STRUCTURE ET FONCTIONNEMENT DES AGROSYSTEMES
Intro :
Un agrosystème est un écosystème transformé par l’homme dans le but de produire de la biomasse
pour plusieurs usages potentiels (alimentation, énergie, construction …).
Comme pour un écosystème spontané (ne subissant pas les interventions humaines), un agrosystème
va être constitué :
D’un ensemble d’êtres vivants (la biocénose) : certains choisis par l’agriculteur (les plantes
cultivées, les animaux élevés), d’autres spontanés (lombrics, pollinisateurs, bioagresseurs) ;
D’un ensemble de facteurs physico-chimiques (ou abiotiques, constituant le biotope) : le
climat et le sol (facteurs pédoclimatiques) qui peuvent être plus ou moins modifiés par les
interventions humaines (amendements, engrais, irrigation, cultures et élevages dans des
bâtiments).
L’humain joue dans les agrosystèmes un rôle particulier, à la fois comme gestionnaire (il agit sur les
caractéristiques de l’agrosystème) et comme exploitant (il tire profit de la biomasse).
I. La diversité des agrosystèmes
1.
Un agrosystème est un écosystème particulier, créé par l’être humain et exploité pour obtenir de la
biomasse utilisée à des fins : alimentaires (ex : céréales comme le blé), industrielles (ex : coton pour
les vêtements), énergétique (ex : colza pour les agrocarburants) ou pharmaceutiques.
Au contraire d'un écosystème naturel, dans lequel la matière est recyclée, dans un agrosystème, le
prélèvement de la biomasse (matière organique) perturbe le cycle de la matière.
La gestion d’un agrosystème dépend d’abord de la biomasse que l’agriculteur souhaite récolter.
Autrement dit, sur une surface agricole donnée, pour un climat donné, l’agriculteur pourra choisir
d’orienter son acticité vers différents types de production.
Il existe différents types d'agrosystèmes terrestres ou aquatiques, de culture ou d'élevage. Tous ont en
commun la production de biomasse.
2. L’agriculture vivrière
Le premier but de l’agriculture vivrière est de permettre aux personnes qui cultivent la terre et à leur
famille de se nourrir. Les animaux élevés par ces cultivateurs se nourrissent également de ces produits.
L’agriculture vivrière a aussi pour vertu de préserver la biodiversité. En effet, les cultures, dans
l’agriculture vivrière, sont conduites sur base des savoirs traditionnels puisque le travail s’effectue
manuellement ou via la force animale. Les cultivateurs n’utilisent pas d’engin mécanique.
Cette méthode, permettant donc de préserver et de faire vivre l’environnement, est très répandue à
l’échelle mondiale.
Mais, la mauvaise conservation des récoltes et l’attaque de rongeurs/d’insectes entraînent le
pourrissement précoce des denrées. L’absence d’intrants performants réduit également la production.
Certaines régions rurales sont ainsi touchées par l’insuffisance alimentaire.
3. L’agriculture intensive
Apparue entre la moitié et la fin du siècle dernier, l’agriculture intensive a pour objectif d’optimiser la
production agricole afin de répondre à un grand nombre de besoins.
L’agriculture intensive consiste donc à optimiser la production agricole en utilisant tous les moyens
techniques et technologiques disponibles :
Apport de traitements chimiques comme les engrais, les herbicides, les insecticides, les
fongicides et autres pesticides ;
Mécanisation des tâches par l’utilisation de machines agricoles ;
Sélection génétique des semences et des plantes ;
Drainage des sols et irrigation gourmands en eau ;
Culture en serres chauffées de produits hors saison.
Malgré tous les bénéfices qu’elle apporte, dès le début des années 2000, certains commencent à
pointer du doigt les méfaits de cette pratique. En effet, l’agriculture intensive n’est pas sans
conséquence :
Pollution environnementale causée par l’utilisation de nombreux intrants ;
Épuisement et érosion des sols ;
Pollution des nappes phréatiques ;
Perte alarmante de la biodiversité ;
Recours aux organismes génétiquement modifiés ;
Le grand perdant de l’agriculture intensive est l’environnement. Il est donc fortement question de
changer les pratiques agricoles afin de diminuer leur impact environnemental. On parle donc
maintenant d’agriculture extensive.
4. L’agriculture extensive
L'agriculture extensive est une agriculture qui se concentre sur l'exploitation des ressources naturelles
qu'offre la région et peut être définie comme le contraire de l'agriculture intensive. Alors que cette
dernière se concentre sur la maximisation de la production des sols avec tous les moyens disponibles
(main d'œuvre, produits chimiques, technologie), l'agriculture extensive opte, pour tirer parti des
ressources disponibles sur le territoire.
Le principal avantage de l'agriculture extensive C'est leur moindre sollicitation en ressources
techniques et humaines, qui permet à quelques personnes d'exploiter de grandes exploitations, pouvant
ainsi obtenir des profits suffisants malgré leur faible productivité relative.
Et c'est donc aussi un type d'agriculture qui a un faible impact environnemental.
Cependant, l'agriculture extensive nécessite de grandes surfaces de terre à travailler, afin de compenser
sa faible productivité à l'hectare.
II. Pour un agrosystème agricole
1. Fonctionnement + contraintes
Un agrosystème agricole repose sur la gestion du sol.
Dans un agrosystème agricole, la biomasse produite est destinée à être exportée, ce qui perturbe le
cycle de la matière. C’est pour cela que cette perturbation doit être compensée par l’apport d’intrants
dans le sol tel que l’engrais qui apporte des éléments minéraux nécessaires pour produire de la
biomasse, ou encore les produits phytosanitaires (herbicides, insecticides) qui permettent de lutter
contre les bioagresseurs des cultures. Ils protègent ainsi le développement des cultures et limitent
les pertes de matière dans l’agrosystème. L’eau est également un intrant car l’irrigation est
indispensable.
2. Exploitant et intrants
Les intrants apportés permettent notamment d’augmenter la productivité du système
De plus, les agrosystèmes agricoles sont soumis à différentes contraintes. En effet, l’agriculteur doit
faire des choix en tenant compte des contraintes du milieu, c’est-à-dire des contraintes climatiques et
géologiques, par exemple si le terrain est en pente, mais aussi en fonction de la nature du sol.
Un exploitant agricole est un propriétaire ou un locataire d’une exploitation. Il a la
responsabilité de prendre des décisions de gestion touchant certains aspects de l’exploitation.
L’organisation d’un agrosystème dépend des contraintes du milieu mais avant tout des choix de
l’exploitant. Notamment avec :
Le modèle agricole choisi, si c’est une grande exploitation, une petite ferme, ou bien une
agriculture biologique, extensive ou intensive.
La quantité et la nature choisies des intrants
Le degré de mécanisation, c’est-à-dire l’utilisation de machines agricoles, etc…
3. Terroir
Un agrosystème, ici agricole, forme un tout organisé, par des facteurs culturels (les différentes
techniques et le savoir-faire), et naturels (la géologie et le climat). Les différents choix pris par
l’exploitant vont donc agir sur l’agrosystème. De ces différents choix résulte le TERROIR. De ce
terroir résulte une production agricole atypique. Le terroir caractérise donc à la fois le lieu de
production et les produits qui en résultent.
Les produits issus de ces terroirs peuvent être reconnus, afin de les certifier, par des labels de qualité.
Par exemple les labels AOP et AOC. Tout d’abord l’appellation d’origine protégée (AOP) garantit que
le produit a été transformé et élaboré dans une zone géographique déterminée. Le label AOP est un
signe européen. Il protège le nom du produit dans toute l'Union européenne (UE).
La déclinaison française de l'AOP est l'AOC (appellation d'origine contrôlée). Elle protège le produit
sur le territoire français. Elle constitue une étape dans l'obtention du label européen AOP.
Les labels AOP et AOC garantissent un lien très fort entre le produit et son terroir.
4. Flux de matière et d’énergie
Dans le cas d’un écosystème, des flux d’énergie et de matière fonctionnent en permanence entre les
différentes strates des réseaux trophiques le constituant.
Les producteurs primaires, c’est-à-dire les végétaux notamment, vont capter le CO2 atmosphérique et
des éléments minéraux dans le sol afin de croitre. Ils produisent de la biomasse végétale, qui sera
utilisée comme source d’énergie par des insectes ou des animaux herbivores (producteurs
secondaires). Ces derniers, grâce à des processus de digestion, vont modifier cette matière organique
végétale pour leur fournir de l’énergie et les éléments nécessaires à leur propre fonctionnement. Les
herbivores peuvent être une source de nourriture pour des prédateurs carnivores, qui sont également
des producteurs secondaires.
Dans l’écosystème, la matière organique morte (animaux ou végétaux) ainsi que les déjections des
animaux retournent au sol. Les décomposeurs présents dans le sol vont les dégrader pour les
transformer en minéraux à nouveau assimilables par les plantes. Ainsi les flux observés dans un
écosystème forment une boucle.
Les besoins en carbone sont assurés par le captage du CO2 atmosphérique par les plantes grâce à la
photosynthèse, comme pour un écosystème naturel. La lumière du soleil est également captée par les
plantes cultivées
Dans le cas d’un agrosystème agricole, une partie de la matière organique produite par les végétaux est
exportée de l’agrosystème, c’est la récolte. La matière organique non récoltée est, elle, restituée au sol,
puis recyclée en matière minérale. Afin d’augmenter la biomasse récoltée et d’entretenir le
fonctionnement de l’agrosystème, l’être humain apporte divers intrants tel que l’engrais ou l’eau
comme nous l’avons vu précédemment.
III. Agrosystème d’élevage
1. Fonctionnement + contraintes
Dans une ferme d’élevage, la spécificité est la présence d’animaux. On peut élever une grande
diversité d’animaux (pour des productions variées : viande, lait, œufs, cuir, laine …). Les animaux
nécessitent un apport d’eau et d’aliments, qui peuvent provenir de la ferme ou bien venir de l’extérieur
(en local ou plus éloigné). Leurs déjections sont souvent réutilisées dans la ferme pour fertiliser les
cultures.
Les agrosystèmes d’élevages sont souvent présentés comme moins performants que les agrosystèmes
de culture. En termes de production d’énergie, les productions végétales et notamment les céréales
sont indéniablement plus efficaces que l’élevage, mais l’élevage offre avant tout pour l’intérêt de la
production de protéines à haute valeur nutritionnelle, aussi essentielles à une nutrition équilibrée que
les apports en énergie, ainsi que la capacité de valorisation de ressources végétales non consommables
par l’Homme.
Selon les systèmes, les besoins en matériel et bâtiment sont plus ou moins importants. On compte par
exemple : le logement des animaux, les stocks de nourriture, la transformation / traite dans le cas du
lait, mais aussi le matériel de culture, de soins aux animaux …
Ces bâtiments et matériels nécessitent des apports en eau, électricité, carburants, qui viennent
majoritairement de l’extérieur de l’agrosystème.
2. Exploitant et intrant
Une des particularités des agrosystèmes, par rapport à un écosystème naturel, est qu’il est modifié et
contrôlé (de façon plus ou moins importante selon les cas) par l’homme.
Les hommes impliqués sont éleveurs, cultivateurs, etc., et fournissent un travail. Les interventions
qu’ils réalisent dans l’agrosystème ont pour objectif de produire de la biomasse (végétale ou animale),
soit pour produire de la nourriture, ou bien de l’énergie (des agrocarburants par exemple), de la
matière première pour l’industrie, etc. Ces hommes participants au bon fonctionnement de
l’agrosystèmes sont donc appelés les exploitants. Ils peuvent être amener à utiliser des intrants.
Un intrant est élément apporté à un agrosystème pour augmenter sa productivité. Les autres intrants
sont les médicaments vétérinaires pour la santé des animaux et les produits phytosanitaires pour
augmenter la productivité des cultures : insecticides pour éliminer les insectes, herbicides pour lutter
contre les plantes indésirables, fongicides pour se débarrasser des champignons parasites, etc. L’eau
d’irrigation des cultures et celle apportée aux animaux constituent également des intrants d’un
agrosystème.
3. Terroir
Le comté est un produit de « terroir ». Sa production se fait sur un territoire délimité de l'Est de la
France, à partir du lait de vaches de race locale, selon un cahier des charges précis. Fromage fabriqué
sur un territoire délimité, il bénéficie d’une Appellation d’origine protégée (AOP). Elle garantit que
son élaboration respecte un cahier des charges très précis. Plus de 50 000 tonnes de comté sont
produites chaque année avec, à la clé, l’emploi de 7 600 personnes.
Le comté est élaboré à partir de lait de vaches de race Montbéliarde.
Les animaux pâturent sur des prairies d’altitudes riches d’une flore typique qui s’explique par la
géologie et le climat local. Cela donne à leur lait un goût caractéristique et permet d’entretenir les
paysages locaux.
4. Flux de matière et d’énergie (schéma)
Les apports d’azote, nécessaires à la croissance de la plante, peuvent provenir de l’azote
atmosphérique (capté par exemple par les légumineuses), mais il peut également venir des apports
d’engrais. Les engrais sont également nécessaires pour apporter certains minéraux qui s’épuiseraient
autrement dans le sol à force d’exporter sa production. Les engrais peuvent être minéraux («
chimiques ») ou bien organiques (fumiers, composts, etc.). Si l’on compare aux animaux d’élevage, ils
sont à la plante ce que l’alimentation est aux animaux.
Les pesticides, comme les insecticides, fongicides ou les herbicides, servent à protéger les cultures des
agressions des ravageurs et de la concurrence des adventices. Ce sont l’équivalent des médicaments
pour les animaux : ils sont à utiliser, idéalement, une fois constaté que les moyens agronomiques
préventifs qui permettent d’éviter l’usage des pesticides, ne suffisent pas. L’agrosystème nécessite
également, en plus de l’énergie solaire, d’autres formes d’énergie comme l’énergie fossile et le travail
humain, pour réaliser les étapes de travail du sol, semis, récolte, etc.
Conclusion :
Un agrosystème est donc un écosystème particulier, créé par l'être humain et exploité pour obtenir de
la biomasse. Comme tout écosystème, un agrosystème présente des flux de matière et d'énergie.
Il y a différents types d’agrosystèmes, notamment de culture et d’élevage comme vu précédemment.
Un agrosystème fonctionne grâce à des exploitants et à des intrants, qui permettent d’augmenter la
productivité.
La majeure partie de la biomasse produite sort de l'agrosystème. Par conséquent, au fil du temps le sol
d'un agrosystème s'appauvrit obligatoirement en matière minérale : les agrosystèmes sont donc des
écosystèmes déséquilibrés. Mais ce déséquilibrage est compensé par l’apport d’intrants dans le sol.
Enfin, la rencontre entre les conditions naturelles, l'Homme et sa culture définit un terroir. Il peut être
reconnu et protégé par des indicateurs géographiques comme les AOC et AOP.