Support de cours de l’unité U.F. 2.
1 (Master 1 – HSST, IHS-Université Batna 2) -
Analyse des risques par la
méthode Arbre
d’Evènements
Abréviations
AdE Arbre d’Evènements
EI Evènement initiateur
Ei Evènement générique ou intermédiaire
Si Séquence ou branche d’un AdE
Cqm Conséquence d’un AdE
1. Introduction
La méthode Arbre d’Evènements1 (AdE) est l’une des méthodes combinatoires et
arborescentes d’analyse des risques. Cette méthode, dont son développement remonte aux
début des années 70, est appelée également arbre2 de décision ou arbre de conséquences.
L’AdE est connue également en tant que méthode quantitative et inductive. C’est une
méthode qui s’attache à l’analyse des scénarios d’accidents3 à partir d’un évènement de
départ dénommé « évènement initiateur ».
Ce qui est important à retenir sur l’AdE est qu’habituellement, cet arbre est construit
horizontalement de gauche (évènement initiateur) à droite (conséquences). L’évènement
initiateur (EI) et les éventuelles conséquences sont liés par des évènements dits « génériques »
ou « intermédiaires ».
A partir de ce triptyque (EI, évènements génériques et conséquences) qu’un AdE peut être
élaboré en respectant une méthodologie qui fera l’objet de la section suivante.
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Event Tree, en anglais.
2
Dans la suite de ce document, nous retenons l’appellation AdE.
3
Il est important de distinguer l’AdE (Arbre d’Evènements) de l’AdD (Arbre de Défaillances) et l’AdC (Arbre
de Causes) qui s’intéressent également à l’étude des scénarios d’accidents.
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2. Méthodologie d’élaboration de l’AdE
Notons que l’AdE s’intéresse à l’analyse des risques d’un système donné.
Conséquemment et à partir d’un EI, l’AdE s’attache à identifier le comportement des
composants du système étudié (ou de ses fonctions de sécurité) pour en déduire les
éventuelles conséquences. Autrement-dit, un AdE est relatif à l’EI retenu.
L’élaboration de l’AdE s’effectue en six étapes :
i. Identification4 de l’EI (libellé de l’évènement initiateur ainsi que sa fréquence
d’occurrence). Signalons que l’identification des EI nécessite le recours à des
méthodes macroscopiques d’analyse des risques telle que l’Analyse Préliminaire des
Risques ;
ii. Identification et ordonnancement des évènements intermédiaires5 de l’AdE.
L’identification systématique de ces évènements nécessite également l’usage des
méthodes d’analyse des risques bien connues telles que DBF, AMDEC ou
HAZOP (voir des exemples d’application dans la partie TD, en présentiel) ;
iii. Construction de l’AdE sous forme de séquences d’évènements où chaque séquence6
est une conjonction des occurrences de l’EI et des évènements intermédiaires7 qui la
compose.
Il est important de rappeler que si les évènements intermédiaires sont gouvernés par
un comportement binaire (succès ou échec), le nombre total des séquences est égal à
2n (n étant le nombre d’évènements intermédiaires).
L’expression d’une séquence, Si, d’un AdE est la suivante :
Si = EI ∩ E1 ∩ E2 ∩ … ∩ EK (1)
Avec : Ej (j = 1 .. k) est un évènement générique (ou intermédiaire) et k = 2n ;
iv. Estimation des probabilités de chaque branche (ou séquence) :
Prob(Si) = Prob(EI) x Prob(E1) x … x Prob(Ek) = Prob(EI). ∏ (2)
v. Identification des conséquences8 associées aux différentes branches de l’AdE :
Cqm = Sp ∪ … ∪ Sq (3)
vi. Estimation des probabilités des conséquences de l’AdE :
4
Il est à rappeler que si l’analyse des risques fait ressortir autant d’évènements initiateurs, il faut choisir un EI
pour construire un AdE.
5
Rappelons que ces évènements intermédiaires peuvent correspondre aux composants d’un système ou bien à
ses fonctions de sécurité.
6
Chaque séquence (ou branche) conduit, dans l’AdE, à une conséquence qui peut être acceptable ou non selon
l’architecture du fonctionnement du système (ou de la répartition des barrières de sécurité).
7
A noter que chaque évènement intermédiaire retenu est analysé, dans l’AdE, sous forme du succès (branche
supérieure ↑) ou d’échec (branche inférieure↓).
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Chaque conséquence est une combinaison des séquences (ou branches) de l’AdE.
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Prob(Cqm) = ∑ (4)
La figure suivante illustre le formalisme graphique d’un AdE.
Figure 1 – Exemple d’un AdE
3. Exploitation de l’AdE construit à des fins de prise de décision
Une fois l’AdE est construit, trois exploitations de l’arbre obtenu sont possibles :
- Une première exploitation, qualifiée de qualitative, permet de réduire si c’est
possible l’AdE obtenu ;
- Une deuxième exploitation, qualifiée de quantitative, permet d’utiliser l’AdE pour
vérifier si les objectifs fixés quant au bon fonctionnement du système sont atteints
ou nom ;
- La dernière exploitation possible de l’AdE est son éventuelle combinaison avec
l’AdD pour élaborer un nœud-papillon (NP).
4. Conclusion
L’AdE est une méthode largement utilisée pour l’analyse des risques (scénarios
d’accidents) dans les systèmes industriels. C’est une méthode simple à déployer et la
quantification probabiliste des séquences et des conséquences étant très simple.
La robustesse de l’analyse des risques par AdE dépend de la finesse d’identification et
d’ordonnancement des évènements intermédiaires ainsi que de la disponibilité des données
probabilistes relatives à ces évènements.
Les avantages de la méthode AdE sont multiples. Citons à titre de rappel les plus importants :
- dans le cas où les évènements génériques correspondent aux barrières9 de sécurité,
l’AdE permet d’analyser et de comparer l’efficacité de ces barrières pour réduire
l’impact d’occurrence de l’EI,
9
Ces barrières peuvent être : techniques, humaines (interventions humaines) ou organisationnelles
(procédurales).
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- l’AdE permet d’étudier l’influence d’un évènement générique, en faisant varier sa
probabilité, quant à l’occurrence d’une conséquence,
- son couplage avec l’AdD permet de répartir les barrières de prévention et de
protection sur le nœud-papillon,
- En HSST, l’AdE fait partie des méthodes d’investigation des accidents de travail où
des modèles l’utilise comme support de base.
Comme toute méthode d’analyse des risques, l’AdE n’est pas épargner d’un certain nombre
de limites :
- l’explosion combinatoire du nombre de séquences de l’AdE. D’où l’impossibilité
d’étudier des cas où le nombre des évènements génériques est important. Ppar
exemple, pour seulement six évènements génériques, l’élaboration de l’AdE conduit
à construire 26 = 64 séquences ou branches !!!,
- malgré que l’AdE s’attache à identifier l’évènement générique (ou intermédiaire)
aggravant une conséquence de l’AdE, il n’est pas en mesure de prendre en charge
l’éventuel réparation de la défaillance associée à cet évènement. En d’autres termes,
l’AdE est une méthode qui se limite à l’analyse des risques dans les systèmes
industriels dits non-réparables,
- l’AdE s’attache à l’analyse des risques dans des Systèmes à Evènements Discrets
(SED). En effet, les évènements génériques retenus sont qualifiés de ponctuels dans
le temps. Cette restriction permet d’approcher l’analyse des risques dans les
systèmes dits dynamiques continus.
Notons enfin que, comme toute méthode d’analyse des risques, l’AdE a fait également l’objet
d’une norme internationale : CEI 62502 intitulée « Techniques d’analyse de la SdF, analyse
par arbre d’évènements ».
Principales références bibliographiques
- Iddir O., (2012), L’arbre des évènements : une méthode d’analyse des risques.
Techniques de l’Ingénieur-France. Réf. 0536.
URL : [Link]
repondre-aux-exigences-reglementaires-dt27/l-arbre-d-evenements-une-methode-d-analyse-de-
risques-0536/
- INERIS, (2006), Méthodes d'analyse des risques générés par une installation
industrielle. Série OMEGA 7. Document INERIS-France, 2006.
URL : [Link]
- Mortureux Y., (2016), Fondamentaux de l’analyse de risque : Regard fiabiliste sur la
sécurité industrielle. Editions FONCSI-France.
URL : [Link] › rgd_2016-02_fiabiliste
- VILLEMEUR A., (1988), Sûreté de fonctionnement des systèmes industriels,
Editions Eyrolles-France.