État de la Finance Islamique en UEMOA
État de la Finance Islamique en UEMOA
UEMOA
I. CADRE REGLEMENTAIRE
La Zone UEMOA bénéficie d’un cadre réglementaire harmonisé à
l’échelle des pays membre. Ce cadre commun touche les domaines de
la banque, de l’assurance et du droit des affaires.
1- Règlementation Bancaire
La BCEAO, Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest après
plusieurs réflexions a entamé depuis 2012 une série d’études et de
consultations avec l’appui de la Banque Islamique de Développement
(BID). Ces actions ont donc débouché en 2018 sur la publication de
quatre instructions qui sont :
1
Les 08 pays membres de l’UEMOA sont : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte
d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
2
Les 07 pays francophones de l’UEMOA sont : le Bénin, le Burkina Faso, la
Côte d’Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
1 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
Le 02 mars 2018, l’instruction Nº 002-03-2018 RELATIVE
AUX DISPOSITIONS PARTICULIÈRES APPLICABLES
AUX ÉTABLISSEMENTS DE CRÉDIT EXERÇANT UNE
ACTIVITÉ DE FINANCE ISLAMIQUE.
Le 03 mars 2018, l’instruction Nº 003-03-2018 RELATIVE
AUX DISPOSITIONS PARTICULIÈRES APPLICABLES
AUX SYSTÈMES FINANCIERS DÉCENTRALISÉS
EXERÇANT UNE ACTIVITÉ DE FINANCE ISLAMIQUE.
Le 04 mai 2018 l’instruction Nº 004-05-2018 RELATIVE
AUX CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DES
OPÉRATIONS DE FINANCE ISLAMIQUE EXERCÉES
PAR LES ÉTABLISSEMENTS DE CRÉDIT DE L’UNION
MONÉTAIRE OUEST-AFRICAINE (UMOA).
Le 05 mai 2018, l’instruction Nº 005-05-2018 RELATIVE
AUX CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DES
OPÉRATIONS DE FINANCE ISLAMIQUE EXERCÉES
PAR DES SYSTÈMES FINANCIERS DÉCENTRALISÉS
DE L’UNION MONÉTAIRE OUEST-AFRICAINE (UMOA).
Malgré cette avancée notable, il est important de noter également
qu’un certain nombre d’aspects restent à couvrir afin d’optimiser
ce cadre règlementaire.
En effet, le Plan Comptable Bancaire tel que défini par la décision
N° 357-11-2016 ne prend pas en compte les spécificités de
l’activité de Finance Islamique.
Il est également important de signifier qu’une révision de la loi
portant règlementation des Systèmes Financiers Décentralisés
(Microfinances) est en cours afin d’y intégrer les spécificités de la
Finance Islamique.
2- Le Code CIMA
La Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurances (CIMA)
est un organisme communautaire qui regroupe quatorze pays
Africains dont l’ensemble de ceux de l’UEMOA. Le Conseil des
Ministres de la CIMA a adopté le 10 octobre 2019, le Règlement
N° 003/CIMA/PCMA/PCE/2019 portant réglementation des
opérations d’assurance Takaful dans les Etats membres. En Effet,
le texte proposé modifie et complète le code des assurances (code
CIMA) en y introduisant un livre IX et un article 900 qui jette les
bases d’un droit spécifique pour la conduite des opérations de
Takaful et de Ré-Takaful.
3- L’OHADA
L’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires
(OHADA) est un organisme dont l’objectif est de remédier à
l’insécurité juridique et judiciaire existant dans les Etats Parties.
L’OHADA compte à ce jour dix-sept Etats membres dont tous ceux de
l’UEMOA.
A ce jour l’OHADA n’a pas spécifiquement publié d’actes uniformes
prenant en compte les spécificités de la Finance Islamique. Néanmoins
2 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
elle a adopté le 23 novembre 2017 en substitution au texte initial datant
du 11 mars 1999, le nouvel Acte uniforme relatif au droit de l’arbitrage
(AUA) qui constitue le droit commun de l’arbitrage pour l’ensemble
des Etats membres de l’OHADA. Il pose les principes du droit de
l’arbitrage, règle les différentes phases de la procédure, fixe les
conditions de la reconnaissance et de l’exécution des sentences
arbitrales, et organise les voies de recours ouvertes contre les
sentences : recours en annulation, recours en révision et tierce
opposition.
L’arbitrage étant un mode alternatif de règlement des litiges, il reste la
voix la plus indiquée pour les opérations de Finance Islamique qui elles
sont plus orientées vers le droit commercial islamique. Cet acte
uniforme permet de soumettre la résolution des différends à un (des)
arbitre(s) qualifiés en jurisprudence islamique ou Fiqh plutôt qu’à des
juges plus qualifiés en droit des affaires conventionnel.
Il serait cependant très indiqué de produire un acte sur le droit
commercial islamique pour prévenir à terme des difficultés relatives
aux coûts de l’arbitrage. L’insuffisance de compétences disponibles
dans la zone combinée à la difficulté pour un non musulman d’accepter
le recours à l’arbitrage (qui n’est pas gratuit) pourraient en constituer
des freins.
1- La BRVM
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) est une place
financière commune à l’ensemble des huit (8) pays de l’Union
Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA).
La BRVM a admis à sa cote les cinq premiers Sukuk émis par la Côte
d’Ivoire (2), le Sénégal (2) et le Togo (1) ; ce, le mardi 18 octobre 2016
en marge du 2ème Forum sur la Finance Islamique en Afrique tenu à
Abidjan.
Bien qu’étant très différentes des obligations conventionnelles, les
Sukuk sont cotés dans la catégorie des obligations à la BRVM. D’un
montant total de 700 milliards de FCFA (US$ 1,198,455,300), les Sukuk
de l’UEMOA représentent environ 14 % de la capitalisation des
obligations à la BRVM3.
3- Les acteurs
Le marché Islamique des capitaux est dominé par trois principaux
acteurs que sont TAIBA TITRISATION, La BANQUE ISLAMIQUE
DU SENEGAL (BIS) et CGF BOURSE & GESTION.
TAIBA TITRISATION
Taïba Titrisation est une société de gestion de Fonds Commun de
Titrisation de Créances (FCTC) basée à Dakar au Sénégal. C’est une
filiale de l’ICD/SID du groupe de la BID qui a été créée en mai 2016 et
agréée par le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés
Financiers (CREPMF) en juin 2016 pour exercer au sein de l’UEMOA.
L’agrément de la société de gestion Taïba Titrisation est enregistré sous
le numéro SG-FCTC/2016-01. TAIBA accompagne les Etats africains
dans le financement et la promotion de projets de développement et la
réalisation d’infrastructures à travers l’émission de Sukuk.
A ce jour TAIBA est intervenu sur les SUKUK : SUKSN.S2 du
Sénégal ; SUKCI.S2 de la Cote d’Ivoire ; SUKTG.S1 du Togo et le
4
http://www.crepmf.org/Wwwcrepmf/Acteurs/pdf/FCP_AGR_2018-084.pdf
5
CREPMF : Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés
Financiers
6
https://www.africatopsuccess.com/lancement-dal-baraka-1er-fonds-
commun-de-placement-islamique-de-luemoa/
7
https://www.cgfbourse.com/fr/placement/fonds-communs-de-placement/cgf-
bourse-fcp-al-baraka-v2/
4 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
SUKUK de l’Etat du Mali dans chacun des cas en qualité de Promoteur
et de Société de Gestion
CGF BOURSE/GESTION
CGF BOURSE est une Société de Gestion et d’Intermédiation (SGI)
agréée par le Conseil Régional de l’Épargne Publique et des Marchés
Financiers (CREPMF), pour les métiers liés aux marchés financiers et
aux opérations sur le capital des entreprises.
En 2001, CGF BOURSE a lancé sa filiale CGF GESTION, agréée par
le CREPMF et certifiée ISO 9001. En charge de la création et de
la gestion d’Organismes de Placements Collectifs en Valeurs
Mobilières (OPCVM), CGF GESTION est la première société de
gestion collective agréée au Sénégal.8
CGF intervient fréquemment sur le marché Islamique des Capitaux
dans l’UEMOA étant co-chef de file de Sukuk notamment sur le
SUKSN2 du Sénégal.
BANQUE ISLAMIQUE DU SENEGAL (BIS)
Le rôle joué par la BIS lors des différentes émissions de Sukuk est assez
considérable et mérite d’être mentionné. En effet elle a été impliquée
d’une manière ou d’une autre sur toutes les émissions de Sukuk à ce jour
dans la zone UEMOA. Que ce soit en tant que Promoteur notamment
sur les deux Sukuk de l’Etat du Sénégal ainsi que sur celui de l’Etat du
Mali ; et en tant que Dépositaire sur l’ensemble des Sukuk de
l’UEMOA.
8
https://www.cgfbourse.com/fr/cgf-bourse/
9
Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest
5 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
filiales dans l’UEMOA et prévoie la mise en place de quelques-unes
dans les mois à venir.
Tableau 1 Banques ou fenêtres islamiques dans l'UEMOA
BENIN
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Coris Bank
International BJ Banque Fenêtre islamique Agrée
CBI Baraka
BURKINA FASO
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Coris Bank
International SA Banque Fenêtre islamique Agrée
CBI Baraka
COTE D’IVOIRE
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Afriland First Agrément
Banque Fenêtre islamique
Bank CI en cours
Coris Bank
International CI Banque Fenêtre islamique Agrée
CBI Baraka
MALI
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Coris Bank
International ML Banque Fenêtre islamique Agrée
CBI Baraka
NIGER
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Banque Islamique Agrément
Banque Fenêtre islamique
du Niger en cours
SENEGAL
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Banque Islamique Entièrement Agrément
Banque
du Sénégal islamique en Cours
Coris Bank
International SN Banque Fenêtre islamique Agrée
CBI Baraka
2- Les Microfinances Islamiques
Le secteur de la Microfinance Islamique est le segment le plus
dynamique de la zone UEMOA au regard de la diversité des initiatives.
Il est important de spécifier que ce secteur a connu deux phases au
6 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
niveau règlementaire. Une première qui a été marqué par la délivrance
d’agréments conventionnels à ces institutions dont la plupart
s’appuyaient sur l’article 3610 de la règlementation BCEAO pour mener
leurs activités. La seconde phase débute avec la publication des
instructions relatives à la Finance Islamique11 qui instituent donc un
nouvel agrément.
BURKINA FASO
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
COOPERATIVE Agrément
BAITOUL MAAL SFD Fenêtre islamique
en cours
(CBM)
CIASSE LIGDI Agrément
SFD Full islamique
BAORE (CLB) en cours
COTE D’IVOIRE
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
RAOUDA Agrément
SFD Full islamique
FINANCE en cours
Agrément
AL BARAKAT SFD Full Islamique
en cours
NIGER
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Agrément
ASUSU SA SFD Fenêtre islamique
en cours
COOPEC- Agrément
SFD
KOKARI Fenêtre islamique en cours
SENEGAL
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Agrément
UM PAMECAS SFD Fenêtre islamique
en Cours
TOGO
INSTITUTION CATEGORIE TYPE STATUT
Agrément
MECIT SFD Full islamique
en cours
Tableau 2 Microfinances islamique dans l'UEMOA
10
Article 36 de LA LOI PORTANT RÉGLEMENTATION DES SFD,
ADOPTÉE LE 6 AVRIL 2007.
11
Instruction N° 003-03-2018 portant sur les dispositions particulières FI
applicables aux SFD et Instruction N° 005-05-2018 portant sur les
caractéristiques techniques des opérations FI par les SFD.
7 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
avec la fenêtre islamique de l’UM PAMECAS a mis en place
SENTAKAFUL qui est un guichet entièrement dédié au Takaful..
La compagnie LEADWAY VIE ASSURANCE envisage de mettre à la
disposition de sa clientèle en particulier celle musulmane, le produit
Takaful. Un produit de l’assurance islamique qui répondra aux besoins
de la communauté musulmane ainsi que ceux d’autres communautés
comme cela ne s’est jamais réalisé en Côte d’Ivoire. Takaful respectera
les normes islamiques à savoir l’honnêteté et la transparence12.
12
Interview du Directeur Général de LEADWAY CI :
https://islaminfo.org/tiornon-coulibaly-directeur-general-leadway-vie/
8 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
1- La Zakat
La collecte et la distribution de la Zakat ne sont à ce jour pas
véritablement institutionnalisées dans la zone UEMOA bien que
certaines actions de formalisation sont à souligner au niveau du Sénégal
et de la Cote d’Ivoire.
LE FONDS SENEGALAIS POUR LA ZAKAT
Le Fonds Sénégalais pour la Zakat qui existe depuis 2009 est une
structure de collecte, d’administration et de redistribution de la Zakat à
ses ayants droit. Elle a pour mission de développer les ressources de la
Zakat, des donations volontaires et du Waqf ainsi que leur utilisation
conforme à la Charia pour la prise en charge des besoins sociaux des
Sénégalais, avec un haut niveau d’efficacité et d’excellence13.
Tableau 3 Bilan 2009-2018du FSZ
13
http://senegalzakat.sn/
9 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
cohésion sociale et la lutte contre la pauvreté en Côte d’Ivoire.
Créée en 30 juillet 2010, elle est soutenue par l’ensemble des guides
religieux de la communauté musulmane en Côte d’Ivoire, à savoir le
COSIM, le CODIS, la CSI, le FOI, et la Communauté des TIDJANITES
et regroupe plusieurs structures spécialisées de notre communauté.14 La
fondation à ce jour ne reçoit la zakat que d’un cercle restreint de
personnes qui ont des affinités avec les promoteurs de cette fondation.
2- Le Waqf
Le Waqf bénéficie néanmoins d’un cadre récemment institutionnalisé
dans certains pays de l’UEMOA notamment le Sénégal et le Niger.
LA HAUTE AUTORITE DU WAQF AU SENEGAL
La loi N° 2015-11 du 06 mai 2015 jette les bases de la formalisation du
Waqf au Sénégal suivi par l’article 3 du décret 2016-449 qui fixe les
règles d’organisation de la Haute Autorité du Waqf au Sénégal. Selon
ce décret, la HAW est chargée de gérer, d’administrer les Waqf publics
et d’assurer le contrôle ainsi que la supervision des autres types de
Waqf.
Depuis, cette institution a mené plusieurs initiatives notamment :
14
http://www.zakatwaqf-ci.com/spip.php?article6
10 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
et de Sécurité tombés sur le théâtre des opérations et récemment pour
doter ladite autorité d’une Directrice Générale15.
Il est cependant important de préciser que la BID avait auparavant initié
le projet de construction d’un complexe multifonctionnel Waqf à
Niamey d’un montant de 13 Milliards FCFA (19 890 444 €). Les
ressources collectées à travers ce complexe serviront à financer les
activités de l’Université Islamique du Niger.
V. FORMATION ET CERTIFICATION
Axe très important dans la politique de développement de l’industrie, la
formation d’un capital humain adéquat connait certes une embellie
depuis quelques années mais est toujours loin de satisfaire aux besoins
de ressources humaines du marché sous régionale.
2- Les certifications
L’UEMOA a connu progressivement l’arrivée des différentes
certifications internationales. A cela, il faut ajouter qu’il existe un
certain nombre de certificats délivrés par des cabinets dans presque tous
les pays de la zone. Nous mettrons plus l’accent sur :
BIC du CIBAFI
Ce fut d’abord le CIBAFI16 qui fit son entrée en 2018 avec le BIC17 en
partenariat avec le CESAG pour une session de formation suivie de
certification à Dakar et à Abidjan. En 2020, le Conseil Général des
Banques et Institutions Financières Islamiques prevoit tenir trois
15
Communiqué du Conseil des Ministres du 03/04/2020 : https://www.presidence.ne/conseils-
des-ministres/2020/4/4/3kjdequsehhg3meml1z8zduj1qvzvw
16
Council for Islamic Banks and Financial Institutions
17
Banquier Islamique Certifié
11 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
sessions du BIC à Dakar, Abidjan et cette fois ci à Ouagadougou au
Burkina Faso.
CSAA & CIPA de l’AAOIFI
L’AAOIFI18, l’Organisation pour la Comptabilité et l’Audit des
Institutions Financières Islamiques, a signé un partenariat en 2019 avec
le cabinet IFIM19 pour établir à Abidjan un centre d’inscription et
d’examen. Ce partenariat permet depuis lors aux professionnels de la
zone UEMOA d’obtenir les Certificats CSAA20 et CIPA21.
3- Perspectives
Le besoin de spécialisation
Bien vrai que les cursus de formations universitaires et diplômantes
commencent à être de plus en plus disponibles dans la zone UEMOA,
il faut reconnaitre le caractère très général de ceux-ci. Il est important
d’insister sur la nécessité de structurer des spécialisations en Finance
Islamique. Car la comptabilité, le marketing, la gouvernance, le droit
islamique, la gestion de trésorerie et l’éthique sont des métiers de la
Banque islamique qui ne pourront pas longtemps se contenter de
professionnels de la finance conventionnelle reconvertis. Un organisme
comme le COFEB22 devrait assez rapidement intégrer un département
Finance Islamique en son sein afin de jouer un rôle très important dans
le renforcement du capital humain.
La nécessité d’une école doctorale
Un idéal leibnizien aurait voulu que tout jeune étudiant sorti d’un
collège au sein de l’UEMOA puisse y demeurer et suivre son cursus
jusqu’au Doctorat en Finance Islamique. Au vu de ce qui précède, cela
s’avère difficile dans l’état actuel des choses. Il faut certes encourager
et louer l’effort de structuration des offres de formation en License et
en Master dans le domaine.
Néanmoins l’absence d’une véritable école doctorale dans la zone,
oblige toute personne ayant l’ambition de faire une thèse en Finance
Islamique à soit s’expatrier pour intégrer une université spécialisée dans
le Golf, au Maghreb, au Soudan ou encore en Malaisie afin de pouvoir
le faire ; soit opter pour une thèse « sur la Finance Islamique » avec un
thème en rapport avec la Finance Islamique ou son développement dans
une université du système conventionnel.
Dans les deux cas cela ne pourrait remplacer l’avantage d’avoir une
telle entité dans la région pour former des professionnels et chercheurs
de haut niveau et en adéquation avec les besoins du marché ainsi
18
Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions
19
Islamic Finance Intelligence & Management
20
Certified Chariah Adviser and Auditor
21
Certified Islamic Professional Accountant
22
Le Centre Ouest Africain de Formation et d’Etudes Bancaires crée par la
BCEAO en 1977
12 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
qu’avec toutes les réalités socio-économiques. Cela constituerait un
gage du développement de l’industrie sur le long terme.
1- La capacité d’absorption
Selon les chiffres officiels, l’UEMOA a une population estimée à 106
millions d’habitant majoritairement musulmane.
La première particularité de cette population musulmane est qu’elle a
une obligation religieuse de privilégier les produits financiers
islamiques du moment là où ceux-ci sont disponibles.
La seconde particularité de cette population est sa participation très
impressionnante dans le secteur du commerce dans tous les Etats de
l’Union. Des riches commerçants musulmans et réputés, on en retrouve
un peu partout et parfois même contrôlant des pans entiers de
l’économie.
Cela bien entendu constitue une opportunité pour la Finance Islamique
qui se porterait nettement mieux si elle réussissait à capter ces capitaux
qui très souvent sont exclus du système financier classique.
L’agriculture est dominée dans la zone par des méthodes traditionnelles
de culture qui ne permettent d’optimiser l’activité en termes de revenus
et de capacité de production. La mécanisation de cette agriculture
couplée au recours à des techniques innovantes de production sont des
axes encore inexplorés à ce jour par le système financier classique.
Pourtant, des produits de Finance Islamique (notamment, le Musacat,
la Salam, la Ijara, la Mourabaha…) pourraient aisément permettre à ces
exploitants agricoles peu importe leur taille de franchir un cap dans leur
activité et sortir de la pauvreté.
D’autres secteurs peuvent également être énumérés en fonction de leur
besoin en adéquation avec les produits financiers islamiques. Ce sont
notamment l’immobilier, le commerce intra régional, les nouvelles
technologies et bien d’autres.
Mauvais positionnement
Les banques islamiques dans l’UEMOA font généralement l’erreur de
se positionner sur le même segment que leurs consœurs de la
conventionnelle qui elles ont plusieurs décennies d’expérience. Elles
partent donc avec un désavantage certain en n’adoptant pas un
paradigme aux antipodes des pratiques déjà en vigueur et qui n’ont pas
réussi à améliorer jusque-là le taux d’inclusion financière. Il serait
utopique de penser que du simple fait de leur caractère islamique, ces
produits obtiendront l’adhésion systématique de la population
musulmane.
Une politique fiscale désavantageuse
En dehors du Sénégal et du Niger qui ont revu leur cadre fiscal afin de
prendre en compte les spécificités de la Finance Islamique, les autres
Etats sont à la traine. Ce qui constitue un handicap probant pour les
banques islamiques en termes de compétitivité vu que leurs produits ont
un coût plus élevé repoussant ainsi les populations à revenu faible.
L’islamo scepticisme
L’émergence de la Finance Islamique dans la zone UEMOA a coïncidé
avec une vague malheureuse d’attentats terroristes revendiqués par des
groupes islamistes radicaux dans la région. Un climat de méfiance
s’étant installé, certaines langues ont vite fait d’y trouver un lien
accusant donc l’industrie de mobiliser plutôt des fonds afin de financer
le terrorisme.
Le refinancement de la Banque Centrale
La conformité chariatique régissant l’activité des banques islamiques
rend le guichet de refinancement de la Banque Centrale inéligible pour
ces établissements bancaires de type islamique. Elles ne disposent que
des lignes de financement du groupe de la BID comme alternative. Les
critères très sélectifs de cette institution disqualifient également les
établissements de taille modeste. Du coup l’industrie reste assez fébrile
et exposée à tout choc sans oublier la limite en termes de financement
dans un environnement prudentiel pas forcément favorable.
Manque de promotion
L’industrie de la Finance Islamique reste assez méconnue aussi bien des
populations que des gouvernements de l’Union. La récente publication
des instructions de la BCEAO empêche une grande partie des banques
et des SFD qui n’ont pas encore obtenu leur agrément de communiquer
sur leur produit. Ce qui contribue donc à faire stagner le climat
d’incompréhension autour de cette forme alternative de financement.
Insuffisance de volonté gouvernementale
14 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
Les gouvernements de Côte d’Ivoire, du Mali, du Sénégal et du Togo
ont certes saisi l’opportunité de capter les capitaux islamiques à
l’échelle macro-économique, néanmoins l’UEMOA n’a pas entrepris
suffisamment d’actions afin de faire bénéficier les populations à
l’échelle microéconomique.
Un capital humain déficitaire
En l’absence d’une politique de formation coordonnée à l’échelle de
l’Union, il est difficile de trouver un nombre suffisant de professionnels
pour répondre au besoin de l’industrie. Il est donc très souvent fréquent
de voir des experts venues d’ailleurs cumuler parfois plusieurs postes
ou intervenant dans une multitude d’institutions à la fois dans la zone.
Un lobbying efficace
Plusieurs des maux dont souffrent la Finance Islamique dans la zone
UEMOA découlent en grande partie de sa méconnaissance aussi bien
par le grand public que par les autorités étatiques voir sous régionales.
Il serait très opportun d’user de tous les moyens disponibles afin de
faire comprendre à la population les opportunités qu’elle pourrait saisir
à travers cette finance alternative. Ensuite, montrer aux décideurs
politiques les solutions concrètes que la Finance Islamique propose
aussi bien à l’échelle macro que microéconomique. Cela aura pour effet
de motiver toutes les parties prenantes à œuvrer pour la résolution des
problèmes qui minent l’avancée de cette finance.
15 Etat des lieux de l’industrie de la Finance Islamique dans la zone
UEMOA
CONCLUSION
L’UEMOA est une région qui de par sa géographie, sa culture, sa
démographie et sa croissance économique constitue un terreau
favorable pour le développement de la Finance Islamique. Ce n’est pas
sans raison qu’elle est à ce jour la première région en Afrique en termes
d’émission de Sukuk.
Néanmoins, plusieurs obstacles se dressent sur le chemin de cette
finance, la maintenant depuis quelques années à son stade d’éclosion
ou d’émergence prometteuse. Ces challenges sont d’ordre
réglementaire, fiscal, marketing, académique, etc.
Si des solutions existent pouvant éventuellement relancer l’industrie, il
est important de préciser que cela ne se fera pas sans une véritable prise
de conscience régionale du potentiel de ce mode alternatif de
financement qui pourrait combler valablement et durablement certaines
insuffisances qui minent notre société.