LA VÉRITÉ
Un champ d'application spécifique
Le terme de « vérité » renvoie à l'adéquation entre un jugement et un objet ou un fait réels. On ne
dira donc pas d'une chose qu'elle est vraie, mais en revanche on dira d'un jugement, d'une
opinion, d'un propos, qu'ils sont vrais, en ceci qu'ils sont conformes à la réalité.
Il faut donc être très prudent et distinguer « vérité » et « réalité ». La vérité se joue dans le champ
de la pensée et du discours, tandis que la « réalité » désigne l'ensemble des choses du monde
sensible.
Antonymes
La vérité ressort de la pensée et s'oppose aux conclusions erronées ; on oppose donc, en
sciences, la vérité à l’erreur.
TOUTE VÉRITÉ EST-ELLE RELATIVE ?
Lorsque que ce que l'on dit n'est pas adapté au réel, on peut aussi y voir une volonté délibérée de
tromper l'auditeur, en affirmant la vérité de quelque chose qui n'existe pas. Dans ce cas, on ne
parle plus d'erreur, mais de mensonge.
Les sceptiques
On appelle, depuis l'Antiquité, « sceptiques » les philosophes dans la lignée de Pyrrhon d'Élis. Ce
dernier affirmait en effet que rien ne résiste au doute, même pas le doute lui-même. Les
sceptiques invitaient donc à pratiquer l'époché, c'est-à-dire la suspension du jugement de
véracité : puisque rien n'est vrai, il faut se garder d'affirmer quoi que ce soit.
Le mot « sceptique » vient du grec skeptikos, qui signifie « celui qui
observe ». Observant, il se garde de juger.
Les dogmatiques
À l'inverse des sceptiques, les « dogmatiques¨» affirment qu'il y a une seule vérité dont ils ont
connaissance. Le dogmatisme est dangereux, car il rend fanatique : convaincu d'être porteur de la
vérité, on peut en venir à vouloir éliminer ceux qui pensent différemment de nous, au nom de la
vérité.
La position relativiste
On peut, enfin, estimer que la vérité se mesure à l'aune d'un objet, d'une part, et d'un sujet, d'autre
part. C'est-à-dire que la vérité de la chose ne se trouve peut-être pas dans la chose elle-même,
mais dans le sujet qui l'observe. Ainsi, on peut dire que la vérité est « relative », dans le sens où
elle lie toujours un objet à un sujet, et que la connaissance de l'objet repose sur cette relation.
LA PHILOSOPHIE COMME QUÊTE DE VÉRITÉ
Platon
Un livre très important de Platon, La République, présente la philosophie comme une démarche
qui vise à atteindre la vérité.
Dans un passage très connu de cet ouvrage, appelé L'analogie de la ligne, Socrate invite son
interlocuteur, Glaucon, à imaginer une ligne coupée en deux fractions inégales, dont l'une
représente le monde visible et l'autre le monde intelligible.
En effet, selon Platon, le monde dans lequel nous vivons est le monde des choses ou réalité (du
latin res qui signifie « la chose »). Mais la réalité sensible n'est pas la vérité : au contraire, nous
vivons dans l'illusion car le monde sensible n'est pas le monde vrai.
Le monde vrai : le monde des idées
Selon Platon, le monde vrai ou « monde intelligible » est celui des
« idées » : en d'autres termes, il existe un monde plus « vrai » que le monde réel, dans lequel se
trouvent les concepts. Ce qui nous le prouve, c'est que nous pensons par concepts ; or, les
concepts ne sont pas dans le monde sensible (on ne croise pas « la liberté » dans la rue !), il faut
donc bien qu'ils existent quelque part.
On pourrait opposer à Platon que les concepts n'existent que dans notre pensée, mais il se trouve
que tous les êtres humains savent, par exemple, ce qu'est « le bonheur », même s'ils ne savent
pas toujours lui donner une définition. Il y a donc une vérité universelle du concept, qui dépasse
son incarnation concrète en des êtres humains ou des choses.
La vérité de notre ignorance
Selon Socrate puis Platon, la philosophie consiste à étudier ces concepts. Non pas tant pour eux-
mêmes, que parce que leur étude mène vers un savoir non équivoque : la connaissance du Vrai,
qui se confond avec le Bien.
Mais attention : cette connaissance n'est pas véritablement un savoir, qu'on pourrait imposer aux
autres. Il s'agit surtout d'un entraînement à se détourner du réel, à ne plus se laisser bercer par
l'illusion de savoir quelque chose.
Finalement, en nous détournant de ce que nous croyons savoir et qui n'est pas la vérité, la
philosophie a surtout pour vertu de nous révéler notre ignorance. Cette prise de conscience est,
pour Socrate, déjà un pas vers la vérité.
LA SCIENCE EST-ELLE UNE SUCCESSION D’ERREURS ?
Une histoire
Lorsque l'on considère l'histoire des sciences, on constate que nos connaissances ont évolué non
par cumul de découvertes et de théories, mais par des réfutations successives.
Ainsi, on croyait jusqu'à Galilée que le soleil tournait autour de la terre (hypothèse géocentriste),
avant de comprendre que la réalité était toute autre : on a donc formulé l'hypothèse héliocentriste.
De même, la découverte des lois physiques régissant la chute des corps, par Newton, a invalidé la
physique aristotélicienne en la remplaçant.
La falsifiabilité
C'est ce constat qui a valu à Karl Popper d'affirmer, au XXe siècle, que la science procède non par
cumul de connaissances, mais par invalidations successives. Selon lui, ce qui permet de dire
qu'une théorie est scientifique, c'est qu'on peut la réfuter facilement par l'expérience. Plus une
théorie est facile à réfuter, plus elle sera considérée comme scientifique.
Exemple : L'énoncé « le soleil se lèvera à 8h33 demain » est plus scientifique que l'énoncé « le
soleil se lèvera demain », parce qu'il suffit que le soleil se lève à 8h34 pour que mon énoncé soit
réfuté.
La notion de paradigme
Thomas Kühn introduit la notion de « paradigme » pour décrire le cadre scientifique normal. Un
paradigme est un ensemble de théories qui se font écho les unes aux autres et qui, ensemble,
permettent de prédire des phénomènes naturels.
Mais il arrive toujours un moment où un phénomène est rétif à la prévision par la science. On va
alors entrer en période de « crise scientifique », jusqu'au moment où les scientifiques auront forgé
un nouveau paradigme mieux à même de décrire le réel. On parle de « révolution scientifique ».
Les crises scientifiques sont peu nombreuses car il n'est pas facile de changer de paradigme. Un
changement de paradigme bouleverse toute la société car il implique une nouvelle manière de voir
le monde.