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Volume 1

Avril 2020
N° 12
LA NOUVELLE RÉFORME DES MARCHÉS PUBLICS
AU CAMEROUN (2018) : ENTRE INNOVATIONS
ET INCOHÉRENCES

Claude MOMO
Agrégé des Facultés de Droit
(Université de Douala)
et
Frédéric Hermann KEMDJO TAGNE
Doctorant en droit public
(Université de Douala)
.
UNIVERSITE
Faculté des Sciences
CHEIKH ANTA DIOP Juridiques et Politiques
DE DAKAR

ANNALES
AFRICAINES Nouvelle série

Revue de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques de


l’UNIVERSITE CHEIKH ANTA DIOP DE DAKAR

Volume
Décembre 2019
2
N˚11

Une publication
CREDILA

CREDILA
.

.
Directeur de publication
Le Doyen de la Faculté des Sciences juridiques et politiques
Alassane KANTE
Secrétaire de rédaction
Le Directeur du CREDILA
Patrice Samuel A. BADJI

Comité scientifique

François ANOUKAHA Dodzi KOKOROKO


Mamadou BADJI El Hadji MBODJ
Aminata Cissé NIANG Amadou Tidiane NDIAYE
Ndèye Madjigène DIAGNE Isaac Yankhoba NDIAYE
Eloi DIARRA Abdoulaye SAKHO
Françoise DIENG Alioune SALL
Ndiaw DIOUF Babaly SALL
Seydou DIOUF Moussa SAMB
Paul NGOM Filiga-Michel SAWADOGO
Alioune Badara FALL Dorothée Cossi SOSSA
Ismaïla Madior FALL Amsatou SOW SIDIBE
Ahonagnon Noël GBAGUIDI Demba SY
Babacar GUEYE Saïdou Nourou TALL
Demba KANDJII Samba TRAORE
Mactar KAMARA
Ibrahima LY
El Hadj MBODJ

Comité de lecture
Boubacar BA, Patrice Samuel A. BADJI, Mamadou BADJI, Yaya BODIAN, Meïssa DIAKHATE,
Abdoulaye DIEYE, Alioune Badara DIOP, Abdou Aziz DIOUF, Alioune Badara FALL, Ismaïla
Madior FALL, Papa Talla FALL, Massamba GAYE, Moussa GUEYE, Abdoul Aziz KEBE, Alain
KENMOGNE, Ndèye Sophie Diagne NDIR, Moustapha NGAIDE, Cheikh A. Wakhab NDIAYE,
El Hadj Samba NDIAYE, Sidy Alpha NDIAYE, Ndèye C. Madeleine NDIAYE, Aminata Cissé
NIANG, Babacar NIANG, Dieunedort NZOUABETH, Abdourahmane THIAM.

Secrétariat de rédaction
Assane DIALLO
Anna Diaw MBOUP
Ephigénie Adam FAYE

&HQWUHGHUHFKHUFKHVG¶pWXGHVHWGHGRFXPHQWDWLRQVXUOHVLQVWLWXWLRQV
Et les législations africaines (CREDILA)
Faculté des Sciences juridiques et politiques
Université Cheikh Anta Diop de Dakar
BP 5336 Dakar-Fann

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CREDILA, 2020
ISSN : 0850-9247
LA NOUVELLE RÉFORME DES MARCHÉS PUBLICS AU
CAMEROUN (2018) : ENTRE INNOVATIONS ET
INCOHÉRENCES

Par
Claude MOMO
Agrégé des Facultés de Droit
(Université de Douala)
et
Frédéric Hermann KEMDJO TAGNE
Doctorant en droit public
(Université de Douala)

À l’instar des personnes privées, les personnes publiques ont recours au


procédé contractuel. Si ce phénomène n’est pas nouveau, il connaît un
renouvellement profond depuis plusieurs années1. Il en va ainsi des marchés
publics depuis l’accession du pays à la souveraineté internationale2. En effet,
« depuis son indépendance, le Cameroun n’a cessé de réformer son système
de passation des marchés publics afin de le rendre davantage efficace et le
mettre ainsi au service du développement »3. C’est dans ce sillage que se
situe la nouvelle réforme des marchés publics intervenue à la faveur du
décret n°2018/366 du 20 juin 2018 portant Code des marchés publics au
Cameroun.
L’expression « réforme » renvoie à une modification délibérée du
système existant en vue de satisfaire à des objectifs nouveaux ou modifiés,
ou en réponse à des contraintes nouvelles. C’est encore, un changement
profond et radical apporté à quelque chose ou à une institution visant à
l’adapter aux transformations de son environnement politique, économique

1 Sur l’évolution de la notion de contrat administratif en France, lire DIDRICHE Olivier,


« Les évolutions récentes des contrats administratifs », Actualité Juridique Collectivités
Territoriales, n° 3, Mars 2016, pp. 132-139, F.LICHERE, « L’évolution du critère organique
du contrat administratif », RFDA 2002, p.341
2 Biakan Jacques, Droit des marchés publics au Cameroun. Contribution à l’étude des

contrats publics, L’Harmattan, Paris, 2011, pp. 14-17.


3 Messengue Avom Bernard, La gouvernance des marchés publics au Cameroun, Les

Éditions le Kilimandjaro, Yaoundé, 2013, p. 34.


200 Annales africaines

et social et tendant à améliorer son fonctionnement. En ce sens, l’expression


se distingue de celle de « reforme ». Ce dernier terme signifie former de
nouveau c’est-à-dire refaire ou reconstituer ce qui était défait. C’est aussi le
fait de rétablir une chose dans sa forme primitive ou dans son état antérieur.
Dans le cadre de cette étude il sera fait recours à l’idée de réforme comme
modification de l’état du droit même si celle de reforme comme
rétablissement de la forme initiale ne saurait être négligée4. La matière des
marchés publics est soumis à une constante évolution due aux changements
de la conception du rôle de l’Etat, des collectivités publiques et au
développement des entreprises publiques. C’est dans ce dernier sens que
semble s’inscrire la récente réforme des marchés publics au Cameroun5.
Le marché public6 occupe une place de choix parmi les diverses
formes de contrat administratif7. Concrètement, d’après l’article 5 (w) du
décret n° 2018/366 du 20 juin 2018 portant Code des marchés publics, celui-
4 La présente réforme a le mérite d’introduire pour la deuxième fois « un Code des marchés
publics » au Cameroun après celui de 2004 qui était toujours en vigueur mais qui demeurait
cependant dépouillé d’une grande partie de ses dispositions depuis 2011 avec la
réorganisation de l’équipe gouvernementale et la création d’un Ministère des marchés publics
(voir l’article 4 alinéa 1 du Décret n°2011/408 du 09 décembre 2011 portant organisation du
gouvernement). A la suite de cette institutionnalisation, de nombreux textes relatifs aux
marchés publics ont été adoptés en dehors du Code abrogé de 2004, l’amputant au passage
d’une grande partie de ses dispositions sans toutefois l’abroger entièrement. Voir Ministère
des marchés publics, Recueil des textes de base sur les marchés publics, Yaoundé, 2e éd.,
2016, 437 p. La création de ce ministère n’est pas inédite. Déjà en 1984 il avait été créé un
Ministère de l’informatique et des marchés publics. Voir NOAH Boniface, « La construction
d’un système camerounais des marchés publics », in Abouem à Tchoyi David et M’bafou
Stéphane Claude, (dir.), 50 ans de réforme de l’État au Cameroun. Stratégies, bilans et
perspectives, L’Harmattan, Paris, 2013, pp. 351-364 (spéc. pp. 355-357).
5 Malgré que le nouveau Code consacre une profonde modification du système des marchés

publics au Cameroun, il faut reconnaître qu’en pratique et même en théorie, certaines notions
restent stables en raison de la reconduction des cahiers de clauses administratives générales
(CCAG). Il en va ainsi par exemple des notions de réfaction et de réception des marchés
publics. Pour en savoir plus sur ces notions, consulter avec intérêt, Nyele Abanda Jean
Yannick, La réfaction des marchés publics en droit camerounais, Mémoire de Master II
recherche en droit public interne, Université de Yaoundé II, 2014-2015, 146 p. ; Ebede Hervé,
« L’urgence et la réception des marchés publics au Cameroun », Revue Africaine de droit
public, n°17, Vol. VIII, supplément 2019, pp. 195-208.
6 Historiquement, les marchés publics ont été appréhendés comme un moyen

d’assouplissement de la souveraineté de l’État. Napoléon exprimait d’ailleurs son hostilité à


ce mode d’action administrative de la manière suivante : « Partez bien du principe qu’on ne
fait les marchés que pour voler ; que, quand on paye, il n’y a pas besoin de marchés, et que le
système de la régie est toujours meilleur » in Brisson Jean-François et Rouyère Aude, Droit
administratif, L.G.D.J, Paris, Collection Pages d’AMPHI, 2004, p.234 ; A. Ménéménis, « Le
champ d’application du code des marchés publics », BJCP, 2001, n° 16, p.182.
7 Il existe diverses formes de contrats administratifs dont les contrats de partenariat, les

délégations de service public et les contrats d’occupation du domaine public. Pour plus
amples informations, Richer Laurent, Droit des contrats administratifs, L.G.D.J, Paris, 7e éd.,
2010, 713 p.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 201

ci est un contrat écrit par lequel un entrepreneur, un fournisseur, ou un


prestataire de services s’engage envers l’État, une collectivité territoriale
décentralisée ou un établissement public, soit à réaliser des travaux, soit à
fournir des biens et services moyennant un prix8. Cette définition met en
exergue les critères du marché public9 en droit camerounais à savoir les
critères formel10, organique11, financier12, concurrentiel et matériel.
L’acheteur public doit, comme l’acheteur privé obtenir le meilleur service au
meilleur prix, mais ce souci devient primordial pour l’administration car ses
marchés sont financés par les fonds publics qui doivent être rigoureusement
utilisés dans l’intérêt général.
Au-delà de ces critères classiques, la doctrine défend l’idée d’un
nouveau critère d’identification du contrat administratif et applicable en
matière de marché public13. Elle considère alors qu’un contrat peut être
qualifié de marché public en application de la théorie de l’accessoire14.

8 Cette définition supprime le groupe de mots « dans un délai déterminé » qui avait été
consacré à la faveur de la réforme par le Décret n° 2012/074 du 08 mars 2012 portant
création, organisation et fonctionnement des Commissions de passation des marchés publics.
9Nkake Ekongolo David Bienvenu, Le régime juridique des travaux publics au Cameroun,

Thèse de doctorat, Université de Yaoundé II, 2015, pp. 62 et s.


10Même si en tant que contrat administratif, l’on peut admettre la possibilité d’un marché

public verbal (CS/CA jugement n°147/04-05/ ADD du 31 août 2005, UM NTJAM François),
ou non signé (Tribunal administratif du Littoral, jugement n°066/CA/16 du 16 février 2017,
Société Tractafric motors Cameroun SA c/ Université de Douala), il reste que le formalisme
de l’écrit est récurrent. L’instrumentum occupe une place de choix dans les marchés publics
au Cameroun dans la mesure où le contrat doit obligatoirement fait l’objet d’un
enregistrement auprès de l’administration fiscale. Le défaut d’enregistrement rend d’ailleurs
le contrat « caduc ». Voir CS/CA, jugement n°45/96-97 du 26 décembre 1996, Société
SOCANI c/ État du Cameroun ; CS/CA, jugement n°69/96-97 du 24 avril 1997, Société Les
Galeries c/ Office national des ports du Cameroun (ONPC).
11Ce critère précise d’une part les bénéficiaires des marchés publics desquels sont exclus les

entreprises publiques (article 119 alinéa 1 de la loi n°2017/011 du 12 juillet 2017 portant
statut général des entreprises publiques) et les groupements d’intérêt public (article 25 de la
loi n° 2010/023 du 21 décembre 2010 fixant le statut du groupement d’intérêt public). D’autre
part, ce critère détermine la nature des personnes pouvant contracter avec l’Administration.
Désormais, les personnes publiques peuvent être candidates à l’attribution des marchés
publics sous réserve pour elles de se conformer aux principes de la commande publique
(articles 3 alinéa 2c et 52 alinéa 1 du Code des marchés publics).
12ZOGO NKADA (Simon-Pierre), « Le critère financier dans les contrats de la commande

publique », R.A.S.J., n° 10, 2013, p. 205.


13Pour Monsieur Gilles Le Chatelier, il s’agit d’un nouveau critère mieux d’une nouvelle

catégorie de contrats administratifs : les contrats accessoires de contrats de droit public. Voir
Le Chatelier Gilles, « Un nouveau critère du contrat administratif : le contrat accessoire d’un
contrat de droit public », Contrats publics, n°136, Octobre 2013, pp. 65-68.
14 La théorie de l’accessoire née en droit privé (et transposée en droit public) signifie que le

régime des biens accessoires suit celui du bien principal. C’est la traduction de la locution
latine « accessoriumsequitur principale » (l’accessoire suit le principal) dont la véritable
expression est « accessoriumsequiturnaturamreiprincipalis » (l’accessoire suit la nature de la
202 Annales africaines

« (…) En effet, un contrat étant administratif, son caractère s’étend aux


conventions annexes ou accessoires qui en procèdent et dont il est la raison
d’être, même si les parties ne sont pas les mêmes, et alors que, considérées
isolément, ces conventions apparaîtraient comme des contrats de droit privé
(…) »15. Cette logique16 qui joue le plus souvent en matière de garanties et
de cautionnement17 a été consacrée en droit national par le Code des marchés
publics (CMP)18.
Le triptyque classique des prestations des marchés publics qu’on
retrouve au Cameroun et en France ne couvre cependant pas, malgré une
prétendue filiation entre les deux systèmes juridiques19, la différence de
conception de la notion de « marché public » qui existe entre ces ordres
juridiques.
La récente réforme des marchés publics au Cameroun se situe dans un
contexte particulier. Au plan international le régime des marchés publics a

chose principale). Pour un aperçu de cette règle en droit administratif, Mollion Grégory, « La
théorie de l’accessoire dans les contrats publics », Contrats et marchés publics, Août-
Septembre 2009, pp. 9-14; Blanquière Benjamin, La théorie de l’accessoire en droit
administratif, Thèse de doctorat en droit public, Université de Paris II Panthéon-Assas, 2018,
663 p., spéc. pp. 305-376 (pour le cas des contrats).
15 Guettier Christophe, Droit des contrats administratifs, Puf,Paris, 2e éd., 2008, p. 71.
16 Lichère François, Droit des contrats publics, Dalloz, Paris, 2e éd., 2014, p. 23 ; Hoepffner

Hélène, Droit des contrats administratifs, Dalloz, Paris, 1ère éd., 2016, pp. 70-73.
17 Yolka Philippe, Droit des contrats administratifs, L.G.D.J., Paris, 2013, p. 61 ; Richer

Laurent et Lichère François, Droit des contrats administratifs, LGDJ, Paris, 10e éd., 2016, pp.
115 et s. En l’état du droit positif, la nature juridique des garanties dans les marchés publics
n’est pas encore véritablement déterminée ; elle donne lieu à une ambiguïté. Ces garanties
sont tantôt des contrats de droit privé régis par l’acte uniforme OHADA sur le droit des
sûretés tantôt des contrats de droit public soumis aux règles du CMP. Pour un aperçu de cette
ambiguïté, lire avec attention BAHOKEN Valéri Lesmont, « La compétence du juge
judiciaire en matière de contentieux de l’exécution des marchés publics à l’aune de l’Acte
uniforme OHADA sur les sûretés. (Réflexion au regard du droit camerounais des marchés
publics) », Revue Juridique et Politique des États francophones, n° 4, Vol. 70, Octobre-
Décembre 2016, pp. 598-605.
18 Conformément à l’article 5bb du CMP, les marchés de travaux sont des « marchés conclus

avec des entrepreneurs en vue de la réalisation des opérations de construction,


reconstruction, démolition, réparation, rénovation de tout bâtiment ou ouvrage, y compris la
préparation du chantier, les travaux de terrassement, l’installation d’équipements ou de
matériels, la décoration et la finition, ainsi que les services accessoires aux travaux si la
valeur de ces services ne dépasse pas celle des travaux eux-mêmes ». Voir aussi l’article 62
du Code d’après lequel « les marchés de fournitures ont pour objet l’achat, la prise en crédit-
bail, la location-vente de produits ou matériels y compris les services et accessoires, si la
valeur de ces derniers ne dépasse pas celle des biens eux-mêmes ». Nous mettons en gras.
19SINDJOUN Luc, « Esquisse de théorie de droit administratif camerounais. (A propos du

droit administratif processuel du Cameroun du Professeur Maurice KAMTO) », Revue


Penant, n° 813, Octobre-Décembre 1993, pp. 323-329.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 203

connu une profonde transformation pour être saisi par la globalisation20 ; il a


même été totalement influencé par les exigences du droit communautaire de
la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC)21.
Au plan national, avec la réforme introduite par l’institutionnalisation du
Ministère des marchés publics en 2011, le système des marchés publics a
quelque peu été chamboulé. La coexistence du Code des marchés de 2004
avec les textes issus de cette réforme rendait le droit des marchés publics peu
saisissable pour ne pas dire instable et difficile à interpréter22. Le droit
camerounais des marchés publics était dans un tel « désordre »23 qu’il ne
serait pas incongru de dire qu’il était en « miettes »24. Il importait alors de
remédier à cette complexité du système par une harmonisation des règles et
procédures applicables en la matière. La réorganisation du secteur public25 et

20AUBY Jean-Bernard, « La bataille de San Romano. Réflexions sur les évolutions récentes
du droit administratif », http://www.irpa.eu/wp-content/uploads/2012/09/Auby-3.pdf, consulté
le 12 décembre 2018 à 6h17min. Selon l’auteur, « (…) le droit des marchés publics est affecté
de la manière la plus évidente par la globalisation : y contribuent les traités communautaires
(dont l’apport sur ce point comporte des équivalents dans les autres grandes intégrations
régionales), comme le droit de l’OMC au travers de l’Accord sur les Marchés Publics conclus
en 1994 (…) », p. 3.Pour un aperçu critique de cette théorie, lire avec intérêt BOUCOBZA
Isabelle, « Le droit administratif global, essai d’analyse critique d’un courant de pensée »,
RFDA, n°5, Septembre-Octobre 2019, pp. 824-29.
21Directive n° 01/11-UEAC-190-CM-22 du 19 décembre 2011 relative aux Lois de Finances ;

Directive n° 06/11-UEAC-190-CM-22 du 19 décembre 2011 relative au Code de transparence


et de bonne gouvernance dans la gestion des finances publiques ;NGUIMFACK VOUFO
Théophile, « Le droit budgétaire camerounais à l’épreuve du droit communautaire CEMAC »,
Juridis périodique n°116, Octobre-Novembre-Décembre 2018, pp. 44-58 ;ZANKIA
Zulandice, « L’appréhension des contrats de marchés publics par le droit communautaire en
Afrique Centrale : cas du Cameroun », Communication présentée au Colloque international
sur « Le contrat au début du XXIe siècle : regards croisés droit privé, droit public,
CommonLaw », Douala du 02 au 03 juin 2015, 16 p., Inédit.
22 Cette prolifération des normes juridiques a réduit leur effectivité et leur efficacité. Sur le

constat de la décomposition de l’ordre juridique stato-centré, lire avec intérêts, DELMAS-


MARTY Mireille, « Où va le droit ? Entre pot au noir et pilotage automatique, le droit peut-il
nous guider vers une mondialité apaisée ? », La Semaine juridique, Édition générale n°14, 2
avril 2018, 5 p. spéc. , pp. 1-2.
23Expression empruntée à la doctrine. Pour un aperçu de l’emploi de ce terme, voir

DELVOLVÉ Pierre, « Les contrats publics dans le désordre », Revue des contrats, n°3, Juillet
2006, pp. 951-965.
24 Nous reprenons ici à notre compte un terme employé par certains auteurs. Pour une

meilleure compréhension du sens de cette expression, lire utilement LLORENS François,


SOLER-COUTEAUX Pierre, « Le droit des contrats publics en miettes », Contrats et
Marchés publics, 2005, Repère 1.
25 La réorganisation du secteur public ouvre la réflexion sur les rapports qui peuvent exister

entre la recherche de l’intérêt public et la réalisation des activités industrielles et


commerciales des personnes privées. Pour une analyse de ces rapports en droit québécois et
français, lire avantageusement Pelletier Marie-Louise, Déclin et mutation : l’évolution
juridique de l’entreprise publique de service public, Thèse de doctorat en cotutelle, Université
Laval au Québec et Université Montpellier I en France, 2008, 451 p.
204 Annales africaines

des établissements publics26 justifiait qu’une pareille entreprise soit engagée


afin d’assurer la stabilité du système des marchés publics. C’est pourquoi, on
considère désormais indispensable d’adapter la politique des marchés
publics à la politique économique générale.
Les causes et les finalités de la réforme des marchés publics sont
multiples27 . Il s’agit entre autres de répondre à une crise des institutions28 et
de rechercher la rationalisation et l’efficacité du système des marchés
publics29.Comme dans les dernières modifications ayant affecté le système
national des marchés publics30, cette dernière réforme avait pour but de
corriger ces faiblesses en recherchant une meilleure performance de l’achat
public face aux incessants scandales financiers qui éclatent depuis une
vingtaine d’années. À cet égard, elle vise à garantir la légalité et la régularité
de l’utilisation des fonds publics31. Elle tend alors à préserver et à renforcer
les principes qui caractérisent les systèmes modernes des marchés publics
notamment la transparence des procédures, l’égalité de traitement des
candidats, l’éthique des acteurs, l’efficience du système et l’impact sur
l’économie nationale. Dès lors, les nombreuses expérimentations qu’a
connues le système des marchés publics jusqu’ici auront servi à le rendre
plus efficace et plus innovant32.
La révision des règles gouvernant les marchés publics au Cameroun
intervient dans un contexte de résilience économique. En effet, alors que le

26 Pour une analyse de la récente réforme des établissements publics au Cameroun, lire
SANDIO KAMGA Armel Habib, « La réforme manquée de l’établissement public au
Cameroun », Juridis périodique n°112, Octobre-Novembre-Décembre 2017, pp. 26-35.
27 MORAND-DEVILLER Jacqueline, « Les mécanismes de la réforme administrative »,

Revue Internationale de Droit Comparé, n°2, Vol. 38, Avril-Juin 1986, p. 676.
28 Cette crise se manifestait par « les relations conflictuelles entres les Maîtres d’Ouvrages

dont les CTD, le MINMAP et l’ARMP ».Voir note de présentation n°029/N/ARMP/


IGP.noa/15 du 19 mars 2015 du Directeur Général de l’Agence de Régulation des Marchés
Publics (ARMP) ayant pour objet le toilettage du Code des marchés publics, p. 2.
29 Cette efficacité est recherchée particulièrement à travers la réduction des étapes de la

passation, l’allègement de la liasse des pièces documentaires exigées en phase de pré


qualification, etc… Ibid., p. 4.
30 Sur l’évolution du système des marchés publics jusqu’à 2012, lire avec intérêt Messengue

Avom Bernard, op. cit. pp. 31-67.


31Agence de Régulation des Marchés Publics, Principes fondamentaux et procédures

nationales de passation des marchés publics. Séminaire de renforcement des capacités à


l’intention des acteurs de la passation des marchés publics, Septembre 2016, p. 3.
32Pour un aperçu de la question en France, lire avec intérêt Conseil d’État, Le contrat, mode

d’action publique et de production des normes, Paris, La Documentation française, 2019, 200
p.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 205

pays est engagé dans la quête de son émergence économique33, il est alors
frappé par la rareté des ressources financières dues non seulement à la crise
sécuritaire dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest mais aussi par la
modification des hypothèses macroéconomiques ayant servi de fondements à
l’élaboration de la loi de finances 201834. C’est dans ce cadre que le nouveau
Code a été adopté en vue d’améliorer la célérité dans l’attribution et
l’exécution des marchés publics.
L’étude de la réforme des marchés publics au Cameroun35 revêt un
intérêt dual qui est à la fois théorique et pratique. Au plan théorique, elle
rend compte de l’évolution du droit administratif camerounais que ce soit
dans sa forme institutionnelle36 ou relationnelle37. À cet égard, la réflexion
permet d’apprécier les mutations continues qui grèvent les institutions et
régulent les marchés publics au Cameroun38. Au plan pratique, l’analyse
pourrait permettre d’orienter les comportements des autorités administratives
au moment de l’édiction de mesures d’application du Code des marchés
publics. Elle servirait alors de socle pour l’interprétation administrative de la
matière39.

33 Voir à cet effet, les nombreux programmes initiés par le Gouvernement pour l’amélioration
des conditions de vie des populations notamment le PLANUT et le Plan d’urgence spécial
jeunes.
34 Ministère des finances, Rapport d’exécution du budget de l’État pour l’exercice 2018, p. 2.
35 Sur la dernière réforme des marchés publics au Cameroun, lire BEYEGUE

BOULOUMEGUE Emmanuel Ghislain, « La réforme des marchés publics », in Ondoa


Magloire (dir.), L’administration publique camerounaise à l’heure des réformes, l’Harmattan,
Paris, 2010, pp. 241-273.
36 KEUTCHA TCHAPNGA Célestin, « Les mutations récentes du droit administratif

camerounais », Revue Afrilex, 23p. http://afrilex.u-


bordeaux4.fr/sites/afrilex/IMG/pdf/1doc4keutcha.pdf, consulté le 04 juillet 2018 à 08h10min.
37 Pour le Pr Demba SY, le droit administratif a plusieurs aspects. On distingue « (…) en effet

le droit administratif organisationnel qui régit les structures administratives (par exemple le
Code des collectivités locales régit l’organisation des régions, des communes et des
communautés rurales) et le droit administratif relationnel qui régit les relations de
l’administration et des particuliers (ainsi le Code des obligations de l’administration
concerne les contrats de l’administration et traite de la responsabilité publique) ». Voir Sy
Demba, Droit administratif, l’Harmattan, Dakar, 2e éd., 2014, p. 13. Selon le Pr Jean
BOULOUIS, cette distinction « (…) tire son intérêt de ce qu'elle se calque sur la dualité des
fonctions fondamentales du droit, la fonction organisatrice et la fonction régulatrice ».
D’ailleurs, pour ce dernier, lorsque la doctrine évoque l’idée d’une suppression du droit
administratif, elle ne vise que l’aspect relationnel du droit administratif. Lire BOULOUIS
Jean, « Supprimer le droit administratif ? », Pouvoirs n°46, 1988, p. 7.
38 Pour une vue d’ensemble, lire MOMO Claude, « Droit administratif et crise économique

au Cameroun », Solon, Revue africaine de parlementarisme et de démocratie, n° 10, Vol. III,


Juillet 2015, pp. 350-409.
39 Pour un aperçu général de l’importance de l’interprétation administrative en Droit

administratif, lire avec intérêt : dossier « les petites sources du droit administratif », in
Actualité Juridique du Droit Administratif n°16, 06 mai 2019 du 6mai 2019, pp. 916-939.
206 Annales africaines

La présente analyse se permet d’apprécier l’ampleur de ladite réforme


et l’écueil du facteur humain dans la réalisation des marchés publics. À cet
effet, elle pose la question de savoir : quelle est la consistance de la nouvelle
réforme des marchés publics au Cameroun ? Cette interrogation commande
alors de présenter les figures de cette réforme (I) avant de questionner ses
incohérences (II).

I. Les figures de la réforme

La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun présente


deux visages40 : les innovations qu’elle introduit et les rénovationsauxquelles
elle donne lieu.
Par innovation, on désigne leséléments nouveaux41figurant dans le
Code des marchés publics de 2018. C’est en quelque sorte les institutions
neuvescréées à la faveur de la réforme.
Dans le sens qui est retenu par la présente étude, la rénovation
renvoie à une institution qui connaît une nouvelle existence. Elle doit
s’entendre ici comme un organe ou une règlecréée par le précédent
systèmedes marchés publics mais qui depuis lors avait été mis en veille ou
supprimée et qui par la réforme actuelle connaît une réhabilitation42. Il s’agit
d’éléments qui ne soient pas tout à fait nouveaux mais qui avaient été
modifiés dès 2011 jusqu’à ce qu’intervienne la présente réforme qui les
réactive.
Dans un souci de clarté de l’analyse, il convient de présenter les
innovations (A) de la réforme avant de se pencher sur ses rénovations (B).

A/ Les innovations de la réforme

La récente promulgation du nouveau Code des marchés publics au


Cameroun introduit de nombreuses innovations. En fonction de leur

40 Selon un analyste, s’agissant de la passation des marchés publics, la nouvelle réforme


oscille entre dynamique réformiste et dynamique conservatiste. Lire DICKA John Éric, « La
nouvelle architecture juridique de la passation des marchés publics au Cameroun sous le
décret n°2018/366 du 20 juin 2018 portant code des marchés publics : table rase ou
transposition de la substance du modèle abrogé ? », Revue Africaine de Droit et de Science
Politique, n°17, Vol. VIII, Janvier-Juin 2020, pp. 171-194.
41 Cette définition ressort de l’article 5 alinéa 13 de la Directive 2014/23/UE du Parlement

européen et du Conseil du 26 février 2014 sur l’attribution des contrats de concession.


42Dictionnaire Larousse, Maxipoche 2018, Paris, 2017, p. 1202.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 207

existence dans la pratique ou non43, l’on peut identifier des innovations


mineures à côté de celles qu’on peut qualifier de majeures. En tout état de
cause, et malgré la pertinence que peut emporter cette précédente
présentation, il convient d’organiser les idées autour de la distinction entre
les innovations matérielles (1) et les innovations organiques(2). Cette
dernière présentation a le mérite de mettre en exergue les différentes formes
d’institutions, intervenant dans la vie des marchés publics au Cameroun et
nouvellement créées.

1- Les innovations matérielles

Les innovations matérielles issues de la dernière réforme des


marchés publics intervenue au Cameroun le 20 juin 2018 sont nombreuses et
variées44. Il s’agit des règles et mécanismes nouveaux relatifs à la passation,
à l’exécution et au contrôle des marchés publics. Il est possible de dégager
au sein de ces innovations deux points majeurs : la consécration de nouveaux
principes de passation des marchés publics et la consécration d’une
commande publique éco-responsable45qui intègre les exigences du
développement durable46.
Relativement à la consécration de nouveaux principes de passation
des marchés publics, l’on relève que de nouvelles règles de la formation des
marchés publics ont été posées à côté du raffermissement des règles
d’éthique par la consolidation des sanctions des pratiques qui lui sont
contraires47notamment la corruption48. Ces nouveaux principes qui

43 La présente réflexion entend rendre uniquement compte des dispositions normatives et non
pas de la pratique des acteurs du système des marchés publics au Cameroun.
44 C’est le cas de l’introduction de l’avis favorable de la Commission centrale de contrôle des

marchés publics acquis en cas de silence (article 40 alinéa 3). On est là dans la pleine
hypothèse d’un « silence normateur de sens positif ». Sur cette dernière notion, lire KAMTO
Maurice, GUIMDO DONGMO Bernard-Raymond, « Le silence de l’administration en droit
administratif camerounais », Lex Lata, n°0005, 15 décembre 1994, p. 13.
45 RIBOT Catherine, « La commande publique éco-responsable », in Contrats publics, Mél.

en l’honneur du Professeur Michel GUIBAL, Tome II, Presses de la faculté de droit de


Montpellier, 2006, pp. 283-302.
46Au sens de l’article 4 alinéa d de la loi n° 96/12 du 05 Août 1996 portant loi-cadre relative à

la gestion de l’environnement au Cameroun, le développement durable est « le mode de


développement qui vise à satisfaire les besoins de développement des générations présentes
sans compromettre les capacités des générations futures à répondre aux leurs ».
47 Afin de lutter contre la corruption et les manœuvres frauduleuses, de nouvelles règles

d’éthique ont été posées. Il en va ainsi par exemple du trafic d’influence et du délit d’initié.
Voir les articles 193 et 196 du CMP.
48 La corruption est une mauvaise pratique qui a longtemps plombé le système des marchés

publics malgré les efforts consentis au plan institutionnel pour contrer ce fléau. Voir ASTA-
208 Annales africaines

s’inscrivent dans le cadre de la gestion axée sur les résultats49se rapportent à


l’efficience et l’intégrité.
Principe issu du nouveau management public et visant la
performance de l’action publique50, le principe d’efficience a été introduit au
Cameroun à la faveur de la modernisation des finances publiques51par la
notion de budget-programme52dont l’apport en matière de gestion publique
est indéniable53. Il désigne le fait de produire le service au moindre coût et
gérer les ressources de manière à réaliser une économie de moyens. À cet
égard, le nouveau Code des marchés publics introduit54l’efficience à la fois
dans la passation et dans l’exécution. À la passation, ledit principe instaure
des mesures visant à lutter contre la multiplication des séances de travail des
commissions de passation de marchés. À l’exécution, elle entreprend
l’interdiction de cumuler l’actualisation et la révision des prix qui permettra
de réduire considérablement les coûts de réalisation des infrastructures
publiques.
La refonte des règles des marchés publics s’inscrit dans le cadre de
la moralisation de la vie publique55. À cet égard, elle consacre de nouveaux

WABI MANA Saibou, « Stratégie de lutte contre la corruption dans le système des marchés
publics », in Actes de la conférence annuelle des responsables des services centraux et
déconcentrés du Ministère des Marchés Publics sous le thème : « Contribution du Ministère
des Marchés Publics à la bonne exécution du budget de l’État au titre de l’exercice 2016 »,
Yaoundé – Palais des Congrès, les 21 et 22 Janvier 2016, pp. 41-50.
49MBALLA OWONA Robert, « Émergence de la gestion financière axée sur les résultats et

reconnaissance d’une obligation d’exécution intégrale des budgets des administrations


publiques en droit CEMAC », Revue Afrilex, 27p. http://afrilex.u-
bordeaux4.fr/sites/afrilex/IMG/pdf/.Emergence_de_la_gestion_financiere_axee_sur_les_resul
tats_-CEMACmballarobert.pdf, consulté le 03 novembre 2019 à 5h 24min.
50 Kayo Sikombé André, Cours de Régulation des marchés publics au Cameroun, Université

de Yaoundé II, Master II professionnel « Marchés publics et commande publique », Année


académique 2014-2015, p. 11, Inédit.
51 Cette modernisation s’inscrit dans le cadre d’un mouvement général qui envahit tous les

États de l’Afrique francophone au Sud du Sahara. Voir à cet effet, MÉDÉ Nicaise,
« L’Afrique francophone saisie par la fièvre de la performance financière », Revue française
de finances publiques, n°135, Septembre 2016, pp. 349-360.
52 BEGNI BAGAGNA, « Les perspectives du budget-programme au Cameroun », Revue

Communautaire de Droit et des Affaires, n° 2 Avril - Juin 2013, pp. 19-30, (spéc. pp. 24-26).
53 SOBZÉ Serge François, « L’apport du budget-programme dans l’évolution des Finances

publiques au Cameroun », Solon, Revue africaine de parlementarisme et de démocratie, n°


10, Vol. III, Juillet 2015, pp. 411-435 ; (spéc. pp. 418-425).
54 La consécration du principe de l’efficience comme principe national de passation des

marchés publics avait été souhaitée par la doctrine. Lire avec intérêt TUEKAM TATCHUM
Charles, « Les principes directeurs de la passation des contrats publics au Cameroun : la
difficile gestation d’un Code de la commande publique », Revue de droit international et de
droit comparé, n°4, Vol. 94, Octobre-Décembre 2017, pp. 597-628; spéc. pp. 620-627.
55 Amorcé par l’article 66 de la Constitution et poursuivi par la loi n° 003/2006 du 25 avril

2006 relative à la déclaration des biens et avoirs, ce processus de transparence reste cependant
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 209

instruments qui renforcent le respect de l’intégrité56 des procédures dans les


contrats publics au Cameroun. En effet, la création de nouvelles
incriminations participe de cette entreprise. Désormais, les manœuvres
frauduleuses, les actes de corruption, les pratiques collusoires, coercitives et
obstructives57ainsi que les délits d’initié et les conflits d’intérêts58, bref les
mauvaises pratiques dans la passation comme dans l’exécution59sont
lourdement sanctionnées et réprimées par les autorités compétences.
De jours, de plus en plus, les marchés publics sont des instruments
de développement social. Ainsi, la prise en compte des considérations
sociales et environnementales dans la commande publique60 constitue dès
lors une obligation pour les gouvernants61. C’est ce qui justifie que la récente
réforme ait entrepris la consécration d’une véritable commande publique
durable, tournée vers le développement durable et intégrant les
préoccupations environnementales et sociales dans la gestion du patrimoine
et du fonctionnement des administrations publiques62.
Sous le règne du Code abrogé de 2004 et de ses textes modificatifs,
les clauses sociales63 et environnementales faisaient l’objet d’une faible

encore inopérant en l’absence de décret d’application. Avec l’avènement de la loi n°2018/011


du 11 juillet 2018 portant Code de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des
finances publiques au Cameroun, ce processus connaît une notable avancée.
56 L’intégrité est un principe de la commande publique qui est sous-jacent à la bonne foi. Il

était déjà présent dans le système des marchés publics précédent. Lire avantageusement
Essomba Fabien Christian, La bonne foi de l’Administration dans le droit camerounais des
marchés publics, Mémoire de Master II recherche en Droit public, Université de Douala,
2015, pp. 16-61. Voir aussi VIER Charles-Louis, « La bonne foi dans le contrat administratif
», in A propos des contrats des personnes publiques, Mél. RICHER, L.G.D.J, Paris, 2013, pp.
477-489 ; BRÉCHON-MOULÈNES Christine, « De la loyauté de l’autorité publique
contractante », in Mouvement du droit public. Du droit administratif au droit constitutionnel ?
Du droit français aux autres droits, Mél. en l’honneur du Professeur Franck MODERNE,
Dalloz, Paris, 2004, pp. 439-468 ; spéc. pp. 444-455.
57 Voir les articles 196 et 197 du Code.
58 Voir les articles 193 et 198 du CMP.
59
D’après l’article 182 alinéa h, « le marché est résilié de plein droit par le Maître d’Ouvrage
dans l’un des cas suivants : (…)
h) manœuvres frauduleuses et corruption dûment constatées ».
60 IDOUX Pascale, « Les considérations sociales et environnementales », Revue Française de

Droit Administratif, n° 2, Mars-Avril 2016, pp. 260-269.


61 D’après un auteur, « l’amélioration des conditions de vie des populations est la priorité de

toute action du gouvernement », Messengue Avom Bernard, op. cit. p. 453.


62 Lire le dossier « Mettre en place une politique d’achat éco-responsable », in les Fiches

développement durable de l’APVF, n°18, p.1.


63 Par clause sociale l’on entend une disposition conditionnant l’attribution ou l’exécution

d’un marché en fonction des critères liés à l’emploi ou à la lutte contre les exclusions. BOY
Laurence, « Clauses sociales et environnementales et marchés publics en Europe », in
Questions de droit économique : les défis des États africains, Larcier, Bruxelles, 2011, pp.
132-152.
210 Annales africaines

consécration. En effet, en dehors des dispositions relatives à la préférence


nationale64 et au respect de la législation du travail65 pour les clauses sociales
et de la durée de vie potentielle des ouvrages produits ou des fournitures et
services concernés66en ce qui concerne les clauses environnementales, les
dispositions y relatives étaient rares dans les textes de base des marchés
publics. Il fallait alors faire recours aux textes périphériques à la commande
publique notamment les Cahiers de Clauses Administratives Générales
(CCAG)67.
Avec l’avènement du nouveau Code des marchés publics de 2018,
les clauses sociales68 et environnementales connaissent un regain d’intérêt69.
Dans la nouvelle réglementation, la consécration d’une commande publique
durable se déduit de la lecture des dispositions de l’article 57 du texte visé.
Conformément à cette disposition, les conditions d’exécution des marchés
publics doivent intégrer les conditions sociales, économiques et
environnementales, susceptibles de promouvoir la main d’œuvre locale, le
travail décent et le cas échéant, d’atteindre les objectifs de développement
durable. Elles doivent notamment intégrer dans le processus de passation et
d’exécution du contrat, des normes de protection environnementale. Elles
doivent également introduire dans le marché des clauses imposant le respect
des normes du travail ratifiées par le Cameroun et instaurer un système
approprié d’inspection pendant l’exécution du marché pour vérifier le
respect des conditions de travail des employés. Les marchés doivent
impérativement inclure des clauses relatives à la protection des monuments,
sites culturels et valeurs sociales.
Qui plus est, les conditions d’exécution indiquées dans les
documents de consultation doivent privilégier chaque fois que cela est
possible, l’utilisation de l’approche à Haute Intensité de Main d’Œuvre

64 Article 32 alinéa 4 du décret n°2004/275 du 24 septembre 2004 portant Code des marchés
publics (abrogé).
65 Article 80 alinéa 1 et article 100 du texte abrogé de 2004.
66 Article 8 alinéa 2 du Code de 2004 (abrogé).
67 Epoh Okandjo Thomas Calmaire, L’insertion des dispositions sociales dans les textes

régissant les marchés publics au Cameroun, Mémoire de Master II professionnel en Marchés


publics et commande publique, Université de Yaoundé II, 2018, pp. 22-44.
68Pour la doctrine, les clauses sociales se présentent tantôt comme des critères d’attribution du

marché, tantôt comme des conditions de son exécution. Voir RICHER Laurent, « Critère
additionnel social : critère de choix des offres ou condition d’exécution », Revue de droit
immobilier, n°5, 2002, pp.
69Sur l’état des clauses environnementales et sociales dans les marchés publics au Cameroun,

lire avec intérêt Abané Engolo Patrick Edgard, Traité de droit administratif du Cameroun.
Théorie générale et droit administratif spécial, l’Harmattan, Paris, 2019, pp. 365-387.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 211

(HIMO), conformément à la réglementation en vigueur et selon les méthodes


d’exécution à préciser dans les Cahiers des Clauses Techniques Particulières.
Outre le maintien des règles déjà présentes dans le Code abrogé de
2004, l’érection de la commande publique responsable s’apprécie davantage
par l’institutionnalisation de nouveaux mécanismes dont entre autres la
technique de l’allotissement qui joue un rôle social incontestable70,la
catégorisation des entreprises71, les marchés réservés72, le recours prioritaire
aux petites et moyennes entreprises (PME) et entreprises nationales dans la
sous-traitance73 ; l’exigence du respect par le titulaire du contrat, des
dispositions relatives à l’hygiène, la santé, la sécurité et la protection de
l’environnement sous peine de sanction74. Cependant, le « jurislateur »75 a
manqué l’occasion de se prononcer officiellement sur la prise en compte de
la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) comme critère d’attribution
des marchés publics. En attendant que le juge ne supplée à cette carence, il
convient de penser qu’en raison de ce que la loi dans son ambiguïté76 sur la
question ne l’impose pas aux entreprises77, la RSE ne saurait être admise

70Autrefois réprimé sous l’ancien système par l’article 106 au motif pris du fractionnement du
marché, l’allotissement consacré à l’article 58 du nouveau Code est une technique qui suscite
la plus large concurrence entre les entreprises et leur permet, quel que soit leur taille,
d’accéder à la commande publique.
71Voir article 53 alinéa 1 du CMP de 2018.
72Suivant l’article 70 alinéa 1 du Code de 2018, « certains marchés peuvent être réservés aux

artisans, aux petites et moyennes entreprises nationales, aux organisations communautaires à


la base et aux organisations de la société civile ».Voir aussi l’Arrêté
n°402/A/MINMAP/CAB du 21 octobre 2019 fixant la nature et les seuils des marchés
réservés aux artisans, aux petites et moyennes entreprises, aux organisations communautaires
à la base et aux organisations de la société civile et les modalités de leur application.
73 Lire l’article 132 alinéa 3 du Code des marchés de 2018.
74 Voir l’article 192 du Code de 2018.
75 Cette expression empruntée au Professeur René Chapus désigne toute autorité créatrice de

normes juridiques. Voir Chapus René, Droit administratif général, Montchrestien, Paris, 14e
éd., Tome I, 2000, p. 27.
76
BILOUNGA Stève Thiery, « La crise de la loi en droit public camerounais », in Regards
sur le droit public en Afrique, Mél. en l’honneur du Doyen Joseph-Marie BIPOUN WOUM,
L’Harmattan, Paris, 2016, pp. 101-133.
77 En dépit des différentes conceptions auxquelles elle donne lieu, la RSE se définit comme la

prise en compte par les entreprises des préoccupations sociales, environnementales et


économiques dans leurs activités de gestion. Il n’existe aucune législation régissant
spécifiquement la RSE au Cameroun. Cependant, un certain nombre de questions qui y sont
liées sont abordées dans divers instruments juridiques nationaux et internationaux en vigueur.
Sur les bases juridiques de la RSE au Cameroun, consulter GIZ, Promotion de la
responsabilité sociétale des entreprises en Afrique subsaharienne. Note d’orientation basée
sur un exercice de cartographie, Johannesburg, United Litho, 2013, pp. 40-41 ; voir aussi
MOSKOLAÏ DOUMAGAY Donatienne, « La responsabilité sociale des entreprises au
Cameroun : miroir aux alouettes ou évidence », www.revue-mrs.fr, pp. 53-71 ; spéc. pp. 59-
60. Consulté le 31 juillet 2019 à 01h33min.
212 Annales africaines

comme critère d’adjudication des contrats de la commande publique au


Cameroun78.
Somme toute, l’on constate que les innovations normatives
introduites sont toutes aussi importantes les unes que les autres ; il en va
autrement des innovations organiques.

2- Les innovations organiques

Les innovations organiques sont celles qui introduisent des organes


nouveaux dans le système des marchés publics. Elles touchent aux structures
qui interviennent dans la préparation, la passation, l’exécution, le contrôle et
le contentieux des marchés publics. Sans prétendre rendre compte de toutes
les innovations organiques intervenues à la suite de la réforme, l’on se
propose de retenir quelques-unes d’entre elles qui soient tout à fait nouvelles
dans le paysage institutionnel des marchés publics au Cameroun. L’on
entend alors réfléchir sur la centrale d’achat et la consécration du Ministre
des marchés publics (MINMAP) comme véritable autorité des marchés79.
L’introduction de la centraled’achat dans le nouveau Code des
marchés publics est une action inédite dans le système de passation des
marchés publics80. Consacrée par l’article 5(h) du Code, la centrale d’achat
est une structure de droit public ou de droit privé soumise aux dispositions
du Code et qui acquiert des fournitures ou des services destinés aux autorités

78 Telle est la position du Conseil d’état français. Pour une illustration voir CE, 25 mai 2018,
Nantes Métropole. MARTIN Julien, « L’impossibilité de retenir la responsabilité sociale de
l’entreprise comme critère d’attribution », JCP / La semaine juridique – Administrations et
collectivités territoriales n° 35, 3 septembre 2018, pp. 2231-2236.
79 D’autres innovations peuvent être mentionnées. Il s’agit entre autres de l’extension de la

qualité de maître d’ouvrage aux personnes privées (article 6 alinéa 2), l’admission des
personnes publiques (article3 alinéa 2c) et des organisations de la société civile à la
commande publique (article 5jj), le retrait du pouvoir de contracter du MINMAP désormais
assigné au contrôle, la création d’un comité de recours auprès de l’Agence de Régulation des
Marchés Publics au sein duquel siègera la société civile (voir l’interview du MINMAP dans le
Cameroon Tribune n°11625 / 7824 – 43rdYear / 43e Année du 27 juin 2018, p. 3) et qui rompt
avec le principe du juge et partie observé lorsque cette institution avait été créée par décision
n°0010/D/MINMAP/CAB du 28 janvier 2018 portant création, organisation et
fonctionnement du Comité d’examen des différends relatifs à la passation des marchés publics
du MINMAP et placée auprès de lui.
80 La création des centrales d’achat n’est cependant pas à mettre au crédit de la présence

réforme. Bien avant cette consécration, il existait des centrales sectorielles d’achat notamment
la centrale nationale d’approvisionnement en médicaments et consommables médicaux
essentiels (CENAME). Seulement, c’est la première fois, à notre connaissance, qu’un texte
organisant le secteur des marchés publics les institue.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 213

contractantes81. Contrairement aux autres autorités contractantes, elle ne


dispose d’aucun organe technique pour l’assister dans l’exécution de sa
tâche. En effet, il n’est pas précisé qu’une commission de passation des
marchés publics est placée auprès d’elle pour l’assister dans l’exercice de ses
fonctions82. Telles que sont définies ses attributions, la centrale d’achat ne
dispose pas de compétences pour passer des marchés de travaux. Par ailleurs,
elle ne peut que passer les marchés au nom et pour le compte des autorités
contractantes83. Alors qu’auCameroun la centrale d’achat ne peut que passer
des marchés ou accords-cadres de fournitures ou services destinés aux
Maîtres d’ouvrages, en France il en va autrement ; il est possible pour la
centrale d’acquérir pour elle-même les fournitures ou services pour ensuite
les céder aux autorités contractantes84.
L’érection du MINMAP en autorité des marchés publics relève des
innovations mineures. En effet avant cette consécration, il découlait déjà du
décret n° 2012/074 du 08 mars 2012 portant création, organisation et
fonctionnement des Commissions de passation des marchés publics que
l’ensemble des pouvoirs de l’autorité des marchés publics avait été transféré
du Premier Ministre (PM) au MINMAP85. Au sens des articles 30, 31 et 34
du texte précité, c’est à lui que revenait le pouvoir d’arbitrer les conflits,
d’autoriser la passation des marchés de gré à gré et de recevoir le recours des
soumissionnaires. Cette lecture découlait alors de l’application de la maxime
« lexposteriorderogat priori ».

81 À titre de droit comparé, voir l’article7 de la Directive n°04/2005/CM/ UEMOA portant


procédures de passation, d’exécution et de règlement des marchés publics et des délégations
de service public au sein de l’UEMOA. Voir aussi les articles 2, 10, 38 et 39 du décret
n°00027/PR/MEPPDD du 17 janvier 2018 portant Code des marchés publics au Gabon ;
articles 8 du décret n° 2016-641/PRN/PM du 1er décembre 2016 Portant Code des Marchés
Publics et des Délégations de Service Public du Niger.
82 Il ressort de la lecture de l’article 10 du CMP qu’aucune commission n’est placée auprès de

la centrale d’achat. Cependant, si le montant du marché à passer relève du seuil de


compétence d’une commission centrale, elle est tenue de requérir son avis préalable.
83 Le nouveau Code introduit ainsi la théorie du mandat dans la conclusion des marchés

publics. Contrairement au Cameroun où cette technique a été consacrée par voie textuelle, en
France cette consécration a été l’œuvre du juge administratif. Dès lors, le mandat peut être
explicite (C.E, 30 janvier 1931, Société Brossette) ou implicite. On parle dans ce dernier cas
de « la théorie de la transparence des personnes privées » (C.E., 21 mars 2007, Commune de
Boulogne-Billancourt).
84 Sur la dualité des prestations opérées par la centrale d’achat en France, IDOUX Pascale,

« centrale d’achat » in Ribot Catherine, Marc Emmanuelle, Idoux Pascale (dir.), Dico
Moniteur des marchés publics, Editions Le Moniteur, Paris, 2009, pp. 134 et s ; Lajoye
Christophe, Droit des marchés publics, Gualiano, Lextenso-Editions, Paris, 4ème éd., 2009, p.
160.
85 Voir Ministère de la Justice, Rapport du Ministère de la Justice sur l’état des Droits de

l’Homme au Cameroun 2013, SOPECAM, Yaoundé, 2014, p. 241.


214 Annales africaines

Aujourd’hui, la consécration définitive du MINMAP en autorité des


marchés publics invite à une autre réflexion. À l’analyse, le MINMAP n’est
autorité des marchés publics que par délégation. Seul le Président de la
République détient la qualité principielle d’autorité chargée des marchés
publics86. Les raisons en sont simples. D’un côté, le Président la République
est l’autorité de réglementation originaire des marchés publics. À cet égard,
il aménage les institutions du système des marchés publics87. En pratique,
son visa est requis avant la nomination des présidents de commissions de
passation des marchés publics considérés comme des organes d’appui
technique placés auprès des maîtres d’ouvrage88.
De l’autre côté, le Président de la République est le délégant des
pouvoirs de l’autorité des marchés publics89. Cela se traduit par l’appellation
même du responsable du département ministériel en charge des marchés
publics à savoir « Ministre délégué à la Présidence de la République chargé
des marchés publics »90. Or, en droit administratifon ne saurait transférer ou
déléguer une compétence qu’on ne dispose pas91. Autrement dit si le
MINMAP reçoit délégation du président de la République, cela reviendrait à
reconnaître que ce dernier est le dépositaire primaire du pouvoir délégué.
Cette situation se présente à l’opposé de celle qui se dégageait sous l’égide
du Code abrogé de 2004 où le Premier Ministre était consacré comme
autorité des marchés publics92. En effet, en tant que Chef du gouvernement,

86 En vertu de l’article 71 alinéa 4 du Code des marchés c’est au président de la République


que revient la prérogative d’autoriser la passation des marchés spéciaux. C’est dire qu’il
dispose de pouvoirs exceptionnels en matière de marchés publics.
87 NJOYA YONE Cédric, « L’autorité des marchés publics au Cameroun », Revue Africaine

de Droit et de Science Politique, n°11, Vol. VI, Janvier-Juin 2018, pp. 154-161.
88 Pour un exemple récent, voir la décision n°00000432/CAB/MINMAP/DU 18 juin 2019

portant nomination des présidents des Commissions internes de passation des marchés publics
placées auprès des départements ministériels ; la décision n°00000433/CAB/MINMAP/DU
18 juin 2019 portant nomination des présidents des Commissions internes de passation des
marchés publics placées auprès de certaines Communes et Communes d’Arrondissement ; la
décision n°00000434/CAB/MINMAP/DU 18 juin 2019 portant nomination des présidents des
Commissions internes de passation des marchés publics placées auprès de certains
établissements publics.
89 Sur les conditions de légalité d’une délégation de pouvoir, voir Lebreton Gilles, Droit

administratif général, Armand Colin, Paris, 2e éd., 2000, pp. 183-185.


90 Au-delà de l’appellation, il faut signifier que le Ministère des marchés publics est une

composante de la Présidence de la République conformément à l’article 1 er du décret


n°2011/412 du 09 décembre 2011 portant réorganisation de la Présidence de la République.
Cette administration est d’ailleurs rattachée au Secrétariat Général de la Présidence de la
République en vertu de l’article 31 alinéa 1 du même texte.
91 Vedel Georges, Delvolvé Pierre, Droit administratif, Puf, Paris, 11e éd., Tome I, 1990, p.

277.
92 Aux termes de l’article 160 du CMP de 2004 (abrogé), « l’Autorité chargée des Marchés

Publics est le Premier Ministre. A ce titre, il dispose de tous les pouvoirs et attributions à lui
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 215

le Premier Ministre est politiquement responsable à la fois devant


l’Assemblée Nationale et le Président de la République93. Or, dans la
nouvelle configuration, le MINMAP est irresponsable individuellement
devant la représentation nationale. La seule responsabilité susceptible d’être
engagée contre lui étant la révocation de sa délégation94. D’où il s’ensuit que
la consécration du MINMAP comme véritable autorité des marchés publics
est une authentique innovation.
Le fait que le Président de la République soit la véritable autorité des
marchés publics pose un problème d’interprétation de la Constitution. En
effet, en vertu de l’article 5 (1) de l’acte constituant, il lui revient le pouvoir
de définir la politique de la Nation. Cette politique doit être mise en œuvre
par la Gouvernement conformément à l’article 11 (1) de la loi fondamentale.
Dès lors, comment comprendre que le Président de la République par
l’entremise du MINMAPexécute lui-même la politique qu’il a pris le soin de
définir dans le secteur des marchés publics ? Cette démarche ne
constituerait-elle pas une violation des dispositions constitutionnelles ? Par
ailleurs, ne contribue-t-elle pas à l’affirmation de l’hyper-présidentialisme
durégime politique camerounais95 ? En tout état de cause, cette situation pose
le problème de la hiérarchie entre les normes constitutionnelles au
Cameroun96.
La nouvelle réforme des marchés publics ne consacre pas seulement
des innovations ; elle opère également des rénovations.

conférés par le présent Code, notamment en matière de visa, d’autorisation de procédures


exceptionnelles et d’arbitrage en cas de conflit ou de recours des soumissionnaires » (nous
soulignons).
93 Voir les articles 10 (1) et 11 (2) de la loi n°2008/001 du 14 avril 2008 portant révision de la

Constitution.
94 Telle qu’elle se présente, il s’agit plutôt d’une délégation de pouvoir ou de compétence au

sens strict. En effet, elle dessaisit le président de la République au profit du MINMAP en


assurant un véritable transfert juridique de compétence. Elle n’opère pas juste une délégation
de signature dans la mesure où le domaine délégué ne relève plus en l’espèce de la
compétence du délégant. Sur les diverses formes de délégation de pouvoir, voir Morand-
Deviller Jacqueline, Cours de droit administratif, Montchrestien, Paris, 10e éd., 2007, p. 362.
95 Parmi les nombreuses études consacrées à la nature présidentialiste du régime politique

camerounais, lire avec intérêt : TCHEUWA Jean-Claude, « Essai sur la qualification du


régime politique camerounais : la difficile affirmation d’un régime authentiquement
parlementaire », Revue juridique et politique des États francophones, n°2, Avril-Juin 2003,
pp. 155-172 ; WANDJI Jérôme Francis, « Processus de démocratisation et évolution du
régime politique camerounais. D’un présidentialisme autocratique à un présidentialisme
démocratique », Revue belge de droit constitutionnel, n°3, Juillet-Septembre 2001, pp. 437-
469.
96Pour un aperçu du problème en Afrique, lire avantageusement METOU Brusil Miranda,

« Existe-t-il une hiérarchie entre les normes constitutionnelles des États africains ? », Revue
africaine et Malgache de recherches scientifiques, RAMReS/S.J.P, n°2, juillet 2019, pp. 1-34.
216 Annales africaines

B/ Les rénovations de la réforme

Parler de « la rénovation de la réforme » peut paraître tautologique


tant la rénovation et la réforme apparaissent comme deux notions renvoyant
à une même définition. En effet, l’une comme l’autre désigne un changement
apporté à quelque chose en vue de son amélioration. Cependant, il convient
d’appréhender la notion de rénovation dans un sens différent. Ainsi, par
« rénovation », l’on désigne le renouvellement d’organes ou des règles opéré
par la réforme. Il s’agit d’institutions qui avaient été abrogées lors de la
création du MINMAP et auxquelles la présente réforme donne une nouvelle
existence en les restaurant. Ces rénovations concernent les autorités
contractantes (1) et le recours du soumissionnaire lésé (2).

1- La rénovation intégrale des autorités contractantes

Avec l’avènement du MINMAP, de nombreuses institutions ont été


supprimées97 ; d’autres ont vu leurs compétences amoindries98. Avec la
dernière réforme des marchés publics, non seulement l’on assiste à la
restauration des institutions évincées en 2012 mais aussi, on constate la
restitution de la pleine autorité des maîtres d’ouvrage99.
La réforme des marchés publics est maintenant en harmonie avec la
réforme des finances publiques. En 2012, la création des Délégations
régionales et départementales des marchés publics associée à la suppression
des Maîtres d’ouvrage délégués a engendré de nombreuses difficultés tant au
niveau de la passation que de l’exécution des marchés publics.
Au niveau de la passation, il était assez fréquent de voir des autorités
contractantes passer des marchés pour lesquels elles n’étaient pas capables
de payer les prestations. La raison tenant à ce qu’elles n’étaient pas en
97Avec la réorganisation du Gouvernement et la création du Ministère chargé des marchés
publics, le système de passation des marchés publics a profondément été modifié. Cette
modification établit de nouvelles autorités contractantes et en éliminent d’autres. Voir Samb
Seynabou, Le droit de la commande publique en Afrique noire francophone. Contribution à
l’étude des mutations du droit des contrats administratifs au Sénégal, au Burkina Faso, en
Côte d’Ivoire et au Cameroun, Thèse de doctorat en Droit Public, Université de Bordeaux,
2015, pp. 361-378.
98Sur la limitation des pouvoirs du maître d’ouvrage, lire Nkake Ekongolo David Bienvenu,

Le régime juridique des travaux publics au Cameroun, op. cit., pp. 87-93.
99 La présente réforme restaure les Maîtres d’ouvrage délégués que sont les Gouverneurs de

Régions, les Préfets de Département et les Chefs de Missions diplomatique du Cameroun à


l’étranger à l’article 5 alinéa (t) et leur confère le pouvoir d’attribuer les marchés à l’alinéa
(e).
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 217

l’espèce ordonnateurs des dépenses. La notion de seuil financier contribua


alors à créer et à alimenter les conflits entre les autorités contractantes et les
maîtres d’ouvrage véritables ordonnateurs des dépenses budgétaires.
Au niveau de l’exécution, le conflit était davantage prononcé en
matière de résiliation100. En vertu d’un principe général du droit administratif
admis en droit camerounais des marchés publics101, un acte administratif ne
peut être défait que par l’autorité qui l’a fait, suivant la même procédure que
pour son édiction et dans le respect des droits de la défense102. Or, le Code
des marchés publics de 2004 toujours en vigueur à cette période et qui
continuait de régir la résiliation consacrait plutôt le maître d’ouvrage comme
autorité de résiliation103. On remarquait alors une opposition frontale entre
l’autorité contractante et le maître d’ouvrage en matière de résiliation
lorsqu’on n’était pas dans un cas de dédoublement fonctionnel104 mais plutôt
dans celui où ces deux autorités étaient distinctes. Le retour aux maîtres
d’ouvrage délégués et à la responsabilisation des maîtres d’ouvrage constitue
donc une solution de sortie de crise en la matière.
La restauration des maîtres d’ouvrage dans leurs pleins pouvoirs de
conduite du processus des marchés publics participe de la cohérence et de la

100 MBENG DIVINA NYOMA-EYUM, « Résiliation d’un marché public. Motifs et


procédure à suivre », in Marchés publics, Magazine bilingue d’information et d’analyses du
MINMAP, N° 006, Septembre 2017, pp. 32-34.
101 C’est ce qui ressort de l’affaire Les Etablissements Le Paysan. Dans cette affaire, le

Gouverneur de la Province du Sud avait passé deux lettres-commandes avec l’entreprise


suscitée. Le Ministre de l’Education Nationale, les résilia pour les attribuer à une autre
entreprise au motif tiré de ce que le Gouverneur était incompétent pour contracter et qu’il lui
revenait compétence pour l’attribuer. Le juge annula cette mesure car, après vérification le
Ministre ne pouvait résilier un marché qu’il n’avait pas passé d’une part alors que cette
prérogative relevait de la compétence du Gouverneur qui était bel et bien compétent pour
passer ces marchés d’autre part. Pour une analyse de cette décision, voir BILONG Salomon,
observations sur CS/CA Jugement n° 63/2000 du 27 juillet 2000, Les Etablissements Le
Paysan c/ Etat du Cameroun, in Mémento de la jurisprudence administrative au Cameroun,
Presses Universitaires de Dschang, Dschang, 1ère éd., 2014, pp. 507-512.
102
Autin Jean-Louis, Ribot Catherine, Droit administratif général, LITEC, Paris, 2e éd., 2003,
pp. 213-216.
103 Conformément à l’article 98 alinéa 1 du CMP de 2004 (abrogé), « faute pour le co-

contractant de l’Administration de s’exécuter en application des dispositions de l’article 97


ci-dessus, le Maître d’Ouvrage ou le Maître d’Ouvrage Délégué peut : (…) prononcer la
résiliation du marché, aux torts, frais et risques dudit co-contractant ».
104 Le dédoublement fonctionnel est une expression « (…) employée le plus souvent pour

qualifier la situation d’une autorité intervenant au titre de deux types de fonctions différentes
et même au nom de deux personnes publiques différentes (…) », Van Lang Agathe, Gondouin
Geneviève, Inserguet-Brisset Véronique, Dictionnaire de droit administratif, Sirey, Paris, 6ème
éd., 2012, p. 138 et s. Dans le présent cas de figure, il arrivait que le Maître d’ouvrage soit ou
non l’autorité contractante. Dans la première hypothèse, celle du dédoublement fonctionnel,
l’identification de l’autorité de résiliation se faisait de façon aisée contrairement à la seconde
hypothèse qui posait le plus de problèmes.
218 Annales africaines

modernisation de l’action administrative105. En effet, la réforme des finances


publiques au Cameroun initiée par la loi n°2007/006 du 26 décembre 2007
portant régime financier de l’État et poursuivie par la loi n°2018/012 du 11
juillet 2018 portant régime financier de l’État et des autres entités publiques
consacre trois types d’ordonnateurs en matière de dépense. En vertu de
l’article 66 de cette dernière loi, en matière de dépenses, il existe trois
catégories d’ordonnateurs à savoir : les ordonnateurs principaux, les
ordonnateurs secondaires et les ordonnateurs délégués. Les ordonnateurs
principaux du budget de l’État sont les Chefs de départements ministériels
ou assimilés et les Hautes Autorités des Institutions Constitutionnelles.
Quant à eux, les ordonnateurs secondaires sont les responsables des services
déconcentrés de l’État qui reçoivent les autorisations de dépenses des
ordonnateurs principaux. Pour ce qui est des ordonnateurs délégués, la loi
dispose qu’il s’agit des responsables désignés par les ordonnateurs
principaux ou secondaires pour des matières expressément définies. Cette
délégation prend la forme d'un acte administratif de l'ordonnateur principal
ou secondaire.
L’ordonnateur étant une personne ayant qualité au nom de l’État de
prescrire l’exécution d’une dépense, il paraissait alors incongru que les
Maîtres d’ouvrage et Maîtres d’ouvrage délégués bénéficiaires des
prestations des marchés et ordonnateurs ne disposent pas d’un pouvoir
autonome de gestion des marchés publics de leurs structures106. Cette
contradiction était davantage flagrante pour les cas des collectivités
territoriales décentralisées(CTD) 107dont on sait qu’elles bénéficient d’un
statut constitutionnel108 qui leur reconnaît une autonomie de gestion

105 CAFARELLI François, « Marchés publics et modernisation administrative », in Contrats


publics, Mél. En l’honneur du Professeur Michel GUIBAL, Presses de la faculté de droit de
Montpellier, Montpellier, Tome II, 2006, pp. 493-525.
106 Logmo Mbelek Aaron, La réforme des marchés publics au Cameroun : états des lieux et

perspectives, Presses universitaires du Littoral Douala, 2016, p. 63.


107 Voir l’article 71 alinéa 2 de la loi n°2004/018 du 22 juillet 2004 fixant les règles

applicables aux communes ; article 65 alinéa 1 de la loi n° 2004/19 du 22 juillet 2004 fixant
les règles applicables aux Régions. Ces dispositions qui consacrent le chef de l’exécutif de la
Collectivité comme ordonnateur des dépenses ont été reprises par les articles 206 alinéa 2,
248 alinéa 2 (paragraphe 2) et 312 alinéa 1 (paragraphe 4) de la loi n°2019/024 du 24
décembre 2019 portant Code général des collectivités territoriales décentralisées (CGCTD).
108 Sur le statut constitutionnel des CTD, voir les articles 55 à 62 de la Constitution. Lire

GUIMDO DONGMO Bernard-Raymond, « Les bases constitutionnelles de la décentralisation


au Cameroun. Contribution à l’étude de l’émergence d’un droit constitutionnel des
collectivités territoriales décentralisées », Revue générale de droit, n° 1, Vol. 29, Décembre
1998, pp. 79-100.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 219

administrative et financière109. Avec la rénovation des maîtres d’ouvrage et


maîtres d’ouvrage délégués, l’architecture de la dépense publique a été
restaurée pour une meilleure consommation des crédits budgétaires. En effet,
l’architecture déconcentrée de la dépense publique favorise tantôt une
responsabilisation accrue des ordonnateurs tantôt l’amélioration de la
dépense publique au travers l’accélération des procédures d’exécution des
crédits et la simplification voire la souplesse des structures de gestion de
l’administration110.
La réforme des marchés publics au Cameroun n’a pas que procédé à
la rénovation des autorités contractantes, elle a également restauré en partie,
le recours du soumissionnaire lésé.

2- La rénovation partielle du recours du soumissionnaire lésé

La principale rénovation de procédure concerne le régime de la


requête du soumissionnaire lésé. Autrefois régi par les articles 92 à 96 du
Code de 2004, le recours du soumissionnaire lésé s’était vu modifié par les
dispositions du décret n° 2012/074 du 08 mars 2012 portant création,
organisation et fonctionnement des Commissions de passation des marchés
publics. D’après l’article 34 de ce texte, « Tout soumissionnaire qui s'estime
lésé dans la procédure de passation d’un marché public peut introduire une
requête auprès du Ministre chargé des Marchés Publics avec copie à
l’organisme chargé de la régulation.
Le requérant adresse également une copie de ladite requête au chef
de la structure auprès de laquelle est placée la commission de passation
concernée ». Bien que consacrant l’unicité de l’autorité adressataire de la
requête du soumissionnaire lésé, contrairement aux dispositions du Code
abrogé de 2004, cette disposition laconique ne précisait pas le moment de la
saisine du MINMAP. Sachant que la procédure de conclusion des marchés

109 Voir les articles 6 à 12 du CGCTD. Lire aussi : BEGNI BAGAGNA, « Le principe de la
libre administration des collectivités territoriales décentralisées au Cameroun », Solon, Revue
africaine de parlementarisme et de démocratie, Vol. III, n° 7, Août 2013, pp. 97-122. ; Ngono
Tsimi Landry, L'autonomie administrative et financière des collectivités territoriales
décentralisées : l'exemple du Cameroun, Thèse de doctorat Ph.D., Université de Paris-Est
Créteil Val-De-Marne, 2010, 557 p. ; Keudjeu De Keudjeu John Richard, Recherche sur
l’autonomie des collectivités territoriales décentralisées au Cameroun, Thèse de Doctorat
Ph.D, Université de Douala, 2012, 769 p. ; Kouomegne Noubissi Hilaire, Décentralisation et
centralisation au Cameroun. La répartition des compétences entre l’État et les collectivités
locales, L’Harmattan, Paris, 2013, 502 p.
110 Kankeu Joseph, La réforme de l’État par la performance, Bafoussam, Presses

universitaires de la Périphérie, 2012, p. 47 et s.


220 Annales africaines

publics est une opération complexe111, il était alors laissé libre choix au
soumissionnaire évincé de procéder à une contestation à tout moment du
processus ou à sa fin112. C’est en vue de contenir tous les effets désagréables
de cette liberté que le pouvoir règlementaire est revenu sur la formule
consacrée dans le Code des marchés de 2004.
Comme en 2004, l’Exécutif opte dans le nouveau Code de 2018 pour
un recours fractionné et échelonné en fonction de chaque étape du processus
de conclusion des marchés publics113. Même si, les autorités adressataires de
ce recours ne sont plus les mêmes en fonction des étapes que celles de 2004,
l’on note toutefois que les délais de saisine qui sont très courts restent
identiques. Par ailleurs, ce recours n’est pas suspensif sauf à l’étape
d’attribution. Il doit être respecté sous peine de rejet de l’action devant le
juge114.
La reconduction de ces délais peut se justifier par leur efficacité dans
le système précédent. De même, dans un souci de sécurité juridique, il est
interdit de porter atteinte à la stabilité des situations juridiques découlant des
étapes du processus de conclusion des contrats faute pour les actes y relatifs
d’avoir fait l’objet d’un recours en temps utile par leurs destinataires ou un
tiers115. Ainsi, le recours du soumissionnaire-lésé met en rapport une norme
avec une situation concrète pour laquelle l’Administration est saisie. Dès
lors, la légalité administrative au Cameroun cède progressivement le pas à la
subjectivisation116 malgré quelques résistances qu’il convient de relever117.

111 Chapus René, Droit du contentieux administratif, Montchrestien, Paris, 12e éd., 2006, p.
680.
112 BASSIROU Mohamadou, « Recours, contestations, différends. Le point sur l’encadrement

normatif et le traitement institutionnel », in Marchés publics, N° 006, Septembre 2017, pp.


54-59.
113 Conformément à l’article 170 du CMP de 2018, la requête peut être introduite en phase de

préqualification, entre la publication de l’avis d’appel d’offres et l’ouverture des plis, à l’issue
de la phase d’analyse des offres techniques lorsque l’ouverture des offres se fait entre temps,
entre la publication des résultats et la notification.
114 CS/CA Ordonnance n° 049/OSE/CCA/CS/2010 du 24 juin 2010, Etablissements

MOURING et Compagnie c/ État du Cameroun.


115 Lebreton Gilles, Droit administratif général, op. cit. p. 179.
116 Ngango Youmbi Éric Marcel, La légalité administrative au Cameroun. De

l’objectivisation à la subjectivisation, Thèse de doctorat en Droit public en cotutelle,


Université de Paris 1-Panthéon-Sorbonne, 2013, pp. 228-244 ; spéc., pp. 233-238.
117 FANDJIP Olivier, « Les obligations de l’Administration face à une demande. Contribution

à l’étude des tendances du droit administratif des États d’Afrique francophone », Revue de
Droit Public et de la Science politique en France et à l’étranger, n°3, Mai-Juin 2019, pp. 807-
817. Dans cette étude, l’auteur démontre en effet que, en Afrique francophone et notamment
au Cameroun, les tendances des obligations de l’Administration à la réception comme au
traitement des demandes qui lui sont adressées témoignent de ce que « (…) le droit
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 221

À tout prendre, la réforme des marchés publics présente deux


visages. Elle comprend à la fois des innovations et des rénovations. Elle
introduit de nouvelles règles et structures en même temps qu’elle reconduit
ou réactive celles qui avaient été supprimées avec la réorganisation de ce
secteur. Toutefois, cette réforme comporte des incohérences qu’il convient
de relever.

II. Les incohérences de la réforme

La récente réforme des marchés publics au Cameroun comporte de


nombreuses incohérences118 qu’il est bon d’analyser. En effet, d’abondants
éléments hétérogènes peuvent y être dégagés. Il n’existe pas une cohésion
entre certaines notions au point où les marchés publics font l’objet d’une
perception incertaine (A). Par ailleurs, en raison de ce qu’il paraît inachevé
et qu’il remet en cause certains acquis, le système réformé présente une
certaine imperfection (B).

A/ La perception incertaine des marchés publics

« La réglementation des contrats administratifs au Cameroun est des


plus instables (…) ». Ce constat effectué par un auteur119 reste d’actualité en
matière de marchés publics. En effet, cette instabilité se traduit par les

administratif est orienté vers la garantie de l’efficacité administrative (…) » (p. 813 in fine)
moins que vers la protection des droits des administrés.
118 L’une de ces incohérences et non des moindres réside dans l’application ou la non-

application des règles du Code des marchés publics aux marchés spéciaux. En vertu de
l'article 4alinéa 3 du Code en vigueur, « les dispositions du présent Code ne sont pas
applicables :
a) aux achats passés par bons de commande administratifs dont les montants sont inférieurs à
cinq (05) millions de francs CFA ;(…)
e) aux marchés spéciaux définis à l’article 71 du présent Code des marchés publics ». Or,
conformément à cet article 71 « les marchés spéciaux sont des marchés publics qui ne
répondent pas, pour tout ou partie aux dispositions relatives aux marchés sur appel d’offres
ou aux marchés de gré à gré (…) ».
Comment comprendre que des « marchés publics » soient exclus du champ matériel des
règles du Code applicable aux marchés publics ? Par ailleurs, comment interpréter cette
disposition sachant que les règles des marchés sur appels d’offres ou les règles des marchés de
gré à gré sont « en partie » applicables aux marchés spéciaux ? Les marchés spéciaux
seraient-ils des marchés publics disposant d’un régime juridique spécial en raison de leur
objet ou des clauses qu’ils contiennent ? Autant de questions et bien d’autres qui démontrent
l’existence des incohérences dans le Code des marchés publics en vigueur au Cameroun.
119 BILONG Salomon, « Bilan de la réception du droit administratif au Cameroun : malaise

ou décrépitude ? », in Regards sur le droit public en Afrique, Mél. en l’honneur du Doyen


Joseph-Marie BIPOUN WOUM, L’Harmattan, Paris, 2016, p. 176.
222 Annales africaines

modifications constantes affectant la catégorie des marchés publics. D’un


côté, avec la soustraction des marchés des entreprises publiques des
dispositions du Code des marchés publics, il est difficile de déterminer la
nature juridique de ces derniers marchés tant cette nature apparaît ambiguë
(1). De l’autre côté, l’on observe que les délégations de services publics ne
sont plus des contrats administratifs distincts des marchés publics. Ils se
confondent à ces derniers (2).

1- La nature juridique ambiguë des marchés des


entreprises publiques.

La réforme du secteur public120 au Cameroun oscille entre


innovations et reculades121. Au rang de ces innovations122 l’on peut invoquer
d’une part l’affirmation de la forme privée de ces entreprises123 et d’autre
part la soustraction des entreprises publiques aux règles du Code des
marchés publics124. Les marchés qu’elles passent sont désormais régis par
des dispositions particulières du décret n°2018/355 du 12 juin 2018 fixant les
règles communes applicables aux marchés des entreprises publiques. Ce
texte fixe les règles applicables à la passation et au contrôle de l’exécution
des marchés des entreprises publiques. Cependant, s’il découle logiquement
de la législation125 que les marchés des entreprises publiques sont des

120 Au Cameroun, ce secteur est essentiellement constitué des entreprises publiques. C’est
l’ensemble des structures économiques appartenant aux personnes publiques ou contrôlées par
elles. Sur ce point, lire BIAKAN Jacques, « L’actionnariat public en droit camerounais », in
Le droit au pluriel, Mél. en hommage au Doyen Stanislas MELONÉ, Presses universitaires
d’Afrique, Yaoundé, 2018, pp. 855-870.
121 Ondoua Biwolé Viviane, Tcheuwa Jean-Claude, (dir.), Lois sur les établissements et

entreprises publics au Cameroun. Innovations et reculades, Afrédit, Yaoundé, 2018, 196 p.


122 Pour la doctrine, les innovations du droit camerounais des entreprises publiques doivent

pouvoir faire progresser le droit des sociétés commerciales de l’espace couvert par
l’Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA). Pour en
savoir davantage, MOUHOUAIN Salifou, « La réforme du droit camerounais des entreprises
publiques et le droit des sociétés commerciales de l’espace OHADA », Revue de droit
uniforme, n°1, Vol. 24, Mars 2019, pp. 214-233 ; spéc. pp. 218-226.
123 Voir l’article 3 de la loi n°2017/011 du 12 juillet 2018 portant statut général des entreprises

publiques.
124 Voir article 119 de la même loi.
125 D’après le Professeur Paul Marie Gaudemet, le juge administratif est compétent pour

appliquer les règles de droit administratif toutes les fois que des deniers publics (et donc la
comptabilité publique) sont en jeu. Lorsqu’il s’agit de biens privés soumis à la comptabilité
privée, c’est le juge judiciaire qui est compétent. Ilse réserve dans ce cas d’appliquer le droit
commun. En effet, il était admis en jurisprudence depuis l’arrêt Fighiera (C.E 11, mars 1938)
et en doctrine (depuis les travaux de Jacques Magnet « La notion de deniers publics en droit
financier français », Revue de science financière, 1974, pp. 129-146) que les deniers publics
sont « des fonds et valeurs appartenant ou confiés aux organismes publics ». Voir Gaudemet
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 223

contrats de droit privé126, il est juridiquement possible de discuter cette


analyse.
Tout d’abord, alors que les marchés des entreprises publiques sont
exclus du Code des marchés publics, l’on relève que, en plus d’être passés
suivant les mêmes principes que ceux des marchés publics, ces deux
marchés sont de même nature. En effet, tous deux concourent à la réalisation
d’une prestation moyennant le versement d’un prix. Ensuite, comment
comprendre que l’avis d’appel d’offres des marchés des entreprises
publiques doive faire l’objet d’une large diffusion par insertion dans le
journal des marchés publics édité par l’organisme chargé de la régulation
des marchés publics127 ? Puis, comment justifier que des marchés qui sont
exclus du CMP pour être expurgés de l’exorbitance128 assortie aux marchés
publics soient soumis au contrôle du Ministère des marchés publics129 et de
l’organisme de régulation des marchés publics130 ?Enfin, comment doit-on

Paul Marie, Finances publiques. Politique financière, budget et trésor, Éditions


Montchrestien, Paris, 3e éd., Tome I, 1977, pp. 44 et ss. Or en matière de marchés d’entreprise
publique et en vertu des articles 79 à 81 de la loi n°2017/011 du 12 juillet 2017 portant statut
général des entreprises publiques qui soumettent les biens de ces entités à la comptabilité
privée, il s’ensuit que le régime qui leur est applicable est le régime des règles de droit privé.
126 Les entreprises publiques qui sont des personnes morales de droit privé exercent une

activité à caractère industriel, commercial et financier. Elles sont alors soumises aux règles de
fonctionnement définies par l’acte uniforme OHADA relatif au droit des sociétés
commerciales et du groupement d’intérêt économique (article 10 de la loi du 12 juillet 2017
suscitée). Par conséquent la nature des contrats qu’elles passent est semblable à ceux des
contrats de droit privé. La doctrine parle alors d’une « incompatibilité du Code des marchés
publics avec la gestion courante d’une société commerciale ». Voir MODI KOKO BEBEY
Henri Désiré, « La gouvernance des entreprises publiques au Cameroun : un échec réversible
», in Le droit au pluriel, Mél. en hommage au Doyen Stanislas MELONÉ, Presses
universitaires d’Afrique, Yaoundé, 2018, pp. 329 et s.
127 Article 40 du décret fixant les règles communes applicables aux marchés des entreprises

publiques. Les gras ne figurent pas dans le texte du décret. Elles sont des auteurs.
128 MBARGA NYATTÉ Daniel, « Les bases du contrat administratif au Cameroun », in

Ondoa Magloire et Abané Engolo Patrick Edgard (dir.), Les fondements du droit administratif
camerounais, L’Harmattan, Paris, 2016, pp. 257 et ss. ; CANEDO Marguerite, «
L’exorbitance du droit des contrats administratifs », in Melleray Fabrice (dir.), L’exorbitance
du droit administratif en question(s), L.G.D.J, Paris, 2004, pp. 125-177 ; UBAUD-
BERGERON Marion, « Exorbitance et droit des contrats : quelques interrogations à propos de
la modification non conventionnelle du contrat administratif », in Bioy Xavier (dir.),
L’identité du droit public, L.G.D.J, Paris, 2011, pp. 229-246.
129 Conformément à l’article 19 alinéa 1 du décret fixant les règles communes applicables aux

marchés des entreprises publiques, « le contrôle externe des marchés passés par les
entreprises publiques est exercé par le Ministre en charge des marchés publics (…) ».
130 Il ressort de l’article 20 du décret du 12 juin 2018 que, « l’organisme chargé de la

Régulation des Marchés Publics assure conformément à ses missions, la régulation des
procédures de passation des marchés (…) » (nous soulignons). Or, ces missions sont définies
par le décret n°2012/076 du 08 mars 2012 cité dans les visas du décret fixant les règles
communes applicables aux marchés des entreprises publiques. À l’analyse, l’ARMP assure
224 Annales africaines

interpréter les dispositions de l’article 83 du décret relatif aux marchés des


entreprises publiques d’après lesquelles« toutes les autres règles applicables
à l’exécution des marchés des entreprises publiques sont celles prévues dans
les Cahiers de clauses administratives en vigueur et les textes
subséquents » sachant que les cahiers de clauses administratives en vigueur
sont empreints d’exorbitance131 ? N’est-on pas là en présence d’un critère
d’identification du contrat administratif à savoir le régime exorbitant du droit
commun132 ?
L’analyse se complique davantage lorsque l’on fait recours à la
notion de centrale d’achat. Sachant que la centrale d’achat est soumise aux
règles des marchés publics et qu’elle peut prendre la forme d’une personne
morale de droit privé133, quelle doit être la nature juridique d’un marché
passé par une centrale d’achat constituée sous la forme d’une entreprise
publique ? En outre, quelle signification doit-on donner aux dispositions de
l’article 3 du décret du 12 juin 2018 suscité au sens duquel ledit texte
s’applique « (…) à tout marché public financé ou cofinancé (…) » par le
budget d’une entreprise publique, sur fonds d’aide extérieure, bilatérale ou
multilatérale ou sur emprunt avalisé par l’État pour le compte d’une
entreprise publique ?
Autant de questions qui rendent ambiguë la nature juridique des
marchés des entreprises publiques.
En attendant que le juge clarifie la situation ou que le législateur
d’un côté attribue un bloc de compétence à une juridiction pour statuer sur

ses missions de régulation sans distinction sur les marchés publics et sur les marchés des
entreprises publiques.
131 T.C., 5 juillet 1999, Union des groupements d’achats publics c. Sté SNC Activ. CSA. Adde

Nguedia Meikeu Hortence, Le juge et le critère du contrat administratif au Cameroun, Thèse


de doctorat, Université de Yaoundé II, 2015, passim, pp. 190-228 ; pp. 287-302. Sur
l’évolution de la définition de la clause exorbitante en France, lire avec intérêt LESSI Jean,
DUTEILLET DE LAMOTHE Louis, « Les habits neufs de la clause exorbitante », AJDA,
n°38 du 10 novembre 2014, pp. 2180-2187. Pour un aperçu du critère de la puissance
publique au Cameroun, SANDIO KAMGA Armel Habib, « Le critère de la puissance
publique en droit administratif camerounais », in Ondoa Magloire et Abané Engolo Patrick
Edgard (dir.), Les fondements du droit administratif camerounais, op. cit., pp. 223-243.
132 C.E, sect., 19 janvier 1973, Sté d’exploitation électrique de la rivière du Sant. ; Adde

GNIMPIEBA TONNANG Édouard et MBALLA EMOTO, « La qualification des contrats


administratifs au Cameroun : Leçons d'une évolution jurisprudentielle apparente : Note sous
espèces jointes n° 147/04-05/ADD du 31 aout 2005, UM NTJAM François Désiré et Fils c/
Etat du Cameroun (MINEF) et jugement n° 80/2008/CS-CA du 18 juin 2008, UM NTJAM
François c/ Etat du Cameroun (MINEPNA)» , Revue de droit administratif - Cameroun, n°2,
2013, pp. 59-73.
133 Aux termes de l’article 5h du Code des marchés publics, la centrale d’achat est une

« structure de droit public ou de droit privé soumise aux présentes dispositions et qui acquiert
des fournitures ou services destinés aux autorités contractantes » (nous soulignons).
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 225

ces conventions134, de l’autre fixe l’administrativité ou non de ces contrats135,


l’on doit convenir avec le Professeur Pierre DELVOLVÉ136, que la réforme
conduit surtout à la discordance du régime applicable à des contrats de
même type selon qu’ils sont passés ou non par une personne publique. Si un
marché est passé par une personne publique, il est régi par le droit
administratif ; s’il l’est par une personne privée notamment une entreprise
publique, il est régi par le droit privé particulièrement le Code civil. Une
distorsion apparaît alors entre les deux régimes applicables à un même type
de contrat. Dès lors, l’unité de mêmes types de contrats qu’a voulu assurer la
législation en les soumettant à un même régime de passation est compromise
par une dualité de qualification entraînant, tant en ce qui concerne la
passation que l’exécution, l’application des normes divergentes du Code
civil et de celles du droit et de la jurisprudence administrative. Ces
conventions apparaissent ainsi comme des « contrats à « double visage »
»137, car elles se présentent à la fois et en même temps comme des contrats
privés et publics.
Outre la nature juridique ambiguë des marchés des entreprises
publiques, la nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun introduit
une confusion entre différentes catégories juridiques notamment entre les
marchés publics et les délégations de service public.

2- La confusion des marchés publics et des délégations


de service public

Le nouveau Code des marchés publics introduit une autre


incongruité parmi ses dispositions. En effet, il consacre une confusion des

134 Il en va ainsi par exemple des contrats portant occupation du domaine public. Selon les
dispositions de l’article 2 de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant organisation et
fonctionnement des Tribunaux administratifs, la juridiction administrative est compétence
pour connaître des « litiges relatifs au domaine public ». Par voie de conséquence, les litiges
intéressant les contrats portant occupation du domaine public sont de la compétence du juge
administratif.
135 Tel a été le cas en France avec l’adoption de la loi n°2001-1168 du 11 décembre 2001

portant mesures urgentes de réformes à caractère économique et financier. Avant cette loi qui
dispose expressis verbis à son article 2 que « les marchés publics ont le caractère de contrats
administratifs », il n’était pas unanimement admis que ces contrats soient tous soumis aux
règles de droit public. Tel était la position de la jurisprudence (T.C, 5 juillet 1999, Commune
de Sauve) et de la doctrine. Bergeal Catherine, Lenica Frédéric, Le contentieux des marchés
publics, Imprimerie Nationale, Paris, 1ère éd., 2004, pp. 11-12.
136 DELVOLVÉ Pierre, « La dualité des normes. Le cas des contrats », Revue de Droit Public

et de la Science politique en France et à l’étranger, n°1, Janvier-Février 2017, p. 12.


137 Yolka Philippe, Droit des contrats administratifs, op.cit., pp. 69 et ss.
226 Annales africaines

catégories juridiques distinctes138 en considérant que les délégations de


service public sont des marchés publics. Il ressort en effet de l’article 5z du
nouveau CMP qu’il faut entendre par : « marchés de services non-
quantifiables : marchés des prestations de service concernant, entre autres
la délégation des services publics, l’assurance maladie, la publicité, l’audit
des comptes, l’organisation des séminaires de formation etc… ».
À l’analyse, les délégations de service public sont appréhendées
comme des marchés publics de services139. Pour reprendre une formule de la
doctrine camerounaise elles seraient « des marchés publics de type
particulier »140. Cette disposition est de nature à semer une confusion dans
l’esprit des auteurs. Elle n’emporte cependant pas entièrement conviction.
En effet en s’inspirant des dispositions abrogées de l’article 41 du CMP de
2004 il ressort que « l’État, les collectivités territoriales décentralisées, les
établissements publics ou entreprises du secteur public ou parapublic,
peuvent déléguer la gestion d’un service public à un délégataire de droit
privé appelé concessionnaire, dont la rémunération est substantiellement
liée aux résultats de l’exploitation du service (…) ». Il découle de cette
définition que donne le texte de 2004, que l’objet et le mode de rémunération
diffèrent entre les marchés publics et les délégations de service public141
malgré l’assimilation de ces dernières aux premières. Dans le premier cas,
c’est l’exécution ponctuelle d’une prestation et le versement d’une somme
d’argent qui constituent respectivement l’objet et la rémunération du
cocontractant. Dans le second, ce sont la gestion d’un service public et les
résultats de l’exploitation qui constituent l’objet et la substance de la
rémunération du concessionnaire142. C’est d’ailleurs ce que défend le
Professeur Christophe GUETTIER. Pour cet auteur, le critère qui permet de
caractériser la délégation de service public fait référence à trois éléments :

138 Sur les catégories en droit administratif, THÉRON Sophie, « Les catégories en droit
administratif », R.R.J., n° 4, 2005, pp. 2399-2420 ; spéc. pp. 2418-2419.
139Njikam Njifotie Abdou,La gestion déléguée des services publics locaux en droit

camerounais, thèse de doctorat Université de Yaoundé II, 2020, p. 32.


140 Guimdo Dongmo Bernard-Raymond, Théorie générale des contrats administratifs, Cours

de Droit administratif approfondi, Master II Recherche en Droit public, Université de Douala,


Année académique 2014/2015, Inédit, p. 11. Adde, GUIMDO DONGMO Bernard-Raymond,
« Contrats de délégation de service public et harmonisation dans le cadre de l’OHADA : cas
de la régie intéressée, de la concession et de l’affermage », p. 167, in Actes du colloque
international de Libreville organisé par l’ERSUMA, 1ère éd., Juin 2012.
141 BIAKAN Jacques, « Recherches sur les contrats publics d’affaires au Cameroun », Revue

Africaine des Sciences Juridiques, n° spécial, 2014, pp. 149 et s.


142 NGAFFO Nadine, « Marchés publics et délégations de service public : Eléments d’une

distinction en droit camerounais », Revue Africaine de droit public, n°7, Vol. IV, juillet-
décembre 2015, pp. 165-188.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 227

celui lié à la notion de « rémunération », celui relatif à la notion de


« résultats d’exploitation » et celui qui est souligné par l’adverbe
« substantiellement ». De leur conjugaison, il ressort que le critère de
différenciation entre les marchés publics et les contrats de délégation de
service public se focalisent sur la notion de rémunération. Alors que le
titulaire d’un marché public est rémunéré par un prix, le délégataire se
rémunère sur les résultats de l’exploitation du service143. Ainsi, en procédant
à l’assimilation des délégations de service public aux marchés publics, le
pouvoir règlementaire a contribué à instaurer une insécurité juridique144. On
se retrouve là en plein cœur du désordre normatif145. Ce qui ne manque pas
d’exaspérer la doctrine146 qui ne cesse de militer pour une meilleure
rédaction des textes juridiques147 en vue de la protection des administrés148.
L’inclusion des délégations de service public (DSP) dans la
catégorie des marchés publics emporte des interrogations en matière de la
résiliation que le juge devra clarifier. Alors qu’en règle générale, la
résiliation des DSP appelée déchéance emporte des conséquences à l’égard
des biens exploités149, l’on se pose la question de savoir quel sera désormais
le sort de ces biens150 sachant qu’en matière de résiliation des marchés

143 Guettier Christophe, Droit des contrats administratifs, op. cit., pp. 259-260.
144 Selon le Professeur Paul-Gérard Pougoué, la sécurité juridique présente deux visages. Elle
est en même temps une finalité du droit et un droit fondamental. En tant que finalité du droit,
elle « correspond [à] la production de toute série de garanties propres à assurer la sécurité
des transactions ». En ce sens, elle viserait les seules règles de droit envisagées in abstracto,
indépendamment de leur application concrète. On parle alors de versant objectif de la sécurité
juridique. En tant que droit fondamental, elle s’appréhende comme un ensemble de « règles
qui donnent à l’individu l’assurance qu’il pourra faire valoir ses droits dans les meilleures
conditions ». La sécurité est alors envisagée du point de vue des intérêts des particuliers ou
souvent d’ailleurs, des entreprises. On est alors en présence de la conception subjective de la
sécurité juridique qui fait appel au principe de confiance légitime. Voir POUGOUÉ Paul-
Gérard, « Les figures de la sécurité juridique », Revue Africaine des Sciences Juridiques, n° 1,
Vol. 4, 2007, pp. 1-8.
145 Voir le dossier « le désordre normatif », in Revue de Droit Public et de la Science politique

en France et à l’étranger, n°1, Janvier-Février 2006, pp. 43-152.


146 ROBINEAU Yves, « Libre propos sur le « ras-le-bol » normatif », in L’intérêt général,

Mél. en l’honneur de Didier TRUCHET, Dalloz, Paris, 2015, pp. 573-578.


147 MORAND-DEVILLER Jacqueline, « Légistique et sémantique. Le non-dit, le mieux dit.

Plaidoyer pour l’épure », in L’intérêt général, Mél. en l’honneur de Didier TRUCHET,


Dalloz, , Paris, 2015, pp. 399-410.
148 BADJI Mamadou, « Légistique et protection des administrés », in Le droit au pluriel, Mél.

en hommage au Doyen Stanislas MELONÉ, Presses universitaires d’Afrique, Yaoundé, 2018,


pp. 53-65.
149 BIAKAN (Jacques), « La délégation de service public en droit camerounais », Revue

Africaine des Sciences Juridiques, n° 1, Vol. 7, 2010, pp. 232 et ss.


150 Nkake Ekongolo David Bienvenu, Le régime juridique des travaux publics au Cameroun,

op.cit., pp. 482-485. Pour un aperçu des difficultés posées par ces biens dans les contrats de
partenariat, lire avantageusement GUÉSSÉLÉ ISSÉMÉ Lionel Pierre, « Le sort des biens à la
228 Annales africaines

publics, les biens issus de l’exécution tombent tous sous la propriété de


l’Administration contractante151 ? Par ailleurs, et en s’inspirant du droit
communautaire de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine
(UEMOA)152 et de la jurisprudence française, non sans faire recours aux
CCAGen vigueur au Cameroun153, l’on s’interroge de savoir quel est le
régime qui sera appliqué au pouvoir de résiliation du cocontractant lorsqu’on
sait qu’il est applicable aux marchés publics154 et non aux délégations de

fin du contrat de partenariat public-privé. Le cas des États d’Afrique noire francophone »,
Revue Africaine de droit public, n°9, Vol. V, juillet-décembre 2016, pp. 59 – 92.
151 En effet, en raison de ce que les prestations des marchés publics donnent régulièrement

lieu à des acomptes, elles deviennent au fur et à mesure de leur exécution la propriété de
l’Administration contractante.
152 Conformément à l’article 88 de la directive n°04/2005/CM/UEMOA du 09 décembre 2005

portant procédures de passation, d’exécution et de règlement des marchés publics et des


délégations de service public dans l’UEMOA, « les marchés publics peuvent faire l’objet
d’une résiliation dans les conditions stipulées aux cahiers des charges dans les cas suivants :
a. Soit, à l’initiative de la personne responsable du marché en raison du fait du
titulaire du marché ou de la liquidation de son entreprise ;
b. Soit, à l’initiative du titulaire du marché, pour défaut de paiement, à la suite d’une
mise en demeure restée sans effet pendant trois mois, ou par suite d’un ajournement
dans les conditions prévues à l’article 87 de la présente Directive ;
c. Soit, à l’initiative de chacune des parties contractantes conformément aux
dispositions de l’alinéa 6 de l’article 85 de la présente Directive (…) ».
Pour une analyse de cette question, lire avec grand intérêt, GBEOU-KPAYILE Nadjombé
Gmagnido, « La résiliation du contrat administratif par le cocontractant privé de
l’Administration dans l’espace UEMOA », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit
économique, n°2, Avril-Juin 2017, pp. 46-84.
153 En cas d’ajournement de plus de 2 mois ou d’ajournements successifs dont la durée

combinée est d’au moins 2 mois, les CCAG consacrent le droit à la résiliation du
cocontractant sans toutefois lui reconnaître le pouvoir de résilier lui-même le marché. Voir les
articles 66 et 74.6 du CCAG-Travaux et les articles 37 et 57.3 du CCAG-Fournitures.
154 C.E., 19 juillet 2016, Sté Schaerer Mayfield France. Dans cette espèce, le juge rappelle que

le principe demeure que le titulaire du contrat administratif ne peut notamment pas se


prévaloir des manquements de l’Administration pour se soustraire à ses propres obligations
contractuelles ou prendre l’initiative de résilier unilatéralement le contrat. Cependant, il admet
une première exception en permettant aux parties de prévoir dans le contrat les conditions
dans lesquelles le cocontractant de la personne publique peut résilier le contrat en cas de
méconnaissance par cette dernière de ses obligations contractuelles. Toutefois, cette
possibilité n’est pas ouverte pour les contrats ayant pour objet l’exécution même du service
public. Le juge admet une seconde exception : même en l’absence de clause organisant la
résiliation unilatérale par le cocontractant de l’Administration, celui-ci peut quand même
résilier le contrat en cas de force majeure, c’est-à-dire d’un évènement extérieur, imprévisible
et irrésistible. Mais avant toute résiliation, le cocontractant doit mettre l’Administration à
même de s’opposer à la rupture des relations contractuelles pour un motif d’intérêt général
tiré notamment des exigences du service public. Si l’Administration s’oppose à sa résiliation
pour un motif d’intérêt général, le cocontractant doit poursuivre l’exécution du contrat. Un
manquement à cette obligation entraîne la résiliation du contrat à ses torts exclusifs. Voir,
www.sebastien-palmier-avocat.com/2016-09-19-le-contractant--de-l-administration-peut-il-
resilier-son-marche/ consulté le 30 juillet 2018 à 12h54min. Sur l’état de la question en la
matière, consulter utilement DEVILLERS (Hugo), « La résiliation du contrat administratif par
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 229

service public155 ? Toutes ces questions et bien d’autres montrent à quel


point cette confusion de catégories juridiques pose un problème de
cohérence du droit des contrats publics au Cameroun.
Quoiqu’il en soit, l’inclusion des délégations de service public dans
la catégorie des marchés publics au Cameroun contribue davantage à rendre
la perception des marchés publics incertaine. Peut-être que le pouvoir
règlementaire avait-il à l’idée de jeter les bases d’un Code de la commande
publique au Cameroun156. L’on ne le saura jamais ! Toutefois, et malgré tout
le bien qu’on puisse penser de cette dernière volonté, l’on doit se résoudre à
reconnaître que cette situation est de nature à rendre incohérente la nouvelle
réforme des marchés publics. Il n’en va pas autrement de l’imperfection du
système réformé.

B/ L’imperfection dusystème réfromé

Malgré tout le bien qu’on lui reconnaît, le nouveau système des


marchés publics issu du CMP de 2018 présente quelques problèmes de
cohésion. Après avoir observé qu’il donnait lieu à une perception incertaine
des marchés publics, l’on constate qu’il paraît imparfait. Cette imperfection
tient à ce que, en remettant en cause les acquis du passé, le système actuel
paraît inachevé. Cette réforme comprend alors de nombreux oublis qui
rendent le nouveau système des marchés publics au Cameroun incomplet.
Ceci s’apprécie notamment au regard de l’insuffisance des textes visés dans

le cocontractant privé. 5ans de jurisprudence Grenke Location », JCP/La Semaine Juridique –


Édition Administrations et Collectivités territoriales, n°16, 22 avril 2019, pp. 22-26.
155 C.E., 8 octobre 2014, Société Grenke Location ; voir ZIANI Salim, « Contrats des

personnes publiques et exception d’inexécution : l’utile clarification », La Semaine Juridique


Administrations et Collectivités territoriales n° 47, 24 Novembre 2014, 7 p. ; MELLERAY
Fabrice, « Du pouvoir de résiliation unilatérale d’un contrat administratif par le cocontractant
de l’administration », AJDA, n°7 du 02 mars2015, pp. 396-399.
156 Cette idée peut se déduire de l’article 2 du Code de 2018 qui dispose que « les règles fixées

par le présent Code des marchés publics reposent sur les principes de liberté d’accès à la
commande publique, d’égalité de traitement des candidats et de transparence des procédures,
d’efficience et d’intégrité » (nous mettons les gras). À partir du « droit commun de la
commande publique » constitué des principes de passation des contrats publics, la doctrine
appelle de ses vœux à l’adoption d’un Code de la commande publique au Cameroun. Voir
TUEKAM TATCHUM Charles, « Les principes directeurs de la passation des contrats
publics au Cameroun : la difficile gestation d’un code de la commande publique », op. cit., pp.
597-628. Pour un point de vue semblable, lire BATOUM-BA-NGOUE Samuel Théophile,
« La commande publique en droit camerounais », Revue africaine et Malgache de recherches
scientifiques, RAMReS/S.J.P, n°1, Janvier 2020, pp. 300- 318 ; spéc. pp. 317 et s.
230 Annales africaines

un premier temps(1) et de l’indifférence du Code des marchés publics en


matière de dématérialisation dans un second temps(2).

1- L’insuffisance des textes visés

Le caractère inachevé du système réformé peut s’apprécier par


l’insuffisance des textes visés par le Code. En effet, certains éléments sont
convoqués dans le texte sans que toutefois les instruments y relatifs ne soient
visés. Cette situation peut conduire les acteurs du système à des hésitations
préjudiciables lors de l’application de ces dispositions. Les illustrations
suivantes suffisent à s’en convaincre.
En matière de clauses sociales et environnementales il faut
distinguer selon qu’elles sont relatives aux personnes physiques ou aux
personnes morales. En ce qui concerne les personnes physiques, pour ne
citer que le cas des personnes handicapées, le décret omet de prendre en
compte les dispositions de la loi n°2010/002 du 13 avril 2010 portant
protection et promotion des personnes handicapées, la lettre-circulaire
conjointe n°002/LCC/MINMAP/MINTP/MINHDU/MINAS du 16 juillet
2013 relative à la facilitation de l’accessibilité des personnes handicapées ou
à mobilité réduite dans l’environnement bâti. À cet égard, le nouveau Code
revient sur les acquis opéré à la faveur de la réforme de 2011. Il ouvre ainsi
le champ à l’insécurité juridique par son mutisme en ce sens que, en fonction
de l’autorité contractante, les spécifications techniques d’un projet peuvent
ou non prendre en compte la condition des personnes handicapées. On
pourrait se trouver dans une situation d’anarchie. Le droit d’égalité entre
tous proclamé par les instruments internationaux et la Constitution de la
République du Cameroun se trouvera alors bafoué.
S’agissant des clauses sociales applicables aux personnes morales157,
l’on regrette que le Code ne reprenne pas les dispositions de la lettre-
circulaire n°004/LC/MINMAP/CAB du 25 janvier 2017 relative à la prise en
compte de la défaillance des entreprises dans l’exécution des marchés
antérieurs dans l’attribution des nouveaux marchés alors même que la
capacité professionnelle du soumissionnaire est un critère de choix de

157 Ces clauses sociales ne distinguent pas selon qu’il s’agit d’une entreprise nationale ou
d’une entreprise étrangère. Sur cette distinction, lire Gatsi Jean, Droit des affaires. Droit
commercial général. Droit des sociétés commerciales, Presses Universitaires Libres, Douala,
1ère éd., 2008, pp. 119 et s.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 231

l’adjudicataire158. Ces dispositions qui s’appliquent à la capacité des


entreprises tendaient à la recherche de l’efficacité de la commande publique
en prescrivant d’attribuer les marchés publics aux entreprises qui, non
seulement, par le passé n’ont pas été déclarées défaillantes mais encore, ont
exécuté leurs prestations suivant les cahiers de charge d’autre part. Par
ailleurs, en matière de normes applicables, le Code de 2018 aurait pu se
référer à la norme SA 8000 sur les conditions de travail afin de fixer les
acteurs du système au même niveau de compréhension.
Le même constat peut être établi en matière de gouvernance. En
effet, afin de garantir une meilleure gouvernance dans les marchés publics,
l’Exécutif a consacré de nouvelles règles réprimant les mauvaises pratiques.
Ces nouvelles règles font référence aux infractions du Code pénal sans que
toutefois, ledit Code ne soit visé dans le texte relatif aux marchés publics. Il
en va ainsi de la corruption et du délit d’initié. Mais il convient de marquer
un temps d’arrêt sur l’article 188 du Code des marchés publics.
Conformément à cette disposition réglementaire, sont passibles des
sanctions prévues par les lois et règlements en vigueur, toute procédure
passée en violation des dispositions du présent Code, ainsi que les auteurs
des mauvaises pratiques dans la passation ou l’exécution des marchés
publics. Lorsque les cas de violation portent atteinte à la fortune publique,
les auteurs sont passibles des peines prévues par l’article 184 du Code pénal.
Une fois de plus le pouvoir réglementaire n’a pas tiré les leçons du système
passé. Sous l’égide du Code de 2004 abrogé, la Cour Suprême du Cameroun
avait jugé qu’il est inadéquat d’assimiler la violation des règles de passation
des marchés publics à l’infraction constitutive d’atteintes à la fortune
publique réprimée par l’article 184 du Code pénal159 en vigueur à cette
période et repris par la loi n° 2016/007 du 12 juillet 2016 portant Code
Pénal. La doctrine avait alors milité pour la création d’une nouvelle
infraction qui reprendrait les éléments relatifs à cette atteinte160. Mais les

158 À la lecture de l’article 73 alinéa 2a du Code en vigueur, « l’appel d’offres est une
procédure par laquelle l’attribution d’un marché intervient après appel public à concurrence.
Les critères de choix tiennent compte notamment :
a) de la qualité et de la capacité professionnelle des candidats (…) ».
159 Voir CS, Arrêt n°013/SSP/CS du 17 décembre 2013, Procureur Général près la Cour

d’Appel du Centre et FEICOM c/ ONDO NDONG Gérard et autres ; CS, Arrêt n°005/SSP/CS
du 29 avril 2014, SIYAM SIEWE Alphonse et 10 autres c/ Ministère Public et P.A.D.
160 DJILA Rose, « Libres propos sur la sanction pénale de la violation des procédures de

passation des marchés publics au Cameroun », Revue de science criminelle et de droit pénal
comparé, n° 4, Octobre-Décembre 2014, pp. 761-775.
232 Annales africaines

rédacteurs du Code pénal et du CMP de 2018 ne l’ont pas suivie161. On n’est


pas loin de retomber dans les mêmes travers que ceux observés sous le règne
du texte de 2004. Par contre, il est possible de considérer ces irrégularités
comme des fautes de gestion162 en ce sens qu’il s’agit d’une « (…) violation
du régime de bonne gouvernance administrative et financière (…) »163ou
encore d’une « faute de service de caractère financier »164. Les violations
des règles de conclusion des marchés publics s’appréhendent en effet en
l’espèce comme des atteintes aux principes encadrant l’utilisation des crédits
publics165.
L’insuffisance des visas peut ainsi être préjudiciable à la légalité des
actes administratifs pris en application du Code des marchés. En effet, même
si depuis l’affaire EVINA ADA Christophe166, il est admis que les visas ne
sont pas des formalités substantielles167 des actes administratifs unilatéraux,

161Pour un auteur cette situation révèle les limites de la codification, lorsque des fusions sont
établies entre différentes matières du droit. Il n’est pas évident d’avoir un Code qui combine
les préoccupations jumelées des corps de règles issues d’au moins deux branches du droit.
C’est ce qui justifie que le droit de la répression des ordonnateurs et des comptables publics
ne s’exprime pas exclusivement à travers le Code pénal. Pour une analyse de la question, lire
GUÉSSÉLÉ ISSÉMÉ Lionel Pierre, « Répression des gestionnaires de crédits publics et
nouveau Code pénal camerounais », Revue Africaine de Finances publiques, n°6, 2019, pp. 9-
35.
162 Sur la notion de faute de gestion en droit camerounais lire entre autres, Togolo Odile, Les

fautes de gestion dans le secteur public au Cameroun, Paris, Mare et Martin, 2019, 384 p. ;
BEGNI BAGAGNA, « Recherches sur la notion de faute de gestion en droit public financier
camerounais », Juridis périodique n°107, Juillet – Août – Septembre, 2016, pp. 120-132 ;
AKONO ONGBA SEDENA, « La distinction entre la faute de gestion et le détournement de
deniers publics en droit camerounais », Revue Africaine des Sciences Juridiques, n° 1, 2014,
pp. 249-287.
163 ABA’A OYONO Jean Calvin, « De la faute de gestion au détournement de deniers

publics : réflexions sur la collusion des justices pénale et administrative en droit


camerounais », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, n°2, Décembre 2016, p.
10.
164 NGANG Joseph Magloire, « L’autonomie de l’infraction financière et de l’infraction

pénale dans la sanction des atteintes à la fortune publique en droit français et camerounais.
Étude comparative sur la faute de gestion et le détournement de deniers publics », Revue
Africaine de Finances publiques, n°2, 2017, p. 98.
165 DJILA Rose, « Focus sur la sanction par la jurisprudence camerounaise, des fautes de

gestion des commissaires aux comptes auprès des entreprises du secteur public et parapublic
», Revue de l’ERSUMA : Droit des affaires - Pratique Professionnelle, n° 6, Janvier 2016, p.
365.
166 CFJ/CAY, Arrêt n°65 du 30 septembre 1969, Evina Ada Christophe, in Mbomé François,

Grands arrêts de la jurisprudence administrative du Cameroun, Yaoundé, 1986, pp. 271-280


167 CS/CA, jugement n°71 du 13 mai 1976, Bene Bella Lambert c/ Etat du Cameroun in

Bilong Salomon, Mémento de la jurisprudence administrative au Cameroun, op. cit. pp. 195-
202.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 233

il n’est pas exclu que les actes pris en application du Code soient annulés en
excès de pouvoir au motif pris de la violation de la loi168.
De toute façon, il appartiendra à l’Autorité des marchés de prendre
en compte certaines de ces considérations lors de l’édiction des textes
d’application et d’interprétation du Code des marchés publics afin de
parachever ce nouveau système.
L’’imperfection du système réformé des marchés publics au
Cameroun va au-delà de l’insuffisance dommageable des visas pour prendre
en compte l’indifférence du Code sur le sort de la dématérialisation.

2- L’indifférence regrettabledu texte sur la dématérialisation

L’idée de passation des marchés publics par voie électronique a été


introduite au Cameroun pour la première fois par le CMP abrogé de 2004.
En abordant la dématérialisation des procédures, ce dernier énonce la
possibilité de passer les marchés publics en ligne en ses articles 51 à 54.
Cependant, aucun texte n’avait jamais régi la matière jusqu’au moment où
l’État du Cameroun a signé une convention bilatérale avec la République de
Corée pour la mise en place d’une plateforme devant faciliter la passation
des marchés publics par voie électronique. C’est seulement le 05 janvier
2018 que le Premier Ministre en raison de sa qualité d’acteur stratégique du
système de passation des marchés169 a promulgué deux décrets relatifs à la
dématérialisation des procédures. Il s’agit du décret n°2018/0001/PM du 05
janvier 2018 portant création d’une plateforme dans le cadre de
dématérialisation des marchés publics et fixant ses attributions et du décret
n°2018/0002/PM du 05 janvier 2018 fixant les conditions et modalités de
passation des marchés publics par voie électronique au Cameroun.
Aux termes de l’article 2 alinéa f du décret n°2018/0001/PM du 05
janvier 2018, la dématérialisation est la substitution des documents
physiques ou des procédures manuelles par des documents numériques ou
les procédures automatiques. Elle consiste à mettre en œuvre des moyens
168 D’après l’article 2 alinéa 3a de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 fixant
l’organisation et le fonctionnement des tribunaux administratifs, « la violation d’une
disposition légale ou réglementaire » constitue un cas d’ouverture du recours en annulation
pour excès de pouvoir.
169 En raison de cette qualité, « Le Premier Ministre Chef du Gouvernement est chargé de

conduire l’action gouvernementale. Dans le domaine des marchés publics, il signe les textes
d’application du Code des Marchés qui ont une portée transversale ». Agence de Régulation
des Marchés Publics, Principes fondamentaux et procédures nationales de passation des
marchés publics. Séminaire de renforcement des capacités à l’intention des acteurs de la
passation des marchés publics, Exercice 2016, p. 14.
234 Annales africaines

électroniques pour effectuer des opérations de traitement d’échange et de


stockage d’informations sans support papier. L’importance de la
dématérialisation des procédures n’est plus à démontrer dans le secteur des
marchés publics.
En matière de passation, non seulement elle permet une amélioration
du système de passation des marchés publics au Cameroun par une exigence
plus accrue de transparence, mais aussi, elle permet une diminution des
lourdeurs des procédures à travers leur simplification et leur rationalisation.
En matière d’exécution, elle permet d’assurer le suivi des actes de contrôle
d’exécution des marchés publics par leur publication sur la plateforme. C’est
le cas par exemple, pour l’exercice 2018 de la publication des actes de
résiliation des marchés publics170. Ceci permet de constituer une banque de
données171 des personnes exclues de la commande publique sachant que la
résiliation d’un marché emporte immédiatement exclusion de la commande
publique pour une période de deux (2) ans172.
Malgré tous ces acquis, il semble que le nouveau Code ne les prenne
pas en compte. En effet, il ressort de l’article 122 du CMP de 2018 que les
procédures de passation des marchés publics peuvent faire l’objet d’une
dématérialisation par l’utilisation des moyens électroniques. Le recours à la
procédure de dématérialisation doit obéir entre autres ou à l’utilisation d’un
système d’échange d’informations adéquat assurant l’intégrité, la
confidentialité et l’authenticité des informations ou bien à un système de
signature électronique. Ses modalités de mise en œuvre feront « l’objet d’un
texte particulier de l’Autorité chargée des marchés publics ».
La formulation de cette disposition s’analyse comme une remise en
cause des acquis de la dématérialisation en cours au Cameroun depuis
l’année 2016173. En effet, le fait que le nouveau Code de 2018 n’ait pas
reconduit dans ses dispositions les techniques et règles dégagées par les
décrets du Premier Ministre du 05 janvier 2018 démontre que celles-ci sont

170 Voir l’article 2 de l’arrêté n°0071/A/MINMAP/CAB du 16 avril 2018 fixant la liste des
actes et documents à publier obligatoirement sur la plateforme de dématérialisation des
marchés publics au titre de l’exercice 2018.
171 Article 12 alinéa 1 du décret n°2018/0001/PM du 05 janvier 2018 portant création d’une

plateforme dans le cadre de dématérialisation dans le cadre des marchés publics et fixant ses
attributions.
172 Article 184 alinéa 1 du CMP de 2018.
173 C’est ce qui ressort du séminaire de formation organisé par le Ministère des marchés

publics à l’attention des Maîtres d’ouvrage les 23, 24 et 25 Août 2016 à l’Hôtel Safari de
Nsam.
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 235

abrogées174 par application du principe de supériorité des actes administratifs


du président de la République dans la hiérarchie des normes
administratives175. Ce principe se déduit soitde la hiérarchisation des acteurs
dans la commande publique au Cameroun176soit de la règle
lexsuperiorderogatlegiinferiori177. Cette dernière règle renferme l’idée selon
laquelle le texte d’une autorité supérieure déroge au texte d’une autorité
inférieure178. En effet, en droit administratif, « (...) la hiérarchisation des
actes administratifs unilatéraux fait intervenir deux grands principes : le
principe de la hiérarchie des autorités administratives et celui de la
supériorité des actes réglementaires sur les actes non réglementaires »179.
Elle doit toutefois se faire dans le respect du principe des droits acquis180.
Quoi qu’il en soit, l’application de la légalité administrative s’opère dans un
cadre de subordination entre les différentes autorités181. En application de
cette idée telle que systématisée par le Professeur Denys De BÉCHILLON,
la hiérarchie des normes tient aussi à la hiérarchie des fonctions normatives
au sein de l’État182. Or la structuration hiérarchique de l’Exécutif au
Cameroun a été établie en doctrine183 au regarddes dispositions

174 Pour un point de vue contraire, DICKA John Éric, « La nouvelle architecture juridique de
la passation des marchés publics au Cameroun sous le décret n°2018/366 du 20 juin 2018
portant code des marchés publics : table rase ou transposition de la substance du modèle
abrogé ? », op. cit., pp. 184 et s.
175 ONDO EBANG Marcel William, « Les actes administratifs du président de la République

dans la hiérarchie des normes administratives au Cameroun », Revue Africaine de droit


public, n°13, Vol. VII, Juillet-Décembre 2018, pp. 135-154 ; spéc. pp. 137-150.
176 NOLA Bienvenu Yannick, « La hiérarchisation des acteurs publics des marchés publics en

droit positif camerounais », Revue Africaine de droit public, n°13, Vol. VII, Juillet-Décembre
2018, pp. 135-154 (spéc. pp. 81-112).
177 Sur le sens de cette règle, lire GUASTINI Riccardo, « Lex superior. Pour une théorie des

hiérarchies normatives », www.journals.openedition.org/revus/pdf/2664 consulté le 25 juillet


2018 à 19h40min
178 En matière administrative, d’après la doctrine, la hiérarchie entre les actes administratifs

dépend de la hiérarchie entre les organes d’édiction de ces actes administratifs. Un texte aura
un degré plus élevé dans la hiérarchie normative en fonction de la position de son organe
d’édiction. Marcel Waline opinait à cet effet que : « l’échelle des textes dépend de l’échelle
des organes ». Voir Waline Marcel, Traité élémentaire de droit administratif, Recueil Sirey,
Paris, 6e éd., 1951, p. 24.
179 Sy Demba, Droit administratif, op. cit., p. 304.
180 Vedel George, Delvolvé Pierre, Droit administratif, op.cit., pp. 492-494.
181Abané Engolo Patrick Edgard, L’application de la légalité par l’Administration au

Cameroun, Thèse de doctorat, Université de Yaoundé II, 2009, passim, pp. 54-59 ; pp. 286-
288.
182 De Béchillon Denys, Hiérarchie des normes et hiérarchie des fonctions normatives de

l’État, Economica, Paris, 1996, 577 p.


183 Mfoyouom Guy Hermann, Changements constitutionnels et institutions administratives au

Cameroun, Thèse de doctorat, Université de Yaoundé II, 2015, pp. 367-387 (spéc. p. 376 in
fine et p. 379).
236 Annales africaines

constitutionnelles184. Il s’en suit donc qu’un texte réglementaire édicté par le


Président de la République est supérieur à celui édicté par le Premier
Ministre185. Il peut alors, au nom de cette supériorité, modifier l’acte
inférieur de son collaborateur, le suspendre ou même le supprimer186.
Ainsi, le nouveau Code des marchés publics ne considère pas les
dispositions jusqu’ici édictées pour réglementer la dématérialisation des
procédures des marchés publics187. Cette indifférence est préjudiciable à
l’ensemble du système dans la mesure où la latitude laissée à l’Autorité
chargée des marchés publics peut le pousser à ignorer certains acquis du
système COLEPS188 en cours dans le secteur. Il serait alors souhaitable que
le MINMAP aborde la question dans le sens imprimé par le système
précédent afin de préserver les acquis et d’assurer la stabilité des situations
juridiques.
Tout compte fait, la présente réflexion s’était assignée la modeste
mission de rendre compte, non pas de manière détaillée, de l’envergure de la
dernière réforme des marchés publics au Cameroun. À cet égard, elle relève
que la révision des règles des marchés publics présente deux figures. Elle
consacre d’une part des innovations de nature organique et normative.
D’autre part, elle restaure de nombreuses institutions que ce soit des
structures réactivées ou des procédures revisitées. Par ailleurs, la refonte

184 Conformément à l’article 12 alinéa 2 de la Constitution, « Le Premier Ministre exerce le


pouvoir réglementaire (…) sous réserve des prérogatives reconnues au Président de la
République dans ces domaines ». De l’interprétation de cette disposition, il découle qu’il
existe une hiérarchie entre ces deux autorités administratives. D’ailleurs, la doctrine affirme
que « (…) c’est en réalité le Président de la République qui détermine et délimite l’essentiel
de ses attributions [du Premier Ministre] et les modalités de leur exercice au quotidien (…) ».
Voir Olinga Alain-Didier, La Constitution de la République du Cameroun, Presses de
l’Université catholique d’Afrique centrale, Yaoundé, 2e éd., 2013, p. 71. C’est dire qu’un
pouvoir hiérarchique s’exerce du Président de la République vers le Premier Ministre. Sur
cette dernière notion, Abané Engolo Patrick Edgard, Traité de droit administratif du
Cameroun. Théorie générale et droit administratif spécial, op. cit., pp. 59-61.
185AMYE ELOUMA Lazare II, « Le pouvoir normateur du Président de la République au

Cameroun », inAbané Engolo Patrick Edgard et Markus Jean-Paul (dir.), La fonction


présidentielle au Cameroun, L’Harmattan, Paris, 2019, pp. 237- 262 (spéc. pp. 257-259).
186Ondo Ebang William Marcel, Le Président de la République, autorité administrative en

droit camerounais, Thèse de doctorat Ph.D en Droit public, Université de Yaoundé II, 2018,
pp. 155-159, spéc. p. 158 et s. ; Essomba Ambroise Louison, Le domaine du pouvoir
règlementaire du Premier Ministre au Cameroun, Thèse de doctorat, Université de Douala,
2012, p. 95 et s.
187 Cette remise en cause découle de la formulation même de l’article 122 alinéa 3 du CMP

d’après lequel « les modalités de mise en œuvre de la dématérialisation font l’objet d’un texte
particulier de l’Autorité chargée des marchés publics ». Il s’ensuit de là que les textes du
Premier Ministre sont caducs.
188 Le terme « coleps » est l’abréviation de l’expression « cameroon online e-procurement

system ».
La nouvelle réforme des marchés publics au Cameroun (2018) : entre innovations… 237

introduit quelques incohérences qui sont relatives soit à la perception


incertaine des marchés publics soit à l’imperfection du système réformé.
Toutefois, ces incohérences doivent-elles remettre en cause les avancées
constatées ? La pénalisation croissante des comportements des acteurs du
système ne va-t-elle pas faire vaciller les notions du droit camerounais des
marchés publics189 ? L’Exécutif n’a-t-il pas manqué l’occasion d’impliquer
véritablement les institutions juridictionnelles et non juridictionnelles de
contrôle de finances publiques dans la prévention et le traitement des
irrégularités de la passation des marchés publics au Cameroun190 ? Autant de
questions et biens d’autres que laisse inachevée la présente réflexion sur la
réforme des marchés publics au Cameroun, plus d'un an après son adoption.

189 Pour un aperçu de la situation en France, LINDITCH Florian, « Un an de droit pénal de la


commande publique », Contrats et marchés publics, n° 10, 1er octobre 2019, pp. 7-15 ;
Prebissy-Schnall Catherine, La pénalisation du droit des marchés publics, L.G.D.J, Paris,
2002, 617 p. ; voir aussi Descout Hélène, Salamand Walter, Le droit pénal des marchés
publics, Éditions de « La lettre du cadre territorial », 4e éd., 2005, 182 p.
190 Sur le rôle du juge financier en matière des marchés publics, lire avec de manière non

exhaustive : Kurek Aline, Le juge financier, juge administratif, Thèse de doctorat en Droit
public, Université de Lille 2 Droit et Santé, 2010, pp. 46-64 ; SIETCHOUA DJUITCHOKO
Célestin, « La Chambre des Comptes de la Cour Suprême – Nouveau juge administratif au
Cameroun », Recht in Afrika n° 1, 2013, pp. 72-73. Ainsi, le juge financier dit pour droit qu’il
incombe au comptable public de vérifier que le contrat a fait l’objet d’enregistrement, sous
peine d’engager sa responsabilité. Voir Arrêt n°72/AD/CS/CDC/S2/11 du 29 septembre 2011,
Compte de gestion de la Commune urbaine de Garoua, Exercice 2004 in Sietchoua
Djuitchoko Célestin, La chambre des comptes de la Cour Suprême du Cameroun. Les
principaux arrêts, avis, rapports de certification du compte général de l’État et rapports
d’observation à fin de contrôle commentés, Les Éditions le Kilimandjaro, Yaoundé, 1 ère éd.,
2016, pp. 302-311.
.

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