ne vaut
rien”. Le roi possède alors une protection.
II- Le dépassement du système féodo-vassalique :
Suger était le seigneur de Saint-Denis, il possède alors aussi les terres du Vexin. Le
roi de France va, par les aléas des successions, récupérer les terres du Vexin et en
devient le seigneur. Hypothétiquement, le roi devrait alors rendre hommage à Suger,
un autre seigneur. On pourrait se dire que le roi peut refuser le fief, mais si le roi
récupère un fief d’un seigneur qui n’accepte pas et qu’il ne prête pas hommage,
alors il se retrouve dans une position délicate car cela laisse la possibilité à ses
adversaires de gagner de l’argent. Le roi peut aussi se débarrasser de ses
obligations vassaliques en versant de l’argent, mais il sera toujours en position
d’infériorité.
Suger va alors indiquer que le roi n’a pas besoin de rendre d’hommage,
étant roi, il ne peut alors pas prêter hommage à quelqu’un d’autre. Un adage va
alors apparaître, suite à cette décision de Suger : “Le roi ne doit tenir de nul”, il est
au sommet de la hiérarchie. Si le roi se trouve dans une situation où le seigneur
n’accepte pas que le roi ne prête pas hommage, le roi va alors nommer un vassal
proche, à qui il fait confiance, pour prêter hommage à sa place.