Dupin 2016
Dupin 2016
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Mise au point
Syphilis
Syphilis
N. Dupin
Service de dermatologie, hôpital Cochin, AP–HP, CNR de la syphilis, Institut Cochin, U1016, université Paris Descartes, 89, rue d’Assas, 75006 Paris, France
i n f o a r t i c l e r é s u m é
Historique de l’article : La syphilis est de retour depuis le début des années 2000. L’épidémie touche plus particulièrement les
Disponible sur Internet le xxx homo- ou bisexuels de sexe masculin avec une surreprésentation des patients infectés par le VIH. La
classification actuelle de la syphilis différencie la syphilis précoce contagieuse (primaire, secondaire et
Mots clés : latente précoce de moins de 1 an) et la syphilis tardive non contagieuse (latente tardive de plus de 1 an,
Syphilis et tertiaire). La présentation clinique de la syphilis n’a guère changé, mais il faut insister sur les neuro-
Syphilis précoce syphilis précoces, notamment ophtalmiques souvent trompeuses et sous-diagnostiquées, qui modifient
Syphilis tardive
le traitement. Les tests sérologiques bien que perfectibles sont d’une grande aide pour le diagnostic et
Neurosyphilis
la surveillance après traitement. Le traitement des syphilis précoces repose sur une seule injection de
benzathine-pénicilline G. Les patients ayant eu une syphilis doivent être régulièrement surveillés au
décours du traitement, ce d’autant plus que les réinfections ne sont pas rares et sont le plus souvent
asymptomatiques.
© 2016 Société Nationale Française de Médecine Interne (SNFMI). Publié par Elsevier Masson SAS.
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a b s t r a c t
Keywords: Syphilis is back since the beginning of this century. The epidemic affects mainly men having sex with men
Syphilis with a high proportion of HIV-infected patients. The classification of syphilis distinguishes early syphilis
Early syphilis where patients are contagious (primary, secondary and early latent of less than one year) and late syphilis
Late syphilis where patients are not (or less) contagious (late latent of more than one year and tertiary). The clinical
Neurosyphilis.
presentation of syphilis has not changed. However, we must insist on the early forms of neurosyphilis,
notably ophthalmic syphilis often under-diagnosed, as it affects the treatment. Serologic tests may be
improved but are very helpful for the positive diagnosis and the follow-up after treatment. Treatment of
early syphilis is based on one injection of benzathine benzyl penicillin G. Patients who have had syphilis
must be regularly followed-up after treatment, as re-infections are common and are often asymptomatic.
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de Vago (violet de méthyle). Ses caractéristiques morphologiques Dans les pays industrialisés, le retour de la syphilis a coïncidé
permettent d’identifier le genre Treponema par l’examen direct au avec le développement des trithérapies anti-VIH qui a pro-
microscope à fond noir ou après coloration argentique. Cepen- bablement entraîné un relâchement des conduites sexuelles à
dant, l’examen direct ne permet pas de distinguer les différentes risque dans les populations les plus touchées par l’épidémie VIH
espèces (pathogènes ou commensales) de Treponema. Par ailleurs, expliquant la forte proportion d’homosexuels masculins et la sur-
T. pallidum n’est pas cultivable. Enfin, il faut souligner l’existence représentation de l’infection par le VIH chez les patients atteints de
d’espèces commensales de Treponema dans la cavité buccale, ren- syphilis.
dant ininterprétable l’examen direct dans cette localisation. La En France, la surveillance épidémiologique a été mise en place
séquence complète du génome a été publiée en 1999 [1]. Il s’agit dès le début des années 2000. Elle repose sur la déclaration volon-
d’un petit génome bactérien de 1,14 millions de paires de bases, taire au sein d’un réseau appelé RésIST qui est piloté par l’Institut
contenant au total 1014 cadres ouverts de lecture. L’analyse des de veille sanitaire (InVS) qui regroupe une centaine de centres qui
gènes de T. pallidum confirme les capacités métaboliques limitées prennent en charge des IST (Ciddist, dispensaire antivénérien, ser-
reflétant l’adaptation de T. pallidum à un environnement riche dans vices de maladies infectieuses, médecins de ville, etc.). On observe
les tissus des mammifères. Plusieurs sous-types ont été individua- une augmentation croissante du nombre de cas de syphilis décla-
lisés en ciblant 3 gènes (arp, tpr et tp0548) du tréponème et en rés dans RésIST avec plus de 800 cas par an. Dans RésIST, seules
utilisant une combinaison de tests reposant sur le dénombrement les syphilis précoces (primaires, secondaires ou latentes précoces)
du nombre de séquences tandem de 60 pb (arp : acid repeat protein), sont prises en compte car elles témoignent d’une infection active,
les profils de migration en gel d’électrophorèse après digestion par et du caractère récent et contagieux de l’infection. Avec la récente
des enzymes de restriction (tpr : T. pallidum repeat) et le séquençage rupture de stock de l’Extencilline® sur laquelle nous reviendrons,
(tp0548) [2]. La définition des sous-types ne peut être réalisée en il est cependant difficile de savoir si les chiffres actuels ne reflètent
routine du fait de la lourdeur de la procédure mais elle permet de pas également le « transfert » de la prise en charge de la ville vers
caractériser les souches circulantes dans les différentes régions du l’hôpital lié au fait que la Sigmacillina® qui remplaçait jusqu’à très
monde. En France, les sous-types prédominant sont les sous-types récemment l’Extencilline® ne peut être délivrée que par les phar-
14d/g et 14d/f. Il ne semble pas y avoir de phénotype de la syphilis macies hospitalières.
spécifiquement associé à un sous-type. Le sous-typage n’a d’intérêt Les cas déclarés dans le réseau RésIST ne sont probablement
qu’à visée épidémiologique pour mieux circonscrire les popula- qu’une partie immergée de l’iceberg. Il est très difficile d’avoir
tions atteintes et différencier les éventuels « clusters » successifs qui une idée précise de l’incidence de la syphilis car il n’existe pas
peuvent participer à la diffusion de l’épidémie. Dans certains cas [3], d’examens adaptés à cette surveillance. Contrairement au gono-
lors que les sous-types ne sont pas les mêmes, l’analyse moléculaire coque ou au chlamydia, il n’y a pas d’examen équivalent validé
peut permettre de différencier une réinfection d’un échec théra- en routine qui puisse apporter la preuve microbiologique de
peutique lorsque les patients ont des lésions permettant d’isoler le l’infection, aussi la surveillance repose sur la sérologie qui est loin
tréponème. d’être informative car non spécifique et ne signant pas toujours une
infection active. Nous devons nous contenter des chiffres de RésIST
qui cependant confirment qu’après plus de 15 ans, l’épidémie est
2. Épidémiologie loin d’être éteinte, ce qui démontre clairement les échecs des cam-
pagnes de sensibilisation successives.
La recrudescence de la syphilis [4,5] est observée, depuis 2000,
aussi bien en France que dans le reste de l’Europe, aux États-Unis et 3. Clinique
en Australie. En 1999, l’incidence annuelle mondiale était estimée
par l’OMS à 12 millions de cas, dont 90 % dans les pays en voie de La plupart des auteurs utilisent la classification américaine qui
développement. L’OMS a fait de la prévention de la syphilis congé- distingue les syphilis précoces et tardives. Les syphilis précoces
nitale un objectif majeur dans les pays en voie de développement, regroupent la syphilis primaire, la syphilis secondaire et la syphi-
où elle serait responsable de plus de 500 000 décès annuels [6]. lis latente précoce datable et datant de moins de 1 an. Les syphilis
L’objectif fixé est une réduction des deux tiers de la mortalité chez précoces ont en commun :
les enfants de moins de 5 ans, d’ici 2015 [7]. Dans les pays ayant une
surveillance régulière de la syphilis, il est clairement établi qu’après • leur caractère contagieux ;
une augmentation du nombre de cas au début des années 1980, les • la rareté des complications neurologiques (à cependant nuancer,
années SIDA ont été marquées par une incidence régulièrement cf. plus loin) ;
basse jusqu’à la fin des années 1990. • le risque de contamination materno-fœtale ;
La récente épidémie observée dans l’ensemble de l’Europe est • un traitement identique.
caractérisée par de forts contrastes Est-Ouest. Schématiquement :
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(Fig. 4), lichénoïdes ou psoriasiformes, entourées d’une colle- L’épidémie sévissant depuis plus de 15 ans maintenant, il nous a été
rette desquamative périphérique, dite « de Biett ». Les syphilides donné la possibilité d’observer des formes atypiques osseuses avec
papuleuses peuvent siéger au visage, au tronc ou – topographie des périostites douloureuses de topographie prétibiale ou touchant
évocatrice – aux extrémités palmo-plantaires (dans près de 30 % les os du crâne [13] responsables de céphalées invalidantes avec
des cas) (Fig. 5a et b). Une alopécie un peu diffuse dite en clairière hyperfixation à la scintigraphie osseuse [14]. Des cas d’hypophysite
est possible (Fig. 6). Au visage, l’aspect peut être celui d’une derma- [15], de pneumopathie interstitielle (Fig. 9) [16] ou d’aortite syphi-
tite séborrhéique, d’un psoriasis, d’une acné. Une perlèche le plus litique [17] parfois responsable de dissection avec tamponnade
souvent fissuraire n’est pas rare (Fig. 7). Leur examen histologique, ont également été rapportés récemment. La richesse de la présen-
rarement réalisé, montrerait un infiltrat dermique riche en plasmo- tation clinique de la syphilis est toujours d’actualité et la syphilis
cytes évocateur de syphilis. L’utilisation d’anticorps polyclonaux mérite toujours cette appellation de « grande simulatrice ». Il faut
en immunohistochimie est particulièrement utile pour mettre en rappeler dans ce contexte, l’importance de demander une séro-
évidence le tréponème dans les lésions de syphilis secondaires que logie de syphilis devant des manifestations cliniques très variées
l’on retrouve le plus souvent dans l’épiderme parfois au sommet afin de permettre un diagnostic précoce et une prise en charge
des papilles dermiques (Fig. 8). Aux lésions cutanées, peuvent simple.
s’associer des lésions érosives muqueuses (syphilides érosives Une particularité clinique de l’épidémie actuelle est
génitales, plaques fauchées et dépapillées linguales, Fig. 7), une l’observation non rare de neurosyphilis précoces qui peuvent là
polyadénopathie indolore, des arthralgies ou une fébricule [11]. encore avoir des présentations polymorphes. Des études anciennes
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Tableau 1
Interprétation du TPHA/VDRL.
TPHA+ TPHA–
4. Diagnostic positif
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tréponémique (VDRL ou RPR) qu’en cas de positivité du test tré- 6. Syphilis et infection par le VIH
ponémique.
Près de 50 % des syphilis précoces diagnostiquées dans les pays
Dans la plupart des cas, le TPHA et le VDRL sont nécessaires d’Europe de l’Ouest sont associées à une infection par le VIH.
et suffisants. Compte tenu d’un retard à l’apparition des anticorps Une sérologie syphilitique biannuelle est recommandée chez les
par rapport à la clinique, les 2 tests peuvent être négatifs au tout patients infectés par le VIH. L’infection par le VIH ne modifie pas
début du chancre (environ 10 % des cas). En cas de forte suspicion significativement la présentation clinique de la syphilis précoce
clinique et de sérologie négative, il faut savoir répéter les tests après [22]. Néanmoins, il faut souligner la fréquence accrue des chancres
1 à 2 semaines. Dans tous les cas, l’approche doit être syndromique, multiples lors de la syphilis primaire et de la persistance du chancre
et le traitement sera systématique quand la suspicion clinique est lors de l’éruption de la syphilis secondaire. L’interprétation de la
suffisante. sérologie est identique en cas de co-infection par le VIH. Toutefois,
La place de la biologie moléculaire n’est pas encore codi- une augmentation du risque de faux positif (absence de syphilis
fiée mais plusieurs études récentes montrent que les techniques et sérologie « dissociée » VDRL+/TPHA−) et d’authentiques syphilis
d’amplification en chaînes (PCR) ou des techniques de quantifica- avec des sérologies négatives ont été rapportées [23]. Dans ces cas
tion en temps réel peuvent avoir un intérêt du fait d’une meilleure – rares –, la recherche du tréponème dans les lésions par amplifica-
sensibilité que le fond noir et surtout d’une meilleure spécificité tion génomique (PCR) ou par immunohistochimie peut être utile.
notamment sur les prélèvements endo-buccaux [21]. Ces tech- La pratique d’une ponction lombaire au cours de la syphilis précoce
niques sont rentables sur les prélèvements de chancre ou de peau n’est pas justifiée chez les patients infectés par le VIH. En revanche,
mais peu utiles sur les prélèvements sanguins car la fréquence de l’attitude en cas de syphilis latente tardive n’est pas consensuelle.
détection atteint rarement 50 %, sauf au cours des syphilis secon- Pour certains, elle est systématiquement justifiée en s’aidant éven-
daires. tuellement du titre du VDRL et du taux de CD4 (< 350/mm3 ). Pour
d’autres, le traitement est identique à celui des sujets non infectés
par le VIH suivi d’une surveillance clinique et sérologique stricte.
5. Syphilis congénitale La courbe de décroissance du taux de VDRL – critère biologique
principal de guérison – est identique en cas d’infection par le VIH
5.1. Transmission mère–enfant [23,24] : l’indication à répéter le traitement repose sur les mêmes
arguments qu’en l’absence d’infection par le VIH.
Elle peut survenir tout au long de la grossesse (plus fréquem-
ment après 16 semaines d’aménorrhée), pendant l’accouchement
ou l’allaitement. 7. Prise en charge de la syphilis
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Tableau 2 Tableau 3
Traitement de la syphilis. Huit points essentiels sur la syphilis.
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