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entrés, par la volonté de leur peuple, dans l'univers de la légende, une légende que
les Imazighen se transmettaient, de génération en génération(81, avant que la plume
des Grecs et des Latins ne l'ait immortalisée.
- Antée
a. Récit légendaire
Ce fut un roi puissant, selon la légende, qui défendit ses Etats et en interdit
toute pénétration aux étrangers. Ceux qui osaient s'y hasarder étaient provoqués
par lui en combat singulier. Les crânes des intrus mis à mort à la suite de cette
rencontre, servaient à l'ornement du temple de Poséidon, son ancêtre(9). Il était
aussi le fils de la terre, car quand illa touchait il devenait encore plus fort(IO).
Il régna sur Irasa en Cyrène selon Pindare(ll) et sur toutes les terres d'Afrique
mineure selon l'interprétation que donne J. Carcopino à la IVème Isthmique du même
auteur<l2J. "Chef à la stature et aux armes gigantesques dont les exploits et le nom
rappellent la gloire d'Hercule"(i3}, il étendit son pouvoir de Leptis Magna à l'Est, à
Lixus à l'Ouest, passant par Oea, Sabratha, Thapsus, Ruspina, Zama, Vaga et
Hippone(l4). Lucain nous rapporte que l'''Antiquité véridique appelle" l'Afrique
antique, "les royaumes d'Antée"(l5}.
Alors que de nombreux auteurs(l6J, répétant sans doute ce que disaient les
autochtones, nous rapportent que le géant amazigh, redoutable dans l'art de la lutte,
défenseur intransigeant de ses Etats, avait un palais à Lixus(l7), et qu'il fut le
fondateur de Tingi(l8}, Lucain, lui, préfère nous dire que ce Roi vivait dans une
caverne et qu'il s'adonnait à la chasse et ne mangeait que du lion(l9). Les laboureurs
de champs, selon le poète latin, n'avaient pas de place dans la société que gouver-
nait le Roi(20}. Comme si ce n'était pas dans ses territoires que toutes les légendes
plaçaient les jardins des Hespérides!
Antée était marié à une femme du nom de Tingé; celle-ci épousa Héraclès à
la suite de la victoire du demi-dieu grec sur le géant Iibyen( 21 l. Le Roi amazigh
avait une fille aux cheveux d'or d'une admirable beauté; elle épousa le plus fameux
des prétendants: le cyrénéen Alexidamos(22l.
Un "bouclier rond, énorme, découpé dans du cuir d'éléphant, nous dit Méla,
et que, à cause de sa grandeur, nul aujourd'hui ne saurait manier, était, à ce que
croyaient et racontaient les habitants des alentours (de Tingi), celui que le héros a
porté, d'où leur vénération extraordinaire à son égard"(23).
b. Interprétation historique
tation est juste, cette histoire magnifiée serait l'écho d'événements sanglants qui
remonteraient à une époque située entre la fin du VIIIe s. et le début du VIe siècle
avant J .-c., date à laquelle remontent justement les plus anciens vestiges de Lixus,
cité où se trouvaient, selon Pline l'Ancien, le palais d'Antée. Quant aux légendes
tissées autour de ce personnage, elles prouveraient, à leur tour, l'existence d'un
culte pratiqué par les !mazighen à l'égard de leur Rois depuis cette époque, au
moins.
- Iarbas 1
a. Récit légendaire
Roi des Maxitani selon Justin(3Ü), des Maurusiens selon Virgile(31), des
Mazikès selon Eustathe(32), de Libye selon Saint Jérôme(33), il convoqua "dix
notables carthaginois, leur demanda la main d'Elissa sous menace de guerre"(34).
Celle-ci éprise d'Enée selon Virgile(35), n'acceptant pas d'épouser un barbare selon
Justin(36), mais ne voulant pas non plus provoquer la destruction de la ville
nouvelle, préféra aller sur le bûcher. Son sacrifice pour sauver sa cité, lui a valu
une déification.
Ce Roi qui est dépeint par Silius Italicus comme un tyran, faisant régner
partout la terreur(37), est un personnage fort riche et père de deux héros.
Acherras, son fils est chef du "camp des Gétules habitués à vivre parmi les
troupeaux de fauves, à parler aux lions indomptés et à calmer leur fureur"(38). C'est
un chef qui ne montre ni un visage joyeux, ni un front serein(39).
b. Interprétation historique
Dans un fragment rapporté par Saint Hippolite et gui serait de Pindare "les
Libyens disent que Iarbas, le premier né des hommes sortant des plaines dessé-
chées, cueillit le doux gland de Zeus"( 48 l. Si comme le veut la légende, ce Roi est
le premier né des hommes, cela signifie que Iarbas n'avait pas de père du genre
humain. Or ceci est en parfait accord avec le nom que porte ce personnage, à
savoir larbas. Ce nom amazigh, et non pas phénicien comme ['avance St. Gse1lC 49l ,
est composé de lar, ba et s qui, réunis, veulent dire "celui qui n'a pas de père",
sous-entendu "du genre humain". Cela est confirmé si l'on tient compte d'une
légende rapportée par Virgile et Silius Italicus où ils affirment gue le héros africain
est fils de Hammon-Jupiter, "né d'une nymphe garamantide enlevée par le dieu"( 50l.
Cette légende si fabuleuse soit-elle, ne doit pas nous pousser à rejeter l'existence de
ce personnage(5l l , car de nombreux hommes aux destins exceptionnels, connus
historiquement, ont eu la même prétention, celle d'être né d'un dieu(52). Quant à la
nymphe garamante, elle est là pour affirmer l'africanité du personnage.
(40) Id., ibid., 121-176.
(41) Id., ibid.
(42) Id., ibid.
(43) Les Asbutae qui, selon Hérodote, IV, 171, habitaient au sud de Cyrène et possédaient
des chars à quatre chevaux pourraient avoir tiré leur nom de celui de la princesse Asbytès.
(44) Silius Italicus, ibid., 121-176.
(45) /d., ibid., 264.
(46) Id., ibid.
(47) Id., ibid., 256.
(48) Saiilt Hippolite, Philosophumena, V, dans Patrologia Graeca, t. XVI. p. 3127.
(49) Gsell, HAAN, l, p. 394, et III, p. 291. Selon G. Camps, origine du royaume massyle,
dans Revue d'histoire et de civilisation du Maghreb, n03, 1967 (= Camps, Origine du royaume
massyle), p. 29: "Ce chef porte un nom non africain, vraisemlablement théophore. comme la plupart
des noms de chefs libyens".
(50) Virgile, Enéide, 198-199; CF. aussi Silius Italicus, Il, 57-67.
(51) Cf à ce propos J. Oesanges, Rex Muxitanorum Hiarbas, (Justin. XVIII. 6,1) dans
Philologus, Ill. 1967, p. 304-308 et G. Camps, "les Numides et la civilisation punique". dans Ant.
Afr., 14, 1979 (= Camps, Les Numides et la civilisation punique), p. 44.
(52) La fable des fils de Raâ, pour ne citer qu'elle, devait être encore présente dans la
mémoire des peuples avoisinant l'Egypte, où régnaient, à cette époque (fin du IXe et la Ville s. avant
l-C.) des pharaons de la XXIIe et de la XXIIIe dynasties, toutes deux libyques. donc de la même
souche que notre Roi amazigh.
12 H. GHAZI-BEN MAISSA
- Syphax Il
Quant à Juba II, il n'a fait que rapporter la petite histoire(60). Et, en tant
qu'héritier du royaume de Sophax, il s'attribua les fruits de la légende du massae-
syle.
- Massinissa
Polybe , quant à lui, fasciné par les qualité s du Roi, nous parle même
de son
œuvre divine "la plus belle, la plus divine" (68), nous dit-il. On mesure
l'impor tance
de cette phrase, quand on pense qu'elle émane d'un auteur à qui
l'on a reproch é de
nier "l'inter vention divine"(69) et d'expli quer par d'incom parable
s qualité s natu-
relles les succès de son héros"(70), Scipion l'Africain(7l). Il est probab
le donc que
Massin issa posséd ait aux yeux de Polybe , une puissan ce divine
grâce à laquell e,
selon l'auteu r grec, il a rendu, à la terre de Numid ie, que l'on disait
stérile, sa ferti-
lité. "Avant lui, nous dit l'auteu r grec, la Numid ie tout entière était
stérile et l'on
pensait que son sol ne pouvai t donner des récolte s; or le premie
r (... ), il prouva
qu'elle pouvai t produi re toutes éspèce s de fruits"(72). Il n'y a
pas de doute que
Polybe a exagér é le rôle de Massin issa dans ce domaine(73). Mais
cette exagér ation
n'est-el le pas justem ent la manife station d'un culte, d'un début de
légend e?
A l'instar d'Alex andre le Grand(74), Massin issa est, aux yeux des
ancien s,
empli de respect envers les dieux. Selon Ciceron(75), Massin issa,
dès qu'il apprit la
proven ance du cadeau que venait de lui faire le préfet de sa flotte,
ordonn a de
remettr e imméd iateme nt en place la défens e d'éléph ant gigante
sque qui ornait le
temple de Junon- Astarté à Malte, dont ce dignita ire s'était emparé
. Ce récit atteste
sa pietas envers les dieux qui pour cette raison ne feront que
contin uer à le
protége r. Dans le même sens, Massin issa avait envoyé (à Délos)
vers 179, un char-
gemen t de 2796 médim nes de blé (soit 14.00 hl) qui furent
vendus 10.000
drachm es au profit du temple d'Apollon(76).
Pour sacrifie r à Jupiter , le Roi numide était prêt, alors âgé de 70
ans, à se
rendre en person ne au Capitole(77). Rome lui épargn a ce pèlerin
age et ce fut son
fils Masga va qui offrit le sacrifice(78).
Massin issa qui respec tait les divinit és des peuple s étrange rs,
croyai t en
celles de sa nation. C'est les yeux pleins de larmes qu'il s'adres se
au soleil et aux
autres divinit és du ciel pour les remerc ier d'avoir prolon gé sa
vie suffisa mment
pour voir le petit-fi ls de Scipion(79).
(68) Polybe. XXXVI, 4, 16.
(69) Etienne, Culte, p. 85.
(70) Id., Ibid..
(71) Id.. ibid..
(72) Polybe, XXXVI, 4, 16.
(73) cr.
à ce propos notre article, "Volubil us et le problèm e de Re/?ùl Jubac",
dans Afi'icu
Romana. 10. 1992, pp. 243-261 .
(74) L. Cerfaux et J. Tondriau , ibid., p. 125.
(75) Ciceron. Verrines. Il,4,46; Valère Maxime , 1, 1,2 reprend
la même historiet te.
(76) Cf F. Durrbac h, Incsriptions de Délos, Paris, 1929,44 2 A, L.
101.103 . j04 et 106 et
Th. Homolle , "Compte s des Hiéropes du temple d'Apollo n Délien",
dans BCTH. VI. 1882. p. 9-11 et
14-15.
(77) Tite Live, XLV, 13 et 14.
(78) Tite Live, ibid.
(79) Cicéron, La République, VI, 9.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 15
Dans le monde grec, des statues étaient dressées pour honorer le 'Roi(80), sur
les bases desquelles des inscriptions vantaient les qualités du Numide en particu-
lier l'affection et la bienveillance(81).
La Pietas, l'affection, la bienveillance, ne sont que des qualités humaines
certes, mais quand elles sont présentes chez un individu, Roi de surcroît, ou
qu'elles s'ajoutent aux autres qualités dont Massinissa se trouvait pourvu aux yeux
des anciens, comme la Virtus, la Felicitas ou la Tuché, il en résulte que le Roi
Numide, tout comme Auguste plus tard, "résume en lui-même toutes les vertus
autant qu'il les propose comme modèles à ses contemporains", et apparaît par là
même proche des dieux(82). Le "mythe moral", comme l'a écrit R. Etienne, est insé-
p1rable du mythe divin"(83).
Ce Roi, fils d'un Roi reconnu comme tel par Scipion, devait avoir comme
les autres Rois imazighen des "fonctions religieuses"(84) et devait jouir "indépen-
damment de ces fonctions d'une véritable protection magique et d'une influence
bienfaisante"(85). La royauté comporte toujours dans l'histoire un caractère sacré.
L'exercice du pouvoir royal fait des souverains les interprètes des dieux. Il les
sacralise, voire les divinise. Ce caractère sacré de la royauté, comme l'a écrit
Camps, a été généralement négligé. Or il semble avoir eu un rôle considérable
dans ce qui fut appelé le culte royal"(86). Les titres de Rex, de Basileus, d'Aguellid
ne doivent par avoir "seulement un contenu politique(87). Ils témoignent aussi d'un
véritable culte encore mieux prouvé par le rite de la proskynèse"(88) comme l'a
écrit R. Etienne. A propos de cette proskynèse justement, Tite Live nous rapporte
une indication relative au règne de Massinissa. Dans un passage, l'auteur latin nous
décrit la scène où Sophonisbe se prosterne devant le nouveau Roi, Massinissa, et
lui dit "ton pouvoir sur nous t'a été donné par les dieux", ton courage et ta félicité;
"mais si une captive, devant l'homme qui est le maître de sa vie et de sa mort, peut
faire entendre une parole suppliante, si elle peut toucher ses genoux, sa main victo-
rieuse, je t'en prie, je t'en supplie par la majesté royale qui nous entourait naguère
(00') par les dieux de ce palais (...), accorde à une suppliante la grâce de décider
seul ce que t'inspirent tes sentiments pour ta captive et de ne pas me laisser tomber
au pouvoir arbitraire, hautain et cruel de quelques Romains"(89J.I1 est clair ici que
(80) Durrbach, Choix d'inscriptions de Délos, nO 68 et 93.
(8 J) Id., ibid.. , N) 93.
(82) Etienne, Le siècle d'Auguste, éd. A. Colin, Coll U2, Paris, 1980, (= Le siècle d'Auguste),
p.39.
(83) Id., ibid..
(84) Camps, Massinissa, p. 162.
(85) Id., ibid..
(86) Id., ibid..
(87) Etienne, Le culte impérial dans la Péninsule Ibérique d'Auguste à Dioclétien. 2éme éd.,
De Boccard, Paris, 1974, p. 89.
(88) Id" ibid..
(89) Tite Live, XXX, 12, 12-14.
16 H. GHAZI-BEN MAISSA
la proskynèse signifie plus qu'une salutatio d'un inférieur à l'égard d'un supérieur,
elle traduit une attitude de supplicatio regis qui se rapproche de la supplicatio dei.
Les successeurs de Massinissa ont-ils fait évoluer cette image d'un Roi à la
nature quasi-divine, tirant sa sacro-sainteté de l'exercice même du pouvoir royal
vers celle d'un Roi à la nature divine? Sont-ils parvenus à se faire adorer de leur
vivant comme des dieux, à l'instar des pharaons égyptiens? Nous n'avons aucune
indication à ce sujet, ni en ce qui concerne l'attitude de Micipsa, fils de Massinissa,
ni même en ce qui concerne le jamosissimus Jugurtha, ou même le Roi éclairé
Hiempsal, fils de Gauda, petit-fils de Mastanabal et arrière-petit-fils de Massinissa.
Aucune légende, aucune mention, même implicite, ne nous est parvenue allant
dans le sens d'une déification des descendants de Massinissa. Mais faudrait-il pour
autant conclure que les successeurs du vieux Roi avaient renoncé à cet atout qui ne
faisait que rehausser leur prestige et qui les mettait à l'abri de toute concurrence?
"Plus d'un chef de grande tribu, de peuplade envie le Roi et a l'ambition de la
remplacer" affirme avec raison St. Gsell( 93 l. Les sources gréco-romaines ne
parlent-elles des Imazighen qu'en marge de l'histoire de Rome? Les auteurs
anciens, intéressés plutôt par l'attitude des chefs à l'égard de l'Urbs ont pu négliger
ce détail intérieur d'un régime qu'ils détestaient et dont ils se sont débarrassés
depuis 509 avant J.-c. Les Rois imazighen en général, et massyles en particulier,
ne sont pas servis dans leurs royaumes par un tissu administratif dense qui leur
permet de tenir en mains leurs sujets. Ils ont à gérer des Etats formés d'une
mosaïque de groupes sociaux et politiques divers, jaloux de leur autonomie et de
leur indépendance. Le maintien d'un culte de leur personne est plus que nécessaire.
Il peut servir à créer des liens directs entre le Roi et ses sujets. Ce culte, peut-être
aussi, demeuré relative"ment discret sous les successeurs de Massinissa jusqu'à
Hiempsal II, va apparemment connaître sous Juba l, une autre orientation beau-
coup plus audacieuse.
- Juba 1
Apollodore(94) nous rapporte une légende qui veut qu'un lobes soit le fils
d'Hercule et d'une grecque, une thespiade appelée Kerthé, nom qui n'est pas sans
nous reppeler celui de la capitale numide, Cirta. Ce conte ne serait inventé qu'à
l'intention de Juba 1(95). Juba II est à exclure; il n'a pas régné sur cette partie de
l'Afrique. Si cette hypothèse est juste, le Roi, issu d'un milieu d'intellectuel(96), et
ses flatteurs, seraient à l'origine de la trame de ce récit; ils auraient voulu opposer
un desendant direct d'Hercule à César, descendant, lui depuis peu, de Venus
Genetrix(97).
Mais le Roi, s'est-il limité à ce stade ou a-t-il essayé de se faire passer pour
Jupiter, le Roi des dieux. N'a-t-il pas été aidé en cela par l'aspect jupitérien(98) de
son profil? Un rapprochement, inspiré par le Roi lui-même ou par ses coutisans,
entre lobès et lavis, forme archaïque du nominatif de Jupiter(99), qui se prononce à
peu de choses près de la même manière, ne serait pas impossible. Jupiter n'était pas
inconnu en Numidie contrairement à ce qu'avance F. Bertrandy(lOO). Massinissa
avait déjà manifesté le désir d'aller lui sacrifier. Le culte de ce dieu n'était pas
ignoré en Afrique. Le Roi des dieux avait un sanctuaire à Utique(IOI), où Juba l,
après sa victoire sur les césariens et la mort de Curion en 49, a vécu pendant un
certain temps, et s'est conduit, nous dit-on, en Maître(102).
1
1
L
Portrait de Juba 1
Extrait (le Die Numider, p. 489
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE Il)
- Juba 1/
Son fils Juba II, installé par la volonté d'Auguste à la tête du royaume de
Maurétanie, va-t-il oser se faire adorer comme dieu de son vivant par ses sujets?
Dans les inscriptions latines gravées en son honneur! IOXJ, on ne peut trouver
aucune allusion à l'éventualité d'un culte rendu du vivant du souverain. Cependant
selon Plutarque( 109), Juba II, tout comme son père Juba l, aurait prétendu descendre
(103) CIL. VIII. 20627. Nlllldilla anllll(a) qllod praecepit !rn·i.1 et .1111)(/ el Gellills
\iullislle( Il )si( 11111) illlod precepenlllt dii lllgiroZO[ieb m : Le marché annuel, selon cc qu'ont prescrit
Jupiter, Juba ct le génie de Vanisnenses ct ce qu'ont prescrit les dieux Illgi·ro~.·(}gehlll (= les dieux
de l'endroit où creuse la pioche. autrement dit les dieux chthoniens).
(104) Cr H. Ghazi·Ben Maissa. "Les origines du royaume d'Ascalis", dans A/l'iCi! ROIII{//)(l,
XL 1994. pp. 1403-1416.
(105) Camps. Mussillissa. p. 286-187.
! 1(6) Mazard. CNNM. p. 50. n° 84-86 ct p. 51. n° 91. L'expression Hmmikt qui sc développe.
selon J.G. Février, H(a)M(i) M(a) L (a) K(a) T, pourrait signifier protecteur du royaume ct non pas
!:hd des princes comme l'avance J.G. Février, L'inscription fllnéraire de Micip.l'iI. pp. 139-159 ct
particulièrement p. 148. suivi par Camps, Massinissa. p. 217; C. et G. Ch. Picard. "Recherches sur
l'architecture numide". dans Kartha[io, XIX. 1980, pp. 16-39: préfèrent voir dans ce monument une
basilique qui servait à Juba à "rendre la justice; il est probable cn outre". selon les deux auteurs.
"qu'elle était le siège d'un culte de la dynastie. comme les basiliques des villes romaines le seront
pour le culte impérial", pp. 19-20.
(1 (7) Etienne. Le siècle d'All[illste. p. 42.
(lOS) CIL. VIII, 9343: [in honorem] REGIS/ leL .. ] REGINAE (hedcra)/ l.. bol NAE
MAGNAE 1 sign] VM. VICTORIAE El ... S FELIX/ ldecr.:] TO PAGI. "En l'honneur du Roi et..
de la RClne bonne. grande.... une statue de la victoire, ... Felix. par décret du Canton". CIL. VIII,
20'J77: [regi Jubae r]~EGI PTOLMAEO/ [.. p] ATRONIS. ET! [dominis 01 B MERITA: "Au Roi
Juba. au Roi Ptolémée... à nos patrons et nos maîtres, en raison de leurs méntes".
(109) Plutarque. Ser/orius.IX.
:'0 H. GHAZI-BEN MAISSA
d'Herc ule. "Ses ancêtre s à ce qu'on rappor te, nous dit l'auteu
r grec, étaient les
descen dants de Didore et de Sophax(lIO), lesquel s étaient respect
ivemen t. selon la
légend e, petit-fi ls et fils d'Herc ule et de Tinga. L'auteu r laisse d.onc
entend re que le
Roi numide de Maurét anie avait tenu à se rattach er à cette légend
e qui tleuriss ait
déjà à Tingi, problab lement depuis la fin du me
siècle avant J. -co
Sur de nombre uses monna ies à l'effigie de Juba II, figuren t les
symbo les du
héros légend aire. Le vase sacré (skyph os) "dans une guirlan de fermée
"! III l, figure
sur le revers de trois monna ies datant de 22-23 après J.-C. II m.
La "massu e dans
une couron ne de laurier"! 113) est gravée au revers des monna ies de
la période allant
de 7-8 à 20-21 après J.-c. La "dépou ille du lion de Némée
suspen due à une
massue "l 115), entouré e à gauche d'une tlèche, à droite d'un arc, figure
sur le revers
des monna ies de 5-6 à 23-24 après J.-c.
Selon G. Camps , "ces misérab les symbol es"( 119) ne pouvai ent
pas avoir de
réperc ussion dans la pensée des sujets de Juba II. "Toute s les
dynast ies"! 12()).
continu e l'auteur, "ont cherch é à se donner des origine s divines
ou mervei lleuses :
cela ne signifie pas pour autant que les membr es de ces dynast ies
étaient de ce fait
des person nages divins et reconn us pour tels"(121). A notre connai
sance, quand un
chef se donne une origine divine, c'est qu'il se veut divin et ses
sujets ont intérêt,
bon gré mal gré, à croire, appare mment du moins, à son essenc
e divine. C'était
d'ailleu rs déjà le cas, malgré ses réticen ces officiel les, de l'Empe
reur August e lui-
mêmei I22 ), son protect eur. Nous constat ons que Juba s'est choisi
pour ancêtre une
divinit é très popula ire en Afriqu e du Nord. Ne plaçait -on pas, selon
la légend e, le
Jardin des Héspér ides entre Lixus et Tingi? De nombre uses villes
ne portent -elles
(1 10) Plutarqu e. ibid.
(III) Mazard. ibid.
( 1 12) Id., ibid. p. 83. N° 166-167 et 169.
(113) Id.. ibid, p. 84.
(114) Id., ibid., p. 84. N° 169-174.
(115) Id., ibid.• p. 85.
(116) Id., ibid., p. 85-87. W 176-184 et 186.
(117) Id., ibid., p. 84. n° 172, p. 85. n° 177 et 178; p. 182; n091,
n0208-2 12; p. 94. n0226; p.
95-96. n° 231-236 , p. 99 n° 253-156 ; p. 100, n° 260-162 .
(118) Id., ibid.
(1 19) Camps, Massinis sa. p. 288.
( 120) Id., ibid.
(121) /d., ibid.
(122) Cf Etienne. Le siècle d'AuRuste, p. 40-43.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 21
pas le même nom que les épouses légendaires du demi-dieu: 7ïngiii23l, 101(124),
Cil1a( 12~). Hippo (regius)(126). Le nom d'/cosium serait venu d'Eikosi qui, en grec,
veut dire vingt, du nombre des compagnons d'Hercule(l27). Capsa aurait été fondée
par un Hercule Iibyenll28l. Cette poluparité est prouvée, s'il le fallait. par le nombre
d'inscription relatives à ce héros en Afrique(l 29 l.
Quant au Roi Ptolém ée dont le nom est déjà lourd de signific ation.
il doit
avoir hérité du "sacré pharao nique" de sa mère et herculé en de
son père. Et si les
dédica ces latines( 138) relative s à ce Roi, comme celles adressé es
à son père, n'appa-
raissen t pas teintée s de beauco up de religios ité, il reste néanm oins
que l'une d'elles
s'adres se à son genius(139).
Selon les sources numism atiques , il ressort que Ptolém ée avait suivi
pendan t
un certain temps la politiq ue religie use hybrid e de son père.
Aux côtés des
monna ies où se trouve encore gravée la massue , symbo le d'Hercu
le( 140), figuren t
dçs monna ies dédiée s à Tibère Auguste(l41).
des Rois du Nil, et s'est-il considéré comme un dieu et par là même a-t-il refusé de
rendre un culte au dieu siégeant à l'Urbs, Caligula?(143). Cela est fort probable.
Après leur mort, les Rois sont divinisés. Les sépultures colossales. tl/ml/fi.
tertres, tombeaux et mausolées en témoignent. Si les auteurs pa'lens n'ont pas parlé
explicitement de cette pratique, c'est probablement parce qu'elle n'était pas propre
au peuple amazigh. La divinisation des chefs morts en général. et des Rois en
particulier, était chose courante dans le bassin méditerranéen. Mais il y a toutefois
quelques allusions dans ce sens à signaler. Quant Appien relate la mort de
Sophonisbe, l'auteur grec nous dit que Massinissa lui organisa des funérailles
royales(145). Quant Salluste nous parle de la mort de Micipsa. il nous dit que ses
fils lui avaient "rendu les honneurs légitimes et dignes d'un Roi": il/i more regis
iusta magnifice jecerant" (1 46). La magnifience de ces honneurs sous-entend-elle
l'accomplissement habituel des rites funéraires royaux ou plutôt un cérémonial
d'apothéose? Dans le discours de la plaidorie que Salluste prête à Adherbal et que
celui-ci prononça devant le Sénat, le Numide parlait de son grand-père Massinissa
et de son père Micipsa comme de simples défunts et non comme des souverains
divinisés. Mais Adherbal pouvait-il faire autrement, lui qui vient en suppliant? Une
allusion à une éventuelle divinisation des Rois ancêtres, ne risque-t-elle pas de
choquer les ennemis historiques de la royauté, les sénateurs romains?
- Massinissa
La première est une dédicace bilingue punico-libyque, d'un temple érigé à
Massinissa après sa mort: "Les citoyens de Dougga ont bâti ce temple au Roi
(143) Cf notre article, "Encore et toujours sur la mort de Ptélémée. le Roi II/!Ilôglz de
Maurétanie",dans Hespéris, 1995, pp. 21-37, quant aux relations tendues entre le Roi ct son cousin
Caligula.
(144) Nubel et son fils, Firmus, étaient de confession chrétienne.
(145) Appien, Punica, 28.
(146) Salluste. Bell. Jug., XI, 2.
LE CULTE ROY AL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUr 2'i
Massinissa" fils du Roi Gaia, fils du Suffète Zilalsan en l'an 10 (du règne) de
Micipsa ... "( 147) Certes, comme l'a souligné G. Camps, les "précisions généalo-
giques apportées dans la rédaction de l'inscription ne donnent à Massinissa qu'une
origine humaine(14S). Mais Massinissa avait-il besoin de se créer une généalogie
légendaire'? N'était-il pas un être extraordinaire de nature quasi-divine aux yeux
des anciens? Quant à la "sécheresse même de la dédicace", pour reprendre j'ex-
pression de G. Camps(l4CJ), nous pensons qu'elle traduit plutôt une sincère adora-
tion dépourvue d'artifice. Au début de l'institution du culte impérial. le .style des
dédicaces n'est-il pas empli de sobrieté comme le veut alors l'epigraphie de
l'époque -ce qui ne signifie pas pour autant absence de spontanéité -. pour devenir
ensuite au Ile siècle et au début du IVe siècle plus pompeuse, plus emphatique.
alors que la dévotion s'avère moins sincère, plus officielle que privée.
Le titre même de Roi, figurant dans le texte, n'est-il pas lourd de significa-
tion'? G. Camps n'a-t-il pas insisté, et avec raison, quelques pages auparavant sur
"le caractère sacré"(150) de ce titre. N'a-t-il pas écrit que l'attachement des
fll1u:ighen à la personne royale relève plutôt d'une "origine religieuse ou
magique "( 151) qu'affecti ve? Pour ces raisons, nous pensons donc que le formulaire
ne manque ni de respect ni même d'adoration
De plus, ladite "sécheresse" du texte, ne doit pas nous faire oublier qu'on est
ICI en présence d'un temple, ce qui signifie automatiquement et sans ambiguïté,
l'existence, dans cet édifice, d'un culte à un personnage, c'est-à-dire à Massinissa.
D'autre part, un temple élevé et dédié à ce Roi défunt à plusieurs kilomètres de sa
capitale Cirta, et à plusieurs kilomètres, comme l'a écrit G. Camps( 152), de son lieu de
sépulture, exclut, à notre avis, toute hypothèse d'un simple culte funéraire. et établit
celle d'un culte royal qui, peut-être, est rendu dans différentes parties du royaume.
C'est pour cette raison que nous ne pouvons pas exclure la restitution Masin [issae]
dans j'inspiration d'Abisar (en Kabylie) Tab (u) la Deo Masin [issae]( 15~)
- Micipsa
- CuLussa
notre part, nous n'avons pas pu déceler cet artifice de sentiment vu par G. Camps et
nous constatons plutôt qu'en invoquant le Génie de la colonieen même temps que
le Roi Gulussa, les dédicants ont bien voulu les mettre sur le même plan, ce qui est
extrêmement important, et témoigne clairement de la divinisation du Roi
- Hiempsal
Une autre inscription est dédiée à Hiempsal par un citoyen romain qui dit
avoir accompli un voeu v(otum solvit libens animo)(I66). Selon G. Camps, sous le
nom de Hiempsal, se cache une divinité locale et non le Roi lui-même. "Quand on
cite un Roi, même divinisé, on mentionne toujours ses titres (... ). Masgava,
Hiemsal (Hiempsal) étaient vraisemblablement des dieux indigènes dont les
princes numides portait le nom"(I67).
( 165) M. ibid.
( 166) CIL, VIII, 8834.
(167) Camps, [bd.
(168) Tertulien, Apologétique, 24: unicuique etiam provinciae et civitati ,l'UUS deus est, ut
S"riae astartes (... ) ut Africae caelestis, ut Maurétaniae reguli sui.
H. GHAZI-BEN MAfSSA
Minuci us Felix nous précise que le culte rendu aux Rois maurt's
l'était {)()st
IIwrtem et cite comme exemp le le nom de Juba. "Après leur mOl1
vom Imagin ez
q1l'ils devien nent des dieux ( ... ) ainsi Juba, par la volont é
des Maure s est un
dieu"(I71).
Saint Cyprie n ajoute même que les Maures adoren t leurs Rois
"ou vertem ent
et n'en font aucun mystère"(I72).
Pruden ce, poète latin chrétie n (348-415) nous signale l'existe nce
d'un culte
rendu par les habitan ts de Tingis aux Rois Massyl es :
Ingeret Tingis sua Cassianum
Festa Massulum monumenta regum
Qui cinis gentes domitas coegit
Ad iuga Christi(I78).
---(169)
--- ---
Caelesti s est ancienne ment connue en Afrique; sa "statue est vénérée des Carthaginois
el des autres Libyens. On dit qu'elle fut consacreé par Didon la phénicie
nne. du temps où elle fondait
l'ancienne Carthage. en découpant la peau du taureau". Hérodien, 5.
4-6,
(170) Picard. Les religions de l'Afrique antique. Paris. 1954
(= Picard. Les religions ). p. IOR.
(171) Minucius Felix, Octavius , 21. 9: Post mortem deos fungitis (...
) ut Ju!J(l, Mauri l'Olen-
tilms deus esl...
(172) Saint Cyprien: Quod idola dii non sint, 2: Mauri manifest e reges
colwlI, nec ullo l'l'la-
mento hoc nomen, obtexun t
(173) Lactance, kstill/tio ns divines, l, 15,6: "Mauri reges SIlOS
(consacr{/\'l'I'lll1r) ( .. ) Mauri
Ju!Jwn (coluerwzt).
(174) Amobe, Adversus paganos, l, 36.
(175) Comme l'avait fait R. Basset, "Recherche sur la religion
des Berbères". dans Re1'lle de
l'Histoir e des religions. 1910, p. 291-342 et particulièrement pp.
314-315: cf aussi Gsell. HANN. VI.
p. 138.
(176) Picard, Les religions , p. 23. a fait ce rapprochement;
il est suivi par Camps. Massinis sa.
p. 282 et n. 874.
(177) Picard. ibid.. fig .. 1 . p. 23.
(178) Prudence. PeristéplulIuJIl. IV. 45-48: "Tingis opposera (le natalis
de) Cassien aux fêtes
qui commémorent ses Rois massyles, lui dont le martyre a poussé les
tribus domptées sous le joug du
LE CULTE ROYAL EN AFRIQUE MINEURE ANTIQUE 29
Tertullien, Municius Felix, Saint Cyprien, Lactance, Arnobe sont tous des
africains. Dans ces conditions, il est difficile, sinon impossible, de mettre en doute
leur témoignage. Ils n'avaient aucunement besoin, même pour des raisons de
propagande chrétienne, d'imaginer chez les païens d'Afrique du Nord d'autres divi-
nités que celles qui sont traditionnellement reconnues et adorées. La référence à la
persistance d'un culte royal chez les Maures, et chez les seuls Maures, doit être
considérée comme l'expression de la vérité historique.
Christ". Trad. J. Carcopino. Le Maroc (lIllique, p. 284. Il n'est pas certain qu'il s'agisse ici des Rois
Juha Il et Ptolémée. commc le suppose G. Camps. Massinissa. p. 283. Ces Rois étaient d'origine
massyle. certes. mais c'est sous Je vocable de "Rois maures" qu'ils étaient désignés dans la littérature
<lIllique. De plus la ville de Tingi. si son statut de colonie. à cette époque. est confirmé. ne pouvait
Lju'échapper à leur autorité.
(] 79) Ptolémée pourait s'être même considéré comme un dieu après son voyage en Orient. Cr
H. Ghazi-Ben Maissa. "Encore et toujours sur ]a mort de Ptolémée. le Roi w/uôgh de Maurétanie".
dans Héspéris. 1995. pp. 21-37.
(] 80) M. Héron de Villcfosse. Musée afi"icain du Louvre. Paris 1906. n° 178. pl. Ill. 2; E.
Poucher-Co]ozier. "Quelques mm·hre.; de Cherchel au Musée du Louvre". dans Lib\,('{/. I. 1953. p. 23
ct n° 1; H.G Horn et Ch.-B Ruger. Die NU/nider, Reiler und Kiinige nordlich der Sahara, Bonn. ]979
(= Die NU/nider). pp. 488-] 89. pl. 57; K. De Kersauson. Musée du Louvre. calalogue des portrails
romains. t.I. Portraits de la République et d'époque Julio-Claudienne, Paris 1986 (= Kersau son.
M usée de LOlil're). 120 et 121.
(181) a) E. Boucher-Clozier. ibid., pp. 23-28. L'auteur ne précise pas le némuro sous lequel
est inventorié ce portrait au Louvre h) Portrait en marbre découvert à Cherchel en 1882. actucllement
au Louvre. n° 1886; M. Heron de Villefosse, ibid., na 174 et. III, 1; E. Boucher-Colzier. ibid.. p. 23 ct
Il. 2; Die Numider, p. 494-95 et pl. 60 Kersauson. ibid.• p. 124-125; c) Tête en marbre de Juba"
découverte à Cherchel en 1895, actuellement au musée de ]a ville. n° 21; M. Durry. Musée de
l'Algérie et de la Tunisie - Mausée de Cherchel supplément, Paris 1924. p. 91; St. Gsell ct M. Leglay,
Cherchel antique loi Caesarea. Alger. 1952. p. 47, E. Boucher-Colozicr. ibid.. 23 ct n. 4; Die
NI/Ill ide l', p. 492-493 et pl. 59; d) Portrait découvert à Cherchel, qui sc trouvait en 1900 dans une
col]ection privée. E. Boucher-Colosier. ibid•. p. 23 et n. 5; e) Portrait de Juba II découvert à Cherchel
en 1856. actuellement au musée de la ville, n° 37, cf P. GauckJer, Musée de l'AIgerie et de Iii Tunisie
- Musée de Cherchel, Paris, 1895, p. 112, pl. VIII, 2; St. Gsell Cl M. Leglay. ibid. 52; Die Nwnider. p.
500-50] ct pl. 64; f) Portrait de Juba" découvert en 1921. actuellement au Musée de ChercheL n°
50; cf. M. Durry. ibid., p. 90. pl. IX, 6; St. Gsell et M. Leglay, ibid., p.55; E. Boucher-Clozier. ibid..
p. 23 ct n. 4.
(182) a) Portrait du Roi Ptolémée découvert à Cherchel en 1843; actuellement au Musée du
Louvre. n° 1887. cf. St. Gsell-M. Leglay, ibid., p. 17 Kersauson, ibid. p. ]28 et ]29; h) Tête de
30 H. GHAZI-BEN MAISSA
qui a régné sur cette région pendant longtemps, à un Roi puissant, héllénisé et qui
a des rapports avec l'Egypte lagide. Massinissa semble être tout désigné pour être
le commanditaire de cet ouvrage, comme l'avance F. Rakob (211 ). Roi puissant,
riche ct hellénisé, Massinissa qui avait des rapports avec l'Egypte ptolémaïque a
vécu longtemps et a eu donc largement le temps et les moyens pour préparer sa
demeure éternelle.
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Kbour er-Roumia (Tipasa) (maquette de restitution) U>
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CONCLUSION
Ces tumuli, ces tertres, ces mausolées, ces temples, ces légendes, qui veulent
que l'Afrique tamazight antique ait ét~gouvernée par des géants, sont autant de
preuves, si besoin est, que le culte des Rois a bel et bien existé chez les Imazighen.
Les chefs imazighen, sans être Rois, recevaient-ils aussi un culte? Nous
n'avons relevé aucune indication, allant dans ce sens, dans les sources antiques.
Les chefs auxquels nous avions affaire tels que Mathon, Muttinès et bien d'autres
étaient surtout des chefs connus au gré d'événements essentiellement militaires. La
perturhation qu'a subie la vie publique de ces hommes, la brièveté de leur vie ne
. pouvaient pas les aider, même s'ils le désiraient, à instituer un cu Ite de leur
personne de leur vivant.
Après leur mort, ces héros, aux yeux de ceux qui les ont suivis, devinrent-ils
des sortes de "martyrs" et par là même objet de la vénération populaire? Le
penchant anthropomorphique qui existait chez les lmazighen avant l'arrivée de
i';slam et que 'cette religion monothéiste n'a pas réussi à effacer, ne pouvait-il aider
à ce genre de pratique dans une Afrique païenne? Le maraboutisme particulière-
ment développé au Maghreb ne peut-il pas avoir pour origine le culte du chef mort,
même si celui-ci n'a jamais bénéficié de la dignité royale?
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