Cours Entretien & Lubrification des Systèmes Mécaniques Prof. BOUCHERIT H.
Chapitre trois
CARACTÉRISTIQUES
DES FLUIDES LUBRIFIANTS
1- Introduction
Un lubrifiant se qualifie pour une application déterminée par les propriétés requises
pour cet emploi. Ces propriétés sont consignées dans un cahier de charges, une norme ou
une spécification. Certaines sont reprises, sous forme résumée, dans les fiches
techniques destinées aux utilisateurs.
Les propriétés imposées aux lubrifiants par les cahiers de charges de réception ou de
contrôle en cours de fonctionnement correspondent aux propriétés physiques et
chimiques qu'ils doivent vérifier pour donner satisfaction, se classent en deux groupes :
- Les caractéristiques d'identification : ensemble de propriétés mesurables ou
repérables (densité, couleur, masse volumique, point d’écoulement qui est la température
la plus basse à laquelle le fluide coule encore etc.).
- Les caractéristiques d'utilisation ou de conformité à un usage bien défini, que cela
résulte soit de mesures de qualités ou propriétés intrinsèques soit le plus souvent, des
essais spéciaux effectués dans des conditions considérées comme en rapport direct avec
les performances recherchées (tension superficielle, chaleur massique, cendres, résidus de
combustion incomplète, etc.).
- les caractéristiques jouent à la fois le rôle des caractéristiques
d'identification et celui des caractéristiques d'utilisation, par exemple :
viscosité, plasticité, fusibilité, congélation, etc.
On va décrire que les propriétés et les caractéristiques les plus utilisées pour les fluides
lubrifiants.
2. Propriétés importantes des huiles
2.1. Propriétés de masse
- Masse volumique (ρ) : c'est la masse par l'unité de volume; elle s'exprime en Kg / m3
Lorsque la température augmente, l'huile de lubrification se dilate, sa masse volumique
diminue ρ.
On peut calculer ρ à la température T°C connaissant ρ0 à la température de 0°C :
0
0 (1 T) (III-1)
1 T
Avec, coefficient de dilatation cubique de l'huile, pour les huiles minérales, sa valeur
moyenne est de 62 x 10-5 K-1.
En pratique est varié un peu avec la masse volumique ρ0.
Pour les calculs plus précis, on prendra pour la valeur donnée par la relation
suivante :
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2.3
0.0019 (III-2)
0
Avec, ρ0 s’exprime Kg.m-3.
- Densité
Elle se mesure à 15°C par rapport à l'eau à 4°C, à l'aide d'un densimètre plongeant dans
un tube à essais. Les valeurs courantes pour les huiles de pétrole varient de 0,85 à 0,95
et dépendent de l'origine des produits. La densité diminue avec la température selon des
lois complexes, mais en première approximation on peut la diminuer de 0,00062 par
kelvin. Certains lubrifiants synthétiques ont des densités bien plus élevées, jusqu'à 1,5.
Notant que, la comparaison de la densité d'une huile usagée avec celle de l'huile neuve
permet de détecter d'éventuelles pollutions.
- Compressibilité
Les huiles lubrifiantes sont peu compressibles. Cependant cette propriété peut être
importante dans les systèmes hydrauliques où le fluide doit transmettre la puissance
avec le minimum de perte due à la compressibilité ;
Plus la compressibilité du fluide est faible, plus le temps de réponse du système
hydraulique sera court et plus sa sensibilité sera grande. Au contraire, un fluide
compressible est recherché dans les systèmes amortisseurs comme lubrifiant.
La compressibilité des liquides est exprimée par le coefficient de compressibilité :
1 V
0 (III-3)
V p T
Le module de compressibilité décroît avec la température et croît avec la pression.
2.2. Propriétés optiques
- Couleur
Pour les huiles de pétrole, elle varie généralement du blanc pur au rouge foncé en
passant par le jaune citron et le jaune orange. On l'évalue par comparaison avec des
verres étalons numérotés en colorations NPA (National Petroleum Association).
La couleur foncée d'un lubrifiant usagé peut être un assez bon moyen d'apprécier son
altération (niveau de la pollution), de même qu'un aspect laiteux peut indiquer la
présence d'eau.
Notant qu’au cours de leur utilisation, les huiles s’altèrent et deviennent de plus en plus
foncées.
2.4. Propriétés thermiques
- Conductivité thermique
C'est important quand l'huile doit transporter la chaleur loin du palier. Pour les huiles
minérales, elle est de l'ordre de 0.12 à 0.15 W/m.K alors que celle de l'eau est 0.57
W/m.K.
- Inflammabilité
C'est la température à partir de laquelle se produit une oxydation spontanée dans l'air.
Sachant que, il est évident que l'huile ne doit pas prendre feu dans les conditions dans
lesquelles elle est utilisée.
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2.5. Propriété de stabilité chimique
Une huile peut être attaquée par d'autres substances qu'elle contacte. Une telle attaque
peut la rendre inadéquate pour l'utilisation. La stabilité chimique est reliée à la stabilité
thermique, pour que la vitesse de réaction chimique augmente lorsque la température
augmente.
2.6. Propriété de compatibilité
Terme général référant à toute interaction entre l'huile et les autres matériaux présents.
Par exemple : une huile peut causer le gonflement, le rétrécissement (compressibilité),
le durcissement du caoutchouc de l'étanchéité, etc.
2.7. Propriété de corrosivité
La corrosion est un cas particulier d'incompatibilité dont lequel l'huile ou quelque chose
dans l'huile attaque un composant métallique dans le système.
Une huile est complètement non-corrosive quand elle est neuve peut devenir corrosive
après une période d'utilisation.
2.8. Propriété rhéologique
De toutes les propriétés physiques chimiques à considérer en lubrification ou graissage,
la viscosité est l'une des plus importantes.
Dans les paliers, les engrenages, les roulements et les systèmes hydrauliques ou le
régime de fonctionnement est hydrodynamique, c'est la viscosité qui détermine les pertes
par frottement, la capacité de charge et l'épaisseur minimale d'huile.
La viscosité véritablement une mesure de l'aptitude physique d'un fluide à assurer la
lubrification par film complet sous des conditions définies de vitesse, de charge et de
température.
2.8.1. Définition de la viscosité
Selon la norme N.F.T. 60-100 de novembre 1959 :"la viscosité d'un liquide est la
propriété de ce liquide, résultant de la résistance qu'opposent ses molécules à
une force tendant à les déplacer par glissement dans son sein".
Ainsi, la viscosité d'un fluide est la résistance opposée par ce fluide à tout glissement
interne de ses molécules les unes sur les autres (figure III-1).
Autrefois, la viscosité s'appelait coefficient de frottement interne.
Figure III-1: Viscosités des lubrifiants à l’aide d’un bidon d'huile
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La résistance (viscosité) peut être calculée par la formule de Newton relative à
l’écoulement laminaire d’un fluide entre une surface mobile animée d’une vitesse U et
une surface fixe (figure III-2).
Pour visualiser le cisaillement effectuer dans un film fluide, il faut imaginer que le film
se compose de plusieurs couches (pellicules) semblables à une plate-forme de cartes. La
couche liquide en contact avec la plaque mobile s'accroche à sa surface et toutes les deux
se déplacent à la même vitesse U. De même, la couche liquide en contact avec la
deuxième surface fixe est stationnaire. Entre ces deux surfaces les différentes couches
dans l'intervalle se déplacent à des vitesses directement proportionnelles à leur distance
de la surface fixe.
Par exemple, à une distance y de la surface fixe la vitesse de la couche de fluide est u, et
devient u + du à la distance y + dy.
Figure III-2 : Distribution des vitesses dans un écoulement laminaire de couette
Si, à une distance y de la surface fixe la vitesse de la particule de fluide est U et devient
U + dU.
Alors, la contrainte tangentielle (xy) appelée fréquemment contrainte de cisaillement et
notée est donnée par la relation suivante :
dU
xy xy µ (III-4)
dy
L'hypothèse selon laquelle il existe un coefficient de proportionnalité, appelé viscosité
dynamique, entre la contraire de cisaillement et le gradient de vitesse est justifiée par
l'expérience par un grand nombre de fluide, dits fluides newtoniens. Parmi ceux-ci, on
trouve l'eau et de nombreuses huiles lubrifiantes dans le cas d'écoulement laminaires.
2.8.2. Unités de viscosité
De la relation III-4, on tire immédiatement l’équation dimensionnelle de la viscosité
dynamique (µ) :
[ µ ] = ML-1t-1 (III-5)
En dynamique des fluides, on introduit en général dans les équations la quantité :
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µ
(III-6)
Où,
: viscosité cinématique
: masse volumique du fluide.
L’équation dimensionnelle de viscosité cinématique () est :
[ ] = L²t-1 (III-7)
Dans le système normalité S.I, l’unité de viscosité dynamique est le Pascal-seconde
(Pa.s) identique ou poiseuille (P ) anciennement utilisée dans le système M.K.S.A
(Ancien système d'unités, à l'origine du S.I., dont les unités fondamentales sont le mètre,
le kilogramme, la seconde et l'ampère).
Notons que, 1 kg/m.s est équivalent à 1 Pa.s ou encore à 1 Poiseuille, noté P .
Dans le système ancien dont les unités fondamentales sont le centimètre, le gramme, la
seconde (C.G.S) l’unité de viscosité dynamique est le poise (Po).
Ces unités étant généralement trop grandes pour les fluides couramment employés tels
que les huiles lubrifiantes, on utilise souvent le milli Pascal-seconde (mPa.s) ou le
centi-poise (cPo).
Pour l’unité de viscosité cinématique dans le système S.I., le tableau III-1 résume les
données relatives aux unités de viscosité.
Tableau III-1 : Unités de viscosité
Viscosité Dimension C.G.S S.I Correspondance
µ Pascal-seconde
(dynamique) M L-1 t-1 Poise (Po)=g/mm.s Pa.s = kg/m.s 1cPo = 1mPa.s
ou Poiseuille
1cSt = 1mm2 /s
(cinématique) L2 t-1 Stokes (St)=cm2 /s m2/s 2 4 6
1m /s=10 St= 10 cSt
Dans le tableau III-3 suivant, quelques grandeurs de la viscosité dynamique de
quelques fluides :
Viscosité dynamique
Fluide
(mPa.s ou cPo)
Air à 18°C 0,0182
Air à 229 °C 0,02638
Eau 1,002
Eau à 100°C 0,282
Huile d’olive 84
Miel 10000
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Ketchup 50000
Mercure 1,5
Zinc à 500°C 2,8
Plomb à 500°C 1,85
Ether 0,24
Benzène 0,64
Sodium à 400°C 0,28
2.8.3. Indice de viscosité (Viscosity Index : VI)
C'est une caractéristique fondamentale d'un fluide qui qualifie la variation de viscosité
en fonction de la température.
Ainsi, L’indice de viscosité est le degré de variation de la viscosité d’une huile en fonction
de la variation de la température. Cet indice est basé sur l’emploi de deux huiles de
référence aux quelles on assigne arbitrairement les indices 0 et 100.
Un indice élevé indique des variations relativement faibles, alors qu’un indice bas
indique des variations importantes.
La plupart des huiles minérales industrielles ont un VI compris entre 55 et 100.
Des divers indices de viscosité ont été proposés jusqu’à ce jour, seul celui de Dean et
Davis est d’usage universel. En 1929 ces auteurs ont classé toutes les huiles connues en
différentes catégories selon la valeur de leur viscosité cinématique exprimée en Seconds
Sybolet Universel (SSU) à 210°F (98°C).
K (kelvin) = T°C + 273, et °F (Fahrenheit) = 1,8 T°C + 32
Parmi toutes les huiles de même viscosité à 210°F (98°C), ils ont retenu les deux huiles
avant à 100°F (37,8°C) d’une part la plus faible viscosité et d’autre part la plus grande
viscosité, la première correspond à une huile à caractère paraffinique dont la viscosité
varie relativement peu avec la température, la seconde à une huile à caractère
naphténique, dont la viscosité varie beaucoup avec la température (figure III-3).
Ils ont alors donné arbitrairement l’indice 100 à la première et 0 à la seconde.
En Europe et depuis 1975 aux Etats-Unis, les températures de référence sont 40°C et
100°C.
Pour déterminer l’indice de viscosité d’une huile de viscosité U à 40°C et P à 100°C, en
recherche les viscosités respectives L et H à 40°C des huiles de références à caractères
paraffinique et naphténique ayant la viscosité P à 100°C (figure III-3).
Alors, l’indice de viscosité VI est alors donné par la relation suivante :
LU
VI 100 (III-8)
LH
Les viscosités des huiles de référence sont données dans les tables de la norme NFT160-
136 « Calcul de l’indice de viscosité à partir de la viscosité cinématique ».
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Figure III-3 : Définition de l’indice de viscosité
Depuis la définition de cet indice, de nombreuses huiles ont été formulées et il existe
maintenant des lubrifiants dont l’indice de viscosité est très supérieur à 100 (figure III-
4). Ce qui correspond à des huiles dont la viscosité dépend relativement peu de la
température. Pour ce type d’huile, une autre définition de l’indice de viscosité a été
proposée par American Society for Testing and Materials (A.S.T.M), cet indice appelé
VIE est donné par la formule suivante :
10N 1
VI E 100 (III-9)
0,00715
N
log 10
H log10 U
(III-10)
log10 100 C
Cette relation qui permet de mieux prendre en complet la variation de la viscosité avec
la température pour les huiles à haut indice de viscosité n’est utilisée que lorsque l’indice
de viscosité (VI) soit supérieur à 100.
Figure III-4 : Variation de viscosité avec de la température
(fluide ISO VG46 pour des VI = 0 à VI = 350)
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3. Variables affectant la viscosité
Trois variables affectant la viscosité : le taux de cisaillement (gradient de vitesse) ( ), la
température (T) et la pression (P).
3.1. Variation de la viscosité avec le taux de cisaillement
La vitesse de cisaillement ou gradient de vitesse ou taux de cisaillement mesure
le cisaillement appliqué au sein d’un fluide. Elle dépend de la contrainte de
cisaillement et de la nature du fluide.
Le gradient de vitesse décrit la variation spatiale de la vitesse d’écoulement.
Lorsque la viscosité dynamique varie avec le taux de cisaillement (figure III-5), le fluide
et non newtonien.
En général, la viscosité dynamique diminue lorsque le taux de cisaillement augmente, il
y a fluidification.
0
Taux de cisaillement critique
1
Cr
Figure III-5 : Variation de la viscosité avec le taux de cisaillement
La loi de variation de la viscosité avec le taux de cisaillement est alors donnée par la
relation de Cross :
0
1 (III-11)
n
Pour le système moléculaires simples, le taux de cisaillement critique (1/cr), à partir
duquel se produit cette fluidification est gouverné par le temps de relaxation de la
molécule ; 1/ marque le point à partir duquel les alignements moléculaires due aux
force hydrodynamique sont suffisants pour balancer les relaxations thermodynamiques
des molécules. Il est donné par la relation de Rouse :
1 6 0 M
(III-12)
Cr ²RT
Où,
0 : viscosité à faible taux de cisaillement
: viscosité à forte taux de cisaillement
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M : masse moléculaire
R : constante des gaz parfait
T : température absolue
: masse volumique.
3.2. Variation de la viscosité avec la température
En général, les fluides ont une viscosité qui dépend très largement de la température,
cette variation qui au voisinage de 20°C et de 2,5% par degré pour l’eau et peut atteindre
10 à 15 % par degré pour les huiles minérales.
La viscosité est une fonction décroissante de la température, elle chute très rapidement
aux basses températures puis plus lentement aux températures élevées (figure III-6),
pour une huile lubrifiante, on peut poser :
E
µ µ0e T
(III-13)
Avec, E = a + bT + cT²
Où, µ0 est la viscosité dynamique à une température donnée, T est la température
absolue et a, b, c sont des constantes à déterminer pour chaque lubrifiant.
75
Viscosité (cSt)
50
25
50 100 Température (°C)
Figure III-6 : Variation de la viscosité avec la température pour une huile
minérale paraffinique (huile ISOVG 32) utilisée pour la lubrification
des paliers de turbines
On peut aussi utiliser la relation de Mac Coull et Walther :
Log10 (log10 ( υ + a )) = - m log10 ( T ) + n (III-14)
Où, υ est la viscosité cinématique, a, m et n des constantes qui dépendent du lubrifiant
et T la température absolue en degrés Kelvin. La valeur de a dépend de l’unité de
viscosité, si υ en centistokes, a est compris entre 0.6 et 0.75.
- La relation de Barr :
0 .3
[Log10 ( υ + 0.8 ) ] = A + B/T (III-15)
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- La relation de Hugel et de Chairbois :
Log10 ( μ + a )( T + b ) = c (III-16)
Où, υ et μ sont respectivement les viscosités cinématique et dynamiques de l’huile, T est
la température absolue et a, b, c, A et B sont des constantes caractéristiques du
lubrifiant.
3.3. Variation de la viscosité avec la pression (Effet piézovisqueux)
La plupart des huiles lubrifiantes ont une viscosité qui croît avec la pression. Ce
phénomène présente une importance pratique car dans certains mécanismes le lubrifiant
subit des pressions qui peuvent atteindre 10 9Pa, c’est le cas en particulier dans les
roulements et les engrenages.
Tableau III-4 : Variation de la viscosité avec la pression d’une huile à caractère paraffinique
Pression en MPa 0,1 10 20 30 40 50 100
Viscosité en Pa.s 0,05 0,06 0,075 0,11 0,15 0,23 0,70
On remarque que la viscosité augmente d’autant plus vite que la pression est plus
importante. Cette augmentation dépend de la nature du lubrifiant, elle est plus
importante pour les huiles à caractère naphténique que pour les huiles à caractère
paraffiniques.
Le tableau III-5, donne à titre d’exemple les variations de viscosité avec la pression d’une
huile parffinique, d’une huile naphténique et de l’eau.
Tableau III-5 : Variation de viscosité avec la pression d’une huile paraffinique, d’une
huile naphténique et de l’eau.
Pression en Viscosité en Pascal-seconde (Pa.s)
MPa Huile paraffinique Huile naphténique Eau
1 0,052 0,055 0,001
1400 0,810 2,2 0,0011
2800 8,700 91 0,00123
Cette augmentation du lubrifiant en particulier, elle est plus importante pour les huiles
à caractère naphténique, elle est plus rapide aux fortes pressions.
En général, les fluides de faible viscosité sont moins affectés par une augmentation de
pression que les fluides de grande viscosité.
Pour caractériser cet effet, dit effet piézovisqueux (variation de la viscosité avec la
pression), on peut utiliser la relation de Barus établie en 1893 suivante :
µ (P) = µ 0e P (III-17)
Où, coefficient de piézoviscosité () donné par la relation suivante :
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= 1,216 + 4,143(log10)3,0627 + 2,848.10-4m5,1903(log10)1,5976 – 3,999(log10)3,09750,1162 (III-18)
Ce coefficient est sensiblement constant pour des pressions inférieures à 70MPa. Il
dépend de l’huile et qui est généralement compris entre, 5.10-9 40.10-9 Pa-1
Avec, P : pression
µ0 : viscosité dynamique à la pression atmosphérique
: coefficient de piézoviscosité
: viscosité cinématique à la température considérée en mm²/s
m : coefficient viscosité-tempétature
: masse volumique du lubrifiant en g/cm3.
Notant que la relation de Barus est très utilisée pour les régimes isotherme ou une
variation de la viscosité faible avec la température.
3.4. Viscosité des gaz
La viscosité dynamique des gaz est très faible et varie d’un gaz à un autre comme le
montre le tableau III-6 dans les conditions normales de température et de pression.
Tableau III-6 : Viscosité dynamique de quelques gaz
Gaz Hydrogène Néon Azote Air
Viscosité (Pa.s) 9 10-6 31 10-6 18 10-6 18 10-6
La viscosité cinématique des gaz est élevée car leur masse volumique est très faible.
Ainsi, pour l’air dans des conditions normales :
µ
15 106 m²/s = 15 cSt (III-19)
La viscosité dynamique des gaz augmente avec la température mais cette augmentation
est très faible. On considère généralement la viscosité des gaz est constante.
4. Calcul de la viscosité (Viscosimètres)
La viscosité de service des huiles et des huiles de base des graisses de lubrification peut
être déterminée approximativement à l'aide de la viscosité cinématique connue à 40°C et
100°C. La viscosité d'un lubrifiant (en tenant compte des charges, de la vitesse, etc.) est
l'un des indicateurs de la formation d'un film lubrifiant protégeant contre le frottement
et l'usure.
Les huiles synthétiques, les additifs spéciaux et les différents concepts d'épaississants
permettent de former le film lubrifiant à une viscosité plus faible et plus efficace que les
huiles minérales.
Pour mesurer la viscosité des liquides, on emploie des viscosimètres qui se rangent en
deux catégories : les viscosimètres absolus et les viscosimètres empiriques.
4.1. Viscosimètres absolus
Il existe plusieurs types :
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a - Viscosimètres à capillaire
Ce sont des types capillaires calibrés dans lesquels on fait couler le fluide sous une
différence de pression constante à une température uniforme et fixe.
Dans cette méthode de mesure, on mesure le temps qu'une quantité définie de liquide
prend pour s'écouler à travers un capillaire dont la longueur et le diamètre sont connus
entre le point supérieur A au point inférieur B (figure III-7).
La viscosité cinématique peut être déduite à partir du temps (t) mis par un volume (V)
de fluide à s’écouler à travers du tube capillaire par la relation suivante :
rc4 gt
kt (III-20)
8V
Avec, rc est le rayon du tube et K est une valeur constante.
La viscosité des liquides newtoniens est déterminée avec plus de précision à l'aide de
viscosimètres capillaires qui permettent de mesurer des viscosités avec une précision
supérieure à 0.3 %.
Figure III-7 : Principe de fonctionnement des Viscosimètres à tube capillaire
En outre, la mesure du débit permet de déterminer la valeur de la viscosité dynamique
du fluide. La loi d’écoulement dans les capillaires a été établie indépendamment par
Hagen (1839) et par poiseuille (1840). Elle est appelé généralement loi de Hagen-
Poiseuille et s’exprime par la relation :
rc4 P
Q (III-20)
8µLc
Où,
Lc : longueur du tube
rc : son rayon
μ : viscosité dynamique
Q : débit volumique, (m3/s)
P : la différence de pression existant entre les deux extrémités du tube.
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Notons que cette relation est valable pour un fluide incompressible en écoulement
laminaire et permanent et pour des tubes dont le rapport lc
100 , tel que, dc = 2rc
dc
Dans certains types de viscosimètres à capillaire, l’écoulement s’effectue à pression
constante sous la seule action du poids du liquide, ce qui permet d’écrire :
P = gh (III-21)
Où,
: masse volumique du fluide
g : accélération de la pesanteur
h : distance verticale entre les deux niveaux du fluide.
b - Viscosimètres de Couette
En mécanique des fluides, un écoulement de Couette désigne l'écoulement
d'un fluide visqueux entre deux surfaces dont l'une est en mouvement par rapport à
l'autre (figure III-8). L'écoulement est dû à la force d'entraînement visqueuse qui agit sur
le fluide.
Figure III-8 : Principe de fonctionnement des viscosimètres de Couette
Dans ces viscosimètres, on mesure le couple résistant transmis par le fluide contenu
entre deux cylindres coaxiaux dont l’un est en rotation (figure III-8).
En 1890, Couette a présenté une étude complète de ce type d’écoulement et a montré que
le couple C, mesuré en régime laminaire était lié à la viscosité dynamique par la relation
suivante :
4µR12 R 22 L1 2
C (III-22)
R 22 R 12
Soit, µ = KC
Dans cette relation 1, R1 et 2, R2 sont respectivement les vitesses angulaires, les
rayons des cylindres intérieurs et extérieurs, et L la longueur du cylindre intérieure.
Ces viscosimètres sont précis et permettent de mesurer les viscosités à des taux de
cisaillement constantes relativement élevés pouvant atteindre 10 6s-1.
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C - viscosimètres à chute de bille
Lorsqu’une bille tombe en chute libre dans un liquide visqueux, elle atteint une vitesse
limite V où fluide dont la valeur dépend de la viscosité du fluide (figure III-9).
Cette vitesse est donnée par la relation:
V
2r ² g
1 2 (III-23)
9µ
Où,
r : rayon de la bille
g : accélération de la pesanteur
1 et 2 sont respectivement les masses volumiques de la bille et du liquide.
La mesure de la vitesse s’effectue par la mesure du temps mis par la bille pour passer
entre deux repères.
Ces viscosimètres sont généralement utilisés pour déterminer la viscosité des liquides de
grande viscosité ou soumis à des pressions très élevées.
Figure III-9 : Principe de fonctionnement d’un Viscosimètres à chute de bile
4.2. Viscosimètres empiriques
Dans ces appareils, dont les plus courants sont les viscosimètres :
- Saybolt (Etats-Unis)
- Redwood (Grande Bretagne G.B)
- Engler (Europe continentale)
On mesure le temps d’écoulement d’un volume donné d’un fluide à travers un ajutage
généralement formé d’un tube étroit et court. Les mesures sont généralement faites
pour des températures fixées à l’avance pour lesquelles le dispositif est étalonné et à
chaque type de viscosimètre correspond à une unité de viscosité qui lui est propre.
Il s'agit donc des appareils purement empiriques donnant pour la viscosité une valeur
conventionnelle, exprimée.
Ces appareils donnent une viscosité cinématique car l’écoulement s’effectue sous l’action
de la pesanteur et donc fait intervenir la masse volumique du fluide.
Dans le suivant tableau III-7, on résume les principes de mesure concernant les trois
viscosimètres empiriques en usage dans la pratique courante :
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Tableau III-7 : Viscosimètres empiriques
Nom du Quantité Expression des résultats Températures Unité de
viscosimètre d’huile (cm3) de références viscosité
ENGLER
(Europe 20°C
Temps d’écoulement de
continentale, 50°C Degré Engler
200 l’huile divisé par celui
France, 100°C (°E)
de 200cm3 d’eau à 20°C
Allemagne, 150°C
etc.)
70°F Second
SAYBOLT Temps d’écoulement en 100°F Saybolts
60
(Etats-Unis) secondes 130°F universal
210°F (SSU)
70°F
REDWOOD Temps d’écoulement en 100°F Second
50
(G.B) secondes 140°F Redwood
200°F
Le tableau III-8, donne une correspondance entre les différentes unités de viscosité
cinématique empirique :
Chapitre trois : Caractéristiques de fluides lubrifiants
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Tableau III-8 : correspondances de viscosités
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Notant que, un rhéomètre est plus sophistiqué et plus cher qu'un viscosimètre. Il permet
de connaître les grandeurs fondamentales tels que, taux de cisaillement , contrainte de
cisaillement et la viscosité.
Un rhéomètre est un appareil de laboratoire capable de faire des mesures relatives à
la rhéologie d’un fluide (La rhéologie est l'étude de la déformation et de l'écoulement de
la matière sous l'effet d'une contrainte appliquée). Il permet d’étudier fondamentalement
les propriétés viscoélastiques et d’écoulement d’un liquide, d’une suspension,
d'une émulsion, d’une pâte (graisse), d'un plastique, d'une résine, d'une mousse, d'une
poudre, d'un gel, etc., en réponse à une force appliquée.
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5. Additifs ou dopes
Les huiles de moteurs diesel ou essences modernes et des machines tournantes
contiennent différents substances chimiques qui sont utilisés pour contrôler les dépôts,
l’usure, la corrosion et l’oxydation. Les principaux composants présentés dans les huiles
moteur actuelles sont les dispersants, les détergents, les antioxydants, les anticorrosions
les additives anti-usures et les polymères solubles dans l’huile.
On ajoute aussi quelques additifs spécifiques tels que des agents d’adhérences, des
modificateurs de structure, des colorants, des masques d’odeurs, etc.
Figure III-10 : composition d’une huile lubrifiante
5.1. Additifs détergents et dispersants (de 3 à 15 %)
Ces additifs permettent d’une part, de maintenir les parties les plus chaudes d’un
moteur en bon état en évitant les dépôts, c’est l’effet détergent et d’autre part, de
maintenir en suspension les impuretés solides formées au cours du fonctionnement du
moteur afin d’éviter la formation d’agglomérats, c’est l’effet dispersant.
Par ailleurs, ces additifs généralement basiques neutralisent les composés acides formés
par la combustion.
Les produits utilisés sont soit des organo-sels de métaux alcalino-terreux (se dit des
métaux du groupe du calcium, Ca) tels que les sulfonâtes, les théophosphates et les
phénates (Sel ou ester du phénol, C6H5OH), etc.
5.2. Additifs de point d’écoulement
A basse température, la cristallisation des paraffines modifie les propriétés rhéologiques
du lubrifiant qui tend à se solidifier. Ainsi, les additifs de point d’écoulement sont donc
utilisés pour lutter contre cette solidification.
Les produits utilisés appartiennent aux quatre familles suivantes : les alkyloromatique,
les polyesters (composé chimique utilisé pour la fabrication de certaines matières
plastiques, de revêtements, de textiles), les polyamides (corps chimique obtenu par
polymérisation et utilisé dans la fabrication des fibres textiles) et les polyoléfines (nom
donnée à une variété de fibres synthétiques).
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3.3. Additifs améliorant l’indice de viscosité (VI)
Ce sont des polymères qui s’introduit à faible concentration dans une base lubrifiante
entraînent une augmentation relative de la viscosité plus importante à haute qu’à basse
température et qui par conséquent augmentent l’indice de viscosité du lubrifiant sans
modifier défavorablement les autres propriétés essentielles.
Les produits généralement utilisés sont des polymétacrylates, des polyacrylates et des
polymères d’oléfines (Hydrocarbure insaturé qui comprend au moins une double liaison
carbone-carbone).
5.4. Additifs Anti-oxydants (1% environ)
Ces produits ont pour rôle de ralentir et si possible de supprimer les phénomènes
d’oxydation du lubrifiant, ils agissent de trois façons différentes :
Par blocage du processus de destruction en captant les radiaux libres des chaînes
moléculaires. Ces produits sont généralement des phénols et des amines (composé
organique dérivé de l'ammoniac) ;
Par destruction des peroxydes (Oxyde qui renferme la plus grande quantité
possible d'oxygène) qui se forment lors du phénomène de détérioration, ces
composés sont des dithéophosphates et des dithiocardamates ;
Par désactivation des ions métalliques et par formation d’un film protecteur sur
les surfaces afin d’éliminer l’action catalytique (production d'une réaction
chimique ou accélération de son processus par une substance qui ne subit pas de
modification) des métaux ces additifs sont des phénols et des phénates (Sel ou
ester du phénol).
5.5. Additifs anti-usure (1 %)
Utiles surtout aux basses températures, ils s’accrochent aux surfaces par des liaisons
chimiques et forme des films épais et plastiques qui répartissent les contraintes et
réduisent l’usure. Leurs propriétés dépendant du substrat et des autres additifs qui
inhibent parfois leur action, en particulier les détergents qui entrent en compétition avec
eux pour se fixer sur les surfaces.
Des additifs classiques sont le tributylphosphate et le tricrésylphosphate, le
dithiocarbonate de zinc qui convient bien aux engrenages cylindriques et coniques
moyennement chargés.
On utilise aussi des composés organométalliques du plomb, l’usure du lubrifiant
correspond à la disparition progressive de l’additif transformé en divers produits de
dégradation. Lorsqu’il a entièrement disparu, le coefficient de frottement et l’usure
augmentent brutalement.
5.6. Additifs extrême pression (de 1 à 10 %)
Comme les précédents, ils forment des films protecteurs contre le grippage par
interaction avec le métal de base mais leur manifeste surtout aux températures de
surface élevées. Citons le bisulfure de dibengyle, les terpènes soufrés (terpène :
Hydrocarbure présent dans l’essence naturelle d'origine végétale) et divers corps gras
sulfurés.
Ces additifs sont devenus indispensables pour les engrenages lourdement chargés.
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Ils sont en général corrosifs pour les métaux non ferreux et sont donc à utiliser avec
prudence.
5.7. L’anti-mousse
Dans la plupart des applications, les lubrifiants sont agités, ce qui provoque la formation
de bulles d’air et de mousse.
Un moussage excessif de l’huile entraîne des défauts de lubrification.
Alors, on doit utiliser les additifs anti-mousse réduisent le moussage en diminuant la
tension de surface du fluide et en facilitant la séparation des bulles de la phase liquide.
Ces additifs sont très peu solubles dans l’huile et sont donc présents en très petites
quantités.
Les produits communément employés comme anti-mousse sont des silicones (nom
donnée aux dérivés du silicium qui se présentent sous forme des huiles, de résines et
d'élastomères), tels que le polydiméthysiloxane (PDMS) ou des
polyalkylméthiecrylates (PAMA).
5.8. Additifs divers
D’autres produits sont encore utilisés comme additifs, on peut citer :
les additifs d’onctuosité qui agissent par absorption sur les surfaces de contact et
qui sont destinés à diminuer le frottement dans le cas de contact métal - métal.
Ce sont des esters gras, alcool gras, amines grasses et acide gras.
les additifs anti-rouille qui agissent par absorption sur le métal et formation
d’une couche protectrice quasi-imperméable à l’air, à l’eau et aux composés
correctifs, ces produits qui sont des sulfonâtes, naphténiques, des sels
d’amines et des acides gras sont parfois incompressibles avec les additives
anti-usures.
6. Spécifications ou désignation normalisée des lubrifiants
Les spécifications ou désignation de viscosité peuvent être établies à deux points :
1) Pour l’identification : ce sont alors des spécifications de raffinage ou de fabrication
des lubrifiants ;
2) Pour les applications : ce sont celles qui sont composées par les utilisateurs en
fonction de la destination ou de l’usage des huiles.
Elles sont données par des fourchettes de viscosité, des maxima et des minima à
certaines températures. Ces classifications n’évaluent pas la qualité d’une huile, elles
donnent seulement une estimation de la viscosité à une température particulière.
Il existe dans le monde trois organismes qui s’occupent de classer les huiles selon
leur viscosité : L’ISO « International Standard Organisation », La SAE « Society
of Automotive Engineering » et L’AGMA « American Gear Manufacturers
Association »
- Classification ISO VG
La classification ISO VG est la classification internationale des huiles industrielles
(ISO : Organisation Internationale de Normalisation, VG : Viscosity Grade) dont
chaque classe (grade) est repérée par un nombre entier qui correspond sensiblement à la
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viscosité cinématique en centistokes (mm²/s) du lubrifiant à 40°C correspond à ± 10 %
de la valeur médiane de la viscosité.
Le grade ISO fait référence pour déterminer la viscosité des huiles industrielles
(hydrauliques, engrenages, compresseurs, etc.), par exemple :
Une huile ISO-VG 2 à pour limites de viscosité 1,98 et 2,42cSt, 2 représentant la
viscosité moyenne la plus probable.
La classification ISO de viscosité des huiles industrielles (ISO 3448), homologuée et
publiée en France sous la référence NF ISO 3448 (décembre 1993) définit 20 classes de
viscosité dans l’intervalle de 2cSt à 32000cSt à 40°c (tableau III-9)
Tableau III-9 : Classification ISO des huiles industrielles
Classe ISO de Viscosité cinématique Limite de la viscosité cinématique
viscosité médiane en centistokes ou cSt à 40°C
2
en mm /s ou cSt à 40°C minimale maximale
ISOVG 2 2.2 1.98 2.42
ISOVG 3 3.2 2.88 3.52
ISOVG 5 4.6 4.14 5.06
ISOVG 7 6.8 6.12 7.48
ISOVG 10 10 9.00 11.00
ISOVG 15 15 13.50 16.50
ISOVG 22 22 19.80 24.20
ISOVG 32 32 28.80 35.20
ISOVG 46 46 41.40 50.60
ISOVG 68 68 61.2 74.8
ISOVG 100 100 90.00 110
ISOVG 150 150 135.00 165
ISOVG 220 220 198.00 242
ISOVG 320 320 288.00 352
ISOVG 460 460 414.00 506
ISOVG 680 680 612.00 748
ISOVG 1000 1000 900.00 1100
ISOVG 1500 1500 1350.00 1650
ISOVG 2200 2200 1980 2420
ISOVG 3200 3200 2880 3520
La figure III-11 suivante donne la relation entre la viscosité de l’huile et la température
de fonctionnement de quelleques huiles lubrifiantes. De plus, elle permet de définir
approximativement la viscosité de l’huile en tenant compte des conditions de
fonctionnement.
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Figure III-11 : Diagramme température en fonction de viscosité des huiles ISO
- Classification American Society of Automotive Engineers (SAE)
Elle est essentiellement utilisée dans l'automobile et les véhicules industriels pour les
moteurs et les transmissions. Elle classe aussi les huiles selon leur viscosité, mais définit
des intervalles continus de viscosité avec un minimum et un maximum.
La classification SAE 20, SAE 30..., utilise la viscosité des huiles à 100°C et correspond
aux huiles monogrades dites pour hautes températures.
La classification SAE 0W, SAE 5W... (W = winter) utilise la viscosité des huiles à -18°C
et correspond aux huiles monogrades dites pour basses températures ou hiver.
Les huiles multigrades présentent deux viscosités caractéristiques, par exemples : une
huile SAE 10W40 a même viscosité qu'une huile monograde SAE 40 à 100°C et même
viscosité qu'une huile monograde SAE 10W à -18°C.
Les huiles multigrades présentent un meilleur indice de viscosité que les huiles
monogrades correspondantes, autrement dit, leur viscosité varie moins avec la
température. De plus, elles assurent une bonne lubrification à haute et basse
température (figure III-12).
Les huiles multifonctionnelles sont en général des huiles multigrades utilisables en
toutes saisons, permettant de simplifier l'utilisation et la maintenance.
Sachant que, un lubrifiant dont le grade de viscosité est faible sera plus fluide, plus
liquide et s'écoulera plus facilement. À l'inverse, plus le grade est élevé, plus l'huile sera
épaisse et s'écoulera lentement.
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Figure III-12 : plage de température d’utilisation des huiles monogrades et multigrades
Le tableau III-10 présente la classification des huiles moteurs (SAE J300, 1980) :
Viscosité
Grade Valeur maximale de la Valeur maximale de Viscosité à 100°C dynamique
S.A.E viscosité à la température la température limite cSt = mm²/s à 150°C
donnée (a) de pompabilite °C mPa.s
mPa.S = cPo °C (b) Maxi <
Mini
à Min
0W 3250 à - 30 -35 3.8
5W 3500 à -25 -30 3.8
10 W 3500 à -20 -25 4.1
15 W 3500 à -15 -20 5.6
20 W 4500 à -10 -15 5.6
25 W 6000 à -5 -10 9.3
20 5.6 9.6 2,6
30 9.3 12.5 2,9
40 12.3 16.3 2,9 ou 3,7*
50 16.3 21.9 3,7
21,9 26,1 3,7
a) Cette viscosité est mesurée selon la norme ASTM O2602 sur un viscosimètre de type Couette
dont la vitesse varie selon la valeur de la viscosité mesurée
b) La température limite de pompabilité est mesurée selon la norme ASTM D3829, elle évalue la
possibilité pour une huile d’être aspirée et mise en pression par une pompe à huile de moteur
lors des démarrages à froid
P = 2,9mPa minimum pour les huiles 0W40, 5W40, 10W40 et p = 3,7mPa minimum pour les
huiles 15W40, 20W40, 25W40 et 40 monograde.
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Tableau III-11 : Classification des huiles de transmissions (SAEJ306 (1981))
Température maximale pour une Viscosité à 100 °C
Grade SAE viscosité de cSt = mm²/s
150Pa.s =150000cPo (c) °C mini Maxi < à
70 W -35 4.1
80 W -26 4
85 W -12 11
90 W 13.5 24
140 W 24 41
250 W 41
Il faut encore remarquer que les classifications SAE des huiles moteurs et des huiles
pour transmissions sont différentes. Ainsi, une huile pour transmission SAE 90 à la
même viscosité à 100°C qu'une huile moteur SAE 40 ou SAE 50.
La figure III-12 suivante présente la variation de viscosité des huiles monogrades et
multigrades.
Figure III-12 : Variation Viscosité-Température sur abaque ASTM
- Classification AGMA
La société American Gear Manufacturers Association (AGMA) s’occupe des huiles des
boîtes d’engrenages industrielles.
Le tableau III-12 donne une comparaison de ces classifications entre elles selon leur
viscosité en cSt à 40oC (échelle ISO). On voit sur cette table qu’il existe dans chaque
classification un équivalent pour chaque huile.
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Tableau III-12 : Comparaison des classifications ISO, SAE et AGMA.
D’autres classifications existent pour les huiles moteurs, on peut mentionner :
- Les spécifications American Petroleums Institute (API)
Elles sont constituées au moins de deux lettres, la première lettre est soit S pour moteur
à essence, soit C pour moteur diesel, tandis que la second lettre par ordre alphabétique,
A, B, C …., correspond à la date d’agrément et à la qualité de l’huile.
Ainsi, une huile SA était utilisée pour les moteurs à essence dans les années 1950-1960,
alors qu’une huile SJ est préconisée actuellement pour les moteurs à essences mis en
services aux USA après 1997. De même CA était utilisé dans les moteurs diesels dans
les années 1950-1960, alors qu’une huile CG correspond aux huiles préconisées pour les
moteurs diesels suralimentés depuis 1994.
- Les spécifications CCMC ou ACEA
Ce sont les spécifications européennes mises en place depuis 1972 par le Comité des
Constructeurs d’automobiles du Marché Commun (CCMC) puis par l’Association des
Constructeurs Européens d’Automobile (ACEA) qui a remplacé en 1991 le CCMC.
Ces spécifications mises en place en décembre 1995, définissent :
a) trois qualités d’huile pour moteurs à essence : l’une de basse viscosité pour
économiser le carburant (A1-96), la deuxième de qualité standard (A2-96) et la
troisième de haut de gamme, moins volatile et plus stable à l’oxydation (A3-96).
b) trois qualité d’huile pour véhicules diesel légers : la première de basse viscosité
pour économiser le carburant (B1-96), la deuxième de qualité standard (B2-96) et
la troisième qualité supérieure , moins volatile, plus stable au cisaillement (B3-
96).
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7. Choix de viscosité d’une huile lubrifiante
Une bonne viscosité d'huile participe au refroidissement du moteur, lubrifie les pièces
moteur, limite les frottements et protège contre l'usure, contribue à sa propreté en
évacuant les impuretés qui sont déposées dans le filtre à huile, lutte contre la rouille et
la corrosion. Ainsi, le choix d’une bonne viscosité d'huile est primordial pour le bon
fonctionnement et la durée de vie du moteur.
Notons que, c’est la viscosité à sa température de fonctionnement qui est la plus
importante. Par exemple :
- Si, un instrument doit travailler convenablement à 100°C, alors l’huile devrait avoir
une viscosité de 10cSt à 100°C.
- Si, l’instrument doit travailler convenablement à – 30°C, alors l’huile devrait avoir une
viscosité de 10cSt à - 30°C.
Ceci signifie que l’on a besoin de deux huiles différentes.
Tableau III-13 : plage de la viscosité des huiles de lubrification pour quelques machines
Type d’huile (cSt = mm2/s) à T (de fonctionnement)
- huile de montres et instrument 5 – 20
- huile pour machines à coudre 10 – 25
- huile de moteur 10 – 50
- huile pour turbine 10 – 50
- huile hydraulique 20 – 100
- huile pour roulement à rouleaux 10 – 300
- huile d’engrenage :
- engrenage grande vitesse 15 – 100
- engrenages usés 200 – 1000
Pour les véhicules, il existe plusieurs types d'huile moteur répondant à des normes
spécifiques, mais il faut respecter au mieux les recommandations du constructeur.
Dans le tableau III-14, retrouvez les huiles les plus utilisées sur le marché avec leurs
principaux avantages :
5W30 5W40 10W40 15W40
- Economie de - Démarrage plus facile -Bonne protection
carburant - Moteur haute moteur - Utilisation peu sévère
- Démarrage plus facile performance - Améliore (routes majoritaires)
- Protection du filtre à - Protection catalyseurs démarrage à froid - Intervalles de vidanges
particules (FAP) - Utilisation sévère -Amélioration réduits (inférieurs à 7500
- Protection des - Intervalles vidanges intervalles de km)
catalyseurs allongés vidanges standards
- Protection extrême
du moteur
- Protection Basses et
Hautes températures
- Protection de
l'environnement
- Intervalles vidanges
allongés
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8- Chois d’un type de lubrifiant
Avant d’utiliser un lubrifiant, il faut prendre en compte plusieurs facteurs, qui vont
déterminer votre choix.
Tout d’abord, vous devez vous interroger sur l’application du lubrifiant. Selon que votre
lubrifiant doit être appliqué à un palier, un roulement, une boite de vitesses, un
compresseur ou une pompe etc., vous devrez choisir un type de lubrifiant différent.
Ensuite, vous devez prendre en considération les conditions d’utilisation de travail du
lubrifiant. Il est indispensable de choisir un lubrifiant adapté à la température de votre
environnement de travail ainsi que à la pression (charge supportée).
On a divers choix possibles de lubrifiants comme suit :
Problème Solutions possibles
- huile plus visqueuse
- Charge assez élevée - huile avec Extrême pression
- graisse
- lubrifiant
- Vitesse assez élevée (qui peut rendre - plus d’huile ou de circulation huile
la température assez élevée) - huile moins visqueuse
- lubrification gazeuse
- huile moins visqueuse
- Température assez basse - huile synthétique
- lubrification sec
- lubrification gazeuse
- additifs à l’huile synthétique
- Température assez élevée - huile plus visqueuse
- plus d’huile ou de circulation d’huile
- Beaucoup de débris d’usure - plus d’huile ou de circulation d’huile
- additifs dispersants
- système de circulation de l’huile
- Contamination - graisse
- lubrification sec
- huile plus visqueuse
- Nécessité d’une vie utile plus longue - plus d’huile ou circulation d’huile
- additifs ou huile synthétique
- graisse
9. Changement de l’huile de la lubrification
L’huile de lubrification se détériore (dégradé) de différentes manières et avec cette
détérioration apparait le risque d’endommagement du système lubrifié. Pour éliminer ce
risque ou le diminuer, il est nécessaire de changer l’huile et c’est en fait la raison
commune pour le changement d’huile.
Une autre raison pour le changement d’huile est pour garder la bonne viscosité quand la
température de fonctionnement du système lubrifié change. L’utilisation généralisée des
huiles multigrades a rendu ce changement beaucoup moins commun, par exemple dans
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les climats extrêmes la plupart des gens changeraient d’un grade SAE 20 en été à un
grade SAE 10W en hiver.
Les plus importants effets de la détérioration et de la contamination de l’huile sont :
a) l’oxydation, produisant de l’acidité qui conduit à la corrosion
b) l’oxydation, l’évaporation, ou la contamination produisant un changement de
viscosité qui conduit à des problèmes d’écoulement ou une défaillance de
lubrification
c) des contaminants solides qui causeraient l’abrasion des roulements ou des
engrenages, ainsi que le blocage des filtres et des passages fins
d) la contamination avec l’eau, ceci peut causer :
- la corrosion
- interférer avec les effets des additifs
- émulsifier avec l’huile et engendrer des problèmes d’écoulement
ou une défaillance de lubrification.
Une difficulté majeure est de décider quand doit-on changer l’huile ?
Evidemment, l’idéal serait de changer l’huile avant toute attaque sur le
système ou que la diminution de la qualité de lubrification n’ait lieu.
Malheureusement, l’allure à laquelle la détérioration se produit varie considérablement
même entre des systèmes qui sont supposés être identiques, de telle manière qu’un guide
pour la bonne période de changement d’huile n’est pas facile ou pas précis.
Ce qui complique plus le problème étant le fait que le taux de détérioration ne soit pas
constant.
Par exemple, l’oxydation se produit très lentement jusqu’à épuisement des anti-oxydants
et ensuite l’oxydation a lieu beaucoup plus rapide.
- Facteurs importants dans le changement du type d’huile lubrifiant
Nature du changement Facteurs à considérer
- Changement à une huile de base de la - s’assurer que toute augmentation de
même classe et de viscosité plus élevée température est acceptable
- s’assurer que l’épaisseur du film de
- Changement à une huile de plus faible lubrification est toujours adéquate
viscosité - faire attention aux fuites
- faire attention à consommation plus élevée
- Changement à une huile de base de même - s’assurer que les additifs additionnels
classe de meilleure qualité n’introduisent pas de nouveaux problèmes
- Changement à une huile de base de même - s’assurer que la qualité est toujours adéquate
classe et moins coûteuse
- Changement à une huile de base de même - faire attention aux effets secondaires
classe et pour EP (extrême pression) indésirables des additifs sur les métaux non-
ferreux
- s’assurer que la précédente huile est
- Changement à une huile de base de classe complètement enlevée du système
différente - s’assurer que les joints d’étanchéité et les
autres matériaux sont convenablement pour la
nouvelle huile
Chapitre trois : Caractéristiques de fluides lubrifiants
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