Les infections sur cathéters :
diagnostic et prise en charge
Violaine Tolsma
Infectiologie
CH ANnecy GEnevois
Diplôme Universitaire de Thérapeutiques Anti-Infectieuses
Université Grenoble Alpes
2ème session – février 2024
Plan
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
Les différents types de cathéter
• Voie veineuse périphérique
• Voie veineuse centrale non tunellisée
• Picc line/midline
• Voie veineuse centrale tunellisée
• Chambre implantable
• Cathéter de dialyse
• Cathéter de pression artérielle
• Autres (assistance ventriculaire, BCPIA,
pulmonaire)
Infections sur cathéter
• Pathologie fréquente (incidence entre 0.5 et 2/1000 jours de
cathétérisation)
• responsable d’une importante morbidité et mortalité
mortalité attribuable = 3-25%
• augmente les durées et coûts du séjour hospitalier
(en réanimation)
augmente la durée d’hospitalisation de 6 à 20 jours
surcoût de 16 000 à 28 000 dollars
Digiovine B. AJRCCM 1999
• Incidence variable selon le type de cathéter, service et pays
Exemples :
incidence en baisse aux USA et canada entre 2001 et 2009
3.64 à 1.65 pour 1000 jours de cathétérisation
CDC 2011
36 ICU (Amérique latine, Asie, Afrique et Europe) entre 2004 et 2009
6.8 pour 1000 jours de cathétérisation
Rosenthal VD Am J Infect Control 2012
En France, données REA RAISIN
Réanimation
Bactériémies associées aux soins
Présentation des premiers résultats 2024
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
4 mécanismes de l’infection
• Colonisation par voie cutanée (pose ou colonisation
secondaire du site d’insertion) : partie extra puis
endoluminale, biofilm
• Contamination endoluminale (manipulations des
raccords) : pour les cathéters de longue durée
• Contamination par voie hématogène (bactériémie à
partir d’une autre localisation infectieuse)
• Contamination de la solution perfusée
Etapes de la formation du biofilm
Mécanismes de tolérance du biofilm aux antibiotiques
Le risque de récidive provient principalement des bactéries
persistantes qui survivent au sein du biofilm
Conséquences du biofilm
• Vie en métabolisme ralentie sans multiplication
Faible efficacité de la plupart des ATB
• Faible accessibilité des antibiotiques
• Faible accessibilité de l’immunité
Anticorps et phagocytes
• Persistance
Microbiologie
• Microorganismes le plus souvent impliqués :
SCN, SA, entérobactéries et Candida sp
• Microorganismes associés à une gravité plus importante :
SA, Pseudomonas aeruginosa, candida sp
• Microbiologie en fonction du terrain sous-jacent :
brûlés = Pseudomonas aeruginosa
Cancer solide ou hémopathie = gram négatif (translocation)
Patients hémodialysés = gram positif
Bactériémies associées aux soins
Présentation des premiers résultats 2024
196 bactériémies,
dont 24 polymicrobiennes
Services préleveurs (top 5):
- Urgences
- Hépato-gastro
- Hématologie
- Oncologie
- Chirurgie viscérale
Facteurs de risque
Liés aux patients
o Sexe masculin
o Immunodépression
o Neutropénie
o Grande densité des soins
o Hospitalisation prolongée avant pose
Liés à la pose
o Matériaux : polyuréthanes et silicone > PVC
o Site d'insertion : fémoral et jugulaire interne > sous-clavière
o Forte colonisation sur site de pose
Liés à l’utilisation
o Nutrition parentérale
o Manipulations de la ligne veineuse
o Durée du cathétérisme (risque instantané non constant)
Bactériémies associées aux soins
Présentation des premiers résultats 2024
Moy = 50 Moy = 28
jours jours
Med = 44 Med = 18
jours jours
HAD, 4 NP
Moy = 49 jours
Med = 40 jours
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
Diagnostic
• Suspicion clinique
• Confirmation microbiologique
Cathéter en place : hémocultures et culture à
partir du site d’insertion
Cathéter retiré : culture du cathéter
Manifestations cliniques
• Fièvre
• Signes inflammatoires locaux et/ou écoulement
purulent à l’orifice du cathéter
• Signes indirects
o signes de sepsis après perfusion sur le cathéter
o dysfonction du cathéter
o complications : état de choc, thrombophlébite, endocardite
o amélioration clinique rapide après le retrait du cathéter (24 heures)
Diagnostic microbiologique
• Hémocultures standard
Avant toute antibiothérapie
Prélèvement simultané (dans les 10 minutes) sur le cathéter et en
périphérie (ou sur 2 lumières différentes) de volume identique,
flacons identifiés
Désinfection préalable adaptée (risque de faux positifs plus important pour
prélèvement sur cathéter)
Au moins 2 séries de prélèvements différentes (horaire et site de ponction,
important en cas de culture positive à SCN) ou ponction unique
Mise en évidence en culture du même microorganisme
sur le cathéter et sur au moins 1 hémoculture prélevée
en périphérie
• Hémocultures quantitatives couplées
Concentration de bactéries plus importante à la source de l’infection
Ratio nombre d’ufc/ml sur hémocultures cathéter/périphérie > 3-5
Spécificité = 100%, sensibilité = 78-93%
Méthode lourde, non réalisable dans tous les laboratoires
• Délai différentiel de positivation des hémocultures
standard
Délai entre cathéter et périphérie > 120 minutes
Sensibilité et spécificité > 90%
Simple et réalisable dans tous les laboratoires
• Prélèvement au site d’insertion
Très bonne VPN
o cathéter courte durée
Bouza E, CID, 2007
o cathéter longue durée
KT tunnellisés Se: 45.5%; Spe:63%; VPP: 8.9%; VPN: 93,5%
CIP Se:23.5%; Spe: 59.7%; VPP: 4.6% ; VPN: 90.4%
Guembe M, JCM, 2013
• Culture du cathéter
Qualitative (en bouillon)
non spécifique, abandonnée
Semi-quantitative (Maki)
on roule la surface externe du cathéter (5 cm) sur milieu solide et
numération des colonies après 24-48h
Positive si > 15 ufc/ml
Pour les cathéters de courte durée, explore la portion extraluminale
Quantitative (Cléri ou simplifiée de Brun buisson)
5 derniers cm du cathéter trempés dans du sérum physiologique puis
après sonication ou agitation au vortex ensemencement en milieu solide
Positive si > 103 ufc/ml (102 pour l’IDSA)
Explore les portions extra et endoluminale
• Particularités
- Culture des dépôts dans le réservoir pour les chambres
implantables = meilleure sensibilité et spécificité que la
culture du cathéter
- Culture avec des inhibiteurs spécifiques en cas de cathéter
imprégnés d’antimicrobiens (argent, chlorexidine)
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
Définitions
• Colonisation
culture semi-quantitative selon Maki ≥ 15 UFC ou une culture quantitative selon Brun-
Buisson ≥ 10x3 UFC/ml
sans signes cliniques d’infection et hémocultures périphériques stériles
• Infection locale (non bactériémique)
En l’absence de bactériémie
Association
- culture de cathéter supérieure ou égale à 103 UFC/ml ou supérieure ou égale à 15
UFC si une méthode semi-quantitative est utilisée
- signes d’infection locale (purulence de l’orifice d’entrée du cathéter ou tunnelite)
et/ou signes généraux
- régression totale ou partielle des signes infectieux généraux dans les 48 heures
suivant l’ablation du cathéter).
• Septicémie liée au cathéter
L’association d’une bactériémie ou fongémie survenant dans les 48 heures
encadrant le retrait du cathéter (ou la suspicion diagnostique d’infection de
cathéter si celui-ci n’est pas retiré d’emblée)
Et
• soit une culture positive avec le même micro-organisme sur l’un des
prélèvements suivants
culture du site d’insertion ou culture du cathéter supérieure ou égale à 10.3
UFC/ml
• soit des hémocultures périphérique et centrale positives au même micro-
organisme avec
un rapport hémoculture quantitative centrale sur/ périphérique supérieur à 5 ou
un délai
différentiel de positivité des hémocultures centrale/périphérique supérieur à
deux heures,
avec une positivité plus rapide pour l’ hémoculture centrale.
Conférence de consensus SRLF 2019
Association d’une bactériémie/fongémie
chez un patient porteur d’un cathéter intravasculaire
avec des signes cliniques d’infection
sans cause apparente en dehors du cathéter
Avec au moins un des éléments suivants :
• Culture de cathéter positive au même microorganisme que
l’hémoculture périphérique
• rapport hémoculture quantitative central/hémoculture périphérique > 3
• délai différentiel de positivité des hémocultures > 2 heures
Guidelines IDSA 2009
Définitions Hémoculture sur le CIVLD Hémoculture Signes cliniques
périphérique
Colonisation du dispositif veineux Positive1 Négative Absents
central
Infection liée au dispositif veineux Positive1 Négative Présents
central probable
Bactériémie (ou fongémie) liée au Positive
Positive + ou -
dispositif veineux central (∆2 ≥2h)3
Les définitions sont identiques quelque soit le
type de cathéter
L’infection n’est pas liée au cathéter si
• la culture du cathéter est stérile
• la culture du cathéter est positive, mais la souche est
différente de celle isolée dans le sang et/ou dans un autre
foyer infectieux présent au moment de l’ablation du cathéter
et que le syndrome infectieux ne régresse pas à l’ablation du
cathéter
• la culture du cathéter est positive avec une souche isolée
identique à celle trouvée dans un foyer infectieux autre
identifié au moins 48 heures avant l’ablation du CVC qu’il soit
ou non responsable de bactériémie et le syndrome infectieux
ne régresse pas à l’ablation du CVC (ce dernier ayant été
colonisé à partir d’un foyer situé à distance)
Examens complémentaires
• Écho doppler veineux pour rechercher thrombose septique
incidence faible (4%) si réalisation systématique
si signes locaux évocateur de thrombose, dysfonction du cathéter, fièvre persistante à J5 après ablation
du cathéter malgré traitement adapté, persistance de la bactériémie à J3 de traitement adapté, récidive de l’infection
avec le même germe, patient d’oncohématologie avec bactériémie à SAMS
• Échographie cardiaque pour rechercher endocardite
J0 si apparition ou modification d’un souffle, infection à SA ou candidémie
J5 si persistance de fièvre ou de la bactériémie malgré retrait du kt et traitement adapté
J7-10 si infection SA ou candidémie
• Hémocultures de contrôle
en cas de persistance de la fièvre à 72h malgré traitement adapté
toutes les 48h jusqu’à négativation en cas de fungémie ou SA
si verrou ATB (traitement conservateur) : 72h après le début (ablation si reste positive) et 48h après la fin
• Autre (TDM) si suspicion de localisations septiques secondaires
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
Dépend du type de cathéter, du microorganisme et de la
situation clinique
Prise en charge du cathéter
Ablation
Conservation
Changement sur guide
Antibiothérapie
Systémique
probabiliste initiale
secondairement adaptée
Locale = verrou antibiotique
Conférence de consensus SRLF 2002
Guidelines IDSA 2009
Le cathéter
• ¾ des cathéters sont enlevés à tort
• Ablation selon
clinique/terrain
Sepsis sévère
Instabilité hémodynamique
Endocardite ou localisations septiques secondaires
Thrombophlébite, tunellite ou infections parties molles en regard d’un PAC
Malade porteur de prothèse endovasculaire ou valve cardiaque (immunodéprimé?)
microbiologie
Staph aureus, P. aeruginosa, levures et mycobactéries pour les cathéters de longue durée
Quelque soit le germe pour les cathéters de courte durée ou artériel (sauf SCN)
évolution
Persistance de la bactériémie après 72h d’antibiothérapie adaptée
Indications d’ablation du CIVLD
Le traitement de référence d’une infection liée au CIVLD est l’ablation
du cathéter associée à une antibiothérapie systémique
Ablation du cathéter si
Complications En fonction du germe
Locales Loco-régionales Systémiques
Tunnellite Thrombophlébite Sepsis/choc septique Candida spp.
Infection de loge septique Endocardite S. aureus
Embols septiques
• Conservation
Cathéter de longue durée ou en pédiatrie
En l’absence de signes d’infection locale ou de complications
Germes autre que SA, Pseudomonas et Candida sp.
Confirmer d’abord l’infection +++
• Changement sur guide
Même conditions que pour conservation
Si risque de complications lors de la repose avec un cathéter indispensable
L’antibiothérapie systémique
• Probabiliste
Dépend de la gravité clinique, probabilité du germe et l’écologie locale/du patient
Débutée si signes de gravité, complications, infection locale ou bactériémie
Pour SA et SCN : vancomycine ou daptomycine (linezolid non recommandé)
Pour les entérobactéries : C4G, piperacilline/tazobactam ou penem +/-
aminosides
sepsis sévère, neutropénie, colonisation connue, cathéter fémoral
Pour les candidémies : echinocandin ou azolé (si pas d’exposition dans les 3 mois
précédents et faible risque de C.Krusei ou C.Glabrata)
cathéter fémoral, nutrition parentérale, antibiothérapie large spectre
prolongée, hémopathie maligne, greffe de moelle ou organe solide,
colonisation multisites à Candida sp.
• Secondairement adaptée
Guidelines IDSA 2009
Guidelines IDSA 2009
Guidelines IDSA 2009
Verrou local d’antibiotique
• Concentration élevée d’ATB
• Laissée le plus longtemps possible dans le cathéter (au moins 8 heures, pas
plus de 48h)
• L’association d’héparine ou de citrate de sodium n’est plus recommandée
• Objectif = détruire les bactéries au sein du biofilm et stériliser le cathéter
• En cas de conservation d’un cathéter de longue durée avec infection
endoluminale à SCN, entérocoque ou BGN (autre que pseudomonas)
• À introduire précocement
• Toujours en association avec l’antibiothérapie systémique (en dehors de la
colonisation de cathéter = hémocultures positives uniquement en central, sans
signes infectieux cliniques)
• Adapté à la documentation microbiologique
• Pendant la même durée que l’antibiothérapie systémique
• Choix de l’antibiotique selon : spectre d’activité, diffusion dans le
biofilm, compatibilité avec un anticoagulant, stabilité, faible toxicité,
faible risque d’acquisition de résistance, rapport coût/efficacité
• Les différentes possibilités
REFERENTIEL LOCAL
PROTOCOLE
Mermel LA, et al. Clin Infect Dis 2009 (IDSA guidelines)
c non recommandé, données insuffisantes
En cas de bactérie gram + : verrou vancomycine
En cas de bactérie gram – : verrou amikacine
Surveillance
Échec = ablation systématique
• ≥ J4 du traitement par verrou : fièvre attribuée à l’ILC et/ou persistance
d’hémoculture(s) positive(s) au même microorganisme
• 24h ou plus après la fin du traitement par verrou : hémoculture(s) positive(s) au
même microorganisme
• Au cours ou décours du traitement par verrou : localisations septiques secondaires
(endocardite, embols septiques…)
Une seule étude randomisée contrôlée en double
aveugle contre placebo
Verrou Vancomycine (CGP) ou Ceftazidime (BGN) + héparine
Échec groupe verrou = 33% (7/21) contre 57% (13/23) dans le groupe placebo (p=0.10)
Rechute groupe verrou = 3/21 contre 9/23 dans le groupe placebo (p=0.06)
Résultats non significatifs mais tendance en faveur du verrou ATB comme retrouvée dans
d’autres études observationnelles
Guidelines IDSA 2009
Guidelines IDSA 2009
Recommandation 80 (pour SAMS)
Guidelines IDSA 2009
Recommandations 2021 de la SPILF pour des durées optimisées des
traitements antibiotiques
3 à 5 jours : bactériémie à staphylocoque coagulase négative, après retrait du
cathéter (apyrexie - pas de matériel endovasculaire)
7 jours : bactériémie à streptocoques, entérocoques et BGN, après retrait du
cathéter
10 jours : si cathéter laissé en place, SAUF Staphylococcus aureus et Staphylococcus
lugdunensis
14 jours : bactériémie à S. aureus et Staphylococcus lugdunensis, après retrait du
cathéter
21 jours : thrombophlébite septique (discuter 4 semaines si staphylocoque doré ou
terrain immunodéprimé)
• Traitement de l’infection locale
Infection du site d’insertion, abcès ou tunellite
Retrait du cathéter systématique
Mise à plat chirurgicale si nécessaire
Antibiothérapie générale adaptée aux prélèvements locaux < 7 jours
• Traitement de la colonisation
Traitement par verrou ATB seul pendant 10 jours
• Epidémiologie
• Physiopathologie et microbiologie
• Stratégie diagnostique
• Définitions
• Prise en charge thérapeutique
• Prévention
Principales mesures
• Utilisation de matériel moins thrombogène (polyuréthane,
élastomère de silicone)
• Cathéters imprégnés d’antibiotiques ou d’antiseptiques
• Technique de pose : asepsie rigoureuse, choix de l’antiseptique,
tunellisation, pose échoguidée
• Choix du site vasculaire d’insertion
• Type de pansement et intervalle de réfection
• Entretien de la ligne veineuse (limiter les manipulations,
éloignement du site d’injection)
• Verrou local d’antibiotique ou antiseptique (éthanol, taurolidine)
• Limitation des indications de pose et réévaluer l’indication pour
limiter la durée