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tiré d’une œuvre très célèbre : Les Souffrances du Jeune Werther de l’allemand
Goethe.
Werther et Charlotte se rencontrent à un bal et tombent amoureux. Werther pense qu’il passera sa vie avec
cette femme mais Charlotte est promise à un autre homme, Albert. Les deux hommes se rencontrent et Werther
se rend compte des qualités de son rival. Il s’enfuit alors pour tenter d’oublier Charlotte et croit être sauvé
lorsqu’il rencontre une autre femme. Mais cette stratégie ne fonctionne pas et Werther rejoint Charlotte, qu’il
aime de plus en plus, et maintenant mariée à Albert. Ce qui accroit sa souffrance…
a) Extrait 1 :
Oui, je suis persuadé, mon ami, toujours de plus en plus persuadé, que c'est peu de chose,
bien peu de chose que l'existence d'une créature1.
Une amie de Charlotte vint la voir : je passai dans un appartement voisin, pour y
prendre un livre ; impossible de lire. Une plume était là, j'essayai d'écrire. Je les entendais
parler bas : elles se racontaient des choses insignifiantes, des nouvelles de la ville. "Celle-ci
se marie, disait l'amie, celle-là est malade, fort malade : elle a une toux sèche, les os lui
percent la peau ; de plus, elle a des faiblesses à tout moment ; je ne donnerais pas deux
liards de sa vie."
- "M. de N… est aussi fort mal", dit Charlotte.
- "Oui, il est enflé", répondit l'amie.
Et ma rapide imagination me transporta au chevet du lit de ces malheureux mourants ;
j'observai avec quel effroi ils voyaient approcher le terme fatal, j'aperçus… Wilhelm ! Et les
deux jeunes amies s'entretenaient de ce douloureux sujet comme de la mort de quelque
étranger. - Et quand je jette les yeux autour de moi, que j'examine la chambre, que je vois
autour de moi les habits de Charlotte, les papiers d'Albert, tous ces meubles, devenus si
familiers pour moi, que cet encrier même, je me dis : "Vois ce que tu es à cette maison !
Tout ! Tout ! Tes amis t'honorent : tu fais souvent leur joie, et il me semble à ton cœur qu'il
ne pourrait battre sans eux ; et cependant - si tu t'éloignais, si tu t'arrachais de ce cercle,
sentiraient-ils le vide occasionné chez eux par ta perte ? combien de temps ?"
Ah ! l'homme est un être si fragile, si passager, que là même où il a vraiment le
sentiment et la conviction de son existence, là même où sa présence fait la seule
impression véritable, c'est-à-dire dans l'âme et le souvenir de ceux qui l'aiment, là même, il
faut aussi qu'il s'efface, qu'il s'évanouisse. - Et cela si tôt !
GOETHE (1774), Les Souffrances du Jeune Werther
a. Comment qualifierais-tu le vocabulaire de ce premier extrait ? Souligne deux
passages de ton choix pour expliquer ta réponse et retranscris cette dernière
sur les lignes ci-dessous :
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b. Comment peux-tu expliquer que le narrateur arrive à entendre les paroles des
deux amies qu’il décrit ? Ce qu’il entend l’intéresse-t-il ?
1 Comprendre ici, un être humain.
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c. A ce moment-ci du récit, comment agirait une personne sensée ?
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d. Pourtant, que déclenche la simple écoute de cette conversation chez le
narrateur ?
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e. Que retire ce dernier comme leçon de cette expérience ?
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f. En regard du texte informatif sur le Romantisme abordé plus haut, peux-tu être
étonné du contenu que tu viens de lire ? Justifie ta réponse.
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b) Extrait 2 :
3 novembre
Le croiras-tu ? Je me couche souvent avec le désir, et quelquefois même avec l'espérance
de ne pas me réveiller2 ; et le matin, j'ouvre les yeux, je revois le soleil et me sens
misérable. Oh ! que je ne puis être en proie aux caprices ? que ne puis-je rejeter la faute sur
le temps, sur un tiers, sur un projet manqué ? Le poids insupportable du mécontentement,
du dégoût qui m'obsède, ne reposerait sur moi qu'à demi. - Malheur à moi ! je sens, je ne
sens que trop que toute la faute en est à moi. - La faute ? Non. La source de toute misère
est aujourd'hui cachée en moi, comme l'était autrefois la source de toute félicité3.
Ne suis-je plus ce même homme qui nageait jadis dans toute la plénitude4 du sentiment, qui
voyait naitre un paradis à chaque pas, qui avait un cœur capable d'embrasser un monde
dans son amour ? Ce cœur est mort à présent ; plus de transports5 qui en découlent : mes
yeux sont secs, mes sens ne sont plus ranimés par des larmes rafraichissantes, mon front
est sillonné par l'inquiétude et les soucis.
Je souffre beaucoup, car j'ai perdu ce qui faisait l'unique charme de ma vie ; cet
enthousiasme vivifiant et sacré qui créait des mondes autour de moi, il est éteint ! - De ma
fenêtre, je porte mes regards jusqu'aux collines perdues dans le lointain ; je vois le soleil
s'élevant derrière elles, percer à travers le brouillard, éclairer la prairie déserte, et la rivière,
entre les saules effeuillés, s'avancer vers moi en serpentant.
- Oh ! pourquoi faut-il que cette belle nature soit là devant moi froide et inanimée, comme
2 Il espère mourir !
3 Synonyme de bonheur
4 Sentiment extrême de satisfaction
5 D’émotions, notamment heureuses.
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une estampe coloriée ? Pourquoi, à la vue de ses merveilles, mon cœur n'envoie-t-il plus à
mon cerveau une seule étincelle d'un délire6 enthousiaste ? En présence du créateur7
même, je suis là comme une fontaine tarie8, comme un vase épuisé. Souvent je me suis
prosterné, j'ai crié à Dieu pour avoir des larmes, comme le laboureur9 invoque la pluie,
lorsque le ciel est devenu d'airain et que la terre se consume de soif.
Mais hélas ! je le sens, Dieu n'accorde pas sa pluie et son soleil à nos vœux
importuns. - Ces temps, dont le souvenir me tourmente, pourquoi étaient-ils si fortunés10 ?
C'est qu'alors j'attendais avec patience l'action de l'esprit divin, c'est que je recueillais au
fond de mon cœur reconnaissant les délices qu'il versait sur moi.
GOETHE (1774), Les Souffrances du Jeune Werther
g. Une date est mentionnée au début de ce passage. À ton avis, pourquoi ?
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h. Est-ce étonnant vu ce que tu sais du Romantisme ? Explique ta réponse.
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i. Vu qu’il s’agit d’une fiction, en quoi le recours à ce genre est-il important pour
le public ?
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j. Pour quelle raison, ce jour-là, Werther ressent-il profondément le Mal du
Siècle ? Explique ta réponse avec des mots tirés du texte.
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k. Comment explique-t-il au lecteur son état d’esprit ?
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l. A-t-il tenté de trouver une solution pour apaiser son mal-être ? Cela a-t-il
marché ?
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6 De folie, de motivation.
7 De Dieu
8 Vide
9 Personne qui retourne la terre pour la semer par la suite.
10 Heureux.
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m. Plusieurs passages sont soulignés dans le texte. Qu’ont-ils tous en commun ?
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n. Voici une notion que tu as probablement étudiée l’an passée quand tu as
travaillé la recomposition poétique. Lis la définition ci-dessous et donnes-en
trois exemples tirés de cet extrait.
Le champ lexical
Définition : le champ lexical est un ensemble de mots ou groupes de mots qui se rapportent
à une idée commune.
Ex : Le champ lexical des vacances = se reposer, plage, chaud, ailleurs…
Les mots d’un même champ lexical peuvent appartenir à des classes différentes. Par
exemple, verbe, nom, adjectif, adverbe
c) Extrait n° 3
Avant d’attaquer la lecture de ce dernier extrait, un petit rappel s’impose sur une
notion que tu as abordée l’an passé : les figures de style.
En effet, la langue française étant riche, on peut aussi bien jouer sur le sens des mots,
que sur la syntaxe ou les sons. Ces techniques s’appellent des « figures de style » et
chacun des cadres ci-dessous en illustre une. Essaie de comprendre comment
fonctionnent les différents procédés en observant les énoncés proposés :
Accumulation – métaphore – allitération – anaphore– métonymie – antithèse – comparaison
– inversion – assonance– hyperbole- euphémisme– personnification - oxymore
1)
• Léo lance lentement un javelot pour gagner la compétition
• Jean se contenta d’immondes craquelins cruellement croqués
• De ce sacré soleil dont je suis descendue (Racine)
Point commun entre tous les énoncés :
Nom de la figure de style et justification :
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