Méthodologie pour la réutilisation des eaux usées
Méthodologie pour la réutilisation des eaux usées
APPROCHE MÉTHODOLOGIQUE
POUR LES PROJETS DE RÉUTILISATION
DES EAUX USÉES EN IRRIGATION
MÉMOIRE
PRÉSENTÉ
COMME EXIGENCE PARTIELLE
DE LA MAÎTRISE EN SCIENCES DE L'ENVIRONNEMENT
PAR
MOHAMMED BENZARIA
MARS 2008
UNIVERSITÉ DU QUÉBEC À MONTRÉAL
Service des bibliothèques
Avertissement
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commercialiser ou non ce travail dont [il] possède un exemplaire.»
À mon épouse Latifa qui m'a soutenu tout au long de ce travail, sans ce soutien
je n'aurais pas pu terminer ce mémoire.
REMERCIEMENTS
J'aimerais également remercier tous ceux et celles qui m'ont aidé à réaliser ce travail.
TABLE DES MATIÈRES
ANNEXEF
STRUCTURE DU SOL 81
VI
ANNEXEG
LES 27 PRINCIPES DE LA DÉCLARATION DE RIO 85
LISTE DES FIGURES ET TABLEAUX
Page
Le problème de l'eau se pose avec acuité aussi bien au Nord qu'au Sud, chez les uns en terme
de qualité, chez les autres en terme de quantité.
La réutilisation des eaux usées a toujours existé, mais elle a toujours été traitée d'une façon
monodisciplinaire, le seul critère retenu étant la santé humaine. Toutes les normes de l'OMS
ont été élaborées dans un souci sanitaire. Celles-ci ont été d'une part contraignantes, car
difficile à respecter par les pays en voie de développement et, d'autre part, ont posé le
problème d'acceptabilité sociale (image négative d'une eau considérée dangereuse).
Le travail consiste à élaborer un outil de prise de décision qui, d'une part, intègre le nombre
maximum de systèmes dans lesquels s'inscrit la réutilisation des eaux usées, et donc plusieurs
critères et, d'autre part, permet de s'assurer que ce type de projet s'inscrit dans une
perspective de développement durable et ce dès son élaboration.
Une approche théorique a été adoptée, elle consiste à inventorier les systèmes mis en jeu dans
le projet, à choisir les principes du développement durables qui cadrent avec le projet et
d'élaborer une grille pour aider à la prise de décision. Cette approche doit pouvoir se
généraliser à d'autres problématiques environnementales présentant des similitudes. Le
présent travail ne présente aucune validation sur le terrain.
Les difficultés rencontrées sont d'ordre théorique, notamment la définition des paramètres
liés aux systèmes, le nombre de principes à choisir parmi les vingt sept du développement
durable, la formulation de la question et l'évaluation au niveau de la grille.
Mots-clés: réutilisation des eaux usées, irrigation, développement durable, grille décisionnel.
Chapitre 1
MISE EN CONTEXTE
L'eau en tant qu'élément indispensable à toute forme de vie n'est pas disponible en quantité
infinie sur notre planète. En effet, sur un volume total de l'ordre de 140 millions de
kilomètres cubes d'eau, 97% se trouvent dans les océans et l'eau douce ne représente que 3%,
dont les 3!4 sont sous forme de glace inexploitable. Seule une infime partie des eaux du globe
est exploitable sous forme de lacs, de rivières et de nappes souterraines. Cette eau douce, qui
représente une très faible partie du volume d'eau sur la planète, est inégalement répartie
puisque JO pays se partagent 60% de l'eau douce globale (Barlow et Clarke, 2005).
Le cycle de l'eau représente un équilibre à l'échelle du globe; ainsi, la quantité évaporée 505
000 km 3 (434 000 km 3 d'eaux océaniques et 7J 000 km 3 d'eaux continentales) est la même
que celle qui tombe sous forme de précipitations (398 000 km 3 d'eaux océaniques et 107000
km 3 d'eaux continentales) dont 36 000 km 3 qui ruissellent des continents vers les océans
(Bourque 2006). Globalement, les grands réservoirs, naturellement, sont à niveau constant et
les flux, annuellement et intégrés sur la Terre, sont aussi constants. Ceci est dû à un mélange
complexe de physique, d'hydrauJique, d'hydro-dynamique, de météorologie, de climatologie,
de biologie, etc.
Bien gue la quantité d'eau sur la planète puisse satisfaire aux besoins humains, des disparités
régionales existent et l'eau est inégalement répartie sur la pJanète. En effet il se trouve des
zones où il ne pleut presque pas, ce gui a entraîné l'apparition des étendues désertiques
(Australie, Afrique, États-Unis, Mexique, etc.) et au contraire, d'autres zones du globe
connaissent des précipitations abondantes gui provoquent parfois des inondations.
2
Le cycle naturel de l'eau subit actuellement des perturbations 1iées aux changements
climatiques et surtout par des activités anthropiques. On peut citer entre autres perturbations
anthropiques, la déforestation, l'aménagement des cours d'eau pour la navigation, la
construction de barrages, l'industrialisation, l'urbanisation, le bétonnage, etc. Toutes ces
activités anthropiques ont une influence aussi bien sur la dégradation de la qualité de l'eau
que sur la quantité. La déforestation par exemple, contribue à la désertification: en fait, une
forêt humide par le feuillage, l'humus et la strate herbacée, favorise J'infiltration des eaux de
pluie ce qui alimente les nappes phréatiques. Lors des coupes, le phénomène de ruissellement
devient important ce qui entraîne l'érosion des sols.
Ces perturbations ont pour conséquences d'amplifier les disparités régionales, les inondations
deviennent plus fréquentes et plus intenses et la désertification gagne de plus en plus de pays.
L'eau est devenue un facteur limitant au développement dans plusieurs pays et d'autres elle
le sera à moyen terme. Selon le Water Resources Industry (1992), 250 millions d'individus
dans 26 pays se trouvent en pénurie d'eau et 400 millions vivent en stress hydrique. La
pénurie est définie lorsque la valeur des ressources renouvelables de ('eau par habitant et par
an est inférieure à 1000 mètres cubes, alors que le stress est défini si cette valeur est entre
1000 et 1700 mètres cubes/hab/année (UNFPA, 2001). Selon le programme des Nations
Unies pour l'environnement, actuellement l'Afrique du Nord et le Moyen Orient sont en
déficit hydrique, d'ici 25 ans la moitié des pays en Afrique devraient manquer d'eau, tandis
que la Chine et l'Inde seraient en stress hydrique. À précipitation annuelle égale,
l'augmentation de la densité de la population accentue évidemment la non uniformité de ce
phénomène. Cette variation régionale de la densité fait en sorte que la Chine, avec 22% de la
population mondiale, ne dispose que de 7% des ressources en eau, alors que le Canada avec
0,5% de la population mondiale en dispose de 9% (Brooks, 2002).
3
Dans les pays riches et développés, et pour faire face à ces problèmes de qualité de l'eau qui
dégradent l'environnement, de vastes programmes pour collecter les eaux usées ont été mis
en place suivis par l'implantation des stations de traitement pour éviter des rejets bruts dans
le milieu naturel (Bigirindavyi, 2003).
Depuis toujours, l'évacuation des eaux usées loin des habitants, a été une préoccupation des
villes. Les Romains avaient déjà des systèmes d'évacuation perfectionnés. Le premier réseau
moderne apparaît en Allemagne en 1843. En 1960, seulement 12% des Français sont reliés au
tout-à-l'égout (CIEAU). L'assainissement existe donc depuis longtemps dans les pays
développés, et a pris beaucoup de temps pour se réaliser avec une accélération au vingtième
siècle avec le développement scientifique et technique. Par exemple le Québec a réalisé
l'essentiel de ses infrastructures d'assainissement des eaux durant ces 30 dernières années.
Tandis que Dans les pays en développement, le retard est alors installé, et pour le combler il
faut beaucoup de temps, beaucoup d'argent et surtout beaucoup de volonté. Il y a donc un
déficit d'infrastructure en matière d'assainissement et les rejets des eaux usées dans le milieu
naturel aggravent la crise d'eau. En effet ces rejets polluent les nappes, les cours d'eau et les
lacs et diminuent donc le potentiel des ressources exploitables.
Dans ces pays, le choix des investissements est orienté vers des activités économiquement
rentables dans J'immédiat, les services comme l'eau potable et l'assainissement étant
délaissés et différés à tort pour plus tard.
Ce choix explique que ces deux services ont accusé des retards considérables dans ces pays,
beaucoup plus en matière d'assainissement que d'eau potable. Les réseaux d'égout et les
4
stations d'épuration n'ont pas suivi d'une manière planifiée la croissance démographique et
urbaine et l'accroissement de l'approvisionnement en eau potable des agglomérations. Cette
situation a engendré de graves problèmes sanitaires et environnementaux.
Les conséquences des problèmes liés à la quantité et à Ja qualité de J'eau se font encore sentir
d'une manière dramatique sur les populations. Les maladies transmises par l'eau et la non
salubrité causent la mort d'environ 34 000 personnes par jour dans le monde (Dean et Lund,
1981).
Malgré l'immense travail accompli par les organisations internationales pour améliorer la
situation de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, près de 1,1 milliard de
personnes n'ont pas accès à des sources d'eau potable et environ 2,4 milliards à une forme
quelconque de service d'assainissement (OMS, 1989).
CHAPITRE II
PROBLÉMATIQUE GÉNÉRALE
2.1 Introduction
L'eau est indispensable à la vie pour tous les êtres vivants. Elle est aussi indispensable à toute
activité économique, industrielle, agricole ou autre. Bien que globalement le cycle de l'eau
soit en équilibre, et que l'eau soit suffisante théoriquement pour les besoins de l'ensemble des
habitants du globe, elle est répartie tel que vu précédemment d'une manière inégale, et des
régions souffrent d'excès d'eau, d'autres de déficit. Les changements climatiques et les
activités anthropiques perturbent cet équilibre et aggravent la crise de l'eau.
L'eau douce est partagée entre les principales activités comme suit:
• Agriculture: 70%
• Industrie: 20%
L'agriculture irriguée constitue donc l'activité humaine qui consomme la part la plus
importante de l'eau. L'irrigation est l'opération consistant à apporter artificiellement de l'eau
à des cultures pour en augmenter la production. Elle permet un développement normal des
cultures en cas de déficit d'eau induit par une pluviométrie insuffisante ou une baisse de
nappe, en particulier dans les zones arides et semi arides. L'irrigation a contribué à la
révolution verte qui a eu pour conséquence un accroissement spectaculaire de la production
agricole, et qui a permis d'éviter des famines catastrophiques, suite à une augmentation très
importante de la population mondiale et particulièrement dans les pays du tiers monde.
6
La répartition entre les différents usages ne pose pas de problème dans les pays où il y a
suffisamment d'eau; par contre, dans les pays déficitaires, des remises en cause de l'eau
utilisée en agriculture commencent à se produire. Le manque d'eau peut mettre en péril
l'économie de ces pays, voire même mettre la vie des gens en danger. Ces remises en cause
concernent particulièrement les cultures qui consomment beaucoup d'eau qui sont souvent
destinées à l'exportation ( Annexe A). Si un pays exporte vers un autre pays une denrée dont
la production nécessite beaucoup d'eau, cela revient à exporter de l'eau sous une forme
virtuelle et, au contraire, le pays importateur n'a pas besoin d'utiliser cette quantité d'eau
pour produire lui-même cette marchandise. De cette façon, le pays importateur économisera
des quantités importantes d'eau et allègera la pression sur ses ressources hydriques, surtout
s'il est en déficit. Entre 1995 et 1999, le volume des échanges mondiaux d'eau virtuelle liée
aux produits d'origine agricole a été, en moyenne, d'environ 695 mi Iliards de mètres cubes
par an. Cela représente environ 13 % de la consommation mondiale d'eau dans l'agriculture
(Sivakuma, 2004).
Toutes ces remises en cause trouvent par ailleurs une justification économique: en effet, 1 m3
d'eau utilisé en industrie ou dans le secteur des services est 200 fois plus rentable que s'il est
utilisé en agriculture (Mara, 2004). Il ressort alors que, pour tirer profit de cette ressource, il
vaut mieux l'utiliser dans les secteurs où elle sera la plus rentable.
L'accroissement démographique est un autre facteur qui amplifie la pression sur la ressource.
En effet, la population de la terre devrait passer de 6 à environ 9 mi Iliards d'habitants d'ici
l'an 2050 et la population urbaine de 46% à 60% avec plusieurs agglomérations dépassant les
10 millions d'habitants (UNFPA, 2001). Cette augmentation de la population, conjointement
avec une tendance vers un mode de vie plus urbain que rural, pose de nouveaux défis pour la
satisfaction en priorité des besoins en eau potable qui grandissent sans cesse.
Cette situation est plus critique dans plusieurs pays des régions arides et semi-arides où la
pénurie d'eau est devenue un facteur limitant au développement et constitue un défi
économique, social et politique important. La population dans ces pays augmente
considérablement et le besoin en nourriture et en eau croît continuellement.
Traditionnellement, la solution consistait à mobiliser davantage de ressources pour satisfaire
7
les besoins en eau potable et pour développer de nouveaux périmètres irrigués (Valiron et al,
1983). Actuellement, presque toutes les ressources accessibles d'eau douce dans ces régions
sont déjà mobilisées. Comme la ressource en eau n'est pas extensible, et qu'elle est même
déjà déficitaire dans plusieurs pays, il y aura donc des décisions à prendre et des choix à faire
pour l'allocation de cette ressource entre les différents usages.
Il est donc normal de se tourner vers d'autres ressources en eau « non conventionnelles»
pour faire face à ['accroissement de la demande en irrigation. L'agriculture, la plus grande
consommatrice d'eau, doit céder une part aux autres (eau potable et industrielle). Cette
diminution d'allocation d'eau de l'agriculture ne doit pas s'accompagner d'une diminution au
niveau de la production. L'agriculture est aussi appelée à subvenir aux besoins de plus en
plus croissants de cette population en constante augmentation. Selon la FAO (Col 10mb 1999),
pour subvenir aux besoins alimentaires de la population future, la superficie irriguée devrait
s'accroître de 33% d'ici 2010 et de 53% d'ici 2025. Cet accroissement de l'irrigation
s'accompagne d'une forte consommation d'eau qui risque de se faire aux dépens de l'eau
potable et de l'industrie qui elles aussi augmentent sans cesse. C'est vraiment la quadrature
du cercle que de chercher à résoudre ce dilemme entre des besoins sans cesse croissants de
l'eau potable et industrielle à satisfaire en priorité, et des besoins d'irrigation pour subvenir à
des besoins aussi sans cesse croissants de nourriture.
Pour sortir de ce cercle vicieux, il est possible de rationaliser la ressource entre les différents
usages. L'eau douce devrait donc servir à combler en priorité les besoins d'eau potable et
indvstriels, qui ne peuvent s'accommoder que de cette eau, et par la suite l'irrigation.
L'agriculture, grande consommatrice d'eau (70%), est le secteur à satisfaire et où une
recherche de solutions alternatives est possible. Parmi celles-ci se trouvent: l'amélioration de
l'efficience de l'irrigation, l'amélioration de la productivité du m3 d'eau, le dessalement
d'eau de mer, etc. Ces alternatives, bien qu'elles puissent améliorer la situation, ne peuvent à
elles seules résoudre le problème. En effet, l'amélioration et l'efficience sont plafonnées, le
dessalement coûte très cher et l'agriculture ne peut rentabiliser le m3 d'eau produit par cette
technique. Étant donné que l'agriculture peut parfaitement s'accommoder avec une eau de
qualité moindre que les deux autres secteurs, l'alternative qui consiste à substituer
J'utilisation d'une partie de l'eau douce (conventionnelle) en irrigation, par une eau souvent
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rejetée dans le milieu naturel semble être une solution. Il s'agit alors de réutiliser les eaux
usées domestiques pour l'irrigation, surtout que ces eaux proviennent des centres urbains qui
grandissent sans cesse, consomment de plus en plus d'eau potable et rejettent de plus en plus
d'eaux usées et où les besoins alimentaires sont de plus en plus grands. La réutilisation des
eaux usées en irrigation aura donc un impact très positif sur l'assainissement qui est resté le
parent pauvre et qui n'a pas été suffisamment développé. En effet, beaucoup de pays ont
investi des moyens financiers importants pour mobiliser et transférer des ressources en eau
potable au profit des villes et, au contraire, ils n'ont pas fait assez pour collecter ces eaux
usées ou même les traiter. Celles-ci génèrent des dommages à l'environnement, occasionnent
des problèmes de santé humaine et privent les communautés d'une eau supplémentaire
pouvant mettre en valeur des terres.
Depuis toujours, la gestion des ressources en eau ne tient compte que du calcul statique de la
relation: précipitation-ruissellement-évaporation et négl ige le recyclage des eaux usées qui
peut être important. La pénurie d'eau a imposé une nouvelle vision pour gérer les ressources
hydriques en y intégrant la composante recyclage des eaux usées. La réutilisation des eaux
usées doit désormais faire partie intégrante de la gestion et de la planification des ressources
en eau. L'exemple suivant montre bien comment une gestion intégrée des ressources en eau
en y incluant le volet recyclage, peut être bénéfique économiquement, socialement et sur le
plan environnemental.
Exemple: les eaux usées d'une ville de 500 000 habitants qui consomment 2001/d par
personne, permettent d'irriguer 6000 ha à raison de 5000 m3/ha par an. Cette eau enrichit le
sol par des apports annuels de 250 kg/ha d'azote, de 50 kg/ha de phosphate et 150 kg/ha de
potasse (Pescod, 1992).
Cet exemple montre comment la réutilisation des eaux usées d'un centre urbain à permis la
mise en valeur agricole d'une superficie importante, qui autrement aurait concurrencé ce
même centre pour l'eau potable ou serait restée sans mise en valeur. Elle a permis à
l'agriculture de disposer en plus de l'eau, des fertilisants et de la matière organique contenus
dans [es eaux usées. Les éléments chimiques contenus dans les eaux usées, particulièrement
[' azote, le phosphore et le potassium (NPK) améliorent les rendements des cultures sans pour
9
autant augmenter les coûts de production. En effet, l'agriculteur achète habituellement les
engrais chimiques qui sont souvent coûteux. Autre conséquence bénéfique: la protection de
l'environnement. Les eaux usées ne sont plus rejetées dans le milieu naturel, ce qui é[Link]
dommages environnementaux et particulièrement la pollution des cours d'eau, des nappes
phréatiques et des lacs. Elle permet enfin l'amélioration du bien être des populations.
L'irrigation des terres se traduit par une meilleure productivité et des gains économiques
conséquents. Comme en témoigne le tableau-I qui compare les rendements dans différentes
situations. Il montre que des cultures comme le blé, le riz et la pomme de terre, irriguées avec
des eaux usées brutes ou traitées, par simple lagunage, donnent un meilleur rendement par
rapport aux eaux fraîches auxquelles on ajoute des fertilisants chimiques. Ceci montre en
quelque sorte que les eaux usées réutilisées en irrigation agricole peuvent non seulement se
substituer aux eaux fraîches, mais amél iorent les rendements et diminuent les coûts de
production.
Tableau 1
Comparaison des rendements en t/ha
La réutilisation des eaux usées en irrigation constitue donc une nouvelle approche intégrée
dans la planification et la gestion des ressources en eau et particulièrement dans les pays qui
en manquent. Elle permet de libérer les ressources d'eau douce pour l'approvisionnement en
eau potable et industrielle, d'avoir un impact environnemental positif et d'améliorer les
rendements agricoles.
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2.2.1 Définition
Selon Valiron et al. (1983), la réutilisation de l'eau est définie ainsi: « La réutilisation est une
action volontaire et planifiée qui vise la production des quantités complémentaires en eau
pour différents usages afin de combler des déficits hydriques ».
La réutilisation des eaux usées pour l'irrigation est particulièrement intéressante dans les
pays qui ont des ressources hydriques faibles avec présence de saisons sèches et où la
compétition avec l'eau potable est très marquée. Dans ces pays, J'irrigation de cultures ou
d'espaces verts constitue donc la voie de l'avenir pour la réutilisation des eaux usées urbaines
traitées, à court et à moyen termes.
La réutilisation des eaux usées est une pratique très ancienne. Au milieu du 1ge siècle, de
nombreuses villes d'Amérique du nord et d'Europe ont adopté l'irrigation des cultures
comme moyen d'éliminer leurs eaux résiduaires (Mara et Cairncross, 1991). La raison
essentielle était d'empêcher la pollution des cours d'eau et non l'amélioration de la
production agricole.
[Link] En Amérique
[Link] En Méditerranée
La réutilisation agricole des eaux usées a toujours existé sur le pourtour sud de la
Méditerranée. En effet, le bassin méditerranéen est une région où la pénurie d'eau est
particulièrement ressentie. La Tunisie est le premier pays de l'Ouest méd iterranéen à avoir
adopté des réglementations en 1989 pour la réutilisation de l'eau (Bahri, 2002). On compte
environ 6400 hectares irrigués par les eaux usées traitées dont presque 70% sont situés autour
de Tunis (grand centre urbain), lieu de production des eaux usées. Les cultures irriguées sont
les arbres fruitiers (citrons, olives, pommes, poires etc.), les vignobles, les fourrages (luzerne,
sorgho), le coton, etc.
[Link] Australie
L'Australie est un continent sec. L'intensité des précipitations est très variable dans l'espace
puisqu'un quart du continent concentre 80% des précipitations. Le plus ancien périmètre
irrigué au monde se trouve à Melbourne (créé en 1897) et il comporte 4000 ha (Mara et
Cairncross, 1991). Essentiellement, les eaux usées brutes servent à irriguer les pâturages.
La Chine et l'Inde, deux pays très peuplés et qui risquent d'être en stress hydrique dans la
prochaine décennie, pratiquent à grande échelle la réutilisation des eaux usées en irrigation
agricole. Pour l'ensemble des villes chinoises, on compte l 330 000 ha irrigués par les eaux
usées. Pour l'Inde, le total s'élève à 73000 ha (Mara et Cairncross, 1991).
2.2.3 Normes
La réutilisation des eaux usées a toujours été considérée sous l'unique aspect de la protection
de la santé humaine, mais pas comme une éventuelle alternative de gestion de ressources en
eau, pouvant contribuer au règlement du déficit hydrique. C'est donc une vision
monodisciplinaire qui ne tient compte que d'un seul critère, celui de la présence de germes
pathogènes dans les eaux usées. Ce critère est à la base des normes de l'OMS qui
réglementent la réutilisation des eaux usées ( Annexe B).
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Pour quelles soient applicables, ces normes impliquent soit le traitement poussé des eaux
usées, soit des restrictions quant aux types de cultures. Le respect de ces normes est souvent
irréaliste. D'une part, le traitement poussé des eaux usées, pour assurer une protection
sanitaire, coûte cher et est difficile à entretenir dans les pays en voie de développement
(problème de main d'œuvre qualifiée, de disponibilité en pièces, d'énergie etc.). D'autre part,
une restriction quant aux types de cultures, décision prise souvent par les techniciens en
absence des agriculteurs, ne permet pas toujours de satisfaire ces agriculteurs, les cultures
choisies ne correspondant pas toujours à leurs besoins. .
Sans entrer dans le détail des normes de l'OMS, disons tout simplement qu'elles sont basées
sur la présence de « coliformes fécaux », critère indirect pour déterminer la présence
d'organismes pathogènes. Toutefois, la présence de ces pathogènes ne permet pas d'évaluer
le risque de propagation des maladies transmissibles liées à l'utilisation des eaux usées. Ces
normes préconisent l'absence de risque potentiel, alors que l'épidémiologie tient compte du
risque effectif. En effet, bien que des microorganismes pathogènes soient détectés dans les
eaux usées ou sur les plantes, cela ne se traduira pas dans tous les cas par des problèmes
sanitaires causant des maladies. Ceci signifie en clair qu'un risque potentiel ne deviendra pas
automatiquement un risque effectif. Autrement dit, la réutilisation des eaux usées en
agriculture, qui présente un risque potentiel pour la santé humaine, ne peut constituer un
risque effectif que sous certaines conditions.
Ces conditions sine qua non pour qu'un risque potentiel devienne effectif, sont les
suivantes (Shuval, 1977) :
L'épidémiologie révèle donc, que le risque effectif, tient compte aussi bien de l'agent
pathogène que de l'hôte. La présence de germes pathogènes dans les eaux usées, qUI a
toujours prévalue dans les normes de l'OMS, ne tenait pas compte de cette réalité.
En plus de leur caractère contraignant, les normes de l'OMS véhiculent une mauvaIse
perception et une appréhension des agriculteurs pour ces eaux en les considérant très
dangereuses, et aussi, pour les consommateurs qui boudent les produits irrigués par les eaux
usées. Alors que la réutilisation des eaux usées devrait être considérée comme approche
intégrée et systémique. Elle fait intervenir plusieurs acteurs et plusieurs systèmes et donc
plusieurs critères. Elle ne doit pas être vue sous le seul angle microbiologique ce qui a
tendance à limiter son extension.
Les disponibilités en eaux usées augmentent, les besoins pour l'irrigation aussi, mais la
réutilisation d'une manière planifiée et durable tarde à s'implanter.
Dans les pays arides et semi-arides, la pratique de la réutilisation des eaux usées traitées
devrait se développer davantage, les avantages liés à cette pratique sont les suivants:
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• la réutilisation des eaux usées traitées peut compenser la rareté des ressources. Leur
affectation à l'usage agricole permet de consacrer les eaux de meilleure qualité aux
consommations domestiques;
• les eaux usées traitées permettent, lorsqu'elles sont utilisées en irrigation, de réduire
et même d'éliminer le recours aux engrais chimiques;
Les inconvénients sont principalement liés à l'adaptation aux usages et aux obstacles
psychologiques et culturels attachés à des eaux supposées dangereuses. Les principaux
inconvénients liés à la réutilisation des eaux usées traitées en agriculture sont les suivants:
• le risque sanitaire lié à la présence de germes dans les eaux usées traitées aussi bien
pour le travailleur que pour le consommateur;
• en raison de la salinité élevée de J'eau usée, il peut en résulter certains effets négatifs
sur le sol et sur les plantes ce qui peut entraîner une chute de la production végétale
et même une stérilité des sols par accumulation de sel;
• Le contrôle des eaux réutilisées doit être rigoureux et permanent. Il exige donc des
moyens importants, techniques et humains, ce qui est souvent difficile à obtenir dans
les pays arides et semi-arides. Le contrôle indispensable est rendu encore plus délicat
à assurer correctement en raison de la multiplicité des intervenants au niveau de la
collecte, du traitement et surtout au niveau des utilisateurs;
• les sites d'utilisation doivent se trouver à proximité des stations d'épuration, c'est-à
dire dans les zones périurbaines peuplées.
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• la réticence des usagers à utiliser l'eau usée, soit pour des raisons culturelles, soit
parce que les cultures proposées sont de faibles rentabilités économiques.
• les rejets urbains ont des débits continus et presque constants durant l'année, alors
que ['utilisation agricole est saisonnière et la demande est différente selon les saisons
et les périodes de productions. Que faire des surplus en période humide?
L'eau est une ressource essentielle pour les être humains, utilisée non seulement comme
support vital, mais aussi dans toutes les sphères de ses activités. Elle s'insère ainsi dans une
multitude de systèmes, à la fois physiques, mais aussi humains et sociétaux. Néanmoins, les
prises de décision qui la concerne ne tiennent généralement compte que d'un nombre très
réduit de dimensions. La question qui se pose alors est de savoir si une prise en charge plus
globale, au moment de la prise de décision, est possible. Cette question spécifique s'inscrit
dans une question plus large: cette prise en charge globale, dans une problématique aussi
restreinte que la réutilisation des eaux usées pour l'irrigation à des fins d'autosuffisance
alimentaire, peut-elle être étendue à d'autres problématiques environnementales présentant le
même type de caractéristiques?
Ainsi, l'objectif de cette recherche consiste à élaborer une méthodologie d'aide à la décision
qui, d'une part, intègre le nombre maximum de systèmes dans lesquels la problématique de la
réutilisation des eaux usées s'inscrit et qui, d'autre part, permet de s'assurer que les projets
concrets de réutilisation des eaux usées s'inscriront dans un cadre de développement durable.
Il convient de noter ici que ce travail est exploratoire. Il reste donc théorique et en particulier,
il ne présente aucune validation sur le terrain.
CHAPITRE III
MÉTHODOLOGIE
Pour la première, très simple, l'essentiel de la façon de fonctionner a consisté en une série de
tentatives, d'essais, d'erreurs, de réflexion, etc. Aucune méthodologie stricte ne peut être
mise de l'avant dans ce genre de situation, contrairement à d'autres types de recherche,
expérimentale par exemple.
Pour la deuxième méthodologie, même si elle constitue en fait le résultat final majeur de cette
recherche, il est préférable de la présenter globalement à ce niveau du texte. Elle est illustrée
à la Figure 1 qui en donne les grandes étapes:
PROJET./ OBJECTIF
PRINCIPES
GRILLE GÉNÉRALE
LES PARAMÈTRES NE
SATISFONT PAS AUX
PRINCIPES
GRILLE LOCALE
RECOMMANDATIONS
Ainsi, comme le montre la figure 1, le cheminement n'est pas linéaire: de nombreux retours
en arrière se produisent. Ces itérations sont nécessaires afin de constamment s'assurer que les
étapes ultérieures n'ont pas perturbé la pertinence des résultats des étapes antérieures et que
le système se construit d'une façon cohérente.
Dans le cadre de ce mémoire, tous les essais ne seront pas présentés et inventoriés. Seuls
quelques-uns le seront, généralement comme illustration de la méthodologie finale retenue et
18
Quelques éléments de cette méthodologie ont été fixés a priori. Ainsi, afin de s'assurer d'un
ensemble cohérent de principes, La déclaration de Rio et les 27 principes qui J'accompagnent
ont servi de base. La forme prise par le filtre est en fait la formulation d'une question
permettant de relier entre eux les paramètres et les principes. La notion de « compatibilité»
sera discutée dans le corps du texte. La grille n'est que la représentation condensée de
l'ensemble des réponses à cette question.
La réutilisation des eaux usées en irrigation fait intervenir plusieurs systèmes qui seront
représentés par des paramètres.
La figure 2 permet de mettre en évidence les différents systèmes concernés par la réutilisation
des eaux usées en irrigation.
19
1
SYSTÈMES PHYSIQUES ETTECHNIQUES 1
SYSTÈME DE
CULTURE
SYSTÈME
SYSTÈME DE SOL
D'ASSAINISSEMENT
j\
SYSTÈME
D'IRRIGATION
SYSTÈME
DE COLLECTE
SYSTÈME SOCIAI_
SYSTÈME ECONOMIQUE
SYSTÈME ENVIRONNEMENTAL
L'importance et le pourquoi de chaque système sont expliqués d'une manière succincte pour
montrer leur importance dans le projet d'irrigation par les eaux usées.
Le tableau suivant explique pour chaque système, les paramètres qui seront prise en compt~
Tableau 2
Systèmes et paramètres d'irrigation
'@
t::
• Santé humaine: prise en compte des risques d'infection et
a
;:J
contamination lors de la conception;
-c
Ul
• Stabilité de la population;
Q)
a Social • Acceptabilité sociale: adhésion des communautés.
• Q)
......
Ul
• Aspect socioculturel: tenir compte de la culture locale.
if!
>-. • Participation des agriculteurs: possibilité de les intégrer au
processus décisionnel.
Pour qu'il y ait réutilisation des eaux usées, il faut que cette eau soit à la disposition de
l'agriculteur, ceci explique la nécessité de disposer d'un réseau pour collecter ces eaux usées.
Le paramètre est pris dans le sens strict de système de co lIecte des eaux usées et d'égout.
Le réseau de collecte est un préalable à tout projet de réutilisation des eaux usées et doit être
intégré dans tout projet de planification et de politique de gestion de l'eau. Toute politique
qui vise la réutilisation des eaux usées doit d'abord pouvoir s'appuyer sur un réseau de
collecte.
21
L'épuration des eaux usées est souvent réalisée pour protéger la santé humaine et le milieu
récepteur ( Annexes C et D). Pour la santé humaine, le processus d'épuration permet sinon
d'éliminer les microorganismes pathogènes, du moins de les réduire au minimum; pour le
milieu naturel, le processus permet habituellement de réduire les matières en suspension
(MES), la matière organique biodégradable (DBO), le phosphore, l'azote et les métaux
lourds. Dans les pays en voie développement, les stations d'épuration font souvent défaut et
celles existantes ont été conçues selon des concepts des pays du Nord qui ne correspondent
pas à leur situation technique, financière et humaine. Ceci explique pourquoi la majorité de
ces stations, si elles existent, sont hors usage par manque d'entretien, de main d'œuvre
qualifiée ou de pièces de rechange. Ce constat pénalise la réutilisation, puisque ces eaux sont
considérées comme dangereuses. Il existe des procédés d'épuration simples et moins coûteux,
adaptés à la situation de chaque pays, permettant de répondre à leurs besoins sanitaires,
environnementaux et économiques. Le lagunage est un exemple de procédé ne nécessitant ni
technologie compliquée, ni énergie, ni de gros capitaux et de main d'œuvre qualifiée. Ces
bassins peuvent aussi jouer le rôle de stockage des eaux durant les périodes hum ides où il n'y
a pas d'irrigation pour les utiliser durant les périodes sèches, les eaux usées étant continues
alors que l'irrigation est saisonnière. L'épuration des eaux usées est donc une condition
nécessaire pour la réussite de leur réutilisation et leur intégration dans les projets de
planific_ation et de gestion des eaux.
Pour pouvoir réutiliser les eaux usées assainies, il faut disposer de terres agricoles. Les
qualités géologiques, pour éviter la pollution des nappes, et pédologiques pour la mise en
place des cultures, sont des éléments déterminants pour la mise en place de tout projet
d'irrigation particulièrement pour les eaux usées (Valiron et a/1983). En effet les eaux usées
sont différentes des eaux conventionnelles par leur teneur en matières en suspension et en
sels. Les matières en suspension influencent le colmatage des sols, elles peuvent obstruer les
22
~ Texture: elle caractérise la composition des sols et est décrite par la granulométrie
qui permet de les classer en fonction de la taille des particules.
~ Porosité: c'est le volume laissé disponible par les constituants solides du sol.
Suivant la taille des pores, on peut parler de macro ou de microporosité.
~ Perméabilité: c'est la propriété d'un sol à se laisser traverser par J'eau sous l'effet
d'un gradient de potentiel. Elle se mesure par le coefficient de perméabilité (K) qui
est défini comme étant la hauteur d'eau écoulée pendant l'unité de temps lorsque le
milieu est saturé d'eau dans un régime permanent. Elle se mesure en mis.
La structure du sol est maintenue entre autres par les ions calcium et magnésium qui y sont
rencontrés naturellement. Lorsque ces sols sont irrigués par des eaux riches en sodium
échangeable, elles provoquent la dispersion et une destruction du sol entraînant le colmatage.
Ceci cause des problèmes d'infiltration et le manque d'aération avec des conséquences sur les
rendements.
L'étude du sol est un élément important à prendre en compte lors de ['établissement des
projets d'irrigation par des eaux usées dans une perspective de développement durable. Un
projet de réutilisation des eaux usées causant la stérilité du sol peut avoir des conséquences
catastrophiques pour la population et pour le milieu.
Sans sol, on ne peut développer la réutilisation des eaux usées en agriculture même si l'eau
est disponible signifiant l'importance de ce paramètre dans ce type de projet.
C'est le système d'irrigation qui permet d'amener l'eau de l'endroit de sa production (station
d'épuration) à l'endroit de son utilisation (systèmes sol/plantes). L'irrigation est le moyen de
valoriser les eaux usées traitées en les appliquant sur des cultures pour augmenter les
23
~ Gravitaire: il s'agit d'appliquer une couche d'eau sur la surface du sol. C'est le cas
de la submersion et à la raie (RNEDHA, 1992). C'est la méthode la plus répandue et
qui ne nécessite pas une technicité du pratiquant. Cependant cette technique n'est
pas la plus efficiente. La hauteur d'eau appliquée pénétrant dans le sol est fonction
de l'emplacement du terrain, de la pente, des changements de texture dans le terrain,
de la compacité et de la chimie du sol. L'extrémité du terrain la plus proche de la
source reçoit plus d'eau que la partie aval de même que les points hauts reçoivent
moins d'eau en raison de leur situation. Les doses appliquées ne sont généralement
pas maniables ce qui entraîne souvent des gaspillages d'eau et des engorgements du
sol. Dans le cas présent l'agriculteur est en contact direct avec les eaux usées ce qui
nécessite des précautions pour la santé humaine. Il faut également éviter le contact
direct des eaux usées avec les produits qui seront consommés crus.
~ Goutte à goutte: appelée également irrigation localisée, elle permet une distribution
de l'eau presque à la demande de la plante. Le sol est maintenu aux alentours de sa
capacité de rétention par une application journalière et une vitesse très faible des
goutteurs (RNEDHA, 1992). Contrairement aux méthodes précédentes, le goutte à
goutte permet de contrôler la salinité au niveau du sol en dehors des zones racinaires
par le maintien d'un courant d'eau descendant. L'efficience de l'irrigation est
voisine de 100 pour cent, il n'y a ni évaporation ni percolation d'eau en profondeur.
Malgré ses avantages, cette technique reste très sensible au colmatage des orifices
surtout dans le cas des eaux usées traitées chargées ce qui nécessite en plus d'un
système de filtration, une formation technique des utilisateurs et des moyens
financiers pour la mettre en place.
L'irrigation est un élément important dans la réussite de réutilisation des eaux usées traitées
en agriculture. Elle également doit tenir compte, dans des pays où les maladies sont
transmises par des vecteurs (moustiques), de ne pas créer les conditions favorables au
développement des habitats à ces vecteurs. Même en absence de maladies associées, des
espèces nuisibles d'insectes peuvent gêner et perturber les activités professionnelles et de
loisir et la vie courante en général.
La réussite de la réutilisation des eaux usées traitées en agriculture passe par le choix du
système d'irrigation le plus approprié.
La finalité de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation est la production agricole,
rendue difficile voire impossible par les conditions climatiques et l'absence d'eau. Cette
production peut être soit pour l'autoconsommation des populations locales, soit
commercialisée ce qui pennet aux agriculteurs de se procurer des moyens financiers pour
améliorer leur niveau de vie. Ainsi, le choix des cultures à mettre en place est une condition
nécessaire à la réussite de la réutilisation des eaux usées traitées.
Le choix des cultures dans l'espace (assolement) et dans le temps (rotation) doit tenir compte
des besoins de la population locale et des techniques d'amélioration du sol. Le système de
25
culture permet de choisir les cultures les mieux adaptées à la qualité de l'eau et aux
spécificités régionales. Elle permet également de planifier les dates de semis et de récolte et
le calendrier d'irrigation.
Le système de culture doit capitaliser sur le savoir-faire local et éviter d'implanter des
cultures étrangères à la localité ou à la région même si elles sont économiquement rentables.
[Link] Commercialisation
Les productions qui résultent de la réutilisation des eaux usées traitées doivent répondre aux
besoins des consommateurs aussi bien locaux que dans la région. Tous les excédents des
besoins d'autosuffisance doivent être écoulés dans le même circuit de commercialisation que
les productions irriguées par des eaux conventionnelles. Les produits ne doivent pas être
dévalorisés et doivent être vendus au même prix que les autres productions. Le contraire peut
compromettre le projet de la réutilisation des eaux usées traitées. Pour une réussite, tout
projet de réutilisation des eaux usées traitées en irrigation doit intégrer l'aspect
commercialisation et identifier les contraintes à l'écoulement des productions sur le marché.
[Link] Législation
Généralement, les lois élaborées pour la réutilisation des eaux usées traitées, si elles existent,
sont inspirées des lois des pays développés et des normes de l'OMS. Celles-ci sont orientées
dans le sens d'une restriction de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation. Ces lois
rendent l'utilisateur et le consommateur méfiant vis à vis de cette eau réputée dangereuse en
plus de son caractère inesthétique (ex: aspect trouble, odeur, etc.)
Le statut foncier peut rendre difficile une mise en valeur des terres par les eaux usées traitées.
Les terrains sont souvent morcelés, la majorité des propriétés sont très petites et ne
permettant pas la mise en place d'un projet d'irrigation viable. Cette situation nécessite un
remembrement qui souvent n'est pas bien compris par les agriculteurs et peut être source de
conflits.
26
Le développement de la réutilisation des eaux usées traitées devrait ainsi passer par une
législation qui favorise les aspects suivants (Mara et cairncross, 1991):
Une législation adaptée aux conditions locales et intégrant la gestion des ressources en eau
peut favoriser grandement la réutilisation des eaux usées traitées.
Dans les pays en voie de développement, J'environnement ne constitue pas une préoccupation
première. Les rejets des eaux usées se font sans se soucier du milieu récepteur ni des
dommages qui peuvent lui être infligés. Les bailleurs de fond comme la Banque Mondiale, la
société civile émergente et la médiatisation des problèmes environnementaux exercent
cependant des pressions sur les décideurs pour qu'ils tiennent compte de J'environnement
dans tout projet de développement. La prise en compte de l'environnement favorise et
contribue au développement de projets de réutilisation des eaux usées traitées en irrigation.
C'est une contrainte importante dont il faut tenir compte dans la mise en place de projets
d'irrigation par les eaux usées traitées. L'environnement signifie en même temps pression et
contrainte.
La santé humaine est la contrainte majeure dont il faut tenir compte dans tous les projets
de réutilisation des eaux usées traitées en irrigation. Il serait contradictoire de produire des
27
aliments à une population tout en l'exposant à des risques d'être infectée par les agents
pathogènes. Cependant, il est aussi contradictoire de vouloir protéger la santé humaine vis-à
vis des pathogènes sans se soucier du manque de nourriture qui peut aussi compromettre la
santé de la population. Il y a un compromis à faire dans la recherche du bien être de la
population. C'est la santé humaine qui est à la base des normes de l'OMS.
Tout projet de réutilisation des eaux usées traitées doit tenir compte de la santé humaine,
aussi bien celle des travailleurs impliqués directement dans l'irrigation ou de leur famille, que
celle des consommateurs et des voisins des terres nouvellement irriguées.
La stabilité de la population est à considérer dans tout projet d'irrigation par les eaux usées.
L'image négative de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation, de par son aspeCt
inesthétique (couleur, odeur, etc.) et sa réputation d'être dangereuse, peut entraîner des rejets
au niveau des agriculteurs, des consommateurs et des popu lations avoisinantes. Les
promoteurs de projets d'irrigation par les eaux usées traitées doivent tenir compte de ces
facteurs limitant dans le but de changer cette perception. L'acceptabiJité sociale est un aspect
important à considérer afin de favoriser la réussite du projet et assurer sa pérennité.
28
Les contextes socioculturels varient énormément d'une région à l'autre et l'expérience d'une
région ne peut être transposée dans une autre. Dans de nombreux milieux socioculturels, la
réutilisation des eaux usées traitées soulève des questions: cette nouvelle source d'eau est
elle culturellement admise? La réponse n'est pas toujours facile à trouver. Les cultures sont
rarement homogènes et contiennent souvent des sous-cultures aux orientations divergentes.
En outre, les cultures évoluent: les valeurs, les croyances et les coutumes changent et
peuvent être amenées à changer (Faruqui et al, 2003). La connaissance approfondie des
conditions de chaque région permet de mieux cerner entre autres les valeurs culturelles et les
comportements humains qui jouent un rôle essentiel dans la transmission des maladies
associées à la réutilisation des eaux usées traitées.
L'aspect socioculturel doit être pris en compte dans tout projet de réutilisation des eaux
usées.
Les populations locales ont toujours un rôle à jouer dans les projets de développement qu'ils
soient environnementaux, économiques ou sociaux, compte tenu de leur savoir-faire et de
leurs expériences ancestrales.
Il faut profiter de ces acquis et faire participer les gens directement concernés par les
retombées du projet ou par ses conséquences. Une équipe de vulgarisateur et de formateur
issue de la population doit être mise en place afin d'informer les gens et de les faire adhérer
au projet de réutilisation des eaux usées traitées.
Lors des projets d'irrigation, il faut développer des mécanismes permettant la participation
des agriculteurs aux choix et aux décisions pour assurer la réussite des projets. L'absence de
participation ou une participation insuffisante des parties prenantes est un des principaux
défis dans la gestion de l'eau pour l'agriculture. Une bonne participation des intéressés donne
une variété de points de vue et aide à gagner le soutien du public, et le soutien financier et
politique qui sont nécessaires pour appuyer les projets et surmonter les difficultés. Pour une
29
meilleure efficacité, la gestion de l'irrigation peut être confiée aux agriculteurs y compris les
problèmes communautaires et les recouvrements des coûts le cas échéant. Considérer les
agriculteurs comme des exécutants de plans élaborés ailleurs ne garantit ni la réussite, ni la
durabilité de projets.
La participation des agriculteurs aux choix et aux décisions lors de l'élaboration de projets
d'irrigation peut constituer un gage de réussite.
3.1.9 Synthèse
En conclusion, cette liste de synthèse n'est certainement pas exhaustive. D'autres systèmes,
probablement aussi importants que ceux décrits plus haut, pourraient être ajoutés. De même,
certains pourraient être éliminés. Une certaine subjectivité demeure nécessairement.
L'inventaire des systèmes mis en jeu constitue une étape importante dans le cadre de la
méthodologie qui sera suivie.
3.2.1 Historique
Avant d'aborder le développement durable et les principes, cette section présente un petit
détour historique en mentionnant sommairement quelques dates* importantes dans la prise de
conscience des problèmes environnementaux:
• 1962: États-unis - Rachel Carson publie Si/ent spring « Printemps silencieux». Par
son retentissement, ce livre contribue à l'interdiction du DDT aux États-Unis, et
popularise le terme écologie.
• 1968: création du Club de Rome qui regroupe une poignée d'hommes et de femmes,
occupant des postes relativement importants dans leurs pays respectifs et qui
Pour plus de détail sur ['historique des préoccupations environnementales dans la société voir Rigny 2004.
30
• 1992: le Sommet de Rio consacre le terme et le concept passe dans le grand public.
Adoption de la convention de Rio et de l'Agenda 21.
Les catastrophes industrielles de ces trente dernières années (Tchernobyl, Bhopal, la marée
noire de l'Exxon Valdez, etc.) ont interpellé l'opinion publique et les associations telles que
Greenpeace et ont permis une prise de conscience des problèmes environnementaux.
31
• l'accès à l'eau;
• la lutte contre la malnutrition;
• l'accès à l'éducation;
• l'accès à la santé;
Si le concept et les objectifs sont clairement posés, le développement durable semble plus
difficile à mettre en œuvre. Cette difficulté résulte entre autres de ce qui suit:
32
La déclaration de Rio sur l'environnement et le développement, adoptée en juin 1992 par les
représentants des 180 pays participant au Sommet de la Terre, reconnaît 27 principes
(Annexe G). Ces principes servent à guider les actions, les politiques, les lois et les
règlements permettant d'atteindre les trois objectifs fondamentaux du développement durable,
c'est-à-dire maintenir l'intégrité de l'environnement et des écosystèmes, améliorer l'équité
sociale et améliorer l'efficacité économique dans une perspective de responsabilité
écologique et sociale. Ce sont donc des principes directeurs de l'action des pouvoirs publics
dans le domaine de l'environnement, encore faut-il que ces pouvoirs publics adoptent le
concept de développement durable.
Dans le cadre du présent travail, le choix a été porté uniquement sur six principes. Cinq parmi
les 27 principes et un sixième qui ne fait pas partie des 27 mais est important pour d'étude.
Ce choix est dû principalement au fait que :
• Les six principes sont les plus pertinents pour un projet d'irrigation pour les eaux
usées.
• La méthodologie appliquée pour les six principes permet la possibilité d'extension à
d'autres principes et à d'autres domaines.
• La méthodologie n'est pas définitive, elle est exploratoire.
• pollueur-payeur;
• utilisateur payeur;
• prévention;
• précaution;
• subsidiarité;
• les 4RVE; ce principe même ne faisant pas partie des 27 principes de Rio, à été
retenu compte tenu de son importance en matière systémique et environnementale et
compte tenu de sa justification dans le cas de la réutilisation des eaux usées traitées.
Ce cas montre bien la possibilité d'intégrer d'autres principes que ceux de Rio qui
seront justifiés par le projet étudié.
Les sections qui suivent présentent un aperçu des principes ainsi que leur énoncé selon la
déclaration de Rio.
Le principe pollueur-payeur a été adopté par l'OCDE en 1972 (de Sadeleer 1999), en tant
que principe économique visant l'imputation des coûts associés à la lutte contre la pollution.
Ce principe est un des principes essentiels qui fondent les politiques environnementales dans
les pays développés. Il pallie entre (de SadeJeer 1999) :
34
• l'efficacité écon,omique : les prix doivent refléter la réalité économique des coûts de
pollution, de telle sorte que les mécanismes du marché favorisent les activités ne
portant pas atteinte à l'environnement;
• l'incitation à minimiser la pollution produite;
• l'équité: à défaut, les coûts incombent au contribuable qui n'est pas responsable de
ces atteintes.
Il vise à limiter les nuisances sur l'environnement dues à l'activité économique et à l'activité
privée, Selon ce principe, celui qui pollue doit participer aux dépenses occasionnées par les
mesures de prévention, de réduction des pollutions ou de lutte contre la pollution qu'il a
causée.
Le principe pollueur payeur constitue donc un modèle curatif qui a d'abord présidé aux
débuts de la politique de J'environnement. Ce modèle se base sur l'idée que les dommages
causés à la nature ne parviennent plus à être réparés seuls. Le principe s'adresse aux pouvoirs
pubJics, l'état doit alors agir et se trouve tenu de remédier aux effets néfastes de la pollution
(décontaminer, assainir, remettre en état ou réintroduire les espèces disparues). Si cela
s'avère impossible sur un plan technique, il faut alors compenser les destructions commises.
Selon ce principe, tout est considéré comme indemnisable, remplaçable, dédommageable,
compensable (de Sadeleer, 1999). La mise en jeu du principe pollueur-payeur permet de faire
payer par l'auteur de la pollution le coût des dommages qui en résultent ce qui permet
d'éviter que la collectivité ne supporte le coût du passif environnemental.
Ce principe s'applique parfaitement au cas de réutilisation des eaux usées traitées. En effet,
pour profiter pleinement de cette eau, il ne faut pas que son coût d'exploitation,
35
De fait que ce principe soit dissuasif, il rencontre quelques limites (de SadeJeer, 1999) :
• ce principe est peu contraignant pour les activités productives dont la pollution est
tolérée tant qu'elles ne causent pas un dommage « anormal !». Autrement, le
responsable ne compense les victimes que lorsque le mal s'est produit et qu'il est
revêtu d'un caractère excessif;
Ce principe constitue donc un appui à la nature, par une approche fiscale basée sur le
développement durable et qui consiste à faire payer l'utilisateur de la ressource pour rompre
le cercle vicieux gratuité-gaspillage. L'approche des problèmes environnementaux et des
ressources naturelles, basée sur la fiscalité et les prix, permet tout à la fois de réduire les
incitations à la surexploitation et à la pollution excessive de l'environnement. L'utilisateur
doit payer l'ensemble des coûts économiques liés à l'utilisation de la ressource. L'utilisateur
payeur n'est qu'une réponse a posteriori à un problème puisqu'il revient pratiquement à
dire: « on surexploite, puis on paye ». Les taxes perçues chez l'utilisateur s'apparentent plus
à l'achat d'un droit de consommer.
• comment peut-on alors inciter les gens à économiser une ressource, si elle est
gratuite?
• l'application de ce principe à des secteurs vitaux comme l'eau potable peut porter
atteinte aux ménages pauvres, d'où la tarification dans ce cas n'est pas justifiée.
• est-ce qu'on n'incite pas, surtout les grandes sociétés qui disposent des moyens, à
surexploiter s'il s'agit seulement de compenser cette consommation? Par-là, on
enrichit les multinationales aux dépens des biens souvent collectifs.
37
La réutilisation des eaux usées traitées en irrigation fait partie des domaines où l'application
du principe de prévention trouve une justification. Les dommages que peut causer une eau
usée traitées pour la santé humaine (travailleurs, consommateurs et le voisinage), ou pour le
milieu naturel (sols, plantes) sont connus par les scientifiques et donc peuvent être évités.
Lors de l'élaboration du projet toutes ces considérations de prévention doivent être prises en
compte.
Le principe de prévention permet de diminuer les risques mais ne peut pas les supprimer.
Les prémices modernes du principe de précaution viennent d'Allemagne, dans le courant des
années 70: Vorsorgeprinzip (principe de prévoyance) (Ewald et al., 2001). Afin d'inciter les
entreprises à utiliser les meilleures techniques disponibles, sans mettre en péril l'activité
économique, ce principe incite à prendre des mesures contre les pollutions avant d'avoir des
celtitudes scientifiques sur les dommages causés à l'environnement. C'est lors du sommet de
Rio que ce principe a pris plus d'importance.
servir de prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à
prévenir la dégradation de l'environnement ».
Ce principe privilégie donc une approche anticipative plutôt que curative et fait appel au
jugement personnel et non à une règle préétablie. Il renforce également la prévention et
intervient en amont lorsque l'état des connaissances scientifiques actuelles ne permet pas de
prévoir et de connaître toutes les éventuelles incidences à long terme d'un produit ou service
sur l'environnement et sur la santé humaine. La notion de risque certain caractérise la
prévention, alors le nouveau' paradigme se distingue par J'introduction de l'incertitude (de
Sadeleer, 1999). Il s'agit d'anticiper les risques qui relèvent du possible, plausible, éventuel
et probable. Le principe de précaution n'est pas seulement un principe de réduction de risque,
c'est aussi un instrument de gestion des ressources naturelles. Ce principe s'applique aussi à
la protection de la santé humaine, animale et végétale suite aux scandales par exemple du
sang contaminé ou celui de la vache folle en Europe.
Le principe de précaution peut être invoqué dans le cas de la réutilisation des eaux usées
traitées, principalement dans le domaine de la santé humaine, des animaux et de
l'écosystème. Des terrains seront mis en valeur par l'irrigation avec une eau souillée; il y a
alors un risque de développement de nouveaux parasites pour les animaux qui seront transmis
à l'homme dans la chaîne trophique, de nouvelles plantes envahissantes pour ce milieu
40
vierge, des moustiques qui peuvent devenir des vecteurs de maladies etc. Toutes ces
considérations et peut-être d'autres font du principe de précaution un principe de choix pour
ce genre de projet afin d'éviter les risques.
• le principe de précaution a pour but de supprimer ou de réduire les risques qui sont
considérés comme nouveaux dans la société. Il signifie que pour réaliser un projet ou
créer une entreprise, l'entrepreneur a l'obligation de prouver que celle-ci n'a pas
d'effets dommageables sur l'environnement. Autrement dit, le gouvernement peut
interdire la création d'une entreprise sans qu'il ait à mettre en évidence les dommages
qu'elle puisse causer. C'est au candidat entrepreneur, présumé « coupable », de
prouver son innocence;
individu doit avoir dûment accès aux informations relatives à l'environnement que
détiennent les autorités publiques, y compris aux informations relatives aux substances et
activités dangereuses dans leurs collectivités et avoir la possibilité de participer aux
processus de prise de décision. Les États doivent faciliter et encourager la sensibilisation et
la participation du public en mettant les informations à la disposition de celui-ci. Un accès
effectif à des actions judiciaires et administratives, notamment des réparations et des
recours, doit être assuré ».
La subsidiarité se pratique dans les régimes démocratiques qui valorisent l'autonomie non
seulement de l'individu, mais aussi des groupes sociaux. Elle disparaît à l'inverse dans des
organisations politiques dominées par le totalitarisme (Delsol, ] 993).
• la confiance dans la capacité des acteurs sociaux et dans leur souci de l'intérêt
général;
• l'intuition selon laquelle l'autorité n'est pas détentrice par nature de la compétence
absolue quant à la qualification et quant à la réalisation de l'intérêt général;
• la volonté d'autonomie et d'initiative des acteurs sociaux, ce qui suppose que ceux-ci
n'aient pas été préalablement brisés par le totalitarisme ou infantilisés par un État
paternel.
42
• harmoniser les objectifs recherchés par des institutions ayant des compétences
complémentaires;
• rapprocher la prise de décision des acteurs qui en subiront les conséquences dans un
esprit d'une nouvelle gouvernance. Ce principe garantit aux acteurs locaux une
participation active dans une perspective de développement durable. Les collectivités
locales les plus proches des citoyens doivent jouer un rôle clé dans la mise en œuvre
de ce principe.
La participation insuffisante des parties prenantes est un des principaux' défis dans la gestion
des projets. Une bonne participation ou une participation représentative donne une variété de
points de vue et aide à gagner le soutien du public, le soutien financier et politique qui sont
nécessaires pour appuyer les projets et traiter les problèmes.
Dans le cas de réutilisation des eaux usées, le principe de subsidiarité doit être appliqué d'une
manière parfaite. Les agriculteurs qui vont bénéficier du projet, doivent être partie prenante
lors des prises de décisions. Il est difficile d'imposer aux agriculteurs un mode d'irrigation
s'ils ne le maîtrisent pas. Cela pourrait être le cas du le goutte à goutte ou de l'aspersion qui
sont des méthodes très techniques. Imposer des cultures qu'ils ignorent ou qui ne font pas
partie de leurs habitudes alimentaires correspondrait également à cette situation. La
43
participation des acteurs concernés par le projet peut garantir sa réussite, sa rentabilité et sa
longévité.
Ce principe ne figure pas en tant que tel dans la déclaration de Rio, mais s'apparente a celui
intitulé: consommation et production soutenables, qui s'énonce (principe 8) :
« Afin de parvenir à un développement durable et à une meilleure qualité de vie pour tous
les peuples, les États devraient réduire et éliminer les modes de production et de
consommation non viables et promouvoir des politiques démographiques appropriées ».
[Link] Les 4R
• Réduction
• Récupération
Elle consiste à récupérer à la source les matières résiduelles permettant dans bien des cas de
les acheminer vers des centres de recyclage plutôt que vers des lieux d'élimination.
Exemple: le réseau de collecte.
• Réutilisation
• Recyclage
Elle diffère de la précédente par le fait que le recyclage consiste à débarrasser le produit de
ses impuretés et à le réintroduire dans le même cycle économique et prolonger en
conséquence sa durée de vie. Le produit ayant subi des traitements se retrouve dans son cycle
initial. Exemple: le traitement des eaux du fleuve pour les besoins d'eau potable.
[Link] Le V
• Valorisation
La valorisation consiste à utiliser une matière résiduelle comme intrant pour produire un
produit vierge (nouveau). Il en résulte des plus values significatives pour les producteurs et la
conservation de précieuses ressources naturelles. Cependant, il y a des critères stricts qui
doivent être respectés.
45
[Link] Le E
• Élimination
II arrive cependant qu'une matière résiduelle ne puisse satisfaire à aucune des stratégies
précédentes et doive être éliminée ou disposée dans le plus strict respect des normes
environnementales.
[Link] Synthèse
La réutilisation des eaux usées étant une approche systémique, le principe des 4RV-E
s'applique parfaitement à ce genre de projet. Chaque composante du 4RV-E trouve sa
justification dans l'un des paramètres choisis de la réutilisation.
Le lien entre les paramètres et les principes du développement durable se fait par un « filtre »,
qui peut être représenté par une question. Les réponses à cette question sont regroupées sous
la forme d'une grille, les principes en colonnes et les paramètres en lignes.
Paramètres
Réponses
Question
Possibles
Principes
Avant d'examiner plus précisément l'élaboration de la question, il est important d'avoir une
idée des réponses souhaitées. Ces réponses doivent être objectives, discriminantes, claires et
uniques. La question à poser doit alors permettre d'atteindre ces objectifs.
• Oui;
• Non;
• Sans Objet (S/O) : si la question n'a pas de logique.
Que signifie« l'accord entre paramètre et principe»? au lieu d'avoir une réponse pour
remplir une case, on se retrouve face à une question. De la même manière pour la question
suivante, que signifie « le paramètre respecte le principe» ? et ainsi de suite pour les autres
questions. Cette difficulté à avoir des réponses claires et discriminantes, laissait croire que les
principes sont très généraux et qu'il y a peut être lieu de les scinder en trois critères distincts:
Cette façon de faire n'a pas permis d'avancer, mais a alourdi le travail sans apport particulier.
Cette idée fut abandonnée et les principes ont été maintenus comme ils étaient auparavant.
Mais l'application de cette question a montré qu'elle n'est pas simple et que les réponses ne
se limitent pas à oui, non et sans objet (s/o). Il a été nécessaire de nuancer les réponses et
d'ajouter une nouvelle réponse possible qui est: Oui/mais
48
Pour chaque paramètre, et à travers ce filtre qui est la question finale formulée, les réponses
possibles sont:
• Oui: le paramètre permet de satisfaire dans tous les cas les exigences et/ou les
conséquences des principes du développement durable, auquel cas on est bien dans
une perspective d'un développement durable.
• S/O: il n'y a pas de lien entre le paramètre et le principe (sans objet). Cela ne pose
donc aucune difficulté.
• Non: le paramètre ne permet pas dans la très grande majorité des cas de satisfaire les
exigences et Jou les conséquences d'un principe. Il y a donc blocage. Il faut alors
chercher à redéfinir le paramètre ou ses critères en tenant compte des conditions
locales. Des solutions techniques, sociales, économiques ou environnementales
peuvent être trouvées afin de remplacer le non par le oui. Ceci consiste donc à
adapter une approche locale ou régionale au cas général.
• Oui/mais: le paramètre permet de satisfaire les exigences et/ou les conséquences des
principes du développement durable mais sous certaines conditions. La réponse est
nuancée et il faut donc satisfaire ces «mais ». Le «oui/mais », c'est un «oui»
conditionné par l'adaptation du système ou de ses paramètres du cas général aux
conditions locales d'exécution du projet. Cette adaptation aux conditions réelles qui
sont les conditions locales, fera J'objet d'une la grille locale.
Les paramètres, les principes du développement durable retenus ainsi que la question ont été
définis dans les sections précédentes.
Les systèmes retenus sont: Système de collecte, Système d'assainissement, Système de sol,
Système d'irrigation, Système de culture, Commercialisation, Législation, Environnement,
49
La question formulée:
« Le paramètre permet-il de satisfaire les exigences et/ou les conséquences des principes du
développement durable? »
Il s'agit d'inscrire une évaluation, qualitative non chiffrée, sur chaque case à l'intersection du
système et du principe. Cette grille a un caractère général, les systèmes retenus sont généraux
et peuvent s'adapter pour n'importe quel projet d'irrigation dans n'importe quelle région. Elle
permet de faire un premier tri au niveau des systèmes et aide les décideurs à faire des choix
judicieux. Ce tri permet de classer les systèmes entre ceux qui satisfont aux
exigences/conséquences des principes du développement durable, ceux qui n'ont aucune
interaction et ceux qui doivent être adaptés. C'est donc un moyen qui permet de visualiser
d'une manière rapide où se trouve la difficulté et renvoie aux conditions locales d'exécution.
Tableau 3
Grille générale
Pollueurl Utilisateurl
Prévention Précaution 4RV-E Subsidiarité
payeur payeur
Participation des
Oui Oui Oui SIO Oui Oui
agriculteurs
NB : 4RV-E : pris dans la grille dans le sens de respect de J'aspect systémique de la terre et
de ses ressources.
Étant donné la certitude scientifique que les eaux usées causent des dommages pour la santé
humaine et pour l'environnement, l'assainissement ne découle pas de la précaution.
[Link] Commercialisation/(pollueur-payeur/utilisateur-payeur)
Le terme de commercialisation est utilisé ici pour désigner J'écoulement des productions
individuelles sur le marché local ou régional, soit du surplus de production par rapport aux
52
besoins alimentaires locaux, soit des productions spécifiques pour ces marchés et qui
procurent de la trésorerie pour l'agriculteur.
L'exode rural est un phénomène qui se développe d'une manière assez rapide à l'échelle de la
planète. Dans les zones arides et semi-arides, ce phénomène est amplifié par les conditions
climatiques sévères et par le manque de produits alimentaires. surtout en milieu rural. Les
conséquences de cet exode sont les bidonvilles et les quartiers déshérités des métropoles avec
les conséquences sur le bien-être, la sécurité, la scolarisation, l'eau potable, le transport, etc.
En plus de transférer les problèmes des campagnes en ville, l'exode transforme des zones qui
deviennent inhabitées ce qui pose de vrais problèmes de développement régional. Pour
stabiliser ces populations dans leur milieu et développer ces régions, il faut des
encouragements de toutes sortes pour les motiver, notamment la gratuité des services, entre
autres la ressource eau pour la mise en valeur des terres qui sont souvent non productives.
Les pouvoirs publics doivent supporter les frais de l'infrastructure et des équipements pour
maintenir les populations sur place. Les frais engendrés par d'éventuelles pollutions de ces
habitants doivent également être supportés par l'État. Les principes pollueur/payeur et
utilisateur/payeur, qui stipulent que le pollueur et l'utilisateur de la ressource doivent la
payer, ne permettent pas d'atteindre cet objectif de sédentarisation. Dans ce cas également, le
53
paramètre ne permet pas de satisfaire aux exigences des deux paramètres du développement
durable.
Pour faire accepter aux utilisateurs d'irriguer avec une eau réputée dangereuse, les autorités
ou les chargés du projet doivent la bonifier en la rendant par exemple gratuite tout en prenant
en charge les pollutions éventuelles qui risquent de se produire. Comme dans le cas
précédent, ce paramètre ne permet pas de satisfaire les exigences des deux principes du
développement durable. D'un côté cela doit être gratuit et de l'autre il faut payer pour la
ressource et pour la pollution.
3.4.4 Oui/mais
L'aspect culturel est probablement le paramètre le plus complexe puisque les cultures ne
sont pas souvent homogènes, il y a souvent des sous-cultures divergentes. En plus les cultures
ne sont pas stables, elles évoluent avec le temps: valeurs, croyances, coutumes, etc. Dans le
cas de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation, l'aspect culturel doit concerner
aussi bien l'agriculteur en contact direct avec l'eau, que le consommateur qui doit acheter des
produits de cette irrigation. Certaines cultures considèrent les eaux usées traitées impropres et
donc écartées. Dans ce cas, les deux principes ne peuvent être respectés. Pour implanter ce
type d'irrigation avec les eaux usées dans des zones qui ne peuvent pas s'en passer pour
disposer d'une production agricole, il faut abandonner ces deux principes et même trouver
d'autres stimulants afin de faire accepter ces projets. Par ailleurs, dans d'autres situations où
culturellement le problème ne se pose pas ni pour les agriculteurs ni pour les consommateurs,
la satisfaction aux exigences des deux principes se fait aisément.
Les conditions culturelles locales influencent donc grandement la satisfaction des exigences
des principes.
54
[Link] Irrigation-utilisateur/payeur
Dans les projets d'aménagement hydro-agricole, en général les pouvoirs publics prennent en
charge les études de faisabilité et les travaux d'infrastructure à l'extérieur des parcelles et
parfois même l'équipement interne des parcelles. Quelque soit le système d'irrigation choisi,
c'est l'équipement interne qui se dégrade le plus rapidement.
C'est une grille qui est spécifique et qui s'adapte aux conditions locales de réalisation du
projet. Les conditions locales varient d'une région à l'autre et chacune à sa spécificité, donc
elle ne peut être transposable d'une région à une autre.
Généralement, les agriculteurs dans les périmètres irrigués se regroupent en coopérative, soit
pour l'achat des intrants et des équipements, soit pour la vente de leurs productions. Ce genre
de regroupement leur procure des bénéfices à l'achat comme à la vente. Les pouvoirs publics
et les autorités locales aident à la constitution de ces coopératives sous différentes formes:
les locaux, l'équipement et parfois même l'encadrement. Ces coopératives défendent les
intérêts des agriculteurs qui sont en fait leurs membres. Un agriculteur seul ne peut pas faire
55
face à toutes les tâches de production, de commercialisation, etc. D'un autre coté, au niveau
de la coopérative, les agriculteurs se mettent d'accord sur les cultures que chacun doit mettre
en oeuvre pour éviter une concurrence inutile et pour permettre au prix d'augmenter.
L'agriculteur peut disposer d'avance de fonds en attendant ses récoltes, ce qui lui évite de
recourir à des cultures non permises comme les salades, ce qui respecte le principe de
prévention. Les agriculteurs peuvent aussi stocker leur production dans les coopératives en
cas de surplus pour éviter de les écouler à bas prix. Dans ce type d'organisation où
l'agriculteur se sent impliqué et ses intérêts sauvegardés, il est donc plus facile pour lui de
cotiser en fonction de ses revenus pour le maintien et le développement de cette structure. À
partir de ces contributions, la coopérative peut payer en cas de pollution et participer aux
dépenses liées à la consommation de l'eau. Si la commercialisation qui est un terme général
utilisé dans la grille théorique, devient localement « coopérative de commercialisation »,
alors la situation changera dans le lien entre paramètre et principe. Les deux principes ne
seront donc pas respectés par l'agriculteur directement mais par ses fonds par
l'intermédiaire de ces coopératives. En introduisant la notion de coopérative de
commercial isation, le nouveau paramètre satisfera les exigences de tous les principes.
Le paramètre stabilité de la population n'est pas en accord avec les deux principes
pollueur/payeur et utilisateur/payeur. Comme expliqué précédemment, il faut motiver les
agriculteurs pour qu'ils restent chez eux en leur procurant une vie décente par la réalisation
des services de base: l'eau, l'école, les soins de santé, etc.
coût pour l'utilisation de la ressource afin d'irriguer ses terres. Alors, l'aide à la
sédentarisation satisfera les deux principes.
L'acceptabilité sociale est un autre paramètre ne permettant pas la satisfaction des exigences
des principes pollueur/payeur et utilisateur/payeur.
D'une façon générale, les agriculteurs aiment les subventions, et n'acceptent jamais de payer
quoi que ce soit. Ceci n'est pas uniquement une caractéristique des zones arides et semi
arides.
Tableau 4
Grille locale
Les systèmes qui étaient en désaccord avec les principes dans la grille générale, le sont
devenus dans la grille locale, en les adaptant aux conditions du milieu.
57
Les décideurs mus par le développement durable, auront plus de facilité et d'objectivité à
prendre des décisions dans cette approche puisqu'elle rend plus claire la conformité du projet
par rapport au développement durable que dans le cadre des mesures d'atténuation.
Évidemment, d'autres « solutions» auraient pu être proposées, en lien avec une situation
locale donnée. Mais l'exercice effectué ici illustre l'utilisation de la méthodologie.
CHAPITRE IV
DISCUSSION
La méthode proposée consiste à inscrire un projet de réutilisation des eaux usées traitées en
irrigation dans une perspective de développement durable, et ce dès son élaboration. Elle
consiste à identifier pour le projet en question, les systèmes qui le compose ainsi que les
paramètres qui leurs sont associés, à choisir les principes du développement durable ou tout
autres principes perti nent pour le projet, à définir la question et à élaborer la grille.
Le projet d'irrigation par les eaux usées a été divisé en systèmes. Il y a des systèmes
physiques et techniques et des systèmes humains et sociétaux. Pour chaque système des
paramètres ont été identifiés et bien définis pour avoir la couverture la plus complète possible
des aspects du projet. La décomposition du projet en systèmes peut s'adapter à n'importe
quel projet, la division et la nomenclature peut varier d'un projet à l'autre. L'inventaire des
systèmes caractéristiques de chaque projet est une étape importante dans le processus. Les
systèmes doivent être définis de telle sorte qu'il n'y ait ni chevauchement ni redondance.
Dans notre cas, les systèmes choisis sont relatifs à la réutilisation des eaux usées traitées pour
l'irrigation. Le schéma des systèmes se rapportant à l'irrigation (fig. 2), introduit au
chapitre III, permet de mettre en évidence les composantes du projet, et d'identifier les
systèmes importants dont il faut tenir compte. La liste peut être considérée comm~
exhaustive. Cependant, elle ne l'est 'jamais, pas plus qu'elle n'est unique. Elle peut être
améliorée par d'autres méthodes: DELPHl, etc. Une fois l'inventaire des systèmes complété,
il faut préciser pour chacun la signification des paramètres qui lui sont liés pour éviter des
interprétations erronées. Cette étape de choix de systèmes et de leurs paramètres n'est pas
59
spécifique à la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation, mais s'applique à tous les
autres projets.
La liste des paramètres ainsi établie, servira à l'élaboration de la grille, et ce pour tout projet.
D'un projet à l'autre, cela limite la subjectivité. De plus, il faut éviter d'avoir une liste longue
et non pertinente de paramètres ce qui complique inutilement la démarche.
Tenir compte de l'ensemble des principes peut être fastidieux et ne présente pas un intérêt
particulier, pu isque tous les principes ne sont pas nécessairement pertinents pour tous les
projets ou toutes les situations.
Dans le cas de la réutilisation des eaux usées traitées, cinq principes du développement
durable ont été retenus (pollueur-payeur, util isateur-payeur, prévention, précaution,
subsidiarité) et un principe, 4 RYE, qui est un principe systémique et qui s'apparente au
huitième principe de la déclaration de Rio). Ce choix a été dicté, d'une part, par le fait que
ces principes sont les plus connus et les plus utilisés en matière d'environnement et, d'autre
part parce qu'ils cadraient parfaitement avec le sujet. En effet, lorsqu'il s'agit de collecte des
eaux usées et de leur assainissement, les principes pollueur/payeur et utilisateur/payeur
trouvent toute leur place, tandis que pour l'irrigation avec des eaux usées, qui peut mettre en
jeu la santé humaine, animale et celle de l'écosystème, la prévention et la précaution sont
60
largement justifiés. La subsidiarité est amplement justifiée par le fait que se sont les
agriculteurs qui peuvent accepter ce type de projet, le réussir ou l'abandonner. En plus de ces
principes de la déclaration de Rio, un autre principe a été ajouté qui est les 4RVE. On ne
trouve pas l'énoncé de ce principe tel quel dans la déclaration, mais on y trouve celui qui
s'apparente un peu qui est le huitième principe relatif à la consommation et production
soutenables. La réutilisation des eaux usées en irrigation est une approche systémique et le
principe des 4 RVE est celui qui intègre le plus la notion de système et est considéré comme
parmi les plus importants au niveau du développement durable. Il apparaît que le choix ne
s'est pas limité aux seuls principes de la déclaration de Rio, mais en y ajoutant un principe
très fort au niveau du développement durable.
Ce cas particulier de la réutilisation des eaux usées montre que le choix des principes doit se
faire en conformité avec le projet en question. Il n'est pas requis de tenir compte des vingt
sept principes qui, dans la majorité des cas ne sont pas tous pertinents pour tous les projets.
Également, ce cas particulier met en évidence qu'il ya lieu d'intégrer d'autres principes que
ceux énoncés dans la déclaration de Rio si la spécificité du projet l'exige.
Pour chaque projet, il s'avère pertinent de choisir des principes qui tiennent compte le plus
possible de l'activité en question, de préférence parmi les plus cités, les plus connus et les
plus utilisés. Ce choix évite une longue liste de principes qui rend le travail fastidieux et
parfois inutile.
Une fois les systèmes définis, les paramètres identifiés et les principes choisis, il reste à
déterminer le filtre. Autrement dit, quelle sera la question à poser qui déterminera la relation
entre paramètre et principe, pour permettre de conclure que ce paramètre s'inscrit dans une
perspective du développement durable ou non. La question doit être choisie de telle manière
que la réponse, qui sera inscrite sur chaque case de la grille, soit la plus objective possible et
soit aussi discriminante. Plusieurs formulations ont été étudiées. À chaque fois qu'une
réponse à la question posée était formulée, il apparaissait que cette réponse n'était ni unique
61
ni suffisamment claire pour permettre de trancher. Il fallait donc élaborer une nouvelle
question.
Parmi les difficultés entre autres soulevées par les questions formulées, il y a lieu de citer par
exemple:
Le choix final a porté sur une question qui a l'avantage de minimiser la subjectivité et
permettre des réponses le plus possible discriminantes. L'énoncé de la question retenue est la
suivante:
« Le paramètre X permet-il de satisfaire les exigences et/ou les conséquences des principes Y
du développement durable lors de sa mise en oeuvre? ».
Cette question a permis d'avoir des réponses discriminantes et le plus possible objectives ce
qui a permis l'élaboration de la grille.
Le processus qui a été suivi dans le cas de la réutilisation des eaux usées traitées peut servir
comme base pour d'autres projets dans l'objectif de les rendre durables.
Les systèmes étant définis, les principes choisis et la question formulée, alors reste
l'élaboration de la gri Ile. Celle-ci est construite de façon à ce que les paramètres constituent
62
la première colonne et les principes la première ligne. Chaque paramètre est évalué en regard
des principes choisis à travers la question qui était préalablement formulée.
Dans cette grille théorique, l'échelle de mesure dans chaque case, entre systèmes et principes,
est qualitative. Les réponses possibles sont: « oui », « non », « sans objet» et « oui/mais ».
Le «oui/mais» est un cas intéressant, en effet, les conditions pour satisfaire aux exigences ou
aux conséquences des principes du développement durable lors de sa mise en œuvre,
dépendent du système et souvent des facteurs locaux. Le ou les systèmes du projet doivent
intégrer ces spécificités locales et doivent en tenir compte pour éviter le « mais ». Il y a ici un
processus itératif lors de l'élaboration de la grille. On part du systèmes identifié à travers la
question, on découvre qu'il y a des conditions pour qu'il satisfasse aux exigences ou aux
conséquences des principes, on retourne au systèmes pour adapter un ou plusieurs de ses
paramètres aux conditions locales, et ainsi de suite jusqu'à l'obtention d'un oui sans
conditions ni « mais ».
Le recours aux principes de développement durable, dès lors que le projet est en cours
d'élaboration, est innovateur dans la mesure où on s'intéresse à ('ensemble des composantes
du projet, pour qu'elles s'inscrivent dans une perspective de développement durable. Elle
apporte une contribution nouvelle d'une part, par rapport à la démarche actuelle utilisée dans
ce domaine qui est basée sur l'unique critère microbiologique, qui est à la base des normes de
l'OMS pour la protection de la santé humaine et, d'autre part, par rapport aux études
d'impacts qui consistent à préconiser des mesures d'atténuation puisqu'elles interviennent
entre la fin de la conception du projet et le début de son exécution.
Le fait que chaque système identifié du projet, doit satisfaire aux exigences/conséquences des
principes du développement durable choisis pour le projet, contribue à atténuer les effets
négatifs du projet, sur le plan social, économique et environnemental.
Cette approche peut être considérée comme une méthode qui aide à la prise de décision dans
le cadre d'un développement durable. L'utilité de la grille générale est de faire ressortir les
goulots d'étranglement, là où le système n'est pas en lien avec le principe. Elle permet aux
décideurs des retours en arrière, dans un processus itératif pour redéfinir les systèmes et les
63
adapter aux conditions locales ce qui donne lieu à la grille locale. Elle permet également de
faire des recommandations finales en attirant l'attention des responsables sur l'adéquation des
systèmes du projet par rapport aux principes du développement durable.
Comme la grille utilise les principes du développement durable, les aspects sociaux,
économiques et environnementaux sont pris en compte et il y aura donc moins de risque à
craindre.
L'étude du cas particulier de la réutilisation des eaux usées traitées en irrigation peut servir
comme base pour tout autre projet et la démarche peut être suivie et améliorée. La grille
générale peut être appliquée à n'importe quel projet et permet de faire ressortir d'une manière
globale les systèmes pouvant influencer la durabilité du projet. Le processus itératif qui
consiste à faire adapter chaque système aux conditions locales est également transposable aux
autres projets. Ce qui peut changer dans le cas d'un autre projet, c'est la définition des
systèmes et le choix des principes. La question, quant à elle, peut être formu lée de la même
manière. L'approche reste théorique puisqu'il n'y a pas de résultat sur le terrain qui peut
étayer cette démarche. Elle devra donc être enrichie par d'autres recherches et pourra être
jumelée à d'autres méthodes de prise de décision.
Comme beaucoup d'autres méthodes, celle-ci souffre de limites on peut citer entre
autres:
• systèmes: comme le choix des systèmes est une étape importante dans le processus,
comment peut-on savoir que le nombre choisi des systèmes est le bon? Est-ce qu'il
n'y a pas trop de systèmes ou trop peu? À quel niveau faut-il s'arrêter?
• Les principes: selon la déclaration de Rio il ya 27 principes; faut-il tenir compte de '
l'ensemble de ces principes? Est-ce que ceux choisis sont suffisants pour conclure
64
qu'un projet est dans une perspective de développement durable ou non? Doit-on
adapter pour chaque projet spécifique des principes bien définis?
4.6 Recommandations
La méthode proposée présente certainement des lacunes. Il est normal que des
recommandations soient formulées pour d'éventuelles recherches. Ainsi, il est recommandé
de:
• raffiner chaque étape de la méthode, choix des systèmes, des principes, la question,
etc.;
L'étude contribue donc à faire des choix et permet de prendre des décisions d'une manière
éclairée. La méthodologie décrite au chapitre III, qui inclut le choix des systèmes, des
principes de développement durable, la question, l'élaboration de la grille générale et locale,
peut être adaptée à d'autres projets en tenant compte des spécificités de chaque cas. Elle ne
permet pas d'avoir des solutions miracles, mais selon son utilisateur et ses objectifs, elle peut
être adaptée et améliorée.
Cette méthode peut être améliorée, raffinée et probablement testée sur le terrain pour ce
projet ou un autre afin de mieux cerner ses apports et ses limites. Il est clair que sans volonté
politique et une bonne gouvernance, la méthodologie reste une condition nécessaire mais non
suffisante.
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Besoins en eau
Culture
(mm/période de croissance)
Luzerne 800 - 1600
Banane 1200 - 2200
Haricot 300 - 500
Choux 380 - 500
Agrumes 900 - 1200
Coton 700 - 1300
Arachide 500 - 800
Maïs 500 - 800
Pomme de terre 500 -700
Riz 350 -700
Tournesol 800 - 1200
Sorgho 450 - 650
Blé 450 - 650
EN AGRICULTURE
72
Chlore résiduel Chlore libre et combiné Des quantités excessives de chlore disponible libre (>5
mg/l de C1 2) peuvent causer des nécroses foliaires et
endommager certaines cultures sensibles. Cependant, la
plupart du chlore dans l'eau usée épurée est sous une
forme combinée qui n'endommage pas les cultures.
Quelques inquiétudes existent quant aux effets toxiques
des matières organiques chlorées en regard de la
contamination des eaux souterraines.
,
California lI~rael 1South Africa 1 Germany
None
Slight to
Moderate
Severe
o.~o
0.75
1.0
H5
10
10
1~
Nomogram for determining the SAR value of irrigation water and for estimating the
corresponding ESP value of a soil that is at equilibrium with the water
(Source: Ayres et wescot, 1985)
ANNEXEF
STRUCTURE DU SOL
82
Sable
Argile Limon Sable fin Gravier Cailloux
grossier
E =! Texture arQileuse
ca
~ .". . ... Texture sable use
~ Texture 1 imoneuse
Ar <;l i le Limons
(0 62).l)0/0 ( 2 ci 50 ,u ) %
70
o 100
1 1 1
60 50 40 30 20
eable (>50}J)o/0
30
28
CI - 54
26
C2-S4
r
<..? r<"l 24
C3 - S4
r
a:: 22 C4 - S4
<X
0 <Il
Cl:
<X 20 CI - S3
N
<{
9
f
r <X
0: 18
1
--J Z
<X ::E 0
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--J N a.
<X 0 Cl:
0 14
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::E =e 0 C3 - S3
<X
=> , 12
0
::;;
0 =>
<Il ëi la C2 52
0
en
8
C:3 - S2
~
6
0
C4 - 52
--J
CI - SI
4
C2 - SI
C3 - SI
2
C4 -SI
250 2250
CONOUCTIVITY - (E C xlü S )AT25°C
2 3 4
LaW MEDIUM HIGH VERY HIG H
5ALlNITY HAZARD
déguisée aux échanges internationaux. Toute action unilatérale visant à résoudre les
grands problèmes écologiques au-delà de la juridiction du pays importateur devrait
être évitée.
Les mesures de lutte contre les problèmes écologiques transfrontières ou mondiaux
devraient, autant que possible, être fondées sur un consensus international.
Principe 15 : Précaution
Pour protéger l'environnement, des mesures de précaution doivent être largement
appliquées par les États selon leurs capacités. En cas de risque de dommages graves
ou irréversibles, l'absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de
prétexte pour remettre à plus tard l'adoption de mesures effectives visant à prévenir la
dégradation de l'environnement.
90