COURS DE SOCIOLOGIE GENERALE
PREAMBULE
Synopsis de quelques concepts de base essentiels à la compréhension du cours
Epistémé (grec) : science. En philosophie, ce terme signifie la configuration du savoir
rendant possible les différentes formes de sciences à une époque donnée.
Epistémologie : étudie les sciences. Etudie l’histoire, les méthodes ou les principes des
sciences.
Science (latin) : ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de
faits, d’objets ou de phénomènes obéissants à des lois. Connaissances vérifiées par des
méthodes expérimentales.
Expérimentation : soumission à des expériences ou à un certain nombre d’essais pour
étudier un phénomène.
Sciences humaines : renvoient à des disciplines ayant pour objet l’homme et ses
comportements individuels et collectifs, passées et présents.
Concept : représentation intellectuelle d’un objet conçu par l’esprit.
Notion : conception élémentaire que l’on a de quelque chose. Conception de base.
Théorie : ensemble organisé de principes, de règles, de lois scientifiques, de concepts se
rapportant à un domaine déterminé ou visant à décrire et à expliquer un ensemble de faits.
Paradigme : représentation, vision du monde, modèle, courant de pensées, point de
vue.
Bon à retenir
Sciences de la nature Sciences sociales et humaines
Réalité objective. Réalité temporelle.
Elimination de la personnalité. Importance de l’intuition
Abstraction et généralisation. Concret et vécu.
Fondées sur des faits. Fondées sur des événements.
Expérimentations renouvelables. Expérimentations difficilement
renouvelables voire impossible.
Expliquées par des causes. Causalités indéfinies, rapport au contexte.
Indépendance, spécialisation des Interdépendance des recherches entre les
recherches. disciplines.
Groupe des sciences sociales : Sociologie, droit, histoire, ethnologie, économie,
psychologie sociale (étude du comportement des individus en groupes), Psychanalyse
(étude scientifique des faits psychiques)…
Groupe des sciences dures : Astrochimie, Astronomie, Biologie, Chimie, Chimie
minérale, Chimie organique, Optique, Physique …
CONTEXTE DE NAISSANCE DE LA SOCIOLOGIE
La sociologie comme fille des révolutions
L’Europe connaît au cours du XVIIIe siècle et surtout du XIXe des changements profonds.
Ce contexte qui bouleverse l’ordre social conduit à s’interroger sur les facteurs du
changement.
La sociologie, comme branche des sciences sociales (économie, histoire, géographie,
anthropologie sociale, démographie, sciences politiques, religieuses et juridiques…) est née
entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, en tant que discipline universitaire. Notons
que les sciences humaines (terme plus générique concernant les sciences de l’homme
étudiant l’humain) englobent principalement la psychologie, la psychanalyse, la
philosophie, les sciences sociales et l’anthropologie. Issue de la philosophie sociale, la
sociologie apparaît au moment où la société moderne se constitue. Des questions se posent
autour de la régulation des phénomènes de société : misère, hygiène, sécurité, condition
sociale des masses, conflits sociaux, crise sociale, famille, intégration sociale… Des
réflexions d’ordre théorique émergent portant sur l’existence ou non de lois sociales et sur
le fonctionnement des sociétés. Plus précisément, on dira que la naissance de la sociologie
est concomitante à l’émergence de quatre révolutions :
1. La déstabilisation politique de la société
L’émergence de la République, l’apparition de la bourgeoisie et la volonté de fonder un
ordre politique reposant sur un système plus démocratique ne se font pas en douceur. De
nombreux conflits idéologiques (lutte entre conservateurs, libéraux, révolutionnaires…)
alimentent les échanges publics et les débats entre partis politiques. La prise en compte de
l’individu-citoyen dans l’instauration d’une démocratie représentative pose la question de
sa participation au vote. Des réflexions d’ordre sociologique apparaissent sur les
procédures à instaurer pour faciliter l’apparition de cette identité politique moderne. Une
période très riche en controverses sociopolitiques s’en suivra entre ceux favorables à un
retour vers l’Ancien Régime, ceux défenseurs d’une démocratie représentative et ceux plus
tournés vers l’édification de modèles sociétaux révolutionnaires et utopistes. Des écrits et
discussions ont commencé à voir le jour autour de questions qui interrogent la place du
temps libre et du loisir dans cette société du travail et du devoir. Dans une perspective
d’aide à la décision, la sociologie a pu légitimer son existence auprès des acteurs et
décideurs politiques confrontés qu’ils étaient à des dérèglements sociaux.
2. La naissance de l’État moderne
Un processus de modernisation se produit au niveau de la société. La constitution de l’État
français et d’un pouvoir public unifié, la centralisation administrative et la concentration
des pouvoirs à Paris ont pour effet de donner naissance au jacobinisme français. La création
des départements en 1790 et de l’unité administrative se traduit par la volonté de diminuer
les particularismes locaux. À la fin du XIXe siècle, la France est le pays le plus centralisé
d’Europe. Une culture républicaine s’infiltre dans le corps social par l’intermédiaire de
l’école, des médias, de la circonscription et des services publics comme volonté de
promouvoir un modèle culturel unique : celui du français (moyen), éclairé et conduit par
les élites françaises (les grands corps étatiques). La sociologie apparaît alors comme une
discipline qui peut apporter des éclairages permettant d’expliquer et de comprendre le
fonctionnement de la société. À titre d’exemple, les maladies, les violences, les accidents
et les suicides commencent à être abordés sous un angle plus rationnel lorsque l’on essaye
d’expliquer ces faits en référence à des explications sociologiques.
3. La révolution industrielle
De considérables changements se sont produits au niveau des modes de production
industrielle dans l’optique d’améliorer la rentabilité économique des moyens de production.
Au XIXe siècle, une culture du profit, de l’épargne et du progrès émerge avec pour corollaire
l’augmentation des contraintes professionnelles pour les ouvriers. La relation au corps se
transforme aussi lorsque celui-ci doit devenir performant et productif. L’image d’un corps-
machine attaché à la production et à la rentabilité se propage. Au début du XXe siècle,
l’entrée dans l’ère du fordisme et du taylorisme modifiera les modèles d’organisation du
travail, la vision de celui-ci et sa place dans la société. Les effets de cette nouvelle
configuration économique sont de deux ordres :
d’une part, on voit apparaître des réflexions sur les conditions de travail au sein des
entreprises (surtout aux États-Unis et en URSS). Cette préoccupation qui donnera
naissance à une sociologie du travail porte sur les variables qui déstructurent les
identités professionnelles et celles qui nuisent au bon fonctionnement de
l’entreprise.
d’autre part, l’arrivée massive d’ouvriers dans les centres urbains va provoquer un
certain nombre d’interrogations pour contrôler « ces masses laborieuses », en tant
que mouvement prolétaire revendicatif. Une prise de conscience va se faire sur la
nécessité de développer des études concernant les conditions de vie de ces
nouvelles populations urbaines. Le travail des enfants, la déqualification brutale du
geste artisanal, l’acculturation de ces populations, la misère se répandant dans les
taudis urbains ainsi que le manque d’hygiène et la nécessité de réfléchir à des
espaces de loisir adaptés sont quelques exemples qui ont annoncé la demande
d’enquêtes sociologiques pour répondre à ces faits de société.
4. La révolution scientifique
Une nouvelle manière de penser l’individu, la nature et la société se propage durant
le XIXe siècle. Les formidables progrès de la science dans les domaines de la physique, de
la chimie et de la biologie ainsi que la diffusion du cartésianisme, du positivisme et du
rationalisme1 comme nouvelle manière de se représenter la nature et l’animal ont des
impacts considérables sur la lecture de la société et des phénomènes sociaux. Cette
révolution scientifique a eu pour effet de diminuer l’influence de la philosophie et de la
religion comme modèle d’approche de la réalité sociale et de donner naissance à la
sociologie comme science de la société.
Tous ces changements se traduiront par un regard novateur porté sur le corps, la nature,
l’individu et la société. La priorité va à l’esprit, à la pensée, à la raison et à l’organisation
fonctionnelle de la société. Le corps se rapproche d’une machine et d’un objet de science
que l’on analyse. La science a produit une mise à plat du corps produisant une fracture de
la symbolique initiale. Le corps n’est plus qu’une mécanique évoquant le dualisme
cartésien. La nature devient matière à étudier, à disséquer, à analyser et à maîtriser. Elle
n’est plus qu’objet et atome. L’univers est une machine composée de rouages invariants,
immuable… Les animaux apparaissent sous la forme d’automates que l’on cherche à
reproduire mécaniquement (Le Breton, 1990). Le but de l’action humaine et du
cartésianisme consiste à devenir maître et possesseur de la nature, suivant en cela la
pensée de Descartes.
1
Le cartésianisme (priorité à la pensée claire, logique, méthodique), le rationalisme (priorité à la raison comme seule lecture
possible des choses) et le positivisme (rigueur et expérience scientifique) bouleversent la lecture du monde. Tout devient
intelligible ; on s’oppose ainsi au mysticisme et à l’empirisme.