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Fondouks de Marrakech: Patrimoine et Tourisme

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Hespéris-Tamuda LIV (1) (2019): 285-303 285

Les fondouks d’artisanat de Marrakech: de l’immatérialité


du patrimoine à sa mise en scène touristique

Nour Eddine Nachouane (UCA de Marrakech)


et Aicha Knidiri (Unesco, Rabat)

Introduction
Actuellement, la relation entre patrimoine et tourisme s’impose davantage
comme un outil de développement économique local. En transformant la ressource
patrimoniale en un produit touristique de consommation, les actions publiques
espèrent accroître les flux de visiteurs et par la suite un enrichissement économique
et un renforcement de la dimension culturelle du territoire. Pourtant, ces ressources
culturelles et patrimoniales sont aujourd’hui confrontées à des défis majeurs liés aux
dynamiques et logiques des différents acteurs et qui peuvent engendrer des effets
pervers.1
Marrakech, première destination touristique dans le pays, doit beaucoup
à sa médina, qui, grâce à ses différentes composantes aussi bien matérielles
qu’immatérielles, a acquis une valeur universelle exceptionnelle couronnée par un
double classement: patrimoine mondial en 1985 et patrimoine culturel immatériel de
l’humanité en 2003.2
L’attractivité de cette médina n’est pas due seulement aux monuments et
sites historiques, mais aussi à son tissu socio-économique original représenté dans
le dynamisme de son artisanat qui s’affiche parmi les principales motivations des
touristes. La ville compte environ 15 000 artisans, dans différentes branches: tissage,
maroquinerie, ferronnerie d’art, etc.3 Les artisans de Marrakech assurent la continuité
d’un patrimoine séculaire et font vivre tout le centre historique de la ville, sans pour
autant bénéficier des retombées touristiques.
Le gouvernement marocain dans le cadre de l’Initiative Nationale de
Développement Humain4 (INDH) a mis en œuvre un projet de réhabilitation des
anciens fondouks d’artisanat souvent occultés derrière les façades des commerçants
dans le but de créer une dynamique de développement, favoriser une commercialisation
directe, valoriser les savoir-faire et maintenir les métiers en voie de disparition.

1. Ouidad Tebbaa et Said Boujrouf (dir.), Tourisme et pauvreté, coll. Agence universitaire de la francophonie
(Paris: Édition des archives contemporains, 2011), 126.
2. Ouidad Tebbaa, “Patrimoine, patrimonialisation et développement touristique: le cas de Marrakech,”
Hespéris-Tamuda, XLV (2010): 55-66.
3. Chiffres fournis par la direction régionale de l’artisanat de Marrakech, 2016.
4. L’Initiative Nationale pour le Développement Humain, lancée le 18 mai 2005, vise la lutte contre la pauvreté,
la précarité et l’exclusion sociale à travers la réalisation de projets d’appui aux infrastructures de base, projets
de formation et de renforcement de capacités, d’animation sociale, culturelle et sportive ainsi que la promotion
d’activités génératrices de revenus et d’emplois.

Journal Indexed in Emerging Sources Citation Index (Web of Science)


Covered in Clarivate Analytics products and services, ISSN: 0018-1005
286 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

Qu’en est-il donc dans les faits? Comment réagissent les différentes catégories des
artisans par rapport à ce processus de patrimonialisation? Quelles transformations
engendre-t-il sur les techniques et les savoir-faire locaux? Ces projets affectent-ils
les fonctions, les usages ou encore la morphologie urbaine?
L’étude des transformations induites par les actions publiques en matière de
valorisation touristique des métiers traditionnels dans les médinas notamment les
espaces de production artisanale comme les anciens fondouks et la pluralité des
logiques d’acteurs, nécessitent des enquêtes quantitatives par le biais de questionnaires
auprès des artisans, et des enquêtes qualitatives qui privilégient l’entretien semi-
directif, autorisant une expression plus libre, auprès des institutionnels et les acteurs
privés. Cette démarche doit être fondée également sur l’observation, sur des relevés
de terrain et sur l’exploitation analytique des sources secondaires.
La méthode expérimentale est plutôt micro-sociale, celle des acteurs pris
individuellement afin d’analyser leurs comportements, leurs perceptions et leurs
appréciations sur les actions entreprises, l’impact direct ou indirect sur leur activité et
son évolution. C’est une analyse basée essentiellement sur les maâlems exerçant au
sein de ces fondouks réhabilités dans des activités d’artisanat d’art et de production5
et ayant une expérience de plus de 20 ans.
Le Patrimoine entre l’identité culturelle et la ressource touristique
En accord avec la convention de 2003, l’UNESCO définit le patrimoine
immatériel comme suit: “on entend par patrimoine culturel immatériel les pratiques,
représentations, expressions, connaissances et savoir-faire –ainsi que les instruments,
objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés– que les communautés,
les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de
leur patrimoine culturel. Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération
en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction
de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un
sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la
diversité culturelle et la créativité humaine. Aux fins de la présente convention, seul
sera pris en considération le patrimoine culturel immatériel conforme aux instruments
internationaux existants relatifs aux droits de l’homme, ainsi qu’à l’exigence du
respect mutuel entre communautés, groupes et individus, et d’un développement
durable.”6

5. Selon la vision et la stratégie de secteur de l’artisanat de 2005-2015, les activités de l’artisanat marocain sont
regroupées en deux sous-secteurs distincts:
Le sous-secteur de l’artisanat d’art et de production qui peut être segmenté en:
Artisanat à fort contenu culturel qui concerne les produits et services issus du patrimoine marocain, regroupés
dans cinq filières principales: 1-Décoration, 2-Ameublement, 3-Bijouterie, 4-Habillement/Accessoires, 5-Bâtiment.
Artisanat utilitaire: chaussures artisanales, meubles modernes (bibliothèque, tables, chaises, etc.) faits mains... ;
Le sous-secteur de l’artisanat de service qui concerne les activités de coiffure, peinture, réparation de voitures,
plomberie, tôlerie...
6. Texte tiré de la Convention pour la Sauvegarde du Patrimoine Immatériel 2003.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 287

À cet égard, les savoir-faire peuvent être considérés comme un patrimoine


immatériel par excellence. En même temps, ils recèlent une dimension tangible,
constituée par le produit manufacturé, les outils utilisés ou encore les ateliers et
les espaces de production dont l’installation peut contribuer à une configuration
territoriale et spatiale originale. Aspects matériels et immatériels se croisent donc,
pour donner vie à un seul phénomène patrimonial.
Le patrimoine matériel ou immatériel est considéré aujourd’hui comme une
ressource touristique et évalué comme un facteur de développement. Ainsi, comme
l’a noté Barthélemy et al,7 le patrimoine est entre deux logiques différentes, mais qui
sont tout de même compatibles. La première est la logique de l’identité, à travers
des processus de perception sociale. La deuxième est la logique du marché, c’est-à-
dire une perception du patrimoine d’un point de vue de la rentabilité économique.
Il s’agit d’une nouvelle vision du patrimoine qui répond à la demande de la société
de consommation actuelle. Toutefois, cette nouvelle conception est également une
source de risques considérables notamment lorsqu’il y a une dissociation des valeurs
économiques et des valeurs symboliques.
En effet, la transversalité du patrimoine culturel engendre de nouveaux défis
quant à sa gestion. La protection et la conservation ne suffisent plus, on envisage
maintenant une gestion plus globale. Le tourisme, comme une industrie orientée
vers le gain matériel, intègre sa propre logique et son organisation particulière,
alors que la conservation vise à assurer un gain social en assurant la continuité.
Le processus de patrimonialisation et de valorisation touristique permet de donner
une nouvelle dimension aux métiers traditionnels notamment ceux exercés dans
les anciennes médinas.8 Ils présentent une évolution dynamique, marquée par la
tradition et la créativité. De par leur immatérialité, ces métiers s’identifient à leur
territoire et possèdent leur propre histoire. Ils se perpétuent également dans un
contexte social formé par une communauté qui maintient les conditions favorables
à leur transmission, cependant le développement touristique non planifié et la
patrimonialisation par le haut peut se révéler une source de conflit.
Dans le cas de notre recherche, les artisans des fondouks sont un exemple
révélateur qui permet l’analyse des enjeux de développement touristique dans une
ancienne médina comme Marrakech et la mise en miroir de deux périodes bien
distinctes: celles d’avant et après l’intervention de l’état à travers les projets de
réhabilitation des fondouks, et mesurer par la suite l’impact sur les bénéficiaires.

7. Denis Barthelemy, Martino Nieddu et Franck-Dominique Vivien, “Économie patrimoniale, identité et


marché,” in Réinventer le patrimoine: de la culture à l’économie, une nouvelle pensée du patrimoine?, éd. Barrère
Christian, Barthélemy Denis, Nieddu Martino, Vivien Franck.-Dominique (Paris: L’Harmattan, 2004), 141.
8. Anne-Claire Kurzac Souali, “Intentions, représentations et patrimonialisation plurielle des médinas
marocaines,” Hespéris-Tamuda, XLV (2010): 89-117, 115.
288 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

Les fondouks de Marrakech: l’histoire d’une décadence


Le mot arabe funduq, correspond à khan, wakala ou encore caravansérail, est au
Proche et Moyen-Orient ainsi qu’au Maghreb, un lieu où les caravanes de marchands
font halte. Le plus ancien de ces termes est funduq, on le trouve dans l’épigraphie à
partir du début du Xème siècle.9 L’origine dériverait du mot grec pandokeion, même
si Cl. Cahen affirme: “Ce mot ne peut absolument être ni grec ni latin et le plus
vraisemblable est qu’il dérive lui-même de l’arabe fondouk.”10 Selon Ibn mandur, le
mot funduq avait le même sens que le khan; c’est un endroit situé sur les itinéraires
ou dans les villes pour héberger les voyageurs.11
Le mot khan, d’origine persane, est très fréquent dans les inscriptions d’Égypte
aux XIIIème et XIVème siècles.12 Wakala apparaît dans une inscription de Tripoli datée
de 1330 citant un khan connu autrefois sous le nom de dar al-wakala qui signifie lieu
de dépôt ou de confiance13. On rencontre également le mot caravansérail. L’origine
de ce mot vient du perse Karouan (caravane) et Sardi, le premier signifiant troupe de
voyageurs et le deuxième maison.14
Le terme funduk a donné origine également à Alhóndiga en Espagne musulmane,
dont la racine arabe est nettement établie à travers le nom Alfondig a figuré dans un
document du XIème siècle.15
Ces variations de vocables soulignent seulement une évolution dans la
terminologie et non pas “un changement dans la réalité fonctionnelle et architecturale
de ces édifices.”16
Il s’agit d’une bâtisse caractérisée par une architecture organisée autour d’une
cour sur le pourtour de laquelle se regroupent des pièces. Construit généralement
sur un ou deux étages, le fondouk accueillait traditionnellement au rez-de-chaussée
des entrepôts de marchandises et les animaux et dans les étages des hébergements
pour les commerçants de passage. Les fondouks sont positionnés toujours le long
des grandes artères ou à proximité des portes de la ville afin de faciliter les flux de
marchandises. Ce type de construction a persisté et s’est répandu dans tout l’Orient
où l’on retrouve le même schéma quasiment identique d’Iran jusqu’au Maghreb.

9. A. Raymond et G. Wiet, Les marchés du Caire, Traduction annotée du texte de Maqrizi, (Le Caire: IFAO,
1979), 2.
10. Claude Cahen, À propos du fondouk, Studia islamica, fasc. LXV, (1987), 166.
Ibn Mandūr, lisān al ʿrab, (Beyrouth, éd Dār Sādir, 1956) ‫ ﻣﺎﺩﺓ ﻓﻨﺪﻕ‬،‫ ﻟﺴﺎﻥ ﺍﻟﻌﺮﺏ‬:‫ ﺍﺑﻦ ﻣﻨﻈﻮﺭ‬.11
‫ﹸﻮﻥ ﹺﰲ ﺍﻟ ﱡ‬ ‫ﹺ‬ ‫ﹺ‬ ‫ﹺ‬ ‫ﹺ ﹺ‬ ‫ﹺ‬ ‫ﹺ‬
“.‫ﻄ ﹸﺮﻕ ﻭﺍ ﹶﳌﺪﹶ ﺍﺋﻦ‬ ‫ﺍﳋﹶﺎﻧﹶﺎﺕ ﺍ ﱠﻟﺘﻲ ﹶﻳﻨ ﹺﹾﺰ ﹸﳍﹶﺎ ﺍﻟﻨ ﹸ‬
‫ﱠﺎﺱ ﳑﱠﺎ ﹶﻳﻜ ﹸ‬ ‫ﺎﻥ ﻣ ﹾﻦ ﹶﻫﺬﻩ ﹾ‬ ‫ﹾﺪﻕ ﺑﹺ ﹸﻠﻐﹶﺔ ﹶﺃﻫﻞ ﱠ‬
‫ﺍﻟﺸﺎ ﹺﻡ ﹶﺧ ﹲ‬ ‫” ﹸﻓﻨﹾﺪﻕ ﻭﺍﻟ ﹸﻔﻨ ﹸ‬
12. André Raymond, G. Wiet, Les marchés du Caire., 5.
13. Ibid.
14. Dans le Dictionnaire de l’Académie Française, sur Centre national de ressources textuelles et lexicales,
https://bit.ly/2TaUjPW.
15. Leopoldo Torres Balbás, “Las alhóndigas hispanomusulmanas y el Corral del Carbón de Granada,” Al-
Andalus, XI, 446-80, (1946), 448.
16. A. Raymond, Artisans et commerçants au Caire au XVIIIème siècle I, (Damas: IFEAD, 1973), 251.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 289

Fig. 1: El corral del carbón, Grenade


Espagne (Cliché de l’auteur, 2017).

Fig. 2: Fondouk al-ʿamrī, Marrakech,


Maroc (Cliché de l’auteur, 2016).

Les fondouks de l’ancienne médina de Marrakech dont les origines remontent


à l’époque almoravide constituent un patrimoine historique et architectural de tout
premier ordre. Ils témoignent de la spécificité culturelle et urbanistique commune
à l’ensemble des pays méditerranéens. Ces édifices ont joué un rôle fondamental
dans la dynamique commerciale qu’a connue la ville au fil des siècles. Ils ont
rempli plusieurs fonctions, hôtels, marchés et entrepôts, ils servaient de gîte pour
les voyageurs, mais aussi de lieux de production, d’échange et de communication.17
Wilbaux décrivant ces fondouks médiévaux: “C’est dans les fondouks
qu’arrivent les caravanes et les convois. Là où se passent les échanges et les
tractations commerciaux. Là que pendant la durée de leur séjour à Marrakech, les
commerçants vendront ou échangeront leurs marchandises contre d’autres produits
achetés au souk ou dans quelque autre fondouk. Il faut imaginer l’ambiance de ces
lieux. L’arrivée d’une caravane, les animaux déchargés, dromadaires baraqués au
milieu de la cour, les marchandises qui s’entassent en paquets à l’abri des galeries et
déjà les marchands qui s’affairent et déballent, palpent, discutent, alors qu’à l’étage

17. Mohamed El Faïz, Marrakech patrimoine en péril (Arles: Editions Actes sud/Eddif, 2002), 57.
290 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

les voyageurs se partagent des chambres, et s’organisent déjà les quelques jours
à passer dans la ville, cette ville tant attendue, cette ville rêvée, lieu de toutes les
richesses et de tous les plaisirs promis.”18
Les fondouks s’implantaient au cœur de la médina de Marrakech principalement
dans les quartiers commerçants tels que āswl et darb ḍabashī. Ils sont à proximité
des ateliers et des souks, facilitant ainsi l’acheminement des matières premières, des
produits agricoles et des articles finis. Ceux établis à côté des portes principalement
bāb al-khmīs, bāb dukkāla et bāb dbāgh, faisaient le plus souvent office de gîte pour
les voyageurs de passage, et servaient aussi d’entrepôt et d’écurie. Certains fondouks
étaient spécialisés dans les produits de consommation courante ou de luxe: on trouve
ainsi fondouk al-mlḥa (du sel), fondouk as-sukkar (du sucre), al-ḥinna (du henné), al-
ʿatriyya (des épices). D’autres abritaient des corporations professionnelles ʾanaqqāla
(les coursiers), des confréries religieuses tel que fondouk darqāwa, ou parfois des
communautés étrangères de la ville fondouk al-wārzāzī (les ouarzazis).19
Les fondouks ont connu leur splendeur sous le règne des almoravides et
des almohades puis des Saâdiens et certains souverains alaouites. Le statut de
Marrakech en tant que siège du pouvoir politique, intellectuel et économique leur
permettait de brasser une population riche et variée: pèlerins, étudiants, notables
et commerçants. Cependant, le développement de la ville et l’exode rural qui ont
marqué la période postcoloniale vont faire de ces lieux un espace privilégié des
couches défavorisées en raison de leur faible coût de location et de leur proximité
des activités artisanales. El Faïz,20 dans son livre Marrakech, patrimoine en péril,
a mis l’accent sur le phénomène de fondoukisation en expliquant que dans les
années 60, toute la morphologie socio-économique de la médina se transforme.
Les fondouks accueillent alors des habitants permanents dans des conditions de
précarité et d’insalubrité, et se sont progressivement transformés en habitats,
petits commerces ou ateliers d’artisanat.
Le surpeuplement et la densité engendrent une dégradation sous diverses
formes. Certains fondouks ont été laissés à l’abandon, d’autres ont fait l’objet
d’acquisition à titre privé tandis que d’autres ont conservé leur fonction d’atelier
regroupant divers secteurs d’activité: le textile, la maroquinerie, la dinanderie, la
menuiserie, l’alliage, la teinturerie, etc. C’est cette dernière catégorie qui intéresse
désormais notre recherche.
Selon les statistiques fournies par la wilaya de Marrakech, la médina de
Marrakech abrite au total 96 fondouks dont 79 propriétés des particuliers, d’une
Superficie totale de 4 hectares, dont 8 500 m² Habous et 33 500 m² privée.

18. Quentin Wilbaux, La Médina de Marrakech, (Paris: L’Harmattan, 2001).


19. Gaston Deverdun, Marrakech des origines à 1912 (Rabat, Éditions techniques nord-africaines, 1956), 248.
20. El Faïz, Marrakech, 62.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 291

Fondouks réservés uniquement pour habitat 22


Fondouks réservés uniquement pour l’artisanat 45
Fondouks mixtes (habitat et artisanat) 20
Fondouks (habitat et commerce) 7
Fondouks pour commerce 4
Tableau 1: Nature d’occupation ou d’activité dans les Fondouks
(Source: Division de l’action sociale-Préfecture de Marrakech, 2016).

Nombre de constructions et locaux au niveau des fondouks 3094


Habitat 949
Locaux en ruine 39
Locaux abandonnés 869
Ateliers d’artisanat 1692
Nombre d’artisans 4000
Commerces 240
Tableau 2: Nombre de constructions et locaux dans les Fondouks et nature d’occupation
(Source: Division de l’action sociale-Préfecture de Marrakech, 2016).

Artisanat et médina au regard des dynamiques touristiques et


patrimoniales…
Notre recherche s’inscrit dans l’idée que l’artisanat est un patrimoine immatériel
qui se manifeste en grande partie dans sa relation avec son territoire à savoir l’ancienne
médina qui par son zonage intelligent et depuis des siècles, favorise une répartition
rationnelle des activités et une complémentarité des métiers, une proximité, où les
uns apprennent des autres et où la filière de production, éclatée sur l’ensemble de
l’espace, permet de travailler à flux tendu. Il est par ce fait l’expression spatiale du
système économique et social de vie en commun.
Ouidad. Tebbaa met en évidence la relation dialogique entre le matériel et
l’immatériel dans les centres historiques en insistant sur la nécessité d’approcher le
patrimoine à travers non seulement son aspect tangible, mais surtout dans l’épaisseur
des relations sociales au sein de l’espace local. “Que signifie une médina, sans la
densité des relations qui s’y sont nouées au fil des siècles, sans sa mémoire et son
histoire, vivantes incarnées moins dans ses murs que dans ses habitants qui sont les
précieux dépositaires de ces pratiques ancestrales?”21
La médina de Marrakech trouve son expression dans ses activités traditionnelles,
El Faïz dans son livre sur le patrimoine de Marrakech insiste sur les liens étroits et

21. Tebbaa, “Patrimoine,” 55-66, 57.


292 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

intimes qui existent entre la médina et l’artisanat et surtout sur l’importance des
activités traditionnelles dans la création de l’originalité de la ville: “Si la médina
continue actuellement à être attractive pour le tourisme local et international, elle le
doit en grande partie à la richesse et à l’animation de ses places commerciales, mais
que seront ces souks sans la production artisanale et sans le travail de ces milliers
d’artisans et leurs familles?”22
L’artisanat est donc dans le flux et le reflux de la cité historique. Il est le garant de
son dynamisme et sa vitalité. L’artisanat n’est pas seulement une activité marchande,
il est aussi une composante sociale, culturelle et identitaire dans la sphère globale de
la médina historique: “Faire un tour dans les artères principales et les rues banales
intramuros, de repérer les ateliers artisanaux de production, de compter les fours à
pain, les bains maures, les fondouks artisanaux, de sentir l’embouteillage des ruelles
de la médina, de constater cette convergence féminine et masculine, porteuse de
produits fabriqués à livrer aux patrons artisans. La variété de la production et des
services artisanaux exposés, l’intensité du commerce artisanal pour se convaincre
que la main-d’œuvre employée dans l’artisanat dans cette médina est plus importante
que l’on ne croit et que ne le laissent entendre les chiffres officiels.”23
L’importance de l’artisanat dans la médina de Marrakech se voit également
dans le nombre non officiel des employés, tous ces petits métiers occultes. Plus
encore, toutes les activités qui ne sont pas intégrées dans la politique touristique du
pays et qui se trouvent souvent dans la marge.
Favorisée sans doute par sa condition de première destination touristique du
pays, Marrakech est la 3ème ville artisanale du Maroc avec 11.4 % du CA et 8,9 % de
l’emploi total du secteur. Elle représente le principal pôle exportateur du Royaume
avec plus de 50 % des ventes de produits artisanaux à l’étranger, l’artisanat joue un
rôle très important dans la vie économique et sociale de la population de cette ville.
Elle est génératrice de revenus et participe à la création d’emplois en faisant vivre
plus de 40.000 artisans.24
Marrakech est spécialisée dans les métiers du bâtiment traditionnel, vêtements
et bois, aussi bien en termes de CA que d’emploi. Marrakech a acquis une réputation
de renom en matière du bois et du tissage, mais aussi du métal, du cuivre, de la
pierre et l’argile. Elle se positionne très clairement dans un segment haut de gamme,
ce qui explique, en grande partie, la forte projection internationale de son activité
artisanale.
Malgré son importance et son rôle au sein de la société et de la production
nationale, le secteur de l’artisanat vit une situation de crise qui menace son existence.
L’artisan souffre toujours de cette image archaïque et rétrograde projetée sur son

22. El Faïz, Marrakech, 82.


23. Moulay Brahim Lagdim Soussi, “Les industries artisanales à Marrakech,” Revue de la FLSH de Marrakech,
15 (2000).
24. Panorama de l’artisanat, 10ème édition de l’observatoire national de l’artisanat, 2016.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 293

monde de production. La fragilité des entreprises face à la concurrence mondiale


laisse apparaître la nécessité de trouver les voies et les moyens pour rééquilibrer
cette situation en leur faveur.25
Les politiques uniformisantes à l’égard de l’artisanat et le centre historique ont
favorisé la croissance d’un tourisme de masse arbitraire qui a conduit à son tour à une
folklorisation des métiers par la production des clichés autour des artisans et leurs
techniques. Les gains issus de l’activité touristique bénéficient essentiellement à des
groupes particuliers, en premier lieu les divers prestataires de services touristiques.26
Dans ce sens, l’État a mis en place un ensemble de politiques visant le
développement du secteur de l’artisanat, la dernière tentative était baptisée la vision
201527 qui reposait sur un ensemble d’actions visant l’accompagnement des mono-
artisans par l’appui à leur production et par plusieurs programmes de formation
professionnelle dans plusieurs domaines de design, de qualité, etc. Elle avait aussi
comme objectif la création d’espaces de vente innovants dans les lieux générant
un flux maximal de touristes; nouvelle génération de village d’artisans dans les
stations du plan Azur et les destinations culturelles, des ateliers de finition, de vente
et d’animation dans les fondouks ou musées des médinas.28
Un autre levier de convergence entre le tourisme et l’artisanat est également
actionné à travers la création de circuits touristiques dédiés à l’artisanat dans les
principales destinations touristiques comme Fès, Marrakech et Ouarzazate. En même
temps la réhabilitation des espaces d’artisans comme les tanneries, les fondouks
abritant les ateliers d’artisanat. Cette démarche a un double objectif: apporter une
connotation culturelle à ces zones touristiques et permettre au secteur de l’artisanat
d’exploiter les opportunités offertes en matière de commercialisation des produits
artisanaux.29
Comment les fondouks sont-ils valorisés et quel est l’impact sur les
artisans?
Contexte et descriptif du projet de réhabilitation des fondouks d’artisanat de la
médina de Marrakech…
Les actions entreprises par l’État visant la mise en valeur du patrimoine artisanal
ont pris plusieurs formes. Une des plus importantes est celle inscrite dans les projets

25. Saïd Chikhaoui “Politiques publiques de l’artisanat, Esquisse d’un bilan,” in Cinquante ans de développement
humain au Maroc et perspectives pour 2025 (Dimensions Culturelles, Artistiques et Spirituelles) (Rabat: Royaume
du Maroc, 2006), 7-30, 25.
26. Mohamed Sebti, Youssef Courbag, Anne Claire Kurzac Souali, Gens de Marrakech, Géo-démographie de la
ville rouge, (Paris: les Editions de l’INED, 2009), 134.
27. Stratégie nationale pour le développement de l’artisanat lancée en 2007. Elle érige la création d’emplois
en priorité majeure. Elle ambitionne également l’augmentation du chiffre d’affaires du secteur, l’émergence d’un
tissu d’entreprises dynamiques, la multiplication du volume des exportations et des achats des touristes, ainsi que
l’amélioration et l’adaptation des aspects afférents à la gestion des entreprises.
28. Vision 2020, Stratégie de développement touristique (Rabat: Ministère du Tourisme, 2011).
29. Réseau Marocain des Anciennes Médinas “Remam,” Aménagement des espaces publics et circuits
touristiques dans les médinas, 2016.
294 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

de l’INDH qui s’est intéressée à la réhabilitation des fondouks dédiés à l’artisanat


dans le cadre de la vision 2015 pour la promotion de l’artisanat.
Cette action de réhabilitation des fondouks30 a été proposée dans un esprit de
redynamisation de l’artisanat traditionnel dans la médina de Marrakech. La conception
de la restauration a été pensée dans le respect des usages initiaux des fondouks ainsi
que le respect total des méthodes et moyens traditionnels de construction. Ce projet
avait comme ambition la valorisation sociale et commerciale du travail artisanal qui
serait dorénavant facilement accessible aux visiteurs, augmentant ainsi les revenus
des artisans et mettant en valeur les savoir-faire.

Nombre
Programme Nombre de Noms des
Quartier d’artisans
INDH foundouks foundouks
bénéficiaires
al-ʿyāshī
mawlāy ḥfīḍ bāb Dbāgh
2009 4 530
al-ḥāj ṭāhr jāmʿ al-fnā
al-khīriyya
as-sarsār
al-ʿamrī
kharbūsh
al-mīzān jāmʿ al-fnā
2732
al-warzāzī
2011 16 al-ḥbābī
ṣalāṣ
sīdī būdshīsh n°
bāb ghmāt
1,3,7,8 et 47
dwār grāwa n° 92,
bāb ghmāt
94, 95 et 97
ben Tebāʿ
2013 2 jāmʿ al-fnā 82
at-tadlāwī
Total 22 3344
Tableau 3: Opérations de réhabilitation des fondouks des artisans réalisées dans le cadre de l’INDH (Source:
Division de l’action sociale- Préfecture de Marrakech, 2016).

Résultats de l’enquête et discussion


De juillet à janvier 2016, nous avons mené une enquête de terrain dans les 22
fondouks réhabilités et examiné un échantillon aléatoire de 340 maîtres artisans
exerçant dans les métiers d’artisanat d’art et de production; travail du bois, ferronnerie
d’art, cuir, tissage, couture, etc. Notre recherche s’intéresse à des artisans ayant

30. L’opération de réhabilitation des fondouks de la médina dédiés aux métiers d’artisanat (2009-2015) a
intéressé 22 fondouks avec 3344 artisans bénéficiaires, Source: Division de l’action sociale Préfecture de Marrakech.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 295

une ancienneté de plus de 20 ans. L’objectif est d’avoir leurs perceptions sur les
dynamiques actuelles touristiques et patrimoniales, leurs opinions sur l’évolution de
leur activité après ce projet de restauration et les interroger sur les problématiques
de la transmission de leurs pratiques.
Nous avons procédé à une enquête en face à face. Cette méthode d’administration
du questionnaire permet un meilleur contrôle de la représentativité de l’échantillon
et la fiabilité des réponses. Afin de parvenir au mieux à répondre à nos objectifs,
nous avons choisi d’utiliser la méthode de l’entretien semi-directif. Les entretiens
nous permettent d’obtenir des informations riches et nuancées sur des sujets précis.
Les questions ouvertes facilitent l’expression de l’interlocuteur, tout en donnant un
cadre qui permet de le guider.31
Pour ce faire nous avons élaboré un questionnaire, traduit en arabe, préparé
une grille d’entretien comportant une série de questions qui abordent les principaux
axes de notre recherche. Le questionnaire renseigné à ce sujet a porté sur les thèmes
suivants: le parcours de l’artisan, sa perception sur le patrimoine et sur le tourisme,
l’impact de l’action de réhabilitation des fondouks sur l’activité en termes de revenus,
de qualité et d’innovation, et également sur la transmission des savoirs.
Après la phase de la collecte des données sur le terrain par questionnaire,
la deuxième phase qui suit se résume essentiellement dans deux opérations: la
première est le codage des données collectées, c’est-à-dire transformer les données
en chiffres qui peuvent faciliter leur manipulation analytique; la deuxième phase
consiste essentiellement à traiter des données recueillies pour en tirer les conclusions.
Pour cela, nous avons eu recours au logiciel d’enquêtes et d’analyse statistique
de données, Sphinx. Il nous a permis d’élaborer le questionnaire, d’analyser les
données selon une approche quantitative selon nos modalités et de créer des cartes
graphiques et les tableaux des valeurs calculées
Sur le terrain, l’observation nous a permis de nous arrêter sur l’état physique
des lieux, les transformations et les nouvelles fonctions des locaux ainsi que l’impact
de l’action de réhabilitation sur les conditions de travail et de vie des artisans.
En premier lieu, nous avons constaté que d’une totalité de 649 locaux nous
avons recensé 304 locaux fermés, ils servent d’entrepôt à des activités artisanales
et commerciales. 345 locaux ouverts et fonctionnels; 187 abritent des activités de
production artisanale et 131 sont actuellement transformés en petits commerces
touristiques notamment des produits d’artisanat. (Tableau 4)
Dans les fondouks enquêtés, nous avons interrogé 340 artisans. Les métiers
dominants sont principalement la maroquinerie, la menuiserie, le tissage, la
marqueterie et la couture. Il faut signaler tout de même la présence et la résistance
des derniers maâlems dans des métiers en voie de disparition tels que l’armurerie et

31. Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales (Paris: Dunod, 2006),
82.
296 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

la reliure (Tableau 5).

Fondouks enquêtés 22
Nombre total des locaux 649
Locaux fermés 304
Locaux ouverts 345
Ateliers d’artisanat 187
Commerces touristiques 131
Autres usages (alimentation, Cyber café, etc.) 27
Tableau 4: Nombre des locaux et nature d’activité
(Source: Enquête personnelle, 2016).

Métiers Nombre
Maroquiniers 89
Menuisiers 53
Tisserands 44
Marqueteurs 34
Couturiers 21
ciseleurs sur cuir 17
ciseleurs sur cuivre 14
Ferblantiers/Lanterniers 14
Babouchiers 12
Travailleurs de métal (frāgha) 11
Bijoutiers 6
Peintres sur bois 6
Ferronniers 6
Potiers 5
Fabricants de soufflets 4
Relieurs 2
Armuriers 1
Total 340
Tableau 5: nombre d’artisans et branches d’activités dans les fondouks
(Source Enquête personnelle, 2016)
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 297

Nous avons constaté également que les fondouks qui s’ouvrent sur les
itinéraires touristiques de la médina ont été visiblement affectés par u n phénomène
de “bazardisation.” L’orientation de ces locaux vers une demande touristique se
manifeste à travers l’exposition des articles souvenirs destinés à la consommation
touristique (cartes postales, porte-clés, etc.). Sur les murs de certains fondouks,
on peut apercevoir des tableaux de peinture, des panneaux proposant des circuits
touristiques ou des excursions à titre d’exemple: les fondouks situés au quartier dar
al bāshā, fondouk al-ʿamrī et fondouk al-mīzān.

Fig. 3: Fondouk al-mīzān, conquis


par le commerce touristique après la
réhabilitation (Cliché de l’auteur, 2017).

Fig. 4: Fondouk al-khīriyya, réhabilition


et retour à l’état de dégradation initiale
(Cliché de l’auteur, 2017).
298 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

Sur le plan physique, nous avons pu voir que 5 fondouks,32 faute d’entretien
et indifférence des usagers, sont revenus à un état de dégradation très avancée. Les
artisans jettent la responsabilité tantôt sur les responsables de la restauration et tantôt
sur leurs collègues voisins.
Nous avons constaté également que la mise en communication des sites est très
limitée, tout l’effort se résume dans la plupart des cas en un panneau indiquant le
nom du fondouk et parfois le cadre de l’opération, INDH, laissant un vide important
concernant les données historiques de ces lieux, alors qu’on pouvait bien s’appuyer
sur cet élément qui constitue un moyen d’interprétation très efficace. On cite à
titre d’exemple fondouk al-khīriyya qui était un ancien internat pour les étudiants
étrangers de la ville.
L’absence des indications signalétiques bloque les visites au rez-de-chaussée
dans les meilleures des cas. Les touristes ne savent pas si leur présence est tolérée par
les artisans. La visite des fondouks manque de visibilité dans un territoire touristique
offrant déjà aux visiteurs une offre abondante.
Quant à l’organisation des unités d’artisanat, 70 % des artisans enquêtés
travaillent pour leur propre compte. Ceux qui travaillent avec un associé affirment
que c’est un passage obligé pour devenir indépendant. 8 % travaillent pour Mʿalam
Chukkāra,33 un bailleur de fonds qui investit dans le domaine de l’artisanat sans avoir
aucun lien avec le métier, ils sont souvent des commerçants tenant un commerce dans
le grand souk de Marrakech. 35 % des artisans sont âgés de plus de 60 ans, l’artisanat
pour cette catégorie est pratiqué comme une “occupation” plutôt que comme une
activité rémunératrice. Leur revenu mensuel en général ne dépasse pas 500 dirhams.34
“Si je viens ici c’est pour ne pas rester à la maison, ici au moins je suis
bien entouré. On vient pour s’occuper, on peut plus compter sur les revenus de
l’artisanat pour vivre.”35
Nous avons posé des questions pour mesurer l’impact de la réhabilitation des
fondouks sur la production, la qualité et la créativité. Nous avons constaté que la
restauration du bâti n’a pas participé aux changements souhaités. La production est
restée donc condamnée aux aléas du marché et la majorité écrasante des artisans
reste dans une logique de survie.
“C’est le souk qui détermine ma production, je fais ce qui se vend. Pour
pouvoir vendre et vivre, il faut faire ce que font les autres…”36
L’accessibilité à la technologie moderne pour la production ou encore la
commercialisation est aussi très réduite, presque 50 % des artisanats font recours

32. Fondouk al-ʿyāshī, Fondouk al-khīriyya, Fondouk al-hāj Tāhr, Fondouk ṣalās, Fondouk al-hbābī.
33. Le bailleur de fonds est un personnage tellement fréquent dans l’activité artisanale qu’il porte l’appellation
péjorative de “Mʿalam Chukkāra” qu’on peut traduire littéralement ainsi maître portefeuille.
34. 500,00 MAD = 49,72 USD.
35. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan ʿabd Raḥmān, 68 ans, babouchier au fondouk ṣalās.
36. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Tuhāmi, 44 ans, babouchier, Fondouk al-ʿyāshī.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 299

aux bazaristes pour vendre leurs produits.


“Il n’y a que les bazars pour écouler ma marchandise, je le fais avec
beaucoup de peine, on ne valorise pas notre effort ni la qualité de notre travail.
Nous souffrons d’une concurrence déloyale… des parasites et des faux maîtres
artisans.”37
La seule promotion qui existe jusqu’aujourd’hui est la manière traditionnelle
en sollicitant directement les grands bazars de la médina. Selon les artisans, cette
manière de commercialiser leurs produits touche à la dignité et banalise leurs efforts.
“Je n’ai ni les moyens ni le temps pour promouvoir mes produits par
internet ou à travers des expositions, ici ou à l’étranger, le bazariste est mon
seul et unique recours…”38
La majorité écrasante des artisans affirme qu’ils sont au seuil de la pauvreté et
80 % estiment que l’activité artisanale n’est pas rentable.
“On est doublement exploité… nous sommes écrasés entre une matière
première de plus en plus chère et des intermédiaires qui profitent de notre
situation…”39
91 % des artisans des fondouks n’ont pas d’engagement associatif, pourtant
nous avons trouvé que dans tous les fondouks enquêtés, un local ou une enseigne
qui indique la présence d’une association, mais la majorité reste inactive. Cela
est dû à notre avis à une culture traditionnelle qui ne voit pas l’intérêt de ce genre
d’appartenance et aussi à un manque de confiance en ces instances.
“L’associatif! C’est du baratin, les artisans sont pénibles, ils ne se mettent
jamais d’accord.”40
L’emplacement des fondouks d’artisanat sur les circuits touristiques habituels
ou leur éloignement de ces derniers joue toujours un rôle essentiel dans les rapports
entre les visiteurs et les artisans. Une conclusion qui peut être générale: l’absence
d’une vision claire sur les objectifs de la visite touristique souhaitée laisse apparaître
des malentendus pesants qui influencent la confrontation touristes-artisans et qui
génèrent donc des comportements indésirables: mendicité, effet de zoo, etc.
“La réhabilitation des fondouks a joué un rôle important par rapport à leur
visibilité, néanmoins le touriste est attiré plus par le cadre architectural que par
les ateliers d’artisanat. Il découvre la présence des artisans après avoir accédé
au monument, s’il y accède…”41

37. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Brāhīm, 36 ans, menuisier, Fondouk al-hāj Tāhr.
38. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan My Aḥmad, 48 ans, ciseleur sur cuivre, Fondouk al-
khīriyya.
39. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Kharbībī, 49 ans, Menuisier, Fondouk al-mīzān.
40. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Fattāh, 46 ans, Peintre sur bois, Fondouk mawlāy hfīd.
41. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Hasan, 45 ans, Ciseleur sur bois, Fondouk al- ḥāj ṭāhr.
300 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

Les avis sont partagés, entre ceux qui voient que l’ouverture des fondouks
sur le tourisme est une opportunité qu’il faut saisir et d’autres qui se voient privés
d’un espace qui, autrefois, assurait une certaine intimité. 75 % trouvent que la
confrontation des touristes et des artisans des fondouks est loin d’être positive.
“Avant on travaille dans nos ateliers, maintenant on est exposé aux
appareils photo sans intérêt! Les touristes ne sont même pas informés sur notre
travail.” “Les touristes viennent pour prendre des photos, la qualité des touristes
n’est plus la même ces dernières années, ils s’intéressent plus au bâti qu’à ce
qu’on fait. Certains apprentis profitent de l’occasion pour demander des
choses aux touristes, le prix d’une photo par exemple ce qui est désolant… je
trouve!” 42
En revanche, les artisans sont unanimes que le cadre est plus propre et que
leur image est nettement améliorée dans les édifices réhabilités, “C’est une grande
différence entre hier et aujourd’hui, maintenant on travaille dans un cadre propre et
accueillant, avant c’était moche…”43
En somme, on peut conclure que l’impact de cette opération reste relativement flou
par rapport aux attentes des bénéficiaires. Tant qu’il n’y a pas une commercialisation
directe, la façon de produire et de vendre n’a pas changé et les revenus restent stables.
L’innovation se nourrit de la demande, de la commercialisation et de la capacité
d’approvisionnement. Dans l’absence de ces éléments, l’artisanat produit ce qui peut
s’écouler facilement, à bas prix et d’une qualité très moyenne.
Parler d’un patrimoine vivant nous mène à évoquer la question épineuse de sa
transmission. Interrogés sur la possibilité de léguer leur savoir-faire à leurs enfants
comme autrefois, 78 % ont répondu négativement.
“Notre activité n’a pas d’avenir, je veux que mes enfants fassent des
études que je n’ai pas pu faire, je ne les laisse pas venir à l’atelier, même s’ils
ont envie d’apprendre.”44
Notre enquête montre que les artisans des fondouks font face à de multiples
difficultés: des problèmes liés à la commercialisation et l’approvisionnement, les
revenus sont réduits à cause de la multiplicité des intermédiaires et le coût élevé de
la matière première. La demande est de plus en plus faible ou irrégulière en raison
de la concurrence des produits moins chers et répondant bien aux besoins locaux.
Les artisans évoquent nostalgiquement le temps d’al-muḥtasib et les Umanāʾ.45

42. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan ʿabd Slām, 53 ans, travailleur de cuivre Fondouk sīdī
Būdshīsh.
43. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Ahmed, 49 ans, Menuisier, Fondouk al-ʿamrī.
36
Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan Ahmed, 49 ans, Ferblantier, Fondouk al-ḥāj ṭāhr.
44. Extrait d’un entretien réalisé avec un maître artisan My Ahmed, 48 ans, ciseleur sur cuivre, Fondouk al-
khīriyya
45. Al-amīn est un ancien artisan qui représente sa branche d’activité, il est désigné par les artisans de la même
branche d’activité artisanale. Al-muḥtasib (ou lmetḥesseb) est une personne nommée par dahir pour la gestion des
affaires des artisans. Hanṭa est un groupement d’artisans qui s’adonnent à une même branche d’activité.
Les fondouks d’artisanat de Marrakech 301

Aujourd’hui, le secteur est ouvert sans barrières à l’entrée et aucun niveau


d’instruction n’est exigé. L’activité est irrégulière, voire saisonnière, et l’offre
dépasse souvent la demande, ce qui engendre des baisses de prix, ajoutons à cela un
manque flagrant en matière de formation.
Conclusion
En guise de recommandations, nous reprenons quelques idées développées par
les artisans notamment en matière de valorisation touristique et de production. Ils
insistent sur l’intégration des fondouks d’artisans au tissu continu de la Médina,
par leur insertion dans les guides touristiques en tant que lieux ayant une valeur
patrimoniale – tangible et intangible – exceptionnelle. Une communication plus
structurée et efficace permettrait de sensibiliser le public à la valeur de ce patrimoine
et à la valorisation d’un espace historique méconnu et une tradition artisanale souvent
associée à une image archaïque.
Les fondouks doivent contenir non seulement un espace de production, mais
aussi un espace d’exposition et de vente, et de formation. Les artisans ont surtout
revendiqué leurs droits aux expositions d’artisanat organisées par le ministère, parce
que, selon eux, c’est l’occasion idéale pour montrer leur savoir-faire et s’ouvrir au
large public.
Il est important de souligner que ce projet va dans le sens d’un maintien des
activités traditionnelles et non la réhabilitation d’un habitat insalubre, cela implique
que tous les acteurs collaborent pour la valorisation du patrimoine immatériel dans
une perspective durable. Le suivi et l’accompagnement demeurent les clés de réussite
de toute action, l’enjeu est de mettre en place toutes les conditions nécessaires pour
que les objectifs planifiés soient réellement mis en œuvre sur le terrain et permettent
aux acteurs de toucher les retombées. Les projets en question doivent participer à
faire passer l’artisanat d’une logique de survie à une logique de développement.
En somme, nous croyons qu’en matière de valorisation touristique des métiers
traditionnels, la prudence est de mise. La valorisation par le tourisme d’un territoire
artisanal, ne relève pas d’effets automatiques isolés de tout contexte. Il est utile de
s’interroger sur les objectifs, les moyens et les effets pervers qui peuvent surgir. Elle
n’est pas une fin en soi, elle doit permettre aux artisans de placer le cœur de leurs
actions dans des démarches intégrées, originales et efficaces. En effet, la création et
la pérennité des espaces touristiques comme les fondouks d’artisanat doivent reposer
sur une vision réaliste où le rôle des pratiques est primordial. Elle doit être progressive
depuis la sensibilisation et la mobilisation en faveur des métiers traditionnels
jusqu’à la mise en œuvre et la réalisation d’entreprises économiquement viables, qui
permettent aux détenteurs de ce patrimoine de “gagner dignement leur vie.”
Il existe un réel potentiel touristique qui pourrait être développé autour de ces
espaces. Néanmoins, un manque de prise de conscience patrimoniale est soulevé aussi
bien auprès de la population qu’auprès des acteurs responsables du développement
302 Nour Eddine Nachouane et Aicha Knidiri

territorial. Comment donc peut-on dépasser nos actuelles crises économiques et


culturelles, et avoir un effet positif: celui d’un processus de décision plus coopératif
et plus explicite des valeurs, associant tous les acteurs qui font vivre et évoluer les
médinas?
L’expérience espagnole dans les villes du patrimoine mondial comme
Grenade, Cordoue ou Tolède, à titre d’exemple, peut être inspirante en matière de
diversification de l’offre touristique en répondant à une aspiration croissante des
visiteurs à découvrir l’histoire, le paysage et les identités d’un territoire.
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Les fondouks d’artisanat de Marrakech 303

‫ﻣﻦ ﺍﻟﱰﺍﺙ ﺍﻟﻼﻣﺎﺩﻱ ﺇﱃ ﺍﻟﻌﺮﺽ ﺍﻟﺴﻴﺎﺣﻲ‬:‫ ﺍﻟﺼﻨﺎﻋﺔ ﺍﻟﺘﻘﻠﻴﺪﻳﺔ ﻭﺍﻟﻔﻨﺎﺩﻕ ﺍﻟﻌﺘﻴﻘﺔ ﺑﻤﺮﺍﻛﺶ‬:‫ﻣﻠﺨﺺ‬
‫ﻏﺎﻟﺒ ﹰﺎ ﻣﺎ ﻳﻌﺘﱪ ﺍﻟﺘﺴﻮﻳﻖ ﺍﻟﺴﻴﺎﺣﻲ ﺍﳌﺒﺎﴍ ﻟﻠﺤﺮﻑ ﺍﻟﻴﺪﻭﻳﺔ ﺇﺣﺪ￯ ﺍﻟﻔﺮﺹ ﺍﳌﺘﺎﺣﺔ ﻣﻦ ﺃﺟﻞ ﺗﺜﻤﻴﻨﻬﺎ ﻭﺍﳊﻔﺎﻅ‬
‫ ﻭﺍﻟﺮﻓﻊ ﻣﻦ ﻣﺴﺘﻮ￯ ﺩﺧﻞ ﺍﻟﺼﻨﺎﻉ ﻭﲢﺴﲔ ﻇﺮﻭﻑ ﺍﻻﺷﺘﻐﺎﻝ ﺩﺍﺧﻞ ﻓﻀﺎﺀﺍﺕ ﺗﻠﻴﻖ ﺑﻘﻴﻤﺔ ﻫﺬﺍ ﺍﳌﻮﺭﻭﺙ‬،‫ﻋﻠﻴﻬﺎ‬
‫ ﻭﻗﺪ ﺗﻨﺎﻭﻟﻨﺎ ﰲ ﻫﺬﺍ ﺍﳌﻘﺎﻝ ﻭﺍﻗﻊ ﺃﺣﺪ ﺍﳌﺸﺎﺭﻳﻊ ﺍﻟﻌﻤﻮﻣﻴﺔ ﺍﳍﺎﺩﻓﺔ ﺇﱃ ﺗﺮﻭﻳﺞ ﻣﻨﺘﺠﺎﺕ ﺍﳌﻬﻦ ﺍﻟﺘﻘﻠﻴﺪﻳﺔ‬.‫ﺍﻟﻐﻨﻲ‬
‫ﻭﻣﻬﺎﺭﺍﺕ ﻭﺍﳊﺮﻓﻴﲔ ﻣﻦ ﺧﻼﻝ ﺇﻋﺎﺩﺓ ﺗﺄﻫﻴﻞ ﺍﻟﻔﻨﺎﺩﻕ ﺍﻟﻌﺘﻴﻘﺔ ﳌﺪﻳﻨﺔ ﻣﺮﺍﻛﺶ… ﻭﻫﺬﺍ ﻓﻀﻼ ﻋﻦ ﺍﳋﻮﺽ ﰲ‬
‫ ﻭﳏﺎﻭﻟﺔ ﻓﺤﺺ ﺃﺷﻜﺎﻝ ﺍﻟﺘﺪﺧﻞ ﻭﻣﻨﻄﻖ ﺍﻟﻔﺎﻋﻠﲔ ﰲ‬،‫ﻣﺴﺎﺋﻠﺔ ﺁﺛﺎﺭ ﺍﻟﻌﺮﺽ ﺍﻟﺴﻴﺎﺣﻲ ﺍﻟﺴﻄﺤﻲ ﻟﻠﻤﻬﻦ ﺍﻟﺘﻘﻠﻴﺪﻳﺔ‬
.‫ﺑﻨﺎﺀ ﻫﺬﺍ ﺍﻟﱰﺍﺙ ﺍﻟﺬﻱ ﻳﺆﺩﻱ ﰲ ﺑﻌﺾ ﺍﻷﺣﻴﺎﻥ ﺇﱃ ﺇﻓﻘﺎﺩ ﺍﻷﻣﺎﻛﻦ ﻓﻘﺪﺍﻥ ﻟﺼﻮﺭﲥﺎ ﺍﳊﻘﻴﻘﺔ ﻭﺃﻧﺸﻄﺘﻬﺎ ﺍﻷﺻﻠﻴﺔ‬
.‫ ﺍﻟﻌﺮﺽ ﺍﻟﺴﻴﺎﺣﻲ‬،‫ ﺍﳌﺪﻳﻨﺔ ﺍﻟﻌﺘﻴﻘﺔ‬،‫ ﺍﻟﻔﻨﺎﺩﻕ ﺍﻟﻌﺘﻴﻘﺔ‬،‫ ﺍﻟﺼﻨﺎﻋﺔ ﺍﻟﺘﻘﻠﻴﺪﻳﺔ‬:‫ﺍﻟﻜﻠﲈﺕ ﺍﳌﻔﺘﺎﺣﻴﺔ‬

Résumé: Les artisans des fondouks de Marrakech: de l’immatérialité du


patrimoine à sa mise en scène touristique
La mise en tourisme des métiers d’artisanat est souvent présentée comme une des
opportunités pour leur valorisation, procurer des revenus qui contribuent à entretenir les
espaces et développer les savoir-faire. Dans cet article nous examinerons la réalité d’une
action publique de valorisation touristique des métiers traditionnels à travers la réhabilitation
des anciens fondouks d’artisanat. Au-delà de la question des effets de la mise en scène
touristique du patrimoine, nous interrogerons les processus et les logiques de la construction
du patrimoine qui peuvent conduire à une désappropriation des espaces et un changement
des pratiques.
Mots-clés: artisanat, médina, fondouks, valorisation touristique.
Abstract: The craftsmen of the Marrakesh Fonduk: from an immaterial heritage
towards a touristic setting
Tourism is usually seen as an opportunity for the development of the local handicraft;
it helps generating incomes that contribute in the maintenance of spaces and to nurture the
skills. In this article, we will examine the reality on the ground of a public action that aims
to promote the local handicraft in the tourism sector through the renovation of ancient crafts’
foundouks. Beyond examining the real effects of this strategy, we also question the processes
and logic of the heritage construction that may lead to the desappropriation of the spaces and
the change in practices.
Keywords: Craft, Medina, Caravanserai, Tourism improvements
Resumen: Los artesanos de Marrakesh Fonduk: de un patrimonio inmaterial a un
entorno turístico
El turismo se ve generalmente como una oportunidad para el desarrollo de la artesanía
local; Ayuda a generar ingresos que contribuyen al mantenimiento de los espacios y al
fomento de las habilidades. En este artículo, examinaremos la realidad sobre la base de una
acción pública que tiene como objetivo promover la artesanía local en el sector del turismo a
través de la renovación de las fuentes de artesanía antigua. Más allá de examinar los efectos
reales de esta estrategia, también cuestionamos los procesos y la lógica de la construcción del
patrimonio que puede llevar a la desapropiación de los espacios y al cambio en las prácticas.
Palabras clave: Artesanía, Medina, Caravanserai, mejoras turísticas.

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