01 Concept
01 Concept
LOGIQUE ARISTOTÉLICIENNE,
DU CONCEPT AU RAISONNEMENT
PAR : ANDRÉ ROSS
PROFESSEUR DE MATHÉMATIQUES
CÉGEP DE LÉVIS-LAUZON
Cependant, le développement de la logique comme science Le mot « triangle » est la représentation dans le langage du
autonome devait avoir comme assise une philosophie concept, ou de l’idée, d’une forme géométrique particu-
prenant en compte l’observation du monde sensible. Cette lière, celle qui est formée de trois segments de droites qui
prise en compte de la nature dans la philosophie et la se coupent deux à deux.
construction d’un savoir comme représentation mentale
du réel débute avec Aristote.
TRAITÉS D’ARISTOTE
L’œuvre d’Aristote en logique est regroupée sous le titre
d’Organon et comprend les textes suivants :
a) Les Catégories (théorie des catégories). Les mots « homme », « animal », « raison » sont égale-
b) De l’interprétation (théorie des oppositions et des syl- ment la représentation de concepts dans le langage.
logismes modaux).
c) Premiers Analytiques (théorie du syllogisme). Définition
d) Seconds analytiques (théorie de la démonstration). Extension
L’extension d’un terme (ou d’un concept) est l’en-
e) Les Topiques (théorie de la dialectique et du syllo-
semble des objets auxquels s’applique ce terme, ou
gisme éristique). désignés par ce terme (ou inclus dans ce concept).
Réfutation des sophistes (dernière partie des Topi-
ques). Ainsi, le mot triangle ne désigne pas toutes les figures
illustrés plus haut. De la même façon, le terme équilatéral
Nous présenterons ici quelques aspects de la pensée aris- signifie de côtés égaux. Ce terme ne s’applique donc pas
totélicienne avec des illustrations en mathématiques. à toutes ces figures géométriques.
C-2 La logique
des recettes mais des principes qui découlent de la nature Cette définition est entièrement négative, mais dans ce cas
de la définition. Lorsque les règles sont connues, on est il est difficile de faire autrement.
conscient des dérogations et des raisons de celles-ci. Nous
présentons ces règles en les illustrant à l’aide de défini- Deuxième règle de la définition
tions dont certaines sont tirées des Éléments D’Euclide Une définition doit être plus claire que ce qui est
dans la version de Bernard Vitrac. défini.
Définition Exe
Exemple
Définition Discuter de la qualité des définitions suivantes en vous
Une définition est une proposition attributive dont le servant de la deuxième règle de la définition.
terme-sujet est le terme à définir et dont le terme- a) L’homme est un roseau pensant.
attribut est formé de termes connus qui permettent de b) Une ligne est une longueur sans largeur.
préciser les caractéristiques du terme-sujet. Euclide, Les Éléments, Livre I définition 2
c) Un triangle est une figure plane limitée par trois
Une bonne définition doit satisfaire à certaines règles que droites qui se rencontrent deux à deux.
nous allons maintenant présenter et commenter avec des d) Un triangle équilatéral est un triangle dont les trois
exemples. côtés sont égaux.
Solution
Première règle de la définition
a) Cette définition ne respecte pas la deuxième règle car
Une définition doit indiquer ce que l’objet défini la définition ne clarifie pas ce qui est défini. Elle ne
possède en commun avec d’autres objets et ce qu’il précise pas ce que représente le terme « homme ».
possède en propre. b) Cette définition ne respecte pas la deuxième règle car
la définition ne clarifie pas ce qui est défini. Que
Exe
Exemple veut-on dire par « longueur avec ou sans largeur »?
Discuter de la qualité de la définition suivante en vous c) Cette définition respecte la deuxième règle. Elle donne
servant de la première règle de la définition. une idée précise de ce qu’est un triangle.
Un nombre entier pair est un nombre entier de la forme d) Cette définition respecte la deuxième règle. Elle donne
n = 2k, où k est un entier. une idée précise de ce qu’est un triangle équilatéral.
Solution
Cette définition respecte la première règle. L’objet est
un nombre entier, c’est ce qu’il possède en commun. Ce Troisième règle de la définition
qu’il possède en propre c’est de pouvoir s’exprimer La définition ne doit pas être circulaire. Elle ne doit
sous la forme n = 2k, où k est un entier. pas se servir de ce qui doit être défini. Elle doit être
équivalente à ce qui est défini.
REMARQUE
Solution Définition
a) Cette proposition est universelle affirmative (A). Raisonnement et argumentation
Puisqu’il est possible de construire au moins un Un raisonnement est l’établissement d’une relation
triangle isocèle qui n’est pas rectangle, on peut con- formelle entre jugements. Le raisonnement se traduit
clure que cette proposition est fausse. dans la langage par une argumentation.
b) Cette proposition est universelle négative (E).
Puisqu’il est possible de construire au moins un On distingue le raisonnement inductif et le raisonnement
triangle isocèle qui est rectangle, on peut conclure déductif. Par ces raisonnements, on construit une connais-
que cette proposition est fausse. sance qui est une représentation mentale du réel, représen-
c) Cette proposition est particulière affirmative (I). tation qui se traduit dans le langage par les termes, les
Puisqu’il est possible de construire au moins un propositions et l’argumentation.
triangle isocèle qui est rectangle, on peut conclure
que cette proposition est vraie. La science est donc une adéquation entre le réel, la pensée
d) Cette proposition est particulière négative (O). et le langage. C’est la construction d’une représentation
Puisqu’il est possible de construire au moins un mentale et verbale du réel, ou la transposition du réel dans
triangle isocèle qui n’est pas rectangle, on peut con- la pensée et le langage.
clure que cette proposition est vraie.
REMARQUE
REMARQUE La recherche de cette adéquation devrait impliquer la
Une proposition universelle n’est pas toujours exprimée vérification expérimentale, mais il s’écoulera plusieurs
sous la forme : siècles avant que cela devienne pratique courante.
Tous les ... sont des ....
• • •
La caractéristique essentielle d’une proposition univer-
Définition
selle est que le terme-sujet représente tous les objets d’une
classe. Ainsi, dans la proposition suivante : Raisonnement inductif
La somme des angles intérieurs d’un triangle est Le raisonnement inductif est le raisonnement par
égale à deux angles droits. lequel on adopte un principe général à partir de l’ob-
Dans ce cas, le terme-sujet englobe tous les triangles. servation de cas particuliers.
C’est donc une proposition universelle affirmative.
Voici un exemple de raisonnement inductif.
• • •
Le cuivre est un conducteur électrique.
ACCÈS À LA CONNAISSANCE
L’aluminium est un conducteur électrique.
Dans la philosophie aristotélicienne, l’homme dispose de Le mercure est un conducteur électrique
trois outils pour accéder à la connaissance vraie : ------------------
• L’observation de phénomènes particuliers qui permet Tous les métaux sont des conducteurs électriques.
l’élaboration des concepts et des termes.
• Le raisonnement par induction qui procède du particu- REMARQUE
lier à l’universel afin de connaître les formes du réel et L’induction est un mode de raisonnement important en
les relations qu’elles entretiennent entre elles; sciences. À partir de l’observation de cas particuliers, on
• Le raisonnement par déduction qui procède des formes développe des concepts qui prennent la forme de princi-
plus générales aux formes plus particulières pour re- pes généraux. Ces principes peuvent être modifiés ou
produire la complexité d’ensemble de l’organisation rejetés à la lumière d’observations nouvelles.
des choses.
• • •
C-6 La logique
TABLEAU I
Définition Considérons maintenant les données du
tableau ci-contre. En raisonnant par in- 2+2 =4
Induction complète
L’induction complète (ou formelle) est l’induction duction, on pourrait formuler la propo-
3+3 =6
qui est faite après la vérification de tous les cas sition suivante :
particuliers possibles. 3+5 =8
Si n est un nombre pair plus grand que
Pour pouvoir faire une induction complète, il faut que le 4 alors n est la somme de deux nom- 3 + 7 = 10
nombre de cas particuliers soit fini sinon la vérification de bres premiers impairs.
tous les cas est impossible. 5 + 7 = 12
Il est plus difficile de se convaincre qu’il
Le nombre de métaux est fini, il est donc possible de s’agit d’une proposition vraie. On peut 3 + 11 = 14
vérifier que tous les métaux sont conducteurs d’électricité faire d’autres vérifications, comme cel-
et tenir ainsi un raisonnement par induction complète. les du tableau II ci-contre. Ces vérifi-
TABLEAU II
cations rendent l’énoncé un peu plus
16 = 5 + 11
REMARQUE plausible, mais il y a une infinité de
= 3 + 13
La conclusion sur la conductivité des métaux est obtenue nombres entiers pairs. Il est donc im-
expérimentalement et non par un raisonnement déductif. possible de faire une induction com- 18 = 5 + 13
Cependant, cette conclusion peut par la suite être utilisée plète. = 7 + 11
dans un raisonnement déductif pour reproduire la com-
plexité dans la théorie ou dans le langage. La proposition est du type universelle 20 = 7 + 13
affirmative. Il n’est pas simple de dé- = 3 + 17
• • • terminer sa valeur de vérité. En véri-
Définition fiant tous les cas, on pourrait conclure 22 = 3 + 19
Induction incomplète qu’elle est vraie. Cependant, il y a un = 5 + 17
L’induction incomplète (ou amplifiante) est l’induc- = 11 + 11
nombre infini de nombre pairs, la véri-
tion qui est faite à partir de la vérification d’un très fication est donc impossible. D’autre
grand nombre de cas sans qu’il soit possible de les part, si on peut trouver un nombre qui n’est pas la somme
vérifier tous. de deux nombres premiers impairs, on pourra conclure
que la proposition est fausse.
Dans un raisonnement par induction incomplète, la con-
clusion découle de façon plus ou moins probable des
Dans leur étude des nombres, les pythagoriciens ont ob-
prémisses. Elle n’en découle pas de façon nécessaire. Plus
tenu plusieurs résultats par induction incomplète. Ainsi,
le nombre de cas vérifiés est important, plus la conclusion
du raisonnement est plausible, mais elle n’est pas une
Le nombre carré de rang n est la somme du nombre
certitude.
triangulaire de même rang et du nombre triangulaire
précédent.
La proposition « tous les hommes sont mortels » est le
1 4 9 16 25
résultat d’une généralisation par induction incomplète.
Personne n’a vérifié tous les cas et il n’est pas possible de
le faire. Pour tous ceux qui sont présentement vivants et
ceux qui ne sont pas encore nés, la vérification n’est pas
encore possible. Il est cependant très difficile de mettre en LIMITES DE L’INDUCTION
doute cette conclusion et on accepte facilement que c’est
La conclusion du raisonnement par induction incomplète
une proposition vraie.
ne dépend pas seulement de la logique mais également, et
Du concept au raisonnement C-7
surtout, de sa confirmation par les faits. Il suffit d’un seul Le raisonnement tenu dans cet exemple est le suivant :
cas ne vérifiant pas le principe général pour infirmer
celui-ci et conclure que le principe général est faux. Tout nombre entier dont la somme des chiffres est
divisible par 3 est lui-même divisible par 3.
PIÈGE DE L’INDUCTION La somme des chiffres du nombre 245 727 est divi-
La conclusion d’un raisonnement inductif est fondée sur sible par 3.
l’observation des cas particuliers. Une telle conclusion Donc, 245 727 est divisible par 3.
n’est pas une nécessité logique et il faut être très critique
lorsqu’on utilise ce type de raisonnement. L’être humain Ce type de raisonnement est appelé un syllogisme, c’est le
a naturellement tendance à généraliser et parfois à partir modèle de raisonnement déductif étudié par Aristote. Voici
d’un nombre de cas beaucoup trop restreint. L’usage d’autres exemples.
inconsidéré de l’induction amplifiante peut entraîner tou-
tes sortes de préjugés. En effet, le préjugé consiste à Tous les hommes sont mortels,
généraliser à tout un groupe d’individus ce qui n’est vrai Socrate est un homme,
que pour quelques individus dans le groupe. donc Socrate est mortel.
CONCLUSION
Définition
Raisonnement déductif La connaissance débute par l’intuition dont dépend la
formation de concepts dans l’esprit. Ceux-ci sont le pro-
Le raisonnement déductif est le raisonnement par
duit de l’observation et de l’expérience et se traduisent
lequel on dégage la conséquence qui découle de la
dans le langage par des mots. L’intuition préside égale-
prise en compte d’un principe général et d’un cas
particulier. ment à la formation de jugements, relations formelles
entre concepts qui se traduisent dans le langage par des
Supposons que l’on a établi (le procédé peut demeurer propositions, c’est-à-dire des énoncés qui comportent un
secret pour le moment) que tout nombre entier dont la concept sujet, une copule et un concept attribut.
somme des chiffres est divisible par 3 est lui-même divi-
sible par 3. Considérons le nombre 245 727. Ce nombre Le raisonnement permet d’établir des relations formelles
est-il divisible par 3? entre jugements, c’est-à-dire de nouveaux jugements à
La somme des chiffres de ce nombre donne : partir de jugements antérieurs dont ils sont des consé-
2 + 4 + 5 + 7 + 2 + 7 = 27 quences logiques. Dans le langage, le raisonnement se
Puisque 27 est divisible par 3, on peut donc conclure. par traduit par une argumentation.
un raisonnement déductif, que 245 727 est également
divisible par 3.
C-8 La logique