Flux d'autofinancement : CAF et MBA
Flux d'autofinancement : CAF et MBA
Là aussi, la MBA ne correspond pas au flux de trésorerie effectif issu de la cession : même en
absence de décalage de paiement du PCEA, c’est en fait le PCEA lui-même qui augmente la
trésorerie. Mais l’analyste financier se contente de la plus ou moins-value : tout simplement car la
notion de FA renvoie à celle de résultat monétaire.
Le FA est bien un flux de résultat potentiel encaissable et non, on l’a déjà indiqué, un flux de
trésorerie né de l’activité au sens le plus large (exploitation, financier et exceptionnel). Mais qui
plus est, avec les cessions, la plus- ou moins-value qui fait partie du FA précisé ici (la MBA) est
évidemment différente du flux de trésorerie entraîné par la cession (le PCEA).
Selon le calcul « à l’envers », on obtient évidemment, en se limitant aux DA :
La « formule de la MBA à l’envers » est donc particulièrement simple, même en cas de cession
d’actifs immobilisés.
1
Hors complication fiscale, par exemple le « carry back » ou report en arrière des déficits fiscaux que nous
n’étudierons pas ici.
2
Et , car les VCEAC ne sont pas des charges décaissables, mais des sorties de bilan en valeur comptable.
1
12 - La Capacité d’Autofinancement (CAF) du PCR : calculée hors
plus- ou moins-value de cession d’actif immobilisé
Mais le PCR ne tient pas compte des plus- ou moins values de cession d’actif immobilisé pour
calculer la CAF :
La CAF du PCR, la seule « orthodoxe » en France car parfaitement normalisée, ne prend donc
pas en compte dans son calcul « à l'endroit » les plus- ou moins-values de cession d'actifs
immobilisés, c'est-à-dire la différence PCEA - VCEAC .
Autrement dit, à l'envers, on doit corriger le résultat net en ajoutant toutes les dotations aux
amortissements, mais aussi en enlevant les plus-values ou ajoutant les moins-values. On a en
effet (en faisant très attention à l’inversion des signes !) :
donc
Ou encore :
Pourquoi ne pas tenir compte des plus- ou moins-values de cession d’actif immobilisé dans la
définition de la CAF du PCR ? On répond en général qu'il est peu « courant » de céder des
immobilisations : on insiste simplement sur le caractère exceptionnel de l’opération. Certes,
mais les autres produits et charges financières et exceptionnels sont souvent également « peu
courants » (une indemnité massive de licenciement, une perte sur créance, un mouvement de
change, etc.) ; on verra plus loin que ces mouvements peu courants font pourtant bien partie de la
CAF !
Les réponses sont le plus souvent oiseuses ; la plupart du temps on se contente de dire « on pose
que »… sans la moindre explication. Le fond du problème réside : d’une part, dans le fait que les
plus- ou moins-values sont modifiées par la politique d’amortissement ; or – nous y avons assez
insisté – la CAF ne doit pas être modifiée, dans son principe, par les dotations ; d’autre part – et
c’est lié - dans la présentation du Tableau de financement du PCR deux ressources apparaissent :
la CAF et les PCEA (voir la leçon suivante).
Déflorons néanmoins un peu le sujet concernant le second point.
En effet, les PCEA, apparaissent en ressources au Tableau de financement, juste après la CAF ; ce
qui montre bien qu’il s'agit d'une source interne de financement, en quelque sorte
1
Le « hors » est en fait de trop, on a indiqué plus haut pourquoi.
2
« d’autofinancement ».... Mais si la CAF incluait les plus- ou moins-values de cession d'actif
immobilisé, ces dernières seraient comptées deux fois, une fois dans les PCEA, une autre fois
dans la CAF ! D'où la solution du PCR.
2 – FA et provisions
3
Quelle évaluation des dotations aux provisions ? Faut-il être prudent ou « très prudent »1. Le plus
souvent, surtout en France, la comptabilité sociale (des comptes sociaux, des sociétés) est
soumise aux contraintes fiscales. Si les résultats nets sont donc induis par ces choix, il n’en est
pas de même des notions de FA, du moins avant IS.
On part en général dans la définition du PCR non pas de tous les produits encaissables moins
toutes les charges décaissables, mais de l’EBE en tant que SIG : première notion de FA
d’exploitation. On corrige ensuite cet EBE des autres Pe et Cd à caractère financier et
exceptionnel, avec le cas particulier des produits de cession d’éléments d’actif immobilisés.
Ce flux ne se retrouve en général pas en trésorerie, la différence tenant justement aux décalages
de paiement, aux mouvements de stocks mais aussi à la production immobilisée et autres produits
et charges d’exploitation qui ne sont pas des dotations ou reprises mais ne donnent pas lieu à
décaissements ou encaissements2.
Il va de soit que les DAP nettes de RAP étant en général déductibles (pour les dotations) et
réintégrables (pour les reprises), une modification des DAP et RAP, réelle ou conséquente à une
politique de « comptabilité créative » (d’amortissement dégressif fiscal par exemple, ou de
provisions « généreuses » ou de reprises « timides »), modifiera l’IS et donc la CAF après impôt
pour l’exercice en question.
Répétons-le, la CAF avant IS n’est évidemment pas modifiée, mais surtout, sur la période totale
correspondant à l’amortissement de l’immobilisation, ou plus généralement la période entre la
dotation et la reprise de provision, la CAF cumulée après impôt n’est en aucun cas modifiée.
L’IS, par son calcul, ne fait que répartir dans le temps l’apparition de la CAF, c’est le but de la
fiscalité appliquée aux entreprises.
Il est vrai – répétons-le encore - que ce décalage dans le temps fait apparaître des coûts ou gains
explicites ou implicites : le coût ou le revenu des emprunts ou des placements nés de ces
décalages. Mais si la perturbation de l’IS ne modifie, pour un exercice comptable donné, la CAF
qu’au « deuxième degré » et provisoirement, ces coûts ou gains ne la modifient qu’au « troisième
degré ».
On peut également montrer (voir les exercices d’applications) qu’en cas de cession d’actif
immobilisé, la politique comptable d’amortissement modifiera la valeur résiduelle et donc l’IS de
l’année ; mais cette modification annulera les gains ou pertes d’IS des années précédentes. Sauf,
«quatrième degré », modification du taux d’IS – ça arrive, et entraîne des gains ou pertes, donc
des modifications réelles du FA après IS - ou cas très particuliers de fiscalisation…
4
devient un « plus passif ». Les provisions du passif (réglementées et pour risque et charges) sont
déjà au passif.
On lit en effet au passif l’Autofinancement cumulé en tant que somme1 (en italiques soulignées
les postes de déduction d’actif passés au passif en fonds propres) :
Autofinancement cumulé =
On notera que dans le bilan avant répartition du résultat, le résultat de l’exercice apparaît
évidemment… avant sa répartition. Cette présentation au bilan ressemble fort, en « stocks »
cumulé, à la formule à l’envers de l’Autofinancement au sens strict, en flux (hors non-distribution
du dernier résultat de l’exercice) sans tenir compte de la complication des plus- ou moins-values
de cession :
= résultat conservé
+ DAP
- RAP
La ressemblance est tout à fait valide : il s’agit simplement d’un calcul à l’envers de
l’autofinancement cumulé, c’est-à-dire à la somme des CAF cumulés, en bref des droits (au
passif) sur les flux de trésorerie cumulés (à l’actif). Il faut en fait lire au passif :
Autrement dit, l’amortissement cumulé n’est pas une source d’autofinancement cumulé : c’est
l’Autofinancement cumulé lui-même… qui est la source de l’autofinancement cumulé. A
l’envers, les amortissements et provisions « en font partie », plus exactement en forment une
1
On laisse de côté les complications (subventions d’investissement, etc.)
5
utilisation ( « abstraite » et peu opérationnelle, répétons-le). La présentation des amortissements
au passif renforce donc l’idée fausse selon laquelle les DAP nettes de RAP sont sources
d’autofinancement. Il serait plus judicieux d’écrire au passif du bilan la somme des
Autofinancements et d’indiquer en note son utilisation (Réserves + Résultat + amortissements et
provisions).
Continuons de radoter : le transfert des amortissements et des provisions pour dépréciation d’actif
de déduction d’actif en augmentation du passif, où ils vont en fait rejoindre les provisions du
passif, réglementées et pour risques et charges, ne veut pas dire que ces stocks de charges nettes
dotées « sont un stock d'autofinancement », mais tout simplement qu'ils forment une partie de l’
« utilisation du stock d'autofinancement.
6
Notons que les autres produits et charges financières et exceptionnels, hors dotations et reprises,
même ayant le caractère de plus- ou moins-values (par exemple les produits ou charges nettes sur
cession de VMP, les Valeurs Mobilières de Placement) font donc bien partie de la CAF1.
La définition exacte de la « CAF de l’exercice (comptable) » selon le PCR 1982 est la suivante,
« à l’endroit » évidemment, ou « méthode soustractive »… avec plein d’additions… :
= CAF
1
D’autres corrections sont néanmoins à effectuer, par exemple les « quotes-parts de subvention d’investissement » et
autres petites complications.
7
32 - Le calcul à l’envers par la méthode additive
Le mode de calcul « à l’envers », dite « méthode additive » avec plein de soustractions… est le
suivant :
= CAF
Attention :
En tant que cas particulier de FA, la CAF du PCR n’est pas un flux effectif de trésorerie, mais un
flux potentiel. On peut par exemple mettre en évidence un flux de trésorerie d’activité ou plus
généralement un flux de trésorerie globale en corrigeant la CAF des variations de BFR globales.
On aura donc généralement, en notant ETG l’Excédent de Trésorerie Global :
Il en est de même pour la MBA présentée ci-dessous. Toutes ces notions déjà évoquées seront
précisées à la leçon 6 suivante, en fonction des types de FA pris en compte mais aussi des
diverses analyses des tableaux de flux : on aura compris que l’on sort en effet ici des notions de
résultat ayant une influence sur les flux de trésorerie pour aborder les flux de trésorerie de façon
plus générale.
8
4 – « Les » MBA : Marges Brutes d’Autofinancement
MBA = Pe – Cd
1
...et amortissements dérogatoires, en tant que mouvement de provisions réglementées.
9
- hors dotations nettes aux amortissements et provisions pour dépréciation d’actifs
immobilisés, provisions réglementées et risques et charges ;
- avec dotations nettes aux provisions pour dépréciation sur actif circulant ;
- et avec plus- ou moins-values de cession d’actif immobilisé
Cette MBA minimise en général le FA par rapport à la CAF (les dotations nettes pour dépréciation
et risques et charges étant le plus souvent positives). Sa principale vertu est la simplicité dans le
calcul à l’envers, mais elle met néanmoins l’accent sur la question de la difficulté des frontières
entre une DAP et une charge réelle.
5 - Autres subtilités
10
Il est vrai que la CAF du PCR est modifiée par ce phénomène dans le sens indiqué. Sauf que le
calcul de la production stockée qui pose déjà tant de question (principe de prudence, c’est-à-dire
la non prise en compte des profits latents non encore réalisés) considère du coup dans le coût de
production une dotation qui n’est pas une charge décaissée ! La CAF du PCR est donc
pratiquement modifiée par la politique d’amortissement1 ; mais la définition de cette CAF pose
question !
De toute façon, sur période longue, la production stockée est déstocké et se transforme en flux de
cash, au moins potentiel : au pire, la question de la production stockée ne fait que décaler
(comme l’IS influencé par les DAP et RAP) l’apparition de la CAF.
1
Les amortissements économiques pris en compte en comptabilité analytique ne sont néanmoins que les
amortissements linéaires, pas les amortissements dégressifs fiscaux. Il n’empêche que le choix du niveau
d’amortissement économique qui reste relativement libre, influence le calcul de la CAF du PCR.
2
Voir l’analyse des rentabilités.
3
Nous demandions il y a peu de temps à un contrôleur de gestion d’assez haute pointure les performances d’un
secteur. On nous fournit les cash flows ; déjà échaudés nous demandons s’il s’agit des cash flows avant ou après
correction des encaissements décaissements, investissements, etc. De façon péremptoire on nous rappelle la « seule »
11
beaucoup plus ancien, c’est la même idée, mais restreinte à sa banalité selon laquelle seuls les
flux monétaires, « de cash », sont source d’investissements et de placements ; pas les résultats
nets comptables.
définition traditionnelle du cash flow, étonné que nous semblions l’avoir oublié : « il s’agit bien sûr du cash flow ou
de la CAF, comme vous voulez ; bref la somme du résultat et des dotations nettes ». Quelques jours plus tard,
vérification faite des incohérences des données, notre contrôleur de gestion dut reconnaître que ses services traitaient
maintenant, depuis un ou deux ans, de « free cash flows », non pas seulement après correction des décalages de
paiement, mais après investissements en capital fixe… Ce qu’il n’avait semble-t-il pas encore remarqué… Nous
n’avions pas soulevé la question de la méthode « traditionnelle » de calcul du cash flow à l’envers : pour une fois,
l’erreur ne provenait pas de cette absurdité.
1
Collection Techniques quantitatives de gestion, enseignement supérieur - formation continue, Foucher, Paris, 1995.
12
former nombre de professeurs. Président du jury du diplôme d’expert comptable pendant cinq
ans (1977-1981), il est membre du Conseil National de la comptabilité et expert en normalisation
comptable…. »
Le titre du manuel indique « Professeur Claude Pérochon du Conservatoire National des Arts et
Métiers (Paris), agrégé des techniques économiques de gestion, diplômé Expert-comptable,
docteur ès sciences économiques, Directeur honoraire de l’INTEC »
Après avoir évoqué le rôle juridique (dépréciation) et économique (étalement d’une charge),
Claude Pérochon mentionne1 : « Rôle financier (renouvellement des immobilisations). Dès les
premiers chapitres de ce cours, a été souligné le rôle essentiel de l’amortissement dans
l’autofinancement de l’entreprise. On sait que le cash-flow ou capacité d ‘autofinancement est
formé de la somme algébrique du résultat (qui peut être négatif) et des dotations aux
amortissements et provisions ; les amortissements permettent à l’entreprise de maintenir intact
son capital : les fonds ainsi retenus sur le résultat (à titre de charges) donc non distribués,
permettront de renouveler les immobilisations lorsque celles-ci sont devenues inutilisables ou
caduques ou de les remplacer par des matériels plus modernes. En attendant cette utilisation, les
fonds correspondants se trouvent en fait noyés dans l’actif circulant (stocks, réalisables et
disponibles). Toutefois, il faut observer qu’en période d’inflation, la fonction de maintien du
capital et de renouvellement des immobilisations de l’amortissement est sérieusement
compromise »
Malgré la prudence indiquant que l’amortissement ne se trouve pas obligatoirement en trésorerie
et la référence à l’inflation, on lit bien que les DAP sont sources d’autofinancement, avec
l’argument de la rétention sur le résultat, donc la non-distribution. Curieusement, l’auteur
n’indique pas l’influence de l’IS qui semble en effet transformer les DAP en « créateur », très
indirect d’autofinancement. Dans cette analyse, c’est donc bien les DAP qui créent toutes seules
de l’autofinancement. L’exemple numérique qui suit confirme cette lecture :
« Exemple : un camion est acquis au prix de 200 000 F au début de 19A ; amorti sur quatre ans,
il est remplacé par un véhicule quasi-identique au début de 19A+4 pour un prix de 320 000 F, la
hausse des prix étant essentiellement due à l’inflation observée de 19A à 19A+4. On voit que les
200 000 F d’amortissements pratiqués de fin 19A à fin 19A+3, ne suffisent pas à financer l’achat
d’un véhicule identique qui vaut maintenant 320 000 F.
Si par contre, les amortissements avaient été calculés sur la base de 320 000 F (valeur de
remplacement), ils auraient permis d’assurer maintien du capital (en francs constants) et
financement du renouvellement ». En période d’inflation, continue Pérochon pour tirer les
enseignements de cet exemple, l’entreprise ne trouve, dans les amortissements, le financement du
renouvellement de son capital technique, qu’en complétant l’amortissent comptable, calculé sur
le coût d’entrée historique, par des dotations supplémentaires (amortissements « réévalués »,
« provisions » spéciales… »
La référence à l’inflation et à la question de la réévaluation est fondamentale ; il reste que
l’exemple pris ici est pour le moins ambigu, sinon faux. Pourquoi ?
En absence d’IS, le cash-flow ou la CAF, bref le FA n’aurait en aucun cas été modifié par un
amortissement différent. Prenons par exemple un cash-flow d’exploitation de 1 000 000 sur la
période de quatre ans, en cas de DA de 200 000, le résultat cumulé sur les quatre ans serait de
1
Op. cit. p. 297. On trouve la même chose dans l’édition de 1987. Sauf que dans cette édition on trouve bien dans les
chapitres introductifs « le rôle essentiel de l’amortissement dans l’autofinancement ». Cette référence semble avoir
disparu dans l’édition de 1995, malgré ce qui est écrit p. 297 ; c’est dommage, car le cash-flow est bien défini (p. 33,
op. cit. , 1987) de deux façon : d’abord à l’endroit (« CF = Recettes d’exploitation – Dépense d‘exploitation »)
puis à l’envers (« CF = résultat + amortissement ») .
13
800 000 ; en cas de DA « réévaluée » de 320 000, le résultat cumulé ne serait que de 680 000. On
retrouve bien dans le calcul à l’envers le même cash-flow, par les « vases communicants du R et
des DA :
Cash-flow = R + DA
1 000 000 = 800 000 + 200 000
1 000 000 = 680 000 + 320 000
Certes, dans le second cas, seuls 680 000 F peuvent être distribués aux propriétaires, mais il ne
faut pas confondre origine, source du cash-flow et son utilisation.
Par contre, en cas d’IS, par exemple de 50 %, les CAF annuels auraient bien été différentes, de
même apparemment que la CAF cumulée dans la mesure où un amortissement spécial
supplémentaire a été rajouté. En fait, fiscalement en France, l’amortissement sur une valeur
réévaluée avant la période d’inflation n’est pas autorisé ; même s’il l’était, le supplément serait
repris en fin de période et annulerait donc le gain de CAF dû aux DA supplémentaires. Cette
dernière remarque est de toute façon inutile, car Pérochon raisonnait implicitement sans impôt.
Il est étonnant que le Maître Pérochon ait failli ou soit tombé dans le piège des DAP source
d’autofinancement. D’autant plus qu’il note justement dans les deux éditions mentionnées que le
PCR 1982, dans le système C (complété) définit la CAF à partir de l’EBE – méthode dite
« soustractive » - et que la relation additive est bien un « contrôle : on peut vérifier ce montant en
calculant la capacité d’autofinancement par une approche additive dont nous connaissons le
principe »1. Suit la définition traditionnelle à l’envers et un exemple numérique, puis une
remarque judicieuse : « Cette approche est généralement plus rapide que la précédente ; mais il
est logique de calculer la capacité d’autofinancement, - souligné par nous - comme l’a fait le
PCG, à partir de l’EBE ».
En fait le PCG donne deux « définitions » de la CAF.
Pérochon reprend ces remarques dans l’édition de 1995 ; il les précise d’ailleurs : « Ce mode de
calcul – méthode soustractive – est logique : la CAF est d’abord une différence Recettes –
Dépenses (potentielles) avant d’être la somme Résultat + Dotations (conséquence
arithmétique)… »2. Malheureusement, cette précision suit une page entière3 ou est donnée sa
définition de la CAF (d’exploitation)… à l’envers. Nous le citons donc encore une fois :
« Le schéma du circuit a montré que la trésorerie générée par l’activité d’exploitation provient
de la non « rémunération » immédiate de deux facteurs de production : l’investissement, dont les
amortissements inclus dans les coûts, se retrouvent dans les prix de vente, puis dans le surplus
monétaire obtenu ; les capitaux propres investis, qui, a priori, laissent le bénéfice dans
l’entreprise. Le surplus monétaire obtenu par l’entreprise est donc la somme de ces
amortissements et du bénéfice ; D’où l’équation élémentaire :
∆ trésorerie = Bénéfice + amortissement ».
Au risque de radoter, tout ceci est ambigu sinon faux…. L’idée selon laquelle l’amortissement est
bien source d’autofinancement car inclus dans le prix de revient, donc dans le prix de vente, est
néanmoins une manière élégante (mais erronée…) de déplacer la question. Elle se trouve
également au centre de l’analyse suivante.
1
Op. cit. 1987, p. 406.
2
Op. cit. 1995, p. 393.
3
Op. cit. 1995, p. 392.
14
* Deuxième exemple : un « vieux classique » des manuels français de comptabilité générale
Mêmes certains « pères » contemporains de la comptabilité se sont laissés (presque) prendre au
piège de « l’amortissement génère de l’autofinancement ». André CIBERT par exemple1, qui
nous a enseigné la comptabilité avec sa méthode géniale dans une Grande école de commerce,
puis fut notre patron au début de notre enseignement de comptabilité à Paris-Dauphine – qui
s’appelait encore Paris IX – à la fin des années 60 et au début des années 70.
Après avoir défini la dotation aux amortissements comme une consommation2, soit d’ « utilités »,
soit d’unités de travail3, il considère que ce coût fait partie de la valeur de la production et se
retrouvera donc en caisse après la vente, après avoir transité par les comptes amortissements,
stocks et créances (voir son schéma de la page 241). Il précise quand même que l’amortissement
ne se retrouve en trésorerie que si le prix de vente est supérieur au prix de revient. Il note ainsi (p.
243) : « …la compensation doit être intégrale ; dans le cas contraire (prix de vente des produits
< prix de revient) la valeur de l’immobilisation diminue et les postes “ clients ” ou “ caisse ” ne
compensent que partiellement cette diminution. Cette insuffisance de compensation est une
perte ».
Nous considérons néanmoins ses conclusions ambiguës, de fait elles tentent de montrer, avec
prudence, que l’amortissement génère bien du cash : (p. 241) : « ... dans la mesure où la
compensation est effectivement perçue, l’amortissement représente la remobilisation progressive
des biens immobilisés à l’origine. Ce qui conduit, continue-t-il, à une observation importante :
La récupération de l’amortissement fournit une trésorerie de substitution, non une ressource
additionnelle ». L’ambiguïté continue. Après s’être insurgé contre le transfert des amortissements
de la déduction d’actif à l’augmentation du passif4 - qui renvoie tout simplement (voir plus loin)
en stock à la méthode de calcul, en flux : FA = R + DAP -, Cibert conclut : « il est toutefois
évident que l’existence de cette trésorerie de substitution engendrée par l’activité a pour
l’entreprise une grande importance ». Un peu plus loin : « on pourrait dire qu’ils représentent –
les DAP - une “ rétention ” que fait l’entreprise sur les perceptions courantes provenant de ses
clients. C’est un élément essentiel de ce que l’on appelle maintenant le “cash flow” ». Qu’il
définit évidemment en note par … R + DAP.
Enfonçons le clou : que l’amortissement (gros petit ou moyen, linéaire, dégressif fiscal, dégressif
« SOFTY » ou exceptionnel ) ait été inclus dans le prix de revient ne change pas l’évidence que
c’est la vente qui réalise le flux d’autofinancement et en est la source, pas l’écriture comptable.
Quelle que soit la DA (ou les DAP nettes de reprises), en absence d’IS – absence implicite dans
les raisonnements de Cibert comme dans ceux de Pérochon – on retrouve les vases communicants
1
Comptabilité générale, Collection Université et technique, Dunod, Paris, édition de 1980 (et les autres).
2
… malheureusement comme une « consommation intermédiaire », ce qui n’est pas faux dans son concept, mais
erroné par rapport aux normes des économistes qui les définissent comme des consommations décaissables : ce qui
permet de calculer les soldes VAB, EBE, etc. avant dotations. Remarquons que la comptabilité générale appelle la
VAB la VA tout court dans les Soldes Intermédiaires de Gestion.
3
Cibert passe allègrement des concepts néoclassiques élémentaires d’utilité aux concepts renvoyant à la valeur
travail de « la théorie de l’école d’Amsterdam, animée par le PR. Limperg » ( ?) (note p. 239).
4
« Si, comme on le voit encore parfois – nous ne sommes qu’en 1980, le “ encore parfois ” fait maintenant sourire :
cette présentation fonctionnelle s’étant aujourd’hui généralisé -, on ajoutait le montant cumulé des amortissements
du côté des ressources, on surévaluerait d’autant les deux colonnes du bilan et l’on fausserait gravement la structure
de l’actif comme celle des ressources », (p.242).
15
entre R et DA pour un FA invariable. Sauf en évoquant la référence absurde à un prix de vente
déterminé concrètement par le prix de revient (on pense aux classiques ou à Marx adeptes de la
valeur travail) ; c’est toujours le marché, parfait ou non, qui détermine le prix de vente et le FA,
pas le prix de revient1.
L’amortissement apparaît en banque ; c’est une charge non décaissée ; dans le schéma du cycle
d’exploitation, l’amortissement constitue une charge qui est récupérée en trésorerie ».
La conclusion qui suit cet exemple n’est plus ambiguë, elle est tout simplement fausse. En effet,
quel que soit l’amortissement choisi (linéaire ici, ou dégressif, ou autre), le compte banque
n’aurait été modifié que par les ventes. Dans l’exemple numérique ci-dessus les ventes couvrent
1
Ce qui ne veut pas dire en analyse économique théorique que le prix de vente en tendance n’est pas fondé sur le
prix de revient. Que l’on raisonne en valeur travail ou selon les utilités marginales néoclassiques, à l’équilibre, le
profit (avec l’intérêt et le profit de l’entrepreneur pour la première analyse, le seul profit « pur », nul en concurrence
pure et parfaite, pour la seconde analyse) est bien soit un surplus provenant du travail – la fameuse plus-value
marxienne -, soit une rémunération provenant du talent ou du risque.
Mais en gestion, ces remarques théoriques ne sont d’aucune utilité : le bénéfice est bien le solde prix de vente
– prix de revient. Il n’est peut-être pas anodin que Cibert ait fait la référence curieuse – il n’est ni classique et
encore moins marxiste ! – à la valeur travail pour étayer son raisonnement.
2 e
Christine Collette et Jacques Richard, Comptabilité générale. Une optique internationale, Dunod, 4 édition, Paris,
1996. La dernière édition très remaniée (Comptabilité générale. Les systèmes français et anglo-saxons, Dunod, Paris,
2000) ne pose plus de problème : la question de la CAF et plus généralement des flux d’autofinancement n’y est plus
abordée. Jacques Richard se déclara très étonné, lors d’une de nos conversations, d’avoir laissé passé une telle
bourde dans son livre ; l’origine en est sans aucun doute la reprise des œuvres d’André Cibert...
16
parfaitement le coût complet de production, donc dégagent un cash exactement égal aux dotations
aux amortissements de la machine, l’absence d’IS étant ici implicite. Ce qui est un cas très, très
particulier… Plus généralement, répétons-le, le prix de vente de marché n’a évidemment rien à
voir avec la politique d’amortissement et donc avec le coût complet. Ce qui était ambigu chez
Cibert est ici une erreur manifeste… et oh combien classique !
1
La dernière édition de 1997 – la 11e – est entièrement rédigée par Jobard, après la mort de Depallens.
17
comptabilisées en applications de dispositions légales ; la seconde regroupe tous les
prélèvements que l’entreprise opère sur ses résultats pour assurer le renouvellement de son
équipement productif, pour pallier les dépréciations ou anticiper des charges à venir ». Il n’y a
pas sauf apparence, de « première » et « seconde », simplement deux masses comptables
décrivant l’utilisation de l’autofinancement cumulé.
Ces relations sont élémentaires à démontrer. Colasse utilise d'ailleurs le calcul à l'envers de la
CAF, en restant d’ailleurs prudent sur cette utilisation (cf. « à ce stade ») : « A ce stade, la
capacité prévisionnelle d'autofinancement (CAF) s'obtient en ajoutant les dotations aux
amortissements (AM) au résultat après impôt... ». Mais on peut tout aussi bien utiliser la méthode
de calcul à l'endroit. CAF et AUTOFI sont d'autant plus élevés, pour un exercice comptable
donné, que les AM déductibles sont élevés, d'où le + AM x T !
Mais la conclusion qu'il en tire, évidemment « arithmétiquement » exacte pour une année donnée
(ici le budget), mais avec beaucoup moins de pertinence pour une prévision sur le moyen (Plan à
moyen terme) ou long terme, dans la mesure ou l'impôt – on l’a montré plus haut - n'est que
réparti différemment dans le futur selon la méthode d'amortissement, nous semble encore
renvoyer à la fameuse ambiguïté : « Cette dernière relation montre que les prévisions
d'autofinancement d'une entreprise se trouvent étroitement liées à ce qu'il est convenu d'appeler
ses "politiques" d'emprunt, de distribution et d'amortissement » - je souligne, P.C.
Heureusement, un peu plus loin (p. 366), Colasse lève l'ambiguïté : « La façon dont les sociétés
amortissent leurs immobilisations et constituent des provisions serait tout à fait neutre quant au
volume de leur flux d'autofinancement - car en définitive peu importe la répartition, plus
comptable qu'économique, entre dotations aux amortissements et provisions d'une part, et
bénéfices mis en réserves d'autre part - si elle ne créait des charges déductibles de leur bénéfice
imposables... ».
Le lecteur nous trouvera certainement inquisiteur. Pourquoi parler d'ambiguïté, puisque celle-ci
est clairement levée ! Parce nous avons le sentiment qu'elle n'est pas vraiment levée, comme
d'habitude. Ce sentiment serait un simple procès d'intention si, une page plus loin (p. 367 et
suivantes), Colasse n'avait le malheur de faire référence au « modèle de Lohmann-Ruchti » et de
le présenter selon une application corrigée dont il note l'emprunt à un article de Daniel Vitry.
Quelles sont les conclusions de ce modèle ? Tout simplement - voir Colasse ou Vitry pour la
démonstration - que « les dépenses de remplacement d'une entreprise en croissance absorbent
une part des dotations aux amortissements d'autant plus faible que le taux de croissance des
investissements et/ou que la durée de vie des actifs est longue ». Ce qui est arithmétiquement
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juste. Où le bât blesse, c'est quand les auteurs du modèle en tirent la conclusion totalement
erronée que l' « amortissement est un accélérateur d'autofinancement ». Cette conclusion est
reprise par Colasse quand il écrit : « ...qu'une entreprise dont les actifs durent 20 ans et dont les
investissements croissent à un taux de 5 % peut financer 62 % de ceux-ci grâce aux fonds qu'elle
tire de l'amortissement - je souligne, P.C - ; le reste devant être financé par ses bénéfices non
distribués et/ou par financement externe (augmentation de capital ou emprunt) ».
Pourquoi est-ce faux ? Tout simplement parce que c'est la totalité de la CAF ou l'AUTOFI qui
finance les investissements de renouvellement (et les autres), pas un "morceau formel" tiré de la
relation :
Dernier exemple en incidente dans un livre très récent (fin 1999) concernant les Tableaux de
flux1 : « Suivant une définition additive, la CAF inclut le bénéfice de l’exercice (avant
répartition), les dotations aux amortissements et la totalités des dotations aux amortissements,
sans aucune distinction (nettes des reprises correspondantes ». Jusque là , rien à redire, le terme
« inclut » étant un peu ambiguë, mais il peut renvoyer à l’utilisation de la CAF. Mais on lit
ensuite l’erreur habituelle : « En effet, tant qu’elles existent – les dotations aux provisions nettes
de reprises -, elles constituent une ressource qui, de plus, se renouvelle assez régulièrement, de
nouvelles provisions se substituant à celles qui sont reprises ».
Puisqu'il faut quand même conclure ces quelques extraits d’anthologie des morceaux choisis,
nous proposons ces deux vers libres :
1
Marie-Agnès Leutenegger, Les Tableaux d’Analyse des Flux, Paris, Economica (Collection Techniques de
Gestion), 1999, p. 52.
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Ce qui est étonnant, c’est la pérennité de cette erreur que l’on retrouve majoritairement chez les
étudiants – et pour cause ! – et chez combien d’éminents directeurs financiers rencontrés, X-
Mines, HEC et/ou experts-comptables de haut niveau. Nous l’avons vu écrit noir sur blanc dans
un rapport de gestion d’un grand EPIC français où la question de l’IS ne se posait pas car il était
en perte structurelle comptable depuis sa création…
Cette inversion étonnante a une source historique : les premières seules « définitions » du FA
étaient celles « à l’envers »1.
Mais pourquoi cette source, ce mythe fondateur ? Cherche-t-on à rendre abstraite la notion de
flux d’autofinancement pour mieux cacher sa connotation évidente de flux de profit en cash ?
Est-ce encore un avatar de la connotation sociale et psychanalytique de l’argent et du profit
sales ?
1
Notre premier contact dans les années 60 avec cette notion fut R + DA. Nous n’y comprenions rien et nos
enseignants non plus ; ou manquaient de pédagogie…
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