État du Système Éducatif en Mauritanie
État du Système Éducatif en Mauritanie
l’éducation .......................................................................................................................................................41
II. Analyse détaillée des dépenses courantes d’éducation de l’année 2008 .................................45
III. Les dépenses des ménages pour l’éducation de leurs enfants ...................................................56
A. Les acquis des élèves du fondamental mesurés à travers le niveau de couverture des
Programmes ........................................................................................................................... 66
II.2.2.2. Les facteurs qui agissent sur les acquisitions des élèves à l’enseignement fondamental..... 71
II. L’investissement en capital humain : un impact élevé sur le développement social ...........88
SN/2010/PI/ED/H/3
2
Chapitre 6 : L’équité dans les scolarisations et la distribution des ressources publiques
pour l’éducation .............................................................................................................................................94
III. La répartition des ressources publiques au sein d’une génération ...................................... 106
II. Analyse des économies d’échelle dans la production scolaire ................................................. 120
3
Avant Propos
Ce Rapport d’Etat du Système Educatif est la quatrième étude sectorielle après l’une réalisée en 1986,
une seconde réalisée en 2000 et une autre en 2006. Il est spécialement pertinent de mentionner l’étude
de 2000, car elle avait conclu que si le système avait certes réalisé des progrès quantitatifs très
significatifs depuis 1985, il était aussi confronté à des problèmes structurels importants qui ne
pourraient qu’handicaper les évolutions ultérieures. Le diagnostic établi alors avait été d’une certaine
façon bien accepté; le moment avait d’ailleurs d’autant plus été propice pour l’établissement d’une
politique éducative nouvelle que le Gouvernement envisageait alors une réforme majeure de son
système, tant dans sa structure que dans sa dimension linguistique avec la perspective d’un système
unifié et bilingue, Arabe et Français.
C’est dans ces circonstances qu’a été élaboré par le Gouvernement un plan décennal pour le
développement du système, le PNDSE, celui-ci ayant commencé à se mettre en place en 2002. Notons
qu’un contexte, par certains aspects, favorable à la mise en place de ce nouveau programme a été
l’importance du financement extérieur qui a été mobilisé, tant dans le contexte de l’initiative pour la
réduction de la dette que sous forme d’appui projets substantiels de plusieurs partenaires techniques et
financiers (dont la Banque Mondiale, La Banque Islamique de Développement et la Banque Africaine
de Développement).
Dans ce contexte, ce rapport d’état du système éducatif mauritanien n’est pas simplement une mise à
jour des données et des analyses conduites 4 années auparavant, il devient un élément d’évaluation
des progrès réalisés et des difficultés rencontrées dans la première phase de mise en application du
plan décennal dans une perspective dynamique de pilotage. Il y a par ailleurs deux raisons
complémentaires pour lesquelles ce diagnostic va sensiblement au-delà de la mise à jour du rapport
antérieur. La première est qu’il a été possible de cibler de façon beaucoup plus pertinente les résultats
obtenus par le système en mobilisant des données d’enquêtes récentes telles que l’EPCV et l’ERAM
2008. Celles-ci ont fourni des informations complémentaires aux observations de 2006 sur la
distinction des facteurs d’offre et de demande dans l’explication des scolarisations, la prise en compte
de la dimension pauvreté dans l’analyse des disparités scolaires, et l’impact de l’éducation dans la
sphère socio-économique. La seconde raison qui distingue ce rapport des précédents et le fait qu’il
soit le travail d’abord d’une équipe nationale formée à cet effet.
Enfin, ce rapport arrive dans un contexte favorable, à un moment où le système éducatif fait l’objet de
questionnement tant sur le plan de sa qualité, de sa pertinence ou de son coût. Ce rapport servira à
enrichir les discussions, à alimenter la réflexion et contribuera sans nul doute à répondre à certaines
questions à un moment où l’école doit impérativement reconsidérer ses objectifs, ses méthodes et ses
moyens pour s’adapter rapidement aux systèmes de production et de travail.
1. Remerciements
4
Ce rapport a été produit sur la période comprise entre les mois de janvier 2009 et de mars 2010 par
une équipe Nationale mise en place à cet effet. Les premières étapes de ce travail tant sur le plan de la
collecte, de l’analyse des données ont été assurées par cette équipe. Dans un second temps, et dans le
souci de garantir à ce travail toute la rigueur scientifique, l’équipe du pôle de Dakar a été sollicitée
pour à la fois sa finalisation sur certains aspects mais aussi la vérification de certaines données et sa
relecture globale.
L’équipe nationale, coordonnée par Madame Oumou Seleme mint Cheikh, Directrice des Stratégies,
de la Planification et de la Coopération du Ministère de l’Education Nationale, était composée de
nationaux du Ministère de l’Education Nationale et du Ministère des Affaires Economiques et du
Développement avec l’appui technique et scientifique du Pôle de Dakar (UNESCO/BREDA).
Ahmed Ba Abderrahamne
Ahmed Ould Haddad
Djibi Thiam
Elhadj Ould Rabani
Horma Ould Hamoud
Mohamed Abderrahmane Ould Mohamed Danabja
Mohamed Salem Ould T’feïl
Mohamed Vall Ould Ahmedou
Nos remerciements vont également à l’UNICEF dont la contribution à travers Monsieur Nicolas
Reuge, chargé du Programme Education a été d’un grand apport.
5
Chapitre 1 : Le cadre macro-économique et
démographique
• La population mauritanienne a presque doublé en moins d’un quart de siècle. Elle offre
deux caractéristiques fondamentales : i) une majorité de résidents en zones rurales
dispersés sur un immense territoire; et ii) une structure jeune qui pèse sur le système
éducatif.
• Les dépenses courantes d’éducation sont en augmentation (18,4% des dépenses courantes
de l’Etat (hors dette) en 2008). Les dépenses d’éducation par rapport à la population 6-15
ans ont évolué positivement ces dernières années. Les dépenses totales du secteur en
pourcentage du PIB sont passées de 4,2% à 4,5% entre 1995 et 2008. L’augmentation est
nettement perceptible ces deux dernières années du fait de la fin de la première phase du
PNDSE qui a bénéficié de l’apport l’extérieur qui reste toutefois inférieur à la moyenne de
la sous-région. Le niveau de pression fiscale et la priorité accordée au secteur de
l’éducation dans les arbitrages budgétaires ont conduit à ce que les dépenses publiques
d’éducation atteignent 4,5% du PIB ; cette proportion est relativement élevée, comparée
aux 3,8% observés dans les pays les plus performants pour atteindre la scolarisation
primaire universelle.
L’école est aujourd’hui en Mauritanie, le sujet d’un débat idéologique par excellence. Ce débat
s’articule uniquement autour de la qualité et laisse complètement de côté le contexte économique et
démographique national qui constitue les caractéristiques temporelles et spatiales dans lesquelles il
s’inscrit. Spatiales parce que les dimensions culturelle, sociale et économique agissent comme des
facteurs exogènes à l’école mais qu’il faut prendre en compte dans la définition de la politique
éducative ; temporelles, car cette politique éducative s’exerce dans le temps avec la mise à disposition
de moyens financiers pour l’accroissement du capital humain.
Il convient donc de présenter la politique éducative selon ces aspects en tenant compte des contraintes
économique et démographique du pays. En effet, sur le plan économique, la Mauritanie se situe
comme tous les pays en développement dans un contexte de ressources limitées devant répondre aux
besoins du secteur, tout en tenant compte également des besoins des autres secteurs (santé, etc.). D’un
point de vue démographique, la pression sur l’école est importante et le restera encore pour un certain
temps. Parallèlement, sur le plan social, la formation du capital humain et son accroissement sont
indispensables pour répondre aux réalités économiques du pays et aux exigences du marché de
l’emploi.
La croissance de la population a été très forte ces trente dernières années. Le nombre d’habitants, en
2008, est estimé à 3 162 306, contre 1 338 830 en 19772. Entre ces deux périodes, la population a
plus que doublé. Les projections faites sur la base du recensement de 2000 de l’ONS estiment que la
population atteindra 3 813 957 en 2015 soit un accroissement annuel moyen de 2,7% entre 2008 et
2015.
1 La population mauritanienne est très jeune et le niveau moyen de fécondité du pays se situe en moyenne à 4,45
enfants par femme en 2009 (http://www.statistiques-mondiales.com/)
2 Selon le Recensement de 1977
7
La structure par âge montre la part importante qu’occupent les moins de 15 ans. Bien qu’en légère
diminution, ce taux est passé de 43,5% en 2000 à 42,3% en 2008 et se stabilisera à 40% en 2015. Face
à cette proportion d’enfants en âge de scolarisation, la Mauritanie se doit de répondre à l’objectif de la
scolarisation primaire universelle. Les enfants scolarisables à l’enseignement fondamental (6-11 ans)
représentent 16,4% de la population totale en 2008 et cette part est estimée à 15,5% à l’horizon 2015.
L’universalisation de l’enseignement fondamental induit une forte demande à l’entrée du secondaire.
La part des enfants scolarisables à l’enseignement secondaire (12-18 ans) représente 15,8% de la
population totale en 2008 et passera à 16,5% en 2015.
La Mauritanie a connu une urbanisation considérable ces trente dernières années. Entre 1977 et 2000,
le pourcentage de la population urbaine est passé de 22,7 % à 38,1%. En 2008, elle est estimée à
50,7% et atteindra 60% en 2015. Le recensement de 1988 indiquait que 21,1% des mauritaniens
vivaient à Nouakchott, la capitale administrative. Cette proportion représente 26,8% en 2008 et
atteindra 27,7% d’ici 2015.
Dans la mesure où on sait que la scolarisation est dans tous les pays plus difficile en milieu rural
qu’urbain (tant pour des raisons tenant à la facilité d’organiser des services éducatifs en milieu urbain
du côté de l’offre scolaire, qu’à une plus faible demande de scolarisation dans les milieux
traditionnels et notamment ruraux), la répartition géographique des populations, même si cette
population s’est fortement urbanisée ces dernières années (le poids du milieu rural est encore fort), a
évidemment des incidences manifestes sur les difficultés potentielles de scolarisation dans un pays
comme la Mauritanie.
I.2.2. L’analphabétisme
Sur la base de l’EPCV 2008, on estime la part des personnes en âge d’activité (15 à 65 ans) à 52,4%
de la population du pays en 2008, contre 54,9% en 2004. Cette enquête révèle une importante
disparité selon le milieu de résidence. En effet, il est de 58,1% en zone urbaine contre 47,8% en zone
rurale. Les disparités s’observent aussi en termes de genre ; chez les hommes, le taux d’activité est de
74,6% et seulement à 34,4% pour les femmes.
I.2.4. La pauvreté en recul pour les populations urbaines mais en stagnation pour les ruraux
La pauvreté en Mauritanie est encore très importante même si la tendance observée au cours de cette
décennie montre un léger recul. En effet, l’EPCV 2008 montre que 42,0% de la population vit en
dessous du seuil de pauvreté, estimé à 129 600 UM en 2008. Ce taux était de 51,0% en 2000 et de
46,7% en 2004 soit un recul significatif de la pauvreté sur la période. Toutefois, l’analyse par milieu
géographique montre une baisse de la pauvreté en zone urbaine mais une stagnation de celle-ci en
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zone rurale : 20,8% des urbains vivent en dessous du seuil de pauvreté en 2008 contre 28,9% en
2004 ; alors qu’en milieu rural ce taux est de 59,4% en 2008 contre 59% en 2004.
II.1. Le revenu réel par habitant s’améliore très peu du fait d’une croissance
démographique relativement soutenue
Si entre 1995 et 2008, le PIB de la Mauritanie en prix courants a connu une augmentation
considérable avec un facteur multiplicatif de 5,7, passant de 158,4 milliards d’UM en 1995 à 906,7
milliards d’UM en 2008 correspondant ainsi à un accroissement annuel moyen de 14,4%, la
croissance réelle, qui tient compte de l’évolution des prix, a été nettement plus modeste. En effet, en
valeur monétaire constante de 2008, le taux moyen de croissance réelle du PIB a été de 3,9%, faisant
ainsi passer le PIB, en valeur constante de 2008, de 551,4 milliards d’UM en 1995 à 906,7 milliards
d’UM en 2008.
Par ailleurs, même si le niveau de richesse par habitant s’est amélioré entre 1995 et 2008, sa
progression reste moindre que celle du PIB compte tenu de la croissance démographique relativement
soutenue que connait le pays. En valeur constante de 2008, le taux de croissance moyen annuel réel du
PIB par habitant entre 1995 et 2008 a été de 1,3 %, le PIB par habitant à prix constants de 2008 est
ainsi passé de 241 485 UM en 1995 à 286 724 UM en 2008.
Années 1995 1996 1998 2000 2002 2004 2005 2006 2007 2008
9
II.2. Une augmentation des ressources de l’Etat…
Graphique I.1 : Comparaison internationale des ressources internes de l’Etat en % du PIB pour des pays ayant
un PIB/habitant compris entre 500 et 1500 dollars US
60,0
Ressources internes de l'Etat en %
50,0
Moyenne des 18 pays : 22,6%
40,0
30,0
20,0
10,0
0,0
La part de la richesse nationale prélevée par l’Etat (taux de pression fiscale et non fiscale) a connu une
évolution positive sur la période. Après avoir connu une hausse importante (en passant de 19,7 % du
PIB en 1995 à 31,3 % du PIB en 2005), elle a connu depuis 2005 une légère diminution et se situe en
2008 à 25,6 % du PIB. A titre comparatif, en Afrique, les pays comparables à la Mauritanie d’un point
de vue de leur richesse nationale (c'est-à-dire les pays ayant un PIB/habitant légèrement inférieur et
légèrement supérieur à la Mauritanie, la Mauritanie ayant un PIB/habitant estimé à 1090 dollars US),
les ressources internes de l’Etat varient de 13,6% du PIB au Burkina Faso à 50,8% du PIB au Lesotho.
La moyenne des 18 pays concernés est de 22,9% du PIB ce qui indique que la Mauritanie se situe au
dessus de cette moyenne.
L’augmentation du PIB sur la période et l’augmentation de la part prélevée sur celui-ci font que les
ressources de l’Etat ont augmenté : i) en valeur nominale celles-ci sont passées de 33,9 milliards
d’UM en 1995 à 258,5 milliards d’UM en 2008 ; ii) en valeurs constantes de 2008, les ressources
internes sont passées de 108,4 milliards d’UM en 1995 à 232,2 milliards d’UM en 2008, soit plus
d’un doublement en termes réels sur la période considérée.
10
Tableau I.3 : Evolution des ressources de l’Etat, 1995-2008
Années 1995 1996 1998 2000 2002 2004 2005 2006 2007 2008
Ressources de l'Etat (milliards UM) 33,9 45,8 46,7 62,1 104,0 127,4 131,3 466,4 204,3 258,5
En % du PIB 21,4 26,2 21,9 24,1 34,3 31,7 26,6 64,3 27,8 28,5
En valeurs constantes de 2008 118,1 152,7 125,9 150,4 222,9 228,7 202,7 546,1 238,7 258,5
Ressources internes 31,1 44,3 44,4 56,3 95,0 117,9 121,0 214,0 188,0 232,2
En % du PIB 19,7 25,3 20,8 21,8 31,3 29,3 24,5 29,5 25,6 25,6
En valeurs constantes de 2008 108,4 147,8 119,5 136,3 203,7 211,6 186,8 250,5 219,6 232,2
Par hbt, valeurs constantes de 2008 47 456 62 879 48 024 54 337 76 523 74 958 64 293 83 786 71 417 73 424
Ressources extérieures 2,8 1,5 2,4 5,8 8,9 9,5 10,3 252,5 16,3 26,3
En % du PIB 1,8 0,8 1,1 2,3 2,9 2,4 2,1 34,8 2,2 2,9
En valeurs constantes de 2008 9,7 4,8 6,4 14,1 19,1 17,1 15,9 295,6* 19,0 26,3
Source : Ministère des Affaires Economiques et du Développement, et calcul des auteurs
* Les ressources extérieures de 295,6 milliards d’UM pour 2006 comprennent 240,9 milliards d’UM qui proviennent de l’initiative de
réduction de la dette multilatérale (IRDM) et qui couvrent le déficit budgétaire de la Mauritanie sur plusieurs années
La progression reste toutefois plus modeste, lorsqu’elle est rapportée à la population totale du pays
comme le montre le graphique I.2. Les ressources internes de l’Etat par habitant, en valeurs constantes
de 2008, sont passées de 47 455 UM en 1995 à 73 424 UM en 2008 soit un facteur multiplicatif
d’environ 1,5. Il faut noter qu’elles ont connu une évolution en « dents de scie » entre 2003 et 2008
avec un pic à 83 786 UM par habitant en 2006.
Graphique I.2 : Evolution des ressources internes de l’Etat par habitant en UM (en valeurs constantes de 2008),
1995-2008
90 000
Ressources internes de l'Etat par habitant en
85 000
80 000
75 000
70 000
UM de 2008
65 000
60 000
55 000
50 000
45 000
40 000
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Le tableau I.3 permet aussi de voir que l’Etat a, au cours de la période considérée, bénéficié d’un
apport substantiel de ressources sous forme de dons, tant pour le financement du déficit budgétaire
que pour le financement de projets d’investissement spécifiques (même si la distinction entre les deux
types de dépenses n’est pas toujours très tranchée). Ces apports ont globalement augmenté entre 1995
et 2008. Mais entre les deux dates de référence, ils ont été caractérisés par une relative volatilité, ils
ont représenté, au plus bas, 0,5% du PIB en 1997 et, au plus haut, 34,8% du PIB en 2006 dans un
contexte politique particulier marqué par une transition démocratique soutenue par l’extérieur.
11
II.3. … ainsi que des dépenses de l’Etat
Les dépenses de l’Etat, et en particulier les dépenses courantes hors dette, ont connu une
augmentation sur la période considérée. Les dépenses courantes hors dette représentaient 54 et 56%
des dépenses publiques totales entre 1995 et 2004 puis 67,7% en 2005 pour atteindre 71,3% en 2006.
En 2008, elles représentent 64,8% des dépenses totales de l’Etat. Quant aux intérêts de la dette, leur
part en proportion des dépenses courantes, a connu une diminution progressive en passant de 15,3%
en 1995 à 8,3% en 2008. Les dépenses d’investissement (en capital) connaissent, elles, une
diminution de leur poids dans les dépenses publiques totales depuis 2004. En 2008, elles représentent
35,2% des dépenses totales de l’Etat contre 44,4% en 1995 et 43,7% en 2004.
Au total, le contexte général des finances publiques durant les dernières années a été marqué par une
augmentation sensible des ressources de l’Etat et des dépenses publiques et une légère amélioration
du revenu par habitant. Le tableau I.5 fait un récapitulatif de ces évolutions et améliorations de façon
plus détaillées notamment en distinguant les ressources nationales fiscales, non fiscales et pétrolières.
Années 1995 1996 1998 2000 2002 2004 2005 2006 2007 2008
Dépenses de l'Etat (en milliards UM) 44,5 48,7 55,1 78,9 109,1 146,0 163,3 202,6 217,9 280,3
Dépenses Courantes 29,2 31,8 37,5 52,5 66,7 94,5 126,7 157,9 159,4 198,0
Intérêts de la dette 4,5 4,9 6,6 7,8 7,7 11,9 16,2 13,5 13,5 16,5
Dépenses courantes hors dette 24,7 26,9 30,9 44,8 59,0 82,5 110,6 144,4 146,0 181,6
Dépenses en capital 15,3 16,9 17,6 26,4 42,4 51,5 36,6 44,6 58,5 82,2
Financement intérieur 1,7 2,4 4,2 9,4 19,1 23,2 21,4 23,9 29,9 31,0
Financement extérieur 13,6 14,5 13,3 17,0 23,3 28,3 15,2 20,7 28,6 51,2
% Dép courantes hors dette /dép totales 55,5 55,3 56,1 56,7 54,1 56,5 67,7 71,3 67,0 64,8
Besoin de financement 10,6 2,9 8,4 16,8 5,2 18,6 32,0 -263,9 13,6 21,7
En % du PIB 6,7 1,6 3,9 6,5 1,7 4,6 6,5 -36,4 1,8 2,4
Source : Ministère des Affaires Economiques et du Développement, Ministère des Finances, RESEN 1998, et calcul des auteurs
12
Tableau I.5 : Récapitulatif de l’évolution du PIB, des recettes et des dépenses budgétaires de l’Etat 1995-2008
Produit Intérieur Brut Recettes budgétaires de l’Etat (Millions d'UM) Dépenses budgétaires de l’Etat, exécution (millions d'UM)
Constant Courant
Courant Constant/tête Nationales En Capital
2008 /tête
Dons
Années Population Recettes Extérieurs
Courantes Total
Totales Recettes en au secteur Intérieures (Budget Extérieures
Recettes public
Millions Millions Recettes Recettes capital et d'investissement/ (prêts projets
UM UM non Total
d'UM d'UM fiscales Pétrolières comptes Fonds de et dons en
fiscales
spéciaux contrepartie) capital)
1995 2 283 533 158 443 551 438 69 385 241 485 33 933 24 419 5 288 1 430 2 796 29 216 1 735 13 558 15 293 44 509
1996 2 350 910 175 008 583 526 74 443 248 213 45 785 27 510 15 697 1 127 1 451 31 790 2 369 14 494 16 863 48 653
1997 2 419 086 190 293 559 924 78 663 231 461 44 480 27 374 15 267 793 1 046 35 925 3 824 9 123 12 947 48 872
1998 2 489 240 213 590 575 478 85 805 231 186 46 729 28 610 14 908 851 2 360 37 527 4 227 13 341 17 568 55 095
1999 2 446 906 235 849 613 865 96 387 250 874 51 459 35 240 11 704 1 801 2 714 42 014 3 731 17 095 20 826 62 840
2000 2 508 159 258 245 625 223 102 962 249 276 62 121 37 968 17 477 847 5 829 52 547 9 440 16 960 26 400 78 947
2001 2 584 422 280 688 643 307 108 608 248 917 66 959 38 260 19 883 1 112 7 704 58 855 26 931 22 103 49 034 107 889
2002 2 662 448 303 368 650 364 113 943 244 273 103 952 42 849 51 505 681 8 917 66 711 19 066 23 335 42 401 109 112
2003 2 742 011 352 519 686 746 128 562 250 454 123 161 45 398 51 308 15 221 11 234 100 108 23 030 29 147 52 177 152 285
2004 2 823 036 402 525 722 310 142 586 255 863 127 433 59 048 55 059 3 818 9 508 94 456 23 249 28 283 51 532 145 988
2005 2 905 706 493 308 761 639 169 772 262 118 131 312 76 000,0 45 000 0 10 312 126 710 21 400 15 200 36 600 163 310
2006 2 989 783 725000 848 806 242 493 283 902 466 442 97 085,6 45 777 60 500 10 600 252 479 157 919 23 911 20 737 44 648 202 567
2007 3 075 238 734 171 857 489 238 736 278 837 204 332 106 880,6 52 154 19 905 9 100 16 292 159 449 29 856 28 600 58 456 217 904
2008 3 162 306 906 708 906 708 286 724 286 724 258 525 132 973 63 166 22 950 13 100 26 336 198 034 31 038 51 200 82 238 280 271
Source : RESEN 2006, Ministère des Affaires Economiques et du Développement, ONS .
13
III. Les dépenses relatives au secteur de l’éducation
III.1. Des dépenses publiques courantes d’éducation: en progression entre 1995 et 2002,
qui stagnent entre 2002 et 2005, et qui croissent de nouveau à partir de 2006.
Les dépenses courantes publiques pour le secteur de l’éducation ont progressé entre 1995 et 2002,
passant, en monnaie constante de 2008, de 16 921 millions d’UM en 1995 à 22 096 millions d’UM en
2002, puis sont restées quasi constantes entre 2002 et 2005 avant de croître de nouveau de façon
significative à partir de 2006 puisqu’elles passent, en monnaie constante de 2008, de 24 682 millions
d’UM en 2006 à 33 322 millions d’UM en 2008.
Cette augmentation des dépenses courantes d’éducation si elle doit permettre d’assurer une meilleure
qualité des services éducatifs offerts, doit également répondre à la croissance naturelle de la population
jeune du pays, et donc des effectifs à scolariser. Le calcul de l’indicateur des dépenses courantes par
enfant de 6 à 15 ans permet, dans une large mesure, d’estimer l’évolution de la priorité du pays pour
son système éducatif, en tenant compte de la pression démographique.
Années 1995 1998 2000 2002 2004 2005 2006 2007 2008
Dépenses courantes
Aux prix courants (millions UM) 4 862 6 380 8 060 10 307 12 759 14 358 21 082 28 674 33 321
Aux prix constants (millions UM de 2008) 16 921 17 190 19 514 22 096 22 895 22 168 24 682 33 490 33 321
par enfant de 6 à 15 ans au prix constant (UM de 2008) 29 074 27 778 30 269 32 531 31 904 29 399 31 791 41 953 40 651
Dépenses d’investissement
Aux prix courants (millions UM) 1 757 1 938 1 814 3 543 3 451 5 400 8 308 6 460 7 862
Aux prix constants (millions UM année 2008) 6 115 5 222 4 392 7 596 6 193 8 337 9 727 7 545 7 862
% dépenses d'investissement sur financement extérieur 85,4 89,4 94,3 64,5 53,6 77,2 78,3 69,0 70,7
Dépenses totales (financement national et extérieur)
Aux prix courants (millions UM) 6 619 8 318 9 874 13 850 16 210 19 758 29 390 35 134 41 184
Aux prix constants (millions UM année 2008) 23 036 22 411 23 905 29 692 29 088 30 506 34 408 41 035 41 184
Dépenses totales sur ressources nationales
Aux prix courants (millions UM) 5 117 6 586 8 164 11 566 14 359 15 482 22 831 30 677 35 625
Aux prix constants (millions UM année 2008) 17 809 17 745 19 765 24 795 25 766 23 903 26 729 35 829 35 625
% financement extérieur pour les dépenses totales 22,7 20,8 17,3 16,5 11,4 21,6 22,3 12,7 13,5
Financement extérieur dans les dépenses d'éducation en % PIB 0,9 0,8 0,7 0,8 0,5 0,9 0,9 0,6 0,6
Dépenses courantes Education en % des dépenses courantes hors dette de l'Etat 19,7 20,6 18,0 17,5 15,5 13,0 14,6 19,6 18,4
Dépenses courantes Education en % des recettes internes de l'Etat 15,6 14,4 14,3 10,8 10,8 11,9 9,9 15,2 14,4
Dépenses courantes Education en % du PIB 3,1 3,0 3,1 3,4 3,2 2,9 2,9 3,9 3,7
Dépenses totales d'éducation (financement national et extérieur) en % PIB 4,2 3,9 3,8 4,6 4,0 4,0 4,1 4,8 4,5
Dépenses nationales Totales d'Education en % PIB 3,2 3,1 3,2 3,8 3,6 3,1 3,1 4,2 3,9
Source : Ministère des Affaires Economiques et du Développement, Ministère des Finances, et calcul des auteurs
Les dépenses courantes par enfant de 6 à 15 ans, en monnaie constante de 2008, ont stagné entre 1995
et 2006 (entre 29 000 et 32 000 UM) avant d’augmenter significativement à partir de 2007 pour
dépasser 40 000 UM.
14
Graphique I.3 : Evolution de la dépense courante réelle d’éducation par enfant de 6 à 15 ans (UM de 2008),
1995-2008
45 000
40 000
Dépenses courantes par enfant de 6
à 15 ans en UM de 2008
35 000
30 000
25 000
20 000
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Source : Ministère Ministère des Affaires Economiques et du Développement, Ministère des Finances, Office National de la
Statistique, et calcul des auteurs
III.2. Une reprise de la priorité affichée par l’Etat dans l’allocation budgétaire
pour le secteur de l’éducation depuis 2007
On peut distinguer deux périodes dans l’évolution de l’allocation des dépenses courantes pour le
secteur de l’éducation entre 1995 et 2008. Tout d’abord, alors que les dépenses courantes d’éducation
dans les ressources nationales de l’Etat représentaient 15,6% en 1995, cette part est tombée à 9,9% en
2006. La part des dépenses courantes hors dette de l’Etat allouée à l’éducation durant cette même
période (1995-2006) est passée de 19,7% en 1995 à 14,6% en 2006. C’est à compter de 2007, que l’on
constate une augmentation de la part des ressources allouées au secteur de l’éducation pour atteindre à
peu près le niveau de 1995 (15,2% en 2007 et 14,4% en 2008). Durant ces deux dernières années
(2007 et 2008), la part des dépenses courantes hors dette de l’Etat allouée à l’éducation a été de 19,6%
en 2007 et de 18,4% en 2008.
15
Graphique I.4 : Evolution des dépenses courantes d’éducation en % des dépenses courantes hors dette de l’Etat
et des recettes internes de l’Etat 1995-2008
25,0
% des dépenses courantes hors dette de
l'Etat allouées à l'éducation
20,0
15,0
10,0
% des ressources internes
5,0 de l'Etat allouées aux dépenses courantes
d'éducation
0,0
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Source : Ministère des Affaires Economiques et du Développement, Ministère des Finances, et calcul des auteurs
Même si une priorité pour le secteur de l’éducation semble être affichée par l’Etat mauritanien
notamment avec une nette reprise des dépenses pour le secteur depuis 2007, l’allocation du budget de
l’Etat sur dépenses courantes pour le secteur de l’éducation est encore trop faible au regard i) de la
moyenne africaine, ii) des pays africains ayant un niveau de richesse comparable à la Mauritanie et iii)
du cadre indicatif de l’initiative Fast-Track (1). La part moyenne des dépenses courantes hors dette de
l’Etat allouées à l’éducation en Afrique s’établie à environ 21% et celle des pays comparateurs à la
Mauritanie à environ 25%. Le graphique I.5 qui suit présente cette comparaison.
Graphique I.5 : Comparaison internationale de la part des dépenses courantes hors dette de l’Etat allouée à
l’éducation pour des pays ayant un PIB/habitant compris entre 500 et 1500 dollars US
Source : Ministère des Affaires Economiques et du Développement, Ministère des Finances, Pole de Dakar
(UNESCO/BREDA), et calcul des auteurs
1
Le cadre indicatif de l’initiative Fast-Track préconise que l’Etat alloue 20% des dépenses courantes hors dette
de l’Etat à son secteur de l’éducation
16
III.3. Un financement extérieur pour l’éducation plus faible que de nombreux pays de la sous-région
Le financement extérieur pour les dépenses d’investissement du secteur de l’éducation qui était, en
monnaie constante de 2008, de 5 227 millions d’UM en 1995 a diminué à 3 322 millions d’UM en
2004 avant de doubler et de passer à 6 602 millions d’UM en 2005 puis à 7 679 millions d’UM en
2006. En 2008, ce financement extérieur représente 5 550 millions d’UM.
On constate qu’en 2008, le financement extérieur représente 13,5 % des dépenses totales pour le
secteur de l’éducation et 0,6% du PIB alors qu’il représentait 22,7% des dépenses totales et 0,9% du
PIB en 1995. La dépendance de la Mauritanie vis-à-vis de l’aide extérieure pour son secteur de
l’éducation apparait donc relativement faible. Le graphique I.6 qui suit, présente la position de la
Mauritanie vis-à-vis de l’aide extérieure par rapport à d’autres pays africains à niveau de richesse
comparable.
Le financement extérieur dans les dépenses d’éducation varie de 0,03% du PIB (Nigéria) à 4,6% du
PIB (Sao Tomé et Principe) pour les pays comparateurs. Le financement extérieur dans les dépenses
d’éducation de la Mauritanie représente 0,6% du PIB en 2008, valeur très inférieure à la moyenne des
pays africains ayant un PIB/habitant compris entre 500 et 1500 dollars US (1,3% du PIB).
Graphique I.6 : Comparaison du financement extérieur dans les dépenses d’éducation en % du PIB pour des pays
ayant un PIB/habitant compris entre 500 et 1500 dollars US, année 2008 ou proche
5,0
4,5
4,0
3,5
Financement extérieur pour le
secteur de l'éducation en %
2,5
2,0
1,5
1,0
0,5
0,0
Source : Ministère des Affaires Economiques et du Développement, Ministère des Finances, Pole de Dakar
(UNESCO/BREDA), et calcul des auteurs
17
Chapitre 2 : L’analyse globale des scolarisations
• Cependant l’accès en 1ère année du fondamental (calculé à partir des données d’enquêtes
ménages) n’est pas encore universel et les abandons en cours de cycle demeurent
importants à beaucoup de niveaux d’enseignement. En 2008, selon les DA, ce taux d’accès
est de 106% et le taux d’achèvement n’est que de 59%. Le pays est encore loin des objectifs
de l’EPT.
• Les abandons précoces s’expliquent autant par des facteurs de demande que d’offre
scolaire. 73,4% des élèves du fondamental ont un établissement scolaire à moins de 30 mn
de leur domicile et environ 25% des élèves inscrits en 2006/07 en 1AF l’étaient dans un
établissement qui ne leur a pas offert la continuité éducative en 2007/08.
18
L’objectif visé, dans ce chapitre, est de rendre compte des scolarisations en Mauritanie selon deux
aspects : i) mesurer la distance parcourue par rapport aux années passées et ii) évaluer les réalisations
du Programme National de Développement du Système Educatif (PNDSE, 2001-2010). L’intérêt d’un
tel exercice est d’identifier les situations problématiques, de répondre aux préoccupations des
décideurs et de comparer la valeur actuelle à la valeur de référence du PNDSE, en d’autres termes de
mesurer le chemin qui reste à parcourir pour atteindre les objectifs que le pays s'est fixé.
Ce chapitre propose tout d’abord une description de la structure des scolarisations par niveau éducatif
et retrace son évolution au cours des dix dernières années. Il approche les scolarisations sous un angle
global à travers l’analyse des effectifs et leur distribution entre le privé et le public :
i) Sous un angle comparatif avec la population scolarisable à travers l’estimation des taux de
scolarisation ;
ii) Dans la perspective plus détaillée des profils de scolarisation qui donnent une image plus
précise et plus utile des flux d’élèves au sein du système éducatif.
Dans un deuxième temps, ce chapitre aborde la question du poids relatif des facteurs d’offre et de
demande dans l’explication de la couverture scolaire du système éducatif du pays.
Dans un troisième temps, il procède à la mise en regard de la couverture scolaire avec les dépenses
publiques de l’éducation afin de comparer la situation de la Mauritanie avec d’autres pays de la sous-
région.
Enfin, ce chapitre s’intéresse aux enfants non-scolarisés en y consacrant une section complète.
19
I.1. L’analyse des effectifs scolarisés aux différents niveaux du système
Le tableau I.1, présente l’évolution des effectifs par niveau d’études entre 1999 et 2008.
Secondaire Supérieur
Année Préscolaire Fondamental FTP
Cycle 1 Cycle 2 Total FLSH FSJE Fmedic FST ISERI ENS Etranger* Total
1998-99 346 222 37 449 22 620 60 069 1 682 2 895 6 450 819 195 2 440 480 954
1999-00 355 822 41 253 23 389 64 642 2 998 5 696 890 264 2 510 497 578
2000-01 360 677 45 644 29 098 74 742 1 916 2 682 4 991 912 388 2 079 523 236
2001-02 12 056 375 695 46 994 29 843 76 837 1 893 2 239 4 615 911 300 1 850 553 341
2002-03 12418 394 400 49 139 32 139 81 278 1 820 2 207 5 252 952 388 1 752 581 855
2003-04 12790 434 181 51 307 34 336 85 643 1 902 2 408 5 159 974 530 391 2 012 631 734
2004-05 13174 443 258 55 993 37 254 93 247 4 853 2 275 5 424 1000 465 329 2 568 659 840
2005-06 13569 465 887 56 023 41 742 97 765 3 270 2 496 6 346 994 496 316 2 605 691 509
2006-07 13976 483 776 54 085 44 978 99 063 3 764 3 085 7 362 1058 1337 289 3 028 714 801
2007-08 14730 473 688 65 896 30 997 96 893 4 983 3 367 7 065 161 1162 1760 310 2 303 702 317
Source: DSPC/MEN, INAP-FTP/SEFPET, DGESRS/MEN
• Etudiants boursiers uniquement
L’information concernant l’enseignement préscolaire est loin d’être exhaustive. Ce cycle est dispensé
par des écoles coraniques, des mahadras et par des jardins d’enfants. Le dispositif d’enseignement
préscolaire, recensé, se compose de 27 jardins d’enfants publics, 194 jardins d’enfants privés et 147
garderies communautaires en 2008. Ce dispositif se caractérise par sa concentration en milieu urbain,
notamment à Nouakchott et à Nouadhibou. Les effectifs sont estimés à 14 730 élèves en 2008 contre
12 056 en 2002.
Les effectifs du secondaire général ont aussi évolué rapidement entre 1998-99 et 2003-04 avec un
taux d'accroissement annuel moyen de 7,4%. Sur la période allant de 2004-05 à 2007-08, le taux
d’accroissement annuel moyen n’a été que de 1,3%. En termes d’effectifs, on est passé de 93 247
élèves en 2004/05 à 99 063 en 2006/07, et cet effectif a baissé à 96 893 en 2007-2008 soit une
décroissance de 2,2%.
Si on observe l’accroissement des effectifs par cycle entre 1999 et 2008, l’analyse montre que le taux
d’accroissement annuel moyen du 1er cycle a été plus important que celui du 2nd cycle,
respectivement 6,5 et 3,6 %. Le taux d’accroissement relativement élevé des effectifs du 1er cycle au
cours de cette période, est probablement du à la fois à l’accroissement relativement rapide des effectifs
du fondamental entre 1998 et 2007, et à une forte transition entre les deux ordres d’enseignement.
20
Il est important de souligner que l’arrivée de la première cohorte de la réforme de 1999 en 4ème année
du secondaire 1er cycle (2007-2008) a augmenté les effectifs du 1er cycle puisque ce cycle est passé
de 3 à 4 années. Dans le même temps, le 2nd cycle a connu une régression des effectifs du fait des
sortants du cycle (bacheliers et autres) et de l’absence de nouveaux entrants (soit seulement 2 années
en 2007-08 contre 3 normalement pour ce cycle d’enseignement).
La formation technique et professionnelle (FTP) a également connu une progression quantitative très
importante sur les dernières années. En effet, les effectifs sont passés de 1 916 en 2000-01 à 4 983 en
2007-08, soit un accroissement annuel moyen de 15% sur la période.
Les données disponibles montrent, globalement, que l'enseignement supérieur en Mauritanie a connu
une forte croissance à compter de 2004. En effet, entre 1999 et 2004, les effectifs ont diminué passant
de 12 799 étudiants en 1999 à 11 474 en 2004, soit une baisse de 10 % sur la période. Entre 2004 et
2008, les effectifs sont passés de 11 474 à 16 128 soit un accroissement relativement important de
7% par an. Les étudiants boursiers à l’étranger représentaient 19 % des effectifs des étudiants du
supérieur en 1998-99 contre 18% en 2003-04. En 2007-2008, cette proportion n’est plus que de 16%.
La filière des sciences juridiques et économiques, ajoutée à la faculté de lettres et sciences humaines et
à l’ISERI, forment l’essentiel des effectifs du supérieur en Mauritanie (76% en 2008).
La part des élèves qui fréquentent les écoles privées prend de plus en plus d’importance en
Mauritanie. On note depuis 2005 une progression régulière des effectifs (tableau II.2) de cet ordre
d’enseignement. Ces performances sont, dans une certaine mesure, imputables aux efforts consentis
dans le cadre du PNDSE. Les effectifs ont certes beaucoup évolué et la disparité « public/privé » est
encore très accentuée par le fait que le privé s’est beaucoup plus développé dans la capitale
qu’ailleurs, ce qui souligne des déséquilibres au niveau des régions.
21
Tableau II.2 : Evolution des effectifs aux différents niveaux d’études selon le secteur, 1999-2008
Niveau/année/statut 1998-99 1999-00 2000-01 2001-02 2002-03 2003-04 2004-05 2005-06 2006-07 2007-08
Ensemble 346 222 355 822 360 677 375 695 394 400 434 181 443 258 465 887 483 776 473 688
Public 346 222 345 855 349 224 363 304 376 854 403 745 407 864 431 805 439 290 427 804
Fondamental
Privé 6 496 9 967 11 453 12 391 17 546 30 436 35 394 34 082 44 486 45 884
% Privé 1,9 2,8 3,2 3,3 4,4 7,0 8,0 7,3 9,2 9,7
Ensemble 37 449 41 253 45 644 46 994 49 139 51 307 55 993 55 530 69 535 65 896
1er cycle Public 41 165 42 795 43 796 44 770 47 123 50 008 47 568 57 166 51 984
Secondaire
Général Privé 88 2 849 3 198 4 369 4 184 5 985 7 962 12 369 13 912
% Privé 0,2 6,2 6,8 8,9 8,2 10,7 14,3 17,8 21,1
Ensemble 22 620 23 389 29 098 29 843 32 139 34 336 37 254 41 564 29 528 30 997
2nd Cycle Public 23 316 24 783 26 316 29 067 29 514 31 060 32 927 21 588 22 914
Secondaire
Général Privé 73 4 315 3 527 3 072 4 822 6 194 8 637 7 940 8 083
% Privé 0,3 14,8 11,8 9,6 14,0 16,6 20,8 26,9 26,1
Ensemble 1 682 1 916 1 893 1 820 1 902 4853 3270 3 744 4 983
Technique et Public 1 682 1 916 1 893 1 820 1 902 4 853 3 270 2 764 3 983
professionnel Privé 980 1 000
Ensemble 12 912 11 112 10 023 10 844 11 885 11 596 12 757 15 179 14 699
Public 12 912 11 112 10 023 10 844 11 885 11 596 12 757 14 822 14 368
Supérieur
Privé 357 331
Dans l’enseignement fondamental, la part du privé ne représentait que 2% des effectifs en 1998-99.
Cette part n’a cessé de croître pour atteindre 7% en 2003-04 (soit un accroissement annuel moyen de
3% sur la période) et se situe à 10% en 2007-08, soit un accroissement annuel moyen entre 2004 et
2008 de l’ordre de 8%. Ainsi, les effectifs du privé ont cru nettement plus vite que les effectifs du
public entre 1998-99 et 2007-08.
Dans le secondaire, la part du privé dans le 1er cycle a augmenté depuis 1998-99 pour se situer à 8,2
% en 2003-2004. Entre 2000-01 et 2003-04, cette part a connu un taux d’accroissement moyen de 13,7
% annuellement. Entre 2004-2005 et 2007-2008, l’accroissement annuel moyen est passé à 32,5% ce
qui fait que les effectifs ont triplé au cours de cette période. Au niveau du 2nd cycle secondaire, la part
du privé était de 14 % en 2003-2004 ; elle est passée à plus de 35% en 2007-08.
Au niveau de la FTP, le nombre total d’élèves scolarisés dans les établissements d’enseignement
technique et professionnel est passé de 1902 en 2003-04 à 4983 en 2007-2008. Le nombre de
scolarisés dans les structures publiques entre 2004-05 et 2007-08 a plus ou moins stagné, voire
diminué, alors que les effectifs du privé ont significativement augmenté. Une conséquence est que les
établissements privés, qui étaient presque inexistants à ce niveau d’enseignement (filière longue ou
22
courte) jusqu’en en 2004-2005 ont vu leur poids augmenter puisqu’en 2007-08, 20,1 % des élèves y
sont scolarisés.
Au niveau de l’enseignement supérieur, la part des effectifs du privé est relativement faible
puisqu’elle ne représente que 2,3% des effectifs totaux.
L’analyse de l’évolution de la couverture scolaire (TBS, nombre d’étudiants pour 100 000 habitants)
sur plusieurs années permet de mesurer l’effort accompli pour scolariser les élèves. Le tableau II.3
présente l’évolution de ces indicateurs en Mauritanie sur la période allant de 1998-99 à 2007-08.
Tableau II.3 : Evolution des taux bruts de scolarisation (en %) aux différents niveaux, 1990-2008
1998-99 1999-00 2000-01 2001-02 2002-03 2003-04 2004-05 2005-06 2006-07 2007-08
Fondamental 87,3 88,1 87,6 89,1 91,4 98,3 98,0 100,6 102,0 97,6
1er cycle sec 22,2 24,0 25,9 25,9 26,2 26,3 27,7 26,6 32,4 22,9
2nd cycle sec 14,3 14,4 16,8 16,8 17,5 18,1 19,1 20,7 14,3 24,1
Secondaire 21,8 21,8 22,4 22,9 24,3 24,6 24,4 23,3
Supérieur* 541 510 445 388 400 403 411 469 559 524
Source : DSPC/MEN
* Etudiants pour 100 000 habitants
Si on compare la couverture scolaire de la Mauritanie pour chaque niveau d’enseignement avec des
pays à niveau de revenu comparable (tableau II.4), on constate que le TBS de l’enseignement
fondamental est plutôt proche de la moyenne qui se situe à 94,4%. La couverture du préscolaire en
Mauritanie est plus faible (5,2%). Concernant l’enseignement secondaire, le 1er cycle présente
également la couverture scolaire la plus faible comparativement aux autres pays alors que celle du 2nd
cycle se situe à un niveau supérieur à la moyenne des pays comparateurs (21%).
1
Il y a lieu de rappeler que, pour le calcul du TBS, nous avons considéré la décomposition de la structure du
système selon la nouvelle réforme
23
Tableau II.4 : Analyse comparative internationale de la couverture scolaire par niveaux d’enseignement, année
2008 ou proche
TBS préscolaire TBS primaire TBS SG1 TBS SG2 Nombre d'étudiants du supérieur pour 100 000 hbts
L’enseignement supérieur quand à lui avec 524 étudiants pour 100 000 habitants, présente une
couverture en dessous de la moyenne des pays cités qui se situe à 611.
Bien que la moyenne de ces pays ne constitue pas en soi une norme sur laquelle il serait souhaitable
pour la Mauritanie de s’ajuster, l’existence éventuelle d’une différence substantielle entre la situation
d’un pays et la situation moyenne sur un aspect particulier signale qu’il serait intéressant d’explorer
cet aspect de façon plus approfondie en référence aux éventuelles spécificités du contexte national.
Les profils de scolarisation et de rétention permettent de mieux appréhender le parcours scolaire des
élèves en mesurant le niveau d’accès à chaque classe et le degré de rétention en cours et entre les
cycles1.
2
I.3.1. Evolution du profil transversal entre 2004-05 et 2007-08
Les taux d’accès transversaux présentés dans le graphique ci-dessous indiquent qu’en 2007-08, le
système éducatif a une capacité d’accueil en 1AF supérieure au nombre d’enfants théoriquement en
âge d’entrer dans cette classe (taux d’accès en 1AF de 106%)3. Toutefois, seuls 59 enfants sur 100 ont
accès à la 6AF, ce qui signifie que 41% des enfants n’atteignent pas la fin du fondamental et ont donc
très peu de chances d’acquérir les connaissances nécessaires pour être et rester alphabétisés pendant
leur vie adulte (cf. chapitre 4).
1
La méthode utilisée ici pour estimer un profil de scolarisation est la méthode transversale. Celle-ci identifie les taux d’accès
dans chacune des classes du système à la date d’observation en rapportant le nombre des élèves non redoublants au nombre
des enfants ayant l’âge théorique de fréquentation de la classe. Si on se situe dans le présent, elle donne une photographie
instantanée du système.
2
Le profil transversal de scolarisation 2007-08 a été estimé en prenant les effectifs par année d’étude issus des données
administratives et les redoublants issus de l’enquête ménage EPCV 2008 (cf. encadré II.1)
3 Ce chiffre supérieur à 100% indique que des enfants d’autres cohortes, soit en avance soit en retard, sont entrés en première année
d’études cette année-là. Un taux d’accès supérieur à 100% ne signifie donc pas pour autant que tous
24
Graphique II.1 : Evolution du profil de scolarisation transversal entre 2005 et 2008
120 116
100 2004/05
106
80 2007/08
% d'accès
59
60
40 29
45
20
18 16
20 28
16 18 19
0
1AF 2AF 3AF 4AF 5AF 6AF 1AS 2AS 3AS 4AS 5AS 6AS
Année d'étude
Source : calcul des auteurs à partir des données de la DSPC/MEN et de l’EPCV 2008
Si d’importants progrès ont certes été réalisés depuis 1997-98 en termes d’accès et d’achèvement du
fondamental en 19971, le taux d’accès en 1AF ne valait que 92% et le taux d’achèvement 41%), les
abandons en cours de cycle demeurent un obstacle important pour la réalisation de l’universalisation
de l’enseignement fondamental.
Au secondaire général, les deux courbes à peu près similaires indiquent qu’il n’y a pas eu de progrès
significatifs depuis 2004-05 dans la scolarisation pour ce cycle d’enseignement.
1 les enfants accèdent à l’école car les nouveaux élèves en 1AF peuvent avoir un âge différent (souvent supérieur) à
l’âge officiel d’entrée (6 ans). La probabilité d’accéder un jour à l’école est estimée à 88% (en intégrant l’enseignement
originel) selon les analyses menées sur l’EPCV 2008 et le MICS 2007 (cf. encadre II.2)
25
Encadré II.1
L’utilisation des données administratives (DA) du Ministère de l’éducation nationale et des projections
démographiques de l’ONS aboutit à l’estimation du taux d’accès en première année du fondamental de
119%. Le fait que beaucoup d’enfants font leur première entrée à l’école à l’âge de 7 ans (environ un
tiers) ou plus tard peut expliquer que le taux brut d’admission excède la valeur de 100%. Cependant, il est
avéré qu’en Mauritanie l’instauration de la promotion automatique au cours des 3 premières années du
fondamental a entrainé de la part des directeurs d’école une sous déclaration et souvent même une non
déclaration des redoublants pour les classes correspondantes. Cette sous déclaration a pour effet de
surestimer le nombre de nouveaux entrants et par voie de conséquence de surestimer les taux d’accès.
Toute chose qui amène à penser que le taux brut d’accès en première année se situe en deçà de la valeur
de 119%. Pour pallier ce problème, la proportion de redoublants par niveau a été estimée à partir des
enquêtes MICS 2007 et EPCV 2008. Ces proportions ont ensuite été appliquées aux effectifs des DA pour
le calcul des taux d’accès par niveaux. Les tableaux ci-après donnent une comparaison des proportions de
redoublants et des profils obtenus selon les trois méthodes.
Les proportions de redoublants estimées sur la base de l’EPCV 2008 semblent plus proches de la réalité.
En effet, les estimations du MICS 2007 donnent une proportion de 18% de redoublants en 1ère année de
l’enseignement fondamental, chiffre très élevé surtout lorsque l’on tient compte de la promotion
obligatoire instaurée pour les trois premières années du fondamental. De plus, un tel chiffre est
incohérent avec une proportion de redoublants de 9% en sixième année. La proportion de redoublants est
souvent plus élevée en dernière année du fondamental que partout ailleurs dans le cycle notamment du
fait de l’examen de fin de cycle (et c’est le cas en Mauritanie). A partir de la première année du
secondaire les estimations ne sont plus très différentes d’une source à l’autre.
Le profil 3 obtenu en appliquant les taux de redoublement de l’EPCV a donc été retenu. Le taux d’accès
en première année du fondamental est ainsi estimé à 106% et le taux d’achèvement du fondamental à
58,5% Le taux de redoublement global est estimé à 7,9% pour le fondamental, à 4,9% pour le 1er cycle
du secondaire et 21,2% pour le second cycle. Concernant le redoublement dans l’Enseignement
fondamental, le taux est passé à 7,8 % en 2008, selon l’EPCV 2008, contre 2,4 % selon les DA, ce qui
représente un écart de 5,4 points de pourcentage.
Tableau II.5 : Admission et achèvement au fondamental pour quelques pays africains ayant un niveau
26
économique comparable (PIB/habitant compris en 500 et 1500 $US), année 2008 ou proche
Bénin Burkina Faso Cameroun Côte d'Ivoire Djibouti Ghana Mali Mauritanie Sénégal Togo Moyenne
TBA 146,7 88,5 109,7 80,1 90,4 110,5 79,4 105,9 99,2 107,5 101,8
TAP 62,1 36,2 71,5 51,5 83,3 79,2 54,0 58,5 56,3 66,1 61,9
Source : Pôle de Dakar (UNESCO/BREDA
Comparativement aux pays africains ayant des PIB/habitant proches, la Mauritanie présente un taux
d’accès en première année du fondamental assez élevé. Cependant le taux d’achèvement du cycle est
à un niveau inférieur à la moyenne qui se situe à 61,9%. La Mauritanie demeure à ce titre dans une
situation encore lointaine de l’objectif de scolarisation primaire universelle d’ici 2015.
L’amélioration de la rétention reste un défi majeur pour le système éducatif mauritanien. En 2007-08,
le taux de rétention 1 est estimé à 55% au niveau du fondamental. C'est-à-dire que sur 100 enfants qui
accèdent à la première année du fondamental 45 n’achèvent pas ce cycle. Ce résultat met encore plus à
mal l’atteinte de l’objectif d’éducation pour tous qui suppose avant tout que tous les enfants qui
accèdent au fondamental doivent l’achever.
100
100
90
80
Taux de rétention (%)
70
60 55
50
40
30 26
18
20
10
0
1AF 2AF 3AF 4AF 5AF 6AF 1AS 2AS 3AS 4AS 5AS 6AS
Année d'étude
Source : calcul des auteurs à partir des données de la DSPC/MEN et de l’EPCV 2008
Sur 100 enfants qui sont entrés au fondamental, seuls 26 accèdent en 1ère année d’enseignement du
secondaire et seuls 18 achèvent le cycle du secondaire.
1
Le profil de rétention présenté ici est un profil transversal et non pseudo-longitudinal du fait des problèmes de
sous-déclarations des redoublements au niveau des données administratives (cf. encadré II.1). Le profil de
rétention transversal rapporte les taux d’accès à chaque année d’études au taux d’accès de la première année du
fondamental pour une année donné (ici 2007-08)
27
Encadré II.2
Analyse des scolarisations à partir des enquêtes auprès des ménages
En Mauritanie, deux enquêtes auprès des ménages ont été réalisées récemment, à savoir le MICS1 en 2007 et
l’EPCV2 en 2008. Chacune d’entre elles comporte un volet éducation qui permet d’estimer des indicateurs de
couverture, indépendamment des données de recensement et des données administratives, avec l’avantage
qu’on dispose du numérateur et du dénominateur des indicateurs de couverture dans une même base.
En premier lieu, les données de l’EPCV et du MICS permettent de mesurer la proportion d’une génération ayant accédé à
l’école, qu’il s’agisse de l’enseignement fondamental ou de l’enseignement originel. Cette proportion est estimée à 88 %,
ce qui nous donne deux indications. La première est qu’il existe une frange non négligeable de la population d’âge
scolaire (12 %) qui n’accède jamais à une forme quelconque d’éducation, qu’il s’agisse de l’enseignement fondamental
ou de l’enseignement originel. La seconde est que par conséquent l’accès à l’enseignement fondamental se situe en deçà
de cette valeur de 88 %, et donc bien en deçà de la valeur obtenue sur la base des données administratives3. On estime en
effet que seuls 74% des individus d’une génération accèdent à la première année de l’enseignement fondamental.
Le tableau ci-après, présente les probabilités d’accès aux différents niveaux, selon le MICS 2007 et l’EPCV 2008
1AF 2AF 3AF 4AF 5AF 6AF 1AS 2AS 3AS 4AS 5AS 6AS
EPCV 2008 73,8 69,7 62,7 58,3 48,3 37,5 31,1 28,7 27,3 22,4 17,4 7,8
La faiblesse de l’accès au fondamental est assortie d’une forte déperdition aboutissant à une probabilité d’achever le
cycle de 37,5 %. Pour le secondaire premier cycle, la probabilité d’accès en première année se situe à 31 % et celle
d’achèvement est estimée à 27 %.
Les données administratives présentent l'avantage de pouvoir étudier la continuité éducative. Le but de
cette section est d’évaluer dans quelle mesure l'absence de continuité éducative jusqu'à la fin du
fondamental dans certaines écoles pourrait expliquer les abandons en cours de cycle.
1
Multiple Indicators Cluster Survey
2
Enquête Permanente des Conditions de Vie des ménages
3
Les résultats obtenus de l’EPCV (et aussi du MICS) diffèrent profondément de ceux obtenus à l’aide des données
administratives. Deux hypothèses peuvent être émises pour expliquer ces écarts. D’abord une sous-estimation des données
démographiques qui entrainerait une augmentation des taux déterminés sur la base des données administratives. Ensuite une
sous-estimation dans l’EPCV et dans le MICS, de la population ayant eu accès à l’enseignement fondamental. Il est en effet
possible que certaines personnes ayant été à l’enseignement fondamental avant de continuer dans l’enseignement « originel »
n’aient pas été comptabilisées comme ayant eu accès au fondamental, le questionnaire de l’EPCV ne permettant pas de
distinguer clairement entre le système « originel » et le système « formel »
28
Tableau II.6 : La discontinuité éducative dans les écoles fondamentales entre 2007-08 et 2008-09
Public Privé Total
En % du nombre d’écoles
Effectif % Effectif % Effectif
publiques
Nombre d’écoles avec discontinuité éducative 24,9% 852 28,6% 72 25,1% 924
Ainsi, 9 708 sur 100 802 élèves entrant en première année du fondamental (1AF) n’ont pas pu
continuer leur scolarité en 2ème année dans la même école à cause de l’absence de ce niveau dans
l’école où ils étaient scolarisés. Au total, en considérant toutes les années d’études du fondamental,
9,4% des élèves du fondamental étaient en situation de discontinuité éducative entre 2007-08 et
2008-09.
En regardant la comparaison entre public et privé, il ressort que les nouveaux entrants de
l’enseignement fondamental privé sont beaucoup plus concernés par cette discontinuité éducative que
les entrants du public. En effet, 19,3% de ces élèves ne peuvent pas continuer au niveau supérieur dans
leurs écoles alors qu’ils ne sont que 8,4% dans cette situation au public.
On peut penser que les écoles à discontinuité éducative ont un impact direct sur les abandons en cours
de cycle. Il est donc impératif d’améliorer la continuité éducative pour le système éducatif mauritanien
afin d’augmenter significativement la rétention en cours de cycle.
Le facteur géographique de localisation de l’école fondamentale par rapport à la résidence des enfants
est un déterminant essentiel pour l’accès à l’école fondamentale.
L’EPCV 2008 a abordé cette question en demandant la distance entre le domicile du ménage et l’école
fondamentale la plus proche, ainsi que le temps nécessaire pour parcourir cette distance. Le tableau
II.7 présente le temps nécessaire pour se rendre à l’école la plus proche en 2008 en comparant avec les
données de l’EPCV 2004.
Tableau II.7 : Répartition des enfants de 11-12 ans selon le temps mis pour atteindre l’école fondamentale la plus
proche, années 2004 et 2008
29
EPCV 2004 EPCV 2008
D’après ces données, 21,6 % des enfants âgés de 11 à 12 ans habitent à plus de 30 minutes de l’école
fondamentale la plus proche et sont donc confrontés à un problème d’offre de scolarisation. Cette
proportion n’a pas beaucoup évolué par rapport à 2004 où elle était estimée à 25%.
Le tableau II.8 présente les résultats d’une analyse statistique permettant de rendre compte de l’impact
de la distance sur la probabilité d’accéder à l’école fondamentale pour les enfants de 11-12 ans.
Tableau II.8 : Modélisation de l’accès à l’école fondamentale (enfants 11-12 ans), année 2008
Variables Coefficients *
Temps nécessaires pour arriver à l’école la plus proche 0,588
Moins de 15 mn (réf plus de 15 mn)
Constante 0,878
Source : calcul des auteurs à partir des données de l’EPCV 2008
• Toutes les variables sont significatives à un seuil de 1%
Une façon complémentaire de regarder la distribution des enfants en regard de la distance domicile
école est aussi de souligner que, même lorsque l’école est très proche du domicile, certains enfants n’y
ont pas accès ; c’est ainsi le cas de 22% des enfants (puisque la probabilité d’accéder à l’école
fondamentale est de 78 % pour les enfants ayant une école proche). La modélisation permet
d’identifier quelle catégorie de population est alors concernée par une demande scolaire insuffisante.
L’impact de ces facteurs sera analysé avec plus de détails dans le chapitre VI.
A titre de conclusion provisoire, on constate que i) une proportion importante des enfants en âge
d’aller à l’école fondamentale n’ont pas une offre scolaire de proximité ; cette situation influe
négativement sur les chances d’accès à l’école, ii) en plus des facteurs liés à l’offre, d’autres facteurs
liés à la demande scolaire jouent un rôle relativement important dans l’accès à cet ordre
d’enseignement.
30
II.3. Analyse de la demande de scolarisation dans une perspective plus qualitative
La décision d’inscrire un enfant à l’école, de lui faire poursuivre les études ou de les abandonner, est
tributaire, pour partie, des conditions socio-économiques du ménage et de son appréciation de l’école.
Si la famille a des revenus importants et que ceux-ci ne dépendent pas de la contribution productive
des enfants et si elle a par ailleurs une bonne image de l'école en tant que moyen pour obtenir des
bénéfices économiques et sociaux ultérieurs pour son enfant, tous les ingrédients sont réunis pour un
accès et une rétention longue dans le cadre scolaire. A l'autre extrémité, si la famille est modeste et a
des revenus qui dépendent pour une part notable de l'activité productive de ses enfants et si, en outre,
la famille ne perçoit pas de façon claire les bénéfices de la scolarisation, il est vraisemblable que ces
circonstances vont conduire à ne pas inscrire l’enfant à l’école, ou à lui faire abandonner de façon
précoce ses études. Entre ces cas extrêmes, on trouve évidemment de nombreuses configurations
possibles.
Tableau II.9 : Raisons de non fréquentation de l'école selon les parents (enfants de 6-14 ans), année 2008
31
Graphique II.3 : Raisons de non fréquentation de l'école selon les parents (enfants de 6-14 ans), année 2008
35
30
25
20
15
10
5
0
Ecole coranique Manque moyens Eloignement de Décision parents Autres Travail pour aide
suffisante l'école familiale
Les données de l’enquête EPCV 2008 montrent par ailleurs que lorsque les parents se déclarent
insatisfaits de l’enseignement fondamental c’est d’abord en raison du manque d’enseignants et de la
qualité des établissements avant la qualité des enseignants et le manque de livre. Cette hiérarchie des
causes d’insatisfaction est globalement comparable en zone rurale et en zone urbaine
Tableau II.10 : Causes d'insatisfaction des parents pour l'école fondamentale, année 2008
32
III. La mise en regard de la couverture scolaire avec les dépenses de
l'éducation (Efficience et Espérance de Vie Scolaire)
Tableau II.11 : Comparaison de l’espérance de vie scolaire, des dépenses courantes d’éducation en % du PIB et
du coefficient d’efficience avec des pays d’Afrique à niveau de richesse comparable, année 2008 ou proche
De façon simplifiée, on pourrait arguer que les politiques éducatives, pour la partie basse du système
notamment, visent principalement à réaliser deux objectifs de référence : i) inclure les enfants qui, à un
moment donné du temps, ne sont pas scolarisés et ii) assurer des conditions d’enseignement et des
apprentissages de bonne qualité pour ceux qui sont effectivement scolarisés. Dans cette section, nous
ciblons donc les enfants d’âge scolaire qui ne sont pas scolarisés.
33
IV.1. Estimation quantitative des enfants actuellement non scolarisés (8-13 ans)
100%
90%
80%
70%
Probabilité d'accès
60%
50%
40%
30%
20%
10%
0%
1AF 2AF 3AF 4AF 5AF 6AF
Classes
L’EPCV 2008 a permis d’estimer le nombre d’enfants non scolarisés. Il apparaît qu’en 2008 92 341
enfants correspondant au quart des enfants âgés de 8 à 13 ans n’étaient pas scolarisés.
Cette population est composée de deux groupes d'enfants, i) ceux qui ne sont jamais allés à l'école,
dont le nombre est estimé à 24 488 individus correspond globalement au quart des enfants non
scolarisés, et ii) ceux qui ont une fois été inscrits à l’école mais l’ont abandonné précocement; leur
nombre est estimé à 67 853 jeunes.
34
Tableau II.12: Estimation du nombre des enfants non scolarisés en 2008
Milieu de résidence
Total
Rural Urbain
Nombre total d'enfants de 8-13 ans 200 089 168 676 368 765
Nombre total d'enfants de 8-13 ans non scolarisés
71 827 20 514 92 341
Jamais scolarisés 18 137 6 351 24488
Dans la perspective d'atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement, le défi est donc de
scolariser ces 92 341 jeunes qui ont des caractéristiques sociales et démographiques diverses.
Si l'Objectif du Millénaire pour le Développement de fournir au moins six années d’un enseignement
fondamental de qualité raisonnable à tous les enfants est universel par définition, ce n'est que grâce à
des stratégies élaborées et mises en œuvre au niveau national que l'objectif global peut être atteint.
Dans cette optique il est d’intérêt d’identifier les populations qui « résistent » encore à la scolarisation.
Cette identification qui peut de faire à l’aide d’une description sociale, démographique et économique
des enfants non scolarisés peut servir de base à une politique qui ciblera mieux ces populations afin de
garantir une éducation « inclusive ».
Le tableau II.13 donne d’une part la proportion d’enfants non scolarisés selon certaines
caractéristiques sociodémographiques. D’autre part il donne la répartition des enfants non scolarisés
selon ces mêmes caractéristiques.
L'analyse concerne les enfants âgés de 8 à 13 ans. Au total environ 368 765 sont concernés, 92 341
d'entre eux n’étant pas scolarisés au moment de l’enquête. Le risque d'être non scolarisé est plus faible
pour les garçons (18%) que pour les filles (22%), mais l'écart entre les sexes (4 points de
pourcentages) est relativement modéré. En conséquence, l'écart entre les sexes au sein de la population
des enfants non scolarisés est aussi d'une ampleur modérée (53% sont des filles et 47% sont des
garçons). L'écart dans les chances d'être scolarisés est beaucoup plus large si l'on considère la situation
géographique (les enfants vivant dans les zones rurales ou urbaines) ou le quintile de richesse.
35
Tableau II.13 : Caractéristiques sociales des enfants de 8-13 ans non scolarisés en 2008
q2 23,4 27,5
q3 18,9 19,7
q4 10,9 10,2
q5 8,0 5,2
La probabilité de ne pas être scolarisée est estimée à 10,8 % pour les enfants vivant dans les villes
tandis que le chiffre correspondant est de 26,4 % pour ceux qui vivent dans les zones rurales. Le
milieu rural représente 54 % de la population des jeunes de 8 à 13 ans. Comme, par ailleurs, ils
présentent un risque plus élevé de ne pas être scolarisés, il en résulte que
78 % des enfants actuellement exclus de l'école se trouvent dans les zones rurales, et seulement 22 %
se trouvent dans les villes. Le défi de l’inclusion pour atteindre la scolarisation primaire universelle
dépendra donc largement de la capacité de la Mauritanie à scolariser le plus grand nombre d’enfants
ruraux. Si nous utilisons l'estimation selon laquelle 92 341 enfants en âge de fréquenter le fondamental
ne sont pas scolarisés, cela signifie que 71 827 vivent en milieu rural, et environ 20 514 dans les villes.
La figure ci-dessous est une représentation synthétique des deux perspectives évoquées. Elle va dans le
sens de l’hypothèse couramment émise selon laquelle, les systèmes éducatifs ont tendance à suivre un
schéma dans lequel les enfants les plus faciles à atteindre sont scolarisés en premier et les plus
difficiles à atteindre sont les derniers à être scolarisés. Dans ce schéma, les services éducatifs sont en
général offerts d’abord dans les grandes villes (à commencer par la capitale), où la densité de
population est élevée ainsi que la demande de scolarisation de populations qui ont une influence
directe sur les gouvernements. Lorsque ces populations sont scolarisées, l'expansion du système
concerne les petites villes et les zones rurales où la densité de la population est encore assez élevée, où
la demande de scolarisation est encore élevée et où il n'y a pas de grandes difficultés pour affecter des
enseignants. À la fin, viennent les enfants vivant dans des zones où la population est dispersée et la
densité de population faible, où les parents vivent dans la pauvreté et sont souvent analphabètes ; ils
ont à la fois une faible demande pour les services éducatifs et un pouvoir de pression faible pour
rendre l’offre de services disponibles.
36
Non Scolarisés
Non Scolarisés
Scolarisés Scolarisés
Urbain Rural
Si nous observons maintenant les analyses effectuées sur la base du revenu, les résultats montrent que
plus la famille est pauvre plus le risque que les enfants soient non scolarisés est élevé, comme l’illustre
le graphique II.5.
Graphique II.5 : Risque d’être non scolarisés selon le niveau de vie (enfants de 8-13 ans), année 2008
35
Probabilité d'être non scolarisé (%)
30
25
20
15
10
0
q1 q2 q3 q4 q5
Les enfants des ménages appartenant au quintile le plus pauvre ont plus de chances de ne pas être
scolarisés que d’être scolarisés. 31 % d’entre eux ne sont pas inscrits à l’école. Le risque diminue
considérablement avec le niveau de richesse, mais il s’élève encore à 23,4 % pour les enfants des
ménages du deuxième quintile et vaut 8% dans le quintile le plus élevé. En conséquence, la répartition
des enfants non scolarisés est inégale, avec une forte proportion de pauvres. Si nous considérons les
deux quintiles de richesse les plus bas, plus des deux tiers (69 %) des enfants non scolarisés
appartiennent à ces ménages.
Le graphique II.6 montre la représentation relative des différentes catégories sociales dans la
population des enfants non scolarisés. Comparativement aux enfants appartenant aux ménages les plus
riches, les enfants vivant dans les ménages les plus pauvres y sont 4 fois plus représentés qu’ils ne le
37
sont dans la population totale des enfants. Relativement aux urbains, les ruraux le sont 2 fois et demi et
les filles 1,2 fois, relativement aux garçons.
En définitive, il apparaît clairement que si la dimension de genre doit bien être considérée, il faut
souligner que les véritables défis de la réalisation de l’objectif d'achèvement universel concernent
l’inclusion des ruraux et des pauvres. Il sera impossible d’atteindre la scolarisation fondamentale
universelle en Mauritanie si la politique éducative ne parvient pas à cibler et atteindre efficacement ces
deux catégories.
Atteindre l'objectif est, en fait, d'autant plus difficile que les deux catégories avec une forte proportion
d'exclusion (zones rurales et pauvres) se réfèrent essentiellement aux mêmes personnes. Si les filles et
les garçons sont généralement bien répartis entre les zones rurales et les zones urbaines d'une part, et
entre les familles riches et les familles pauvres de l'autre, l'emplacement géographique et la richesse ne
sont pas deux dimensions statistiquement indépendantes. La tendance générale est que, la plupart des
familles du quintile le plus riche résident en milieu urbain, tandis que les familles les plus pauvres
résident principalement dans les zones rurales, même si une part non négligeable des familles pauvres
vit dans les villes. Mais dans l’ensemble, les chiffres montrent qu'une grande proportion de ceux qui
sont en dehors de l'école, sont à la fois pauvres et ruraux, faisant de leur scolarisation un objectif
particulièrement difficile à atteindre.
Graphique II.6 : Représentation relative des groupes défavorisés par rapport aux groupes favorisés parmi les
enfants non scolarisés, année 2008
4
Représentation relative
0
Fille/Garçon Rural/Urbain 20% moins riches/20%
plus riches
Ces résultats anticipent ceux qui seront discutés dans le chapitre 6 sur la situation de l’éducation en
milieu rural en Mauritanie étudiée sous divers angles, à savoir i) la scolarisation des enfants en milieu
rural (ampleur de leur retard par rapport aux urbains, et processus de construction de ce retard) ii) la
valorisation économique et sociale des investissements éducatifs des ruraux et iii) l’organisation et le
coût des services éducatifs en milieu rural. Les urbains ont clairement tendance à être servis en
premier, les ruraux, et notamment les pauvres et ceux vivant dans des zones déshéritées l’étant en
dernier.
38
Evolution de la pyramide éducative de la Mauritanie entre 2004-05 et 2007-08
Mauritanie (2007/2008)
Mauritanie (2004/2005)
Supérieur : 524 ét./100 000 hab.
Supérieur : 294 ét./100 000 hab.
Technique : 4% du
Ages secondaire total
théoriques
7% du secondaire total
Secondaire
18 20% 20%
2nd cycle
17
TBS = 24%
16 19% 18%
TBS = 19%
100% 86%
15 16% 21%
Secondaire
1er cycle
14
TBS = 23%
S
13
TBS = 26%
12 27% 26%
42% 64%
11 65% 45%
10
Primaire
9
TBS = 98%
8
7 TBS = 93%
6 100% 100%
39
Chapitre 3 : Les aspects financiers de l’éducation
• une participation des ménages de 11,5% au financement du secteur. Cette contribution est
plus élevée au niveau de l’enseignement secondaire général, de 14,6% de la dépense totale
dans le 1er cycle du secondaire et 21,1% dans le 2nd cycle. Celles relatives à l’enseignement
supérieur et le fondamental sont de 7,9% et 11,9% des dépenses nationales d’éducation.
• Un coût unitaire relativement acceptable pour presque tous les ordres d’enseignement. Les
salaires constituent une part substantielle du budget de l’éducation, qui se trouve alourdie
part d’une part par l’effectif du personnel enseignant en excédent ou non utilisé ; et d’autre
part l’effectif du personnel non enseignant. A l’exception du premier cycle du secondaire
tous les coûts unitaires de tous les ordres d’enseignement sont inférieurs à ceux des pays
africains à niveau de richesse comparable (en % PIB/habitant).
40
Il est opportun pour les décideurs éducatifs et également pour les planificateurs de l’éducation de
connaître réellement les coûts détaillés du secteur. En effet, il est important, d’une part, de pouvoir
identifier la faisabilité financière de telle ou telle politique éducative et d’autre part, de pouvoir
instruire à partir de telle ou telle politique, la recherche de financements additionnels, tant au plan
national dans les arbitrages entre les différents secteurs qu’au plan extérieur.
Dans ce chapitre, il sera procédé en premier lieu à l’examen de la structure et de l’évolution des
dépenses éducatives exécutées au cours de la période 1995-2008 à la fois sur ressources nationales
mais également sur ressources extérieures par niveau d’enseignement et par type de dépenses. En
second lieu, l’analyse portera de façon détaillée sur les dépenses courantes d’éducation financées par
le budget de l’Etat pour l’année 2008 et permettra de connaître les coûts unitaires publics réels par
niveau d’enseignement tout en observant le poids des facteurs composant ces coûts unitaires (salaires
enseignants, salaires non-enseignants, autres dépenses…etc.). Enfin, dans un troisième et dernier
temps, l’analyse s’attachera à observer les dépenses des ménages pour l’éducation de leurs enfants en
fonction du niveau d’enseignement.
Comme nous avons pu le voir dans le chapitre 1 du présent rapport, les dépenses d’éducation en
Mauritanie représentaient 3,2% du PIB en 1995 puis 3,8% en 2002 et 3,1% en 2006 avant d’atteindre
4,2% et 3,9% du PIB en 2007 et 2008. La part des dépenses courantes hors dette de l’Etat (exécutées)
allouées au secteur de l’éducation représentaient 19,7% en 1995 mais a progressivement diminué
jusqu’en 2005 pour atteindre 13%. C’est à partir de 2006 que celle-ci a de nouveau augmenté pour
atteindre 19,6% en 2007 et 18,3% en 2008, valeur en 2008 encore faible en regard au cadre indicatif
de l’initiative Fast-Track (20%).
Le tableau III.1 reprend les montants consommés pour le secteur de l’éducation de 1995 à 2008 ; ces
dépenses sont exprimées en unités monétaires courantes.
Globalement les dépenses nominales de l’éducation ont évolué positivement. Elles ont été multipliées
par six entre 1995 et 2008. Si on s’intéresse aux dépenses selon leur type on constate une évolution
différente des dépenses de fonctionnement et d’investissement. Le rythme de cette augmentation est
nettement plus important pour les dépenses de fonctionnement qui ont été multipliées par 6,8, que
pour les dépenses d’investissement qui ont été multipliées par un facteur de 4,5. Ces augmentations
correspondent à des taux de croissance annuels moyens respectivement de 15,9% et 12,2% pour les
dépenses de fonctionnement et d’investissement. Si l’on tient compte des prix du marché (valeur
constante), les taux de croissance annuels moyens réels de ces deux types de dépenses sont
respectivement de 5,3% et 1,9% entre 1995 et 2008.
1
Hors préscolaire
41
Tableau III.1 : Evolution des dépenses de l’éducation selon le niveau d’études et le type de dépenses
(millions d'UM), 1995-2008
Années budgétaires 1995 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Fonctionnement 4 862 6 380 6 558 8 060 8 578 10 307 11 673 12 759 14 358 21 082 28 674 33 169
Fondamental 1 965 2 765 2 856 3 407 3 829 4 776 5 424 5 786 6 646 8 474 11 950 14 590
Secondaire général 1 528 1 844 1 882 2 276 2 543 3 108 3 571 3 976 3 498 4 438 6 590 7 841
Secondaire technique et
141 238 193 316 302 266 194 199 544 397 876 843
professionnel
Supérieur 990 1 189 1 251 1 519 1 325 1 344 1 536 1 574 2 021 3 659 3 355 5 261
Normal 99 121 111 262 263 310 374 351 261 347 252 189
Administration 139 223 265 278 316 503 574 872 1 387 3 766 5 651 4 445
Investissement 1 757 1 938 1 433 1 814 2 428 3 543 3 486 3 451 5 401 8 308 6 460 7 850
Ressources nationales 255 206 66 104 735 1 259 1 667 1 600 1 125 1 749 2 001 2 297
Ressources extérieures 1 502 1 732 1 367 1 710 1 693 2 284 1 819 1 851 4 276 6 559 4 459 5 553
Total 6 619 8 318 7 991 9 874 11 006 13 850 15 159 16 210 19 759 29 390 35 134 41 019
Ressources nationales 5 517 6 586 6 624 8 164 9 313 11 566 13 340 14 359 15 483 22 831 30 675 35 466
Ressources extérieures 1 502 1 732 1 367 1 710 1 693 2 284 1 819 1 851 4 276 6 559 4 459 5 553
Proportion financement extérieur (%) 22,7 20,8 17,1 17,3 15,4 16,5 12,0 11,4 21,6 22,3 12,7 13,5
Source : RESEN 2000, RESEN 2006 et Ministère des Finances
L’évolution du budget d’investissement traduit les priorités accordées au secteur suite à la mise en
place d’une politique nationale d’Education Pour Tous soutenue par l’aide extérieure dont l’appui a été
orienté principalement vers l’expansion des infrastructures scolaires du fondamental et du 1er cycle
secondaire. D’autre part, l’augmentation continue de l’investissement à partir de 2001 et 2002
correspond au lancement du PNDSE qui a bénéficié du concours d’un grand nombre de partenaires au
développement se traduisant par d’importants investissements.
L’analyse de la structure des dépenses budgétaires n’est abordée que pour ce qui concerne les
dépenses courantes (les informations sur les dépenses d’investissement par niveau d’enseignement
sont erratiques dans le temps). Cette question de structure est importante en ce que son évolution dans
le temps manifeste les choix, au moins implicites, faits par le pays. Le tableau III.2, ci-après, présente
l’évolution de la structure des dépenses par niveau depuis 1995.
42
Tableau III.2 : Evolution de la structure des dépenses de fonctionnement du budget exécuté de l'éducation selon
1
le niveau d’enseignement (en %), 1995-2008
Niveau d’enseignement 1995 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Fondamental 40,4 43,3 43,5 42,3 44,6 46,3 46,5 45,3 46,3 40,2 41,7 44,0
Secondaire 31,4 28,9 28,7 28,2 29,6 30,2 30,6 31,2 24,4 21,1 23,0 23,6
Technique 2,9 3,7 2,9 3,9 3,5 2,6 1,7 1,6 3,8 1,9 3,1 2,5
Supérieur 20,4 18,6 19,1 18,8 15,4 13,0 13,2 12,3 14,1 17,4 11,7 15,9
Normal 2,0 1,9 1,7 3,3 3,1 3,0 3,2 2,8 1,8 1,6 0,9 0,6
Services d’appui 2,9 3,5 4,0 3,4 3,7 4,9 4,9 6,8 9,7 17,9 19,7 13,4
Ensemble 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
Source : RESEN 2000, RESEN 2006 et Ministère des Finances
En 2008, les dépenses pour le fondamental s’élèvent à 14,6 milliards d’UM, soit 44,0% du total des
dépenses courantes du secteur. Les dépenses courantes de l’enseignement secondaire qui sont de
l’ordre de 7,8 milliards d’UM, représentent 23,6% des dépenses courantes exécutées de l’éducation.
L’enseignement secondaire est suivi de l’enseignement supérieur qui absorbe 15,9% des dépenses
courantes du secteur. Les parts respectives des enseignements technique et normal (ENI et ENS) sont
les plus faibles et représentent respectivement 2,5 % et 0,6% des dépenses courantes exécutées du
secteur.
Sur le plan des évolutions, on note d’abord une diminution assez régulière de la part des dépenses
courantes affectées à l’enseignement supérieur qui passe de plus de 20% pour l’année 1995 à près de
16% pour 2008 et de l’enseignement secondaire (de plus de 31% à 24%). Ce sont principalement
l’enseignement fondamental et les services d’appui qui bénéficient de la baisse de la part des
ressources pour le secondaire et le supérieur. En effet, l’enseignement fondamental ne bénéficiait que
de 40,4% des crédits publics de fonctionnement du secteur en 1995 contre 44,0% en 2008. Toutefois,
il est très difficile de se faire une idée réelle de l’évolution de la structure des dépenses par ordre
d’enseignement dans la mesure où les services d’appuis sont présents ici et intègrent des dépenses
relatives à chaque niveau d’enseignement. L’analyse détaillée des dépenses courantes d’éducation
pour l’année 2008 réalisée dans la section 2 du présent chapitre, permettra de mieux observer la
répartition intra-sectorielle du secteur de l’éducation en tenant compte uniquement des niveaux
d’enseignement.
La répartition des dépenses courantes par nature fait apparaître une part prépondérante des dépenses
salariales. Cette part qui était d’environ 80% en 2001 a légèrement diminué et représente environ 74%
en 2008. La part des biens et services qui représentaient 13,5% des dépenses courantes en 2001 a
augmenté progressivement à 22% en 2003 et 2004 avant de retrouver son niveau de 2001 en 2008
(13,6%). C’est donc surtout la part allouée aux transferts et subventions qui a augmenté sur la période
passant d’environ 7% en 2001 à 16% en 2007 et 12% en 2008.
1
Hors budget du préscolaire
43
Tableau III.3 : Evolution de la structure par nature des dépenses courantes exécutées dans le budget de
l’éducation (en %), 2001-2008
Les salaires représentant les dépenses courantes majoritaires dans le secteur de l’éducation, il est
intéressant d’observer quelle part ils représentent selon les niveaux d’enseignement. Le tableau III.4
présente l’évolution de la structure des dépenses courantes exécutées par nature et par niveau
d’enseignement.
Tableau III.4 : Evolution de la structure des dépenses courantes exécutées par nature et par niveau
d’enseignement (en %), 1998 – 2008
Secondaire Enseignement
Fondamental Secondaire général Supérieur
technique normal
1998 2004 2008 1998 2004 2008 1998 2004 2008 1998 2004 2008 1998 2004 2008
Salaires 96,0 82,2 94,3 89,3 78,4 92,0 56,8 13,8 34,6 63,7 47,0 42,8 43,2 32,4 27,1
Fonctionnement 4,0 17,8 5,6 7,0 20,2 7,7 28,3 68,6 0,9 18,5 21,6 19,6 24,5 40,2 9,0
Subventions 0,0 0,0 0,1 3,7 1,4 0,3 14,9 17,6 64,5 17,8 31,5 37,6 32,2 27,4 63,9
Total 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100 100
Source : RESEN 2000, RESEN 2006, Ministère des Finances, et calcul des auteurs
Le poids des dépenses salariales est plus important dans les niveaux bas de la pyramide éducative
(enseignements fondamental et secondaire). En effet, la part salariale pour ces deux niveaux
d’enseignement se situe à plus de 90% des dépenses courantes en 2008 même si leurs parts respectives
ont connu une légère baisse entre 1998 et 2004, en dessous des 90%. Au niveau des enseignements
technique, supérieur et normal (ENI et ENS), cette part est inférieure à 50% en 2008. Si les salaires
représentaient près de 57% en 2001 dans l’enseignement technique, cette part n’est que de 34,6% en
2008, le principal poste de dépenses étant les subventions et transferts pour ce niveau
d’enseignement1. Pour l’enseignement supérieur, la part des salaires a diminué de 1998 à 2008 pour se
fixer à 27% des dépenses. Les subventions et transferts (notamment les dépenses sociales) sont les
dépenses majoritaires pour ce niveau d’enseignement.
1
Toutefois, les subventions et transferts pour l’enseignement technique inclus des dépenses affectées aux
personnels d’appui et aux formateurs des établissements. On peut donc penser que la part salariale réelle de
l’enseignement technique est plus importante.
44
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008
Dans cette partie, on s’intéresse aux différentes catégories de dépenses en fonction du niveau
d’enseignement pour l’année 2008. Cette année a été retenue dans la mesure où elle correspond à
l’année la plus récente pour laquelle l’information budgétaire exécutée est disponible.
II.1. La distribution des personnels de l’éducation et des dépenses courantes de l’Etat par niveau
d’enseignement
Il est possible de présenter les informations concernant l’ensemble des personnels employés dans le
secteur scolaire public selon : i) leur fonction (enseignants à la craie ou bien autre) ; ii) le fait qu’ils
soient employés dans un établissement d’enseignement ou dans un service d’appui administratif ou
pédagogique, au niveau central ou décentralisé ; et iii) le niveau d’études auquel ils sont rattachés. Ces
informations sont consignées dans un tableau qui présente aussi les masses salariales pour chacun des
types de structure et incorpore les dépenses de biens et services ainsi que les subventions et transferts
associés à chacune des différentes structures considérées. Le tableau III.6 présente cette consolidation
des personnels et des finances du secteur.
Notons que la construction de ce tableau a demandé de nombreux recoupements entre diverses sources
dont i) les donnés de la Direction de la Stratégie, de la Planification et de la Coopération ; ii) celles de
la Direction des Ressources Humaines du Ministère de l’Education Nationale ; iii) celles de la
Direction du Budget du Ministère des Finances ; et iv) celles de différents établissements des
enseignements normal, techniques et supérieurs.
Les chiffres de ce tableau constituent la base pour l’ensemble des travaux qui vont suivre. En
particulier, nous pourrons proposer une estimation des coûts unitaires selon la méthode micro et
identifier une fonction de coût permettant d’identifier la dépense par élève à chaque niveau
d’enseignement ainsi que les facteurs qui agissent sur elle. Ceci implique que le montant décaissé de
45
467 millions d’UM pour "les cas spéciaux" 1 et celui de 691,9 millions d’UM pour le personnel payé
par le Ministère de l’Education Nationale mais n’y travaillant pas, soit un total de près 1,160 milliards
d’UM (cf. les deux dernières lignes du tableau suivant), ne soient pas pris en compte dans l’estimation
des coûts unitaires.
46
Tableau III.6 : Distribution des personnels et des dépenses de l’Etat reconstituée (millions UM),
année 2008
4
Total allant réellement à
14 331 6 381 3 281 23 993 487,9 2 402,10 32 162,20
l'éducation
0
4
Total budget éducation
25 322 25 322 1 158,90 1 158,90
487,9 2 402,10 33 321,20
exécuté
0
Source : DRH-DEF-DES-DSPC/ Ministères en charge de l’éducation, solde, Ministère des finances, calcul des auteurs
* dont 52 moniteurs qui sont enseignants craie en main
** Les personnels d'appui très nombreux pour le Cabinet et les différentes directions centrales (hors DEF, DES DGESRS et DFT) n'ont pas
pu être affectés quelque part, c'est pourquoi ils sont concentrés à ce niveau
*** Enseignants de disciplines scientifiques arabophones qui ne peuvent plus enseigner depuis la réforme de 1999 et qui sont toujours
rémunérés sur le budget éducation mais qui n'occupent aucune fonction
47
II.2. Une répartition intra-sectorielle très favorable à l’enseignement fondamental et des dépenses hors
salaires enseignant élevées
Comme le montrent les données du tableau III.6, les dépenses courantes réellement allouées à
l’éducation pour 2008 sont de 32,1622 milliards d’UM et non de 33,3212 milliards d’UM étant donné
que des personnels de l’éducation sont rémunérés sur le budget éducation mais ne travaillent plus pour
le secteur.
Au-delà du niveau global de financement public du secteur, il est aussi intéressant d’examiner la
structure des dépenses courantes entre les différents niveaux d’enseignement. Le poids accordé à
chaque niveau éducatif manifeste les priorités, au moins implicites, accordées aux différents niveaux
d’enseignement à l’intérieur du financement public du secteur ; il manifeste aussi le degré de réussite
de la mise en œuvre des différentes politiques et stratégies éducatives établies dans le passé. Ces
dernières étant conditionnées bien entendu par de bons arbitrages intra sectoriels et par un cadrage
macro économique favorable au secteur et en cohérence avec son évolution.
Le tableau III.7, ci-après, donne une indication de la répartition des dépenses courantes du secteur.
Cette répartition n’est toutefois pas simple à obtenir car, à certains niveaux d’enseignement, les
dépenses sont agrégées notamment au niveau de l’administration centrale et dans une moindre mesure
au niveau régional. Une clé de répartition a été nécessaire afin de répartir ces dépenses : il a été décidé
de les affecter au prorata de la masse salariale des établissements pour chaque niveau d’enseignement.
Tableau III.7 : Répartition des dépenses courantes allouées réellement à l'éducation par nature et par niveau
d'enseignement (millions d'UM), année 2008
Dans un premier temps, il est pertinent d’observer la part des dépenses hors salaire enseignant pour
chaque niveau d’enseignement, afin de voir dans quelle mesure les différents éléments qui les
composent (salaires non enseignants, dépenses administratives et pédagogiques, dépenses sociales)
sont pris en compte. Cette part est d’autant plus importante que le niveau d’enseignement est élevé.
Ainsi, si cette part n’est que de 36% au fondamental, elle passe à environ 52% pour les deux cycles du
secondaire et à plus de 65% pour les formations des enseignants du fondamental (ENI) et du
secondaire (ENS) pour atteindre environ 81% pour l’enseignement supérieur.
Le graphique III.1, ci-après, illustre la situation du pays, en termes de dépenses courantes hors salaires
enseignant pour l’enseignement fondamental, en référence aux pays de niveau de richesse comparable
à la Mauritanie et également en regard du cadre indicatif de l’initiative Fast-track. La Mauritanie se
48
situe au dessus du cadre indicatif Fast-Track (33%) et de la moyenne des 10 pays présentés ici (32%)
avec une valeur d’environ 36%.
Graphique III.1 : Comparaison de la part des dépenses courantes hors salaire enseignant au fondamental avec des
pays africains à niveau de richesse comparable (%)
Dans un second temps, le tableau III.7 permet d’observer la priorité accordée à chaque sous-secteur de
l’éducation puisque celui-ci fait état de la répartition intra-sectorielle des dépenses courantes
d’éducation. En Mauritanie, l’enseignement fondamental absorbe 52,4 % des dépenses courantes
allouées à l’éducation en 2008 alors que la moyenne sur 10 pays d’Afrique (y compris la Mauritanie)
est de 43,3% (cf. tableau III.8). Ce constat dénote la priorité accordée à ce cycle aux cours des
dernières années en Mauritanie. Il est certes pertinent de comparer le chiffre de la Mauritanie pour
l’enseignement fondamental avec celui des pays comparables, mais il l’est tout autant de la comparer
avec la valeur de 50% retenue dans le cadre indicatif de l’initiative Fast-Track. Cette dernière
comparaison reste favorable à la Mauritanie en ce qui concerne la priorité budgétaire accordée au
premier niveau d’enseignement (en cohérence avec les engagements pour les objectifs du millénaire).
La part du budget accordée au fondamental a augmenté entre 2004 et 2008 (+2,9%) démontrant donc
la priorité accordée à ce sous-secteur, et celle de l’enseignement supérieur également puisqu’elle est
passée de 13,5% en 2004 à 16,8% en 2008, part qui reste toutefois inférieure à la moyenne des autres
pays comparateurs. L’augmentation des parts allouées au fondamental et au supérieur a eu comme
effet de diminuer la part allouée au secondaire 2nd cycle (la part du 1er cycle restant inchangée)
puisque celle-ci est passée de 14,1% en 2004 à 8,7% en 2008, valeur inférieure à la moyenne des
autres pays.
49
Tableau III.8 : Comparaison de la répartition intra-sectorielle des dépenses courantes en éducation avec des pays
africains à niveau de richesse comparable (%)
II.3. Des coûts unitaires publics courants inférieurs à la moyenne des pays comparables sauf pour le
1ercycle de l’enseignement secondaire général
Pour estimer les coûts unitaires de scolarisation, on peut procéder de façon directe en rapportant le
volume des dépenses courantes exécutées lors d’une année donnée pour un niveau d’enseignement au
nombre des élèves scolarisés dans ce niveau au cours de cette même année. Le tableau III.9, ci-après,
présente les résultats obtenus pour trois périodes, 1998, 2004 et 2008 et pour les différents niveaux
d’enseignement ; par ailleurs, les chiffres des coûts unitaires sont exprimés en unités monétaires
constantes (de l’année 2008) ainsi qu’en unités de PIB/habitant pour chacune des trois années
considérées.
La dépense publique courante par élève dans l’enseignement général s’échelonne en 2008 de 39 388
UM au fondamental à 915 841 UM pour l’ENS. Concernant la perspective temporelle et la dynamique
des coûts unitaires au cours de la période récente (1998-2008), on constate, en termes réels (en
monnaie constante), l’augmentation du coût unitaire au niveau des deux premiers ordres
d’enseignements à savoir le fondamental (de 26 313 UM en 1998 à 39 388 UM en 2008) et les deux
cycles du secondaire général (moyenne de 94 511 UM pour les deux cycles en 1998 à 103 712 UM
pour le 1er cycle et 121 735 UM pour le 2nd cycle en 2008) ; et une baisse au niveau de
l’enseignement technique (de 299 300 UM en 1998 à 276 609 UM en 2008) et de l’enseignement
supérieur (de 271 075 UM en 1998 à 238 917 UM en 2008). Par contre, la dépense unitaire publique
pour les étudiants boursiers à l’étranger (bourses et voyages) a considérablement augmenté passant de
500 700 UM en 1998 à 728 770 UM en 2008.
50
Tableau III.9 : Evolution des coûts unitaires publics courants de scolarisation, 1998-2008
Nombre
Coût Unitaire (UM constant 2008) Coût Unitaire (% PIB/tête)
d’Elèves
Technique 3 983 299 300 334 297 276 609 129,0 131,0 96,5
En termes de comparaisons internationales des coûts unitaires publics aux différents niveaux
d’enseignement, les données disponibles dans un échantillon de pays de la région, exprimés en unités
de PIB par habitant, sont présentées dans le tableau III.10.
Ces informations font état d’une situation du pays en référence à ce qui est observé dans les pays de
l’échantillon international comparatif qui est relativement contrastée selon les niveaux
d’enseignement. Pour l’enseignement fondamental, le niveau de la dépense publique par élève apparaît
légèrement inférieur à la moyenne de l’échantillon comparatif (13,7% du PIB/habitant en Mauritanie
contre 14,8% du PIB/habitant pour la moyenne de l’échantillon des pays).
Dans le 1er cycle de l’enseignement secondaire général, le coût unitaire public en Mauritanie est
nettement au-dessus de la moyenne des pays à niveau de richesse comparable (36,2% du PIB/habitant
contre 26,3% du PIB/habitant en moyenne pour les pays comparables) alors que dans le 2nd cycle du
secondaire, ce coût unitaire public est en dessous de la moyenne des pays de l’échantillon (42,5% du
PIB/habitant en Mauritanie contre 51,5% du PIB/habitant pour la moyenne des pays). Le coût unitaire
public de l’enseignement technique, relativement peu développé dans le pays, est également en
dessous de la moyenne des pays à niveau de richesse comparable (96,5% du PIB/habitant contre
153,2% du PIB/habitant pour la moyenne des pays).
Dans l’enseignement supérieur, le chiffre de la dépense par étudiant se situe à moins de la moitié de ce
qui est observé en moyenne dans les pays de l’échantillon comparatif (83,3% du PIB/habitant contre
181,7% du PIB/habitant dans les pays comparables), sachant que ce coût unitaire public a diminué
entre 1998 et 2004 et entre 2004 et 2008 (il était de 117% du PIB/habitant en 1998 et de 95% du
PIB/habitant en 2004).
51
Tableau III.10 : Comparaison des coûts unitaires courants de scolarisation avec des pays africains à niveau de
richesse comparable (en % PIB/habitant)
II.4. Les facteurs qui agissent sur les coûts unitaires publics de scolarisation : de l’encadrement des élèves
à la rémunération des enseignants
II.4.1. L’encadrement des élèves : un ratio élèves par maître au fondamental de 40 comme
indiqué par l’initiative Fast-Track
Le ratio élèves-maître au fondamental est resté quasiment identique entre 2004 et 2008 passant de 39,8
à 40,5. Il est en adéquation avec le cadre indicatif de l’initiative Fast-Track qui préconise une moyenne
de 40 élèves par enseignant pour le fondamental et en dessous de la moyenne des pays comparables à
la Mauritanie (cf. graphique III.2).
Tableau III.11 : Ratios élèves par enseignant par niveau d’enseignement en 2007-08 et comparaison avec l’année
2003/04
52
Graphique III. Comparaison du ratio élèves-maître au fondamental avec des pays africains à niveau de richesse
comparable (en % PIB/habitant)
70
Moyenne des 13 pays : Valeur du cadre indicatif de
65
47 élèves par maître l'initiative Fast-track :
60 40 élèves par maître
55
50
45
40
35
30
25
20
15
10
5
0
On a vu que le principal poste de dépenses dans l’éducation était celui des salaires des personnels et
plus particulièrement ceux des enseignants notamment pour les niveaux bas de la pyramide éducative.
Il est donc impératif d’avoir une idée du coût moyen des enseignants par niveau d’enseignement afin
de voir si, à termes, cette rémunération est soutenable ou non pour le pays notamment dans une
perspective d’augmentation de l’offre scolaire afin de répondre à la demande croissante.
Le tableau III.12 présente le salaire moyen annuel des enseignants du fondamental, du collège, du
lycée et de l’Université mais permet également de voir le salaire annuel moyen par catégories
d’enseignants c'est-à-dire de l’instituteur adjoint au professeur d’Université.
En 2008, les enseignants du fondamental ont une rémunération annuelle moyenne de 1 025 063 UM ce
qui représente 3,6 unités de PIB/habitant. Les enseignants du collège coûtent en moyenne 1 289 904
UM par an, soit 4,5 unités de PIB/habitant, ceux du lycée 1 335 947 UM soit 4,7 PIB/habitant, et ceux
de l’enseignement supérieur (les professeurs d’Université) bénéficient d’une rémunération annuelle
moyenne de 2 528 736 UM ce qui représente 8,8 unités de PIB/habitant.
Il est important de noter que la rémunération moyenne des enseignants du fondamental, même si elle a
augmenté en termes de PIB/habitant entre 2004 et 2008 (cf. tableau III.13) est en parfaite adéquation
avec la valeur indicative de l’initiative Fast-Track qui est de 3,5 unités de PIB/habitant.
53
Tableau III.12 : Mesure du coût salarial pour l’Etat selon la catégorie des enseignants craie en mains dans les
établissements (2008)
En termes de comparaison temporelle et de comparaison entre pays (avec des pays à niveau de revenu
comparable), on constate que i) les rémunérations en PIB/habitant des enseignements fondamental et
secondaire ont augmenté en Mauritanie entre 2004 et 2008 (l’enseignement secondaire 1er cycle
passant de 3,7 à 4,5 PIB/habitant et le 2nd cycle passant de 4,3 à 4,7 PIB/habitant), ii) les salaires
moyens en PIB/habitant sont nettement en dessous de la moyenne des pays comparables pour les trois
niveaux d’enseignement (moyenne de 4,4 pour le fondamental, de 6,8 pour le 1er cycle du secondaire
et de 7,8 pour le 2nd cycle du secondaire). Au fondamental, seuls le Cameroun et Sao-Tomé et
Principe ont un niveau moyen de rémunération moindre que la Mauritanie (respectivement de 3,6 et
2,3 PIB/habitant) et au secondaire, la Mauritanie présente les salaires en PIB/habitant les plus faibles.
Tableau III.13 : Comparaison de la rémunération enseignante (pris en charge sur le budget éducation de l'Etat) et
de la répartition entre les différents statuts enseignants avec des pays d'Afrique à niveau de richesse comparable
Sec
Sec 1er
Fondamental 2nd
cycle
cycle
Pays
Distribution des enseignants (%) Rémunération moyenne prise en charge par l'Etat (PIB/habitant)
54
II.5. Reconstitution des coûts unitaires
Après avoir examiné l’encadrement des élèves ainsi que le statut et la rémunération des enseignants
qui sont en eux-mêmes des aspects très importants de la politique éducative, nous pouvons maintenant
revenir à la question de la reconstitution globale des coûts unitaires publics en intégrant l’influence des
autres facteurs. Le tableau III.14 propose cette décomposition.
On retrouve bien le niveau de dépense unitaire tel qu’il a été évalué précédemment de façon macro
dans laquelle on se contentait de rapporter le coût public budgétaire global aux effectifs scolarisés.
Cette décomposition permet d’appréhender l’importance des différents facteurs dans la détermination
des coûts unitaires de scolarisation, sachant qu’il est sans doute utile de rappeler l’existence de la
relation structurelle fondamentale qui lie i) le coût agrégé (CA), ii) le coût unitaire (CU) et iii) le
nombre des enfants qui sont scolarisés (NES) ; cette relation porte en filigrane aussi la couverture
scolaire dans la comparaison de NES avec NEF, le nombre des enfants d’âge scolaire dans la
population :
CA = CU x NES
Si, par exemple, on souhaite que NES soit égal à NEF au niveau de l’enseignement fondamental, la
relation s’écrit alors CAF = CU x NEF et l’on peut en déduire le coût global de l’objectif de
scolarisation primaire universelle.
Tableau III.14 : Reconstitution micro du coût unitaire par niveau d’enseignement, année 2008
Etablissements
Salaire moyen enseignants (UM) 1 025 063 1 289 904 1 335 947 2 528 736
Rapport élèves-enseignants 40,5 25,8 23,1 55,0
Coût unitaire enseignants (UM) 25 327 49 996 57 843 45 935
Salaire moyen non-enseignants cadres (UM) 764 277 940 879 1 031 225 1 999 315
Rapport élèves non-enseignants cadres 1046,0 45,1 40,5 54,0
Coût unitaire non enseignants cadres (UM) 731 20 866 25 434 37 014
Salaire moyen Personnels d’appui (UM) 275 459 275 459 275 459 275 459
Rapport élèves personnels d’appui 664,3 157,0 140,6 37,5
Coût unitaire personnels d’appui (UM) 415 1 754 1 959 7 343
55
III. Les dépenses des ménages pour l’éducation de leurs enfants
Un des derniers volets de ce chapitre est de s’intéresser aux dépenses des ménages pour la
scolarisation de leurs enfants. En effet, il est important de voir à quelle hauteur les ménages
contribuent à la scolarisation de leurs enfants et voir ce que représentent les dépenses privées par
rapport aux dépenses publiques d’éducation.
La dépense totale des familles en 2008 correspond à 11,5% de la dépense nationale d’éducation du
pays (Etat+familles). Hormis l’enseignement préscolaire où les familles contribuent à hauteur de
72,3%, la part des dépenses des familles dans la dépense nationale d’éducation est plus élevée au
niveau de l’enseignement secondaire général. Les familles contribuent en 2008 en moyenne pour
14,6% de la dépense totale dans le 1er cycle du secondaire et pour 21,1% dans le 2nd cycle du
secondaire. Par contre, cette part est moins importante pour l’enseignement supérieur puisqu’elle
représente uniquement 7,9%. Dans l’enseignement fondamental, les ménages contribuent à hauteur de
11,9% des dépenses nationales d’éducation (publique+famille) (cf. tableau III.15 et graphique III.3).
Tableau III.15 : Dépense courante moyenne des familles par enfant scolarisé et part supportée par les
familles dans les dépenses courantes nationales d’éducation, par niveau d’enseignement, année 2008
Secondaire Secondaire
Niveau de scolarisation Préscolaire Fondamental Technique Supérieur Ensemble
1er cycle 2nd cycle
Effectif scolarisé en 2008 14 729 473 688 65 896 30 997 4 983 14 699
Dépenses courantes totales en 2008 (en millions
d'UM)
Dépense des familles 398 2 275 920 745 92 294 4 327
Dépense budgétaire réelle 153 16 850 5 391 2 789 1 102 3 433 33 182
Dépense totale 551 19 126 6 311 3 535 1 194 3 727 37 509
% de la dépense totale supporté par les familles 72,3% 11,9% 14,6% 21,1% 7,7% 7,9% 11,5%
Source : Tableau III.7, chapitre 2, et calcul des auteurs à partir des données de l'EPCV 2008
Du fait de bénéfices privés plus élevés pour les diplômés de l’enseignement supérieur et de la présence
très majoritaire des étudiants de milieu favorisé parmi les étudiants du supérieur, la logique d’équité
voudrait que les ménages contribuent plus dans la partie haute du système que dans sa partie basse. La
structure actuelle de l’utilisation des ressources publiques est donc en contradiction avec cette logique
d’équité dans la mesure où elle pénalise plus les familles les plus pauvres et ne contribue pas à la
scolarisation de tous les enfants d’origine modeste au niveau du fondamental. Toutefois, il faut noter
que pour tous les niveaux d’enseignement, l’Etat contribue dans de plus fortes proportions aux
dépenses nationales (Etat+famille) que les moyennes de 12 autres pays d’Afrique où existent
également ces données comme le montre le graphique III.3.
56
Graphique III.3 : Comparaison internationale de la part des dépenses courantes d'éducation prises en charge par
le budget de l'Etat (%) dans les dépenses courantes nationales (Etat+ménages) par niveau d'enseignement, année
comprise entre 2004 et 2008
95,0
Mauritanie 92,1
88,1
90,0
85,4
85,0
78,9
80,0
75,5 77,8
75,0 Moyenne de 12 pays
d'Afrique comparateurs
70,0
65,0
58,0 58,9
60,0
55,0
Fondamental Sec. Gén. 1er cycle Sec. Gén. 2nd cycle Supérieur
Cette iniquité relative dans la mesure où les ménages contribuent proportionnellement moins au
financement de l’enseignement supérieur, encourage à définir et à mettre en œuvre un système de
financement des niveaux hauts du système éducatif qui aille vers un partage des coûts avec une
contribution relative des ménages plus élevée. Des mécanismes de prêts étudiants (accordés sur critère
de revenus et remboursés lorsque l’étudiant commence à travailler), tels que ceux en place dans des
pays d’Afrique australe (comme par exemple l’Afrique du Sud) sont aussi à encourager pour faciliter
ce partage des coûts, tout en laissant la possibilité aux étudiants modestes d’avoir accès à
l’enseignement supérieur.
Enfin, le tableau III.16 présente la dépense moyenne des familles par élève scolarisé pour chaque
niveau d’enseignement selon la localisation géographique du ménage, le type d’école où l’enfant est
scolarisé et selon le niveau de richesse des ménages.
57
Tableau III.16 : Estimation des dépenses courantes d'éducation des familles par élève par niveau d’études selon
la localisation géographique et le niveau de richesse du ménage et le type d'école dans laquelle est scolarisé
l'enfant, année 2008
Secondaire Secondaire
Préscolaire Fondamental Technique Supérieur
1er cycle 2nd cycle
Dépense courante moyenne des familles par enfant (en UM) 27 050 4 803 13 963 24 039 18 475 20 016
58
Chapitre 4 : L’efficacité interne et la qualité des services
offerts
• Au niveau du 1er cycle de l’enseignement secondaire, l’indice d’efficacité global est meilleur
qu’au fondamental mais n’a pas progressé sur la période (de 73,9 % en 2004 à 70,9 % en
2008). Plus d’un quart des ressources utilisées ne produisent pas de résultats concrets pour
ce niveau et par conséquent sont considérées comme étant des ressources gaspillées.
• Au niveau du 2er cycle du Secondaire, l’indice d’efficacité global est de 88,3 %. Cette valeur
semble plus satisfaisante que celle des deux autres cycles d’étude mais la mesure de
l’abandon est ici biaisée par l’afflux d’élèves de l’enseignement originel et le nombre
relativement élevé de candidatures libres au baccalauréat.
• Au niveau de la qualité des apprentissages, les résultats issues des différentes évaluations
effectuées au cours de la dernière décennie (mesure de l’alphabétisation, PASEC, mesures de
la couverture des programmes par l’IPN,…) convergent vers le même constat, à s’avoir un
niveau d’acquisition très faible dans les différentes disciplines testées. En plus d’une forte
hétérogénéité des résultats inter classes.
• Les évaluations portant sur le niveau des enseignants (Enquête flash 2003, Test nationale
des enseignants 2007) reflètent un niveau académique et linguistique peux performant.
59
L’efficacité interne d’un système éducatif se mesure par sa capacité à retenir à l’école le plus d’élèves
possible qui accèdent à chacun de ses niveaux d’enseignement et sa qualité par le niveau moyen des
acquisitions des élèves qu’il scolarise. Ainsi, l’évaluation de la qualité d’une école doit se faire
d’abord sur la base des résultats obtenus par ses élèves, mais également du niveau des enseignants
puisque ceux-ci constituent un facteur prépondérant dans le processus d’apprentissage des élèves.
L’analyse des relations existantes entre les moyens et les résultats en termes d’apprentissage permet
alors d’identifier les facteurs les plus efficaces pour améliorer la qualité de l’enseignement dans les
écoles.
L’objectif de ce chapitre est donc d’examiner à la fois l’efficacité interne du système en termes de
flux des élèves, le niveau de sa qualité ainsi que les leviers sur lesquels les décideurs politiques
peuvent s’appuyer pour améliorer cette qualité dans un contexte où les ressources disponibles pour le
secteur sont limitées.
I. L’efficacité interne
Le déroulement des scolarisations au cours d’un cycle d’études peut être caractérisé par une plus ou
moins grande fluidité. Il est en principe d’autant plus efficace que les élèves qui accèdent en 1ère
année d’un cycle arrivent dans leur grande majorité à la dernière année dans les délais impartis. Les
indicateurs d’efficacité interne permettent de mesurer l’ampleur des gaspillages dans l’utilisation des
ressources allouées au système éducatif.
Dans le contexte mauritanien, les redoublements sont fréquents à la fin du cycle, et engendrent des
coûts supplémentaires car il convient de financer plusieurs fois une même année d’études pour qu’elle
soit validée. Les redoublements correspondent à des années de scolarisation qui se révèlent en partie
improductives et génèrent des gaspillages de ressources au sein du système, tant pour l’Etat que pour
les familles. Les données du chapitre 2 indiquent que les abandons au cours du cycle fondamental en
Mauritanie sont également importants (presque un élève sur deux abandonne l’école en cours de
cycle).
La mesure des indicateurs d’efficacité interne consiste à calculer le rapport entre le nombre d’années-
élèves théoriquement nécessaires pour produire le nombre d’élèves qui accèdent en dernière année du
cycle et le nombre d’années-élèves effectivement consommées, parmi lesquelles sont comptées les
années supplémentaires dues aux redoublements et les années rendues inutiles du fait des abandons.
Dans une situation idéale, sans redoublement ni abandons, ce rapport vaut 1.
Avant de proposer les mesures de ces coefficients d’efficacité interne, il importe de considérer les
données du tableau IV.1 ci-après, présentant les informations de base sur les profils de rétention et les
taux de redoublement sur plusieurs périodes.
60
Tableau IV.1: Fréquence des redoublements et abandons par niveau d’études entre 2004-05 et 2007-08
Les taux de redoublements élevés constatés dans les dernières années d’études, peuvent être expliqués
par la transition entre les cycles pour les classes de 6ème AF, et la faiblesse du taux de réussite au
baccalauréat pour les classes de terminale de l’enseignement secondaire.
1
Profil de rétention longitudinal sur 6 années scolaires à partir des données administratives : suivi des entrants
en 2002-03 en 1AF jusqu’en 2007-08 en 6AF
61
Encadré IV.1
Tableau IV.2 : L’efficacité interne dans les flux d’élèves par cycle entre 2003-04 et 2007-08
2003-04 2007-08
Fondamental
Indice d’efficacité globale (%) 54,4 63,7
Indice d’efficacité abandon (%) 62,2 71,2
Indice d’efficacité redoublement (%) 87,4 89,5
1er Cycle du secondaire
Indice d’efficacité globale (%) 73,9 70,9
Indice d’efficacité abandon (%) 83,5 82,2
Indice d’efficacité redoublement (%) 88,5 86,3
2nd cycle du secondaire
Indice d’efficacité globale (%) 88,5 88,3
Indice d’efficacité abandon (%) 98,8 107,5
Indice d’efficacité redoublement (%) 88,6 82,1
Source : calcul des auteurs à partir du tableau IV.1 et du chapitre 2
Au niveau de l’enseignement fondamental, l’indice d’efficacité interne global s’est nettement amélioré
en passant de 54,4 % en 2003-04 à 63,7 % en 2007-08, soit une augmentation de 9,3 points de
pourcentage. Cette amélioration de l’efficacité interne est due à l’amélioration de la rétention et
notamment à une réduction des abandons sur la période. En effet, on constate que le coefficient
d’efficacité interne avec les redoublements reste stable alors que celui lié aux abandons s’améliore
d’environ 10 points de pourcentage. Cela dit, le coefficient d’efficacité interne de l’enseignement
fondamental reste globalement faible puisque 36,3 % des ressources allouées sont gaspillées par les
redoublements et les abandons en cours de cycle. L’amélioration de l’efficacité interne de
l’enseignement fondamental passera à l’avenir par une politique de soutien à la rétention, même si des
mesures importantes ont été prises pour réduire administrativement les redoublements.
Au niveau du 1er cycle de l’enseignement secondaire, l’indice d’efficacité global est meilleur qu’au
fondamental mais n’a pas progressé sur la période (de 73,9 % en 2004 à 70,9 % en 2008). Plus d’un
quart des ressources utilisées ne produisent pas de résultats concrets pour ce niveau et par conséquent
sont considérées comme étant des ressources gaspillées.
62
En ce qui concerne le 2nd cycle du secondaire, l’indice d’efficacité global est de 88,3 %. Cette valeur
semble plus satisfaisante que celle des deux autres cycles d’étude, mais la mesure de l’abandon est ici
biaisée par l’afflux, en classes terminale, d’élèves de l’enseignement originel et la réintégration
d’élèves ayant abandonné l’école plus tôt.
A un premier niveau très global, la qualité des services éducatifs offerts peut se mesurer en regardant
la proportion d’alphabétisés durables selon le nombre d’années d’études suivies, sachant que de façon
générale, les études sur le sujet montrent que les individus d’un pays qui dispense un enseignement de
qualité sont alphabétisés durablement au bout de six années d’études. Plus fondamentalement, la
qualité du système éducatif sera étudiée par le biais des évaluations consacrées aux acquis scolaires
des élèves, mais aussi en considérant le niveau des enseignants et des conditions d’enseignement. Pour
l’enseignement secondaire, la qualité des apprentissages sera appréhendée par les résultats aux
examens nationaux
Les résultats de l’enquête MICS réalisée au cours de l’année 2007 par l’Office National des
Statistiques, offre les informations nécessaires à l’analyse de la rétention de l’alphabétisation même si
les données disponibles se limitent à la population féminine. On observe dans cette enquête que
seulement 62 % des femmes âgées de 22 à 44 ans ayant atteint la 6ème AF peuvent lire et écrire
facilement. Les résultats de cette enquête ont été privilégiés à ceux de l’enquête EPCV 2008 qui,
rappelons-le, se base sur des données déclaratives sans moyen de contrôle et qui conduit à un résultat
peu vraisemblable (94 % des personnes enquêtées de 22 à 44 ans déclarent savoir lire et écrire
facilement en 6ème AF).
Le graphique IV.1 présente la probabilité d’être alphabétisée pour une femme mauritanienne
appartenant à la tranche d’âge 22-44 ans selon le nombre d’années d’études suivies après contrôle du
niveau de richesse, du milieu de résidence et de l’âge. Les résultats montrent que la probabilité d’être
alphabétisée après 6 années d’études est d’environ 50 %. C’est au bout de 10 années d’études qu’on
constate une probabilité supérieure à 80 % d’être alphabétisée durablement.
63
Graphique IV.1 : Probabilité d’être alphabétisées pour les femmes de 22-44 ans selon le nombre
d’années d’études suivies, année 2007
100
90
Probabilité d'être alphabétisé (%)
80
70
60
50
40
30
20
10
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Nombre d'années d'études
Source : Calcul des auteurs à partir du MICS 2007
Le graphique IV.2 permet de situer le niveau de rétention de l’alphabétisation après six années
d’études en Mauritanie par rapport à celui des pays africains à niveau de richesse comparable.
L’allure du graphique montre que la probabilité d’être alphabétisé après 6 années d’étude en
Mauritanie est légèrement inférieure à la moyenne des pays considérés. Toutefois la Mauritanie
présente un résultat largement supérieur à celui de Djibouti, proche du Tchad, du Burkina-Faso et du
Mali mais nettement inférieur à celui du Bénin et de la Côte-d’Ivoire.
Ces résultats renvoient à une image relativement ancienne du système étant donné que les individus
âgés de 22 à 44 ans ont fréquenté l’enseignement fondamental entre les années 1980 et 2000. Les
différentes mesures qui seront présentées dans les paragraphes suivants offriront une image plus
actuelle de la qualité du système éducatif mauritanien.
64
Graphique IV.2 : Comparaison de la probabilité d’être alphabétisés après 6 années d’études dans des pays
africains à niveau de richesse comparable (PIB/habitant compris entre 500 et 1500 dollars US)
80,0
60,0
50,0
40,0
30,0
20,0
10,0
0,0
Djibouti Tchad (2004) Burkina Faso Mali (2006) Mauritanie Côte d'Ivoire Bénin (2006)
(2006) (2003) (2007) (2006)
Bien que d’importantes ressources aient été mobilisées, dans le cadre du PNDSE en vue d’améliorer
les conditions d’enseignement (qualité des bâtiments, qualification des maîtres, taille des classes,
disponibilité en matériels pédagogiques pour les élèves et les maîtres, qualité des programmes
d’enseignement, ..), des disparités importantes sont encore enregistrées dans les écoles en matière de
conditions d’enseignement. Le tableau IV.3 présente une illustration de ce constat.
On constate à travers ce tableau des conditions d’enseignement parfois inéquitables pour les élèves. A
titre d’exemple, on observe que 7,3 % des écoles ne disposent d’aucun enseignant, que 30,9 % des
écoles ne disposent pas de tables bancs alors que 19,6 % des écoles se trouvent avec un surplus de
tables-bancs par rapport aux effectifs des élèves. Au niveau des équipements, des écarts substantiels
subsistent quant à l’existence de latrines, de point d’eau et de clôture (seulement 8 % des écoles pour
lesquelles on connait le niveau d’équipement disposent de ces trois éléments). Enfin, concernant le
mode d’organisation des classes, les données montrent que l’organisation multigrade est assez
présente dans les établissements (deux établissements sur trois ont recourt à ce choix). Il importe,
toutefois de signaler que ce mode d’organisation, une fois bien géré, pourrait avoir un impact positif
sur les acquisitions des élèves.
65
Tableau IV.3: Variabilité des conditions d’enseignement entre écoles dans l’enseignement fondamental, année
2007-08
Caractéristiques des écoles Nombre Proportion (%)
Publiques 3647 93,6
Privées 249 6,4
A. Les acquis des élèves du fondamental mesurés à travers le niveau de couverture des
Programmes
Deux études ont été réalisées dans ce sens au niveau du fondamental. La première étude réalisée en
1998 par Mingat, Rakotomalala et Suchaut a été effectuée sur un échantillon représentatif des écoles
du territoire national. Cette évaluation a concerné les deux anciennes filières du système éducatif, à
savoir la filière arabisante (enseignement en arabe) qui concernait la grande majorité des élèves et la
filière bilingue minoritaire (enseignement en langue française). L’étude ciblait quatre niveaux de
l’enseignement fondamental, de la 3ème à la 6ème AF et les disciplines suivantes : arabe, français,
mathématiques et études du milieu.
La seconde étude a été effectuée en 2003 par la cellule d’évaluation de l’IPN. Elle portait sur les
acquis de 3 200 élèves répartis dans 176 classes de 5ème année du fondamental et couvrait les 4
mêmes disciplines du programme que l’étude précédente. Cela nous permet d'avoir une idée de
l’évolution des acquis des élèves à travers les années, comparaison d’autant plus intéressante, que la
réforme du système éducatif instaurant le bilinguisme a été mise en œuvre sur la période couverte par
les deux études.
Globalement, les résultats sont relativement modestes avec un niveau d’acquisition moyen des élèves
en dessous de ce qui est souhaité. Ainsi, en 1999, sur l’ensemble des matières évaluées, on constate
66
que, en moyenne, seul 1/3 des items est réussi par les élèves de 5ème année du fondamental. Ce
constat s’aggrave en 2003 comme l’indique le tableau IV.4.
En 2003, et suite à la réforme, les résultats sont spécialement faibles pour les matières enseignées en
français, à savoir les mathématiques, l’étude du milieu et le français lui-même. En particulier, les
résultats se sont dégradés en mathématiques avec un score moyen de 11 sur 100 contre 26,0 et 27,7
respectivement pour les filières arabe et bilingue en 1999.
Tableau IV.4: Résultats des élèves aux tests soumis pour les études de couverture des programmes en 5ème AF
(1999 et 2003)
Année d’études (année d’enquête) 5ème année (1999) 5ème année (2003)
Mathématiques
% réussite 26,0 (15) 27,7 (14) 10,9 (11,70)
% Dif. Inter écoles 45,7 38,1 11,8
Etude Milieu
% réussite 33,5 (15) 26,6 (14) 12,4 (09,6)
% Dif. Inter écoles 62,7 47,0 9,9
Arabe
% réussite 36,5 (21) 8,3 (13) 31,9 (18)
% Dif. Inter écoles 48,1 69,5 35,5
Français
% réussite 22,4 (14) 24,6 (16) 15,7 (14,1)
% Dif. Inter écoles 55,2 33,9 15,8
Source : Cellule évaluation/IPN
A.2. Un niveau des acquis des élèves nettement plus faible que les pays de la sous-région
Le constat très alarmant issu des évaluations nationales est également confirmé à travers les résultats
de l’évaluation PASEC réalisée 2004 en Mauritanie et portant sur les niveaux 2ème et 5ème AF. Cette
évaluation a permis également une comparaison inter-pays des niveaux moyens d’acquisitions des
élèves dans les différents pays où le PASEC intervient. Le tableau IV.5 présente des éléments de
comparaison du niveau des apprentissages des élèves mauritaniens en 2004.
67
Tableau IV.5: Les scores moyens d’acquisitions des élèves mauritaniens de l’enseignement fondamental dans
une perspective de comparaison internationale (PASEC)
Années d’études et discipline 2ème année – Maths 5ème année - Maths 5ème année - Français
Année Pays Moyenne Ecart-type Moyenne Ecart-type Moyenne Ecart-type
1995-1996 Burkina Faso 52,6 24,1 46,1 15,6 44,0 15,7
1995-1996 Cameroun 59,5 22,1 50,0 16,8 55,1 18,0
1995-1996 Côte d'Ivoire 44,4 19,2 40,5 14,1 50,0 15,7
1995-1996 Sénégal 45,4 23,1 37,6 16,8 34,9 16,9
1997-1998 Madagascar 66,2 21,5 58,3 16,8 42,3 15,7
2003-2004 Mauritanie 32,0 23,4 22,8 15,9 20,9 13,3
2003-2004 Tchad 41,1 25,6 32,6 14,9 28,8 15,3
Source : PASEC
La Mauritanie obtient les plus faibles résultats en mathématiques de tous les pays étudiés jusqu’ici par
le PASEC. Pour la 2ème année, on constate un décrochement sensible par rapport aux autres pays
puisqu’il y a 9 points d’écart avec la moyenne du pays qui précède la Mauritanie, à savoir
sav le Tchad. Le
score moyen de mathématiques pour la 2ème AF en 2001 (28,3/100) était d’ailleurs déjà très
largement en deçà de ceux observés en arabe et français. De telles différences ne laissent aucune
ambiguïté sur les difficultés que rencontre le système
système éducatif pour l’enseignement des mathématiques
au début du cycle fondamental.
A.3. Une hétérogénéité très marquée entre les écoles en termes d’acquisition des élèves
Lors de l’étude menée en 2003, on constate une variabilité par école du score moyen qui varie entre
moins de 10 sur 100 à plus de 80 sur 100. En moyenne, c'est plus de 50 % de la variance des scores
qui est expliquée par les disparités entre écoles ou entre classes (plus fort pour la seconde langue :
62,5%). Ce chiffre est très élevé au regard des pays de la sous-région
région (données PASEC) puisque la
variance du score imputable à l’école et la classe oscille entre 23 et 31%. Ainsi, les acquis des élèves
mauritaniens sont très dépendants de l’école ou de la classe dans laquelle ils sont scolarisés.
scolar
Graphique IV.3: Part de la disparité entre écoles du fondamental dans la variance du score
1
Correspondant à la classe de deuxième année du lycée en 2005
68
réalisée en 2005. L’échantillon représentatif des écoles mauritaniennes a porté sur 58 écoles à hauteur
de 25 élèves environ par classe.
Les résultats obtenus concordent avec ceux du fondamental. Le tableau IV.6 illustre le niveau
d’acquisition des élèves testés dans les disciplines de base.
Tableau IV.6 : Acquis des élèves de 5ème C et D du secondaire en référence aux programmes officiels, année
2004-05
Physique Chimie Mathématiques Sciences Naturelles
Score moyen Couverture désirée Score moyen Couverture désirée Score moyen Couverture désirée
(Ecart type) (plus de 60 %) (Ecart type) (plus de 60 %) (Ecart type) (plus de 60 %)
36,18 38.00 43,57
5ème DA 1,89 % 7,4 % 1,8 %
(10,81) (13.95) (12,63)
40.39 40.40 42,23
5ème DB 3.6 % 9,6 % 0,8 %
(10.51) (15.20) (11,52)
48,16 43.8
5ème CA 21 % 16,96 %
(14,76) (16.09)
55.56 47.8
5ème CB 34.1 % 19,60 %
(12.81) (15.78)
Source : cellule d’évaluation/IPN
D'une façon générale, les taux d’acquisition des programmes scolaires des disciplines scientifiques
sont relativement bas. La prise en compte d'un seuil désiré de réussite (plus de 60 % des scores)
montre que moins de 10 % des élèves y parviennent, quelle que soit la discipline testée en 5ème D.
S'agissant de la 5ème C, les résultats attestent des taux d’acquisition nettement meilleurs par rapport à
ceux observés dans la série D. L'écart en faveur des élèves de la 5ème CB est confirmé dans toutes les
disciplines testées et varie entre 4 et 13 % selon les disciplines et le niveau de couverture. Les résultats
montrent, par exemple, que 34 % des élèves de la filière bilingue ont atteint le seuil désiré de
couverture en Physique Chimie contre 21 % pour la série arabe. Comme pour le fondamental, les
niveaux des élèves sont également très hétérogène1.
B.2. Les taux de réussite aux examens nationaux (1er et 2nd cycle du secondaire)
Le tableau IV.7 illustre les principaux résultats obtenus au brevet 2008 qui correspond à la première
cohorte issue de la réforme de 1999. Ce tableau présente une subdivision des résultats des élèves au
BEPC suivant quatre niveaux :
i) niveau jugé très faible regroupant les élèves ayant obtenus des moyennes en deçà de 8/20;
ii) niveau jugé faible regroupant les élèves ayant obtenus des moyennes entre 8 et 10 (non
comprise);
iii) niveau jugé moyen regroupant les élèves ayant obtenus des moyennes entre 10 et 12 (non
comprise) ;
iv) niveau jugé bon regroupant les élèves ayant obtenus des moyennes supérieures ou égales à 12.
1
Mesurés ici par l’écart-type (entre parenthèses dans le tableau IV.7)
69
Tableau IV.7: Catégorisation des résultats au brevet 2008
Les résultats présentés soulignent le caractère très préoccupant du niveau d'acquisition de l’ensemble
des élèves. En effet, seuls 1,8% des élèves a obtenu un score supérieur ou égal à 10/20. Le graphique
ci-dessous qui présente la distribution des notes à cet examen confirme ce jugement en faisant
apparaitre que la quasi-totalité des élèves se trouve sous la valeur de la moyenne arithmétique
d’obtention de l’examen.
Graphique IV.4 : Distribution des scores des élèves au BEPC, année 2008
70
B.2.2. Evolution des résultats au baccalauréat entre 2007 et 2009
Le tableau IV.8 propose une évolution du taux de réussite au baccalauréat au cours des trois dernières
années.
Tableau IV.8: Evolution des taux de réussite au baccalauréat entre 2007 et 2009
2007 9,25 13,71 16,29 20,06 33,13 8,06 12,71 49,21 34,78 12,00
2008 11,18 23,82 20,26 28,77 53,36 16,32 26,42 65,96 65,38 19,63
2009 13,19 30,23 19,65 30,09 44,15 9,98 14,52 34,88 61,11 15,85
Source : Direction des examens
Les chiffres confirment les résultats vus précédemment aussi bien au fondamental qu’à l’enseignement
secondaire général 1er et 2nd cycles puisqu’ils correspondent à des taux de réussite très faibles dans
l’ensemble. En effet, moins de 20 % des candidats obtiennent ce diplôme.
II.2.2.2. Les facteurs qui agissent sur les acquisitions des élèves à l’enseignement
fondamental
En mettant en regard les résultats des élèves et les moyens mobilisés pour les obtenir (dans leurs
dimensions logistique et pédagogique), il est possible de mesurer l'impact des différents facteurs
individuels et contextuels sur la progression des élèves de l’enseignement fondamental. Ceci a déjà été
fait à plusieurs reprises au niveau de l’enseignement fondamental en Mauritanie et notamment en :
• 1999 par l’équipe d’évaluateurs à l’IPN et l’IREDU sur les niveaux 4ème et 6ème AF ;
• 2001 par l’équipe d’évaluateurs à l’IPN sur le niveau 2ème AF ;
• 2003 par le PASEC sur les niveaux 2ème et 5ème AF.
Du fait de la variété des niveaux concernés et du nombre important de variables considérées dans les
différentes études, on se contentera de noter ici les résultats convergents de ces différentes estimations
(les modèles de régression présentant les différents résultats se trouvent en annexes) en distinguant
successivement l’effet des caractéristiques des élèves et des enseignants, celui des classes et des
écoles.
Quant aux caractéristiques des enseignants, le fait que l’enseignant soit un homme ou une femme est
en général sans importance mais on note toutefois que les enseignants hommes présentent une
performance moindre que les enseignantes femmes quant aux progressions de leurs élèves en arabe en
2ème et en 6ème année ainsi qu’en français en 4ème année.
Le fait que l’enseignant ait une activité économique extra scolaire est positivement et
significativement lié aux acquisitions des élèves dans les trois disciplines, tant en 2ème qu’en 4ème
année d’enseignement fondamental. Concernant de façon plus spécifique leur formation et leur
expérience professionnelle, les estimations permettent d’aboutir à plusieurs conclusions :
71
le baccalauréat semble être le diplôme le plus approprié pour le recrutement des instituteurs, la
disponibilité d’un diplôme universitaire est associée à un effet significativement négatif. (cela peut
être du au fait que ces derniers ont tendance à ne choisir cette fonction que provisoirement, le
temps de trouver une fonction plus rémunérée) ;
les résultats ne nous permettent pas d’observer un impact significatif des formations continues du
fait d’effets contrastés entre années et disciplines mais surtout du fait de la définition même de la
variable : on ne dispose pas d’éléments sur les contenus et la durée de ces formations. Ce point
devrait faire donc l’objet d’une étude thématique particulière ;
enfin, il semble difficile de conclure de façon générale sur l’efficacité de l’ancienneté des
enseignants à l’école. Toutefois, on constate que plus de trois ans d’anciennetés à l’école est lié à
un rendement moins efficace sur les progressions des élèves dans les trois disciplines en 2ème et
pour les Mathématiques et le Français respectivement en 4ème et 6ème année. Ce résultat, qui
peut-être rapprochés du précédent, conduit à s’interroger sur le système d’incitation des
enseignants.
Concernant les aspects physiques et les équipements, il ressort de l’ensemble de ces analyses quelques
éléments simples, tels que l’utilité à avoir des bâtiments entretenus et en bon état. La disponibilité de
petits matériels pédagogiques apporte aussi un plus dans les apprentissages, mais les manuels scolaires
en eux-mêmes ne se révèlent pas constituer un avantage systématique. Ceci amène à s’interroger sur
l’usage effectif qu’en font les maîtres pour structurer leurs enseignements et servir de référence au
travail des élèves. Il est probable que les pratiques soient très différentes à cet égard d’un enseignant à
l’autre. Il reste toutefois que deux des études considérées montrent l'effet très positif de la présence de
manuels sur les acquisitions des élèves, spécialement en langues. Enfin, Il est difficile de conclure de
manière tranchée sur l’effet de la présence d’une cantine scolaire à l’école sur les progressions des
élèves, les résultats étant contrastés selon les études considérées.
Concernant le mode de groupement des élèves, les résultats suggèrent d’abord que des nombres
d’élèves très élevés par classe (environ plus de 60 élèves) ne constituent pas un contexte favorable aux
apprentissages. Par contre, pour les situations où les nombres d’élèves à scolariser sont relativement
réduits localement, il s’avère que l’organisation des classes en cours multiples peut constituer une
formule pédagogiquement performante (plus que la formule traditionnelle), sachant que son efficacité
est sans doute contingente d’une part d’un matériel adapté pour le maître et d’une formation pour gérer
efficacement ces situations. Quant au double flux, son effet paraît contrasté. En effet, cette pratique est
associée en quatrième année à un effet significativement positif dans les trois disciplines. En revanche,
elle est associée à un effet négatif en Arabe et en mathématiques pour les deuxième et sixième années.
Enfin, concernant le rôle des parents d’élèves, on ne saurait souligner assez combien il se révèle être
important. Les études ont essayé de détailler le fait que les associations avaient un rôle plutôt
pédagogique ou organisationnel sachant que la distinction est sans doute un peu incertaine. Ce qu’il
faut retenir, c’est qu’une implication plus forte des parents dans la vie de l’école est globalement
positive pour la qualité effective des services offerts aux enfants et aux apprentissages qu’ils réalisent.
On ajoutera qu’il n’y a sans doute pas de raisons pour essayer de limiter les domaines d’intervention
des APE, dans la mesure où les différents domaines sont complémentaires et interconnectés. De façon
souvent liée à la présence d’une APE active, l’existence d’une coopérative présente aussi des aspects
positifs pour les apprentissages.
Il importe de souligner que les modèles de régression qui ont permis d’obtenir les résultats expliqués
précédemment, ne permettent pas d’expliquer totalement les facteurs de progression des élèves. En
effet, par définition, ces modèles permettent d’estimer l’impact des variables contextuelles mesurables
72
(contexte socio-économique de l’enfant, certaines caractéristiques de l’enseignant, l’organisation
scolaire…etc.). Cependant, on constate qu’il existe une part de variance qui n’est pas expliquée à
partir de ces modèles que l’on appelle dans la littérature « l’effet-maître ». Cet « effet-maître », déjà
approché dans la référence précédente aux différences de résultats entre écoles, regroupe tout ce qui
n’est pas mesuré chez le maître au cours de ces évaluations : motivation, talent pédagogique, charisme,
niveau des enseignants, mesure fiable de l’absentéisme (dans les modèles, l’absentéisme est pris en
compte mais il s’agit de déclarations et non de constats réels dans les écoles)…etc. A titre d’exemple,
l’étude de la décomposition de la part de la variance expliquée entre les différents facteurs individuels
et contextuels révèle une part particulièrement importante en Mauritanie de l’effet-maître dans
l’explication de la variance du score de fin d’année. Cet effet-maître (effet-classe) va de 25 % (filière
bilingue) à plus de 35 % (filière arabe), dont une petite part seulement s’explique par des variables
contextuelles mesurables. La section suivante se propose de donner des éléments complémentaires qui
relèvent de cet effet-maître, à la fois par le biais d’une étude sur l’absentéisme réel des enseignants
dans les écoles et surtout par des évaluations mesurant le niveau moyen des enseignants sortant de
l’ENI ou déjà en service.
C. Des études complémentaires sur le niveau des enseignants permettent de mieux comprendre
l’absence d’impact confirmé de quelques variables contextuelles
Les différentes études ayant trait aux niveaux académique et/ou linguistique des enseignants et des
élèves-maîtres, réalisées en Mauritanie, si elles donnent des éléments d’explications aux différences
entre classes, permettent également de mieux comprendre l’absence d’un impact positif de la
formation initiale sur la progression des élèves. En effet, la faiblesse du niveau des enseignants
pourrait en elle-même justifier l’absence d’effets contextuels observés traditionnellement.
C.1. Niveau Initial des élèves-maîtres et qualité de la formation dispensée aux ENI
Les résultats de l’analyse effectuée par la cellule d’évaluation en 2005 sur l’impact de la durée de la
formation initiale des ENI montrent que les élèves maîtres n'avaient pas, pour la plupart, les
connaissances minimales exigibles au recrutement. Ils révèlent également que la formation reçue à
l'ENI n'a pas permis aux élèves d'acquérir ces connaissances. En effet, bien que les tests analysés aient
été conçus sur la base des programmes du fondamental, la majorité de la population des enseignants a
un score moyen inférieur à la moyenne requise (50/100), et plus particulièrement en mathématiques où
plus de 70 % des élèves-maîtres se trouvent dans cette situation. A cela s'ajoute que le nombre
d'élèves-maîtres ayant dépassé les 75 % de la note globale est très minime, particulièrement en arabe
et en mathématiques. En regard des résultats obtenus par les élèves-maîtres, l’étude permet également
de constater que le Bac semble le diplôme de recrutement le mieux indiqué.
Alors que le bilinguisme était déjà instauré dans le système éducatif, la première enquête réalisée par
le ministère de l’éducation nationale en 2001 (enquête Flash) sur plus de 60 % des enseignants de
l’école fondamentale a révélé qu’à peine 4 % des maîtres étaient bilingues, donc capables d’enseigner
dans les deux langues contre un peu plus de 75 % d’arabophones et environ 20 % de francophones
(Direction de l’Enseignement Fondamental, 2001).
La seconde enquête réalisée par le Ministère de l’Éducation Nationale, et organisée en juillet 2007,
visait à identifier les besoins sur les plans linguistique et académique en vue d’élaborer un plan de
formation adapté au niveau et aux besoins de chaque enseignant. Elle a surtout révélé le faible niveau
73
de compétence des enseignants en langues et mathématiques. Cette enquête a porté sur l’évaluation de
l’ensemble du personnel enseignant du Fondamental et sur une partie des enseignants du secondaire.
Les enseignants ont subi trois épreuves : deux linguistiques (évaluation des capacités en langue arabe
et française) et une académique (évaluation des connaissances mathématiques du fondamental). Au
secondaire, l’étude cherchait plus spécifiquement à identifier les professeurs des disciplines
scientifiques aptes à enseigner en français.
Pour les deux niveaux d’enseignement, les épreuves de langues, sont définies en référence au Cadre
Européen Commun dont le niveau B2 représente le seuil désiré pour que l’individu soit en mesure de
dispenser un enseignement normal. Les individus de la catégorie B1 sont considérés comme étant
facilement « recyclables ». Par contre, les niveaux A sont considérés très faibles. Les principaux
résultats sont consignés dans les tableaux IV.9 et IV.10 ci-après.
• Niveau en Arabe
Tableau IV.9 : Répartition des enseignants selon leur niveau globalisé en arabe selon les catégories CECR, année
2007
Niveaux Nombre %
Ces résultats montrent que la proportion des enseignants capables de dispenser correctement des cours
en arabe ne représente que 43,1% du stock actuel des enseignants alors que 70% de la charge horaire
du fondamental est consommée par des disciplines enseignées dans cette langue. La proportion
relativement importante des enseignants de niveau B1 (28,5%) laisse espérer une correction possible
de ce déséquilibre (l’apport nécessaire pour transformer un B1 en B2 correspond à une formation de
150 h à 250 h environ).
• Niveau en Français
Tableau IV.10: Répartition des enseignants selon leur niveau globalisé en compréhension et en production,
année 2007
Niveau Fréquence Pour cent Pourcentage cumulé
Globalement, les résultats précédents nous permettent de confirmer l’existence de 2016 enseignants
capables de dispenser le programme de français pour le niveau fondamental (B2). Ce nombre
74
d’enseignants de « bon » niveau peut atteindre 4445 dans la mesure où pour 2429 enseignants B1 il
suffirait d’une formation de courte durée pour les amener au niveau requis pour enseigner. En
revanche, pour 4180 enseignants de niveau A2, la mise à niveau impliquerait une formation
relativement longue. Malheureusement, les 3180 restants (27,0%) n’ont pratiquement aucune notion
de base et sont de ce fait très difficilement recyclables.
• Niveau en Mathématiques
Un premier constat lié aux différentes sphères du programme révèle des lacunes liées aux notions
géométriques de base : des difficultés pour ce qui touche aux notions liées aux pourcentages et à la
proportionnalité. On note également des difficultés à résoudre des problèmes de la vie courante et
notamment ceux qui font intervenir des calculs de mesures agraires.
Il est utile de signaler que le test de mathématiques évolue suivant quatre niveaux de difficulté. Les
niveaux 1, 2 et 3 s’appuient sur le programme de la 6ème année du fondamental. En revanche, le
niveau 4 utilise des savoirs enseignés au secondaire et est par conséquent considéré comme un niveau
de perfectionnement. Les scores moyens confirment la progressivité de la difficulté de l’épreuve. Nous
notons que la moyenne pour le niveau supérieur est très basse.
Tableau IV.11: Réussite moyenne des enseignants par niveau, année 2007
Très peu d’individus ont obtenu des scores moyens élevés pour le niveau 4. Le seuil de réussite fixé
préalablement à 85% n’est atteint que par une infime proportion d’individus pour les trois premiers
niveaux (cf. tableau IV.12). Ce seuil n’est pas du tout atteint pour le niveau 4.
Réussite
Niveau de difficulté >=50 % >=70 % >=85
Niveau1 68,80 % 15,70 % 3,60 %
Niveau2 42,70 % 13,70 % 2,90 %
Niveau3 26,30 % 12,20 % 3,70 %
Niveau4 1% 0,40 % 00
Source : Cabinet du Ministère de l’éducation nationale et Cellule nationale d’évaluation
Le tableau croisé IV.13 propose une subdivision de l’ensemble des enseignants suivant leur niveau en
langues. Il s’agit de comparer le niveau de maîtrise en arabe et en français en vue d’une identification
des enseignants bilingues ou potentiellement bilingues.
75
Tableau IV.13 : Résultats croisés des enseignants aux épreuves d’arabe et de français, année 2007
Français
B2 B1 A2 A0/A1 Total
Ces résultats font apparaître que sur l’ensemble des enseignants de l’enseignement fondamental on ne
compte que 497 bilingues avérés (niveaux B2 dans les deux langues). Toutefois, on peut considérer
que 1 485 enseignants (923+562) pourraient devenir de véritables enseignants bilingues après un
renforcement linguistique de 200 heures dans une seule des deux langues. Enfin, 567 autres, en
bénéficiant de 200 heures de formation dans chacune des deux langues pourraient compléter le vivier
de bilingues, qui reste cependant très en deçà des besoins du système. Il y a lieu, de plus, de
s’interroger sur les enseignants qui ont montré des faiblesses sévères dans les deux langues et
notamment sur les 1 531 individus qui n’atteignent pas le niveau B dans aucune des deux langues.
C.3. Absentéisme des enseignants et ses conséquences sur les apprentissages des élèves
En marge de ces résultats alarmants sur le niveau académique des enseignants, il peut être pertinent de
mentionner également ceux de l’étude sur «les absences des enseignants dans l’enseignement
fondamental en Mauritanie : importance, déterminants et conséquences sur les apprentissages des
élèves» de janvier 2002. Cette étude a été menée en collaboration entre l’IPN et l’IREDU à partir des
données d’enquête de la 4ème et 6ème année de 2000-2001 mentionnées précédemment. Sur les 180
enseignants pour lesquels étaient disponible une mesure des absences et des informations sur leurs
caractéristiques personnelles et celles de leur classe, le nombre moyen de jours d’absence entre
octobre et mai rapportés a été de 11,8 jours. Ce nombre varie de 0 au minimum à 104 au maximum :
seuls 30 enseignants n’ont connu aucune absence au cours de la période alors que 78 ont eu entre 1 et
7 jours d’absence; 41 entre deux et trois semaines et 31 plus de trois semaines d’absence. De façon
claire, les résultats mettent en évidence les effets négatifs des absences des enseignants sur les
apprentissages des élèves, et cela tant en 4ème qu’en 6ème années de l’enseignement fondamental,
sachant que l’effet constaté est susceptible d’être sous-estimé car le système est toujours réticent à
documenter les cas les plus déviants. Le contrôle du temps scolaire, ici dans la dimension des
absences, mais aussi par extension, des dates effectives de début et de fin de l’année scolaire dans tous
les lieux d’enseignement, est sans doute un domaine où des progrès substantiels sur le niveau des
acquis des élèves pourraient être obtenus sans avoir à engager pour cela de dépenses additionnelles
importantes.
Au niveau du secondaire, on ne dispose pas d’éléments aussi précis que ceux ayant été présentés
précédemment. Toutefois, les concours d’entrée à l’ENS conduisent parfois au choix de candidats
n’ayant pas tous les niveaux exigibles. C’est le cas si la catégorie cherchée est peu présente dans le
vivier des diplômés.
76
Annexes du chapitre 4
Annexe IV.1 : L’efficacité interne dans les flux d’élèves par cycle, évolution de 1998 à 2008
77
Annexe IV.2: Impact attendu de différentes mesures de politique éducative (Evaluation PASEC, 2006)
78
Annexe IV.3: Impact des caractéristiques des élèves et des enseignants sur la progression des élèves
79
Annexe IV.4: Impact des caractéristiques des classes et des écoles sur la progression des élèves
Type d’études IPN
Variables Arabe Français Maths Arabe Français Maths Arabe Français Maths
Caractéristiques de la classe
Livre lecture
Autre +++ 0 +++
>=50%
Caractéristiques de l’école
Rural Urbain 0 ++ 0
80
Chapitre 5 : L’impact de l’éducation sur le développement
social et économique
• Une part importante des jeunes entrent dans la vie active sans avoir achevé l’enseignement
fondamental.
• Le chômage est très élevé chez les jeunes actifs sortant du système (50% environ déclarent
être à la recherche d’un emploi), presque indépendamment du niveau de qualification.
• Les emplois cadres (6%) offerts sur le marché du travail ne sont pas en très grand décalage
avec les sortants du système ayant achevé le 2e cycle du secondaire ou le supérieur (8%).
Cependant, le taux de chômage chez les jeunes sortant du système est élevé. Le fait que des
jeunes aient fait des études longues et se retrouvent au chômage ou obligés d’accepter des
emplois de moindre qualification est générateur de frustrations et de découragement.
• L’impact du niveau d’éducation sur la vie sociale des individus est très important, surtout
en ce qui concerne les risques de pauvreté (60% lorsque le chef n’a aucune instruction, 12%
après 15 années d’études), les comportements sains en matière de santé (suivi médical
durant la grossesse et l’accouchement, la vaccination, les connaissances en matière d’IST et
VIH/SIDA, etc.), …
81
L’objectif de ce chapitre est d’analyser les performances des jeunes issus du système éducatif dans la
sphère productive ; il essaie de répondre à la question centrale : que font les formés de leurs
connaissances acquises à l’école pendant leur vie adulte? On a, donc, la perspective des effets différés
et distanciés de l’éducation pendant la vie économique et sociale des individus après qu’ils aient quitté
les systèmes de formation initiale. Outre cette dimension individuelle, certes très importante, il
convient de noter que, dans ce chapitre, nous abordons aussi la dimension collective pour le système.
En effet, dans un contexte de lutte contre la pauvreté et d’optimisation des ressources financières
contraintes, il importe de s’assurer que les dépenses d’éducation sont un investissement rentable.
Quand l’investissement en capital humain est socialement rentable, c’est normalement sur la base
jointe de ses effets directs pour l’individu qui investit et de ses effets externes positifs sociétaux ; il se
peut bien sûr qu’il ne le soit pas, soit parce que les contenus de formation sont inappropriés dans le
contexte national, soit parce le nombre de diplômés excède les capacités d’absorption du marché du
travail.
Ces effets économiques peuvent, eux-mêmes, être lus au niveau individuel (revenus ou gains plus
élevés que peut obtenir un individu du fait de sa scolarisation) ainsi qu’au niveau collectif (croissance
économique de la société, taux de chômage de la population).
Les effets sociaux peuvent concerner tant des comportements individuels (modification des
comportements en matière de reproduction ou de soins aux enfants) que des résultats individuels ou
globaux (réduction des risques de malnutrition de l’enfant, du taux de mortalité infantile ou des risques
de pauvreté)
Nous avions observé, dans le premier chapitre de ce rapport, que le rythme de croissance de
l’économie mauritanienne avait été relativement soutenu avec un taux de croissance réel annuel moyen
de l’ordre de 3,9% au cours de la période 1995-2008. Ce rythme de croissance du PIB ayant été plus
élevé que celui de la population du pays (taux annuel de croissance de l’ordre de 2,7%), le
PIB/habitant a crû de l’ordre de 1,3% par an en moyenne entre les années 1995 et 2008. Les données
82
du tableau V.1 sont évidemment indexées sur ce contexte économique global, en évaluant ses
incidences en matière d’emploi.
Entre 2004 et 2008, la population occupée est passée de 675 000 à 717 000 personnes (une
augmentation de 6% sur la période). Dans la mesure où le produit intérieur brut en monnaie constante
de 2008 a cru plus rapidement que la population occupée, la productivité apparente moyenne du travail
dans le pays a donc augmentée durant cette période passant de 1 070 000 UM à 1 264 000 UM et
retrouvant ainsi quasiment son niveau de 1988 (1 341 000 UM). Cette augmentation de la productivité
peut être le résultat d’une amélioration de la qualité du stock de main d’œuvre (et/ou d’une meilleure
organisation du travail).
Tableau V.1 : Evolution du nombre des emplois, de la contribution au PIB et de la productivité apparente dans
les différents secteurs de l’économie, (1988-2008)
Au total, les gains dans la productivité apparente globale du travail dans l’économie mauritanienne
entre 2004 et 2008 (18%) résultent d’un double mouvement : i) une augmentation (6 % sur la période)
de la productivité apparente du travail dans les secteurs de l’économie non agricole et une
augmentation sensible (41% sur la période) de la productivité apparente du travail dans le secteur
agricole qui est celui qui emploie le plus de main d’œuvre, et ii) une mobilité progressive de l’emploi
des secteurs les moins productifs (l’agriculture) vers des secteurs plus dynamiques en termes de
productivité du travail.
83
Après cette description du contexte général du marché du travail mauritanien et de son évolution au
cours des ces dernières années, il est maintenant utile de conduire une évaluation de la pertinence de la
distribution des investissements éducatifs du pays entre les différents niveaux d’études par rapport à la
sphère économique au sein de laquelle les formés vont s’insérer.
I.2 Mise en regard de l’offre de qualifications produites dans le système éducatif avec les emplois offerts
sur le marché du travail
L’établissement d’un bilan formation-emploi dynamique pour les années récentes constitue une
première façon, quantitative et globale, de mettre en regard l’offre de qualifications produites dans le
système éducatif avec les emplois offerts sur le marché du travail. Pour établir cette balance, il
convient de chercher à mettre en regard, le nombre de jeunes sortants du système scolaire au cours
d’une année récente selon leur niveau terminal de scolarisation et le nombre d’emplois offerts selon
leurs types au cours de cette même année.
L’EPCV 2008 permet de distinguer les sortants du système éducatif au cours de l’année 2007 selon
leur niveau terminal de scolarisation et de voir l’emploi qu’ils occupent ou non au cours de l’année
2008 (emplois disponibles sur le marché du travail entre 2007 et 2008).
En mettant en regard ces deux distributions classées i) par niveau terminal croissant pour les
formations et ii) en allant du secteur agropastoral au secteur de l’emploi moderne, on peut avoir une
idée quantitative globale de la pertinence des arrangements en matière de répartition des scolarisations
par niveau d’éducation et de formation en fonction de la structure des demandes de l’économie du
pays dans la période récente. Le tableau V.2 présente les résultats.
Tout d’abord, avant de commenter ce tableau, il est important de noter que le taux de chômage chez
les actifs sortants du système éducatif en 2007 se situe à 50% soit un jeune sortant du système sur
deux qui recherche toujours un emploi à l’heure actuelle. Ce taux de chômage est identique pour tous
les niveaux de qualification et n’a donc pas été pris en compte dans la balance formation – emploi.
84
Tableau V.2 : Balance des sortants du système éducatif en 2007 et de création d'emploi entre 2007 et 2008
- Dans la partie basse du système, on voit que 58 % des jeunes entrent dans la vie active sans une
scolarisation de l'enseignement fondamental complet. Ceci n’est pas satisfaisant, car on sait que
l'enseignement fondamental achevé constitue le minimum pour assurer une alphabétisation
durable à l’âge adulte et pour équiper les individus du capital humain de base nécessaire pour
permettre les gains de productivité du travail dans le secteur informel de l’économie. Notons
que le secteur informel offre annuellement environ 80% des emplois disponibles sur le marché
du travail pour les jeunes sortants du système éducatif (45% agriculteurs et 35% d’autres
emplois non formels). Les emplois de l’informel non agricole concernent certes, pour une part,
des métiers qui ne demandent que peu de qualification, mais un des enjeux de ce secteur est son
évolution vers des activités nouvelles qui exigent, sans doute, un niveau d’études qui va au-delà
de l’enseignement fondamental (on a ici 14% de jeunes qui ont un 1er cycle du secondaire
complet et incomplet). Pour satisfaire les besoins qualitatifs du marché du travail informel
(agricole et non-agricole), il convient au minimum d’améliorer, sensiblement, la proportion de
la classe d’âge qui a au moins une scolarisation complète au niveau du fondamental, ce qui
impose une amélioration significative de la rétention.
- On observe que le marché de l’emploi offre chez les jeunes sortants du système éducatif 20%
d’emplois modernes en 2008 (les emplois ont considérablement augmenté dans le secteur
moderne comme nous l'avons vu précédemment entre 2004 et 2008). Ces professions
correspondent, à priori, à des individus ayant au minimum achevés le 1er cycle du secondaire.
Si on limite la population à priori éligible pour ces emplois aux individus qui ont, au moins, le
BEPC, on observe alors que pour ces 20% d'emplois, il y aurait de l’ordre de 23% de candidats
85
(et 6% d'emplois de cadres correspondant à environ 8% de candidats ayant achevé le 2nd cycle
du secondaire ou fait l'enseignement supérieur). Cela suggère donc que les proportions de
sortants vers la partie haute du système ne sont pas trop en décalage avec le marché de l'emploi
même si environ 3% de ces individus vont devoir accepter un travail dans l'informel alors même
qu'ils sont qualifiés pour travailler dans le secteur moderne. Pour autant, il est important de
rappeler que le taux de chômage chez les jeunes sortants du système éducatif est de l’ordre 50%
et que par conséquent le fait que certains jeunes aient fait des études longues et se retrouvent
sans emploi peut créer une certaine frustration et un découragement dans leur recherche.
Toutefois, il convient d’analyser comment se répartissent les jeunes actifs âgés de 25-35 ans
dans l’emploi étant donné qu’il faut certainement plusieurs années à un sortant du système pour
s’insérer sur le marché du travail.
L’analyse des données du tableau V.2 a fait état d’un déséquilibre structurel entre la production du
capital humain scolaire et la création d’emplois, sachant que les ajustements doivent sans doute
concerner, de façon première, la sphère de l’éducation car les conditions du marché du travail sont
essentiellement sous la dépendance de facteurs exogènes.
I.3 Les emplois occupés par les jeunes (25-35 ans) selon la formation reçue
Le tableau V.3, ci-après, présente la répartition des actifs âges entre 25 et 35 ans par niveau d’études
selon leur situation professionnelle.
Tableau V.3 : Répartition des actifs de 25-35 ans par niveau d’études selon leur situation professionnelle, année
2008
Actifs occupés 77% 72% 66% 71% 66% 59% 71% 58% 68% 72%
Cadres secteur
moderne 0% 0% 0% 1% 9% 8% 14% 5% 29% 3%
Employés secteur
moderne 15% 27% 23% 34% 33% 32% 39% 32% 28% 23%
Informel non-
agricole 36% 35% 36% 32% 23% 17% 15% 16% 10% 31%
Agro-pastoral 25% 11% 8% 5% 1% 3% 4% 5% 1% 15%
Chômeurs au sens
large 23% 28% 34% 29% 34% 41% 29% 42% 32% 28%
Total actifs 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100% 100%
Source : Calcul des auteurs à partir de l’EPCV 2008
Au niveau global d’abord, on peut observer que cette population jeune (mais qui aurait du avoir le
temps de trouver une situation professionnelle stabilisée) présente un taux de chômage au sens large
relativement important (28% en 2008 contre 19% en 2004). Ce chiffre manifeste des difficultés
d’emploi évidentes pour la population jeune du pays ; cette observation est confortée par le fait que
11% de diplômés de l’enseignement supérieur, 21% de ceux du technique et 19% de ceux ayant
achevé le 2nd cycle du secondaire occupent des emplois dans le secteur informel. A cela s’ajoute un
taux de chômage très élevé pour ces diplômés de la partie haute du système éducatif (variant entre 29
et 42%).
On pourrait anticiper, comme cela est assez largement observé dans les autres pays de la région, une
situation symétrique dans le secteur moderne de l’emploi et notamment pour les emplois de cadres et
les professions intermédiaires avec des recrutements principalement de personnes qui ont un bon
bagage scolaire ; c’est certes ce qui est majoritairement observé, mais il faut souligner des proportions
86
élevés de diplômés de la partie basse du système éducatif qui occupent des emplois dans le secteur
moderne.
Le tableau V.4 qui suit présente la répartition des actifs âgés de 25 à 35 ans par nature d’emplois selon
leur niveau d’études cette fois-ci.
Tableau V.4 : Répartition des actifs de 25-35 ans par nature d'emplois selon leur niveau d'études, année 2008
On constate que sur l’ensemble des actifs de 25-35 ans, 10% sont des diplômés de la partie haute du
système éducatif (secondaire 2nd cycle, technique et supérieur). Seuls 50% des emplois de jeunes
cadres sont occupés par des diplômés du supérieur alors même que 35% de ces emplois sont occupés
par des jeunes ayant le 1er cycle du secondaire complet ou le 2nd cycle incomplet.
Parallèlement, les emplois informels des jeunes sont occupés en grande majorité par des individus
n’ayant aucun niveau d’études (55% des emplois informels non-agricole et 79% des emplois
agricoles) alors même que les emplois de l’informel, s’ils ne demandent que peu de qualification,
nécessitent sans doute que les individus sachent au moins lire et écrire (donc au moins un
enseignement fondamental complet).
87
II. L’investissement en capital humain : un impact élevé sur le
développement social
Les effets sociaux de l’éducation reçue au cours de la jeunesse qui se manifestent dans la vie adulte
des individus peuvent prendre de multiples aspects. Nous nous limiterons ici à certains d’entre eux tels
que l’impact sur la pauvreté, et des aspects plus spécifiques dans le domaine de la santé. Les données
qui sont analysées ici sont celle des enquêtes EPCV 2008 et MICS 2007.
Graphique V.1 : Probabilité (%) d’être dans les 60 % les plus pauvres par milieu de résidence selon le
niveau d’éducation du chef de ménage, année 2008
80,0
Rural
70,0
Urbain
60,0
Ensemble
50,0
40,0
30,0
20,0
10,0
-
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15
Nombre d'années d'études
Le risque de pauvreté diminue lorsque le niveau d’éducation augmente, toutes choses égales par
ailleurs. L’analyse menée à partir de l’EPCV 2008 montre que la probabilité moyenne pour un ménage
d’être parmi les 60% les plus pauvres varie de 60% lorsque le chef n’a aucune instruction à 12%
lorsqu’il a atteint au moins quinze années d’études.
II.2 Le niveau d’éducation du chef de ménage a un effet bénéfique sur la scolarisation de ses enfants et sur
leur déclaration à l’état civil
Les effets de la scolarisation du chef de ménage sur l’accès à l’école des enfants sont positifs et très
significatifs. Les chances d’accès des enfants à l’école augmentent avec le niveau d’instruction du chef
de ménage. Ces chances augmentent de manière très importante dès que le chef de ménage a le niveau
du fondamental. Ainsi par exemple la probabilité moyenne des enfants d’accéder à l’enseignement
fondamental passe de 69% pour ceux qui appartiennent à une famille dont le chef de ménage est sans
instruction à 90% pour ceux dont le chef de ménage a arrêté sa scolarisation à la fin de l’enseignement
fondamental.
88
Graphique V.2 : Probabilité (%) que les enfants du ménage aient accès à l’école par genre, selon le niveau
d’éducation du chef de ménage, année 2008
100
Probabilité d'accéder à l'école (%)
90
80 Garçon
Filles
Ensemble
70
60
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
Années d'études du chef de ménage
Source : Calcul des auteurs à partir de l’EPCV 2008
Concernant l’état civil, il existe de manière générale un énorme problème dans la déclaration des
naissances en Mauritanie. Selon le MICS 2007, seulement la moitié des enfants de 5 ans avaient été
déclarés à la naissance. La même source montre que les risques de non déclaration sont d’autant plus
élevés que la mère a un niveau d’instruction bas. Ainsi, la proportion d’enfants de 5 ans déclarés à la
naissance passe de 38% chez les mères sans instruction à 62% chez celles qui ont au moins un niveau
secondaire.
Graphique V.3 : Probabilité (%) pour les mères d’enregistrer leurs enfants à l’état civil par milieu de résidence
selon le niveau d’instruction, année 2007
70%
60%
50%
40%
Ensemble
30%
Urbain
20%
Rural
10%
0%
Sans niveau Primaire Secondaire & +
89
II.3 Le niveau d’éducation agit sur les comportements des femmes en matière de reproduction et de santé
L’éducation a également un impact sur les pratiques de contraception chez les femmes. D’une manière
générale, la prévalence contraceptive est relativement faible en Mauritanie. Seulement 9,5% des
femmes déclarent utiliser une méthode contraceptive quelconque. Chez les femmes qui n’ont jamais
été scolarisées, le taux de prévalence contraceptive est de 4,5% contre 12,2% chez les femmes qui ont
le niveau du fondamental et 20,7% chez les femmes qui ont déjà eu accès à l’enseignement supérieur.
Quant à l’excision, plus d’une femme sur trois (37,2%) est contre cette pratique en Mauritanie.
Toutefois, l’éducation a un effet significatif sur cet avis. En effet, si la probabilité d’être contre cette
pratique n’est que de 20,8% pour les femmes sans niveau d’instruction, elle est de 37,7% pour celles
ayant fait le fondamental pour atteindre progressivement 78,7% pour les femmes ayant fait
l’enseignement supérieur.
Concernant enfin le nombre d’enfants, il est en moyenne plus élevé chez les femmes sans instruction
que chez celles qui ont eu accès à l’école. Le nombre moyen d’enfants par femme baisse de 7 chez les
femmes sans instruction à 4 chez celles qui ont un niveau supérieur.
Tableau V.5. : Effets de l’éducation de la mère sur quelques comportements en matière de reproduction, année
2007
Age moyen Age moyen au nombre moyen A déjà entendu parler Est contre Utilise un
Niveau d'instruction au premier premier d'enfants d'un contraceptif l'excision contraceptif
mariage accouchement (40-49 ans) quelconque (%) (%) quelconque (%)
Aucun 17,1 19,9 6,76 50,8 20,8 4,5
Fondamental 17,7 20,0 5,84 64,9 37,7 12,2
1er cycle du secondaire 18,8 20,7 5,56 76,7 58,6 20,7
2nd cycle du secondaire 21,2 22,6 4,42 90,8 70,4 25,2
Supérieur 21,3 24,1 4,12 95,5 78,7 20,7
Total 17,8 20,3 6,14 66,5 37,2 9,6
Source : Calcul des auteurs à partir du MICS 2007
La probabilité pour les femmes d’avoir recours à des consultations prénatales augmente sensiblement
avec le niveau d’étude puisque celle-ci passe de 84% pour les femmes sans instruction à 93% pour
celles n’ayant achevé que le fondamental. Les femmes ayant eu accès à l’enseignement supérieur ont
quasiment toutes recours à des consultations prénatales.
90
1
Les chances des femmes d’avoir recours à un professionnel de la santé lors de l’accouchement sont
également affectées par leur niveau d’instruction. Alors que les femmes sans instruction ont une
probabilité de 58% en moyenne de se faire assister lors de leur accouchement, elle est de 88% pour
celles qui ont comme niveau d’instruction la fin du fondamental. Elle est pratiquement de 100% pour
les femmes ayant eu accès au supérieur.
D’autres comportements des femmes en matière de santé sont positivement affectés par l’éducation.
Les femmes sont plus enclines à se faire vacciner 2 et à faire vacciner leurs enfants lorsqu’elles sont
allées à l’école. Il en est de même de la prise de la vitamine A après l’accouchement.
Il a également été montré dans d’autres études que l’éducation des femmes permet de baisser le taux
de mortalité infantile. Selon le rapport du MICS 2007, le taux de mortalité infantile varie de 75 pour
1000 chez les femmes sans aucune instruction à 58 pour 1000 chez celles qui ont au moins un niveau
secondaire.
Graphique V.4 : Probabilité pour une femme enceinte de faire une consultation prénatale et probabilité pour une
femme de se faire assister par un professionnel de la santé lors de son accouchement selon la durée des études,
année 2008
100%
95%
90%
85%
80%
75%
% accouchements assistés
70%
% consultations prénatales
65%
60%
55%
50%
0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16
Nombre d'année d'études de la mère
La lutte contre les IST et le VIH/SIDA constitue un objectif dans la stratégie de lutte contre la
pauvreté. La connaissance de la maladie et de ses modes de transmission permet de lutter contre elle.
De ce fait l’éducation peut constituer un des axes de cette lutte en se prêtant comme un support de
diffusion des connaissances.
1
Médecin, sage-femme, infirmière, sage-femme auxiliaire, agent de santé communautaire.
2
Particulièrement contre le tétanos pendant la grossesse
91
Tableau V.6 : Effets de l’éducation des individus sur la connaissance du VIH/SIDA, année 2007
Nombre d’années d’études % Déjà entendu parler du VIH/SIDA Connaissance du VIH/SIDA (% de bonnes réponses)
Selon l’analyse menée sur le MICS 2007, la plupart des femmes (âgées d’au moins 15 ans) ont déjà
entendu parler du SIDA en Mauritanie. En effet plus de 90% d’entres elles affirment avoir déjà
entendu parler du VIH/SIDA. Cependant, cette proportion augmente avec le niveau d’instruction. Elle
va de 88% chez les femmes sans instruction à 100% pour celles qui ont au moins un niveau secondaire
second cycle. Mais avoir déjà entendu parler du VIH/SIDA ne suffit pas pour connaître la maladie et
ses différents modes de transmission. Lors du MICS 2007, les femmes échantillonnées ont été
soumises à une série de questions concernant la connaissance du VIH/SIDA. La proportion de bonnes
réponses apportées aux 13 questions varie de 28% chez les femmes sans instruction à 70% chez les
femmes qui ont le niveau du supérieur. Elle est de 41% chez les femmes qui ont le niveau du
fondamental.
En conclusion, l’éducation reçue exerce, au cours de la vie adulte, un effet très substantiel sur le
développement social. Les impacts sociaux les plus importants (36% des effets sociaux totaux) sont
obtenus avec l’enseignement fondamental. L’effet est plus élevé pour les variables de santé maternelle
(53%), pour l’éducation des enfants (85%) et pour la baisse de la pauvreté (40%). Les premier et
second cycles du secondaire approfondissent les effets du fondamental (respectivement de 27% et de
29%). La poursuite des études à l’enseignement supérieur apporte une contribution positive mais
d’une intensité moindre (7 points de pourcentage additionnels).
La prise en compte des coûts unitaires publics de scolarisations et l’utilisation des rapports gain/coût 1
(ratio bénéfice marginal social/coût marginal public) renforce l’avantage du fondamental
comparativement aux autres niveaux d’enseignement (cf. tableau V.7). Pour les autres cycles
d’enseignement, on se rend compte que les rapports gains/coûts sont faibles comparés à celui du
fondamental. Les rapports gain/coût du secondaire 1er cycle et 2nd cycle ne représentent
respectivement que 22 % et 16% de celui du fondamental.
Celui de l’enseignement supérieur est le plus faible et ne représente respectivement que 2% du rapport
du fondamental. Ceci tient au fait de coûts unitaires de formations beaucoup plus élevés et d’un
bénéfice marginal social moindre que celui de l’enseignement fondamental.
1
Par exemple, pour l’enseignement secondaire, cet indicateur rapporte l’impact marginal lié à ce cycle sur
l’ensemble des dimensions sociales considérées dans ce texte, aux dépenses publiques supplémentaires,
nécessaires pour faire passer un jeune de la fin du secondaire 1 à l’enseignement secondaire.
92
Tableau V.7 : Mesure consolidée 1 de l’impact social à l’âge adulte des différents niveaux éducatifs dans une
variété de dimensions sociales
Ecart entre sans Ecart entre Ecart entre le 1er Ecart entre
Domaine d’impact niveau et fondamental et et le 2nd cycle du secondaire 2nd
fondamental secondaire 1er cycle secondaire cycle et supérieur
Alphabétisation 23 40 24 13
Risque de pauvreté 40 19 31 10
Défavorable à l'excision 29 36 20 14
Population 19 18 48 15
Age au premier accouchement 0 16 50 34
Usage méthode contraceptive quelconque 27 27 46 0
Nombre moyen de naissances par femme 31 10 49 10
Santé maternelle 53 21 24 2
Consultations prénatales* 40 22 31 6
Vaccination antitétanique 62 16 22 0
Accouchement assisté * 50 21 27 2
59 24 17 0
Prise de vitamine A
Santé et mortalité de l’enfant 26 37 28 10
Vaccinations complète 29 36 16 19
Mortalité avant 5 ans 22 39 39 0
VIH/SIDA 23 33 43 2
Déjà entendu parlé du VIH/SIDA 25 34 41 0
Niveau de connaissance du VIH/SIDA 21 31 45 3
Score global 36 27 29 7
Dépense publique annuelle par élève pour une année (UM 2008) 39 388 103 712 121 735 238 917
Dépense publique moyenne par élève pour le cycle* (UM 2008) 169 068 349 181 340 540 607 659
Dépense publique cumulée (UM 2008) 169 068 585 509 888 004 1 520 328
1
Si l’on prend par exemple le fait pour une femme d’être défavorable à l’excision (cf. tableau V.5), l’écart entre la
probabilité estimée d’y être défavorable chez les femmes n’ayant jamais été à l’école (20,8%) et celles ayant atteint un niveau
d’éducation supérieure (78,7%) est de 57,9% (=78,7-20,8%). On normalise cet écart à 100% ce qui permet d’obtenir la
contribution de chaque niveau d’enseignement : si l’écart de probabilité entre une femme sans éducation et une autre avec un
niveau supérieur est de 100%, la décomposition de cet écart nous dit que celui entre une femme sans éducation et une femme
ayant atteint le fondamental est de 29% (=37,7%-20,8%)/57,9%) ; c'est-à-dire l’écart de probabilité entre « fondamental » et
« sans éducation » divisé par l’écart de probabilité entre « éducation supérieure » et « sans éducation ».
93
Chapitre 6 : L’équité dans les scolarisations et la
distribution des ressources publiques pour l’éducation
• Le fait d’être une fille n’a pas d’effet en termes d’accès au fondamental, mais l’effet
discriminant du genre est important en terme de rétention et de réussite aux examens
nationaux, et ce d’autant plus que l’on progresse vers les niveaux les plus élevés. Sur le plan
régional, les disparités entre wilayas existent dès le départ, à l’accès au fondamental, et
s’accentuent au niveau de la transition entre le fondamental et le 1er cycle du secondaire.
• Le fait d’habiter en zone rurale et/ou d’appartenir aux familles les plus pauvres est un
facteur très défavorisant en termes d’accès, mais aussi et surtout en termes de rétention.
La probabilité d’achever le fondamental est deux fois plus faible pour ruraux (et les plus
pauvres) que pour les urbains (et les plus riches).
94
L’atteinte des objectifs d’éducation pour tous, passe nécessairement par la mise en place d’un système
éducatif qui garantit l’équité dans l’accès à l’école. Par ailleurs, l’objectif d’équité rejoint celui de
l’efficacité économique car donner les mêmes chances de scolarisation à tous est la garantie de
sélectionner les meilleurs pour les scolarisations les plus longues. Ainsi, le droit à l’accès équitable à
une éducation pour tous les enfants conduit à souhaiter que des caractéristiques telles que le sexe, le
niveau de vie, la localisation géographique ne soient pas des facteurs discriminants de la scolarisation.
C’est pourquoi ce chapitre a pour objectif d’étudier les disparités existant dans le système éducatif
mauritanien en répondant notamment aux deux questions essentielles suivantes :
Le chapitre sera structuré en deux parties. Dans la première partie, seront analysées les disparités en
matière d’accès liées aux caractéristiques sociodémographiques ainsi qu’à la région de résidence. Dans
la seconde partie, il sera question des disparités entre groupes sociaux dans la consommation des
ressources publiques allouées à l’éducation du fait des différences dans la durée des études effectuées.
L’évolution du TBS d’une manière globale, mais aussi pour les garçons et les filles, au cours de la
période de 2004 à 2008, ainsi que deux indicateurs de parités entre les deux groupes (différence des
taux et leur rapport) sont reportés dans le tableau VI.1.
95
Tableau VI.1 : Taux bruts de scolarisation (%) aux différents niveaux scolaires selon le genre,
(2004-2008)
Fondamental
Ensemble 98,1% 100,6% 101,9% 97,6%
Garçons (a) 95,2% 98,3% 99,3% 94,6%
Filles (b) 101,1% 103,1% 104,7% 100,8% -6,2 106,6
Au niveau de l’enseignement fondamental, le TBS des filles dépasse pour la quatrième année
consécutive celui des garçons avec un écart qui varie autour de 5 points en faveur des filles. Sur la
même période, le rapport du TBS entre les deux groupes (TBS filles/TBS garçons) tourne autour de
1,06. Au total, il est à noter que la croissance globale des scolarisations dans le fondamental reste en
faveur des filles, et que la parité selon le genre est atteinte pour ce cycle d’enseignement. Même si le
TBS augmente légèrement d’une année à l’autre, l’année 2007-2008 accuse une baisse inattendue 1 :
le TBS passe de 102% environ en 2006-2007 à 97,6% en 2008.
Au niveau du 1er cycle du secondaire, on observe une dégradation sensible du TBS entre 2004 et 2008
(de 27 à 23 % au 1er cycle et de 20 à 16,0 % dans le second cycle 2, soit une diminution d’environ 4
points dans les deux cas). Les disparités entre garçons et filles existent au désavantage de ces
dernières, et ont tendance à se creuser entre les deux niveaux (en 2008, l’indice de parité est de 91,6
au 1er cycle et de 88,8 au 2nd).
Mais il importe de mettre ces données chiffrées en perspective. En premier lieu, on observera que les
valeurs moyennes des indices de parités respectivement à ces deux niveaux d’études dans les pays
d’Afrique sont de 80 et 73 %, ce qui place la Mauritanie dans une position plutôt favorable sur ce plan.
En second lieu, on observera qu’entre 2004 et 2008, la tendance est clairement à la réduction des
disparités entre filles et garçons à ces deux niveaux d’études.
1
L’une des explications avancées pour cette baisse est que les données collectées proviennent d’une enquête
statistique de référence menée au niveau de l’ensemble des établissements scolaires, alors que les données des
années précédentes proviennent de questionnaires remplis et transmis à la DSPC par les Inspecteurs
Départementaux.
2
Pour le 2nd cycle du secondaire, l’année scolaire 2007-08 correspond à la réduction du 2nd cycle à deux niveaux
(5e et 6e AS) au lieu de trois, due à l’arrivée en 4AS aux élèves de la nouvelle réforme qui porte la durée du 1er
cycle à quatre ans au lieu de trois.
96
Les taux bruts de scolarisations présentent uniquement la couverture du système mais ne permettent
pas de déterminer s’il existe des disparités au cours des différents cycles d’enseignement dans l’accès
à chaque année d’études. Pour examiner ce point il est nécessaire de regarder quelle est la probabilité
d’accéder et d’achever chaque niveau d’enseignement comme le montre le graphique VI.1.
Les informations reportées dans le graphique VI.1 montrent que le genre n’a pratiquement pas
d’influence sur l’accès au fondamental, mais son effet sur la rétention n’est pas négligeable puisque si
la probabilité pour les garçons d’achever le cycle du fondamental est de 42%, elle n’est que de 34%
pour les filles. Plus on remonte dans les cycles et plus les disparités entre garçons et filles s’amplifient.
Ainsi, une fille a 2 fois moins de chances d’achever le 2nd cycle du secondaire, et 4 fois moins de
chances d’atteindre le supérieur.
Graphique VI.1 : Probabilité d’accéder et d’achever chaque cycle d’enseignement selon le genre, année 2008
80
70
Garçon Fille
Probabilité d'accès (en %)
60
50
40
30
20
10
0
Accès F Achèvement Accès Sec. 1 Achèvement Accès Sec. 2 Achèvement Accès Sup
Fond. Sec. 1 Sec. 2
L’impact négatif du milieu de résidence sur l’accès au fondamental est très important (87% pour les
urbains et seulement 64 % pour les ruraux). En ce qui concerne la rétention, l’ampleur des inégalités
dans les chances d’achèvement des différents niveaux selon le milieu augmente considérablement au
désavantage des ruraux (54% contre 22% au fondamental, manifestant un écart de 31 points). La
probabilité d’accéder au premier cycle du secondaire pour un enfant du milieu urbain est de 48 %, elle
n’est que de 13 % pour un enfant du milieu rural. Ces différenciations sont encore plus sévères si l’on
considère l’accès au second cycle du secondaire.
Graphique VI.2 : Probabilité d’accéder et d’achever chaque cycle d’enseignement selon le milieu de résidence,
année 2008
97
100
90 Rural Urbain
80
Probabilité d'accès (en %)
70
60
50
40
30
20
10
0
Accès F Achèvement Accès Sec. 1 Achèvement Accès Sec. 2 Achèvement
Fond. Sec. 1 Sec. 2
Le tableau VI.2 présente l’accès et l’achèvement pour chaque niveau d’enseignement selon le milieu
de résidence mais en distinguant également le genre.
Tableau VI.2 : Probabilités d’accéder et d’achever chaque niveau d’enseignement selon le milieu de résidence et
le genre
Fondamental Secondaire 1er cycle Secondaire 2nd cycle
On constate que les disparités d’accès au fondamental sont surtout liées au milieu de résidence puisque
les ruraux qu’ils soient filles ou garçons ont les mêmes chances d’accéder à l’enseignement
fondamental (environ 64%). C’est le même constat pour les urbains (environ 87% de probabilité
d’accéder au fondamental qu’ils soient filles ou garçons). Par contre, comme vu précédemment, on
s’aperçoit que plus on monte dans les niveaux d’enseignement et plus les filles et les ruraux
disparaissent du système. Ainsi, une fille de milieu rural à 9,5 fois moins de chance qu’un garçon de
milieu urbain d’achever l’enseignement secondaire 2nd cycle.
Toutefois, il est important de tenir compte de l’offre scolaire au niveau de ces zones de résidence pour
voir si l’offre est la même en zone rurale qu’en zone urbaine. En effet, il se peut qu’une plus forte
proportion d’enfants scolarisables soit très éloignée de l’école la plus proche de leur domicile en zone
rurale qu’en zone urbaine. Les tableaux VI.3 et VI.4 qui suivent présentent la proportion d’enfants
scolarisables à l’enseignement fondamental (6-11 ans) et à l’enseignement secondaire 1er cycle (12-15
ans) selon la distance à l’école en distinguant ceux de zone rurale de ceux de zone urbaine.
Tableau VI.3 : Répartition des enfants de 6-11 ans selon la distance de leur foyer à l’école primaire la plus
proche, année 2008.
98
Milieu de résidence Moins de 15 min 15 à 29 min 30 à 44 min 45 min et plus 30 min ou plus % scolarisés
Tableau VI.4 : Répartition des enfants de 12-15 ans selon la distance de leur foyer au collège le plus proche,
année 2008.
Milieu de résidence Moins de 15 min 15 à 29 min 30 à 44 min 45 min et plus 30 min ou plus % scolarisés
On se rend compte à travers ces deux tableaux que i) 24,4% des enfants scolarisables au fondamental
de zone rurale se trouvent à trente minutes ou plus de l’école la plus proche de leur domicile (cette
proportion est de 18,4% en zone urbaine), et que ii) 90,9% des enfants scolarisables au 1er cycle du
secondaire de zone rurale se situent à 30 minutes ou plus du collège le plus proche de leur domicile
(cette proportion est de 49,8% en zone urbaine). Ainsi, même si ce déficit plus prononcé d’offre
scolaire en zone rurale qu’en zone urbaine ne peut pas expliquer à lui seul la plus faible scolarisation
en zone rurale, il est très important d’en tenir compte dans les analyses car il doit avoir un impact non
négligeable sur la non-scolarisation ou sur l’abandon de certains enfants.
L’ampleur des divergences est aussi très forte si l’on prend en considération le niveau de pauvreté des
ménages, aussi bien pour l’accès à l’éducation que pour la rétention à tous les niveaux de
scolarisation. Les chances d’achever le fondamental sont deux fois plus grandes pour un enfant du
cinquième quintile (les 20% les plus riches) qu’un enfant du premier quintile (les 20% les plus
pauvres), respectivement 51% et 26%, celles d’accéder au 1er cycle du secondaire est de 44% pour les
premiers, elle n’est que 17% pour les seconds. Ainsi, les enfants des familles les plus pauvres n’ont
quasiment aucune chance d’accéder à l’enseignement supérieur (entre 1,9 et 2,7% pour les trois
premiers quintiles contre 8,2% pour les enfants du quintile 5.
99
Graphique VI.3 : Probabilité d’accéder et d’achever chaque cycle d’enseignement selon le niveau de vie, année
2008
100 Quintile 1
Probabilité d'accès (en %)
90
Quintile 2
80
70 Quintile 3
60 Quintile 4
50
Quintile 5
40
30
20
10
0
Accès Fond. Achèvement Accès Sec. 1 Achèvement Accès Sec. 2 Achèvement Accès Sup
Fond. Sec. 1 Sec. 2
Niveau
Source : Calcul des auteurs à partir de l’EPCV 2008
Les analyses menées sur les disparités liées au genre, à la zone de résidence et au niveau de richesse
des ménages ont montré très clairement i) que les filles disparaissent plus rapidement que les garçons
du système même si l’accès au fondamental est identique pour les deux, ii) que l’accès à tous les
niveaux d’enseignement est nettement plus faible chez les enfants de zone rurale que chez ceux de
zone urbaine, et iii) chez les plus pauvres que chez les plus riches. Il est donc intéressant d’observer
les probabilités d’accès à chaque niveau d’enseignement en croisant ces différentes variables. Par
exemple, quelle est la probabilité pour une fille de zone rurale pauvre d’accéder un jour à l’école ? Le
tableau IV.5 présente ces résultats.
Les effets combinés des caractéristiques génératrices de disparités (genre, niveau de richesse et milieu
de résidence) induisent des divergences considérables au niveau de l’accès, mais surtout au niveau de
la rétention. Pour une fille appartenant au deux quintiles les plus pauvres en milieu rural, la probabilité
d’accéder à l’école fondamentale est de 63%, celle d’accéder au second cycle du secondaire est de 6%,
et celle d’atteindre le supérieur est pratiquement nulle. Ces probabilités sont les plus élevées pour un
garçon du milieu urbain appartenant aux deux quintiles les plus riches, respectivement 87%, 39% et
11%.
100
Tableau VI.5 : Probabilités d’accéder et d’achever chaque niveau d’enseignement selon le milieu de résidence, le
niveau de richesse et le genre, année 2008
En conclusion, on peut noter que si le genre n’a pratiquement pas d’influence en termes d’accès, son
effet sur la rétention n’est pas négligeable. Le niveau de vie et le milieu de résidence ont un effet
négatif considérable sur l’accès à tous les niveaux de scolarisation, et encore plus sur la rétention.
Graphique VI.4 : Probabilité d’accéder et d’achever chaque cycle d’enseignement selon le genre, le milieu et le
quintile de niveau de vie, année 2008
100
90 Fille_Rural_q1+q2
80
Probabilité d'accès (en %)
70 Garçon_Urbain_q4+q5
60
50
40
30
20
10
0
Accès Fond. Achèvement Accès Sec. 1 Achèvement Accès Sec. 2 Achèvement Accès Sup
Fond. Sec. 1 Sec. 2
Niveau
Source : Calcul des auteurs à partir de l’EPCV 2008
Le graphique VI.4 montre les profils de scolarisation pour les situations extrêmes, c’est-à-dire les
groupes les plus favorisés (garçons urbains appartenant au deux quintiles les plus riches) et les plus
défavorisés (filles rurales appartenant au deux quintiles les plus pauvres).
101
I.4. La pauvreté et le fait d’habiter en zone rurale constituent les premières entraves à la scolarisation
Le parcours scolaire que peut espérer avoir un enfant est donc lié à ses caractéristiques et à celles du
milieu dans lequel il vit. Dans l’optique d’identifier le facteur (ou les facteurs) le plus discriminant
dans ces chances d’accès, il est possible de calculer les coefficients de représentation relative de
chaque catégorie sociale aux différents niveaux d’étude. Pour cela on calcule d’abord les rapports
entre les proportions de jeunes aux différents niveaux d’enseignement dans les catégories sociales de
référence : i) entre le premier et cinquième quintiles de revenu ; ii) entre ruraux et urbain et, enfin iii)
entre filles et garçons. On rapporte ensuite ces rapports à la valeur de ces mêmes rapports calculés
cette fois ci sur l’ensemble de la population de la classe d’âge considérée. On obtient ainsi les
coefficients de représentation relative. Ces coefficients indiquent le rapport des chances de
scolarisation des différents groupes sociaux par niveau d’études. Le graphique VI.5, ci-après, présente
les résultats obtenus.
Graphique VI.5 : Coefficients de représentation relative des différentes catégories sociales aux différents niveaux
d’études, année 2008
7
Milieu de résidence Sexe Niveau de vie
6
0
Non scolarisés Fondamental Secondaire 1 Secondaire 2
Les disparités selon le sexe, sont inférieures à celles selon le milieu de résidence et selon le niveau de
vie. Si on ne constate pas de différence dans le poids de chacun de ces facteurs à l’enseignement
fondamental, les écarts se creusent à partir de l’enseignement secondaire 1er cycle. En effet, à partir de
ce niveau d’enseignement, comparativement à ceux résidant en zone rurale (respectivement les plus
pauvres), les jeunes résidants en zone urbaine (respectivement les plus riches) sont environ 3 fois plus
représentés que dans la population totale. Au 2nd cycle de l’enseignement secondaire, les écarts se
creusent encore puisque les jeunes de zone urbaine (les plus riches) sont presque six fois plus
représentés que les jeunes de zone rurale (les plus pauvres).
Le dernier volet étudié sur les disparités dans les scolarisations, concerne les wilayas. Le tableau IV.4
présente la couverture scolaire obtenue à partir des données administratives pour chaque wilaya en
distinguant le genre.
102
Tableau VI.6 : Taux Brut de Scolarisation (%) dans le fondamental selon la wilaya et le genre, années
scolaires 2004-05 et 2007-08
Hodh Hodh Guidi Tiris
TBS (%) Charghi Gharbi Assaba Gorgol Brakna Trarza Adrar Nouadhibou Tagant makha Zemour Inchiri NKTT Total
Ensemble
2004-05 89,1 104,2 97,8 85,3 89,4 97,4 113,7 126,9 120,7 85,6 109,9 101,7 107,8 98,1
Ensemble
2007-08 81,4 107,6 92,1 90,5 102,7 92,0 101,4 110,8 104,1 103,9 103,8 108,6 102,3 97,6
Filles 83,2 118,1 94,3 91,3 106,4 94,0 100,0 114,4 104,1 102,5 102,6 109,9 108,2 100,9
Garçons 79,7 97,4 89,9 89,8 99,1 90,1 102,9 107,5 104,1 105,2 104,9 107,3 96,9 94,7
TBS 2008 /
TBS 2004 0,9 1 1 1,1 1,2 0,9 0,8 0,8 0,8 1,3 0,9 0,8 0,9 1
TBS Filles /
Garçons,
2008 1,0 1,2 1,0 1,0 1,1 1,0 1,0 1,1 1,0 1,0 1,0 1,0 1,1 1,1
Source : Calcul des auteurs selon les données scolaires de la DSPC et les données démographiques de l’ONS
Les résultats reportés au tableau VI.6 dévoilent des inégalités interrégionales dans la couverture
scolaire au niveau de l’enseignement fondamental en 2007-2008. Ces disparités sont loin d’être
négligeables car elles évoluent sur une fourchette de l’ordre de 29 points, même si la tendance est à la
réduction de ces disparités, car l’écart moyen (qui est l’indice de dispersion des valeurs du TBS dans
les différentes wilayas par rapport à la moyenne nationale) est passé de 11 en 2004 à 7 en 2008.
On constate en effet que, pour l’année considérée, la plupart des wilayas ont connu une baisse plus ou
moins importante du TBS par rapport à l’année de référence (variant de plus de 16 point au Tagant et à
Nouadhibou, à 5 points environ dans les wilayas du Trarza, Assaba et Nouakchott), alors que les
wilayas qui étaient en retard (Gorgol, Brakna et Guidimakha) enregistrent une hausse importante (de
plus de 18 points au Guidimakha par exemple). Notons que ces wilayas bénéficiaient de programmes
d’appui à la scolarisation ces dernières années. Si la baisse n’affecte pas systématiquement la
couverture scolaire pour certaines wilayas, qui reste autour de 100%, elle s’accompagne, pour
d’autres, d’une dégradation du TBS (Hodh Charghi, Trarza et Assaba).
Après la couverture scolaire pour l’enseignement fondamental au niveau de chaque wilaya, il est
intéressant de s’intéresser aux probabilités d’accès à chaque niveau d’enseignement pour voir si les
chances des enfants de chaque wilayas sont les mêmes en termes d’accès et d’achèvement pour chaque
niveau d’enseignement. Les données de l’EPCV 2008 nous permettent d’estimer ces probabilités par
wilaya. Le tableau VI.7 présente les résultats.
103
Tableau VI.7 : Probabilités d’accéder et d’achever chaque niveau d’enseignement et transition entre les
différents niveaux d’enseignement par wilaya (%), année 2008
Le tableau VI.7 montre des disparités notables entre wilaya concernant les probabilités d’accès aux
différents niveaux d’enseignement. On constate que les wilayas qui présentent la plus forte probabilité
d’accéder à l’enseignement fondamental et de l’achever (Nouadhibou, Tiris Zemour, Inchiri et
Nouakchott, wilayas à forte proportion de population urbaine) sont également les wilayas qui
présentent les plus fortes transitions entre le fondamental et le 1er cycle du secondaire. Inversement,
celles qui présentent les plus faibles probabilités d’accéder et d’achever l’enseignement fondamental
(Tagant, Hodh Charghy, Hodh Gharby, Assaba, Gorgol, Guidimagha, wilayas à forte proportion de
population rurale) sont celles qui présentent les plus faibles transitions entre le fondamental et le 1er
cycle du secondaire. Ces faibles transitions qui touchent les wilayas présentant les plus faibles
scolarisations au fondamental ont comme conséquence d’accentuer encore plus les disparités dans
l’accès au 1er cycle du secondaire. Toutefois, à l’intérieur même du secondaire 1er cycle, on constate
que la rétention est supérieure à 75% dans toutes les wilayas. Enfin, la transition entre le 1er et le 2nd
cycle du secondaire est quasi identique dans toutes les wilayas (entre 75 et 85%) mais la rétention au
cours du second cycle est faible quelque soit la wilaya (entre 25 et 40%). Ainsi, les disparités entre
wilayas sont des disparités qui se créent dès l’accès au fondamental et qui s’accentuent lors de la
transition entre le fondamental et le 1er cycle du secondaire.
Comme nous l’avons déjà signalé au chapitre 4, les résultats des évaluations menées par la Cellule
d’Evaluation et le PASEC au fondamental ne font pas ressortir des différentiations significatives dans
les acquisitions entre garçons et filles d’une manière générale, mais montrent quand même un retard
des filles dans l’apprentissage des mathématiques.
Si la parité entre filles et garçons semble atteinte à tous les niveaux du fondamental, et
considérablement améliorée au secondaire, la parité en matière d’acquisitions scolaires, mesurée à
travers la réussite aux examens nationaux, offre une image très contrastée, surtout sur le plan régional.
Le tableau VI.8 donne la répartition des candidats présents et des admis aux différents examens
nationaux, ainsi que le taux de réussite selon le genre.
104
Tableau VI.8. : Répartitions des candidats et des admis aux examens nationaux selon le genre, année 2008
On constate que les filles accusent un retard relativement important par rapport aux garçons quant à la
présentation et la réussite au concours d’entrée au collège. Elles ne représentent que 48,3% des
candidats présents, et 43,8% des admis au concours d’entrée en 1ère AS. Le taux de réussite (rapport
du nombre d’admis au nombre de candidats présents) est de 31,6% pour les filles, contre 37,9% pour
les garçons.
Les disparités sont encore plus prononcées au niveau du secondaire, 1er et 2nd cycle, où le taux de
réussite des filles au BEPC (4,5%) et au baccalauréat (12,7%) est 2 fois plus faible que celui des
garçons, et elles représentent moins de 30% des admis aux deux examens.
Si on porte l’analyse selon le genre au niveau régional, on constate une situation très variée au
fondamental comme au secondaire, car la proportion des filles varie entre 57,4% et 25,8% parmi les
candidats présents au concours d’entrée en 1AS, entre 59,5% et 23,3% parmi les admis. Par ailleurs,
à l’exception de l’Inchiri, le taux de réussite des filles au concours d’entrée en 1AS reste inférieur à
celui des garçons dans toutes les wilayas.
Les disparités interrégionales sont encore plus marquée au secondaire 1er cycle, où la représentativité
des filles varie entre 53% et 28% des candidats, entre 50% et 15% des admis au BEPC, le cas du
Guidimakha étant particulier.
Mais la situation est particulièrement préoccupante pour certaines wilayas, notamment le Guidimakha,
où la proportion de filles parmi les candidats et les admis au concours d’entrée en 1AS est
anormalement basse. C’est aussi cette wilaya qui accuse le taux de réussite le plus faible à tous les
examens nationaux mais les taux de réussite des filles sont quasi identiques à ceux des garçons.
1
Nous nous somme limités dans le calcul du taux de réussite au Brevet d’études du premier cycle aux élèves
ayant obtenu une note supérieure ou égale à 9/20, admissibles en temps normal aux délibérations. Ce taux est
largement inférieur au taux de réussite obtenu à la suite des délibérations spéciales (18%) où le travail annuel des
élèves a été combiné avec la note du BEPC (dans ce cas, pour les notes du BEPC supérieures ou égales à 8/20).
105
Au secondaire, la situation devient beaucoup plus préoccupante, car le taux de réussite des filles au
BEPC est très inférieur à celui des garçons dans la plupart des wilayas. Au Guidimimakha, le taux de
réussite au BEPC est même nul.
Tableau VI.9 : Répartitions des candidats et des admis au concours d’entrée en 1AS et au BEPC par wilaya et
par genre, année 2008
Admis F 45,7 49,9 43,2 41,3 45,5 43,2 38,2 46,8 38,8 23,3 41,5 59,5 45,8 43,8
Taux de G 39,8 36,3 39,7 40,1 31,5 38,0 32,5 38,8 28,8 27,1 45,6 38,2 41,9 37,9
réussite F 35,5 29,2 32,7 36,0 25,7 29,4 21,8 33,5 22,7 23,7 35,9 41,7 34,1 31,6
BEPC
Candidats F 47,8 53,0 48,1 41,9 46,5 46,2 45,9 49,3 31,8 28,0 41,9 36,7 46,5 45,8
Admis F 48,9 16,7 26,9 17,1 18,5 18,3 50,0 37,2 15,0 0,0 21,7 33,3 31,9 28,8
G 14,7 15,2 13,6 9,4 6,6 12,9 7,9 10,6 20,6 0,0 15,9 25,8 7,7 9,5
Taux de
réussite F 15,4 2,7 5,4 2,7 1,7 3,4 9,4 6,5 7,8 0,0 6,1 22,2 4,1 4,5
Source : Cellule nationale d’évaluations
L’idée générale de cette analyse est que, du fait de leur scolarisation, les individus bénéficient
cumulativement des ressources publiques. Ceux qui n’ont pas accès à l’école ne bénéficient d’aucune
des ressources publiques mises à disposition du système éducatif. Par contre, ceux qui fréquentent
l’école, et ce d’autant plus qu’ils y vont longtemps en ayant accès à des niveaux éducatifs caractérisés
par des coûts unitaires plus élevés, vont s’approprier le long de leur scolarité un certain volume de
ressources publiques. Il s’ensuit que la répartition des ressources publiques en éducation au sein d’une
génération d’enfants va dépendre d’une part i) de la répartition du niveau terminal de scolarisation au
sein d’une génération de jeunes (et éventuellement des disparités sur ce plan entre les différents
groupes constitutifs de la population) et ii) de la structure des dépenses par élève aux différents
niveaux d’enseignement. Dans cette analyse, deux niveaux complémentaires peuvent être distingués :
Une première étape est de déterminer la distribution du niveau terminal de scolarisation au sein d’une
cohorte de jeunes du pays ; une seconde étape est de définir le volume des ressources publiques
accumulées jusqu’à chacun de ces niveaux terminaux de scolarisation. On peut aisément passer des
données de scolarisation à un moment donné à celles correspondant aux niveaux de sortie du système
scolaire en se situant dans une logique dans laquelle les informations transversales peuvent être
transcrites dans une perspective temporelle.
Sur la base des données relatives i) aux taux de scolarisation aux différents niveaux d’enseignement
(chapitre 2) et ii) au volume des ressources publiques unitaires attachées à chacun des cycles
d’enseignement (calculé comme le produit du coût par année-élève et de la durée du cycle, cf.
chapitre 3), le tableau VI.10, ci-après, présente les informations correspondant aux niveaux terminaux
106
de scolarisation, ainsi que les résultats obtenus sur la répartition structurelle des ressources
ressource publiques
en éducation.
Tableau VI.10 : Distribution structurelle des ressources publiques en éducation au sein d’une cohorte de 100
enfants, année 2007-08
Primaire 97,6 67,7 39 631 237 786 237 786 16 086 223 35,8
1er cycle secondaire 30,0 15,4 104 144 416 576 654 362 10 044 457 22,3
2nd cycle secondaire 14,6 8,8 128 011 256 022 910 384 8 011 379 17,8
Supérieur 5,8 5,8 238 935 955 740 1 866 124 10 823 519 24,1
Les chiffres rapportés dans le tableau VI.8 font état d’une légère amélioration dans la distribution des
ressources par rapport à 2004, mais montrent tout de même une certaine concentration des ressources,
dans laa mesure où d’une part 2,4% des enfants ne bénéficient d’aucune ressource en éducation eu
égard au fait qu’ils n’ont pas accès à l’école, et 83 % (ceux qui ont accès au fondamental et au 1er
cycle secondaire) profitent de 58 % des ressources ; et d’autre part
art 14,6 % d’une classe d’âge (ceux
qui ont accès au 2nd cycle secondaire ou à l’enseignement supérieur) mobilisent près de 44 % du
volume global des ressources publiques mises à disposition du secteur.
Une façon habituelle de décrire cette distribution structurelle est de construire la courbe de Lorenz;
celle-ci
ci est établie sur la base des valeurs cumulées d’une part des individus de la cohorte et d’autre
part du volume des ressources publiques accumulées par cette même cohorte d’enfants. Le graphique
VI.6
I.6 la représente pour les années 2007-08
2007 et 2003-04.
Graphique VI.6 : Courbe de Lorentz de la distribution des ressources publiques en éducation, années 2003-04
2003 et
2007-08
100
B
90
% cummulé des ressources appropriées
80 Q
2007-2008
70
2003-2004
60 P C
50
40 N
30
20
10
M A
O0
0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100
% cummulé des individus
Source : calcul des auteurs à partir des données des chapitres 2 et 3
Bien qu’ill y ait une nette amélioration par rapport à 2004, il est évident que la situation de la
distribution des ressources publiques en éducation est loin d’être équitable. On voit bien que la courbe
107
OMNPQB qui représente la distribution réelle des ressources publiques s’écarte considérablement de
la ligne OB qui correspond à la situation de parfaite équité dans la distribution des ressources.
On peut compléter cette analyse, en procédant au calcul de deux autres indicateurs pour apprécier
l’ampleur des inégalités dans la distribution des ressources.
Le premier est le coefficient de Gini, qui doit tendre vers zéro dans le cas d’une distribution équitable.
Dans le cas de la Mauritanie, en 2007-2008, la valeur du coefficient de Gini est estimée à 0,39. Il a été
évalué à 0,50 en 2003-2004, et à 0,55 en 1997-98. Des progrès ont été enregistrés sur le plan de
l’équité dans la distribution structurelle des ressources, et bien que modestes, ils ont quand mêmes été
plus soutenus sur les quatre dernières années que ceux enregistrés sur les six années précédentes.
Le second indicateur consiste à mesurer la part des ressources publiques appropriées par les dix
pourcent les plus éduqués au sein de la cohorte, c’est-à-dire les ressources appropriées par ceux qui ont
eu accès à des études supérieures (5,8 %), auxquels il faut ajouter 4,2% de la génération qui a le
second cycle du secondaire comme niveau terminal de scolarisation au. Ces dix pourcent les plus
éduqués de leur génération accaparent 34% des ressources publiques mobilisées pour le secteur de
l’éducation au cours de l’année 2007-2008. Ce chiffre représente une baisse significative par rapport à
2003-04 (44%) et 1997-98 (environ 50%), mais il met aussi en évidence la persistance d’un
important degré d’inégalité structurelle dans la distribution des ressources publiques allouées à
l’éducation. Ce chiffre de 34% en 2008 peut-être comparé à celui estimé pour des pays de niveau de
richesse comparable (tableau VI.11). La moyenne des ressources consommées par les 10% les plus
éduqués des 12 pays présentés est de 41%. La Mauritanie se situe dans une position plutôt favorable à
cette moyenne mais en dessous de pays comme Djibouti dont les 10% les plus éduqués consomment
seulement 27% des ressources publiques allouées à l’éducation.
Tableau VI.11 : Comparaison internationale des ressources publiques d'éducation consommées par les 10% les
plus éduqués
Mauritanie (1998) 50
Mauritanie (2004) 44
Mauritanie (2008) 34
Bénin (2006) 48
Tchad (2003) 64
Comores (2003) 30
Djibouti (2007) 27
Kenya (2003) 34
Mali (2008) 50
Sénégal 37
Togo (2003) 26
Zambie (2003) 31
Moyenne 41
Source : Pôle de Dakar (UNESCO/BREDA)
108
II.2 La sélectivité sociale de la distribution des ressources en éducation
Il s’agit ici de voir quels sont les groupes d’individus qui bénéficient moins que les autres des
ressources mobilisées pour l’éducation selon certaines caractéristiques sociales (genre, milieu de
résidence et niveau de pauvreté du ménage). L’analyse, qui sera menée sur la base des résultats de
l’enquête EPCV 2008, va nous permettre de mesurer l’ampleur des disparités associée aux différentes
caractéristiques sociales. Le tableau VI.12 ci-dessous donne la distribution de la population d’âge
compris entre 6 et 24 ans qui est scolarisée aux différents niveaux du système éducatif au moment de
l’enquête. Les non-scolarisés comprennent les personnes qui n’ont jamais été scolarisées et celles qui
ont été à l’école et n’y sont plus au moment de l’enquête.
Tableau VI.12: Distribution de la population 6-24 ans selon le genre, le milieu de résidence et le
quintile de revenu du ménage, année 2008
Quintile de dépense
Q 1 (20% les plus pauvres) 24,8% 19,7% 9,7% 7,9% 4,1% 21,3%
Q2 22,2% 23,0% 14,6% 12,8% 6,7% 21,6%
Q3 20,6% 21,6% 17,9% 13,0% 14,4% 20,5%
Q4 17,8% 20,5% 24,6% 24,1% 23,0% 19,5%
Q 5(20% les plus riches) 14,5% 15,2% 33,2% 42,3% 51,9% 17,1%
Milieu de résidence
rural 63,6% 53,0% 26,8% 17,9% 13,6% 55,6%
urbain 36,4% 47,0% 73,2% 82,1% 86,4% 44,4%
Sexe
Fille 53,5% 50,1% 48,5% 46,4% 33,0% 51,6%
Garçon 46,5% 49,9% 51,5% 53,6% 67,0% 48,4%
Les résultats reportés ci-dessus montrent un important degré de sélectivité sociale dans l’appropriation
des ressources, dans la mesure où les jeunes non-scolarisés et déscolarisés sont un peu plus fréquents
chez les filles que les garçons, dans les deux quintiles les plus pauvres, et sont deux fois plus
nombreux dans le milieu rural.
Au niveau du fondamental, les disparités existent, surtout en faveur du milieu urbain, mais elles ne
sont pas aussi marquées qu’aux niveaux plus élevées. Plus on remonte dans le système, plus la
scolarisation, et par conséquent l’accumulation des ressources est concentrée, chez les jeunes issus du
milieu urbain (73% au 1er cycle du secondaire et 86% au supérieur), et les familles appartenant aux
cinquième quintile, les 20% les plus riches (42% au 2nd cycle et 52% au supérieur).
Les disparités selon le genre ont connu une nette amélioration par rapport aux résultats de l’EPCV
2004, mais restent tout de même considérable aux niveaux élevées du système. Ainsi les filles, qui
représentent un peu moins de la moitié des effectifs au 1er cycle, ne représentent plus que 33% au
supérieur. Cependant, l’influence du genre est très modérée par rapport aux différenciations
engendrées par le milieu de résidence ou le niveau de revenu des ménages.
Les résultats des estimations des chances relatives de scolarisations des différents groupes de
populations, reportés au tableau VI.13 ci-dessous, sont très édifiants sur l’ampleur des divergences
109
associées aux caractéristiques sociales, et donc de la sélectivité sociale dans l’appropriation des
ressources publiques en éducation.
Tableau VI.13 : Chances relatives de scolarisation des différents groupes sociaux aux différents niveaux d’études
Groupe de population Primaire Secondaire 1er cycle Secondaire 2nd cycle Supérieur
Revenu
40 % + pauvres 1 1 1 1
Genre
Filles 1 1 1 1
Localisation géographique
Ruraux 1 1 1 1
Les résultats de ce tableau confirment la tendance globale à la réduction des disparités au fondamental
et au 1er cycle du secondaire entre les différents groupes. Ils confirment également que, plus on
remonte dans le système, et plus les disparités s’intensifient.
Les disparités selon le genre, malgré leur tendance à la réduction par rapport aux années précédentes,
ne peuvent être négligées, surtout au supérieur. Mais, sur la même période, les disparités selon la
localisation géographique s’intensifient, celles selon le niveau de revenu le sont encore davantage.
Ainsi, au secondaire 2e cycle, un enfant du milieu urbain a environ 6 fois plus de chance d’être
scolarisé qu’un enfant du milieu rural, les enfants appartenant au 40% les plus pauvres ont 4 fois
moins de chances d’être scolarisés que ceux des 40% les plus riches.
On peut maintenant donner une dimension financière à l’analyse i) en distribuant les scolarisations
terminales au sein d’une pseudo-génération de jeunes mauritaniens entre les différents groupes de
population, et ii) en attachant à ces scolarités individuelles terminales le montant des dépenses
publiques correspondantes. On peut ainsi conduire les calculs selon des modalités comparables à celles
suivies pour la production du tableau VI.10, mais en distinguant les différents groupes de population.
Le tableau VI.14, ci-après, présente de façon synthétique les résultats obtenus.
Tableau VI.14 : Disparité sociales dans l’appropriation des ressources publiques en éducation
Ces chiffres expriment l’existence d’un niveau élevé de disparités sociales; on retrouve bien sûr le fait
que les familles les plus riches et les urbains tirent des bénéfices plus que proportionnels à leur
représentation dans la société mauritanienne. Ainsi, les urbains tirent 2,7 fois plus de ressources
publiques par individu que les ruraux dans l’éducation de leurs enfants, et les familles les plus riches
tirent 3,5 fois plus de ressources publiques que les familles les plus pauvres si on oppose les deux
110
quintiles extrêmes, mais encore 2,4 fois plus si on oppose les 40 % les plus pauvres aux 40 % les plus
riches.
111
Chapitre 7 : Les questions de gestion du système éducatif
• On note une dégradation sur le plan de la cohérence dans l’allocation du personnel aux
établissements d’enseignement fondamental comme pour les établissements secondaire de
1ER cycle. Il convient aussi de souligner la dimension de l’équité dans la répartition du
personnel, surtout au niveau du fondamental, certaines zones d’habitation étant plus
favorisées que d’autres. En effet, on note des différences entre les wilayas et entre le milieu
urbain et rural.
• La mauvaise répartition entraîne des surcoûts pour certains établissements qui se trouvent
être sur-dotés par rapport à d’autres, particulièrement au niveau du secondaire, et
notamment les établissements de petites tailles. La limitation du nombre de personnels
administratifs, le développement d’un certain degré de polyvalence des enseignants et un
effectif seuil pour les établissements (un minimum de 250 élèves pour les collèges et 500
pour les établissements mixtes) devraient permettre de réduire les coûts unitaires dans les
petits établissements. Au niveau de l’enseignement fondamental, le multigrade est déjà
d’usage et semble donner de résultats satisfaisants.
112
De façon simplifiée, on peut indiquer qu’au-delà de la politique éducative, qui définit les choix
structurels sur les modes d’organisation et les moyens mis à disposition de chaque niveau
d’enseignement, la gestion va intervenir dans les processus par lesquels ces décisions sont
concrètement mises en œuvre dans la perspective de produire les résultats effectivement attendus. On
examine alors le chemin qui va du budget du secteur qui est localisé au niveau central jusqu’aux
apprentissages des élèves qui se construisent dans l’école de leur quartier ou de leur village. La gestion
est donc confrontée à une double tâche et à un double défi :
i) Un premier défi de nature administrative, au sens large, qui consiste à distribuer les ressources
entre les différentes régions, et de façon ultime entre les différents établissements
d’enseignement. Dans cette perspective, les personnels constituent la composante majoritaire
des ressources dans le secteur de l’éducation ;
ii) Un second défi, qui a une dimension pédagogique, et qui concerne de façon centrale la
transformation des ressources qui ont été apportées au niveau des écoles en résultats
tangibles : les apprentissages des élèves.
Dans cette acception limitée de la gestion, un système serait donc d’autant mieux géré qu’il mettrait en
place les mécanismes qui, d’une part, conduisent à une distribution pertinente des ressources entre
établissements (gestion administrative, financière et gestion des personnels), et qui, d’autre part,
conduisent à ce que ces établissements produisent le maximum de résultats chez les élèves qui leur
sont confiés (gestion pédagogique).
La répartition des moyens et des personnels aux écoles présente une double dimension : i) la première
consiste à déterminer les choix qui sont faits en matière de carte scolaire. Il s’agit de déterminer
comment les ressources sont distribuées avec des questions telles que celles de savoir combien
d’écoles implantées sur le territoire, de quelle taille, en quels lieux ; ii) la seconde dimension concerne
les allocations de moyens (en particulier les personnels, mais aussi les bâtiments et les moyens de
fonctionnement) entre les établissements scolaires. On s’intéresse alors aux mécanismes mis en œuvre
pour réaliser ces allocations, et bien sûr, in fine, à la cohérence et à l’équité dans la répartition après
qu’elle ait été réalisée. Nous nous intéressons ici à la répartition des moyens entre les écoles qui
existent dans le système.
L’évaluation du degré de cohérence dans les allocations de moyens et de personnels aux écoles
individuelles, suppose qu’on dispose d’une référence théorique de ce que serait une allocation
cohérente et qu’on sache mesurer l’ampleur de l’écart entre la réalité observée et cette référence. Cette
dernière correspond par nécessité à une vision normative. Cela dit, ce n’est sans doute pas imposer une
norme excessive que de suggérer : i) qu’à un niveau d’enseignement donné, les écoles devraient
disposer de moyens d’autant plus importants et de personnels d’autant plus nombreux qu’elles
113
scolarisent un nombre plus grand d’élèves ; ii) que les écoles qui scolarisent le même nombre d’élèves
devraient avoir plus ou moins le même volume de moyens et disposer du même nombre
d’enseignants ; ou iii) qu’on devrait s’attendre à ce que des écoles dotées de façon comparable en
moyens et en personnels aient des effectifs d’élèves plus ou moins semblables. En d’autres termes, une
distribution cohérente placerait sur une courbe unique la position de tous les établissements d’un pays,
dans un espace qui met en regard l’effectif des élèves d’une part, le volume des moyens ou le nombre
de personnels de l’autre.
Pour examiner dans quelle mesure la situation des écoles en Mauritanie est proche, ou non, de cette
référence, il est commode de placer toutes les écoles publiques du pays dans un espace dans lequel on
trouve l’effectif des élèves sur l’axe des abscisses, et le nombre des enseignants sur celui des
ordonnées. Le graphique VII.1, ci-après, donne la distribution des différentes écoles publiques du pays
dans cet espace.
On observe une variance importante dans le nombre des élèves scolarisés parmi les établissements
disposant du même nombre d’enseignants ; par exemple, pour des écoles disposants de 5 enseignants,
on en trouve certaines qui scolarisent 60 élèves et d’autres 400 avec toutes les situations
intermédiaires. De la même façon, pour des écoles dont l’effectif est de l’ordre de 500 élèves, certaines
d’entre elles n’ont qu’un enseignant alors que d’autres en ont 18. Tout cela fait qu’il existe au total des
aléas notables dans les allocations de personnels aux établissements scolaires d’enseignement
fondamental, manifestant l’existence de possibilités de progrès pour la gestion du personnel dans le
système éducatif mauritanien.
Une manière commode de synthétiser les informations contenues dans le graphique VII.1 consiste à
estimer la relation statistique entre les deux grandeurs. L’estimation, par la méthode des moindres
carrés, est la suivante :
Graphique VII.1 : Relation entre le nombre d’enseignants et nombre d’élèves dans les écoles fondamentales
publiques, année 2007-08
30
R² = 78
25
Nombre d'enseignants
20
15
10
0
0 200 400 600 800 1000 1200
Nombre d'élèves
114
On trouve bien l’existence d’une relation linéaire globale statistiquement très significative. Ceci est
attesté par la valeur relativement élevée du coefficient de détermination R2, qui mesure la part de la
variance du nombre des enseignants dans une école qui s’explique par celle du nombre des élèves.
Toutefois, bien que cette valeur (78%) soit relativement élevée, il existe néanmoins 22% d’aléas
(100%-78%) dans l’allocation des enseignants dans l’enseignement fondamental en Mauritanie. On
peut employer deux approches complémentaires pour proposer une évaluation de cet aléa :
Tableau VII.1 : Degré d'aléa dans l'allocation des personnels enseignants du primaire dans 13 pays africains
comparables (PIB/habitant compris entre 500 et 1500 $US)
L’analyse précédente souligne qu’il existe un certain degré d’aléa dans les dotations de personnels
enseignants dans les écoles fondamentales en Mauritanie (22% d’aléas et des dysfonctionnements
identifiables visuellement dans le graphique VII.1). Il est maintenant intéressant de se demander dans
quelle mesure ces sur/sous-dotations sont réparties de façon aléatoire sur le territoire ou bien si
certaines zones sont de fait favorisées ou défavorisées. Dans cette perspective, l'analyse statistique a
115
été étendue pour autoriser la possibilité de différenciations selon les régions et la zone rurale/urbaine.
Le tableau VII.2 de la page suivante présente les résultats obtenus.
Le modèle 2 confirme que Nouakchott reste la Wilaya privilégiée qui reçoit le plus d’enseignants pour
un nombre donné d’élèves dans une école. En effet, le coefficient associé à chacune des autres régions
est inférieur à celui de Nouakchott et n’est pas systématiquement significatif statistiquement lorsqu’il
est positif. Selon cette analyse, ce sont les wilayas des deux Hodh (Chargui et Gharbi) et de l’Assaba
(respectivement - 1,502 et - 0,748 enseignants dans une école de taille donnée à Nouakchott) et dans
une moindre mesure le Gorgol et le Brakna qui seraient les plus pénalisées.
Le modèle 3 oppose les zones rurales et urbaines ; les résultats obtenus soulignent que les zones
rurales sont globalement pénalisées du point de vue de la dotation en enseignants. Le déficit étant de
2,396 enseignants pour des écoles de taille comparable. La comparaison des modèles 2 et 3 indique
que l’intensité de l’inégalité dans la dotation d’enseignants est sensiblement moins intense entre les
différentes Wilayas du pays qu’entre les zones urbaines et rurales ; mais la comparaison du modèle 1
avec les modèles 2 et 3 indique aussi que globalement c’est à l’intérieur des régions ou de chacune des
deux zones d’habitat qu’on observe les plus grandes différenciations entre écoles. En effet, la prise en
compte des régions n’apporte que 2% d’explication sur les 22% de l’aléa global ; l’impact spécifique
de la zone d’habitat est lui de 3%.
Tableau VII. 2 : Modélisation du nombre des enseignants dans une école en fonction du nombre des élèves et du
contexte géographique, année 2007-08
Dans le modèle 2 ci-dessus, on inscrit les différences entre wilayas dans la dotation d’enseignants à la
marge de la spécification générale du modèle 1 ; c’est dire qu’on impose de fait l’existence d’une
relation moyenne à toutes les régions. Il ne s’agit que d’une approximation ; il est en fait préférable de
poursuivre l’analyse en cherchant le degré d’aléa qui existe pour chaque wilaya, dans la répartition des
enseignants en fonction du nombre d’élèves, comme on l’a fait précédemment au niveau national.
Pour cela, on établit pour l’ensemble des écoles de chaque wilaya une relation moyenne entre le
116
nombre d’élèves et le nombre d’enseignants ; la constante et le coefficient du modèle sont alors
spécifiques à chaque région. A chaque relation est associé un coefficient de détermination R2, qui
permet de connaître le degré d’aléa relatif à chaque répartition. Les résultats sont présentés dans le
tableau VII.3.
Les résultats obtenus montrent que, si les relations ont bien une forme comparable d’une région ou
d’une zone géographique à l’autre, leurs paramètres distinctifs varient aussi sensiblement. Ainsi, la
constante (qui mesure le nombre d’enseignant qui sont affectés à l’école indépendamment de sa taille)
varie de – 0,433 dans de la Wilaya de l’Assaba à + 4,77 à Nouakchott, alors que le coefficient du
nombre d’élèves de l’école (qui mesure comment le nombre d’enseignants augmente en fonction de la
taille) varie de 0,018 à 0, 049 dans l’Inchiri. De même, la constante vaut 0,311 dans le milieu rural
contre 2,885 en milieu urbain, le coefficient du nombre des élèves étant respectivement de 0,018 et
0,021 dans ces deux zones. Ceci manifeste des différences sensibles d’une région à l’autre et entre
milieu urbain et rural dans les allocations de personnels enseignants aux écoles. Pour se convaincre de
cette réalité, il est commode de cibler les deux colonnes de droites dans le tableau VII.3 :
i) dans la dernière colonne, on a calculé le nombre moyen d’enseignants pour une école type
scolarisant 180 élèves selon la wilaya. On observe alors des différences assez sensibles
d’une région à l’autre, de 3,4 enseignants dans la Wilaya du Gorgol, à 9,0 dans l’Inchiri
qui se détache de façon très significative au dessus de toutes les autres régions du pays. De
même, le nombre d’enseignants dans une école de 180 élèves est estimé en moyenne à 3,6
en milieu rural contre 6,7 en milieu urbain, manifestant l’existence de conditions
d’enseignement plus favorables dans ce dernier milieu.
ii) dans l’avant dernière colonne, on trouve l’ampleur de l’aléa de la wilaya dans la
répartition des enseignants aux écoles individuelles. Sur ce plan de nouveau, les écarts
entre régions sont substantiels, entre un aléa de 6% dans la région de l’Inchiri à un aléa
très notable dans celle du Hodh El Gharbi et du Trarza (34%) et davantage encore à
Nouakchott avec un chiffre de 37%. On retrouve en Mauritanie ce qui a été observé dans
d’autres pays, à savoir que c’est dans les zones les mieux dotées (la capitale du pays
notamment) que la répartition des personnels est caractérisée par le degré d’aléa le plus
fort et où la gestion des personnels est la plus déficiente.
117
Tableau VII.3 : Modélisation, par wilaya et zone géographique, du nombre d’enseignants dans une école en
fonction du nombre de ses élèves, année 2007-08
Zone géographique
Rural 0,311 *** 0,018 *** 0,65 35 3,6
Urbain 2,885 *** 0,021 *** 0,64 35 6,7
L’enseignement secondaire public est constitué de trois types d’établissements : ceux qui n’offrent que
des services au niveau du collège (1er cycle de l’enseignement secondaire avec 116 établissements),
ceux qui n’offrent que des services du lycée (2nd cycle l’enseignement secondaire avec 7
établissements) et ceux qui offrent des services des deux niveaux d’enseignement secondaire,
(établissement "mixte" : 60 de ce type). Compte tenu du petit nombre des lycées et de la diversité de
leurs filières nous avons choisi de nous limiter aux collèges et aux établissements mixtes.
Pour les collèges, nous avons suivi la méthode identique à celle suivie pour les écoles du fondamental
ce qui nous a permis d’établir le graphique VII.2, ci-après.
118
Graphique VII.2 : Nombre de professeurs en fonction des effectifs d’élèves dans les collèges, année 2007-08
50
45
R² = 0,89
40
Nombre de professeurs
35
30
25
20
15
10
0
0 200 400 600 800 1000 1200 1400
Nombre d'élèves
L’ajustement statistique linéaire s’est de nouveau révélé relativement pertinent, l’équation de la droite
moyenne étant la suivante :
Une expression qui est assez proche de celle estimée dans l’enseignement fondamental pour ce qui
concerne la valeur du coefficient de détermination R2 puisqu’ici le nombre des élèves des collèges
expliquent à 89% le nombre d’enseignants qui y sont alloués. Cette expression permet aussi de dire
que la dotation fixe est de plus de 3 professeurs alors qu’elle est de plus 10 pour les établissements
mixtes. Pour cette catégorie d’établissement le R2 n’est que de 68% et l’équation s’établit comme
suit :
119
De la même façon, on peut établir les équations pour ces deux catégories d’établissements, pour ce qui
est de l’ensemble du personnel non-enseignant. Elles se traduisent par :
Cela nous mène à nous poser la question sur les coûts que cela engendre autrement dit quelles sont les
éventuelles économies d’échelles possibles dans le fonctionnement des établissements du secondaire.
La section suivante en sera l’objet
Lorsque que l’on examine les situations globales ou moyennes, on suppose implicitement que les
ressources par élève ne sont pas, en moyenne, dépendantes de la taille de l’établissement dans lequel
les élèves sont scolarisés. Or, il est possible que le coût moyen par élève soit décroissant en fonction
des effectifs scolarisés. En effet, il existe une imparfaite divisibilité des dépenses avec les effectifs
scolarisées dans une école car un établissement d’enseignement dispose toujours d’une dotation
minimale pour fonctionner (au moins 2 à 3 enseignants pour le collège et un chef d’établissement,
etc.). C’est en raison de la diminution tendancielle du coût unitaire lorsque l’on considère des effectifs
plus nombreux que l’on parle d’économies d’échelle. Pour explorer cette question de façon empirique,
on peut partir de l’estimation des relations moyennes entre effectifs de personnels (enseignants et non
enseignants) et d’élèves.
On peut alors multiplier les deux membres de cette équation par le salaire moyen des personnels au
niveau d’études considéré ; on obtient alors :
En divisant les 2 membres de l’équation par le nombre d’élèves, on obtient une expression du coût
unitaire salarial dans une école en fonction de son effectif d’élèves :
La forme de cette relation entre le coût unitaire salarial et le nombre des élèves est donc hyperbolique,
le coût unitaire ayant tendance à diminuer lorsqu’on considère des effectifs.
Il est pertinent ici de s’intéresser à la question de l’enseignement secondaire notamment pour les
collèges dans la mesure où l’amélioration de la couverture scolaire à l’enseignement fondamental
induit une demande croissante à l’entrée du collège. Or, on sait qu’en zone rurale, il sera difficile
d’avoir des établissements de grande taille et que par conséquent il est pertinent de connaître la taille
120
minimale requise afin de scolariser des enfants à un coût raisonnable quand cela est possible mais
également de connaître réellement les coûts des établissements de petite taille et d’en tenir compte
dans la planification de l’expansion de l’enseignement secondaire.
Le tableau VII.4 et le graphique VII.3 qui suivent présentent la relation entre le coût unitaire salarial
(personnels enseignants et non-enseignants) et le nombre d’élèves scolarisés dans les collèges.
Tableau VII.4 : Relation entre le coût unitaire salarial des personnels enseignants et non-enseignants et le
nombre d’élèves scolarisés dans les collèges, année 2007-08
Il apparaît donc que le coût unitaire diminue avec la taille de l’établissement. En effet, un collège de
15 élèves revient à un coût d’environ 545 000 UM par élève alors que ce coût n’est que de 60 000 UM
pour un collège qui scolarise 500 élèves. On constate que c’est à partir d’environ 350 élèves que le
coût unitaire se stabilise pour se situer à environ 65 000 UM ; au-delà de cette taille, le coût unitaire ne
baisse plus guère.
Graphique VII.3 : Relation entre le coût unitaire salarial des personnels enseignants et non-enseignants et le
nombre d’élèves scolarisés dans les collèges, année 2007-08
120 000
110 000
CU salarial en UM
100 000
90 000
80 000
70 000
60 000
50 000
100 150 200 250 300 350 400 450 500 550 600 650 700 750 800 850 900
Nombre d'élèves
Source : calcul des auteurs à partir des données de la DSPC/MEN et du chapitre 3
Il serait donc préférable, sur le plan économique (et même si la détermination des seuils est un peu
conventionnelle), que, dans les dispositions pédagogiques et réglementaires actuelles, les collèges
scolarisent au moins 300-350 élèves. Or seulement un peu moins d’un tiers des collèges (31,1%) en
Mauritanie, comptent aujourd’hui plus de 350 élèves, alors que plus de 64,7% de l’ensemble des
collèges du pays ont un effectif inférieur à 300 élèves. Par rapport à ces observations, on peut juger
que la situation actuelle n’est pas tout à fait satisfaisante ; il est possible qu’elle ne le soit encore moins
dans une perspective prospective car le développement inévitable de l’enseignement secondaire de
premier cycle selon les modalités actuelles conduira à une prolifération probable de nombreux
121
nouveaux établissements de petite taille. Par rapport à cette question, deux stratégies (non
concurrentes) peuvent être envisagées :
i) la première consiste à opérer des regroupements pour les collèges actuels ou des créations
de taille «suffisante» pour les nouveaux établissements. Cette stratégie connaît
évidemment des limites car il reste évidemment souhaitable que les collèges restent dans
une proximité raisonnable des populations, ce qui limitera nécessairement le champ
d’application de cette stratégie.
ii) la seconde stratégie part de l’observation que les coûts fixes pour un établissement
secondaire de premier cycle sont d’un niveau très élevé et que ce serait sans doute
possible de les réduire de façon sensible. Pour cela, il est utile de noter que les coûts fixes
de personnels ont une double origine, personnels d’encadrement d’une part, personnels
enseignants de l’autre. On peut sans doute gagner sur ces deux plans : i) concernant en
premier lieu les personnels d’encadrement, on pourrait réfléchir à réduire leur nombre
dans les établissements de petite taille car les activités d’encadrement y sont réduites ; ii)
concernant les personnels enseignants, une idée est de chercher à augmenter le degré de
polyvalence des enseignants de sorte à réduire le nombre minimum d’enseignants dont il
est nécessaire de disposer dans un établissement pour assurer les enseignements compte
tenu de la structure disciplinaires des programmes existants ; une évolution possible
consiste aussi à reconsidérer les programmes existants dans une perspective de
simplification par réduction du nombre de matières (dont regroupements).
Concernant les établissements mixtes (collège + lycée), le graphique VII.4, comme pour les collèges,
présente la relation entre le coût unitaire salarial et le nombre d’élèves scolarisés. On constate que
c’est à partir d’environ 550 élèves que le coût unitaire se stabilise pour se situer à environ 75 000 UM ;
au-delà de cette taille, le coût unitaire ne baisse plus guère.
Graphique VII.4 : Relation entre le coût unitaire salarial des personnels enseignants et non-enseignants et le
nombre d’élèves scolarisés dans les établissements secondaire mixtes, année 2007-08
.
130 000
120 000
110 000
CU salarial en UM
100 000
90 000
80 000
70 000
60 000
200 250 300 350 400 450 500 550 600 650 700 750 800 850 900
Nombre d'élèves
122
III. La transformation des moyens en résultats au niveau des
établissements d’enseignement
Ce qui est au centre des questions de gestion pédagogique des établissements, c’est la transformation
des moyens mobilisés en résultats scolaires tangibles et de faire en sorte que cette transformation soit
la plus homogène possible entre établissements. Aussi, si cette transformation est optimale en chaque
lieu d’enseignement, cela veut dire qu’on y fait le meilleur usage des ressources disponibles. Sur le
plan conceptuel, cela induit : i) que pour qu’une école progresse dans le niveau des apprentissages
qu’elle réalise chez les enfants qui lui sont confiés, il lui faut des moyens additionnels ; ii) et qu’à un
moment donné, si toutes les écoles font effectivement un usage optimal de leurs ressources, plus
celles-ci sont nombreuses, meilleur est le niveau d’apprentissage des élèves qui y sont scolarisés.
Pour réaliser le diagnostic de la gestion pédagogique du système, la méthode que nous suivrons
consiste à examiner dans quelle mesure la réalité s’écarte de la situation conceptuelle de référence
décrite ci-dessus. Cette analyse sera focalisée sur les enseignements fondamental et secondaire.
Avant d’analyser l’ampleur de la variabilité des résultats chez les élèves scolarisés dans des écoles
disposant de moyens comparables, il est intéressant d’abord de rappeler que les moyens à disposition
des différents établissements scolaires sont effectivement différents (nous l’avons observé dans le
chapitre 4 comme dans la première section de ce chapitre), mais aussi que les résultats obtenus par les
différentes écoles peuvent être également très différents.
i) la première est celle de sa capacité à assurer la rétention des élèves de première année jusqu’à
la fin du cycle. On sait que ceci est très important du point de vue de la construction durable
de l’alphabétisation chez les individus à l’âge adulte. On sait aussi que même si les
caractéristiques sociales des populations ont certes une influence (et que celles-ci diffèrent en
moyenne d’une école à l’autre) sur la rétention des élèves en cours de cycle, les pratiques de
l’établissement (en matière d’accueil et de suivi des enfants, de relation avec les parents, de
redoublement, ..) ont aussi une grande influence sur celle-ci ;
ii) la seconde est celle de sa capacité à assurer aux élèves qui lui sont confiés le transfert maximal
des connaissances visées dans les contenus de programmes et leur permettre ainsi d’accéder au
secondaire, celles-ci pouvant elles-mêmes être évaluées soit par des scores à des épreuves
standardisées soit par la réussite aux examens nationaux.
Dans cette acception du résultat, une bonne école serait celle qui conduirait la plus grande proportion
des nouveaux entrants en 1ère année du fondamental jusqu’à la fin du cycle et qui leur garantirait un
grand niveau de connaissances, assurant ainsi de forts taux de réussite de ses élèves aux examens
nationaux. Le capital humain ainsi constitué est alors maximum. Ceci vaut bien sûr pour chaque école
individuelle, avec comme conséquence que cela s’applique alors au système dans son ensemble. La
question empirique d’évidence est de savoir comment se situent, selon ces axes, les différentes écoles
du fondamental du pays, et corrélativement quelle est la performance globale du système éducatif
mauritanien. Le graphique VII.5, ci-après, offre cette description de base.
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Graphique VII.5 : Relation entre le taux de rétention des écoles fondamentales et le concours d’entrée en 1ère
année du collège
120,0%
100,0%
Taux d'admission
80,0%
60,0%
40,0%
20,0%
0,0%
0,0% 20,0% 40,0% 60,0% 80,0% 100,0% 120,0%
Taux de rétention
Source : calcul des auteurs à partir des données de la Direction des Stratégies, de la Planification et de la Coopération et
Direction des Examens et de l’Evaluation
Le graphique VII.5, limité aux écoles ayant des élèves inscrits en 6ème année du fondamental en
2007-2008, montre l’existence d’une grande dispersion. Elle vaut autant pour la dimension de la
réussite au concours d’entrée en 1ère année du collège (avec des taux variant de 6,7% à 98,8 %) que
pour celle de la rétention. Il montre aussi qu’il n’y a qu’une assez faible relation globale entre les deux
dimensions, les écoles ayant une meilleure rétention ayant une légère tendance à avoir aussi des taux
de réussite plus élevés ; mais au total, c’est la dispersion qui l’emporte.
On a par ailleurs construit les lignes correspondant aux valeurs moyennes des deux dimensions
considérées délimitant ainsi quatre quadrants dans le graphique. On obtient ainsi une typologie un peu
grossière (mais sans doute utile) des écoles : i) les écoles du quadrant 1 (situé au nord-est, en haut et à
droite) sont celles qu’on préfère, dans la mesure où elles sont caractérisées à la fois par des chiffres de
rétention et de réussite au concours d’entrée en 1ère année du collège qui sont supérieurs à la moyenne
; ii) les écoles du quadrant 3 (situé au sud-ouest, en bas à gauche) sont au contraire celles qui posent le
plus de problèmes, car elles cumulent une mauvaise rétention de leurs élèves et un faible taux de
réussite au concours d’entrée en 1ère année du collège pour la faible proportion des élèves qui vont
jusqu’à la fin du cycle. Le quadrant 2 (situé au nord-ouest) regroupe les écoles qui ont une assez bonne
rétention mais qui ont un faible taux de réussite au concours d’entrée en 1ère année du collège ; enfin,
le quadrant 4 (situé au sud-est) regroupe les écoles qui ont du mal à conserver leurs élèves de la 1ère
année à la 6ème année du fondamental, mais qui ont d’assez bons taux de réussite au concours
d’entrée en 1ère année du collège pour les élèves qui arrivent jusqu’à la fin du cycle.
On voit donc qu’il existe une variété de situations selon la valeur des deux indicateurs de résultat.
L’enjeu qualitatif pour le système consiste alors de façon simple (sur le plan des principes car ce sera
évidemment plus difficile sur le plan concret) à amener dans le quadrant 1 (nord-est) toutes les écoles
qui sont dans les trois autres quadrants, et notamment celles qui sont dans le quadrant 3 (sud-ouest).
Une question centrale est alors de déterminer dans quelle mesure ces écoles, qui sont insuffisamment
performantes, le sont ainsi globalement par manque de ressources ou en raison d’une capacité
insuffisante à transformer des ressources, à priori convenables, en résultats tangibles chez les élèves
qui leur sont confiés.
Pour progresser dans cette direction, il est utile d’examiner, sur données individuelles d’écoles, les
relations existant entre chacune de ces deux dimensions et les ressources que ces écoles mobilisent.
124
Les graphiques VII.6 et VII.7 illustrent la distribution des différentes écoles fondamentales dans des
espaces mettant en regard respectivement les deux dimensions du résultat avec la dépense par élève.
Graphique VII.6 : Relation entre le taux de rétention au fondamental et le coût unitaire, année 2008
60%
50%
40%
30%
20%
10%
00%
- 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65
Graphique VII.7 : Relation entre le taux réussite au concours d’entrée au collège et le coût unitaire, année 2008
70%
60%
50%
40%
30%
20%
10%
00%
- 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 55 60 65
Coût unitaire (en 000 UM)
Source : calcul des auteurs à partir des données de la Direction des Stratégies, de la Planification et de la Coopération et
Direction des Examens et de l’Evaluation
Ces résultats montrent qu’il n’y a aucun lien entre les moyens mis à disposition des établissements (ici
le coût dépensé par élève au fondamental pour chaque établissement) et les résultats obtenus aussi bien
en termes de rétention des élèves à l’école que des résultats scolaires (ici interprétés par le taux de
réussite au concours d’entrée en 1ère année du collège).
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On relève donc une faiblesse dans la gestion pédagogique du système et l’absence d’un véritable
pilotage par les résultats. C’est un domaine dans lequel des progrès doivent être faits dans la mesure
où il ressort que les résultats ne sont pas utilisés pour réguler les déviances constatées. Une telle
politique nécessitera des modifications dans la gestion du système. Enfin, dans une perspective
d’amélioration de la qualité des services éducatifs, une allocation optimale qui tient compte des
progrès constatés dans les résultats scolaires des structures au regard des ressources allouées doit être
envisagée.
126
Conclusion
Ce RESEN s’inscrit dans la continuité des précédents à la différence qu’il est entièrement réalisé par
une équipe Nationale qui a montré par ce travail la capacité du pays à conduire des exercices
analytiques complexes pour diagnostiquer le système éducatif et dégager des pistes de réflexions pour
conduire des politiques nouvelles.
L’analyse a permis de dégager que le pays à besoin de se doter de toute urgence d’enseignants
bilingues pour lui permettre de mettre en œuvre effectivement la réforme de 1999 et de redresser la
barre sur le plan qualitatif. Pour cela, il est fondamental que les ENIs poursuivent leur processus de
réforme pour leur permettre d’offrir le temps d’enseignement nécessaire et la qualité de service
attendue. De même des dispositions particulières sont à rechercher pour inciter les enseignants
bilingues à enseigner dans les deux langues en dépit du volume horaire que cela implique.
La rétention reste un enjeu majeur pour le système éducatif, qui continue à perdre prés de 40% de ses
effectifs avant la fin du fondamental, ce qui a pour conséquence d’augmenter le nombre potentiel
d’analphabètes dans le pays. Dans ce domaine, il sera certainement important de poursuivre la
politique d’offre par la construction d’infrastructures au fondamental mais surtout de s’inscrire dans
une vraie politique d’amélioration de la qualité et de mettre en place un programme de stimulation de
la demande.
Au niveau du secondaire, deux dimensions devront faire l’objet d’une attention particulière : (i) En
dépit de la difficulté pour le système d’améliorer ses performances dans l’achèvement universel, il
reste tout de même que ça demeure une priorité. Dans ce cas, il sera utile pour le système d’anticiper
cette amélioration et de s’assurer de sa soutenabilité. ; (ii) il est clair que le système a eu des difficultés
à mettre en place un mécanisme de régulation à la fin du premier cycle secondaire. Toutefois, une
politique intelligente dans ce domaine devra être mise en place pour à la fois permettre à
l’enseignement supérieur d’être en mesure de se développer de manière raisonnable et à
l’enseignement technique et professionnelle de trouver toute sa place.
Il est fondamental, et le RESEN le montre, d’avoir une vision holistique du système, d’inscrire ses
politiques dans un cadre plus large qui est celui de la lutte contre la pauvreté et incidemment la lutte
contre l’analphabétisme.
Le pays reste confronté à deux défis majeurs dans le domaine de l’analphabétisme, le premier est lié
au stock pour lequel des politiques ciblés doivent voir le jour et le second les contre performances de
l’éducation qui perd prés de la moitié de ses effectifs avant la fin du fondamental. Dans ce domaine le
RESEN a montré que pour avoir une alphabétisation irréversible en Mauritanie, il faut avoir validé au
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moins six années. En même temps le diagnostic a montré les effets d’une éducation de qualité sur les
pratiques des mères, la baisse de la mortalité infantile.
L’ensemble de ces éléments ne pourront avoir de l’effet que si de façon résolue le système s’engage
dans une dynamique de bonne gestion tant de ses ressources matérielles que financières et engage une
réflexion sur les structures de responsabilités et le cadre gestionnaire des activités courantes des
ministères en charge du secteur pour restaurer la crédibilité dans la réalité.
Le diagnostic a permis de mettre en lumière à la fois certains progrès, mais aussi un certain nombre de
déficiences, dans le fonctionnement du système éducatif mauritanien. Il a également suggéré des pistes
par lesquelles ces déficiences pourraient être traitées. Mais c’est évidemment au gouvernement, aux
services centraux et déconcentrés des ministères en charge du secteur et plus largement aux partenaires
de l’école mauritanienne d’une part de s’approprier les résultats du diagnostic et d’autre part
d’envisager les options pertinentes pour y remédier.
Il est toujours aisé de penser que de l’abondance des ressources les problèmes trouveront
naturellement leurs solutions. En réalité les changements s’inscrivent dans une dynamique dans
laquelle la mobilisation de tous est primordial. Aussi, il sera déterminant au delà de la production de
ce rapport, qu’un travail de fond soit conduit pour créer une dynamique autour de la politique nouvelle
et d’y faire adhérer les acteurs concernés. L’identification d’étapes clés sera déterminante pour la
réussite de la prochaine phase.
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