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NIHIL OBSTAT
Paris, le 19 mars 1961
JEAN GAUTIER, P. s. s.

IMPRIMATUR
Paris, le 21 mars 1961
J. HOTTOT, v. G.
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LES CONCILES
ŒCUMÉNIQUES
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OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Le Dernier Siècle de la Rome pontificale, tome I : Clément XIV, Pie VI, Pie VII.
Tome II : Pie VII (la Restauration), Léon XII, Pie VIII, Grégoire XVI,
Pie IX (1769-1870). Payot, éditeur, 2 volumes in-8 jésus illustrés.
Histoire des Papes de saint Pierre à Pie XII. Troisième édition revue et augmentée.
Payot, éditeur. Bibliothèque historique, I vol. in-8.
Garibaldi. Nouvelles Éditions latines, 1vol. in-12.
Souvenirs français à Rome (épuisé).
Léon XIII (Couronné par l'Académie française). Grasset, éditeur, 1 vol. in-8.
Histoire de la Maison de Savoie. Tome I : 1000-1553. Tome II : 1553-1796. Tome III :
inédit (Denoël, éditeur, 2 vol. in-8). Texte complet en italien (Cappelli, édi-
teur, Bologne, 2 vol. in-8 illustrés).
Pie IX et son temps. Plon, éditeur, I vol. in-8.
Le Pape et la Cité pontificale. Durassié, éditeur, I vol. in-I2.
Pie X. Éditions du Conquistador, 1 vol. in-8.
Un Pape méconnu : Benoît XV. Éditions Casterman. Tournai, Paris, 1 vol. in-16,
1955.
L'Énigme des Borgia, Collection Visages de l'Église. Éditions Le Centurion, Paris.
Sardaigne terre de lumière, en collaboration avec Jean IMBERT, I vol. in-8. Nou-
velles Éditions latines.
Que faut-il penser de l'Inquisition? Collection Bibliothèque Ecclesia. Fayard, éditeur.
A PARAITRE :
Histoire de l'unité italienne.
Une République chrétienne : Fribourg.
Les Fontaines d'eau vive (Souvenirs).
TRADUCTIONS :
Giovanni PAPINI, Les Témoins de la Passion. Grasset, éditeur.
Giovanni PAPINI, Michel-Ange. Flammarion, éditeur.
Giuseppe RICCIOTTI, Saint Paul, apôtre. Robert Laffont, éditeur.
Roberto RIDOLFI, Savonarole. Fayard, éditeur.
Mgr RICCIOTTI, Julien l'Apostat. Fayard, éditeur.
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BIBLIOTHÈQUE ECCLESIA
64
FERNAND HAYWARD

LES CONCILES
ŒCUMÉNIQUES

LIBRAIRIE ARTHÈME FAYARD


18 Rue du Saint-Gothard Filiale : 914 Rue Saint-Denis
PARIS XIV MONTRÉAL
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© Librairie Arthème Fayard, 1961.


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Amon cher et vieil ami


BERNARD GRENTE
En hommage de fidèle attachement.
F. H.
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INTRODUCTION

Le pape Jean XXIII, reprenant un projet de Pie XI,


annonçait le 25 janvier 1959 son intention de réunir, à brève
échéance, un concile œcuménique, le XXI depuis les origines
de l'Église. Il lui appartiendra d'examiner les grandes ques-
tions soulevées par les conditions actuelles du monde.
Parmi les thèmes essentiels des travaux de cette assemblée
figurera le problème de l'unité chrétienne, plus particulière-
ment la réunion des Églises schismatiques d'Orient, dites
orthodoxes, et de l'Église anglicane au Siège romain.
La nouvelle de la décision prise par le Souverain Pontife
suscita une vive émotion dans le monde entier et non pas seule-
ment parmi les catholiques. Le souvenir du dernier concile
œcuménique, celui du Vatican — 8 décembre 1869-20 juil-
let 1870 — est déjà bien effacé. Tous ceux qui avaient pris
part aux luttes qu'il provoqua sont morts et la claire notion de
ce que sont, en fait, les assises plénières de l'Église, en un temps
où l'on s'est habitué à voir les grandes questions tranchées
directement par le Pape, n'est plus le fait que d'un petit
nombre. Et pourtant, les assemblées conciliaires, celles surtout
qui réunissaient en un même lieu tous les évêques de la catho-
licité, ont joué un rôle essentiel au cours de l'histoire quasi
deux fois millénaire de l'Église; leurs annales ne présentent
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pas seulement un intérêt extraordinaire, elles


de bien saisir comment, au cours des siècles, avec l'assistance
du Saint-Esprit —le Paraclet promis par le Divin Sauveur —
les successeurs des Apôtres ont conservé intact le dépôt de
Révélation, éliminé, au fur et à mesure qu'elles se produisaient,
toutes les déformations de la doctrine, toutes les hérésies;
comment ils ont séparé, conformément à la parabole del'Évan-
gile, le bon grain de l'ivraie et, grâce à des définitions toujours
plus précises, fait briller les facettes de ce diamant qu'est la
vérité apportée au monde par le Verbe Divin.

Le premier exemple d'une assemblée conciliaire nous est


fourni par le récit des Actes des Apôtres, au chapitre XV,
où il estparlé dela réunion, à Jérusalem, dePierre, deJacques
et de Jean avec Paul et Barnabé pour savoir si les païens ou
gentils, après avoir reçu le baptême, devaient s'astreindre à
observer les ordonnances de la loi juive ou s'il convenait de les
en dispenser. La question revêtait alors une importance capi-
tale. Elle allait la perdre peu à peu avec l'extension grandis-
sante du christianisme, jusqu'à cesser d'être posée.
Au terme de la mise au point faite par Paul et Barnabé,
les chefs de l'Église rédigèrent une lettre collective adresséeaux
fidèles d'Antioche. Jude et Silas, personnages éminents de
l'assemblée hiérosolimitaine, furent chargés de la leur porter.
Nous y lisons cette formule qui met en évidence la claire cons-
cience qu'avaient Pierre et les Apôtres de l'autorité dont ils
étaient revêtus : «Il a paru bon à l'Esprit Saint et à nous de
ne vous» imposer, en fait de fardeaux, que ce qui est indispen-
sable.
Ce«conciledeJérusalem »servira enquelquesorte demodèle
à toutes les assemblées qui se réuniront, au cours des âges,
pour fixer un point de doctrine et lorsque l'Église enseignera
qu'elles bénéficient de l'assistance du Saint-Esprit, condition
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essentielle de l'inerrance ou infaillibilité, elle le fera en s 'ap-


puyant sur les termes mêmes de la lettre aux chrétiens d'An-
tioche. Cette affirmation de Pierre et de ses compagnons n'était
qu'une conséquence directe de la Pentecôte, du jour où l'Esprit
Saint était descendu sous forme de langues de feu, sur Marie
et les Onze conformément à la promesse qu'avait faite Jésus
avant de remonter au ciel.
Le Maître avait dit : «Voici que je suis avec vous jusqu'à
la consommation des siècles. »Il était clair que cette parole
signifiait : avec les apôtres et leurs successeurs jusqu'à la
parousie ousecond avènement du Christ, et le dépôt dela Révé-
lation ne devait jamais être adultéré, jamais l'erreur ne devait
prévaloir sur la vérité; celle-ci apparaîtrait dans une lumière
toujours. plus éclatante ettoujours appropriée aux nécessités du
moment
Cette certitude historique ressortira de façon d'autant Plus
évidente qu'on aura sous les yeux le tableau synthétique de
vingt conciles œcuméniques, c'est-à-dire universels, qui se sont
succédé depuis Nicée, en 325, jusqu'au Vatican en 1870.
Tel est l'objet de la présente et courte étude.
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CHAPITRE PREMIER
LE CONCILE DE NICÉE
- 325 -

Le christianisme commença par se répandre dans le


Proche-Orient et dans les pays limitrophes du bassin médi-
terranéen, comme on peut s'en rendre compte en étudiant
les itinéraires des voyages accomplis par saint Paul. Rome,
du côté de l'Occident, devint bientôt, sous l'épiscopat de
saint Pierre, prince, ou, si l'on préfère, chef des apôtres, le
nouveau centre de l'Église mère, transférée de Jérusalem à
la capitale de l'Empire. Au cours de ces premières décennies,
les chrétientés se multipliaient en Orient, comme l'attestent,
entre autres, les admonitions adressées par saint Jean dans
son Apocalypse, aux évêques, ou «anges » des sept Eglises
d'Asie », ceux d'Éphèse, de Smyrne, de Pergame, de Thya-
tire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée. Dans ces
messages, il est fait déjà des allusions à différentes formes
d'hérésies qui affleuraient dans ce milieu de serre chaude
qu'était alors le monde hellénistique. On y voit mentionnée
en particulier la secte des Nicolaïtes que le Seigneur, par la
bouche de saint Jean, déclare détester.
Si les chrétientés fondées en Asie Mineure et en Égypte
avaient tendance à ergoter sur des questions doctrinales et
si l'on voyait prédominer cet esprit grec et oriental, fait
de subtilité, de nuances et de raisonnements bâtis sur des
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pointes d'aiguilles, ce qui ne pouvait que favoriser la proli-


fération des erreurs dans l'interprétation des Écritures et de
la Tradition, en revanche, ces luttes ne se manifestaient pas
de même sorte à Rome et dans les Églises d'Occident. Non
seulement, onyavait une tournure d'esprit moinsportée aux
discussions philosophico-théologiques, non seulement on y
acceptait avec un plus grand esprit de soumission, une plus
grande simplicité de foi, le message évangélique apporté par
les apôtres Pierre et Paul, mais la persécution qui débute en
64, sous le règne de l'empereur Néron et va se prolonger,
avec des alternatives d'accalmie et de recrudescence, jusqu'à
la victoire de Constantin sur Maxence, créera, entre les chré-
tiens sans cesse menacés, un lien de solidarité qui les empê-
chera de se quereller pour des questions de doctrine. Si, plus
tard, l'hérésie en vint à gagner l'Occident à son tour, ce fut
sous une influence orientale et au lendemain de ce que
MgrBatiffol a voulu appeler «la paix constantinienne ».
Pour bien comprendre la genèse et l'œuvre d'un concile
comme celui de Nicée, il faut donc, avant tout, regarder
vers l'Orient. Dès le II siècle, on voit semultiplier dans ces
régions des erreurs comme celles de la gnose, des Nicolaïtes
déjà cités, des disciples de Marcion, de Tatien et des encra-
tites, du montanisme, des aloges, des millénaristes que
combattent tour à tour les apologistes, comme Clément
d'Alexandrie, Origène et les Pères et écrivains ecclésias-
tiques du temps. Avec le III siècle, on entre dans l'ère des
grandes controverses christologiques avec l'adoptianisme, le
monarchianisme patripassien en attendant la querelle bap-
tismale pour aboutir, à la fin de ce même III siècle, à une
nouvellepousséedel'hérésie adoptianiste avec Paul deSamo-
sate et au manichéisme dont les lointains prolongements
aboutiront à l'hérésie des Cathares 1
1. Pour avoir un aperçu général de ces différentes hérésies, il n'est que de se
reporter à L'Église des apôtres et des martyrs de Daniel-Rops (Fayard).
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Mais déjà nous arrivons aux grandes controverses trini-


taires du début du I V siècle. Elles vont nous amener à cet
Arius, presbytre d'Alexandrie, dont les opinions et les ensei-
gnements, promptement répandus, d'abord dans tout l'Orient
chrétien, seront à l'origine du premier concile œcuménique,
celui de Nicée où l'arianisme sera condamné solennellement
et où le symbole des Apôtres plus développé, entrant davan-
tage dans les détails, deviendra le Credo que nous récitons
encore ou chantons à la messe. L'arianisme allait être une
des hérésies les plus graves dont la diffusion fut la plus large
en ces débuts du christianisme devenu religion officielle sur
les ruines du paganisme antique, l'une de celles aussi qui
auront le plus de peine à mourir, puisqu'on la verra renaître,
au temps de Luther et de Calvin dans l'une ou l'autre des
sectes issues de la Réforme protestante.
Il est indispensable de se faire une idée aussi claire que
possible de ce que fut la doctrine d'Arius afin de mieux com-
prendre l'importance de l'œuvre conciliaire à laquelle elle
dut d'être, sinon définitivement anéantie, du moins ana-
thématisée avec solennité par les Pères assemblés à Nicée.
En Orient, les deux centres religieux principaux étaient
les villes, d'ailleurs rivales, d'Antioche et d'Alexandrie. Il se
constitua dans l'une et l'autre une école théologique. Elles
s'opposèrent violemment entre elles. Dans celle d'Antioche,
au cours de la deuxième moitié du I I I siècle, on vit enseigner,
avec une autorité grandissante, un étranger né à Samosate,
qui devint évêque en 260 et se prénommait Paul. En ce
temps-là, le prestige d'Origène, mort en 255, était très grand
dans le Proche-Orient, mais Paul de Samosate l'avait en hor-
reur et mettait ses auditeurs en garde contre lui et son école.
Or, les évêques orientaux d'alors étaient tous, ou presque,
les disciples d'Origène, ce qui leur inspira une méfiance
insurmontable à l'égard des enseignements de l'évêque d'An-
tioche, ce Paul de Samosate, ambitieux, orgueilleux et
cupide. De là naquit une controverse qui se prolongea pen-
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dant des années, jusqu'au jour où l'empereur Aurélien, sou-


cieux de ne pas indisposer l'évêque de Rome et souhaitant
voir sur le siège d'Antioche un chef spirituel en parfaite
communion avec le Siège apostolique, le fit déposer et
l'éloigna.
C'est Paul de Samosate, qui est à l'origine des grandes
controverses relatives à la nature de Dieu, au Logos, à la
Trinité et à la théorie des hypostases. Parmi les termes dont
Paul de Samosate se servait figurait celui d'homoiousios qui
jouera un rôle important dans la controverse arienne. Paul
ne l'avait pas inventé, mais il devait lui donner un sens
erroné qui lui fit prendre une signification hérétique. En
revanche, le concile de Nicée le reprendra dans le sens latin
de consubstantialis.
Quelques années après l'affaire de Paul de Samosate, une
autre éclata en Haute-Égypte où le nommé Meletius, évêque
de Lycopolis, prit des initiatives risquées, s'érigea en adver-
saire de l'évêque Pierre d'Alexandrie, coupable, à ses yeux,
de s'être mis en lieu sûr pour échapper à la persécution de
Dioclétien, et qui parcourut le pays en faisant des ordina-
tions dont la validité fut contestée. C'est à l'occasion de
cette affaire de Meletius qu'on voit apparaître pour la pre-
mière fois le nom d'Arius. Celui-ci semble avoir été l'un des
deux premiers auxquels Meletius conféra le presbytérat.
Lorsque l'évêque Pierre eut regagné Alexandrie, Arius se
réconcilia avec lui. L'attitude du personnage demeura fluc-
tuante jusqu'à l'année 312 où, bénéficiant de l'appui que lui
accordait l'évêque d'Alexandrie d'alors, Alexandre, Arius
put se livrer librement à son penchant pour les spéculations
théologiques. Il n'était pas alexandrin mais originaire d'An-
tioche et faisait partie du groupe des anciens élèves du pres-
bytre Lucien, mort martyr en 312. Au nombre des anciens
disciples de Lucien devaient figurer un jour plusieurs évêques
des chrétientés orientales. Ancien étudiant d Antioche, Arius
comptait sur l'appui de ses condisciples d'autrefois et, en
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effet, alors que ses idées commençaient à provoquer des


réactions, Eusèbe, évêque de Nicomédie, entreprit de le
défendre et de lui procurer des adhérents.
Toutefois, la doctrine enseignée et professée par Arius
commençait à susciter des controverses ardentes. On la dis-
cuta au sein des assemblées au cours desquelles le clergé
d'Alexandrie avait coutume d'examiner les questions à
l'ordre du jour. L'évêque Alexandre les présidait non sans
bienveillance. Arius et les siens n'en finirent pas moins par
être sommés de modifier leur enseignement ou de cesser
d'exercer leur ministère. Ils s'y refusèrent avec d'autant
plus d'obstination que les prêtres d'Alexandrie, placés à la
tête des différentes églises de la ville, se considéraient comme
des sortes d'évêques plus ou moins autonomes par rapport
au chef véritable du diocèse. Pour venir à bout de leur
entêtement, Alexandre dut convoquer un synode réunissant
tous les évêques d'Egypte. Près d'une centaine d'entre eux
répondirent à son appel et deux seulement se rangèrent du
côté d'Arius. Celui-ci, condamné par la quasi-unanimité du
corps épiscopal, se décida, suivi de ses disciples, à quitter
l'Egypte pour la Palestine. A Césarée, ils furent accueillis
avec faveur par l'évêque qui n'était autre que le docte et
célèbre Eusèbe, auteur d'importants ouvrages d'histoire et
de traités apologétiques. Eusèbe n'était guère, pour autant,
un modèle d'orthodoxie. Ancien disciple d'Origène, il n'était
pas demeuré fidèle aux enseignements de son maître et,
lorsque Arius vint s'installer dans sa ville épiscopale, on
peut dire que le pasteur de Césarée était fortement enclin à
partager les opinions de l'hérésiarque. Seulement, il s'abste-
nait d'exprimer ses points de vue avec la même netteté
qu'Arius et s'appliquait à les envelopper dans un manteau
d'éloquence rhétorique sous lequel il était malaisé de saisir
les contours exacts de sa pensée.
Pendant ce temps, un autre Eusèbe, le vieil évêque de
Nicomédie, bien vu à la cour impériale par la femme de
)
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Licinius, l'impératrice Constantia, sœur de Constantin, épou-


sait à son tour avec ardeur la cause d'Arius. Il alerta tous
les évêques d'Asie Mineure pour les engager à se ranger au
parti de cet homme qui lui avait écrit de Palestine, en le
suppliant de le prendre sous son patronage. Soit dit en pas-
sant, si l'arianisme, même après Nicée, compta des adeptes
à la cour, avec l'empereur Constance, en particulier après la
disparition de Constantin, il faut rechercher l'origine de ce
fait regrettable dans l'action déployée, en ce premier quart
du IV siècle, par Eusèbe de Nicomédie aussi bien que par
Eusèbe de Césarée, en dépit des efforts de l'évêque d'Alexan-
drie, Alexandre, pour combattre l'hérésie arienne.
Alexandre écrivit à ses frères dans l'épiscopat et même au
pape Sylvestre, pour les mettre en garde contre les menées
du vieil Eusèbe. Le patriarche de Byzance fut également
saisi de l'affaire, compliquée encore par le fait qu'Arius,
revenu à ses bases d'Alexandrie, y était très aimé des
matrones et des vierges consacrées au Seigneur et férues de
discussions théologiques et populaires parmi les gens de la
plèbe, ouvriers du port, marins, lazzaroni qui se plaisaient
à chanter des chansons dans lesquelles Arius lui-même était
censé exposer sa doctrine et défendre la mission dont il se
prétendait investi.
Mgr Duchesne a brossé, du célèbre hérétique, un por-
trait qui le peint au naturel : « C'était, dit-il, un homme
âgé, grand, maigre, le regard triste et d'aspect mortifié.
On le savait ascète, et cela se voyait à son costume, une
courte tunique sans manches, sur laquelle il jetait une sorte
d'écharpe en guise de manteau. Sa parole était douce, ses
discours insinuants. »
Quant à sa doctrine, le même historien de l'Église ancienne
la résume avec la clarté qui le caractérise : « Dieu est éternel,
inengendré. Les autres êtres sont des créatures, le Logos
tout le premier. Comme les autres créatures, il a été tiré
du néant et non de la substance divine; il fut un temps où
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il n'était pas; il a été créé non pas nécessairement mais


volontairement. Créature de Dieu, il est le créateur de tous
les autres êtres et ce rapport justifie le titre de Dieu qui
lui est donné improprement. Dieu l'a adopté comme Fils
en prévision de ses mérites, car il est libre, susceptible de
changer, et c'est par sa propre volonté qu'il s'est déterminé
au bien. De cette filiation adoptive il ne résulte aucune
participation réelle à la divinité, aucune ressemblance avec
elle. Dieu ne peut avoir de semblable. L'Esprit Saint est la
première des Créatures du Logos; il est encore moins Dieu
que lui. Le Logos s'est fait chair, en ce sens qu'il remplit
en Jésus-Christ les fonctions d'âme. »
Comme on le saisit clairement à la lumière de ce bref
résumé, sans nier à proprement parler la divinité de Jésus-
Christ, Arius et ses disciples lui en attribuaient une en
quelque sorte secondaire et toute relative. En fait, la querelle
qui mettait aux prises Arius et son évêque ne pouvait se
prolonger sans causer de graves dommages à l'Eglise et aux
âmes qu'elle jetait dans le trouble.
La situation allait se dénouer grâce à l'intervention de
l'empereur Constantin. En 414, au lendemain de sa victoire
sur Licinius, son beau-frère, empereur d'Orient, Constantin
arrivait à Nicomédie et y trouvait une Église déchirée par les
querelles intestines et doctrinales. Quelle que fût sa bien-
veillance à l'endroit du christianisme, le César d'Occident
qui n'était même pas encore baptisé, était bien incapable
de comprendre quelque chose aux subtilités des théologiens.
Homme pratique avant tout, doué d'un grand sens de l'État,
Constantin tenait, par-dessus toutes choses, à l'union des
évêques entre eux et à voir régner la discipline parmi les
fidèles. L'état de désordre dans lequel l'empereur trouva
la chrétienté d'Orient ne pouvait que le heurter et lui ins-
pirer le désir d'y porter remède le plus rapidement possible.
Il aurait écrit, raconte Eusèbe, à l'évêque Alexandre et au
presbytre Arius pour les engager à laisser de côté les ques-
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tions oiseuses, insolubles même, tout juste bonnes à irriter


les esprits. Ce qui importait à Constantin, c'était la paix
de l'Église.
Le conseiller ecclésiastique de l'empereur était l'évêque
de Cordoue, Hosius, Espagnol assez rude et homme, lui aussi,
doué de beaucoup de sens pratique. Hosius fut chargé, tou-
jours d'après la même source, de porter aux intéressés les
messages de Constantin. Ce qui, de loin pouvait apparaître
comme une dispute assez vaine, portant sur des points
auxquels bien peu étaient en mesure de comprendre quelque
chose, prit un tout autre aspect lorsque l'évêque de Cordoue
arriva sur les lieux. Il comprit qu'avec ces Grecs, éternels
disputeurs, des conseils d'apaisement ne suffisaient pas. De
retour à Nicomédie où le César vainqueur l'attendait, Hosius
n'eut pas de peine à le convaincre que l'unique possibilité
de remettre les choses en place était de convoquer un concile
général.
La lettre de Constantin à l'évêque Alexandre et à Arius,
rapportée par Eusèbe, est d'une authenticité que des his-
toriens graves ont mise en doute et il convient peut-être de
ne pas trop s'y attacher. Ce qui paraît plus sérieux, c'est
qu'Alexandre vint en personne et par mer à Nicomédie,
après avoir reçu Hosius chez lui, pour conférer avec l'em-
pereur et l'évêque de Cordoue. Arius s'y rendit de son côté,
mais il eut, du fait d'avoir voyagé par terre, la déconvenue
d'arriver avec un sensible retard.
En tout cas, Constantin s'empressa de donner suite aux
suggestions d'Hosius et d'Alexandre et voulut d'abord convo-
quer lui-même les évêques d'Orient et d'Occident pour que
leur assemblée constituât les assises plénières de l'Eglise.
L'empereur fit choix, non pas de Nicomédie, pour lieu de
cette réunion, mais de Nicée (actuellement Isnik en Anatolie)
où se trouvait un vaste palais impérial. Constantin entendit
procéder lui-même à l'intimation adressée aux évêques et
mit à leur disposition le cursus publicus ou poste impériale.
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Les dignitaires ecclésiastiques, tous accompagnés de


prêtres, de diacres, de secrétaires et d'interprètes, étaient
pour la plupart des vieillards vénérables, dont beaucoup
avaient souffert de la persécution; il n'y avait pas moins
parmi eux des prélats jeunes encore, certains ne dépassant
pas la trentaine. Combien furent-ils à se réunir à Nicée? A
défaut d'acta du concile, il faut s'en rapporter à des auteurs
qui diffèrent entre eux sur le chiffre exact. Eustache, évêque
d'Antioche, parla de deux cent soixante-dix évêques présents.
Eusèbe en compte plus de deux cent cinquante. De nos jours,
on a rabaissé ces chiffres à deux cent vingt : dix-neuf pour
l'Egypte et la Libye, dix-neuf pour la Palestine, dix pour
la Phénicie, vingt-deux pour la Syrie, deux pour Chypre,
cinq pour la Mésopotamie, six pour l'Arabie, onze pour la
Cilicie, onze pour la Bithynie, dix pour la Cappadoce.
D'autres régions, comme l'Arménie et les terres du Pont-
Euxin envoyèrent vingt-quatre Pères, l'Asie Mineure et la
Lydie vingt et un, l'Isaurie vingt-cinq. De Grèce, les évêques
intervinrent en beaucoup plus petit nombre. Quant à l'Occi-
dent sa participation se réduisit à peu près à ceci : un évêque
de Calabre, deux prêtres venus de Rome et, bien entendu,
l'évêque de Cordoue, Hosius. L'Afrique avait fourni le seul
évêque de Carthage.
L'œcuménicité du concile de Nicée n'est pas contestable
pour autant, bien que la participation des Orientaux l'ait
emporté dans de fortes proportions sur celle des Occiden-
taux. Quant au pape Sylvestre, s'il se contenta de se faire
représenter par les deux prêtres romains envoyés au concile
et surtout par Hosius, son grand âge, lui interdisant le long
voyage qu'eût nécessité sa présence, il ne se désintéressa
pas pour autant des débats de l'assemblée.
C'est encore Eusèbe de Césarée qui laissa la description
la plus vivante du célèbre concile. Les évêques, arrivés par
le cursus publicus, étaient tous animés d'un ardent désir de
voir de leurs yeux l'empereur qui, le premier, avait accordé,
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par l'Édit de Milan, la liberté à l'Église. Constantin leur fit


l'accueil le plus aimable et commença par leur accorder une
distribution de blé.
Legrand jour d'ouverture duconcile arriva. Onlui assigne,
sans en avoir la certitude, la date du 26 mai 325. Les Pères
s'assemblèrent dans la plus grande salle du palais impérial,
prenant place devant des sièges disposés des deux côtés de
la vaste pièce. Tous attendaient l'arrivée du souverain. Il
parut enfin, vêtu de pourpre, couvert d'or et de pierreries.
Il traversa la salle pour aller prendre place sur un trône
doré au haut bout de l'assemblée. Ace moment seulement,
les évêques furent invités à s'asseoir. C'était un accroc à
l'étiquette, d'après les exigences de laquelle, seul l'impérial
César aurait dû être assis. Mais Constantin voulut donner
par là une marque de bienveillance et de respect à des
hommes devant la dignité desquels il tenait à s'incliner.
Constantin commenca par adresser une allocution en latin
aux Pères du concile. Elle fut aussitôt traduite engrec. Nous
n'en connaissons la teneur que par Eusèbe et il est quelque
peu singulier de constater que, si l'empereur témoigne d'un
vif souci de la paix publique et d'un grand intérêt pour
l'Église et ses représentants, il ne fait aucune allusion à la
controverse doctrinale qui allait être le fond des débats.
La réunion du concile coïncidait avec le vingtième anni-
versaire de l'accession de Constantin au trône impérial. De
grandes fêtes furent organisées pour la circonstance et l'em-
pereur convoqua les évêques à un solennel banquet. Mais
tout cela n'était que le côté extérieur d'une manifestation
religieuse quiallait marquer d'une empreinte indélébile les
annales de l'Église. Les Pères avaient à régler en effet un
certain nombre de questions d'une extrême importance.
La première était celle d'Arius. L'hérésiarque et les siens
étaient présents. Invité à se justifier de la condamnation
portée contre lui par l'évêque d'Alexandrie, Arius le fit en
termes empreints d'une grande franchise ce qui permit à
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Alexandre de montrer à son tour le bien-fondé de ses allé-


gations. Il triompha sans peine, malgré l'appui accordé à
son adversaire par le vieil Eusèbe, évêque de Nicomédie. Les
Pères maintinrent et confirmèrent la sentence d'Alexandre;
Arius et ses disciples furent l'objet d'une condamnation en
bonne et due forme. Devant leur refus de se soumettre, ils
se virent l'objet d'une sentence d'exil.
L'affaire, moinsgrave, de Meletius et de son schisme larvé,
fut tranchée à son tour par le concile. Il en était une autre
dont l'assemblée était également saisie. C'était celle de la
fameuse controverse pascale. Déjà, lors du synode d'Arles,
en 314, il avait été, recommandé que la pâque chrétienne
fût célébrée dans l'Église entière à la même date. Ceconseil
pressant fut renouvelé à Nicée. Dans la région où régnait
l'influence d'Antioche, on faisait concorder Pâques avec le
dimanche qui suivait la pâque juive, alors qu'Alexandrie et
et Romevoulaient que cette solennité dépendît de la pleine
lune de Pâques. Nicée interdit de «célébrer la fête avec les
Juifs »et prescrivit de s'en tenir à une règle unique et à se
conformer à la date fixée par la tradition chrétienne. Cette
législation n'a, d'ailleurs, pas empêché que, de nos jours
encore, Pâques ne soit pas célébré à la même date par les
catholiques et les orthodoxes schismatiques. D'autres canons
decaractère disciplinaire furent encoredécrétés par le concile
de Nicée, mais la grande affaire reste toujours le Symbole
auquel le premier concile œcuménique a donné son nom.
Commeon l'a vu, la controverse suscitée au sein du corps
épiscopal par l'enseignement hasardé d'Arius, avait fait
naître un grand désarroi dans les esprits. La nécessité s'im-
posait donc d'arrêter d'un commun accord, une profession
de foi plus développée et plus explicite que ne l'était le
symbole des Apôtres en usage jusque-là. Il en existait bien
dans les différentes Églises mais ils présentaient des lacunes
auxquelles il importait de remédier. Eusèbe de Césarée com-
mença par présenter à l'assemblée le texte en usage dans sa
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Lorsque le Saint Père Jean XXIII eut annoncé son intention de convoquer un
concile œcuménique, destiné à reprendre et à mener à bien l'œuvre de celui qui
portera désormais la désignation de Vatican I et de compléter ses travaux
fâcheusement interrompus par la déclaration de la guerre de la France à la Prusse,
l'auteur du présent livre, biographe de Pie IX et partant historien du concile de
1869/70, eut aussitôt l'idée de présenter au public, en un raccourci bref, mais
n'omettant rien d'essentiel, le tableau des vingt conciles œcuméniques qui se sont
succédé de 325 - Nicée - à 1869/70 - Vatican.
C'est un vaste panorama qui permet de saisir dans son ensemble l'action de
l'Esprit Saint à l'intérieur de l'Église, grâce à laquelle le dépôt de la Révé-
lation est toujours demeuré intact et les multiples hérésies qui n'ont cessé de
proliférer au long des siècles, en Orient et en Occident, ont été successivement ré-
duites à néant. Il y avait là un travail de synthèse extrêmement utile pour l'initia-
tion du grand public catholique et même de celui qui se rattache à desÉglises
séparées, travail propre àfaire comprendre à tout lecteur de bonne foi et de bonne
volonté quel a été dans le passé le rôle des assemblées plénières de la catholicité, ce
qui lui permettra desaisir àl'avance, et comme par intuition, quelle sera l'œuvre du
prochain concile œcuménique.
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