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Formes Quadratiques

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Formes quadratiques

J. Le Borgne

Table des matières


1 Espaces quadratiques 1
1.1 Définitions et premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2 Orthogonalité et dualité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3

2 Classification 4
2.1 Rang et discriminant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
2.2 Bases orthogonales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
2.3 Espaces quadratiques sur un corps algébriquement clos . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6
2.4 Espaces quadratiques réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 7
2.5 Espaces quadratiques sur les corps finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8

3 Groupe orthogonal d’une forme quadratique 8


3.1 Théorème de Cartan-Dieudonné . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
3.2 Groupes orthogonaux réels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.2.1 Les groupes O(s, t) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
3.2.2 Le groupe O(3, 1) et l’espace-temps de Minkowski (garanti sans théorème) . . . 10

4 Théorie de Witt 11
4.1 Prolongement des isométries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
4.2 Théorème de Witt . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

1 Espaces quadratiques
Soit K un corps de caractéristique différente de 2.

1.1 Définitions et premières propriétés


Définition 1. Soit E un K-espace vectoriel. Une forme quadratique sur E est une application q : E → K
telle que :
— pour tout λ ∈ K et x ∈ E, q(λx) = λ2 q(x),
— l’application (x, y) 7→ q(x + y) − q(x) − q(y) est une forme bilinéaire symétrique.
Proposition 1. Soit q une forme quadratique sur E, alors b : (x, y) 7→ 12 (q(x + y) − q(x) − q(y)) est
l’unique forme bilinéaire symétrique telle que pour tout x ∈ E, b(x, x) = q(x). On l’appelle forme polaire
de q.
Exemple 1. Si f, g sont des formes linéaires, f g est une forme quadratique dont la forme polaire est
(x, y) 7→ 21 (f (x)g(y) + f (y)g(x)). En particulier, le carré d’une forme linéaire est une forme quadratique,
et donc une combinaison linéaire de carrés de formes linéaires est une forme quadratique.
Définition 2. On appelle espace quadratique sur K la donnée d’un couple (E, q) où E est un K-espace
vectoriel et q est une forme quadratique sur E.
Lemme 1 (Écriture en coordonnées). Soit (E, q) un espace quadratique de forme polaire b. Soit (e1 , . . . , en )

P
une base de E. On note xi = ei et aij = b(ei , ej ) pour 1 6 i, j 6 n. Alors on a q = 16i,j6n aij xi xj .

1
Démonstration. Soit x ∈ E, on note ξi = xi (x) = e∗i (x). On a alors, par bilinéarité de b :
X X
q(x) = b(x, x) = aij ξi ξj = aij xi (x)xj (x).
16i,j6n 16i,j6n

c.q.f.d.

Définition 3. On dit que x ∈ E est isotrope si q(x) = 0.


Le cône isotrope de q, noté I(q) est l’ensemble des vecteurs isotropes.
Le noyau de q, noté N (q), est l’ensemble des x ∈ E tels que pour tout y ∈ E, b(x, y) = 0.

Remarque 1. On a toujours N (q) ⊂ I(q), mais on n’a pas égalité en général. Par exemple, pour la forme
quadratique q(x) = e∗1 e∗2 en dimension 2, on a I(q) = Ke1 ∪ Ke2 et N (q) = {0}.

Remarque 2. La restriction d’une forme quadratique à un sous-espace vectoriel est toujours une forme
quadratique.

Théorème 1. Soit q une forme quadratique sur E de forme polaire b. L’application :

E → E∗
Φ : E → K
x 7→ Φx :
y 7→ b(x, y)

est bien définie et linéaire. Son noyau est N (q).

Démonstration. Immédiat. c.q.f.d.

Corollaire 1. Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie. L’application Φ est un isomorphisme si et


seulement si N (q) = {0}.

Définition 4. On dit que l’espace quadratique (E, q) est non dégénéré si N (q) = {0}. De manière équiva-
lente, un espace quadratique est non dégénéré lorsque l’application Φ du théorème 1 est un isomorphisme.

Lemme 2. Soit (E, q) un espace quadratique de dimension finie, soit B une base de E et soit B ∗ sa base
duale. Alors on a MatB,B∗ (Φ) = (b(ei , ej )).

Démonstration. Le résultat du calcul est immédiat. c.q.f.d.

La matrice M décrite dans le lemme 2 s’appelle la matrice de la forme quadratique q dans la base B.

Définition 5. Soient (E, q), (E 0 , q 0 ) des espaces quadratiques. Un morphisme d’espaces quadratiques est
une application linéaire u : E → E 0 telle que q 0 ◦ u = q. Un tel morphisme est un isomorphisme si c’est un
isomorphisme d’espaces vectoriels.

Remarque 3. Cette définition présente un intérêt, car si u est linéaire et q 0 est une forme quadratique,
alors q 0 ◦ u est une forme quadratique. Si b0 est la forme polaire de q 0 , alors la forme polaire de q = q 0 ◦ u
est b : (x, y) 7→ b0 (u(x), u(y)).

Exemple 2. Soit K vu comme K-espace vectoriel de dimension 1. Les formes quadratiques sur K sont les
applications de la forme x 7→ λx2 , avec λ ∈ K ; on note (K, λ) l’espace quadratique associé à la forme
quadratique x 7→ λx2 . Les applications linéaires sont les applications de la forme x 7→ ax. Ainsi, un
morphisme (K, λ) → (K, µ) est une homothétie de rapport a, a vérifiant la relation µa2 = λ. Ainsi, il
existe un tel morphisme si et seulement si λ = 0 ou bien µ/λ ∈ (K × )2 . En particulier, (K, λ) et (K, µ)
sont isomorphes si et seulement si λ et µ ont la même classe dans K/(K × )2 .

Exemple 3. Soit E = K 2 . On note x1 = e∗1 et x2 = e∗2 , et on considère les formes quadratiques q = x21 −x22
et q 0 = x1 x2 . Alors, l’unique application linéaire u telle que u(e1 ) = e1 + e2 et u(e2 ) = e1 − e2 vérifie
q 0 ◦ u = q. Comme u est bijective, ces deux espaces quadratiques sont isomorphes.

2
1.2 Orthogonalité et dualité
Définition 6. Soit (E, q) un espace quadratique de forme polaire b. On dit que x, y ∈ E sont orthogonaux
si b(x, y) = 0.
Si A ⊂ E, l’orthogonal de A est A⊥ = {y ∈ E | ∀x ∈ A, b(x, y) = 0}.

Exemple 4. On a E ⊥ = N (q). Si F est un sous-espace vectoriel, le noyau de la restriction de q à F est


F ∩ F ⊥.

Lemme 3. Soit (E, q) un espace quadratique, et soit π : E → E/N (q) la projection canonique. La forme
polaire b induit par passage au quotient une forme bilinéaire b̄ sur E/N (q) dont la forme quadratique
associée q̄ : E/N (q) → K est un morphisme d’espaces quadratiques.

Démonstration. L’existence de b̄ est justifiée par deux applications successives de la propriété uni-
verselle du quotient. La forme quadratique q̄ est alors bien définie, et vérifie bien q̄ ◦ π = q : c’est
un morphisme d’espaces quadratiques. Pour voir que q̄ est non dégénérée, il suffit de montrer que
N (q̄) = {0}. Par définition, on a π(x) ∈ N (q̄) si et seulement si pour tout y ∈ E, b(π(x), π(y)) = 0,
c’est-à-dire si b(x, y) = 0. Ainsi, π(x) ∈ N (q̄) si et seulement si x ∈ N (q), autrement dit si π(x) = 0.
Cela montre que q̄ est non dégénérée. c.q.f.d.

Proposition 2. Soit (E, q) un espace quadratique et soit F ⊂ E un supplémentaire de N (q) dans E.


Alors le morphisme canonique (E, q) → (E/N (q), q̄) induit un isomorphisme d’espaces quadratiques
(F, q|F ) → (E/N (q), q̄).

Démonstration. Comme π est la projection canonique sur E/N (q) et que F est un supplémentaire de
N (q), π|F : F → E/N (q) est un isomorphisme. D’après le lemme 3, c’est aussi un morphisme d’espaces
quadratiques. c.q.f.d.

Remarque 4. Cette proposition montre que la classe d’isomorphisme de (F, q|F ) ne dépend pas du choix
de F . La classe d’isomorphisme d’un espace quadratique est entièrement déterminée par (la dimension de)
son noyau et la classe d’isomorphisme de n’importe quel supplémentaire du noyau.

On rappelle que la notion d’orthogonalité est définie dans le cadre de la dualité : l’orthogonal A0
(pour la dualité) d’une partie A de E est l’ensemble des formes linéaires ϕ qui s’annulent sur A.

Proposition 3. Soient A, B ⊂ E, alors :


— A0 est un sous-espace vectoriel de E ∗ ,
— (Vect A)0 = A0 ,
— Si A ⊂ B, alors B 0 ⊂ A0 ,
— A0 + B 0 ⊂ (A ∩ B)0 , (A ∪ B)0 = A0 ∩ B 0 ,
— Si E est de dimension finie, on a dim A0 + dim VectA = dim E.

Démonstration. Le seul point dont la vérification n’est pas immédiate est le dernier. Il suffit de le
démontrer dans le cas où A est un sous-espace vectoriel (que nous noterons F ). On dispose de la
projection canonique π : E → E/F . Son application transposée est t π : (E/F )∗ → E ∗ . Par propriété
universelle du quotient, t π induit une bijection (E/F )∗ → F 0 . Le résultat en découle par la formule
dim F + dim E/F = dim E. c.q.f.d.

Lemme 4. Soit (E, q) un espace quadratique et soit Φ l’application linéaire canonique E → E ∗ . Soit
A ⊂ E, alors A⊥ = Φ−1 (A0 ).

Démonstration. On raisonne par double inclusion. Soit y ∈ A⊥ , et soit ϕ = Φ(y). Alors, si x ∈ A, on


a ϕ(x) = b(x, y) = 0. Ainsi, ϕ ∈ A0 et y ∈ Φ−1 (A0 ). Réciproquement, soit ϕ ∈ A0 . Supposons qu’on
dispose de y ∈ E tel que Φ(y) = ϕ. Alors, pour tout x ∈ A, ϕ(x) = 0 et donc b(x, y) = 0 : on a bien
y ∈ A⊥ . c.q.f.d.

Corollaire 2. Soit (E, q) un espace quadratique non dégénéré. Soient A, B ⊂ E, alors :


— A⊥ est un sous-espace vectoriel de E,

3
— (Vect A)⊥ = A⊥ ,
— A ⊂ (A⊥ )⊥ ,
— Si A ⊂ B, alors B ⊥ ⊂ A⊥ ,
— (A ∪ B)⊥ = A⊥ ∩ B ⊥ ,
— A⊥ + B ⊥ ⊂ (A ∩ B)⊥ ,
— dim A⊥ + rg A = dim E.

Démonstration. L’hypothèse de non dégénérescence montre que Φ est un isomorphisme, qui induit
donc une bijection entre A0 et A⊥ pour tout A ⊂ E. Le résultat découle alors de la proposition
3. c.q.f.d.

Corollaire 3. Soit (E, q) un espace quadratique non dégénéré, et soit F un sous-espace vectoriel de E.
Alors (F, q|F ) est non dégénéré si et seulement si F ⊕ F ⊥ = E.

Démonstration. Le corollaire 2 montre que dim F +dim F ⊥ = dim E, donc F ⊕F ⊥ = E si et seulement


si F ∩ F ⊥ = {0}. Or, on a vu que F ∩ F ⊥ = N (q|F ), ainsi cette intersection est réduite à {0} si et
seulement si (F, q|F ) est non dégénéré. c.q.f.d.

2 Classification
Le but de cette partie est de présenter la classification des formes quadratiques sur différents corps,
c’est-à-dire de décrire les classes d’isomorphisme d’espaces quadratiques. Comme le laisse penser le cas
de la dimension 1, cette classification dépend en effet du corps de base (notamment par l’intermédiaire
du groupe K × /(K × )2 ).

2.1 Rang et discriminant


Dans un premier temps, nous identifions deux invariants qui permettent de dégrossir la classifica-
tion.

Définition 7. Soit (E, q) un espace quadratique. On appelle rang de cet espace quadratique le rang de
l’application linéaire Φ associée dans le théorème 1.

Lemme 5. Soient (E, q) et (E 0 , q 0 ) des espaces quadratiques, et soit u : E → E 0 un morphisme d’espaces


quadratiques. Soit Φ (resp. Φ0 ) l’application linéaire E → E ∗ (resp. E 0 → (E 0 )∗ ) associée à q (resp. à q 0 ).
Alors le diagramme suivant est commutatif :
Φ
E E∗
u tu .
E0 (E 0 )∗
Φ0

Démonstration. Si on note b, b0 les formes polaires respectives de q et q 0 , on a vu que pour tout (x, y) ∈
E 2 , b0 (u(x), u(y)) = b(x, y). Cela signifie que Φ0 (u(x))(u(y)) = Φ(x, y), c’est-à-dire que t u ◦ Φ0 ◦ u = Φ.
Cette relation traduit précisément la commutativité du diagramme de l’énoncé. c.q.f.d.

Proposition 4. Le rang d’un espace quadratique est invariant par isomorphisme.

Démonstration. Si u : E → E 0 est un isomorphisme, alors t u est aussi un isomorphisme, et la commu-


tativité du diagramme du lemme 5 montre que rg Φ = rg Φ0 . c.q.f.d.

Proposition 5. Soit (E, q) un espace quadratique et soit B une base de E. Soit M = MatB (q) =
MatB,B∗ (Φ). Alors detM ne dépend de B qu’à multiplication par un carré près ; la classe de detM dans
K/(K × )2 ne dépend pas de B.

Démonstration. Si B 0 est une autre base de E et P est la matrice de passage de B à B 0 , alors en notant
M 0 = MatB0 (q), le lemme 5 montre qu’on a t (P −1 )M 0 (P −1 ) = M , c’est-à-dire M 0 =t P M P . c.q.f.d.

4
Définition 8. Soit (E, q) un espace quadratique et soit B une base de E. Alors le discriminant de q est la
classe de detMatB (q) dans K/(K × )2 .

Corollaire 4. Le discriminant d’un espace quadratique est invariant par isomorphisme.

Démonstration. La relation t uΦ0 u = Φ du lemme 5 et le fait qu’une matrice et sa transposée ont


le même déterminant montrent que detM 0 et detM sont égaux à multiplication par un carré près.
c.q.f.d.

2.2 Bases orthogonales


Soit F une famille de représentants dans K de K/(K × )2 .

Théorème 2 (Existence d’une base orthogonale). Soit (E, q) un espace quadratique, alors il existe une
base (e1 , . . . , en ) de E constituée de vecteurs deux à deux orthogonaux et telle que pour tout 1 6 i 6 n,
q(ei ) ∈ F.

Démonstration. Par récurrence sur n = dim E. Si n = 0, le résultat est immédiat. Supposons-le acquis
en dimension n, et supposons que dim E = n + 1. Si q est dégénérée, on dispose de x ∈ N (q) non
nul. Si F ⊂ E est un supplémentaire de x, alors par hypothèse de récurrence F admet une base
orthogonale dont l’image par q est dans F, et x complète cette base en une base orthogonale de E
dont l’image par q est dans F (puisque q(x) = 0 ∈ F.).
On est donc ramené au cas où q est non dégénérée. Dans ce cas, on dispose de x ∈ E telle que
q(x) 6= 0. Soit F = Vect(x), alors q|F est non dégénérée, et donc E = F ⊕ F ⊥ . En outre, on dispose de
λ ∈ K × tel que q(λx) = λ2 q(x) ∈ F. On conclut comme précédemment en prenant par hypothèse de
récurrence une base orthogonale de F ⊥ que l’on complète par λx. c.q.f.d.

Remarque 5. Si e1 , . . . , en est une base orthogonale pour q, le rang de la forme quadratique q est le
nombre i tels que q(ei ) 6= 0. En effet, dans cette base, la matrice de q est diagonale et les coefficients
diagonaux sont les q(ei ).

En adoptant le point de vue des coordonnées, le théorème précédent peut se reformuler ainsi :

Corollaire 5. Soit (E, q) un espace quadratique. Alors P il existe une famille libre de formes linéaires
f1 , . . . , fr et des scalaires λ1 , . . . , λr non nuls tels que q = ri=1 λi fi2 .

Démonstration. Soit e1 , . . . , en une base orthogonale pour q dont l’image est dans F. Posons pour tout
1 6 i 6 n, fi = e∗i et q(ei ) = λi ∈ F. Quitte à permuter les vecteurs de base, on peut supposer que
λ1 , . . . , λr sont non nuls, et λr+1 = · · · =
Pλr n = 0. Pn
Soit P x ∈ E, on a par définition x = 2
i=1 fi (x)ei . Ainsi, q(x) = i=1 q(ei )fi (x) , c’est-à-dire que
r 2
q = i=1 λi fi . La famille f1 , . . . , fr est libre car c’est une sous-famille de la base f1 , . . . , fn . c.q.f.d.

Remarque
Pr 6. Réciproquement, si f1 , . . . , fr est une famille libre de formes linéaires telles que q =
λ f 2 avec λ ∈ F, on peut compléter cette famille en une base f , . . . , f de E ∗ , et le calcul de
i=1 i i i 1 n
la preuve précédente montre que la base antéduale e1 , . . . , en est orthogonale pour q et a son image dans
F. De plus λi fi = b(ei , ·).

Remarque 7. La démonstration du corollaire montre aussi que l’entier r est égal au rang de q, puisque
c’est le nombre de i tels que q(ei ) 6= 0 pour une base orthogonale ei . En particulier, il est indépendant de
l’écriture en combinaison linéaire de carrés de formes linéaires indépendantes.

Décrivons maintenant un algorithme permettant de calculer directement une telle famille f1 , . . . , fr .

Proposition 6. L’algorithme de Gauss termine et renvoie le résultat attendu.

Démonstration. Pour S = [(fi , λi ), 1 6 i 6 r], on note Q(S) = ri=1 λi fi2 . On montre que :
P
— à chaque passage dans l’une des boucles “Tant que” internes, le nombre de variables de q
diminue strictement ;

5
P
Entrées : Une forme quadratique q écrite en coordonnées : q = 16i6j6n aij xixj .
Output : Une famille de formesP linéaires indépendantes f1 , . . . , fr et des scalaires λ1 , . . . , λr
non nuls tels que q = ri=1 λi fi2 .
1 S := ∅ ;
2 tant que q 6= 0 faire
3 tant que il existe 1 6 i 6 n tel que aii 6= 0 faire
4 trouver i minimal tel que aii 6= 0 ;
a
f ← xi + nj=i+1 aijii xj ;
P
5
6 q ← q − aii f 2 ;
7 S ← S + [(f, aii )] ;
8 fin
9 tant que pour tout 1 6 i 6 n, aii = 0 faire
10 j) minimal tel que aij 6= 0 ;
trouver (i, P
a
11 g1 ← xi + nk=j+1 ajk ij
xk ;
Pn aik
12 g2 ← xj + k=j+1 aij xk ;
13 q ← q − aij g1 g2 ;
g1 −g2
S ← S + [ g1 +g
 
4 , −aij ]
2
14 4 , aij ,
15 fin
16 fin
17 retourner S
Algorithme 1 : Algorithme de réduction de Gauss

— q + Q(S) est un invariant de boucle ;


— à chaque étape, la famille de formes linéaires données dans S est libre.
Pour le premier point, il suffit de remarquer que q − aii f 2 ne dépend plus de xi (c’est-à-dire que c’est
une combinaison linéaire des xj xk avec j, k > i) ; de même, q − aij g1 g2 ne dépend plusde xi et xj .
Pour le deuxième point, c’est immédiat si on note que g1 g2 = 14 (g1 + g2 )2 − (g1 − g2 )2 .
Pour le dernier point, on voit que par construction, dans la base (x1 , . . . , xn ) de E ∗ , la famille fi s’écrit
à l’aide d’une matrice triangulaire inférieurepar blocs dont
 les blocs diagonaux sont de taille 1 avec
1/4 1/4
le coefficient 1, ou de taille 2 et de la forme . c.q.f.d.
1/4 −1/4

Exemple 5. Soit q(x, y, z, t) = xy + yz + zt. Les étapes de l’algorithme donnent les écritures suivantes :

q = (x + z)y + zt
= 14 (x + y + z)2 − 14 (x − y + z)2 + zt
= 41 (x + y + z)2 − 14 (x − y + z)2 + 14 (z + t)2 − 41 (z − t)2 .

On verra dans la partie suivante que cet algorithme est surtout utile pour calculer la signature
d’une forme quadratique réelle.

2.3 Espaces quadratiques sur un corps algébriquement clos


Théorème 3. Deux espaces quadratiques sur un corps algébriquement clos sont isomorphes si et seulement
si ils ont même dimension et même rang.

Démonstration. Comme K est algébriquement clos, K/(K × )2 = {0̄, 1̄}. Le théorème d’existence de
bases orthogonales montre qu’un espace quadratique de dimension n et de rang r est isomorphe
à (K n , qr ) où qr (x1 , . . . , xn ) = x21 + · · · + x2r . Il y a donc une seule classe d’isomorphisme de tels
espaces. c.q.f.d.

Remarque 8. L’argument précédent reste valable dès que K × /(K × )2 = {1̄}, c’est-à-dire dès que K est
quadratiquement clos (tout élément de K admet une racine carrée). C’est par exemple le cas pour le corps
des nombres constructibles.

6
2.4 Espaces quadratiques réels
Théorème 4 (Théorème d’inertie de Sylvester). Soit (E, q) un espace quadratique sur R. Alors il existe
une base orthogonale de E, (e1 , . . . , en ), et des entiers (s, t) tels que :
— q(e1 ) = · · · = q(es ) = 1,
— q(es+1 = · · · = q(es+t ) = −1,
— ∀i > s + t, q(ei ) = 0.
Les entiers s et t ne dépendent pas de la base choisie.

Démonstration. L’existence est une application directe du théorème 2. Pour l’unicité, supposons qu’on
dispose d’une autre telle base (e01 , . . . , e0n ) associée aux entiers (s0 , t0 ). Montrons que la famille (e1 , . . . , es , e0s0 +1 , . . . , e
est libre dans E/N (q).
P0
On suppose qu’on a une relation de la forme : ri=1 λi ei = z + tj=1 µj e0j+s0 , avec z ∈ N (q). En
P
P0
appliquant q, on obtient ri=1 λ2i = − tj=1 µ2j . Il en résulte que tous les coefficients sont nuls, donc
P
la famille considérée est libre dans E/N (q).
Maintenant, on a s + t0 6 dim E/N (q) = rg q = s + t = s0 + t0 , d’où t0 6 t et s 6 s0 . Par symétrie, on a
les inégalités contraires, donc s = s0 et t = t0 . c.q.f.d.

Définition 9. Pour (E, q) un espace quadratique sur R, le couple (s, t) obtenu dans le théorème de
Sylvester s’appelle la signature de q.

Corollaire 6. Deux espaces quadratiques réels sont isomorphes si et seulement s’ils ont la même dimension
et la même signature.

Remarque 9. — On peut généraliser la notion de signature aux formes quadratiques sur un corps
K ordonné ; le même argument que ci-dessus montre que le nombre de i tels que q(ei ) > 0 et le
nombre de i tels que q(ei ) < 0 sont indépendants du choix d’une base orthogonale.
— Si K est un corps réels clos (c’est-à-dire ordonné tel que tout élément positif soit un carré et tel
que tout polynôme de degré impair admette une racine) alors le résultat de classification sur R est
aussi vrai sur K. C’est par exemple le cas pour Q ∩ R.

Exemple 6. Soit P ∈ R[X]. Soient Pn λ1 , k. . . , λn les racines complexes de P . Pour k > 0, la k-ème somme
de Newton est le nombre sk = i=1 λi . Comme c’est un polynôme symétrique en les λi , c’est en fait
un nombre réel quiPpeut s’exprimer comme un polynôme Pn enPles coefficients dePP . LaPforme quadratique
q(x0 , . . . , xn−1 ) = k,` sk+` xk x` peut se réécrire q = i=1 k,` λi xk x` = ni=1 ( k λki xk )2 . En sépa-
k+`

rant les racines réelles et les racines complexes non réelles, que l’on peut rassembler par paires conjuguées,
on voit grâce à cette écriture que la signature de cette forme quadratique est (r + s, s) où r est le nombre
de racines réelles distinctes et s est le nombre de racines complexes non réelles distinctes ; en particulier, on
peut déterminer le nombre de racines réelles et le nombre de racines complexes en calculant cette signature,
ce qui est possible car les sk peuvent être calculés à partir des coefficients de P sans le factoriser.

Corps réels clos.

Un corps réel clos est un corps K ordonné, c’est-à-dire muni d’un ordre total 6 compatible avec les
opérations (i.e., si a 6 a0 et b 6 b0 alors a + b 6 a0 + b0 , et si 0 6 a et 0 6 b, alors 0 6 ab), et tel que :
— tout nombre positif est un carré ;
— tout polynôme de degré impair admet une racine.
Les propriétés suivantes sont équivalentes :
— K est un corps réel clos ; √
— K n’est pas algébriquement clos, mais K( −1) est algébriquement clos ;
— K n’est pas algébriquement clos et sa clôture algébrique est une extension finie de K ;
— K est un corps ordonné et le théorème des valeurs intermédiaires est vrai pour cet ordre.

7
2.5 Espaces quadratiques sur les corps finis
Dans cette sous-partie, K désigne un corps fini de caractéristique différente de 2. On notera q le
cardinal de K.
q−1
Lemme 6. Le groupe (K × )2 est d’indice 2 dans K × . En particulier, il y a 2 carrés non nuls dans K.

Démonstration. Le morphisme x 7→ x2 a pour image (K × )2 et pour noyau {±1} qui est d’ordre 2.
c.q.f.d.
q−1
Remarque 10. Un élément a ∈ K × est un carré si et seulement si a 2 = 1. En effet, il est clair qu’un
q−1
carré doit vérifier cette relation, et la réciproque découle du fait que le polynôme X 2 − 1 possède au plus
q−1
2 racines, donc les carrés sont précisément ces racines.

Lemme 7. Soient a, b ∈ K non nuls, et soit c ∈ K. Alors l’équation ax2 + by 2 = c admet une solution
dans K 2 .

Démonstration. Les ensembles {ax2 , x ∈ K} et {c − by 2 , y ∈ K} sont tous deux en bijection avec les
carrés de K, donc de cardinal q+1
2 . Leur intersection est donc non vide. c.q.f.d.

Proposition 7. Soit (E, q) un espace quadratique sur K de dimension n et de rang r. Soit d ∈ K × un


représentant du discriminant de (E/N (q), q̄). Alors (E, q) est isomorphe à (K n , qr,d ) où qr = x21 + · · · +
x2r−1 + dx2r .

Démonstration. Il suffit de démontrer le résultat pour E/N (q), on peut donc supposer r = n. On
procède
Pn alors par récurrence sur n. En fixant une base orthogonale, on se ramène au cas où q =
2
i=1 λi xi , avec les λi dans F.
En dimension 1, le résultat est connu.
Supposons n > 2. D’après le lemme 7, on dispose de z ∈ E tel que q(z) = 1. Soit alors F = Vect(z)⊥ ,
par hypothèse de récurrence le résultat vaut pour F . Par ailleurs, d = 1 × disc(F ). Cela montre le
résultat pour E. c.q.f.d.

Corollaire 7. Deux espaces quadratiques sur K sont isomorphes si et seulement s’ils ont même dimension,
même rang et si les espaces quadratiques non dégénérés canoniquement associés (par quotient par le
noyau) ont le même discriminant.

Démonstration. Immédiat. c.q.f.d.

Remarque 11. En particulier, la classe d’isomorphisme d’un espace quadratique non dégénéré sur un
corps fini est déterminée par son discriminant (ce qui se résume à savoir si le déterminant de la matrice
correspondante est un carré ou non).

Exemple 7. Le dénombrement de l’ensemble des p-uplets (x1 , . . . , xp ) ∈ Fpq tels que pi=1 x2i = 1, fait
P
de deux façons différentes en utilisant ce théorème, conduit à une démonstration de la loi de réciprocité
quadratique : c’est un développement classique.

Remarque 12. Ici, l’argument clé est que toute forme quadratique de rang au moins 2 prend la valeur 1 ;
ceci est bien sûr faux dans le cas réel puisqu’il existe des formes quadratiques négatives.

3 Groupe orthogonal d’une forme quadratique


Dans cette section, on étudie le groupe des isométries d’un espace quadratique, c’est-à-dire le
sous-groupe de GL(E) défini par :

O(q) = {u ∈ GL(E) | u ◦ q = u}.

8
3.1 Théorème de Cartan-Dieudonné
Définition 10. Soit (E, q) un espace quadratique de forme polaire b, et soit z ∈ E non isotrope (c’est-à-
dire tel que q(z) 6= 0. La réflexion d’axe z est l’application linéaire σz définie par la formule :
b(x, z)
σz (x) = x − 2 z.
q(z)
Lemme 8. Les réflexions sont des isométries involutives.
Démonstration. Soit x ∈ E, et soit u la réflexion d’axe z. Alors :
b(x, z)2 b(x, z)2
q(u(x)) = b(x, x) − 4 +4 q(z) = b(x, x) = q(x).
q(z) q(z)2

Enfin, σz2 (x) = σz (x) + 2 b(x,z)


q(z) z = x, ce qui montre l’involutivité. c.q.f.d.

Remarque 13. Soit u la réflexion d’axe z. Alors la restriction de u à {z}⊥ est l’identité, et u(z) = −z.
On rappelle qu’un sous-espace est dit totalement istrope s’il est contenu dans I(q).
Lemme 9. Si (E, q) est non dégénéré et F ⊂ E est totalement isotrope, alors 2 dim F 6 dim E
Démonstration. Si F est totalement isotrope alors F ⊂ F ⊥ , donc dim F 6 dim F ⊥ . Ainsi, 2 dim F 6
dim F + dim F ⊥ = dim E. c.q.f.d.
Théorème 5 (Cartan-Dieudonné). Soit (E, q) un espace quadratique non dégénéré de dimension n. Alors
tout élément de O(q) est produit d’au plus n réflexions.
Démonstration. Soit u ∈ O(q), on procède par récurrence sur n.
Si n = 0, alors u = idE et donc u est produit de 0 réflexions.
Supposons le résultat acquis en dimension n − 1 et démontrons-le en dimension n. Pour cela, on
considère trois cas :
Cas 1. Il existe x ∈ E tel que u(x) = x et q(x) 6= 0.
Alors D = Vect(x) et F = D⊥ sont stables par u, l’espace quadratique F est non dégénéré, et E =
D ⊕ F . Par hypothèse de récurrence, il existe x1 , . . . , xk ∈ F tel que u|F = σx1 · · · σxk (avec k 6 n − 1).
Les applications u et σx1 · · · σxk coïncident aussi sur D, elles sont donc égales.
Cas 2. Il existe x ∈ E tel que et q(x) 6= 0 et q(u(x) − x) 6= 0.
Alors D = Vect(x) et F = D⊥ sont stables par u. De plus, un calcul immédiat montre que u(x) + x ∈
D⊥ . Posons alors z = u(x) − x, on a σz (u(x) − x) = −u(x) + x et σz (u(x) + x) = u(x) + x. Ainsi,
σz (u(x)) = x, de sorte que σz ◦ u admet x comme point fixe. Comme q(x) 6= 0, on est ramené au cas
1 : σz ◦ u est produit d’au plus n − 1 réflexions, donc u est produit d’au plus n réflexions.
Cas 3. Pour tout x ∈ E tel que q(x) 6= 0, on a q(u(x) − x) = 0.
Soit x ∈ E tel que q(x) 6= 0. Supposons dim E = 2, et soit D = Vect(x). On a alors E = D ⊕ D⊥ , et
D⊥ est une droite non isotrope. Or x − u(x) ∈ D⊥ et est isotrope, c’est donc que x = u(x), et on est
encore ramené au cas 1.
On suppose maintenant que dim E > 3 et que l’on ne se trouve pas dans l’un des deux premiers cas.
Alors ker(u − id) ⊂ I(q). Montrons que Im(u − id) ⊂ I(q). Soit x ∈ E, si q(x) 6= 0 alors comme on
n’est pas dans le cas 2, q(u(x) − x) = 0. Soit alors x ∈ E tel que q(x) = 0. On a dim Vect(x)⊥ =
dim E − dim Vect(x) > (dim E)/2, donc Vect(x)⊥ 6⊂ I(q) : on dispose de z ∈ Vect(x)⊥ tel que q(z) 6= 0.
On a alors q(x+z) = q(x−z) = q(z) 6= 0, et comme on n’est pas dans le cas 2, q(u(x+z)−(x+z)) = 0,
q(u(x − z) − (x − z)) = 0, et q(u(z) − z) = 0. La combinaison de ces trois relations montre que
q(u(x) − x) = 0. Pour conclure, remarquons que le théorème du rang montre que dim ker(u − id) =
rg(u−id) = (dim E)/2 ; en particulier, dim E. Enfin, remarquons que Im(u−id) = ker(u−id) : en effet,
ces deux sous-espaces sont orthogonaux (si u(x) = x, alors b(u(y) − y, x) = b(u(y), u(x)) − b(y, x) = 0)
et donc leur somme est totalement isotrope. Ainsi, la matrice de u − idE dans une base adaptée est
triangulaire supérieure par blocs, avec 2 blocs diagonaux de taille (dim E)/2 et nuls. On a det(u) = 1 ;
en particulier, si q(x) 6= 0, u ◦ σx est de déterminant −1 et donc nécessairement dans le cas 1 ou 2.
C’est un produit d’un nombre impair de réflexions, qui est donc < dim E, et on obtient le résultat en
composant par σx . c.q.f.d.

9
Ce théorème est en particulier vrai pour les groupes O(n), n ∈ N qui sont les groupes orthogonaux
« classiques » des espaces euclidiens Rn . Notons par exemple que tout élément de O(2) est produit d’au
plus 2 réflexions (plus précisément, toute rotation non triviale est produit de deux réflexions dont les
axes forment un angle moitié de l’angle de la rotation).

3.2 Groupes orthogonaux réels


3.2.1 Les groupes O(s, t)
On note O(s, t) le groupe orthogonal de la forme quadratique de signature (s, t) sur Rs+t . Remar-
quons tout d’abord que si q est de signature (s, t), alors le lieu d’équation {q = α} est homéomorphe
à Sp × Rq si α > 0, et le lieu d’équation {q > 0} est homéomorphe à Sp × Rq × R∗+ .
On a O(s) × O(t) comme sous-groupe compact de O(s, t). Le sous-groupe SO+ (s, t) est constitué des
matrices dont les 2 blocs diagonaux sont de déterminant positif.
Voir Perrin pour d’autres propriétés....

3.2.2 Le groupe O(3, 1) et l’espace-temps de Minkowski (garanti sans théorème)


Dans la théorie de la relativité restreinte, on identifie l’espace-temps ambiant à l’espace R4 , que
l’on munit de la forme q : (x, y, z, t) 7→ c2 t2 − x2 − y 2 − z 2 . La variable t représente le temps, et les
variables (x, y, z) représentent l’espace usuel, et c est la vitesse de la lumière dans le vide.
Les transformations de l’espace-temps qui préservent q s’appellent les transformations de Lorentz :
ce n’est rien d’autre que le groupe O(3, 1). Le fait que la lumière se déplace à la même vitesse dans
tous les référentiels se traduit précisément par le fait que les transformations de Lorentz sont les
changements de référentiels admissibles. Le cône isotrope est l’ensemble des points de l’espace-temps
vérifiant d = c|t|, où d est la distance à l’origine : c’est l’ensemble des points que l’on peut atteindre à
partir de l’origine en se déplaçant constamment à la vitesse de la lumière. Pour cette raison, on l’appelle
cône de lumière : son invariance par transformation de Lorentz reflète l’invariance de la vitesse de la
lumière par changement de référentiel. Le cône de lumière, de même que les points dont l’image par q
est > 0 (resp. < 0) est stable par transformations de Lorentz. Un événement se produisant en (x, y, z, t)
ne peut être causé par un événement se produisant en l’origine que si q(x, y, z, t) < 0.
Si D est une droite passant par l’origine et contenue dans {q < 0}, on dit que D est un observateur
galiléen : D est la trajectoire suivie par un observateur se déplaçant à vitesse constante (et < c)
depuis l’origine. Le groupe G agit transitivement sur l’ensemble des opérateurs galiléens ; en effet, si
p0 = (t0 , x0 , y0 , z0 ) est le vecteur directeur d’une telle droite, avec q(p0 ) = q(p1 ) = −1, alors il suffit de
montrer que p0 peut être envoyé par transformation de Lorentz sur la droite x = y = z = 0 de vecteur
directeur e = (1, 0, 0, 0). Pour cela, remarquons d’abord que {p0 } se complète en une base orthogonale
de R4 dont les autres vecteurs vérifient q(p1 ) = q(p2 ) = q(p3 ) = 1. Le même argument montre le même
résultat pour e, et ainsi, l’unique application linéaire envoyant la première base sur la deuxième est
une transformation de Lorentz. Notons au passage que les vecteurs (p1 , p2 , p3 ) engendrent Vect(p0 )⊥
et donc ce sous-espace est contenu dans {q > 0}. Ce résultat de transitivité traduit le fait que l’on peut
toujours changer de référentiel pour se placer du point de vue d’un autre observateur galiléen. Quitte
à composer par (un conjugué de) la réflexion d’axe (1, 0, 0, 0) et par (un conjugué de) la réflexion d’axe
(0, 0, 0, 1), on peut supposer que la transformation préserve le sens du temps (c’est-à-dire stabilise le
demi-cône {q < 0} ∩ {t > 0}) et l’orientation de l’espace. Ainsi, le sous-groupe qui préserve le sens
du temps et l’orientation de l’espace, qui n’est autre que SO+ (1, 3) agit aussi transitivement sur les
observateurs galiléens.
Notons enfin que le groupe SL2 (C) agit  sur l’espace-temps de Minkowski : on peut associer à un
ct + z x − iy
point (t, x, y, z) une matrice de Pauli : X = , et l’action de S ∈ SL2 (C) est donnée
x + iy ct − z
par X 7→ SXS ∗ . Cela donne un morphisme SL2 (C) → SO+ (3, 1) dont on montre que le noyau est
{±1} : SO+ (1, 3) ' P SL2 (C).

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4 Théorie de Witt
4.1 Prolongement des isométries
Proposition 8. Soient (E, q), (E 0 , q 0 ) des espaces quadratiques non dégénérés. On suppose E et E 0 isomé-
triques. Soient F, F 0 des sous-espaces respectifs de E et E 0 , et u : F → F 0 une isométrie, alors il existe une
isométrie û : E → E 0 qui prolonge u.

Démonstration. Quitte à composer par une isométrie E → E 0 , on peut supposer que E = E 0 . On


démontre le résultat par récurrence sur dim E/F , le cas n = 0 étant évident. On notera b, b0 les formes
polaires respectives de q, q 0 .
Traitons d’abord le cas où q|F est dégénéré : on dispose de x ∈ F non nul tel que b(x, y) = 0 pour tout
y ∈ F . Soit z ∈ E tel que b(x, z) = 1 (cela existe car q est non dégénéré). Quitte à remplacer z par
z + λx pour un λ convenable, on peut supposer que q(z) = 0. Maintenant, par le même argument, on
dispose d’un z 0 ∈ F 0 tel que b0 (u(x), z 0 ) = 1 et q 0 (z) = 0. On prolonge alors u par z 7→ z 0 , ce qui donne
bien une isométrie de F ⊕ Kz → F 0 ⊕ Kz 0 et conclut par récurrence.
On suppose maintenant q|F non dégénéré, et on procède par récurrence sur d = dim F . Supposons
d = 1, soit x ∈ F non isotrope, alors u(x) − x ou u(x) + x est non isotrope. La symétrie d’axe u(x) − x
envoie x sur u(x) donc c’est une isométrie qui coïncide avec u sur F ; dans le cas où u(x) − x est
isotrope, on peut prolonger u par −σ où σ est la réflexion d’axe u(x) + x. Il reste à justifier l’hérédité.
Supposons F de dimension d, fixons x ∈ F tel que q(x) 6= 0. Alors G = x⊥ ∩ F est un sous-espace
de dimension d − 1, et par le cas d = 1 on dispose de s ∈ O(E) tel que su stabilise Vect(x) et G.
Par hypothèse de récurrence, su se prolonge en une isométrie de G ⊕ F ⊥ . En composant par s−1 , on
obtient un prolongement de u. c.q.f.d.

Corollaire 8. Soient (E, q) et (E 0 , q 0 ) deux espaces quadratiques isométriques. Soient F, F 0 des sous-
espaces respectifs de E, E 0 que l’on suppose isométriques. Alors les espaces quadratiques F ⊥ et (F 0 )⊥ sont
isométriques.

Démonstration. On dispose d’une isométrie u : F → F 0 . Cette isométrie se prolonge en une isométrie


û : E → E 0 qui induit une isométrie F ⊥ → (F 0 )⊥ . c.q.f.d.

4.2 Théorème de Witt


Lemme 10. Soit (E, q) non dégénéré. Les sous-espaces totalement isotropes maximaux de (E, q) sont tous
de même dimension.

Démonstration. Si F, F 0 ⊂ E sont totalement isotropes, avec dim F 6 dim F 0 , toute injection u :


F → F 0 est une isométrie. D’après le théorème de prolongement, une telle isométrie se prolonge à
E. Si F est maximal, alors l’image de F par une telle isométrie est maximale, donc F 0 = Im(F ) et
dim F = dim F 0 . c.q.f.d.

Remarque 14. L’argument précédent montre plus généralement que l’action de O(q) sur l’ensemble des
sous-espaces totalement isotropes de dimension k est transitive.

Définition 11. On appelle plan hyperbolique tout espace quadratique de dimension 2 et isométrique à
(K 2 , e∗1 e∗2 ).

Dans la suite, H désigne un plan hyperbolique sur K.

Corollaire 9. Soit (E, q) un espace quadratique non dégénéré. Alors il existe un unique entier k et un
espace quadratique F anisotrope et unique à isométrie près tels que E ' H k ⊕ F (les sommes sont
orthogonales).

Démonstration. Raisonnons par récurrence sur dim E. Si E n’a pas de vecteur isotrope alors il ne
contient pas de plan hyperbolique, donc la seule décomposition de E sous la forme voulue est k = 0,
F = E.
Supposons que E ait un vecteur isotrope x, alors on dispose de y ∈ E tel que b(x, y) = 1 et q(y) = 0.

11
Ainsi H = Vect(x, y) est un plan hyperbolique. On peut alors poser F = H ⊥ et conclure par récurrence
pour l’existence. L’unicité découle alors du théorème d’annulation de Witt. c.q.f.d.

Remarque 15. L’entier k comptant le nombre de plans hyperboliques dans une décomposition de Witt est
un invariant, appelé indice d’isotropie de q. Il est en fait égal à la dimension (commune) des sous-espaces
totalement isotropes maximaux. En effet, une somme orthogonale de k plans hyperboliques a clairement
un sous-espace F isotrope de dimension k, qui est donc maximal (prendre le premier vecteur de base
de chaque plan hyperbolique). Si E = H ⊕ G avec H sous-espace hyperbolique et G anisotrope, alors
I(q) ⊂ H (en effet, si x = h + g ∈ E est isotrope alors 0 = q(x) = q(g) donc g = 0) et F est maximal
dans H donc dans E. Ainsi k = (dim H)/2 est bien la dimension des sous-espaces totalement isotropes
maximaux.

Remarque 16. Dans le cas des formes quadratiques réelles non dégénérées, si q est de signature (s, t)
alors en regroupant, l’indice d’isotropie est |s − t| (on le voit en regroupant deux à deux les éléments d’une
base orthogonale convenable). La partie anisotrope est munie d’une forme définie positive (si s > t ou
définie négative (si s 6 t).

Ainsi l’ensemble des espaces quadratiques non dégénérés peut être muni de la relation d’équiva-
lence suivante : E ∼ E 0 si les parties anisotropes de E et E 0 sont isométriques. Cet ensemble est
naturellement muni d’une structure de groupe : q ⊕ (−q) = 0. Le groupe appelé groupe de Witt ne
dépend que du corps de base, il est toujours engendré par K × /(K × )2 . Par exemple :
— W (C) = Z/2Z
— W (R) = Z
— W (Fq ) = Z/4Z si q = 3 (mod 4) (c’est-à-dire −1 non carré, groupe engendré par < 1 >), et
W (Fq ) = Z/2Z[α] sinon (c’est-à-dire −1 est carré, générateurs < 1 > et < α > avec α non
carré).

Remarque 17. Le groupe de Witt peut même être muni d’une structure d’anneau, la multiplication étant
donnée par le produit tensoriel d’espaces quadratiques.

On peut montrer que les éléments d’ordre fini du groupe de Witt sont d’ordre une puissance de 2. Si
L est la clôture pythagoricienne de K (la plus petite extension de K dans laquelle tout élément de
la forme a2 + b2 a une racine carrée) alors L alors W (K) ⊂ W (L) et le noyau de cette inclusion est
précisément l’ensemble des éléments d’ordre fini de W (K).

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