Wcms 201828
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INTERNATIONALES
44 F
Rapport de synthèse
________
B. Lindsay Lowell
Allan Findlay
Préface……………………………………………………………………………. v
Résumé analytique……………………………………………………………….. 1
1. Introduction………………………………………………………………. …… 3
7. Conclusions………………………………………………………………..….. 36
iv
v
Préface
Ce rapport fait partie d'une série d'études effectuées sous la direction du Bureau international
du Travail dans le cadre du projet parrainé par le DFID sur "L'émigration de travailleurs
qualifiés (l'"exode des compétences") de pays en développement: Analyse de l'impact et
aspects politiques."
Le problème réside dans le fait que cette demande est satisfaite dans une large mesure par des
pays en développement, ce qui provoque un exode de travailleurs qualifiés. Bien qu'une
certaine mobilité soit évidemment nécessaire si l'on veut que les pays en développement
s'intègrent dans l'économie mondialisée, un exode considérable de travailleurs qualifiés fait
planer la menace d'un "exode des compétences" qui pourrait avoir un impact négatif sur la
croissance et le développement. Il est indéniablement nécessaire d'évaluer les coûts et les
avantages des tendances actuelles vers un exode des compétences afin de trouver des
solutions permettant d'atténuer l'impact négatif. Le livre blanc publié par le Département pour
le développement international (DFID) du gouvernement britannique intitulé "Eliminating
World Poverty: Making Globalisation Work for the Poor"(Lutter contre la pauvreté dans le
monde: Mesures à prendre pour que la mondialisation profite également aux pauvres) a
relevé à juste titre qu'il est nécessaire que les pays développés accordent une plus grande
attention à l'impact de l'exode des compétences sur les pays en développement. C'est dans ce
contexte que le Département pour le développement international du Royaume Uni s'est
adressé au BIT pour entreprendre une étude sur les sujets susmentionnés.
Résumé analytique
Le présent document est un résumé analytique des impacts de l'émigration de personnes
hautement qualifiées de pays en développement et des options politiques dont disposent les
pays développés. Des documents de base ont été élaborés sur la mobilité des qualifications et
les politiques adoptées à cet égard dans le monde entier; sur des processus et politiques
spécifiques au Royaume-Uni; et sur des processus et réponses encore plus spécifiques dans
huit pays: Argentine, Bulgarie, Inde, Jamaïque, Philippines, Afrique du Sud, Sri Lanka et
Uruguay.
Dans certains cas, l'exode des compétences de pays en développement peut stimuler la
croissance économique, mais des "exodes de compétences" considérables suscitent des
préoccupations. Pour évaluer cette éventualité, nous n'examinons que les données
comparatives établies en pour cent de personnes hautement qualifiées ayant émigré depuis
1990. Ces évaluations font apparaître qu'un petit nombre de pays en développement perdent
10 à 30 pour cent, parfois beaucoup plus, de leurs ressortissants ayant un haut niveau
d'éducation. Bien entendu il ne convient pas de se lancer dans des généralisations, mais il ne
fait pas de doute que des exodes de compétences aussi considérables peuvent devenir un
véritable défi pour certains pays en développement.
Comme c'est le cas pour la plupart des processus sociaux, l'impact net de l'exode des
compétences des pays en développement est un mélange d'effets directs et indirects. L'effet le
plus direct de l'exode des compétences est la réduction du nombre de travailleurs ayant un
bon niveau d'éducation. Ces travailleurs jouent un rôle capital pour la productivité et la
croissance économique d'un pays en développement. Leur exode génère toutefois aussi un
certain nombre de forces qui peuvent accélérer la croissance économique.
Par exemple, l'exode de compétences peut avoir trois conséquences positives. Les migrants
qui retournent au pays reviennent avec leurs qualifications et l'expérience de travail acquise à
l'étranger et favorisent ainsi la croissance de l'économie. Les expatriés qui restent à l'étranger
envoient de l'argent au pays en transférant une partie de leur salaire de travailleur; et
beaucoup d'observateurs affirment que leurs transferts de connaissances ou de technologique
aux pays en développement peuvent accroître la productivité et le développement
économique.
De même, certains théoriciens de l'économie se concentrent sur les effets directs tandis que
d'autres affirment que l'émigration en elle-même peut créer des opportunités. Les modèles
néoclassiques estiment qu'un exode des compétences important ralentit la croissance
économique et aggrave la pauvreté. Néanmoins, les possibilités d'émigrer en vue d'obtenir
des salaires plus élevés peuvent encourager des personnes à acquérir un meilleur niveau
d'éducation et cela peut conduire à un relèvement des taux d'inscriptions dans les
établissements d'enseignement nationaux. Les qualifications moyennes de la main-d'œuvre
s'améliorent et la croissance économique est stimulée – et il se pourrait qu'il y ait "un niveau
optimal" d'émigration qualifiée.
2
Enfin, les "échanges de cerveaux" entre pays caractérisent toutes les économies avancées, et
sont une des composantes du flux de biens et d'informations dans une économie mondialisée.
Un défi déterminant que les pays en développement devront peut-être relever est de veiller à
ce que l'échange de qualifications s'effectue correctement sur le marché de la main-d'œuvre
mondialisé. On dispose déjà d'exemples de pays en développement qui tirent profit de leurs
migrations internationales pour le commerce de services.
Tant les pays développés que les pays en développement du monde entier mettent en œuvre
des politiques pour faire face aux impacts de l'exode des compétences. On trouvera ci-après
six réponses, appelées les "six R." Un modèle des années 70 pour réparer la perte directe par
un "impôt sur l'exode des compétences" a été abandonné depuis longtemps. Trois des "R"
sont des variantes de la politique de gestion des migrations, à savoir retour, restrictions ou
recrutement. Pour ceux qui restent à l'étranger, il y a les politiques dont le but est de
transférer des ressources au pays ou les "options de diaspora". De vastes politiques de
rétention au moyen de la création d'institutions d'éducation et d'aide au développement
économique sont la meilleure réponse à long terme à l'exode des compétences.
Suggestions de politiques
! Les migrations internationales sont dans l'intérêt bien compris des pays en
développement. Les politiques d'immigration des pays développés devraient faciliter la
mobilité; elles devraient toutefois également comprendre des mécanismes visant à
promouvoir la croissance économique des pays en développement.
! Les arrangements de diaspora permettent de réunir un grand nombre de stratégies qui sont
principalement mises en œuvre par les pays exportateurs, mais auxquelles les pays hôtes
peuvent contribuer. Les organisations d'expatriés et les mécanismes de transfert de
3
technologie jouent un rôle important, tout comme les dispositions visant à faciliter les
envois d'argent ou les investissements.
1. Introduction
L'émigration de personnes hautement qualifiées de pays en développement vers des pays
développés s'est accrue au cours de la dernière décennie.1 D'une part, il y a eu une
accélération de la demande de travailleurs qualifiés dans les économies développées qui ont
connu des pénuries de main-d'œuvre. D'autre part, l'amélioration des salaires et conditions
d'emploi, des informations, du recrutement, les moyens de transport meilleur marché
encouragent les migrants qualifiés à chercher des emplois dans des économies développées.
La mondialisation établit des liens entre les marchés du travail et génère des flux de
travailleurs entre les grandes villes du monde qui ont des hiérarchies de la demande de
travailleurs bien établies.2 Quelles sont les conséquences pour les pays en développement et
qu'elles sont les mesures appropriées que doivent prendre les pays développés pour faire face
à ces nouvelles formes de mobilité?
Ce document est un rapport analytique d'un projet de recherche entrepris par le Bureau
international du Travail pour le Department for International Development du Royaume-Uni.
Des documents de base ont été préparés sur l'impact de la mobilité de travailleurs hautement
qualifiés originaires de pays en développement, sur les mesures de politique générales, sur les
processus et mesures spécifiques au Royaume-Uni; ainsi que sur des mesures encore plus
spécifiques prises par huit pays dans deux régions: Argentine, Bulgarie, Inde, Jamaïque (et
les Caraïbes), Philippines, Afrique du Sud (et Afrique australe), Sri Lanka et Uruguay.3 Ce
rapport résume les points saillants de 12 documents de base et contient des suggestions en ce
concerne les principales orientations de politique que les pays développés pourraient adopter
pour gérer le flux de travailleurs qualifiés originaires de pays en développement.
1
L'encadré 1 explique la terminologie employée lors des discussions sur les migrations internationales de
travailleurs hautement qualifiés.
2
Castles, 1999.
3
On trouvera un résumé de ces études de pays dans l'encadré 2.
4
options de politiques générales que des pays développés pourraient adopter pour faire face
aux schémas de la mobilité de travailleurs hautement qualifiés originaires de pays en
développement.
"La sélectivité d'après l'éducation" se réfère à la population qui vit à l'étranger; elle ne sert à
déterminer que le pourcentage des émigrants qui ont une éducation supérieure. Dans la
plupart des pays en développement, elle reflète la mesure dans laquelle l'émigration est une
option plus attrayante pour les travailleurs ayant reçu une éducation "tertiaire". La figure 2
montre que dans les cas de l'Amérique du Nord et des pays de l'Europe de l'Est, la sélectivité
par rapport à l'éducation tertiaire a été la plus faible comparée aux autres régions, tandis qu'en
Afrique elle a été la plus la plus forte. Ailleurs, le schéma de la sélectivité d'après l'éducation
est un peu différent de celui de la perte cumulative. Ces variations résultent bien entendu du
fait que les deux mesures servent à évaluer des aspects différents du total des émigrants.
Le pourcentage de perte de personnes qualifiées ayant une éducation "tertiaire" est beaucoup
plus élevé que celui des personnes ayant une éducation secondaire, tandis que la perte de
personnes n'ayant qu'une éducation primaire est très faible (et n'est par conséquent pas
représentée). Ceux qui peuvent émigrer sont les personnes qui ont une éducation "tertiaire" et
dont les qualifications sont les plus recherchées à l'étranger; ce sont aussi les candidats à qui
l'émigration devrait le plus profiter. Beaucoup de pays en développement ont toutefois un
4
Carrington et Detragiache 1998.
5
Figure 1. Perte cumulative en pour cent des personnes ayant une education
tertiaire ou secondaire (OCDE par région de provenance, 1990)
Asia et le Pacific
Afrique
Am. du Nord
Am. du Sud
Europe de l’Est
Asia et le Pacific
Africa
Am. du Nord
Am. du Sud
Dire que la "sélectivité" est plus faible pour les personnes ayant une éducation primaire n'est
pas en contradiction avec la constatation qu'un grand nombre d'émigrés en situation régulière
ou irrégulière ont très peu d'éducation. Il est vrai également que si un pays de provenance
compte peu de personnes ayant une éducation tertiaire, même un faible nombre d'émigrants
peut avoir des effets négatifs pour la population qui reste au pays.
Il ne fait pas de doute que la perte cumulative peut prendre des proportions considérables
quand on établit la moyenne pour l'ensemble des pays en développement. Il y a toutefois de
6
nombreuses variations entre les diverses économies nationales. Et, ce qui est le plus
important, ces évaluations démontrent que la circulation de travailleurs hautement qualifiés
n'a un impact significatif que pour un petit nombre de pays en développement. Des pertes de
10 à 30 pour cent – qui peuvent aller jusqu'à 75 pour cent dans quelques cas - du segment de
la population ayant une éducation tertiaire sont en apparence significatives. Bien que des
généralisations sur l'"exode des compétences" n'apportent pas d'informations sûres, il
semblerait que les volumes d'émigrants hautement qualifiés soient assez considérables et
constituent un grave défi pour certains pays en développement. Il est intéressant de constater
que les pays en développement les plus touchés sont habituellement des pays exportateurs de
migrants vers les Etats-Unis. Les autres pays en développement touchés comptent en général
moins d'émigrants qui partent aux Etats-Unis. Dans l'ensemble, les pays européens, et
notamment le Royaume-Uni, accueillent davantage de migrants qualifiés d'autres parties du
tiers-monde.
Des travaux de recherche sur la dernière décennie montrent que les données restent
parsemées, comme le font apparaître les études de cas effectuées dans le cadre de ce projet.
Par exemple, la Bulgarie ne dispose que de données globales sur la circulation des personnes
et – ce qui est souvent le cas - d'aucune information sur les qualifications des émigrants. Il
n'en reste pas moins qu'environ un tiers des étudiants d'un établissement d'enseignement
supérieur interrogés dans le cadre de l'enquête ont déclaré qu'ils avaient l'intention d'émigrer.
Des données plus solides indiquent que l'Uruguay a perdu environ 12 pour cent de la totalité
des travailleurs intellectuels durant les années 80. Des données spécifiques à certaines
professions indiquent que deux tiers du personnel infirmier jamaïcain et 60 pour cent des
docteurs en médecine des Philippines ont émigré. Un projet ambitieux en Afrique du Sud
fournit pour la première fois des évaluations fiables sur l'émigration pour la région, en
utilisant les données des pays d'accueil; cette étude apporte des informations sur un exode
considérable et croissant au cours des décennies passées. Les auteurs évaluent la "perte" de
manière différente que dans les cas susmentionnés en choisissant d'indiquer que 13 pour cent
des travailleurs intellectuels qui se sont trouvés sans emploi ont émigré. Les rapports du
projet font valoir bien clairement que diverses méthodes et mesures sont utilisées, et qu'un
gros effort doit être fait pour arriver à une série de données comparables au niveau
international. Il n'y a guère lieu d'être satisfait de cet état de choses, d'autant plus que
l'émigration de personnes hautement qualifiées a fortement augmenté au cours de la dernière
décennie.
Nous passons ensuite en revenu les travaux de recherche relatifs à l'impact de l'émigration de
personnes qualifiées sur les pays en développement. La plupart des économistes arrivent à la
conclusion que des pertes de qualifications considérables portent préjudice aux pays en
7
développement. Mais un certain degré d'émigration peut en fait profiter aux pays en
développement, en suscitant un plus grand nombre d'inscriptions dans les établissements
d'éducation nationaux, et en déclenchant des effets de rétroaction allant des envois d'argent
(parts de salaires) aux transferts de technologies. La mobilité des personnes qualifiées est
d'ailleurs une partie intégrante des processus de mondialisation. Beaucoup d'analystes des
politiques ne cherchent pas tellement à savoir si la mobilité des personnes qualifiées est
"bonne" ou "mauvaise", mais relèvent son rôle en tant qu'élément inhérent de la
mondialisation et étudient les conditions devant être remplies pour que ces processus
bénéficient aux pays pauvres. Ils estiment par conséquent que l'attention devrait être centrée
sur les mesures de politique de gestion des migrations devant être prises afin que les pays
pauvres puissent tirer profit de ces changements sociaux et économiques importants.5
Des ouvrages ultérieurs passent toutefois en revue les hypothèses des premiers analystes et
conviennent que les modèle néoclassiques de développement économique prévoyaient que
l'exode des compétences aurait un des effets négatifs sur les pays de provenance.7 En
particulier, des niveaux élevés d'émigration de personnes qualifiées ralentissaient la
croissance économique (PNB) et avaient des conséquences négatives sur ceux qui restaient. Il
est donc probable que la pauvreté et l'inégalité augmentent.
Des modèles d'émigration de personnes hautement qualifiées étayent l'hypothèse que des
réductions du niveau moyen de capital humain ralentissent le développement économique; et
l'émigration a de toute évidence pour effet premier de réduire le capital humain. Des travaux
de recherche empiriques ont permis de constater que la croissance économique de l'Europe de
5
DFID, 2000.
6
Johnson, 1967; Berry et Soligo, 1969.
7
Bhagwati et Hamada, 1973.
8
Barro et Sala-I-Martin, 1995; Topel, 1998.
8
l'Est a été ralentie par l'émigration de personnes qualifiées durant les années 90.9 La perte de
capital humain paralyse le potentiel de croissance économique. D'autres conséquences
seraient des pressions exercées pour obtenir une augmentation des salaires des travailleurs
qualifiés restants et, partant, une inégalité accrue.
Une autre variante théorique arrive à la conclusion qu'à un certain niveau d'émigration
optimal (c'est-à-dire un niveau supérieur à zéro mais pas trop élevé), les pays de provenance
tirent profit de l'émigration. La possibilité d'émigrer vers des pays où les salaires sont plus
élevés peut encourager des ressortissants du pays à poursuivre des études à un niveau
supérieur dans l'espoir de pouvoir trouver ainsi un travail mieux rémunéré à l'étranger.
D'après un modèle économique, avec un volume d'émigration de personnes qualifiées
suffisamment élevé, la proportion de travailleurs qualifiés dans le pays de provenance
augmente.10 La perspective d'émigrer a pour effet d'accroître les taux de scolarisation et,
partant, le capital humain moyen; la croissance globale du pays de provenance peut donc être
stimulée.
Cela porte à penser qu'il peut y avoir un "niveau d'émigration optimal" ou un "exode des
compétences bénéfique". Si l'émigration est bloquée à ce stade, l'incitation à poursuivre des
études sera moindre, mais avec un niveau d'émigration de personnes qualifiées excessif le
total des travailleurs qualifiés se réduira plus rapidement qu'il ne pourra être reconstitué. Dans
ces modèles économiques, il y a un niveau "adéquat" d'émigration de personnes hautement
qualifiées. Une analyse empirique étaye ces prévisions théoriques dans une certaine mesure.11
Il est possible qu'un niveau d'émigration optimal ait un effet d'incitation à la poursuite
d'études supérieures dans les pays en développement et stimule la croissance économique.
La mobilité internationale de travailleurs qualifiés déclenche des effets de rétroaction qui ont,
en général, des résultats économiques positifs. Les migrations de retour peuvent notamment
réapprovisionner le pays de provenance en travailleurs hautement qualifiés et, dans la mesure
où les migrants qui reviennent au pays sont plus productifs, ils donnent une impulsion
supplémentaire à la productivité nationale. Les envois de fonds assurent un retour d'argent au
pays. Et les transferts de technologies peuvent être aussi importants que le retour des
expatriés en personne.
9
Haque et Aziz, 1999; Wong et Yip, 1999; Straubhaar et Wolburg, 1998.
10
Mountford, 1997.
11
Beine et al., 1999.
9
Echanges de compétences
Un pays de provenance donné peut échanger des migrants hautement qualifiés avec un ou plusieurs pays. Un
"échange de compétences" se produit quand la perte des travailleurs originaires du pays" est compensée par un
afflux équivalent de travailleurs étrangers hautement qualifiés.
Exportation de compétences
Dans un petit nombre de cas, des pays en développement choisissent de former et d'exporter leurs travailleurs
hautement qualifiés, soit dans le cadre de programmes de contrats bilatéraux, soit dans le cadre d'une
émigration organisée par des agents libres. Le but de la stratégie est de mieux équilibrer le bilan national soit en
améliorant le rendement de la formation et en tirant profit du retour de travailleurs plus expérimentés, soit grâce
aux envois d'argent, aux transferts de technologies et aux investissements.
10
Des taux élevés de migrations de retour après un séjour temporaire à l'étranger peuvent être la
meilleure des choses dans le cas d'un "exode des compétences" optimal. Des travailleurs
nationaux feront peut-être des études d'un niveau supérieur dans l'espoir de pouvoir aller à
l'étranger, et s'ils reviennent au pays ils peuvent accroître la productivité nationale moyenne,
tout particulièrement s'ils reviennent après avoir acquis une expérience et des compétences
dans une économie plus avancée. Beaucoup d'observateurs pensent que les taux des retours
sont assez élevés – en moyenne, au moins 50 pour cent des émigrés qualifiés reviennent au
pays. Ces observateurs préfèrent parler de "circulation des compétences" et d'éviter le terme
de "fuite des cerveaux".12
Certains économistes font valoir que les migrations de retour peuvent être plus efficaces pour
activer le développement et améliorer les salaires que l'assistance étrangère, du moins lorsque
ce sont des experts d'économies développés qui dirigent les projets de développement et non
pas des travailleurs locaux. Les résultats dépendent du rapport entre la croissance des
économies de destination et celle des pays en développement; en général, les "conseils
d'experts" venant de pays développés ne sont pas forcément aussi efficaces que les politiques
qui encouragent le retour des émigrés qualifiés et qui emploient des travailleurs du pays en
développement. 13 Des consultants extrêmement bien rémunérés dans le pays de provenance
d'émigrés peuvent, à long terme, fausser la structure des salaires et encourager l'émigration de
travailleurs qualifiés locaux.
Les multinationales qui transfèrent des unités dans des pays en développement y affectent
habituellement leurs propres gérants et travailleurs qualifiés. Les données disponibles
semblent indiquer que les sociétés transnationales n'engagent pas très rapidement des cadres
locaux ou des ressortissants nationaux employés dans d'autres entreprises pour leurs postes de
rang élevé, et ont encore moins tendance à transférer de telles personnes qualifiées à des
postes de direction dans d'autres entités internationales.14 On fait toutefois aussi valoir qu'au
fur et mesure que les sociétés acquièrent une expérience et une présence internationale, elles
changent leur stratégie d'affaires et cessent d'employer uniquement des cadres supérieurs
venant du pays du siège et commencent à engager des cadres et des travailleurs qualifiés
locaux.15 De tels changements intervenant dans les possibilités d'emploi peuvent contribuer à
encourager le retour de ressortissants nationaux qualifiés et accélérer la croissance des pays
en développement.
Quand ils choisissent d'émigrer, la plupart des émigrants internationaux ont l'intention
d'envoyer une partie de leurs gains au pays pour aider leur famille directe ou élargie. Les
critiques affirment que l'argent envoyé est dépensé en consommation et ne donne guère une
impulsion à la production intérieure, à l'emploi, ou aux exportations, tandis qu'il accroît la
volatilité du marché et l'inégalité. En revanche, des ouvrages empiriques récents arrivent à la
12
Johnson et Regets, 1998; Appelyard 1991.
13
Haque et Kahn, 1997.
14
Findlay et al., 1996.
15
Straubhaar et Wolter, 1997.
11
conclusion que les envois d'argent ont des "effets de multiplication sur le PNB" qui
accroissent le revenu national.16
Malheureusement, les chercheurs n'ont pas fait de distinction entre les différents groupes
d'émigrés et ont omis dans la plupart des cas d'étudier justement le comportement des
émigrés hautement qualifiés en ce qui concerne les envois d'argent au pays de provenance.
Nous savons, par exemple, que les effets de multiplication sont les plus importants dans les
zones rurales, qui sont les zones dont les émigrés hautement qualifiés sont le moins
susceptibles d'être originaires. Il est possible que chaque dollar envoyé au pays par un émigré
non qualifié ait en effet de multiplication plus grand pour le développement qu'un dollar
envoyé au pays par un émigré hautement qualifié. De plus, les émigrés qualifiés sont plus
susceptibles de voyager avec leur famille et leur intégration plus rapide à l'étranger peut déjà
réduire le montant d'argent qu'ils enverront au pays. Une analyse empirique des envois
d'argent en Europe de l'Est est arrivée à la conclusion que ces envois d'argent ne compensent
pas le ralentissement de la croissance économique due à la perte de capital humain.17
Mais les choses pourraient bien ne pas être aussi simples. Il y a d'autres voies par lesquelles
les envois d'argent des personnes hautement qualifiées ont une influence positive sur le
développement du pays de provenance. Les émigrés hautement qualifiés gagnent plus que
leurs compatriotes peu qualifiés et des données empiriques démontrent que les probabilités
d'envois d'argent, ainsi que le montant envoyé, augmentent avec l'importance des gains des
émigrés. Il s'ensuit que si moins d'émigrés hautement qualifiés envoient de l'argent au pays,
lorsque ces émigrés envoient de l'argent ils peuvent fort bien envoyer des montants plus
élevés. Des sommes d'argent plus considérables permettent de faire des dépenses plus élevées
pour un éventail de biens plus grand qui génèrent des effets de multiplication dans l'ensemble
de l'économie.
De plus, des travailleurs hautement qualifiés auront peut-être davantage tendance à investir
dans leur pays d'origine. Il convient de donner ici un exemple spécial d'un investissement qui
reflète en partie des motivations identiques à celles des envois d'argent. Par exemple, le
gouvernement indien organise des campagnes aux Etats-Unis et ailleurs pour demander
instamment aux émigrés hautement qualifiés d'investir dans des obligations garanties d'envois
de fonds au pays. Les obligations sont introduites sur le marché par le gouvernement et sont
ensuite alimentées en capitaux par les flux de futurs transferts de fonds en Inde. Les comptes
en devises étrangères bénéficiant de taux de change préférentiel et de taux d'intérêts
préférentiels/garantis sont un autre moyen pour les pays en développement d'attirer des gains
d'expatriés. De telles possibilités d'investissement sont en général l'apanage des émigrés
hautement qualifiés. Une étude effectuée en Inde contient une discussion très complète des
différentes formes de transferts de fonds.18
16
Taylor et Adleman, 1995.
17
Straubhaar et Wolburg, 1998.
18
Khadria, 2001.
12
technologies nouvelles ce qui donne de l'élan à la croissance du pays de provenance. Que les
émigrés restent à l'étranger temporairement ou en permanence, les liens qui subsistent avec le
pays de provenance peuvent accroître les connaissances et les technologies disponibles dans
ce pays et améliorer sa productivité.
Parfois des expatriés organisent des réseaux pour promouvoir les flux de retour de
connaissances et dirigent des projets de collaboration avec des chercheurs du pays d'origine.19
L'Internet a joué un rôle clé et au moins 41 nouveaux réseaux basés sur l'informatique ont été
créés dans les années 90. Ces réseaux ont apparemment été établis spontanément et de
manière autonome, sans dépendre les uns des autres. Il n'existe aucune évaluation fiable sur
les effets de ces organisations d'expatriés, mais elles faciliteront très certainement des liens
susceptibles de contribuer au développement. Le South African Network of Skills Abroad
(Réseau sud-africain des émigrés qualifiés) (SANSA) est un exemple d'un réseau actif qui
compte plus de 2000 membres (Bhorat, et al., 2001).
Il ne fait pas de doute que des politiques visant à renforcer les institutions d'éducation auront
un impact bénéfique à long terme. Des travaux de recherche montrent que la coopération
entre les pays développés et les pays en développement dans le cadre d'efforts académiques
ou de travaux de recherche améliorent les conditions pour la croissance économique des pays
en développement.20 Beaucoup d'observateurs affirment que les transferts de connaissances
ou de technologies sont un moyen initial pour les pays en développement de tirer profit des
liens avec des émigrés hautement qualifiés.
Durant les années 80, les théoriciens des sciences sociales ont observé une augmentation des
mouvements de travailleurs qualifiés entre pays développés et ils ont inventé le terme
d'"échanges des compétences".21 Les communications et les voyages modernes permettent de
se déplacer plus vite et à meilleur compte. Les transferts d'employés auxquelles procèdent les
sociétés entre leurs diverses entités sont un des facteurs qui ont contribué à l'accroissement
des mouvements de travailleurs qualifiés. Les agences internationales de recrutement ont
également contribué à l'augmentation des migrations entre les grandes villes. Les échanges
de compétences sont une caractéristique de toutes les économies avancées, et elles sont une
composante des flux de biens, d'informations et de ressources financières qui lient les pays
les uns aux autres.
19
Kaplan, 1997; Brown, 2000.
20
Smallwood et Maliyamkono, 1996.
21
Findlay, 2001a; Findlay, 1988.
13
Il ne fait pas de doute que les émigrés peuvent donner de l'élan aux échanges avec leur pays
d'origine. Les travaux de recherche sont arrivés à la conclusion que les communautés
transnationales donnent de l'impulsion au commerce (importations) de leur pays d'origine.
Une étude canadienne a constaté qu'au cours des années 80 une augmentation de 10 pour cent
du nombre d'émigrants d'un pays donné était suivie d'une augmentation de 1 pour cent des
exportations à destination de ce pays et de 3 pour cent des importations à partir de ce pays. 22
Des travaux de recherche de l'OCDE sur les immigrants dans trois pays d'accueil clés et dans
les principaux pays de provenance ont observé une augmentation des exportations et des
importations entre ces pays au cours des années 80.
Il semble que trois leçons importantes puissent être tirées des recherches sur le
développement économique, le commerce et les migrations de personnes hautement
qualifiées dans les nouveaux pays industriels (NPI) durant les années 80. 23 Premièrement, la
mobilité des qualifications dans les deux sens rend les économies en développement plus
attrayantes pour les investissements de capitaux internationaux. Deuxièmement, une
croissance économique rapide rend un pays plus attrayant comme pays de destination tant
pour des non-nationaux que pour les nationaux qui reviennent au pays. Troisièmement, le
passage d'une base de production à une économie de plus en plus orientée vers les services
requiert une mobilité toujours plus grande de travailleurs qualifiés si un pays veut devenir
vraiment compétitif au niveau du commerce international des services. L'accélération de la
mondialisation créée de nouveaux schémas des investissements étrangers et des échanges de
personnels qualifiés. Alors que ces tendances peuvent avoir profité initialement aux pays
développés, il y a de nombreux exemples de pays en développement qui s'engagent dans le
commerce international des services et qui en tirent profit.24
A un certain point de transition vers un commerce des services plus important les pays en
développement peuvent retenir des candidats à l'émigration et faire revenir des émigrés
qualifiés: la république de Corée, Taiwan, Hong-kong (Chine) et Singapour sont des
exemples à cet égard. Une mobilité accrue semble être étroitement liée tant à la tertiairisation
des personnels qu'à l'importance des services dans le commerce mondial, tout
particulièrement dans les économies développées.25
Ces études de cas du projet illustrent certains des points susmentionnés, mais elles
démontrent de manière très claire qu'il y a une diversité de conclusions analytiques.
Premièrement, il n'y a pas eu d'analyses empiriques systématique des impacts de l'émigration
de personnes qualifiées en Bulgarie, aux Philippines, ou au Mexique. En Argentine et en
Uruguay un empirisme critique des années 60 n'a pas été poursuivi, et a été remplacé
22
Vertovec, 1999; Head et Ries, 1998; Stalker, 2000.
23
Findlay et al., 1998.
24
Held et al., 1999.
25
Findlay, 2001b.
14
La plupart des études de cas disponibles présentent en détail les observations démographiques
disponibles. On estime en général qu’un « exode des compétences » intervient quand le degré
d’émigration qualifiée est élevé alors qu’il y a peu de retours au pays ou d’échanges de
qualifications venant de l’étranger, tout particulièrement dans une situation se caractérise par
des pénuries de main-d’œuvre nationale. L’étude sur l’Afrique du Sud porte à penser qu’une
grande part, peut-être la moitié, des émigrés ayant un bon niveau d’éducation reviendront
finalement au pays ; tel est également le cas pour l’Argentine. Mais la qualité est importante :
en Bulgarie, on a constaté que ce sont les émigrés les moins qualifiés qui reviennent et que
leur contribution à la vitalité économique du pays est faible. Au cours des dernières
décennies, la grande vague de retours qu’a connu la Jamaïque n’étaient que des personnes qui
prenaient leur retraite. Aux Philippines, on est préoccupé par le fait que ce sont les meilleurs
travailleurs, les éléments les plus brillants qui constituent la majorité de l’exode permanent,
laissant derrière eux les travailleurs les moins qualifiés.
Dans les autres cas, les analyses d’impact sont limitées à des formes d’influence spécifiques.
Nombre d’études ont mentionné les envois de fonds – les envois d’argent – en ne faisant que
peu de commentaires positifs. Il n’a pas été possible de démontrer que les flux monétaires
croissants activaient la croissance économique en Inde ou au Mexique. En Jamaïque, on a
signalé que les envois d’argent avaient conduit à de nouvelles constructions de logements,
mais qu’à part cela les envois d’argent n’avaient qu’un impact économique marginal et
incertain. Dans d’autres pays, tels que l’Argentine/Uruguay, la Bulgarie, les Philippines ou
l’Afrique du Sud, les envois d’argent n’étaient pas connus ou pas rendus publics. Seule l’Inde
a signalé des liens explicites avec les envois de fonds ou les investissements auxquels des
émigrés ayant un haut niveau d’éducation procédaient dans le cadre de programmes de dépôts
lancés par le gouvernement indien.
En ce qui concerne l’élan donné à l’éducation nationale, l’émigration qualifiée joue un rôle
difficile à définir. Aux Philippines un système d’éducation conçu pour répondre aux besoins
globaux permet de former davantage de diplômés des universités ; néanmoins, les 39 pour
cent des émigrés ayant une formation de travailleurs intellectuels réduisent à néant le
changement net des niveaux de qualifications des ressortissants du pays. Dans bien des
domaines qualifiés, les taux de chômage restent élevés. En Afrique du Sud, les augmentations
considérables d'inscriptions dans des établissements du tertiaire au cours de la dernière
décennie étaient orientées vers des domaines pour lesquels il y a peu de demande sur le
marché du travail tels que la philosophie ou les langues, pas les sciences. A Sri Lanka, avec
l'éducation gratuite le nombre des inscriptions dans des établissements d'enseignement
scientifique a plus que doublé au cours de la dernière décennie, mais la demande intérieure ne
peut pas absorber autant de diplômés universitaires et le chômage est élevé. L'Inde est une
véritable pépinière qui produit quelque 70-85.000 ingénieurs en progiciels et 45.000 diplômés
en informatique chaque année - ce qui répond à la demande mondiale d'informaticiens – et le
gouvernement prévoit de tripler ces chiffres d'ici 2002. En dépit de cela, le prévisionnistes
estiment qu'il y aura qu'il n'y aura pas assez de travailleurs ayant ces qualifications au niveau
national.
En Inde, il semble que la diaspora permet de plus en plus d'investir davantage dans les zones
rurales grâce aux émigrés qui reviennent au pays et à l'implantation d'entités d'industries de
15
haute technicité étrangères. Le rapport de l'Afrique du Sud parle en des termes favorables
d'un petit projet de retour de ressortissants africains qualifiés de l'OIM et de l'établissement
de liens entre universitaires, mais il ne fournit pas de preuves solides de l'existence d'apports
économiques. Tout en relevant de temps à autres le rôle que jouent à l'étranger des
universitaires ou des hommes d'affaires du pays, la plupart des études ne réunissent pas des
faits clairs pour démontrer que leur diaspora contribue de manière significative à la
croissance économique du pays. Elles ne parviennent pas non plus à associer de manière
univoque leur diaspora à l'accroissement des liens commerciaux à l'échelon mondial.
Comme nous l'avons déjà noté dans d'autres sections, certains faits portent à penser que ces
effets d'action en retour sont prometteurs. Il n'en reste pas moins que ces études font
apparaître que davantage de travaux de recherche sont nécessaires pour pouvoir déterminer
les conditions dans lesquelles la diaspora et les liens qui s'établissent à l'échelon mondial
stimulent la croissance économique - et c'est là malheureusement une conclusion générique
qui est presque un lieu commun. Les études de cas du projet démontrent toutefois aussi
clairement que, quelles que soient les constations moyennes relatives aux modèles
macroéconomiques, les différences entre les expériences nationales peuvent être aussi
grandes que leurs aspects communs. Tout en exposant des préoccupations justifiées au sujet
des effets négatifs de l'émigration de personnes qualifiées, les études font également
apparaître la diversité des espérances d'avenir.
Argentine et Uruguay
Après l'âge d'or scientifique des années 50 et 60, la dictature argentine a déclenché un retranchement général
et le pays n'est pas encore parvenu à revenir à une situation normale. En Uruguay également, on estime que la
dictature militaire a été la cause d'un exode d'un cinquième de la population active dans les années 80; environ
12 pour cent des cadres, techniciens et personnes appartenant à la catégorie des "professions libérales et
scientifiques" vivent à l'étranger. On est de plus en plus préoccupé par la perte de personnes hautement
qualifiées, qui est considérée comme une conséquence symptomatique de l'échec politique et d'un des niveaux
de dépenses de recherche-développement les plus bas d'Amérique latine. Parmi les mesures politiques prises,
il y a notamment l'appui apporté par la Banque interaméricaine de développement pour améliorer les institutions
de recherche. Dans les deux pays, des commissions nationales pour le retour d'émigrés ont été créées; en
Uruguay, l'Organisation internationale pour les Migrations a financé en partie ces politiques. Les deux pays ont
des organisations d'expatriés actives (voir Pellegrino, 2001).
Bulgarie
Après l'effondrement de l'Union soviétique, plus de 200.000 Bulgares ont quitté leur pays, et ils sont
actuellement quelque 50.000 a en faire de même chaque année. Des universitaires expérimentés qualifiés ont
été les premiers à quitter le pays, suivis de jeunes scientifiques auteurs de publications au niveau international.
On ne dispose pas de données sur les qualifications des personnes qui émigrent, mais des études effectuées
sur les personnes qui avaient l'intention d'émigrer ont permis de constater qu'un tiers des étudiants
d'établissements supérieurs souhaitaient émigrer. En dépit de son adhésion récente aux accords de Shengen,
aucun changement n'est intervenu dans les intentions d'émigrer, mais beaucoup de Bulgares n'ont pas les
moyens de se déplacer. Il semble que seuls quelque 20 pour cent des émigrés retournent au pays et qu'ils ne
soient pas des "agents de modernisation". De nouvelles initiatives cherchent à encourager l'emploi à court
terme à l'étranger dans le cadre d'accords bilatéraux conclu avec l'Allemagne, la Suisse, et beaucoup d'autres
pays, les intermédiaires jouant un rôle important. Certains de ces flux se composent de travailleurs qualifiés, par
exemple des techniciens médicaux sont envoyés en Libye.
16
Inde
L'Inde joue depuis longtemps un rôle important en tant que fournisseur de cadres, techniciens, personnes
appartenant à la catégorie des "professions libérales et scientifiques" ainsi que d'étudiants. Elle est aujourd'hui
le pays de provenance le plus recherché pour les travailleurs hautement qualifiés et la plupart des émigrants se
rendent aux Etats-Unis. L'Inde a déployé des efforts pour répondre rapidement à la demande d'informaticiens
en produisant plus de 120.000 diplômés par année et en prévoyant de doubler ce chiffre. Mais il y a une
"théorie d'anticipation" selon laquelle les impacts à long terme de l'exportation d'informaticiens pourraient
conduire à des pénuries d'informaticiens nettement supérieures aux nombres de diplômés devant être produits
selon les prévisions. Il ne fait pas de doute que les travaux de recherche effectués dans des secteurs
spécifiques, à savoir la médecine et l'ingénierie, suscitent des préoccupations en raison des effets négatifs dont
le pays pourraient souffrir. Le gouvernement ne voit pas de problème dans ces tendances, mais les médias
s'élèvent contre l'"exode de compétences". Les mémorandums d'accords sur les échanges d'étudiants et
d'universitaires sont un moyen important d'aborder ces problèmes (voir Khadria, 2001).
Jamaïque et Caraïbes
En 1962, la British Commonwealth Act (loi sur le Commonwealth britannique) a réorienté l'émigration vers
l'Amérique du Nord. Aujourd'hui, un quart des ressortissants qui émigrent aux Etats-Unis sont des cadres,
techniciens, personnes appartenant à la catégorie des "professions libérales et scientifiques" et à des catégories
de professions apparentées du groupe d'âge le plus productif. L'émigration s'est accélérée dans les années
1990, en partie en raison d'une "frénésie" de recrutement. Simultanément, il y a eu un accroissement des
retours du Royaume-Uni de retraités ayant peu de qualifications ainsi que de l'immigration de personnes n'ayant
pas la nationalité jamaïcaine, dont les trois quarts ont un haut niveau de qualification. Les travailleurs qualifiés
sont toutefois encore en nombre insuffisant. Deux tiers du personnel infirmier ont émigré au cours des deux
dernières décennies et peut d'entre eux reviennent au pays; à leur place, on recrute du personnel infirmier
cubain. Il y a peu d'effets de rétroaction, les envois de fonds étant incertains et leur impact le plus positif est
l'élan qu'ils donnent à la construction de logements. Alors que l'opinion publique accepte en général
favorablement les exodes inévitables de travailleurs qualifiés, l'"exode des compétences" est toutefois une
source de préoccupations en ce qui concerne l'avenir de la région. Les politiques mises en œuvre ont pour
objectifs de faciliter l'accès à des informations sur les professions, d'offrir des dégrèvements d'impôts et de
déployer des efforts; il y a également eu un programme de courte durée de l'OIM pour le retour d'expatriés (voir
Thomas-Hope, 2001).
Mexique
Connu pour être un pays qui exporte de la main-d'œuvre non qualifiée aux Etats-Unis, le Mexique a aussi été le
plus gros exportateur de personnes ayant une éducation "tertiaire" en 1990. Dix pour cent de la population ayant
une éducation "tertiaire", mais pas moins 30 pour cent des scientifiques et ingénieurs diplômés vivaient à
l'étranger à ce moment. Le Mexique est un important bénéficiaire d'envois de fonds de travailleurs, mais les
travaux de recherche sont toutefois arrivés à la conclusion que les mexicains ayant un bon niveau d'éducation
qui ont émigrés aux Etats-Unis sont moins susceptibles d'envoyer de l'argent au pays que leurs compatriotes
ayant un niveau d'éducation inférieur. En outre, les effets de multiplication sur le PNB de ces envois de fonds
profitent moins aux zones urbaines dont les émigrés hautement qualifiés sont originaires. Le Mexique a un
certain nombre de programmes de capitalisation des envois de fonds, notamment des programmes fédéraux,
d'Etat et locaux de participation au financement de projets de développement. Par ailleurs, le Mexique ne
demande pas le remboursement des emprunts accordés à des Mexicains qui étudient à l'étranger mais qui
reviennent ensuite au pays pour y travailler (Verhaal, 2001).
17
Philippines
La majeure partie des exportations de travailleurs intervient dans le cadre de temporaires à destination du
Moyen-Orient, tandis que les personnes qui émigrent à titre permanent ont tendance à se rendre en Amérique
du Nord. Quatre dixièmes de l'exode permanent sont des personnes qui ont fait des études dans un
établissement d'enseignement supérieur; le nombre de ces émigrants est supérieur à l'échange net de
travailleurs qualifiés dans le pays. Les travailleurs hautement qualifiés doivent faire face à de hauts niveaux de
chômage et les faits démontrent que les jeunes émigrants ayant faits des études dans un établissement
d'enseignement supérieur sont recrutés parmi ceux qui ont déjà acquis une expérience et qui sont très
productifs. Les systèmes d'éducation nationaux s'adaptent à la demande globale comme en témoigne la forte
augmentation de diplômés en informatique. On estime cependant que 30 à 50 pour cent des informaticiens et
60 pour cent des physiciens émigrent. Les changements qui interviennent dans l'économie permettront peut-être
de mieux faire face à l'exode des compétences: le secteur de l'informatique vient d'être créé aux Philippines, les
marchés financiers ont été libéralisés, la coopération régionale a été améliorée, et on espère un renversement
des migrations. Un tel renversement pourrait résulter d'un accroissement de l'utilisation de l'Internet (voir Allure
et Abella, 2001).
Afrique du Sud
Des estimations récentes démontrent que les données officielles ont tendances à être inférieures au nombre
réel d'émigrants et que l'exode a commencé avant la fin de l'apartheid. La relève annuelle a diminué d'environ
13 pour cent dans la catégorie des cadres, techniciens et professions libérales et scientifiques. Cette diminution
concerne tant les travailleurs blancs que les travailleurs noirs. Par ailleurs, l'augmentation des inscriptions
d'étudiants intervient plutôt dans des domaines non scientifiques. L'inquiétude est générale et l'exode des
compétences ralentit la croissance économique. Une analyse comparative des données de plusieurs pays fait
apparaître des changements dans les pays de destination et dans la sélection par professions. Par exemple, les
secteurs de la santé et de l'ingénierie ont enregistré une forte augmentation de l'émigration de personnes
appartenant à la catégorie des "professions libérales et scientifiques" à destination de la Nouvelle-Zélande dans
les années 90. Par ailleurs, des politiques restrictives en matière d'immigration ont eu pour conséquences que
l'Afrique du Sud fournit des travailleurs qualifiés à ses pays voisins mais il n'y a pas d'échanges réciproques. On
envisage d'introduire des politiques facilitant l'immigration de travailleurs qualifiés en vue d'améliorer l'équilibre
des qualifications aux niveaux national et régional (voir Bhorat et al., 2001).
Sri Lanka
Sri Lanka est devenue un pays exportateur de main-d'œuvre et environ un quart de ses ménages ont un
membre de la famille qui a émigré pour trouver un emploi ou qui réside à l'étranger. Depuis les années 80, il y a
eu d'importants flux contractuels temporaires vers des destinations au Moyen-Orient, ainsi que des flux
d'émigration de caractère plus permanent vers l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord durant les années 90.
Entre un quart et un tiers des personnes qui émigrent sont des diplômés universitaires. Ces tendances semblent
avoir conduit à un accroissement des inscriptions dans les établissements d'éducation supérieure. Ces derniers
produisent trop de diplômés pour les marchés intérieurs, bien que des pénuries existent dans les professions
médicales. De plus, les bas salaires des secteurs public et privé n'encouragent pas les retours. Les politiques
visant à encourager les émigrés à revenir au pays prévoient notamment l'ouverture de comptes en devises
étrangères et des dégrèvements d'impôts, mais on pense que les émigrés ayant un haut niveau de qualifications
ont tendance à ne pas envoyer de fonds (voir Korale, 2001).
18
Ces tendances sont particulièrement nettes par rapport à d'autres: les taux d'inscriptions dans
les établissements d'éducation supérieure continueront probablement à augment partout dans
le monde (et tout spécialement dans les pays en développement); et les forces centripètes de
la mondialisation contribueront à accroître les pressions en faveur d'une libéralisation du
commerce et des flux internationaux de capitaux. Si l'on peut prédire avec assurance une
augmentation de la mobilité internationale, il est très difficile de prévoir avec précision des
schémas spécifiques de la mobilité internationale ou de son impact.
Premièrement, on trouve des types de migrants différents sur les divers marchés du travail,
par exemple sur les marchés du travail "internes" de sociétés transnationales façonnés par la
mondialisation et les stratégies des sociétés, ou sur les marchés du travail "ouverts" façonnés
par l'offre et la demande tant dans les pays développés que dans les pays en développement.
Deuxièmement, les conséquences intersectorielles des divers types de marchés du travail, les
écarts entre l'offre et la demande, et les insuffisances institutionnelles en matière d'éducation
ou de formation ont pour conséquence qu'une grande partie de l'impact de l'émigration de
personnes qualifiées peut être limitée à des professions particulières.
Les migrants du monde des affaires, tout particulièrement les employés transférés au sein de
sociétés – cadres, techniciens et autres travailleurs intellectuels - constitueront les plus
grandes catégories des migrants de ce genre à l'avenir.27 Il est probable que la mobilité des
travailleurs du monde des affaires augmentera à court et à moyen terme. Les sociétés
transnationales transfèrent la majeure partie de la production et des services à fort coefficient
de main-d'œuvre dans des pays en développement, mais elles ont également besoin de
travailleurs hautement qualifiés dans les principales villes du monde développé et dans leurs
entités à l'étranger. Les sociétés réclament à grands cris plus de souplesse dans les moyens de
gérer les flux de travailleurs qualifiés entre leurs entités au niveau mondial.
Une facilité de mouvement pour les transferts entre les sociétés est en général dans l'intérêt
des pays en développement où des sociétés transnationales se sont implantées. De plus, à
moyen ou à plus long terme, des sociétés transnationales pourraient commencer à former et à
recruter des cadres locaux. Au fur et à mesure que les affaires transnationales progresseront et
26
Glover et al., 2000; Martin, 2000b.
27
Il y a au moins cinq types de migrants internationaux, et pour chaque type il y a un marché du travail distinct;
voir Mahroum, 2000.
19
Pour un pays qui veut être compétitif dans un univers très corrélé, le plus important est de
prévoir que des qualifications nouvelles continueront à être demandées.29 Afin de pouvoir
offrir les qualifications requises il faudra mettre en œuvre des politiques d'immigration
flexibles et efficaces qui permettront d'établir rapidement des échanges de qualifications étant
donné que les systèmes industriels mondialisés évoluent avec l'apparition de nouvelles
régions de provenance et de destination. Si elles sont bien gérées, les migrations de personnes
qualifiées devraient profiter tant aux pays développés qu'aux pays en développement.
Les problèmes qui se posent dans des pays développés pour satisfaire la demande de certains
travailleurs à court et à moyen terme n'ont souvent pas grand-chose à voir avec la demande de
personnels pour des emplois nouveaux en évolution, et résultent beaucoup plus de
l'inflexibilité des conditions d'offre à l'échelon national. Les pénuries de l'offre nationale de
travailleurs spécialisés reflètent souvent des difficultés à retenir certaines catégories de
personnels ainsi qu'un investissement insuffisant dans la formation. De graves problèmes de
formation de travailleurs de la santé, auxquels s'ajoutent des problèmes de marchés de villes
de l'intérieur du pays, etc., où les ressortissants nationaux refusent d'aller travailler, ont
généré depuis longtemps une demande de travailleurs pour les systèmes de soins de santé des
pays développés. Le principal problème est de savoir comment gérer les migrations de
manière à maximiser les avantages pour les pays en développement qui souhaitent jouer un
rôle dans l'internationalisation des services de santé.
28
Rothboeck, 2001.
29
Findlay, 2001a.
20
Les politiques peuvent avoir des résultats positifs si elles facilitent la circulation de
travailleurs étrangers exerçant des professions spécifiques dans le but de faire face à des
goulots d'étrangement à court terme. Un pays développé recrute des travailleurs pour
répondre à des demandes cycliques et un pays en développement tire profit de la mobilité
internationale. Néanmoins, à plus long terme, la dépendance de volumes considérables de
travailleurs étrangers pour des professions spécifiques entrave l'adaptation du marché du
travail qui devrait normalement intervenir dans des pays développés. La fourniture de
travailleurs étrangers à plus long terme peut retarder l'amélioration de l'offre nationale de
main-d'œuvre.
On peut également prendre le cas de l'Afrique du Sud, où les pertes dues à l'émigration sont
étroitement liées au Royaume-Uni. Pour des raisons historiques, on estime que quelque
800.000 Sud-Africains sont titulaires d'un passeport britannique. Le Royaume-Uni a toujours
été une destination très prisée des émigrants qualifiés car une grande partie des relations
financières internationales – investissements et liens commerciaux de l'Afrique du Sud – ont
été établies dans la sphère d'influence mondiale de Londres.31 Les futurs schémas des
migrations de personnes hautement qualifiées entre le Royaume-Uni et les pays en
développement continueront probablement à être distincts, tout en restant similaires et en
faisant concurrence aux migrations à destination d'autres économies développées.
30
Thomas-Hope, 2001.
31
Boyle et al., 1996.
21
Tout cela ne veut pas dire que de nouveaux schémas de recrutement ne feront pas leur
apparition car certaines agences internationales de recrutement cherchent à avoir une "portée
mondiale".32 Cela pourrait les conduire à chercher des qualifications pour le Royaume-Uni
ailleurs, par exemple du personnel infirmier aux Philippines, bien que des liens de migrations
n'aient pas existé par le passé avec ce pays. Il n'est pas difficile de démontrer que l'expérience
du Royaume-Uni n'est pas unique. Au cours des dernières années, les migrations de
personnes hautement qualifiées à destination d'autres pays développés ont atteint des niveaux
sans précédent.33 La concurrence pour le recrutement de personnes qualifiées dans une
économie mondialisée accroîtra la circulation de travailleurs hautement qualifiés de pays en
développement vers des pays développés.
Une idée privilégiée des années 70, réparation pour perte directe due à un exode de
compétences au moyen de la perception d'un impôt compensateur a été abandonnée depuis
longtemps. Des politiques restrictives d'émigration portent atteinte aux droits des migrants
internationaux et ont en général des effets contraires à ceux recherchés. Il y aussi des
politiques de recrutement que certains pays mettent en œuvre pour attirer des travailleurs
étrangers afin d'accroître le capital humain national. La contrepartie d'une politique de
recrutement est une politique d'exportation qui permet à un pays en développement de choisir
de former des travailleurs afin qu'ils puissent accéder aux marchés internationaux, ce qui
permet à ces pays d'exporter des qualifications. Les politiques positives de retour d'expatriés
peuvent être judicieuses, mais l'objectif est difficile à atteindre. Le programme de
l'Organisation internationale pour les Migrations visant à faciliter le retour des talents est une
contribution significative à cet égard.
Pour ceux qui restent à l'étranger, il y a les politiques de transferts de ressources. Ces
"options de diaspora" sont basées essentiellement sur la création de réseaux d'expatriés, qui
transfèrent des connaissances à leur patrie, c'est-à-dire qui facilitent les transferts de
technologies. A ce jour, la plupart des réseaux d'expatriés ont été créés de manière autonome;
tant les pays d'origine que les pays d'accueil pourraient jouer un rôle en s'engageant à
développer de telles activités. En outre, les envois de fonds sont une source importante de
revenu pour les pays en développement. La diffusion d'informations aux expatriés permet de
tirer profit du fait qu'il est très probable que les émigrés ouvrent des comptes d'épargne en
monnaie étrangère dans leur pays de provenance, achètent des obligations d'envois de fonds
garanties ou investissent dans des entreprises lorsque des incitations telles que des réductions
tarifaires ou des dégrèvements d'impôts sont offertes.
32
Boyle et al., 1996.
33
OCDE, 2000.
34
Lowell, 20001b.
22
Des politiques visant à retenir les travailleurs sont vraisemblablement la meilleure réponse à
long terme pour faire face à des exodes de compétences considérables. A court terme les pays
en développement connaîtront probablement des augmentations d'émigration, mais à plus
long terme une politique visant à retenir les travailleurs est la meilleure façon de réduire les
différences de salaires et de conditions qui conduisent à des niveaux élevés d'émigration de
travailleurs qualifiés. Les politiques les plus efficaces continuent à être des projets
académiques qui sont basés sur une coopération régionale et internationale dans le cadre de
laquelle les pays d'accueil jouent un rôle actif. Par ailleurs, beaucoup de pays en
23
développement ont à titre individuel, ou dans le contexte d'accords régionaux, des projets
axés sur le développement des technologies de l'information et de la communication (TIC)
qui doivent leur permettre de prendre le train de l'ère de l'informatique. De tels projets
promettent d'être un moyen efficace de stimuler la croissance économique et de réduire
l'émigration permanente de ressortissants nationaux ayant un haut niveau d'éducation.
Des politiques répondant aux exigences d'une économie moderne peuvent profiter autant aux
pays d'accueil qu'aux pays en développement35, à condition qu'elles soient conçues pour
faciliter les choses, non pas pour "faciliter tout", mais pour gérer le processus de gestion des
migrations en protégeant les marchés du travail nationaux et les intérêts des pays en
développement.
Les pays développés disposent d' un certain nombre d'options politiques qui permettraient de
protéger les intérêts des pays en développement. Parmi ces options, il y a bien entendu
l'encouragement des migrations de retour,36 mais il y aussi des options complémentaires,
notamment les restrictions au recrutement, l'établissement de bonnes pratiques, et la
régulation du recrutement par des agences.
35
Glover, 2001.
36
UNESCO, 1998.
24
Une autre solution encore, qui est moins rigide et moins dépendante de prévisions statistiques
inexactes, consiste à délivrer des visas de travail indiquant clairement qu'un retour est exigé
après une période de séjour. Un exemple de ce genre de visas est le visa d'"échange culturel"
(J) des Etats-Unis qui peut être émis pour des durées de travail diverses dans le secteur des
soins de santé, de la recherche-développement, de programmes d'été, et d'autres types
d'activités dans le but de promouvoir les échanges internationaux et les échanges
d'expériences. A la fin du séjour autorisé, le visiteur au bénéfice d'un visa d'"échange
culturel" doit retourner dans son pays durant une période de deux ans avant de faire à
nouvelle une demande d'admission aux Etats-Unis. Ce genre de restrictions pour l'octroi de
visas présument un type de mobilité qui est conçu pour parfaire l'expérience du travailleur
étranger et pour rendre cette expérience accrue au pays d'origine.
les migrations peut en grande partie être attribué directement à de telles agences.37 Par
exemple, des agences exigent parfois que des migrants potentiels acceptent une période de
travail non rémunérée avant leur départ sous prétexte de les "former". D'autres agences
demandent des commissions élevées aux travailleurs des pays en développement, et les
contraignent, eux ou leur famille, à vendre leurs avoirs pour payer la commission afin de
pouvoir figurer sur une liste sélective en vue d'un entretien ou de l'obtention de documents
d'immigration. Il existe bien entendu beaucoup d'agences de recrutement bien gérées et très
professionnelles, mais il faut éviter les mauvaises pratiques. Les gouvernements devraient
exiger que leurs employeurs respectent une série de directives éthiques lors de recrutement de
travailleurs étrangers ou du recours à des agences de recrutement. Les Directives pour le
recrutement international de personnel infirmier publié par le Département de la Santé du
Royaume-Uni en 1999 est un exemple de bonne pratique. Des efforts devraient être déployés
afin de s'assurer que seuls les employeurs, et non pas les migrants, versent des commissions
aux agences internationales de recrutement. Un système de reconnaissance officielle devrait
être introduit pour de telles agences.
d) Etablir les meilleures pratiques pour l'emploi de travailleurs étrangers. Protéger les
travailleurs étrangers dans les pays développés est ce qu'il convient de faire, et l'on protège
ainsi aussi la main-d'œuvre nationale. En acquerrant une réputation d'équité envers les
travailleurs étrangers, les pays d'accueil contribuent à la mobilité des travailleurs. Les études
de cas préparées pour ce projet relèvent que les migrations de pays en développement vers
des pays développés ont notamment augmenté parce que l'on a estimé au cours de la dernière
décennie que la discrimination à l'encontre des étrangers avait diminué.
Pour les pays développés, la raison déterminante pour l'introduction de bonnes pratiques est
que ces pratiques contribuent à protéger tant les travailleurs nationaux que les travailleurs
étrangers, qui peuvent devenir des résidents permanents. Les partenaires devraient coopérer
pour décider ce que l'on peut considérer comme une bonne pratique d'emploi d'étrangers
hautement qualifiés. Un manuel des meilleures pratiques ou de directives devrait être
facilement accessible.
L'absence de telles directives laissent les employeurs d'une industrie devant être extrêmement
compétitive, telle que l'industrie des technologies de l'information, dans une situation
incertaine qui pourrait conduire à la prolifération d'actes d'exploitation "parce que d'autres
sociétés le font". Enfin, il y a encore d'autres raisons de s'assurer que les travailleurs qualifiés
étrangers bénéficient de bonnes conditions, car cela n'est pas seulement dans l'intérêt des
travailleurs concernés mais aussi de la compétitivité à long terme des industries du pays qui
emploient ces travailleurs.
e) Faciliter les migrations de retour. Les politiques de retour peuvent être actives ou basées
sur la fourniture d'informations. Comme exemple d'un programme actif, on peut citer le
programme de l'Organisation internationale pour les Migrations (OIM) qui finance des
retours de familles d'expatriés et les aide à se réinstaller. Bien que de tels programmes soient
onéreux, car ils doivent couvrir les frais de recherche d'un emploi, de voyage et de
réinstallation, leur prix à moyen terme peut être faible par rapport aux avantages qu'ils
apportent au pays de provenance, ainsi que par rapport à l'accroissement de la productivité
globale qu'ils rendent possible à long terme. Les programmes de retours à long terme, tels que
37
BIT, 1997.
26
Les approches basées sur la fourniture d'informations sont celles qui exigent le moins
d'investissement économique ou politique. Le rôle de l'Internet s'est accru au cours de la
dernière décennie et les gouvernements créent des banques de données sur les emplois pour
essayer d'aider les expatriés à prendre connaissance des possibilités qui existent dans leur
pays d'origine. La Malaise, l'Afrique du Sud et la Thaïlande publient des listes d'emplois en
direct. En règle générale, ces sites web offrent aussi des forums pour d'autres sources
d'informations et d'échanges, par exemple pour encourager les retours (voir options pour la
diaspora ci-après). Des informations sur les industries et sur la performance économique sont
fournies pour familiariser l'expatrié avec les conditions prévalant dans son pays. Il serait
naturel qu'une liste de chercheurs d'emploi complète la chaîne d'informations et donne aux
employeurs du pays d'origine la possibilité de se tenir au courant des expatriés qui examinent
les possibilités de revenir au pays.
Beaucoup de travailleurs qui ont émigré rechignent à retourner dans leur pays en
développement s'ils doivent renoncer au droit de retourner travailler ou de résider dans leur
nouveau pays développé d'adoption. Néanmoins, s'ils conservent leurs droits de résidence ils
peuvent retourner dans leur pays d'origine en toute tranquillité: l'option du retour dans
l'économie à plus haut niveau de salaires sert parfois de protection contre le risque que
représente le retour dans une économie en développement à plus bas salaires.38 Les
défenseurs de la double nationalité ou citoyenneté font valoir que cette option encourage les
retours et les mouvements circulaires. D'autres options pourraient permettre aux travailleurs
étrangers de retourner chez eux pendant des périodes de plusieurs années tout en conservant
le droit de travailler dans le pays développé à un moment ou un autre.
Dans l'ensemble on s'accorde à reconnaître que dans un monde idéal les pays d'accueil et les
pays de provenance coopéreraient pour établir des plans communs de gestion de la mobilité
des personnes hautement qualifiées. Dans la pratique, il faudra des années, si ce n'est des
décennies, pour instituer un régime d'harmonisation mondiale, similaire au(x) régime(s) qui
ont été élaboré(s) pendant plusieurs décennies pour réguler les relations commerciales.
38
Bertelsman Foundation, 2000.
27
certains cas les besoins d'infrastructure ne sont pas suffisants pour absorber de tels
travailleurs, ou des candidats peuvent être recensés pour se perfectionner en travaillant et en
acquerrant de l'expérience à l'étranger. L'utilisation d'accords intergouvernementaux pour
améliorer les liens résultant des migrations permet d'éviter les effets potentiellement nocifs de
"chasseurs de têtes" pouvant résulter des activités d'agences internationales qui recherchent
des travailleurs étrangers dans des pays en développement où les conditions de recrutement
sont les plus faciles.
Simultanément, les accords bilatéraux peuvent stipuler que, dans le cadre d'un programme
intégré, les travailleurs étrangers recevront une formation appropriée pour pouvoir répondre
aux besoins du pays en développement. Les agences de développement pourraient cibler les
investissements susceptibles de donner de l'impulsion à un secteur qui perd des travailleurs
qualifiés dans le cadre d'un ensemble de mesures prises non seulement pour améliorer les
perspectives du pays de provenance mais également pour s'assurer que les conditions de
retour au pays pour les émigrés deviendront plus attrayantes.
De tels accords sont très utiles dans les cas de professions pour lesquelles il y a une pénurie
chronique de l'offre dans certains pays développés alors que certains pays de provenance ont
un intérêt particulier à envoyer les personnes qualifiées recherchées. Depuis longtemps des
spécialités médicales figurent parmi ces catégories et la nécessité de faire face à la demande
de ce genre de services dans les sociétés développés vieillissantes restera un défi. Une priorité
spéciale devrait être accordée à l'adoption de politiques d'admissions uniformes prévoyant les
mêmes exigences.
Néanmoins, les accords bilatéraux et régionaux sont moins satisfaisants pour répondre aux
pénuries à court terme ou aux pénuries cycliques qui se produisent fréquemment pour
beaucoup de professions hautement qualifiées. Par exemple, dans les années 90, la poussée de
la demande de travailleurs des technologies de l'information a été beaucoup trop rapide pour
que les gouvernements puissent prévoir de manière appropriée les pénuries nationales ou des
possibilités de trouver des travailleurs étrangers. Les gouvernements ont besoin de politiques
flexibles ciblées efficacement sur la circulation de tels travailleurs à court terme. L'AGCS est
l'approche la plus prometteuse de la création d'un cadre général pour ces types de migrants
qualifiés.
Et pourtant les restrictions des pays développés sont les plus grandes dans les domaines où
les pays en développement ont le plus d'avantage comparatif. Cela vaut tout particulièrement
39
Findlay, 2001b.
28
pour la partie de l'AGCS relative au commerce des services devant résulter de la circulation
de travailleurs.40 Les pays développés ont plus d'obligations aux termes de l'AGCS en ce qui
concerne les modes (1) de fourniture transfrontière, (2) la consommation sur le territoire du
fournisseur et (3) la présence commerciale à l'étranger. Les pays en développement ont plus
d'obligations en ce qui concerne (4) la fourniture de services à l'étranger. Le Bruneï, la Chine,
les Philippines et la Thaïlande sont de bons exemples de pays qui ont plus d'obligations aux
termes de l'AGCS en ce qui concerne la fourniture par des personnes physiques de services à
l'étranger. Au contraire, l'Australie et le Canada ont sensiblement plus d'obligations en ce qui
concerne la libéralisation des services provenant de leur présence à l'étranger qu'en ce qui
concerne la libéralisation de la circulation de personnes.
Même dans les cas où des pays développés ont accepté la circulation de personnes aux termes
de l'AGCS, les pays en développement se heurtent souvent à des difficultés à cause des
dispositions légales spécifiques en matière d'immigration des pays développés et à cause de la
terminologie de l'AGCS. On espère que le cycle actuel des négociations sur l'AGCS
permettront de résoudre les problèmes de terminologie en ce qui concerne la libre circulation
des fournisseurs de services et de leur personnel. Findlay (2000) fait plusieurs suggestions
pour l'AGCS qui rendraient service aux pays en développement: élargir et normaliser les
définitions des professions; spécifier des durées types pour les séjours et pour les
prolongations afin de faire une distinction claire entre les transferts temporaires et les
migrations permanentes; créer une nouvelle catégorie pour de petites équipes de spécialistes
étrangers travaillant pour leur propre compte.
Enfin, un code de conduite de l'AGCS sur l'emploi de travailleurs étrangers devrait être
adopté. Un tel code devrait être élaboré pour tous les signataires de l'AGCS et prévoir des
salaires équitables pour les travailleurs migrants, l'interdiction de certaines activités de travail
(dangereuses et inopportunes) pour lesquelles on recrutera des qualifications étrangères,
l'interdiction de confisquer des documents de voyage, des règlements pour le traitement des
travailleurs après la résiliation d'un contrat et des directives pour le traitement connexe des
travailleurs locaux engagés dans les mêmes secteurs. L'Organisation internationale du Travail
(OIT) et l'AGCS se partagent la responsabilité d'élaborer un tel code de conduite. L'OIT a
notamment pour mandat de définir des normes de traitement et des politiques équitables.
Que les émigrants soient une perte permanente ou temporaire, les liens qu'ils conservent avec
leur pays de provenance peuvent être une source d'avantages considérables. Les émigrants
ont une tendance naturelle à maintenir des liens avec leur patrie et cela permet un retour de
connaissances et d'investissements. Parallèlement, le pays de provenance facilite ou met en
œuvre des options qui sont mentionnées ici car elles ont un potentiel d'impact positif sur les
échanges de migrants, elles ne sont pas coûteuses et les pays d'accueil peuvent y contribuer
sans difficultés.
40
Findlay et Warren, 2000.
41
Brown, 2000.
29
Elles ont commencé à déployer des activités spontanément, en général sans l'appui du
gouvernement, indépendamment les unes des autres, et la plupart sont très dépendantes de
l'Internet. Un petit nombre d'entre elles ont des liens avec des agences du pays d'origine qui
s'occupent d'éducation, de sciences et de technologies. Récemment, une Conférence de l'OIM
sur le développement du pays d'origine des émigrés a publié une déclaration selon laquelle les
pays peuvent tirer profit des connaissances d'expatriés ou d'émigrés sans élaborer vraiment un
programme d'expatriation.
On estime toutefois que les "transferts de technologies" sont une partie intégrante d'une
politique de diaspora. Pour que les "transferts de technologies" soient utiles il est important
qu'ils englobent des technologies appropriées qui utilisent du matériel et des ressources
humaines locales. Les transferts de technologies doivent être peu onéreux, et compétitifs du
point de vue social et technique, pour avoir un effet significatif. On peut relever que pour
atteindre cet objectif il faut de la patience, de la persuasion et l'appui constant de ceux qui ont
des pouvoirs financiers et administratifs.42
Il serait utile d'essayer de déterminer le pouvoir politique que des organisations d'expatriés
peuvent exercer pour améliorer les conditions dans certains pays en développement.
Beaucoup de travailleurs hautement qualifiés émigrent parce que les conditions dans leur
pays d'origine ne leur permettent pas d'avoir des activités de recherche ou d'affaires
indépendantes. Par exemple, les comités électoraux chinois, cubains et indiens peuvent
exercer une influence sur le Congrès des Etats-Unis. Avec une assistance internationale, ces
comités seraient peut-être en mesure de promouvoir des changements dans les institutions
politiques des pays de provenance qui poussent nombre des meilleurs travailleurs à quitter le
pays et à chercher du travail dans des démocraties développées.
42
Adotevi, 1998.
43
Lowel et de la Garza 2000; Puris et Rizema, 1999.
30
Politiques de migrations dont le but est de protéger les intérêts de pays en développement
Options que les pays développés pourraient adopter pour protéger les intérêts des pays en développement:
! Encourager les séjours temporaires. Du point de vue économique, il y a de très bonnes raisons
d'encourager les retours dans un pays en développement en délivrant des permis de travail
temporaires.
! Réduire la durée du séjour ou l'immigration à partir de pays menacés. En dressant une liste des
professions, il serait possible de recenser les pays qui sont le plus vulnérables aux pertes de
qualifications.
! Obliger les agences de recrutement et les employeurs à rendre des comptes. Les employeurs
devraient s'engager à respecter une série de directives éthiques et les agences internationales de
recrutement devraient être obligées d'obtenir une accréditation.
! Etablir les meilleures pratiques d'emploi de travailleurs étrangers. Des directives ou des manuels sur les
meilleures pratiques permettent de protéger les travailleurs nationaux et les travailleurs étrangers, qui
peuvent d'ailleurs devenir des résidents permanents.
! Faciliter les migrations de retour. Les programmes d'aide au retour sont une bonne idée. Les approches
basées sur les informations dépendent de l'Internet et de banques de données sur les emplois. Il est
possible de persuader certains migrants à retourner chez eux s'ils conservent un droit de travailler à
l'avenir dans leur pays développé d'adoption.
44
Mexico/U.S. Binational Study of Migration, 1997.
45
Martin, 1990.
32
Malheureusement, les rares travaux de recherche dont on dispose arrivent à des conclusions
divergentes sur l'utilité de mettre l'accent sur l'éducation primaire/secondaire ou tertiaire pour
enrayer l'émigration de travailleurs qualifiés. Les pays d'origine qui améliorent leurs
institutions d'éducation tertiaire peuvent, sans le vouloir, accroître le taux des pertes de
compétences car leurs ressortissants sont mieux préparés pour se défendre dans les économies
industrielles et de technologies de l'information. Les investissements dans l'éducation primaire
peuvent en fait être plus utiles, en relevant plus efficacement le niveau moyen du capital
humain.46 Beaucoup de pays pauvres ne font pas assez d'investissements dans l'éducation et il
y a par conséquent des arguments solides pour préconiser que la priorité soit donnée à
l'éducation primaire et secondaire. Mais si l'éducation supérieure est négligée, les meilleurs
élèves, les élèves les plus brillants, qui sortent des écoles n'auront peut-être guère la
possibilité de faire des études supérieures, si ce n'est d'aller à l'étranger. Il est difficile de
généraliser les avantages et les inconvénients et chaque pays doit déterminer ses besoins
vitaux et universels d'éducation primaire et secondaire en tenant compte du nombre actuel ou
planifiée d'étudiants du tertiaire.
Des efforts déployés de programmes de coopération peuvent être parmi les outils de politique
les plus efficaces.47 La mise en commun des ressources régionales pour l'éducation tertiaire,
comme le montre l'Unversity of the South Pacific à Suva, peut être une option plus efficace
pour de petits pays plutôt que de chercher à fournir une éducation tertiaire intégrale aux
dépens de l'éducation primaire et secondaire. Beaucoup d'agences internationales participent à
la gestion et à l'amélioration d'institutions d'éducation supérieures. De nombreuses institutions
procèdent également à des recherches dans ce domaine.48 La mise en valeur des ressources
humaines est un des facteurs clés du développement économique et des politiques qui
renforcent les institutions d'éducation et qui font valoir que la formation aura un impact
bénéfique à long terme.
b) Renforcer les institutions et les droits de l'homme. Les personnes ayant un haut niveau
d'éducation sont particulièrement susceptibles de quitter un pays quand leur sécurité et leur
intégrité professionnelle sont menacées. Les régimes répressifs ont souvent tendance à
considérer les intellectuels comme une classe à part. Il ne convient pas d'entrer dans le détail
de la longue histoire des conditions répressives dont ont été victimes des élites de personnes
ayant un haut niveau d'éducation à cause de tensions ethniques existant depuis longtemps, de
changements révolutionnaires, du déclin des droits reconnus aux universités et d'autres droits
énoncés par la loi comme le relèvent les rapports présentés dans le cadre de ce projet par
l'Argentine, les Philippines, ou l'Afrique du Sud.49 De tels exemples démontrent amplement
que la sécurité personnelle, le droit à réparation, et les droits de l'homme sont souvent des
facteurs qui poussent à l'émigration de personnes hautement qualifiées.
46
Haque et Kahn, 2997; Haque et Kin, 1995.
47
CIHE, 2001. Pellegrino, 2001; Allure et Abella, 2001; Bhorat, Meyer, et Mlatsheni, 2001.
48
Pellegrino, 2001; Alburo et Abella, 2001; Bhorat, Meyer, et Mlatsheni, 2001.
49
Pellegrino, 20001; Allure et Abella, 20001; Bhorat, Meyer, et Mlatsheni, 2001.
33
Beaucoup de pays en développement ont un système judiciaire très évolué et une société
civile forte, mais d'autres n'ont pas un système judiciaire ou un ordre juridique fonctionnant
suffisamment bien pour pouvoir promouvoir les droits individuels. Des efforts internationaux
déployés en vue d'améliorer la protection des droits de l'homme sont de nature à encourager
des émigrants potentiels hautement qualifiés à rester au pays et à contribuer à de tels efforts.
Les organisations d'expatriés ne sont pas non plus obligées de limiter leurs activités aux
transferts de connaissances ou aux investissements; elles peuvent promouvoir activement la
liberté de parole et la démocratie. Les émigrés qui retournent au pays, tout particulièrement
ceux qui ont acquis de nouvelles qualifications en matière de médiation, de droits des
minorités, et les actions en justice peuvent aider les pays en développement à instaurer la
primauté du droit. Dans les pays où de tels changements sont nécessaires, une amélioration
des conditions peut permettre de retenir des candidats à l'émigration et encourager des
travailleurs hautement qualifiés.50
Le Premier Ministre de Singapour Goh Chok Tong a recommandé une ceinture TIC
(Technologies de l'Information et de la Communication) asiatique lors d'un récent sommet de
l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE). Les chefs d'Etat de l'ANASE ont
signé l'Accord-cadre e-ANASE qui prévoit un plan pour accélérer l'intégration économique au
moyen de l'Internet. On parle actuellement de la création d'un environnement TIC régional
pour inverser l'exode des compétences de la région, et pour retenir les qualifications
disponibles alors que la région connaît une pénurie de travailleurs TIC. La recommandation
est de créer une ceinture TIC asiatique pour relier des centres TIC et attirer des sociétés
mondiales tout en retenant les travailleurs intellectuels asiatiques.52 Ces stratégies
d'investissement offrent un moyen de retenir des travailleurs hautement qualifiés; elles
stimulent la demande d'éducation tertiaire; elles peuvent activer la croissance économique qui
bénéficie à chacun; et en comblant le fossé numérique, elles créent des occasions pour
l'ensemble de la population.
50
Martin, 2000a.
51
Slowinski, 1998.
52
Xinhua General News Service, 2001.
34
a) Trouver des critères pour évaluer le phénomène. Dans ce domaine, la priorité doit
réellement être donnée à la recherche de moyens comparables permettant d'évaluer
l'émigration de personnes hautement qualifiées dans un grand nombre de pays en
développement et développés. Si l'on convient des modalités devant être employées, les
études de cas peuvent être utilement évaluées, tandis qu'un échantillon de pays permet une
analyse empirique. Préalablement, il faudra cependant procéder à des travaux de recherche
intermédiaires et commencer à assumer des tâches de collecte de données à long terme.
53
Bhorat, Meyer; et Mlatsheni, 2001; Carrington et Detragiache, 1998; Khadria, 2001.
54
Khadria, 2001.
35
de telles évaluations peuvent fournir des réponses empiriques sur l'impact de l'émigration de
personnes qualifiées.
Troisièmement, les pays de provenance doivent accroître leur capacité de collecte de données
et à cette fin ils auront peut-être besoin de l'appui et de l'assistance technique de pays
développés et d'agences internationales. Parallèlement, les pays développés devraient se
mettre d'accord sur les catégories de données importantes qui devront être collectées
régulièrement. Les définitions des personnes qui sont venues au monde en ayant une
nationalité différente ne sont pas identiques et il y a une pénurie générale d'informations en ce
qui concerne le genre, l'éducation, la profession, ou d'autres caractéristiques de qualifications.
De plus, des informations sur la durée du séjour ou sur les taux de retours d'étudiants ou
d'émigrés ayant un haut niveau d'éducation ne sont souvent pas disponibles. Un catalogage
systématique de rapports SOPEMI55 pourrait servir de point de départ pour une analyse
critique des points forts et des faiblesses de la collecte de données au sein de l'OCDE.
Enfin, il est clair que les pays développés devraient réunir des informations sur l'éducation et
les professions des étrangers nés sur leur territoire. L'étude Eurostat répond dans une certaine
mesure à cette exigence,56 et pourrait être utilisée pour établir des critères européens
d'évaluation de la perte cumulative. Mais on pourrait faire plus. Une base de données
longitudinale sur les émigrés pourrait être une source d'informations précieuse permettant de
déterminer les taux de retours et l'expérience acquise par des travailleurs étrangers durant leur
séjour dans un pays développé. Des données longitudinales sur les mouvements permettent
d'établir plus clairement les nombreux schémas de mobilité possibles et les meilleurs moyens
d'apprécier les impacts de la mobilité de personnes qualifiés.
La première des priorités devrait être accordée à une analyse économétrique des données
quantitatives, réunies au cours des étapes présentées succinctement ci-dessus, ce qui
contribuerait à déterminer la nature des débats. Alors que beaucoup de théories économiques
prédisent un impact direct et négatif de la mobilité des travailleurs hautement qualifiés, un
nombre insuffisant d'analyses statistiques des données concernant un pays ou un échantillon
de pays ont été faites. De telles analyses doivent être rigoureuses et empiriques. Une solution
idéale serait que des données d'experts sur un groupe de pays soient réunies pour que l'on
puisse procéder à une analyse quantitative des impacts sur le PNB, la pauvreté, et d'autres
effets. Il est cependant impératif qu'une telle analyse soit complétée par un modèle complexe
des effets de rétroaction résultant d'autres types d'influences. Bien qu'une émigration de
personnes qualifiées considérable puisse avoir pour effet immédiat de ralentir la croissance, la
série de forces qu'une telle émigration génère peuvent indiscutablement contribuer à une
croissance positive dans des pays de provenance.
55
L’acronyme français pour le système officiel permanent des migrations de l’OCDE.
56
Straubhaar et Wolburg, 1998.
36
Peu ou pas de travaux de recherche ont été consacrés exclusivement aux types d'influences
particuliers générés par l'émigration de personnes hautement qualifiées. Des modèles
statistiques peuvent être moins utiles pour de tels aspects que des analyses des données sur les
tendances et des études de cas approfondies. Par exemple, on sait très peu de choses sur les
variables de politiques qui influent sur le comportement de travailleurs hautement qualifiés en
matière d'envois de fonds au pays. Il est surprenant que l'on ne dispose que de très peu
d'informations concrètes sur les façons dont les communautés de diaspora encouragent les
investissements, la mise en valeur des qualifications et les transferts de technologies à leur
pays d'origine. Ce genre d'incitations remporteraient un succès universel, mais on ne dispose
pas d'appui empirique à cet égard. Après une décennie de mondialisation qui ne cesse de
s'intensifier, on dispose de trop peu d'informations systématiques sur la façon dont les
migrations de personnes hautement qualifiées contribuent à l'amélioration des réseaux
d'échanges et de distribution, et, partant, à la croissance économique du pays en
développement.
7. Conclusions
La mondialisation a beaucoup d'effets complexes qui influencent directement les tendances de
travailleurs qualifiés du monde en développement à émigrer. Il y a tout d'abord l'importance
croissante de l'organisation mondiale de la production et des activités de services.57 Les
tendances démographiques et économiques des pays développés conduiront probablement à
un accroissement des admissions d'immigrants qualifiés. En fait, il est vraisemblable qu'une
collaboration sera établie entre les diverses politiques nationales dans le but d'encourager la
circulation de travailleurs hautement qualifiés de pays en développement vers des pays
développés. La plupart des experts sont d'accord que les pays développés devraient tirer profit
de la contribution de travailleurs étrangers ayant un haut niveau d'éducation. Si l'on accepte le
principe de l'ouverture des marchés aux échanges, et si l'on croit que toutes les parties gagnent
à avoir un régime ouvert, les décideurs politiques seront plus susceptibles que par le passé à
écouter ceux qui demandent instamment des régimes plus libéraux de mobilité
internationale.58
57
Salt et Findlay, 1989; Findlay et al., 1996.
58
Chang, 1997, Straubhaar, 2000.
37
Les événements actuels font apparaître le spectre de pays en développement qui perdent des
fractions considérables de leur main-d'œuvre ayant un certain niveau d'éducation. Quels
seront les dommages d'une telle évolution? Les chaînes d'effets de rétroaction engendrées par
des émigrés hautement qualifiés apporteront-elles certains avantages qui compenseront les
effets néfastes et activeront-elles même le développement du pays d'origine? En dépit de trois
décennies de discussions, il n'existe pas de critères bien établis pour déterminer s'il y a un
"exode de compétences" ou non. Des déclarations à l'emporte-pièce sur l'émigration de
travailleurs qualifiés rendent la situation encore plus problématique. Il semble toutefois que
les véritables effets néfastes à long terme existent uniquement dans certains pays où la
situation se caractérise toujours par un ensemble de problèmes fondamentaux qui ont conduit
à l'émigration de travailleurs qualifiés. Des effets négatifs considérables peuvent dépendre du
degré de flexibilité des salaires dans le pays de provenance, et ces effets peuvent encore varier
selon la catégorie professionnelle. En résumé, en raison des facteurs institutionnels différents,
l'effet direct de l'émigration de travailleurs qualifiés doit être évalué au cas par cas.
Contributors
(contact details)
B. Lindsay Lowell
Director of Research
Pew Hispanic Center
1919 M Street, NW Suite 460
Washington, DC 20036
(202) 292-3302, -3300; fax: 785-8282
lowellb@[Link]
[Link]
Allan Findlay
Centre for Applied Research
University of Dundee
Scotland, UK
[Link]@[Link]
Tel. 0044 1382 345 083
39
Références
Rapports du projet
Les documents suivants résumés dans ce rapport font partie des travaux de recherche
parrainés par le Bureau international du Travail, Genève, dans le cadre du projet
"Emigration de personnes qualifiées (l'"Exode des compétences") de pays en développement:
Analyse de l'impact et Aspects politiques".
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