IGR98022
IGR98022
Sophie CASSAN
Équipe Didirem, Irem de Paris VII
élèves avant l'enseignement : c'est en partant de cette notion qu'est construite la notion de
symétrie en tant que transformation de figures. L'ordre suivi n'est donc pas l'ordre
habituel qui présente la notion de figures symétriques par rapport à une droite comme un
cas particulier de la notion de symétrie en tant que transformation...»[l]
Pour cette étude, j'ai travaillé avec une classe de CM2, sur la notion de centre de
symétrie d'une figure. Le point de vue adopté dans les situations proposées aux élèves se
caractérise par l'introduction de cette notion à partir de l'idée de demi-tour (rotation
d'angle 180°) et dans une perspective de transformation globale defigure (point de vue
adopté dans les programmes de 85). Ceci contrairement à ce qui se pratique en général en
classe de cinquième.
L'expérimentation s'est déroulée sur 10 séances réparties sur les mois d'avril à juin
96, d'une durée d'une heure environ. La neuvième séance est une évaluation interne à la
classe de CM2, la dixième correspond à une évaluation commune proposée aux 28 élèves
de la classe de CM2 et à 56 élèves de trois classes de 5ème, pour qui le chapitre centre de
symétrie succédait au chapitre symétrie centrale.
Je me propose dans cet article de rendre compte des résultats obtenus par cette
recherche.
Dans un premier temps, un petit retour sur les différentes conceptions de la symétrie
centrale s'avère nécessaire, afin de préciser les points de vue que l'on peut adopter pour
l'enseignement de cette notion, et celui pris pour l'expérimentation en classe de CM2. Les
deuxième et troisième parties seront consacrées à la caractérisation de certaines situations
proposées aux élèves de CM2, à l'étude de leurs procédures ainsi qu'à leur évolution au
cours de l'apprentissage. Dans une quatrième partie j'étudierai les résultats obtenus lors
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transformation.
La conception homothétie est une approche conceptuelle de la symétrie centrale.
Cette définition fait intervenir la symétrie axiale, transformation pouvant être définie
dans un premier temps de manière opératoire, à partir de la technique du pliage. La
définition par composée impose d'effectuer deux pliages successifs du support de la
figure, suivant deux axes perpendiculaires. C'est une introduction souvent proposée en
cinquième, puisqu'elle s'appuie sur la notion d'axe de symétrie, notion rencontrée par les
élèves dans leur scolarité antérieure.
Or bon nombre d'enseignants ont pu observer chez les élèves de 5ème une
confusion dans les tâches de construction entre symétrie axiale et symétrie centrale, ce que
Artigue appelle « l'amalgame de notions sur un support donné» [3], processus reconnu
comme producteur d'obstacles. Étudions d'un peu plus près quelques hypothèses sur
l'origine de cet amalgame.
Or si l'on veut donner du sens à la symétrie centrale dans ce qui la caractérise, il est
nécessaire de bien la distinguer de la symétrie axiale. Tout comme il est nécessaire de
"rompre" avec les nombres entiers pour présenter ces nouveaux nombres que sont les
décimaux, il semble nécessaire de rompre avec la symétrie axiale pour présenter cette
nouvelle transformation qu'est la symétrie centrale.
C'est le point de vue didactique que j'ai adopté pour l'expérimentation en CM2. Du
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fait de l'existence d'un tel obstacle, j'ai travaillé dans cette classe les notions de centre de
symétrie et de symétrie centrale indépendamment de la conception composée.
Une rotation est un déplacement. Et le déplacement d'un objet dans le plan est un
mouvement qui s'effectue sans défonnation de l'objet. Reprenons une définition donnée
dans un ouvrage de 1946 «à l'usage des ouvriers et apprentis des professions
industrielles, des candidats aux divers c.A.P., des Écoles des métiers et des Centres de
fonnation professionnelle» :
t. Rolatlon.
Au moyen d'une ~pingle, fixons un point 0 d'une feuille de papier
sur une planche à dessin (fig. 1). Cette
feuille peut touma autour de O. Ce mou~
7
'Y/,
/ 0
vement s'appelle une rotation.
Dtfinition. - On appeUe rotation le l
mouyement d'une figure plane lIui
glille danl Ion plan de telle lorie Cl1l8
. ::
l'llD de III pointa relte fixe. F/~. ,
Ce point fixe s'appelle un/re de rototion.
Une figure quelconque F tra~
Œ1
~: ::::-----'--.~~ c&: lurla ~il1e de papier subit
~' . YSJ'
\~:'\-- t.':::"' ../f
"," ta
cette rotation. S. forme et sa
grandeur ne cbanrent pas ~u
,/," ," "'.'" cours de ce mouvement. Ladis~
c,"
'~:"""'-:: . ".. '" tance d'un point quelconque de
0' '. .0 " E. L f'U . 0 teSte JDVa~
.
,,~ ',' JlI. CUI e au poant
La conception rotation de la symétrie centrale est opératoire, elle est régie par une
règle d'action, que les élèves peuvent directement utiliser pour« agir sur des figures ».
Retour à l'expérimentation
Bien sûr, ceci dans un premier temps de l'enseignement. Il s'agira par la suite de
faire coexister les différentes conceptions de la symétrie centrale.
C'est donc suivant la conception rotation que j'ai choisi d'introduire auprès des
élèves de CM2 la notion de centre de symétrie d'une figure. Je l'ai formulée de la façon
suivante: « Lorsqu'on décalque certaines figures et que l'on fait tourner le calque d'un
demi-tour autour d'un point, il se trouve parfois que la figure du calque se superpose à
celle de départ. Pour ces figures le centre du demi-tour est appelé le centre de symétrie. »
Bien sûr, il a fallu au préalable se mettre d'accord sur un moyen rigoureux
d'effectuer ou de valider un demi-tour. On peut considérer une droite passant par le centre
du demi-tour, mais l'on peut aussi considérer un point de la figure et son image par le
demi-tour. C'est un moyen plus coûteux, mais qui permet de faire le lien entre les aspects
ponctuel et global de la transformation. Et concernant l'aspect ponctuel l'équivalence entre
la conception rotation (A'== ~O,1t) (A)) et la conception homothétie (A' tel que 0 soit le
milieu de [AA']) peut s'établir.
L'équivalence entre les deux procédures a été mis en évidence par les élèves, lors de
la première séance suite à la confrontation de leurs productions. Elle a été
institutionnalisée sous la forme suivante: « Deux points opposés dans un demi-tour sont
sur une ligne droite qui passe par le centre du demi-tour. Le centre du demi-tour est au
milieu de ces deux points opposés. »
Le paragraphe suivant rend compte de l'étude des procédures des élèves pour cette
tâche ponctuelle de construction du symétrique d'un point.
1. La situation
Une des hypothèses de travail était de considérer que la procédure cercle serait vite
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abandonnée par les élèves de CM2 au profit de la procédure segment. Ceci parce qu'elle
est un raccourci de la procédure cercle, construction d'un arc bien positionné au lieu du
cercle tout entier, mais également en raison d'un principe de plus court chemin entre deux
points d'un cercle : la corde et non l'arc de cercle.
2. Quelques variables
Une seconde variable (liée bien sûr à la première) pour le cadre défini lors des
séances 6 et 9, est le nombre de points d'intersection entre une figure et les éléments
intervenant dans une construction (procédure cercle ou segment).
En effet le cercle de centre 0 de rayon OA, ou bien la droite (OA), peut admettre
plusieurs points d'intersection avec une figure (distincts de A, bien sûr). Par conséquent
l'élève doit choisir celui correspondant ou non au symétrique de A.
- S'il n'y a qu'un seul point d'intersection, les élèves peuvent effectuer une
construction juste sans que l'on sache si leur démarche est réfléchie, puisque qu'il n'y a
pas de choix à faire. Par conséquent nous ne pourrons véritablement parler de maîtrise de
la procédure.
- S'il y a plusieurs points d'intersection, les erreurs de choix permettent de mettre en
évidence que le sens de la procédure n'est pas construit par l'élève, même s'il fait appel à
une conception homothétie ou rotation. J'appellerai par la suite ce phénomène « l'effet
contour ».
Donnons un exemple de chaque type d'erreur provoquée par cet « effet contour »,
exemples sur lesquels les élèves ont travaillé lors d'une phase d'institutionnalisation
(séance 7):
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Ainsi les élèves de CM2 ont élaboré la procédure segment en tant que moyen
efficace, pour construire l'image d'un point par un demi-tour. Ici, et seulement d'un
point de vue ponctuel, l'équivalence entre rotation d'angle 1800 et homothétie de rapport
-1 semble établie pour une majorité d'élèves de CM2.
Le second tableau présente les répartitions des différentes procédures utilisées lors
des deux évaluations (séances 9 et 10, ayant eu lieu à un mois d'écart). Ces situations
sont caractérisées par les deux variables défmies précédemment, et fixées afin de créer un
conflit entre l'aspect ponctuel de l'action à réaliser et l'aspect global du milieu figuraI.
Ce tableau prend en compte cette fois-ci les erreurs des élèves. En effet la mention
"procédure indéterminée" est donnée pour des productions contenant au moins une erreur
de construction, même si par déduction il était possible d'attribuer telle procédure à
l'élève. Cela permet de renforcer la perception d'une maîtrise et d'une stabilité des
procédures utilisées par les élèves dont toutes les constructions sont correctes (les trois
premières lignes du tableau). Lorsqu'un élève procédait régulièrement de la même façon
pour les quatre constructions d'un exercice, je me suis permis de parler de conception
rotation pour l'usage de la procédure cercle, et de conception homothétie pour l'usage de
la procédure segment.
Seize élèves utilisent l'une ou l'autre des procédures cercie et segment, de façon
correcte, lors des deux évaluations. Nous pouvons dire que leurs procédures sont
efficaces et résistent au conflit ponctuel-global de la situation proposée, elles semblent
donc stables.
Il nous parait important de constater pour neuf élèves (indiqués en gras) une
évolution des procédures vers la procédure segment, et ceci de manière efficace.
Rappelons qu'entre le contrôle et l'évaluation commune, aucune séance de travail n'est
effectuée, si ce n'est la correction du contrôle. Que s'est il passé pour ces élèves?
Quelque chose a mûri. Ce petit résultat confirme qu'un travail de conceptualisation est un
processus cognitif, qui prend du temps pour se développer et peut prendre sens bien après
l'enseignement qui lui donne naissance.
La conception homothétie a fait son chemin auprès des élèves, depuis la première
séance sur le demi-tour, elle a bien émergé comme un moyen sûr et peut-être rapide de
construire le point correspondant à un point donné dans un demi-tour de centre donné. Ce
n'est plus l'implication qui se donne à voir, mais l'utilisation implicite de sa réciproque.
1. Procédures attendues
- La procédure calque
Elle consiste comme son nom l'indique à utiliser le calque pour la construction, en
revenant à la définition du centre de symétrie d'une figure, globalement invariante par
demi-tour.
Elle est directement liée à la conception rotation de la symétrie centrale, dans son
aspect transformation globale.
- La procédure ponctuelle
Elle consiste à ne considérer que des symétriques de points, judicieusement choisis,
pour déterminer l'image d'une figure. Et à utiliser les théorèmes suivants: « l'image d'un
segment est un segment d'extrémités les images des extrémités du segment initial »,
« l'image d'un cercie est un cercie de centre l'image du cercie initial et de même rayon ».
Cette procédure est liée à la conception homothétie de la symétrie centrale. Elle fait
intervenir la transformation d'un point de vue ponctuel, pour une tâche globale.
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- La procédure semi-ponctuelle
Elle consiste à déterminer le symétrique d'un seul point de la figure, puis à utiliser
les propriétés globales de la transformation pour déterminer le symétrique de l'ensemble.
Considérons la construction de l'image d'un segment. Il peut être déterminé à partir
d'une seule extrémité du segment. Partant de ce point, on construit un segment de même
longueur, de même direction, mais d'orientation opposée. Une formulation possible du
théorème utilisé implicitement ici peut s'énoncer à partir de la notion de vecteur, c'est elle
qui rend le mieux compte des aspects de la procédure: « l'image d'un vecteur (par
l'application vectorielle associée) est un vecteur colinéaire, de même norme, de sens
contraire, d'origine le symétrique de l'origine du vecteur initial. »
2. Observations, résultats
Cette situation a été proposée à trois reprises. La première fois, nous avons observé
l'émergence des figures usuelles: cercle (11 élèves), carré (21), rectangle (19), losange
(5), parallélogramme (5), segment (7) et triangle (16!).
Le centre de symétrie est toujours positionné en dernier, après la construction de la
figure, comme point d'intersection de certains segments. Il semblerait que ce point ne soit
pas considéré par une majorité d'élèves comme un centre de symétrie, mais plutôt comme
un point d'équilibre de la figure, une sorte de centre de gravité.
D'autre part, les constructions s'appuient essentiellement sur des images de
références, culturelles et surtout scolaires, de figures admettant deux axes de symétrie.
Pour faire barrage à l'idée de symétrie axiale, prédominante dans le choix des
figures usuelles, nous avons ajouté une contrainte à la consigne, lors des deux autres
séances (la 8 et la 9). La nouvelle consigne est formulée ainsi « Inventer une figure qui
admet un centre de symétrie, mais pas d'axe de symétrie ». Le verbe d'action a été
changé pour inciter les élèves à se détacher des figures usuelles et à élaborer leur propre
stratégie. Le verbe construire semblait sous-entendre que "la chose" à construire préexiste
à la tâche.
La contrainte «pas d'axe ... » rend a priori la tâche plus complexe, en cela qu'elle
remet en cause les références des élèves, elle nécessite la mobilisation de l'outil symétrie
centrale ou centre de symétrie, mais pas nécessairement indépendamment des repères
d'axes, comme nous allons le voir.
A cette nouvelle consigne, lors des deux autres séances, les figures usuelles
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résistent mal, cependant le carré apparaît encore une fois, le rectangle également, le cercle
est construit par deux élèves, segment et triangle, équilatéral cette fois ci, apparaissent à
trois reprises. A cela il faut ajouter que le parallélogramme non plus ne résiste pas à la
consigne; il est proposé par deux élèves uniquement. Admettrait-il pour les élèves des
axes de symétrie? Est-ce l'utilisation du mot « inventer» qui l'exclut des productions
d'élèves?
Intéressons nous aux procédures de constructions de figures non usuelles répondant
à la consigne (admettant un centre de symétrie, mais pas d'axe de symétrie) sur
l'ensemble des trois séances.
Pour ces productions un point a été choisi pour être le centre d'un demi-tour, puis
devenir le centre de symétrie d'unefigure. La conception rotation de la transformation est
mise en oeuvre comme outil de construction.
.
j
1
•
\
\
,
\
,.
..
,•
1
66
Toutes les autres productions sont caractérisées par une procédure, également non
attendue a priori, qui se caractérise de la façon suivante : le choix d'une figure
prototypique de base, admettant généralement deux axes de symétrie, puis la juxtaposition
à cette figure d'un élément, et enfin la construction utilisant une procédure semi
ponctuelle, du symétrique de cet élément.
Distinguons les productions en fonction du choix de la figure initiale, il n'est pas
anodin et révèle quelques aspects des conceptions des élèves. Trois types de figures sont
choisies pour initialiser une construction :
- une figure usuelle admettant deux axes de symétrie (ou plus), un carré en général,
mais aussi un rectangle, un losange ou un cercle. Ensuite les élèves construisent un
élément et son correspondant par symétrie centrale, de telle sorte que soient disqualifiés
les axes de symétrie au profit du centre. En voici quelques exemples:
- deuxième type de figure choisie: un segment. Même s'il admet comme les figures
de base précédentes deux axes de symétrie, je l'ai mis à part pour deux raisons: les élèves
l'envisagent en général, comme une figure n'admettant qu'un axe de symétrie. Et d'autre
part c'est la figure minimale, faisant a posteriori apparaître le centre de symétrie comme le
milieu d'un segment, et non plus comme le point d'intersection de deux axes. Et en cela
on pourrait établir une liaison avec une conception homothétie de la transformation.
Quelques propositions d'élèves:
Exemples de productions:
Voici comment se répartissent sur les trois séances les productions des élèves en
fonction du choix fait pour lafigure initiale. Je considère également les productions ne
répondant pas à la consigne, mais déterminées par ce choix. Cela concerne uniquement les
figures non usuelles.
En gras, le nombre d'élèves ayant produit au moins une figure non usuelle admettant un centre de symétrie
mais pas d'axe de symétrie. En italique le nombre total d'élèves produisant ce type de figures y compris ceux dont
la procédure n'a pas aboutit, c'est à dire produisant généralement une erreur dans la construction du symétrique de
l'élément juxtaposé à la figure prototypique. La total peut être supérieur à 28, dans la mesure où certains élèves
proposent différents types de figures
1 Il III
figures quelconques 2 2
demi-tour ou composée 3 1 2
figures admettant 3 4 4
deux axes de symétrie 11 7 9
segment 3 9 15
3 la 15
parallélogramme 2 4 4
5 5 4
Comme nous pouvons le constater, les productions sont de plus en plus initialisées
par le choix d'un segment pour figure de base. Cela ne veut pas dire pour autant que les
élèves ont choisi a priori pour centre de symétrie de leur figure le milieu du segment. Il
semblerait au contraire, au vu de l'ensemble des productions, que leurs procédures soient
déterminées à partir d'une perception globale. Ce n'est qu'a posteriori, parl'analyse des
figures produites, que se dégagent différents statuts du centre de symétrie d'une figure
(point d'intersection de deux droites perpendiculaires, milieu d'un segment, point
d'intersection des diagonales d'un parallélogramme).
Finalement la mise en oeuvre de la symétrie centrale intervient uniquement dans un
second temps de leurs constructions, lorsqu'il s'agit de construire le symétrique de
l'élément juxtaposé à la figure de base. Elle s'effectue au travers d'une procédure semi
ponctuelle, qui relève plutôt d'une conception pratique de la transformation, une
quatrième conception de la symétrie centrale relative à ses propriétés globales de
conservation.
Seuls les élèves ayant choisi une figure quelconque utilisent la transformation
suivant une des conceptions relatives à une définition (ici rotation et composée).
Pour conclure sur cette situation, il semble donc que son intérêt réside dans la mise
en évidence des conceptions des élèves, de ce qu'est une figure admettant un centre de
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symétrie, sous son aspect perceptif (global). Celui-ci restant très attaché à une prégnance
des figures admettant deux axes de symétrie. Dans une perspective d'enseignement,
l'analyse a posteriori des productions, que l'on pourrait mener avec les élèves, permettrai
de dégager les différents statuts (ou natures) du centre de symétrie d'une figure.
Je renvoie le lecteur à la partie II. 2 pour la définition des variables de cet exercice,
des procédures cercle et segment, des types d'erreurs « alignement» et «contour », et
de ce que j'ai appelé « l'effet contour ». Et à l'annexe 3 pour l'énoncé et les figures
proposées.
Dressons le tableau des répartitions des différentes procédures utilisées pour les
quatre figures.
La mention indétermination est donnée pour des productions contenant au moins une erreur de
construction, même si par déduction il était possible d'attribuer telle ou telle procédure à l'élève. Cela permet de
renforcer l'aspect « maîtrise d'une procédure ».
i.
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Dans la mesure où ne sont prises en compte dans les trois premières catégories que
des constructions toutes correctes, les élèves de CM2 maîtrisent légèrement mieux leurs
procédures que ceux de cinquième. Les conceptions auxquelles elles se réfèrent sont
sensiblement moins stables pour ces derniers. Les deux conceptions rotation
et homothétie semblent cohabiter plus facilement pour les élèves de CM2, alors qu'au
niveau collège la seconde reste prédominante.
Puisque les principales erreurs des élèves ont porté sur les figures 1 et 3, et parce
l'étude en est plus intéressante, nous allons détailler leurs répartitions, permettant de
comprendre peut-être le nombre important de ce que nous avons appelé procédure
indéterminée. Remarquons que les figures 1 et 3 se distinguent des deux autres par leur
forme courbe, et la position du centre de symétrie.
Figure 3
Figure 1
Erreur 1 8 6
contour-longueur 3,6% 14,3% 10,7%
Erreur 4 3 3 1
con to ur-aligne men t 14,3% 5,4% 10,7% 1,8%
Erreur 1 1 4
1 2 2 3
Non fait 3,6% 3,6% 7,1% 5,4%
22 42 22 42
Nous pouvons faire une autre hypothèse, contraire à la première, basée sur les faits
suivants:
Le processus d'enseignement mis en place avec les élèves de CM2 prend appui sur
l'outil demi-tour. Les repères à prendre pour faire effectuer un demi-tour à une fonne
peuvent se réduire à une droite passant par le centre du demi-tour, d'où l'importance
accordée à l'alignement des points. Il n'est pas nécessaire de considérer de longueur.
En cinquième par contre, la construction du symétrique d'un point se fait en utilisant
une procédure milieu. Le report des longueurs est toujours sollicité. Or il est une erreur
souvent rencontrée à propos du lien entre milieu et longueur, c'est l'implication fausse
pouvant se fonnuler ainsi: «Étant donnés trois points distincts l, A et B, si lA = lB alors
1 est le milieu du segment [AB] ». Sa réciproque est bien évidemment vraie, mais les
notions de propriétés et propriétés réciproques sont encore mal maîtrisées à ce niveau.
Ainsi l'erreur« contour-alignement» serait un effet de la conception rotation (prise
de repères pour effectuer le demi-tour). Et l'erreur « contour-longueur» serait un effet
de la conception homothétie (ambiguïté milieu -longueur).
Ces deux hypothèses contradictoires ne pennettent pas de conclure sur une
éventuelle liaison entre erreur, procédure et conception. Elles permettent d'entrevoir les
limites des modélisations proposées, du fait des imbrications et proximités entre les
différents algorithmes utilisés dans le cadre ponctuel.
Nous ferons l'analyse à partir des résultats obtenus pour la figure 2. Car elle met
aussi en évidence les résultats obtenus pour les autres figures, les régularités, tout en
tenant compte de certaines nuances.
Nous donnons le nombre d'élèves utilisant chacune des procédures définies dans la
partie 111.1, indépendamment des erreurs d'une part, puis le nombre de ceux ayant
71
construit une figure répondant à la consigne. Il peut être intéressant de savoir si une
proce'dure aboutlt
. ou non, et pourquOI..
FIGURE 2 Indépendamment Construction
des erreurs correcte
CM2 Sème CM2 5ème
28 él. 56 él. 28 él. 56 éI.
Procédure 18 4 16 3
calque 64,3% 7,1% 57,1% 5,4%
Procédure 4 9 2 3
semi-ponctuelle 14,3% 16,1% 7,1% 5,4%
Procédure 1 33 1 19
ponctuelle 3,6% 58,9% 3,6% 33,9%
4 10
Non fait 14,3% 17,9%
Total de tracés corrects 19 25
67,9% 44,6%
les élèves de CM2 utilisent très majoritairement le calque, tandis qu'en cinquième la
procédure ponctuelle est privilégiée. Résultat conforme aux spécificités des enseignements
faits à ces deux niveaux. Il est cependant intéressant de constater qu'un nombre non
négligeable d'élèves de primaire mettent en oeuvre des « théorèmes en actes» nécessités
par la procédure semi-ponctuelle.
Quelques remarques concernant le nombre important d'élèves de CM2 utilisant une
procédure calque: la tâche est proposée dans le cadre d'une évaluation. Or ce moment
n'est pas un temps de recherche. Par conséquent les élèves ont recours à l'outil qui fait
référence pour eux, le plus sûr pour aboutir à un résultat juste: le calque. L'éloignement
dans le temps de l'évaluation commune fait apparaître ce que les élèves ont construit de
manière stable. Ils mettent en oeuvre la stratégie ayant fait sens pour eux lors du premier
contact avec cette situation. Une figure admettant un centre de symétrie est une figure
globalement invariante par demi-tour.
Remarquons également qu'aucune propriété de la transformation n'avait été
formulée lors du processus, or classiquement il est évalué ce qui est institutionnalisé, les
élèves se sont peut-être pliés à cet usage.
réinvestissent une procédure cercle ou segment (cadre ponctuel) pour effectuer le demi
tour (un petit manque dans l'analyse a priori de la situation !)
- La procédure ponctuelle fait surgir un nouveau type d'erreur propre aux élèves de
cinquième. Ce ne sont pas à proprement parier des erreurs (constructions fausses
contredisant une condition nécessaire à un juste tracé), ce sont des oublis. Pour construire
le symétrique d'un segment, les élèves construisent bien les symétriques des deux
extrémités, mais oublient de relier les points construits ou bien les relient à d'autres
points.
C'est un signe nous permettant d'affirmer que cette procédure n'a pas pris sens
pour certains élèves comme moyen de transformer globalement une figure. Elle apparaît
comme un algorithme dépourvu de son objectif.
Rappelons une question que se posaient Grenier et Laborde: « L'élève peut-il
réinvestir ses connaissances sur la construction du symétrique d'un point pour construire
le symétrique de n'importe quelle figure? » [1]
Au vu des résultats des élèves de collège, peut-on se risquer à répondre non? Les
connaissances sur la construction du symétrique d'un point ne sont une condition ni
nécessaire, ni suffisante à la construction de symétriques de figures. Cependant c'est un
passage obligé vers l'étude de transformations comme application du plan dans lui-même,
mais ce n'est pas l'objectif de l'enseignement de cette notion en classe de cinquième.
Coloriage 1 et 2 8 9
Coloriage 1 uniquement 3 8
Coloriage 2 uniquement 5 15
Coloriage 1 et 2 Il 19
incorrects 39,3% 33,9%
Aucun coloriage 1 5
3,6% 8,9%
D'ta°l
e 1 S pour chacune des fi19ures:
FIGURE 1 FIGURE 2
Coloriage répondant Il 17 12 24
Ni axe ni centre de 3 1 7 3
symétrie 10,7% 1,8% 25,0% 5,3%
Partage de la figure 2 4
Aucun coloriage 1 8 1 10
3,6% 14,3% 3,6% 17,8%
Rappelons que depuis le cours préparatoire les élèves rencontrent la notion d'axe de
symétrie, mais elle n'est formalisée qu'en sixième pour l'enseignement de la notion de
74
médiatrice, entre autre. Avec les élèves de CM2 nous n'avons pas fait de rappel sur cette
notion, seul un travail en début d'année les y avait confrontés.
Un premier fait étrange, que nous ne détaillerons pas: même proportion d'élèves
produisant un deuxième coloriage correct. Alors que la notion d'axe de symétrie est
fortement institutionnalisée en 6ème. Pourquoi les élèves de cinquième n'ont-ils pas ici un
meilleur taux de réussite?
Par contre la notion de centre de symétrie est visiblement mieux maîtrisée par les
élèves de l'école élémentaire. Il semble qu'elle ait acquis une identité, un statut, du sens,
auprès de ces élèves, contrairement à ceux de cinquième. Sa construction, à partir de
l'outil rotation, indépendamment de la notion d'axe de symétrie pourrait en être la cause.
Aux deux niveaux on observe des confusions entre les deux types d'éléments de
symétrie: présence de deux axes de symétrie pour l'un ou l'autre des coloriages, présence
d'un axe de symétrie pour le premier coloriage. Cependant la proportion d'élèves faisant
cette confusion est plus élevée en cinquième qu'en CM2. Mais d'autre part deux élèves
de CM2, et aucun de cinquième, produisent un centre de symétrie pour les deux
coloriages (effet de contrat ?).
Dans le paragraphe suivant, nous allons confirmer la prégnance de cette notion
d'axe de symétrie pour les élèves de cinquième, et mettre en évidence l'utilisation de la
conception rotation par ceux de CM2.
Dans cet exercice il s'agit pour les élèves de reconnaître parmi un ensemble de
figures, celles qui admettent un centre de symétrie. Les figures proposées sont issues du
manuel «Connaître et pratiquer les mathématiques, 5ème» chez NATHAN. Le
document de l'évaluation est en annexe 4 avec ajout d'une numérotation des figures afin
de faciliter la lecture de l'analyse.
D'un point de vue mathématique on peut classer les figures suivant les isométries
les laissant globalement invariantes:
- symétries axiales, figures admettant un axe de symétrie uniquement;
- rotations paires (angle 2n/n avec n pair), figures admettant uniquement un centre
de symétrie, ou figures admettant un nombre pair d'axes de symétrie et un centre;
- rotations impaires (angle 2n/n avec n impair), figures admettant un nombre impair
(distinct de 1) d'axes de symétrie, ou figures n'admettant ni axe ni centre.
Il est clair que cela ne permet pas suffisaminent de les distinguer suivant leurs
éléments de symétrie. Et on ne peut donc repérer ce sur quoi les élèves appuient leur
reconnaissance. En particulier on ne pourra pas observer les repérages effectués suivant
une conception rotation ou composée.
Voici donc une autre proposition de regroupement:
- les figures admettant uniquement un centre de symétrie (5, 7, Il, 13 et 14),
catégorie « centre ».
- les figures globalement invariantes par rotation impaire (8, 12 et 16), catégorie
« rotation impaire », permettant de repérer une reconnaissance effectuée suivant une
conception rotation.
- les figures admettant un nombre pair non nul d'axes de symétrie (1, 3, 4, 9 et
10), catégorie « axe~ », permettant de repérer une reconnaissance faite suivant une
75
conception composée.
-les figures admettant un nombre impair d'axe(s) de symétrie (2,8 et 17), catégorie
«axe », permettant de repérer l'amalgame entre les deux notions.
- les figures ne possédant ni axe, ni centre de symétrie (6, 15 et 18), catégorie
« N », afin de créer des perturbations pour la reconnaissance. Remarquons que les
figures 15 et 18 peuvent se décomposer en deux éléments dont l'un admet un centre et
l'autre un axe de symétrie.
- Le choix de toutes les figures de la catégorie « centre» et d'au moins une figure
«rotation impaire », à l'exclusion de toute autre, caractérise un repérage par rotation
excluant la conception composée.
- Le choix d'au moins quatre figures parmi les cinq de la catégorie « axe~ », et
d'au plus une de la catégorie « axe» (en général la 8), à l'exclusion de toute autre,
permet de faire l'hypothèse d'un repérage par composée excluant la conception rotation.
Repérage correct 4 10
14,3% 17,9%
3 7
Repérage indéterminé 10,7% 12,5%
Les élèves de collège restent plus sensibles à la notion d'axe de symétrie, mais
suivant deux aspects distincts :
- en attribuant une condition nécessaire à l'existence d'un centre de symétrie, celle
d'être le point d'intersection de deux axes de symétrie. C'est bien sûr la conception
composée qui prédomine à ce point de vue.
- en répondant semble-t-il à une autre consigne, identique à celle de l'évaluation
mais où le terme « centre de symétrie» serait remplacé par« axe de symétrie ».
Le document support des figures proposées pourrait effectivement être accompagné
d'une telle consigne; exercice classique posé dans le cadre de l'étude de la symétrie
orthogonale en classe de sixième.
Encore un effet de contrat didactique, qui n'exclut pas de penser que la notion de
centre de symétrie n'est pas construite par une grande partie des élèves de cinquième.
CONCLUSION
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BIBLIOGRAPHIE
ANNEXE 1
DOCl
DOC 2
80
ANNEXE 2
Contrôle CM2 lundi 20 mai 1996
NOM: Prenom:
Exercice 1
Constructions de points correspondants par un demi-tour.
Pour chaque figure, indiquez précisément où se retrouve le point marqué par une croix
après un demi-tour autour du point rouge, ensuite entourez les figures qui ont un centre de
symétrie.
Exercice 2
Recherche du centre de symétrie d'une figure.
Chaque figure a un centre de symétrie.
A vous de retrouver sa position, en faisant une construction.
JlJ
1
Exercice 3
Compléter des figures.
Complétez les figures pour que le point marqué soit un centre de symétrie.
Exercice 4
Reconnaître des figures ayant un centre de symétrie et le construire.
Parmi les figures de la deuxième feuille, certaines ont un centre de symétrie. A vous de les
trouver et de construire en rouge le centre de symétrie.
81
ANNEXE 3
Exercice 1
Construction de points correspondants par un demi-tour.
Pour chaque figure, indiquez précisément où se trouve le point marqué par une croix
après un demi-tour autour du point noir (c'est à dire son symétrique par rapport au point
noir).
Exercice 2
Compléter les figures
Complétez les figures pour que le point marqué soit un centre de symétrie.
v_
Lf1J
Exercice 3
Coloriez la figure 1 pour que cette figure avec son coloriage ait un centre de symétrie mais
pas d'axe de symétrie.
Coloriez la figure 2 pour que cette figure avec son coloriage ait un axe de symétrie mais
pas de centre de symétrie.
1 2
Exercice 4
Reconnaître unefigure ayant un centre de symétrie.
Entourez sur la deuxième feuille distribuée toutes les figures qui ont un centre de
symétrie, et marquez en rouge la position du centre de symétrie.
82
ANNEXE 4
• 7
10
ft u
17
18
l'
l '