ORDRE ET RYTHME DU RECIT
1/ OBSERVATION
Notre cambrioleur consacra près d'une heure à ouvrir la porte du palier. Mais il le fit avec tant
d'adresse que pas un bruit ne se fit entendre. Il avait passé sa soirée à étudier le plan de
l'appartement. À présent, il connaissait l'emplacement de chaque objet. Dans quelques heures, le
diamant du Rajasthan serait à lui. Il tâtonna jusqu'au sofa et progressa silencieusement vers le
fauteuil Louis XVI. Un quart d'heure plus tard, il touchait au but.
1. Quel est le temps principalement employé ?
2. Relevez une phrase évoquant une action qui s'est déroulée avant l'action principale. À quel
temps le verbe est-il conjugué ?
3. Relevez une phrase évoquant une action à venir. À quel temps le verbe est-il conjugué ?
4. Ce récit comporte une ellipse : ce que fait le personnage pendant ce temps est passé sous
silence. Quel indicateur de temps est utilisé au moment où le récit reprend après cette ellipse ?
MEMO
1/ APPLICATION chez Maupassant. Repérage de modification de l’ordre.
Anticipation ou retour en arrière ?
A : Si elle s'était aperçue de la substitution, qu'aurait-elle pensé ? Qu'aurait-elle dit ? Ne l'aurait-
elle pas prise pour une voleuse ?
B : Il se rappelait en effet que, huit jours auparavant, un pauvre diable qui mendiait sa vie s'était
jeté dans l'eau parce qu'il n'avait plus d'argent. Simon était là lorsqu'on le repêchait ; et le triste
bonhomme, qui lui semblait ordinairement lamentable, malpropre et laid, l'avait alors frappé par
son air tranquille, avec ses joues pâles, sa longue barbe mouillée et ses yeux ouverts, très
calmes. On avait dit alentour : "Il est mort." Quelqu'un avait ajouté : "Il est bien heureux
maintenant."
DONC pour trouver un retour en arrière, je cherche un ou plusieurs verbes
au…………………………………………..
car cela montre que les actions sont……………………………………………….
Pour trouver une anticipation, je cherche un ou plusieurs verbes au
………………………………………………………..
2/ APPLICATION chez Maupassant. Repérage du rythme. Fais correspondre la
bonne notion au bon exemple.
SOMMAIRE OU ACCELERATION Alors ils allèrent de bijoutier en bijoutier, cherchant
une parure pareille à l'autre, consultant leurs
souvenirs, malades tous deux de chagrin et
d'angoisse.
SOMMAIRE OU ACCELERATION Quoique habillé d’un complet de soixante francs, il
gardait une certaine élégance tapageuse, un peu
commune, réelle cependant. Grand, bien fait, blond,
d’un blond châtain vaguement roussi, avec une
moustache retroussée, qui semblait mousser sur sa
lèvre, des yeux bleus, clairs, troués d’une pupille
toute petite, des cheveux frisés naturellement,
séparés par une raie au milieu du crâne, il
ressemblait bien au mauvais sujet des romans
populaires. C’était une de ces soirées d’été où l’air
manque dans Paris.
PAUSE DESCRIPTIVE Il fallait chaque mois payer des billets, en
renouveler d'autres, obtenir du temps.
Le mari travaillait, le soir, à mettre au net les
comptes d'un commercant, et la nuit, souvent, il
faisait de la copie à cinq sous la page.
Et cette vie dura dix ans.
ELLIPSE Charlot resta seul à peiner avec le vieux père pour
nourrir la mère et deux autres soeurs cadettes qu'il
avait.
Il prenait vingt et un ans, quand, un matin,
une brillante voiture s'arrêta devant les deux
chaumières
SOMMAIRE OU ACCELERATION Et, pendant des années et encore des années, ce
fut ainsi chaque jour des allusions grossières qui
étaient vociférées devant la porte, de façon à entrer
dans la maison voisine. La mère Tuvache avait fini
par se croire supérieure à toute la contrée parce
qu'elle n'avait pas venu Charlot
SCENE Par un après-midi du mois d'août, une légère
voiture s'arrêta brusquement devant les deux
chaumières, et une jeune femme, qui conduisait
elle-même, dit au monsieur assis à côté d'elle :
- Oh ! regarde, Henri, ce tas d'enfants ! Sont-ils jolis,
comme ça, à grouiller dans la poussière.
L'homme ne répondit rien, accoutumé à ces
admirations qui étaient une douleur et presque un
reproche pour lui.
La jeune femme reprit :
- Il faut que je les embrasse ! Oh ! comme je
voudrais en avoir un, celui-là, le tout petit.
EXERCICES SUR LE RYTHME ET L’ORDRE NARRATIF
ORDRE NARRATIF
1/ Dans les passages suivants, repérez si le récit est dans un ordre
chronologique ou si l’ordre est bouleversé par un retour en arrière ou une
anticipation.
Tel était l’état des choses dans cette petite république […]. Mais pour rendre un compte
exact des événements extérieurs comme des sentiments, il est nécessaire de remonter à
quelques mois avant la scène par laquelle commence cette histoire. À la nuit
tombante, un jeune homme passant devant l’obscure boutique du Chat-qui-pelote y était
resté un moment en contemplation à l’aspect d’un tableau qui aurait arrêté tous
les peintres du monde.
H. de Balzac, « La Maison du chat-qui-pelote », 1829.
Et assez bizarrement, l’histoire que je vais vous raconter commence de la même façon.
Seulement, celle qui poussa cette exclamation n’était pas une duchesse.
C’était au début de juin. Je venais de passer quelques jours à Paris pour affaires. Installé
dans l’express du matin, je regagnais Londres où je partageais encore l’appartement de
mon vieil ami Hercule Poirot, l’ex-détective belge.
Agatha Christie, Le crime du golf.
« Il s’était douché, rasé, et avait mis le costume de tergal vert qu’il portait en arrivant à
l’hôtel la veille au soir. La pensée que le jour était enfin arrivé avait fait trembler sa main
et il s’était légèrement coupé la lèvre en se rasant. Il saignait encore un peu, le goût salé
dans sa bouche lui donna un haut-le-coeur.
Il avait horreur du sang. »
« Ainsi nous étions tous quatre sur le pays de nos rêves, le monde perdu, le plateau
découvert par Maple White. Nous eûmes l’impression de vivre l’heure de notre triomphe
personnel. Qui aurait pu deviner que nous étions au bord de notre désastre ? Laissez-moi
vous dire en peu de mots comment la catastrophe survint. »
2/ Exercice
Notre cambrioleur consacra près d’une heure à ouvrir la porte du palier. Mais il le fit avec
tant d’adresse que pas un bruit ne se fit entendre. Il avait passé sa soirée à étudier le
plan de l’appartement. À présent, il connaissait l’emplacement de chaque objet. Dans
quelques heures, le diamant du Rajasthan serait à lui. Il tâtonna jusqu’au sofa et
progressa silencieusement vers le fauteuil Louis XVI. Un quart d’heure plus tard, il
touchait au but.
1
Quel est le temps principalement employé ?
2
Relevez une phrase évoquant une action qui s’est déroulée avant l’action principale. À
quel temps le verbe est-il conjugué ?
3
Relevez une phrase évoquant une action à venir. À quel temps le verbe est-il conjugué ?
4
Ce récit comporte une ellipse : ce que fait le personnage pendant ce temps est passé
sous silence. Quel indicateur de temps est utilisé au moment où le récit reprend après
cette ellipse ?
3/ Insère un retour en arrière d’une dizaine de lignes qui racontera au
lecteur ce qui est arrivé au personnage avant la scène de la plage . Tu
utiliseras le plus que parfait.
C'était un lundi matin. Un vieux pêcheur gisait inconscient sur la plage déserte. Ni
le cri des mouettes ; ni le bruit des vagues qui lui léchaient les pieds ne pouvait
l'arracher à son profond sommeil. Un garde-côte l'aperçut de son poste et avertit
aussitôt ses collègues par radio.
RYTHME NARRATIF
1/Parmi ces indicateurs de temps, quels sont ceux qui peuvent servir à
exprimer une ellipse ?
1. Pendant ce temps.
2. Quelques minutes plus tard.
3. Dix ans après.
4. Durant son séjour.
5. Bien plus tard.
6. Le surlendemain.
7. La veille.
2/ Repérez des ellipses. Indiquez leur durée approximative et justifiez leur
utilisation.
Engourdi par le froid, je me sentais à bout de forces. Le soleil déclinait et le vent
continuait de me fouetter le visage. Je luttai aussi longtemps que je pus. Je ne saurais
dire quand je perdis conscience. Quand je me réveillai, la nuit était tombée.
Claudine partit en vacances pendant deux mois. A son retour, quelque chose avait
changé en elle ; tout, dans sa manière de parler, de regarder les autres, laissait supposer
qu’elle avait connu un autre mode de vie, vécu de nouvelles expériences.
Ce que fit Jacques pendant ces trois mois où nous restâmes sans nouvelle de lui,
personne ne le sut jamais. Un matin, il frappa à ma porte et lança : « Ne pose pas de
question. Je suis revenu c’est l’essentiel. Je ne repartirai plus. Jamais. Je te promets. »
Pendant six mois nous cessâmes de nous voir : de cette période de ma vie, je ne veux
pas parler tant mon chagrin fut grand de me sentir trahi
3/ Insérer une ellipse
Complétez ces extraits de façon à ce qu’ils s’achèvent par une ellipse. Pour
cela, une simple phrase commençant par un complément circonstanciel suffit.
Vous pouvez imaginer ce que vous voulez.
Extrait 1
Il habitait une sorte de petit pavillon de briques adossé aux bâtiments d'exploitation
qu'occupaient ses fermiers. Car il s'était retiré du faire-valoir, pour vivre de ses rentes.
Il avait environ cinquante-cinq ans ; il était gros, jovial et bourru comme un homme
riche.
Extrait 2
C'était un paysan, le fils d'un fermier normand. Tant que le père et la mère vécurent, on
eut à peu près soin de lui ; il ne souffrit guère que de son horrible infirmité ; mais dès
que les vieux furent partis, l'existence atroce commença. Recueilli par une sœur, tout le
monde dans la ferme le traitait comme un gueux qui mange le pain des autres. À chaque
repas, on lui reprochait la nourriture ; on l'appelait fainéant, manant ; et bien que son
beau-frère se fût emparé de sa part d'héritage, on lui donnait à regret la soupe, juste
assez pour qu'il ne mourût point.
4/ Dans le texte suivant, l’auteur a choisi des rythmes différents pour raconter
la fin d’une longue histoire d’amour impossible. Nommez les
différents rythmes utilisés (scène, accélération, ellipse…) et justifiez vos choix.
Il voyagea.
Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement
des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. Il revint.
Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours encore. Mais le souvenir continuel du
premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la
sensation était perdue. Ses ambitions d’esprit avaient également diminué. Des années
passèrent ; et il supportait le désœuvrement de son intelligence et l’inertie de son coeur.
Vers la fin de mars 1867, à la nuit tombante, comme il était seul dans son cabinet, une
femme entre.
– Madame Arnoux !
– Frédéric !
Elle le saisit par les mains, l’attira doucement vers la fenêtre, et elle le considérait tout
en répétant :
– C’est lui ! C’est donc lui !
G. Flaubert, L’Éducation sentimentale, 1869.
5/ Repérez quel extrait contient une ellipse, une scène, une pause descriptive et
une accélération (ou sommaire). Justifiez vos réponses. Un extrait contient donc
deux éléments.
Extrait 1
La cérémonie d'épousailles mit tout Boutigny sens dessus dessous.
On admira fort les mariés, qui rentrèrent cacher leur bonheur au domicile conjugal, ayant
résolu de faire tout simplement un petit voyage à Paris après quelques jours de tête-à-
tête.
Il fut charmant, ce tête-à-tête, maître Lebrument ayant su apporter dans ses premiers
rapports avec sa femme une adresse, une délicatesse et un à-propos remarquables. Il
avait pris pour devise « Tout vient à point à qui sait attendre. » Il sut être en même
temps patient et énergique. Le succès fut rapide et complet.
Au bout de quatre jours, Mme Lebrument adorait son mari.
Extrait 2
Et elle demeura immobile entre un gros monsieur qui sentait la pipe et une vieille femme
qui sentait le chien.
Tous les autres voyageurs, alignés et muets - un garçon épicier une ouvrière, un sergent
d'infanterie, un monsieur à lunettes d'or coiffé d'un chapeau de soie aux bords énormes
et relevés comme des gouttières, deux dames à l'air important et grincheux, qui
semblaient dire par leur attitude : « Nous sommes ici, mais nous valons mieux que ça »,
deux bonnes sœurs, une fille en cheveux et un croque-mort, avaient l'air d'une collection
de caricatures, d'un musée des grotesques, d'une série de charges de la face humaine,
semblables à ces rangées de pantins comiques qu'on abat, dans les foires, avec des
balles.
Les cahots de la voiture ballottaient un peu leurs têtes, les secouaient, faisaient
trembloter la peau flasque des joues ; et, la trépidation des roues les abrutissant, ils
semblaient idiots et endormis.
La jeune femme demeurait inerte […].
Extrait 3
« Comme c'est loin ! se disait Jeanne. Pourvu qu'il n'ait pas eu une distraction, qu'il ne
soit pas endormi ! Il s'est bien fatigué depuis quelques jours. » Peu à peu tous les
voyageurs s'en allaient. Elle resta seule, toute seule. Le conducteur cria :
« Vaugirard ! »
Comme elle ne bougeait point, il répéta :
« Vaugirard ! »
Elle le regarda, comprenant que ce mot s'adressait à elle, puisqu'elle n'avait plus de
voisins. L'homme dit, pour la troisième fois :
« Vaugirard ! »
Alors elle demanda :
« Où sommes-nous ? »
Il répondit d'un ton bourru :
« Nous sommes à Vaugirard, parbleu, voilà vingt fois que je le crie.
— Est-ce loin du boulevard ? dit-elle.
— Quel boulevard ?
— Mais le boulevard des Italiens.
— Il y a beau temps qu'il est passé !
— Ah ! voulez-vous bien prévenir mon mari ?
— Votre mari ? Où ça ?
— Mais sur l'impériale.
— Sur l’impériale ! v'là longtemps qu'il n'y a plus personne. »
5/ Pour rendre cette histoire plus compréhensible, réécrivez le texte en y ajoutant des
indicateurs de temps
Le colonel est sur le champ de bataille. Il est blessé. Il tombe évanoui. On le croit mort et
on le laisse sous un tas de cadavres. Il parvient à sortir. Il vit en Allemagne. Il rentre à
Paris. Sa femme en a épousé un autre.
D’après H. de Balzac, Le Colonel Chabert, 1832.