Chapitre I : Introduction 1er Master TPHV
Chapitre 1 : Introduction
I.1 Introduction
Le changement climatique nous confronte à deux défis majeurs : le premier est de pouvoir répondre à
la hausse de la consommation énergétique mondiale en lien avec l’augmentation de la population, le
deuxième est de limiter l’impact de l’activité humaine sur le climat. Il faut donc limiter les émissions de gaz
à effet de serre dans l’industrie, dans le transport et dans la production de l’énergie.
Le secteur de l'énergie a subi des transformations à travers les âges. Actuellement, les hydrocarbures sont la
source d'énergie dominante. Ils couvrent environ 80 % des besoins du monde. Cependant, la demande sans cesse
croissante fait pression sur les réserves d'hydrocarbures. En plus de ce problème de réserves, l'exploitation, la
production, le transport et l'utilisation des hydrocarbures ont des effets négatifs sur l’environnement.
Ainsi, la prise de conscience du danger environnemental engendré par l’utilisation des énergies fossiles
et le souci du risque d’épuisement de ces énergies ont créé un enthousiasme pour la recherche d’une
source d’énergie disponible, inépuisable et protectrice de l’environnement ; ces énergies se positionnent
alors comme alternatives aux énergies conventionnelles. Les énergies renouvelables sont propres et
inépuisables. La transition énergétique est alors en marche.
I.2 L’hydrogene vert, un catalyseur de la transition énergétique
En 1875 Jules Verne écrit dans son roman « L’île mystérieuse », « Oui, mes amis, prédisait l’igenieur Cyrus
Smith, je crois que l’eau sera un jour utilisée comme combustible, l’hydrogène et l’oxygène qui la
constituent fourniront une source de lumière et de chaleur inépuisables …... » La connaissance de
l’hydrogène ainsi que la comparaison de ses usages futurs constituaient déjà à l’époque une base de réflexion
qui devait bientôt disparaître derrière la suprématie (domination) des énergies fossiles (charbon, gaz et
pétrole) qui étaient :
disponibles et aisément accessibles ;
puissantes (environ 10 kWh contenus dans 1 litre d’essence) ;
facilement transportables et stockables ; etc.
Les énergies fossiles ont donc connu le succès que l’on sait jusqu’à aujourd’hui. Parallèlement, les effets
néfastes sont connus également et dramatiques pour l’avenir de l’environnement et du vivant sur terre. Le
carbone (sous forme de CO2) et les autres gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère élèvent la
température moyenne à des niveaux jamais atteints en un temps si court .
Les défis majeurs du 21e siècle sont la réduction de la pollution et le réchauffement climatique. Cela a
conduit à la recherche de vecteurs énergétiques tels que l'hydrogène vert.
Stockage et transport de l’hydrogène 1
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Le défi est aujourd’hui de produire de l’hydrogène sans dégagement de dioxyde de carbone( CO2 ).
L’évolution des modes de production s’oriente ainsi de plus en plus vers de l’hydrogène décarboné, et
même « vert » lorsqu’il est produit à partir d’énergies renouvelables, et permet d’ouvrir de nouveaux
horizons du côté des usages. l’hydrogène est en voie de devenir l’une des formes d’énergie de l’avenir,
notamment avec les piles à combustible.
I.2.1 Principales caractéristiques de l’hydrogène
Découvert au 18e siècle par le chimiste anglais Henry Cavendish, l’hydrogène doit son nom à Antoine
Laurent de Lavoisier, un chimiste français. Dérivé de la langue grecque, soit hudôr pour eau et gennân pour
générateur, le mot hydrogène signifie « générateur d’eau ». Cavendish fut le premier à démontrer que,
lorsque l’hydrogène et l’oxygène sont combinés, ils forment de l’eau.
** L’hydrogène : premier de la classe
De tous les éléments chimiques, l’hydrogène est le plus léger car il possède la structure atomique la plus
simple : son noyau se compose d’un unique proton et son atome ne compte qu’un électron. Il tient donc
la première place dans la classification périodique de Mendeleïev.
** Une petite molécule pleine d’énergie
La molécule de dihydrogène est constituée de deux atomes d’hydrogène (H 2). Sa combustion avec le
dioxygène (O2) ne produit que de l’eau (H2O) : 2H2 + O2 -> 2H2O.
Le dihydrogène a l’avantage d’être particulièrement énergétique. La combustion d’1 kg de ce gaz libère
environ 3 fois plus d’énergie qu’1 kg d’essence (soit 120 MJ/kg contre 45 MJ/kg pour l’essence)(MJ :
millions de joules).
En revanche, comme ce gaz est très peu dense (léger), il occupe, à masse égale, un volume bien plus grand
qu’un autre. Ainsi, pour produire autant d’énergie qu’avec 1 litre d’essence, il faut 4,6 litres de dihydrogène
comprimé à 700 bars. Ces volumes importants sont une contrainte pour le transport et le stockage sous forme
gazeuse. Comme de nombreux combustibles, le dihydrogène peut s’enflammer ou exploser au contact de l’air.
Il doit donc être utilisé avec précaution. Toutefois la petitesse de ses molécules lui permet de diffuser très
rapidement dans l’air (quatre fois plus vite que le gaz naturel), ce qui est un facteur positif pour la sécurité.
** Caractéristiques de l’hydrogène
• L’hydrogène est un élément chimique simple, léger, stable, peu réactif à température ambiante.
• Lorsqu’il se combine avec l’oxygène il forme de l’eau en produisant un fort dégagement de chaleur.
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• Il peut être produit en quantités presque illimitées, à partir d’énergies fossiles, tel le gaz naturel ;
ainsi qu’à partir de sources d’énergie renouvelables telles que l’énergie hydraulique, l’énergie solaire
et l’énergie éolienne,
• L’hydrogène est un gaz très volatil, c’est-à-dire qu’il est 14 fois plus léger que l’air ; il est incolore, inodore
I.2.2 Les avantages et les inconvénients
**En effet, les avantages de l’hydrogène sont nombreux:
- c’est un atome très abondant sur terre (sous forme d’eau) ;
-énergie spécifique élevée (par unité de poids);
- il n’est ni polluant, ni toxique ;
- élément stable et non corrosif;
- combustion efficace
- sa combustion dans l’air ne génère que de l’eau ;
- son transport est aisé (en particulier par pipes) ;
- le plus efficace pour convertir l’énergie chimique en énergie électrique;
-ses modes de production sont variés et il est le combustible idéal des piles à combustible
**Il convient aussi de mentionner ses inconvénients:
- sa légèreté implique une densité énergétique volumique moins favorable au transport et au stockage
sous forme gazeuse, que pour le gaz naturel .
-ses limites d'inflammabilité et de détonation (explosion ) avec de l'air sont plus larges que pour le gaz naturel.
- L'énergie minimale à fournir pour l'enflammer est 10 fois inférieure à celles d'hydrocarbures classiques
(20 joules pour l'hydrogène, contre 260 joules pour le propane),
- son image dans le public n'est pas bonne (il est considéré comme un gaz dangereux) et son acceptabilité
n'est donc pas encore acquise .
I.2.3 Production de l’hydrogène
Les molécules d’hydrogène (H2) ne peuvent pas se trouver dans leur forme pure dans la nature. Ainsi,
l’hydrogène doit être produit à partir d’un composé, dans lequel il est contenu, par exemple, à partir de
l’eau, du méthane, du méthanol, de l’ammoniac, de l’éthanol, de la biomasse, etc…
Le dihydrogène a cependant l’avantage de pouvoir être produit à partir des trois grandes sources que
sont les énergies fossiles, nucléaire et renouvelables.
Stockage et transport de l’hydrogène 3
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Les trois grands modes de production d’hydrogène à l’échelle de l’industrie sont aux deux tiers générateurs
de CO2. Le vaporeformage d’un gaz carboné ainsi que la gazéification du charbon sont des processus à
forte émission de CO2 .
**L’hydrogène peut être obtenu principalement par vaporeformage en faisant réagir du méthane avec de
la vapeur d’eau pour obtenir du dihydrogène et du dioxyde de carbone, suivant la réaction chimique :
CH4 + H2O → CO + 3 H2
CO + H2O → CO2 + H2
Le bilan de ces deux réactions est donc :
CH4 + 2H2O → 4H2 + CO2
Ainsi, avec cette réaction, pour un kilogramme d’hydrogène produit, 5,5 kg de dioxyde de carbone sont en
principe émis. En pratique, compte tenu du rendement thermodynamique de la réaction, ce sont de 7 à 10
kg de dioxyde de carbone qui sont émis par kilogramme d’hydrogène produit.
** Si l’on part de charbon, la distillation de la houille (qui contient du carbone mais aussi des hydrocarbures
adsorbés) produit un mélange d’hydrogène, de méthane , de monoxyde de carbone et autres .
** L’électrolyse est le procédé de décomposition de l’eau en hydrogène et oxygène par passage d’un
courant électrique entre deux électrodes immergées dans un électrolyte aqueux. L’hydrogène produit est
plus pur que celui produit par vaporeformage facilitant son usage dans les piles à combustible (PAC).
Quand la tension appliquée est suffisante des réactions se produisent aux interfaces électrolyte
électrodes :
À l’anode : oxydation avec émission d’électrons
H2O → ½ O2 + 2H+ + 2e-
À la cathode : réduction avec capture d’électrons
2H+ + 2 e- → H2
La réaction globale est :
2H2O → 2H2 + O2
Le mécanisme de l'électrolyse de l'eau est présenté dans la Figure I.1
Stockage et transport de l’hydrogène 4
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Figure I.1 : Le mécanisme de l'électrolyse de l'eau
Encore faut-il que l’électricité requise pour cette électrolyse soit issue des énergies renouvelables (éolien,
photovoltaïque, hydro-électrique). En effet, si l’hydrogène est créé par électrolyse de l’eau et en utilisant
une électricité renouvelable, alors c’est de l’hydrogène vert.
D’autres procédés de production d’hydrogène sont envisageables :
- la photolyse, la photo-électrolyse, la radiolyse, la thermolyse, qui visent tous à produire de l’H 2 sans passer
par le vecteur électricité ;
- l’ensemble des procédés biologiques et biochimiques.
Ces procédés sont peu mûrs (dévelopé) actuellement
Mais pour être économiquement et écologiquement durable et stable , la production de dihydrogène doit
répondre à trois critères :
• la compétitivité : les coûts de production ne doivent pas être trop élevés ;
• le rendement énergétique : la production ne doit pas nécessiter trop d’énergie ;
• la propreté : le processus de fabrication doit être non polluant.
Stockage et transport de l’hydrogène 5
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I.2.4 Les couleurs de l’hydrogène
Dans l’éventail des solutions pour se passer des énergies fossiles, l’hydrogène représente une alternative
prometteuse à condition qu’il soit « bas carbone » voire renouvelable.
Les couleurs de l’hydrogène permettent d’identifier les procédés de production de l’hydrogène selon la
quantité de dioxyde de carbone (CO2 ) émise.
En bref
* L’hydrogène vert est fabriqué par électrolyse de l’eau à partir d’électricité provenant uniquement
d’énergie renouvelable ;
*L’hydrogène gris est fabriqué par procédés thermochimiques avec comme matières premières des
sources fossiles (charbon ou gaz naturel) ;
* L’hydrogène bleu est fabriqué de la même manière que l’hydrogène gris, à la différence que le CO2
émis lors de la fabrication sera capté pour être réutilisé ou stocké ;
* L’hydrogène jaune est fabriqué par électrolyse comme l’hydrogène vert mais l’électricité provient
essentiellement de l’énergie nucléaire.
L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a récemment suggéré de changer la
terminologie. L’hydrogène qui était jusqu’ici appelé « vert » est désormais appelé « renouvelable »,
l’hydrogène « gris » devient « fossile », et enfin, les hydrogènes « bleu » et « jaune » sont regroupés sous
l’appellation « bas-carbone ».
Qu’il soit «gris»,«bleu»,«jaune» ou «vert»,on ne parle que de lui: l’hydrogène. S’il est déjà largement
employé dans de nombreux secteurs, son usage entant que source d’énergie n’en est qu’à ses débuts. Les
applications sont tout aussi nombreuses que prometteuses (agréables) dans les secteurs de la mobilité
notamment.
Pour en faire le meilleur allié de la transition énergétique, il reste encore de nombreux défis à relever, à
commencer par la production à échelle industrielle d’un hydrogène décarboné nécessitant des
investissements considérables dans les années à venir (fig.I.2).
Stockage et transport de l’hydrogène 6
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Figure I.2 : Filière hydrogène
1.2.5 Usages de l’hydrogène
L'hydrogène est utilisé dans l'industrie et stocké de manière sûre sous forme de gaz comprimé ou liquéfié
depuis plus d’un siècle . L'hydrogène est largement utilisé pour toute une série d'applications,
notamment : le raffinage du pétrole brut ; comme agent de refroidissement dans les turbines génératrices
d’électricité ; comme agent propulseur dans la propulsion des fusées et les missiles ; pendant la production
d'ammoniac pour les engrais ; dans la métallurgie pour extraire les métaux purs de leurs minerais ; dans
les industries des semi-conducteurs, du verre, de la pharmacie, de la pétrochimie, de la chimie et de
l'alimentaire ; etc.
Stockage et transport de l’hydrogène 7
Chapitre I : Introduction 1er Master TPHV
L'hydrogène n'est ni plus ni moins dangereux que d'autres carburants inflammables, notamment l'essence
et le gaz naturel. En fait, certaines de ses propriétés, comme la flottabilité, offrent des avantages en matière
de sécurité par rapport aux autres carburants. Cependant, tous les combustibles inflammables doivent être
manipulés de manière responsable. Comme l'essence et le gaz naturel, l'hydrogène est inflammable et
peut se comporter dangereusement dans des conditions spécifiques.
Les défis techniques, qui accompagnent l’usage du dihydrogène comme vecteur d’énergie, rendent
nécessairement progressive son émergence dans nos vies quotidiennes. Pourtant, les modes de
productions se diversifient, des solutions de transport et de stockage prennent forme et des utilisations
variées voient actuellement le jour. En réponse à l’intermittence (discontinuité) des énergies
renouvelables, il équipera dans un avenir proche des maisons autonomes ou des villages isolés : si trop
d’énergie électrique est produite grâce aux éoliennes ou aux capteurs solaires, le dihydrogène produit par
électrolyse de l’eau la stocke sous forme chimique, pour la restituer grâce à une pile à combustible. Source
de courant privilégié (favorisé), il peut désormais assurer la propulsion de véhicules électriques qui
circuleront demain.
Figure I.3 : L’hydrogène, une source d’énergie pour le futur
Stockage et transport de l’hydrogène 8
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I.3 La place de l’hydrogène vert dans le monde
L’hydrogène renouvelable représente une alternative aux énergies fossiles pour beaucoup de pays
dans le monde.
-Aux États-Unis, l’énergie écologique entre dans la stratégie nationale de Reconstruire en Mieux (Build Back
Better)
-La stratégie de l’Union européenne prévoit de déployer pas moins de 40 GW d’électrolyseurs pour
produire de l’hydrogène vert d’ici à 2030. La Commission européenne évalue que l’ensemble des
investissements atteindront entre 180 et 470 milliards d’euros en 2050. Cet argent servira à développer
une chaîne de valeur complète, de la production à l’utilisation finale de l’hydrogène renouvelable.
En parallèle, la Commission européenne coopère au niveau international pour développer des routes
d’échanges commerciaux d’hydrogène vert. Plusieurs partenariats sont envisagés avec d’autres pays
producteurs (l’Australie, la Namibie), ainsi que des régions comme les pays du Golfe et le Maghreb.
-En Asie, les grandes puissances se sont également lancées dans la course à l’hydrogène vert. La Chine
souhaite produire plus de 230 millions de véhicules à pile à combustible d’ici 2030. Le président chinois
veut propulser le pays à la première place des producteurs d’hydrogène vert dans le monde. Aujourd’hui,
la Chine fabrique déjà 40 % des électrolyseurs à eau.
-Au Japon, l’orientation vers l’hydrogène renouvelable a été amorcée quelques années avant les pays
européens. Le gouvernement Japonais s’est fixé pour objectif de produire jusqu’à 3 millions de tonnes
d’hydrogène vert par an en 2030. Quant à la Corée du Sud, elle peut compter sur le constructeur automobile
Hyundai, première entreprise à avoir commercialisé une voiture à pile à combustible dans le monde.
-En Afrique, le Maroc projette de produire 4 GW d’énergie grâce à l’hydrogène zéro carbone. Les initiatives
fleurissent également en Afrique du Sud, au Nigéria et en Algérie. L’ensoleillement, le vent et l’eau
abondent sur tout le continent, ce qui rend la production d’hydrogène vert potentiellement compétitive.
D’autres projets sont mis en œuvre dans des pays comme l’Australie — qui souhaite devenir un exportateur
d’hydrogène vert dès 2030 — ou le Brésil, qui souhaite produire de l’hydrogène vert à partir de biomasse.
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