Chapitre 6 : Ecoulements à potentiels de vitesse 45
Chapitre 6
ECOULEMNTS A POTENTIELS DE VITESSE
6.1 Ecoulement plan
On dit qu’un écoulement est plan si, à chaque instant, les vecteurs vitesses sont parallèles à un
plan fixe P et si toutes les grandeurs mécaniques sont invariantes par translation normale à P.
6.2 Ecoulement irrotationnel
Un écoulement est dit irrotationnel à un instant t si, le vecteur tourbillon est nul en tout point
du fluide à cet instant:
1
Ω = rot V = 0
2
Ceci signifie, physiquement, que la particule fluide ne tourne pas autour d’elle même.
6.3 Potentiel des vitesse et fonction de courant
On considère, en régime permanent, l’écoulement irrotationnel d’un fluide parfait
incompressible qui se fait parallèlement au plan Oxy. Alors, rot V = 0 implique qu’il existe une
fonction scalaire ϕ(x,y) telle que :
V = gradϕ
ϕ est appelée potentiel des vitesses et les composantes de V sont données par :
∂ϕ ∂ϕ
u = v =
∂x ∂y
Le fluide étant incompressible ( div V = 0 ), donc:
∆ϕ = 0
où ∆ϕ est le laplacien de ϕ. Ainsi, ϕ est une fonction harmonique. D’autre part,
∂u ∂v
= −
∂x ∂y
Donc, on peut dire que la forme différentielle (udy-vdx) est une différentielle totale exacte ; c'est-à-
dire qu’il existe une fonction scalaire ψ(x,y) telle que :
dψ =udy-vdx
Rappelons que l’équation d’une ligne de courant (L.C.) est donnée par :
dx dy
=
u v
Ceci implique que sur une ligne de courant, dψ=0 et par suite ψ est constante sur une L.C. ψ est
appelée fonction de courant. On peut vérifier facilement que :
V = grad ϕ = − k ∧ grad ψ
où k est le vecteur unitaire sur la perpendiculaire au plan P : k = i ∧ j . Donc, Les lignes de
courant (ψ= Cte) et les équipotentielles (ϕ= Cte) forment un réseau orthogonal.
6.4 Débit et circulation
On considère deux lignes de courant caractérisées par les valeurs ψM et ψN de la fonction de
courant ψ. Le débit volumique du fluide Q v à travers la surface S de trace MN et de profondeur
unité dans la direction oz (figure 6.5) est :
Qv =
∫∫ V . ndS = ∫ V . ndM
S MN
Chapitre 6 : Ecoulements à potentiels de vitesse 46
L’élément de surface dS est donné par : dS=dM×1 où dM est le module d’un vecteur élémentaire
dM sur MN de composantes (dx,dy,0) dans la base (i, j, k ) . Le trièdre ( n , dM , k ) étant
dM
orthonormé direct, alors :
dM dx dy
n= ∧k=− j+ i
dM dM dM
En remplaçant dans l’expression du débit n par sa valeur, on obtient :
Qv =
∫MN
( udy − vdx ) =
∫
MN
dψ = ψ N − ψ M
La circulation du vecteur vitesse V entre les deux points A et B (figure 6.6) est donnée par :
ΓAB =
∫ [Link] = ∫ gradϕ.dM = ∫ ( udx + vdy) = ∫ dϕ = ϕ
AB AB AB AB
B − ϕA
V B
y θ
ψM
M
dM
A
×k
dM n ψN
O x
N z
Figure 6.5. Figure 6.6.
6.5 Potentiel complexe
Chaque point M(x,y) du plan Oxy peut être représenté par le nombre complexe : z= x+iy. Soit
la fonction complexe f(z) définie par :
f: C → C
z=x+iy → f(z)= ϕ + iψ
f(z) est appelé potentiel complexe.
Les fonctions ϕ(x,y) et ψ(x,y) satisfont aux conditions de Cauchy-Riemann :
∂ϕ ∂ψ ∂ϕ ∂ψ
= = −
∂x ∂y ∂y ∂x
Donc, f est une fonction analytique (holomorphe) et par suite, sa dérivée peut être calculée suivant
une direction quelconque :
df ∂ϕ ∂ψ ∂ϕ ∂ψ
= +i = −i + = u − iv
dz ∂x ∂x ∂y ∂y
df/dz est appelé vitesse conjuguée ou encore vitesse complexe.
df
= u − iv = Ve − iα
dz
où V est le module de la vitesse et α son argument (α : angle que fait la vitesse V avec l’axe Ox).
Si on intègre la vitesse conjuguée df/dz le long d’un trajet C=MN, on obtient :
df
∫ MN dz
dz =∫ MN
df = f N − f M = ( ϕ N − ϕ M ) + i ( ψ N − ψ M ) = Γ + iQ v
où Γ est la circulation de V le long de C et Qv le débit à travers la surface de trace C et de
profondeur unité. Ainsi, le potentiel complexe f(z) permet de décrire entièrement l’écoulement plan
irrotationnel considéré.
6.6 Exemples d’écoulements plans irrotationnels
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a) Ecoulement uniforme :
Soit un écoulement uniforme, d’un fluide y
parfait incompressible, dont la vitesse, de module
V0, fait un angle α avec l’axe Ox (figure 6.7). On a :
df
= u − iv = V 0 (cos α − i sin α ) = V 0 e − iα = a V0
dz
où a est une constante. Donc le potentiel complexe
correspondant est : α
f(z) = az + b
où b est une constante sans intérêt. Par conséquent, O x
les équations des lignes de courant et des
équipotentielles sont donnée respectivement par : Lignes de courant
y= tg(α) .x + c1 et y =-cotg(α).x +c2 Equipotentielles
où c1 et c2 sont des constantes.
Figure 6.7. Ecoulement uniforme.
b) Source et puits :
On considère un écoulement invariant par rotation autour d’un point M0 d’affixe z0 et dont la
vitesse varie en k/r . Pour un point M quelconque d’affixe z, on peut écrire :
df k −iθ k
z − z 0 = re iθ = e =
dz r z − z0
Le potentiel complexe correspondant est donc :
f (z) = kLog(z − z 0 ) + C
En prenant C=0, on obtient :
f ( z ) = k Log r + ikθ ⇒ ϕ = k Log r et ψ = kθ
Donc :
- les lignes de courant (ψ=Cte) sont des demi-droites
issues de z0 (figure 6.8)
- les équipotentielles sont des cercles centrés en z0.
z
r
Le débit à travers un contour entourant z0 est : θ
Q v = ψ N − ψ M = k× 2π − k× 0 ⇒ k = Q v / 2π z0
Qv
et par suite, f (z) = Log ( z − z 0 )
2π
Si Qv est positif, f(z) est le potentiel complexe d’une
source alors que si Qv est négatif, il s’agit d’un puits. Sur
un même contour circulaire, Γ = ϕ N − ϕ M = 0 car r = Lignes de courant
Cte. Equipotentielles
Figure 6.8. Ecoulement dû à une source.
c) Tourbillon singulier ponctuel :
Le potentiel complexe d’un tourbillon singulier
ponctuel situé en un point z0 (figure 2.9) est donné par :
Γ
f (z) = −i Log ( z − z 0 )
2π
Γ
On a: f (z) = −i ( Log r + iθ ) z
2π r
Γθ Γ θ
Soit : ϕ = et ψ = − Log r z0
2π 2π
- les lignes de courant sont des cercles centrés en z0
- les équipotentielles sont des demi-droites issues de z0
Chapitre 6 : Ecoulements à potentiels de vitesse 48
La vitesse conjuguée est donnée par :
π
df − iΓ − iΓ − i θ Γ −i ( θ+ )
= = e = e 2
dz 2π(z − z 0 ) 2 πr 2 πr
Donc, le module de la vitesse est V=Γ/2πr et son
argument est α=(θ+π/2).
d) Doublet :
Le potentiel complexe d’un doublet, placé à l’origine O du repère Oxy, de moment k et d’axe
Ox est donné par :
k k − iθ k cos θ sin θ
f (z) = − =− e =− ( −i )
2 πz 2 πr 2π r r
- les lignes de courant sont des cercles tangents, en O, à l’axe Ox
- les équipotentielles sont des cercles tangents, en O, à l’axe Oy (figure 6.10).
y
Lignes de courant
Equipotentielles
Figure 6.10. Ecoulement d’un doublet d’axe Ox.
Pour un doublet placé en un point z0 dont l’axe Ox’ fait un angle α avec Ox :
ke iα 1
f ( z ) == − .
2π (z − z 0 )
Dans ce cas, la forme des lignes de courant et des équipotentielles est donnée par la figure 6.11:
y
x’
Lignes de courant
Equipotentielles
Figure 2.11. Ecoulement d’un doublet d’axe Ox’ incliné
d’un angle α par rapport à Ox.
6.7 Superposition d’écoulements
Dans le domaine commun où les fonctions f(z) sont holomorphes, toute combinaison linéaire
de potentiels complexes est un potentiel complexe. Ainsi, on se contente de présenter, dans cette
partie, la forme des écoulements résultant de la superposition des singularités élémentaires (source,
puits, doublet, …) étudiées auparavant.
a) Source et puits de même débit
Chapitre 6 : Ecoulements à potentiels de vitesse 49
Une source et un puits ayant le même débit Qv , en valeur absolue, sont placés respectivement
aux points A et A’, de l’axe Ox, d’affixes zA=+a et zA’=-a (a>0). Le potentiel complexe résultant de
la superposition des deux écoulements élémentaires est :
Qv Qv z−a
f (z) = [ Log ( z − a ) − Log ( z + a )] = Log
2π 2π z+a
iθ 1 iθ 2
En posant : z − a = r1 e et z + a = r 2 e , on obtient :
Qv r1 Qv
A’ A
f (z) = Log +i ( θ1 − θ 2 ) -a a
2π r2 2π
Figure 6.13. Superposition d’une source et
d’un puits de même débit.
Les lignes de courant sont des arcs de cercles passant par A et A’ (figure 2.13). La vitesse conjuguée
est :
df Qv 1 1 Qva 1
= u − iv = ( − )=
dz 2π z − a z+a π z −a22
Posons : 2aQv=k et faisons tendre a vers 0, on obtient :
df k 1 −k
== ⇒ f (z) =
dz 2π z 2 2 πz
Ainsi, on tend vers l’écoulement d’un doublet placé en O, de moment k et d’axe Ox.
Posons maintenant : Qv=πaV0, on obtient :
df 1
= V0
dz z2
−1
a2
En faisant tendre a vers l’infini, la vitesse conjuguée tends vers -V0 . On tend alors, vers un
écoulement uniforme de module de vitesse V0 et dont le sens est opposé à Ox.
b) Doublet dans un écoulement uniforme de même axe
Soit un doublet, de moment négatif k et d’axe Ox, placé, à l’origine, dans un écoulement
uniforme de vitesse V0 parallèle à Ox. Le potentiel complexe de l’écoulement résultant est :
k
f ( z ) = V0 z −
2 πz
En posant k=-2πV0R , on obtient:
2
R2 R 2 − iθ
f ( z ) = V0 ( z + ) = V 0 ( re iθ + e )
z r
soit :
R2 R2
ϕ = V0 ( r + ) cos θ et ψ = V 0 ( r − ) sin θ
r r
La ligne de courant ψ= 0 a pour équation :
R2
(r − ) sin θ = 0
r
Ceci est vérifié pour :
• r= R → cercle C de centre O et de rayon R (figure 6.14)
• θ= nπ → axe Ox.
La vitesse conjuguée est :
Chapitre 6 : Ecoulements à potentiels de vitesse 50
df R2
= V 0 (1 − )
dz z2
La répartition des vitesses sur le cercle C est obtenue en remplaçant z par Reiθ :
df
= V0 (1 − e − 2iθ ) = 2iV0 e −iθ sin θ
dz
Il existe deux points de vitesses nulles A (zA=+R) et A’ ( zA’=-R) qui sont appelés points d’arrêt. La
circulation Γdu vecteur vitesse autour du cercle C est nulle car :
R2
ϕ = V0 ( r + ) cos θ
r
On est donc, en présence de l’écoulement autour d’un cercle sans circulation.
c) Ecoulement autour d’un cercle avec circulation
On superpose à l’écoulement précédent un tourbillon placé à l’origine. Le potentiel complexe
de l’écoulement obtenu est donné par :
R2 iΓ
f ( z ) = V0 ( z + )− Logz
z 2π
R2 Γ
soit : ϕ = V0 ( r + ) cos θ + θ ,
r 2π
R2 Γ
ψ = V0 ( r − ) sin θ − Logr et
r 2π
df R2 iΓ
= V0 (1 − )−
dz z2 2 πz
On vérifie bien que Γ est la circulation de la vitesse autour du cercle C et que ce dernier est une
ligne de courant de l’écoulement résultant car il l’est pour les deux écoulements superposés. Il
existe deux points d’arrêt (de vitesses nulles) dont les positions sont données par la solution de
l’équation :
⇔ z 2 − iΓ z − R 2 = 0
df
=0
dz 2 πV 0
Pour résoudre cette équation du second ordre dans l’ensemble des complexes C, on calcule son
discriminant ∆ :
− Γ2
∆= + 4R 2
4 π V0
2 2
On distingue les trois cas suivants : ∆>0, ∆<0 et ∆=0.
Chapitre 6 : Ecoulements à potentiels de vitesse 51
i) ∆>0 :
Cette condition est vérifiée pour : Γ < 4πRV0 .Dans ce cas, on peut poser :
Γ= 4πRV0sinγ avec 0 ≤ γ ≤ 2 π .
Donc, les solutions sont : z = Re iγ et z ' = Re − iγ
Ainsi, les deux points d’arrêt, A(z) et A’(z’), sont situés sur le cercle (figure 6.15).
Figure 6.15. Ecoulement autour d’un cercle avec circulation pour∆>0 .
ii) ∆<0 :
Ceci est vérifié si : Γ > 4πRV0. Dans ce cas, les racines z et z’ appartiennent à l’axe Oy avec une
à l’intérieur du cercle et l’autre à l’extérieur. En effet :
Γ
+ −∆
2 πV 0 Γ −∆ Γ −∆
z=i = i( + ) et z ' = i ( − )
2 4 πV 0 2 4 πV 0 2
Figure 6.16. Ecoulement autour d’un cercle avec circulation pour ∆<0.
iii) ∆=0 :
On se retrouve dans le cas précédents avec une racine double :
Γ
z = z'= i = iR .
4 πV 0