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Cervicites : Infections et traitements

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 390-A-20

Cervicites
P. Judlin, J. Muhlstein, A. Koebelé

Les cervicites correspondent aux infections, essentiellement bactériennes, du canal endocervical. Elles sont
fréquentes et causées essentiellement par un germe sexuellement transmis (Chlamydia trachomatis
[CT], Nesseria gonorrhoeae [NG], Mycoplasma genitalium [MG]) ou par un pathogène issu de la
flore vaginale. Les cervicites sont souvent asymptomatiques. Elles peuvent constituer le point de départ ou
accompagner une infection génitale haute. Leur prise en charge comprend une recherche microbiologique
complète au niveau endocervical, un traitement antibiotique adapté – azithromycine en dose unique en
cas de chlamydiose ou d’infection à mycoplasme, ceftriaxone intramusculaire en cas de gonococcie –
et une surveillance clinique suffisante pour diagnostiquer les échecs qui doivent faire rechercher une
infection génitale haute. La fréquence des cervicites asymptomatiques, en particulier à Chlamydia, doit
faire discuter l’intérêt d’un dépistage systématique chez les sujets jeunes, comme cela est en vigueur dans
certains pays, dépistage dont la pertinence médicoéconomique fait actuellement l’objet de réévaluations.
© 2012 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Cervicite ; Infection génitale haute ; Chlamydia trachomatis ; Neisseria gonorrhoeae ; Mycoplasma
genitalium ; Infection sexuellement transmissible ; Azithromycine

Plan culs-de-sac vaginaux, et l’endocol, au-delà de l’orifice cervi-


cal externe, constitué par le canal cervical. L’inflammation de
■ Introduction 1 l’exocol, ou exocervicite, est fréquente, facile à mettre clinique-
ment en évidence et habituellement concomitante d’une vaginite
■ Définition 1 dont elle ne peut être dissociée. La vraie cervicite est en fait consti-
■ Physiopathologie 1 tuée par l’endocervicite, plus difficile à diagnostiquer quand elle
■ Microbiologie 1 est isolée et dont la problématique est sensiblement différente

de celle des vaginites. Malheureusement, les études cliniques dis-
Épidémiologie 2
ponibles dans la littérature ne comportent généralement pas la
■ Cervicites et fertilité 2 définition retenue pour des cervicites étudiées, ce qui peut expli-
■ Signes cliniques 2 quer des résultats parfois discordants.
Cervicite herpétique et condylome HPV 3
■ Évolution et complications 3  Physiopathologie
■ Prise en charge des cervicites 3
Devant une suspicion clinique de cervicite 3 Sur le plan infectieux, l’appareil génital est divisé en deux par-

ties, basse et haute. La partie basse, qui comprend essentiellement
Conclusion 5
la cavité vaginale et l’exocol jusqu’à l’orifice externe du col, est le
siège d’une flore microbienne commensale riche et variée domi-
née par les lactobacilles. À l’opposé, la partie supérieure, qui
 Introduction comprend notamment le canal cervical, est stérile à l’état nor-
mal. La contamination bactérienne s’y fait de façon ascendante.
Les cervicites sont des pathologies fréquentes, mais dont la défi- Une infection endocervicale peut être isolée ou constituer le point
nition et le diagnostic peuvent poser quelques difficultés [1] . Il est de départ d’une infection utéroannexielle.
généralement admis que les cervicites bactériennes sont dues à En outre, le col utérin peut être une localisation d’une atteinte
des germes sexuellement transmissibles, mais bien d’autres patho- virale sans qu’on puisse parler de cervicite car il s’agit plutôt
gènes peuvent être en cause. Elles constituent souvent le point de de lésions bien circonscrites situées essentiellement sur l’exocol :
départ des infections génitales hautes (IGH) utérines ou utéroan- ulcération herpétique ou lésion condylomateuse due à un papillo-
nexielles. Nous ne ferons que rappeler brièvement les cervicites mavirus. Nous ne détaillerons pas ces pathologies, bien différentes
d’origine virale dont la problématique est sensiblement différente. des cervicites bactériennes.

 Définition  Microbiologie
La définition exacte d’une cervicite, ou inflammation du col La cervicite fait partie des IGH et à ce titre, différentes caté-
utérin, n’est pas évidente. Le col utérin comprend deux par- gories de pathogènes peuvent en responsables, isolément ou en
ties : l’exocol sur le versant externe qui se prolonge avec les association :

EMC - Gynécologie 1
Volume 7 > n◦ 2 > avril 2012
[Link]
390-A-20  Cervicites

• les germes sexuellement transmis, Chlamydia trachomatis À titre d’exemple, une étude iranienne qui a recherché CT chez
(CT), Nesseria gonorrhoeae (NG) et Mycoplasma genitalium 123 femmes mariées consultant pour leucorrhées et douleurs pel-
(MG) essentiellement. Beaucoup plus rares, d’autres infec- viennes, a mis en évidence une cervicite à Chlamydia chez 17 %
tions sexuellement transmissibles (IST) peuvent présenter des d’entre elles [12] .
localisations cervicales comme le chancre syphilitique, la lym- La prévalence des infections gonococciques est nettement
phogranulomatose vénérienne et la dovanose. Il est classique moins élevée, surtout chez les femmes, malgré une augmenta-
d’y inclure également les infections dues à Trichomonas vagi- tion assez nette enregistrée ces dernières années par le réseau
nalis, un parasite (un protozoaire cilié) très contagieux et très de surveillance Rénago (réseau national des gonocoques) [13] . Elle
répandu, responsable d’urétrites et de cervicovaginites à leucor- varie selon les groupes étudiés (consultants de centres d’IST, usage
rhées jaunes ou vertes, nauséabondes. En réalité, il s’agit ici plus de drogues, prostitution « sauvage », infection VIH associée, etc.).
d’une exocervicite que d’une véritable cervicite. Une trichomo- Elle semble rester faible en dehors de ces groupes à risques.
niase n’entraîne pas de risque d’IGH, mais elle peut cependant Comme l’infection à Chlamydia, une cervicite gonococcique peut
accompagner une gonococcie ; s’accompagner ou se compliquer d’une IGH, d’où la nécessité
• en revanche, la responsabilité des autres mycoplasmes fré- d’une surveillance clinique prolongée.
quemment retrouvés au niveau génital, Mycoplasma hominis, Les infections à MG ne sont étudiées que depuis quelques
Ureaplasma urealyticum et Ureaplasma parvum est plus difficile années seulement, car la mise en évidence de ce mycoplasme
à appréhender. Ces trois mycoplasmes sont de fréquents com- nécessite des techniques d’amplification génique spécifiques de
mensaux de la flore vaginale qui ne font pas partie des IST. type polymerase chain reaction (PCR) qui ne sont actuellement dis-
Leur isolement ne signifie donc pas nécessairement qu’ils sont ponibles que dans quelques laboratoires. L’infection à MG semble
pathogènes [2] . La plupart des équipes ne les recherche pas sys- présenter des caractéristiques assez voisines de celle à CT [14] :
tématiquement en dehors de la grossesse et de l’assistance MG peut être responsable d’urétrites, de cervicites et d’IGH, sou-
médicale à la procréation ; vent asymptomatiques, et concerne essentiellement les sujets
• les germes issus de la flore vaginale, aéro- et anaérobies [3] . De jeunes [15, 16] . Différentes études cliniques indiquent des préva-
récents travaux ont mis en évidence leur rôle fréquent dans lences allant de 4 % à 28,6 % dans les cervicites [17] .
les IGH, qu’il s’agisse des entérobactéries (par exemple, Esche-
richia coli) ou des micro-organismes proliférant anormalement
en cas de vaginose bactérienne comme Prevotella spp., certains
streptocoques anaérobies ou des bactéries de découverte récente  Cervicites et fertilité
(de l’ordre des Clostridiales, Megasphaera et Sneathia) [4, 5] . De
plus d’autres bactéries quasi incultivables (comme Leptotrichia De façon relativement étonnante, la littérature ne comporte que
sanguinegens/amnionii, Atopobium vaginae, etc.) ont été identi- peu d’études sur les relations entre cervicite et fertilité. Il existe
fiées comme pouvant être en cause dans les IGH [6, 7] . En ce en revanche de nombreuses publications sur l’impact de micro-
qui concerne plus précisément les cervicites, les travaux éva- organismes spécifiques (CT, MG et NG mais aussi M. hominis et les
luant les rôles de ces pathogènes non sexuellement transmis Ureaplasmas) sur la fertilité et leurs éventuelles conséquences sur
sont encore peu nombreux, mais la notion de cervicite à germes la gestation. Ces études n’évaluent cependant quasiment jamais
banals commence à être reconnue [8] ; le rôle spécifique de l’atteinte cervicale.
• enfin des germes nosocomiaux sont des causes possibles de cer- C’est pourquoi le travail de Matilsky mérite d’être cité [18] . Il
vicites au décours de gestes comme des biopsies, résections ou démontre que le traitement d’une cervicite asymptomatique, chez
dilatations cervicales. des patientes consultant pour stérilité et dont le test post-coïtal est
La littérature disponible n’a étudié que les cervicites dues à CT, anormal, améliore significativement les chances de grossesse. Il
NG, et à présent à MG. Il n’existe aucune publication récente ne s’agit certes que d’une étude comparative de petite taille, mais
concernant d’autres types de cervicites microbiennes. Ceci est qui valide les constatations d’un travail plus récent [19] . Au total,
quelque peu regrettable puisque l’infection cervicale constitue la l’existence d’une cervicite bactérienne, symptomatique ou non,
première étape des IGH, qui ne se résument pas aux pathogènes altère les qualités fonctionnelles de la glaire cervicale, et consti-
sexuellement transmis. tue ainsi un facteur d’infertilité quel que soit le pathogène en
À côté des infections bactériennes, un certain nombre cause.
d’infections virales peuvent être potentiellement responsables des
cervicites. Outre les localisations cervicales de l’herpès génital (dû
aux virus HSV-1 et HSV-2) et des condylomes (dus aux papilloma-
virus), des atteintes cervicales dues au virus d’Epstein-Barr (EBV),  Signes cliniques
au cytomégalovirus (CMV) ou aux adénovirus ont notamment été
décrites. Une grande partie des cervicites bactériennes sont asymptoma-
tiques. Certaines études réalisées dans des centres de planification
ont montré que le taux de recherches positives de CT dans le col
était identique qu’il y ait ou non des signes cliniques infectieux.
 Épidémiologie Quand ils existent, les signes fonctionnels sont représentés par des
leucorrhées, parfois accompagnées ou masquées par des métrorra-
Il n’existe aucune évaluation de la prévalence des cervicites gies classiquement peu abondantes et provoquées par les rapports
asymptomatiques. Comme indiqué plus haut, nous ne disposons sexuels. Des douleurs pelviennes, principalement à type de dyspa-
que des seules études relatives aux cervicites spécifiquement dues reunies profondes peuvent également être présentes et constituer
aux germes sexuellement transmissibles. le motif de consultation.
Chez la femme, la principale localisation des chlamydioses est À l’examen au spéculum, le col peut sembler normal surtout si
le col utérin, devant l’urètre. La plupart des cervicites à CT sont l’orifice cervical est punctiforme masquant la partie basse du canal
asymptomatiques ou paucisymptomatiques. Leur prévalence ne endocervical. Néanmoins, assez souvent il existe un col inflamma-
peut donc être appréciée que par une recherche systématique de toire d’où s’écoulent des leucorrhées mucopurulentes. Celles-ci
l’infection. La prévalence varie selon la population étudiée. En peuvent être remplacées ou masquées par des saignements pro-
France, la prévalence des chlamydioses féminines varie d’environ venant du col, parfois déclenchés par le seul effleurement par un
1 % dans la population générale, jusque vers 10 % dans cer- coton ou une compresse.
tain centres de planification d’Île-de-France [9] . Elle est en nette Falk a tenté d’établir une définition clinique des cervicites (à
augmentation depuis quelques années selon l’Institut de veille CT et MG) [20] . Les signes les plus constamment retrouvés étaient
sanitaire (InVS) [10] . Les études réalisées dans d’autres pays concer- l’existence d’un col friable associé à un écoulement d’aspect
nent généralement des centres de dépistage des IST et indiquent purulent (à la fois macroscopiquement et à l’examen direct au
communément des chiffres allant de 6 % à 12 % [11] . Certains tra- microscope). À noter que, dans son étude, Falk n’avait pas pu
vaux font néanmoins état de chiffres nettement plus importants. distinguer les cervicites à CT et MG des autres infections cervicales.

2 EMC - Gynécologie
Cervicites  390-A-20

Le toucher vaginal peut être normal ou bien trouver une Devant une suspicion clinique de cervicite
douleur provoquée à la mobilisation du col utérin. Il n’existe
pas d’anomalies annexielles : douleur, infiltration, empâtement, (Fig. 1)
signes qui doivent faire évoquer une IGH. Il convient :
Le diagnostic différentiel d’avec une vaginite est a priori facile, • de rechercher le ou les pathogènes ;
puisque dans ce dernier cas, il n’y a pas d’atteinte endocervicale • de s’assurer qu’elle ne s’accompagne pas d’une IGH ;
et l’inflammation siège essentiellement au niveau de la muqueuse • d’instaurer un traitement adapté ;
vaginale. En revanche, la distinction clinique entre une cervicite • d’assurer un suivi clinique pour dépister les échecs thérapeu-
et une IGH (endométrite surtout, mais aussi salpingite) n’est pas tiques et les complications.
toujours facile, en l’absence d’infiltration annexielle douloureuse Les prélèvements microbiologiques doivent naturellement être
uni- ou bilatérale. D’où l’intérêt d’une surveillance clinique atten- effectués dans le canal cervical, après désinfection de l’exocol et
tive : la persistance des signes cliniques après le traitement adéquat en s’attachant à ce que les écouvillons ne soient pas en contact
d’une cervicite doit faire évoquer la possibilité d’une IGH. avec les parois vaginales.
Les équipes anglo-saxonnes insistent sur l’intérêt de l’examen
direct (recherche de leucocytes) et la coloration de Gram, exa-
Cervicite herpétique et condylome HPV mens qui sont rarement réalisés par les cliniciens français, et qui
s’avèrent en outre peu spécifiques [25] .
L’atteinte cervicale herpétique est le plus souvent discrète, et
La recherche de CT et de NG doit être systématique. Pour
peu symptomatique si isolée. Il s’agit d’une petite ulcération cervi-
ces deux pathogènes, on recourt à présent aux techniques
cale qui peut légèrement saigner au contact. Il faut savoir évoquer
d’amplifications géniques (PCR, LCR, etc.) plus sensibles et rapides
ce diagnostic et faire une recherche d’HSV (de type 1 ou 2) par
que les techniques de cultures [19] . Il existe des tests combinés
culture, détection de l’antigène (immunofluorescence ou tech-
CT-NG-MG ne pouvant pas encore être mis en évidence car les
nique enzyme-linked immunosorbent assay [ELISA]) ou PCR. Nous ne
cultures sont très laborieuses et les techniques PCR pas encore
détaillerons pas ici les caractéristiques des condylomes cervicaux
disponibles. Un kit PCR combinant CT, NG et MG devrait être
qui s’inscrivent dans la problématique du dépistage du cancer
prochainement mis sur le marché.
du col et qui présentent des caractéristiques colposcopiques bien
La recherche des germes banals est également utile. Comme
définies.
indiqué plus haut, de nombreux germes issus de la flore commen-
sale – surtout si celle-ci est déséquilibrée (vaginose bactérienne) –
peuvent induire des cervicites : entérobactéries, anaérobies, etc.
 Évolution et complications La mise en évidence clinique d’une cervicite doit impérativement
faire éliminer l’existence d’une IGH concomitante, endométrite
À ce jour, aucune étude n’a étudié l’évolution des cervicites. ou salpingite. Cela n’est en pratique pas évident, car cela repose
On ignore ainsi le pourcentage de guérisons spontanées ou, au essentiellement sur les signes cliniques dont on connaît le peu de
contraire, de complications sous forme d’IGH. Pour des raisons spécificité. On recherchera de principe une infiltration doulou-
mal élucidées, les cervicites où aucune IST n’a été identifiée reux annexielle, uni- ou bilatérale, qui fait évoquer une infection
peuvent avoir tendance à récidiver, même après des traitements utéroannexielle. La distinction entre cervicite isolée et endomé-
antibiotiques bien conduits. La persistance d’une flore vagi- trite est en revanche malaisée. Une cervicite peut entraîner des
nale anormale ou d’une inflammation chronique d’une zone de douleurs à la mobilisation cervicale – et donc des dyspareunies
muqueuse endocervicale ectopique ont été évoquées comme des profondes – peu différentes des douleurs déclenchées par l’examen
facteurs favorisant la persistance ou la récidive [21] . Pour ce qui d’une endométrite. C’est donc souvent le suivi évolutif clinique
est des cervicites dues à une IST, il est impossible de quanti- qui permettra de faire la distinction.
fier le risque de transformation en une IGH. Différents facteurs Le traitement va naturellement dépendre des résultats microbio-
peuvent intervenir, dont notamment la nature du pathogène en logiques. Il est cependant souvent utile d’instaurer un traitement
cause. présomptif sans attendre le résultat des prélèvements microbiolo-
En ce qui concerne les chlamydioses, nous disposons des études giques, notamment si on craint de perdre de vue la patiente. Le
réalisées par l’EMGO d’Amsterdam (Institut de recherche en traitement le plus logique est alors l’azithromycine (Zithromax
médecine ambulatoire) : le risque de développer une IGH varie- Monodose© ) en une prise unique de 1 gramme. Alternativement,
rait de 0 % à 72 %. Il serait faible (0 % à 4 %) chez les patientes un traitement par doxycycline (2 fois 100 mg/j pendant 7 jours)
asymptomatiques dans la population générale, plus important peut être proposé. Les Centers for Diseases Control and Prevention
(12 % à 30 %) chez les patientes symptomatiques ou à risques (CDC) américains préconisent en outre de traiter concomitam-
(consultant un centre IST, ou présentant aussi une gonococcie ou ment – à l’aide de métronidazole par voie orale – si nécessaire une
un partenaire symptomatique) et très élevé (27 % à 72 %) en cas trichomoniase ou une vaginose bactérienne [21] .
d’interruption volontaire de grossesse [22, 23] . Ces auteurs ont aussi L’azithromycine est le traitement de référence des cervicites à
suivi pendant un an 744 patientes porteuses asymptomatiques de CT [26] . Ce traitement est également efficace sur la majorité des
CT et ont montré qu’il se produisait une clearance naturelle de infections à MG [27] , bien que certaines études récentes fassent
l’infection après un an dans 47 % des cas et qu’aucun cas d’IGH état de résistances à ce dérivé macrolide, mais également aux
n’était retrouvé [24] . Ces résultats intéressants, qui demandent à cyclines et la plupart des quinolones, les conduisant à recom-
être confirmés par d’autres études, objectivent donc un pronos- mander le recours à la moxifloxacine (Izilox© ) pour traiter les
tic très différent selon que l’infection est asymptomatique (et en infections à MG [28] . Ces considérations sont à l’heure actuelle
l’absence de geste invasif comme une aspiration) ou au contraire très théoriques puisque, comme indiqué plus haut, nous ne
cliniquement décelable, induisant alors des risques élevés disposons pas encore de moyen permettant de mettre MG en
d’IGH. évidence. Le traitement par azithromycine reste donc la solution
Les autres pathogènes habituels des cervicites n’ont pas fait logique.
l’objet d’études comparables. On ignore ainsi quel est le pour- Le traitement des cervicites gonococciques a fait l’objet de
centage de femmes infectées par NG ou MG qui font une récentes recommandations [29, 30] en raison de l’augmentation
IGH. inquiétante du nombre de souches résistantes aux quinolones [13] .
Seule la ceftriaxone est à présent indiquée (une injection intra-
musculaire unique de 250 ou 500 mg) ; la céfixime (400 mg en
une prise) peut constituer une alternative par voie orale, mais des
 Prise en charge des cervicites résistances commencent à être décrites [31] .
À chaque fois qu’un germe sexuellement transmissible est mis
La prise en charge des cervicites est à envisager de deux façons, en évidence, le ou les partenaires récents doivent bénéficier de
selon qu’il s’agit d’une infection symptomatique, ou qu’on se situe la même prescription : azithromycine en cas de chlamydiose ou
dans le cadre d’un dépistage systématique. ceftriaxone dans les gonococcies.

EMC - Gynécologie 3
390-A-20  Cervicites

Figure 1. Arbre décisionnel. Conduite à tenir devant une sus-


Signes cliniques de cervicite picion de cervicite. p.o. : per os ; i.m. : par voie intramusculaire.

Prélèvements microbiologiques endocervicaux

C. trachomatis Gonocoque Germes banals

Traitement présomptif

Si vaginose bactérienne :
Zithromax
rajouter du métronidazole
Monodose© 1 g
2 × 500 mg/j pendant 7 j p.o.

Traitement selon pathogène

Gonocoque : cerftriaxone
[Link] : Zithromax Germes banals :
250-500 mg i.m.
Monodose© (partenaire aussi) selon antibiogramme
(partenaire aussi)

Suivi clinique post-traitement

Si un autre pathogène est mis en évidence, une antibiothérapie partie de ces programmes a été instaurée à une époque où la
adaptée par voie orale sera prescrite. Il n’existe pas d’évaluation prévalence des infections à CT était très nettement supérieure
ou de recommandation sur la durée de traitement qui est, par à celle observée actuellement [32] . Certains pays proposent égale-
convention, de 7 à 10 jours. ment le dépistage des gonococcies. En France, l’Agence nationale
Enfin, les prélèvements microbiologiques peuvent s’avérer d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES), dans une éva-
négatifs. Cela ne remet pas nécessairement en cause le diagnos- luation sur l’intérêt du dépistage systématique des infections à
tic de cervicite ; un traitement d’essai par azithromycine est alors Chlamydia, réalisée en 2003, concluait à la nécessité de réali-
préconisé [21] . ser des études pilotes et recommandait de renforcer le dépistage
Un suivi clinique post-thérapeutique est indispensable. À individuel, notamment dans les centres de planification [33] . En
l’opposé, un prélèvement microbiologique de contrôle après trai- revanche, un screening systématique des infections à gonocoque
tement d’une infection à CT ou à NG n’est pas recommandé ne paraît pas justifié en France compte tenu de leur prévalence
systématiquement [18] . Ce suivi permettra d’identifier les échecs ou faible dans la population générale féminine.
non réponses cliniques au traitement initial, et de s’assurer que le La pertinence médicoéconomique et les méthodes de screening
partenaire a été traité en cas d’IST. Un échec clinique doit conduire pour CT ont été largement revues ces années pour différentes
à une réévaluation de la situation. De nouvelles recherches micro- raisons. La prévalence des infections à CT est nettement moins
biologiques peuvent être envisagées si les premiers prélèvements élevée qu’il y a un quart de siècle, même si on tient compte de
s’étaient avérés négatifs. Un diagnostic d’IGH doit être envisagé l’augmentation observée depuis 10 ans ; le risque de complications
si la symptomatologie douloureuse persiste ou s’accentue, pou- secondaires aux chlamydioses asymptomatiques (IGH et gros-
vant faire poser l’indication de cœlioscopie diagnostique. Dans les sesses extra-utérines) a été réévalué et, comme indiqué plus haut,
situations de cervicite cliniquement avérée rebelle au traitement semble nettement moins élevé que les évaluations antérieures le
ou récidivante, et en l’absence d’IGH, l’efficacité d’un traitement laissaient supposer ; enfin, les tests de diagnostic se sont largement
antibiotique prolongé n’a jamais été démontrée. Enfin, dans les simplifiés avec les tests d’amplification géniques réalisables égale-
cas – rares – où le tissu cervical semble être le siège d’un rema- ment sur urines ou par autoprélèvement vaginal ou urétral [34, 35] .
niement inflammatoire localisé chronique, les CDC [21] évoquent Si l’on s’en tient aux récentes évaluations réalisées dans des pays
la possibilité d’une exérèse chirurgicale, qui doit à notre sens res- assez comparables à la France – le Royaume Uni et les Pays-Bas –
ter exceptionnelle. Il n’a notamment jamais été démontré qu’une on constate que les Britanniques ont conclu que les bénéfices et les
telle intervention améliorait la fertilité ultérieure. modalités pratiques d’un dépistage à large échelle chez les sujets de
L’autre volet de la prise en charge consiste en un dépistage 16-24 ans n’étaient pas établis à partir des travaux disponibles et
systématique. que des études prospectives plus complètes s’avéraient indispen-
La majorité des cervicites, notamment celles dues à CT et à MG, sables [36] . De son côté, constatant une augmentation importante
sont asymptomatiques ou paucisymptomatiques et non diagnos- des chlamydioses, le conseil national de santé (NHC) néerlandais
tiquées. Nous avons vu que leur prévalence n’était pas négligeable a lancé en 2006 un projet de dépistage annuel à large échelle
dans la population des 15-25 ans. Il semblerait donc raisonnable invitant les sujets sexuellement actifs de 15 à 29 ans (habitant
de proposer un dépistage systématique dans cette tranche d’âge Amsterdam, Rotterdam et le Limburg) à commander par Internet
à risque. Un tel dépistage, ou screening, a été recommandé et mis un kit gratuit de dépistage [37] . Pour la première vague, plus de 261
en place dans de nombreux pays, anglo-saxons ou du nord de 000 invitations ont été envoyées. 20 % des sujets concernés ont
l’Europe, parfois depuis plus de 30 ans. Notons qu’une bonne commandé un kit, et 80 % d’entre eux l’ont renvoyé. Le taux de

4 EMC - Gynécologie
Cervicites  390-A-20

positivité était de 4 %. Ce programme va se poursuivre sur 3 ans [11] Falk L, Fredlung H, Jensen JS. Signs and symptoms of urethritis and
avec un screening annuel. Les Hollandais espèrent que cette étude cervicitis among women with or without Mycoplasma genitalium or
leur permettra d’évaluer la pertinence médicoéconomique d’un Chlamydia trachomatis infections. Sex Transm Infect 2005;81:73–8.
tel screening, avant de l’étendre éventuellement à tous les Pays-Bas. [12] Hashemi FB, Pourakbari B, Yazdi JZ. Frequency of Chlamydia tra-
Au total, la prévalence de CT chez les sujets jeunes sexuellement chomatis in Women with cervicitis in Tehran, Iran. Infect Dis Obstet
actifs semble justifier un dépistage systématique. Des outils de Gynecol 2009;2009:67014.
diagnostic adéquats existent, mais la pertinence médicoécono- [13] Gallay A, Bouyssou-Michel A, Lassau F. Les infections à Neisse-
mique d’une telle politique doit encore être confirmée par les ria gonorrhoeae en France en 2006 : progression importante chez les
études en cours. femmes et augmentation persistante des resistances à la ciprofloxacine.
Bull Epidémiol Hebd 2008;(n◦ 5-6):33-6.
[14] Short VL, Totten PA, Ness RB. Clinical presentation of Myco-
 Conclusion plasma genitalium infection versus Neisseria gonorrhoeae infection
among women with pelvic inflammatory disease. Clin Infect Dis
2009;48:41–7.
Les cervicites bactériennes constituent une pathologie infec- [15] Gaydos C, Maldeis NE, Hardick A, Hardick J, Quinn TC. Mycoplasma
tieuse génitale fréquente mais relativement mal connue, et genitalium as a contributor to the multiple etiologies of cervicitis in
probablement prise en charge de façon très diverse. Elles peuvent women attending sexually transmitted disease clinics. Sex transm Dis
être causées par des germes sexuellement transmissibles, mais la 2009;36:598–606.
responsabilité des germes banals issus de la flore vaginale ne doit [16] Schlicht MJ, Lovrich SD, Sartin JS. High prevalence of genital
pas être sous-estimée. Elles peuvent être le point de départ d’une mycoplasma among sexually active young adults with urethritis or
IGH et, à ce titre, doivent faire l’objet d’une prise en charge rigou- cervicitis symptoms in La Crosse, Wisconsin. J Clin Microbiol
reuse comprenant l’identification la plus exhaustive possibles des 2004;42:4336–40.
pathogènes potentiels, une antibiothérapie adaptée et un suivi [17] Lusk MJ, Konecny P, Naing ZW. Mycoplasma genitalium is associated
post-thérapeutique. La majorité des cas de cervicites étant asymp- with cervicitis and HIV infection in an urban Australian STI clinic
tomatique, se pose la question du dépistage systématique des IST, population. Sex Transm Infect 2010; (Epub ahead of print).
dépistage dont la pertinence médicoéconomique mérite d’être [18] Matilsky M, Ben-Ami M, Geslevich Y, Eyali V, Shalev E. Cervical
leukocytosis and abnormal post-coital test: a diagnostic and therapeutic
précisée à la lumière des données actuelles.
approach. Hum Reprod 1993;8:244–6.
[19] Ou MC, Su CS. Implications of asymptomatic endocervical leukocy-
tosis in infertility. Gynecol Obstet Invest 2000;49:124–6.
“ Points essentiels [20] Falk L. The overall agreement of proposed definitions of mucupurulent
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P. Judlin ([Link]@[Link]).
J. Muhlstein.
A. Koebelé.
Pôle de gynécologie, obstétrique et reproduction, Maternité régionale universitaire, 10, rue du Docteur-Heydenreich, 54000 Nancy, France.

Toute référence à cet article doit porter la mention : Judlin P, Muhlstein J, Koebelé A. Cervicites. EMC Gynécologie 2012;7(2):1-6 [Article 390-A-20].

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