CHAPITRE 2 : LA MEDITERRANEE MEDIEVALE :
UN ESPACE POUR TROIS CIVILISATIONS
Introduction : Les historiens situent le passage de l’Antiquité au Moyen-Âge
en 476. A l’est du bassin méditerranéen, l’Empire Romain d’Orient
continue à exister sous le nom d’Empire Byzantin. A l’ouest, le territoire
de l’Empire est morcelé en plusieurs royaumes catholiques
ainsi qu’en un Saint-Empire romain germanique. Les rivages
du sud et de l’est de la Méditerranée sont quant à eux
progressivement conquis à partir du VII siècle par les
musulmans. Trois civilisations se partagent donc la méditerranée au Moyen-
Âge ; la Chrétienté latine, l’Empire Byzantin et l’Aire de
domination musulmane. Ces trois ensembles sont conduits à
entrer en contact de multiples manières par les concurrences
exacerbées mais également par des échanges pacifiques de natures
commerciale ou culturelle.
Problématique : Comment s’affrontent et se côtoient les
civilisations des rivages de la
Méditerranée ?
I-Trois civilisations : convergences et divergences
A/Les racines des civilisations méditerranéennes médiévales
Civilisation : société organisée autour de caractéristiques spécifiques ( religieuses,
politiques, morales, artistiques et matérielles ) et installée sur une aire
géographique donnée.
La Chrétienté latine : L’unité se fait autour du catholicisme romain qui trouve sa
source dans la Bible. Cette unité est représentée par l’autorité spirituelle du Pape
Évêque de Rome. L’Église (=institution encadrant la Chrétienté et par extension
l’ensemble de la communauté des fidèles) est le principal facteur d’encadrement de
la société chrétienne médiévale.
L’Empire Byzantin : L’unité est fondée sur l’héritage de l’Empire Romain (avec
une prédominance des éléments grecs de cet héritage : culture hellénistique). A sa
tête, le Basileus qui est un souverain théocratique (régime dans lequel le pouvoir
est exercé au nom de Dieu) qui dirige une administration centralisée. C’est une
civilisation de langue grecque. A l’origine, l’Empire Byzantin partage la religion de la
chrétienté latine. Cependant, des différences de dogmes (=vérités incontestables)
de rituels conduisent en 1054 au schisme entre la chrétienté latine et les Chrétiens
de l’Empire Byzantin qui sont eux sous l’autorité du Patriarche de Constantinople
(équivalent de l’évêque de Rome). On assiste ainsi à la naissance du christianisme
orthodoxe. Au cours du Moyen-Âge, l’Empire Byzantin décline inexorablement ; son
territoire est grignoté progressivement en Occident ( le Sud de l’Italie est conquit
par les Normandes au cours du XIe siècle) et en Orient par les Turcs seldjoukides et
un coup quasiment mortel leur est porté en 1204 lorque les Croisés prennent
Constantinople à l’instigation de Venise. Après cela l’Empire Byzantin subsiste
encore sous une portion de territoire jusqu’en 1453.
L’Aire musulmane : Le facteur principal d’unité est l’Islam. Cette religion est née
au VII siècle en Arabie et elle est fondée sur le Coran, que les musulmans
considèrent comme la parole de Dieu, révélée au prophète Mohammed (570-632).
L’Islam se diffuse rapidement sur la rive sud de la Méditerranée par les conquêtes
militaires, portées par les tribus arabes. Le successeur de Mohammed est le calife
qui représente un facteur d’unité politique et religieuse. Mais ce facteur est
rapidement mis à mal par les dissensions qui s’élèvent à propos de sa désignation.
La civilisation musulmane est fondée sur la langue arabe et est ouverte sur les
savoirs étrangers. Elle intègre des héritages grecs, perses et indiens… Très avancée
sur dans les sciences et les techniques, elle est aussi célébrée pour le raffinement
de ses arts, notamment la littérature.
B/ Des facteurs de fragmentation
La Chrétienté latine est une société fondée sur la féodalité, c’est-à-dire
l’émiettement du pouvoir politique entre les mains de seigneurs relativement
autonomes, même par rapport au souverain. L’affirmation progressive de monarchie
centralisatrice se heurte à des seigneurs peu désireux d’abandonner leur
indépendance à l’échelle de la Chrétienté, les royaumes et les principautés sont
antagonistes.
L’Empire Byzantin : perte progressive et inexorable du territoire provoquée
d’un côté par l’avancée des turcs seldjoukides et de l’autre par le conflit avec les
chrétiens catholiques. En 1204, la ville de Constantinople est prise et mise à sac par
les Croisés et Venise. Venise réussit à détourner la Croisade sur Constantinople, ce
qui conduit à cette situation.
Musulmans : marqué par une division politique et religieuse, le califat abbasside
est le premier califat sensé représenter l’unité religieuse et politique du monde
musulman. Cependant, des califats concurrents sont proclamés en Afrique du Nord
et en Espagne à partir du Xe siècle, notamment le califat fatimide centré sur Le
Caire et le califat almoravide en Afrique du Nord et dans le Sud de l’Espagne. De
plus, le choix du calife est également à l’origine d’une rupture entre deux grandes
branches de l’Islam :
-Sunnites : qui représentent la majorité et sont les partisans de la Suna, c’est-
à-dire la tradition du prophète. Les Sunnites ont reconnu comme calife légitime
les premiers califes successeurs du prophète Mohammed.
-Chiites : Ils reconnaissent comme calife légitime Ali, qui est le gendre de
Mohammed.
II-Le bassin méditerranéen : espace de conflits et de
concurrences
A/ Un espace convoité
Entre le VIII et le XIe siècle, la Méditerranée est dominée pas les byzantins
eet les musulmans. L’Occident chrétien est en retrait jusqu’aux croisades. Les côtes
méditerranéennes font l’objet de raids (=attaques rapides) de piraterie, notamment
le sud de la France ou les côtes de l’Empire Byzantin. Du côté latin, les villes
italiennes développent une piraterie visant les navires arabes à partir du Xe siècle.
Les affrontements les plus nombreux se situent à l’intérieur des frontières de
chaque civilisation et donc ils ne recouvrent pas essentiellement des motifs
religieux, comme le confirme l’hostilité ponctuelle entre les latins et les byzantins,
même en période de croisades.
L’affirmation du monde latin se fait à partir du XIe siècle, appuyée sur
l’essor économique et démographique. Cela se traduit par l’expansion territoriale du
monde latin, au détriment des deux autres civilisations :
-La RECONQUISTA, qui désigne la reconquête de la péninsule ibérique entre
les XIe et XVe siècles. Cette reconquête est entreprise par les royaumes chrétiens
du Nord de l’Espagne.
-Conquête de la Sicile par les Normands entre 1061 et 1090.
-Influence croissante des grands ports italiens qui contrôlent les grandes
routes maritimes à partir du XIIe siècle.
B/ Des conflits religieux d’ampleur
L’expansion musulmane s’essouffle au Xe siècle. Les positions chrétiennes
progressent en Espagne (RECONQUISTA) et en Italie du Sud. Le conflit entre Chrétiens
et Musulmans prend un tour décisif lorsqu’en 1095, le Pape Urbain II appelle aux
armes toute la Chrétienté. L’appel est un grand succès : la Première Croisade (1096-
1099) aboutit à la prise de Jérusalem et à la création des États Latins d’Orient : le
Royaume de Jérusalem, la Principauté d’Antioche et les Comtés d’Edesse et de
Tripoli.
En réaction, les musulmans réactivent le concept de djihad (effort en arabe),
terme qui désigne la guerre sainte menée contre les non-musulmans. A partir de là,
un cycle de conflits s’engage entre chrétiens et musulmans, rythmé par les
avancées et reculs des protagonistes.
Grandes étapes :-Saladin reprend Jérusalem en 1187
-La troisième croisade et lancée en 1189 pour reprendre la ville
sainte
-Les musulmans reconquièrent progressivement l’ensemble des
États Latins au cours du XIIe siècle. La fin des États Latins intervient en
1291 (définitive)
Les croisades et le djihad sont centrés sur la défense de la foi. Cependant,
les affrontements recouvrent des motifs géopolitiques non-exclusivement religieux.
Ainsi, des volontés d’hégémonie est souvent en jeu. Par exemple, la quatrième
croisade, lancée en 1202, est finalement détournée par les vénitiens sur
Constantinople, la capitale est mise à sac et l’Empire passe pour quelques années
sous domination latine (1205-1261). Les croisades ne débouchent pas sur des
conquêtes territoriales durables mais elles redéfinissent les concours géopolitiques
de la Méditerranée :
-recul de l’Empire Byzantin
-affirmation des villes italiennes comme puissances maritimes : Venise et
Gênes en particulier
-domination de la Méditerranée par les flottes latines avant la progression des
turcs seldjoukides au détriment de l’Empire Byzantin.
Point de passage : Bernard de Clairvaux et la deuxième croisade (1146-1149) ref p
72-73
III-Un espace d’échanges
A/ La Méditerranée, un carrefour commercial
La Méditerranée est une véritable interface(=zone de contact entre des
espaces différenciés) qui sert de trait d’union entre les trois civilisations. Les
échanges s’intensifient à partir du Xe siècle. Les produits venus de destinations
lointaines transitent par la Méditerranée, par exemple l’or, venu d’Afrique Noire, la
soie, venue de Chine, ou encore les épices, venues d’Inde. Les caravanes
musulmanes les acheminent jusqu’aux côtes et de là ils sont transportés par voie
maritime depuis les grands ports (port de Bougie ou d’Alexandrie par exemple).
Dans les aires de civilisations, les productions complémentaires encouragent le
commerce, l’Occident chrétien fournit les matières premières (fer,bois) mais aussi
des produits manufacturés (étoffes, armes). L’Empire Byzantin fournit de l’encens,
du sucre, du sel, ou encore de l’alun.
Les marchands sont les intermédiaires nécessaires des échanges. Ils opèrent
dans les grands ports mais n’hésitent pas à s’installer dans les aires de civilisations
étrangères. C’est le cas particulièrement des marchands italiens, en Afrique du
Nord, au Moyen-Orient et dans l’Empire Byzantin. Cependant, les marchands ne sont
pas les seuls à participer à cet échange. Les pèlerins en route vers les lieux saints,
les guerriers engagés dans les conflits ou les voyageurs de toutes sortes
contribuent également à nouer des contacts entre les trois civilisations.
Point de passage : Venise, grande puissance maritime et commerciale ref p78-79
B/ Un commerce méditerranéen vivace