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Le Devoir

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LE DEVOIR

Distinctions conceptuelles
Le devoir renvoie à l'obligation morale par opposition à l'obligation juridique. Cela signifie qu'il
trouve son fondement dans l'expérience intime, tandis que l'obligation juridique prend la forme de
la loi et est imposée de l'extérieur.

Il y a donc deux manières de considérer le devoir :


- mon devoir, c'est ce que je sens être de mon ressort parce qu'il renvoie à des valeurs miennes ;
- mes devoirs, ce sont l'ensemble des tâches qui m'incombent en vertu de mon statut social.

Enjeux
Contrairement à la loi, à laquelle je ne peux pas déroger, le devoir n'est pas un impératif en soi. Je
peux donc « me désobéir » et suis souvent tenté de le faire.

D'autre part, si le devoir est un ressenti moral intime, dans quelle mesure le sens moral est, ou
non, inné ?

LA MORALE EST-ELLE INNÉE ?

Explication rationaliste du devoir


On appelle « rationaliste » toute théorie philosophique fondée sur l'usage de la raison. Or, cette
dernière renvoie à la conscience individuelle, indépendamment de toute expérience. Une
explication « rationaliste » du devoir consiste donc à assigner à la raison, c'est-à-dire à l'homme
indépendamment de son expérience, le sens moral du devoir.
En d'autres termes, on estime que l'homme sait naturellement ce qui est « bien » ou « mal », parce
qu'il dispose d'un sens moral inné et rationnel.

Le sens moral selon Kant


On attribue à Emmanuel Kant cette conviction. Dans sa Critique de la raison pratique et dans ses
Fondements de la métaphysique des mœurs en particulier, le philosophe allemand du siècle des
Lumières distingue l'« impératif catégorique » et l'« impératif hypothétique ».
L'impératif catégorique est absolu et correspond à un interdit ou à un devoir à valeur universelle.
Exemple : Ne pas tuer, aider son prochain.
L'impératif hypothétique est relatif à des circonstances. Il est conditionné. Exemple : Je dois aller
voter le jour prévu pour le vote, mais je ne dois pas aller voter tous les jours.

Nuances
Chez Kant, le sens moral est inné, mais il ne correspond pas nécessairement à mon intérêt
personnel ou à mes inclinations. C'est-à-dire que je peux préférer ne pas aider mon prochain si je
suis pressé, mais savoir que je dois le faire malgré tout, quitte à être en retard au travail.
Kant invite, à chaque fois que j'hésite et ne sais pas pour quel choix opter, à universaliser mon
action : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en principe universel ».
Qu'est-ce qui se passerait si tout le monde faisait comme moi ?
L'échelle macroscopique permet de savoir si le monde « irait mieux » dans l'hypothèse où tout le
monde agissait comme moi, ou si au contraire la vie ensemble deviendrait terrible.

Devoir et innéisme moral


Avec Kant apparaît l'idée que le sens moral est lié au devoir, qu'il y a donc un sens du devoir a
priori, c'est-à-dire indépendamment de toute expérience.

LE DEVOIR, AU-DELÀ DE L’HUMAIN

Hétéronomie de la morale
Théologie
La tradition monothéiste voit dans le devoir une conscience d'inspiration divine : ce que l'on doit
faire correspond à un commandement ou un interdit. En cela, la tradition biblique fait écho au point
de vue de Platon, selon lequel le Bien est une idée transcendante, extérieure aux hommes, dont ils
visent la concrétisation. Avec Platon, le devoir apparaît comme la conformation au Bien.
On parle donc d'hétéronomie de la morale, du grec hétéro, autre, et nomos, la loi. Cela implique
que le sens du devoir vient de l’extérieur.

Critiques d'une hétéronomie du devoir moral


Dans sa Généalogie de la morale ou son Par-delà le bien et le mal, Nietzsche récuse la morale
elle-même. Il la qualifie de « moraline » pour la déprécier. Selon lui, la distinction bien/mal n'est
qu'une construction sociale.
Ainsi, les individus les plus faibles physiquement auraient un jour décidé de prendre le pouvoir sur
les plus puissants physiquement, en qualifiant la violence de « mal » et en créant la culpabilité.
Ainsi, la morale du bien et du mal ne serait qu'un savant édifice destiné à asseoir la domination
des plus faibles, et à écraser la puissance physique des plus forts.

L'outil sociologique
Au XXe siècle, Émile Durkheim affirme que le concept de « devoir moral » n'est que l'intériorisation
d'une culture et de valeurs qui unifient une société. En d'autres termes, on peut toujours parler
d'hétéronomie de la conscience morale, cette fois non pas en tant que transcendance divine, mais
parce que la morale serait l'héritage de toute une tradition : les « mœurs », du latin mores qui
signifie « les habitudes ». On croit que l'on fait le bien parce que l'on sait intimement ce qu'il est
bien de faire ; or, Durkheim affirme que c'est parce que tout le monde, dans la société, agit ainsi,
que l'on croit faire le bien. On transforme le « fait » en « devoir » et en « droit ».

Autres critiques
Avec la problématique du devoir surgit celle de l'articulation entre le fait et le droit : ce n'est pas
parce qu'il est courant d'agir d'une certaine manière, que cette attitude est légitime. Au contraire, il
y a lieu de questionner les devoirs moraux au sein d'une société, car ils peuvent perpétuer des
inégalités sociales critiquables. C'est à cette critique que le philosophe français du XXe siècle
Michel Foucault s'est appliqué, notamment à travers ses ouvrages sur l'Histoire de la sexualité ou
encore La Volonté de savoir. Selon Foucault, les normes sociales et les impératifs qu'elles
véhiculent (les « Tu dois faire ci ou ça ! ») sont en vérité des contraintes destinées à asseoir le
pouvoir et les inégalités sociales. Elles n'ont rien de légitime et doivent être questionnées.

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