Concepts de base et introduction
MMD 6510 – Pharmacologie appliquée à l’anesthésie
Le 26 mai 2010
Simon Tremblay, pharmacien, M.Sc
Objectifs
Introduction aux notions de base en pharmacocinétique
(PK) et en pharmacodynamie (PD)
Comprendre les mécanismes généraux de la distribution du
médicament jusqu’à son site d’action
Comprendre les notions d’élimination des médicaments
selon leurs propriétés intrinsèques
Comprendre l’interaction médicament-corps qui permet
un effet physiologique
Comprendre les effets qui peuvent modifier la réponse
physiologique
Comprendre les mécanismes généraux d’interactions
médicamenteuses
Plan de la présentation
Pharmacocinétique
Absorption
Distribution
Élimination
Modèles pharmacocinétiques
Pharmacodynamie
Transduction du signal biologique
Interaction ligand – récepteur
Type de récepteurs
Évaluation de l’effet clinique
Intéractions médicamenteuses
PK – Principes de base
Rien ne se perd, rien ne se crée
Tout ce qui rentre ressort
Les agents
se diluent dans des volumes de distribution
ont une clairance déterminée
PK – Définition
Relation entre une dose d’agent administrée et la concentration
dans différents compartiments – Effet du corps sur l’agent
Entéral/IR basse vs autres voies
Intraveineuse
Intra pulmonaire
Intra artérielle
Sous-cutanée
Évite le tube digestif et l’effet de
Transdermique
premier passage hépatique (EPPH)
Intra osseuse
Intra musculaire
Intra rectal haute
Sub linguale
Péridurale
PK – Absorption orale
PK – Absorption orale
PK – Absorption orale
Barrières à l’absorption orale
Poids moléculaire
Lipophilicité
Dissolution
pH local
Ionisation
Métabolisme
Transporteurs
Flot sanguin
Interactions
La biodisponibilité (F) est fonction de l’absorption et du
métabolisme local
PK - Définition
Sang
Dose
(quantité) Compartiment 1
Compartiment 2
Élimination
PK – Volume de distribution (Vd)
Distribution d’un agent dans le sang et tissus
Passe d’un état très concentré (seringue)
Se dilue dans le sang et les tissus
Notion de concentration
Quantité (dose)
Concentration =
Volume (Vd )
Sang Donc
Dose
(quantité) Quantité (dose)
Vd =
Concentration
Propriété intrinsèque de l’agent
PK – Un mot sur le Vd central…
Utilité: extrapoler la Cmax
à partir de t=30 secondes
Influence du:
Site de prélèvement
Temps de prélèvement
PK – Vd périphérique
Plasma (compartiment
central) = hydrophile
Compartiment 1 Compartiment 2
Agents anesthésiques
souvent ++ lipophiles
Forte distribution dans
les tissus périphériques
Coefficient octanol-eau
connu
Solubilité d’un agent
précis dans les tissus
inconnu
Explique les hauts Vd
observés (apparents)
PK - Clairance
Clairance = enlever un agent d’un compartiment
(capacité du corps à éliminer l’agent d’un endroit
précis)
≠ nécessairement l’élimination de l’agent hors du
corps
Intercomparitmentale
Transfert entre les compartiments
Systémique
Élimination de l’organisme (métabolisme, etc)
Mesurée en « flot » ; quantité de sang purgée de l’agent
par unité de temps (p.ex: L/min)
PK - Clairance
La plupart des agents anesthésiques sont éliminés par
le foie
Le rémifentanil, la succinylcholine, l’esmolol et
l’adénosine sont clairées par des estérases plasmatiques
Le pancuronium est éliminé au niveau rénal
Clairance hépatique
Métabolisme
Oxydation (CYP450)
Glucuroconjuguaison
PK – Clairance hépatique
Ce qui nous intéresse:
Ce qui reste dans le sang après le passage par le foie
Cin Cout
Agent extrait
Or, la capacité métabolique du foie est-elle infinie?
Non
PK – Clairance hépatique
Donc nous assumons
Forte extraction hépatique
Le foie a une forte affinité pour le médicament utilisé, il le
métabolise fortement
Capacité métabolique >>> concentration médicament
Concentrations utilisées faibles
Aucune saturation
La clairance hépatique est proportionnelle au flot
hépatique
Plus il y a de sang qui passe au foie, plus grande va être la
quantité de médicament éliminée (mais toujours au même
taux)
PK – Clairance hépatique
Si faible extraction hépatique
Le foie a une faible affinité pour le médicament utilisé, il
le métabolise peu
Capacité métabolique < concentration médicament
Concentrations utilisées faibles
Faible risque de saturation
La clairance hépatique est proportionnelle à la capacité
métabolique du foie
Plus le foie est capable de métaboliser le médicament
(insuffisance hépatique vs induction enzymatique), plus le
métabolisme sera affecté indépendamment du flot
PK – Liaison protéinique
Plusieurs agents se lient à l’albumine et à la α1-
glycoprotéine k on
[Médicament libre] + [sites de liaison protéinique libres]↔
k
[médicament lié]
off
Seules les molécules libres (non liées) peuvent
être efficaces et se rendre au site d’action
fu =
[médicament libre]
[médicament total = ([médicament lié] + [médicament libre])]
À l’équilibre, quelle est la relation entre libre et lié?
Ka =
kon
=
[médicament lié]
koff [médicament libre][médicament lié]
PK – Liaison protéinique
En combinant ces équations, on trouve que:
1
fu =
1 + K a [Protéines]
DONC
La fu ne dépend que de la concentration en protéines
Lorsque [médicament] <<<<< [protéines]
La Ka ne change pas pour un agent donné ou en
présence de maladie
La [Protéines] est variable selon l’état du patient
(maladie, volémie, etc)
PK – Liaison protéinique
Si le médicament est fortement lié et hypoalbuminémie
Diminution de dose pourrait être nécesaire
Si le médicament est faiblement lié et hypoalbuminémie
Aucune différence dans l’effet clinique
Si extraction hépatique élevée et hypoalbuminémie
Aucune différance dans l’extraction hépatique (ne dépend que
du flot hépatique)
Si extraction hépatique faible et hypoalbuminémie
Augmentation de l’extraction hépatique (extraction dépend
du gradient de concentration)
PK – Clairance rénale
Formule de Cockroft-Gault
(140 - âge [années] x poids (kg)
ClCr (mL/min) =
49 x créatinine sérique (umol/L)
Multiplier par 0,85 pour femmes
Dépend de l’âge (créatinine normale ≠ ClCr normale)
Attention patient obèses, cachexiques, amputations
Collecte urinaire de 24h
PK - Clairance Quantité (dose)
Vd =
Concentration
Sang
Compartiment 1
Compartiment 2
Élimination
Hépatique
Rénale
Autre
PK – modèle d’ordre 0
L’élimination de l’agent est constante en fonction du
temps
Suggère des mécanismes d’élimination facilement
saturables
Peu de molécules
Éthanol, (salicylates, phénytoïne, théophylline tous à haute
dose)
PK – cinétique d’ordre 0
Concentration en fonction du temps – dose unique
Cinétique d’ordre 0
Temps
dx Intégrale
=k x(t ) = x0 + k × t où x0 est la concentration au temps 0
dt
PK – cinétique d’ordre 1
Concentration en fonction du temps – dose unique
L’élimination est proportionnelle à la quantité
dx Intégrale
=k×x x(t ) = x0 × e − kt où x0 est la concentration au temps 0
dt
PK – cinétique d’ordre 1
Pour rendre les calculs plus faciles…
Effectuons le ln de chaque côté
x(t ) = x0 × e − kt ln( x[t ]) = ln( x0 × e − kt )
ln( x[t ]) = ln( x0 ) + ln(e − kt )
ln( x[t ]) = ln( x0 ) − (k × t )
PK – cinétique d’ordre 1
Ce qui nous intéresse vraiment..
Le tems de demie-vie
k=
∆ ln( x )
=
1
ln( x ) − ln x
1
2 où on1simplifie 1
1
2
1
x
ln( x ) − ln x = ln
1x
1
1
= ln(2) ≅ 0,693
∆t t −t 1 = t1 2
2 2
ln(2)
Donc k =
t1
2
ln(2)
Et ainsi t 1 =
2 k
PK – Modèle unicompartimental
On imagine le corps comme un seul gros pot
Toute la dose donnée reste dans ce gros pot
Dose bolus IV
t ½ proportionnel à Vd et inversement proportionnel à
clairance
DONC
Plus gros Vd = plus long temps de demie-vie
Clairance qui chute = plus long tempe de demie-vie
PK – Modèle unicompartimental
Sang
Clairance
PK – Modèle unicompartimental
Cinétique d’infusion
But: Obtenir une concentration constante
Malgré l’élimination du compartiment
Obtenu lorsque taux d’infusion (I) = taux d’élimination
du corps (I = C x Cl)
Css obtenue à 5 à 7 fois t1/2
PK – modèle multicompartimental
Le bolus se distribue presqu’instantanément dans
différents endroits (compartiments) d’où la perte
rapide de Cp au début
PK – Modèle multicompartimental
PK – Clairance de distribution
Transfert des agents entre le sang et les tissus
périphériques
Généralement, n’élimine pas les médicaments de
l’organisme
Fonction du débit cardiaque, flot sanguin tissulaire
périphérique et de la perméabilité capillaire
Médicaments qui se distribuent beaucoup
Cl distribution ≅ DC
Médicaments métabolisés dans le plasma/tissus
périphériques
Peut être supérieure au DC
PK – Se rendre au site d’action
PK – Se rendre au site d’action
PK – Relation entre PK et PD
PK – interactions médicamenteuses
Cytochromes P450
Superfamille d’enzymes dégradant les médicaments
Notation: CYP = cytochrome
Différentes familles: 3A, 2C, 2D
Ceux d’intérêt particulier: CYP3A4, 2c9, 2c19, 2D6
Peuvent être
Induits
Inhibés
Variation génétique
PK – interactions médicamenteuses
Induction
↑ de production des enzymes via génétique
Prend du temps (variable selon les agents)
La plupart des antiépileptiques, la rifampicine
↑ élmination = ↓ t1/2
Inhibition
Empêchement de lier le médicament au site catalytique
Apparition très rapide
↑ effet et accumulation du médicament
Antifongiques, antibiotiques, IP
PK – interactions médicamenteuses
Variations génétiques
7-10% des caucasiens sont métabolisateurs lents du
CYP2D6 ou ultra-rapides
Un médicament est un substrat et peut être
Inhibiteur (mineur à majeur)
Inducteur (mineur à majeur)
Simplement substrat
Tout ceci en même temps sur différents cytochromes
Un substrat n’est pas nécessairement inhibiteur
PK – interactions médicamenteuses
Un exemple classique… la codéine
CYP2D6
Métabolisateur lent Morphine
Codéine
PK – interactions médicamenteuses
Un exemple classique… le métoprolol
CYP2D6
Métoprolol
Paroxétine
PK – interactions médicamenteuses
La plus importante famille de CYP en anesthésie
CYP3A4
La plus vaste
Métabolise un nombre important d’agents utilisés en
anesthésie
Opioïdes (fentanyl, alfentanil, sufentanil, méthadone),
benzodiazépines (diazépam, midazolam, alprazolam, triazolam)
Anestésiques locaux (cocaïne, lidocaïne, ropivacaïne)
Stéroides
Bloqueurs des canaux calciques
Halopéridol
Halothane
PD - Définition
Relation entre la concentration plasmatique et l’effet
thérapeutique–Effet du médicament sur le corps
Comment l’effet se fait-il?
Transduction du signal biologique
Quelle est la relation entre l’effet et la dose administrée?
Puissance
Efficacité
PD – Principes de base
Les médicaments peuvent être des agonistes, des agonistes partiels, des
agonistes neutres, des agonistes inverses ou des antagonistes
Une partie des récepteurs sont dans un état activé en présence du médicament.
Donc un effet de base en absence de médicament ne représente pas l’état où
tous les récepteurs sont inactivés
4 types principaux de récepteurs
Couplés aux protéines G (opioids, catecholamines)
Canal inonique lié à un ligand(hypnotics, benzodiazepines, muscle relaxants,
ketamine)
Canaux ionique voltage-dépendants(local anesthetics)
Enzymes (neostigmine, amrinone, caffeine).
Concepts fondamentaux reliant concentration et réponse
Puissance
EFficacité
2 méthodes principales d’interaction
PK – systèmes enzymatiques
PD – synergie ou antagonisme de l’effet thérapeutique
PD – théorie des récepteurs
Le médicament (ligand = L) doit se lier à un site
d’action pour faire effet (récepteur = R)
Relation dictée par la loin d’action de masse
k on
koff
[L] + [R]↔ [LR ] kd =
k off kon
kd = constante de dissociation
kd faible = haute affinité de l’agent pour le récepteur
kd haute = faible affinité de l’agent pour le récepteur
PD – État des récepteurs
Inactif
Activé
État de transition
Ligands
Agonistes, agonistes partiels, agonistes inverses,
antagonistes
Compétitifs ou irréversibles
PD – Types de ligands
Agonistes
Causent une réponse physiologique
Peut aller jusqu’à la réponse maximale
PD – Types de ligands
Agonistes partiels
Causent une réponse physiologique
Ne causent pas de réponse maximale
Saturation de l’effet pharmacologique malgré l’augmentation
de doses
PD – Types de ligands
Antagonistes
Empêchent l’action de l’agoniste
Ne font un effet qu’en présence d’agoniste
N’affectent pas l’activité de base du récepteur
PD – types de ligands
Agonistes inverses
Empêchent l’activation du récepteur
Diminuent l’activité à moins que l’activité de base du
récepteur
-1
PD – Types de ligands
PD – Localisation des récepteurs
Il y en a partout!
Membranes cellulaires
Cytoplasme
Dans les organelles
Noyeau
PD – Structure des récepteurs
Canaux ioniques
Dépendants du voltage
« Senseur » de voltage
Charges intracellulaires qui voyagent selon le
champ électrique cellulaire
Dépolarisation cellulaire = changement de
conformation du canal
Augmente la perméabilité à certains ions
PD – Structure des récepteurs
Canaux ioniques liés à un ligand
Dépendant du voltage et d’un ligand
Hybride entre protéine de liaison et canal ionique
Le ligand change le potentiel électrique de la membrane
Module l’effet du ligand endogène du récepteur
PD – Structure des récepteurs
Pompes ioniques
Échanges d’ions entre les milieux intra et extracellulaires
Altération du potentiel membranaire
PD – Structure des récepteurs
Liés à la protéine G
7 passages transmembranaires
PD – Seconds messagers
La liaison au récepteur (et la transmission à la protéine
G) ne fait pas un effet immédiat
Effet médié par une série de réactions biochimiques
Effet intracellulaire
Plusieurs types de protéines G
Gs, Gq: effet stimulant, ↑ effets/énergie
Gi, G0: effet inhbiteur, ↓ effets/énergie
Vont souvent influencer des protéines kinases, des
courants ioniques et des enzymes
PD – Seconds messagers
Plusieurs types
cAMP, cGMP, cADP-ribose, Ca2+, inositol phosphates,
diacylglycérol, NO
Rôle: les agonistes font amplifier les activations
récepteurs couplés à une protéine G
PD – seconds messagers
PD – Seconds messagers
Récepteur β-adrénergique
PD – Seconds messagers
Les seconds messagers et leurs effets varient selon le
sous-type de récepteur stimulé
PD – Évaluation de l’effet clinique
Suite à l’administration, l’agent a été
Absorbé
Distribué dans différents compartiments
Agit au niveau moléclaire (liaison au récepteur)
Stimulé la cible (et modifié le fonctionnement de la
cible)
Produit un effet physiologique (changement de
potentiel membranaire, seconds messagers, etc)
Produit un effet physiologique
PD – Évaluation de l’effet clinique
Courbe dose-réponse
Cγ
Effet = E 0 + (E max - E0 )
C50 + Cγ
PD – Évaluation de l’effet clinique
Puissance
Beaucoup de confusion dose vs concenration
L’effet que crée une certaine concentration de l’agent
Pour comparaison, on peut utiliser la concentration nécessaire
pour avoir 50% de l’effet maximal
PD – Évaluation de l’effet clinique
Efficacité
L’effet maximal que peut induire un ligand
Donc effet de saturation
Agoniste vs agoniste partiel
PD – Évaluation de l’effet clinique
ED50 et LD50
Effet maximal
Effet minimal
Mais cliniquement que vise-t-on?
ED50 = Dose pour avoir une réponse voulue chez 50%
TD50 = Dose pour avoir de la toxicité chez 50%
ED50 = Dose pour la mort de 50%
PD – Évaluation de l’effet clinique
A est rapidement
plus toxique que B
Même efficacité
Même puisance
Index thérapeutique
Relation entre
l’efficacité et le
risque de toxicité
Étroit
Large
A - TD50 TD50 - B
PD – interactions médicamenteuses
Même récepteur
k on
[L] + [R]↔
k
[LR ] Et c’est [LR] qui produit l’effet
off
2 agonistes (même récepteur et même puissance)
Même ka → courbes dose-réponse superposables
Différentes ka → courbes dose-réponse décalées
Fonction des affinités des différents agonistes
1 agoniste et 1 agoniste partiel
Diminution de l’efficacité maximale
PD – interactions médicamenteuses
PD – interactions médicamenteuses
Différents récepteurs
L’anesthésie est une combinaison de sédation, de
paralysie et d’analgésie
+++ d’interaction PD appliquées nécessaires et désirées
Effets additifs
Effets synergiques
Effets antagonistes
PD – interactions médicamenteuses
Effet de petites doses de fentanyl sur la probabilité de
bouger lors de l’incision en fonction de la CAM
d’isoflurane
PD – interactions médicamenteuses
Désensibilisation
Perte de l’effet pharmacologique malgré l’administration
d’une dose constante d’un médicament
Auto-phosphorylation du récepteur
Rétroaction négative
Altération des seconds messagers et des protéines G
Pousse la courbe dose-réponse vers la droite et peut
aussi diminuer la réponse maximale
Effet des agonistes exogènes ET endogènes
Diabète, hypertension, insuffisance cardiaque