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Hespéris-Tamuda, Vol. XXXV, Fasc. 2 (1997), pp. 7-42.

LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE

Halima GHAZI-BEN MAISSA

Que les Rois imazighen aient reçu un culte en Numidie et en Maurétanie,


bien des historiens l'ont affirmé, de M. Renatus de Lablanchère(l) à Ch.-André
Julien(2) en passant par Pallu de Lessert(3), St. GseW 4 ) et J. Carcopino(5). Par
contre, G. Camps(6), pense qu'il s'agit plutôt d'un culte funéraire. Hypothèse suivie,
avec réserve, par M. Benabou qui invite à la circonspection "et à ne pas négliger
l'utilité politique" de la pratique du culte royal(7). Une telle opposition de points de
vue nous incite à rouvrir le dossier, et à nous demander si les Imazighen ont adoré
leurs Rois de leur vivant ou seulement après leur mort. Si un tel culte existait sous
les Rois imazighen indépendants, s'est-il prolongé ou a-t-il évolué sous les Rois
protégés, Juba II et son fils Ptolémée? Ce culte s'est-il étendu aux chefs qui n'ont
pas porté le titre de Roi?

I. LES ROIS LÉGENDAIRES

Deux personnages imazighen ont exercé leur fascination sur le peuple


d'Afrique mineure: Antée et Hiarbas. Ces deux rois, peut-être historiques, sont
(1) M. Renatus de Lablanchère, De rege Juba regis Jubae filio, éd. E. Thorin, Paris, 1883, p.
107.
(2) Ch A. Julien, Histoire de l'Afrique du Nord (Tunisie, Algérie, Maroc), des origines à la
conquête arabe (674 ap. J.c.), éd. Payot, Paris, 1951 (= Julien, Histoire de l'Afrique du Nord), p. 99.
(3) C. Pallu de Lessert, "Les assemblées provinciales et le culte provincial dans l'Afrique
romaine, Nouvelles observations", Bull. de géo. et archéol. d'Oran, XI, 1899, p. 8. L'auteur cite Th.
Mommsen, Romische Geschichte, V, pp. 622 et 629.
(4) St. Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, éd. Hachette, 1913-1928 (= Gsell
HAAN), t. VI, p. 132.
(5) 1. Carcopino, Le Maroc antique, 4ème éd., Gallimard, Paris, 1943 (= Carcopino, Le
Maroc antique), pp. 34-35.
(6) G. Camps, "Massinissa ou les débuts de l'histoire", Libyca, VII, 1960 (Camps,
Massinissa), p. 290-295.
(7) M. Benabou, De la résistance africaine à la romanisation, éd. Maspéro, Paris, 1976 (=
Benabou, Résistance), p. 284.
8 H. GHAZI-BEN MAISSA

entrés, par la volonté de leur peuple, dans l'univers de la légende, une légende que
les Imazighen se transmettaient, de génération en génération(81, avant que la plume
des Grecs et des Latins ne l'ait immortalisée.

- Antée

a. Récit légendaire

Ce fut un roi puissant, selon la légende, qui défendit ses Etats et en interdit
toute pénétration aux étrangers. Ceux qui osaient s'y hasarder étaient provoqués
par lui en combat singulier. Les crânes des intrus mis à mort à la suite de cette
rencontre, servaient à l'ornement du temple de Poséidon, son ancêtre(9). Il était
aussi le fils de la terre, car quand illa touchait il devenait encore plus fort(IO).

Il régna sur Irasa en Cyrène selon Pindare(ll) et sur toutes les terres d'Afrique
mineure selon l'interprétation que donne J. Carcopino à la IVème Isthmique du même
auteur<l2J. "Chef à la stature et aux armes gigantesques dont les exploits et le nom
rappellent la gloire d'Hercule"(i3}, il étendit son pouvoir de Leptis Magna à l'Est, à
Lixus à l'Ouest, passant par Oea, Sabratha, Thapsus, Ruspina, Zama, Vaga et
Hippone(l4). Lucain nous rapporte que l'''Antiquité véridique appelle" l'Afrique
antique, "les royaumes d'Antée"(l5}.

Alors que de nombreux auteurs(l6J, répétant sans doute ce que disaient les
autochtones, nous rapportent que le géant amazigh, redoutable dans l'art de la lutte,
défenseur intransigeant de ses Etats, avait un palais à Lixus(l7), et qu'il fut le
fondateur de Tingi(l8}, Lucain, lui, préfère nous dire que ce Roi vivait dans une
caverne et qu'il s'adonnait à la chasse et ne mangeait que du lion(l9). Les laboureurs
de champs, selon le poète latin, n'avaient pas de place dans la société que gouver-
nait le Roi(20}. Comme si ce n'était pas dans ses territoires que toutes les légendes
plaçaient les jardins des Hespérides!

(8) Plutarque, Sertorius, IX, 6-9


(9) Pindare, Ive Isthmique, 39-54; Apollodore, Bibliothèque, II, 5,11; Lucain. IV, 606.
(10) Apollodore, ibid. ; Solin XXV; Ovide, Les Métamorphoses, IX, pp. 163 et 184.
(II) Pindare, IXe Pythique, pp. 105 et 106.
(12) J. Carcopino, Le Maroc antique, pp. 67 et 68.
(13) Silius Italicus, III, pp. 256-264.
(14) Id., ibid.
(15) Lucain, IV, 590.
(16) Pline, HN, V, 2; Pomponius Méla, Chorographie, l, 5; Solin XXV.
(17) Pline HN, V, 3; Solin, ibid.
(18) Pline, ibid., V, 2; Solin, ibid.; Méla, ibid.
(19) Lucain, Pharsale, IV. 601.
(20) Id., ibid., IV, 605-607.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 9

Antée était marié à une femme du nom de Tingé; celle-ci épousa Héraclès à
la suite de la victoire du demi-dieu grec sur le géant Iibyen( 21 l. Le Roi amazigh
avait une fille aux cheveux d'or d'une admirable beauté; elle épousa le plus fameux
des prétendants: le cyrénéen Alexidamos(22l.

Un "bouclier rond, énorme, découpé dans du cuir d'éléphant, nous dit Méla,
et que, à cause de sa grandeur, nul aujourd'hui ne saurait manier, était, à ce que
croyaient et racontaient les habitants des alentours (de Tingi), celui que le héros a
porté, d'où leur vénération extraordinaire à son égard"(23).

Un tombeau fut dressé à ce Roi, apparemment divinisé, entre Lixus sa capi-


tale et Tingi, sa fondation( 24 l. Le romain Sertorius affirme y avoir découvert un
corps de 60 coudées( 25 l.

Telle est la somme des légendes tissées autour de ce personnage.

b. Interprétation historique

S'agit-t-il d'un chef historique dont la légende se serait emparée? Ce Roi


amazigh, puissant, aurait gouverné l'Afrique Mineure des Syrtes à l'Océan atlan-
tique à un moment où les Grecs entreprenaient leur aventure vers l'Occident. Selon
Salluste, qui nous transmet ce qu'on racontait chez les Imazighen et ce qu'on lisait
dans les Libri punici du Roi Hiempsal W26l, des Mèdes, des Arméniens et des
Perses conduits, auparavant, par le demi-dieu grec, Hercule, se seraient installés en
Afrique antique. S'agit-il d'un contingent de mercenaires orientaux ayant accom-
pagné un général béothien( 27 l à l'époque où les grecs multipliaient leurs invasions
et fondations de colonies dans la partie ouest de la Méditérranée? Si cette interpré-

(21) Plutarque, Sertorius, IX, 8.


(22) Pindare, IX" Pythique, 106-125.
(23) Méla, ibid.
(24) On pense qu'il s'agirait du tertre de Mzora, cf infra.
(25) Plutarque, Sertorius, IX, 2; Strabon, Géographie, XVIII, 3, 8. (60 coudées = 27 cm). La
légende qui veut que certaines villes du Maroc antique aient été fondées par des géants, s'est perpé-
tuée jusqu'au Moyen-Age. Ainsi Abou Abdellah Mohamed Ibn AbI Bakr AzzahrI, dans son livre inti-
tulé a/-Jughrafia, Damas, 1968, p. 194, nous signale qu'une ville, du nom de Tahart, fut, selon Ibn AI
Jazzar, auteur de 'Ajaibu a/-Bu/dan, construite par des géants et "que de nos jours, nous trouvons leur
trace: des tombes renfermant des squelettes humains dont la longueur du fémur, sans compter les arti-
culations, est de sittati ashbar (= soit 1,30 ml. On y a trouvé aussi des crânes humains avec quelques
dents. La dent mesure en longueur ainsi qu'en largeur plus de tha/iithat ashb;ir (soit 0,75 ml. Son
poids, lui, est de thalathat arçal (soit 7,5 kg)".
(26) Cf Salluste, Bell. Jug, XVIII. Les Maures seraient des Hindous venus dans ce pays avec
Héraclès selon Strabon, XVII, 7.
(27) Le personnage d'Héraclès est d'origine béotienne. Son nom est Alcide; Héraclès n'est
qu'un surnom qui veut dire gloire d'Héra. Ce personnage magnifié est, selon les récits, le fils d'une
mortelle, Alcmène, et du dieu Zeus. Celui-ci s'est présenté à cette noble dame sous l'aspect de son
mari absent, Amphitryon.
10 H. GHAZI-BEN MAIS SA

tation est juste, cette histoire magnifiée serait l'écho d'événements sanglants qui
remonteraient à une époque située entre la fin du VIIIe s. et le début du VIe siècle
avant J .-c., date à laquelle remontent justement les plus anciens vestiges de Lixus,
cité où se trouvaient, selon Pline l'Ancien, le palais d'Antée. Quant aux légendes
tissées autour de ce personnage, elles prouveraient, à leur tour, l'existence d'un
culte pratiqué par les !mazighen à l'égard de leur Rois depuis cette époque, au
moins.

- Iarbas 1

a. Récit légendaire

Dans l'Enéide, Virgile évoque un Roi de Libye du nom d'Iarbas(28). Celui-ci


après avoir tout d'abord repoussé Didon à son arrivée, lui permit d'acheter autant
d'espace que la peau d'un bœuf peut en couvrir. Intelligente, la phénicienne fit
tailler la peau de l'animal en lanière et occupa ainsi "un espace beaucoup plus
grand que celui qu'elle a paru demander"(29).

Roi des Maxitani selon Justin(3Ü), des Maurusiens selon Virgile(31), des
Mazikès selon Eustathe(32), de Libye selon Saint Jérôme(33), il convoqua "dix
notables carthaginois, leur demanda la main d'Elissa sous menace de guerre"(34).
Celle-ci éprise d'Enée selon Virgile(35), n'acceptant pas d'épouser un barbare selon
Justin(36), mais ne voulant pas non plus provoquer la destruction de la ville
nouvelle, préféra aller sur le bûcher. Son sacrifice pour sauver sa cité, lui a valu
une déification.

Ce Roi qui est dépeint par Silius Italicus comme un tyran, faisant régner
partout la terreur(37), est un personnage fort riche et père de deux héros.

Acherras, son fils est chef du "camp des Gétules habitués à vivre parmi les
troupeaux de fauves, à parler aux lions indomptés et à calmer leur fureur"(38). C'est
un chef qui ne montre ni un visage joyeux, ni un front serein(39).

(28) Virgille, Enéide, IV, pp. 35-42, 196-226,533-536.


(29) G~ell, HAAN, 1, p. 382.
(30) Justin, Histoires Philippiques, XVIII, 6, 1.
(31) Virgile, Enéide. IV, 206.
(32) Eustathe, Comm. advers., 195, G.g.m., II, 250 (e. Muller, 1861), cité par J. Desanges,
Rex Ml/xitanarum Hiarbas (Justin, XVIII, 6,1) dans Philologus, Ill, 1967, p. 305, nA.
(33) Saint Jérôme, apl/d Timée, Adversus Jovianum, 1, dans Patralagia latina, t. 23. p. 273.
(34) Justin, ibid., XVIII, 6, 1.
(35) Virgile, ibid., pp. 231-216.
(36) Cf Justin, ibid., XVIII, 6,3.
(37) Silius Italicus, Il, 55-56.
(38) Id., ibid., pp. 287-289.
(39) Id., ibid.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE II

Asbytés, sa fille, belliqueuse et intrépide(40l est une redoutable guerrière.


Vêtue d'un "manteau aux lueurs chatoyantes"(4l l , se mettant à l'abri d'un "bouclier
brillant de pierres précieuses"( 42 l, elle conduit diaboliquement le char(43), manie
avec une grande dextérité le javelot et sème la panique dans les rangs de l'en-
nemi(44). Sa mort sur la champ de bataille rendit "fous de chagrin"(45) les Numides
gui se sont mis "sans tarder au triste devoir des funérailles de leur princesse"(46) et
lui ont élevé un tertre( 47 l.

b. Interprétation historique

Dans un fragment rapporté par Saint Hippolite et gui serait de Pindare "les
Libyens disent que Iarbas, le premier né des hommes sortant des plaines dessé-
chées, cueillit le doux gland de Zeus"( 48 l. Si comme le veut la légende, ce Roi est
le premier né des hommes, cela signifie que Iarbas n'avait pas de père du genre
humain. Or ceci est en parfait accord avec le nom que porte ce personnage, à
savoir larbas. Ce nom amazigh, et non pas phénicien comme ['avance St. Gse1lC 49l ,
est composé de lar, ba et s qui, réunis, veulent dire "celui qui n'a pas de père",
sous-entendu "du genre humain". Cela est confirmé si l'on tient compte d'une
légende rapportée par Virgile et Silius Italicus où ils affirment gue le héros africain
est fils de Hammon-Jupiter, "né d'une nymphe garamantide enlevée par le dieu"( 50l.
Cette légende si fabuleuse soit-elle, ne doit pas nous pousser à rejeter l'existence de
ce personnage(5l l , car de nombreux hommes aux destins exceptionnels, connus
historiquement, ont eu la même prétention, celle d'être né d'un dieu(52). Quant à la
nymphe garamante, elle est là pour affirmer l'africanité du personnage.
(40) Id., ibid., 121-176.
(41) Id., ibid.
(42) Id., ibid.
(43) Les Asbutae qui, selon Hérodote, IV, 171, habitaient au sud de Cyrène et possédaient
des chars à quatre chevaux pourraient avoir tiré leur nom de celui de la princesse Asbytès.
(44) Silius Italicus, ibid., 121-176.
(45) /d., ibid., 264.
(46) Id., ibid.
(47) Id., ibid., 256.
(48) Saiilt Hippolite, Philosophumena, V, dans Patrologia Graeca, t. XVI. p. 3127.
(49) Gsell, HAAN, l, p. 394, et III, p. 291. Selon G. Camps, origine du royaume massyle,
dans Revue d'histoire et de civilisation du Maghreb, n03, 1967 (= Camps, Origine du royaume
massyle), p. 29: "Ce chef porte un nom non africain, vraisemlablement théophore. comme la plupart
des noms de chefs libyens".
(50) Virgile, Enéide, 198-199; CF. aussi Silius Italicus, Il, 57-67.
(51) Cf à ce propos J. Oesanges, Rex Muxitanorum Hiarbas, (Justin. XVIII. 6,1) dans
Philologus, Ill. 1967, p. 304-308 et G. Camps, "les Numides et la civilisation punique". dans Ant.
Afr., 14, 1979 (= Camps, Les Numides et la civilisation punique), p. 44.
(52) La fable des fils de Raâ, pour ne citer qu'elle, devait être encore présente dans la
mémoire des peuples avoisinant l'Egypte, où régnaient, à cette époque (fin du IXe et la Ville s. avant
l-C.) des pharaons de la XXIIe et de la XXIIIe dynasties, toutes deux libyques. donc de la même
souche que notre Roi amazigh.
12 H. GHAZI-BEN MAISSA

Si ce personnage de légende a existé réellement, ce devait être un Roi puis-


sant, contemporain de la fondation de Carthage que d'aucuns situent en 814 avant
J.c. Ses royaumes se seraient étendus des Syrtes aux côtes atlantiques(53).
Plusieurs peuples vivaient apparemment sous le sceptre de ce Roi garamante. On y
rencontre les Maces, les Battiades, les Nasamons, les Autololes, les Gétules selon
Silius Italicus(54), auquels il faudrait sans doute ajouter les Numides et les Mazikes
d'Eustathe(55).

La légende tissée autour de la personne de ce Roi, qu'on veut d'origine


divine, et des membres de sa famille, confirme une fois encore l'existence d'un
culte royal, chez les Imazighen depuis leur très haute antiquité.

IL LES ROIS HISTORIQUES

A. Le culte royal du vivant des souverains

- Syphax Il

De l'autre côté de l'Afrique mineure, on voit éclore une autre légende


semblable. Une tamazight Tingi et un demi-dieu, Hercule donnèrent la vie à un fils
du nom de Sophax. Deux Rois historiques porteront ce nom. Le plus puissant
d'entre eux est le rival de Massinissa, Sophax II. Rien n'interdit de voir en lui (ou
en son entourage) le créateur de cette légende. Roi pieux, Suphax Il faisait élever
des autels de gazon sur lesquels il immolait lui-même des victimes(56). La puis-
sance, la richesse, l'hellénisme de l'aspect extérieur de ce Roi massaesyle(57), qui
gouvernait un territoire s'étendant de Tingi à la Cyrénaïque(58), autrement dit
jusqu'aux confins de l'Egypte, pays des Pharaons, nous permettent de penser que
cette légende a pu être forgée à son attention, d'autant plus que le contexte histo-
rique encourageait ce genre de croyance. En effet, il est important de souligner que
l'avènement de Suphax survient à la fin d'un siècle où s'étaient multipliés dans le
monde hellénistique et en Egypte, pays voisin des possessions du Roi, les
exemples d'apothéoses et les signes d'adoration de Rois considérés comme des
surhommes, et où, pour éviter des usurpations, on inventait "des généalogies
divines et des légitimations ancestrales"(59).
(53) Silius Italicus, II, pp. 57-67.
(54) /d., ibid.
(55) Eustathe, ibid.; cf J. Desanges, ibid., et G. Camps, ibid.
(56) Silius Italicus, XVI, 62.
(57) Cf. J. Mazard, CO/pus nummorum Numidiae Mauretaniaeque, Paris. 1955 (= Mazard,
CNNM). n° 10 et II et notre analyse dans les origines du royaume d'Ascalis. dans Africa Romana. XI,
1994. pp. 1403-1416.
(58) Cf. H. Ghazi-Benn Maissa, "Les origines du royaume d'Ascalis", dans Africa Romana,
XI. 1994, pp. 1403-1416.
(59) L. Cerfaux et J. Tondriau, Le culte des souverains dans la civilisation gréco-romaine.
Paris, 1957 (L. Cerfaux, et J. Tondriau), p. 146.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 13

Quant à Juba II, il n'a fait que rapporter la petite histoire(60). Et, en tant
qu'héritier du royaume de Sophax, il s'attribua les fruits de la légende du massae-
syle.

- Massinissa

Ce caractère sacré pouvait s'étendre à l'épouse ou à la mère du Roi.


Rappelons-nous le cas de l'époque de Gaia et mère de Massinissa; ce fut une
prophétesse aux yeux des anciens(61). Un homme issu d'une créature pareille et roi
de surcroît ne peut être considéré comme un être ordinaire, surtout quand il s'agit
d'un Massinissa.

Massinissa avait d'étroites relations avec le monde hellénistique. Les


inscriptions découvertes en Orient en témoignent(62). Ptolémée VIII, Evergète II,
alors Roi de Cyrène et futur Roi d'Egypte fut reçu à la cour grécisée du Numide,
probablement entre 160 et 155 avant J.-c.(63). Il serait donc étonnant que le
Massyle assoiffé de pouvoir et d'autorité n'ait pas usé de tous les moyens pour se
grandir aux yeux de ses sujets et s'entourer d'un sacré qui le rendrait irremplaçable
et sa personne inviolable. Les courtisans étaient là pour lui le rappeler si lui-même
n'y avait pas pensé, ce qui du reste serait étonnant de la part du fils d'une prophé-
tesse.

On nous a rapporté que ce nonagénaire, d'une résistance physique extraordi-


naire, bénéficiait de la Tuché et c'est grâce à cette faveur divine, la baraka en
quelque sorte, qu'il a pu recouvrer le royaume de ses ancêtres(64).

Tite Live, dans la supplication de Sophonisbe, reconnaissait que le pouvoir


du Roi était un don des dieux(65). Le souverain numide détenait donc un pouvoir
charismatique et bénéficiait aux yeux de l'auteur latin de la Felicitas et de la
Virtus(66). Cette Virtus, Tite Live, reconnaît ailleurs, qu'elle impliquait
l'immortalité(67).

(60) Plutarque, Sertorius, IX.


(61) Cf Silius Italicus, XVI, 121-132 et 140-142.
(62) Cf F. Durrbach, Choix d'inscriptions de Délos, New York, 1976, pp. 68-69 et 93; IG 112,
2316, 1. 41-44; cf. aussi M.F. BasIez, "Un monument de la famille royale de Numidie à Délos", dans
Revue des études grecques, XCIII, 1981, pp. 160-165.
(63) Massinissa avait reçu entre 160 et 150 ce Roi hellène de Cyrène. Le faste de la cour du
Roi numide était resté apparemment fixé dans la mémoire du Basileus qui l'immortalisa dans le
Vllème livre de ses commentaires rapportés par Athénée, Deipnosophistes, VI, p. 229.
(64) Appien, Punica, p. 106.
(65) Cf Tite live, XXX, 12, J 1.
(66) Tite Live, XXX, 12, 12.
(67) Id, l, 7,15: "Immortalitatis virtute partae".
14 H. GHAZI- BEN MAISSA

Polybe , quant à lui, fasciné par les qualité s du Roi, nous parle même
de son
œuvre divine "la plus belle, la plus divine" (68), nous dit-il. On mesure
l'impor tance
de cette phrase, quand on pense qu'elle émane d'un auteur à qui
l'on a reproch é de
nier "l'inter vention divine"(69) et d'expli quer par d'incom parable
s qualité s natu-
relles les succès de son héros"(70), Scipion l'Africain(7l). Il est probab
le donc que
Massin issa posséd ait aux yeux de Polybe , une puissan ce divine
grâce à laquell e,
selon l'auteu r grec, il a rendu, à la terre de Numid ie, que l'on disait
stérile, sa ferti-
lité. "Avant lui, nous dit l'auteu r grec, la Numid ie tout entière était
stérile et l'on
pensait que son sol ne pouvai t donner des récolte s; or le premie
r (... ), il prouva
qu'elle pouvai t produi re toutes éspèce s de fruits"(72). Il n'y a
pas de doute que
Polybe a exagér é le rôle de Massin issa dans ce domaine(73). Mais
cette exagér ation
n'est-el le pas justem ent la manife station d'un culte, d'un début de
légend e?
A l'instar d'Alex andre le Grand(74), Massin issa est, aux yeux des
ancien s,
empli de respect envers les dieux. Selon Ciceron(75), Massin issa,
dès qu'il apprit la
proven ance du cadeau que venait de lui faire le préfet de sa flotte,
ordonn a de
remettr e imméd iateme nt en place la défens e d'éléph ant gigante
sque qui ornait le
temple de Junon- Astarté à Malte, dont ce dignita ire s'était emparé
. Ce récit atteste
sa pietas envers les dieux qui pour cette raison ne feront que
contin uer à le
protége r. Dans le même sens, Massin issa avait envoyé (à Délos)
vers 179, un char-
gemen t de 2796 médim nes de blé (soit 14.00 hl) qui furent
vendus 10.000
drachm es au profit du temple d'Apollon(76).
Pour sacrifie r à Jupiter , le Roi numide était prêt, alors âgé de 70
ans, à se
rendre en person ne au Capitole(77). Rome lui épargn a ce pèlerin
age et ce fut son
fils Masga va qui offrit le sacrifice(78).
Massin issa qui respec tait les divinit és des peuple s étrange rs,
croyai t en
celles de sa nation. C'est les yeux pleins de larmes qu'il s'adres se
au soleil et aux
autres divinit és du ciel pour les remerc ier d'avoir prolon gé sa
vie suffisa mment
pour voir le petit-fi ls de Scipion(79).
(68) Polybe. XXXVI, 4, 16.
(69) Etienne, Culte, p. 85.
(70) Id., Ibid..
(71) Id.. ibid..
(72) Polybe, XXXVI, 4, 16.
(73) cr.
à ce propos notre article, "Volubil us et le problèm e de Re/?ùl Jubac",
dans Afi'icu
Romana. 10. 1992, pp. 243-261 .
(74) L. Cerfaux et J. Tondriau , ibid., p. 125.
(75) Ciceron. Verrines. Il,4,46; Valère Maxime , 1, 1,2 reprend
la même historiet te.
(76) Cf F. Durrbac h, Incsriptions de Délos, Paris, 1929,44 2 A, L.
101.103 . j04 et 106 et
Th. Homolle , "Compte s des Hiéropes du temple d'Apollo n Délien",
dans BCTH. VI. 1882. p. 9-11 et
14-15.
(77) Tite Live, XLV, 13 et 14.
(78) Tite Live, ibid.
(79) Cicéron, La République, VI, 9.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 15

Dans le monde grec, des statues étaient dressées pour honorer le 'Roi(80), sur
les bases desquelles des inscriptions vantaient les qualités du Numide en particu-
lier l'affection et la bienveillance(81).
La Pietas, l'affection, la bienveillance, ne sont que des qualités humaines
certes, mais quand elles sont présentes chez un individu, Roi de surcroît, ou
qu'elles s'ajoutent aux autres qualités dont Massinissa se trouvait pourvu aux yeux
des anciens, comme la Virtus, la Felicitas ou la Tuché, il en résulte que le Roi
Numide, tout comme Auguste plus tard, "résume en lui-même toutes les vertus
autant qu'il les propose comme modèles à ses contemporains", et apparaît par là
même proche des dieux(82). Le "mythe moral", comme l'a écrit R. Etienne, est insé-
p1rable du mythe divin"(83).
Ce Roi, fils d'un Roi reconnu comme tel par Scipion, devait avoir comme
les autres Rois imazighen des "fonctions religieuses"(84) et devait jouir "indépen-
damment de ces fonctions d'une véritable protection magique et d'une influence
bienfaisante"(85). La royauté comporte toujours dans l'histoire un caractère sacré.
L'exercice du pouvoir royal fait des souverains les interprètes des dieux. Il les
sacralise, voire les divinise. Ce caractère sacré de la royauté, comme l'a écrit
Camps, a été généralement négligé. Or il semble avoir eu un rôle considérable
dans ce qui fut appelé le culte royal"(86). Les titres de Rex, de Basileus, d'Aguellid
ne doivent par avoir "seulement un contenu politique(87). Ils témoignent aussi d'un
véritable culte encore mieux prouvé par le rite de la proskynèse"(88) comme l'a
écrit R. Etienne. A propos de cette proskynèse justement, Tite Live nous rapporte
une indication relative au règne de Massinissa. Dans un passage, l'auteur latin nous
décrit la scène où Sophonisbe se prosterne devant le nouveau Roi, Massinissa, et
lui dit "ton pouvoir sur nous t'a été donné par les dieux", ton courage et ta félicité;
"mais si une captive, devant l'homme qui est le maître de sa vie et de sa mort, peut
faire entendre une parole suppliante, si elle peut toucher ses genoux, sa main victo-
rieuse, je t'en prie, je t'en supplie par la majesté royale qui nous entourait naguère
(00') par les dieux de ce palais (...), accorde à une suppliante la grâce de décider
seul ce que t'inspirent tes sentiments pour ta captive et de ne pas me laisser tomber
au pouvoir arbitraire, hautain et cruel de quelques Romains"(89J.I1 est clair ici que
(80) Durrbach, Choix d'inscriptions de Délos, nO 68 et 93.
(8 J) Id., ibid.. , N) 93.
(82) Etienne, Le siècle d'Auguste, éd. A. Colin, Coll U2, Paris, 1980, (= Le siècle d'Auguste),
p.39.
(83) Id., ibid..
(84) Camps, Massinissa, p. 162.
(85) Id., ibid..
(86) Id., ibid..
(87) Etienne, Le culte impérial dans la Péninsule Ibérique d'Auguste à Dioclétien. 2éme éd.,
De Boccard, Paris, 1974, p. 89.
(88) Id" ibid..
(89) Tite Live, XXX, 12, 12-14.
16 H. GHAZI-BEN MAISSA

la proskynèse signifie plus qu'une salutatio d'un inférieur à l'égard d'un supérieur,
elle traduit une attitude de supplicatio regis qui se rapproche de la supplicatio dei.

Il serait étonnant que Massinissa, qui avait su cristalliser l'admiration de ses


contemporains et dont l'avènement survient à la fin du Ille siècle, c'est-à-dire "à
une période où la pensée stoïcienne c...)
(avait) habitué les esprits à fonder la méta-
90
physique sur la morale"( l, à une période où dans le monde héllénistique et en
Egypte, avec lesquels le Numide avait des relations, se multipliaient différentes
formes d'adoration des Rois(9!), il serait donc étonnant que ce Roi, de surcroît fils
d'une prophétesse(92l, n'ait pas été .considéré comme un être quasi-divin.

- Les successeurs de Massinissa: de Macipsa à Hiempsalll

Les successeurs de Massinissa ont-ils fait évoluer cette image d'un Roi à la
nature quasi-divine, tirant sa sacro-sainteté de l'exercice même du pouvoir royal
vers celle d'un Roi à la nature divine? Sont-ils parvenus à se faire adorer de leur
vivant comme des dieux, à l'instar des pharaons égyptiens? Nous n'avons aucune
indication à ce sujet, ni en ce qui concerne l'attitude de Micipsa, fils de Massinissa,
ni même en ce qui concerne le jamosissimus Jugurtha, ou même le Roi éclairé
Hiempsal, fils de Gauda, petit-fils de Mastanabal et arrière-petit-fils de Massinissa.
Aucune légende, aucune mention, même implicite, ne nous est parvenue allant
dans le sens d'une déification des descendants de Massinissa. Mais faudrait-il pour
autant conclure que les successeurs du vieux Roi avaient renoncé à cet atout qui ne
faisait que rehausser leur prestige et qui les mettait à l'abri de toute concurrence?
"Plus d'un chef de grande tribu, de peuplade envie le Roi et a l'ambition de la
remplacer" affirme avec raison St. Gsell( 93 l. Les sources gréco-romaines ne
parlent-elles des Imazighen qu'en marge de l'histoire de Rome? Les auteurs
anciens, intéressés plutôt par l'attitude des chefs à l'égard de l'Urbs ont pu négliger
ce détail intérieur d'un régime qu'ils détestaient et dont ils se sont débarrassés
depuis 509 avant J.-c. Les Rois imazighen en général, et massyles en particulier,
ne sont pas servis dans leurs royaumes par un tissu administratif dense qui leur
permet de tenir en mains leurs sujets. Ils ont à gérer des Etats formés d'une
mosaïque de groupes sociaux et politiques divers, jaloux de leur autonomie et de
leur indépendance. Le maintien d'un culte de leur personne est plus que nécessaire.
Il peut servir à créer des liens directs entre le Roi et ses sujets. Ce culte, peut-être
aussi, demeuré relative"ment discret sous les successeurs de Massinissa jusqu'à
Hiempsal II, va apparemment connaître sous Juba l, une autre orientation beau-
coup plus audacieuse.

(90) Etienne, Le siècle d'Auguste, p. 39.


(91) Cf Cerfaux et 1. Tondriau, ibid., p. 125.
(92) Zonaras, IX, 12; Silius Italicus, XVI, 115-169.
(93) Gsell, HAAN, V, p. 138.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 17

- Juba 1

Apollodore(94) nous rapporte une légende qui veut qu'un lobes soit le fils
d'Hercule et d'une grecque, une thespiade appelée Kerthé, nom qui n'est pas sans
nous reppeler celui de la capitale numide, Cirta. Ce conte ne serait inventé qu'à
l'intention de Juba 1(95). Juba II est à exclure; il n'a pas régné sur cette partie de
l'Afrique. Si cette hypothèse est juste, le Roi, issu d'un milieu d'intellectuel(96), et
ses flatteurs, seraient à l'origine de la trame de ce récit; ils auraient voulu opposer
un desendant direct d'Hercule à César, descendant, lui depuis peu, de Venus
Genetrix(97).

Mais le Roi, s'est-il limité à ce stade ou a-t-il essayé de se faire passer pour
Jupiter, le Roi des dieux. N'a-t-il pas été aidé en cela par l'aspect jupitérien(98) de
son profil? Un rapprochement, inspiré par le Roi lui-même ou par ses coutisans,
entre lobès et lavis, forme archaïque du nominatif de Jupiter(99), qui se prononce à
peu de choses près de la même manière, ne serait pas impossible. Jupiter n'était pas
inconnu en Numidie contrairement à ce qu'avance F. Bertrandy(lOO). Massinissa
avait déjà manifesté le désir d'aller lui sacrifier. Le culte de ce dieu n'était pas
ignoré en Afrique. Le Roi des dieux avait un sanctuaire à Utique(IOI), où Juba l,
après sa victoire sur les césariens et la mort de Curion en 49, a vécu pendant un
certain temps, et s'est conduit, nous dit-on, en Maître(102).

(94) Apollodore, II, 7, 8.


(95) C'est cc qu'avait remarqué, avec raison, St Gsell, HAAN, VI, p. 155.
(90) Hiempsal II, Le père de Juba 1, est sans doute le Roi érudit, auteur des Libri punici,
,ource dl' Sallustc (Bell. lug., XVII, 7) quant aux origines des habitants de l'Afrique. L'autcur latin
n'ayant pas précisé dl' quel Hiempsal il s'agit, d'aucuns (Camps, Massinissa, p. 15 ct 16; R. Syme,
SullllSle. Los Angeles. 1964, p. 153) ont émis l'hypothèse que ces livres étaient de Hiempsal 1, fils de
Micipsa. Seulement l'âge de Hiempsal 1, qualifié. ainsi que son frêre aîné, Adherbal. de parl'US par
Salluste. Weil. lul\ .. VI, 2) à la veille de son accession au trône, son caractère d'enfant terrible. son
règne trop court (118-116) et trop tumultueux, ne plaident pas dans ce sens. D'ailleurs s'il était ques-
tion de Hiempsal 1er. fils de Micipsa. Salluste n'aurait, sans doute, pas manqué de Icpréciser pour
qu'il ne soit pas confondu avec le second. le plus proche, celui qui fut son contemporain, le père de
Juba lcr.
(97) "César l'a proclamé trés haut en 68", selon R. Etienne, Le siècle d'Auguste. p. 40.
(98) Ce rapprochement est contesté par F. Bertrandy, "Remarques sur l'origine romaine du
monnayage en bronze et en argent de Juba 1, Roi de Numidie", dans BCTH, n.s.. 12-14. fasc. B,
1980. pp. 10-11. Dans cet article, l'auteur français pense à tort que Jupiter était inconnu en Numidie
du temps de Juba 1. Or on sait que ce dieu était connu du temps même de Massinissa. cf supm. p. 10
ct n. 76.
(9lJ) Cr F. Gaffiot, Dictiol1naire illustré, Latin-Français. Pris, 1934. au mot Jupiter.
(1 (0) F. Beru'andy, ibid.. p. Il.
(101) Plutarque, Catol1, 59, 3.
(102) César, Bell Civ., XI, 41-42; Dion Cassius, XLI, 42, 3-6; Appien. II, 45-46.
I~ H. GHAZI-BEN MAISSA

1
1

L
Portrait de Juba 1
Extrait (le Die Numider, p. 489
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE Il)

Une inscription découverte à Hasnaoua "à14 km au nord de borj Bou


Aréridj"(103), zone ayant fait partie jadis du royaume de Juba 1(104) que G. Camps
date postérieurement de "plusieurs siècles"(105) au règne de Juba II, nous paraît
plutôt, vu son libellé, remonter à l'époque de Juba 1 . En effet, dans ce texte le nom
de Jupiter, suivi de celui de Juba, est cité au nominat~f sous la forme archaïque
lovis. Dans cette inscription, Juba est mis sur le même plan que Jupiter; cela signi-
fierait-il alors que le Roi tenait à être considéré comme un dieu de son vivant déjà?
Ou bien ses fidèles ont-ils tenu à le diviniser après sa mort?

Les revers de certaines monnaies du Roi représentent la façade d'un temple


octostyle accompagnée de la légende en punique lobai Hmmlkt( 1(0). La coexitence
du temple et de cette légende doit-elle nous inciter à penser que ce temple avait été
érigé en l'honneur du Roi? Nous le pensons volontiers; d'autant plus que César,
contemporain et ennemi du Roi "s'est fait rendre un culte divin de son vivant"! 107).
Ne serait-ce que pour défier le Dictateur, Juba 1 pourrait avoir choisi de se déifier
a vant sa mort.

- Juba 1/

Son fils Juba II, installé par la volonté d'Auguste à la tête du royaume de
Maurétanie, va-t-il oser se faire adorer comme dieu de son vivant par ses sujets?

Dans les inscriptions latines gravées en son honneur! IOXJ, on ne peut trouver
aucune allusion à l'éventualité d'un culte rendu du vivant du souverain. Cependant
selon Plutarque( 109), Juba II, tout comme son père Juba l, aurait prétendu descendre

(103) CIL. VIII. 20627. Nlllldilla anllll(a) qllod praecepit !rn·i.1 et .1111)(/ el Gellills
\iullislle( Il )si( 11111) illlod precepenlllt dii lllgiroZO[ieb m : Le marché annuel, selon cc qu'ont prescrit
Jupiter, Juba ct le génie de Vanisnenses ct ce qu'ont prescrit les dieux Illgi·ro~.·(}gehlll (= les dieux
de l'endroit où creuse la pioche. autrement dit les dieux chthoniens).
(104) Cr H. Ghazi·Ben Maissa. "Les origines du royaume d'Ascalis", dans A/l'iCi! ROIII{//)(l,
XL 1994. pp. 1403-1416.
(105) Camps. Mussillissa. p. 286-187.
! 1(6) Mazard. CNNM. p. 50. n° 84-86 ct p. 51. n° 91. L'expression Hmmikt qui sc développe.
selon J.G. Février, H(a)M(i) M(a) L (a) K(a) T, pourrait signifier protecteur du royaume ct non pas
!:hd des princes comme l'avance J.G. Février, L'inscription fllnéraire de Micip.l'iI. pp. 139-159 ct
particulièrement p. 148. suivi par Camps, Massinissa. p. 217; C. et G. Ch. Picard. "Recherches sur
l'architecture numide". dans Kartha[io, XIX. 1980, pp. 16-39: préfèrent voir dans ce monument une
basilique qui servait à Juba à "rendre la justice; il est probable cn outre". selon les deux auteurs.
"qu'elle était le siège d'un culte de la dynastie. comme les basiliques des villes romaines le seront
pour le culte impérial", pp. 19-20.
(1 (7) Etienne. Le siècle d'All[illste. p. 42.
(lOS) CIL. VIII, 9343: [in honorem] REGIS/ leL .. ] REGINAE (hedcra)/ l.. bol NAE
MAGNAE 1 sign] VM. VICTORIAE El ... S FELIX/ ldecr.:] TO PAGI. "En l'honneur du Roi et..
de la RClne bonne. grande.... une statue de la victoire, ... Felix. par décret du Canton". CIL. VIII,
20'J77: [regi Jubae r]~EGI PTOLMAEO/ [.. p] ATRONIS. ET! [dominis 01 B MERITA: "Au Roi
Juba. au Roi Ptolémée... à nos patrons et nos maîtres, en raison de leurs méntes".
(109) Plutarque. Ser/orius.IX.
:'0 H. GHAZI-BEN MAISSA

d'Herc ule. "Ses ancêtre s à ce qu'on rappor te, nous dit l'auteu
r grec, étaient les
descen dants de Didore et de Sophax(lIO), lesquel s étaient respect
ivemen t. selon la
légend e, petit-fi ls et fils d'Herc ule et de Tinga. L'auteu r laisse d.onc
entend re que le
Roi numide de Maurét anie avait tenu à se rattach er à cette légend
e qui tleuriss ait
déjà à Tingi, problab lement depuis la fin du me
siècle avant J. -co
Sur de nombre uses monna ies à l'effigie de Juba II, figuren t les
symbo les du
héros légend aire. Le vase sacré (skyph os) "dans une guirlan de fermée
"! III l, figure
sur le revers de trois monna ies datant de 22-23 après J.-C. II m.
La "massu e dans
une couron ne de laurier"! 113) est gravée au revers des monna ies de
la période allant
de 7-8 à 20-21 après J.-c. La "dépou ille du lion de Némée
suspen due à une
massue "l 115), entouré e à gauche d'une tlèche, à droite d'un arc, figure
sur le revers
des monna ies de 5-6 à 23-24 après J.-c.

A cette série de monna ies, s'ajoute nt celles où Juba ne se conten


tait pas de
célébre r son ancêtre mythiq ue, mais allait jusqu'à s'identi fier au
demi-d ieu. Ainsi,
sur l'avers de plusieu rs monna Ies, datant de 5-6 à 23-24 après J
.-c., Juba appara ît
coiffé de la dépoui lle du lion de Némée ( 117). La massue est représe
ntée à plusieu rs
reprise s den'ièr e l'effigie du Roi(l18).

Selon G. Camps , "ces misérab les symbol es"( 119) ne pouvai ent
pas avoir de
réperc ussion dans la pensée des sujets de Juba II. "Toute s les
dynast ies"! 12()).
continu e l'auteur, "ont cherch é à se donner des origine s divines
ou mervei lleuses :
cela ne signifie pas pour autant que les membr es de ces dynast ies
étaient de ce fait
des person nages divins et reconn us pour tels"(121). A notre connai
sance, quand un
chef se donne une origine divine, c'est qu'il se veut divin et ses
sujets ont intérêt,
bon gré mal gré, à croire, appare mment du moins, à son essenc
e divine. C'était
d'ailleu rs déjà le cas, malgré ses réticen ces officiel les, de l'Empe
reur August e lui-
mêmei I22 ), son protect eur. Nous constat ons que Juba s'est choisi
pour ancêtre une
divinit é très popula ire en Afriqu e du Nord. Ne plaçait -on pas, selon
la légend e, le
Jardin des Héspér ides entre Lixus et Tingi? De nombre uses villes
ne portent -elles
(1 10) Plutarqu e. ibid.
(III) Mazard. ibid.
( 1 12) Id., ibid. p. 83. N° 166-167 et 169.
(113) Id.. ibid, p. 84.
(114) Id., ibid., p. 84. N° 169-174.
(115) Id., ibid.• p. 85.
(116) Id., ibid., p. 85-87. W 176-184 et 186.
(117) Id., ibid., p. 84. n° 172, p. 85. n° 177 et 178; p. 182; n091,
n0208-2 12; p. 94. n0226; p.
95-96. n° 231-236 , p. 99 n° 253-156 ; p. 100, n° 260-162 .
(118) Id., ibid.
(1 19) Camps, Massinis sa. p. 288.
( 120) Id., ibid.
(121) /d., ibid.
(122) Cf Etienne. Le siècle d'AuRuste, p. 40-43.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 21

pas le même nom que les épouses légendaires du demi-dieu: 7ïngiii23l, 101(124),
Cil1a( 12~). Hippo (regius)(126). Le nom d'/cosium serait venu d'Eikosi qui, en grec,
veut dire vingt, du nombre des compagnons d'Hercule(l27). Capsa aurait été fondée
par un Hercule Iibyenll28l. Cette poluparité est prouvée, s'il le fallait. par le nombre
d'inscription relatives à ce héros en Afrique(l 29 l.

On peut se demander si l'attitude de Juba II ne ri~quait P'lS d'irriter son


protecteUi Auguste? Apparemment cela ne devait pas se produire. (-!t'l'cule n'est
qu'un demi-dieu et il est le fils du dieu Jupiter. l'Empereur a tout intérêt même à
l'encourager dans cette voie dans le but d'amadouer les sujets maures et de les
p;'éparer ù accepter, sans trop de difficulté, en cas d'annexion, le culte de
l'Empereur romain. Ce culte n'avait-il pas été reçu avec enthousiasme par les habi-
tants des provinces orientales de l'Empire, initiées depuis longtemps à de telles
pratiques?

La ~olitique religieuse de Juba II ne pouvait que servir celle d'Auguste; le


demi-dieu Juba/Hercule rendait un culte au dieu AugustelJupiter. La hiérarchie
divine et la Pietas filiale étaient donc respectées.

Qt:ant à l'épouse de Juba, Cléopâtre Séléné, fille de Marc Antoine (Nouveau


Dionysos) et de la grande Cléopâtre, elle a toujours mis en évidence ses origines
lagides. Elle donna à son fils le nom de Ptolémée, fit toujours graver son propre
nom en grec sur les monnaies alors que celui de son mari figurait en latin( no). Les
symboles d'Isis(l31) et d'autres symboles égyptiens, crocodile(132l, vache(133),
ibis(134), apparaissent sur de nombreuses monnaies frappées à l'effigie de Juba II et
de Cléopâtre Séléné. Mais la monnaie la plus intéressante à ce sujet est celle où à
l'avers figure la tête d'Ammon Cornu avec la légende Rex Juba, alors que sur le
revers apparaît une forme diadémée, assise à gauche, coiffée du symbole d'Isis,
tenant un bouquet dans sa main droite et un sceptre oblique dans sa main gauche,

(123) Plularque. Sertorrius, IX.


(124) F. Durrbach. ert., Hercules, dans Ch. Daremberg, 2d. Saglio et E. Pottier, Dictionnaire
des c!lltiquités grecques et romaines. Paris. 1877-1919, p. 99.
(125) Apollodore. Il. 7,8.
( 126) Id. , ibid.
(127) Solin, XXV, 17; cf M. Leglay, "A la recherche d'Icosium", dans Allt. Ati·.. Il. 1986. p.7.
(128) Salluste, Bell. Jug., LXXXIX, 4; cf aussi P. Corbier, "Hercule africain, divinité indi-
gène'I", dans Dialogue d'histoire ancienne, 1, 1974, p. 101.
(129) Cf P. Corbier, ibid., p. 95-04.
(130) Mazard, CNNM, p. 76-124.
(131) Id. , ibid. p. 93. n° 22 et 23; p. 102, n0272-274, p. 108. n0297-289; p. 10-113. n° 301-
338; p. 115. n° 345; p. 116-117, p. 351-354.
(132) Id., ibid., p. 113-115. nO 339-344 et 346; p. 125, n° 394 et 395.
(133) Id., ibid., p. 93-94, n° 224-226.
( 134) Id. , ibid.. p. 116, n° 349.
22 H. GHAZI-BEN MAISSA

le tout entouré de la légend e Basilicca Kléopatra et inscrit dans


une couron ne de
laurier(135). Selon J. Mazard , il s'agit d'une déesse dont il ne précise
pas le nom(136).
Pour notre part, nous penson s qu'il pourra it s'agir de la Reine
Cléopâ tre s'identi -
fiant à Isis, dont elle serait, en tant que descen dante des pharao
ns, l'éman ation
telTestre. C'est à Isis, d'ailleu rs, que Juba II avait consac ré un /sewn
à Caesarea(l37).
- Ptolémée

Quant au Roi Ptolém ée dont le nom est déjà lourd de signific ation.
il doit
avoir hérité du "sacré pharao nique" de sa mère et herculé en de
son père. Et si les
dédica ces latines( 138) relative s à ce Roi, comme celles adressé es
à son père, n'appa-
raissen t pas teintée s de beauco up de religios ité, il reste néanm oins
que l'une d'elles
s'adres se à son genius(139).

Selon les sources numism atiques , il ressort que Ptolém ée avait suivi
pendan t
un certain temps la politiq ue religie use hybrid e de son père.
Aux côtés des
monna ies où se trouve encore gravée la massue , symbo le d'Hercu
le( 140), figuren t
dçs monna ies dédiée s à Tibère Auguste(l41).

Une inscrip tion découv erte à Athènes(142) fait remont er l'origin


e généal o-
gique du Roi amazig h au Roi Ptolém ée d'Egyp te. Ce texte qui,
sans nul doute,
traduit une réalité mais aussi un état d'esprit , en mentio nnant l'ascen
dance lagide du
Roi Ptolém ée a-t-il pu contrib uer à dévelo pper dans l'esprit du Roi
l'idée qu'il était
l'héritie r des pharao ns? A son retour d'Orien t, Ptolém ée s'est-il
compo rté à l'instar

(135) Id.. ibid., p. 117, n° 355.


(136) Id., ibid., p. 117.
(137) Pline, HN, V, 10.
(138) L. LESCH I, "Un sacrifice pour le salut de Ptolémé
e, Roi de Mauréta nie", dans
Mé/all!? o E.F. GAUTIE R, 1937. p. 332-340 : [pro salute
r] EGIS. PT [0] LEM AEI / REGIS .
IVBAE. F(ilii) REGNANTE 1 ANNO. DECVMO. ANTISTLA 1 GALLA
. VOTVM .. SATVRNO.
SOLVI 1 LlBENS MESITO. vrCTVM A ACCEPTA 1 [a b] IVILlA
RESPECT!. F(ilia). VITALE
RUSGV NlENSE == "Pour le salut du Roi Ptolémée, fils du Roi Juba,
dans la dixième année de son
règne, moi Antistia Galla. j'ai accompli mon vœu à Saturne d'un cœur
content. à juste titre. la victime
ayant été reçue par Julia Vitalis. fille de Respectus, originaire de Rusguni
se". CIL. VIII. 8927: REGI.
PTO/LE MAO./ REG(is). IVBAE. F(ilio): "Au Roi Ptolémée, fils du
Roi Juba". CIL. VIlI, 9257: [r]
EGI. PTOLEM AE [0] REG(is). IVBAE. F(llio) 1 L(ucius). CAECIL
IUS ISA VAE CONSV MMATI S
1 D(e). S(ua) P(ecunia). F(aciendum). C(uravit)). ET CONSACRA
VIT: "Au Roi Ptolémée, fils du
R')i Juha. Lucius Caecilius Rufus. fils d'Agilis après avoir exercé toutes
les charges de sa partie. a
pris le soin de faire ériger à ses frais (cette statue) et l'a consacré
e". CIL. VIII, 9342; GENI [0]
REGIS. PTO[lemaeiJ 1 REGIS [ibuae filii]: "Au génie du Roi Ptolémé
e, fils du Roi Juha".
(139) CIL. VIlI, 9342.
(140) Mazard, CNNM, p. 133-134, n° 430-439 .
(141) Cf id., ibid., p. 136-138 , n° 451-464 .
(142) IG, 555 == IG 112,3445 "Le peuple (athénien honore) le Roi
Ptolémée, fils du Roi Juba.
descendant du Roi Ptolémée pour sa valeur et sa bienveillance envers
lui.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 23

Le Roi Ptolémée, fils de Juba II


Extrait de Die Numider, p. 509
24 H. GHAZI-BEN MAISSA

des Rois du Nil, et s'est-il considéré comme un dieu et par là même a-t-il refusé de
rendre un culte au dieu siégeant à l'Urbs, Caligula?(143). Cela est fort probable.

Avec la disparition des grands royaumes imazighen, et la création de petites


royautés sous l'emprise directe de l'administration romaine, la personne du Roi ne
peut que descendre de son piédastal. La pénétration du christianisme en Afrique du
Nord et la conversion des Rois(144) ont dû faire le reste. Le culte du roi vivant
n'avait plus sa place dans la société. Cependant, chez les Maures moins atteints par
la religion de Jésus que les nations timazighine de l'Est de l'Afrique antique, on
continue à vénérer les Rois défunts.

B. Le culte royal des souverains après leur mort

Après leur mort, les Rois sont divinisés. Les sépultures colossales. tl/ml/fi.
tertres, tombeaux et mausolées en témoignent. Si les auteurs pa'lens n'ont pas parlé
explicitement de cette pratique, c'est probablement parce qu'elle n'était pas propre
au peuple amazigh. La divinisation des chefs morts en général. et des Rois en
particulier, était chose courante dans le bassin méditerranéen. Mais il y a toutefois
quelques allusions dans ce sens à signaler. Quant Appien relate la mort de
Sophonisbe, l'auteur grec nous dit que Massinissa lui organisa des funérailles
royales(145). Quant Salluste nous parle de la mort de Micipsa. il nous dit que ses
fils lui avaient "rendu les honneurs légitimes et dignes d'un Roi": il/i more regis
iusta magnifice jecerant" (1 46). La magnifience de ces honneurs sous-entend-elle
l'accomplissement habituel des rites funéraires royaux ou plutôt un cérémonial
d'apothéose? Dans le discours de la plaidorie que Salluste prête à Adherbal et que
celui-ci prononça devant le Sénat, le Numide parlait de son grand-père Massinissa
et de son père Micipsa comme de simples défunts et non comme des souverains
divinisés. Mais Adherbal pouvait-il faire autrement, lui qui vient en suppliant? Une
allusion à une éventuelle divinisation des Rois ancêtres, ne risque-t-elle pas de
choquer les ennemis historiques de la royauté, les sénateurs romains?

1. Le culte des Rois morts en Numidie


Deux inscriptions puniques découvertes l'une à Dougga. l'autre à Cherchel
apportent des éléments qui pourraient faire penser à la divinisation des Rois
défunts, Missinissa et Micipsa en l'occurrence.

- Massinissa
La première est une dédicace bilingue punico-libyque, d'un temple érigé à
Massinissa après sa mort: "Les citoyens de Dougga ont bâti ce temple au Roi
(143) Cf notre article, "Encore et toujours sur la mort de Ptélémée. le Roi II/!Ilôglz de
Maurétanie",dans Hespéris, 1995, pp. 21-37, quant aux relations tendues entre le Roi ct son cousin
Caligula.
(144) Nubel et son fils, Firmus, étaient de confession chrétienne.
(145) Appien, Punica, 28.
(146) Salluste. Bell. Jug., XI, 2.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUr 2'i

Massinissa" fils du Roi Gaia, fils du Suffète Zilalsan en l'an 10 (du règne) de
Micipsa ... "( 147) Certes, comme l'a souligné G. Camps, les "précisions généalo-
giques apportées dans la rédaction de l'inscription ne donnent à Massinissa qu'une
origine humaine(14S). Mais Massinissa avait-il besoin de se créer une généalogie
légendaire'? N'était-il pas un être extraordinaire de nature quasi-divine aux yeux
des anciens? Quant à la "sécheresse même de la dédicace", pour reprendre j'ex-
pression de G. Camps(l4CJ), nous pensons qu'elle traduit plutôt une sincère adora-
tion dépourvue d'artifice. Au début de l'institution du culte impérial. le .style des
dédicaces n'est-il pas empli de sobrieté comme le veut alors l'epigraphie de
l'époque -ce qui ne signifie pas pour autant absence de spontanéité -. pour devenir
ensuite au Ile siècle et au début du IVe siècle plus pompeuse, plus emphatique.
alors que la dévotion s'avère moins sincère, plus officielle que privée.

Le titre même de Roi, figurant dans le texte, n'est-il pas lourd de significa-
tion'? G. Camps n'a-t-il pas insisté, et avec raison, quelques pages auparavant sur
"le caractère sacré"(150) de ce titre. N'a-t-il pas écrit que l'attachement des
fll1u:ighen à la personne royale relève plutôt d'une "origine religieuse ou
magique "( 151) qu'affecti ve? Pour ces raisons, nous pensons donc que le formulaire
ne manque ni de respect ni même d'adoration

De plus, ladite "sécheresse" du texte, ne doit pas nous faire oublier qu'on est
ICI en présence d'un temple, ce qui signifie automatiquement et sans ambiguïté,
l'existence, dans cet édifice, d'un culte à un personnage, c'est-à-dire à Massinissa.
D'autre part, un temple élevé et dédié à ce Roi défunt à plusieurs kilomètres de sa
capitale Cirta, et à plusieurs kilomètres, comme l'a écrit G. Camps( 152), de son lieu de
sépulture, exclut, à notre avis, toute hypothèse d'un simple culte funéraire. et établit
celle d'un culte royal qui, peut-être, est rendu dans différentes parties du royaume.
C'est pour cette raison que nous ne pouvons pas exclure la restitution Masin [issae]
dans j'inspiration d'Abisar (en Kabylie) Tab (u) la Deo Masin [issae]( 15~)

- Micipsa

Dans la seconde inscription de onze lignes, en langue punique dédiée à


Micipsa par l'arrière-petit-fils de Massinissa Yzm(154) (= "lion" en tcu77a:ight), il est
q'Jestion d'un sanctuaire à Micipsa qualifié après sa mort de "vivant des

(147) J.B. Chabot, RecLlei! des inscriptions libyqLles, Paris, 1940-1941. n° 2.


(148) Camps, Massinissa, p. 283.
(149) Camps. ibid..
( l 'iU) Id., ibid., p. 162.
(l'il) Id., ihid.
(1 'i2) Id., ihid., p. 178,230 et 288.
(153) CIL, VIII, 20731.
(1'i4) lG. Février, "L'inscription funéraire de Micipsa", dans Revue d'Assyriologie et tf'ur-
c!téo!ogie orientales, XLV, 1951 (= Février. L'inscription funéraire de Micipsu). p. 148.
H. GHAZI-BEN MAISSA

vivants"(155) par Yzm. Ce dernier se dit "ordonnateur du dieu"(156). Ce dieu ne peut


être, selon J.e. Février suivi par G. Camps(157), que Micipsa lui-même.

Dans ce sanctuaire, on respecte les rites habituels de tout culte divin, en


faisant des libations avec de la myrrhe fluide et en brûlant de l'encens (L.8), sans
doute devant la statue de celui qu'on vient adorer, le Roi Micipsa.

On a découvert d'autres inscriptions gravées cette fois en latin où apparais-


sent les noms d'autres Rois et Princes imazighen. L'une d'entre elles. retrouvée à
Henchir Belda, près de Dougga, est dédiée à Masgava, pour le salut de l'Empereur
César(l58). On connaît déjà un fils de Massinissa qui portait ce nom et à qui le Roi
avait confié une mission diplomatico-religieuse à Rome(159) Cette indication
rapportée par Tite Live prouve à elle seule que ce personnage est loin d'être
"dépourvu de toute importance"(160). II n'est pas impossible alors qu'on ait affaire
ici à un fils probablement très pieux de Massinissa, mort sans doute. comme
plusieurs autres de ses frères, avant la disparition du nonagénaire. son père l'aurait
alors divinisé.

- CuLussa

Dans une autre inscription découverte à Ksar Sbahi, on invoque le Génie de


la colonie et le Roi Gulu·ssa(161). Une autre dédicace provenant de la même région,
de Khamissa (Tubursicu Numidarum) est adressée au Roi Hiempsal. fils du Roi
Gauda, par les habitants de la ville(162). Selon G. Camps, ces deux dernières dédi-
caces "ne sont pas d'une religiosité vibrante"(l63). A propos de la première. l'auteur
écrit: "Gulussa prend place après le Génie de la colonie et le caractère artificiel
des sentiments révélés par J'inscription de Tubusicu ne fait aucun doute"( 1(4). Pour

( 155) Id.. ibid.


( 156) Id.. ibid.
(157) Camps, ibid., p. 284:
(158) AE. 1895.31 MASGAV [ae] ... 1 PRO SALVTE [imp(eratoris) caes(aris)./I FELICI
Is aug(u:iti)'l ... 11 PVBLI COL. .. ICPPIII M .. .1 ECACAID ...
(159) Tite Live. XLV, 13 et 14.
(] (0) Benabou, Résistance, p. 292, Ici apparemment, l'auteur suit G. Camps. Massillislll, p.
285.
(161) CIL, VIII. 18752: GENIO COL [on(iae)] R(egi). N(umi) D(iae)" GVLVGAE. NV
[mij(diae) REG (is) 1 [mas] SIN [isae] FIL (io). MI. .. S ... R.R DRVSVS 1 PM LEG.
MI ... R...FVLGVR. TEM; IVN.I HONOR. S(ua) P(ecunia) D(e) D(it).
(162) CIL, VIII. ]7159: REG [i ... ] HIEMP [sali] 1 GAVDAE REG lis Iii LlO /cives 1 etl
INCOLAE THV [hursic (enses) ae], DEFIC laver (unt) et in] GLOR (iam) OPT limae" Ipatriae]
IVIVS PROCV []us ... ] Hon ...
( ] (3) Camps, ibid.
( 1(4) Id.. ibid.
LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 27

notre part, nous n'avons pas pu déceler cet artifice de sentiment vu par G. Camps et
nous constatons plutôt qu'en invoquant le Génie de la colonieen même temps que
le Roi Gulussa, les dédicants ont bien voulu les mettre sur le même plan, ce qui est
extrêmement important, et témoigne clairement de la divinisation du Roi

- Hiempsal

Quant à l'inscription dédiée au Roi Hiempsal, où il est question de l'érection


d'un monument, un temple peut-être, elle ne témoigne pas seulement de J'action
d'''un patriotisme de clocher"( 165), comme l'a écrit G. Camps, mais elle est, aussi et
surtout, la preuve de la persistance du cuIte royal, même pendant l'occupation
romaine.

Une autre inscription est dédiée à Hiempsal par un citoyen romain qui dit
avoir accompli un voeu v(otum solvit libens animo)(I66). Selon G. Camps, sous le
nom de Hiempsal, se cache une divinité locale et non le Roi lui-même. "Quand on
cite un Roi, même divinisé, on mentionne toujours ses titres (... ). Masgava,
Hiemsal (Hiempsal) étaient vraisemblablement des dieux indigènes dont les
princes numides portait le nom"(I67).

Pour notre part, si ce prince et ce Roi, Masagava et Hiempsal, portaient des


noms de divinités, c'est que ces deux personnages s'assimilaient de leur vivant à
ces dieux auxquels ils empruntaient leur nom. On peut citer à cet égard, un
exemple plus tardif, certes, celui de Commode, qui se disait Hercules Romanus et
st: considérait, sans complexe, lui-même comme un demi-dieu, fils de Jupiter.

2. Le culte des Rois en Maurétanie


D'autres témoignages, littéraires cette fois-ci viennent "confirmer l'exis-
tence, voire la persistance du culte des Rois en Afrique mineure, particulièrement
dans la Maurétanie. Plus choqués par cette divinisation posthume que les auteurs
païens, les auteurs chrétiens n'ont pas hésité à nous signaler et à dénoncer cette
pratique contraire au principe du christianisme, chez les Imazighen.

Tertullien, apologiste et théologien africain de la fin du ne-début du lue


siècles, nous apprend que la Maurétanie rendait un cuIte à ses Rois. "Chaque
province, chaque cité a aussi son dieu à elle; aussi la Syrie à son Astartes (...),
l'Afrique, Caelestes, la Maurétanie ses roitelets"Cl68). Il est évident que ce texte
rappelle deux réalités historiques. D'une part la popularité de Caelestis en Afrique,

( 165) M. ibid.
( 166) CIL, VIII, 8834.
(167) Camps, [bd.
(168) Tertulien, Apologétique, 24: unicuique etiam provinciae et civitati ,l'UUS deus est, ut
S"riae astartes (... ) ut Africae caelestis, ut Maurétaniae reguli sui.
H. GHAZI-BEN MAfSSA

déesse dont l'impla ntation remont erait à Didon(l69), après la


conquê te romain e,
iuno Cae{es tis ou souven t Cae{es tes, était deven ue la divini
té poljad e de
Carthag e(170J. D'autre part, il existai t, un siècle et demi avant
Tertull ien, un
royaum e en Maurét anie, dont les souver ains prétend aient de leur
vivant déjà, avoir
une ascend ance divine.

Minuci us Felix nous précise que le culte rendu aux Rois maurt's
l'était {)()st
IIwrtem et cite comme exemp le le nom de Juba. "Après leur mOl1
vom Imagin ez
q1l'ils devien nent des dieux ( ... ) ainsi Juba, par la volont é
des Maure s est un
dieu"(I71).

Saint Cyprie n ajoute même que les Maures adoren t leurs Rois
"ou vertem ent
et n'en font aucun mystère"(I72).

Un demi-s iècle plus tard, Lactan ce constat e la persist ance d'un


culte que les
Maures rendaie nt à leurs Rois divinis és et cite aussi Juba. "Les
maures (ont divi-
nisé) leurs Rois (... ), les Maures (ont adoré) Juba"(I73).

Dans Advers us Paganos(l74), Arnob e énumè re, parmi les divinit


és afri-
caines, les Boccho res mauri qu'il faudrai t plutôt rapproc her de
Bocchu s( 17'i), nom
de deux Rois maures dont le pluriel pourrai t, par une sorte de
barbari sme, avoir
donné Boccho res. que du dieu Boncho r( 176), dieu maures certes,
mais dont le nom
contien t un "n" et qui n'est cité qu'au singuli er seulement(I77).

Pruden ce, poète latin chrétie n (348-415) nous signale l'existe nce
d'un culte
rendu par les habitan ts de Tingis aux Rois Massyl es :
Ingeret Tingis sua Cassianum
Festa Massulum monumenta regum
Qui cinis gentes domitas coegit
Ad iuga Christi(I78).
---(169)
--- ---
Caelesti s est ancienne ment connue en Afrique; sa "statue est vénérée des Carthaginois
el des autres Libyens. On dit qu'elle fut consacreé par Didon la phénicie
nne. du temps où elle fondait
l'ancienne Carthage. en découpant la peau du taureau". Hérodien, 5.
4-6,
(170) Picard. Les religions de l'Afrique antique. Paris. 1954
(= Picard. Les religions ). p. IOR.
(171) Minucius Felix, Octavius , 21. 9: Post mortem deos fungitis (...
) ut Ju!J(l, Mauri l'Olen-
tilms deus esl...
(172) Saint Cyprien: Quod idola dii non sint, 2: Mauri manifest e reges
colwlI, nec ullo l'l'la-
mento hoc nomen, obtexun t
(173) Lactance, kstill/tio ns divines, l, 15,6: "Mauri reges SIlOS
(consacr{/\'l'I'lll1r) ( .. ) Mauri
Ju!Jwn (coluerwzt).
(174) Amobe, Adversus paganos, l, 36.
(175) Comme l'avait fait R. Basset, "Recherche sur la religion
des Berbères". dans Re1'lle de
l'Histoir e des religions. 1910, p. 291-342 et particulièrement pp.
314-315: cf aussi Gsell. HANN. VI.
p. 138.
(176) Picard, Les religions , p. 23. a fait ce rapprochement;
il est suivi par Camps. Massinis sa.
p. 282 et n. 874.
(177) Picard. ibid.. fig .. 1 . p. 23.
(178) Prudence. PeristéplulIuJIl. IV. 45-48: "Tingis opposera (le natalis
de) Cassien aux fêtes
qui commémorent ses Rois massyles, lui dont le martyre a poussé les
tribus domptées sous le joug du
LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 29

Tertullien, Municius Felix, Saint Cyprien, Lactance, Arnobe sont tous des
africains. Dans ces conditions, il est difficile, sinon impossible, de mettre en doute
leur témoignage. Ils n'avaient aucunement besoin, même pour des raisons de
propagande chrétienne, d'imaginer chez les païens d'Afrique du Nord d'autres divi-
nités que celles qui sont traditionnellement reconnues et adorées. La référence à la
persistance d'un culte royal chez les Maures, et chez les seuls Maures, doit être
considérée comme l'expression de la vérité historique.

III. LES TÉMOIGNAGES MATÉRIELS DU CULTE ROYAL.


1. Les portraits
Nous pensons que les Rois imazighen et particulièrement Juba II et
Ptolémée, tous deux imprégnés de traditions hellénistiques, ont essayé d'apparaître
à leurs sujets, de leur vivant, comme des demi-dieux( 179) promis, après leur mort, à
l'apothéose.
De nombreux portraits que d'aucuns, historiens et archéologues, attribuent
aux Rois Juba II et Ptolémée ont été exhumés dans certaines villes du royaume de
Maurétanie: J'ancienne lol-Caesarea nous en fournit douze sur quatorze, une tête
en marbre du Roi Juba 1(180), six du Roi Juba II (181) et cinq du Roi Ptolémée(l82).

Christ". Trad. J. Carcopino. Le Maroc (lIllique, p. 284. Il n'est pas certain qu'il s'agisse ici des Rois
Juha Il et Ptolémée. commc le suppose G. Camps. Massinissa. p. 283. Ces Rois étaient d'origine
massyle. certes. mais c'est sous Je vocable de "Rois maures" qu'ils étaient désignés dans la littérature
<lIllique. De plus la ville de Tingi. si son statut de colonie. à cette époque. est confirmé. ne pouvait
Lju'échapper à leur autorité.
(] 79) Ptolémée pourait s'être même considéré comme un dieu après son voyage en Orient. Cr
H. Ghazi-Ben Maissa. "Encore et toujours sur ]a mort de Ptolémée. le Roi w/uôgh de Maurétanie".
dans Héspéris. 1995. pp. 21-37.
(] 80) M. Héron de Villcfosse. Musée afi"icain du Louvre. Paris 1906. n° 178. pl. Ill. 2; E.
Poucher-Co]ozier. "Quelques mm·hre.; de Cherchel au Musée du Louvre". dans Lib\,('{/. I. 1953. p. 23
ct n° 1; H.G Horn et Ch.-B Ruger. Die NU/nider, Reiler und Kiinige nordlich der Sahara, Bonn. ]979
(= Die NU/nider). pp. 488-] 89. pl. 57; K. De Kersauson. Musée du Louvre. calalogue des portrails
romains. t.I. Portraits de la République et d'époque Julio-Claudienne, Paris 1986 (= Kersau son.
M usée de LOlil're). 120 et 121.
(181) a) E. Boucher-Clozier. ibid., pp. 23-28. L'auteur ne précise pas le némuro sous lequel
est inventorié ce portrait au Louvre h) Portrait en marbre découvert à Cherchel en 1882. actucllement
au Louvre. n° 1886; M. Heron de Villefosse, ibid., na 174 et. III, 1; E. Boucher-Colzier. ibid.. p. 23 ct
Il. 2; Die Numider, p. 494-95 et pl. 60 Kersauson. ibid.• p. 124-125; c) Tête en marbre de Juba"
découverte à Cherchel en 1895, actuellement au musée de ]a ville. n° 21; M. Durry. Musée de
l'Algérie et de la Tunisie - Mausée de Cherchel supplément, Paris 1924. p. 91; St. Gsell ct M. Leglay,
Cherchel antique loi Caesarea. Alger. 1952. p. 47, E. Boucher-Colozicr. ibid.. 23 ct n. 4; Die
NI/Ill ide l', p. 492-493 et pl. 59; d) Portrait découvert à Cherchel, qui sc trouvait en 1900 dans une
col]ection privée. E. Boucher-Colosier. ibid•. p. 23 et n. 5; e) Portrait de Juba II découvert à Cherchel
en 1856. actuellement au musée de la ville, n° 37, cf P. GauckJer, Musée de l'AIgerie et de Iii Tunisie
- Musée de Cherchel, Paris, 1895, p. 112, pl. VIII, 2; St. Gsell Cl M. Leglay. ibid. 52; Die Nwnider. p.
500-50] ct pl. 64; f) Portrait de Juba" découvert en 1921. actuellement au Musée de ChercheL n°
50; cf. M. Durry. ibid., p. 90. pl. IX, 6; St. Gsell et M. Leglay, ibid., p.55; E. Boucher-Clozier. ibid..
p. 23 ct n. 4.
(182) a) Portrait du Roi Ptolémée découvert à Cherchel en 1843; actuellement au Musée du
Louvre. n° 1887. cf. St. Gsell-M. Leglay, ibid., p. 17 Kersauson, ibid. p. ]28 et ]29; h) Tête de
30 H. GHAZI-BEN MAISSA

Quant aux autres, il s'agit d'une tête de Juba Il retrouvée à Tigava(183), et un


portrait du même Roi découvert à Sala, à proximité d'un "temple maurétanien,
d'ordre ionique et couronné d'une corniche à gorge égyptienne, construit très
probablement au 1er siècle avant J._C."(l84). A propos de ce portrait, J. Boube écrit:
"L'usure quasi-totale des mèches et du diadème, sur la partie droite et le haut de la
tête, ne peut avoir une origine accidentelle, ni correspondre à une intention précise
de mutilation. Elle a déterminé des surfaces polies, qui font penser. encore que
l'hypothèse puisse paraître surprenante et aventurée, à l'usure provoquée par le
geste de la vénération, accompli, à la faveur de la taille réduite de la statue, par des
générations de dévots sur la tête même de leur Roi divinisé"(18'i). La persistance de
cette dévotion aurait duré, selon l'auteur, jusqu'au IV siècle(186)

2. Les tertres et tumuli

A ces portraits, objets de vénération, s'ajoutent des monuments impression-


nants. des tumuli, des tertres, des mausolées qui, selon les historiens et les archéo-
logues, abritaient les Rois défunts. De nombreux twnuli et tertres sont découverts
dans la région nord du Maroc atlantique(187). D'autres sont signalés dans l'Algérie
actuelle(188). Ces monuments coniques "vraiment berbères". selon l'expression de
St. Gsell( 189), construits les uns en pierres(l90). les autres en terrer 19 1). peu vent
atteindre de grandes dimensions. Le tertre de Mzora( 192) entre Tanger et Larache
atteint 58 m de diamètre(l93). Sa base est formée par une murette de plusieurs
Ptolémée de Hammam Rhira; elle aurait. en réalité, été découverte à Cherchel en 1H95. elle est
actuellement au Louvre. n° 1888; M. Heron de villefosse. ibid.. n° 250; E. Boucher-Colozier. ibid..
p. 28 ct n. 23; Die Numider, p: 504-505 et pl. 66 Kersauson, ibid., p. 126 ct 127; c) Portrait de
Ptolémée envoyé au Louvre en 1896. il Yfigure sous le n° 3183; E. Boucher-Colozier. ibid... p. 28-
30, fig. 3; d) Portrait de Ptolémée découvert à Cherchel en 1901; actuellement au musée de la vi Ile.
n° 40; cl'. M. Durry. ibid•.. 89 et sq. ct pl. IX. 5; Die Numider. p. 512-513 ct pl. 71, e) Portrait de
Ptolémée découvert en 1960; actuellement au Musée de Cherche!. n° 52. rf Die NUlIlider. p. 506-507
ct pl. 67.
( 183) R. Bloch, Tête de Juba II, trouvée à Tigava, dans CRAI. 1946. p. 109-1 12 (tête en
hasalte).
(IH4) J. Bouhe. Un nouveau portrait de Juha Il découvert à Sala. dans BAM. VI. 1%6. pp. 91-
1OH et particulièrement p. 104.
(1 H5) Id.. ibid.. p. 96.
(186) /d., ibid., p. 106.
(187) G. Sou ville. "Principaux types de tumulus marocains". dans Bu//. de /a SOL'. Préhist.
fiwIC .. LVI, 1959. p. 194-402; Id. "Eléments nouveaux sur les monuments funéraires préislamiques
du Maroc". dans Bu/l. de /a Soc. préhist. franc .. LXII, 1965. p. 482-493; Id. At/os /Iréhistorique du
Maroc. l, Le Maroc al/antique.
(188) G. Camps. Aux origines de /a Berhérie, monulllents <'1 rites funéraires.
protohistoriques, Paris, 1961, p. 65-84.
(189) Gsell. HANN, VI. p. 189.
(190) Il s'agit des tlllllu/i.
( 1(1) Il s'agit des tertres.
(192) Le terme Mzora n'est ici que la contraction du mot amazigh illl;.II'ol"l! qui' signifie les
Prellliers. les Anciens.
( 193) Souville. At/as, p. 33.
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Le Medghacen §Maquette de restitution


Extrait dcRakob, Architecture royale Numide, p. 33èJ w
J2 II. GHAZI-BEN MAIS SA

assises de blocs rectangulaires bien équarris et assemblés sans mortier, hauteur


actuelle 6 m. Le tertre est entouré par un cercle de 167 monoiithc.s dégr".,sls et
polis par l'homme (... ) deux monolithes sont nettement plus élevés, l'un ù l'ouest de
5 m de hauteur (... ), l'autre de 4,5m"( 194). M. Tarradell pense que ce monument est
d'époque assez tardive, c'est lui que Sertorius a dû fouiller, et prendre pour le
tombeau d'Antée( 195).

3. Les tombeaux royaux

A côté de cette forme de sépulture primaire, nous avons des sépultmes de


construction beaucoup plus évoluée et techniquement plus recherchée, il s'agit des
tombeaux royaux ou mausolées.

Pour la construction de ces monuments, dont la forme architecturale paraît


"avoir pour origine la pyramide égyptienne"( 1%), les inuôghen semblent s'être
inspirés, quoiqu'en dise St. Gsell, qui veut que toute pénétration de ci, Iiisation
étrangère doit passer par Carthage, directement de l'Egypte, pays voisin. L'auteur
cie l'Histoire ancienne de l'Afrique du Nord ne trouve+ii pas hizarre que ceux qui
soi-clisant avaient véhiculé ce genre d'architecture funéran, n'en aient pas fait
usage dans leur cité comme il l'avoue lui-même? "Nous ne saurions affirmer que les
Carthaginois en aient construit clans leur ville"(I'J7), écrit-il. En effet. comme l'af-
firme F Rakob, "le monde punique n'ajamais connu le type architectuel cie la tombe
en forme de tumulus"( 19X).

Cinq mausolées sont à signaler en Numide, dont deux en forme de tl/l77ull/s,


le Médghacen, situé au nord-ouest de l'Aurès au cœur du berceau de la tribu
massyle, d'après G. Camps(J99) Ce mausolée "porte le témoignage", selon F.
Rakob, "cie la pénétration des Rois numides du ne siècle avant notre ère. qui se
considèraient les égaux des monarques hellénistiques"(200l. 11 s'agit d'un monument
grandiose qui "mesure près de 59 mètres de diamètre. Le cylindre. relativement
bas (ù peine 4(50), est orné de soixante colonnes engagées. d'ordre dorique. à fût
non cannelé, portant une architrave lisse et une corniche dont le profil est celui de
la gorge égyptienne. Le cône othe 24 degrés, larges et élevés. La hauteur totale est
d'un peu plus de 18 mètres. Au sommet, s'étend une spacieuse plateforme. qui a pu
( 194) fd., ibid.
(195) M. Taradell, El lumulo de Mezora (Marruecos) Archil'. Prehisi. Lemlllill{{, t. III. 1952.
p.229-139.
(196) Gsell, HANN. VI. p. 251.
( 197) Id., ibid.
(198) F. Rakob. "Architecture royale numide", dans Architecture et SocÙ'!l;. de {'urc/wi:l'IIle
grec cl {{{ Fil de {{{ République rom{{ille, (Actes du colloque International organisé par le CNRS et
l'Ecole Française de Rome. Rome 2-4 déc. 1890), Paris-Rome, 1983 (= Rakoh, Archirecii/re ro\'{/{e
NI/mide). p. 330
(199) Cr Camps. origine du royaume massyle. p. 33-35.
(200) F. Rakob, ibid.. p. 32'.1-330.
LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 33

"ervir de base il quelque motif d'architecture ou sculpture, il moins qu'elle n'ait


constitué une aire pour la célébration de certains actes religieux". Telle est la
clescription sommaire que donne St. Gsell de l'aspect extérieur cie ce monu-
ment(201 J.

Les bâtisseurs de ce monument, dont la décoration est exclusivement hellé-


nigue(::'o::'i, occupant "le centre d'un cimetière, clos par une enceinte, entourée de
lillllllii "purement africains"(203) où devaient reposer sans doute" des gens que des
lien.s cie parenté ou de dépendance rattachaient(204) il ce dignitaire, nous rappelant
ainsi les ensembles funéraires de l'Egypte pharaonique, doivent avoir puisé leur
modèle sur cles exemples hellénico-égyptiens.

En 1910, H. Thiersch relève dans un article(2())l jugé par Rakoh "d'une


importance capitale" "l'exemplarité (sic) du mausolée d'Alexandre dans sa dernière
version du me siècle avant notre ère où des traditions macédoniennes et égyp-
tienne ( ... ) s'entrecroisèrent,,<::,(6): ce savant allemand du début du siècle avait
démontré le caractère modèle de ce mausolée pour l'architecture funéraire du
royaume numide bien imprégné de civilisation hellénistique(::'07)

De nombreuses hypothèses ont été émises quant il la datation ct il l'apparte-


nance de ce mausolée. Alors que G. Camps J'attribue à la dynastie Massyle(::'Og) et
le date "de fin du IVe au début du me siècle"(209)., E. Fentress, elle, l'attribue à un
Roi anonyme gétule du IW siècle avant J.-021O). Quant il J. Desanges, il ne voit
pas cI'empêchement de l'attribuer au Roi Massaesyle Suphax(2lli. Si la thèse de
l'appartenance de ce monument ù un Roi gétule est, comme l'a démontré F Rakob,
il exclure, le thèse de Suphax comme commanditaire de ce mausolée est également
ù écarter. En effet, la construction et surtout l'occupation de tout cet ensemble
funéraire, nécessite une longue période. Or le règne du Massaesyle sur cette région
est vraisemblablement de courte durée(2l2). Nous avons donc affaire il une dynastie
(201) Gsell. HAAN, VI, p. 263. Pour la description interne, c/ p. 264-265. Pour une descrip-
tion oeaucoup plus détaillée du monument, cf G. Camps, Le Medracen, mausolée de Numidie, dans
CRAI. 1973 (= Camps, Le Medrucen). p. 470-517.
(202) Gsell. HAAN, VL p. 260~ Frakoo, ibid., p. 330.
(203) Gsell. ihid, VI, p. 262.
(204) Id.. ihid.
(205) H. Thiersch. "Die alexandrinische konigsnekropole", dans ,IDA!, 25, 1910, pp. 55-97.
cité par F. Rakoo. ibid., p. 332 ct n. 29
(206) F. Rakoo, ibid., p. 332.
(207) H. Thiersh, ibid., p. 89, cité par F. Rakob, ibid.
(20i;) Camps, Le Medracl'/1, p. 509.
(209) lez., ibid.
(210) E. Fentress, Numidia and the Roman Arlll)', Oxford, 1979, p. 56.
(21 1) J. Desanges, Pline l'ancien, histoire naturelle, éd. Les Belles Lettres. Paris, 19S0 (=
Desanges, Pline), p. 336 et 11. 2 et 3.
(212) Cette zone, oerceau de la dynastie massyle, est une conquête récente du Massaesyle, cf
H. Ghazi-Ben Maissa, "Les origines du royaume d'Asealis", dans Arrica ROIllCllW, 1994, pp. 1403-1416.
H. GHAZI-BEN MAISSA

qui a régné sur cette région pendant longtemps, à un Roi puissant, héllénisé et qui
a des rapports avec l'Egypte lagide. Massinissa semble être tout désigné pour être
le commanditaire de cet ouvrage, comme l'avance F. Rakob (211 ). Roi puissant,
riche ct hellénisé, Massinissa qui avait des rapports avec l'Egypte ptolémaïque a
vécu longtemps et a eu donc largement le temps et les moyens pour préparer sa
demeure éternelle.

"Postérieur au Médracen, puisqu'il en est une copie, le mausolée royaI (214 ).


dit Tombeau de la chrétienne est, comme l'a écrit St. Gsell, antérieur à l'an 40 de
notre ère, date de l'annexion de la Maurétanie"(2I)l.

Ce mausolée, dressé près de Cherchel, l'ancienne Caesarea, est apparement,


vue son nom Khor Romia, consacré initialement à la sépulture d'une femme, peut-
être Cléopâtre Séléné(216). Le mot "Roumia" traduit à tort par "la Chrétienne", doit
désigner, en effet, la "Romaine"; car les équivalents du mot "chrétienne" sont
NOll.lrallia et Mossihia. Quant au mot Rown d'où dérive ROlll7lia, il a toujours
désigllé et tout au long du moyen âge, les Romains. Il est vrai que le mot s'est
étendu ù la fin du 19c siècle et surtout au début du 20 e siècle pour désigner les
Européens, en général, et !es Français en particulier, en Afrique du Nord. Un
Egyptien. un Libanais, un Syrien chrétien ne se verra pas désigner par le mot
ROl/mi, mais plutôt par celui de massihi .

L'appellation de ce tombeau, qui vient du plus profond de l'histoire, la moins


fautive est sans doute "le tombeau de la Romaine". "La Romaine" en question, qui
pourrait avoir bénéficié d'une sépulture aussi majestueuse près de Casearea ne
peut être que Cléopâtre Séléné. Fille de Cléopâtre d'Egypte mais aussi du Triumvir
romain. Antoine, cette dame qui vient directement de Rome où elle fut élevée ne
peut être aux yeux du commun des il7lazighen que Romaine. C'est Rome qui l'avait
imposée. c'est avec Rome que cette étrangère avait des rapports. Le royaume
d'Egypte n'existait plus et puis même s'il existait encore, Séléné est la fille d'un
Romain et nous sommes en présence d'une société rama:.:ight patriarcale, où l'en-
fant. par sa filiation. suit son père. Cléopâtre est donc inéluctablement romaine aux
yeux des !nw:.:ighen qu i ont dû baptisé son tombeau "N'tmllmil", qui a donné en
arabe" Roumia" et qu'on a traduit à tort par la "chrétienne".

A ces deux mausolées sous forme de Tumulus, viennnent d'ajouter un autre


type de mausolée beaucoup plus étroit à la base et plus élancé, ressemblant à des
minarets et qu'on appelle mausolée il tour. Il s'agit de "tombes carrées il tour,

(21-') Rakoh. ihid .. p. -'-' 1 ct n. 24.


(214 l Méla. I. 6. -' 1. l'appelle MOl1lllllen/llIl1 colllllllllle regiae gen/is.
(215) Gsell. HAAN. p. 270.
(216) Selon MazanL CNNM. p. 108. la monnaie d'or (n° 2<)8) ()LJ figurent la légende
lJasili(cm) K/éof!mril. le Serpent Naja (Uraeus), le syrnhole d'Isis ct le croissant pourr";' avoir été
émisc par le Roi Juha Il à l'occasion de la déification de Cléopâtre.
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Kbour er-Roumia (Tipasa) (maquette de restitution) U>

Extrait deRakoh, Architecture royale numide, p. 339


Il CH!\ZI-BEN MAISSA

~OIIVCnl il plll"icur~ étage~ et avec un couronnement pyramIdai


rc~~ent fortement l'influence de l'architecture punique(21~)

De ce~ ll1au~olée~ à tour, on a découvert trois en Numidie.

1;' premier exemple ~e trouve au nord de Siga capitale jusqu'à 20:')1204 du


royaume Mas~aesyle. Le plan "baroque" de ce mausolée. écrit F. Rakob. se
r~q)prUdle de cdui de Sahratha, mais s'en distingue clairement par ses dimensions
agrandies d pal la riche,sse cie se,s formes I21'}). Autour de ce Mausolée, G.
Vuillemot qui l'avait découvert et partiellement fouillé. nous signale la présence cie
petits fun/l/Ii construits en pierres de hasalte et de lave l220 ); cc qui n'est pas sans
nous rappekr l'exemple cie l'ensemhle funéraire du Medghacen. Ce mausolée royal
ql:i contient plusieur~ chambres funéraires est, contrairement aux mau~olées Ù tour
de DO~lgba Cci dl':!-Khroub. destiné à une série cie sépultures dynastiquesl2211. Selon
C. YuIllcmo1. Ct' IJiausolée appartiendrait à Vermina. fils de Suphaxl2221. Or. selon
toute vraisemblance, ce Roi faible n'a pas régné sur cette région l22 ;1 L't ne peut par
conséquent réaliser une œuvre Je cette envergure à cet endroit. Cc monument qui.
~ans cloute. appartient ù la dynastie masseasyle à pu être construit all début du
règne de Suphax. Le Roi avait cles rapports avec Carthage, était pllI~sanl et riche et
résidait il Siga. Le Roi a sans cloute voulu. pour demeurer parmi les siens. s'y
reposer. Mais l'histoire en a décidé autrement.

Deux autres mausolées ù tour. destinés chacun à "une ~eulc inhumation"(224)


se trouvent l'un ù "300 mètres environ au sud de l'emplacement" 122 'i 1 de Dougga,
connu sous le nom du Mausolée de Dougga. mais aussi clu Mausolée d'AtbanI22hl.
l'autre ù 14 km de Cirta "d'où il est visible"(227). au sommet d'une colline dominant
le village EI-Khroub ct connu sous le nom de la SoumàaI22~) ou mausolée clu
Khrouh.

(217) Rakoh. L!)id.. p. ]32-333


121X) Id. ihid
121lJ) Id, ihid. p.334 et fig. X-IO
1221l) G. Vuillemo!. "Fouilles du mausolée de Beni Rhénane". dans CRAI. IlJ()4. p. 72.
1ni) F. Rakoh. ihid.. 334.
(222) G. VuilJcmot, ihid.. p. 02.
(223) Cf. Chazi-Ben Maissa. "Les origines du royaume d'Ascalis". AfriCii ROll/WU/, ]lJlJ4. pp.
140,\-1416.
(224) F. Rakob. ibid..
(225) Gsell. HAAN. VI. p.25
(226) Du nom de l'architecte dont le nom figure sur l'inscription lihyco-punique gravée sur le
11l0IJUlllent.
(227) Gsell. HAAN, VI. p. 257.
1nX) La Soulllâa. mot arabe qui veut dire minaret.
LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTf(Y 1[

Mausolée masaesyle (Siga, Algérie), maquette de restitution


Extrait deRakob, Architecture royale numide, p. 345
38 H. GHAZI-BEN MAISSA

Mausolée à tour numide (Douga, Tunisie)


Extrait deRakob, Architecture royale numide, p. 348
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Ruines du Mausolée à tour numide, EI-Khroub, Algérie


Extrait deRakob, Architecture royale numide, p. 348
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Sanctuaire numide, Ile siècle av. J.-C. (Chemtou/Simithus, Tunisie),


Maquette de restitution
Extrait deRakob, Architecture royale numide, p: 340
LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 41

Pour l'instant nous n'avons aucune indication pour identifier le commandi-


taire du mausolée de Dougga. Ce monument de 21 m de hauteur, au-dessus de cinq
gradins, comprend trois étages séparés de gradins, et est couronné d'un fait pyra-
midal(229).

Quant au mausolée du Khroub, il pourrait, selon F. Rakob, avoir été bâti


pour abriter les cendres de Micipsa(230). La découverte dans ce monument de
mobilier funéraire datant de la fin du Ile siècle avant J._C.(231) permet d'''établir un
lien avec l'année de la mort du fils de Massinissa" selon l'expression de F.
Rakob(232). La typologie artichecturale de ce mausolée rappelle celle des mauso-
lées à tour de Siga et de Dougga, "mais leurs détails sont nettement différents(233).

CONCLUSION

Ces tumuli, ces tertres, ces mausolées, ces temples, ces légendes, qui veulent
que l'Afrique tamazight antique ait ét~gouvernée par des géants, sont autant de
preuves, si besoin est, que le culte des Rois a bel et bien existé chez les Imazighen.

Les chefs imazighen, sans être Rois, recevaient-ils aussi un culte? Nous
n'avons relevé aucune indication, allant dans ce sens, dans les sources antiques.
Les chefs auxquels nous avions affaire tels que Mathon, Muttinès et bien d'autres
étaient surtout des chefs connus au gré d'événements essentiellement militaires. La
perturhation qu'a subie la vie publique de ces hommes, la brièveté de leur vie ne
. pouvaient pas les aider, même s'ils le désiraient, à instituer un cu Ite de leur
personne de leur vivant.

Après leur mort, ces héros, aux yeux de ceux qui les ont suivis, devinrent-ils
des sortes de "martyrs" et par là même objet de la vénération populaire? Le
penchant anthropomorphique qui existait chez les lmazighen avant l'arrivée de
i';slam et que 'cette religion monothéiste n'a pas réussi à effacer, ne pouvait-il aider
à ce genre de pratique dans une Afrique païenne? Le maraboutisme particulière-
ment développé au Maghreb ne peut-il pas avoir pour origine le culte du chef mort,
même si celui-ci n'a jamais bénéficié de la dignité royale?

Halima GHAZI-BEN MAISSA


Faculté des Lettres - Rabat

(229) Gsell, HAAN, VI, p. 252-253.


(230) F. Rakob, ibid, p. 335-336.
(231) Id., ibid.; cf. Die Numider, p. 287-382.
(232) F. Rakob, ibid., p. 336.
(233) Id., ibid., p. 336.
42 H. GHAZI-BEN MAISSA

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