SEANCE N° 5
Thème : Les effets du contrat
Je laisse le soin à chaque étudiant de faire son propre résumé des faits et la qualification juridique des cas pratiques.
I. Exercice à faire : Cas pratique
Cas n° 1
En mars 2019, M. Diatta a, devant notaire, donné en location pour une durée indéterminée
sa villa à M. Diémé. Alors qu’il partait en voyage le 20 février 2024, M. Diatta a subi un accident
mortel. Quelques mois après le décès, les héritiers ont vendu la villa à M. Tall, un riche agent
immobilier. Ce dernier demande à M. Diémé de quitter la villa car il est le nouveau propriétaire
et aucun contrat de location ne les lie.
M. Tall a-t-il raison de soulever l’inexistence d’un lien contractuel avec M. Diémé ?
Problème de droit : L’acquéreur d’un immeuble est-il tenu par le bail conclu par
son auteur ?
Selon l’article 110 du COCC, « le contrat ne produit d'obligations pour les tiers que
dans les cas prévus par la loi ». Ce principe de l’effet relatif du contrat comporte des
exceptions lorsqu’il existe un ayant cause particulier qui acquiert un bien de son auteur
à travers notamment un contrat de vente. En outre, l’article 565 du même Code dispose
que « si le bailleur vend la chose louée, l'acquéreur doit respecter le bail s'il est
authentique ou s'il a date certaine ».
Solution : Du seul fait de la cession du bail, M. Tall est tenu de maintenir le contrat de
location conclu entre M. Dieme et le défunt M. Diatta.
Cas n° 2
Pour équiper sa nouvelle villa, Mme Kane est allée voir M. Sarr, un vendeur de climatiseurs.
Après de longues négociations, ils ont convenu d’une commande de cinq (5) climatiseurs pour
un prix global de 900.000 F CFA. Ils se sont donnés rendez-vous, le lendemain, pour le
paiement du prix et la livraison de la commande.
A la sortie du magasin de M. Sarr, Mme Kane, en manipulant son téléphone, est tombée sur
une offre promotionnelle de JUMIA proposant la vente de climatiseurs à un prix de 100.000
francs l’unité. Elle passe la commande de cinq (5) climatiseurs et procède immédiatement au
paiement en ligne des 500.000 F CFA.
Le lendemain, M. Sarr a attendu en vain Mme Kane. C’est pendant la soirée que cette
dernière lui envoie un message l’informant qu’elle a déjà acquis des climatiseurs.
M. Sarr a-t-il des raisons d’exiger un paiement à Mme Kane ?
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Problème de droit : L’accord sur le prix et le bien à acquérir suffit-il à entrainer
la conclusion du contrat ?
COCC, article 78, « le contrat se forme par une offre ou sollicitation suivie d'une
acceptation ». COCC, article 96, « le contrat légalement formé crée entre les parties
un lien irrévocable ».
Ici, Mme Kane et M. Sarr se sont tombés d’accord sur les éléments essentiels du contrat
de vente. De ce fait, le contrat est donc valablement formé.
Solution : M. Sarr pourra se fonder sur la force obligatoire du contrat régulièrement
formé avec Mme Kane pour demander le paiement du prix. Le fait de conclure un autre
contrat n’a aucune incidence sur la validité du premier.
Cas n° 3
M. Goudiaby est un grand producteur et transformateur d’anacardes. A cause de la mauvaise
saison, la matière première s’est tellement rarifiée au point qu’il peine à exécuter ses deux
contrats de fourniture de produits transformés conclus avec les deux établissements Ngom et
Mboup. Goudiaby a pris la décision unilatérale d’augmenter le prix des produits livrés à
l’établissement Ngom au motif qu’il est en train de vivre des circonstances économiques
difficiles. Pour le contrat le liant avec l’établissement Mboup, M. Goudiaby décide de saisir le
juge pour qu’il modifie le contrat compte tenu de ses difficultés économiques. Son ami avocat,
Maître Tall, l’informe de l’existence de moyens juridiques qui lui auraient permis d’éviter toutes
ces difficultés.
Vous identifiez et résolvez les problèmes juridiques.
Première question : Un fournisseur en proie à des difficultés financières
survenues en cours d’exécution d’un contrat de fourniture peut-il modifier
unilatéralement les prix convenus au moment de la conclusion ?
Selon l’article 97 du COCC, « le contrat ne peut être révisé ou résilié que du
consentement mutuel des parties ou pour les causes prévues par la loi ».
Solution : le principe de l’intangibilité du contrat interdit au fournisseur de modifier
unilatéralement le prix des marchandises même s’il rencontre des difficultés
financières. Goudiaby ne pourra pas augmenter unilatéralement le prix des produits en
se basant sur la survenance de circonstances économiques difficiles.
Deuxième question : Le juge peut-il modifier un contrat de fourniture en se
fondant sur le déséquilibre économique intervenu en cours d’exécution ?
Selon l’article 97 du COCC, « le contrat ne peut être révisé ou résilié que du
consentement mutuel des parties ou pour les causes prévues par la loi ». En droit
sénégalais, il y a un rejet de la théorie de l’imprévision.
Le juge sénégalais ne peut pas se baser sur les difficultés économiques d’une partie au
contrat pour imposer une modification à l’autre partie. M. Goudiaby ne pourra pas
obtenir du juge une modification du contrat de fourniture avec l’établissement Mboup.
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Quelques temps après, l’entrepôt de l’établissement Mboup subit un incendie d’une grave
intensité causé par un court-circuit électrique. C’est ainsi que le local et la commande que
l’établissement Mboup devrait livrer à l’hôtel Teranga ont été complètement détruits. L’hôtel
avait déjà intégralement payé le prix de la commande. Le dirigeant de l’hôtel s’inquiète pour
son argent.
Est-ce que dirigeant de l’hôtel pourra prétendre à la restitution du prix qu’il avait déjà
versé ?
Problème de droit : Un acheteur peut-il prétendre à la restitution du prix en
raison de la disparition avant délivrance des biens acquis ?
Selon l’article 108 du COCC, « dans les contrats synallagmatiques, lorsque l'une des
parties est dans l'impossibilité d'exécuter sa propre prestation, l'autre est déliée du
contrat ». L’article suivant rajoute que « Le transfert des risques de la chose est lié au
transfert de la propriété, qu'il se produise au moment de la délivrance ou à tout autre
moment fixé par l'accord des parties ».
Solution : en application de ces dispositions, l’hôtel est délié de son engagement et les
risques de la destruction seront supportés par l’établissement Mboup qui est tenu de
restituer le prix.
L’établissement Mboup avait pris en location l’entrepôt pour une durée de cinq ans, le 07
janvier 2023. Dans le mois qui suit l’incendie, le propriétaire est venu réclamer le paiement de
son loyer. Ce que l’établissement Mboup refuse en alléguant la disparition de son obligation de
payer le loyer du fait de la destruction du local.
L’argument de l’établissement Mboup est-il fondé ?
Problème de droit : Un preneur est-il tenu de payer le loyer après la destruction
du bien loué ?
Selon l’article 108 du COCC, « dans les contrats synallagmatiques, lorsque l'une des
parties est dans l'impossibilité d'exécuter sa propre prestation, l'autre est déliée du
contrat ». En outre, l’article 564 précise que « si, pendant la durée du bail, la chose
louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail prend fin de plein droit.
Si elle n'est détruite qu'en partie, le preneur peut, suivant les circonstances, demander
que le loyer soit réduit ou qu'il soit mis fin au bail. En aucun cas il n'y a lieu à
dédommagement ».
Solution : les risques du contrat sont à la charge du propriétaire de l’entrepôt. Dans ce
cas, les risques pèsent sur le débiteur de l'obligation dont l'exécution est devenue
impossible. En l’occurrence, c’est l'obligation du bailleur, propriétaire de l’entrepôt.
L’établissement Mboup est fondé à ne pas payer le loyer du fait de la destruction du
local.