These Hedi Abdallah
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Remerciement
A l’issue de ce travail, je tiens à remercier ici tous ceux qui d’une manière ou autre,
m’ont aidé dans sa réalisation, commencer par Monsieur Amor Moktar
GAMMAR, Professeur à l’université de la Manouba qui a accepté de diriger mes
recherches durant de longues années. Je remercie également Monsieur Yves
AUDA, Dr. HDR Université Paul Sabatier, pour m’avoir guidé ce travail de
recherches, ainsi que pour son aide et ses précieux conseils au cours de la
réalisation de cette thèse et pour sa sympathie.
Je tiens à remercier aussi beaucoup d’ami(e)s pour leurs inestimables aides et leurs
encouragements ; Hamouda SAMAALI, Habib MBARKI, Abdellatif MEJBRI,
Abdelwaheb DHAHRIA, Hichem ABESSI et Ouadii AROUI,
Enfin, une pensée toute spéciale va aux Personnes Âgées et aux Enquêtés du terrain
d’étude, qui n’ont pas hésité de me bénéficier d’entretiens précieux, riches et utiles.
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Table de matière
Remerciement
Table de matière
Résumé
Abstract
: خالصة األطروحة
Introduction générale 3
1. Contexte général de l’étude 5
2. Problématique 7
3. Choix du sujet et de la zone d’étude 8
3.1. Choix du sujet 8
3.2. Choix de la zone d’étude 9
4. Objectifs Scientifiques 13
5. Méthodologie 13
5.1. L’analyse diachronique de la dynamique du couvert végétal 13
5.2. Cartographie de l’état actuel de la végétation 13
5.3. Réalisation des enquêtes 14
5.4. Les données chiffrées 15
6. Présentation de la thèse 16
Partie I : Dynamique de la végétation et transformations des modes de vie au
cours du XXe siècle
Chapitre I : A la recherche d’un espace sur la ligne de contact forêt.steppes pour
vérifier l’hypothèse de l’impact des activités pastorales sur la dynamique de la
végétation
Introduction 21
1. caractères socio-économiques 21
2. Les caractères topographiques et édaphiques 25
Les bandes alignées SO.NE 25
2.1.1. Les reliefs calcaires 25
2.1.2. Les affleurements marneux de la formation Souar 25
2.1.3. Les reliefs gréseux à l’est 27
2.1.4. Multiplication des couloirs transversaux NO.SE 27
2.2. Les types de sols 28
3. Les caractères bioclimatiques 31
3.1. Une zone caractérisée par un gradient bioclimatique fort allant du semi-aride 31
supérieur à l’aride supérieur
3.2. Des pinèdes méditerranéennes aux steppes arides 34
3.3. Aridité et steppisation 35
Conclusion 37
Chapitre II Analyse des changements d’occupation du sol et des transformations
socio-économiques au cours du 20èmesiècle
Introduction 39
1. Méthodologie 40
1.1. Méthodes de reconstitution historique des modes d’habitat et d’exploitation des 40
ressources naturelles entre 1893 et la période actuelle
1.2. Méthode d’étude des changements de l’occupation du sol entre 1893 et 2000 40
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Résumé
Les mutations récentes des modes de vie des paysans conduisent à placer l'élevage au
centre des relations de l'homme à son milieu. Le rôle de la pression pastorale est considéré
comme l'un des éléments explicatifs de la dynamique de la végétation forestière. Cette
thèse adopte une démarche socio-économique et historique pour tester l’hypothèse
suivante : bien que l’élevage soit reconnu comme un facteur d’influence dans la
dynamique de végétation dans les marges arides du Tell oriental, son rôle n’a jamais été
dominant. Il a été toujours associé à d’autres activités paysannes jugées nuisibles à la
végétation comme le charbonnage, les incendies, les défrichements... L’abandon et/ou le
ralentissement de ces activités dans le cadre des nouvelles mutations socio-économiques,
ont fait de l’élevage un facteur déterminant dans la dynamique de la végétation.
La deuxième partie de la thèse montre les analyses qui ont permis de réaliser une
cartographie détaillée du couvert végétal. La cartographie de la végétation est utilisée pour
faire le point sur l’état de conservation du couvert végétal et procéder à une estimation
qualitative et quantitative des ressources fourragères disponibles au sein de chaque unité
spatiale homogène.
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Dans la troisième partie La troisième partie analyse principalement les enquêtes, les
observations de terrain, les données sur les effectifs des troupeaux, les sources
d’alimentation du bétail et l’évolution de son état corporel. L’analyse de ces données
permet de définir les systèmes d’élevage développés dans la région étudiée, de
cartographier la répartition de leur pression pastorale sur la végétation forestière et
steppique, à partir de chaque foyer de peuplement assurant la gestion du troupeau et de
l’espace.
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Abstract
The growing role of grazing pressure on vegetation in Tunisia, and in particular in the
Tunisian Dorsal has been studied by several researchers (Long, 1959; Gounot et
Schoenenberger, 1967; Le Houérou, 1959 and 1969). However, these studies neglect the
role of man and especially the breeding activity in the spatial variation of vegetation in
Tunisia. One of the primary objectives of this thesis is the production of a large.scale
vegetation map that takes into account the influence of man on the landscape.
Recent changes in farmer’s lifestyles lead to put livestock in human relations center in the
middle. The role of grazing pressure has become one of the factors explaining the dynamics
of forest vegetation. This thesis adopts a socio-economic and historical approach to test the
assumption that farming is recognized as an influential factor in the dynamic vegetation in
arid margins Tell East; its role has never been dominant. It was always associated with other
activities deemed harmful to vegetation peasant like coal, fire, land clearing... The
abandonment and / or deceleration of these activities in the framework of the new
socio.economic changes have made Livestock a major factor in the dynamics of vegetation.
The thesis has three parts:
The first part deals with the reconstruction of the evolution that led to the current settlement.
This evolution is dominated by the settlement of pastoralists and has led to the genesis of the
current douars inhabited by small farmers and breeders. In this production system, instead of
pastoralism is predominant and persistent.
The second part of the thesis shows the analysis that enabled a detailed land cover mapping.
The vegetation mapping is used to take stock of the vegetation cover conservation status and
conduct a qualitative and quantitative estimation of forage resources available within each
homogeneous spatial unit.
In the third part, based primarily on surveys, field observations and data on the number of
livestock, livestock feeding sources and changes in body condition. Analysis of these data to
define farming systems developed in the study area; map the distribution of their grazing
pressure on forest and steppe vegetation, from each stand home use management herd
management and space.
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ديناميكية الغطاء النباتي و تحوالت أنظمة تربية الماشية بالهوامش الجافة للتل الشرقي
(الظهرية التونسية)
شهدت التخوم الجافّة من التّل الشّرقي للبالد التونسية منذ نهاية القرن التاسع عشر عدة تحوالت اجتماعية
و اقتصادية ،كان لها عميق األثر على دينامكية الغطاء النباتي والمجال .فإلى حدود نهاية الحرب العالمية
األولى مثلت هذه المنطقة مجال عبور " للهطاية " و" العزّابة " الذين اعتادوا االنتجاع إلى بالد "فريقيا"
خالل فصل الصيف انطالقا من السباسب السفلى و الساحل .و قد تميزت المنطقة المدروسة خالل هذه
الفترة بتوازن الوسط الطّبيعي وهو ما يتبين من خالل مقارنة الخرائط الطبوغرافية المنجزة في أواخر
القرن التاسع عشر والخرائط التي تعود إلى فترة الثالثينات.
انطالقا من أواخر العشرينات و كنتيجة لتدعّم االستعمار الزراعي بالمنطقة و بكامل البالد التونسية
أصبحت حركة االنتجاع تمثل تهديدا كبيرا ألمن المعمرين و لمصالحهم وهو ما دفع السّلط االستعمارية
إلى الحد من هذه الظاهرة و ذلك بمراقبة مسالك عبور "الهطاية" و"العزابة" ومصادرة بعض ممتلكاتهم.
نتيجة لذلك تسارع نسق االستيطان بالمنطقة وظهرت تجمعات سكانية حول العيون و األودية ،كما ظهرت
أولى محاوالت زراعة الزيتون بالمنطقة في بداية الخمسينات .و بتزايد االستيطان بالمنطقة تراجعت
المساحات المخصصة للرعي وتقلص حجم قطعان الماشية إال أن عددها اإلجمالي ظل في تزايد متواصل
وهو ما أدى إلى تآكل المراعي.
نتيجة لتواضع عائدات األنشطة الرعوية والفالحيّة خالل أواسط النصف الثاني من القرن العشرين مثلت
الموارد الغابية مصدر دخل إضافي للسكان فتنام بذلك اإلقبال على صناعة الفحم و "القطران" و جمع
الحلفاء .فتنامى الطلب على هذه المواد السكان على إجتثاث مساحات كبرى من الغابات .و تثبت الوثائق
الخرائطية المنجزة في هذا العمل حجم التراجع الهام للغطاء النباتي بالمنطقة خالل الفترة الممتدة من
االستقالل إلى نهابة الثمانينات ،وهو ما أدّى إلى تآكل التربة وتنامي خطر االنجراف .
إنطالقا من أواخر الثمانينات تقلّص اإلقبال على أنشطة صناعة الفحم و التحطيب نتيجة لتنامي الهجرة
الوقتية للعمل بالعاصمة و حواضر الساحل التونسي ،في المقابل ظل تأثير الرعي على الغطاء النباتي في
تزايد متواصل
نه دف من خالل هذا العمل إلى دراسة تحوالت األنظمة الرعوية بالتخوم الجافة للتل الشرقي و دورها في
ديناميكية الغطاء النباتي .لإلجابة عن التساؤالت المطروحة قمنا بمقاربة خرائطية مكنتنا من تقدير تراجع
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الغطاء النباتي خالل القرن العشرين ،و رسم خريطة مفصلة للتغاير المجالي للتشكيالت النباتية بالمنطقة
المدروسة.
إعتمادا على التمثيل الخرائطي للتشكيالت النباتية تمكنّا من رسم خريطة توزع اإلمكانيات العلفية
للمنطقة وذلك باالعتماد على التقديرات المعتمدة من قبل العديد من الباحثين الذين عملوا على تقدير اإلنتاج
العلفي لكل نوع من التشكيالت النباتية .كما قمنا بجرد كامل لقطعان الماشية باإلضافة إلى استمارة
اجتماعية و اقتصادية شملت %51من سكان المنطقة ،نهدف تقدير من خاللها إلى دراسة التوزيع
الجغرافي لقطعان الماشية و طُرق قيادتها ومدي تغطية الموارد العلفية المحلية لحاجياتها.
مكنتنا دراسة موارد و حاجيات القط يع من القيام بحصيلة علفية قابلة للتمثيل الخرائطي ومن
رسم خريطة توزيع الضغط الرعوي المتزايد باتجاه جنوب وشرق المنطقة .ويمكن تبيّن آثار الضغط
الرعوي من خالل دراسة مرفولوجيا نباتات المراعي المفتوحة للرعي و مقارنتها بمثيالتها بالمراعي
المحمية .و لدراسة التغا ير الزمني لتوزع الموارد العلفية خالل السنة و أثره على التركيبة الجسمية
للماشية ،قمنا باستمارة ثانية شملت 15مربي مواشي ،نهدف من خاللها إلى دراسة تطور التركيبة
الجسمية للماشية خالل السنة و ذلك باالعتماد على معلقة موثقة بالصور لمُجمل حاالت التركيبة الجسمية
ا لممكنة (:هزيل جدا /هزيل /حالة متوسطة /حلة جيدة /حالة جيدة جدا) .و قد مكنتنا نتائج هذه االستمارة
من تحديد الفترة التي تشهد خاللها قطعان الماشية نقصا كبيرا في الموارد العلفية و التي تمتد من أواخر
سبتمبر إلى مُوفّى فيفري ،و تتزامن هذه الفترة مع فترة الوضع و اإلرضاع لدى األغنام و الماعز ،وهو
ما يؤثر على مردودية اإلنتاج الحيواني للمنطقة.
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INTRODUCTION GENERALE
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Dans ce milieu caractérisé par des quantités de pluies allant de 400 à 250 mm/an, la
céréaliculture en sec et l’élevage pastoral sont en difficulté.
La bande de transition entre le Tell et les Steppes tunisiennes fait partie des territoires
de plusieurs fractions tribales (Riah, Ourazla, Gouazine, Kooub, Jlass, Frachiche…)
qui habitaient pour la plupart sous la tente à l’époque précoloniale. Leur économie était
basée sur l’élevage extensif associé à la céréaliculture vivrière. A partir de la fin de la
première guerre mondiale et jusqu’à la fin des années 1980 les groupes issus de ces
tribus de pasteurs se sont sédentarisés en créant des noyaux de peuplement rural basés
sur l’élevage extensif et l’exploitation des produits forestiers. Cette période a marqué le
paysage par l’intensité des défrichements dans les espaces forestiers.
Actuellement, le constat majeur est celui d’un allègement significatif des
prélèvements ligneux sur toute la bande transitoire entre le Tell et les Steppes
tunisiennes. Il en ressort que plusieurs activités qui ont animé durant plusieurs
décennies des vagues intenses de défrichement, sont en régression voire même en voie
de disparition. Les résultats de nos précédents travaux ont caractérisé ces nouvelles
tendances des rapports Homme.végétation au cours des deux dernières décennies. La
disparition et /ou le ralentissement de l’impact des activités nuisibles à la végétation
(fabrication du goudron végétal, fours à chaux, charbonnage, bois de feu, bois de
construction…) ont déplacé le centre d’intérêt économique de nombreuses activités en
dehors de l’espace forestier (Auclair 1999). Ces nouvelles tendances de l’exploitation
des ligneux sont dictées par :
La baisse des besoins domestiques en bois à cause de l’introduction des
nouvelles sources d’énergie.
La diminution de la demande sur le bois de confection et d’outillage et le
recours croissant aux produits industriels.
La baisse remarquable de la demande sur le bois de construction est due à la
dégourbification totale de la région.
La migration périodique des jeunes hommes en âge de travail pour exercer des
activités temporaires (bâtiment, tourisme, industrie…) dans les grandes villes du
pays (Tunis, Sousse, Hammamet, Nabeul…).
la migration journalière des jeunes filles vers la ville de Nadhour pour travailler
dans le secteur industriel,
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En termes d’études pastorales, les marges arides du Tell oriental sont très peu
étudiées et la seule thèse qui traite de cette région est celle de Ben M’hamed (1981).
Contrairement aux autres régions du pays, notamment le Sud, où plusieurs nouvelles
études réalisées dans le cadre de la lutte contre la désertification ont beaucoup
contribué à la compréhension des systèmes pastoraux.
Cette thèse a pour objectif d'étudier les transformations des systèmes d’élevage, de
dégager les qualités pastorales des diverses formations végétales et de diagnostiquer le
système fourrager de la région en vue d’une meilleur gestion des parcours.
1.2. Choix de la zone d’étude
La région d’étude s’étend sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar qui
représente un exemple particulier de la bande transitoire entre le Tell et les Steppes
Tunisiennes (figure 1). Cette région s’étend sur 260 km2. Elle couvre les territoires de
30 douars dont l’économie est principalement basée sur l’élevage.
Plusieurs raisons justifient le choix de cette zone d'étude :
. Cette région est un exemple de la jonction des influences telliennes et steppiques. Les
pinèdes de l'ouest de la région, d'aspect peu varié, rassemblent essentiellement des
forêts ouvertes de pin d'Alep et des matorrals de romarin qui ont un caractère
méditerranéen évident et qui sont classés dans des groupements forestiers de l'étage
semi-aride supérieur, moyen et inférieur (Schoenenberger 1967). A l’est du secteur, les
steppes sont dominées selon les situations par Artemisia herba alba, Artemisia
campestris, Stipa tenacissima, Lygeum spartum, Atractylis serratuloides, Stipa retorta,
Hyparrhenia hirta… et localement par Rosmarinus officinalis et le Thymus capitatus.
Par contre, au nord-est de la région d’étude domine le groupement du Thuya à
Tetraclinis articulata, Rosmarinus officinalis, Stipa tenacissima (figure 1) ;
. Les marges arides du Tell oriental sont caractérisées par des traditions pastorales
vives et par un retard dans le processus de sédentarisation des communautés pastorales.
Comme dans toute la bande transitoire entre le Tell et les steppes, l’économie paysanne
dans cette région est basée sur des systèmes pluriactifs marqués par l’importance de la
place de l’élevage. Généralement, les paysans entretiennent des troupeaux en majorité
d'ovins et de caprins et pratiquent une agriculture sèche extensive et de faible
rendement. Les revenus agricoles modestes sont complétés par des ressources diverses,
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Les premiers signes de la dernière phase des mutations paysagères sous l’action de
l’homme dans la zone d’étude datent de la fin de la première guerre mondiale, de façon
encore plus marquée à partir du milieu du XXème siècle à cause de l’accélération du
rythme de sédentarisation des bédouins. L’affirmation de la fixation paysanne dans la
région d’étude dès le début des années 1940 a engendré une accélération du rythme de
défrichement et de déforestation pour diverses finalités (bois d’énergie, bois de
construction et bois d’outillage). Au cours de cette période, l’exploitation des produits
forestiers constitue avec l’agriculture et l’élevage l’essentiel des ressources des
paysans. Depuis une vingtaine d’année, la consommation du bois de feu a nettement
diminué à cause de nouvelles tendances qui ont marqué les relations
Homme.végétation dans la zone d’étude dont les plus importantes sont :
25000
Bovins 1881-1938
5000
0
1870
1880
1890
1900
1910
1920
1930
1940
1950
1960
1970
1980
1990
2000
2010
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4. Objectifs Scientifiques :
Les objectifs de cette thèse peuvent se résumer à quatre axes de recherche :
1) Comprendre et expliquer la dynamique spatiale récente du couvert végétal dans le
cadre des mutations des genres de vie au cours de XXème siècle.
2) Analyser et cartographier les variations spatiales de la végétation des marges
arides du Tell oriental en vue d’estimer leur production fourragère et leur état de
conservation.
3) Reconstituer les étapes des transformations des systèmes d’élevages, afin
d’évaluer la part des parcours locaux dans l’alimentation du cheptel et les stratégies des
éleveurs face aux variations intra et interannuelle des ressources pastorales.
4) Étudier la répartition des prélèvements pastoraux dans l’espace et dans le temps et
leur rôle dans la dynamique de la végétation.
5. Méthodologie
Pour remplir les objectifs précédemment fixés, nous nous baserons en plus de la
documentation disponible sur des relevés, des observations, des enquêtes, des
entretiens, un inventaire complet du bétail…
5.1. L’analyse diachronique de la dynamique du couvert végétal
La démarche consiste à cartographier le couvert végétal de la région d’étude. Le but
était de montrer la dynamique de la végétation par une analyse diachronique. La
dynamique spatiale de la végétation dans la région d’étude au cours du XXè siècle est
obtenue par analyse de deux générations de cartes topographiques éditées
succéssivement en 1893 et 1956. D’autres documents, notamment les photographies
aériennes (missions 1989, 2000), des statistiques de la population (1984, 1994, 2004) et
des enquêtes socio-économiques sont utilisés en complément. Les traitements et les
analyses de ces documents ont été effectués à l’aide des logiciels de traitement d’image
de télédétection et de SIG (voir chapitre II)
5.2. Cartographie de l’état actuel de la végétation
Photo.interprétation
La cartographie des différents types de formations et de faciès végétaux a été dressée à
partir d'une photo.interprétation des photographies aériennes (mission 2000) et des
relevés de terrain. La méthode d’échantillonnage stratifié employée assure une bonne
robustesse des résultats (Gammar, 1999 ; Gillet, 2000 ; ROSELT/OSS, 2008).
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Les photographies aériennes sont utilisées pour définir spatialement les zones
homogènes. Il s’agit d’élaborer un plan d’échantillonnage en se basant sur les critères
images.
Présentation du relevé
Une dicription de la végétation et du milieu est réalisée sur le terrain en se basant sur
un formulaire de relevé de végétation et du milieu préparé préalablement. Un relevé
consiste à noter systématiquement pour un site.échantillon les valeurs prises par une
série de paramètres de la structure de la végétation et de l'environnement. Pour la
végétation, ce sont des paramètres de la structure des peuplements herbacés et ligneux
(recouvrement, densité, stratification...). La superficie des relevés est fixée par Ben
M’hamed (1981) et Gammar (1984) à 100 m2.
L'échantillonnage des relevés
L’emplacement et le nombre de stations écologiques choisies dépendront de la
précision des résultats et leur représentativité. Un plan d'échantillonnage fixe la liste
des situations à observer et le nombre des répétitions à effectuer dans chacune d'elles
(Hiernaux, 1983). Le nombre des situations est déduit d'une stratification hiérarchisée
de l'espace étudié. Au total, 150 relevés ont été effectués sur une superficie de 260
Km2.
L'analyse des données des relevés
Les données recueillies dans les relevés peuvent être présentées sous la forme d'une
matrice où les objets sont les relevés et les descripteurs à la fois les taxons
(composition floristique qualitative ou quantitative) et les états des variables
écologiques observées ou mesurées (Hiernaux, 1983). Le traitement des données
codées a été effectué avec Arc view 3.2.
5.3. Réalisation des enquêtes
Pour répondre aux questions posées dans cette thèse deux types d’enquêtes ont été
réalisées auprès des habitants de la région :
Enquête socioéconomique
Une enquête socioéconomique a été réalisée en 2008 auprès d’un échantillon de
ménage (150 chefs de ménage) représentant 10 % des familles de la zone. L’objectif
principal était de mieux étudier et comprendre les rapports homme.milieu. Les
principaux axes de cette première enquête sont :
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Depuis les années 1970 une autre source de données existe : les campagnes
périodiques de vaccination. Ces statistiques sous.estiment la taille du cheptel pour
plusieurs raisons : transhumance, non participation à la campagne de vaccination, ... Ce
problème peut être corrigé en comparant les listes des noms des éleveurs de deux
campagnes de vaccination successives.
Observation sur l’appétibilité des espèces végétales par le cheptel
La méthode utilisée permet de donner une estimation quantitative sur la composition du
régime alimentaire des animaux élevés. Il s’agit d’observer directement le
comportement des animaux sur le parcours et de compter les prises alimentaires
effectuées sur chaque espèce végétale.
6. Présentation de la thèse (voir la figure 3)
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Partie I :
Dynamique de la végétation et
transformations des modes de vie
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Chapitre I :
Introduction
Les marges arides du Tell oriental dans sa partie qui s’étale de Soughas à Souar et qui
se trouve dans une zone transitoire à fort gradient bioclimatique, entre les Basses
Steppes et le Haut Tell fournissent une opportunité pour vérifier nos hypothèses.
Le présent chapitre a pour objectif principal de délimiter et présenter ce terrain. La
délimitation de la zone d’étude doit être réalisée en fonction de plusieurs
caractéristiques physiques et socio-économiques.
Ces caractéristiques ne sont pas toujours suffisantes pour délimiter le domaine
d’intervention d’un groupe social qui se distingue par un mode de vie et par des
pratiques sociales etéconomiques. Les relations entre les groupes sociaux et leur
environnement biophysique se manifestent à des échelles temporelles et spatiales très
variables ce qui contribue à donner aux domaines d’intervention d’un groupe social un
sens souvent très flou (Simonneaux, 2002). Les ambigüités résident dans le fait que
certaines activités ont une spatialisation délicate car elles ne s'étendent pas sur un
territoire clairement délimité, ou alors avec une intensité variable comme le cas des
activités pastorales et du ramassage du bois, ...
La population des marges arides du Tell oriental dans sa partie qui s’étale de Soughas à
Souar est d’origine bédouine récemment sédentarisée, et qui a maintenu
jusqu’aujourd’hui la pratique de l'élevage pastoral. Cette zone couvre un territoire
d’action qui englobe les principales activités paysannes (élevage, cultures, apiculture,
coupes de bois et cueillettes). De fait, la délimitation de la zone d’étude se base sur
l’interaction entre les activités paysannes et le milieu naturel au fil du temps. Elle
repose sur des critères socioéconomique, topographique, édaphique et bioclimatique.
21
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
1. caractères socio-économiques
Le peuplement rural, assez dense des marges arides du Tell oriental, est issu
essentiellement de la fixation au milieu du XXème siècle, des anciennes fractions
tribales bédouines d’origine Ourazla, Hmama, Jlass et Riah. Les paysans pratiquent
actuellement un élevage en majorité d'ovins et de caprins et des cultures sèches
extensives de faible rendement. Les revenus agricoles modestes sont complétés par des
ressources diverses, notamment le travail saisonnier en dehors de la région (Abdallah et
Gammar, 2010).
Cette zone exclusivement rurale dont l’économie est basée sur l’élevage occupe une
situation intermédiaire entre le Tell et les Basses Steppes tunisiennes. Elle est bordée
au nord par les terres de céréaliculture du Haut Tell Friguien, et au sud par les
périmètres irrigués et les terres de grandes cultures des plaines de Jebibina et de
Kairouan. Ce secteur contraste avec son prolongement naturel à l’est et à l’ouest où
dominent les grands domaines de l’Etat : Le domaine de Saouaf au nord-est et le
domaine d’Oueslatia au sud.ouest.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Sur la bande transitoire entre le Tell et les Basses Steppes, le secteur d’étude est le
territoire d’implantation des groupes ruraux issus de la sédentarisation d’anciennes
fractions tribales.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
- à l’Est, les crêtes de jebel Bouslam et de Hmadet Jerajif forment une ligne de
partage des eaux entre Oued Seïl et Oued El Ogla ;
- au Sud, c’est la ligne de crêtes reliant les sommets des petits reliefs gréseux qui
représente la limite méridionale du secteur ;
- trois bandes alignées SO.NE ; les reliefs calcaires à l’ouest, les affleurements
marneux de la formation Souar et les reliefs gréseux à l’est,
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Cet ensemble est dominé par jebel Zeras qui se présente en demi.mont dérivé de
forme conique. Tout autour, les deux branches amont d’oued Saadine ont déblayé une
dépression annulaire profonde de 200 m. La dépression correspond à une combe
creusée dans les marnes néocomiennes. A l’est, elle emprunte le val pincé d’el
Kemkine où affleurent les marnes de la formation Souar. Une série de crêtes aplanies
encadrent cette dépression. Les plus hautes culminent vers 550.600 m. Ce sont pour la
plupart des crêts composés où se relaient plusieurs couches hétérogènes (Karray
2010).
Vers le nord, jebel Fkirine (985 m) est de forme triangulaire, il s’élève en bloc massif
aux versants calcaires abrupts et dissymétriques. Celui de l’ouest est long, il est
découpé, suivant les lignes de failles, en interfluves lourds contre lesquels viennent
buter les topographies d’aplanissement, vers 500 m.
Le versant oriental du jebel Fkirine est court, escarpé et coiffé par des corniches
vives. Il en apparaît d’autant plus imposant qu’il coïncide avec le prolongement des
calcaires de Jhaff et la grande extension des affleurements des marnes paléocènes
dans la combe de Bled Souar. Ce massif domine le couloir de Draa Ben Jouder.Oued
Seïl par un escarpement de ligne de faille composite haut de plus de 400 m (Karray
2010).
Entre la bande des reliefs calcaires et les reliefs gréseux, s’étendent deux dépressions
argileuses, marquées par les affleurements marneux de la formation Souar. La ligne
de crête transversale formée par jebel Soughas (344 m), jebel Golea (266 m) et jebel
Hmama (239) sépare la dépression d’Oued Nabhana et celle d’Oued Saadine. La
dépression d’oued Nabhana creusée entre jebel Bou Hajjar et jebel Boumerra et celle
d’oued Saadine entre l’anticlinal du Jhaff et les petits reliefs gréseux de Hamadet Es-
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Srassif. Ces deux dépressions sont séparées par une série de petits jebels de direction
ouest.est (> 350 m), formée par jebel Soughas, jebel Golea et jebel Hmama.
A l’est, la région est traversée par une série de petits reliefs gréseux construits sur
une longue période géologique (éocène supérieur, oligocène et miocène), formée par
des reliefs de moindre importance, orientés SO.NE. Elles dominent la plaine de
Kairouan sur sa bordure ouest, entre jebel Boumerra et jebel Bouslam. Cet ensemble
longe les versants sud de la Dorsale et dessine le contact avec les plaines de Kairouan
et de Jebibina.
2.1.4. Multiplication des couloirs transversaux NO.SE
Sur les marges arides du Tell oriental, le drainage est assuré par des oueds orienté
ouest.est. Les cours descendent le flanc est de la Dorsale. Ils empruntent les couloirs
et les cheminements dans les synclinaux et débouchent dans les piémonts et les
dépressions :
- Le couloir d’Oued Nabhana : L’Oued Nabhana est la grande artère qui draine
la zone d’étude. A l’amont du Barrage Nabhana, le couloir d’Oued Nabhana passe
entre jebel Tallet Elbagra et jebel Bougoutrane. C’est à l’aval du Barrage que
s’effectue la confluence avec Oued Bel Assoued. En traversant les marnes de la
formation Souar à l’aval du Barrage, la vallée devient plus large. Puis elle est rétrécie
à la traversée des grés d’oligocène de jebel Boumerra au sud de la zone d’étude.
- Le couloir de Bel Assoued : Oued Bel Assoued et ces affluents forment une
trouée entre jebel Tebaga, jebel Soughas et Draa Chrichira. L’orientation du couloir
de Bel Assoued répond à un abaissement structural général et à l’inclinaison de
l’aplanissement vers le Sud-est en direction du couloir d’Oued Nabhana (Karray
2010).
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
- Le couloir de Draa Ben Jouder . Oued Seïl : Ce couloir est creusé dans les
marnes à intercalations calcaires de la formation Souar. Il regroupe les terres de
Henchir Souar et l’extrémité nord.ouest de la plaine de Jebibina. Ce couloir est dominé
au nord.ouest par la massivité et l'altitude de Jebel Fkirine (985 m), taillé dans un épais
affleurement de calcaire du Jurassique, ce jebel donne des escarpements raides et des
crêtes lourdes. Le couloir de Draa Ben Jouder . Oued Seïl est traversé à l’est par des
reliefs de taille modeste formés par les collines de Hamadet Es.Es-Srassif et jebel
Bouslam toutes deux constituées par des alternances de marnes et de grès d’oligocène.
. La zone d’étude est traversée par des alignements paralleles de jebels et des
collines de direction SO.NE, qui révèlent la notion de barrière orographique entre le
Tell et les Basses Steppes. La monotonie orographique est interrompue par des couloirs
transversaux de direction nord.ouest sud-est qui représentent des cols de
communication et de circulation des flux humides, des hommes, du bétail et des
produits qui servent à atténuer le déséquilibre régional entre le Tell et les Basses
Steppes.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
terrasses récentes des oueds qui drainent la région. A un stade évolué, se forme un
horizon superficiel meuble sur un amas assez dense de cailloux et de graviers noyés
dans une matrice plus fine généralement peu structurée (Bel Khoja et al 1971). Les sols
peu évolués ont pour origine un matériau de texture fine ou moyenne. Ils se
développent sur des alluvions des oueds et des colluvions des reliefs environnants dans
les clairières inter.montagneuses à l’ouest de l’anticlinal de Jhaff.
Sur les substrats calcaires, les sols sont le plus souvent des rendzines. Ces sols à texture
limoneuse s’enrichissent en cailloutis vers la base et ils sont fortement colonisés par
des racines. Ils sont de couleur gris foncé ou brun ce qui révèle leur richesse en matière
organique comprise entre 10 à 15 % dans le cas de rendzines noires (Attia 1977).
Indépendamment de la nature de la roche.mère et son degré de compacité, les sols
rendzines s’appauvrissent et deviennent très sensibles à l’érosion quand la végétation se
dégrade (El Hamrouni, 1994).
Les sols isohumiques sont observés seulement au piémont est de Jebel Soughas, ils sont
faiblement représentés dans la région d’étude (moins de 2%).
Le climat méditerranéen semi-aride est favorable à la formation des sols bruns calcaires
à cause de l’intensité de la saison sèche et la faiblesse des quantités de pluies. Ils sont
souvent fréquents sous les forêts de pin d’Alep. Le profil type des sols bruns calcaires a
été décrit par Fournet (1961) dans la plaine d’Oueslatia à une quinzaine de kilomètres
au sud de la région. Ces sols possèdent habituellement une structure stable. Pourtant, la
dégradation du couvert végétal rend leur surface sensible à l’érosion en nappe. Ils sont
assez pauvres en matière organique. Les sols bruns calcaires qui couvrent 8 % de la
surface de la zone d’étude se répartissent sur les piémonts des Jebels de pentes
moyennes à assez fortes.
Les vertisols apparaissent dans la région sous un bioclimat semi-aride inférieur. Ils sont
constitués sur des alluvions actuelles ou subactuelles (Ben M’hamed, 1981). Les
vertisols s’observent dans les dépressions et les terrasses récentes où ils constituent, en
relation avec le drainage, des séquences de sols.
Les sols rouges et bruns méditerranéens forment rarement de grandes surfaces
continues. Ils se présentent comme des lambeaux de sols souvent très remaniés. Ils
s’observent à Ain Zeras et dans les dépressions d’oued Saadine et oued Seïl. Les
caractères morphologiques de ces sols varient en fonction de la roche mère : grès peu
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
L’axe principal de la Dorsale tunisienne constitue non seulement une barrière physique
mais aussi un important facteur climatique et écologique expliquant pour une grande
partie les caractéristiques socioéconomiques de la région. Cette zone n’a pour l'instant
fait l’objet que d'études monographiques, écologiques et bioclimatiques à petite
échelle. Notre contribution dans le cadre de cette thèse vise à agrandir et détailler
l’échelle d’étude
3.1. Une zone caractérisée par un gradient bioclimatique fort allant du semi-
aride supérieur à l’aride supérieur
De point de vue bioclimatique, la zone d’étude se localise à la jonction entre les étages
bioclimatiques semi-aride et aride. Le maximum pluviométrique annuel de la région est
enregistré à l’extrémité nord.ouest de la région et plus précisément à l’amont d’oued
Hadada, entre Jebel Fkirine et Jebel Zeras. Cette zone bénéficie d’une moyenne
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
pluviométrique qui oscille entre 500 mm/an (station de Jouggar) et 450 mm/an (station
d’Ain Zeras) car elle est mieux exposée aux infiltrations des flux pluvieux du nord et
du nord.ouest.
En partant de ce couloir, les quantités de pluies diminuent en allant vers l’est (350
mm/an à Nadhour) et vers le sud (290 mm/an à barrage Nabhana). De ce fait, par son
exposition aux vents humides du secteur nord ouest, les versants ouest de
l’alignement de Touijine.Jhaff-Fartout bénéficient de quantités annuelles de pluies qui
dépassent souvent 400 mm/an tandis que les versants Est et Sud-est sont moins
arrosés. Les autres alignements qui sont plus à l’est (alignement de Zarzouria. Diour.
Zbidine, dépression d’oued Saadine et Ragoubet Es Souidat) paraissent plus secs. Ces
aires reçoivent des quantités annuelles de pluies avoisinant 350 mm/an.
(Gammar, 1993). Les mesures de cette station représentent donc plutôt les basses
terres de l’oued Nabhana situées à l’est du barrage.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Par contre, les petits reliefs gréseux situés au bord de la plaine de Jebibina sont
caractérisés par la dominance des espèces steppiques avec l’intercalation de reliques
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les jebels qui viennent épauler cet ensemble du coté Est (jebel Zbidine, jebel Fartout et
jebel Tebaga) sont caractérisés par la disparition totale du chêne vert et de l’azérolier
tandis que l'oléastre et le lentisque continuent à être abondant. Cette transition permet
de classer cette série de jebel dans l’étage semi-aride moyen.
En traversant la trouée d’oued Bel Assoued, l‘alfa entre en compétition sérieuse avec
le romarin tandis que le lentisque se retire significativement et que le genévrier de
Phénicie devient de plus en plus dominant. Ce cortège floristique caractérise l'étage
semi-aride inférieur.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
En fait, nous avons constaté sur le terrain que le thuya de Berbérie est absent dans les
steppes de Soughas. Ses individus les plus proches se retrouvent à Souar, près de 10
kilomètres au nord du secteur. D'autre part, on retrouve souvent dans les steppes situées
au sud de jebel Soughas un groupe d'espèces (Pergularia tomentosa, Rhus tripartitum)
que Schoenenberger (1967) utilise pour caractériser un groupement végétal à Juniperus
phoenicea, Pergularia tomentosa, Rhus tripartitum, cartographié plus au sud du secteur
de Soughas dans le plateau d'El Ala (groupement LW). Il rattache ce groupement à
l'étage aride supérieur et à une série dynamique du genévrier de Phénicie.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Chapitre II
Sur les marges arides du Tell oriental tunisien, et plus particulièrement sur le flanc sud
des reliefs de la Dorsale tunisienne, de Soughas à Souar, un épisode de recul rapide de
la végétation forestière au profit des terres agricoles et des steppes caractérise le XX ème
siècle (Abdallah et Gammar, 2010). Les manifestations et les conditions de cette grave
crise forestière ne paraissent pas encore complètement enrayées aujourd’hui.
Cette étude a pour objectif de faire l’analyse diachronique de l’occupation des espaces
forestier et rural sur les marges arides du Tell oriental en vue de mesurer l’ampleur des
modifications du paysage dues à la dégradation des ressources naturelles au cours du
XXe siècle. Dans ce chapitre, nous proposons une caractérisation des espaces forestier
et rural sur les marges arides du Tell oriental, obtenue par une approche diachronique.
Cette étude propose une mise en évidence des changements par analyse croisée des
trois états multi temporels de l’occupation du sol et par comparaison numérique des
éléments de la trame paysagère. Elle montre qu’au cours du XXe siècle (1893-2000) les
changements sont nettement perceptibles et permettent de dégager les tendances
d’évolution des espaces forestier et rural sous l’action de la pression anthropique.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
1. Méthodologie
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
survenue entre la fin du XIXe et le début du XXIe siècle qui concerne tout à la fois des
espaces forestiers et ruraux. La démarche appliquée est analytique et diachronique
(Hotyat 1999 ; Gammar, 2004). Les documents cartographiques existants relatifs à la
région sont :
- la carte topographique de Jebibina au 1/100 000, levée en 1893 et élaborée en
1893,
- les cartes topographiques de Jebibina et de Fkirine aux 1/50 000 complétées et
réalisées en 1956,
- les photographies aériennes au 1/20000, mission 2000.
Des enquêtes et des entretiens individuels ont été réalisés par questionnaire en 2008
avec les personnes âgées.
1.2.2. Harmonisation des échelles des documents cartographiques utilisés
La mise en place d’une base de données à travers des documents multisources (cartes,
photographies aériennes,…), consiste à harmoniser l’échelle des documents existants
(correction géométrique, mosaïquage, amélioration de contraste) pour avoir une base
de données à référence spatiale (Samaali 2011). C’est le fait de rendre les documents
cartographiques utilisés à la même échelle. Pour cela, les cartes et les photographies
aériennes ont été soumisent à l'opération de géoréférencement en utilisant le logiciel
ENVI 4.2. Le géoréférencement transforme les documents pour les représenter dans un
référentiel géographique commun pour en autoriser la superposition.
1.2.3. Harmonisation thématique des documents cartographiques multi sources
La comparaison des données provenant de diverses sources pose des difficultés,
essentiellement liées à la date des types de documents, à leur échelle et au symbolisme
du langage cartographique (Johnon 2003). La nécessité de superposition de la carte et
des photographies en vue de comparaison demande une harmonisation thématique de
l'information contenue dans les trois documents. Certains niveaux de détail dans la
description des formations végétales, interprétables sur les photographies aériennes
récentes, n’étaient pas documentés sur les documents anciens :
- Les forêts denses, trouée s et claires spontanées ou reboisées ont été
agrégées dans une seule unité d’occupation du sol appelée "bois",
- Les "matorrals haut, moyen et bas" ont été agrégés en un seul thème,
celui des "broussailles",
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
- Les terres céréalières, les parcours non ligneux, les terres récemment
incendiées, "bad.lands, les jachères, les affleurements de la roche
mère et les plans d’eau ont été agrégés en un seul thème, celui des
terres nues
En revanche, d’autres thèmes se référant à l’utilisation du sol (arboriculture, noyau de
peuplement) étaient identiques aux trois dates. Pour affiner l’analyse diachronique,
nous avons découpé le terrain d’étude en 8 sous-zones topo.géologiques sur les cartes
d’occupation du sol sur la base desquelles nous avons effectué le calcul de surfaces des
différents types d’occupation du sol aux différentes dates :
Tableau 2b. Caractéristiques topographiques, lithologiques, bioclimatiques et
floristiques des sous-zones distinguées sur le terrain d'étude.
* : d’après les cartes géologiques au 1/50000 Jebibina (M.R. KARRAY et al., 2002) et Jebel
Fkirine (H. BESBES, 1974).
** : d'après M. GOUNOT et A. SCHOENENBERGER (1966).
*** : d'après la carte bioclimatique de la Tunisie au (M.A. NABLI, 1981).
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Bois
Broussailles
Arboriculture
Massifs de
cactus
Terres nues
Noyau de
peuplement
Bois (spontané ou reboisé) : (1) Forêt dense, (2) forêt trouée , (3) forêt claire ; Broussailles : (4) matorral haut, (5)
matorral moyen, (6) matorral bas ; Arboricultures : (7) olivier ; Cactus : (8) massifs de cactus spontanés ou sub-
spontanés, (9) amélioration pastorale par plantation de cactus; Terres nues : (10) bad-.lands, (11) jachères, (12) Les
terres céréalières, (13) affleurement de la roche mère, (14) plan d’eau ; Noyau de peuplement(15).
Une vectorisation des contours des différentes occupations du sol à chaque date suit
cette opération. Le contour zones homogènes est transformé en un polygone puis
associé un type d’occupation. Après croisement des différents états des espaces
forestiers et ruraux, la constitution d’une base de données regroupant toutes les
dynamiques sur toute la période étudiée permet l’analyse à différents pas de temps. Les
éléments descriptifs de la base de données mise en place en vue de leur analyser par
l’outil système d’information géographique en utilisant le logiciel Arc view 3.2 sont
listés dans le tableau 2b. Les statistiques d’occupation du sol, résultat de
l’interprétation des cartes topographiques et des photographies aériennes sont
synthétisées sous forme de cartes, tableaux et graphiques indiquant, par exemples, les
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les reliques arbustives témoignent de l’extension passée de la forêt dans les steppes de
Soughas. A l’est de jebel Soughas, des arbres du cortège forestier semi-aride sont isolés
ou en petits groupes au milieu du paysage steppique : genévrier de Phénicie, caroubier,
oléastre, pistachier de l’Atlas, sumac… A l’exception des oléastres conservés dans les
champs et greffés, ces arbres se trouvent généralement au voisinage des marabouts et
des cimetières ou au milieu des haies et des plantations de cactus (Photo 2). La
conservation de ces arbres contre les coupes et les dents des bêtes est à relier au respect
populaire traditionnel de ces lieux sacrés dans les premiers cas et aux fourrées épineux
formées par le cactus dans le deuxième cas. En dehors de ces lieux, les coupes et le
parcours sont libres ce qui expliquerait la disparition des espèces ligneuses et l’arrêt de
leur régénération.
Une régénération plus large donnant des arbustes et des arbrisseaux de genévrier de
Phénicie et des fourrés de sumac est visible localement à l’intérieur des périmètres des
plantations mises en défens, notamment aux environs du marabout de Sidi Bel Aidoudi
et de jebel Goléa (Photo 4). Enfin, dans ces périmètres, des pins d’Alep plantés depuis
une vingtaine d’années montrent une réussite certaine (Photo 5).
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 3. Jeune pied de caroubier spontané implanté dans les haies de cactus
d’Ain Batoum.
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 5. Jeune plantation de pin d’Alep sur une steppe à Atractylis serratuloides et
Hyparrhenia hirta à jebel Goléa
Toutes ces conclusions donnent aux steppes du secteur de Soughas une origine
secondaire liée à la forte pression humaine. Les documents cartographiques et
photographiques permettent de reconstituer la disparition des dernières unités de
broussailles méditerranéennes à l’est de Soughas au profit des steppes et des cultures.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
l’extension des cultures, d’olivier et de plans d’eau. On trouve une mosaïque du bois,
de broussailles et de terres nues sur la bande calcaire à l’ouest, une grande tache de
terres nues sur la bande marneuse, ainsi qu’une mosaïque du cactus et de broussailles
sur la bande gréseuse à l’est.
- des cartes d’occupation des sols de différentes dates (1893, 1956 et 2000)
- deux cartes de synthèse obtenues par superposition de ces couches deux à deux
(1893-1956 et 1956-2000)
La situation des espaces forestiers et ruraux de la zone d’étude en 1893 nous a permis
de calculer les superficies des sous-zones d’occupation des sols. Elles sont
représentées graphiquement sur la figure 8. La carte topographique au 1/100000 relevé
en 1893 illustre quatre principaux types d’occupation des terres dans le terrain d’étude
(Tableau 3) :
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 8b. Carte d’etat des espaces forestiers et rural en 1893 d’après la carte
topographique au 1/100000
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Figure 10. Etat des espaces forestiers et ruraux d’après les photographies aériennes
(mission 2000)
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Figure 11. Chrono-séquence des espaces forestier et rural entre 1893 et 1956
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
3.2.1. Le Bois :
Les variations des surfaces occupées par les bois au cours du XXè siècle sont
importantes, mais très variables selon les zones. L’intensité des changements a varié
dans le temps et dans l’espace.
Dès le début du protectorat (1881), les défrichements et la fréquence des incendies ont
fait reculer la surface des boisements. Sur les versants ouest de jebels Jhaff et Fartout
(4), des clairières larges ont été ouvertes par les colons dès les années 1920 (Gammar et
Ben Salem 2004). Ces défrichements ont été le fait de la grande exploitation et des
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(Hédi ABDALLAH)
Au cours de la période 1893.1956 les surfaces boisées ont marqué un léger recul
estimé à 2 %, soit 423 ha. Entre 1956 et 2000, la surface boisée a été multipliée par
deux en moins de 50 ans, soit 4809 ha. La superposition de la carte 1/50.000 (1956) et
des photographies aériennes (mission 2000), montre l’augmentation de l’étendue du
bois vers l’ouest et vers le sud aux dépens de broussailles et de terres nues. La surface
gagnée par le bois est décomposée en deux lots :
- Le premier lot couvre la trouée de Bel Assoued (6), sur une surface estimée par
l’outil SIG à 1037 ha, soit 21% de la surface totale du bois en 2000. Ce lot est le
résultat d’un développement du peuplement spontané de pin d’Alep.
- Le deuxième lot est un peuplement artificiel, résultat des projets de reboisement
qui ont touché surtout, la sous-zone de Soughas-Golea-Hmama (8). Il s’étale sur
403 ha, soit 8.3 % de la surface totale du bois en 2000.
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(Hédi ABDALLAH)
L’étude comparative de l’évolution des espaces forestiers et ruraux entre 1893 et 2000
met en évidence le recul considérable des broussailles. La figure 11 montre qu’au cours
de la période 1893.1956, seulement 6 % du couvert broussailleux a disparu. En 2000,
les broussailles se sont largement transformées en terre de culture, bois et jachère. Par
contre, sur les 9699 ha de broussailles cartographiés en 1956, 5500 ha, soit plus de 56
% de la surface totale des broussailles avaient disparu en 2000, au profit des autres
types d’occupation. Mais ces chiffres cachent des disparités spatiales importantes entre
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
l’ouest et l’est de la zone d’étude. En effet, durant la première moitié du XXè siècle,
l’ouest montagnard et l’est steppique ont enregistré une évolution contrastée :
A l’ouest montagnard, les broussailles ont enregistré une hausse assez importante.
Elles ont progressé de 12% entre 1893 et 2000. Cette progression s’explique par
l’impact de la fréquence des incendies pastoraux, qui ont contribué au défrichement
de grandes surfaces dans la trouée de Bel Assoued et le versant sud de jebel Fkirine.
A l’est Steppique, une diminution des surfaces broussailleuses, qui ont régressé de
10%, entre 1893 et 2000, suite à des vagues de défrichement provoquées par les
colons (jusqu’aux années 1950) et les paysans.
Les surfaces broussailleuses régressent fortement depuis la deuxième moitié du
XXe siècle. Sur les 44 dernières années, la régression est d’environ 22 %. 5500 ha des
broussailles de 1956 sont demeurés dans cette catégorie en 2000, alors que 4199 ha ont
changé de catégorie, soit un facteur de conversion de 43%. Le rythme de
débroussaillement est plus rapide dans la sous-zone d’Es Srassif (3) que dans le reste
de la région d’étude.
Les causes anthropiques du recul des broussailles notamment à l’est de la zone d’étude
sont nombreuses ; en effet, les broussailles de la sous-zone d’Es Srassif (3) ont
constitué la source d’alimentation en bois de consommation domestique pour plusieurs
noyaux de peuplement suite à une vague de sédentarisation. La régression des
broussailles au profit des clairières et des parcours est une conséquence de l’action de
l’homme dans le processus de la dégradation et de la régression du couvert ligneux.
Les collines gréseuses qui bordent le terrain d’étude à l’est, ont constitué la source
d’approvisionnement en bois de consommation domestique pour plusieurs noyaux de
peuplement.
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35%
30%
25%
20%
15%
10%
5%
0%
1900 1950 2000
Figure 14. Evolution contrastée des broussailles entre l’ouest montagnard et l’est
steppique
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(Hédi ABDALLAH)
Les terres nues sont les surfaces dépourvues de végétation ligneuse, elles associent les
terres céréalières, les parcours non ligneux, les terres récemment incendiées, les "bad-
lands, les jachères, les affleurements de la roche mère et les plans d’eau. Elles se
retrouvent au voisinage des oueds et des collines ou sur les versants. L’analyse des
changements d’occupation du sol dans ces espaces révèle une croissance modérée des
terres nues. Elles restent très localisées à la bande marneuse jusqu’en 1956, puis
s’étendent dans la zone Es Srassif entre 1956 et 2000. On note cependant la présence
de grandes taches nues à l’intérieur des forêts comme la clairière qui longe oued Bel
Assoued et celle d’oued El Mthalithe. Au cours du XXe siècle, la progression des sols
nus est plus importante sur les collines gréseuses et les reliefs calcaires que sur la bande
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
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Figure 16. Dynamique des surfaces de terres nues entre 1893 et 2000
Depuis la Seconde Guerre Mondiale, les massifs de cactus ont considérablement reculé.
A l’est de la région d’étude, l’espace agricole a progressé aux dépens des massifs de
cactus. Cette relation entre l’expansion de l’agriculture et le recul des espaces des
plantations de cactus n’est cependant pas spécifique aux marges arides du Tell
oriental ; il s’agit plutôt d’un processus général qui caractérise toute la Tunisie centrale.
Les informations extraites de la carte de 1893 montrent que la surface des massifs de
cactus est estimée à 903 ha au début du XXè siècle, 326 ha en 1956, soit une
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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diminution globale de 577 ha (plus de 63 %). En 2000, la superficie des cactus était
estimée à 97 ha soit une diminution globale de 577 ha (71,4 %).
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3.2.5 L’olivier
En observant la carte 1/100000 éditée en 1893, on remarque l’absence des figurés qui
représentent l’olivier. Cette absence est expliquée par la dominance du genre de vie
pastoral qui a caractérisé la zone d’étude jusqu’à la deuxième guère mondiale. La
comparaison des différentes générations de cartes topographiques et des photographies
aériennes met en évidence l’extension tardive de l’arboriculture dans la zone d’étude.
Témoin de la sédentarisation, l’olivier, en 1956, occupait 333 ha, soit 1,3 % de la
surface totale de la zone d’étude. La carte de 1956 montre une concentration bien nette
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Tableau 10. Evolution des surfaces plantées en olivier entre 1893 et 2000
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Figure 18. Dynamique des surfaces des olivraies entre 1893 et 2000
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(Hédi ABDALLAH)
L’étude diachronique, entre 1893 et 1956, prouve que la superficie des unités des
différentes catégories des espaces forestiers et ruraux est demeurée stable sur plus 40 %
du territoire étudié, alors qu’elle a régressé de 7 %, augmenté sur 10.8 %. La situation
de blocage représente 41% de la surface totale de la zone d’étude. L’étude de la
dynamique de l’occupation des terres montre, qu’entre 1893 et 1956, les catégories en
régression sont les formations broussailleuses et les massifs de cactus qui ont
habituellement évolué vers les terres de cultures et les parcours. Le taux de changement
observé, d’une catégorie d’occupation des terres à une autre entre les deux dates, est de
l’ordre de 18 %. Cette augmentation provient de la transformation de certains types
d’occupation des terres en d’autres types d’occupation. Il s’agit principalement de la
classe de terres de cultures et localement de forêts. Les environs de jebel Jhaff, est le
secteur le moins affecté par les changements d’état d’occupation, il est faiblement
transformé au cours de la deuxième moitié du XXème siècle. Ce secteur est considéré
comme stable, car il est resté pour une grande partie dans son état initial.
L’analyse diachronique (1893 et 1956) des unités d’occupation des sols de la zone
d’étude (figure 13) révèle des modifications sensibles. Le taux de régression spatiale
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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est plus élevé au niveau des secteurs situés à l’Est, notamment le couloir d’oued Seïl et
Es-Srassif. A l’inverse, les secteurs qui ont connu une assez importante progression se
concentrent aux sud-ouest, au niveau de la trouée de Bel Assoued et localement dans
le secteur nord de Boumerra.
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L’étude diachronique, entre 1956 et 2000, montre que l’étendue des différentes
catégories des espaces forestiers et ruraux est restée stable sur environ 17 % du
territoire étudié alors qu’elle a régressé sur plus de 13 %, progressé sur 16 %. La
situation de blocage a marqué plus de 51 % de la surface totale de la zone d’étude.
L’importance du processus du blocage est expliquée par l’ampleur de l’action humaine.
Cette étude révèle une modification de l’espace naturel et agricole avec un
accroissement des formations forestières et des zones d’olivier et une régression des
surfaces broussailleuses, des massifs de cactus et des steppes d’alfa. L’analyse de la
dynamique de changement a fait ressortir un processus de création de nouvelles taches
de forêts conduisant à l’augmentation de leur superficie entre 1956 à 2000. Cette
augmentation de superficie provient du reboisement des clairières et des formations de
type matorrals les plus dégradées de jebels Soughas, Golea et Hmama.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Dès le début du XXème siècle le mode de vie nomade s'est opposé à la paix des colons
français accélérant ainsi le rythme de la fixation paysanne et le passage de la société
pastorale à la société paysanne (Attia 1977). A partir des années 1920, les relations
entre la population et le couvert végétal tendent à s’aggraver considérablement à cause
de l’accélération de la sédentarisation renforcée par la confirmation de la colonisation
foncière (Abdallah et Gammar 2010). La fixation des populations nomades a entraîné
une modification profonde de leurs rapports à la terre. Les perspectives de privatisation
leur ont fait attribuer à la terre une valeur pour elle même, alors qu’elle n’en avait
auparavant que comme support à l’alimentation du bétail.
D’après les resultats des enquêtes socio-économiques (2008), les paysans sont obligés
de développer et d’intensifier des activités pour améliorer leurs conditions de vie, ce
qui se traduit par des prélèvements importants sur la végétation forestière
(défrichements agricoles, élevage et exploitation du bois). Des vestiges repérés sur le
terrain complètent les renseignements sur les activités paysannes et témoignent de leur
répartition dans l’espace. Ces activités qui se traduisent par des prélèvements en bois
sont à l’origine d’une forte pression sur la végétation forestière.
Les différents usages du bois sont classables en trois catégories : le bois d’énergie sous
forme de charbon de bois ou de bois de feu, le bois de construction et le bois
d’équipement et d’outillage. Les autres prélèvements, la cueillette de l’alfa et du
romarin ont un impact moins déterminant.
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(Hédi ABDALLAH)
Selon les charbonniers du secteur de Soughas, le charbon de bois le plus apprécié est
tiré de l’oléastre (l’olivier sauvage), du sumac (Jederi) et du lentisque. Par contre le
genévrier de Phénicie qui est assez abondant dans les jebels étudiés donne un charbon
de moins bonne qualité. La fabrication du charbon de bois est un métier pratiqué depuis
longtemps par la population forestière de Soughas. Jusqu’à la deuxième guerre
mondiale, la fabrication du charbon du bois n’a intéressé qu’un nombre très limité
d’habitants de Soughas. Bardin (1944) signale que le quintal de charbon de bois valait
30 à 40 francs en 1939, ce qui ne permettait pas aux charbonniers d’en tirer des revenus
suffisants pour couvrir les besoins de leurs familles.
Avec la deuxième guerre mondiale, les prix du charbon de bois grimpent de 40 à 200
francs le quintal en 1942 (Bardin 1944). La raréfaction des importations énergétiques
(charbon et carburants), dans toute la Tunisie, explique cette évolution qui a contribué à
l’accélération du rythme d’exploitation et de défrichement des forêts. Les quantités de
bois prélevé dans toute la Tunisie auraient été multipliées par huit selon les chiffres du
Service Forestier (Gammar, 1984). Du fait du manque de combustible, les besoins en
énergie des fours, des boulangers, des bains et des usines dans les grandes
agglomérations du pays (Tunis, Sousse et Kairouan) se sont reportés sur le charbon de
bois. Ceci a poussé des entrepreneurs italiens à installer des centres de collecte du
charbon de bois (Mancher) dans le secteur de Soughas, à Sidi Messaoud, à Bou Aissa
et à Ouled Zouabi (Abdallah, 2007). La présence de ces centres de collecte, les prix
élevés du charbon et la succession de mauvaises années agricoles (1946 – 1947) ont
contribué à augmenter le nombre de charbonniers. A partir de cette période et jusqu’en
1958, le charbonnage a occupé une place importante dans l’économie des
communautés paysannes locales. Mais cette situation tolérée par les services forestiers
de l’époque a eu des conséquences néfastes sur la végétation et le milieu (Bourgou,
1993). En l’absence de surveillance, le charbonnier effectuait les coupes de façon libre
et irrationnelle. Pour éviter le transport du bois sur de longues distances, il fixait
librement la localisation de la meule. Tout autour de ce point, il pratiquait un
déboisement localisé du bois et du sous-bois. Le bois prélevé servait également à
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Figure 21. Quantités moyennes annuelles des prélèvements du bois enregistrés par les
délits forestiers à Ain Zeras au cours de la période 1949.1954 en tonne/ hectare (Selon
les estimations des forestiers, Pour estimer les quantités réelles des prélèvements illicites
en bois, il faut multiplier les quantités enregistrées par les délits par 50 à 100).
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Les déclarations des Gardes Forestiers montent que dès le milieu des années 1990, les
délits forestiers ont nettement diminué. Ceci est expliqué par le recours croissant des
habitants aux produits du marché remplaçant les usages locaux du charbon de bois (gaz
butane pour la cuisson). Les besoins des paysans en charbon de bois sont calculés après
enquête auprès des paysans leur demandant d’estimer leur consommation en charbon
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de bois. Les besoins moyens journaliers d’une famille sont de l’ordre de 0.5 kg/jour
(Abdallah 2007). En se basant sur cette estimation, les besoins annuels de chaque
communauté sont évalués (tableau 13).
Selon les commerçants du charbon de bois l’intensité des prélèvements du bois destiné
à la carbonisation par hectare dans chaque sous-zone de peuplement peut ainsi être
calculée (tableau13). D’après Auclair et Saidi (2002), 100 kg de bois donnent en
moyenne 20 kg de charbon. L’intensité des prélèvements du bois de charbon dépend
directement de la surface de l’espace forestier exploité autour de chaque douar et du
nombre de familles utilisant cet espace. La pression est d’autant plus grande que
l’espace forestier est petit et que le nombre de familles y résidant est grand. Des
communautés généralement peu peuplées, disposent d’importantes ressources en bois
(Ouled Naoui, Ouled Essid) relativement préservées tandis que d’autres fortement
peuplées sont pourvues d’une surface boisée très réduite (Faidh el Bennet et Soughas
sud) où les prélèvements sont intenses (Abdallah, 2007). Selon l’Inventaire National
Forestier (1995), l’accroissement moyen en bois dans les terres forestières du
gouvernorat de Kairouan est de 0,13 m3/an (Abdallah, 2007). Dans le secteur de
Soughas, cette moyenne ne peut être dépassée qu’à l’ouest dans les formations
forestières de l’étage semi-aride moyen. Comme la contribution des produits d’élagage
des oliveraies au charbonnage est faible, compte-tenu de la modestie et la jeunesse des
plantations d’olivier, les taux d’exploitation du bois pour le charbonnage sont encore
aujourd’hui assez élevés à l’est de Soughas pour permettre à la ressource de se
renouveler. L’exploitation du bois de charbonnage ne reste dans les limites des
potentialités des formations végétales qu’à l’ouest de Soughas, dans les finages
forestiers des douars Ouled Naoui, Ouled Essid, El Abeidia et Ouled Zouabi. Toutefois
l’exploitation actuelle du bois doit également prendre en compte les prélèvements
destinés au bois de feu.
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Les besoins domestiques en bois de feu sont satisfaits principalement par le bois de
petit calibre, produit de la taille et de l’élagage des oliviers, des broussailles et du bois
mort récolté dans le cadre des droits d’usage accordés aux habitants des familles
habitant les douar exploitant la forêt se trouvant dans les alentours. Le prélèvement du
bois de feu présente un impact moins important sur le couvert végétal que le
charbonnage. Les produits les plus appréciés sont tirés du romarin, de la globulaire et
du genet épineux.
Jusqu’à la fin des années 1980, le bois de feu était fortement utilisé par les paysans
pour la cuisson du pain (Tabouna, Tajine), la cuisson des repas, le chauffage de l’eau et
des foyers pendant l’hiver. L’enquête a montré que dans ces conditions de vie, la
consommation moyenne d’une famille était de l’ordre de 11.5 kg de bois par jour
(Abdallah 2007). Les besoins moyens annuels en combustibles d’une famille étaient
donc de 4198 kg par an. En dehors des besoins de la population locale, le commerce du
bois de feu trouvait un important débouché dans les villes voisines (Kairouan, Jebibina,
Sbikha) et les campagnes de la plaine de Sisseb vers lesquelles le transport se faisait
par les équidés et les camélidés. A ce propos, les anciens commerçants du bois
confirment qu’au cours des mois d’hiver et de la période de la préparation de la
provision en couscous à la fin de l’été, les demandes sur le bois de feu dépassaient de
loin l’offre. Ceci est dicté par les besoins des habitants en bois de chauffage
domestique pendant l’hiver et en bois de cuisson de couscous pendant la période
estivale.
Au cours des années 1960 et pendant les pics saisonniers de forte consommation de
bois, le prix de la charge d’un âne passait de 0.5 à 0.9 DT (dinar tunisien), celle d’un
chameau passait de 0.8 à 1.2 DT et l’effectif des bûcherons doublait. Les autorisations
de ramassage du bois ne couvraient pas cette hausse saisonnière de consommation. De
ce fait, le bûcheron avait recours, le plus souvent, à la coupe illicite des feuillus et des
conifères (Genévrier de Phénicie, Lentisque et Oléastre), laissant le bois sur place pour
le ramasser ensuite séché, échappant ainsi à la vigilance des forestiers. Sur le plan
social, la commercialisation du bois de feu a constitué un support matériel pour les
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(Hédi ABDALLAH)
familles habitant les douars exploitant la forêt se trouvant dans les alentours surtout
pendant les mauvaises années agricoles.
Au cours des trois dernières décennies, la consommation du bois de feu a nettement
diminué. Le recul de la consommation de ce combustible est expliqué par le recours
des habitants aux produits du marché remplaçant les usages locaux de la forêt (gaz
butane pour la cuisson). Ceci a probablement conduit à une diminution de la pression
humaine sur les ressources forestières. Actuellement, le bois de feu est utilisé
seulement pour la cuisson du pain dans les fours traditionnels (Tabouna, Tajine).
Les résultats des enquêtes personnelles (2007) ont montré que les usages domestiques
de bois de feu les plus importants sont le four à pain, le chauffage de l'eau et le
chauffage hivernal. Les besoins annuels en bois de feu sans l’utilisation de gaz
atteignent 4.8 tonne/an. Par contre, la généralisation de l’utilisation du gaz pour la
préparation des repas chaux et pour le chauffage de l’eau depuis le début des années
1990(31) a permis d’abaisser la demande sur le bois de feu. Actuellement, Les besoins
annuels en bois de feu sont de l’ordre de 1.748 tonne/an.
31
La généralisation de l’utilisation du gaz comme source d’énergie domestique remonte au début des
années 1990
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Les prélèvements varient de 0,017 à 0.985 tonne /ha/an de bois de feu. Dans les
communautés montagnardes peu peuplées, comme Ouled Naoui et Ouled Essid, le taux
de prélèvement est faible. Il ne dépasse pas 0.02 t/ha/an. Par contre, dans les sous-
zones forestières caractérisées par des communautés fortement peuplées notamment
celle de Faid el Bennte et Kef er Rakhma, les taux sont plus élevés (0.881 et 0.985
tonne/ha/an).
Selon les données de l’archive des gardes forestiers de Zeras et les entretiens avec les
personnes âgées, la pression sur la forêt dictée par la demande sur le charbon a été de
faible intensité jusqu’à la fin de la première guerre mondiale. Puis elle a suit un rythme
accéléré qui caractérise la période 1920-1960. La promulgation du code forestier en
1958, la migration temporelle des chefs de ménage pour travailler dans les grandes
villes environnantes (Tunis, Sousse, Nabeul) ont atténué la pression humaine sur les
produits ligneux.
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Le goudron était extrait du bois mort. Les principales essences utilisées pour le
goudronnage sont le Genévrier de Phénicie et le Pin d’Alep. La collecte du bois se
faisait dans le cadre des droits d’usage mais les paysans recouraient le plus souvent à
des coupes illicites. Le goudronnage intense a des conséquences néfastes sur la
végétation. Il provoque une dégradation sélective qui menace les espèces recherchées
(genévrier de Phénicie et pin d’Alep) accélérant ainsi le recul des pinèdes et du
matorral haut de genévrier de Phénicie et favorisant l’extension des formations basses
dominées par le romarin, les cistes et l’alfa observés tout autour des tracés d’anciens
fours de goudrons à oued Jenene et jebel Hamama. La quantité de goudron recueillie
ainsi est faible, de 25 à 35 kg de goudron par tonne de bois sec.
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Les vestiges de plusieurs fours à chaux (environ une quinzaine) s’observent au sud de
Jebel Hamama. Les personnes âgées, habitants les piémonts de ce jebel, mentionnent
que ces fours ont fonctionné durant les années 1960-1980. Cette activité était
encouragée par l’État. Elle était donc tolérée par l’administration forestière dans le but
d’améliorer les conditions de vie et de l’habitat et de fournir les bourgs voisins en
matériaux de construction.
L’évolution au cours du XXème siècle des genres de vie et des modes d’habitat explique
l’abandon du goudronnage et des fours à chaux. Il a eu aussi un impact direct sur
l’utilisation du bois pour la construction et l’intensité de son exploitation sur le plan
local.
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L’analyse de plusieurs sources de données, montre que l’habitat dans la région d’étude
a évolué successivement en trois types d’habitat au cours du XXème siècle, à savoir la
tente, le gourbi et la maison (figure 28a). La demande locale en bois de construction au
cours de la période des tentes était globalement modeste. D’une part, les habitants
étaient peu nombreux et d’autre part la tente consomme peu de bois pour son
édification. Durant la période des tentes, la forte demande en bois concernait surtout les
branchages des espèces épineuses servant à renouveler la zriba, ces enclos qui
rassemblaient le cheptel. La mobilité des habitants demandait de reconstruire ces
enclos et de prélever le bois à chaque déplacement. Pendant la période des gourbis, la
demande en bois pour la construction touchait presque toutes les espèces végétales du
secteur d’étude. A côté de l’emploi des espèces épineuses pour la zriba, des troncs, des
perches et des branchages sont utilisés pour la construction et l’entretien des toits des
gourbis. La hausse de la demande de bois destiné à la construction des gourbis
commence vers les années 1940 avec l’affirmation de la sédentarisation dans le secteur
d’étude. Puis elle atteint son maximum entre 1950 et 1970. Ceci a été dicté par
l’affirmation de la sédentarisation d’un grand nombre de pasteurs. A partir des années
1980, le Programme National de Dégourbification qui a été lancé par l’ancien président
Bourguiba a entraîné une baisse de la demande locale sur le bois et les branchages
destinés à la construction des habitations humaines. Les gourbis abandonnés par les
hommes au cours de cette période ont été utilisés comme des abris pour le bétail. Ceci a
contribué à l’apparition des abris en semi dur, ces transformations dans le mode d’abris
du cheptel aboutissent à l’abaissement de la demande sur les espèces épineuses comme
le sumac, le jujubier, le genêt épineux...
81
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
80
%
60
40
20
0
1897 1924 1942 1956 1969 1986 2005
25000
Bovins 1881-1938
5000
0
1870
1880
1890
1900
1910
1920
1930
1940
1950
1960
1970
1980
1990
2000
2010
Figure 28. Évolution des effectifs de bétail entre 1881et 2005 selon les Séries fiscales et
compagnes de vaccination
Sources : Archives du Cheikha de l'Ourazla (de 1881 à 1938), Centres de vaccinations
(1957 à 1995) et inventaire personnel (2005).
83
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Depuis les délimitations forestières de 1903 à 1912, toutes les terres forestières qu’elles
soient, domaniales ou privées, sont soumises aux régimes forestiers pour assurer la
conservation et l’exploitation rationnelle de la propriété forestière, et aussi de garantir
aux usagers, l’exercice légal de leurs droits (article I du code forestier). A partir des
années 1920 et surtout depuis 1950, un grand effort a été consenti par le pouvoir central
en vue de restaurer et d’améliorer les forêts et les parcours de la Tunisie. Les
reboisements intéressent des terrains de statuts juridiques différents. Il s’agit dans la
majorité des cas de terrains nus relevant du domaine forestier (FAO).
- Des travaux d’éclaircissement qui a touché surtout les forêts dense de pin d’Alep,
- La restauration des pinèdes dégradées par de nouvelles plantations de pin d’Alep,
- L’amélioration pastorale des parcours par des espèces fourragères (cactus et acacia)
La restauration des pinèdes
Les essais de plantations sont relativement récentes ; elles couvrent de faibles
superficies et intéressent les zones montagneuses et les clairières forestières. Dans la
partie occidentale montagneuse, considérée à vocation forestière et entièrement
rattachée au Domaine Forestier, la surface totale des plantations de pin d’Alep est de
l’ordre de 553 ha. Par contre, elles occupent seulement 27 ha à l’est de la région
d’étude.
84
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Le recul des massifs de cactus épineux sub.spontanés au cours des dernières décennies
a été dicté par l’augmentation de la demande sur les raquettes de cactus, consommées
par le bétail pendant les périodes de soudures.
85
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
86
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Conclusion
Le présent travail montre qu’au cours du XXe siècle (1893.2000) les changements sont
nettement perceptibles et permettent de dégager les tendances d’évolution des espaces
forestiers et ruraux sous l’action de la pression anthropique. Le rythme et l'évolution de
l'exploitation du bois sont ainsi étroitement liés aux conditions de vie de la population
et leurs mutations. Depuis les années 1920, cette population s'adresse à la végétation
forestière et steppique dans le but d'améliorer son existence et de s'adapter aux
contraintes économiques et sociales. Les coupes se sont intensifiées notamment durant
les années 1940.50.60 et 70 avec le charbonnage le goudronnage et l'installation des
fours à chaux, en plus de l'augmentation de la consommation domestique générée par
l'accroissement démographique. C'est un épisode majeur de la pression anthropique qui
a fini par agrandir les clairières forestières à l'ouest et surtout par éliminer les
ensembles de broussailles isolées à l'est de zone d’étude, conduisant à la généralisation
du paysage steppique.
Dans le Nord tellien, les habitants de la zone d’étude ont été les derniers à quitter la
tente pour se fixer dans des douars de gourbis situés au milieu des terres forestières à
l'ouest et surtout à l'est au voisinage des ensembles broussailleux. L'évolution décrite
plus haut a été assez tardive dans le secteur de Soughas en raison de son enclavement,
de son peuplement lâche et l'absence d'implantations coloniales et modernes, avant la
construction du Barrage de Nabhana et la route qui y conduit en 1967. Ceci a favorisé
dans un premier temps, au début du XXème siècle, une restauration forestière,
87
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
La pression des coupes de bois reste actuellement relativement forte, malgré une baisse
de la demande locale en bois, qui s'explique par l'amélioration de l'habitat et de
l'équipement moderne des foyers. Si on arrive à contrôler les risques d'incendies, du
charbonnage illicite et du surpâturage, le rythme actuel des coupes serait tolérable dans
l'espace forestier continu, à l'ouest du secteur. Par contre, le rythme de ces coupes reste
relativement élevé à l'est du secteur et implique la protection des derniers ensembles
broussailleux et des aires réservées aux jeunes plantations et améliorations forestières
et pastorales. L'exemple des marges arides du Tell oriental montre que dans le contexte
des marges arides du Tell, caractérisé par un renforcement de la sécheresse qui ralentit
la régénération forestière, une forte pression des coupes entretient la steppisation et
bloque toute reprise forestière.
88
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Chapitre III
Introduction
Les peintures rupestres du jebel Bouslam et de la Hamadet Es.Soughas qui remontent à
3500 ans avant J.C, montrent l’ancienneté du peuplement et de la pratique pastorale.
Solignac (1936) a signalé ces gravures « ne peuvent être que l’œuvre d’une population
en phase de sédentarisation, au début de l’état pastoral, montrant des réminiscences de
leur état de chasseur ».
La reconstitution des étapes de l’évolution paysagère sur les marges arides du Tell
oriental, de Soughas à Souar, demande de comprendre le rôle des différentes sociétés
humaines qui interagissaient dans ce milieu depuis la fin du XIXè siècle. Cette
évolution des relations Homme.milieu est à mettre en relation avec les mutations
majeures dans les structures rurales, les genres de vie et les rapports de la société à son
milieu.
Comme le reste du pays, la Tunisie intérieure a profondément évolué depuis un siècle.
Au XIXe siècle, loin du pouvoir beylical qui la contrôlait assez mal, livrée aux rivalités
des tribus mal fixées, c'était une terre d'utilisation discontinue et dans l'ensemble fort
extensive. La colonisation (1881.1956), l'indépendance et la décolonisation (depuis
1956), enfin une pression démographique croissante ont profondément modifié cette
situation (Fremont 1969).
L'analyse géographique doit permettre de comprendre comment ces bouleversements
historiques aboutissent, ici comme ailleurs, à une transformation profonde de
l'organisation et de l'utilisation de l'espace.
1. Le peuplement traditionnel et l’organisation de l’espace
Grâce à la monographie de Monchicourt (1913) et celle de Despois (1955), grâce aussi
aux cartes d'État.major et aux récits de voyageurs (Pelissier, 1853 ; Guerin, 1862), il est
possible de reconstituer les grands traits du peuplement traditionnel et de l'organisation
89
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
de l'espace jusqu’au début du XX siècle environ. Cette analyse parait nécessaire car
elle doit donner la mesure des forces qui ont modelé les structures régionales
traditionnelles (Fremont 1969).
Pour mieux cerner le mode de vie des populations et l'occupation du milieu dans la
région d’étude avant l’implantation des grandes exploitations européennes, des
entretiens sont menés auprès des personnes âgées. Les rapports des officiers et les
différentes générations des cartes topographiques sont consultés.
L’atlas archéologique de la Tunisie au 1/50 000 (1892.1913), identifie 97 sites sur les
cartes de Jebibina et de jebel Fkirine, vestiges antiques témoins d’une occupation
humaine sédentaire dense (figure29).
Dans le couloir Nabhana.Bel Assoued, douze vestiges de ruine antique de type
Henchir sont dénombrés, bien distribués, dont la plupart sont de grande dimension
(figure29). Ces vestiges caractéristiques de la période romaine témoignent d'une
ancienne occupation des terres. Mais la présence antique semble plus importante et
elle ne se limite pas aux seuls points d'eau. Parmi les autres vestiges citons :
- des aqueducs qui conduisent l'eau de Bir Bouchbika aux piémonts sud de jebel
Soughas et d’Ain el Hammem aux basses terres d’oued Nabhana,
- des huileries à Oum Hafsa, à Bir Bouchbika à henchir el Hammem et à Bou
Hassen,
- des céramiques (Oum Hafsa), de la poterie (Henchir el Hammem), une voie
romaine à l’amont de Barrage Nabhana.
Ce grand nombre de vestiges atteste de l’intensité de l'occupation des sols durant les
périodes romaine et byzantine. Les terres du couloir de Nabhana.Bel Assoued sont loin
d’avoir été des milieux dépeuplés. Par contre, l’absence des vestiges qui remontent à la
période arabe indique que ce couloir a connu une longue période de déprise rurale.
90
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 29. Etat de peuplement des marges arides du Tell oriental au début du XXe
siècle
Ces sources d’information montrent que jusqu'à la fin de la première guerre mondiale,
la région était partagée entre des sédentaires retirés dans les jebels ou les « pointements
centraux » et des pasteurs mobiles le long des couloirs d’oued Nabhana.Bel Assoued et
d’oued Seïl.
1.1. La population sédentarisée
La population sédentaire se rattache à la tribu de l’Ourazla, anciennement fixée à l’est
de la Dorsale tunisienne. Elle occupe les terres situées entre jebel Soughas et Oued
Hadada. Cependant, d’après les sources précédemment citées, le territoire de l’Ourazla
déborde de loin cette étendue. Il couvre toute la partie montagnarde et forestière entre
la plaine de Jebibina et jebel Bargou (Monchicourt, 1913). L’Ourazla constitue l’une
des rares populations qui soit restée dans la région depuis l’antiquité. Charles
91
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Monchicourt (1913) a signalé que les Ourazla sont les gens d’Urusi et qu'ils sont les
seules peuplades qui n’aient guère changé ni de nom, ni d’habitat depuis l’époque
romano.byzantine. Ils ont fui dans les montagnes en développant un élevage
essentiellement caprin. De sa part, Despois (1955) signale que les Ourazla ont toujours
habité, de père en fils, les terres où ils sont nés et ils n’ont pas de parents ailleurs.
Contrairement aux autres peuplades de la Dorsale (Oueslet, Kesra, Bargou, Jouggar,
…), qui ont réussi au cours des siècles à créer des noyaux de sédentarisation de type
Dechra, les habitants du Cheikha d’El Ourazla, sont les seuls à ne pas s'être regroupés
en villages, vivant pour la plupart sous la tente (Bernard, 1924). Ce type d’habitation
est très adapté à la mobilité des Ourazla, qui se déplacent constamment à l’intérieur
de leur territoire à la recherche de blé et de pâturage. Ils quittent les jebels vers les
dépressions d’Oued Nabhana et d’Oued Saadine au début de l’été, amenant avec eux
leurs troupeaux composés majoritairement de caprins. Cette descente estivale est
dictée par trois raisons :
- les Ourazla quittent la forêt en été pour éviter le risque des incendies,
Vers le début d’août les Ourazla se rapprochaient des massifs de cactus à jebel
Soughas et jebel Golea, où, ils passaient l’automne, puis ils remontaient de nouveau
dans les jebels, où ils passaient l’hiver.
92
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Oued Seïl prend naissance aux piémonts sud du massif de Jouggar. Alimenté par le
ruissellement, il ne contient pas d’eau durant la plus grande partie de l’année. Cet oued
draine le domaine de Souar et la plaine de Jebibina. Les entretiens avec les personnes
âgées montrent que cette sous-zone a connu un peuplement tardif qui remonte au
milieu des années 1920. Ceci peut être expliqué par le fait que ce couloir « est une
passe aisée et commode dont l’importance stratégique, commerciale et humaine a été
remarquée dans tous les temps. C’est par ce point qu’a passé, depuis la plus haute
antiquité, longeant la rive gauche de l’Oued Seïl, la route la plus facile et la plus
courte menant de Tunis à Kairouan … c’est la porte principale du Sahara » (Solignac,
1936). Cette route a été fréquentée, chaque année et durant la période du pouvoir des
Beys de Tunis, par le Bey des camps (Trik el Mahalla d’hiver)32 (Peyssonnel, 1725).
Le dépeuplement du couloir d’oued Seïl s'expliquerait par la fuite des populations dans
les montagnes à la recherche de la protection contre les Beys de Tunis désirant
collecter les impôts. Le dépeuplement de ce couloir a constitué un supplément de
parcours pour les transhumants entre l’extrême nord des Basses Steppes et le Haut Tell.
Ces mouvements migratoires dont l'ampleur varie suivant les saisons et les années,
peuvent prendre une importance considérable en année sèche. (Despois, 1935) a signalé
que les terres fortes de ce couloir sont recherchées en hiver par le bétail des Telliens où
il fait trop humide et où l’herbe est plus tardive, et, au printemps, par les transhumants
des Basses Steppes qui abandonnent leurs terrains de parcours brûlés par le soleil.
1.2.2. Le couloir Nabhana.Bel Assoued
La modestie des reliefs qui constituent ce couloir, laisse la place à une large vallée
traversée par plusieurs voies de pénétration et autorisent l'intensification des relations
de complémentarité entre la plaine de Kairouan et le Haut Tell. En effet, la dorsale
n’a jamais constitué un obstacle ni aux échanges, ni au peuplement.
32
C’est la route d’hiver de la compagne du Bey, qui a lieu au mois de novembre après la récolte de l’huile et
des dattes. Elle concerne surtout la frange orientale de la Tunisie du nord vers le sud.
93
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
situation a marqué le secteur jusqu’à la fin du XIXème siècle. D’après nos entretiens et
nos travaux de terrain, l’absence de toute forme de sédentarisation antérieure aux
années 1920 dans ce couloir suppose que la population susceptible d'exploiter ces
terres serait une population mobile (nomades, transhumants et hattaia).
Durant cette longue période de déprise rurale et par le biais de plusieurs voies de
communication, notamment la voie d’Es Sottara, le couloir de Nabhana. Bel Assoued
a joué le rôle d’une zone active de passage entre les Basses Steppes et le Haut Tell. La
documentation33 présente deux importantes voies de marche qui ont été très
fréquentées par un grand nombre de transhumants de la Tunisie centrale ; la première
relie les Jlass de sud à l’haut Tell à travers la vallée de Nabhana et la seconde relie
Bled Sisseb à l’Haut Tell en longeant la vallée d’oued Bel Assoued. A travers ces
voies, les troupeaux sont dirigés vers les pâturages suivant des itinéraires fixes et un
calendrier connu. La transhumance organisée tente à atténuer le déséquilibre régional
en termes de pâture et assurer la complémentarité entre les régions de la Tunisie. Mais
les exigences de la paix coloniale ont rompu cette inévitable mobilité (Attia, 1977).
Cette pratique permettait la rotation et la mise en défens provisoire des parcours
locaux. C’est un élevage sans réserve de fourrage ; l'animal se nourrit de ce qu’il
trouve dans ses déplacements.
94
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
34
Poncet J. (1961) Dès les débuts de la colonisation, il est frappant de constater que l’effort de peuplement
français porte essentiellement sur ces terres de tribus ou ces possessions domaniales où la propriété « melk »
n’existait pas et où, de ce fait, l’on niait tout simplement les droits des occupants …
95
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
recherche du blé et de travail, poussés par la pauvreté et la misère. Ils partaient dans le
nord dans le but de s’approvisionner en blé pour constituer leur provision hivernale. Cette
migration saisonnière de main d’œuvre en fonction des saisons et suivant des itinéraires
fixes assure une participation aux activités de labour et de moisson dans le Tell, la
cueillette des olives au Sahel de Sousse et des vignes au Cap.Bon. Ces mouvements
saisonniers sont le résultat de la crise d’adaptation des bédouins au mode de vie
sédentaire.
Les enquêtes menées auprès des personnes âgées montrent que les premiers signes
de fixation paysanne des nouveaux arrivés dans des groupes de gourbis dispersés de
part et d’autre du territoire de l’Ourazla a commencé au début des années 1930. Le
rythme de cette sédentarisation a été lent pour deux raisons :
- les nomades appelés Azzaba ont établi une relation intime de père en fils
avec la tente qui facilite la mobilité de leurs troupeaux,
- les gourbis à cette époque représentent presque toujours une preuve de la
pauvreté et de vie misérable. Ils hébergent les familles dépourvues de
troupeaux (Despois, 1955).
Ces transformations des modes de vie firent des bédouins des paysans possesseurs d’un
domicile fixe, de petits oliviers et d'une petite propriété privée. Cette conversion, rapide
du bédouin au paysan, a réussi à sédentariser des hommes dont la vie se passait depuis
des siècles en mobilité derrière les troupeaux, à la recherche de pâturage. Mais elle
n’arriva pas à changer totalement la mentalité de ces hommes qui ont gardé un savoir
faire pastoral transmis au fil des générations.
96
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 30. Implantation des fermes coloniales et des noyaux de peuplement aux
années 1930 d’après les cartes topographiques de Fkirine et de Jebibina
Source : Cartes topographiques au 1/50000 (1956)
3. Phase de l'indépendance
3.1. Affirmation de la sédentarisation
97
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
35
Unité Coopérative de Production.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Le terrain d’étude qui s’étend à cheval entre les deux gouvernorats de Zaghouan et
de Kairouan couvre entièrement les deux Imada36 de Soughas et de Souar ainsi que des
Imada partiellement inclus dans la zone d’étude (Ouled Zouabi, Dghafla ouest, Ain El
Battoum, et Sidi Messaoud). L'étude de l'évolution récente de la population des marges
arides du Tell oriental de Soughas à Souar pose deux difficultés majeures :
- les changements des délimitations administratives d'un recensement à l’autre
rendent difficile l'étude de l'évolution de la population de la zone entre les
dates de recensement ;
- la présence de secteurs partiellement inclus dans la région d'étude pose un
problème pour le calcul du nombre d'habitants à chaque recensement. Pour
mieux comprendre l’évolution de la population dans la zone d’étude, les
limites administratives sont cartographiées depuis 1975, date du premier
recensement par secteur en Tunisie (Figure 32). Les modifications des limites
administratives dues à plusieurs mutations au cours des trente dernières
années ont contribué à l’apparition de nouveaux Imada :
Imada d’Ain Battoum a été divisée en Ain Battoum et Soughas.
Imada de Dghafla a été divisée en Dghafla ouest et Dghafla est.
Imada d’Oum Labouab a été divisée en Oum Labouab et Ouled Zouabi.
La figure 31 permet de reconstituer les étapes de changement des limites administratives
et de l’évolution du rythme de peuplement sur les marges arides du Tell oriental de
Soughas à Souar.
36
C’est la plus petite division administrative
99
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
100
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
101
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Dans la mesure où cette région est exclusivement rurale, en l’absence des villes et des
grands noyaux de peuplement qui peuvent fausser les résultats, la méthode de calcul
basée sur le pourcentage de surface parait fiable pour estimer le nombre d'habitants des
Imada qui se trouvent en partie dans la zone d’étude et ainsi fournir une évaluation assez
représentative du nombre d'habitants de la zone d’étude.
Selon le recensement de 1975, la population résidente dans la zone d’étude s’élevait à
8169 habitants. Puis au cours de la période 1975 – 1984, elle s’est accrue de 7,78 %,
avec un taux de croissance inférieur à la moyenne nationale de la croissance en milieu
rural pendant la même période (12%). Le taux de croissance le plus élevé le long des
trente dernières années a été enregistré au cours de la période 1984-1994 (18,05%).
Ainsi, la population de la zone d’étude a connu une croissance de l’ordre de 13,28 % au
102
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
cours de la décennie qui sépare les deux derniers recensements (1994 et 2004). Selon le
dénombrement de 2004 la zone d’étude compte 11776 habitants.
Cependant, la croissance du nombre total d'habitants de la région ne doit pas cacher les
nuances entre les Imada, car l’étude du rythme d’évolution du nombre d’habitants par
Imada révèle des variations importantes. En se basant sur le rythme de croissance des
habitants des Imada, trois ensembles se distinguent :
103
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Conclusion
L’étude du peuplement et des transformations des genres de vie a facilité la mise en
valeur de faits importants pour la description du milieu humain et l'analyse des
problèmes environnementaux des marges arides du Tell oriental. La contribution la
plus intéressante de ce chapitre se remarque dans le suivi des dynamiques
spatiotemporelles de peuplement et de l’usage de l’espace depuis la fin du XIXème.
Dès le début du XXème siècle le mode de vie nomade s'est opposé à la paix des colons
français accélérant ainsi le rythme de la fixation paysanne et le passage de la société
pastorale à la société paysanne. A partir des années 1920, les relations entre la
population et le couvert végétal tendent à s’aggraver considérablement à cause de
l’accélération de la sédentarisation renforcée par la confirmation de la colonisation
foncière. La fixation des populations nomades a entraîné une modification profonde de
leurs rapports à la terre. Les perspectives de privatisation leur ont fait attribuer à la terre
une valeur pour elle-même, alors qu’elle n’en avait auparavant que comme support à
l’alimentation du bétail.
La prédominance de l'activité pastorale était un facteur de dégradation de la végétation
par le surpâturage, les incendies pastoraux, le charbonnage et les cultures sporadiques
(Gammar 2004).
Depuis l’indépendance en 1956, la population de la zone d’étude connaît une
croissance régulière importante, ce qui a abouti à la multiplication des douars et de
l’habitat dispersé avec des rythmes de croissance très variables selon les localisations
au sein de la zone étudiée.
37 Les deux Imadas, Oum Labouab et Oued El Ksab se situent en dehors de la zone d’étude. Elles sont citées
à titre comparatif.
104
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Chapitre IV :
Place de l’élevage dans l’économie des
douars
___________________________________
Introduction
L’élevage joue un rôle essentiel dans l’économie paysanne de la zone d’étude. Il est
donc utile de s’interroger sur la place qu’occupe cette activité dans l’économie des
douars.
L’étude des sources de revenu des ménages est assez complexe : des combinaisons
d’activités variées contribuent de manière plus ou moins régulière et importante au
revenu des ménages. L’enquête socioéconomique montre que les revenus proviennent
de trois sources : l’élevage, les activités hors de l’exploitation et les cultures. Mais
l’importance des activités de ces sources varie selon les milieux, bien que dans toute la
bande de transition entre le Tell et les Basses Steppes tunisiennes, l’activité de
l’élevage occupe une place prépondérante dans les stratégies des ménages.
L’hypothèse centrale de ce travail consiste à dire que l’économie des douars des
marges arides du Tell oriental est caractérisée par diverses combinaisons d’activités
agricoles et non agricoles, dont l’élevage activité la plus génératrice de revenus et la
plus adaptée aux conditions de l’environnemment.
Dans ce travail, nous essayons d’abord de définir la notion du douar comme unité de
peuplement rural et d’avancer une contribution méthodologique permettant la
délimitation spatiale de son territire. Dans un second temps, nous étudions la place de
l’élevage dans la stratégie familiale, la façon dont il se combine avec les autres activités
et leur part importante dans les revenus familiaux et donc leur pression sur la
végétation. Nous avons enfin étudié le rôle des stratégies familiales et des conditions
du milieu dans la détermination du mode d’occupation des sols.
Afin de comprendre le fonctionnement de l'économie des douars et de rendre compte
du rôle des conditions du milieu dans l’agencement des activités agricoles et non
agricoles au sein de chaque combinaison d’activités, une enquête socioéconomique
conduite dans la zone d’étude en avril 2008 porte sur l'ensemble des activités
105
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
professionnelles exercées par les membres des ménages. L’échantillon comprend 150
ménages issues de 30 douars, soit environ 10 % du nombre total des ménages.
La corrélation entre l’ensemble des activités pratiquées par les chefs de ménages
enquêtés et la place de chacune dans la stratégie familiale du douar fait apparaitre dans
la région d’étude sept ensembles de douars (Figure 33).
L’analyse des réponses concernant l’aire d’action des ménages enquêtés permet de
délimiter et de représenter sur une mosaïque de photographies aériennes orthorectifié
(mission 2000) les territoires d’actions de l’ensemble des douars en question. Puis on a
superposé la carte des territoires des douars et celle de l’occupation des sols réalisée
préalablement. Ceci, nous a permis d’étudier l’occupation des sols à l’échelle du douar
et de vérifier les rapports entre les stratégies familiales et les conditions du milieu
d’une part et le mode d’exploitation des terres d’autre part (tableau 16).
1. Le douar et son territoire : définition, délimitation et application à l’espace
pastoral
1.1. Population et groupe d’habitation au centre du douar
Le douar est un terme d’origine arabe qui désigne une étendue de terre où s’exerce
l’autorité d’un groupe ethnique fonctionnel serait alors un groupe ayant les mêmes
origines supposées (Berque 1978c). Selon Despois (1955), Le douar est un type
de campement nomade, en particulier au Maghreb qui, disposé en cercle, permettait de
grouper les troupeaux dans l'espace laissé libre au centre de celui-ci. Actuellement le
terme douar désigne un groupe d’habitations rurales, un hameau, voir un village. Cette
unité de peuplement n’est pas une entité figée, elle évolue sous l’impact de
phénomènes internes et externes, son contenu social se modifie constamment, elle peut
se rétrécir à moins d’une dizaine de maisons, ou s’élargir à plusieurs dizaines.
Généralement, la dimension du douar dépend de sa population, son histoire, ses
ressources et ses rapports avec l’espace extérieur, relayés par des liens familiaux ou de
voisinage, par le marché des biens et du travail, par l’école, par les indispensables
démarches administratives (...).
Trois niveaux de changement apparaissent depuis la fin du XIX ème siècle. D’abord, la
demeure est devenue relativement fixe, pour les habitants des tentes ou des gourbis.
106
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
38
Mgharsa : C’est un contrat qui permet au travailleur de planter un terrain nu d’un propriétaire. Il récupère
les revenus de toute la plantation pendant la durée du contrat et récupère 50 % de la terre plantée à la fin du
contrat
107
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
limites des territoires des douars réside dans le fait que certaines activités ne s'étendent
pas sur un territoire clairement délimité, ou alors avec une intensité variable (pâturage
des animaux, ramassage du bois, cueillette de câpre).
Cependant une délimitation approximative et instantanée des territoires des douars peut
être réalisée en se basant sur la collecte d'informations socio-économiques. Des
entretiens oraux tenteront de définir le support spatial de leurs activités. Cette méthode
permet de délimiter dans l’espace, les aires des pratiques et des activités des familles
enquêtées. La superposition de ces territoires familiaux fournira le rayon d’action de
l’ensemble des habitants du douar.
Dans le présent travail je m'intéresse à la délimitation des territoires pastoraux des
douars qui englobe en plus des unités pastorales39, des parcours communs exploités par
deux ou plusieurs communautés. La délimitation des territoires pastoraux est réalisée
sur la base d’entretiens avec des éleveurs enquêtés dans chaque communauté paysanne.
Nous avons demandé des éleveurs d’estimer la distance maximale habituellement
parcourue par leurs troupeaux dans chaque direction (N, NE, E, SE, S, SO, O, NO,).
39
Le territoire pastorale est définie comme unité d’exploitation pastorale c’est.à.dire un espace en principe
d’un seul tenant pâturé par un même troupeau, ou par un même ensemble de troupeaux quelle que soit la
nature des propriétaires du terrain » (GUET 1979)
108
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(Hédi ABDALLAH)
109
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 34. Les groupements ruraux (douars) des marges arides du Tell oriental
110
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
diversité des usages de l’espace et des ressources naturelles. A partir des diverses
informations ainsi rassemblées, il est possible de dresser le bilan de la situation actuelle
de l'utilisation du sol dans cette région (tableau 15).
Tableau 15b : Usages de l’espace et des ressources naturelles des douars.
Résultats obtenus à partir de l'enquête socioéconomique réalisée en 2008.
Catégorie des Surface de Surface des cultures Surface de forêts Surface de cultures
douars l’arboriculture en % annuelles et jachères et steppes en % irriguées en %
en %
I 28,9 47,2 21,9 2,1
II 22,1 44,1 19,6 14,2
III 30,9 45,8 22,2 1,1
IV 35,9 43,7 19,7 0,6
V 29,1 49,8 18,3 2,7
VI 36,4 41,4 21,2 .
VII 37,4 43,4 19,2 .
111
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
112
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les données de l’enquête montrent que les quantités de céréales récoltées sont stockées
pour alimenter les familles, souvent même, les chefs de ménage complètent leurs
réserves par des achats de céréales. La céréaliculture occupe près de la moitié des terres
cultivables, mais elle totalise moins de 10 % de la recette de l’exploitation. Les
rapports de production restent essentiellement familiaux dans la mesure où la majorité
des exploitations sont petites à moyennes (2 à 12 ha). Les déclarations des chefs de
ménages montrent qu’au sud de la région les rendements sont très faibles (2 à 8
quintaux/ha/an) et ils risquent d’être souvent déficitaires. Par contre, dans le couloir de
Zeras la production est assez régulière ; elle oscille entre 10 et 25 quintaux/ha/an.
40 In Terres d’abandon. La population des montagnes françaises : hier, aujourd’hui, demain, Institut
d’Études du massif central, 1988, éditeur, lieu d'édition.
113
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Cette catégorie de douars dispose d’un capital matériel important formé essentiellement
des équipements agricoles (tracteurs, camions, pompes à eau,...). Les revenus des
cultures irriguées, de l’olivier et de leurs résidus agricoles constituent un capital
important permettant de mettre en place un élevage extensif. L’analyse de l’enquête
socioéconomique montre que les douars de cet ensemble pratiquent un élevage mixte
associant les différentes espèces animales élevées (ovin, bovin et caprin) au sein de
grands troupeaux. La diversification des activités de l’exploitation conditionne la
complémentarité entre les différentes productions. Le cheptel permet de valoriser les
résidus agricoles. En année sèche, la reconversion d’une céréale destinée à la
production de graines en fourrage limite la récolte de masse végétale et permet de
sauver ainsi le cheptel (Elloumi et al. 1991) (Figure 37).
- Type III
116
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
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(Hédi ABDALLAH)
sont spécialisées dans la production de céréales. Mais généralement dans cet ensemble,
l'activité agricole n'est qu'une source de revenus secondaire. Dans certaines
exploitations de petite dimension, les revenus dégagés de l'activité agricole ne peuvent
couvrir les besoins de la famille.
Au total, les revenus externes à l’exploitation permettent de réduire la baisse des
rendements de l’exploitation au cours des années sèches et de donner du travail à un
grand nombre d’habitants (Figure 39).
- Type V
L’apiculture représente la première activité génératrice de revenus monétaires pour le
douar d’Ouled Zouabi qui forme une catégorie distincte dans la zone d’étude. Cette
activité est une source de revenus importants pour les apiculteurs. Elle est pratiquée par
la majorité des ménages. Le développement de l’apiculture à Ouled Zouabi peut être
considéré comme une adaptation à l’exigüité des terroirs cultivés et à l’irrégularité des
pluies mais il peut être aussi le résultat de la valorisation du savoir-faire local.
L’existence de ce savoir-faire et la richesse du secteur d’étude en espèces mellifères
(Romarin, Tamarix, Caroubier...) ont constitué un point d’appui pour développer une
apiculture orientée vers le marché. Selon un inventaire personnel réalisé en 2005, les 46
familles constituant le douar d’Oued Zouabi disposent de 712 ruches, soit une moyenne
de 15 ruches par famille (Abdallah 2007). L’analyse de la structure des revenus montre
que cette activité génère plus du tiers du revenu global des ménages enquêtés. La
majorité des apiculteurs possèdent d’autres sources de revenus provenant
essentiellement de l’élevage, de l’oléiculture et des activités externes à l’exploitation
(Figure 40).
- Type VI
118
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
des ménages. L’analyse de la structure du revenu global des ménages enquêtés dans
cette catégorie de douars fait ressortir que :
Dans le couloir d’Ain Zeras, qui englobe deux douars (Zeras et Sidi Bannour), le
système de production est basé sur la céréaliculture et la location des pâturages
(achaba). Le facteur agro-écologique influe fortement sur le choix du type d’activités.
Les conditions pluviométriques sont appréciées par le volume et la variabilité des
pluies annuelles et l’effet de sècheresse qui représente un risque pour les agriculteurs
(Gafsi, 2007). L’importance des précipitations qui caractérisent le couloir d’Ain Zeras
privilégie généralement la céréaliculture et la production des fourrages. Cependant,
l’importance de cette activité ne doit pas cacher la grande diversité des activités dans
cette catégorie de douars. En dehors de la céréaliculture, les ménages pratiquent
l’élevage, l’apiculture, l’exploitation des produits forestiers, la maçonnerie, … En
observant la carte présentée plus haut, des huit activités mentionnées sur la légende,
sept sont pratiquées par les habitants du couloir de Zeras. La diversification des
activités apparaît comme la solution pour faire face à une baisse du revenu de
l’agriculture et l’élevage. Cette diversification est obtenue par le biais de la pluriactivité
des membres de la famille (Figure 42).
119
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
120
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Conclusion
Cette étude a montré que la mise en place d'un système d'activité est le résultat d'une
stratégie familiale et que la variation des combinaisons d’activité entre les douars est
expliquée par les conditions du milieu et l’héritage du savoir faire local. Dans le couloir
de Zeras et la trouée d’Oued Bel Assoued situés à l’extrémité ouest de la région, sous
un bioclimat semi-aride supérieur à moyen, la céréaliculture est une activité
raisonnable ; elle reste possible dans le semi-aride inferieur. En allant vers l’est et vers
le sud, au niveau du couloir d’Oued Nabhana et de la dépression d’Oued Saadine, la
céréaliculture devient d’autant plus marginalisée. En effet, en raison de conditions
climatiques défavorables aux cultures au sud et à l’est de la région d’étude, les paysans
ont adopté des systèmes d'activité « pluriactifs » où l’élevage est l’activité principale.
Cet aspect pluriactif des systèmes de production assure des revenus plus réguliers.
Dans la majorité des exploitations, l’élevage est bien souvent le plus important moyen
de subsistance pour la famille. Son importance varie en fonction de la stratégie
familiale et du degré de diversification. Généralement, cette activité occupe les
premières places (1, 2, 3) dans toutes les combinaisons d’activités étudiées. Elle
constitue également une source d’emploi qui occupe les vieillards, les femmes et les
enfants. Les revenus extra-agricoles provenant du travail d’un ou plusieurs membres de
la famille en dehors de l’exploitation (commerce, bâtiment, industrie, tourisme…)
constituent un complément vital d’emploi et de revenu dans les douars de faibles
ressources agricoles.
Il parait que les douars occupant les territoires qui associent des terrains marneux
céréaliers et des terrains montagneux couverts de forêt et de steppes. L’activité
d’élevage reste prépondérante et repose en grande partie sur les parcours. Toutefois, la
qualité de ces parcours au niveau de la bande des petits reliefs gréseux, déboisés
(surtout des steppes rocailleuses) a justifié une régression du rang de l’élevage devant
les plantations et les emplois non agricoles. Le dynamisme de l’élevage dans le reste du
secteur repose sur la qualité des ressources fourragères provenant de la forêt à l’ouest et
des terres humides au sud.
121
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Il faut noter aussi, le dynamisme particulier des douars de Soughas de type I qui
arrivent à développer l’engraissement et des douars occidentaux qui arrivent à
diversifier leurs ressources grâce à la forêt (coupes, cueillette, apiculture…).
122
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Sur les marges arides du Tell oriental, l’élevage tient le plus de place. Dans cette
région, la céréaliculture vivrière est de faible rendement. L’analyse des
combinaisons d’activités et de la structure du revenu parvient aux conclusions
suivantes :
L’activité d’élevage occupe les premières places (1, 2, 3) dans toutes les
combinaisons d’activités étudiées,
123
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Le revenu de l’élevage varie d’une catégorie à une autre selon la place de cette
activité dans la stratégie familiale et le degré de diversification,
124
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Partie II
Cartographie de la végétation des
marges arides du Tell oriental en
vue d’estimer leurs ressources
pastorales
125
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(Hédi ABDALLAH)
Chapitre V
Introduction
Cette étude à pour objectif d’apprécier et d’évaluer le potentiel pastoral des formations
végétales des marges arides du Tell oriental. Elle consiste à promouvoir une démarche
méthodologique permettant d'évaluer les ressources fourragères de cette région. Cette
démarche peut être décomposée en trois étapes inter-reliées (Figure 43) :
41
Selon ADAM (1995) «L’appétibilité est le choix, par l'animal, des plantes qui lui sont agréables et
profitables pour les consommer avant d'autres. Placé dans un environnement à flore variée et abondante, il
fera son prélèvement sur certaines espèces plutôt que sur d'autres sans que ce soit forcement les plus
communes ou les plus apparentes qui soient absorbées ».
127
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Photo.interprétation
Établissement de la pré.carte d’échantillonnage
Vérité de terrain
Carte de végétation
128
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1. Cartographie de la végétation
1.1. Méthode
La méthode utilisée pour élaborer la carte de végétation des marges aride du Tell
oriental comprend les différentes phases suivantes.
1.1.1. Echantillonnage
42 Contribution à l’étude de la végétation de la Tunisie centrale, Ann. Serv. Bot. Et Agron. de Tunisie, 27 (1
et 2), 1954, p. 1388. Carte et tableaux.
43 L’emploi des couleurs dans la cartographie de la végétation in « Les méthodes de la cartographie de la
végétation », Toulouse, 1961 p. 137.145.
129
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
gris, densité, texture, structure, forme, hauteur,…). Le nombre de relevés par strate (nr)
est calculé proportionnel à la surface de cette strate (s) par rapport surface totale de la
zone d’étude (S) :
nr = s / S * NR
130
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
La collecte des données a concerné aussi bien la végétation ligneuse qu’herbacée. Les
relevés ont été effectués au printemps 2009. Pour chaque relevé, sont recueillies les
informations :
- Localisation du relevé (coordonnées géographiques, type de site, exposition).
Les coordonnées des relevés sont lues sur une couverture topographique.
- Description du substrat et du sol
- Action humaine et aménagement
- Stratification de la végétation : herbacées (0 à 0.5m), arbustives basses (0.5 m
à 2 m), arbustives hautes (2 à 7 m) et arborescentes (> 7 m) avec, pour chacune
d’elle, une estimation empirique du recouvrement en fraction de la surface
totale échantillonnée,
- Composition et richesse de la végétation par un relevé floristique exhaustif
avec les coefficients d’abondance,
- Dominance pour chaque espèce de chacune des strates.
- Physionomie de la végétation (type de formation végétale et espèces
dominantes, les signes d’intervention humaine, présente et passée, et de la
dynamique actuelle de la végétation et de son environnement physique).
- Prélèvements pastoraux
Répartition des relevés
La répartition des relevés a été faite selon la méthode des transects de direction est-
ouest recoupant les principaux reliefs. Les transects sont orientés dans le sens de
variation des gradients latitudinaux et climatiques contrastés. Cette méthode consiste à
se déplacer le long des monts et des vaux des transects échantillonnés, pour détecter les
limites de variations de la végétation. La limite entre deux strates (zones considérées
homogènes) est définie par le changement d'état d'un ou plusieurs descripteurs
fondamentaux de la végétation (recouvrement, structure horizontale et verticale de la
végétation, espèces dominantes et utilisation des sols). Il faut parfois parcourir
plusieurs fois le secteur pour décider des limites, qui restent souvent liées à
l'appréciation du chercheur. Le nombre de relevés par transect varie selon la longueur
de ce dernier et selon la complexité des formations végétales qui varient en fonction de
la topographie, de l’altitude, de l’exposition.
131
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Aire minimale
L'estimation de l'aire minimale des communautés envisagées, conditionnant la surface
du relevé, reste une question délicate. Pour la Tunisie centrale, Ben Mhamed M.
(1982)(44), utilise « une aire minimale égale à 100 m2 pour l'ensemble de la Dorsale et
des steppes tunisiennes.
18 transects sont ainsi analysés dans la zone d’étude. L’attention est portée
principalement aux changements progressifs de la flore, comme reflets des variations
graduelles du climat (Figure 38). 150 relevés de 100 m2 chacun ont été placés le long
de ces transects, en tenant compte de la topographie (bas de versant, mi-versant, haut
de versant), de l’exposition, du type de formation végétale, du degré de recouvrement,
du cortège floristique, du type du sol.
(44) Ben Mhamed M. (1982) – Bases phytoécologiques dans perspective de développement des ressources
pastorales et anti.érosivedu bassin versant de Nabhana (Tunisie centrale) – Thèse, Tunis, 179
132
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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134
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
1.2. Résultats
1.2.1. Croisement de deux approches pour décrire la végétation
Deux approches ont été privilégiées pour la description de la végétation des marges
arides du Tell oriental :
– L’approche physionomique, par photo-interprétation des photos aériennes, basée sur
l’analyse du taux de recouvrement des différentes strates et de la densité de la
phytomasse. La photo.interprétation a été réalisée à l’aide d’une grille d’identification basée
sur les critères images : contraste environnement, couleur, texture, structure, forme.
– L’approche phytosociologique, basée sur la caractérisation de la composition
floristique d’une communauté végétale, en référence aux classifications
phytosociologiques mentionnées dans les travaux précédents.
Cette approche s’appuie sur le croisement de l’approche physionomique et l’approche
phytosociologique
1.2.2. Les formations végétales obtenues
Les formations végétales obtenues se répartissent en quatre grands ensembles de
formations végétales :
des forêts du pin d'Alep dégradée, avec un sous-bois très variable selon les
étages bioclimatiques,
des formations d'origine forestière où subsistent des arbustes ou arbrisseaux. Il
peut y avoir aussi quelques pins d'Alep (matorral arboré). L'alfa envahit peu à peu le
matorral au fur et à mesure que disparaissent les espèces reliques forestières et l'on
passe à la steppe,
des steppes caractérisées par une végétation basse et discontinue avec des
graminées vivaces (Stipa tenacissima, Lygeum spartum, Hyparrhenia hirta…), des
chaméphytes (Artemisia herba alba, Artemisia campestris, Atractylis serratuloides) ou
des chénopodiacées crassulescentes en zones salées (Atriplex halimus, Hamada
scoparia…).
la végétation des terres de cultures et des jachères épisodiques, les formations
ripicoles et les reliques forestières occupent le plus souvent les zones de faibles pentes,
les terrasses des oueds et les zones d'épandage.
135
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
45 DAGET P., POISSONET J. (1969) : Analyse Phytologique des prairies. Applicationsagronomiques, Éd.
Cnrs.Cepe Montpellier, doc 48, 67 p.
136
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Le choix de l’animal est opéré par l’appétibilité et l’accessibilité des espèces végétales.
L'accessibilité se traduit par la fraction de fourrage que peut manger le bétail compte-
tenu de la hauteur à laquelle il se situe sur l'arbre ou l'arbuste (Breman et De Ridder,
1991)46. L'accessibilité peut être directe ou indirecte.
2.1. L'accessibilité directe
I1 s'agit de l'accès direct aux différents organes des arbres et des arbustes par l'animal.
Seule la partie basale des formations végétales hautes située jusqu'à 1.5 à 2 m au dessus
du sol est accessible aux animaux domestiques. Cette accessibilité dépend aussi de la
forme du houppier et en particulier du système de branchage et de la hauteur du plant.
D'autres caractères morphologiques favorisent ou non l'accès aux feuilles : la présence
ou non d'épines, la forme des épines et la taille des feuilles. Les ligneux à rameau bas
sont facilement accessibles aux animaux. Les espèces sans épines comme Phillyrea
angustifolia, Olea europaea, Pistacia lentiscus et Arbutus unedo sont plus accessibles
que les ligneux épineux comme Rhus pantaphylla, Ziziphus lotus, Lycium arabicum,
Calycotome villosa et Asparagus albus. Parmi ces dernières, certaines, très appétées,
sont difficilement accessibles à cause de leur système épineux.
46 Breman H., De Ridder N., 1991. Manuel sur les pâturages des pays sahéliens.
ACCT.CTAKARTHAL, A, 47lp
139
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Dans un premier temps, nous allons classer les principales plantes fourragères de la
région en fonction de leur appétibilité et décrire et comparer les qualités pastorales des
divers groupements végétaux et de leurs divers faciès en se basant sur la carte de
végétation précédemment décrite. Cela va nous conduire à une analyse synthétique des
intérêts pastoraux des diverses formations végétales. Les objectifs principaux sont :
140
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Cette étude est basée sur l’observation directe du comportement alimentaire des
différentes espèces animales domestiques (ovine, caprine, bovine et équidés) sur une
sous-zone de végétation homogène et pendant une durée fixée préalablement à 25
minutes (48) (Abdallah 2007). Le problème rencontré réside dans le fait que la pression
des animaux sur les espèces végétales n’est pas uniforme au cours d’une journée, en
particulier entre le matin et le soir. C’est pourquoi il faut éviter d’effectuer des
observations au début et à la fin de la journée de pâturage. Il s’agit en fait de suivre les
comportements alimentaires du bétail sur le parcours. Durant 25 minutes, l’observateur
inventorie les bouchées réalisées par l'animal sur chaque espèce végétale dans chaque
zone homogène. Il est appelé aussi à énumérer les espèces végétales refusées par
l’animal.
(
47) L’élevage sur parcours des régions méditerranéennes.
(
48) La durée de l’observation est le temps qui permet à l’animal observé de passer par la plupart des espèces
végétales d’une unité de végétation homogène.
141
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Ces observations sont complétées par des entretiens avec les bergers et les éleveurs qui
sont considérés comme les observateurs les plus qualifiés, grâce à leur bonne
connaissance des noms vernaculaires de la flore et du comportement des animaux. Les
observations et les entretiens ont été réalisés en décembre 2002, en mai 2003, et mars
2008, ceux de l’hiver ont été effectués dans les parcours forestiers, steppiques et
ripicoles, alors que celles du printemps ont été effectuées seulement dans les jachères,
car la fréquentation des autres types de parcours devient rare pendant cette période.
Les sujets observés sont des têtes animales d’âge moyen et en bon état. L’observation
du comportement des animaux sur le parcours constitue un paramètre important pour
l'estimation de la valeur pastorale d'un parcours. A cet effet, elle peut être exprimée de
façon qualitative. La qualité pastorale exprimée à partir d’un indice affecté à chaque
espèce ainsi que de leurs importances dans le tapis végétal (Daget et Poissonet 1965)49.
3.2. Résultats
Le comportement alimentaire peut se définir comme « l’ensemble des actions de
l’animal ayant pour finalité la recherche, le choix des aliments, et leur ingestion en
quantité adaptée à la satisfaction des besoins en énergie et en nutriments de
l’organisme » (Desnoyers, 2008 et Jean Blain, 2002)50. L'alimentation du cheptel
provient des espèces herbacées (Légumineuses, Graminées, Rosacées...) et des espèces
ligneuses. L'observation du comportement des animaux sur le parcours et les entretiens
avec les bergers nous ont permis de classer les différentes espèces selon leur degré
d'appétibilité.
3.2.1. L'indice d'acceptabilité
L'appétibilité ainsi définie correspond à l'indice d'acceptabilité des végétaux (Leclerc et
Lecrivain, 1979). Le calcul de cet indice nécessite dans un premier temps de répertorier
toutes les plantes présentes dans le site observé. Un comptage en fréquence espèces
végétales permet d’évaluer l’importance relative de chacune d’entre elles dans le site
étudié. Dans un second lieu, l’observateur est appelé à dénombrer le nombre des
bouchés effectuées par l’animal observé sur chaque espèce végétale présente dans le
site étudié. Les espèces végétales observées sont affectées chacune d’un indice qui varie de 0
49 DAGET et POISSONET (1965). Expression de la valeur fourragère des herbages de la Margeride. Doc
No. 20, CNRS.CEPE, Montpellier.
50 Introduction à la nutrition des animaux domestiques. Ed. Tec&Doc: p 205.209, 216, 224.
142
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
à 2, arrangeant les plantes en fonction de leur degré d’appétibilité. Cet indice est le rapport
de la proportion dans le régime alimentaire des animaux domestiques d'une espèce
végétale, sur leur proportion dans le recouvrement total.
Σ pa
( )100
Σ PA
I𝐚𝐩 =
Tr (%)
- pa. est la somme des prises alimentaires effectuées sur une espèce en équivalent
ovin51,
- PA. est la somme des prises alimentaires effectuées sur les espèces présentes sur le
parcours en équivalent ovin,
51 La somme des prises alimentaires effectuée sur chaque espèce végétale est calculée sur la base du système
d’équivalence suivant : 1 bouché bovine = 3 bouchés équidés = 5 bouchés ovines = 5 bouchés caprines
52 Waechter, P. 1982. Etude des relations entre animaux domestiques et la végétation dans les steppes
143
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Une des principales différences entre les quatre espèces animales étudiées réside dans
la grande variation des strates utilisées par chaque espèce animale ;
3.2.1.1. Choix alimentaire des caprins :
Les caprins consomment énormément de feuilles de ligneux, c’est l’animal le mieux
adapté à consommer la végétation forestière. La dépendance des chèvres à la végétation
forestière chez les douars montagnards dans la trouée de Bel Assoued et aux environs
de jebel Jhaff rend ce bétail extrêmement sensible aux mesures de mise en défens qui
peuvent être prises localement.
Les observations du comportement alimentaire chez les caprins sur les parcours
ligneux, ont montré que (Figure 40) ;
du sud de la Tunisie. Implications pastorales. Thèse Doct. Ing.; Univo Sciences et Technique
du Languedoc, Montpellier.
144
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
145
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146
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Figure 40. Indice d’appétibilité moyen des ligneux par les caprins
147
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 41. Indice d’appétibilité moyen des ligneux par les ovins
148
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 42. Indice d’appétibilité moyen des ligneux par les bovins
149
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 43. Indice d’appétibilité moyen des ligneux par les équidés
150
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 44. Indice d’appétibilité moyen des ligneux par les animaux domestiques
151
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 45. Indice d’appétibilité moyen des herbacés par les ovins
152
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(Hédi ABDALLAH)
Figure 46. Indice d’appétibilité moyen des herbacés par les caprins
153
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Figure 47. Indice d’appétibilité moyen des herbacés par les bovins
154
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Figure 48. Indice d’appétibilité moyen des herbacés par les équidés
155
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Figure 49. Indice d’appétibilité moyen des herbacés par les animaux domestiques
156
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53 Le premier Inventaire pastoral National en Tunisie est réalisé par la Direction Générale des forêts (D.G.F)
en 1995.
157
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Conclusion
158
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Chapitre VI :
Rares sont les études sur l’évaluation de la production fourragère dans les parcours de
la Tunisie centrale. Les données avancées dans ce chapitre ne sont que des estimations
sommaires.
159
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(Hédi ABDALLAH)
1. Végétation zonale
Placée biogéographiquement dans la bande de transition entre le Haut Tell et les Basses
Steppes, la végétation des marges arides du Tell oriental appartient six séries de
végétation :
Les types de végétation de l’étage semi-aride supérieur couvrent une superficie estimée
à 1972 ha représentant 35,44 % de la superficie totale de la zone d’étude. Ils regroupent
des formations forestières et cultigènes.
1.1.1. Série de Pin d’Alep et du Chêne vert
160
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(Hédi ABDALLAH)
- Forêt dense
La forêt dense liée au groupement à Pinus halepensis, Quercus ilex à Erica multiflora
de l’étage semi aride supérieur couvre une superficie estimée à 344,49 ha représentant
1,3 % de la superficie totale de la zone. Sur les versants exposés au nord-ouest, le
couvert végétal est formé par des formations forestières fermées. La strate forestière est
formée par de grands arbres de pin d’Alep dont la hauteur dépasse 7m. Le
recouvrement total assuré par les différentes strates dépasse 80%. Le sous-bois est
constitué de quatre strates :
- La strate haute (2 à 7) dominée par des arbres de pin d’Alep d’âge varié et d’un
taux de recouvrement de l’ordre de 50%,
- La strate moyenne (0,6 à 2m), dominée par le chêne vert, la filaire et le dys avec
l’intercalation de quelques pieds d’arbousier,
- La strate basse (moins de 0,6m) dominée par le romarin et des jeunes pousses de
chêne vert,
- La strate herbeuse est claire, elle défavorisée par l’ombre du couvert ligneux.
161
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Cette pinède de l’étage semi-aride supérieur colonise souvent des versants exposés à
l’ouest et au nord ouest et situé loin des noyaux de peuplements ce qui lui assure une
relative protection contre la pression humaine. L’abondance du dys dans la strate
ligneuse basse représente une véritable richesse pastorale pour le troupeau bovin et
pour les équidés des bûcherons et au ramasseurs du bois. Les ligneux de la strate
moyenne sont appétés par les caprins et souvent par les ovins. L’accès à ce type de
parcours est souvent difficile, notamment aux ovins et aux grands bétails à cause de la
densité importante du sous-bois
162
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(Hédi ABDALLAH)
- Forêt trouée
La forêt trouée occupe une superficie estimée à 389 ha soit 1,5% de la superficie
totale de la zone. Elle a un recouvrement de 50 à 80%. Le sous-bois est comparable à
celui de la forêt dense. Il peut atteindre 100% de recouvrement, c’est une strate riche en
feuillus (chêne vert, filaire, lentisque…). Au sol, la strate herbeuse est assez riche avec
la présence de Lolium multiflorium, Centaurea devauxii, Reseda arabica, Aristida
obtusa, Anagallis arvensis…
La forêt trouée de l’étage semi-aride supérieur peuple généralement les versants
exposés vers l’est et le sud et situé à l’écart des douars ce qui lui assure une relative
protection contre la pression anthropique. C’est la strate supérieure trouée qui permet
la pénétration de la lumière et favorise le développement des herbacés du sous-bois.
Photo. 10. Photo de détail du sous-bois lâche atténué par la pression pastorale
(versant sud de jebel Zeras)
163
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Les herbacés au sol représente une richesse pastorale certaine, notamment avec la
présence des graminées appétées par le bétail. Les ligneux de la strate moyenne sont
appétés par les caprins. L’utilisation de ces ressources pastorales est limitée par la
densité élevée du sous-bois ligneux, notamment par les ovins et les bovins.
- Forêt claire
La forêt claire de pin d'Alep occupe une superficie estimée à 420 ha soit 1,6% de la
superficie totale de la zone. Elle se distingue par un taux de recouvrement inferieur à
50%. Ce type de végétation associe le même cortège floristique ligneux qui caractérise
les forêts dense et trouée ; La strate des phanérophytes (Quercus ilex, Pistacia
lentiscus, Phillyrea angustifolia...) est très claire. Ces espèces sont très demandées par
les charbonniers car elles donnent un charbon de très bonne qualité. Par contre, les
chaméphytes couvrent bien le sol avec l’abondance du romarin (Rosmarinus
officinalis), de la bruyère multiflore (Erica multiflora), le ciste de Montpelier (Cistus
monspeliensis). C’est une pinède très fréquentée par les hommes et le bétail. Des traces
de coupes, des sentiers, des déchets de troupeaux sont fréquemment observées.
Photo. 11. Pinède claire à sous-bois couvrant riche en feuillus (rive droite
d’oued Bel Assoued)
La forêt claire est une forme avancée de la dégradation des formations fermées sous
l’action des diverses activités paysannes. Elle se trouve sur les marges sud de l’étage
164
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
- La strate moyenne (0,6 à 2m), dominée par le chêne vert, la filaire et le dys avec
l’intercalation de quelques pieds d’arbousier,
- La strate basse (moins de 0,6m) dominée par le romarin, des jeunes pousses de
chêne vert, globulaire,
- Une strate herbeuse dense occupant les espaces entre les boules de lentisque et
du chêne vert.
165
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 12. Matorral haut de l’étage semi-aride supérieur (versant nord de jebel
Touijine)
Sur les versants sud et est, le chêne vert se raréfie. Le recouvrement du matorral moyen
devient plus clair et la strate supérieure associe conifères et feuillus (Olea europaea,
Pistacia lentiscus, Ceratonia siliqua, Rosmarinus officinalis Pinus halepensis,
Juniperus phoenicea) à quelques rares touffes d’alfa. La structure dispersée des ligneux
favorise le développement des herbacées qui constituent la base de l’alimentation des
166
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Ce groupement se développe sur des colluvions et glacis. Le sol est profond, de texture
moyenne limono-argileuse à limoneuse. Les terres occupées par le Groupement à
Scandix pecten-veneris, Silybum eburneum et variante à Bifora testiculata ne sont
guère plus favorable à la production fourragère. On peut attribuer à ce type de parcours
une production moyenne annuelle qui varie entre 100 et 200 UF/ha/an.
167
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Dans l’étage semi-aride supérieur, la production fourragère moyenne annuelle des terres de
cultures est estimée à 200 UF/ha. L’un des problèmes majeurs que posent la gestion et
l’utilisation des pâturages des terres de cultures est le faible étalement de la production
herbacée, concentrée sur les mois de printemps. Cet handicape est expliqué par les
caractéristiques du climat méditerranéen (sécheresse estivale, forte irrégularité
saisonnière des précipitations). Ce problème est fortement accentué par la
prédominance des plantes annuelles dans la composition du tapis herbacé. En effet, de
par leur biologie, les pâturages des terres de cultures ne peuvent pas fournir une
production utilisable importante avant le printemps. A l’inverse, les pérennes sont
capables de se développer dès les premières pluies d’automne et de mieux résister aux
fréquentes périodes de sècheresse.
168
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Forêt dense
La forêt dense à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis occupe les versants exposés
vers l’est. La strate forestière est formée par de grands arbres de pin d’Alep de plus de
7m de hauteur. Il s’agit dune pinède fermée formée de quatre strates bien
individualisées :
- Une strate forestière de pin d’Alep à couronnes plus ou moins jointives de
recouvrement qui varie de 65% à 90%.
- Une strate ligneuse haute de moins de 20% recouvrement. Elle est dominée par
des pieds de pin d’Alep, dont la hauteur est inferieure à 7 m, avec l’intercalation
des boules de lentisque et de rares pieds de genévriers de Phénicie,
- Une strate buissonnante composée de romarin, bruyère multiflore, genêt
épineux, globulaire. Elle a un taux de recouvrement de l’ordre de 10% à 20%.
169
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 13. Forêt dense à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis (jebel Jhaff)
Les ressources fourragères de ces parcours sont fournies par les espèces des strates
ligneuses (moyenne et basse) et les herbacées. Nous pouvons attribuer à la forêt dense à
Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis une production annuelle estimée à 220
UF/ha/an. La forêt dense à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis sont utilisées par
les caprins et par les ovins, notamment pendant la période de soudure (fin d’octobre –
début de février).
Forêt trouée
La forêt trouée à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis se rencontre sur les jebels
Touijine, Fartout, Zarzouria et au sud d’Elkhadhkhadha. Les expositions qui semblent
favorable à ce type de végétation sont l’est, le sud et le sud-ouest. La forêt trouée
représente cinq strates distinctes ;
170
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
- La strate herbacée est faiblement représentée, elle s’observe sous les touffes et
dans les petites clairières entre les ligneux.
L’ensemble des strates de la forêt trouée à Pinus halepensis, Rosmarinus
officinalis offre un potentiel fourrager de l’ordre de 220 UF/an/an. Ce type de parcours
est exploité souvent par les petits ruminants (caprins et ovins). La présence des
graminées palatables (dys et alfa) qui occupent le fond et les berges des ravins sur une
très faible superficie attire les grands bétails (bovins et équidés).
Forêt claire
Forêt claire à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis est composée par une partie
ligneuse et une autre herbacée. La partie ligneuse se compose de trois strates :
- une strate arborée supérieure, 7 à 10 m de hauteur et atteignant parfois 15 m,
composée essentiellement des grands arbres de pin d’Alep.
- une strate arborée moyenne, 5 à 7 m de hauteur, constituée principalement de pin
d’Alep.
- une strate arbustive inférieure, 1,5 à 5 m de hauteur, composée d’espèces telles
que Olea europaea, Pistacia lentiscus, Ceratonia siliqua, Rosmarinus officinalis Pinus
halepensis, Juniperus phoenicea.
Photo 14. Forêt claire à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis (jebel Jhaff)
On peut attribuer à ce type de végétation une production fourragère moyenne varie en
fonction de la richesse de la strate herbacée (220 à 260 UF/ha/an). C’est un parcours en
bon état, recherché surtout par les caprins et qui peut être encore amélioré par des
travaux de débroussaillement et d’ensemencement.
171
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
172
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 51. Coupe schématique illustrant l’agencement des feuillus et des conifères le long des versants calcaires
173
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 15. Matorral haut couvrant lié à l’étage semi-aride supérieur (versant
sud de jebel Fkirine)
Matorral moyen
Le matorral moyen à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis couvre une superficie
estimée à 538 ha soit 2% de la zone d’étude. Il à un recouvrement moyen de 25 à 50%.
Cet ensemble est dominé par une strate arbustive de 1 à 2 m de hauteur formée
essentiellement de Pistacia lentiscus, Olea europaea, et Juniperus phoenicea. C'est un
faciès de dégradation caractérisé par l'abondance de Rosmarinus officinalis et d'autres
espèces observées dans les pinèdes (Cistus libanotis, Erica multiflora, Pinus
halepensis). Ce type végétation s’observe souvent dans le couloir d'oued Bel Assoued
sur des pentes moyennes à faibles. Il se localise souvent à proximité des terres de
cultures et sur les collines de basses altitudes (200 à 250 m).
Le matorral moyen à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis est formé par quatre
strates distinctes :
174
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Le matorral moyen à Pinus halepensis, Rosmarinus est utilisé par les caprins et les
ovins comme terrains de parcours. Ce type de pâturage est fréquenté durant cinq mois
par an (d’octobre à février). L’aspect clair de la végétation facilite le déplacement des
petits ruminants (ovins et caprins).
175
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
- Une strate ligneuse basse (0,5 à 1 m), dominée par Rosmarinus officinalis, Erica
multiflor, Cistus monspeliensis, Globularia alpyum, Amplodesma mauritanicum,
Calycotome villosa,
- Les aires entre les touffes ligneuses sont colonisées par une strate herbacée
claire formée par des espèces annuelles. Les principales espèces rencontrées dans
ce type de végétation sont Stipa retorta, Astragalus hamosus, Avena sativa, Celcia
ballii, Centaurea devauxii.
Photo. 17. Matorral bas assez couvrant, faciès à Rosmarinus officinalis, Erica
multiflor, Amplodesma mauritanicum Cistus monspeliensis (versant nord de jebel
Touijine)
La valeur pastorale du matorral bas à Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis est
variable ;
176
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Il s’agit d’un matorral haut plus ou moins arboré (40 à 60 % de recouvrement) qui
présente deux types de faciès: d'une part, une tetraclinaie thermophile et calcicole à
ciste de Monpellier correspondant à un complexe de rosmarinaies et de matorral
dominé par le thuya de Berbérie et d'autre part, un oléolentisque hyperthermophile à
romarin et thuya de Berbérie Gammar (2009).
177
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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178
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
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Photo. 19. Matorral bas assez couvrant, faciès à Rosmarinus officinalis et Erica
multiflora sur pente forte (aval d’oued Hadada)
179
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Fkirine) appartiennent aux diverses associations végétales qui dérivent par dégradation
du groupement de dégradation forestière du pin d’Alep décrit par Gounot et
SchoenenbergeR (1967).
- Association à Artemisia herba alba, Cynara carunculus et Phalaris truncata, qui
résulte d'une dégradation forestière avancée du groupement du pin d’Alep. Cette
association se développe sur un sol brun steppique argileux, profond.
- Association à Artemisia herba alba et Koeleria vallensiana. Cette association
caractérise les sols limoneux, bruns, steppiques souvent encroûtés. Les diverses
associations dérivées du groupement de dégradation forestière du pin d’Alep sont
accompagnées par des espèces caractéristiques des sols sableux dont de nombreuses
graminées (Hyparrhenia hirta, Eragrotis papposa, Stipa retorta…) et plantaginacées
(Plantago albicans...). Elles forment une pelouse de grande valeur pastorale pour les
petits ruminants.
Photo. 20. Végétation des terres de cultures de l’étage semi-aride moyen (Souar)
1.2.2.3. Reboisement
Les grandes surfaces reboisées dans l’étage semi-aride moyen, s’observent au sud de
jebel Bouslam et sur les collines gréseuses d’Es-Srassif. Les parcelles d’atriplex
occupent les terres argilo-gypseuses du domaine de Saouaf. Sur les sols marneux et les
180
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 52. Coupe schématique transversale NE.SO qui synthétise la répartition des
formations végétales dans le couloir de Nabhana.Bel Assoued
182
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Forêt dense
La forêt dense de l’étage semi-aride inférieur est dominée essentiellement par le pin
d’Alep et le Genévrier de Phénicie, elle occupe environ 391 hectares (1,5 % de la
surface totale de la zone d’étude). Cette formation végétale est caractérisée par un taux
de recouvrement estimé à plus de 80 %.
L’étude de l’agencement vertical de la végétation permet de distinguer cinq strates
bien individualisées :
- Une strate forestière supérieure à 7 m de hauteur et atteignant parfois 15 à 20
m, composée de pin d’Alep.
- Une strate ligneuse haute, dont la hauteur est supérieure à 2 m, constituée
principalement de genévrier de Phénicie et des jeunes pieds de pin d’Alep.
- Une strate moyenne, dont la hauteur est inférieure à 2 m, constituée
essentiellement de Juniperus phoenicea, Olea europaea et de rares Pistacia
lentiscus.
- Une strate ligneuse basse inférieure 0.6 m de hauteur, composée d’espèces telles
que Rosmarinus officinalis, Globularia alypum, Cistus Libanotis, Calycotome
villosa, Stipa tenacissima.
- La strate herbacée est peu couvrante, elle est formée principalement par
Helianthemum cinereum rubellum, Dactylis glomerata. La strate herbacée à elle
seule ne peut plus assurer l'alimentation des animaux des douars.
183
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
La forêt dense de l’étage semi-aride inférieur est régulièrement parcourue par les
troupeaux de caprins. Elle a une potentialité pastorale moyenne à faible (120 à 160
UF/ha/an en moyenne). Toutefois, on note quelques contraintes à l'utilisation des
fourrages ligneux. La contrainte majeure est l'accessibilité. L’utilisation de ces
ressources pastorales est limitée par la densité élevée du bois et du sous-bois ligneux et
la rareté des sentiers ce qui bloque les ovins et les bovins.
Forêt trouée
La forêt trouée occupe une superficie estimée à 206 ha de la superficie totale de la zone
d’étude. Elle a un recouvrement de 40 à 70%. La forêt trouée sous l’étage semi-aride
inférieur colonise les endroits plus ou moins figés de la pression humaine. Elle présente
une strate moyenne dispersée dominée par le genévrier de Phénicie. Le romarin domine
la basse strate ligneuse qui présente un taux de recouvrement important. On note aussi
la présence d’autres chaméphytes notamment Cistus libanotis, Calycotom villosa, Stipa
tenacissima, Globularia alypum, Rhamnus oleoïdes.
184
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 22. Pinède trouée sur un sous-bois assez couvrant (versant sud de
jebel Fartout)
Le sous-bois est comparable à celui de la forêt dense. Il peut atteindre 80% de
recouvrement, c’est une strate riche en romarin, ciste de Liban et alfa. Au sol, la strate
herbeuse est assez riche avec la présence de Stipa retorta et Hyparrhenia hirta. Les
herbacés au sol représente une richesse pastorale certaine, notamment avec la présence
des graminées annuelles. La forêt claire forme un parcours très apprécié par les caprins.
On peut attribuer à ce type de végétation une production fourragère de l’ordre de 140 à
170 UF/an. Cette formation est constituée essentiellement par un couvert ligneux
dominé par des conifères. Pour faciliter l’accessibilité des forêts trouée et assurer une
bonne utilisation des ressources pastorales existantes dans ce type de parcours, il est
conseillé d’effectuer des travaux d’éclaircie qui permettent la propagation des
troupeaux.
Forêt claire
La forêt claire occupe les versants calcaires ensoleillés. Elle se caractérise par un sous-
bois dispersé et par une strate herbacée discontinue. Par contre sur un substrat marno-
calcaire, le sous-bois et la strate herbacée assurent un bon recouvrement du sol. La
forêt claire de l’étage semi-aride est à dominance de pin d’Alep et de genévrier de
Phénicie auxquels sont associés des groupes de plantes forestières qui subsistent dans
les formations dégradées : Rosmarinus officinalis, Globularia alypum, Cistus
Libanotis, Stipa tenacissima, Helianthemum cinereum rubellum, Dactylis glomerata.
185
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 23. Pinède claire sur un sous-bois assez pauvre (Draa Cherechira)
Les parcours des forêts claires sont fréquentés souvent par des troupeaux mixtes
associant des caprins et des ovins. On peut attribuer à ce type de végétation une
production fourragère moyenne de l’ordre de 180 UF/an. Cette formation est constituée
essentiellement par un couvert ligneux dominé par des conifères.
186
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 24. Matorral haut de genévrier de Phénicie piqueté par de rare pied
de pin d’Alep (Ain Mkaberta)
Les espèces ligneuses jouent un rôle important dans l'alimentation des petits
ruminants et en particulier les caprins. L'accessibilité au fourrage des parties hautes
(au.dessus de 2 m) est rendue possible par l'intervention des bergers. Cette
intervention permet d’augmenter l’accessibilité au fourrage. Ce type de parcours est
fréquenté aussi par les moutons qui utilisent le tapis herbacé riche en espèces palatables
mais seulement durant le printemps. Contrairement aux moutons, les vaches utilisent ce
pâturage durant plus de six mois, elles consomment l’alfa pendant la période de
soudure et le tapis herbacé pendant le printemps.
La potentialité fourragère moyenne des matorrals hauts de l’étage semi-aride inférieur
est de l’ordre 200 UF /ha/an et peuvent.
Matorral moyen
Matorral bas
187
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Le matorral bas de l’étage semi-aride inférieur occupe une superficie estimée à 483 ha
de la superficie totale de la zone d’étude. Elle a un recouvrement de 25 à 50%. La où la
forêt et les matorrals haut et moyen ont disparu, soit dans les clairières, soit vers le bas
des versants, subsiste les formations ligneuses basses. On y trouve les différentes
espèces ligneuses de la forêt de pin d’Alep : Rosmarinus officinalis, Globularia
alypum, Cistus Libanotis, Stipa tenacissima, Calycotome villosa. L’alfa prend plus
d’extension sur les versants sud. La strate herbacée couvre le sol par un tapis contenus
de graminées et légumineuses (Avena bromoides, Dactylis glomerata, Bromus rubens,
Phalaris tuberosa, Medicago tunetna, hedysarum coronarium).
188
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Steppes
Située à l'est de la Dorsale tunisienne dans une situation d’abri par rapport aux flux
pluvieux dominants venant du Nord.ouest, les steppes du semi-aride supérieur sont
caractérisées par des moyennes pluviométriques annuelles modestes, entre 300 et
400mm/an (Gammar 2009). Elles couvrent une grande partie de la bande gréseuse de
Ragoubet Essouidate à Es-Srassif. Ces formations basses sont issues de la dégradation
du groupement Callitris articulata, Artemisia campestris. La composition floristique de
cette callitriaie a de nombreuses affinités avec la flore steppique de la Tunisie centrale :
Artemisia campestris, Artemisia herba alba, Eragrotis paposa, Stipa tenacissima,
Eryngium ilicifolium, Marrubium alysson, Asphodelus fistulosus (Gounot et
Schoenenberger, 1967).
Selon le substrat et le type du sol, différents types de steppes ont été cartographié :
steppe d’alfa (Stipa tenacissima), steppe de sparte (Lygeum spartum), steppe d’armoise
blanche (Artemisia herba alba) et steppe d’armoise champêtre (Artemisia campestris)
- Steppe d’alfa
La steppe d’alfa (Stipa tenacissima) de l’étage semi-aride supérieur est caractérisée par
un faible taux de recouvrement (mois de 20%). Elle occupe plus de 440 d’hectares, soit
environ 2 % de la superficie totale de la région d’étude. L’alfa (Stipa tenacissima)
forme avec le romarin (Rosmarinus officinalis) un groupement, qui dérive de la
dégradation d'anciens peuplements dominés par le genévrier de Phénicie. Ce type de
parcours se rencontre sur divers types de sols, il associe des espèces telles que Thymus
sp., Stipa parviflora, Atractylis seratuloides, Artemisia herba-alba. Entre les touffes
d’alfa, on observe des reliques forestières (romarin, globulaire, ciste de Liban). Parmi
les espèces herbacées caractéristiques de la steppe d’alfa on peut citer Atractylis
serratulöides, Stipa parviflora, Stipa retorta et Hyparrhenia hirta. Ce type de steppe
s’étale sur la zone des collines gréseuses d’Es-Srassif et sur les terrasses d’oued Seïl,
oued Saadine et oued Hadada.
189
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les observations du comportement alimentaire des animaux sur le parcours alfatier ont
montré que l’alfa est souvent brouté par les bovins et les équidés, notamment pendant
l’hiver, alors que le troupeau ovin ne consomme que les parties tendres (jeunes feuilles)
pendant la période hivernale. La valeur pastorale des steppes d’alfa de l’étage
semi-aride supérieur est généralement moyenne à faible. Elle varie de 60 à 130
UF/ha selon le recouvrement et le cortège floristique. Mais quoique la mauvaise qualité
de ce parcours, il constitue une importante réserve fourragère pendant la période de
soudure.
Le sparte (Lygeum spartum), est une autre espèce graminéenne, qui devient
envahissante sur les marnes gypseuses. Elle occupe parfois un stade dynamique
intermédiaire entre les steppes d'alfa et les terres de culture. La steppe à sparte
localisée dans les étages semi-aride inférieur occupe 114 hectares. Elle est très pauvre
en espèces vivaces, mais par contre assez riches en espèces annuelles. Parmi les
espèces annuelles caractéristiques de la steppe à sparte dans l’étage semi-aride
supérieur, on peut signaler la présence de Erodium glaucophyllum, Anarrhinum
brevifolium Plantago albicans, Scorzoneroides hispidula et Cynodon dactylon Le
Houérou (1990).
190
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Le sparte est qualifié une espèce médiocre sur le plan pastoral comme l’alfa. Seules les
jeunes pousses et ses inflorescences sont broutées par les ovins. En effet, la steppe à
Lygeum spartum est peu productive, mais elle constitue cependant des parcours d’assez
bonne qualité. Leur intérêt vient de leur diversité floristique. La productivité,
relativement élevée des espèces annuelles et petites vivaces, donne à ces types de
parcours une production pastorale importante de 100 à 190 UF/ha/an (Djebaili,
Djellouli et Daget 1989)54.
blanche (Artemisia herba alba) associée au cortège des plantes diversifiées dont Stipa
retorta, Erica sativa (Nedjraoui, 1990)55.
55 Adaptation de l’alfa (Stipa tenacissima L) aux conditions stationnelles. Thése Doct. USTHB, Alger, 256p.
192
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
1.3.1.3. Les groupements cultigènes rencontrés dans la région sous bioclimat semi-
aride inférieur
193
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les travaux de terrain menés au sud-est de la zone d’étude, nous ont permis de
constater que le thuya de Berbérie est totalement absent. Il ne figure pas dans la liste
des espèces ligneuses reliques des steppes de Soughas, les individus les plus proches se
retrouvent à Souar, près de 10 kilomètres au nord du secteur. D'autre part, on retrouve
souvent dans les steppes de Soughas un groupe d'espèces (Pergularia tomentosa…)
que Schoenenberger (1967) utilise pour caractériser un groupement végétal à Juniperus
phoenicea, Pergularia tomentosa, Rhus tripartitum, cartographié plus au sud du secteur
de Soughas dans le plateau d'El Ala (groupement LW). Il rattache ce groupement à
l'étage aride supérieur et à une série dynamique du genévrier de Phénicie (Abdallah et
Gammar, 2010).
Par rapport à l’ensemble du territoire étudié, l’étage bioclimatique aride sous étage
supérieur couvre 35 % de la surface totale de la zone d’étude. Dans cet étage
bioclimatique, (Gounot et Schoenenberger, 1967 ; Le Houerou, 1969 ; Abdallah et
Gammar, 2010), ont signalé la présence de plusieurs groupements végétaux
présteppiques et steppiques.
194
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
1.4.1. Matorrals
195
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
196
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Pendant la période hivernale, le matorral bas de l’étage aride supérieur riche en espèces
graminéennes constitue un parcours fortement fréquenté par des troupeaux à
dominance ovine. Le potentiel pastoral de ce parcours est variable en fonction de la
richesse de la strate herbacée. En année normale, la production annuelle moyenne est
de l’ordre de 80 UF/ha.
1.4.2. Steppes
Selon les travaux de Le Houerou, divers types de steppes sont identifiées :
197
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Sur les sols squelettiques, ce type de végétation se traduit par une végétation parsemée
et une faible potentialité pastorale (50 à 80 UF/ha/an) : les parcours y sont composés en
grande majorité d'espèces non appétées et les ressources fourragères sont limitées aux
espèces annuelles qui sont elles-mêmes totalement dépendantes des précipitations.
1.4.2. Groupements cultigènes rencontrés dans la région sous bioclimat aride
supérieur
La répartition des divers groupements végétaux des terres cultivées constitue une
mosaïque déterminée par de nombreux facteurs édaphiques (humidité, salinité, texture).
Les relevés réalisés dans le sud de la région d’étude classée dans l’étage aride supérieur
rattachent le cortège floristique des terres cultivées à divers groupements végétaux
décrits par Gounot et Schoenenberger (1967) et Le Houerou (1969) :
Sur les sols sablonneux profonds et entre les touffes de jujubiers, le Plantago albicans
forme un tapis herbacé constitué par des touffes à feuilles fines, tendres très appréciées
198
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
par les moutons. Lorsque les terres de cultures restent en repos prolongé, après avoir
été cultivées, le chiendent (Cynodon dactylon) colonise progressivement les anciennes
terres cultivées, et au bout de plusieurs années, se constitue une pelouse de Plantago
albicans et Cynodon dactylon qui a une haute valeur pastorale. Ces excellents parcours
sont d’autant plus précieux qu’ils sont les premiers à s’enherber pendant les deux
périodes de soudure : la fin de l’été et au début de l’automne.
2. Végétation azonale
L’élevage extensif dépend des disponibilités fourragères des zones humides et des
terres cultivées durant le printemps et une partie l’automne. En effet, pendant toute la
saison pluvieuse, les ressources fourragères sont abondantes. L'étude de la répartition
spatiotemporelle des groupements ripicoles en fonction des facteurs écologiques est
indispensable pour comprendre les pratiques agropastorales dans la région d’étude. Elle
nécessite un grand nombre de relevés, d’observations et une excellente connaissance de
l’écologie des espèces fourragères. Les terres humides qui bordent les différents oueds
et les plans d’eaux (barrages et lacs collinaires) assurent une bonne nutrition hydrique à
la végétation existante qui échappe ainsi aux dessèchements de la saison sèche. Les
formations ripicoles bordent souvent les oueds et les retenues d’eau. Elles occupent de
petites surfaces souvent linéaires. L’exigüité de ces espaces ne permet pas de
cartographier les différentes formations ripicoles à l’échelle de notre carte.
Le réseau hydrographique est constitué par un oued principal à écoulement pérenne,
Nabhana, se jetant dans la Sabka Kalbia en aval. Divers affluents alimentent l’oued
Nabhana mais les plus importants sont ; oued Bel Assoued en rive gauche et oued El
Hallouf en rive droite. Les sources et les précipitations constituent les principaux
apports d’eau de ces oueds. La zone d’étude est drainée aussi par d’autres oueds à
écoulement saisonnier notamment oued Saadine, oued Hadada et oued Seïl. La plupart
de ces oueds sont barrés par des grands et petits barrages et par des lacs collinaires
(barrage Nabhana, barrage oued El Hallouf, barrage oued Saadine).
Les groupements ripicoles varient selon le type des sédiments :
199
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
200
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 53. Toposéquence de succession végétale souvent observée dans les oueds de la région
201
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Cette formation occupe une partie du lit mineur des oueds. Elle se développe les pieds
dans l’eau et sur les 2 à 3 premiers mètres de part et d’autre du lit du cours d’eau. Elle
est aussi observée aux bords des cours d’eau salée qui coulent sur des sols gypseux. Le
jonc (Joncus) se présente seul, avec un taux de recouvrement souvent supérieur à 80 %
et une hauteur comprise entre 0.2 et 0.5m. Cette espèce a une forte appétibilité pour les
bovins (Abdallah, 2007). Par contre, aux bords des eaux douces, le jonc est souvent
associé au Mentha pulegium. Cette espèce odoriférante d’eau douce atteint 30 à 40 cm
de haut. Son taux de recouvrement dépasse souvent 80 % mais elle reste fortement
dépendante de la présence de l’eau. Contrairement au Joncus, Mentha pulegium, cette
espèce herbacée, présente une faible appétibilité chez les différentes espèces animales
domestiques. L’abondance de cette espèce sur les parcours ripicoles traduit un signe de
la médiocrité des pâturages. L'estimation de la valeur pastorale moyenne de la
formation herbeuse basse de Juncus ssp, Mentha pulegium se situe aux environs de 500
à 600 UF/ha/an.
Photo. 33. Formation herbacée d’eau douce de Joncus ssp, Mentha pulegium (Ain
Seif)
202
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 34. Formation ripicole d’eau salée dominée par Joncus ssp. (Fidh
Ennakhla)
Cette formation est formée essentiellement par des espèces semi aquatiques dominées
par Phragmites communis et de Typha barbita. Dans les meilleures conditions, ces
deux espèces peuvent atteindre 3 à 4 m de hauteur et un recouvrement total du sol.
Cette végétation se développe autour des barrages, des lacs collinaires et dans les zones
d’affaiblissement de la pente le long des oueds.
203
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
204
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Malgré leur exigüité, les formations ripicoles représentent une source d’affouragement
importante, utilisable pendant toute l’année pour l’alimentation des différentes espèces
animales élevées. Le développement de l’élevage bovin chez les douars implantés aux
205
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
environs des cours d’eaux témoigne de la richesse de ce type de parcours. En plus des
formations végétales qui longent les oueds, d’autres sous-zones humides plus ou moins
restreintes liées au jaillissement des sources sont présentes autour des points d’eaux.
Un tapis de végétation toujours verte dominée par le Joncus ssp et Cynodon dactylon
colonisent ces surfaces de terre plus au moins inclinées.
Conclusion
206
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Chapitre VII
De la carte de végétation à la carte des
ressources fourragères : une synthèse sur
les potentialités fourragères des marges
arides du Tell oriental
______________________________________________________________________
Introduction
Les ressources fourragères des parcours naturels des marges arides du Tell oriental sont
hétérogènes et dispersées dans l’espace. Elles sont fortement liées aux régimes
pluviométriques saisonniers, globalement caractérisés par des conditions climatiques
imprévisibles. Le cycle et l'état des ressources fourragères dépendent directement du
rythme climatique saisonnier et de la variabilité interannuelle de la pluviométrie. Par
ailleurs, la diversité des conditions édaphiques induit une hétérogénéité spatiale plus ou
moins forte des disponibilités fourragères (Boudet, 1978 ; Carriere, 1989).
Pour évaluer les ressources pastorales de la région, nous avons réalisé une cartographie
détaillée de la végétation en se basant sur la photo-interprétation des photographies
aériennes et des relevés de terrain (figure 54). Les types de formations végétales sont
identifiés et localisés dans l’espace.
La carte de végétation a été convertie en une carte des ressources fourragères en
attribuant à chaque type de formation végétale une production fourragère moyenne. Les
estimations de production fourragère des formations végétales sont tirées de la
documentation existante (Le Houerou, 1959, 1959 et 1995 ; Kaabeche, 1990 ; El
Hamrouni, 1978) et le Premier Inventaire pastoral National (1995). Nous nous
intéresserons ici tout particulièrement aux interrelations entre l'exploitation pastorale,
d'une part, et l'hétérogénéité et la variabilité spatiotemporelle des ressources
fourragères, d'autre part.
207
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
L’étude des diverses formations végétales du terrain d’étude nous a permis de dresser
une carte des ressources pastorales dont la lecture nous conduit à distinguer cinq
classes de parcours :
1.1. Parcours de très bonne qualité fourragère (de 500 à 800 UF/ha/an)
Les parcours de très bonne qualité fourragère couvrent seulement 1031 ha, soit un peu
moins de 4 % de la surface totale de la zone d’étude. Ils caractérisent les parcours
ripicoles et les pâturages améliorés (acacia, atriplex et cactus).
209
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Malgré leur exigüité spatiale, le potentiel pastoral des parcours de très bonne qualité
fourragère est estimé à 547300 UF/an, soit environ 13 % du potentiel fourrager total du
terrain d’étude.
1.2. Parcours de bonne qualité fourragère (300 – 350 UF/ha/an)
Les parcours de bonne qualité fourragère caractérisent les formations riches en feuillus
qui se caractérisent par l’absence ou le faible taux de recouvrement de la strate
forestière. Ils regroupent les matorrals hauts et moyens et les pinèdes claires à strate
arborée clairsemée qui dominent un sous-bois presque continu de feuillus avec encore
de rares plages herbacées. Les parcours de bonne qualité fourragère couvrent 2103 ha,
soit 8 % de la surface totale de la zone d‘étude. Ils offrent 498625 UF/an (11,7% des
disponibilités fourragères de la région).
Cet ensemble occupe 6061 ha (23% de la surface totale), il associe des formations
végétales forestières et préforestières qui découlent de la dégradation du groupement à
Pinus halepensis, Rosmarinus officinalis :
Les parcours de faible qualité fourragère s’étalent sur 48 % du terrain d’étude (12609
hectares), ils regroupent les terres cultivées, les matorrals bas et les steppes à sparte :
- Les terres cultivées occupent couloirs dépressionnaires des oueds (Nabhana, Bel
Assoued, Saadine et Seïl). Elles fournissent une production fourragère moyenne
estimée à 194 UF/ha/an.
210
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les matorrals bas couvrent environ 634 hectares. Ils offrent une production
pastorale moyenne annuelle de l’ordre de 119 UF/ha/an. Les espèces les plus répandues
dans ces formations sont : Rosmarinus officinalis, Erica multiflora, Stipa tenacissima,
Cistus libanatis et Cistus monspeliensis.
Les steppes à sparte (Lygeum spartum) Caractérisent les terrains gypseux
fortement ravinés, les collines gréseuses et les dépressions salées. Elles couvrent 430
hectares. Cette espèce (Lygeum spartum) ne présente qu’un faible intérêt pastoral. Son
attrait provient des autres espèces ligneuses et herbacées de bonne qualité pastorale qui
l'accompagnent (Rhus tripartitum, Lycium arabicum, Periploca laevigata, stippa
retorta, Cynodon dactylon). La production moyenne annuelle des steppes de sparte est
estimée à 110 UF/ha/an.
1.5 . Parcours de très faible qualité fourragère (>100UF/ha/an)
Cet ensemble couvre 4472 ha, soit 17 % de la zone d’étude, il regroupe les formations
steppiques. Les plus importantes d'entre elles sont la steppe à alfa, la steppe
buissonnante et la steppe à armoise :
Les steppes à alfa (Stipa tenacissima) occupent une surface estimée à 223
hectares, elles présentent une forte amplitude écologique. Elles couvrent les collines
gréseuses situées entre l’axe principal de la dorsale et le Kairouanais, sous bioclimats
allant du semi aride inferieur à l’aride supérieur. La production pastorale moyenne de
ce type de steppe est de l’ordre de 80 UF/ha. Du point de vue pastoral, les nappes
alfatières ont toujours été fréquentées par les troupeaux. Dans ce type de parcours l'alfa
constitue 77% de la production fourragère, le reste étant fourni par les feuilles, les
espèces herbacées et les petits ligneux qui forment le cortège de l'alfa (El Hamrouni
1978).
211
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Suite du tableau 18
Etage Type de végétation Surface Productio Production
bio.climati (ha) n moyenne
que moyenne annuelle
annuelle en
en UF/ha/an
UF/ha/an
Forêt dense à Pinus halepensis, 391 140 54740
Juniperus phoenicea,Diplotaxis harra.
Forêt trouée à Pinus halepensis, 206 150 30900
Juniperus phoenicea, Diplotaxis harra.
Forêt claire à Pinus halepensis, 530 180 95400
Juniperus phoenicea, Diplotaxis harra.
Matorral haut à Pinus halepensis, 616 200 123200
Semi-aride Juniperus phoenicea, Diplotaxis harra.
inférieur Matorral moyen à Pinus halepensis, 611 200 122200
Juniperus phoenicea, Diplotaxis harra.
Matorral bas à Pinus halepensis, 483 120 57960
Juniperus phoenicea, Diplotaxis harra.
Steppe d’alfa liée au groupement de 444 85 37740
Callitris articulata, Artemisia
campestris.
Steppes à Lygeum spartum 115 145 16675
213
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Surface en ha
14000
12000
10000
8000
6000
4000
2000
0
Parcours de très Parcours de bonne Parcours de Parcours de faible Parcours de très
bonne qualité qualité fourragère qualité fourragère qualité fourragère faible qualité
fourragère moyenne fourragère
215
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(Hédi ABDALLAH)
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(Hédi ABDALLAH)
fourrages essentiellement ligneux sont exploitables surtout par les troupeaux caprins et
localement par les bovins dans les zones riches en graminées pérennes.
Sans ces compléments extraits de la strate ligneuse, le bétail élevé en extensif ne
pourrait survivre en saison sèche dans les zones arides et semi-arides (Le Houerou
1987). Il faut savoir également que l'importance du brout ligneux varie selon l'espèce
animale élevée et en fonction des saisons :
- Les caprins broutent invariablement des ligneux en présence ou en absence des
herbacées. La richesse des parcours fourragers en fourrage ligneux se traduit par une
structure du cheptel dominée par les chèvres.
- Mise à part les graminées pérennes (Amplodesma mauritanicum, Stipa
tenacissima) qui totalisent presque la majorité des bouchées réalisées par les bovins sur
les parcours forestiers, les autres espèces ligneuses ne figurent que rarement sur la liste
de préférence des bovins.
- Les ovins ont un comportement intermédiaire, mais ils préfèrent l’herbe sur les
parcours qui regroupent les ligneux et les herbacés.
Les pâturages de la région d’étude sont caractérisés par une diversité structurale et
floristique. Pour une bonne alimentation du bétail l’éleveur considère le pâturage sous
les trois aspects suivants la quantité, la qualité et la durée pendant laquelle il est vert.
Cette diversité conduit l'éleveur à moduler la composition de son troupeau en fonction
du type du parcours dominant. Ainsi nous allons décrire la diversité des pâturages et le
mode d’exploitation. L’effet saison est le facteur principal agissant sur les possibilités
fourragères des parcours et sur les paramètres du régime alimentaire. La
consommation de ligneux marque la saison hivernale. Les fluctuations saisonnières de
la production fourragère des parcours reportées dans les tableaux 22, 23, 24 et 25
semblent assez étroitement liées aux facteurs climatiques, aux types de végétation
(forêts, matorrals, steppes, ripisylves et cultures) et à l’effet saison.
Selon l’offre fourragère des parcours de la région, l’éleveur est appelé à organiser la
fréquentation des pâturages en les exploitant à telle ou telle période. Il distribue et gère
les quantités et les qualités des prélèvements par des modes d’exploitation différents en
fonction des saisons et leur importance varie selon les espèces animales élevées
217
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
tableaux 22, 23, 24 et 25). Sur les parcours que les animaux pâturent toute l’année, de
nombreuses espèces végétales participent à la ration. Les espèces ligneuses par
exemple jouent un certain rôle en hiver et en été. Il faut donc prendre soigneusement
en compte l’ensemble du cycle annuel dans la gestion d’un parcours et ne pas tout
sacrifier à la recherche d’une forte production d’herbe de printemps sans se préoccuper
du reste de l’année (Bourbouze 1995).
Le berger pilote ainsi le choix de l’itinéraire dans le temps et dans l’espace, de façon à
assurer l’alimentation de son troupeau de la manière qui lui semble la plus
satisfaisante. Il privilège la fréquentation de certains parcours à certaines périodes, en
mettant d’autres en réserve. Il fréquente ces parcours en fonction des variations
saisonnières de la richesse des pâturages.
218
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
brebis pendant les périodes les plus critiques de l’année, en particulier de novembre à
janvier.
219
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Tabl.22
220
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Tabl.23
221
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Tabl.24
222
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Tabl.25
223
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(Hédi ABDALLAH)
Conclusion
L’analyse des formations végétales des marges arides du Tell oriental conduit à dresser
une carte de répartition des valeurs pastorales dont la lecture fournit quelques
observations de synthèse :
Les parcours de bonne qualité fourragère caractérisent les formations végétales
dominées par les ripisylves et les feuillus. Par contre, les pâturages steppiques
possèdent de faibles potentialités fourragères (< 100 UF). Ainsi, la différence en terme
de production fourragère apparait nettement entre les formations végétales dominées
par les feuillus et celles dominées par les conifères. Cette différence apparait également
chez les groupements cultigènes placés sur de faibles pentes à basses altitudes qui se
développent sur des sols continus. La qualité fourragère de ces derniers les fait plus
apprécier que ceux situés sur de fortes pentes.
Pour un groupement donné les formations forestières ouvertes présentent de meilleures
qualités pastorales que les formations forestières fermées. Ce fait se vérifie entre les
pinèdes denses et les formations de dégradation.
La fréquentation des types de parcours varie suivant les périodes de l’année :
- les parcours ligneux sont essentiellement fréquentés d’octobre à janvier,
- les parcours herbacés sont exploités pendant les mois du printemps et le début de
l’automne,
- les chaumes sont utilisés de juin à août.
L’utilisation des pâturages dépend également de la composition du troupeau. Les
parcours ligneux sont surtout exploités par les caprins et localement par les bovins alors
que les ovins préfèrent plutôt les parcours herbacés. L’éleveur joue également un rôle
dans le choix du parcours en fonction des critères complexes liés à la socio-économie
de son exploitation.
224
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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225
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Partie III :
227
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Chapitre VIII :
Introduction
Cette croissance importante des effectifs des troupeaux n’a pas été accompagnée
par un fort recul du couvert végétal, ce qu’on peut l’expliquer par le recours des
éleveurs à la transhumance et à l’achat des suppléments fourragers.
229
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Avant d'aborder l’étude des systèmes d'élevage, il nous parait intéressant de rappeler la
définition du concept de système d’élevage. Gibon (1981) a défini le système
d’élevage, comme « l’ensemble des éléments qui interviennent dans la production
animale de l’exploitation (cheptel, ressources fourragères, bâtiments d’élevage, main
d’œuvre et ressources financières). Cette démarche repose sur la notion classique de
système d'élevage défini comme « un ensemble de pratiques et de techniques mises en
œuvre par l'homme afin d'obtenir des produits, des services ou des satisfactions,
provenant d'animaux domestiques et ce, dans un contexte écologique, culturel et
socioéconomique donné (Alzerreca et Genin, 1992).
Le long du siècle dernier, les systèmes d’élevages ont connu des mutations profondes
sous l’effet de l’évolution des modes de vie des sociétés pastorales, du contexte
économique global et des politiques agricoles et rurales (Hanafi, 2010). La
reconstitution de l’évolution socioéconomique dans la zone d’étude au cours du XXème
siècle à partir de la documentation et des témoignages permet de repérer dans le temps
la succession des systèmes d’élevages. Généralement trois phases ont été distinguées :
Jusqu’à la fin de la période coloniale, le système de production dans la zone d’étude est
basé essentiellement sur l’élevage. Les premières tentatives de plantation des oliviers
datent des années 1950. Par contre, l’introduction du cactus dans la région paraît plus
ancienne. Ainsi la carte topographique de Jebibina à 1/100.000 réalisée en 1893 montre
230
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
de vastes massifs de cactus couvrant les reliefs gréseux à l’est de la zone d‘étude entre
jebel Boumerra et jebel Bouslam (voir chapitre 3). Cette espèce a été introduite au
XVIème siècle en Tunisie et tout au long du bassin méditerranéen (Le Houerou, 1995).
Pendant cette période, le système d’élevage était essentiellement pastoral, basé sur les
prélèvements sur le parcours locaux en adoptant la pratique de rotation : la mobilité
vers les jebels en hiver, vers les basses terres en été et vers les massifs de cactus en
automne. Pendant les années sèches, les pasteurs font recours à la mobilité en dehors de
la région au printemps et en été (voir la première partie).
A partir des années 1980, le système purement pastoral a totalement disparu. Les
revenus tirés du troupeau ont fortement diminué suite au recul important de la taille du
troupeau. En conséquence, les anciens pasteurs se sont convertis en agropasteurs qui
associent l’élevage aux activités culturales (céréaliculture, arboriculture) et aux revenus
provenant du travail en dehors de l’exploitation. Le système est basé sur les parcours
situés aux alentours des habitations avec une disparition presque complète des
pratiques de rotation. Cette situation n'a fait qu'augmenter la charge animale et la
surexploitation des parcours (Abdallah 2007).
- Lot des naisseurs, dont l’alimentation est basée sur les prélèvements sur les
parcours (locaux et /ou en dehors de la région « la mobilité »), la
complémentation (produits de l’exploitation et /ou acheté),
231
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Il est possible donc, de faire une typologie des systèmes d’élevage selon l’origine des
produits fourragers utilisés.
232
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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233
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Système 61 % 22 % 17 %
pastoral-
agricole
32 % 27 % 41 %
Système
agro--
pastoral
Système 13 % 17 % 70
hors-sol
234
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
- Système d’élevage des lits des oueds semi-extensif à structure équilibrée (bovin,
ovin et caprin).
Dans les différents douars de la région d’étude, les éleveurs entretiennent des troupeaux
composés de quelques vaches pour obtenir des veaux qu’ils destinent à la vente après
un léger engraissement, et des génisses qui sont, soit vendues, soit gardées pour
remplacer les vaches réformées. Dans la plupart des douars et plus particulièrement à
l’est de la région, les disponibilités fourragères sont très limitées. En effet, la
production des bêtes maigres est une conséquence du mode et des conditions
d’alimentation des vaches (Kassab, 1983).
- Produire des chevreaux pour alimenter les boucheries locales en viande pendant
le mois de Ramadan,
235
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Ce nouveau type d’élevage sans rapport direct avec les parcours ne se développe
pas aux dépens du pastoralisme. Même, il favorise le pastoralisme en augmentant la
demande sur les jeunes à engraisser qui reste encore un produit exclusif de l’élevage
pastoral extensif ou semi-extensif.
L’enquête a montré que l’élevage ovin est pratiqué dans 82 % des exploitations
enquêtées et que la majorité des troupeaux ovins sont de petite à moyenne taille (<100
têtes). La race ovine la plus répandue est la barbarine. Elle est recherchée pour sa
bonne rusticité, son adaptation à la transhumance et aux conditions naturelles
(Hammami et al. 2007). C’est un élevage orienté à la production des moutons de l’Aïd
Elkebir. Les éleveurs des marges arides du Tell oriental pratiquent souvent
l’allotement56 en divisant le troupeau en deux lots : les naisseurs et les agneaux.
Les naisseurs : ce lot regroupe les femelles et les agnelles destinées à renouveler
le troupeau quelques beliers. Pendant le printemps, l’été et une partie de
l’automne, les naisseurs tirent l’essentiel de leurs besoins des parcours naturels,
des surfaces mises en jachère et des résidus des cultures (chaumes, paille,
feuilles et bois de taille). Alors que, pendant la période d’amaigrissement des
56. l'allotement: c'est une pratique qui consiste en une mise en lots temporaire ou définitive du
troupeau afin de mieux exploiter les ressources dans le temps et dans l'espace et aussi répondre à
certaines exigences de l'exploitation.
236
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
parcours, les éleveurs font souvent recours à une légère complémentation pour
entretenir l’état corporel de ce lot.
Les agneaux qui sont en partie achetés sur le marché forment un deuxième lot
conduit selon un système d’élevage intensif dont l’alimentation est basée sur
l’orge, le foin et l’aliment concentré. Tous ces aliments sont le plus souvent
achetés.
Chez les communautés de la steppe, quelques chèvres sont souvent associées aux
troupeaux à dominance ovin. La taille des troupeaux est petite, de 5 à 20 têtes et
l’alimentation est basée sur les prélèvements sur le parcours, avec un supplément
fourrager pendant la période critique de l’année. Cet élevage est considéré comme
semi-extensif.
Les territoires pastoraux steppiques s’étendent sur 36.3% des surfaces totales des sous-
zones pastorales et 40.5%. Cet ensemble est caractérisé par l’exiguïté des parcours
surtout pendant la saison de semence. Pour s’adapter à la pénurie des pâtures pendant la
période hivernale, 47.1 % de l’effectif total sont déplacées à l’extérieur du secteur
d’étude dans le cadre de l’Achaba en 2005, pendant une durée moyenne évaluée à 53
jours. Les éleveurs avaient aussi recours aux suppléments fourragers achetés pour
répondre aux besoins de leurs effectifs, le taux de complémentation dans cet ensemble
est estimé selon l’enquête personnelle auprès des éleveurs à 0.230 kg/tête/jour.
La prédominance des caprins peut s'expliquer par leur adaptation au relief accidenté de
la zone d’étude. La plupart des éleveurs enquêtés possèdent des troupeaux mixtes
dominés par l’espèce caprine. La taille des troupeaux varie de 5 à 120 têtes. La
dominance de l’élevage caprin dans le parcours forestier est expliquée par la forte
appétence des ligneux par les chèvres. Dans le milieu montagnard, nous notons
l'importance de la végétation forestière dans l'élevage, sur elle seule repose
l’alimentation d’un cheptel à dominante caprine. Le fait que l’alimentation du cheptel
des douars montagnards est basée essentiellement sur les prélèvements directs sur le
parcours forestier est une des causes principales de la dégradation forestière.
237
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
1.3.2.3. Système d’élevage des lits des oueds semi-extensif à structure équilibrée
Les territoires pastoraux drainés par Oued Nabhana et Oued Bel Assoued sont
composés par les sous-zones pastorales dont le rapport caprins/ovins est inférieur à 1
et le rapport bovins /ovins est supérieur à 0.15. Il s’agit des sous-zones drainées par
Oued Nabhana et Oued Bel Assoued et qui s’étend sur 27.41 % de la surface totale des
sous-zones pastorales et 24.12 % des parcours communs (Abdallah 2007).
238
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
bovin, c’est là, en fait où on peut rencontrer des troupeaux bovins de 3 à 7 têtes.
L’alimentation du bétail dans ce groupe de sous-zones pastorales est basée aussi bien
sur les prélèvements direct et indirect sur le parcours, que sur les suppléments
fourragers et les déplacements en dehors du secteur d’étude. Les quantités de lait
produites sont faibles, elles sont destinées aux veaux et à une autoconsommation
familiale.
L’étude de l’élevage dans la zone d’étude a montré une diversification des systèmes
d’élevage, dont la répartition spatiale est fortement liée aux types de milieux et aux
types d’occupation des sols.
L’absence des recensements périodiques des effectifs du cheptel constitue l’une des
contraintes majeure pour l’étude de l’évolution de la taille et de la composition des
troupeaux en Tunisie et particulièrement sur les marges arides du Tell oriental au cours
du XXème siècle. En absence des recensements officiels, nos sources de données sont
basées sur les dénombrements fiscaux du Cheikha de l’Ourazla et sur les campagnes
sanitaires de vaccinations du cheptel.
239
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
25000
Bovins 1881-1938
5000
0
1870
1880
1890
1900
1910
1920
1930
1940
1950
1960
1970
1980
1990
2000
2010
Figure 58. Evolutions des effectifs des ruminants depuis 1881
240
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Figure 59. Evolutions des effectifs des animaux de trait depuis 1881
Les systèmes de production au cours de la première moitié du XXème siècle sont fondés
sur l’élevage très extensif. Le pâturage était libre sur des parcours plus étendus que les
parcours actuels. Les éleveurs transhumaient chaque année depuis les basses terres de
Nabhana et d’oued Saadine occupées au printemps et en été vers les parcours forestiers
exploités pendant l’automne et l’hiver. Cette rotation permettait à la fois au cheptel de
s’alimenter exclusivement au pâturage et au parcours de se régénérer.
Au début du XXème siècle, les effectifs du cheptel étaient dominés par les caprins. La
taille des troupeaux était très variable suivant les familles. Le fait marquant concerne la
proportion des grands troupeaux beaucoup plus importante qu’aujourd’hui. Selon les
données de l’archive du Cheikha de l’Ourazla, les effectifs des troupeaux au début de la
période coloniale étaient de l’ordre de 407 têtes ovines, 1538 têtes caprines, 175 têtes
bovines, 75 têtes camelines et 100 têtes d’équidés.
La courbes de l’évolution des effectifs des différentes espèces animales élevées montre
que la chèvre est l’animal le plus répandu dans toute la Cheikha de l’Ourazla jusqu’aux
milieux des années 1920.
A partir des années 1930, l’effectif du troupeau ovin a dépassé celui de caprin. Ce
changement est expliqué par l’accélération du rythme de fixation des bédouins
propriétaires de grands troupeaux ovins après la première guerre mondiale. Pendant
cette période un grand brassage entre les Ourazla et les bédouins d’origine Hamama et
Jlass fortement attachés à l’élevage ovin explique probablement le recul de l’élevage
caprin. Ces changements de mode de vie et des pratiques pastorales sont des aspects de
steppisation qui ont caractérisé les marges arides du Tell oriental dès la fin de la
deuxième guerre mondiale.
241
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Durant la première moitié du XXème siècle, la courbe d’évolution des effectifs des
petits ruminants présente une lente progression. Cependant, une baisse sensible des
effectifs bovins a été enregistrée entre 1938 et 1957. La stagnation du rythme
d’évolution du cheptel pourrait être l’effet de la fréquence des années sèches et du
rétrécissement des parcours suite à l’affirmation de la colonisation foncière sur les
marges orientales du Tell. Mais elle pourrait être causée par l'absence prolongée de
certains troupeaux transhumants.
Pour les camélidés une forte diminution de l'effectif est observée depuis les années
1950. Le nombre des camelins passe de 134 têtes en 1957 à 74 têtes en 1982 en raison
242
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
de l’abandon de cet élevage par les exploitants suite au progrès des moyens du
transport et de la mécanisation agricole.
Face à l’exigüité des parcours et la surcharge pastorale des parcours dans certaines
zones du secteur de Soughas, une autorégulation du système d’élevage est en train de
se développer au cours des dernières années.
D’une manière générale, et notamment dans les territoires pastoraux de fortes charges
pastorales, à savoir les parcours d’el Hamama, Dahguene et Ouled Farhat, on a
remarqué au cours des dernières années une orientation très nette des paysans vers la
production de moutons de l’Aïd El Kbir et des veaux dont l’alimentation est basée
essentiellement sur les fourrages achetés. Dans l’ensemble de la zone étudiée, la
tendance à la production des moutons de l’Aïd El Kbir semble-est-il une pratique plus
ancienne que celle des veaux. L’importance de ces effectifs laisse supposer cependant
qu’une partie de l’effectif engraissé mis à l’élevage dans l’étable est acheté à l’extérieur
de la paysannerie. Cette nouvelle mutation de l’élevage explique l’apparition des abris
en dur destinés à abriter les veaux.
243
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
L’importance prise récemment par ce type d’élevage est expliquée aussi bien par la
surcharge pastorale des parcours que la diminution de la main d’œuvre familiale, en
particulier féminine à cause de la scolarisation des filles.
244
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Sur les marges arides du Tell oriental, l’augmentation du nombre d’éleveurs liée à
l’accroissement de la population, s’accompagne d’un recul important de la taille
moyenne des troupeaux. Cette diminution de la taille des troupeaux a entraîné une
évolution des pratiques.
Les figures 60, 61 et 62 montrent une diminution régulière des troupeaux de grandes et
moyenne taille des différentes espèces élevées et une augmentation des troupeaux de
petite taille. De multiples facteurs expliquent l'éclatement des grands troupeaux en
troupeaux de petite taille (de 1 à 50 têtes). La fixation paysanne, le rétrécissement des
parcours et l’extension des terres de culture sont les facteurs les plus déterminants de la
diminution régulière des troupeaux au cours XXème siècle. Les revenus de l’activité
d’élevage ont ainsi diminué par rapport à d’autres activités. Les problèmes de main
d’œuvre liés à la scolarisation des enfants, à la migration des jeunes et à la priorité
donnée à d’autres activités plus directement rémunératrices, moins pénibles et moins
dévalorisées que l’élevage ont également joué un rôle (Bouju, 2000).
245
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Les données de l’enquête personnelle, ont montré que les troupeaux des marges arides
du Tell oriental sont généralement de petites tailles et que les grands troupeaux de 500
têtes et plus, assez fréquents dans le passé, sont devenus très rares. Le tableau 27
montre une forte inégalité d’appropriation du cheptel selon trois groupes d’éleveurs :
Les petits éleveurs possédant des troupeaux de taille comprise entre 1 et 50 têtes
en équivalent ovin représentent 84 % des éleveurs. Ils détiennent presque la
moitié de l’effectif total du cheptel. Dans ce groupe, le gardiennage et la main
d’œuvre est d’origine familiale.
Les grands éleveurs dont la taille du cheptel dépasse 100 têtes représentent 4% du
nombre total d’éleveurs. Ils détiennent 31 % de l’effectif total du cheptel. Ils disposent
d'un certain capital, sous forme de camions, de citernes et de main d'œuvre.
247
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Conclusion
Ces mutations socio-économiques qui ont caractérisé les marges arides depuis les
années 1930 ont contribué à l’accentuation des processus de la steppisation et du
rythme des défrichements, en particulier aux dépens des terrains forestiers.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Au total, l'élevage des marges arides du Tell oriental, constitue une sorte de transition
entre la Tunisie steppique et la Tunisie tellienne. De nombreuses caractéristiques le
montrent : proportion élevée des ovins et faiblesse du cheptel bovin, importance du
troupeau caprin, extension des pâtures donnant une médiocre alimentation à un cheptel
de faible rendement.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Chapitre IX :
Introduction
La définition d’une politique cohérente de l’élevage, du point de vue zootechnique
et du point de vue économique, exigerait que les effectifs du bétail, leur répartition
dans l’espace et leur évolution soient connues avec assez de précision ; il serait alors
possible de planifier réellement le développement de la production animale. Une
analyse de la répartition et de la taille des troupeaux puis de leur mode de conduite doit
être conduite en liaison étroite avec les comportements des différents acteurs assurant
la production et la commercialisation des animaux Dans cette logique, plusieurs
sources d'information sont exploitées : un inventaire complet des animaux une enquête
socioéconomique touchant 12 % des éleveurs, et des entretiens avec des bergers, des
éleveurs et des maquignons.
251
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
caprines, 616 têtes bovines (3080 têtes en équivalent ovin), 240 têtes équines (720 têtes
en équivalent ovin) et seulement 4 têtes camelines (12 têtes en équivalent ovin). Ces
chiffres traduisent bien l’importance de l’élevage dans les marges arides du Tell
oriental. Il est possible d’expliquer cette importance par les faibles rendements des
cultures. La constitution d'un troupeau est une forme d'épargne. La plupart des paysans
possèdent des ovins et des caprins, ces petits ruminants qui jouent un rôle important
dans l'économie paysanne.
Ovins
Caprins
Bovins
Equidés
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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présente les moyennes pluviométriques les plus élevées (> 450 mm/an) compte
seulement 3% du cheptel. C’est la zone des grandes exploitations spécialisées en
céréaliculture. Elle constitue la première destination des éleveurs qui remontent
pendant les années sèches du couloir de Nabhana et de la dépression d’oued Saadine
avec leurs troupeaux à la recherche des sous-produits céréaliers (chaumes, paille et
jachère).
Figure 64. Répartition des effectifs du cheptel selon les étages bioclimatiques
253
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
situés dans le nord ouest de la région qui reçoivent des moyennes pluviométriques qui
dépassent 450 mm/an, comptent seulement 2% des ovins, 7 % des caprins et 3 % des
bovins.
La composition du troupeau est fortement liée aux conditions de pâturages offertes.
Ainsi, le cheptel de montagne est caractérisé par l’importance de l’effectif caprin qui
augmente de l’est vers l’ouest. Le cheptel ovin augmente du nord vers le sud, dans le
sens l’aridité. Il domine chez les communautés des steppes et des dépressions alluviales
d’oued Nabhana, d’oued Saadine et d’oued Seïl. La répartition des bovins présente une
nette concentration chez les communautés implantées de part et d’autre des oueds à
écoulement pérenne, notamment à oued Nabhana et son affluent oued Bel Assoued. La
carte suivante montre la répartition spatiale des effectifs.
254
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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montagnarde caractérisée par l’exigüité des terroirs cultivés. Sur ce type de parcours se
concentre 72 % des effectifs caprins.
Par contre, l’extension de l’arboriculture sèche aux dépens des terres de cultures et des
parcours steppiques à l’est de la dorsale a contribué à la réduction de l’effectif des
chèvres car cette espèce animale est jugée nuisible à la croissance des jeunes olivettes.
Nos observations sur le comportement des chèvres sur le parcours montrent que cette
idée mérite d’être révisée (Abdallah, 2007). En effet, il est maintenant démontré que
lorsqu’ils ont le choix, les caprins préfèrent les espèces herbacées et que leur
prédilection marquée pour les ligneux n’est observée que lorsque les disponibilités de
la strate herbacée sont faibles ou d’une qualité nutritionnelle médiocre (Narjisse, 1989).
En conséquence, la chèvre doit être plutôt perçue comme un consommateur
intermédiaire comme cela a été suggéré par (Dement et Longhurst, 1987).
- Répartition des bovins
D’après les dossiers de vaccination et l’inventaire du bétail réalisé en 2005, le cheptel
bovin compte 616 vaches la plupart de race locale. Cette espèce est rustique et peu
productive. L’effectif moyen reste cependant faible, soit 0.54 tête par éleveur
(Abdallah, 2007). L’élevage de bovins est pratiqué dans toute la région d’étude avec
une inégale répartition des effectifs entre les zones. Les parcours ripicoles sur les rives
d’oued Nabhana et aux alentours des retenues d’eau (barrages et lacs collinaires)
alimentent les 60% de l’effectif bovin tandis que la steppe et la forêt pourvoient 29% et
14% des bovins (Abdallah, 2007).
255
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Tableau 28 : Répartition des espèces animales élevées par douar et par zone
bioclimatique
Effectif ovin en Effectif caprin en Effectif bovin en
Etage bioclimatique Douar équivalent ovin équivalent ovin équivalent ovin
semi-aride supérieur Ain Zeras 505 432 95
Zbidine 1203 111 60
Nsaibia 442 280 95
Souar 1193 136 115
Sidi Bannour 400 192 30
Jaafria 438 977 115
Ouled Zouabi 527 122 100
semi-aride moyen O.C.E. Jebibina 2500 0 0
Youssef.Ben.Aoun 1034 265 40
Abaidia 430 600 205
Ouled Anene 639 327 100
E l Khadhra 510 81 35
Kef Lahouech 465 77 20
semi-aride inférieur Es-Srassif 741 119 100
Ain Dabbeb 225 114 50
Gouazine 993 121 295
Hamama 1250 178 230
Thlajine 655 231 95
Erragba 656 88 35
Frahtia 423 380 245
Aouaied 846 148 195
Nsaouria 552 120 95
Ouled Salem 911 205 110
Kchabtia 442 28 45
Bouazdia 452 150 55
Jaballah 569 58 30
Aouaifia 712 43 45
Ouled Ghribi 678 44 85
Haj Abdallah 694 169 120
Aride supérieur Kouamlia 949 133 240
dépression d’oued Seïl est expliquée par l’implantation d’une grande ferme spécialisée
dans l’élevage (O.E.P. de Jebibina) au milieu du XXème siècle. Par contre, les faibles
effectifs se rencontrent chez les communautés montagnardes (Abaidia, Ouled Zouabi,
Jaafria, …).
257
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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2. 3. Conduite de l’alimentation
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Figure 66 : Schéma de la conduite de la reproduction, l’allotement et l’alimentation chez les brebis et les chèvres.
261
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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remis sous une mère adoptive. Le revenu tiré de la vente des repoupets57 permet aux
éleveurs de s’approvisionner en fourrages achetés pour alimenter le reste du troupeau.
- Printemps : vente des têtes de réforme, et certains agneaux et agnelles sevrés
Selon les données de l’entretien avec les éleveurs, après six agnelages, une brebis doit
être réformée. Généralement, les brebis sont réformées entre 5 et 6 ans mais parfois
plus. Elles sont vendues pour ravitailler les mariages en viande. Les femelles naisseurs
les mieux conformées et les agnelles de bon gabarit sont gardées pour remplacer les
têtes réformées.
Les agneaux ne sont pas complémentés lorsque l’herbe est abondante sur le parcours
au printemps, certains agneaux seront vendus au sevrage. Après le sevrage qui a lieu
entre début avril et fin mai, certains agneaux et agnelles sont vendus à 3 ou 5 mois. La
sélection des agneaux pour l’Aïd El Kebir est une pratique de courte durée. Elle
concerne le plus souvent des moutons de sexe mâle, âgés de plus de six mois. La
période de stabulation a lieu pendant 3 à 5 mois précédant la date de la commémoration
de l’Aïd El Kebir.
Été : Vente des agneaux sevrés non engraissés
Les agneaux sont vendus aux maquignons et aux engraisseurs à un poids vif qui varie
de 12 à 18 kg et dépend de l’âge de l’agneau au moment de sa vente. Le choix du lieu
de commercialisation se fait selon le mode de vente (regroupé ou échelonné), l’effectif
total à vendre et la disponibilité des moyens de transport. Ainsi, pour les petits éleveurs
les plus éloignés des souks en particulier, la vente se fait sur l’exploitation à des
maquignons et bouchers ; elle leur permet d’économiser les frais de transport, les
impôts et les taxes (HammamI 2007). Les ventes qui concernent un nombre limité
d’animaux se font dans les souks environnants (Sbihka, Nadhour, Enfida, Kairouan),
alors que les ventes regroupées se font le plus souvent, dans le souk du Fahs qui
représente l’un des souks de bétail les plus connus dans la Tunisie du nord.
Selon les déclarations des éleveurs, l’élevage naisseur qui produit et vend des animaux
non engraissés, paraît relativement moins rentable que les animaux engraissés pour
l’Aid El Kebir. Ceci s’explique par l’amaigrissement des parcours et d’incapacité
financière pour l’achat des aliments de bétail.
57 Un repoupet est un « agneau à remettre ». Généralement vendu à moins de 2 semaines, non sevré, pour
être remis sous une mère adoptive.
263
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2.4.2. Naisseurs-engraisseurs
Ce type regroupe les éleveurs spécialisés dans la production et l’engraissement des
agneaux, des chevreaux et des veaux. Ce type d’élevage caractérise les éleveurs des
douars classés dans la catégorie I (Hmama, Anene, Abaidia, Thlajine, Youssef Ben
Aoun). Selon l’origine des animaux engraissés, deux sous groupes ont été distingués ;
Le premier sous groupe concerne les éleveurs qui pratiquent l’engraissement des
animaux autoproduits et qui représentent 79% des éleveurs de cet ensemble,
Le second sous-groupe représente 21 % et concerne les éleveurs mettant à
l’étable d’engraissement des animaux autoproduits et d’autres achetés sur le
marché.
La durée d’engraissement varie d’un éleveur à un autre de 3 à 5 mois après sevrage
selon la période de vente et le stock d’orge grain disponible (Hammami, 2007). Au
cours de la période d’engraissement, les animaux mis à l’engraissement s’alimentent
d’orge et de foin.
Contrairement aux veaux et les chevreaux qui sont vendus sur toute l’année avec des
pic assez importants pendant la saison de mariage et le mois de Ramadan, les agneaux
engraissés sont vendus pendant l’Aïd el Kébir.
264
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Figure 67 : Les flux des moutons de l’Aïd El Kebir vers les villes de la Tunisie
nord orientale.
Figure 68 : Les souks fréquentés par les éleveurs et les maquignons de la région en
dehors de la période de l’Aïd El Kébir.
3. Mode de faire valoir
L’élevage dans le secteur de Soughas est caractérisé par deux types de mode de faire
valoir :
- Mode de faire valoir direct
- Mode de faire valoir indirect
266
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Conclusion
Les traits les plus remarquables de la répartition géographique du cheptel sont les
spécialisations partielles dictées par les contrastes biophysiques des milieux, qui
montrent une corrélation positive entre le type du milieu et la composition du troupeau.
Par conséquence les ovins se concentrent dans les douars des plaines et les basse terres
aux environs des oueds où les pâturages sont favorables au déplacement du cheptel
ovins, les caprins dominent dans les montagnes et le bovins se cantonnent le long des
couloirs drainés. Ce travail met en relief le mode de conduite du troupeau et son impact
sur la production de la viande. La combinaison de ces éléments aboutit à l’émergence
d’une diversité de stratégies chez les éleveurs. La recherche d’une sécurité par la
régulation des dépenses familiales, chez les petits naisseurs en particulier, à la
recherche du profit et de la rentabilité chez les engraisseurs. Mais malgré ces grands
rôles, l’élevage reste marqué par son caractère extensif et pastoral, du fait qu’il est mal
associé aux cultures et donc soumis aux aléas climatiques.
En fait l’élevage des naisseurs est de type pastoral et reste soumis à l’irrégularité
climatique. Ce type d’élevage à un potentiel d’expansion limité et son développement
qualitativement et quantitativement aggrave la pression sur la végétation par rapport à
un équilibre recherché qui doit assurer la durabilité de l’activité et des ressources
locales.
L’élevage des engraisseurs se libère du parcours et de ces contraintes, comme
l’irrégularité climatique, la réduction des surfaces de parcours. Par contre il est soumis
au variation du marché et des prix (achat du fourrage, vente de la production…).
L’élevage des engraisseurs à un potentiel d’expansion plus rapide et peut constituer un
horizon de développement local tant que la demande et les prix le permettent.
268
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Chapitre X
Les systèmes fourragers et leur impact sur le
cheptel et les parcours
_____________________________________________________________________
Introduction
Un diagnostic détaillé de l’offre et de la demande en fourrage permet de suivre les
fluctuations spatiotemporelles des ressources fourragères. Il permet d’évaluer
l’importance du déficit fourrager et son impact sur le parcours et l’évolution de l’état
corporel du cheptel. La perception de l’éleveur sur l’état corporel de son cheptel est un
outil simple pour identifier les moments critiques dans l’alimentation du bétail et
comparer les effets des fluctuations des taux de couverture des besoins alimentaires au
cours de l’année. Cette méthode est basée sur les connaissances de l’éleveur et son
attachement à son troupeau
Ce travail à pour objectif d’étudier la situation actuelle du système fourrager et de
proposer des voies d’adaptation aux aléas climatiques. II s'agit donc d'une opération
finalisée qui doit permettre de connaître les principales contraintes au développement
de l'élevage dans la zone d’étude. Pour l'établissement d'un bilan pastoral, nous avons
procédé au calcul de l’offre fourragère et du besoin fourrager. Une base de données
spatiale a été mise en œuvre sous Arc View 3.2. Pour estimer l’offre fourragère des
parcours naturels nous avons utilisé la carte de végétation et les estimations de la
production fourragère par sous-zone végétale homogène.
1. La demande fourragère
L’alimentation constitue, incontestablement, l’une des contraintes majeures à l’essor de
l’élevage. Le bilan fourrager consiste à évaluer les ressources fourragères et à les
comparer aux besoins du troupeau. Cet examen détaillé de la structure des ressources
fourragères permet d’évaluer le taux de couverture des besoins du cheptel.
269
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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2. L’offre fourragère
L'alimentation du bétail de la région de Soughas-Souar provient des ressources
fourragères locales (parcours naturels et résidus agricoles) et des ressources fourragères
provenant des régions voisines (achat de fourrages et transhumance « achaba »).
271
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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et des produits de la taille restent faible par rapport aux besoins du cheptel en
fourrage.
273
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
montré que les mouvements de transhumance sont souvent pratiqués par les grands
propriétaires des troupeaux, alors que le petit élevage nécessite peu de déplacements en
dehors du secteur de la région.
Dans les dernières décennies, l'enquête a montré un recours accru aux achats de
compléments acheminés par camions du Haut Tell. Le transport des fourrages se
substitue au transport des moutons.
Figure 71. Calendrier de transhumance selon les déclarations des éleveurs (2005)
276
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Photo. 45. Campement de deux grands troupeaux de la région Soughas sur la rive
droite d’oued Khaled
2.3.3. Demande faite aux parcours
La production fourragère annuelle des parcours des marges arides du Tell oriental varie
selon les conditions climatiques et la nature du couvert végétal. Elle est estimée selon
la carte des ressources fourragères présentée dans la deuxième partie à 4574762 UF par
an. Signalons que la production fourragère des parcours naturels ne couvre que 40,4%
des besoins du cheptel. La superposition de cette carte à celle des étendues des douars
permet d’estimer la part des parcours naturels dans l’alimentation du cheptel. La
production fourragère des parcours varie selon les douars :
- D’après la carte des disponibilités fourragères, les ressources pastorales des
parcours naturels des sous-zones pastorales des douars montagnards (Zouabi,
Jaafria, Zeras et Sidi Bannour) couvrent plus de 70 % des besoins du cheptel.
Malgré l’importance des effectifs de cheptel dans ce groupe de douar, les
animaux sont mieux nourris à partir des parcours naturels, des chaumes et des
résidus agricoles stockés. Ainsi, jusqu’au début des années 1970, les
agriculteurs de ces douars vendaient sur place les sous-produits agricoles
(chaumes, paille, et jachère) à des éleveurs qui remontaient du sud de la région
d’étude avec leurs troupeaux. Le recul qui a caractérisé la transhumance au
cours des dernières décennies a été compensé par un transfert de fourrages
profitant de l’essor des moyens de transport.
- Les disponibilités fourragères des parcours naturels des douars situés sur les
marges des forêts (Erragba, Es-Srassif, Abaidia et Nsaibia) couvrent entre 50 et
277
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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3. Bilan fourrager
3.1. Rappel sur la production des parcours
La zone d’étude se caractérise par une mosaïque de faciès de végétation éventrée par
des clairières cultivées de tailles variables dont la production fourragère est
grossièrement proportionnelle à la pluviosité moyenne annuelle. En effet, la répartition
géographique des ressources pastorales des marges arides du Tell oriental est très
déséquilibrée. Les meilleurs parcours de la région se trouvent dans l’étage
bioclimatique semi-aride supérieur alors que les parcours les plus maigres se
rencontrent au sud de la région. Généralement, la production fourragère varie selon les
conditions du milieu de 65 à 350 UF/ha/an et elle peut dépasser 500 UF/ha/an dans les
formations ripicoles les mieux drainées et les parcours améliorés. La valeur moyenne
de la production fourragère totale dans la région d’étude est de l’ordre de 4227845
UF/an.
3.2. Les apports et les besoins du cheptel
La comparaison des besoins du cheptel et des quantités de fourrage disponibles dans la
zone d'étude montre un déficit fourrager annuel moyen de 1 359 727 UF. Ce déficit
constitue le problème majeur de l’élevage dans la zone d’étude. La répartition des
ressources fourragères et des besoins du cheptel montre que le maximum du déficit
annuel moyen se situe en automne et en hiver. Pendant cette période, l’alimentation du
troupeau est basée essentiellement sur des suppléments fourragers achetés (foin et
aliments concentrés) et sur des prélèvements directs sur les parcours ligneux des zones
accidentées à (jebels, Hamada, Es-Srassif…).
L’analyse du bilan fourrager met en évidence un déficit fourrager estimé à 12 %. Mais
cette moyenne cache des différences importantes entre les douars. En effet, l’analyse
selon les types de milieux (forêt, steppes, oued, terres de cultures…) montre que dans
les douars montagnards (Zeras, Jaafia et Sidi Bannour), l’élevage reste largement
tributaire des pâturages sur les parcours naturels, des résidus agricoles, tandis qu’une
partie importante du fourrage est souvent utilisée par les troupeaux d’autres douars de
la région. En fait, une grande partie d’orge, du foin et d’herbe verte est transférée vers
les douars qui enregistrent un déficit fourrager. Les déficits sont beaucoup plus
prononcés dans les douars situés dans le sud et à l’est de la région. Ce déficit fourrager
qui caractérise la période hivernale de l'année coïncide avec la période d’agnelage et de
280
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62. La charge pastorale réelle : Effectif du troupeau en équivalent ovin / Surface de parcours
282
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- Parcours surexploités
Au niveau de la dépression d’oued Nabhana et ses environs steppiques, la charge
pastorale dépasse de loin la charge potentielle des parcours. Dans ces parcours la
pression du bétail entraine la dégradation du couvert végétal et accentue l’instabilité du
milieu. Les fortes charges animales provoquent une pression intense et sélective sur les
parcours qui conduit à la disparition rapide des espèces les plus appétées présentant une
bonne valeur fourragère et l’abondance des espèces faiblement recherchées par le
bétail.
La comparaison des photos aériennes de 1974 à la situation actuelle souligne une
multiplication des arbres et des arbustes épineux (sumac, jujubier, asperge, genet
épineux, Atractylis serratuloides …), qui constituaient la base de l’alimentation du
troupeau camelin qui a récemment disparu. Par conséquence la régénération actuelle
des espèces épineuses est expliquée par la disparition du troupeau camelin qui a
caractérisé la fin des années 1980. La comparaison de ces deux missions aériennes a
montré aussi une dégradation avancée des parcours herbacés sous l’effet du pâturage
répété par de grands troupeaux formés essentiellement d’ovin.
285
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
habituellement parcourue par leurs troupeaux dans chaque direction. Ceci nous a
permis de fractionner le territoire pastoral en quatre auréoles emboîtées de différentes
surfaces (figure 75).
Les territoires pastoraux se recoupent à leurs périphériques en donnant naissance à des
zones de forte charge pastorale.
287
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
- PAq4 (UF/ha) = ((Et/4 x 365jours x 1UF) – (Et /4 x 365jours x 1UF x C4 UF) – (D3jour x 1UF))
/c4 en ha
Et : effectif total du cheptel en équivalent ovin, 1UF : besoins journaliers d’une tête
ovine, C : quantité de fourrage acheté en UF/tête/jour, D : la part des déplacements
dans l’alimentation du cheptel, c : cercle.
Deuxième étape : puisque les cercles s’emboîtent autour d’un même centre, en donnant
lieu à quatre auréoles (a1, a2, a3 et a4) :
- la première auréole (a1) est fréquentée par 100% du cheptel ;
- la deuxième auréole (a2) est fréquentée par 75% du cheptel,
- la troisième auréole (a3) est fréquentée par 50% du cheptel ;
- la quatrième auréole (a4) est fréquentée par 25% du cheptel.
Le calcul des Prélèvements Annuels dans les différentes auréoles est possible en
appliquant les formules suivantes :
PA (a1) (UF/ha) = Paq1 + Paq2 + Paq3 + Paq4
PA (a2) (UF/ha) = Paq2 + Paq3 + Paq4
PA (a3) (UF/ha) = Paq3 + Paq4
PA (a4) (UF/ha) = Paq4
288
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(Hédi ABDALLAH)
3.3.2.2.2 Résultats
Tableau 30 : Superficie des auréoles pastorales
Les mesures sont effectuées en utilisant les options du logiciel Arc View).
289
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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Tableau 31 : Calcul des prélèvements en UF/ha sans tenir compte des zones de
chevauchement entre les territoires pastoraux
291
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(Hédi ABDALLAH)
La concentration du cheptel autour des habitations, près des points d’eaux et des lieux
de stationnements provoque une forte pression sur les parcours. Le surpâturage
292
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empêche la régénération des espèces appétées, à l'inverse, il favorise les espèces non
consommées qui tendent à coloniser les parcours très fréquentés.
294
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(Hédi ABDALLAH)
des photographies qui illustrent les différents états corporels possibles des différentes
espèces animales élevées.
Lors des enquêtes, l'éleveur procède lui-même à l'estimation de l'état corporel de son
troupeau au cours de la saison selon une échelle variant de 1 à 5 comme l'illustre le
tableau 33.
Cette enquête a été réalisée auprès de 50 éleveurs répartis dans l’espace d’étude.
L'échantillon recueilli qui s’appuie pour la sélection des éleveurs sur l’enquête
socioéconomique de 2008 est composé de 2023 ovins, 1028 caprins, 71 bovins et 55
équidés.
La perception des éleveurs sur l’état corporel moyen de leurs troupeaux est un bon
indicateur sur le taux de couverture des besoins alimentaires du cheptel et le niveau des
prélèvements pastoraux. Elle permet également de repérer les moments critiques de
l’alimentation des troupeaux au cours de l’année et de dégager une typologie selon le
niveau de satisfaction des besoins des troupeaux (alimentation équilibrée toute l’année
ou une partie de l’année).
Cette enquête a pour objectif d'estimer l’état corporel moyen des troupeaux
échantillonnés à des moments correspondant aux principaux changements de conduite
alimentaire (tableau 33). Le système de conduite est caractérisé par l’utilisation des
parcours herbacés pendant le printemps. Au cours des premiers mois de l’été, le
pâturage s’effectue sur des chaumes riches des céréales. A la fin de l’été et au début de
l’automne les animaux tirent l’essentiel de leurs besoins du stock de grains d’orge et
des résidus des cultures de l’exploitation. En automne et en hiver, les troupeaux
fréquentent les parcours ligneux et reçoivent une complémentation basée sur du foin,
du concentré et de l’orge.
295
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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(Hédi ABDALLAH)
Tableau 33.
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
A partir des résultats des 50 enquêtes spécifiques réalisées nous avons représenté de
manière graphique l’évolution de l’état corporel des différentes espèces animales
élevées dans la région d’étude.
3.4.2. Variation intra-annuelle des besoins énergétiques du cheptel et ses
répercutions sur l’évolution de l’état corporel de l’animal
Le suivi de l’évolution de l’état corporel des troupeaux échantillonnés montre que
l’alimentation du cheptel des petits éleveurs est basée sur les prélèvements sur les
parcours avec une légère complémentation pendant la période difficile de l’année. En
effet, l’état corporel de l’animal varie beaucoup au cours des saisons et des années, en
fonction de la richesse des parcours. Cette variation met en évidence les effets de
fluctuation saisonnière des disponibilités fourragères. L’état corporel moyen des
troupeaux dont l’alimentation est basée sur les parcours naturels locaux est maigre
pendant l’automne et l’hiver. La dégradation de l’état corporel des troupeaux au cours
de cette période est expliquée par l’augmentation des besoins fourragers du cheptel.
Cette augmentation est liée aux dépenses énergétiques dictées par l’élévation des
besoins énergétiques totaux de l’animal qui sont la somme de besoin d’entretien strict,
besoin d’entretien supplémentaire et besoin de production Daget 1995.
3.4.2.1. Variation intra-annuelle des besoins énergétiques de l’animal
Le besoin énergétique total de l’animal est la somme de besoin d’entretien strict, besoin
d’entretien supplémentaire et besoin d’allaitement.
3.4.2.1.1. Le besoin d’entretien strict
Le besoin d’entretien strict constitue la plus grande partie du besoin des animaux. Il est
lié au maintien du métabolisme de base utile au fonctionnement des différents organes
de l’animal. Le besoin d’entretien strict varie en rapport avec le poids de l’animal.
3.4.2.1.2. Le besoin d’entretien supplémentaire
Le besoin d’entretien supplémentaire est lié à la chute hivernale de la température, la
fréquentation des parcours accidentés et l’allaitement chez les ruminants.
Besoins énergétiques des animaux liés la chute hivernale de la
température
Dans ce système purement extensif, les troupeaux sont en permanence sur les parcours.
Ils sont exposés aux influences climatiques, notamment la chute de la température qui
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
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63 Les paysans utilisent le mot gdel et parfois znigua, pour désigner la partie de l’exploitation
(cultivable ou inculte), mise en défens de l’automne jusqu’au printemps destinés à fournir du
fourrage herbacé.
64. National Research Council (NRC), 1984. Prediction equations for estimating nutrient
requirements and feed intake. In : Nutrient requirements of beef cattle. National Academy Press,
Washington, D.C. : 113.132.
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
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L’évolution des besoins énergétiques du cheptel varie selon les pratiques d’élevage
adoptées dans les marges arides du Tell oriental. Le pic annuel des besoins
énergétiques du cheptel coïncide avec la période de rétrécissement des parcours et il
contribue à la dégradation de l’état corporel de l’animal au cours de la période
hivernale. Pour atténuer les pertes corporelles du cheptel, les éleveurs avaient souvent
recours à la complémentation dont les taux d’affouragement complémentaire varient
selon la stratégie de l’éleveur.
3.4.2.2. Évolution de l’état corporel du cheptel au cours de l’année
L’évolution de l’état corporel du bétail est fonction des fluctuations de la productivité
fourragère des parcours des marges arides du Tell oriental au cours de l’année. La mise
en concordance des résultats de l’’état corporel au calendrier d’alimentation des
troupeaux permet de repérer les périodes pendant lesquelles les besoins du cheptel sont
couverts et les périodes critiques de l’année. La qualité des parcours fréquentés et des
suppléments fourragers offertes au cheptel peut également être estimée pour quatre
périodes :
- L’enrichissement des parcours herbacés d’une masse importante d’herbe verte
pendant le printemps (mars, avril et mai) permet la reconstitution des réserves
corporelles du cheptel ce qui se traduit par une nette amélioration de l’état
corporel du cheptel.
Pendant les deux premiers mois de l’été (juin et juillet), les chaumes riches en paille et
en épis d’orge et de blé sont utilisés librement. Ils assurent la couverture des besoins
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alimentaires du cheptel et maintiennent son état corporel (photo 51). Les animaux
accumulent des réserves corporelles pour la période de la mise-bas et de la lactation.
Photo. 51. Les chaumes riches en céréales assurent une bonne alimentation pour le
cheptel
Au cours des mois d’août et septembre, les premiers orages d’automne vannent le foin
libre sur les chaumes et dégradent la qualité des résidus agricoles encore sur pied.
Cependant, le bon état corporel du bétail est conservé grâce aux résidus agricoles
stockés (foin acheté, foin local, orges).
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une baisse assez importante qui correspond à une dégradation rapide de l’état corporel
du cheptel. Au cours de cette période la proportion de bonnes notes (>3) diminue
rapidement et le pourcentage de notes inférieures au seuil d’alerte dominent nettement
et dépassent la barre des 80 % pour les ovins, les caprins et les bovins. Mais, il reste
assez élevé pour les équins. Le maintien de l’état corporel de cette espèce animale au
cours de la période hivernale réside dans le fait que les équidés disposent encore de
parcours de forte appétibilité et de compléments aux étables.
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Figure 77. La proportion des animaux qui ont une note d’état corporel supérieure
à celle du seuil d’alerte pendant la période qui s’étale entre mars et septembre
Figure 78. La proportion des effectifs qui ont une note d’état corporel inférieure à
celle du seuil d’alerte pendant la période hivernale (octobre.février)
Durant la période critique, la dégradation de l'état corporel est plus forte chez les
troupeaux de taille petite ou moyenne (moins de 50 têtes et de 50 à 100 têtes) que chez
les troupeaux de grande taille (plus de 100 têtes). Elle est également plus forte dans les
troupeaux gérés par les paysans que dans ceux gérés par les grands éleveurs. Plus de
60% des troupeaux gérés par les paysans passent sous le seuil d'alerte (2,5) tandis que
cette proportion est seulement de 34% chez les grands éleveurs.
Ces différences au niveau de l’évolution de l’état corporel des ovins s’expliquent par le
fait que les grands éleveurs possèdent les moyens et l’habitude de stocker de grandes
quantités de fourrages et de transhumer en dehors de la région. L’alimentation des
petits troupeaux est fortement liée aux parcours locaux avec une légère
complémentation hivernale. Selon la perception des éleveurs enquêtés, l’état corporel
des petits troupeaux mixtes qui regroupent autant ovins que de caprins est étroitement
lié à la production fourragère des parcours locaux. Pendant la période comprise entre
mars et septembre, les notes corporelles estimées par les enquêtés dépassent souvent le
seuil d’alerte (2,5). Puis de la période de mise-bas qui débute en octobre, les besoins
énergétiques des ruminants augmentent significativement, engendrant un important
déficit alimentaire insuffisamment atténué par la complémentation.
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Contrairement aux troupeaux ovins, la dégradation de l'état corporel des caprins est
plus forte chez les grands et les moyens éleveurs que chez les petits propriétaires.
L’alimentation des grands et moyens troupeaux caprins est d’avantage basée sur les
prélèvements directs sur le parcours. Cette espèce animale apprécie la diversité de
l’alimentation, consomme un nombre d’espèces végétales qui est fonction de leur
disponibilité sur le parcours. Ce système d’élevage purement extensif caractérise les
douars montagnards où il est fortement lié au parcours forestier. L’état corporel des
têtes ovines associées aux grands troupeaux caprins est souvent médiocre car le berger
ne les tient pas en considération lors du choix du parcours. Au contraire, les petits
effectifs caprins associés aux grands troupeaux ovins sont bien alimentés et leurs
réserves corporelles sont moins mobilisées pendant la période critique de l’année.
La corrélation entre l’évolution de l’état corporel du cheptel et le calendrier fourrager
montre que les produits de l’exploitation couvrent les besoins du cheptel de mars à
septembre. Pendant les trois mois du printemps (mars, avril et mai), le cheptel est
alimenté sans complémentation fourragère, uniquement avec de l’herbe verte prélevée
directement sur le parcours. Puis, au cours des deux premiers mois d’été (juin et
juillet), l’essentiel des besoins des troupeaux provient des chaumes. Ensuite, les
produits de la céréaliculture (orge et foin) produits dans l’exploitation et la repousse de
l’herbe verte suite aux orages d’automne couvrent les besoins du cheptel durant les
deux mois d’aout et de septembre.
Le problème d’alimentation du cheptel se pose dès le début du mois d’octobre qui
constitue une date charnière dans le calendrier d’affourragement. Car à partir du mois
d’octobre s’achève les provisions en fourrage de l’exploitation et débute la saison des
semis. Elle annonce la fermeture des terres agricoles aux troupeaux. La période de la
mise-bas des troupeaux ovins et caprins commence (Abdallah, 2007).
Le problème du rétrécissement des pâturages est aggravé par l’augmentation des
besoins énergétiques du cheptel. Les disponibilités fourragères des parcours pendant
cette période ne suffisent pas pour subvenir aux besoins énergétiques des animaux qui
doivent nécessairement mobiliser leurs réserves corporelles. Ce déficit alimentaire est à
l’origine de la dégradation de l’état corporel du cheptel le long de la période hivernale.
Pour atténuer les pertes corporelles du cheptel la complémentation devient nécessaire.
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Période O N D J F M A M J J A S
Source - Parcours ligneux - Herbe verte Chaumes - Stock des produits
d’alimentatio forestiers et /ou des jachères et fourragers et des
n du bétail steppique, des terres sous produits de
- Achat de fourrages incultes l’exploitation,
- Herbe verte liée
aux orages
d’automne (Gsil).
Niveau Mal entretenu Bien entretenu Bien Bien entretenu
d’entretien entretenu
du bétail
Appréciation Ration déséquilibrée Ration Ration Ration équilibrée
sur la ration équilibrée équilibrée
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Conclusion
Le but de l’étude du système fourrager dans les marges aride du Tell oriental est
d’évaluer et d'analyser les contraintes nutritionnelles pour l'élevage qui sont liées à une
insuffisance de ces ressources, et de proposer des solutions pour y remédier.
L'alimentation du bétail de la région d’étude provient des ressources fourragères locales
(parcours naturels et résidus des cultures) et des ressources fourragères provenant des
régions voisines (achat de fourrages et transhumance « achaba »). Le calcul du bilan
fourrager par douar nous a permis de repérer une période déficitaire assez longue qui
marque l’alimentation du cheptel durant la deuxième moitié de l’automne et l’hiver. Le
déficit de l'offre fourragère explique et justifie la dégradation du couvert végétal et de
l’état corporel du cheptel. Dans ces conditions, les éleveurs sont appelés à adopter un
système de régulation en jouant sur l’effectif du troupeau. Selon les estimations des
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éleveurs, l’état corporel du cheptel est satisfaisant durant le printemps, l’été et le début
de l’automne. Pendant cette période les notes d’état se situent entre 3 et 4. Le bon
recouvrement des besoins énergétiques du cheptel au cours de cette période est
expliqué par l’importance des apports énergétiques de l’herbe verte du printemps, par
la richesse des chaumes de céréale et par la provision en fourrage issue de
l’exploitation.
La période jugée critique par la majorité des enquêtés correspond à la deuxième moitié
de l’automne et l’hiver. Les notes d’état corporel estimées par les éleveurs pour cette
période sont souvent inférieures au seuil d’alerte. Durant cette période, le cheptel est
sous alimenté ce qui provoque la mobilisation de ses réserves corporelles. Selon la
perception des éleveurs, l’amaigrissement du cheptel pendant cette période constitue le
handicap majeur de l’élevage dans la région d’étude car les petits ruminants atteignent
la période de la mise-bas et l’allaitement dans un mauvais état corporel et ils continuent
ensuite à perdre leurs réserves corporelles pendant toute la période de lactation.
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Conclusion générale et
perspectives
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Le bilan fourrager de chaque douar compare les besoins du cheptel et les disponibilités
fourragères locales et achetées. Une période déficitaire assez longue marque
l’alimentation du cheptel durant la deuxième moitié de l’automne et l’hiver coïncidant
avec la période de lactation chez les ruminants. Durant les périodes de déficit
pluviométrique, l’insuffisance des ressources apportées par la végétation naturelle des
parcours et des fourrages cultivés augmente l’utilisation des aliments composés et des
aliments concentrés. Ce déficit fourrager des douars augmente selon un gradient allant
du nord-ouest au sud-est, corrélé aux quantités des pluies.
L'élevage sur les marges du Tell oriental reste extensif bien qu'une tendance à
l'intensification apparaisse. Durant la période de déficit fourrager, le cheptel est sous-
alimenté et ses réserves corporelles sont mobilisées. Les éleveurs pensent que
l’amaigrissement du cheptel pendant cette période constitue le handicap majeur de
l’élevage dans la région d’étude. Les petits ruminants atteignent la période de la mise-
bas et l’allaitement dans un mauvais état corporel et ils continuent ensuite à perdre
leurs réserves corporelles pendant toute la période de lactation. Par ailleurs, le déficit
fourrager entraîne un surpâturage qui se traduit par la réduction du couvert végétal, la
raréfaction voire la disparition d’un certain nombre d’espèces fourragères et l'extension
des espèces indésirables.
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Cette thèse constitue un premier pas vers une meilleure connaissance de la dynamique
de la végétation et du système pastoral des marges arides du Tell oriental. Nous
espérons qu'elle contribuera au développement d'une exploitation durable des
ressources de cette zone au profit des populations locales devenues vulnérables face
aux changements anthropiques et climatiques.
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- L’exploitation des espaces boisés ainsi que les pratiques sociales, les
représentations culturelles, les prescriptions qui leur sont liées et les valeurs qui en
découlent; les droits fonciers et les droits coutumiers qui règlent ces usages; les
méthodes de gestion traditionnelles : une meilleure connaissance de ces usages et de
ces méthodes est essentielle pour développer les approches participatives et
partenariales, élément fondamental des nouvelles orientations de la politique forestière
et de lutte contre la steppisation,
- La régénération des arbustes et des arbrisseaux à l'intérieur des périmètres des
plantations mises en défens observée dans la zone d’étude, montre t – elle que la
disparition des activités agro-sylvo-pastorales favorise l’extension des reboisements et
le recul des steppes ?
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Références bibliographiques
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REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
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Couvertures aériennes
Images satellitaires
Cartes
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Figure 71. Calendrier de transhumance selon les déclarations des éleveurs (2005) 276
Figure 72. Le bilan fourrager 281
Figure 73. Répartition de la charge pastorale brute 283
Figure 74. Répartition et intensité de la pression pastorale sur les parcours 286
Figure 75. Les composantes des territoires pastoraux 287
Figure 76. Evolution de l’état corporel moyen du cheptel 302
Figure 77. La proportion des effectifs qui ont une note d’état corporel supérieure à celle 30
du seuil d’alerte pendant la période qui s’étale entre mars et septembre
Figure 78. La proportion des effectifs qui ont une note d’état corporel inférieure à celle 303
du seuil d’alerte pendant la période hivernale (octobre-février)
Figure 79. Variation de l’évolution de l’état corporel des ovins troupeaux en fonction de 306
la taille des troupeaux
Figure 80. Variation de l’évolution de l’état corporel des caprins troupeaux en fonction 307
de la taille des troupeaux
339
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
340
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Photo. 31. Le matorral bas à Rosmarinus officinalis, Cistus Libanotis, Stipa 199
tenacissima, Globularia alypum
Photo 32 : Steppe buissonnante à Atractylis serratuloides 200
Photo. 33. Formation herbacée d’eau douce de Joncus ssp, Mentha pulegium 204
Photo. 34. Formation ripicole d’eau salée dominée par Joncus ssp. 205
Photo. 35. Formation herbacée haute de Typha barbita (barbite) et phragmites à 206
l’amont de Barrage Oued El Hallouf
Photo. 36. Strate ligneuse formée essentiellement de tamaris à l’aval de Barrage 207
Nabhana
Photo. 37. Strate ligneuse formée essentiellement de laurier rose (Nerium oleander) 207
Photo. 38. Sélection des agneaux destinés à l’engraissement 243
Photo. 39. Engraissement des génisses 244
Photo. 40. Commercialisation du foin 271
Photo. 41. Ramassage de l’herbe par les femmes 273
Photo. 42. Stock d’herbe ramassée par les femmes 273
Photo 43. Préparation du foin destiné à nourrir les animaux 274
Photo. 44. Stockage de foin 274
Photo. 45. Campement de deux grands troupeaux de la région Soughas-Souar sur la 277
rive droite d’oued Khaled
Photo. 46. Indicateur de l’intensité de surpâturage au sud de jebel Soughas : touffe 293
de Hyparrhenia hirta rasée
Photo. 47. Prélèvements intenses effectués sur un arbuste steppique Periploca 293
laevigata à jebel Golea
Photo 48. Parcours envahi par des espèces refusées 293
Photo. 49. Influence de surpâturage et du piétinement sur la morphologie des arbustes 294
342
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Glossaire
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Dorsale tunisienne
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar
Dorsale tunisienne
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Abréviations
AS : Aride Supérieur,
BVP : Bonne valeur pastorale
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
ANNEXES
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Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
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Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar Dorsale
tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Fig. 1
i
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tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
6000
5000
4000
3000
2000
1000
0
Soughas Souar Dghfla west Ain Battoum Ouled Sidi
Zouabi Messaoud
ii
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar Dorsale
tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
iii
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar Dorsale tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
iv
Dynamique de la végétation et transformations des systèmes d’élevage sur les marges arides du Tell oriental de Soughas à Souar Dorsale
tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Tableau 2 :
Tableau 3 :
Tableau 4 :
v
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tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Tableau 5 :
Tableau 6
60%
En % de la surface totale
50%
40%
30%
20%
10%
Sens de l'aridité
0%
Semi-aride supérieur Semi-aride moyen Semi-aride inferieur Aride supérieur
vi
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tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Fig.6 : Les vents dominants dans la Dorsale centrale d’après les données le
service méteorologique NOAA,
docs.lib.noaa.gov/rescue/cd002_pdf/00142A6F.pdf
viii
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tunisienne
(Hédi ABDALLAH)
Fig.7 : Composition des troupeaux des Cheikhas de Jebibina à la fin du XIX siècle
ix
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tunisienne
(Hédi ABDALLAH)