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Culture et coopération humaine essentielle

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[Mais] la mission culturelle de l'homme ne consiste pas seulement à transmettre la

tradition d'un individu à l'autre, d'une génération à l'autre. Même dans ses formes les plus
rudimentaires la culture ne peut subsister que par la coopération. Ainsi que nous l'avons déjà
montré, c'est la persistance des liens de famille au-delà de la maturité biologique, au sens
strict du mot, qui rend possibles l'éducation culturelle, d'une part, le travail en commun, la
coopération, de l'autre. Il est vrai qu'on trouve déjà dans la famille animale une division
rudimentaire des fonctions, puisque c'est le mâle qui se charge de la pourvoir en nourriture
pendant certaines périodes au cours desquelles la mère est occupée à prodiguer des soins aux
petits ; et, même en dehors de ces périodes, les fonctions de protection et de ravitaillement en
nourriture se trouvent partagées entre le père et la mère. Seulement, tandis que, chez les
espèces animales, l'adaptation des besoins alimentaires au milieu et la division économique
des fonctions présentent un caractère essentiellement rigide, l'homme à l'état de culture est
capable de s'adapter à un grand nombre de milieux économiques très variés, et cela parce qu'il
possède, non seulement des instincts qui, eux, sont invariables, mais aussi l'aptitude à créer
des techniques et des organisations économiques spéciales, grâce aussi à sa faculté
d'adaptation aux régimes alimentaires les plus variés. L'emploi de la technique ne va
cependant pas chez l'homme sans une division des fonctions appropriées et sans un certain
mode de coopération, l'une et l'autre comportant diverses adaptations affectives, en rapport
avec les changements des conditions de milieu. L'homme et la femme ont des devoirs
économiques différents. C'est ainsi que dans les régions arctiques la principale charge, celle
qui consiste à procurer de la nourriture, incombe à l'homme ; dans les sociétés agricoles
primitives la part de la femme dans l'entretien du ménage est plus grande. A la division
économique des fonctions sont associées des distinctions religieuses, juridiques et morales
qui, à leur tour, affectent le travail purement économique. Le charme du prestige social, la
valeur des services que le consort est susceptible de rendre dans la vie pratique, toutes sortes
d'idées morales et religieuses impriment aux rapports qui règnent dans la famille un tour
particulier, leur donnent pour ainsi dire une coloration spéciale. Grâce à la faculté qu'elle
possède de concilier les rapports purement conjugaux avec ceux qui relient les parents aux
enfants, la famille est à même de s'adapter aux différentes possibilités de coopération pratique
et d'adapter cette dernière aux conditions matérielles de la culture et de l'ambiance naturelle.
La question de savoir jusqu'à quel point il est possible de suivre les traces de ces dépendances
et de ces corrélations ne nous intéresse pas ici ; il nous importait seulement de faire ressortir
le fait que c'est uniquement pour autant qu'il possède des liens sociaux plastiques et des
systèmes affectifs souples qu'un animal est capable de se créer un milieu secondaire et de
s'adapter à des conditions d'existence extérieure, souvent pénibles.

Bronislaw Malinowski (1884-1942), La sexualité et sa répression dans les sociétés primitives, Payot
éd., p.140

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