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Micromycètes et Biodétérioration : Taxonomie et Développement

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LES MICROMYCÈTES

Ce chapitre est consacré aux champignons microscopiques, les micromycètes, impliqués dans
la biodétérioration. Nous commencerons par quelques généralités, puis nous nous
intéresserons plus particulièrement aux souches sélectionnées dans cette étude.

1. Généralités

1.1. Introduction à la taxinomie


Il existe aujourd’hui un nombre considérable d’organismes et la tâche de les nommer et de les
classer s’avère être complexe. La taxinomie, ou science de la classification des êtres vivants,
fut établie par Carl Von Linne au XVIIIe siècle. Il proposait alors un système de classification
basé sur les ressemblances et les différences des organismes dans leur morphologie, leur
fonctionnement, leur habitat et leur reproduction. La classification est en continuel
changement. Le classement traditionnel des espèces est surtout basé sur la présence (ou
l’absence) d’un caractère morphologique. Le classement repose sur une hiérarchie fixe de
catégories. Au niveau le plus bas de ce système, on trouve l’espèce à laquelle correspond un
type particulier d’organisme vivant ; plusieurs espèces différentes peuvent constituer un
genre, plusieurs genres une famille, plusieurs famille un ordre ; puis vient la classe suivie de
l’embranchement et enfin le règne. La classification phylogénétique* est un nouveau système
de classification systématique des êtres vivants (Figure 3). Elle pourrait, à plus ou moins long
terme, remplacer la classification traditionnelle basée sur des traits phénotypiques et des
préférences nutritionnelles. Initiée par Carl Woese en 1990 à partir de données génétiques,
elle montre notamment que les procaryotes pouvaient être divisés en deux groupes trop
différents pour pouvoir être identifiés comme un seul.

*
Phylogénétique : relatif à l’étude de la formation et de l’évolution des organismes vivants en vue d’établir leur
parenté.

31
Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

La première hiérarchie est donc composée de trois domaines :


- Archéobactéries
- Eubactéries
- Eucaryotes

Le domaine des Eucaryotes est subdivisé en quatre règnes :


- les protistes (eucaryote unicellulaire)
- les champignons (eucaryote multicellulaire)
- les végétaux (eucaryote multicellulaire)
- les animaux (eucaryote multicellulaire)

Figure 3 : Arbre phylogénétique selon la classification proposée par Woese et al. (1990)

On désigne scientifiquement un individu par le genre et l’espèce auxquels il appartient ; c’est


la nomenclature binomiale. Des deux termes latins utilisés, seul le nom du genre prend une
majuscule, mais les deux s’écrivent en italique (Bourbonnais, 2005).

1.2. Le règne des Champignons


Le règne des Champignons est divisé en 4 classes (Figure 4) : Chytridiomycota, Zygomycota,
Ascomycota, Basidiomycota. Les champignons sont hétérotrophes, c'est-à-dire qu’ils sont

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

incapables d’utiliser l’énergie solaire, et utilisent donc de nombreuses molécules carbonées


fabriquées par d’autres êtres vivants.
Les chytridiomycètes sont des champignons souvent unicellulaires et sont probablement
proches des algues.
La plupart des zygomycètes vivent sur des matières végétales et animales en décomposition
dans le sol. Quelques uns sont parasites de plantes, d’insectes, d’animaux et de l’homme.
De nombreuses espèces d’ascomycètes sont familières et économiquement importantes ; par
exemple les moisissures rouges, brunes et bleu-vert qui détériorent la nourriture sont des
ascomycètes. Le nom d’ascomycète provient de leur structure reproductrice caractéristique,
l’asque (du grec askos, sac) en forme de massue ou de sac.
Les basidiomycètes sont communément connus sous le nom de « champignons à chapeau ».
Les deutéromycètes (ou champignons imparfaits) ne constituent pas un groupe naturel, mais
un ensemble artificiel regroupant environ 15 000 espèces (plus du quart des champignons
actuellement connus) ne présentant jamais, ou très exceptionnellement, de forme sexuée. Ils
se reproduisent uniquement par voie végétative au moyen de spores asexuées ou par simple
fragmentation du mycélium. On place ces formes asexuées dans les classes auxquelles
appartiennent leur phase sexuée (soit Ascomycota soit Basidiomycota). Ils sont responsables
d’un grand nombre de maladies des végétaux et humaines (Boiron, 2002).

Figure 4 : Les classes du règne des Champignons

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

1.3. La diversité des ascomycètes


Nous travaillons dans cette étude avec des espèces appartenant à la classe Ascomycota. C’est
pourquoi nous présentons les similitudes et les différences de développement rencontrés pour
cette classe uniquement.

1.3.1. Mode de développement


L’appareil végétatif, qui permet la croissance et le développement, est composé de filaments
appelés hyphes dont l’ensemble constitue un réseau : le mycélium. Il va à la recherche de ses
aliments, dégrade le support par émission d’enzymes et d’acides, en transforme les
composants à l’intérieur de la cellule et rejette les déchets à l’extérieur, ou les stocke. La
dégradation du substrat peut être infime ou considérable, selon l’adaptation spécifique du
champignon, la durée et les conditions de son développement. Cette activité de dégradation
est la cause de la détérioration des supports. La colonisation du substrat est réalisée par
extension et ramification des hyphes. L’accroissement de celles-ci s’effectue par le sommet,
ou apex, où s’effectue l’essentiel des réactions de synthèse et dégradation du métabolisme dit
« primaire », indispensable à la construction de la cellule du champignon. Les produits du
métabolisme « secondaire » non indispensable au fonctionnement de la cellule, sont plutôt
stockés en région subapicale. Les métabolites secondaires les plus connus sont les pigments,
les antibiotiques, les mycotoxines... (Roquebert, 1997).

1.3.2. La reproduction
La plupart des micromycètes se multiplient par des spores, d’origine sexuée et/ou asexuée. Ce
sont des cellules au métabolisme réduit, entourées de parois protectrices épaisses qui les
isolent du milieu ambiant. Elles sont produites en très grand nombre et peuvent survivre
plusieurs mois à plusieurs années. C’est sous cette forme que les micromycètes sont dispersés
puis se déposent sur de nouveaux supports. Lorsque les conditions environnementales
deviennent favorables, elles germent comme des graines, et redonne du mycélium qui
reformera, à son tour des spores (Figure 5) (Roquebert, 1997).
Les spores se forment à partir du mycélium selon des processus plus ou moins différenciés,
mais en tout cas très variés. Elles peuvent être solitaires groupées en chaînes ou en têtes,
portées à la surface du mycélium, ou contenues dans des enveloppes cellulaires. Le
développement normal d’une moisissure comprend une phase végétative de croissance, et

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

presque simultanément, une phase reproductive au cours de laquelle se forment les spores
assurant la dispersion. La germination des spores est à l’origine de la phase végétative
(Boissier, 2003). L’identification des moisissures repose principalement sur leur mode de
formation et de groupement du mycélium.

Figure 5 : Cycle de développement des Hyphomycètes (d’après Kubeldis, 2003)

1.3.3. Cas particuliers

1.3.3.1. Les champignons lévuriformes


Les champignons lévuriformes ont la capacité de se développer selon un mode de croissance
type levure (Figure 6) ou selon la forme mycélienne (Figure 7). Les blastospores représentent
la forme unicellulaire du champignon et se caractérisent par des cellules ovoïdes de type
lévuriforme. Ce sont des cellules bourgeonnantes ; le bourgeonnement étant un processus de
division cellulaire permettant de générer ultimement deux blastospores à partir d’une cellule
parentale.

Figure 6 : Bourgeonnement d’une blastospore (d’après Barron, 1999)

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

Une blastospore produit une nouvelle cellule à partir d’un site déterminé situé à proximité de
l’un de ses pôles (Figure 6).

La forme hyphe (mycélienne) est caractérisée par la formation d’un tube microscopique à
partir d’un site indéterminé situé sur le blastospore. Le terme « tube germinatif » est utilisé
pour décrire cette structure. Au fur et à mesure que l’hyphe s’allonge, des septa sont formés et
séparent les unités cellulaires distinctes.

Odds, 1988

Figure 7 : Formation d’hyphes chez les champignons lévuriformes (d’après Barron, 1999))

De plus, une hyphe peut permettre la formation de blastospores et/ou d’hyphes secondaires
situées latéralement au tube germinatif principal et à proximité des septa. Ainsi, une hyphe
peut émerger à partir d’une blastospore ou d’une hyphe préexistante (Figure 7).

1.3.3.2. Les champignons méristématiques


Le développement méristématique est rare chez les champignons, mais est fréquemment
rencontré chez les lichens (association d’une algue et d’un champignon), qui sont sujets aux
conditions de sécheresse. Une cellule méristématique est une cellule non différenciée qui est
apte à se diviser.

Figure 8 : Croissance méristématique (d’après Wollenzien, 1995)

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

La croissance méristématique se fait par gonflement de la cellule initiale qui donne naissance
à deux nouvelles cellules, qui peuvent à leur tour se diviser (Figure 8). Le développement ne
se fait pas forcément de façon apicale (en bout de chaîne). Les champignons méristématiques
ont la capacité de se réorganiser de façon interne, en remplaçant les cellules mourantes ou
mortes par de nouvelles (Gorbushina et al., 2003). Ils sont particulièrement adaptés aux
conditions environnementales hostiles car leur croissance ne dépend pas de la quantité d’eau
disponible.

2. Les mécanismes de biodétérioration par les champignons


Le processus de biodétérioration commence dès que le champignon s’installe et colonise la
surface du matériau. Les principaux mécanismes peuvent se résumer ainsi :
- Production d’acides. Les acides organiques (tels que l’acide oxalique, citrique,
propionique, etc.) conduisent à la dissolution des carbonates et à la décohésion des
grains. Ce mode de biodétérioration est documenté pour les espèces des
hyphomycètes comme Penicillium et Aspergillus mais jamais démontré pour les
« black fungi » (Wollenzien et al., 1995 ; De Leo et Urzì, 2003).
- Dommages esthétiques dues aux pigments fongiques (particulièrement la mélanine
et les caroténoïdes) (Sterflinger, 1999 ; Urzì et al., 2000a).
- Croissance intercrystalline. Dans ce cas le champignon se développe le long des
défauts de la matrice.
- Biopitting. Ce mode de biodétérioration a été décrit pour les « black fungi », et
plus spécialement pour les champignons méristematiques. Il a été suggéré que la
formation de petits cratères serait due à la décohésion des grains déterminée par la
pénétration des hyphes à l’intérieur des pierres (Sterflinger et Krumbein, 1997).

3. Les champignons impliqués dans la biodétérioration


Parmi les micro-organismes impliqués dans la biodétérioration des matériaux de construction,
les champignons jouent un rôle important : ils se distinguent des bactéries car ils sont
responsables d’une détérioration esthétique des matériaux de construction (croûtes noires,
marron), et des algues et cyanobactéries car leur pouvoir de détérioration est nettement plus
important, dans la mesure où ils provoquent une détérioration chimique (métabolites acides),
voire physique (ancrage des hyphes dans la matrice). May et al. (1993) mentionnent les

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

champignons parmi les agents majeurs de la détérioration microbienne des matériaux de


construction. Lezinicka et al. (1988) soulignent l’importance particulière des champignons
dematiceous (de couleur foncée) dans la coloration et la détérioration du patrimoine culturel.
La plupart de ces champignons appartiennent à la classe des ascomycètes. En général, deux
groupes de champignons sont isolés de la surface des pierres :
- le premier groupe inclus les espèces des genres Fusarium, Penicillium,
Aspergillus, Phoma parmi ceux qui ne produisent pas de mélanine. On trouve
également ceux qui présentent une pigmentation sombre tels qu’Alternaria,
Ulocladium, Cladosporium, producteurs de mélanine. Sont aussi présents les
champignons lévuriformes comme Exophiala. La plupart de ces champignons sont
ubiquistes* et largement répartis (Domsch et al., 1980). Ils sont caractérisés par une
croissance rapide en milieu de culture classique, avec une humidité relative élevée
et des conditions nutritives eutrophiques** (Braams 1992 ; De Leo et al., 1996 ;
Sterflinger, 2000). La présence de ces champignons sur les monuments à
différentes étapes de la détérioration, pour des expositions en environnement
extérieur et pour différentes zones climatiques est bien documentée (Hirsch et al.,
1995 ; Urzì et al., 1995 ; Urzì et Realini, 1998 ; De Leo et Urzì, 2003).
- le second groupe inclus les champignons appelés méristématiques ou MCF (Micro
Colonial Fungi). D’un point de vue taxonomique, ils représentent un vaste groupe
hétérogène de champignons à la pigmentation sombre. Ils partagent comme
caractéristique commune, la présence de mélanine à l’intérieur de leurs cellules
(cellules qui gonflent, hyphes et/ou spores). La production de mélanine et le
développement méristematique leur permettent de survivre en conditions de stress
tel qu’une humidité relative basse, ou une importante exposition au soleil (De
Hoog, 1993). On utilise également le terme « rock-inhabiting fungi » pour ce
groupe de champignons, ce qui souligne bien que la plupart ont été isolés à partir
de la surface des pierres. Récemment, de nombreuses souches de ce groupe ont été
décrites comme des espèces nouvelles (Sterflinger et al., 1997 ; Wollenzien et al.,
1997 ; De Leo et al., 2003a), et les recherches écologiques et taxonomiques sont
actuellement en cours (De Leo et al., 2003a). Ils ont la capacité de se réorganiser
de façon interne, en remplaçant les cellules mourantes ou mortes par de nouvelles

*
Ubiquiste : se dit des espèces susceptibles d’être observées dans de très nombreux habitats.
**
Eutrophique : se dit d’un milieu qui se retrouve enrichie en éléments nutritifs.

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

(Gorbushina et al., 2003). Il est possible de former des hyphes qui pénètrent en
profondeur à l’intérieur du matériau, se protégeant ainsi des conditions
environnementales non favorables. En ce sens, la partie visible des MCF est
comme la partie émergée des icebergs, car les hyphes peuvent pénétrer rapidement
de plusieurs millimètres jusqu’au centimètre à l’intérieur des roches dures à la
recherche d’un environnement plus protecteur (Gorbushina, 2007).
Le premier groupe est dominant lorsque les conditions sont favorables tandis que le second
prévaut en environnement rude et hostile (Gorbushina, 2007). Il est très probable que les
champignons méristématiques en particulier possèdent leur niche écologique naturelle sur la
surface des pierres (Wollenzien et al., 1995) et donc de la plupart des matériaux de
construction.

Une étude menée par Urzì et al. (2001), porte sur l’examen de 49 échantillons de pierres
prélevés sur sites dans divers pays européens (brique, mortier, marbre). Quarante-deux
échantillons présentaient une colonisation par des champignons dematiaceous. Parmi les
souches les plus fréquemment isolées, ils trouvèrent les genres Cladosporium, Alternaria,
Phoma, Ulocladium. Dans certains cas, des souches ubiquistes non-dematiceous du genre
Penicillium, Aspergillus et Fusarium ont été isolées. Aspergillus, Penicillium, Mucor,
Trichoderma, Fusarium, sont des champignons acidogéniques produisant différents acides
organiques comme : acide oxalique, gluconique, malique, citrique etc, pour des concentrations
basses et normales en glucose (de la Torre et al., 1991). Ces acides forment des sels de
calcium ou agissent comme agent de chélation de cations minéraux favorisant la
biodétérioration (Berthelin, 1983). Cependant, l’attaque des champignons n’est pas
exclusivement chimique par la production d’acides organiques. Le développement des « black
fungi » sur les pierres n’est pas seulement inesthétique, salissant les monuments, en raison du
changement de couleur et de l’apparition de points noirs, mais il est également la cause de
lésions en forme de cratère et exfoliation de la surface de la pierre combinée avec une perte du
matériau (Urzi et al., 2001). L’attaque physique de ces champignons est un facteur important
de la biodétérioration des pierres (Diakumaku et al., 1995). Leur pigmentation sombre
(mélanine et mycosporines) les protège des irradiations, des températures extrêmes et d’une
possible dessiccation (Zdanova et al, 1973). Ces pigments contribuent considérablement à la
survie de ces champignons aux conditions extrêmes. Une étude sur la microflore présente sur
des sculptures et des bâtiments de St-Petersbourg a montré qu’ils étaient sujets à une
biodétérioration active par des micromycètes possédant une pigmentation sombre. Les hyphes

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

étaient présents à l’intérieur des pores des pierres et causent lentement leur destruction
(Gorbushina et al., 2002). Pour montrer la capacité des micromycètes à se développer sur les
pierres, Gorbushina et al. (2002) ont inoculé des échantillons prélevés sur des monuments,
après stérilisation, par des micromycètes : Exophiala moniliae et Phialophora melinii. Après
5 jours d’incubation seulement, le développement des deux souches est observé sur les
échantillons, et ce sans aucun ajout d’éléments nutritifs. La matière organique déjà présente
dans la matrice a permis le développement fongique. Les substrats minéraux fraîchement
exposés à l’air extérieur présentent une lacune en nutriments organiques, ce qui les rend
réfractaires à la croissance végétative des champignons. Pour palier à ce problème, certains
groupes de champignons ont abandonné leur système de développement par élongation des
hyphes (qui est plus appropriée pour la pénétration et l’utilisation du substrat) et ont adopté
une croissance comme les levures (par bourgeonnement) (Gorbushina, 2007).

En résumé, certaines souches, comme Aspergillus, Penicillium, Trichoderma, sont


responsables de la biodétérioration du matériau par voie chimique (production d’acides
organiques) alors que d’autres, comme Alternaria, Phoma, Conosporium attaquent le
matériau par voie physique (pénétration en profondeur dans la matrice). Notons aussi que les
micromycètes possédant une pigmentation sombre, Alternaria, Exophiala sont responsables
d’une biodétérioration esthétique indéniable. Il faut souligner également l’importance des
champignons méristématiques dans la biodétérioration. En effet, contrairement aux
micromycètes couramment identifiés qui sont ubiquistes, les champignons méristématiques
sont quasiment tous isolés à partir de la surface de pierres. De plus, la nature de la flore
fongique varie selon la teneur en eau du support. Une humidité croissante du substrat entraîne
l’apparition successive de genres fongiques, dits de première (Aspergillus, Penicillium),
deuxième (Cladosporium, Ulocladium), et de troisième colonisation (Stachybotrys) (Grant et
al., 1989 ; Boissier, 2003).

4. Les micromycètes de l’étude


Nous venons de voir que les micromycètes colonisateurs des matériaux de constructions
peuvent se regrouper en quatre grandes catégories, et pour étudier la biodétérioration d’une
matrice cimentaire par les champignons nous avons sélectionné une souche représentative de
chaque catégorie : (i) Alternaria alternata pour représenter un hyphomycète producteur de
mélanine, (ii) Aspergillus niger pour un hyphomycète acidogénique, (iii) Exophiala sp. pour

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

un champignon lévuriforme, et (iv) Conosporium uncinatum pour les champignons


méristématiques (Planche 2).

4.1. Alternaria alternata


Alternaria est abondamment retrouvée lors de prélèvements sur sites d’échantillons de marbre
(Wollenzien et al., 1995). Plus récemment, Simonovicova et al. (2004) étudièrent les types de
champignons retrouvés sur divers substrats minéraux dans un cimetière à Bratislava. Trente-
six espèces de micro-champignons ont été isolées, dont les plus fréquemment retrouvées :
Acremonium sp., Alternaria alternata, Penicillium sp., et Trichoderma sp. Les espèces
d’Alternaria furent également retrouvées parmi les micro-champignons dominants sur
substrat minéral. Diakumaku (1995) considère que les espèces du genre Alternaria sont les
principales causes de coloration marron et noire sur le marbre, les roches calcaires, et le grès
des monuments en Europe et en Afrique. Cette coloration est due à la synthèse de mélanine,
un pigment de couleur sombre. Bien que ce genre comprenne les parasites de plantes,
quelques espèces sont ubiquistes et fréquemment trouvées dans les sols. A.alternata est la plus
commune de ces espèces. Elle est bien adaptée aux conditions de froid, avec une température
minimum de croissance allant de –5°C à 0°C (Simonovicova et al., 2004). La croissance
maximum apparaît pour un pH de 4-4,5, mais la croissance est possible pour une gamme de
pH allant de 2,7 à 8,0 selon Domsch et al. (1980). Elle semble être sensible à la pollution
atmosphérique : elle est largement retrouvée dans les biofilms formant des croûtes noires à
Lexington, une zone peu polluée, et que très rarement à Cambridge, site pollué (Mitchell et
al., 2000). Alternaria alternata est capable de se développer en conditions d’anoxie (taux
d’oxygène = 0,25%). Les spores contiennent environ 86% d’eau; sous des conditions très
sèches, elles restent viables pendant plusieurs années. Les spores d’Alternaria alternata sont
produites en chaîne, c’est-à-dire que la nouvelle spore est formée par extrusion à la suite de la
précédente.
Le genre Alternaria Nees ex Fr. comprend plus de 40 espèces. C’est un genre très commun
dans le sol ; les espèces dites phylloplan*, A.alternata et A.tenuissima, sont retrouvées en très
grand nombre dans l’air extérieur pendant l’été. La toxicologie des toxines d’Alternaria a été
passée en revue par Woody et Chu. La toxicité aiguë (DL50) des alternariols chez les rongeurs

*
Phylloplan : microenvironnement d’une feuille. Certains auteurs définissent le phylloplan comme la surface
d’une feuille.

41
Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

semble être d’un ordre de grandeur de 400 mg/kg, ce qui est plutôt bas, même s’ils sont
répertoriés comme tératogènes** à des niveaux 10 fois moins élevés. L’acide tenuazonique
(DL50 10-200 mg/kg chez les rongeurs) est plus toxique et les autres altertoxines sont environ
1000 fois plus toxiques (DL50 200µg/kg chez le rongeur). Ren et al. montrent que seulement
certains alternariols sont produits sur divers matériaux de construction, alors que les
altertoxines ne sont pas produites en quantités décelables. Cependant les espèces de ce genre
pourraient être la cause de problèmes de santé dans les moisissures de bâtiments, et des
métabolites très différents pourraient être produits sélectivement sur les matériaux de
constructions (Nielsen, 2002).

4.2. Aspergillus niger


C’est une espèce qui est souvent identifiée à partir de prélèvements sur sites de monuments ou
bâtiments dégradés (Warscheid et Braams, 2000 ; Urzi et al., 1998). C’est un champignon
acidogénique (de la Torre, 1991), c’est-à-dire qu’il produit des acides organiques, tels que
l’acide ascorbique, citrique, acétique, gluconique,….
Aspergillus niger est une espèce du genre Aspergillus. Il existe plus de 160 espèces
d’Aspergillus. Aspergillus niger se développe aussi bien sous peu de lumière (à l’intérieur),
que sous la forte lumière de l’extérieur. C’est une espèce toxique et pathogène : elle provoque
des otomycoses (mycoses pulmonaires) chez l’homme et les oiseaux. Elle peut provoquer
l’aspergillose du conduit auditif externe chez les sujets présentant une lésion préalable ou une
malformation anatomique du conduit auditif. Cependant, elle possède des toxines à propriétés
insecticides, actives sur les moustiques responsables de la fièvre jaune.
Le mycélium d’Aspergillus niger est cloisonné. Les phialides* sont portées directement par les
vésicules dans le cas de têtes unisériées, ou par l’intermédiaire de métules dans le cas de têtes
bisériées. Les phialides portent les conidies (ou spores) (Guillaume, 2005).

4.3. Exophiala sp.


Le espèces du genre Exophiala sont ubiquistes et ont été isolées à partir de nombreux
substrats, tels que le bois en décomposition, monuments, eaux polluées (Wand et Zabel, 1990,

**
Tératogène : se dit des substances susceptibles de provoquer des malformations congénitales par une action sur
l’embryon.
*
Phialide : article mycélien fertile en forme de bouteille formant successivement des spores.

42
Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

Gorbushina et al., 2002). Les cultures en milieu solide sont marron à verdâtre. La texture des
colonies peut éventuellement devenir duveteuse en raison du développement des hyphes. Les
cellules se reproduisent par bourgeonnement.

4.4. Coniosporium uncinatum


Les espèces de Coniosporium sont couramment isolées à partir de monuments localisés dans
le bassin méditerranéen. Dans de nombreux cas ils constituent la microflore prédominante,
voire même exclusive (Sterflinger, 1995 ; Garcia Valles et al., 1997 ; Urzì et al., 1998). Ceci
peut être dû aux conditions extrêmes prévalant sur les matériaux pendant la saison sèche. Les
colonies sont de couleur sombre, et atteignent 10 mm de diamètre en 4 semaines de culture
sur Maltose Extract Agar. Le mycélium est composé d’hyphes particuliers marron, composés
de parois cellulaires épaisses et lisses. Les cellules, presque sphériques, atteignent 6,5 -7,5 µm
de longueur pour 5-6 µm de diamètre. On note également la présence d’hyphe terminal
caractéristique courbé à l’extrémité des cellules pouvant atteindre 10 µm de longueur.
Conosporium uncinatum se développe pour une gamme de température allant de 10 à 30°C.
La souche utilisée a été isolée à partir de prélèvements sur des statues en marbre situées dans
le jardin du musée de Messine par Filomena De Leo (1999).

5. Quantification de la biomasse
Pour estimer le degré et l’intensité de la biodétérioration d’un matériau, il faut quantifier les
micro-organismes, c’est-à-dire quantifier la biomasse fongique. La biomasse peut se définir
comme étant la masse totale des organismes vivants présents à un moment donné dans un
environnement particulier. Plusieurs méthodes de quantification de la biomasse existent,
certaines étant spécifiques à un type de micro-organismes.
Le problème majeur dans l’étude du développement fongique sur substrat solide est
l’incapacité à déterminer la biomasse du mycélium directement par la mesure du poids sec ou
humide. Ceci a conduit au développement de techniques indirectes pour l’estimation de la
biomasse fongique. On trouve des méthodes basées sur l’observation microscopique (Jones et
Mollison, 1948 ; Frankland et al., 1981 ; Söderstöm, 1977), où la biomasse est estimée à partir
de la longueur des hyphes. Il y a également des méthodes biochimiques, basées sur le dosage
chimique de composés cellulaires. Ces composés peuvent être spécifiques aux champignons
comme la chitine, les acides gras phospholipides (18 :2ω6, 16 :1ω5), ou l’ergostérol (Seitz et

43
Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

al., 1979 ; Zelles et al., 1992 ; Frostegard et Baath, 1996). Ils peuvent être également
communs à tous les organismes comme les protéines ou l’adénosine triphosphate (ATP)
(Gaunt et al., 1985 ; Barajas-Aceves et al., 2002). Parmi ces méthodes nous avons choisi de
développer pour notre étude un dosage spécifique de la biomasse fongique : celui de
l’ergostérol, et un plus global : le dosage des protéines qui permet l’estimation de la biomasse
microbienne totale.

Planche 2 : Observation de culture sur milieu solide (a) Exophiala sp., (b) Aspergillus niger, (c)
Coniosporium uncinatum , (d) Alternaria alternata

5.1. Dosage de l’ergostérol


L’ergostérol est utilisé pour la mesure de la biomasse fongique car c’est un stérol endogène et
prédominant trouvé seulement dans la membrane cellulaire des champignons (Weete, 1989),

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

et de certaines microalgues et protozoaires* (Newell, 1992). Le dosage de l’ergostérol a été


d’abord décrit pour le domaine de l’agriculture (Seitz et al., 1979). L’ergostérol joue un rôle
important dans la croissance des champignons (Lees et al., 1995). Il se trouve dans la
bicouche phospholipidique de la membrane cellulaire, principalement dans un état libre, et à
un moindre degré estérifié en acide gras (Martin et al., 1990). La biomasse fongique est
déterminée en utilisant un facteur de conversion « Ergosterol-à-Biomasse fongique » à partir
de cellules cultivées dans des cultures pures (Antibus et al., 1993 ; Gessner et al., 1993).
Saxena et al. (2001) ont démontré que la production d’ochratoxine A (OA) suivait la même
tendance que la production d’ergostérol. Ainsi, le dosage d’ergostérol pourrait être utilisé
comme indicateur de la production potentielle d’OA. L’OA est une mycotoxine produite par
Aspergillus ochraceus, certaines souches d’Aspergillus niger et Penicillium verrucosom (Pitt
et al, 1997). Il est considéré que l’OA pourrait être une cause possible (jamais prouvée) d’une
maladie humaine, connue sous le nom de néphropathie endémique des Balkans. Il a été
également montré que l’OA est néphrotoxique (organe cible : le rein), génotoxique et
cancérigène.
L’ergostérol est un excellent marqueur pour la quantification de la biomasse fongique sur les
matériaux de construction et peut aussi être utilisé comme marqueur d’exposition dans l’air ou
la poussière, employé spécialement par Larsson et al., et Miller et al. (Nielsen, 2002).
Pour minimiser les erreurs de mesures, il peut être intéressant de comparer la quantité
d’ergostérol à la concentration en ATP*. Contrairement à l’ergostérol, le dosage de l’ATP
n’est pas spécifique à la biomasse fongique, mais permet la mesure de biomasse microbienne
totale (bactéries, champignons, protozoaire) (Ruzicka, 2000).

Figure 9 : Formule chimique développée de l’ergostérol

*
Protozoaire : organisme unicellulaire eucaryote.
*
ATP : Adénosine Tri-Phosphate. C’est une molécule dont la dégradation libère beaucoup d’énergie, récupérée
pour le fonctionnement de nombreuses réactions chimiques.

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

Les techniques de dosages de l’ergostérol s’appuient sur une caractéristique de cette


molécule : son absorbance à 282 nm, caractéristique que ne possèdent pas les autres stérols,
ceci réduit donc la possibilité d’interférence pendant l’analyse chromatographique (Newell,
1992).
L’ergostérol est analysé par GC-MS (Larsson et Saraf, 1997), par HPLC (Gong, 2001), HPLC
et GC-MS (Axelsson et al., 1995 ; Dales et al., 1997) ou encore par GC-MS-MS (Nielsen et
al, 2000).

5.2. Le dosage des protéines


Les protéines sont des macromolécules, assemblages d’acides aminés, qui sont présentes chez
tous les organismes vivants. On parle de protéine lorsque plus de 100 acides aminés sont liés
au sein d'une chaîne d'acides aminés. Les propriétés des acides aminés (charge,
hydrophobicité...) gouvernent la structure de la protéine, globulaire ou fibrillaire. Les
protéines ont des fonctions très diverses : certaines pourront avoir une fonction structurale
(elles participent à la cohésion structurale des cellules entre elles), enzymatique (elles
catalysent les réactions chimiques de la matière vivante) ou encore une fonction de messager
(pour les protéines impliquées dans des processus de signalisation cellulaire).
Parmi les méthodes de dosage des protéines, la méthode de Bradford, est couramment utilisée
car elle nécessite un appareillage simple (spectrophotométrie UV-vis), et c’est une méthode
rapide. Le réactif de Bradford est utilisé pour déterminer la concentration en protéines en
solution. Le dosage est basé sur la formation d’un complexe entre le colorant, bleu de
Coomassie G250, et les protéines en solution. Le complexe protéines-colorant crée un
changement du maximum d’absorbance du colorant entre 465 et 595 nm. L’absorption est
proportionnelle à la quantité de protéines présentes dans le milieu.
Comme le dosage de l’ATP, le dosage des protéines, n’est pas spécifique à la biomasse
fongique, mais permet de mesurer la biomasse microbienne totale.

6. Conclusion
Ce chapitre a permis de souligner la place importante qu’occupent les champignons dans la
biodétérioration des matériaux de construction. Les points importants à retenir sont :

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Chapitre II : Les micromycètes Virginie Wiktor

 Les champignons sont responsables d’une biodétérioration esthétique


(essentiellement due à la présence de pigment fongique), chimique (via la
production d’acides organiques), et physique (pénétration en profondeur des
hyphes dans la matrice).
 Quatre grandes catégories de champignons sont impliquées dans la
biodétérioration : (i) les hyphomycètes producteurs de mélanine comme
Alternaria alternata, (ii) les hyphomycètes acidogéniques tel qu’Aspergillus
niger, (iii) les « yeast like fungi » comme Exophiala sp. et (iv) les champignons
méristematiques avec Conosporium uncinatum.
 La quantification de la biomasse peut être réalisée par le dosage de l’ergostérol et
le dosage des protéines.

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